Droit et Liberté n°196 - janvier 1961

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Sommaire du numéro

  • n°196 de Janvier 1961
    • Drame algérien: La guerre exaspère les antagonismes entre les communautés par Charles Palant page1
    • Notes à propos d'Eichmann par Jean Schapira page1
    • Cette photo accuse Globke page1
    • Post-scriptum aux chants de Noël par Pascale Saisset page2
    • Que se passe-t-il? page2
      • Table ronde de "Science et vie" sur le racisme
      • Le rôle des enseignants
    • Monde d'aujourd'hui et préjugés d'hier par Léonard Sainville page3
    • Les Rothschild: mythe et réalité par Jean Bouvier page4
    • Effets de la force de frappe: l'Afrique bafouée par Alfred Kastler page4
    • Drame algérien: les journées de Décembre par Claude Estier page5
    • Drame algérien: l'injustice et la colère par Paul Tubert page6
    • Quand Xavier Vallat se pose ... en défenseur des juifs page6
    • Drame algérien: une menace pour le démocratie par Me René-William Thorp page7
    • Le témoignage de Jules Roy: ils sont des hommes page7
    • Face à la protestation mondiale contre le racisme en Afrique du Sud: la propagande ne suffit plus par Holman Jameson page8
    • Les trois visites d'Anne Langfus par Odette de Puigaudeau page9
    • Le grand acteur africain Habib Benglia n'est plus page9
    • "D&L" Belgique: à l'appel de la Fédération de la Jeunesse juive: puissante manifestation à Bruxelles pour le châtiment d'Eichmann et de tous ses complices page10
    • Visite de la maison d'Anne Frank par Pierrette Pelisson page11
    • Les lâches vivent d'espoir: film de Claude-Bernard Aubert page12

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N" 196 - JANVIER 1961 EDITION BELGE 0,15 NF 12 PAGES

~ 30, RUE DES JEUNEURS ~ ~ PARIS (2e ) ~ ~ Métro : Montmartre ~ ~ ou Sentier ~ ! Tél. , GUT 09-57 ! i~~",,,,,,,,,,,,,,~,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,~,,~~ LA GUERRE EXASPERE les antagonisI'1es entre les communautés '. TRAGIQUE prélude a u , ré fé.rendum, Ids, ~vé neme nt s de début décembre ont mis violemment à nu les aspects racIaux du drame qUI se Joue en Alge rte. D'une part, les. ultras ernt d éfiniti vànent jeté le masque de la « fraterni sation » : lynchant, tuant, p illant, ils ont renoué avec l'od ieuse tradi tion de s « ratonnades », révé latrices de leur racism(./ foncier . D'a utre part, il faut bien que les brutales manifestations pour « l'Algé rie fran çaise » qui se sont déroulées dans les rues d'Alger les 9 et 10 décembre ne rencontrèrent qu'une opposition bien faible de la part des forces de l'ordre. Par contre, lorsque les musulmans prirent le risque de manifester à leur tour, la répression se déchaîna aussitôt, menée, entre autres, par les parachutistes appelés d'urgence. Les chiffres - même officiels - disent crüment ce que furent ces journées

sur 122 morts dénombrés à Alger,

8 sont Européens, tous les autres musulmans; pour quelques dizaines d'Européens arrêtés, et bientôt relâchés, des milliers de musulmans sont internés il Pour mettre fin ~ aux discriminations et à la haine raciale il faut négocier LA PAIX la ~uite de vastes rafles et « ratissages », qui se poursuivent encore aujourd'hui. Démentant les euphémismes de la

pacification ». ces faits font apparaît

re le caractère véritable de la guerre lIlenée en Algérie. Cette guerre ne fait que perpétuer par des moyens renforcés de coercition la « supériorité » des Européens et la sujétion des musulmans. l'e qui justifie la prise de position des \'Îng1: sénate41's musulmans qui, jugeant l'attitude des pouvoirs puhlics. soulignent que « rÎ'1I Il 't'si chall.lJé ,'1 1/11(' cOIIIÎ- (Voir en page 5.J Charles PALANT Secrétaire général du M,R,A,P. NOTES A PROPOS D/EICHMANN E ICH.\IANN, dit-on, sera jugé ,'l partir de mars. Si 1)4:; l'avait vu dans le bux de ;\!uremhel'g, il ne serait aujuurd'hui qu'un criminel parmi d'autres, ni plus III mOIns qu'un Iless ou qu'un Kaltenhrunner. l'ris quinze ans après, il assume un rôle .historique. Car. précisélllent. ces quinze ans de plus - ce recul supplél1len~, ltre qUI, nous es~ donné p~lUr ,"ai r où en est le nazisme - rendent chaque jour une eYldence plus claire SI l'Illstructlon et les débats explorent la cause jusqu'au bout. le procès Eichmann ne sera ni un simple épi logue des procès d'après-guerre, ni un règlement de comptes entre les 'uiis et Cette .photo accuse l'accusé (1). Il sel,l une épreuye, ou, pOUl' mieux di re, une con irontation. D'un coté : llnJ-4.i, la Gestapo, l'étoi le jaune, les chambl'es à gaz, le ghettu de \/arso, ·ie. De l'autre : 1)4,:;-60, Hitler vaincu, les engagements solennels de Potsdam. Honn, Oberlander, (; Iohke, ' peidel et, naguère Schirmer à \lourmelon. Ce pa GLOBKE rallèle, vo ilà le vra i prucès. En uniforme !1azi, le Dr Globke 1 indi qué par la flèche), défilait alors dans les rues de Bratislava entre le ministre Pricl-: et le « Primator » Bela Kovac. Aujour, d'hui, Globke est l'éminence grise d'Ade, nauer (Voir page 2). l"cst bien ù lui, d'ailleurs, qu(' conduit la lecture de ce qu'on sait ;Il'tllellenll'nt ,il- l'afiaire (2) : 1" Le Docteur Sen'ati us, du Harreau lit- Cologne. déienseur d'Eichlllllln, a par JeanSCH~ déclaré que son client « reconnaîtra les iaits mais plaidera non coupable» (). Iien de surprenant: à NUI"emherg déjà, ce sy:tème iut largement utilisé. Eichlllann lui-même le décrivait d'avance lorsque, dictant ses mémoires (parues depuis lors dans « Life » ), il disait de sa respon, abilité : « Qu'y a-t-il il al'Ouer? J'ai exécuté les or(h·es. Il serait aussi ahsurde de Ille rendre responsable de toutc la ,olution finale Ilu problème jui i 'lue dt' rejeter cette responsabilité ;;ur le direc( eur des chemins de fer 'lui SCHa iell! a\l transport des Juifs » ~ -I-). Contrairement à ce lu'un premier réilexe puurrait suggél-er, ce plaidoyer, all tél'ieur

i l'arrestation, Il'est pas une ta~ tlqll"

il 6t probablement ,illl'ère. I ·~ t (Suite page 11)

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DR.f tE PlUMEIlD: • René - Will i·am THORP : Une menace pour la démocra tie (page 7 ). • Paul TUBERT : L'i nj us tice et la col è re (page 6). • Claude ESTIER : Les J ou rnées de Décembre (p . . 5 ). • Le témoignage de Jules ROY (page 7l. • Le Professeur A 1 f r E' d KASTLER: L'Af rique bafo uée (page 4 ). • Jean BOU VIE R Les Rothschi ld , mythe et réal ités (page 4), • Holman JAMESON: En Afrique du Sud , la p ropagande ne suffit p lus (page 8). • Odette' du PUIGAUDEAU : Les trois visites d'Anna LANGFUS (page 9 ). • Jean ROUSSELOT : Les. lôchds vivent d'espoi r (page 12). • Léonard SAINVILLE: Monde d 'a u jourd'hu i e t p réjugés d' h ier (page 3) . • Visite à la maison d'Anne Frank, par Pier rette Pé, lisson. 2 QUE Post-scriptum aux chants de Noël SE C OMlVIE ils sont jolis les chants de Noël! Expression naïve dlb sentil/lent populaire, à l'instar des crèches, ils traduisent de fal2n touchante les éPisodes de la fui te en J7.qypte, le séjollr dal1s l'étable entre l'âne et le boeuf, l'adorati01l des Rois Mages; et il é1/lane de tout cela, II/ême pOlir le~' 1101I-croyalils ulle fraÎchellr , IIlle joie pllre, Salis les va lites des éqlises, ces cltallts dOllllellt à la fête 1111 caractère llllique; da liS le cadre de la soirée familialc, 011 a plaisir à elltelldre les 7'OÜ' II/êlécs dc tOIlS les IIlc /l1b rcs de le! famille al/tol/r dl/ sapill brillallt de q l/ irlalldes et de ll/lIIières. Cerlaills dc ces .\'oëls relllOlllent an MO'J'en Age et sont devenl/s des sortcs dl' èlassiql/cs. « C'est le charme inégalable des vieux Noëls, que d'être essentiellement populaires et d'être imprégnés d'u ne mystique exq uise », écrit l'abbé CllOillet, dalls la préfacc d'un 1'cclteil de Noëls dn XIII' ait XVIII' siècle, il/I/stré avec yolÎt par des reprodllctions x'J,logr(l,phiques des maîtres anonymes, si éllloitvants dans lel/r s'J'mplicité (pltblié en 1942), POl/rql/oi faut-il ql/e CCliX qui choisissent ces cliants s'attardent à mettre en voiCI/l" ce l/.t· ql/i - les moins -nombrel/.t· - fOl1t de crll elles alUws'ions au Christ tué par les Juifs? C'est ail1si ql/' il y a ql/elques jours, dans Ilne fête ré1! lI issa.nt plus d'ul1e CCII taille de fell/Illes diplômées françaises et étrangères, nOliS avolls entendll, la Cli orale des Professellrs de Lycées chanter 1m NoëL b01wg1!igHiJn, où l:j luif m'ait les liolillel/rs de del/X coltplets. Le chant était beau et e:. pressif, iuterprété az'ec talellt, 11/ais on peut regretter ce choix qni n'a pas manqué d'attrister - car d'abord ,il détonnait dans u.n beaI/ programme - CI/X qui saut sellsibles à l'expressi011 des se!!J,Ïme1lfs antisémites, antrefois systé11tatiql/ elllelit ell trete1l/ IS par 1,'Eglise, qwi a, depuis, et dans S01-l el1selllble, cessé CilS 1IIisérables attaques contre des innocents. Ces professel/rs distingués et respectables n'y avaient pas pensé ! A-nCllIl d'e l/.t· , saus dOl/te lI'avait jamais été inqltiété dans sa vie, et ils étaient certaillemellt à cent lielles de se douter d1t mal ql!'ils pouvaient faire. [Tu frisson 1/01/S saüit quand nous pensons que ces professeltrs pel/.vent faire le même ch 0 i.t- pour leurs élèves, et qu'ils co'lltribueront ainsi à réveiller ~ 011 à perpétller 1IHe cOllception haïssable d,! hlif f1'aitre el! assassill. Schwart:::-Bart, dal1s le Dernier eles Justes, a fait mimer la scène de la Crl/cifixion ell montm-nt des .gosses fanatisés pn:nant !01lr '"ic tillle 1111 ('nfant

lIif. La scè/le est dons toutes les mélll,o·ires.

Voilà or/. l' 0/1 pellt aboutir, N_ous saV011S qll.'Ol1 pellt tont sllg,qérer au.1' ellfallts, le bien CO llll/le le 1/101, et alors, C01lllne l'a dit le poèt(': « l'enfancc e~t sans pitié » ... Cc t l (, serait dll reste pas la prel1iièrc fois ql/ 'Oll r('lh'crait l'c.lt'IIINe de c('s chauts de Noël. « JI y a quelques années. 1/O IIS écriz'ait récellllllellt //111 dc IIOS alllis, llla fille revint ,t la maison chantonnant cette strophe: « Entre les larrons sur la croix DOIt, dort dort le roi des rois; Mille juifs mutins Cruels assassins Crachent à l'entour De ce Dieu d'amour. » Notre ami eut la curiosité de se l'eporter à la sOllrce qll i Nait la Revue Les Chansons de France fondée pour encourager la diffllsioll de la musique populaire par l'audition et l'exécution, salis le patronage de [c Schola Cantonim. Dans le même 1'eeneil, figurait 1/11 autre Noël al1ti-juif où /'01-1 cha/lte à l'ava ll t-dernier collplet : . Or. elites-nous Marie. Sans plus nous enquérir Les faux juifs pleins d'enl,ie Le firent-ils mourir ~ Oui de mort amère Par grand détraction En une croix clouée Entre deux larrons. Puisque ces Noëls existellt ct ont l'II êtl'c reclleiZZt:s ct illlPrimés dl' lias /01lrs, ils sont encore challtés dalls les écoles de province ou de campagne, ct en p01,ticulier dalls des écoles religicl/scs, trOl/sport01'lt O1'ec enx lc 7;irus a Ilti-jnif. Notons qlte dalls le Joli rcclleil dOllt nOlis parlolls 01/ début de cet article, 1'1111 de ces Noëls existe, l/Iais salis les strophes IJ/'écitées. Qu' 011 -ne s'étonne dOliC pas de 1I0tre protestation. NOlis nous associons volontie'rs à la fête de Noël, lIIaü à la comlitiOlI qll'elle Ile 110US fasse pas débouche1' sur des perspectives d'hllmiliatio/l cl de mart:)'re. Nous nous associolls à la cOllclusio/l de not're ami: il faudrait pl'océder à 1/1-1 dépolûllement des textcs racistes de la Noël, analogue à celtû qu'a fait le Père Demann pour les catéchismcs ct les livres d'enseignement, et dema/lder aux autorités ecclésiastiqul'.l' Il' l'l'trait des cOllplets intempestifs. , Pascale SAISSET. '~ ________ "-'-' ___ -' ____________________________ .-..J POSITIONS • Une ,dable ronde» Le magazine ({ Science et Vie » publie dans son numéro de décembre le compte rE:ndu d'un ({ table ronde » sur le racisme qu'il a organisée avec la participation de MM. René CASSIN, ancien vice-président ou Conseil d'Etat, président de l'Alliance Israélite Universelle; Jacques MADAULE, r rofesseur agrégé d'histoire ; Roger BASTIDE, professeur d'ethnologie sociale et religieuse à la Sorbonne; Eugène SCHREIDER, prGfesseur de biométrie à l'Institut de Démographie ; et Alfred METRAUX, chargé à l'l'U.N.E.S.C,O, de la lutte contre les discriminations raciales. Voici quelques-unes des remarques faites au cours de cet intéressant débat : M. le Président CASSIN. - Je crois honnêtement que les Français n'ont pas le tempérament profondément raciste ... Il est vrai que nos compatriotes, un peu xénor; hobes, assez conservateurs et souvent fort jaloux par tempérament, n'échappent pas aux travers des autres hommes. Nous ne pouvons pas nous décerner un brevet de vertu particulière. Mais on peut dire très smcèrement - peut-être parce que les Gaulois ont été profondément influencés par les idées méditerranéennes et la chré, tienté - que le racisme n'a pas trouvé chez nous, en dehors de Gobineau et de Lapouge ni ses grands doctrinaires ni ses fëaux. M, Jacques MADAULE. - Je voudrais parler ( ... ) de l'hostilité qui s'exerce souvent en France contre les Nord-Africains. Tel Kabyle ressemble à s'y méprendre à un paysan du Massif Central. Néanmoins, d'une façon paradoxale, cerlains éléments f t'ançais manifestent plus de racisme à l'égard des Nord-Africains qu'ils ne l'ont jamais fait à l'égard des Vietnamiens pendant la guerre ri'Indochine ou à l'égard des Noirs . Qu'il suffise de rappeler à ce sujet certaines rafles de pOlice ({ au fa cies », M. Eugène SCHREIDER. - Bien sllr les races existent... Cependant la race est une Téalité beaucoup plus compliquée qu'on ne le croit habituellement... Il est extrêmement facile de distinguer un homme franchement noir d'Afrique d'un blanc d'Europe .. mais il n'y a pas pour l'anthropologue de race noire ou de race blanche tout court " on les appelle les grandes races ],'our souligner précisément qu'elles sont des assemblages de types assez hétéroclites. ( ... ) Que vous preniez n'importe quelle classification de race, vous n'y trouverez nt de race aryenne, ni de race sémite, ni de race juive. Les communautés israélites ont à peu près les mêmes caractères anthropologiques que les populations environnantes. Déjà les vieilles statistiques de Weissemberg ont montré que le pourcentage de blonds aux yeux clairs est sensiblement le même chez les Israélites que dans la fJOPulation du pays où ils vivent. M, Alfred METRAUX. - Il est possible PASSE. T -IL .jt • que la définition de la notion de culture ait été la plus grande acquisition de la sociologie au sens large du mot. Au fond , ce qui distingue les hommes entre eux, ce sont les traditions culturelles. Il Y a, entre les groupes de profondes différences. Mais ce sont des différences culturelles. Il est temps de diffuser largement cette idée, au motnent où nous sommes témoins de ce saut extraordinaire des peuples qui passent, en quelque vingt ans, de l'âge de la pierre taillée à celui de l'atome. M. Roger BASTIDE. - Le préjugé racial primd des formes différentes selon qu'il s'agit d'une situation paternaliste ou d'un regime de libre concurrence. Dans le premier cas, l'homme de couleur se situe si bas dans la hiérarchie sociale, qu'il ne peut pas être un concurrent possible, et de ce fait, il ne représente pas un danger. Le résultat est que le Blanc aura des rapports avec lui, à condition que ce salent des rapports de supérieur à inférieur ( ... ) Mais dès que, par suite de l'industrialisation, des rapports de concurrence vien· r:ent de naître entre les races, alors, immédiatement, Te préjugé prend une forme beaucoup plus virulente ( ... ) Donc, pour moi, dans le paternalisme wmme dans le r,;gime concurrentiel, que j'appellerai de ({ la lutte des classes », la cause fondamentale du préjugé, c'est la lutte pour le statut social, pour la situation sociale. L'idéologie raciste et les stéréotypes ne font que servir de justification après coup ( ... ) Voilà pourquoi ,ie pense que la seule solution possible pour venir à bout du racisme, c'est une transformation complète de la société. M. le Président CASSIN. - Les mesures ? Cela peut aller de la loi la plus vaste - loi internationale ou nationale - au règlement le plus infime concernant l'entrée dans les cafés, l'emploi dans les usines ( ... ) Il Y a les mesures répreSSives, et il y a i€s mesures préventives. Or, vous savez Uen que le répressif ne donne pas toujours rie résultats, mais il peut en donner ( .. ,J A côté de ce que j'ai appelé les ({ mesures », il y a ({ l'éducation », J 'entends ~Iar éducation non pas seulement l'éducation scolaire mais aussi la possibilité, pour les enfants de rencontrer des enfants d'autles milieux, d'autres races, et de les respecter ( ... ) En réalité le racism~ est une maladie sociale. On ne guérit pas les maladies instantanément

personne ne peut faire le

miracle de supprimer le racisme dans le monde en quelques heures ni même en (uelques années, C'est une tâche immense, à laquelle tous les hommes qui pensent doivent s'atteler. • Le rôle des enseignants La liyraison de septembre des « Documents Eclsco » (Editions Scolaires), publication pédagogique bimestrielle. contient une pénétrante étude de M. Lucien SEf/E sur le racisme. « Qiu'est-ce que le racisl/le, r écri~-il. C'est, dirons-1wus, la tentatwe de JUStifier les pratiqHes d'iscriminatoires et oppressives d'nn. groltpe ethnique sur WI a,lttre par la cr0'J'al/ce en m1e sHpériorité héréditaÏ1'e de ce'rtail/es -races hnl/lailles POl' rappol't à d'autres, notamment sur le plan inteUect1!el et 11/oral. 0 rdi1lairelllel/t, on réd lût cette définitiol/ à sa dell.1:ièlllc partie, c'est-à-dire qu'on définit le 1'acisme seulement par la croya nce à la su pél'iorité héréditaire de certaines races, sans parlel' des pratiques discrimi-natoil'es et oppressi'l'es de certains groupcs ethniaues sltr d'aul1·es. Nous pellsons quI' c'est là 1tI1e grosse errenr ; car c'est réduire le racisme à unc -idée, alors qu'il cst d'abord et avant tout une !rat'ique sociale, dont l'idée l'aciste n'est que le 1'1'flet la justificatiol/, l'alib'i. Le racismc ne ~onsiste pas dans le simple faif d'appeler par e.l;emple WI A lgh'ieH « raton » ou « melon », mais dans le fait d'imposer a'ux Algériens tme condition mep1'isable, dont ces termes méprisants ne sonl que l'expression verbale. Et sans doute l'aire de diffusion de l'idéologie raciste déborde-t-elle fréquemment sa base sociale réelle, comme en toltte idéologie. Il n'empêche qlte, coltpée de sa base, elle devient incompréhensible. « Ainsi entendu, le 1'acisme est une forme millénaire de l'oppression dc l'homme par l'homme. Il y a elt un 1'0.cisme romain à 1"égard des peltples « barbares » - et le mot même de barbares est en qttelque sorte le « raton » des Romains - il y a eu un racisme de la chrétienté médiéval~ d'où est sorti pour une large part l'antisémitisme contemporain, comme il y a un racisme d'u capitalisme et du colonialisme modernes, Mais sans aucun doute, (m cours de cette lon. qlte histoire, et contrairement Peut-êlre à ce que croient certains, la furie meurtrière du rncisme. bien loin de s'atténuer depuis l'antiquité et le moyen-d.qe avec le « Pro,qrès des moeurs » a atteint de nos jours une ampleltr sans précédent ( ... ), « Combattre a1,jourd'hui le racisme, ce u'est do'nc pas s'attaqllCl' (/I/.' séquelles d'un 1Jieux mal finissant. mais bien à l'envahissement d'un fléan pills caractéristique de notre temps ql/e d'allclIlI aulre dans le passé. » Examinant les raisons pOllr I csqllclle~ les enseignants sc doivent de 111enCl' « la bataille 'idéolog ique » contre lc raci snle, M, Lucien Sève, cn souligne trois prin cipales

« D'abord parce que lcs cercles 1'010- 1Iialistes et n;acti01l/w ires IIlettellt toul l'II oeuvre pour l'etarçfer l'irrésistible 1/I0U7'C- 1IIellt d'émancipation des peuples colollisés, et que six ans de q uerre d'Alghic , s1lccédant à sept ans de .qne-rre d'JI/dochille, ont renforcé la base objectÏ7'c dll l'acisllle en FraI/CP: ensuite parce quc. UOll seulement à l'aide de le-ur prcssc, /liais trop souvent avec cclle de la l'adj(l ct de la télhlisi01l d'Etat, ces mêmes CCI'cles cherchent consciemment à diff1/s,'}' les idées 1'acistcs - qu'on sOl/ge, e,1,'C/1/l'le !ris ent1'e miUe, à la manière dont sout quotidienne1ll('nt traités par 1I0tre radio les dirigeallls cnbaÎlls, ,qnil/éells Olt conqolais, pour ne pas même parler dl' l'Afrique d1/. Nord - enfi1'1 parce l/ltl' , trop souvent, nn Fra/lçais qui l'arta.q.' instinctivement tOltS les préjuqés 1'Ocis/cs S1tr la pI'étel/due inaptitude des pel/,ple.africains à sc ,qouverner, on qui SOIl!conne d'emblée d'ltn vol Hn travail/CUI àlqérie1-1. lI'et/. arbore !as moins la t1'011 - quille conviction de 11 'ê tre !as 1'Ocistc, III naïve bonne cO llscience qn' « Cil France 011 n'est pas raciste » - forllle subtil. dll poison rac'iste qu; assol/pit qrm'cl1lc111 le sens critique. » « Oue les ell seiqllal/ts , dOliC, conclutil, assurés d'accomplir ainsi tille très noble et il/discutable missioJ/ saisissellt tm/tes les occasions pédagogiql/cl/1cJ/t t'Ol/dées ponr quérir Olb pour Iwé~ 'c llil' la ma[ cdie l'aciste che::: leurs élh'es ( ... ). Ott'ils saisisseHt toutes les occasions valabl,ès de faire comprendre cette qralldc vérilé silllple que les inégalités cria Il tes qni c:~-üte11t entre les peubles Ile z'iell/le/lt pas des ill justices des hommes -- dc ccrtaù1.\ !roll/mes - et ceci, 1/.011 Selllell/l'II I l' II s'app1l'vant sur les ensei.qllC/IIrllts ,{II f'lls- , .lé, mais sur ceux du "rhcl/I, » NAZISME Une enquête sur Globke ? Les révélations cie P.-A. Lelltill SUI' les activités passées clu Dr Hans Globke, publiées clans le dernier numéro de « Droit et Liberté », ont eu un large retentissement en Flll1ce et à l'étrang-er. C'est un nouveau coup porté à celui Qui élabora et commenta les lois racia\e~ hitlériennes, à celui qui se rendit dans les divers pays occupé" par les nazi~ pour faire appliquer des lois semblable, (ainsi, en Slo\'aquie en septembre 1941 , où le montre notre photo ùe première page) . La dénonciation de Globke, à laquelle participent plusieurs journaux et groupements en Allemagne occidentale même, amène le chancelier Adenauer à envisager de se séparer de ce collaborateur gênal)t, à qui il voue pourtant une grande amitié. Il voudrait éviter que se t'Cnouvelle le malaise créé par l'affaire Oberlander. Aussi C0I11111ence-t-on à parler, a Bonn de la « santé chancelante » de Globke, qui pourrait amener M. le Secrétaire d'Etat à faire retraite. On a même annoncé sa démission. D'autre part, le procureur g'énél-al fie l'Etat de Hesse a confirmé qu'une enquête est actuellement en cours sur le passé de Globke. Celui-ci, cependant, reste fidèle à son poste d'éminence grise du Chancelier. Souriant, le teint fleuri, il répète à qui veut l'entendre qu'il « 11 'est au coumnt de rien ». Jusqu'à quand durera ce scandale! • U ne réputation qui n'est pas à faire « Léni bien aimée, je suis sur le divan où j'ai senti ton âme communier avec la mienne ... Il faut revenir ... cela n'avait pail l'air de te déplaire. » C'est en ces termes délicats que Julius Streicher, l'ignoble chef de file de la propagande raciste hitlérienne, le directeur du torchon « Der Stürmer », s'adressait à Léni Riefenstahl. Cette actrice, qui fut l'égérie des grands chefs nazis, qui paradait en uniforme S,S. pendant les massacres de Juifs, a exprimé, elle aussi ses sentiments dans une forme édifiante. Elle qualifiait pudiquement Goebbels (dans « Paris Soir Il du 2 juillet 1937) de « plus agréable des patrons ». Elle éci'ivait à Hitler que 8O1l « admiration pour vous mon führer, ie (Suite page 3) (Suite de la paqe 2) place au-dessus de tout ce que je peux penser et sentir ... » Pour avoir rappelé ce passé, un histor; t:n, M. Alexandrov, vient de se voir con· damné. Son livre consacré à Eichmann est placé sous séquestre parce que « porlant atteinte à llonneur et à la réputa· tion » de la plaignante. Evidemment, l'honneur et la réputation

te Léni Riefenstahl sont au-dessus de tout

soupçon 1 Ce jugement a été rendu le 23 décembre 1960, à Paris, où Léni Riefenstahl étai~ vt nue spécialement. • Une rénovation qUI de 1 n a nen nouveau On nous transmet de Toulouse un tract ronéotypé, répandu abondamment dans le Sud-Ouest. Ce tract, Édité par le « Mouvement de la Rénovation Française » ne rénove certell pas la propagande xénophobe, raciste et antisémite à laquelle les Hitlériens nous ont habitués. Sous le titre « Rien que la France », il s'agit de virulentes attaques contre les « entreprises de colonisation nord-africaine, espagnole, italienne, juive, polonaie, etc ... » que « nous voyons prospérer et proliférer chez nous ». Ces « colonisateurs » trouvent un appui selon ce tract, il. la « Dépêche juive ), (lisez : « La Dépéche de Toulouse ») pour qui le libéralisme signifie : « le pourrxssement à forme prétendue démocratique, si favorable aux combines et intérêts de la juiverie internationale ». Aussi, le « mouvement » en question préCOnise « des coupes sombres » dans les rangs des émigrés de toutes origines, pour « rendre intégralement; la France aux Français », ct pour « procurer des logements et du travail à nos compatriotes d'Algérie ». De telles élucubrations peuvent faire sourire. Mais qu'on y prenne garde. C'est dans ce style que les criminels d'hier justifiaient les camps de concentration et les chambres à gaz. Il est inadmissible qu'une telle prose puisse être diffusée aujourd'hui en France. • «Le Juif Süss » en Egypte Un journal du soir a annoncé que le rilm " Le .Tuif Süss " a été projeté ré· cemment par la télévision de la Répuplique Arabe Unie. Ce navet hitlérien est une des plus ignobles productions antisémites de la propagande nazie_ Lorsque, après la Libération, des fascistes tentèrent de le projeter à Paris, les antiracistes, à l'appel de notre Mouvement, s'élevèrent avec indignation contre ce scandale, et la séance prévue fut iDterditc. Si l'information aujourd'hui publiée est authentique, nous dénonçons avec énergie cette inqualifiable tentative d'excitation à la haine. Le M.R.A.P. a décidé d'exprimer à ce sujet l'émotion des antiracistes à l'ambassade de la R.A.U. ANNONCE Jeune éducatrice cherche chembre indépendante. Eau courante. Ecrire au journal. VITRI FICATION de parquets APPÀRTEMENTS PROPRIETES BUREAUX - MAGASINS POSE DE PARQUETS RABOTAGE PEINTURE - REVETEMENTS DE SOLS - Travaux exécutés par spécialistes Déplacement en Seine, Seine-et-Oise Sans majoration de prix Devis gratuit sans engagement B EMART 1 ~ rue des Pyrénées - PARIS MEN 18-73 QUE SE PASSE.T.IL ? • 3 Monde d'aujourd'hui e t préjugés d'hier NOUS savions déjà depuiS longtemps que la perverslOn raciste pouvait faire disparaître chez certains hommes jusqu'aux notions les plus courantes de bon sens ou de logique, mais nous gardiOns encore quelques illusions et croyions que la condamnation quasi universelle de l'hitlérisme, avait pu faire naître des scrupules chez les tenants avoués ou honteux de Rosenberg et leur donnant, malgré eux, une certaine pudeur, les détourner des outrances de langage les plus grossières. Or, c'est à un véritable déchaînement de fureur raciale que les récents événements du Congo nous ont fait assister, et cela non seulement dans les espèces de poubelles périOdiques que sont des feuilles comme « Rivarol » ou « Aspects de la France », dont la raison d'être est de distiller la malfaisance, mais aussi dans la « grande prèsse » dont on sait l'influence sur l'opinion publique. « Droit et Liberté », dans un numéro précédent a, sous la signature de notre amie Marie-Magdeleine Carbet, relevé déjà toutes ces incongruités. Nous y revenons aujourd'hui, malgré le peu d'enthousiasme que nous ressentons à répondre à ces balivernes qu'il ne faudrait que mépriser

mais le mépris ne suffit pas ;

et l'expérience ne nous a-t-elle pas appris à quels crimes contre l'humanité, peuvent conduire de semblables sottises ? Il est curieux de constater, comment dans un pays de tradition libérale et universaliste, comme la France, les pseudodémonstrations des Rebatet, des Edith Delamare, des Pierre Dominique, des Henri Lebre, des Pierre Debray, qui ne sont que des pauvretés reprises et accommodées au goùt du jour, des doctrinaires racistes du troisième Reich, et qui témoignent, chez 'leurs auteurs, d'une intelligence bîen inférieure à celle de ces Africains ou autres peuples de couleur dont ils proclament hautement l'infériorité, il est curieux de constater comment de telles pitreries parviennent à trouver audience et font tache d'huile, même dans des journaux qui ne nous ont pas habitués à pareils errements. Après tout, il est si confortable et si facile de se compter au nombre des super· hommes. Et puiS quoi ? Y a-t-il vraiment lieu de s'étonner ? Tout ne devient-il pas possible quand on entend le Chef de l'Etat lui-méme tenir des propos méprisants sur les « populations primitivcs ». L'exemple vient de haut. TROIS « ARGUMENTS » Si l'on excepte les injures et les grossièretés dont la liste est longue (écrits, dessins) et fastidieuse, l'argumentation des racistes de tous poils, face à la volonté d'indépendance manifestée par les peuples africains et autres nations sous domination occidentale, est à peu près la suivante: 1) L'Europe doit se maintenir en Afrique. En quittant ce continent, elle le livre à l'anarchie et à la barbarie, avant de laisser la place iibre à la « dictature communiste », car les Nègres sont incapables de se gouverner eux-mêmes et ne peuvent vivre que sous la férule plus ou moins rude, plus ou moins paternaliste du Blanc supérieur. 2) La deuxième série d'arguments relève de la simple galéjade. Les tenants de Goebbels et de Rosenberg, s'insurgent contre le « racisme » et la « xénophObie » tdes populatiOns africaines, acousées de vouloir terroriser les Blancs, quand elles sont parvenues à l'indépendance. Cet hommage involontaire de gens qui méprisent l'homme à une conception qui revendique le respect de l'homme en quelque lieu que ce soit, n'est-il pas la preuve patente que la dite conception est la seule qui soit valable et ait droit de cité ? Mais n~ nous méprenons pas. Aux yeux de ces racistes, il ne s'agit que du seul respect de l'homme blanc, et la maxime de la Rochefoucauld leur est entièrement applicable. 3) Enfin, écrivent nos bonnes plumes, il est inepte, de céder, comme on le fait au « démocratisme » « onusien » et de donner à ces prétendus nouveaux Etats africains, les mêmes droits que les grands pays civilisés et une tribune mondiale pour leurs vaticinations. Aussi, à leurs yeux, l'organisation internationale n'est-elle qu'un f« machin » qu'on ne peut considérer qu'avec dédain et vouer aux gémonies. Derrière les premières affirmations, se cachent en réalite des intérêts certains et pour le moins sordides. D'aucuns n 'ont d'ailleurs, pas de honte à le déclarer ouvertement, faisant ces aveux aller de pair avec d'intempestives criailleries sur la suprématie occideniale. Les résume de manière très cynique, un dénommé Dr Antonio Jules de Castro Fernandes, un Portugais, administrateur de la Banque Nationale d'Outre-Mer et détenteur d'autres titres encore (n'est-ce pas tout naturel chez un grand colon portugaiS ?). « C'est friser le contre-sens, avance le personnage, que d'évoquer le principe national pour l 'appliquer à tel ou tel territoire sur lequel n'a jamais existé, l'embryon même d'une nationalité ... Ce qui caractérise le panorama actuel de l'Afrique en ébullition ... c'est le retour au fond ancestral, la renaissance des haines auxquelles la présence de l'Occident et du catholicisme avait imposé silence durant de longues années ... L'Afrique ne peut s'organiser en Etat unitaire » ... Elle ne peut être que « complémentaire de l 'Europe » ... « Privée de la coopération européenne, ~SAINVILLEI l 'Afrique ne sera pas capable de résoudre ses problèmes, ni même de les évaluer correctement. » Bref, ces sauvages africains ne peuvent subsister que dans la soumission et la dépendance, et cela pour leur propre bonheur. CE QU'ENSEIGNE L'HISTOIRE Telle est la théorie. Elle peut offrir des variantes, selon le cerveau plus ou moins inspiré et génial qui l'exprime. Il y a encore du travail pour les psychiâtres, de par le monde. Parlons-en, de la barbarie africaine. Quand on contemple avec un certain recul, les actes dits de « barbarie » du passé proche ou lointain, il semble bien que l'Europe n'ait point voulu se laisser devancer par l'Afrique, et cela tout au long des quatre derniers siècles, qui sont justement ceux de la colonisation. Il n'est que de rappeler les massacres et les autodafés de millions d'Indiens, par les Espagnols, conquérants de l'Amérique, aux 16' et 17c siècles, Il suffit de penser aux innombrables déportations de la traite à ces dizaines de millions de bras ravis à l'Afrique pendant deux siècles, à ces lamentables barbaries qu'ont été la traite en Afrique et l'esclavage en Amérique. Enfin, on n'a qu'à faire un très léger effort de mémoire pour revivre par le souvenir, ces boucheries qu'ont été les deux dernières guerres mondiales, et au cours de la plus récente, ces exterminations massives de Juifs dans les chambres à gaz par les civilisés aryens. On a beau fouiller le passé, on ne sache pas que les « barbares » africains, aient jamais procédé à de semblables tueries. Il en va de même de l'anarchie. Il faut être absolument étranger à l'histoire européenne, comme peut l'être un superhomme d'Occident, pour ignorer que l'évolution s'est opérée à travers des décennies et des décennies d'anarchies renouvelées (reflets de luttes de classes encore inorganisées), quand le despotisme ou la tyrannie n'imposaient pas leur rude loi. Nous renvoyons donc ces Pierre Dominique et autres gens du même acabit à l'école de l'Histoire, mais d'une histoire sérieuse et impartiale et non pOint celle qui est truffée de faux et d'oublis volontaires. Leurs démarches s'apparentent à celles d'hommes incultes ... ou alors, ce ne sont que des menteurs par omission. Nous leur rappelons aussi qu'ils ont certainement assez d'amis parmi les colons vivant en Afrique, pour ne pas au moins deviner que le désordre qu'ils évoquent, est avant tout le fait des colonisateurs eux-mêmes. Mais peut-être, nos penseurs ne veulentils considérer de la civllisation que son aspect technique et scientiste 1... Dans cette alternative même, ils ne limiteraient leurs jugements qu'au présent, et feraient fi du passé, accoucheur de la réalité actuelle. N'est-ce pas un des leurs même Debray, qui vient les contredire et leu; donne une toute récente leçon, leur apprenant qu'il y eut une antiquité africaine policée et qu' « au Moyen-Age des Empires brillants, le Ghana et le Mali, s'élevèrent, dont les souverains éblouissaient le Moyen-Orient de leurs fastes » et que « alors que Paris n'était encore qu'une misérable bourgade, Tombouctou passait pour l 'une des cités les plus riche que le monde ait (connu.) ». CES .•. « INGRATS » Il reste donc à démontrer que les Africains ont toujours été incapables de se gouverner eux-mêmes. Il y a 130, 120 ans, les eSClavagistes qui ne se distinguent en rien de nos racistes modernes, affirmaient que l'accession des Nègres des Antilles à la liberté, serait une catastrophe, et feraient triompher souverainement la sauvagerie. Ces mêmes hommes prétendaient s'opposer à l'octroi de la liberté par étapes et criaient au vol, à l'expropriation, comparant leurs ateliers d'esclaves, aux troupeaux d'un fermier beauceron, quant on envisageait d'enlever à la condition servile des enfants nés de parents sur qui ils avaient droit de vie et de mort. On sait ce qu'il est advenu de leurs prophéties. Quand on voit ceux d'aujourd'hui, s'en prendre haîneusement à Lumumba, à Sé· kou-Touré qui entendênt faire de l'indépendance de leur pays une réalité (il est dommage pour eux, que Fidel Castro ne soit pas, lui aussi un NOir ), on ne peut s'empêcher de conjecturer que leur divagations connaîtront le même succès que celles de leurs prédécesseurs. La folie de ces messieurs ne connait plus le limites quand ils assimilent certains dirigeants noirs, qui ne sont pas de leur goût, à des chefs hitlériens. Telle est la comparaison à laquelle se livre l'un d'eux, analysant la nature du pouvoir du prési. dent du Ghana, N'Krumah. Les chefs africains mobiliseraient les réactions passionnelles de populations incultes et abruties pour les lancer à l'assau~ des Blancs. Ils pratiqueraient le racisme et Patrice Lumumba, se serait révélé comme l'un des plus vicieux parmi eux. L'homme aurait, fort heureusement, plus de vanité, que de capacité, , Nous ne pouvons reprendre, à ce sujet, toutes les sornettes qui ont paru dans la presse. C'est à en pleurer ... De toutes cette littérature, il découle que les colons ont toujours été des hommes pétris d'humanité et de biertveillance, faisant de la fraternité humaine, leur premier principe de vie, et que ces Nègres ne sont que des ingrats, assoiffés de sang blanc. Ici encore il suffit de rappeler ce que de temps en temps, mais obscurci par un écran de fumée, pudiquement relégué dans les dernières pages, exprimé en petits caractères, la presse ditE' d'information a fait connaître de cette bonté, de cette générosité du colonisateur. Notre mémoire nous souffle alors, les dizaines de milliers de victimes de Madagascar, les exploits des Boers en Afrique du Sud, les procès de Kotonou ou d'Abdijan, etc., etc. Il est très curieux enfin de constater que le racisme des Africains connaît des limites très tranchées, et que leurs débordements sanguinaires au Congo, deviennent dans les Etats ùe la Communauté, des manifestations de la plus pure amitié entre les races. Qui devinera l'enigme ? C'EST lA FAUTE A ROUSSEAU ... Autre sujet d'impatience pour ces professeurs. .. l'inadmissible position de l'O.N.U. Même M. Hammardjkoeld qui a pourtant donné bien des gages à l'impérialisme n 'échappe pas à leur vindicte. C'est sous les titres de « Bacchanale aux Nations-Unies », « L'O.N.U. maîtresse d'anarchie », « Lorsque la démocratie universelle est en marche », etc ... que « Rivarol » présente lilS débats à l'O.N.U. touchant les problèmes relatifs aux pays africains. L'O.N.U., « ce machin» admet dans son sein, les nouveaux Etats africains. Elle prend en considération les plaintes de cer. tains d'entre eux, comme le Congo. Il n'en faut pas plus pour que nos gens entrent en transes ... Comment l, .. ces « populations primitives », ces nations sous-développées, viennent s 'asseoir sur les mêmes bancs que les plus puissants Etats du monde, et se permettent dans certains cas, de dénoncer la politique de ces mêmes Etats, C'est proprement inadmissible. On n'a jamais vu pareille mare aux grenouilles. En réalité, ce qui blesse, ce n'est pas tant la présence de ces Etats, mais leurs possibilités d'insoumission, leur inaptitude à se ranger sous la houlette de l'Occident, leur prétention de mettre en doute le bienfondé des points de vue occidentaux, bref, leur non-alignement. Edith Delamaoe, aans une série d'articles de « Rivarol » s'en prend à Rousseau, qui a exalté le « bon sauvage » et travaiflé à la destruction... de la civilisation. La notion « Droits de l'Homme » la met hors d'elle. Interprétant à sa façon Aristote, elle réclame pour la race des seigneurs dont elle fait naturellement partie intégrante, le droit de commander et de faire travailler à son profit, tous ceux qui sont des incapables. La liberté générali· sée ? .. Une utopie, une vaine promesse, .. Ce qui caractérise avant tout cette sorte d'écrits, c'est dans certains cas l'inconscience, mais surtout en premier lieu, l'égoïsme; là où règne ce sentiment, disparaît toute sensibilité, s'efface progressivement l'intelligence. Intelligence et sensibilité, n'est-ce pas seulement, en elles, que réside toute la dignité humaine ? 4 LES· ROTHSCHILD X'. ................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... .-; X~ Effets de la force de fr appe ~~ Mythe et LE destin apparemment hors s~ri.e ,des Rothschild: la .rapldlte de leur" ascelnSlon au début du XIXe siècle, leur « royauté» financière à l'époque des banquiers privés, leur influenc2 sur 1&.; pouvoirs publics, leur adaptation à l'évolution économique, et la continuité, la permanence de leur puissance depuis la seconde moitié du XIX" siècle, à côté des banques nouvell~5 « d'affaires » ou de « dépôts. » ... , tous ces faits , considé rés en soi, et isolément, ont ser"vi à la fois d'aliments, d'alibis et de preuves démonstratives au permanent courant antisémite, qui prit en France, à la fin du siècle dernier, une vigueur nouvelle. Protagonistes de l'histoire financière . les Rothschild sont devenus l'un des en· jeux de la polémique sociale. « Les Juifs, rois de l'époque Il écrivait le publiciste Toussenel dès les années quarante. Et Drumont, avec ù'autres, de reprendre CP thème avec fracas cinquante années plu& tr.rd. Le pOint de vue objectif de l'historien il ce propos est que les RothSChild, en par Jean BOUVIER tant qu'ils ont exercé et exercent une «)fiction financière, sont bi~n plus carac té ristiques d'un certain système économi· que que d'une mentalité particulière, d'une « race » spécifique, ou d'une reli· gion déterminée. Dans leurs activités professionnelles, leurs règles de gestion. leurs types d'opérations, leur politique cl'affaires, leurs tactiques de gains, etc .. . les Rotchschild ne sont pas typiquement « Juifs », ils sont typiquement capitalistes - au sens où les économistes et historiens entendent le mot. Parmi d'autres - protestants ou catholiques - les Rothschild représentent un certain type de banquiers et d'hommcs d'affaires, un certain groupe social il l'intérieur de la grandt bourgeoisie : le groupe dit de la « haute banque », aussi bien illustré par les Pélier, ou les Hottinguer. Ces banquiers privés se sont successivement enrichis dans 1: grand négoce international, les emprunts d'Etats, les assurances, les chemins de fer , les mines, l'électricité, le pétrole. etc... Tout en évoluant et en s'adaptant, i:s ont conservé un certain style d'affai res

massivité des fortunes et des opérations,

prudence de la gestion et force des liens internationaux, ignorance de la réclame et absence de contacts avec le grand public... Bref, une aristocratie des affaires, que le succès ultérieur - à partir des années soixante - des établissements de crédit, grands bazars des affaires bancaires, a d'ailleurs quelque peu reléguét' dans la pénombre depuis un bon demi siècle. MAIS les passions antisémites, il J'époque du pamphlétaire Drumont, ou à celle du nazisme et de ses survivances, n'ont que faire de réflexion objective. Le fait est que, sur un fonds ancien d'antisémitisme dlffus, dont l'histoire rend compte, ces passions se sont alimentées au contact des réalités nouvelles du grand capitalisme - dont la « haute banque » était l'un des mécanismes. Le courant antisémite de droite - conservateur, n:onarchiste, nationaliste - a voulu renforcer l'antisémitisme, appliqué aux Rothschild, de toutes les critiques que l'on pouvait formuler à l'encontre des crises, des CAésordres et des tares du régime capitaliste. Le « Juif », en tant que tel, a été présenté, caricaturalement, comme l'inventr'ur et le prototype, à la fois du financier. Et tous les phénomènes qui relevaient seulement d'une structure économique déterminée, d'une organisation sociale spécifique - pas à pas établies depuis le XVIII siècle - se sont trouvés réduits aux dimensions dérisoires des concepts antisémites. Il faut reconnaître que certains théoriciens socialistes du XIX' siècle - fouriéllstes, anarchistes, proudhoniens, voire guesdistes - sont tombés à leur façon Clans cette fondamentale erreur d'optique, Il y eut ainsi dérivation, vers l'antisémitisme, de l'anticapitalisme, et « brouillc'ge » de la critique fondamentale du ca pitalisme par un antisémitisme en soi irrationnel. D'où la juste formule du socialdémocrate allemand Li~bknecht : « L 'antisémitisme est le socialisme des imbéci· les ». Donnons une remarquable illustration cie cet aphorisme, en relisant cette page réalités ~~ $ Dans sa série (( Portraits de ~ l'Histoire )), le Club Français' du 1 Livre (ù, rue Ile la Paix, Paris) , vient d'éditer un ouvrage intitulé (( Les Rothschild )). Cette étude historique ct économique d'une grande clarté eonsti- ~ tue indirectement une réponse à l'antisémitisme, dans la mesure où Icelui-ci a fait des Rothschild le symbole de la (( domination juive )), et où l'auteur , M. Jean Bouvier, montre que l'ascension de cette famill e. (llaeéc dans son contexte objectif. a une toute autre signification. lM . Jean Bouvier, qui est directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes F.tudes, a bien voulu préciser pour (( Droit ct Liberté )) le sens de cette démystification encore nécessaire. de Drumont tirée de La France Juive (1886) : cc Sur qui pèse le plus durement le régi · me actuel ? Sur l'ouvrier révolutionnaire. (t le conservateur chrétien (11. L'un est attE'inl, dans ses intérêts vitaux, l'autn· est blessé dans ses croyances les plUS ché· res... Les ouvriers comptent parmi eux àes hommes asse\!: intelligents, des contre maîtres assez habiles pour faire fonctionner les usines de façon que la disparition du patron ne s'aperçoive même pas. Je suis persuadé qu'ils n'ont qu'à le vouloir, étant donnée leur organisation actuelle, pour s'emparer de tout. Malheureusement pour èux une révolution comme celle-là arrêtera net toutes les fabriques, et dans cet intervalle, la bourgeoisie se ralliera. trouvera un général qui noiera dans le sang Id. révolte prolétarienne. Si la bourgeoisie française ne fait pas cela, l'Allemagne le fera pour elle, saisira cette occasion d'intfrvenir, et sera soutenue par la bourgeoisie épouvantée. Ce but, que poursuivent If.s ouvriers, et qu'ils n'ont pas tort de poursuivre à leur pOint de vue, ne pourrai t'il pas être atteint pacifiquement ? Pourquoi un prince chrétien (2), un chef aux conceptions fermes et larges ... ne confisquerait- il pas les biens juifs ? Pourquoi. avec les ressources ainsi créées, ne permettrait- il pas aux ouvriers d'expérimenter leurs théories sur l'explOitation collective et directe des établissements industriels ? l) ON a ici commp un condensé prophe· tique de cc l'anticapitalisme » et de l'amisémitisrr.e nazis : la révolution wciale muée en confiscation des cc biens juifs » ! Mais oe qui n'était que théorie chez Drumont, on sait de reste comment ce dE'vint pratique... Que ces cc thèses » aient eu des adeptes, en France, il y a quelque soixante-dix années donne à réfléchir. Entre autres armes contre le cc socialisme des imbéciles » - imbéciles qui ont fourni leur contingent de criminels - il r a, aujourd'hui comme jadis, la raison, la réflexion historique, l'étude objective. A propos des Rothschild, ces méthodes sont parfaitement applicables. Et l'on voit alors en eux ce qu'ils furent vraiment : de grands bourgeois typiques. Aussitôt tombent bien des falsifications à base anti~ émite. Mais la remise en ordre des idées n'est jamais inutile à refaire, dans la mesure où l'antisémitisme est l'une des ma· ladies honteuses du corps social. ( 1) Allusion il, la politique laïque de l'Etat bourgeois républicain, (2) Drumont était monarchiste. ~ x ~ ~ ~ L'AFRIQUE BAFOUEE l ~ ~ ~ l A troisième bombe atomique françaçise vient d'exploser sUi :\ ~ le continent africain . La presse étrangère a enregistré l'évé- ~ .~ nement avec une indifférence résignée. Il faut noter cepen- :\ ~ dant la protestation officielle du gouvernement japonais et la désap- ~ ,\ probation du gouvernement canadien. Les gouvernements du Ghana, .\ ~ du Mali, du Nigéria ClInt fait connaître leur indignation. ~ ,\ Nous voulons bien croi re que toutes les, précautions ont été .\ ~ prises pour réduire au minimum les dangers physiologiques, nous ~ ,\ admettons que les risques sont faihle·s. La question n'est pas là ~ ~ Le problème qui se pose n'est pas un problème de santé et de sécu- :\ ~ rité, c'est un problème politique' dont dépend l'ave,nir de la com- ~

\ munauté qui s'édifie sur des structures nouvelles. .\

~ Plus que les tenants des civilisations usées, les peuples afri - S } coins dans leur fraîcheur d'âme sont choqués par le détournement ~ X des acquisitions scientifiques vers des oeuvres de destruction . Se ~ S sentOint frustrés des richesses de la terre' par leur état de sous~ ~ ~ développement, ils ne peuvent comprendre que de-.; peuples civilisés ~ ~ au lieu de les aider à acquérir ces richesses, gaspill~t ains.i des S ~ ,--- s f 1 ~:~de~I!Charleséd~!Charlesn~a~e ~ ~ l contre l'Ar"memel,t Atomiqu'e ~ ~ crédits sur leur sol . Pour eux la science est une activité humaine ~ ~ noble et sacrée qui ne doit pas être profanée. Commettre une telle ~ ~ pr"ofanation sur le· cantinent qui leur appartient prend à leurs yeux ~ ~ la signification d'un viol de leur sol et de leur âme. :\ ~ Nous avons grand tort de méconnaître- la force et la profon- ~ ~ deur de ces. sentiments. ~ ~ Lorsqu'il a été question de procéder en Corse à des explosions ~ ,\ souterraines - qui Ine compartetnt pas les dangers des explosions ~ S aériennes - la vague émotionnelle soulevée parmi les habitants ~ .\ de la Corse a été telle qUe le gouvernemennt a jugé prudent de ~ ~ renoncer à ce projet. :\ ~ Lorsqu'on a voulu immerger des déchets radioactifs en Médi- S ~ terrannée' en respectont des règles très strictes de sécurité il a suffi X S de l'opposition d'une pe'tite principauté pour surseoir à cette apé- S .\ ration . Le gouvernement tient donc grand compte des réactions .\ S sentimentales des populations européennes. Mais lorsque ces r"éac- ~ \ tions sont manifestées par d'autres populations il n'en est pas de ~ \ même. Comment ne comprend-on pas en haut lieu que plus que :\ ~ par les faits eux-mêmes les peuples de l'Afrique peuvent se sentir . ~ ,\ bles·sés par une te'le discrimination. :\ S Nous n'ignorons pas certaines objections : les installations de . S ,\ Reggane ont été décidées à un moment où la France régnait en :\ S souveraine sur l'Afrique du Nord. On y a investi des crédits impor- ~ _\ tants. On ne peut pas renoncer à ces investissements. Mais les :\ S rapports entre la France et les andens peuples colanisés ont évolué ~ X rapidement. Ce nel sont plus à l'heure actuelle des rapports de ~ } domination basés sur la force: Ces peuples ont acquis leur souve- ~ X raineté et ces rapports sont devenus des rapports d'égal à égal , ~ ~ des relatians qui se fondent désormais Sur l'amitié, la confiance :\ X mutuelle. l'intérêt commun. Avoir su réaliser ces chQ.ngements est ~ ~ à porter à l'actif du régime actuel. Mais il faut savoir cel qu'an veut. :\

\ Si les bombes atomiques françaises continuent à exploser sur le ~

~ continent africain nous r'isquons de ruiner cette oeuvre, nous avons :\ ~ l'air de lancer un défi aux peuples quel nous venons d'émanciper. ~ ~ Nous compromettons les liens d'amitié qui lient la France à ces :\ ~ jeunes nations, même' à celles qu i actuellement nous assurent de ~ ~ leur coopération à l'O.N.U. ei!' ailleurs. Devons-nous saus prétexte X ~ de ne pas abandonner des ilnvestissements coûteux jouer cette ami- ~ ~ tié et risquer de la perdre: X ~ Les grands prêtres de notre action psychologique sont-ils donc ~ ~ incapables de saisir les arguments d'une psychologie élémentaire S

\ mais fondamentale et de sel mettre par la pensée à la place des :\

~ oeuDles africoilns : Quelles seraient leurs propres réactions si les ~ X Noirs de l'Afrique avaient découvert l'énerqie nucléaire et s'ils :\ S choisissajent nos Landes pour expérimenter des bompes ? ~ X La France a donné, il y .0 quelques mois, son adhésion à un .\ ~ accord international destiné à préserver t~ continent polaire austral ~ X de toute expér"imentation nucléaire. Heureux pingouins de la terre .\ X Adélie 1 Ils n~ connaîtront pas l'angoisse apocalyptique qui étreint ~ ~ les homm€~. Mais est-il raisonnable de refus·er aux hommes quelle X ~ que soit leur couleur ce qu'on accorde' si généreusement aux conti- ~ ~ nents habités par quelques rares animaux? \ ~ ....................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... } Réveillons nazis à Paris Les nazis ont révei llonné à leur façon. à Paris: en essayant d'incendier une ~ \ 'nagogue, et en inscrivant des slogajl~ antijuifs. . C'est dans la nuit de Noël qu'il se sont attaqués à la synagogue de la rue Payée. non loin de l'Hôtel de V ille, vers 2 h. :w du matin. Ils mirent le feu à de l'essen ce qu'ils avaient vidée contre la porte principale et qui coulait dilns le hall. Fort heureusement, un passant survint peu après : il éteignit le début d'incendie en l'étouffant avec sa gabarcline. Les flam mes avaient commencé il ronger le. ha ~ de la porte. et 1'011 peut \'oir encore. sur le carrelage du hall, la trace noire lai,,sée par le feu. L'essence ,n-ait coulé éga le11lent sur le trottoir ct sur la rue, ri squant d'incendier les yoitures qui st' trouvaient à proximité, Cette agression est la seconde en quel ques semaines. En novembre. déjà. le, nervis racistes avaient brisé les yitres du secrétariat de la synagogue et lancé de, iou1'l1aux imbihés d'essence qui mirent le feu à un bureau. L'émotion est grande dans ce quartier COMMENT CONCEVEZ-VOUS L' ANTIRACISME? 1 L'enquête ouverte dons notre ovont-dernier numéro par les articles de M, Poul Oehem et de Roger Marria nous a valu un courrier intéressant, Nous ne pouvons publier ces let- ! tres dans le présent numéro en raison de l'obondance des matières_ Mais l'enquête continuera le mois prochain, Amis lecteurs, faites-nous porvenir votre point de vue ! populaire. où· l'on condamne a\-ec YI g-ueur ces actes de style hitlérien.

  • ..

Pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. les groupes _nazis ont fait des inscriptions a ntisémites sur les murs du Mémorial du

'IIartyr Juif Inconnu qui, décidément, le

empêche de dormir. Ces inscriptions ont été effacées le lendemain. ' *

Une fois de plus, la police a été alertée, et une fois de plus on annonce une enquête. Nous pensons cependant que de, mesures préventives pourraient être pri ses pour empêcher ces menées dangereuses. Est-il donc si compliqué de connaître leurs auteurs ? Le « portrait robot» de ces energumènes serait assez facile à réaliser ! _._ ----------------_ ._-- Les Journées de Au lendemain des manifestations du dimanche 11 décembre à la Casbah et à Belcourt, j'avais, à Alger, un entretien avec un fonctionnaire musulman de la Délégation générale qui, commentant les événements de la veille, me· dit notamment ceci: - En plus de tous les morts qui vien· llent grossir l'effroyable martyrologe de l'Algérie, ce qui s'est passé depuis trois jours me paraît très grave d'un autre point de vue : sur les Européens qui ma· nifestaient, le servtce d'ordre s'est contenté de lancer des grenades lacrymogènes. Sur les musulmans, sans hésitation, sans scrupules, on a tiré au revolver ou à la mitraillette. Au même moment, à Paris, un certain r.ombre de parlementaires musulmans, protestant contre l'attitude des forces de l'ordre, soulignaient eux aussi que l'on avait fait comme à l'habitude, mais de façon plus cynique encore « deux pOids el deux mesures ». UNE HARGNE INDESCRIPTIBLE Il est évident que tout au long de cette Hmaine algé~oise des signes profonds de racisme se sont manifestés sous les formes les plus diverses. Dans les manifestations européennes c)'abord et cela de façon indéniable. Il lSuffïsaït d,'entendre les propos que tenaient les manifestants de la rue Miche· par Claude ESTIER lei pour être convaincu que le mythe de la « fraternisation » né, pour les besoins de la cause, au lendemain du 13 mai, était définitivement enterré. La façon brutale C:ont certains Européens cherchaient à entraîner dans la grève du F.A.F. les commerçants musulmans qui refusaient de s'y associer, les injures dont ils accompa- Dans les rues d'Alger, drapeaux en tête gnaient leurs propos, ne laissaient aucun cl.oute possible sur leurs véritables sentiments. Dans la n~pression ensuite. En « net· toyant » à la mitraillette le quartier du Ruisseau, par exemple, les parachutistes ont donné une nouvelle preuve du faible r;rix qu'ils attachent à la vie d'un « bougnoule ». Quant à la tragique fusiilade de Bab el Oued qui a fait tant de morts mu· sulmans, elle a été déclenchée dans le la guerre exaSDère les antagOnismes ... (SUITE DE LA PAGE UNE) nltent à exister, comme par le passé, deux poids et deux mesures, la T/.gueur. de la répression pour les uns, la complatsance, voire la complicité, pour les alttr~s »., Cette situation explique pourquOl apres six années d'une lutte inégale, les masses musulmanes ont pu exprimer avec tant de puissance leur combativité, lem sympathie pour le F.L.N. Seuls s'en étonneront ceux qui ignorent - ou veulent ignorer - les causes profondes .de cette révolte provoquée par tant de chscriminations; d'humiliations et d'injustices. T El 1 dé~em~re, des act~s antijuifs ont eu heu a Alger et a Oran, at...... tirant l'attention sur la troisième communauté dont le sort se trouve lié à l'évolution du drame algérien. Le sac d'une synagogue, la profanation d'un cimetière, les attaques contre des magasins juifs, même s'il s'agit de manifestations sporadiques et _ non préméditées, témoignent des passions qui résultent du climat de violence en!Letenu par six années de guerre. Le M.R.A.P. qui combat tous les racismes, d'où qu'ils viennent, a, dès le lendemain, flétri publiquement ces exactions. Mais il dénonce avec la même vigueur ceux qui exploitent une émotion légitime pour tenter de dresser les Juifs contre le peuple algérien. De même que l'on ne saurait assimiler les ultras criminels à l'ensemble des Européens, de même il serait faux d'attribuer à une volonté délibérée des dil·igeants musulmans ces actes antijuifs qui se sont greffés, ici et là, sur des démonstrations d'une toute autre orientation. Nos articles consacrés au drame algérien apportent des informations nombreuses sur cet aspect des récents événements. Et il convient d'attacher une importance toute particulière à la déclaration publiée dans « El Moujahid », par laquelle le F.L.N. désavoue l'attaque de la synagogue d'Alger et demande à ce sujet une enquête internationale. Nous sommes convaincus - et nous l'avons répété maintes fois dans ces colonnes -' que juifs, musulmans et chrétiens peuvellt s'entendre en Algérie. Les antagonismes entre les communautés, Que le régime colonial envenimait quand il ne les suscitait pas de toutes pièces, sont gravement exaspérées par la poursuite de la guerre. Seule une paix juste, l·ecOl1naissant les aspirations et les droits des musulmans, mettant fin aux privilèges et aux discrimination s, pourrait créer les conditions d'une entente, d'une coopération entre les hommes de toutes origines sur cette terre trop longtemps déchirée. OR, cette paix, le référendum du 8 janvier vient de confirmer qu'elle est voulue par l'opinion. L'influence des ultras, des partisans de la guerre à outrance est apparue pour ce qu'elle est : négligeable et artificiellement gonflée. Par contre, la masse des électeurs qui ont répondu « oui » au général de Gaulle, tout comme ceux qui ont voté « non » et bien des abstentionnistes volontaires, se sont prononcés les uns et les autres. sans conteste. pour la paix par la négociation. C'est la France entière maintenant, qui attend la né~ociation : non pas avec ceux des Algériens qui appol-tent -'1.ctuellement leur collaboration aux ilutol·ités françaises, ce qui, de toute évidence n'apporterait aucun changement - mais avec ceux contre Qui l'on se bat, avec le G.P.R.A. dont il faut bien reconnaître l'influence et la repr.ésentativité après les événements de ces dernières semaines. Seule une négociation de cette sorte, portant sur le cessez-le-feu et donnant toutes garanties d'une consultation lovale, permettrait d'en finir en Algérie avec les méthodes électorales très contestables dont le référendum a donné une nouvelle illustration. Plus vite elle aura lieu. plus largement s'ouvrira la perspective de relations nlus humaines entre les communautés d'Algérie. entre le peuple algérien et le peuple français. Ch. P. Décembre plus pur style des « ratonnades » classiques par de jeunes blousons noirs euro· péens donnant la chasse aux musulmans ri pénétrant à leur suite dans un café maure dans le seul but d'y faire la loi à coups de revolver. Dans le même temps, les Européens - hommes et femmes - qui des fenêtres et des balcons tiraient

ur les musulmans ne se gênaient pas non

plus pour les traiter avec une hargne indescriptible de tous les .noms - et ils sont nombreux - que le vocabulaire français a inventé à l'intention des Nord-Africains. DES EXCES QUI N'AURAIENT PAS DU ÂVOIR LIEU ... Et les musulmans eux-mêmes ? On a voulu voir aussi dans leurs manifestations un aspect raciste et beaucoup d'hommes de droite, dont l'attitude passée ne permettait pas de penser qu'ils mèttraient un tel zèle à prendre la défense des Israélites, cnt immédiatement mis l'accent sur un fait qui est effectivement regrettable : le pillage de la synagogue de la Casbah. Quelques heures après la manifestation du 11 décembre, je suis allé rue Randon. J'ai vu les images de la dévastation, les portes enfoncées, les livres sacrés déchirés, les murs souillés d'inscriptions à la reinture. Le fait est indiscutable, mais il mérite cependant des explications. Ces explications, je les ai demandées, av&nt de quitter Alger, à tous les respon· sables pOlitiques algériens que j'ai pu rencontrer. Voici ce que l'un des plus qualifiés d'entre eux m'a répondU. - Je suis d'accord avec vous pour penser que c'est regrettable. Mais d'abord Guand une foule est déchaînée elle commet facilement des excès. Ensuite, il faut dire que les Israélites n'ont pas toujours eu une attitude très favorable à notre égard. Ils se sont engagés à fond pour l 'Algérie française. Entin, j'insiste sur le tait qu'aucun Israélite n'a subi de sévices physiques au cours des manifestations. Il n'empêche que la profanation de la synagogue n'aurait pas dû avoir lieu ... Quelques jours après, une explication plus complète a été fournie dans le numéro spécial d'El Moujahid consacré à la relation des événements de décembre 1960. Un éditorial intitulé « L'antisémitisme, cheval de Troie du colonialisme )l,

éaffirme la doctrine constante du F.L.N.

qui considère les Israélites algériens, « installés en Algérie depuis Vingt siècles », comme des Algériens au méme titre que les musulmans. Et l'article ajoute qu'aux yeux du F.L.N. l'antisémitisme est « un sentiment importé par le colonisateur !rançais qui voyait en lui tout à la fois un moyen de gouvernement et la satisfaction de ses propres sentiments à l 'égard des Juifs, race honnie ». L'organe du F.L.N. rappelle le pogrom de Constantine en 1934 pour dénoncer le rôle déterminant qu'y jouèrent la pOlice et l'administration coloniales et évoque les appels à l'action directe antijuive adressés aux musulmans pendant la guerre pal' les Vichystes qui sont les ultras d'aujourd'hui. Regrettant d'autre part l'attitude de certains dirigeants du Consistoire qui incitaient la communauté israélite à ne pas prendre part à la lutte du peuple algérien, le F.L.N. se félicite d'avoir vu de nombreux Juifs algériens rejoindre ses rangs. LE G.P.R.A. DEMANDE UNE ENQUETE INTERNATIONALE Quant à l'affaire du pillage de la synagogue d'Alger le « Moujahid » appelle les dirigeants israélites à soutenir la proposition du G.P.R.A. tendant à la création d·une commission d'enquête internationale afin d'établir de façon certaine ce qui s'est passé à Alger. 5 Une telle commission pourrait peut-être, en effet, établir .,'il y a eu ou non provo· cation dans cette regrettable affaire. En tout cas, la prise de position de l'organe officiel du F.L.N. me paraît particulièrement importante dans la mesure où elle vise à mettre en garde les cadres locaux du F.L.N. contre les dangers que ferait courir à la cause algérienne le renouvellement de tels incidents et à les inciter à se montrer particulièrement vigilants dans ce domaine. les prises de position du F.L.N. et du G.P.R.A. Dans l'article d' (( El Moujahid », organe du F.L.N.. analysé ci-dessus par Claude Estier, et où figure la demande d'une enquête internationale sur les évenements d'Alger, on peut lire notamment: (( Depuis 20 siècles, les Juifs sont installés cn Algérie. Au moment où les pires persécutions leur étaient réservées en Europe, c'est l'Afrique du Nord, terre de tolérance, qui accueillit les Juifs chassés d'Espagne. (( Sur la terre algérienne, la minorité juive a toujours vécu en bonne intelligencc avec les musulmans, s'interprénétrant largement, partageant joies et peines, soumis ensemble à la lourde tyrannie des féodalités, indissolublement liés cntre eux_ (( L'antisémitisme est un sentiment importé par le colonisateur français, qui voyait cn lui, tout à la fois, un moyen de gouvernement et la satisfaction de ses propres sentiments à l'égard des Juifs. (( Un long travail de dissociation aboutit au pogrom de Constantine en 1934 ; encore faut-il signaler que juifs et musulmans, le calme revenu , dénoncèrent la provocation et le rôle déterminant dans la conduite de l'émeute de la police et de l'administration coloniales. Ce fut leur seule victoire. Pendant l'occupation, alors qu'on retirait la nationalité française aux juifs d'Algérie ( ... ), les vichvstes, devenus aujourd'hui les ultras, avancèrent que cette mesure satisfaisait une soi-disant revendication musulmanc. Pour confirmer leurs dires, ils auraient voulu que les musulmans attaquent les juifs ct ne ménagèrent pas leurs efforts pour ohtenir ce résultat 1. .. ) (( Le peuple algérien répondit fièrement qu'il n'était pas l'exécuteur des saI ~s besognes racistes du colonisateur, que les juifs demeurés fi dèles à la patrie algérienne étaient leurs frères. (( Depuis le début de la Révolution, on a vu de nombreux juifs rejoindre ses rangs. Certains sont morts, d'autres ont subi d'innommables tortures, d'autres eneor ·e continuent la lutte aux côtés de leur peuple ( ... ). (( ... Le Front de Libération Nationale a sû garder son sang-froid en face de la provocation. En 1956, il a dénoncé le mot d'ordre de boycott des commerçants juifs. Il a lancé de constants appels aux juifs d'Algérie, eitoyens algériens, pour qu'ils rejoignent la lutte. (( Ces appels, des juifs de plus en plus nombreux les ont entendus, malgré l'attitude, lour de de conséquences, de dirigeants complices des bourreaux. (( Au contact de la Révolution, les juifs ont vu que le caractère antiraciste et aniieolonial de la lutte du peuple est le garant que ce peuple, qui a fait table rase du colonialisme, a ehassé à jamais ce sentiment hideux importé par ses opnresseurs

l'antisémitisme. »

Rappelons, d'autre part, l'appel lancé à la radio le 17 février 1960 par M. Ferhat Abbas, président du G.P.R.A., li. tous les Algériens: (( L'Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine: cette formule n'est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune. (( C'est la terre qui façonne l'homme. Et la terre algérienne nous a façonnés_ Elle nous a si bien marqués que nous pouvons vivre ensemble. « Dans la République algérienne que 110US édifierons ensemble, il y aura de la place pour tous, du travail pour tous. L'Algérie nouvelle ne connaîtra ni barrières raciales ni haines religieuses. Elle respectera toutes les valeurs, tous les intérêts légitimes. » _______ 6 S'IL est une terre par le monde où sévit à plein ce fl~au de l'humanité qu'est le racisrl)e c'est bien l'Algérie. Alors ' que la France a une place de choix parmi les peuples qui ont le plus lutté au cours de l'Bistoire pour le respect de la personne humaine et pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Alors que nos compatriotes sont, chez eux. les moins racistes des hommes. Par quel paradoxe inouï, par quelle aberration faut-il qu'un pays comme le .. ____________ .npar ______________ ~ Paul TUBERT Ancien Député-Maire d'Alger. nôtre, qui a eu en Algérie des responsabilités qui l'engagent encore, ait toléré si longtemps un état de choses contraire à la loi morale, au simple bon sens et aux intérêts évidents des peuples engagés maintenant dans une guerre dont la durée dépasse déjà celle de chacune des deux grandes guerres mondiales et celle de la guerre contre le Viet-N jlt1l. Là où la France a manifesté sur d'autres plans son génie créateur et sa ;;énérosité d'âme une plaie s'est étendue et suppure encore : le racisme qui a fait la ;;rande colère d'hier et la ;;uerre d'aujourd'hui. . Alors qu'il y a quinze ans nous fêtions la victoire des Alliés contre Hitler qui était avant tout la victoire de J"homme sur le raci sme. comment se fait-il flue subsistent en AI;;érie les traces et les séquelles d'un raci sme vaincu et condamné ? Car le raci sme. ce monstre est là. toujours là, allant depuis la forme béni;;nc d'un tutoiement systématique et ;;énérali sé à la forme barbare d'une torture renouvelée du haut moyen-âge mais dotée 'd'un appareiIla;;e électrique. La passivité des pouvoil's publics devant de pareils faits restés sans sanctions devait entraîner fatalement une r éaction en chaîne atroce: le terrorisme ct le contre-terrorisme dont furent victimes, dans les deux comlllunautés, beau- 2 poids, 2 mesures ... « Rivarol )) du 29 décembre dépeint d'une formule pittoresque les manifestations des ultras d'Alger: « Faute d'interlocuteurs, si l'on peut dire, la manifestation pour l'Algérie française se poursuivait sans aléas ... )) Tous les témoignages confirment d'ailleurs l'attitude conciliante du service d'ordre, qui subit sans sourciller les insultes et les attaques d'une foule de plus en plus agressive. Par contre, lorsque les musulmans, prenant un risque terrible, manifestèrent à leur tour, ils trouvèrent, eux « à qUI parler ». Là aussi, les témoignages abondent. Et la protestation rendue publique par 20 sénateurs musulmans commente avec une sobre émotion, ce contraste: Ils saluent le sacrifice des innocentes victimes « dont le seul crime a été de croire qu'elles pouvaient, à l'instar de la communauté européenne qui n'a jamais été sérieusement inquiétée, malgré des agissements plus graves, exprimer leur sentiment, qui est d'ailleurs celui de .\'ensemble des populations musulmanes, sur le problème algérien qui est-également le leur ( .... ) )). Ils « constatent avec tristesse et regret, une fois de plus, que rien n'est changé ct que continuent à exister, comme par le passé, deux poids et deux mesures, la rigueur et la répression pour les uns, la complaisance, voire la complicité pour les autres ( ... ). « Bouleversés par les récits faits par les témoins de ces journées tragiques, et notamment par les journalistes sur les cireonstances de leur déroulement, dont Ic moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles sont troublantes, ct sur le nombre des victimes, certainement plus élevé que celui annoncé officiellement )), ils « demandent quc soit ordonnée immédiatement une enquète, confiée à une commission parlementaire. )) Qu'en a-t-il été depuis? Pour quelques dizaines d'ultras de seconde zone arrêtés, et bientôt relâchés, des milliers et des milliers de musulmans ont été arrêtés et internés. De vastes opérations de « ratissage » sont en cours dans les quartiers musulmans, notamment à Oran. Aucune sanction n 'a été prise, aucune enquête n 'est annoncée concernant les responsables directs et indirects du sang versé . Est-ce là cette justice « égale pour tous )) promise par M. Debré? L'in;ustice et la 1 Quand Xavier VALLAT 1 se pose ••• en défenseur des juifs colère coup d'innocents sans distin cti on d'âge ou de sexe. En toute justice on ne saurait imputer au seul régime la responsabilité de ce racisme qu'ont toléré les gouvernements de Paris, tant sous la IV· que sous la nr République, pour ne pas remonter plus loin. Tous en effet ont laissé à la discrétion d'une véritable féodalité possédant la terre, t.argent, l'influence politique et des privilèges de fait le sort d'une masse de musulmans considérés surtout comme une main-d'oeuvre à bon marché. Au lieu de se solidariser aveu;;lément avec les premiers par peur des seconds dont le nombre croissait considérablement trop de « pieds-noirs » (1) ont méconnu leurs véritables intérêts et aussi le sentiment de la justice. Au lieu de s'imposer par des qualités dont ils ne sont pas dépourvus, ils ont affecté, vis-à-vis de leurs concitoyens musulmans, une superbe et un mépris qui ont causé le malaise puis la haine entre les deux communautés condamnées à vivre ensemble sur un même sol égalel11ent cher au coeur des uns et des autres. Ainsi se creuse le fossé que n'ont pu combler les pontifes promettant la paix dans un quart d'heure ou pour la fin de l'année. - Ces délais sont passés mais la guerre et le racisme continuent. S'agissant de - racisme, même si on considère comme exacts les chiffres officiels diffusés par la presse à l'occaioll des dernières manifestations tout observateur impartial constate que la balance n'est toujours pas égale entre Européens et musulmans. Qu'il s'a;;isse de la répression des manifestations politiques ou du respect des libertés individuelles il y a toujours, en fait. di scrimination raciale. Tant que les pouvoirs responsables ne se résoudront pas à abolir cette distinction révoltante, non seulement dans des discours sans lendemain et dans des textes sans suite. mais pal' des mesures éner;;iques, la ;;u~rre continuera, absurde et cmelle. pour le malheur de la France et de l'AI;;érie. A cet é;;ard pour tous les antiracistes le devoir est clair : Poursuivre inlassablement, demain comme dans le passé, le combat pour l'abolition de toutes les discriminations raciales et pour la fraternité inconditionnelle des hommes de toutes races. (1) Nom qu'ils se donnent eux-mêmes en arborant parfuis à la boutonnière un insigne comportant ces deux pieds sur fond blanc. l ES actes antiJuifs qui se sont produits à A1ger et il. Oran ont provoqué une émotion bien légitime. Ce qui l'est moins, et qui doit être dénoncé avec vigurur, c'est l'exploitation éhontée de cette émotion que tentent certains, pour la détourner au profit de leur mauvaise cause. Pour comprendre tout ce que cette opé ration a de suspect, il suffit de savoir que l'un des chefs de file en est Xavier Vallat. L'ex-commissaire aux questions juives de Vichy, qui n'a rien renié de son antisémiti~ me, se pose maintenant en défenseur ... des Juifs. Pourquoi cette brusque métamorphose ? Parce que tous les arguments sont bons en faveur de « l'Algérie française » et de la guerre à outrance, même, et surtout, les plus mensongers. Xavier Vallat, dont les amis algériens sont des antisémites notoires prétend que « l'Algérie algérienne sera l'Algérie des pogroms pour la communauté israélite n. En fait, il s'agit de mobiliser l'opinion juive dans la croisade ignoble des ultras. Et pour cela, tout d'abord, grossir les incidents, jeter de l'huile sur le feu. Ainsi, une feuille éditée par M . Soustelle n'hésite pas à parler de « pogrome raciste F.L.N. à la Casbah n, de « racisme panarabe qui est à la base de la doctrine LES Dans son article de la page 5, Claude Estier rapporte ce qu'il a vu rue Randon à Alger. Divers témoignages publiés dans la presse viennent confirmer et compléter ses observations. Dans quelles conditions la synagogue a-t-elle été envahie par des manifestants? Selon le correspondant du« Monde », 06-12) Philippe Ben, « les agresseurs racontaiént que les Juifs qu'abrite le quartier auraient tiré sur les Musulmans ». « France-soir)) (15-12) écrit: « Il semble bien qu'à l'intérieur de la Casbah, ils (les manifestants) se soient heurtés à d'autres musulmans, en opposition absolue avec eux et, notamment, avec des membres du M.N.A. Des bagarres ont également éclaté avec la petite minorité de commerçants juifs établis sur tout le pourtour de la Casbah. )) Selon cette thèse, des heurts d'ordre politique pourraient être le point de départ à partir duquel les manifestations ont dégénéré en pillage. C'est une interprétation toute différente que donne la revue « Afrique-Action » paraissant à Tunis: « D'après des informations non contrôlées en provenance d'Alger, écrit-elle, des « bleus-de-chauffe )), souteneurs indicateurs à la solde de la police, qui faisaient régner la terreur dans la Kasbah, poursuivis par les manifestants, se seraient réfugiés dans la synagogue, d'où ils tirèrent sur la foule qui alla les débusquer. )) Le même organe constate encore: « Dans les grands mouvements de masse, UN DEMENTI.~. .- Le télégramme est . i~entifié- à r'aid'ê "deS indicatid'lq~ portées. dans \'ordre-ci-déssouS. avant le texte du télégramme. l'heure de dépôt est indiquée par un nombre de quatre chiffres.


O-R~IG-I-N-E----~--N~·-UM~ËR-O--~I~N~O~M~BR~E~I--nDA~TëcE--~I--~HE~U~RCE--I~M.~EN~T~I~ON~S~D~E~S~ER~V~IC~E~ Il

DE~ DE D~POT DE . D~POl CONSTANTINE CAL TT 00919 29 30 1945 : . ......:.._----- Q 1 ~ 1 L e D -l; .~~ ~ .................•............ r !i EN REPONSE A VOTRE TELEGRAMME VOUS ASSURONS GU AUCUN .~~ INDICENT N A EU LIEU LE 11 DECEMBRE BARKATZ PRESJDENT_ :r DU CONSISTOIRE ISRAELITE CONSTANTINE + , . ~, , ......................................... _.. ............................. . ••• de Constantine Se référant à une dépêche de l'agence américaine Associated Press, « Le Monde » du 14 décembre (fac similé ci-contre) , comme divers antres j01trnaUx signalait des incidents antijuifs non seulement à Alger et 0 ran, mais également à Constantine. « Droit et Liberté » qui a télégraphié à 11n certain nombre de personnalités dans ces trois villes pour recueillir le maximum d'informations et de témoignage, a reçu, pour C onstantine, un démenti formel, donné par nn télégramme (ci-dessus) de M. Barkatz, président dtt Consistoire israélite. Incidents antisémitiques • Au cours des émeutes qui se sont déroulées à Alger, Oran et Constantine, des violences ont été signalées de divers côtés contre des 1 personnes ou des biens Juifs. ~ A AIg~r. selon l'Associated Press, une anCIenne synagogue a été pillée car les mpc;ulmans à la ""-ière dr .' Ca.c:' . 'l'rois ,,' . -~ . , .. :nbt-... 'J" /...:lme\,. 'n' .. elIte on" ..été prOlè- ,tées dimalh .... e. Le mêm~ "Jpur, des boutioues apparteriaÏ1C dë:t~~-tr~rf~DOE~ ~t~ .Charles§25 mai 2010 à 12:33 (UTC):.g.ciÏ~L~. an me. lVers magasms a})p3l".e·. · nant' à"des israentes ont été s.ac:t Charles 25 mai 2010 à 12:33 (UTC)sJtté; Ef:~..Yi~[E!olne._ d.!...vi~Eil)~ ~n{; c urlSees. nucun commerçruil ·xi'· .à.. .. cepèi'iélant été molesté. . 1 J.,.. __ .•.... . ' .... _ . ..1 du F.L.N. n, passant évidemment sous silfnce tout ce qui va à l'encontre de ces excitations fanatiques. La même campagne d'affolement appa· raît dans « Paris-Presse n du 15 décembre qui titrait sur toute la largeur de sa première page : « Après une nuit d'agitation ponctuée des « you-you n des femmes musulmanes, LES FAMILLES JUIVES QUITTENT LA CASBAH n. Ou encore dans « Carrefour n qui vend la mèche en affirmant : « Si la France part c'est le progrome » : il faut donc, en somme, poursuivre et aggraver la guerre pour apaiser les esprits et faire cesser les effusions de sang ! « Rivaro'l », évidemment, y va lui aussi oe sa larme de crocodile, et découvre, ni plus ni moins, « un important contingent de malheureux Israélites (tiens ! tiens !) hommes et femmes, égorgés au rasoir ou brillés vifs ». Quand il s'agit des millions de victimes - réelles celles-là - brùlées dans les fours crématoires d'Hitler, on est moins sensible à « Rivarol » ! Et aussi à « Nouveaux Jours n. Les antiracistes écarteront fermement ces provocations. Et, n'en déplaise à ces pseudO « amis des Juifs n, ils mèneront la lutte pour une véritable fraternité entre les communautés d'Algérie, dont la condition première est la paix. F AITS des tendances latentes peuvent se « défouler H. Il existe, pourquoi le nier, un antisémitisme diffus, et comme sauvage, irraisonné, qui est la chose du monde la mieux partagée. )) ·Et « Afrique-Action )) ajoute : « Le F.L.N., notamment dans un tract de la Fédération de France, publié à l'occasion des manifestations nazies qui se sont produites il y a quelques mois en Europe, a toujours pris position contre l'antisémitisme et contre le racisme, sous quelque forme qu'ils se produisent. )) Ces informations diverses montrent combien serait nécessaire une enquête approfondie sur ces déplorables incidents, de même que sur les conditions dans lesquelles le cimetière juif d'Oran a pu être profané. Il est intéressant, en tout cas, de noter certains faits réconfortants, comme ceux que signale le « Jewish Chronicle » (22- 12) : « Au plus chaud des émeutes, écrit-il, un certain nombre de Musulmans ont offert refuge à leurs voisins Juifs. Parmi ceux qui ont' ainsi été aidés, on signale le rabbin 8eror et ~ sa femme. Aucun Juif n'a été assassiné durant les troubles, et tandis que plusieurs Musulmans franeophiles ont mystérieusement disparu, aucun Juif, semble-t-il, n'a subi le même sort. )) Quant au « Monde )) (16-12), il résume et situe les évéments en ces termes: « Il apparaît que des Israélites qui habio bent dans la Casbah, ont effectivement quitté leur domicile pour chercher refuge dans les quartiers moins enfiévrés. Mais jusqu'ici, le mouvement n'a nullement pris une allure d'exode. « Des incidents fâcheux, graves, dramatiques parfois, se sont produits, mais ils ne se sont pas généralisés et il ne s'est jamais agi de prise à partie ou de racisme systématique. « Des magasins israélites demeurent ouverts dans la Casbah, et des familles continuent à penser que leur sécurité n'y est pas en danger. On espère que les prises de position des hautes autorités religieuses contribueront à l'apaisement des esprits. )) L'appel des autorités religieuses Apres les evenements dU 11 decemure, un appel commun a été lancé par Mgr Duval, arChevêque d'Alger ; M. Askenazi, grand rabbin de la Fédération des communautés israélites d'Algérie ; le pasteur Chotoney, président des Eglises réformées d'Algérie, et M. Baba-Ameur, grand muphti ct' Alger. En voici le texte: cc Partageant la cruelle douleur des nombreuses familles endeuillées, les souffrances de tous les blessés, nous condamnons, une fois de plus, toutes les manifestations de violence ». « Nous déplorons la profanation et la dévastation d'une synagogue, lieu de prières de la communauté israélite d'Alger. « Nous supplions tous les hommes de recourir, pour résoudre les différends qui agitent douloureusement l'Algérie, non à la violence qui est condamnée par Dieu, mais à des moyens pacifiques. « L'espérance renaîtra dans les esprits lorsque les hommes de ce pays apprendront ou réapprendront l'amour frater. nel. )) LE Chef de l'Etat a obtenu du pays le renouvellement de confiance qu'il souhaitait. Il ne ,.emble pas douteux que cette confiance lui est faite eu égard au drame algérien dont ceux qui ont voté « Oui » persistent à attendre de lui la solution qui mettra fin au conflit. Une autre certitude est que la large majorité qui s'est groupée autour du général de Gaulle entend que la paix . oit rétablie en Algérie à l'exdusion de toute solution autoritaire. selon les directiveS' données dans la déclaration du 16 septembre 19.59 pour la mise en oeuvre de l'autodétermination laquelle implique la négociation. La question reste de sa\'oir sur quoi doit porter exactement cette négociation, si elle doit ou non dépasser les impIes limites du cessez-le-feu, porter sur le statut définitif ou provisoire de l'Algérie et notamment sur les garanties que sont en droit d'attendre les Européens d'Algérie. Or, si à cet égard. on ne peut préjuger du sens qu'il faut attribuer au ,"ote affirmatif du 8 janvier, on sait par l'unanimité qui s'est dégagée au récent Collolue d'Aix-en-Provence sur les conditions juridiques de l'autodérermination qu'au delà des « Non» et des « Oui » . une large partie de l'opinion publique estime. à travers les activités les plus diverses. Que seule une négociation bilatérale sur l'ensemble du problème avec le G.P.R.A. pourra ramener la paix par l'autodétermination. 7 Une menace pour la démocratie Ce courant cl'opinion qui s'est formé au Colloque de Royaumont en juin dernier, qui s'est élargi à Aix-en-Provence, ne manquera pas de prendre tout son développement dans les jours qui viennent, comme on s'en apercevra au prochain Colloque cie Grenoble au début de mars procl1ain. en se prolongeant, alors même que le nombre des morts et des blessés serait en diminution, demeure coùteuse en vies humaines. Elle a chaque jour sur la situation internationale de la France· comme sur son équilibre économique des incidences de plus en plus fâcheuses. Elle aggrave par ailleurs le fossé Un article de M e René-William THORP ancien bâtonnier du Barreau de Paris - Président de l'Association pour la Sauvegarde des Institutions judiciaires et la Défense des Libertés individuelles Pourquoi cette volonté de plus en plus manifeste du pays dans ses éléments les plus représentatifs des milieux du Droit, de l'Université, de la Politique, du Syndicalisme, de la Jeunesse? Sans doute parce qu'il apparaît à

.eux que leur activité juridique habilite

à connaître les données du problème et il y réfléchir que la négociation bilatérale avec le G.P.R.A. est dans l'essence même de la politique d'autodéterminatioll, que tout statut octroyé par décision unilatérale serait en contradiction même avec le principe de l'autodétermination et le libre droit des populations algériennes à disposer d'elles- mêmes. Mais également parce que si l'autodétermination s'impose c'est qu'elle est la seule politique susceptible de ramener la paix en Algérie par suite de l'accord réciproque qu'eIle implique et que le r~tour de la paix s'impose d'une manière de plus en plus impérieuse. Il n'en est pas seulement ainsi pour les raisons combien légitimes habituellement mises en avant. 1;ertes la guerre, qui sépare les populations européennes et musulmanes, conséquence angoissante quand on sait que l'Algérie de demain ne pourr.a vivre sans que soit restauré un climat de confiance entre les deux communautés. I L est également une autre raison pour laquelle la paix doit être rétablie sans tarder, raison très grave qui semble moins aperçue. C'est que le sort de la paix est lié à celui de la démocratie sur laquelle le drame algérien fait pesel' la menace la plus inquiétante. Ce sont les principes mêmes sur lesquels_ repose le régime issu de la Révolution française qui se trouvent atteints par les conditions particulières dans lesquelles la guerre d'Algérie se poursuit tant au point de vue militaire que psychologique. Tel le principe de la suprématie du pouvoir civil par rapport à l'autorité militaire où une législation d'exception a pratilué une brèche si large qu'on a pu voir à un moment donné se formeT un véritable pouvoil- 'militaire nanti des fonctions civiles. On sait la situation qui est née de la remise entre les mains de certains officiers généraux cie responsabil ités préfectorales. Tels les droits individuels et le respect dù à la personne humaine qui ont eu à souffrir cruellement du système de délégations en cascade instituées par le décret de 19.17, la répression pénale dépendant en fin de compte d'agents anonymes et irresponsables. D'où les excès que, contrairement à la tradition humanitaire française, il faut tou i ours déplorer. Aussi bien, en métropole même, la poursuite d'une guerre sans fin conduit le pouvoir à étouffer l'opinion qui entend en dénoncer les méfaits. Et c'est la liberté de la presse lui est l'objet d'atteintes multi pIcs à la faveur de saisies illég-itimes . Plus graves encore. parce qu'atteignant la démocratie dans ses institutions fondamentales. la suppression de fait du Parlement grâce à l'octroi de pleins pouvoirs soustrait à tout contrôle et la substitution au régime de la loi de celui d'ordonnances et de règlements pris par voie d'autol·ité. Là encore la l'elation entre la guerre d'Algérie et le mépris pour la démocratie est évident. La guerre est l'excuse qui permet de donner un aspect lég-itime aux décisions discrétionnaires. Voilà pour les atteintes aux principes de la démocratie. Quant à son esprit comment ne pas redouter qu'il s'étiole dans le même temps où se prolon!:!, erait. sans dénouement en perspective. une situation où les grands intérêts de la cité se débattent si loin du citoyen? L'année qui vient porte peut-être encore en elle un espoi r de paix:. ç:e n'est pas faire profession de peSSImISme que d'aug-urer des lendemains très durs s'il venait à être déçu. Le témoignage (Je Jules ROY , Ils sont des hommes ... APRES 40 ANS DE TRAVAIL 595 FRANCS PAR JOUR Comment vivent les Algériens, jadis {t troncs de figuiers », naguère « bicots ». cujourd'hui « ratons » ? .. (( Les vieux travailleurs indigènes ga· gent, après 40 ans de travail dans les f.er. mes 595 francs par jour. Pas 600. Et nen les jours de repos. Les colons ne paient pas au mois et, à X .... on compte ceux qUl versent les cotisations des assurances so· clales. Une vieille femme indigène qui trait ~'i x vaches, matin et soir, chez des Euro· peens gagne cinquante francs par jour. A Const~ntine, on paie encore des ouvriers 40 et 50 francs de l'heure ; dans le secteur ~ gricole 300 à 400 francs par jour. Quand un vieil ouvrier tombe malade, on est in· f!uiet, mais on ne dépense pas un coup de t.éléphone pour appeler le médecin. On ne va pas non plus voir le mourant à l'hôpi· t.al. A X ... , ces choses-là ne viennent pas à l'esprit. On jette le lait dans le caniveau p'rce que le ramasseur n'est pas passé, plutôt que de le distribuer aux indigents. Ce serait un exemple fâcheux et un précédent déplorable ( ... ). (1 Le salaire journalier le plus élevé d'un ouvrier agricole équivaut à deux kilos de pain, un litre d'huile et un kilo de sucre. En France, le salaire le plus bas, dans cet· t.e branche, la plus défavorisée de l'écono· mie nationale, représente plus du double. Combien d'ouvriers des campagnes algé· riennes sont obiigés d'accepter, s'ils ne "eulent pas mourir de faim, les salaires ("u'on leur impose hors de tout contrô· J~ ? » LA GUERRE A TOUT CASSE ... Pour les besoins de la stratégie, on a roupé les oliviers, arraché les vignes, dispersé ou exterminé le bétail. Ainsi à Toud· ja : {( En 1954, il existait 238 bovins ; il n'y • n a plus un seul. Sans pâturages, on ne peut plus les élevpr. 150 paires de boeufs, il n'en reste qu'une. Des 31 mulets, 7 ont survécu. Les seuls animaux qui ont résis· té à la guerre sont les ânes ; on en comp· te encore 174 sur ies 237 qu'on dénombrait f'll 1954. Il n'y a plus un poteau de télé· phone ou d'électricité. La guerre a tout cassé. Pour soulager la misère, l'adminis· ration distribue 6.000 kilos de semoule r ar mois : moiilS de 2 kilos par habi· ant ! ... » Or, l'auteur ajoute avec une sombre amertume : « Auprès de ce que j'ai vu par la suite, je peux affirmer que les habitants de Toudja sont heureux ... » 1 - - « Un de mes amis qui servait dans l'armée, a vu les habitants d'un camp de regroupement acc1'01tpis pour boire dans une rigole où l'on vidait l'emt d'une citerne. S'ils avaient été des bêtes, on aura·it aménagé un abreuvoi·r. » Ainsi s'exprime Jules Roy dans la préface à son livre : « La Guer're d'Algérie ». Le témoignage ardent de ce petit volume prend valeur de réquisitoire. Il jette soudain une lumière implacable sur les « pienfaits » de ce qu'on appelle la « pacification », L'auteur qui est né aux environs d'Alger, a voulu revoir la terre natale où ses parents, fermier, ont jadis cultivé la vigne et l'olivier, aujourd'hui remplacés par les barbelés, les ruines, et les tombes : la guerre. A chaque page, apparaît le racisme, qu'il s'agisse d'expliquer les causes profondes du clrame actuel où la façon dont il se déroule. Le racisme c'està- dire les discriminations systématiques de la vie comme de la m~rt les haines imbéciles, le mépris de l'homme. ' Et J ul,es Roy la clén~:mce, c,ette ~uerr~ absurde et .cruelle, ,non s~ulement avec la colere de sa conSCIence revoltee, maIs avec le lUCIde espOIr cI'ul11r toutes les bonnes volontés pour l'arrêter. Nous citons ici quelques extraits significatifs de ce livre généreux, qui est à lire en entier - et à faire lire. - - - 1 1 1 DES HUTTES OU NE VIVRAIENT PAS DES ANIMAUX « A Souk-Ahras, qui compte 35.000 ha· bitants, le prêtre chargé de la paroisse tienl les fiches d'un millier de familles justicia· bles de secours. Je les ai vues, sous leur5 gcurbis de terre ct de diss, bâtis en forme conique pour faciliter l'écoulement des pluies. Sans eau, f:ans égouts, sans parcelles à cultiver, et, la plupart du temps, sans travail puisque tous les hommes de l~ vil lE: n'en ont pas, de quoi vivent· elles ? Des oeufs de quelques poules, d'un peu de se· moule distribuée par l'administration, de la charité d'Europe et d'Amérique et, pour CE-UX qui n'ont rien, de racines ( ... ). Par· tout où on ne les a pas repoussés, ils ont construit des huttes où, chez nous, ne vi· ,raient pas les animaux . « Le curé de Sidi-Moussa a repoussé avec indignation quP je veuille lui faire « le coup des bidonvilles » pour appuyer ma thèse d'une injustice sociale trop criante. Pour lui, il y aura toujours des pauvres. Mais le curé de Sidi-Moussa n'a jamais mis les pieds dans un bidonville. Il laisse cela, l'.on sans un certain mépriS, aux « curés fellagha » dont l'apostolat ne se limite pas a leurs ouailles chrétiennes mais s'étend à tous ceux qui souffrent ( .. ,). « Ces êtres qui « se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines », ce sont les Kabyles etes villages que l'armée a évacués, qui n'arrivent pas à crever, parce que les hommes qui travaillent dans les usines de la métropole réussissent :i leur envoyer de l'!lrgent. Moins heureux que les paysans de La Bruyère, ils manquent de ce pain qu'ils ont semé ... » LE « COUP DES BIDONVILLES » « Ils ont fui les regroupements et la guerre, par terreur et sont devenus des u:endiants et des entretenus. Leurs femmes restent des journées assises devant lC5 mairies ou les preSbytères pour atten· dre les distributions de vivres et de vètements. Les enfants traînent dans la pous. sière ou dans la boue. Les hommes re· mâchent leur misère. » LA REPRESSION A TOUDJA .. Pour faire, respecter leur dignité d'homo mes, les Algériens ont pris les armes. Peut. on le leur reprocher ? • « - C'est eux qui ont commencé, dit le Capitaine. « - Que pouvaient-ils faire d'autre, ca· pitaine ? Comment pouvaient-ils attirer autrement l'attention sur eux alors que les seuls hommes qui se souvenaient d'eux tJtaient le collecteur d'impôts et le recruteur de l'armée? » ( ... ) A Toudja, l'enquête se précise « J'ai cru dépasser les limites de l'hor· reur, en lançant d'abord le chiffre de cinq cents morts ou disparus ; mais j'ai une certaine connaissance du pays. On m'a fait signe que non. « - Trop? « - Non. (Suite page 8) La charité chrétienne est impuissante à ouvrir les yeux du curé de Sidi-Moussa, sur les misères des bidonvilles ... Scène de la vie a lgérienne 8 -------------------------------------.---------------------------------------------- Face à la protestation mondiale contre le racisme en Afrique du Sud La propagande ne suffit plus ... DEPUIS quelques décades, la propagande est devenue l'auxiliaire le plus précieux des Etats modernes pour faire valoir au monde la légitimité de leurs prétentions, la justesse de leur cause et ll nécessité d'appuyer leurs actions qui, prétendent-ils, ne peuvent que contribuer à la sauvegarde de la démocratie et au triomphe de la civilisation. En effet, si puissante est devenue cette arme, cette science, cette psychologie, car eUe est tout à la fois, que la propagande au service des Etats a cessé d'être une simple annexe du service de l'information, pour acquérir dans cel-tains cas, droit de cité dans un ministère. Et si on évoque le nom du docteur Goebbels et son ministère de la propagande nazie, on reconnaîtra en même temps le fait sinon l'évidence qu'une propagande peut bien avoir un écho favorable à l'intérieur d'un Etat sans en avoir à l'étranger et que faute d'écho à l'extérieur, Ja vérité qu'elle cherche à proclamer ou l'édifice qu'elle cherche à construire aura peu de chances de voir le jour. Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer ce développement actuel de la propagande au service des Etats, mais celle qui paraît la plus convaincante est qu'aucun Etat ne peut de nos jours faire la politique qu'il veut sans tenir compte de l'opinion internationale. C'est à la fois l'évidence et la conséquence du rétrécissement de notre monde et de son devenir social, politique, économique et culturel. De cette vérité fondamentale, le gouvernement raci ste de l'Union Sud-Africaine vient de se rendre compte et agit en conséquence : soixante millions d'anciens francs constituent la somme initiale qu'il vient de consacrer à la mise en oeuvre d'une propagande gigantesque à son service. A cette fin, il emploie non seulement ses propres nationaux mais aussi ceux d'agences et. de firmes étrangères établies hors de l'Union_et spécialisées dans cette tâche, les Public Relations Organisations, comme on les appelle dans le monde anglo-saxon ; le gouvernement de l'Union se contente, lui, de leur donner des directives précises, touchant le but à atteindre. MAIS quel est ce but ? Il consiste en substallce à montrer au monde que dans l'Union Sud-Africaine tout va pour le mieux, et qu'en conséquence les Africains qui dans cet Etat sont l'objet d'une discrimination raciale systématique n'ont aucune raison de se plaindre ; que toute l'agitation à laquelle les Noirs se sont livrés dernièrement dans l'Union est due exclusivement au romantisme intellectuel des peuples d'Europe et d' Améri que qui cherchent à se mêler de ce qui ne les regarde pas et à interpréter ce qu'ils ne comprennent pas ; et que cela encourage ces peuples africains, autrement dociles et inoffensifs, au mécontentement, à l'intransigeance et à la rebeUion. A ces fins, dans les revues de documentation officielle bilingues et trilingues en couleurs. telle « Le progrès des Bantous en Afrique du Sud », cet Etat s'acharne à nous décrire en détails la vie primitive et sauvage des Africains et l'oeuvre gigantesque qu'a accomplie l'homme blanc pour leur apprendre à s'habiller avec un col et une cravate. à manger avec une fourchette et un couteau, à aller à l'église chrétienne. à lire et à parler les langues européennes. bref. tout ce que les missionnaires dévoués c1'antan nous ont toujours et sans ces~e répété. Mais si nous comprenons bien la propagande des missionnaires qui, soucieux cie sauver pour l'au-delà « l'âme primitive» de l'homme à peau noire, ont cherché à le faire participer à Ja même fraternité chI-étienne qu'eux, nous sommes mal à l'aise cie voi r cette même propagande employée à grands frais par un gouvernement raciste pour séparer l'homme africain de la communauté politique, économique, religieuse et culturelle de 1 UDlman PJAMESON ses semblables, et pour chasser clu pays, entre autres, les missionnaires africains et européens, qui ont osé protester contre une politique d'injustice sociale et les conséquences néfastes qu'eUe engendre pour la communauté sud-africaine tout entière. Rappelons qu'au moment même où ces revues et brochures cie propagande sud-africaine circulent dans le monde, les cloches de beaucoup d'églises d'Afrique du Sud sonnent quinze minutes chaque dimanche à heure fixe, le glas symbolique de la justice sociale qui se meurt dans l'Union. Mais revenons à la pro pagan cie du gouvernement cie l'Union qui pour faire valoir au monde la légitimité de sa politique raciale emploie même les oeuvres de sympathisants étrangers_ C'est ainsi qu'un article cie Raymond Cartier dans « Paris-Match» intitulé: « Les Blancs d'Afrique d1t Sud ont-ils tort ? » a tellement plu au gouvernement de l'Union que celui-ci l'a édité et l'a distribué gratuitement en Europe_ Dans son apologie, le rédacteur cie « Paris-Match » écrit notamment : « A1tcun peuple ne s'est placé plus' résolument et plfts irrévocablement le dos 011 mur. Le passé des Boers, leur obstination indomptable, leur bravoure, leur attachement fanatique à la terre garantissent qu'ils SI! battraient contre l'Afrique entière avec la même fureur que les Israéliens contre le monde arabe. La foi les soutient. Alors que l'Eglise am.qlicane condamne la ségrégation, l'Egl'ise hollandaise trouve dans la Bible l'intention divine des races hiérarchisées et que les fils de Ham, porteurs d'ean et coupeurs de bois, doivent être soumis a1t commandement des fils de ] aPhet_ C'est gratuitement qu'on prête aux Boers 1Ine mauvaise conscience. Ils COll/battent à la droite de Dieu. » Enfin. vovant le problème du même oeil que les Boers eux-mêmes, Raymoncl Cartier préconise l'apartheid comme solution idéale pour l'A frique du Sud, d'autant plus sÎtr cie lui qû'il a appris ses leçons sur l'apartheid à la meilleure source : « Malan lui-même m'a exposé, écritil dans sa brochure, les principes de l'apartheid. » Mais le fait de citer le cas de la Corée et celui cie Berlin comme bons exemples trahit de l!TaveS erreurs clans la connaissance cie M. Cartier sur les objectifs cie l'apartheid. En outt-e, le cas de la Corée et celui cie Berlin sont moins des solutions idéales que des pis-aller, offrant au moncle un perpétuel danger pour la p iUX .. , ON peut se demander pourquoi cette vag'ue cie propagancle officielle et officieuse sucl-africaine se déclenche précisément en ce moment-ci ? Depuis Hitler jusqu'à Verwoerd, dès qu'un Etat se met à opprimer, face au monde, un cles groupes cie sa population, il invQque éperdument, et pour cause, le principe du droit cie non-ingérence dans les affaires internes des nations. De plus, tant que dans un tel EJat:, les combes cie production montent et que la balance export- export s'avère favorable, Je monde en général et celui des affaires et du capital en particulier, s'intéressent peu au reste. Jusqu'ici les courbes de rendement de la production ont passé pour l'indice exclusif du bien-être de communautés entières. Grâce aux efforts des syndicats, de telles erreurs ont pu de temps à autre être démasquées en démontrant que les rétributions accordées à certains groupes n'ont pas toujours été en rapport avec les marges bénéficiaires des productions industrielles ; or dans un pays comme l'Union Sud-Africaine, où, la discrimination raciale a pourchassé J'Africain - ... Et sache qu'il nous a fallu 3.000 ans pour édifier notre civilisation blanche_ (Dessin paru dans le journal sud-africain « New Age» du 16-12-1960). jusque' dans les églises, elle ne l'a pas épargné clans les syndicats avec toutes les conséquences qui s'ensuivent. C'est clonc grâce au mon cie actuel, au monde d'après-guerre avec ses multiples organismes sociaux, culturels, internationaux, non-gouvernementaux, éclairé et conscient cles droits de l'homme et clu citoyen, que la VOIx des peuples déshérités et opprimés a pu trouver un écho hors de l'enceinte cie leurs souffrances et de leur misère, mettant ainsi le monde civilisé en alerte. C'est clonc par toutes ces forces vigilantes, antiracistes et progressives que l'Union Sud-Africaine se sent aujourd'hui menacée -et contre elles qu'elle s'efforce de lutter par sa propagange payée comptant. Qui plus est, le monde du capital et de la haute finance qui jusqu'ici a encouragé le gouvernement à cause des courbes statistiques cie prospérité industrielle qu'offre l'Union, finit par être ébranlé par les réactions des forces sociales et progressives du monde, et pour la première fois donne des avertissements formels à l'Union, la somme de reconsidérer sa politique raciste ou de chercher ses capitaux ailleurs. A cet égard, voici ce qu'a dit en juin dernier M-. C. W, Engelhard, financier américain, devant des hommes d'affaires cie Johannesbourg « L 'avenir de l'écanoJ/lie de l'Afrique dlt Sud dépend de la coexistence e'lItre ses différentes races... L'ne politique qll i abmûirait à l'isale1llent de l'Union aurait inévitablement de graves cO'r/séquell ces économiques ponr le Pa3'S_ » Parlant de la chute considérable des actions depuis le commencement de l'année, chute attribuée au manque de confiance des actionnaires hors de l'Union, M. Engelhard à déclaré : « Que cette méfiance soit justifiée Olt non, qu'eUe soit basée snI' des malentelldus mt des -interprétations erronées peu importe, le fait est qu'elle existe, » Et M. Engelhard de conclure : « A moins qu'une démarche sérieuse et résolue 'Ill!' sait prise pa·nr renverse'r la tendance il deviendra 'ÏtlceSSaJ1!tllolt difficile de promauvoir de t/Ouvelles eutreprises avec les moyens et les ressources hors celles de l' Union. » De tels avertissements abonclent et les. hommes d'affaires sud-africains eux-J1l~mes commencent ù v fai re écho et ù élever enfin la voix -contre la politique raciste cie leur gouvernement ; ainsi, entre autres, 1\1. R.N. Harvey, Présiclent de la Chambl-e de Commerce clu Cap, a déclaré le mois clernier clevant cette assemblée: « C'est 1I11e tragédie de la plus grallde amplitude, 1/1Ie tragédie dalls laquelle nous avol/s ta liS I/otre part de respansabilité, que des raisons aussi logiqnes que puissantes aie1lt pu être il!'1:oquées à l'apP1Û de dispositiolls prises à 1/otre égard par des actionnaires et des financiers étrangers. DaHs ces circal/stances, c'est aux h01l111/es d' affaires à dé1ll0ntrer qll'il 'V a 1tne autre raùte possible. NOlis devons avair fai dans la nature hUl1laine indépelldem'l11ent de sa couleur et de sa race. « Seule une palitique et '/II/e ,;coNaJilie qui basent les promotions sllr le mérite peuvent s'Unl/onter les inllambrables obstacles que posent les prablèmes de co ule1tr. N 01/S POU'IJOI/S renverser la tendmlce qui à présent prive les HOI/-Europé ens de la plupart des commodités créées par nos ressaurces naturelles él/orll1es et par l'atout de natre persévéraI/ce et de tlotre talent. « La ronte qui mène loin de toutes j-estrictions, loin de tautes mesures q1ti d ésappointent et exaspèrent les t/On-Européetls, bref., la route vers des possibilités égales ponr t01lS peut et dait être prise. Elle ne nous mènera pas a1/ chaos, pOllr' Vit qlle le clapet soit soulevé lentem ent et Q'vec prudence: P1/isqlle tout ce qn'il ·t/olls faut pour rétablir la canfiance datls 'notre économie est 1/11 renversement de la trI/dance et non pas u.ne abolition dans lrs vingt-quatre hellres de tautes mesllres restrictives. » POUR appl-écier la teneur d'un tel discours, l'attitude qu'il reflète et le courage Que M. Harvey a dît l-assembler pour le prononcel- devant ses compatriotes, il importe de se rendre compte de l'impopularité et de l'insécurité qui menacent tous ceux qui osent éleyer la voix d'une manièt-e ou d'une aùtre contre la politique raciste du gouvernement cie Pretoria. C'est donc là le signe cI'une évolution. une tête cie pont acquise grâce aux for ces progressives, sociales et culturelle du moncle entier, malgré une propagancle gouvernementale de grande envergure. Il n'y a clonc aucun cloute que ces mêmes forces progressives mondiales, soutenues par une vigilance constante et accrue. finiront par clémolir effectivement ce bastion du racisme décadent, ce qui risque cI'avoir cie sérieuses répercussions clans le grand continent africain, en "oie d'émancipation démocratique. I ls sont des hODIDles (Suite de la page 7) « - Huit cents ? « - Non. « - Mille? « On s'est tu_ « - Douze cents ? « - Environ. }) ( ... ) « On me désigna discrètement une villa isolée que les D.O.P_ venaient de quitter pour s'installer ailleurs, Les D.O_P_ ? J'en entendais parler une fois de plus, alors qu'en France où l'on ignore tout d'elles, le mot n'évoque qu'une marque de shampooing. En Indochine j'avais par hasard mis le pied sur leur activité ; elle n'avait pas encore de nom, comme ces dossiers où l'on cache des secrets de famille. Ici, on prononçait son nom à voix basse. Il s'agissait de l'organisation chargée d'extraire des renseignements par la menace ct la torture. Mille témoins pourraient déposer contre elle s'il le fallait. » LEUR DIGNITE ... « Près de cette eau qui servait indistinctement à tous les hommes, nous nous étions reposés un instant, nous avions bu avec les mêmes gestes que les rebelles, 110S ennemis, et j'étais sûr qu'un jour viendrait où, de nouveau, les uns et les autres se retrouveraient là et parleraient sam, passion de ce qui les avait divisés. Alors, pourquoi attendre ? Pourquoi faire couler le sang et les larmes ? ( ... ) « Je savais que l'adjuration que j'a! vue peinte sur un mur : « Fellagha, rends-toi. Tu as perdu,.. » E"tait fausse_ Que n'osaiton la retourner ainsi : ({ Fellagha, reviens. Tu as gagné », puisque cela est vrai ? L'Algérien a gagné la dignité qu'il voulait et la Iévolution sociale qu'il souhaitait. Il administre ses villages ; demain il aura ses représentants qui partiCiperont au gouvernement du pays, Alors je crains que le capitaine, les paysans et les métallos venus de France ne tombent un soir, pour rien, dans les montagnes de Kabylie. » Pour rien? ce n'est pas l'avis de René, le frère de l'auteur. « - C'est la faute des gros, dit Rerté, Ge tous ces types qui ont mille hectares dans la plaine,,, « '" Ils sont devenus riches par quels moyens? « ... Et maintenant ce sont justement les gros qui souffrent le moins. Ils ont mis leur fortune à l'abri en Suisse, acheté des propriétés en France et n'habitent plus sur leurs terres. » (.,,) VOUS OU 1 AVEZ . HONNEUR ET BON SENS « Sans une plainte, ils ont levé les yeux VE:rs moi, m'ont fait une escorte de spectres, m'ont ouvert leurs tanières où ie n'ai pas osé entrer, et après avoir touché leurs mains, j'ai évité ne porter les miennes 2- r.10n visage comme s'ils avaient pu me don· ner leur lèpre. (1 Leur faim ne m'a pas empêché de manf. êr, les mitraillettes et les couteaux qui ' les menacent ne m'ont pas empêché de dormir parce que je suis un homme d'Europe, mais je 1;ais ce que c'est que la honte, rt c'est pourquoi j'ai essayé de faire en. tendre les cris qu'ils n'ont pas poussés, parce qu'ils sont "lu-delà des cris et de la révolte, et qu'ils n'attendent plus de délivrance qu'en la mort. ( .. ,) « Mais vous, Français de France, qui avez en vous honneur et bon sens, gens de la terre et des villes qui vous battez a.vec les intempéries, les grèves des transports en commun, la fatigue et les percepteurs, qui travaillez pour gagner votre vie d celle de vos enfants, qui réfléchissez r.ux grands problèmes et souffrez de celuilà depuis qu'il dévore vos fils, aidez-moi, cie grâce, à les empêcher d'y mourir. » LU • VU • ENTENDU 9 Les trois visites d'Anna LANGFUS C'ETA1T un soir, près de la mer, et la vieille maison gémissait dan.' le grand yent cie l'autolllne bre- 'l'fi li , Soudain. de la petite boîte de la l-arliu, une \'oix s'élel-a. grave. émOUl-;l1lIt ·. tan tôt précise et presque dure. tantôt a"'Il11b rie d'émotion contenue. Par lam he .... ux que la mauyai st, tran smi ssion ou la lelllpête déchiraient, la yoix pa1'lait dl années terribles. dl' VarsO\:ie, d('

-hettu, en flammes. cie fem mes torturées.

,j'l'cnl ier:, juif, détruit:- ;1 la mitrailleuse. dt' fami lles anéanties, I)"uce et accahlée. la voix emplissait Ia mai,oll . la lluit tuunuelltée. ,-ien ll'exi,t .... it plll' ail lllOnde que cdtt' \"(lix pén(.- 1r;l1l1l'. Elle parlait directement ;'1 l'âme : l·lle- !l'oul'ait les mob si mples et les ac\' l'nl;' qui atteignent tout droit le, pro I1('ur, par-(lessp, les émotivités faci le, "es llerfs. Elle arriyait mystéri euse IllC'llt ,!c nuits tragiq ues, d'atltres tem l'l'lt',. ("l',l par la voix qu',-\nna J ,;l11gfu, (',1 " lltrèe chez moi, .... DES mOIl retour ;1 l'ari s. elle l' re yint par S011 livre. rI' SI'II'I le-Soufre (J ', Je retroU\-ai la même pu - ,km ;'1 dél'oiler cles hlessures secrètes. ];1 lllénh' fermeté dans l'accomplissement du "l'l'"i\- de témoigner cles crimes Ilazi s et dl'" ,-ouffrances d'un peuple. Le style est llet. ,alb iaihlesse (le\'ant Cl' qui doit êtn dit, 1.:1 raison reste lucide jusque sous II f"l1\'1 'du tortionnaire. dans cet ouragan Ik ,-olie déchaÎnt' SUl" l'Europe , Anna I.;lllgiu, est une mathématiciel1ne. dl' lTcll1e ['olytec1l1lique ,le \ ·erl'ier s. C'est l'C\1t -t·trl' ;1 cette discipline qu'elle doit ,;, rigueur ·clans 1'0hsen'ation d'un dfrovahle phénomène humaiil qui. aprè, 1nUI. 11'est 1Xb uniqul' la cÎ\'ilisation (,l1ropéenne a connu le, Croisades. l e~ \ Ihigeuis. l' 1 nqui sition. les dragon11;tdes. le, ,t: uerre, colonial es. la traite de,' 1](11 r:--.. ( 2). S,-/ cl sOllfr,·, 111111,' la lerre ,'si 1//1 11/-11.1';'1' » . annonce le Deutéronome. Lnl' r;l\·j"antl' ieune femme de 20 ans a lult" dans Cl' hrasier. .-\\';l1lt. il Lublin. \'11t.- l'jl-ait heureuse. enfantine. chol't~e 1';lr ,c, parents. Ull ma ri hi en-aimé, une \' jl'ilk n01l11OU, «". [II/I'laeabll' II/elli . ""(///(uil sllr .l'CS II/il/irrs dl' iall/bes. mallq,' lIit lt'CC .1','.1' II/illiers 1'" !Jouch('.\'. 1'01't lil /0 11/01'1 (/1/ !JolIl d,' .l'CS II/illiers rie 111'1.1'. III !J[-t ... r'll,' l'éllélra dr IIl1il rlalls la ,·i// .. , salis brllil. s'illslulla 011 lI/ilieH '/11 sO !JIlI/eil des hall/II/es. » C'était en 11/-1 1, .\ i()r~ commencèrent le, choix co rn éliul' entre Il' mari ou les parents, l'e11- ,'anl (lU le mari. les fnites épenlues. les ,';It'hettes (lérisoires. les espoir~ les tra Ili"' lb. le, morts inn umbrables. h, RF, i,t.alleC' polonaise. les C;l\'es tle la Gesta1. le, prisons infâmes. la dégril,iJation par le froid. la failli. la doul eur. la peur '1111 rend méchant. l'ou r sur\'i\Te dalb le hrasier. Anna I.angÎu, ;n'ait troi , armes : son intelligenet' . une be;ll1té qui 1\1.' décèle pas son "rigillC juin'. et. surtout. une volonté ';Ol1\-ag-e. indomptahle de sauver un mari rC'I'cm. jeune philosophe inaccessible à la hai ne ct il la peur. Ifui refusait avec ' l' rl' llité la lutte contre ce qu' il savait i llt"'itahle_ 1 _" r~qu'Anna. délin(-e par les Russes. é'Joig'ne sur la route de VarsO\·ie. elle

, rOll ,t perd u. parents. mari. amis. mai

li, et la chère \'i eille Nounou. « Le r"S.'·': Il'cxiste l'llls. Tl Ile fallt l'llls -" l' ell- ,,-1' 1:'1 if Il'\' allra l'as d'07 'ellir, » EDUCATION A LA FRATERNITE A la suite du COlloque des Enseignants ," éducateurs, organisé sur l'initiative du M.R.A.P. en février 1960, à la Sorbonne, un Centre de Liaison des Educateurs conln' les Préjugiés Raciaux s'est constitué. 11 Yient d'éditer le numéro 2 de son bulleti n. « Education à la Fraternité H , _~ u sommaire de ce riche document, tlgurent notamment une enquête: « L'enfant français est-il raciste? H, un article du professeur Marc-Andrée Bloch, sur l'éducation antiraciste en classe de philosophie, une étude de Natha Caputo: dcs livres qui apprennent à aimer, etc ... On peut se procurer « Education à la Fraternité H (le no 1 NF ; abonnement annuel

5 NF) à l'adresse suivante: Mme

Marie-Eve Benhaiem, institutrice-C,L,E. P.R., 164, rue de Lourmel, Paris-15' (CCP -; _302-02 Paris). Puisqu'lie est conda1l1nélil à vi ne, il faudra pourtant qu'elle porte le poids d'un avenir. ... A )JNA LANGFUS est venue chez moi un soir. Je l'ai tout de suite reconllue. Son visage était bien , celui de sa voix et cle son livre le front Anna Langfus voluntairl'. le regard droit. un peu in quiet. la houche tendre ct sensihle - un ],eau \-isage courageux. Tout en elle était sohre et plein dt digllitt:· son élég·ance. sa confiance. '(In récit.. - Et aprl's le retour il \ ·a rsOl·ie ct ;1 1 .uhlin : - ,-/l'rès. jc Ile 'o lliais l'ills 'rrslcr l'II jJolo,qnc. C'étail il/lpossible.' EII lI!ai 194ô. ie suis ~'elllle en FraHce: je '11'07'ais plus n'en, .le ne eOH/laissais perS0l/11e. Ail début. e'esl toujollrs difficile, mais, ici. II I/- pelll sc débrollilll'r. J'ai trouv(UIIC l'/I/CC de l'rofessellr de mathématiques dalls 111/ orpheliJ/al" ,\foralclI/ellt, c'était plus difficile ; il faUait trOl/7'er w/e raisoll de vi'l're -puisque, Il'-ill/I'orte COli/ment, ïéta-is 'l'i'l'allte. l'ai sl'lIli qU'1I11 1'11 - font était la seule chose qui l'ou7'ait '/IIC rattacher à. la ~'il' . .Il' sais !Jil'II qur cc'lait éqoïste ! ... Elle se remaria donc a l'el' un rescapé C01l1me elle. Une fragile petite fille est le centre vital de ces deux ressuscités. Je la regardais. assise près de moi. calme. détenrlue dans la chaleur de la sympathie. Ainsi. cette femme charmante ,l\'ait été ignominieusement maltrotitée: ces mains délicates avaient accompli de, besognes dangereuses ou répugnantes: ces Illotgnifiques yeux brun-doré avaient vu, entre les barreaux d'un soupirail, fusilier le compagnon passionnément aimé. dans une cour de pri son: ils avaient vu cles monceaux d'agoni sants et de cada\ TeS et des centaines d'enfants massacrés. Ll's enfa'Hls Il/eUrellt toujours bien. O'1'ec plous dl' diqnité que les adultes, com- 1/11' s'ils Ile tenaient l'as enCOI'1' à la 'l,ie. 0'/1- ql/'ils pressentaiellt qn'elle Ile 7'alll ras la pl'Îl1e de s'\, aCCI'ocher' - Aux l'éci ts de tortu re. il 1- a de.esprits forts qui répondent : « te 11 'est pas vrai t 11. ou elle. serait mort avant de supporter de tels supplices 1 » - Oh! oui, on supporte.' C'est illcro_\' able ce qu'ml corfs hu.main l'eut snl'porter 1 Et l'âmc aussi. elle suNorte' El. après, il faut encore supporter. - Est-ce qu'autrefois. \'ous aviez déjà le désir cl'écrire ~ - Oui. touiours' .T'étais trol' feunr at 'allt la '/"erre. lIIais ïécrivais de petites choses. dans des re7'ues. En France. i'ai pensé me déli'l'rer l'II écrivant. J'al commencé -par une pl:èce l'orel' que j'i'llla.. qinais qur ce serait plus fa cile. JI' 1/1' savais l'as encore qu'une bOll lle pièce l'st pZ us difficile à fa.ire qU'UN bon rOll/ail.' 17.nfill, JeaH Mercurl' 11/'a bl'aucO/tl' l'ous- Le grand acteur africain Habib BENGLlJ\ n'est plus QUI ne connaissait Habib Benglia, qui ne l'a jamais vu sur une scène, sur un écran de cinéma, qui, surtout, n'a jamais entendu sa voix, sa merveilleuse voix, sa voix prenante, envoutante, jaillissant de son poste de radio avec une présence extraordinaire, étonnant, subjuguant et channant tour à tour l'auditeur ? Cet homme que l'on croyait invincible et impérissable, cette force de la nature au souffle capable de faire vibrer les vitraux des cathédrales, s'est brusquement éteint le 2 décembre, vaincu par ce mal terrible le cancer du poumon. Né en 1895, en plein désert, il avait successivement franchi toutes les étapes de la carrière artistique et, si de nombreux théâtres - aussi bien parisiens qu'étrangers ou provinciaux -- peuvent se vanter de l'avoir eu sur leurs planches (Odéon, Opéra, Folies-Bergères, Grand-Guignol, Comédie des Champs-Elysées pour ne citer que les principaux et pour bien mon· trer toute la diversité de son talent), s'il a joué dans de nombreux films (Le Goumier, Le Bâteau à Soupe, La Rénégate, etc ... , etc ... ), c'est encore de ses créations d'acteur radiophonique que je garde le souvenir le plus ému et le plus reconnaissant. Gar, en effet, en plus d'un physique d'empereur soudanais, il possédait un organe comparable aux instruments des plus grands musiciens de jazz, une voix que, pour l'instant du moins, aucun acteur noir ne peut égaler, ni même simplement imiter. C'était toute l'Afrique qui jaillissait de sa gorge, c'était le soleil et le vent, les oasis, les savanes et les grands fleuve;:; et, qu'il ait tenu le rôle d'un féticheur de village, d'un roi ou d'un mar· chand d'esclaves, qu'il soit Belzébuth (auteur, il a écrit et interprété une pièce radiophonique intitulée «( Le mariage de Belzébuth» dont j'espère bien, qu'un jour, en honneur à sa mémoire, la R.T.F. ressortira la bande et nous la ' fera écouter pour notre plUS grand plaisir), Empereur Jones ou je ne sais quel Jupiter d'une mythologie sonore, sa voix, cette voix immense, nous ravissait, nous envahissait, renversant, comme l'ont fait les trompettes de Jéricho, les derniers murs de notre sensibilité. Vrai et unique griot de la vie et de l'art africains en France, il avait su nous faire comprendre, admirer et aimer beaucoup des belles légendes de ce continent. Il avait gardé en son coeur et en son esprit une si grande affection et un si profond attachement pour tout ce qui touche à la culture africaine que, le premier, il avait souhaité la création d'un Théàtre de la Communauté. Et qu'il en avait donc fait des démarches pour atteindre ce but Malheureusement la mort l'a surpris avant qu'il ait pu réaliser ce véritable Théàtre Africain dont il eut été le meilleur des professeurs, donnant sans cesse le plus cher de lui-même et cet art terrible et magnifique auquel il était resté dévoué depUis tant et tant d'années. Acteur, danseur, auteur, chanteur, lutteur même puisqu'il avait eu l'occasion de jouer dans un tableau intitulé «( Le Catch » au music-hall, Habib Benglia était vraiment une personnalité du Théâtre et, en tous cas, le maître incontesté de l'Art dramatique africain. Cet homme au tim· bre si particulier avait le génie du son, du rythme et de la valeur des mots et peu de metteurs en scène ou en ondes peuvent prétendre lui avoir fait recommenoer plus de deux fois une tirade. Il avait en lui ce talent si rare (même chez les plus grands comédiens) de l'assimilation spontanée au personnage à interpréter et, lorsqu'il s'agissait d'un personnage de couleur, ce n'était plus du génie mais c'était véritablement le Verbe même qu'était devenu Habib. Il avait en lui tout le mystère, le charme et la force de l'âme africaine et, que ce soit pour dire un simple mot ou pour le plus long des monologues d'Empereur Jones par exemple, il se découvrait tellement tout entier que je suis certain que le plus inattentif et le plus blasé des auditeurs tressaillait et accordait subitement de l'intérêt à l'oeuvre que, jus· qu'alors, il n'avait écouté que d'une oreille distraite. Auteur, il a toujours cherché à exprimer, comme le fait Louis Annstrong avec sa trompette ou Mahalia Jakson chantant ses Gospels, le profond sentiment de l'âme noire, il a toujours cherché à recrêer et à montrer la culture et l'esprit africains qu'il avait su conserver purs et entiers en lui. sée, ct II/a l'ièce, « Les Lépreux », a été fQuée à. l'Alliance française par la Compagnie Sacha Pitoëf, à la fin dl' 19:;6. Pour « Le Sel et le Soufre », lOI été encoura.qée -par Lenormatld, par Marcel Sauvage, par M. Gabriel Marcel ri d'autres encore, qui ont été très bons. - Et maintenant. \'OUS n'avez pa~ d'autres projets? . - Oui, mes amis me répètel/t qu'il faut continuer. J'essaie de faire Itn roman sur un suiet plus normal, moin,ç sombre, mais ml bout de quelques pages. fI' retourlle ml.'\: souvenirs qu.i 1/1' obsèdellf. « Les Lépreux »" c'était Il' drame d'If1!C famille .iui'l'e l'éfugiée che::; des chrétiens_ Vt! ne peut éerir!' que cc que /'011 a, l'-II SOl. .. Est-ce que le brasier de sel et de .';oufre cessera un jour de la brûler? Anna Langfus a laissé sur ma tabJc un bouquet Clui lui ressemble : des tu1i pes couleur de sang et de feu, aux feuilles mélancoliques enroulées temlre1ll ent autour des tiges droites et dures.

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UN jùur. une j eune femme arabr' SU1:~Ô r'a peut-être à son tour de II/ edina bouleversées et cie la gé henne des camps pour tendre un grand livre à ceux qui, enfin troublés dans leur Cluiétucle. croiront se discuJper. eux au~gi, en murmurant «N ous ne savion~ pas » Odette du P'UIGAUDEAU. ( 1) Anna Langfus, ( Le Sel et le Soufre », Gallimard, éd., 1960. (2) Amiral Ch. de la Roncière : «( Nègres et Négriers », Ed. des Portiques, 1933, pp 88-89. Vingt millions de nègres enlevés en Afrique du XVI' au XIX' siècles, dont l'Abbé Raynal, en 1770, évaluait les survivants dans les colonies européennes des deux Amériques à 1.400.000 esclaves. Habib Henglia à la dernière Journée Nationale du M.R.A.P. Entouré de bibelots africains, dans son appartement du quinzième arrondissement qu'il avait meublé et décoré artistement, allant même jusqu'à avoir fait son lit avec la boiserie d'un vieux piano, je le vois en· core, animé d'un grand espOir de fraternisation entre tous les peuples et les races, souhaiter de toutes ses forces une émulation africaine et un resplendissement de cette civilisation à laquelle il était resté tellement attaché. Soudanais de naissance et d'esprit, il avait quand même donné de son coeur à la France et au delà à la Liberté et c'est le prouver de dire, qu'en 1915, il s'était engagé dans l'année française et qu'en 1944 il s'était battu pour libérer Paris. Quant au combat contre le racisme, qui lui était cher entre tous, il le poursuivait aux côtés du M.R.A.P., dont il était membre du Conseil National. Car c'était un homme au plein sens du terme, fidèle et généreux dans ses amitiés comme il était dur envers les médiocres et intransigeant envers luimême, et il serait à souhaiter que beaucoup de comédIens, même panni les (( grands », sachent suivre son exemple, aussi bien dans leur condition d'acteur que dans leur fonction d'homme. Souhaitons qu'Hàbib Benglia ne soit ' pas oublié de sitôt, Maurice DECRAIENE. ( l ' 10 A l'appel de la Fédération de la Jeunesse Juive POUR Puissante manifestation à Bruxelles LE CHATIM.ENT D'EICHMANN et de tous ses complices LORSQUE la Fédérat.ion de la Jeune~se Juive de BelgIque lança l'ldee d'une grande réunion sur l'affaire Eichmann, le Cercle Culturel et Sportif Juü se mit immédiatement à sa disposition. Cette conférence devait être une réussite, et nous joignîmes toutes nos forces à celles de ceux qui concouraient au même but. La soirée du 20 décembre 1960 fut magnifique. Les militants organisateurs reçurent les récompenses que méritaient leur dévouement et leur combattivité. Dépassant toutes les prévisions, dès 19 h. 30, alors que le meeting était prévu pour 20 h . 30, la foule assiégeait la salle de musique de chambre du Palais des Beaux-Arts. La salle s'est comblée en un temps-record et, c'est devant un bon millier de personnes que s'ouvre la séance, soûs la présidence de M. Guy CUDDEL, député-bourgmestre de Saint-Josse-en-Moode ; tandis qu'à l'entrée, ne trouvant plus de places, un groupe de 150 à 200 personnes ne se résignaient pas à retourner chez eux. Après avoir salué l'assistance et l'avoir félicitée, de sa haute conscience, et souligné la gravité du problème soulevé, M. Cuddel donne la parole au Président de la F.J.J.B., notre ami Dof BORN STEIN. UN DANGER POUR L'AVENIR ... Dans un style clair, précis, le président de la F.J.J.B. explique pourquoi les jeunes ont pris en mains l'organisation de cette conférence : « Qui, mieux que les jeunes, sait combien la renaissance du nazisme est dangereuse pour leur avenir ? Les 15 organisations réunies dans la F.J. J .B. représentant toutes les tendances po· Iitiques au sein du judaïsme, constituent un front unique de la Jeunesse Juive, pour défendre ses intérêts moraux et matériels lt. M. Bornstein souligne que l'affaire Eichmann est l'occasion d'inviter la population à la réflexion et à juger clairement de la situation. Dans la suite de son discours, il dénonce vigoureusement la faiblesse de ceux qui ont la mémoire trop courte et rappelle avec une fougeuse éloquence. qu'il n'est pas le temps de s'engoncer dans une douce quiétude lorsque le nazisme prouve encore sa virulence. Après un nécessaire rappel d'histoire douloureuse, D. Bornstein souligne la coïncidence, nullement fortuite entre l'épidémie des croix gammées de '1959 et la présence de nazis notoires dans le gouvernement de l'Allemagne Fédérale. Dans sa conclusion, le président de la F.J.J.B. dénonce « certains responsables de la communauté juive qui se sont donné pour but VOULU, d'éviter d'affronter tes problèmes de face ». Et il conclut : « L'ère des ghettos sera définitivement ré· volue si nous restons tous unis dans le combat contre la renaissance du nazisme ». DEFENDRE LES DROITS DE L'HOMME M. Cuddel ne pouvait mieux refléter l'impression que laisse le discours de Bornstein qu'en le qualifiant de percutant et touchant tout à la fois. Après avoir salué l'arrivée de Paris·, de M' Shapira, lë président de séance donne la parole à M' Jules WOLFF, Président de la Commission Juridique de la Ligue Belge des Droits de l'Homme, et qui fut chargé après la Libération de réunir la documentation sur les crimes de guerre dans les trois zones de l'Allemagne occupée. M' Wolff, en juriste, ne peut pas parler du cas Eichmann puisque, dit-il, celui-ci appartient à la Justice israélienne ; et il émet l'assurance que celle-ci fera son devoir. Dans la suite de son discours, M' Wolff estime utile de rappeler qu'il n'y a pas que des criminels de guerre relevant seulement du Ill' Reich. Beaucoup de criminels de guerre de toutes nationalités restent impunis. M' Wolff se penche ensuite sur le problème que constitue la prescription des crimes de guerre. Abordant ensuite la question de l'extradition des criminels de guerre, M' Wolff estime qu'il est impensable qu'ils puissent jouir de l'impunité dans un pays sous prétexte que celui-ci n'est pas lié à d'autres par un traité d'extradition. M' Wolff juge que c'est à l'O.N.U. qu'il revient de faire accepter par tous un traité d'extradition des criminels de guerre. « Un criminel de guerre qui échappe à la condamnation à mort doit être exclu de la vie nationale» déclare M' Wolff. Il dénonce ce scandale : qu'il y ait en Algérie des. criminels de guerre, condamnés par le tribunal de Nuremberg, et, qui continuent à procéder aux mêmes exactions et aux mêmes tortures qui avaient fait l'objet de leur condamnation. Rappelant que le sénateur Henri Rolin avait déposé un projet de loi réprimant la propagande à la haine raciale, M' Wolff fait appel à la preSSion de l'opinion publique pour que ce projet sorte de l'oubH et prenne force de loi. En conclusion M' Wolff souhaite voir rendus obligatoires dans toutes les écoles un enseignement, une .étude des principes de la Déclaration des Droits de l'Homme. PLUS JAMAIS CA L. M. Cuddel, après avoir lu un message de solidarité de-l'Union des Déportés Juifs de Belgique, pria Mme Isabelle BLUME de prendre la parole. Chère Isabelle Blume, elle a entendu ce soir au crépitement des applaudissements qui la saluaient combien elle est aimée et respectée par la communauté juive de Bruxelles. Son discours, chaleureux et vibrant, a remué l'âme de l'assemblée. Pour dénoncer lés fauteurs de haine, p.lle arme son coeur de raison et de combattivité ! « Oui, je vous parlerai de politique, s'écrie-t-elle, parce qu'il ne serait pas juste de ne pas parler des causes politiques qui ont fabriqué des Eichmann : ces mêmes causes qui font que demain nous pouvons être menés à la même situation ». Isabelle Blume nous a lait gravir à nouveau le douloureux calvaire des souvenirs qui peuplent notre mémoire. « N'importe quoi, n'importe queUe lutte, mais une lutte jusqu'au bout pour que cela ne soit plus jamais », déclare-t-elle, applaudie vigoureusement par l'assistance. Elle fait comprendre que -là où est la guerre, là où est l'oppression la torture devient hélas un lieu commun. Le nazisme étant une_ iorme politique de la société, pour le cômbattre il faut en démonter les ressorts : c'est cela, s'occuper de politique. SAMEDI 25 FÉVRIER 1961 GALERIE LOUISE, de 21 heures à l'aube LE CERCLE CULTUREL ET SPORTIF JUIF présente JACQUES HEL/AN SA GRANDE FORMATION ET SES SHOWS QUI ANIMERA LA GRANDE NUIT DE BRUXELLES AVEC LES FRERES JACQUES LA VEDETTE ISRAEL! ENNE RIKA ZARAI QUI TRIOMPHE A PARIS AU BAR: Typique et Jazz avec un orchestre de choix Vente des cartes et location au C.C.S.J. 51, Boulevard du Jardin-Botanique - Tél. 17520'0 ou 174228 La tribune du meeting, pendant l'intervention de M' .J pan Schapira La lutte pour la paix, explique l'oratrice, est une lutte contre le nazisme. « On n'a pas le droit de taire ce qui apparaît comme la vérité », s'exclame Isabelle Blume. « Et la vérité, c'est que nous avons laissé se réarmer le monde, nous avons laissé se réamer l'Allemagne, dont les officiers dirigent l'O.T.A.N. ». Il faut savoir aller jusqu'au bout de notre raisonnement et ne pas se laisser endormir dans une fausse sécurité. En conclusion, I. Blume lance un vibrant appel à la lutte pour la paix" condition nécessaire pour faire vaincre l'amour entre les l'aces et les peuples, soulignant que le procès Eichmann sera le procès du nazisme, le procès de la guerre. De longs applaudissements marquèrent la fin de ce magnifique discours qui touche profondément l'assistance. LE NAZISME RESTE VIVANT ... C'est ensuite notre ami M' Jean SCRAPI RA, fort attendu, qui prend la parole. Il transmet à l'assemblée les salutations du M.R.A.P., et aborde son sujet en ex\) liquant que la lutte contre le nazisme ne doit pas se confondre avec une quelconque haine contre le peuple allemand dans son ensemble. Le procès Eichmann doit être un coup de semonce, un appel à la vigilance. M' Schapira démonte le mécanisme du nazisme montrant l'inéluctable montée de ce régime vers le crime de génocide, vers ce que Goering appelait la « solution finale du problème juif ». M' Schapira s'insurge avec raison contre la légende qui veut que les juüs. se soient laissés mener à la mort sans combattre. Et, il rappelle les combattants du ghetto de Varsovie, des armêtls de la clandestinité. L'orateur explique l'enchaînement du nazisme qui fait d'un homme un criminel qui plaidera non coupable parce qu'il n'a fait qu'obéir en loyal subordonné à son führer. Faisant appel à une vigilance accrue, M' Schapira souligne que"1e nazisme est vivant, vivant dans une doctrine, vivant dans une politique. I! dénonce en particulier l'entourage nazi de certains leaders arabes. Et, après avoir fourni, dans un exposé fouillé, servi par un faisceau de preuves et de documents, la démonstration que le fascisme relève la tête, notre ami explique que les cadres nazis éparpillés de par le monde cherchent à maintenir le national-socialisme. C'est pourquoi, souligne M' Schapira, les démocrates de tous les pays doivent établirent un front commun de lutte contre le nazisme. Enfin, il explique avec clarté que l'antisémitisme fait partie intégrante du racisme. Il faut être solidaire avec toutes les victimes du racisme, parce que le racisme c'est la doctrine de la supériorité raciale d'un peuple sur un autre et que cela finit toujours par se retourner contre soi-même. Et, en une formule extrêmement juste et frappante, M' Schapira fit comprendre que la guerre est le meilleur pourvoyeur des haines raciales : « Auschwitz, c'est aussi grave qu'Hiroshima ». LA MOTION FI NALE I! est tard déjà, quand M. Cuddel lève la séance, après avoir fait approuver la motion suivante : « Répondant aujourd'hui 20 décembre 1960, à l'appel de la F .J.J.B., groùpant 15 mouvements de jeunesse, des juifs et des non juifs, de toutes tendances philosophiques ou religieuses, se sont rassemblés à ['occasion du proChain procès Eichmann pour rappeler les crimes perpétrés par les hordes nazies contre l'humanité entière et lancer une mise en garde contre les dangers d'une renaissance du nazisme et du militarisme. « L'assemblée à l'unanimité demande que toute lumière soit faite sur toutes les phases du plan de la « solution finale de la question juive » et sur les atrocités commises au nom de la suprématie raciale. « L'assemblée fait confiance à la presse et aux autorités compétentes en matière d'éducation de tous les pays ~pour qu'elles contribuent . à former .une génération de citoyens conscients de leur dignité et éduqués dans les principes des Droits de l'Homme. « L'assemblée fait confiance à la Justice israélienne pour qu'Eichmann soit jugé conformément aux principes du Droit International et pour que toutes les révélations concernant le bourreau Eichmann condamné par coutunîace au procès de Nuremberg soient portées à la connaissance de l'opinion publique mondiale, et que soit souligné le danger mortel que représentent les idéologies du national-socialisme et du fascisme pour une société édifiée sur les bases de la Charte des NationsUnies. « L'assemblée s'élève vigoureusement contre l'impunité dont bénéficient toujours trop de grands criminels nazis dans de nombreux pays. La 1éunesse consciente de ses responsabilités de demain exige que soit éliminée radicalement l'influence directe ou indirecte "de tous ceux qiii ont eu une responsabilité quelconque dans li" national-socialisme. A cet égard l'assem· blée est persuadée que les aînés seront conscients du rôle éducatif qu'ils ont à remplir et de leur devoir envers la Jeunesse. ,. L. G. Chronique du C.C.S.J. Janvier 1960. Il Y a /tn ail ... Dau.)· le' climat fiévreux de la vaqu.e lIazie et anhs(:' mitiqlle, /t"} [J!oupe dè jel/ne~ jnifs décldel1t la creatwn: ân Cerc7e Culturel t'f Sportif Juif. Cinquante-deux semaines de travail acharné et de résultats admirables. Ên 1t,t! laps de temps aussi court, le c.C.SJ. .l' est imposé à Bruxelles comme le mouveme1lt. représet!ta.tif d'une large partit' de la 1eunesse l1ttVe. Le sérieux des dirigeants et la qualité de ses tllil-itants t1 permis à notre Cercle de présenter à ses membres, tant sur le plan cultttrel et artistique que dans le domaine des loisirs. un ensemble d'activités exceptionnclles. Cinq ~e:n~s jeunes juifs ont partiC'i(Jé---d nos actWttes durant cette année d'extstence et les lecteurs rJ..e « Droit et Liberté » peuvent juger de -la quIflité de ces manifestations. NCfUS abordons l'année 1961 avec comme but princiPal de renforcer la base de notre. tttouveme'!t, rassembler encore plus de nalttants qu'l permettront à notre Cercle de se développer dans un sens etlcore plus large. Cette année sera marql~ée par un é.vénelllent de toute première importance .l'organisation de notre .qrand bal an miel. Ce bal confirmera la force et le dynamis me de notre mouvement. En attendà:iitiie vous '1' rpncontrer. le Cercle Culturel et Sportif Juif vous souhaite une bonne année ... et une carte de membre Iq6I. Be·rnard GOLDBERG. Visite d/Anne , a la maison FRANK P RI XSEX(; IL\l'HT 26,. ~'élhe une maison Cil tous points semblable il celles que longent les canau::, . d· .~ msterc~am. et qui pourtant diffère dan.s .. son âme et dans ,;on hIS[(JIIT. l est la que \'ecut :-\nne h·lnk. et c est au seclet de cette ·"i,on qu'elle lut un jour arrachée, reste aujourdïlL1i SOIl abri vide et oTande émotioll. (A dire vrai le visage lIt'! de toute l'iolence. ces chambres re- de 1\1. Frank est empreint d'une singul i~e;. par les escaliers raides des maisons lihe beauté et bonté d'expression.) Les hnllamlaises. aux couleurs sombres, aux universités américaines ont largement ienétres tal)i~"ée,; de noir qui ne s'ou- diffusé l'oeuvre Hièâtrale, qui fait revin aient jamais sur la lumière du jour ni vre les événements de manière plus di- .;ur le marronnier de la cour. La Gesta- recte que le film. Les étudiants Jl10SCOi)() n'a laissé du mobilier qu.'uI,le poê,le. et \'ites, d'autre part. on.1 monté cette pièune petite cuisinière roulllee, l'e\'ler ce et l'ont présentée au public. :\r. Frank étr()it. On peut \'oir également. et sans \'ous dirait encore qu'il reçoit des letian":, e pudeur. ulle autre pièce qu~ dOll- tres personnelles du monde entier. tént' la mesnre de la servitude enduree .. ~e moignant de la passion que suscite le " n:nier était l'échappée 5111' la fantaISIe. martyre juif en la pel'sonne d'Anne 11 ~()J1Jme le sont toujours les greni ers. illais Frank. (Et c'est alors que devient légi - ici d.'\'antage sur J'espénlnce. time le culte de la personnalité ... En ef- Ces pièces, dans leur petitesse ct dal!s fet, quel moyen plus efficace possédonsleur raccourci. contiennent encore la VIC IlOUS de faire passer en autrui notre exqu 'elles ont protégée. malgré la, hrut~\ité périence, que d'offrir à la sympathie n;(- Aùos;;ee à la maison où vecut Anne Frank, l'Académie Anne Frank en pleine construction. Now voyons egalement l'emplacement du futur Centre de la Jeunesse, qui accueillcre les étudiants et les logera pendant la duree de leur séjour en Hollande. Corn, me fo'rLd à ('es bâtiments. le marronniel' dont Anne Frank parla si souven~ dans S01l Journal. qui les a physique11lcnt denudee~. Cette tm'elle le visage particulier de telle jeune fonder et qui r~unira les jeunes clu lllonnudité sc tromait déjà clans le SImple fille, de tel homme ou de tel enfant?) de entier (je veux clire ceux qui ont au crtochet qui rcliait le secret de la 1l1~t1- Les lettres les plus bouleversées par- coeur la \'olonté de paix) dans le but " Hl ZIo'uble au placarcl masqué dc regls- \'iennent du' Japon. où la g-uerre a lai s- commun du rapprochemcnt et de la fratre~ dont la fragilité était une gageure, sé sans conteste les marques les plus ternité des peuples. Des conférences itieT (j'ui retomhait sans. bruit sur un bo~t brutales ct où elle demeure mieux qu'ail- né l'antes sont envisagées, et à cet égard dl' chi Hon. Cette nuchte battue en bre- leurs dans la mémoire affèctive des 1n- l'importance ~e_ doit prendre la collacl1' par quelques entailles sur un mur, dividus. Les étudiants ont donné dc nom- boration du },I[R.A,P, à l'oeuvre cie la celles qui indiquent la croissancc d'Anne hl'euses et excellentes rcprésentations de future Académie Anne Frank n'est pas Frank, que son père a marquée dans le la pièce. à souligner. ' Cette Acadélllie s'aclresse platrc. COlllme le font tous les. parents. De mêllle" les visiteurs les plus con- en Pl'iorité il tous les antiracistes mili- Ce!- cntail1es no.!!:~ rappellent lllleux que trits. les plus profondément émus, sont tants et leur demande leur contribution, toute pensée qu'il s'agissait l'une enfant. les jeunes Allemancls ( les meilleurs », ~1. Frank, par son souci toujours "i- (l'une très jeune fille qui collaIt sur lcs prééise 1\f. Van Praag-) qui mesurent "ilant de restaurer l'humain dans le 1ll01l- 1ll ur ~ dl' sa chambre, pour la ]'endre mOlllS l'iilhul1lanité dans laquelle ont vécu leurs de, s'est déjà acquis J'appui dc nombreutri , te. des photographies cie magazines. parents et à laquelle çes parents ont per- ses personnalités. Il a participé, en par- Ct'tte atmosphère légère donne un llla- mis de réduire tant de peuples aux cô- ticulier, à la fondation du viJlage de lai l ' , cet ordre déyoile le désordre et tés clu peuple juif. De Nombreuses mâÎ- Vuppertalc. où le Père Pire, prix Nobel l'a r rachenlent dont ces pièces ont été le sons du souvenir d'Anne Frank ont été de la Paix. a rassemhlé un certain nOllltémoin et qui furent lisibles au pèrc ouvertes en Allemagne, qui prolongent bre de « personnes déplacées », ce qui d'Anne Fralik, lorsqu'il re"int et qu'il ces réactions et leur donnent validité. re"ient à aire que la future Acadélllie il trOu\';l, ép;lrpillé au sol, le journal de sa D'autre part, il n'est pas hors dc propos moralement partie liée avec l'entreprise filk 11 est difficile d'accomplH ce re- cl) noter que la projection du film Meill du Père Pire. Ce sont de tels liens qui tou r en arrière, quand le calme est ins- Kampf a provoqué un mouvement de garanfissent à l'avance la grande auclientallé a\'cc la Ulort. Il est clifficile de croi- révolte clans la jeunesse allemande et de ce que doit rencontrer le projet de M, re (,;Ie ce ne fut' pas un cauchemar, mais "ives questions 'à l'adresse cles aînés. Frank. Par ailleurs, la direction d'Allue la vil'. II est di rficile. enfin, d'éviter le Il n'est pas surprenant que la jeunes- Frank Hltis est ell constants rapports ~ouv enir du massacre général dans lequel se, la « 1lleill~ure » hélas et non toute avec l'association allemande clu SOlll1ell- , 'in ~rent la "ie et la 1110rt d'Anne Frank, la jeunesse, se cabre devant des actes berq, présidée par M, Schultze, qui s'est cet e \·ie et cette mort ni plus ni moins aussi peu naturels, qui n'ont de raison signalée pendant la guerre même par son eXt'nIplai l'CS que des milliers d'autres vies cI'être dans aucun système de pensée 1101'_ action antiraciste, travaillant à contre .. et {j'autres lllorts. mal - pour n'employel' qu'un langagc courant il une époque dangereuse. 1\J, . mesuré. 11 est souhaitahle de drainer cet- Van Praag nous signale la lVcrl,'sclwle ET cepellllant. ce n'est pas tant à ce 1 te révolte, de la rendre active, cie lui fai- de Cologne, qui. sous la direction de M. souyenir que s'attache M, Frank, e re souleyer les lllontag-nes cie l'incompré- Vordem Berge, g-roupe un millier d'étupère d'Alllle ; car, si Anne Frallk hension lllutuelle des hOlllmes. C'est là cliants, dont la moitié vient des quatre d'un tel rassemblement). M. Vordelll Berge fait preuve d'une intelligence extrême des causes et des effets cie l'antisémitisme, et tient à affirmer: « Nous vous dotl'llol1s l'assurallce que nous n'oublierons jamais ». Il faut ajouter à ces marques de compréhension e.t de contrition' le fait que certaines villes allemandes \~ersellt des contributions pour lue les élèYes des écoles et des université~ puissent f~ire un yoyag-e en Hollande et visiter AI/Ile l'ranI? Huis, Il faut encore remarquer que le mairc de Francfort. ville natale d'Anne Frank, entretient les rapports les plus "étroits avec la direction d'Al1Ne Fral1/~ Huis et 11e manquera pas, le jour venu, d'apporter son aide à l'Académie Anl/e Fra'/lll, de concert avet' toutes les personnalités dont 1\1. Frank et 1\1. Van Praag' peU\'ent sc targuer d'avoi r l'amitié, Tout cela n'est-il pas en faveur d'un renouveau irrésistible des mentalités ? Et ce Centre de la Jet/Hesse, projeté par le père d'une jeune victime de la haine raciste, n'est-il pas déjà un rcmpart con, tre cette haine et cette inintelligence de la vie, qui ont présidé à tant de 111orts, de souffrances et de peines perdues ? Perdues ? Non pour nous qui, de toute notre volonté, entreprenons d'en sau\' egarder la mémoire et d'en tirer, en dépit de tout ce. qui la menace de 110Uyeau, l'énergie créatrice nécessaire à l'édification d'un monde sans discI'iminations et sans limitcs, où il so~t enfin perHuis a été inauguré le ~ mai 19~0, est le but du Celltre de la ICI/Hesse que :-T. coins du monde (dix Tsraélicns. notalllen mémoire dc la violence paltlcultere Frank et :-J. Van l'raag' projettent .de ment, renclent significative l'importance PierreUe PELISSON. qu';, suhi~ unc c~mm~nau~~ h~maine, ____________________________________________________________ _ mis cie vivre. maJ ~ aussI clans 1 espoIr d etabllr une meIlleure compréhension entre les homm ~ , Le clessein de M. Frank n'intéresse pa;; seulement le passé mémorable, mais encore la prévision non utopique et vC!lontaire du concert des peuples. Et la. n o u~ a-t-il dit, se pose le problème de l'efficacité personnelle: trouver ce qu'on appelle « the rîght man in the rigbt plaCé ». Il l'a déjà rencontI'é en 1\1. Henri v. n Praag qui, ajoutant cette tàcbe :\ de nombreuses autres fonctions. il pris la irection d'Anlle Frank Hllis. C'est à M. Van Praag- que nous ayons demandé quelles personnes venaient yisiter An1/e Frank Huis (à cc sujet. un Itvre sera mis à la disposition des "isiteurs, afin qu'ils puissent y consigner le rs impressions). Ce sont en g-énéral. comme il fallait s'y attenclre, ceux qui ont lu le Journal d'Anne, ou ont YU le film ou la pièce de théâtre. C'cst ainsi Qu'un véritable rpseau d'affection s'est étabH autour cie la personnalité d'Anne Frank. Certains visiteurs, nous clit M. Van Praag, se jettent dans les bras de M Frank, avec les marques de la plus L'ex-Commandant d'Auschwitz arrêté Le Sturmbannführer SS Richard Baer, qUI fut le dernier commandant du camll d' Auschwitz, a été arrêté le 20 décembre à Friedrichsruh, près de Hambourg. Membre du Parti nazi depuis 1930, Baer était devenu SS en 1932. Il avait occupe des fonctions de plus en plus responsables dans les camps de Dachau et Neuengamme avant d'être affecté à Auschwitz, où il s'ingénia à augmenter le nombre des victimes quotidiennes. Lorsqu'il a été arrêté, il travaillait comme ouvrier agricole dans une propriété du prince Otto von Bismarck, député démocrate- chrétien au parlement de Bonn. n se mit au garde-à-vous et dit aux poUciers: (( J'étals officier, je veux qu'on me traite en conséquence. " Notes , a (Suite de la première page) l'ette sincèrité touche au fond du problè- 1I1e. Si, en effet, la supériorité raciale est dogme d'Etat, la loi (ou le Fül11'er, qui est la loi incarnée) couvre et valide, explicitement ou implicitement, tous les moyens de sen'ir la race. La torture, la concentration, la g-énocide deviennent alors des actes de gestion administrative courante, au même titre que le transport par fer ou la distribution d'électricité. De là le caractère rond-de-cuir de certains documents -monstrueux. Par exemple, de la dii'ective cie Goering à Heydrich (~I juillct J941) visant à « Ol'ganisel' la solution totale de la question juive dans la sphère d'influence allemande en Europe » C~). Par exemple, encore, cI'un certain nombre de pièces relati\'es à la section IV B 4. dirig-ée par Eichmann à l'Office central pour la Sécurité du Reich (questions juives) (6). De là aussi, en République fédél'ale allemandc, la campagne, déjà ancienne, contre tout complexe. individuel ou collectif. de culpabilité quant aux soi-d isant crimes de g-uerre : les verdicts de Nuremberg- sqnt présentés comme de vulgaires injustices (7). De là, enfin, la lllultitude de nazis qui président des tribunaux" di rig-en~ des po_ lices sièg-ent dans des etats-majors, honoré~ d'avoir su, dans l'intérêt du plus grand Reich, adapter leUl's actes a~x nécessités de l'heure - ;l\'ant et apres J94.~. Qui s'aviserait ~lc critiquer des fonctionnai res lo\'aux? (8). 2° La défaite; cependant, avait jeté quelque trouble parmi ces bureaucrates. Chacun prit ses dispositions po?r les mauvais jours, le~ plus c0111pron11.s envisag- eant les solutIOns les plus racltcales, Les projets d'Eichmann nous sont à cet égard connus par le témoig-nag-e d'un cie ses fondés de pouvoirs, Wisliceny, deyant le Tribunal américain de Bratislava (9). Voici le passag-e : « T'ai assisté à un entretien avec Eichmann et P., au cours duquel ils ont discuté de l'éventualité d'un effondrement militaire allemand et de l'occupation de l'Allemag'ne. Eic.hmann déclara que, dans ce cas, il allait propos d'EICHMANN se réfugier, avec quelques fidèles et le,; membres les plus témémires de son service, dans le 1\Iuhlviertel 0\1 dans le, Tennenberg-e. pour former des groupes de partisans, en attendant l'explicatioll finale cntre l'Est et l'Ouest. » Témoignag-e éminemment instructi f. D'abol'd, parce qu'il éclaire, chez le,; dig-nitaires nazis, une double certitude : celle qu'à terme ils deviendront des sol , dats cie l'Ouest, celle qu'alors tout crime leur sera pardonné, Or, s'il se trouve qu'Eichmann était trop marqué pour que ce calcul fût juste Ù SOI1 propre égan1. le raisonnement n'en reste pas 11l0il1~ exact dans la plupart des cas. Le M.R. A.P. ne cesse de le dénonceL Ici. intervient un autre aspect cie l 'affaire, Si compréhensifs soient ses alliés envers le recrutement par l'Allemagne de ses administrateurs et officiers, encore doivent-ils parfois compter avec l'opinion. Il existe donc un « intérêt d'Etat » à ce que le public ig-nore certains passés. Sous cet angle, Eichmann est dangereux. S'il parle, qui nommera-t-il? ( JO). Peut_ être la plainte argentine au Conseil de Sécurité, d'ailleurs fondée en droit international positif, n'était-elle pas complètement étrangère à cet amical souci? (II). L'extradition tentée pal' Bonn. les pressions dont M. Ben Gourion aurait été l'obj et y répondent sans aucun doute (J2). Tùsqu'ici la vhité garde ses chances : espérons qu'Eichmann ne se suicidera pas avant mars, 0) Comme le présente la presse fascis, te : ex. ({ Rivarol », 1" septembre 1960, (2) L'essentiel -des documents se trouve dFl,ns ({ Le dossier Eichmann », publié en 1960 par le Centre de documentation juive contAmpor1\ire : cf. Flllssi : ({ Evidence », n 0 84 (iuin,juillet 1960). (3) ({ Libre Belgiaue », 21 rlpc. ]!)60. (4) Traduction dans ({ L'Express ». 1" décemhre 1960. (5) Document PS 710, reproduit dans ({ Le dossier Eichmann », p . 86, Voici le texte complet de la directive: ({ Le Reichsmaréchal du Grand Reich allem'lnd, Commis!';1\ire au plan de aU'lt.re ans PrésinAnt du Conseil des Ministres pour la défense nationale, au Chef de la SIPO et du SD, SS. Gruppenführer Heydrich. Comme complément à la tâche (qui vous fut assignée le 24 janvier 1939), consistant à obtënir une solution aussi avantageuse que poSSib.!s- d.e !.a_ question juive par la voie de l'émigration et"OeÎ'évacuation, je vous charge - par la présente - de procéder à tous les prëpiiratifs nécessaires pour organiser la solution totale de la question juiv!,! dans la sphère d'influence allemande en Europe. Tous les autres organes gouverneIl}~ntaJlX doivent coopérer avec vous à cet effet. Je vous charge en outre de m'adresser, sous peu, un plan d'ensemble concernant les mesures d'organisation et le n:tatériel nécessaire pour réaliser la solution du problème juif. (Signé) Goering. » (6) Dans ({ Le dossier Eichmann », pp. 151 et ss. (7) Ex. : «( Die lebande Vergangenheit » (Le passé vivant), manuel de l'enseignement secondaire, 1958, écrit, parlant des procès de Nuremberg : ({ Le peuple allemand a une attitude critique envers ces procès, car il est convaincu que nombre de sentences furent injustes, étant donné que procureurs et juges se trouvaient encore sous l'influence d'une propagande haineuse. » (8) V. notamment: rapport présenté à la conférence internationale de presse de Berlin, 23 mai 1957 ; - rapport présenté à la conférence internationale de presse de Berlin, 21 octobre 1958 ; - ({ The German Dilemna », publié par le Congrès mondial juif, 1959 ; - Résistance Unie, organe de la F.I.R., janvier 1960. (9) Dans ({ Le dossier Eichmann Il, p, 113. (0) Selon ({ La Tribune des Nations Il du 29 août 1960, de ({ déchirantes révélations » pourraient concerner, entre autres, le Dr von Bargen, chef des relations commerciales au Ministère des Affaires étrangères, le Dr Gerte, conseiller au même ministère, le Dr Becker, ambassadeur au Caire, le Dr Kleiber, ambassadeur à Rome, etc, (11) On sait que le Conseil a condamné Israël à ({ une rén,!1ration adéquate », ce qui équivaut à une absQlution, (2) ({ Tribune des Nations », ibidem. Ce serait le ministre allemand von Schryver qui, le 21 iuin 1960 à Bruxelles, aurait exprimé à M, Ben Gourion ce qu'il peut y avoir de ({ désagréable et même d'indésirable dans un trôp' bruyant procès d'Eichmann Il, 12 Les lâches vivent d' espo•ir . .. Le réalisateur des « Tripes au soleil », Claude-Bernard Attbert, vient de s'attaquer à nouveau au racisme dans son film « Les lâches v'ivent d'espoir », qui doit sortir proclainement sur les écmns. Ce film courageux, qui raconte les ampttrs fraîches et émouvantes d'tlne étudwnte parisienne, Fmnçoise, et d'tin ét!tdiant antillais , Daniel, dénonce avec vtgueltr les préjttgés qui s'opposeront iUSqlt'~ la dernière image au bonheur des deux Jeunes gens, Quelques allusions à la guerre d'Algérie ll/i ont, d'mûre parr. , valu des cumuls avec la censure. Co-al/teur dll scénario et des dialogues, Jean RO'lIsselot a éc.rit parallèl~ment mt film ltn roman qltt porte le meme titre (Editions Pierre Seghers) et dOtI} nous publions ici quelques pages. La première scène se passe à la S orbonne ott cours du professeur BaronDaber, dit « le bon nabe », qui ocwpe ttne chaire de « morPho biologie antiraciste ». Son cours, qui peut sembler étrange, et parfois discutable, ne manque cependant pas d'intérêt ... VOILA comment raisonnent la plU- " part des gens, Pour eux, le Nord- Africain, le Noir, le Jaune, le Rouge, ne peuvent être que des humains de qualité inférieure. » Sans même y penser, Frànçoise se tourna vers Daniel, mais il ne s'en aperçut pas et elle en fut heureuse: il faudrait qu'elle prenne l'habitude de ne pas réagir à la moindre allusion faite devant elle et lui, à la question raciale. Aujourd'hui, où il ne s'agissait que de cela, elle devait être plus vigilante que jamais. Ne même pas se laisser aller à une pression de main sous la table. Elle arrangea son cahier qui avait glissé, médita quelle note elle y pourrait inscrire; mais tout était à. noter .. . - On a beau leur dire que les Chinois ont inventé la vaccination .. . Quelles images passaient derrière les yeux de Daniel? Quels sentiments se nouaient dans son coeur? Elle le devinait, à côté d'elle attentif, réceptif, un peu plus triste que d'habitude peut-être .. . Tout cela le concernait tellement! Mais comment savoir, au juste ce qu'il éprouvait? Le « bon Dabe » fut interrompu par rentrée d'une vieille femme à lunettes, sèche, curieusement accoutrée, du genre « rat de bibliothèque ' », qui chevrota: - C'est bien ici le cours de philologie berrichonne? Elle était si drôle que les garçons et les filles éclatèrent de rire. - Non, lui répondit l'un d'eux, ici, on parle des bicots ... La vieille 'eut un hoquet de stupeur et battit en retraite. Baron-Daber leva les yeux au ciel. - Vos gueules! lança un garçon à ses camarades. - On a beau leur dire, reprit le prof', que les Arabes ont inventé l'algèbre ; que les médecins noirs pratiquaient la trépa· nation bien avant que l'Europe en eut conçu la possibilité, ils croient qu'on leur raconte des histoires. Il fit quelques pas et se frotta les mains lentement, fortement, comme s'il pétrissait les idées avant de les mettre en circulation ; c'était là un de ses gestes familiers. ,- L'image, reprit-il, garde cependant, dans sa nudité, quelques chances de les convaincre. C'est pourquoi, depuis que Joccupe cette chaire de morpho-biologie antiraciste, j 'ai fréquemment recours au rinéma. Aujourd'hui, j'ai projeté devant vous un petit film où il s'agissait d'Arabes, c'est-à-dire de gens de race blanche. .J'aurais aussi bien pu choisir une bande Où les victimes du racisme eussent ét.é etes Jaunes ... Il prit un temps, ses yeux scintillèrent derrière ses lunettes et il sourit légèrement: Mais oui, des Jaunes ... Vous savez bien, le péril jaune, le rire jaune, les amours jaunes, le travail jaune ... Ou bien des Rouges, je veux dire: des Communistes.. Ou bien des Juifs, qui sont, a prèS tout, aussi blancs que les Rouges ... Une vague d'hilarité courut vers les travées . Il en avait de bien bonnes, aujourd'hui, le cher vieux « Dabe »! Mais il n'eut qu'à lever la main pour que le silence se fit. Ne plaisantons pas; on n'en a pas le droit, fit-il, son visage redevenu soudain très grave. Le racisme est une lèpre a.bominable qui gagne chaque jour du terrain . Un tel sujet doit être traité sérieusement, Tournant imperceptiblement la tête, Prançoise regarda le profil tendu de Daniel, son nez frémissant, et se sentit pleine de tendresse et d'admiration pour lui. Oui, elle admirait cette beauté virile pt noire, ce port noble, presque hautain ... Le plus triste, continuait BaronDaber, c'est que le dernier des ignorants l't ' des crétins n'est pas seul à faire du racisme. Trop de gens intelligents et ins· truits ont, eux aussi, le complexe stupide de la supériorité du Blanc, de l'Occidental... Ainsi, et de nos jours encore, cer· tains philosophes et certains meneurs d'hommes n'ont-ils pas craint de fonder leur système sur cette prétendue supériorité. ... Elle aurait voulu dire à Diniel qu'elle l'aimait, qu'elle n'avait jamais été aussi proche de lui qu'en ce moment ... - Attention, jeunes gens, le racisme n'est pas le triste, le honteux privilège d'une seule race: le Jaune n'aime pas le Noir ; le Noir n'aime pas le Jaune; tous deux détestent le Juif qui le leur rend bien et qui n'aime pas non plus l'Arabe ... Donnez droit de cité à une race méprisée : poussée par l'esprit de revanche, elle fera du racisme à son tour, avec plus de violence encore et sans omettre d'utiliser, elle aussi, des arguments pseudo-scientifiques. Françoise frissonna en sentant les doigts de Daniel se refermer sur son poignet; en même temps qu'elle, il avait éprouvé le sentiment que leur amour était bien au-dessus de tous ces obstacles. Leur amour à eux. Parce qu'il était « Elle le devinait, à côté d'elle, attentif » ... Lui; parce qu'elle était Elle; parce que, bien sûr, pour soi, ce n'est jamais comme pour les autres. - L'attitude raciste, poursuivait « le bon Dabe », n'est d'ailleurs pas toujours fondée sur une question épidermique ou ethnique ; à l'intérieur d'une même race, il y a des nations, des classes, des clans, des familles, des voisins de palier, des compagnons de chaîne qui se haïssent et se déchirent. Daniel était retourné à son attention, à sa tension; de temps en temps, il inclinait le front, sans cesser de regarder le professeur, et cela lui donnait des airs de taurillon qui va bondir; il avait lâché la main de Françoise et ses longs doigts bruns, dont les côtés étaient presque roses, jouaient machinalement avec un crayon. Pour ne pas le - gêner, elle regarda au delà sur les travées de droite.

1 'oici J//C1iJ//cl/(lI1t U'He autre scène Sl. II/lificati7'e : EH, vise un peu! dit Métivier en retenant Leduc par le bras com" me ils entraient dans la rue de de l'Hirondelle; qu'est-ce qu'il fabrique ce gars? On dirait qu'il colle une affiche. - Des clous! Il est en train de peindre des trucs sur le mur. Viens : on va voir ça de plus près. Ils s'enfoncèrent dans la pénombre en feutrant leurs pas. Le type, très pris par sa besogne, ne les entendit que lorsqU'ils furent à quelques mètres. Il avait choisi un large pan de crépi, à bonne distance des lampadaires, et y barbouillait, en grosses lettres un MORT AUX JUIFS auquel il ne manquait plus que l'S final quand il se retourna. Métivier braqua sur lui la lampe électrique qui lui permettrait de grimper ses six étages dont la minuterie était toujours en panne. Une pauvre petite bouille affolée leur apparut. - Qu'est-ce qu'ils t'ont fait les JuiIs, pauvre con? cria Métivier. ' Le garçon esq uissa un mouvement de fuite, mais il se vit coincé et demeura sur place. clignant des yeux, le pinceau pendant. Il pouvait avoir dix-huit ans, portait un blouson jaunâtre et un bluejean. A ses pieds, un pot de peinture blanche dégoulinait. Leduc lui envoya une beigne, du revers de la main : - Tiens, salaud! Il leva le coude pour se protéger mais, aveuglé par la lampe électrique de Métivier, ne vit pas arriver le solide crochet que celui-ci lui lança dans les côtes. Le souffle coupé, il hoqueta: Non mais ... Je ne vous ... Un direct dans l'estomac le plia en deux et il lâcha son pinceau. Leduc n'y était pas allé de main morte. Ça va, dit Métivier en éteignant sa lampe. On va l'emmener chez Pierre, bistaire d'être tranquilles pour regarder ce qu'il a dans le ventre. - Laissez-moi... pleurnicha le garçon. - Tout à l'heure, mon pote, dit Leduc. On a d'abord un petit compte à régler. Ramasse ton pot de peinture et ton pinceau. - On n'attendait plus que nous, dit Métivier. Ils vont avoir droit à un drôle d'intermède. - Qu'est-ce que vous allez me faire ') demanda plaintivement le « prisonnier » comme ils arrivaient sous une pancarte « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance » qui marquait l 'entrée du domaine de l'Artiste. - Tu le verras bien, fit Leduc en ouvrant la porte sans frapper. Allons, entre! Comme il hésitait, un coup de pied dans les fesses le propulsa et il alla s'écrouler sur les genoux et sur les coudes au milieu de l 'atelier, lâchant le pot de peinture et le pinceau. Les filles poussèrent des cris effrayés. Daniel, qui se balançait sur une chaise, sauta sur ses pieds. Pichon, qui avait une bonne face de séminariste rigoleur, regarda, pardessus ses verres épais, le garçon à quatre « Je m'en fous des Juifs! On 1 m'a promis du fric »... -' pattes. Pierre s'avança, très maître-demaison- dont-on-dérange-le-bridge : - Qu'est-ce que c'est que ce type? - Un salaud qui salissait les murs, dit Métivier. MORT AUX JUIFS 1 qu'il écrivait, monsieur ... - T'es dingue, ou quoi? demanda Pierre au gars qui se relevait en soufflant. Daniel se rassit et se mit à manger une pomme. Il eut semblé tout à fait indifférent à la scène si une grosse veine n'avait battu sur son front. Au fond de l'atelier, sur la petite estrade qui menait au coin-cuisine, les filles se serrèrent instinctivement les unes contres les autres. Pichon lui, s'avança, tendit la main au barbouilleur et l'aida à se remettre sur pied. Watrin, le guitariste, qui n 'avait pas bougé, lâcha trois petites notes séparées, ironiques. - Tu connais le coup du petit-juif? demanda Pichon au gars qu'il venait apparemment de secourir et - v'lan! - il lui envoya son coude dans les côtes. Le barbouilleur, haletant, regarda de tous côtés avec désespoir. Il était fait comme un rat. Un pauvre bougre, qUl n 'avait pas l'air plus méchant qu'un autre. Ses cheveux qui lui tombaient sur les yeux, son menton mou, la petite médaille qui brillait dans l'échancrure de son blouson lui donnaient l'aspect d'un gosse; un gosse malheureux, qui s'est trop tôt pris pour un homme et voudrait bien faire marche arrière, retourner au giron. - Allez, dit l'Artiste, vaguement conciliant, explique-nous pourquoi tu écris des conneries comme ça ... - J 'sais pas, bafouilla le gosse, une petite lueur d'espoir dans ses yeux fuyants. - Tu en es resté à l'Affaire Dreyfus ? intervint Métivier d'une voix sèche. - J 'sais pas ... Métivier haussa les épaules. - Il ne sait pas! Un autre copain, qui n 'était pas sorti de son coin jusqu'à ce moment, s'approcha vivement et prit le barbouilleur par le bras. C'était Robert, un garçon gentil, mais secret, ombrageux; depuis quelques jours, il tournait à l'aigre, son sursis d'incorporation était à deux doigts d'expirer. Il tendit en avant sa face maIgre, un peu fiévreuse: - On lui ferait dire n 'importe quoi, il ce gars-là! C'est parce qu'il y a des salauds comme lui que les autres acceptent de se faire casser la gueule pour n'importe quelle cause. Il secoua furieusement le gosse et llll ordonna: - Répète ce que je vais dire: « Vive de Gaulle! » L'autre le regarda avec un curieux mélange d'incrédulité. de crainte et (1'Ironie. - Allons, répète! - Eh ben .. . Vive (it' GauUp! - Et maintenant, crie: « VIve Khrouchtchev! » La crainte fondait sur le visage du barbouilleur; il eut un rictus narquois; mais le sursitaire ayant levé la main pour le calotter, il s'exécuta: - Vive Khrouchtchev! Métivier enchaîna: - Vivent les Flics! Allons, répète .. - Vivent les Flics! - Un vrai phonographe, dit l'Artiste. Dans le silence qui suivit, le gUitariste laissa tomber une nouvelle pincée de notes qui mirent un temps fou à se dissoudre. Daniel, sa pomme avalée, se plongeait obtensiblement dans un livre. Françoise regardait sans la voir la nuit pIquetée de lumières qui emplissait tout le pan vitré de l'atelier. « Si ça continue trois minutes de plus, je m'en vais ... » Partagé entre la terreur et l'espérance, le barbouilleur essayait de faire bonne contenance sous les regards convergents de Leduc, de Métivier, de Pichon, du sursitaire et de l'Artiste. Cependant, sa figure blême était emperlée de sueur et il ne pouvait contenir sa respiration saccadée. « Ils vont peut-être me foutre la paix à présent... Non! ils mijotent quelque chose ... » La chose, Métivier la trouva soudain : pas violente, mais marrante ; une bonne leçon dont le gars se souviendrait longtemps ... - On va le foutre à poil et le badigeonner un brin. Comme ça sa peinture n 'aura pas servi à rien! Ils sautèrent sur le malheureux et entreprirent de lui arracher son pantalon. Il rua, se débattit, cria: - Lâchez-moi! Lâchez-moi! Leduc avait plongé le pinceau dans le pot; il lui en passa un large coup sur les fesses, tout en se demandant SI ce qu'il était en train de faire n'était pas un peu ignoble. .- Lâchez-moi. .. répétait le gosse. Il ne criait plus, il pleurnichait. Ils eurent, tous en même temps, envie de le laisser tranquille; ça allait comme ça ... Lui, sentant leur poigne se relâcher, banda ses forces et tenta une percée . Un croc-en-jambe de Métivier l'envoya s 'ecrouler sur un banc, juste en face cie Daniel. Celui-ci gronda: - Foutez-lui la paix! Vous ne \'oyez pas qu'il est claqué, ce gars-là? Ils s'arrêtèrent, soufflèrent, un peu genés. Le barbouilleur, courbé sur la table. se mit à pleurer doucement, en rajustant son pantalon. ({ Et ces garces de l'i1les. qui ont vu ça ... » - Pourquoi fais-tu ce sale boulot ·) lLII demanda Daniel à mi-voix, du ton c10nt on confesse un enfant. Il ne répondit pas ; ce nègre lui tt'ndait peut-être un piège; et les autres, qU'lJ sentait derrière lui, n'attendaient sans doute qu'un signe pour lui retomber clessus ... Il renifla, se passa la main dans les cheveux et essaya de comprimer les battements exagérés de son coeur. Daniel insista: - Sais-tu seulement ce que c'est qu'un Juif? Ils l 'emmerdaient, à la fin avec It'urs questions! Ce mec-là comme les autres! Ils s'enhardit: - Je m'en fous des Juifs! On m'a promis du fric, un point c'est tout. tt comme j'étais sans un ... Si vous avez un autre job à me donner! Daniel haussa les épaules et poussa vers lui un compotier plein de fruits - Tiens, mange. -~--~-~~-----, DROIT ET LIBERTE \ MENSUEL 15, Fg Montmartre • P aris (S') Tel. : PRO. 82-78 ,,\ Tarif des abonnements \ FRANCE: \ Un an : 7,50 NF ~ Abonnement de soutien : 15 NF. \ ETRANGER Un an : 12 NF Compte Ch. Post. : 6070-98 Paris Pour les changements d'adresse envoyer 60 fr. et la dernière bande. 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Notes

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