Dossiers thématiques - L'esclavage

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Dès la fin du XVIe siècle, la traite a transplanté un million d'Africains au Nouveau Monde.
Du XVIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle, on estime que vingt millions d'Africains furent vendus en Amérique. Entre le tiers et la moitié n'avaient pas survécu au voyage.

La traite esclavagiste

En 2014 Différences publie un numéro consacré à la "mémoire de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, Marcel Dorigny y propose un éclairage historique sur l'ensemble du phénomène:

Historique

La traite négrière, visant à capturer des Africains pour les vendre comme esclaves, est un fait historique très ancien, attesté dès la plus haute antiquité, bien avant que les Européens de l'époque moderne n'aient exploré les côtes d'Afrique et n'aient commencé à y faire du commerce, notamment d'esclaves à destination des pays ibériques d'abord, puis des colonies du Nouveau Monde. Ainsi, il est essentiel de bien distinguer trois formes principales de traite esclavagiste ayant fait de la population africaine la source principale, sinon unique, de leur approvisionnement en captifs: la traite dite orientale, la traite intra-africaine, la traite coloniale européenne...
La traite orientale s'inscrit dans la continuité des pratiques esclavagistes des sociétés de l'Antiquité classique: l'Égypte ancienne, la Mésopotamie, I'Empire romain, notamment, ont abondamment eu recours aux esclaves africains pour le travail agricole et la construction des édifices publics et des routes, mais également pour assurer le service domestique des notables....
Plus que de comptages, nous avons affaire à des estimations. Sur une période allant du 7• au 19" siècle, la traite à destination des sociétés arabemusulmanes du Moyen Orient et du Maghreb, soit près de 13 siècles, a arraché à l'Afrique au sud du Sahara une population comprise entre 7 et 12 millions d'êtres humains. Mais ces chiffres restent objets de vives controverses puisque les archives et les documents comptables n'existent que très rarement...
La traite intra-africaine, principalement fondée sur la mise en esclavage des prisonniers de guerre, a existé sur une période plus longue encore, dont il est extrêmement difficile de fixer la durée faute de sources sur ses origines...
Enfin,..., la traite négrière coloniale européenne présente des caractéristiques radicalement nouvelles, à la fois qualitatives et quantitatives. A la différence des esclavages antiques ou orientaux, la traite coloniale fut massivement racialisée: seuls les Noirs d'Afrique en furent les victimes. Cette racialisation de l'esclavage mis en place dans les colonies tropicales par les Européens a abouti au transfert d'une importante population africaine sur le continent américain et aux Antilles dont les descendants forment aujourd'hui une composante importante - voire massivement majoritaire dans la plupart des îles de la Caraïbe - de la population des Amériques...

Le bilan humain

L'étude des sources notariales et portuaires a permis de mesurer l'importance démographique du prélèvement humain opéré sur le continent africain, .... Il est aujourd'hui admis que la traite européenne a prélevé en Afrique entre 12 et 13 millions d'êtres humains, toutes destinations confondues, dont environ un tiers de femmes...La mortalité au cours de la traversée a été très inégale selon les expéditions, mais le nombre de morts à bord des navires - soigneusement consignés sur les registres de bord - s'est élevé à environ 15% du total des captifs embarqués, soit entre 1,6 et 2 millions de disparus en mer, faisant de l'Atlantique le « plus grand cimetière l'histoire»; auxquels il faut ajouter les victimes - presque aussi nombreuses parmi les équipages...
Mais l' intensité maximale de la traite européenne, qui lui donna toute sa spécificité historique, s'est en réalité concentrée sur une période beaucoup plus brève encore puisque 90% des esclaves africains déportés vers les colonies européennes des Amériques et de l'océan Indien l'ont été entre 1740 et 1850, soit à peine plus d'un siècle. C'est bien ce caractère brutal, inscrit en un laps de temps très court, qui a profondément marqué les esprit et heurté les consciences de beaucoup de contemporains : à l'apogée de cette activité commerciale si particulière de l'Europe, entre 1780 et les années 1820, ce furent près de cent mille Africains qui furent achetés chaque année sur les côtes d'Afrique pour être vendus aux planteurs des colonies, chiffres qu'aucune aut re traite négrière n'a jamais atteint ni même approché...
La hiérarchie des puissances négrières est établie à partir des statistiques de la traite elle-même: le Portugal a effectué le t ransfert aux Amériques de plus de 4,6 millions d'esclaves. Ayant inauguré la traite dès le milieu du 15• siècle, alors à destination de Lisbonne et du sud de l'Espagne, il a continué ce commerce durant toute la période légale et surtout a assumé l'essentiel de la traite illégale au 19• siècle. Le Royaume-Uni vient en seconde position, avec plus de 2,6 millions de déportés, dont une partie furent vendus dans les colonies espagnoles, voire françaises malgré l'interdiction légale imposée par le système de« l'Exclusif».
L'Espagne, malgré l' immensité de son empire américain, n'arrive qu'en 3• place, surtout en raison de l'activité de Cuba au 19• siècle, point de départ de bon nombre de navires de traite clandestine. Une grande partie des approvisionnements en esclaves des colonies espagnoles fut assurée par les Britanniques. La France occupait le 4• rang des puissances négrières, avec environ 1,2 million de déportés sur ses navires, dont près de 80% furent destinés à SaintDomingue, premier producteur mondial de sucre à la fin du 18• siècle...

Le commerce négrier

Un aspect particulier du commerce négrier, qui lui donne une place à part dans l 'histoire du grand commerce international, doit être souligné. Le paiement des esclaves sur les côtes d'Afrique, auprès des royaumes côtiers qui s'étaient structurés autour de ce commerce lucratif, ne se faisait qu'exceptionnellement par des métaux précieux d'or ou d'argent, mais par des marchandises fabriquées: tissus, fers, vaisselle, armes blanches et à feu, alcools, bijoux ... Ces marchandises dites de traite n'étaient pas -comme on l'a trop dit - de mauvaise qualité ou de piètre valeur: elles correspondaient à la demande des vendeurs qui n'auraient pas accepté longtemps d'être dupés par les Européens.
En échange de captifs (le plus souvent de guerre ou de razzia) les rois africains qui contrôlaient la traite en amont obtenaient des instruments de puissance et de prestige qui leur assuraient un pouvoir souvent très étendu.
Mais, et pour l'Europe l'essentiel était là, cet échange d'une force de travail destiné à ses colonies contre des productions elles-mêmes issues de l'activité manufacturières de ses villes et de ses campagnes était hautement profitable: chaque étape du circuit négrier était générateur de travail et source de profits. Non seulement l'achat d'esclaves contribuait aux activités manufacturières les plus diverses et souvent éloignées des ports négriers eux-mêmes, mais ces esclaves vendus aux colonies étaient la main-d'oeuvre indispensable à la production des denrées coloniales - sucre, café, cacao ...-tant recherchées par une Europe en plein essor et avide de nouveautés . Ces denrées coloniales, transformées en Europe, étaient exportées loin des ports d'arrivée et donnaient des profits importants ; la France, alors grande exportatrice de sucre, équilibrait sa balance du commerce grâce à ses colonies à esclaves. De plus, et dans la conception de l'époque c'était un point capital, le« troc» d'esclaves contre des marchandises évitait toute sortie de métaux précieux d'Europe...
Ainsi, la traite négrière fut-elle au cœur de la richesse et de la puissance coloniale des grandes nations de l'Europe à l'époque moderne, aux 17• et 18• siècles principalement.
En organisant à grande échelle la déportation de plus de 11 millions d'Africains, les Européens de l'époque moderne n'ont certes pas inventé cette pratique. Pourtant à vouloir mettre sur le même pied les trois traites négrières l'historien prendrait le risque de diluer ce qui fit la spécificité de la traite coloniale : d'abord sa racialisation initiale, au point de faire du mot « Nègre» un synonyme d'esclave dans la langue française du 18• siècle, puis son organisation administrative par des états puissants qui avaient proclamés l'interdiction de l'esclavage sur leur propre sol, tant en Angleterre qu'en France, enfin, par l'ampleur même du prélèvement humain ainsi opéré au détriment de l'Afrique, littéralement vidée de ses forces vives.

Différences n°290(voir le document)

L'abolition a 150 ans

L'éditorial de Différences rédigé par Mouloud Aounit à l'occasion du 150ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage:
L'abolition a 150 ans.
J'ai rencontré en Martinique le 27 avril 98 les« petits enfants de l'esclavage » .
Quel décalage avec la commémoration officielle franco-française du 150" anniversaire de l'abolition!
Ce moment d'autosatisfaction et de paroles généreuses semblait bien éloigné des exigences de réparation de ceux qui savent le prix payé par le sang, les larmes et la sueur de leurs arrière-grands-parents.
Ces descendants d'esclaves sont prêts à pardonner mais ils ne sont pas prêts pas à oublier.
Quatre siècles durant, vingt millions d'êtres humains furent déportés. Ce génocide sur lequel se sont édifiés la prospérité et le décollage industriel des économies occidentales représente une dette immense à l'égard de ces hommes, de ces femmes, et du continent africain.
Avec beaucoup de force, les enfants des esclaves d'hier nous ont rappelé que l'abolition résulte de la résistance et de la lutte des esclaves eux-mêmes. On trouve encore aujourd'hui dans la déchirure entre le Nord et le Sud des séquelles de cette tragédie. Elle se prolonge dans le racisme anti-africain encore prégnant chez nous.
Le mépris avec lequel sont traités les hommes et les femmes d'Afrique et la civilisation africaine témoigne de cette période. Aussi, l'heure est à l'exigence de justice et de mémoire pour les victimes de l'esclavage.
Il faut pour cela reconnaître pleinement ce qui s'est passé et le considérer comme un crime contre l'humanité. On ne se dédouane pas d'une triste page de l'histoire de l'humanité par une pétition de principe pour« les droits de l'Homme »
Comme le déclarait Victor Schoelcher, « La liberté d'un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l'une sans compromettre l'autre tout à la fois » .
Mouloud Aounit
(voir le document)

La première abolition: les précurseurs

En France, l'esclavage est une première fois aboli le 4 février 1794. Il est rétabli par Napoléon Bonaparte le 20 mai 1802.
Un des grands artisans de l'émancipation des juifs et des hommes de couleur pendant la période révolutionnaire est l'abbé Grégoire, auquel Droit et Liberté rend de fréquents hommages:
Une étude sur l'abbé Grégoire est publiée en 1950 :voir les numéros de Droit et Liberté concernés: 51 | 52 | 53 | 54 | 55 | 56
D'autres articles paraissent en 1955: Droit et Liberté n°142 (p1,2): (voir le document) , n°148 (p6): (voir le document)
Et en 1987 dans Différences: n°68/69 (p20) : (voir le document) , n°87 en 1989 (p5,6,7) :(voir le document)
Il faut aussi souligner l'action des esclaves émancipés eux mêmes, tels Toussaint Louverture:
Droit et Liberté lui rend hommage en 1951: n°84 (p1 et 4) (voir le document) , et Différences en 1989 :n°87(p8,9,10)  : (voir le document)
Droit et Liberté évoque aussi la figure de Abraham Lincoln: n°242 (p1 et 6) :(voir le document)
Dans Droit et Liberté, J.L. Sagot-Duvauroux évoque les grands idéaux de la Révolution Française:
« Bientôt les Noirs eux-mêmes, instruits de leurs droits, les réclameront hautement, et s 'armeront pour les recouvrir si on les leur dispute. » (déclaration de Marat en 1791)
Vision prophétique et juste de « l'Ami du Peuple » !
Droit et Liberté n°359 p14:(voir le document)

Droit et Liberté n°114 en 1952 et Différences n°1 en 1981 rendent hommage aux figures de Jean Ignace et Louis Delgres, héros de la résistance au rétablissement de l'esclavage:
Droit et Liberté n°114 p5 et 6(voir le document), Différences n°1(voir le document)

La seconde abolition

Le décret d'abolition est publié le 27 avril 1848.
Différences n°14/15 de 1982 publie un article de D. Kriwkoski retaçant les étapes de l'émancipation (p20): (voir le document)
Dans une étude sur la république et l'antiracisme, J.L. Sagot-Duvauroux évoque la période de l'émancipation et la figure de Victor Schoelcher : «Le gouvernement de la République, considérant que nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves, décrète: une commission est instituée auprès du ministre provisoire de la Marine et des Colonies pour préparer dans le plus bref délai « l'acte d'émancipation ». : Différences n°52 p22:(voir le document)

En 2014, dans le numéro de Différences consacré aux mémoires de la traite de l'esclavage et de leurs abolitions, Françoise Vergès s'interroge sur les limites de l'abolition: "L'indignation morale fut une source importante de la propagande abolitionniste au XIX• siècle. Elle fournissait un cadre dans lequel tout républicain, c'est-à-dire tout adepte de la « civilisation européenne» garante des idéaux universels de l'amour de l'humanité, pouvait se retrouver. Les abolitionnistes avaient rêvé d'une régénération de la colonie, ils observèrent de nouvelles inégalités, de nouveaux conflits, et la perpétuation du racisme colonial. Ils en attribuèrent la faute aux colons, aux affranchis, aux nouveaux capitalistes, car ils ne pouvaient pas comprendre que l'approche morale recèle des ambiguïtés inévitables, et que la vie sociale, économique et politique ne s'organise pas simplement autour de principes moraux. Il eut fallu se confronter à ce que la colonie était : un territoire de l'exception et de l'arbitraire, du racisme et de l'exploitation..." Différences n°290: (voir le document)

Commémoration du 150ème anniversaire

Un groupe pour la célébration du 150ème anniversaire est constitué: (voir le document)
Les appels du MRAP pour la commémoration: (voir le document)
En 1802, le général Richepance avait mené la répression contre les esclaves refusant le rétablissement de l'esclavage (menés en particulier par Louis Delgrès).
Une action est menée pour débaptiser la rue Richepance et la renommer rue Delgrés: (voir le document)
La rue sera finalement renommée en "rue du Chevalier Saint-Georges" dont la figure est évoquée dans Différences n°55 en p18: "Un Mozart des iles", Libertin, fin bretteur, révolutionnaire, musicien, le chevalier de SaintGeorges est tout cela. Est-ce parce qu'il est noir qu'on a oublié sa musique?
Pourtant, ses quatuors,sonates concerti et symphonies existent (voir le document)

Une rue Louis Delgrès existe dans le 20ème arrondissement de Paris.

L'esclavage moderne

L'esclavage, aboli en France en 1848, survit dans le monde (et parfois hélas en France) sous différentes formes.
Un rapport de la Commission des Droits de l'Homme du Conseil économique et social des Nations-Unies en 1995: (voir le document)
Des communiqués du MRAP dénonçant l’esclavage en Mauritanie en 1998: (voir le document)
Différences consacre un dossier sur la survivance de l'esclavage en Mauritanie et au Niger dans les n°198 : (voir le document) et 199: (voir le document)

Sylvie O'Dy, Présidente du Comité contre l'esclavage moderne définit l'esclavage moderne dans le numéro 290 de différences:
Cet esclavage moderne frappe les plus pauvres et les plus vulnérables qui fuient la faim et la misère avec l'espoir d'une vie meilleure. Il s'épanouit dans les zones isolées, ou derrière des murs clos. Ses victimes constituent une main d'oeuvre sans défense, jetable et corvéable à merci.
Puis elle détaille les différentes formes d'esclavage:
L'esclavage traditionnel, c'est à dire héréditaire, où le maître a tous les pouvoirs sur ses esclaves et leurs enfants. Il perdure encore aujourd'hui en Mauritanie- où il a été aboli officiellement en 1981- et dans le nord du Mali.
L'esclavage pour dettes. Il touche des millions de personnes dans le monde. Un père ou une mère de famille, un adolescent ou un vieillard peut contacter une dette que le «prêteur» demande de rembourser en travaillant à son service ou en lui confiant un ou plusieurs enfants...Les esclaves travaillent sept jours sur sept, tout au long de l'année, contre un peu de nourriture et un abri pour dormir. Le plus souvent leur travail n'arrive jamais au bout de la dette qui peut même se transmettre à leurs descendants.
Le travail forcé. Cet esclavage économique concerne les personnes contraintes, sous la menace, d'effectuer des travaux difficiles dans des conditions parfois dangereuses. Leur rétribution est inexistante et ils sont parfois enfermés, privés d'identité, soumis à des violences physiques et psychologiques. Ils travaillent à la limite de leurs forces. Hommes, femmes et enfants en sont victimes.
La traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle. Enlevées de force ou attirées par de fausses promesses, des femmes mais auss i des enfants des deux sexes se retrouvent piégés dans des réseaux qui les forcent à se prostituer...
Le mariage forcé est aussi assimilé à une forme contemporaine d'esclavage, on l'appelle alors mariage servile ou mariage détourné, lorsqu' il a pour conséquence une situation de servitude domestique, de travail agricole ou de prostitution.
Différences n°290: (voir le document)

Quelques dossiers publiés dans la presse:
Le Matin en 1983 :(voir le document)
La Croix en 1998: (voir le document)
L'Humanité en 1998:(voir le document)
Fréquences libres en 1998: (voir le document)

Documents

Le dossier_pochette du MRAP: l'abolition de l'esclavage (voir le document)

En 1995 le MRAP réalise une exposition en 19 panneaux: (voir le document)
Le dossier de presse du film "L'esclavage hier et aujourd'hui" produit par le MRAP et réalisé par Daniel Kupferstein: (voir le document)

A partir de 1997, le MRAP diffuse vers ses comités locaux, des fiches argumentaires, dont la fiche "Abolition de l'esclavage": (voir le document)

En 2014, le MRAP organise un colloque sur l'esclavage: (voir le document)
Différences consacre un dossier à ce colloque: "mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions": (voir le document)