Droit et Liberté n°306 - octobre 1971 spécial

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    • Incident à Vichy (soirée MRAP sur la pièce d’Arthur Miller)
    • Michel de Ré: "une tragédie en forme de cantate" recueilli par M. Kagan
    • Spectacles par A. Levy

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-- R ...... me ............ M .......... m OIl1J1 Il R ........ l'Alllose ... lI.me el """' la Pau lM R" P) 15 OCT08RE 1911 NO 306 PRIX : 1 FRANC 1 - NUMERO SPECIAL 2 SOIREE EXCEPTIONNELLE sous le patro nage du Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et pour la Paix (M.R.A.P.) Une pièce dlArthur Miller INCIDENT A VICHY Vendredi 5 novembre 1971 à 20h30 Espace Pierre Cardin (Théâtre des Ambassadeurs)1/3,avenue Gabriel, Paris Se Métro:Concorde Adaptation: Maurice Kurtz Mise en scène: Michel de Ré Avec Sacha Pitoeff,Gabriel Cattand, Jean-Pierre Granval-Van-Doude, Arcady, Gérard Berner,Gaetan Jor,Jean Pemeja,Geo Wallery PLACES à 35F,25F et 15F. LOCATION:M.R.A.P.,120 rue Saint-Denis,Paris 2e Tél.: 231-09-57 CCP:14.825-85 Paris


BON DE COMMANDE -------------

M ......................... . .................... . Téléphone: Adresse: souhaite réserver, pour la soirée du 5 novembre à l'Espace Pierre Cardin places à 35 F places à 25 F .......... . places à 15 F ..... .. ... . Frais d'expédition TOTAL F F F 1 F,OO Ci-joint, pour règlement, un chèque bancaire, un mandat-poste, chèque postal. (Souligner la formule choisie). DIX HOMMES PRIS AU PIEGE Ecrite en 1965, et créée la même année à New-York, inédite en France, la pièce d'Arthur Miller, « Incident à Vichy» que Michel de Ré présente à l'Espace Pierre Cardin se joue à huis-clos, d;ms l'antichambre de la mort; non pas la mort naturelle mais celle voulue, organisée par les nazis sur des victimes sans défense. Les protagonistes sont pour la plupart juifs ou de « race» dite « inférieure » comme le Gitan. Seul un aristocrate autrichien, le prince Von Berg, échappe à ces catégories : il est là pour Ul1e vérification d'identité. Il aura droit à un laissez-passer mais ne l'utilisera pas, parce qu'il se sent, à la fm de la pièce, responsable, bien que n'y ayant pas participé, de l'holocauste commis par ses compatriotes. Le personnage du prince Von Berg qu'incarne Sacha Pitoëff est l'axe autour duquel tourne la pièce. Il est en même temps le miroir qui permet la réflexion - au sens physique du mot - des autres et le creuset où viennent se confronter les attitudes, se mêler les sentiments de ses compagnons. C'est dire que cette pièce permet de dépasser la dénonciation du nazisme pour atteindre le stade supérieur du problème de l'homme face à l'histoire. Dans la mesure aussi où ces hommes, persécutés bien sûr parce que juifs (ou gitan), se déterminent, non pas seulement en fonction de leur orgine, mais plutôt en fonction de leurs convictions, de leurs options, de leur éducation, de leurs caractères, « Incident à Vichy» permet de comprendre, mieux peut-être qu'une pièce strictement militante, combien le processus du fascisme peut se rééditer, en l'absence même des nazis. « Leur force, faire l'inconcevable. Cela nous réduit, nous autres à l'impuissance», explique l'un des personnages. Le caractère volontairement neutre et anodin du titre de la pièce lui confère, lui aussi, une dimension universelle ; de même la prise de conscience du prince Von Berg, « colonne vertébrale» de l'oeuvre d'Arthur Miller. Michel de Ré, qui en réalise la mise en scène, n'a pas choisi la facilité en inscrivant cette pièce au programme de l'Espace Pierre Cardin dont il assurera à l'avenir la direction. Il souhaite instaurer, dans l'ex-Théâtre des Ambassadeurs complètement rénové, la politique d'une Maison de la Culture au coeur de Paris et y amener aussi un public nouveau. L'AUTEUR LA REALISATION Arthur Miller JepetllIUII. f'LltrJLt' l.11 f .J, 1. 1 h J, " J.t "",. H,/t.U,/ J" J;j 1" • ,h " ", Avec « Incident à Vichy», ce n'est pas la première fois qu'Arthur Miller aborde le problème de l'antisémitisme: il y avait consacré en 1945 un roman: « Focus» qui obtint à l'époque un grand succès (( Droit et Liberté », à ses débuts, l'avait publié en feuilleton). Né à New-York en 1915, Arthur Miller fit des études d'art dramatique à l'Université de Michigan. Il écrit des pièces radiophoniques et est engagé par un studio d'Hollywood. Parallèlement, il écrit son journal qui sera publié en 1944 sous le titre de « Situation normale ». En 1947, « Ils étaient tous mes fils» remporte le prix du Cercle de la Critique Dramatique, un « Donaldson » et le « Tony» (équivalents, pour le théâtre, des « Oscars» cinématographiques). « La mort d'un commis-voyageur» est joué à Broadway en 1949 et remporte le Prix Pulitzer. Pour « Les Sorcières de Salem» qui fut avec « Ils étaient tous mes fils» et « La mort d'un commis-voyageur» adapté pour le cinéma, Arthur Miller se voit décerner un autre « Tony» en 1953. Il écrit en 1955 deux pièces en un seul acte, « Souvenirs de deux lundis» et « Vu du pont », qui resta longtemps à l'affiche à Paris. Enfin « Après la chute» et « Incident à Vichy», qu'Arthur Miller produisit en 1965 pour le Repertory Theater of Lincoln Center, furent présentées au Square Theater de Washington administré à l'époque par Robert Whitebread et Elia Kazan. Parallèllement à sa carrière de dramaturge, Arthur Miller qui vit dans le Connecticut avec sa femme, la photographe, Inge Morath, et sa plus jeune fille, continue à écrire de courtes nouvelles, dont certaines furent portées à l'écran. En se chargeant de la mise Ém scène d'« Incident à Vichy» Michel de Ré que les téléspectateurs connaissent bien et qu'ils vont revoir dans « L'éducation sentimentale» de Gustave Flaubert, est revenu à son métier de base. Il s'est entouré pour cette occasion d'acteurs chevronnés parmi lesquels Sacha Pitoëff, Gabriel Cattand, Jean-Pierre Granval, Van-Donde, Arcady, Gérard Berner, Gaëtan Jor, Jean Premeja, Geo Wallery. DROIT ET LIBERTE - NO 306 - 15 OCTOBRE 1971 3 Arthur Miller NOTES POUR LA MISE EN SCENE Dans certaines circonstances, le style choral et métaphor~ que peut être considéré en même temps comme un aspect 4 du réalisme. Si ces personnages sont environnés d'un monde effrayé à la pensée de leur venir en aide, ou indifférent, ou franchement hostile, nous comprenons que l'immobilité physique leur est imposée par ce monde-Ià et qu'elle est également l'image de leur solitude intérieure, une sorte d'entretien de soi avec soi. En effet, la plupart des répliques s'adressent à celui qui les dit, bien que le personnage semble les diriger vers l'extérieur. " I l va sans dire que les part~ cularités des personnages ne doivent pas exister dans le but de se faire valoir à titre ind~ viduel, comme pour une pièce réaliste ; nous ne pourrons jamais les «connaître" de la sorte, dans le détail, car ces personnages sont pris dans un cul-de-sac historique, à l'instant critique où les êtres humains dévoilent plus ou moins ce qui est en rapport avec cet instant et rien de plus )). I ci, chaque homme cherche, d'une manière ou d'une a~ tre, à trouver un sens à l'insensé et à garder intacte sa personnalité face à la terreur inst~ tuée par le pouvoir dans le but de le déshumaniser )). Toutes ces voix sont les siennes (de Von Berg), des champs visuels contradictoires d'un honnête homme qui se trouve dans un monde où il n'est pour rien, un monde dont il est néanmoins responsable. En fait, la «colonne vertébrale)) de la pièce est située dans la prise de conscience naissante de Von Berg, et quel que soit le style théâtral, cet élément-là doit s'affirmer dès l'instant de son entrée en scène". M ichel de Ré "Une tragédie en forme de cantate" L a piéce se déroule en 1943 à Vichy, dans un centre de ramassage, à l'époque où les Allemands envahirent la « zone libre ». Là, sont réunis des hommes de toutes conditions sociales, idées politiques et caractérisques psychologiques. Ils ne se connaissent pas et ne savent pas qui est juif parmi eux. Ils ont peur de se dévoiler les uns aux autres, ils ont peur d'apprendre pourquoi on les a conduits là. Ils sont tous munis de faux papiers et pensent qu'au plus grave, ils seront envoyés en camp de travail. Mais ils se rendent compte peu à peu que, chaque fois qu'ils passent la porte, c'est c'est un sort bien plus terrible encore qui les attend. En face d'eux, un aristocrate, un prince autrichien (von Berg) qui ne s'est jusqu'alors préoccupé que d'art, mais qui a vu ses amis, ses intimes, ceux avec lesquels il se trouvait en parfait aécord culturel et artistique, devenir nazis ... Il regarde ceux qui l'entourent, et prend conscience qu'il est aussi responsable. I L n'y a pas d'action veritable dans cette pièce dont l'auteur, Arthur Miller, souhaitait qu'elle soit jouée comme une cantate. chacun des hommes - la chorale - exécutant sa partie en fonction de sa propre poésie et de ses réactions personnelles. Ce n'est pas un drame, c'est une tragédie de dimensions universelles. Car le probléme posé dans la pièce n'est pas seulement celui du racisme de 1943 et ne concerne pas les seuls juifs. C'est, plus encore, celui du fascisme. « Chaque homme a son .' uif. dit Leduc. l'un des protagonistes, c'est l'autre ». L'autre grand théme qui sous-tend. « Incident il \ h:hy n est celui de la solitude de l'homme. en face d'une situation qui n'est plus logique. qui dépasse l'entendement. Répétition: Michel de Ré, Gabriel Cattan, Gérard Berner, Sacha Pittoëff (de gauche à droite) J e cherchais, pour remettre ce théâtre - dont je prends la direction - sur ses rails, une pièce qui soit à la fois forte, traditionnelle mais originale. Or, celle-ci possède une grande intensité dramatique par le sujet traité qui concerne tout le monde. Elle est originale par sa construction en cantate, mais elle reste traditionnelle dans son fond. Elle n'est pas hermétique et ne tombe pas dans le délire, dans l'absurde ou dans l'onirisme. D autres éléments ont guidé mon choix. Je ne veux pas donner dans le théâtre de chapelle. Or, la période de l'occupation, le phénoméne du nazisme dont on a tiré beaucoup, en littérature, au cinéma, au théâtre engendrait une espèce de lassitude. Peut-être qu'en 1965, 66, ou 67, cette piéce n'aurait pas eu les mêmes résonnances qu'aujourd'hui, où l'on court voir « Le chagrin et la pitié », où les enfants - mes enfants - sont intéressés par ce qu'on leur raconte. J e pense que cette pièce traitée avec le dépouillement d'une oeuvre musicale peut plaire à la fois aux jeunes et aux anciens qui gardent le souvenir d'une époque très douloureuse et souhaitent la mieux comprendre » ... (Propos recueillis par Marguerite Kagan) J '1 SPECTACLES SUR les scènes et les écrans, une abondante floraison d'oeuvres se préoccupent du racisme, en ce début de saison. C'est un signe. Le racisme s'impose avec acuité à la réflexion de nos contemporains. Dans tous les milieux, des voix s'élèvent pour le condamner. Souvent du fond du coeur. Parfois, il est vrai, pour cc être dans le vent)) mais n'est-ce pas la confirmation précisément, que le vent souffle dans la bonne direction. Pièces et films, comme les livres, et même des chansons, reflètent ce courant d'opinion de plus en plus profond. Les résultats, certes, sont inégaux, et peuvent prêter Il discu .. sion, d'autant plus que les auteurs, les réalisateurs, s'adre .. sent à des publics variés. On doit noter, en outre, que si toutes ces créations se situent en 1971, Année internationale de lutte contre le racisme, ce n'est pas par une volonté délibérée, mais pas davantage par hasard: la campagne mondiale lancée par l'O.N.U. correspond, elle aussi, aux évolutions de notre temps. L'Année internationale a débuté en France avec la cc première)) au T.O.P., sp,us l'égide du M.R_A.P., d'une pièce consacrée à l'apartheid: « Ta vue me dérange, Hot not». Cette pièce part ces jour .. ci en tournée. Le 5 novembre, nos amis seront heureux d'applaudir la très belle oeuvre d'Arthur Miller, « Incident à Vichy» , qui a remporté un vif succès dans tous les pays où elle a été jouée. Dans le même temps, se poursuit la carrière de « Libérez Angela Davis tout de suite », la pièce-choc réalisée par José Valverde au Théâtre Gérard-Philipe. L'Odéon présente « Amorphe d'Otte nburg », du jeune auteur Jean-Claude Grumberg, dont une autre pièce également antiraciste, « Rixe», est montée Il Tours. Le Chatelet annonce une comédie musicale dédiée Il la fraternité humaine. Au cinéma, nous cit ero ns parmi d 'autres, « Pet it à petit», où Jean Rouch s'intérroge sur l 'Afrique et sur ... nou .. mimes; « Benito Cereno»,' de Serge Roullet, dont la leçon remonte Il l'esclavage; « Joe Hill », du Suédois Bo Widerberg, drame où la xénophobie joue le même rôle qu' ailleurs le racisme ou l'antisémitisme. Nous pourrions allonger cette double liste. On regrettera qu'inspirée d 'un tout autre état d ' esprit, la Télévision n'ait créé aucune oeuvre de ce genre depuis janvier, et nous ait gratifiés, bien au contraire, de l 'odieux cc Silberman ••... C'est dire que la multiplication des spectacles sensibilisant l'opinion au racisme ne saurait endormir notre vigilance. Dans le domaine culturel, tout n 'est pas résolu. Dans la vie, moins encore. Chaque jour, en France même, bien des hommes souffrent du racisme. De la prise de conscience Il l'action, le M.R.A .P. se doit de mobiliser toujours plus les bonnes volontés pour s'y opposer. Merci Il tous ceux qui l'aident dans cette t âche. Albert LEVY L'ESPACE PIERRE CARDIN Sous les frondaisons de la Concorde, en face des jardins de l'Elysée, l'ancien Théâtre des Ambassadeu rs et le cabaret-restaurant du même nom ont donné naissance à l' Espace Pierre Cardin. Si l'architecture extérieure a été conservée, un décor résolument moderne et fonctionnel définit la salle de spectacle qu i offre de nombreuses possibilités de mise en scène, et les aborde. Pierre Cardin a désiré puis réalisé son souhait ... que son « espace» devienne une maison du spectacle et de la culture, en plein Champs-Elysées, sous l'égide du Conseil municipal de Paris mais sans aucune subvention. En cette année 1971 -72, Pierre Cardin a fait appel à Michel de Ré qui a construit pour les activités de l' Espace un programme tréséclectique. Ainsi: à 18. h 30, de novembre à décembre, y viendront la compagnie Anne Béranger, un groupe de musique électro-acoustique, Romain Bouteille et « Le café de la gare», l' Orchestre de Paris, etc ... Des concerts de jazz seront donnés tous les mardis dans la nouvelle salle de l'Espace. Et à partir du 3 novembre, s'ouvrira une exposition Fernand Léger. • DROIT ET LIBERTE - NO 306 - 15 OCTOBRE 1971

H. · ELYSEES

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J'ai appris qu'il y a eu là-bas ces jours-ci des rafles de juifs, en douce. Et que vient faire un mécanicien polonais dans un train qui roule dans le Midi? Vous avez compris? LEDUC. - Camp de concentration. MONCEAU.- Et pourquoi? Pas mal de gens s'engagent librement pour travailler en Allemagne. Ça n'est un secret pour personne. Ceux qui partent ont double ration. BA Y ARD (avec calme). - Les wagons sont fermés à clef de l'extérieur. (Brève pause.) Ils puent à plein nez. On peut les sentir à cent mètres. Et il y a dedans des enfants qui pleurent. On peut les entendre. Des femmes aussi. Et puis, les travailleurs libres, on les enferme pas à clef comme ça, que je sache. (Longue pause.) LEDUC. - Tout de même, il n'a jamais été question d'appliquer les lois raciales en zone libre. Nous sommes toujours en territoire français, en dépit de l'occupation - et ça, ils le respectent. (Une pause.) BA YARD. - C'est le Bohémien qui m'ennuie. LEBEAU. - Pourquoi ça ? BA YARD. - Ces gens-là tombent aussi sous le coup des lois raciales. Catégorie inférieure. (Leduc et Lebeau se tournent lentement pour regarder le Bohémien.) LEBEAU (Il se retourne rapidement vers Bayard). - Sauf, bien sûr, s'il a vraiment volé cette marmite. (Il arrête son mouvement de navette.) BA YARD. - Eh bien, oui, s'il a volé la marmite, alors là bien entendu, il... LEBEAU (il parle vite au Bohémien). - Dis donc ... Psst !. .. (II l'appelle avec un sifflement aigu mais sans bruit. Le Bohémien se tourne vers lui.) Cette marmite, tu l'as volée? (Le visage du Bohémien reste impénétrable. Lebeau éprouve de la gêne GANTS - TETINES Chez votre pharmacien à insister sur ce point, mais il est hors de lui ... ) C'est bien ça, n'est-ce pas? LE BOHEMIEN. - Non volée, non. LEBEAU. - Remarque, j'ai rien contre le vol. (En désignant les autres.) Suis pas de leur espèce, moi. J'ai couché sous les ponts, sous les porches, sur les bancs publics - je veux dire, pour moi, la propriété, n'importe laquelle, c'est du vol de toute manière, alors c'est pas moi qui vais te le reprocher. LE BOHEMIEN. - Non volée. LEBEAU. - Tiens ... Enfin, franchement, si tu es bohémien, comment peux-tu vivre autrement, quoi? LE GARÇON DE CAFE. - Ils volent tout. LEBEAU (à Bayard). - Vous avez entendu? On l'a sans doute arrêté pour vol, pas plus. LE BOHEMIEN. - Jamais voler. Je fais tours avec mains. (Tous font des signes d'incrédulité.) Jamais voler! (Il fait avec grâce des gestes de jongleur.) Un extrait de "Incident a Vichy" VON BERG. - Pardonnez-moi ... (Les autres se tournent vers lui.) Vous a-t-on arrêtés parce que vous êtes tous juifs? (Ils se taisent, méfiants et surpris. Il se rend compte de sa gatTe.) Je suis profondément désolé. Je ne pouvais pas savoir. .. BA YARD. - Je n'ai pas parlé de juif. Autant que je sache, personne n'est juif ici. VON BERG. - Je suis profondément désolé. (Silence. Le moment se prolonge. Sa gêne le fait rire nerveusement.) C'est simplement que j'ai... j'étais en train d'acheter le journal quand un homme est sorti d'une voiture et m'a dit que je devais faire vérifier mes papiers. Je... je ne pouvais pas savoir. .. (Silence. L'espoir reprend le dessus parmi eux. Von Berg les regarde tous avec une sympathie accrue.) LEBEAU (à Bayard). - Alors, pour quelle raison est-ce qu'on l'a embarqué, LUI. BA YARD (il regarde Von Berg pendant un instant, puis il s'adresse à tous). - Je n'y comprends rien, mais j'ai un conseil à vous donner. S'il vous arrive une chose pareille et que vous vous trouviez dans ce train - il y quatre verrous à mi-hauteur des portes. Tâchez de trouver un clou, un tournevis, même un caillou pointu - vous pourrez tailler dans le bois autour des verrous et les portes s'ouvriront. Je vous préviens, ne croyez rien de ce qu'ils vous racontent - j'ai entendu dire que dans les camps polonais, les juifs... on les fait travailler à mort. DROIT ET LIBERTE - NO 306 - 15 OCTOBRE 1971 MONCEAU. - Justement j'ai un cousin qu'ils ont envoyé là-bas, à Auschwitz. C'est en Pologne, vous savez. Eh bien, j'ai reçu plusieurs lettres de lui, me disant qu'il se porte à merveille. On lui a même appris le métier de maçon. BA YARD. - Ecoutez, mon vieux, je vous dis ce que j 'ai entendu chez des gens qui sont au courant. (Il hésite.) Chez des gens dont c'est le métier de s'informer, vous saisissez ? N'allez pas croire leurs histoires de relogement, ou qu'ils vont vous apprendre un métier et tout le bazar. Si vous êtes dans ce train-là, quittez avant qu'il arrive là ou il va. (Une pause.) LEDUC. - rai entendu dire la même chose. (Ils se tournent vers lui et lui se tourne vers Bayard.) Est-ce qu'il y a des outils par ici que nous pourrions? ... MONCEAU. - Ah ça! C'est typique. Nous sommes en zone libre, personne ne nous a dit un traître mot, et voilà qu'on est déjà dans le train pour un camp de concentration ou nous serons tous morts dans un an. LEDUC. - Mais si le mécanicien est un Polonais ... MONCEAU. - Eh bien, oui, c'est un Polonais, alors qu'est-ce que ça prouve? BA YARD. - Je ne dis qu'une chose, si vous avez l'outil qu'il faut. .. LEDUC. - A mon avis, on devrait prendre au sérieux le conseil de ce monsieur. Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'agent littéraire en France d'Arthur Miller et de l'adaptateur, Maurice Kurtz. droit'& liberté MENSUEL 120, rue Saint· Denis - Paris (2) Tél. 23J.-()I}.S7 • c.c.P. Paris 6070-98 ABONNEMENTS • Un an : 25 F • Abonnement de soutien : 50 F Antilles, Réunion, Maghreb, Afrique francophone, Laos, Cambodge, Noumlle-Ca/é. dOllie : 25 F. Autres pays: 35 F. Chal/gemem d'adresse : 1 F. Directeur de publication ; A1~!:lléVV 7

Notes

<references />