Différences spécial Assises nationales contre le racisme - 1984 : Différence entre versions

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Compte-rendu
 +
des Assises nationales
 +
contre le racisme
 +
MAJS·ON DE L'UNESCO- 16-17-18 mars 1984
 +
Editions
 +
VIVRE ENSEMBLE
 +
AVEC NOS
 +
DIFFERENCES
 +
SOMMAIRE
 +
Editorial 4
 +
Appel &
 +
Séance plénière, Interventions de :
 +
François Grémy '10
 +
Albert ..Jacquard '12
 +
..Jean Claude Bonnegrace '14
 +
Georges Lemolne '1!5
 +
..James o.c . ..Jonah '1&
 +
Farlda Belghoul '18
 +
Véronique de Rudder 20
 +
Forums:
 +
Habitat et cadre de vie 28
 +
Entreprise et droit des travailleurs 3&
 +
Medlas 42
 +
Histoire et cultures 48
 +
Ecole et éducation 54
 +
Participation à la vie publique &0
 +
Séance de clôture, Interventions de :
 +
Mohamed Sahnoun ___________ &a
 +
Georgina Dufolx 70
 +
George Pau-Langevin 72
 +
Revue de presse 7&
 +
3
 +
UNE ENTREPRISE DE LONGUE IIAIJEINE
 +
Les Assises Vivre ensemble avec nos différences,
 +
proposées en juin 1983, sont devenues en
 +
1984 une campagne de toute une année, assumée
 +
par plus de vingt organisations (1), directement
 +
impliquées dans sa mise en oeuvre, et soutenue par
 +
près de cent autres, ainsi que par de nombreuses
 +
personnalités de tous les horizons. On a rarement
 +
vu en France un mouvement aussi ample, aussi
 +
profond.
 +
De quoi s'agit-il ? D'abord d'un constat. Dans la
 +
société française, coexistent des communautés
 +
diverses : régionales, religieuses, immigrées. Ces
 +
dernières, surtout, sont dénigrées, marginalisées,
 +
privées de certains droits malgré les progrès
 +
accomplis ; elles aspirent à la fois à une meilleure
 +
insertion et à l'expression authentique de leur personnalité.
 +
Les choses étant ce qu'elles sont, les
 +
immigrés, pour la plupart en France depuis plus
 +
de dix ans, et surtout leurs enfants, sont appelés à
 +
partager durablement notre vie commune ; ils
 +
jouent un rôle dynamique pas seulement dans le
 +
domaine de l'économie, mais aussi dans la vie
 +
sociale et culturelle, voire même dans la défense
 +
de valeurs démocratiques et humaines trop souvent
 +
oubliées - on l'a vu par exemple lors de la
 +
Marche pour l'égalité d'octobre-décembre 1983.
 +
Alors, une question se pose: va-t-on adme~tre
 +
pleinement cette réalité, ou la nier, tenter vamement
 +
de la détruire, comme certains le font
 +
aujourd'hui ? Autrement dit, le dilemne est entre,
 +
d'une part, le racisme, l'opposition
 +
Français/immigrés pouvant conduire à des drames,
 +
et d'autre part la coopération féconde dans
 +
le pluralisme et l'amitié.
 +
La seconde option - celle que, bien sûr, nous
 +
choisissons - ne va certes pas sans problèmes.
 +
Les thèmes de 1 'agitation raciste : chômage, habitat
 +
insécurité, école, équipements sociaux, dégrada;
 +
ion de l'identité française, correspondent à des
 +
4
 +
données concrètes de la situation actuelle, péniblement
 +
ressenties par la majorité de la population.
 +
La mystification consiste à expliquer ce
 +
malaise par la présence des immigrés et à présenter
 +
le « départ » de ceux-ci comme une solutionmiracle.
 +
A l'évidence, cette démagogie vise non à
 +
résoudre, mais à exploiter tout ce qui peut aller
 +
mal, à des fins politiques bien précises. En fait, les
 +
améliorations nécessaires concernent également
 +
Français et immigrés, ce qui exige, au lieu des
 +
divisions, une lutte conjointe efficace.
 +
« Un mouvement profond
 +
qu'il convient d'étoffer »
 +
Tel est le sens de la campagne « Vivre ensemble
 +
avec nos différences ». Se rencontrer« sur le terrain
 +
», analyser les causes réelles des difficultés,
 +
examiner comment y remédier, intervenir, faire
 +
appel aux pouvoirs publics : c'est ainsi et ainsi
 +
seulement qu'on peut surmonter les tensions fréquemment
 +
engendrées par les conditions et les
 +
structures socio-économiques elles-mêmes.
 +
« Vivre ensemble » n'aurait aucun sens, si l'on
 +
s'en tenait aux bonnes intentions, sans changer le
 +
contexte, si ce n'était pas avant tout prendre en
 +
mains ensemble le présent et le futur pour vivre
 +
mieux.
 +
Nous ne partons pas de zéro. Maints exemples de
 +
dialogue et d'action sont apparus au cours des
 +
Assises locales tenues un peu partout en France
 +
jin 1983 et début 1984, dans des entreprises, des
 +
quartiers, des établissements scolaires, des centres
 +
culturels. Ces expériences résultent d'initiatives de
 +
municipalités, d'associations, d'enseignants, de
 +
travailleurs sociaux. Elles rejoignent les premières
 +
réalisations d'organismes créés sur la base d 'études
 +
accomplies à la fois par des élus et des chercheurs
 +
ou praticiens de diverses disciplines : la
 +
Délégation à l'insertion professionnelle et sociale
 +
des jeunes en difficultés, (ancienne Commission
 +
Schwartz); la Commission nationale pour le
 +
développement social des quartiers, dite Commission
 +
Pesee (ancienne Commission Dubedout) ; le
 +
Conseil national de prévention de la délinquance
 +
(ancienne Commission Bonnemaison).
 +
Un mouvement profond est en cours, qu'il
 +
convient d'étoffer, d'accélérer pour maîtriser
 +
l'évolution de ce pays, qui a déjà connu au long de
 +
son histoire tant de rencontres et d'apports
 +
mutuels entre populations d'origines diverses, au
 +
point qu'aujourd'hui un Français sur trois
 +
compte au moins un étranger parmi ses arrière
 +
grands-parents. S'entendre, se concerter, ce n'est
 +
pas une utopie, c'est une nécessité qu'impose le
 +
réalisme.
 +
Ces faits, ces perspectives ont été soulignés par les
 +
deux mille participants aux Assises nationales, les
 +
16, 17 et 18 mars, à Paris, à la Maison de
 +
l'UNESCO, particulièrement dans les six forums
 +
où se sont déroulés des débats animés, nourris de
 +
nombreux témoignages. D'où le grand intérêt de
 +
ce rassemblement, sa portée dépassant nos frontières
 +
puisque la date choisie coïncidait avec la
 +
Journée internationale contre le racisme et que
 +
deux représentants de l'ONU y ont pris la parole.
 +
Le présent compte-rendu n 'est pas un document
 +
d'archives sur un événement dépassé. Les Assises
 +
nationales n'ont été qu'un « temps fort » dans
 +
une longue mobilisation. En s'appuyant sur elles,
 +
il importe de poursuivre la réflexion et l'action.
 +
Pendant l'été ,et l'automne 1984, doivent se tenir
 +
des Assises départementales qui feront le bilan des
 +
observations et des propositions recueillies au
 +
cours des mois précédents au plus près des préoccupations
 +
quotidiennes. Autour d'une autre date
 +
symbolique, la Journée internationale des Droits
 +
de l'Homme (10 décembre), une nouvelle initiative
 +
de caractère national est prévue par les organisations
 +
qui ont mené à bien celle de mars.
 +
n va de soi que les graves questions débattues
 +
n'auront pas alors cessé de se poser. C'est une
 +
entreprise de longue haleine qui a commencé.
 +
Pour construire un avenir de concorde et
 +
d'échange entre les diverses communautés de la
 +
France contemporaine, pour vivre ensemble normalement
 +
dans le respect de chacun, il faudra
 +
encore bien des efforts. Cette brochure sera d'une
 +
grande utilité pour tous ceux qui veulent y prendre
 +
part. D
 +
(1) Organisations ayant préparé les Assises nationales :
 +
Amicale des Algériens en Europe, Association des Marocains en France, Association des Originaires du Portugal, Association
 +
des Travailleurs Marocains en France, Centre d'Informations et d'Etudes sur les Migrations, Cimade, Comité de Liaison pour
 +
l'Alphabétisation et la Promotion, Comité National d'Information des Nomades, Comité pour les Droits Civiques des Immigrés,
 +
Commission Episcopale des Migrants, Confédération Générale des Travailleurs, Conseil des Associations d'Immigrés en
 +
France, Fédération des Associations des Emigrés Espagnols en France, Fédération des Travailleurs Africains en France, Fédération
 +
Léo-Lagrange, Fédération Protestante de France, Groupement National des Organisations et Associations d'OutreMer,
 +
Jeunesse Ouvrière Chrétienne, Ligue des Droits de l'Homme, Ligue Française de l'Enseignement et de l'Education Permanente,
 +
Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, Mouvement des Radicaux de Gauche, Parti Communiste
 +
Français, Parti Socialiste, Radio-Be~r, Sans Frontière.
 +
Les autres organisations participantes figurent dans la liste des signataires de l'Appel. D
 +
5
 +
APPEL POUR LA TENUE
 +
DES ASSISES CONTRE
 +
LE RACISME
 +
<< VIVRE ENSEMBLE AVEC
 +
N ous sommes inquiets de la montée du racisme désignant tout particulièrement les communautés
 +
immigrées à la vindicte publique. Faut-il rappeler la série de meurtres de l'été dernier qui venaient
 +
à la suite de nombreux autres, les campagnes haineuses par voie d'affiches et de tracts, l'exploitation
 +
politique de difficultés communes à toutes et à tous sur la base d'arguments fallacieux.
 +
Nous sommes convaincus qu'il n'existe d'autre issue, sinon l'affrontement violent et généralisé, que
 +
de vivre ensemble dans la connaissance et le respect mutuels de nos différences. La France, au fil des
 +
siècles, a su accueillir de nouveaux arrivants qui sont aujourd'hui nos ancêtres, et, au nom de la plus
 +
élémentaire justice, il doit en être de même aujourd'hui.
 +
Nous appelons à organiser des Assises contre le racisme sur le thème« Vivre ensemble avec nos différences
 +
». Ces Assises, d'ici à mars prochain, réuniront successivement, aux niveaux local et national,
 +
des hommes et des femmes, des organisations et des familles de pensée de tous horizons, qui
 +
porteront témoignage et réfléchiront ensemble avec leur sensibilité propre et au travers de leurs expériences.
 +
Ainsi, nous ferons en sorte tous ensemble que l'histoire de ce pays continue dans un pluralisme
 +
fécond, sous le signe des idéaux républicains D
 +
Michel Abrahamian, Association de Solidarité Franco-Arménienne. Mangopi Aka, écrivain, Centre de Recherches et d'Informations Générales sur le tourisme
 +
en Afrique (CRIGTA). Jean-Claude Allanic, journaliste. Madeleine Allengirand, avocate. Jy Amady, Association Générale des Travailleurs Sénégalais
 +
en France (AGTSF). Marcel Amont, artiste. Jean Andrieu, conseiller général. Jean-Jacques Anglade, maire de Vitrolles. Gustave Ansart, député. Jean
 +
Anselme, Union Départementale de Paris de la Fédération Nationale des Infirmes Moteurs et Paralysés. Eduardo Aparicio, Fédération des Associations
 +
d'Espagnols Emigrés en France (FAEEF). Pierre Arezki, acteur. Association des Etudiants et Stagiaires Maliens en France. Gilles Atlan, metteur en scène.
 +
Josette Audin, professeur. Henri Auger, maire de Lons-Le-Saunier. François Autain, sénateur.
 +
Jacques Badet, député. Maurice Bambier, maire de Montataire. Alain Bancharel, syndicaliste. Gérard Bapt, député. Augustin Barbara, sociologue. Henri
 +
Bartoli, professeur d'Université. Claude Bartolome, député. Gérard Basson, avocat. Umberto Battist, député. Pierre Bauby. Jean-Mic!Jel Baylet, député.
 +
Raoul Bayou, député. Guy Béart, artiste. Simone de Beauvoir,- écrivain. Charles Belier, Union des Engagés Volontaires et Anciens Combattants Juifs
 +
(UEVACJ). Roger Bellet, professeur. Jean Benoît, journaliste. Zine-El-Abidine Bentabed, « Connaître l'Islam ». M. Bentebria, Convention des Français
 +
Musulmans. Jean Béranger, sénateur-maire de Marly-le-Roi. Marcellin Berthelot, maire de Saint-Denis. Michel Berthelot, conseiller général. Jacques Bertin,
 +
chanteur. Gérard de Bernis, professeur. Alain Billon, député. Lucien Bitterlin, Association de Solidarité Franco-Arabe. Augusto Boal, Théâtre de l'Opprimé.
 +
Jean Boisson, historien. Général Jacques de Bollardière. Gilbert Bonnemaison, député. Yves Bono, conseiller général. Robert Borrel, maire d'Annemasse.
 +
Jean-François Botrel, professeur. Claude Bourdet, journaliste. Pierre Bourdieu, professeur. Jean Briane, député. Evanghelos Bric as, chercheur. Alain Brune,
 +
député. Yvonne Brunhammer, Conservateur de Musée. Christian Bruschi, professeur.
 +
Etienne Camy-Peyret, professeur. Jean Capievic, maire de Vaux-en-Velin. Jean Cardonnel, dominicain. Michel Cartelet, député. Jean-Claude Cassaing,
 +
député. Jacques Chaban-Delmas, député-maire de Bordeaux. Colette Chaigneau, députée. Christian de Chalonge, cinéaste. Robert Chambeiron, député
 +
européen. Jean-Pierre Chambellan, sportif. Guy Chanfrault, député. Jean-Pierre Changeux, professeur. Michelle Charpentier, conseillère générale. Pierre
 +
Charreton, professeur. François Chaumette, Sociétaire de la Comédie Française. Yves Chaussignand, syndicaliste. Saïd Chergui, Amicale des Algériens en
 +
Europe. Jean-Pierre Chevalier, CNIN Etudes Tsiganes. Belkhir Chicha, directeur de foyer. Paul Chomat, député. Marie-José et Paul-Henry Chombart de
 +
Lauwe, chercheurs. Jacqueline Chonavel, maire de Bagnolet. Didier Chouat, député. Georges-Emmanuel Clancier, écrivain. Jean-Hugues Colonna, député.
 +
Marianne Cornevin, historienne. C. Costa-Gavras, cinéaste. Jacqueline Costa-Lascoux, chercheur. André Costes, prêtre, Commission Episcopale des
 +
Migrants. Lucien Couqueberg, député. Antoine Court, professeur. André Cousin, maire de St Laurents/Saône. Jean Cuguen, maire de St Cyr l'Ecole. Jean
 +
Cuisance, Fédération Internationale pO!Ir les Echanges Educatifs d'Enfants et d'Adolescents (FIEEA). Lucienne Cuzol, directrice d'école.
 +
Mejid Daboussi Amar, Sans Frontière. Jean Daniel, journaliste. Jean Dasté, comédien. Albert Daum, enseignant, syndicaliste. Georges Davezac, Ligue Française
 +
de l'Enseignement et Education Permanente. Jean-Pierre Decombas, maire des Martres-de-Veyre. Jean-Pierre Defontaine, député. Jacques Delaporte,
 +
évêque, Commission Episcopale des Migrants. Philippe Delepelaire, chercheur. Christian Delorme, prêtre. Miéhel Denis, professeur. Bernard Derosier, Fédération
 +
Nationale Léo-Lagrange. Jacques Derrida, professeur. Alain Desbois, chercheur. Yves Dollo, député. Geneviève Domenach-Chiche, Fédération Nationale
 +
Léo-Lagrange. Louis Don Marino, maire d'Eragny s/Oise. Michel Drach, cinéaste. Françoise Driot, journaliste. René Drouin, député. Roger Dubien,
 +
journaliste. Guy Ducoloné, député. André Dupont, les «Amis de la Vie». Lydie Dupuy, députée. Paul. Durafour, député.
 +
Michel Echaubard, Ligue des Droits de l'Homme. Pierre Emmanuel, de l'Académie Française. José Escanez, maire de Château-Arnoux. Claude Estier,
 +
député. Claire Etcherelli, écrivain.
 +
Roger Fajardie, député européen. Alain Fan tapie, Médias et langage. Tewfik Farès, réalisateur de télévision. Philippe Farine, conseiller de Paris. Jean-Paul
 +
Farrè, comédien. Jack Farureau, chercheur. Jean Faucher, Tourisme et Travail. Jean-Marie Faucillon, syndicaliste. Henri Fauré, professeur. François
 +
Favreau, évêque de Nanterre. Joël Favreau, artiste. Jean Ferignac, proviseur de lycée. Jacques Ferran, journaliste. Jean Ferrat, artiste. Daniel Ferrenbach,
 +
maire de St Cyr. Paul-Albert Février, professeur. Jeati'-Marie Firmesse, maire de St Rigomer. Alain Fliti, Association France-Algérie. Jacques Floch; députémaire
 +
de Rezé. Jean-Pierre Fontaine, conseiller technique. Brigitte Fossey, artiste. Charles Foulon, professeur émérite. Michel de la Fournière, conseiller
 +
général. Jacqueline Fraysse-Cazalis, députée. Jean-Paul Fredon, Président de la Fédération Nationale des Francs et Franches Camarades (FFC). Dominique
 +
Frelaut, député-maire de Colombes. Jean-Paul Fuchs, député.
 +
Jean-Pierre Gabarrou, député-maire de Castres. Andrée Gaillard, directrice d'école. Joannés Galland, syndicaliste. Jacques Galtier, pasteur, Fédération protestante
 +
de France. Diamantino Galvao, Association des Originaires du Portugal (AOP). Edmond Garein, député-maire d'Aubagne. Françoise Gaspard,
 +
députée. Gilbert Gaston, .conseiller général. Serge Gaubert, professeur. Gérard Gaumé, syndicaliste. Bernard Genetet, médeCin. François Geoffroy, Fédération
 +
Française des MJC. Pierre Géry, Ci made. Roger Gicquel, journaliste. Françoise Gillier, Action Catholique des Enfants (ACE). Francis Giolitti, député.
 +
Michel Giraud, conseiller général. Pierre Girardot, conseiller général. Jean-Pierre Gourmelon, Union Française des Centres de Vacances et de .Loisirs
 +
(UFCV). Yvette Gouyette, directrice d'école. Noël Grandamme, directeur de centre culturel. Georges Granier, Aide française aux immigrés de l'Hérault. F.
 +
Gremond, Inter Service Migrants. François Grémy, Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP). François Guérin, professeur de
 +
médecine. Eugène Guillevic, poète. Georges Guillon, directeur Ecole Normale. Jean G!lilloux, prêtre, aumônier des étudiants africains. Annie Guissani, cherNOS
 +
DIFFERENCES >> cheur. ... L_ __________________________________________________________________________________________________________ __L.------L-------------~--~----~--------------------------------~----------~--------------~--------------~----~
 +
6 7
 +
Mohamed Hait, Association des Marocains en France (AMF). Gisèle Halimi, députée, Intergroupe parlementaire contre le racisme. Roger Hanin, acteur.
 +
Michel Hareng, syndicaliste. Pierre Jakez Hélias, écrivain. Guy Herbulot, évêque de Corbeil. Michel Hidalgo, directeur technique national de foot-ball. Eléonore
 +
Hirt, actrice. Michel Hoguin, administrateur du C.I.C. Adrienne Horvath, députée-maire de St Martin de Valgalgues. Jean François Hory, député. Marcel
 +
Houei, député-maire de Vénissieux. Georges Hourdin, journaliste. Christiane Ruraux-Rendu, médecin, Comité médico-social pour la santé des migrants.
 +
Manfred Imerglik, avocat. Jacques Isabet, maire de Pantin.
 +
Edmond Jabès, écrivain. Albert Jacquard, généticien. Claude Jaguelin. C.E. Renault. Frédéric Jalton, député. Lydie Jamin, directrice de théâtre. Parfait
 +
Jans, député. Adil Jazouli, Comité pour le Développement des Droits Civiques des Immigrés. Jean-Paul Jean, syndicaliste. Raymond Jean, écrivain. Anne
 +
Joliot, chercheur. Léopold Joly, conseiller général. Michel Jonasz, chanteur. Denise Jourdan-Hemmerdinger, musicologue. Alain Journet, député. Pierre
 +
Joxe, député. Jacques Jurquet, écrivain.
 +
Jean-Pierre Kahane, professeur. Roger Kahane, réalisateur. Khadidja Khali-Attaf, Union des Femmes Musulmanes de France. Joseph Kiticki-Kouamba,
 +
Fédération des Travailleurs Africains en France (FETAF). Alain Krivine. Serge Kriwkoski, Union Progressiste. Louis Kuehn, évêque de Meaux. Jean-Joseph
 +
Kupernosc, Association Jeunes Actions Recherches (AJAR). ·
 +
Pierre Lacroix, aumônier Antilles-Guyane. Madeleine Lagane, enseignante. Dominique Lahalle, chercheur. André Lajoinie, député. Serge Lana, Amicale
 +
Franco-Italienne. Bernard Langlois, journaliste. Janine Laronde, directrice d'école. Claude Larzul, avocat. François Launay, syndicaliste. Annie Lauran,
 +
écrivain. Jérôme Lavergne, chercheur. Georges Lazzarino, adjoint au maire de Marseille. Jean-Pierre Le Coadic, député. Charles Lederman, sénateur. Jacques
 +
Lederman, syndicaliste. Maurice Legendre, conseiller général. Michel Leiris, écrivain. Gérard Leman, Pax Christi. Bruno Le Masson, Fédération Nationale
 +
des Malades, Infirmes et Paralysés (FNMIP). Olver de Léon, professeur. Madame Léon-Jouhaux. Louis Le Pensee, député. Clément Lepidis, romancier.
 +
Albert Lévy (MRAP). Henri Librach, Mouvement Juif Progressiste (MJP). Jean-Pierre Liégeois, professeur d'Université. François Liot, professeur de médecine.
 +
Michael Lonsdale, comédien. Niki Lorier, Comité national d'Entente des Gens du Voyage. Jean-Louis Louvière, directeur institut handicapés. JeanPierre
 +
Lucas, Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Education Active (CEMEA). Gérard Lyon-Caen, professeur de Droit.
 +
Christian Madec, chercheur. Alain Mahé, Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC). Jean Maire, Comité de Liaison pour l'Alphabétisation et la Promotion
 +
(CLAP). Brigitte Maison, chercheur. Jean Maisonat, député. Henri Malberg, conseiller de Paris. Robert Malgras, député. Etienne Manac'h ambassadeur de
 +
France. Stanislas Mangin, Conseiller d'Etat honoraire. Denis Manuel, comédien. Guy et Renée Marchand, Citoyens du Monde. Jacqueline Marchand, Union
 +
Rationaliste. Philippe Marchand, député. Michel Marmion, Féd. Fse d'Athlétisme. Pierre Marsal, chercheur. Jacques Marson, maire de La Courneuve.
 +
Pierre Martaguet, magistrat. Nadine Martinelli, comédienne. Jo Martynciow, professeur. François Massot, député. Nicole Massu-Dugard, La Vie Nouvelle.
 +
Gilberte Mathieu, directrice d'école. Jean-Luc Mathieu, Agence Nationale pour l'Insertion et la Promotion des Travailleurs d'Outre-Mer (ANT).
 +
Jacques Maury, pasteur, Fédération protestante de France. Matéo Maximoff, pasteur. Albert Memmi, écrivain. Paul Mercieca, député. Sarnia Messaoudi,
 +
Radio-Beur. André Micaleff, pasteur, Mission Populaire Evangélique de France. Gratien Midonet, artiste. Louis Minetti, sénateur, Comité de défense des
 +
libertés et Droits de l'Homme en France et dans le monde. Michel Mitrani, cinéaste. Eveline Molina, présidente de M.J.C. Robert Mondargent, député. Alain
 +
Monod, avocat. Théodore Monod, membre de l'Institut. Georges Montaron, journaliste. M. Morley, «Le Monde à Paris». François Mortelette, député.
 +
René Moustard, Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT). Francine Muraille, syndicaliste.
 +
Jean Natiez, député. Carlo Nell, peintre. Paulette Nevoux, députée. Madame Noema, Fédération Internationale des Femmes d'Outre-Mers (FIFOM). Philippe
 +
Noiret, comédien. Roger-Yves Noisel, directeur de M.J.C.
 +
Louis Odru, député. Jacqueline Olive, chercheur. Philippe Ozouf, professeur.
 +
Jean-Félix Pace, auteur-compositeur. Charles Palant (MRAP). Euzhan Paley, réalisatrice. Robert Pastuglia, Association pour l'Enseignement du Français
 +
aux Travailleurs Immigrés (AEFTI). François Patriat, député. George Pau-Langevin (MRAP). Jean-Pierre Penicaut, député-maire de St Paul-les-Dax. José
 +
Pentoscrope, Centre d'Information, de Formation, d'Insertion, Réinsertion, Recherche et Développement pour les Originaires d'Outre-Mer (CIFORDOM).
 +
Antonio Pérotti, Centre d'Information et d'Etudes des Migrations (CIEM). Gilles Perrault, écrivain. Rudolphe Pesee, député. Louis Pettiti, avocat. « Peuples
 +
Solidaires». Michel Piccoli, comédien. Claude Piéplu, comédien. Jean Pihan, prêtre. René Piquet, député européen. Paul Poli, Ligue Française de
 +
l'Enseignement et Education Permanente. Urban Politenski, maire de Longwy. Jean-Claude Portheault, député-maire de St-Jean de la Ruelle. Guy Poussy,
 +
conseiller général. Vladimir Pozner, écrivain. André Prenant, professeur-assistant. Daniel Prin, conseiller général. Eliane Provost, députée. Colette
 +
Prud'homme, directrice école primaire. Francis Pudlowski, avocat. René Pupier, professeur.
 +
André Quilis, professeur d'EPS, ex-international de rugby.
 +
Moussa Rabahi, Comité des Travailleurs Algériens (C.T.A.). Abdelkader Rahmani, collège international du Tiers-Monde. Roland Rappaport, avocat. André
 +
Rauget, Union Internationale des Organismes Familiaux. Henri Ravera, maire de Bagneux. Madeleine Reberioux, historienne. Jean-Pierre Rebitz, syndicaliste.
 +
Nicole Rein, avocate. René Richard, entraîneur de hand-ball. Claude Richard-Molard, Ligue Fse pour la Paix et la Liberté. Jean Rigal, député. René
 +
Rio, Etudes Tsiganes. Emmanuelle Riva, actrice. Dominique Rivière, Fédération des Associations Réunionnaises. Rassemblement de l'Emigration Réunionnaise
 +
(FAR-RER). Michel Robert, assistant. André Rognard, maire de Mâcon. Roger Roucaute, maire d'Alès. André Rouvière, sénateur. Jules Roy, écrivain.
 +
Joseph Sanguedolce. Pierre Santini, comédien. Serge Sardella, maire de Malijai. Georges Sarre, député. Yves Saudmont, maire de Nanterre. Catherine Sauvage,
 +
chanteuse. Leila Sebbar, écrivain. Maxime Seligmann, professeur. Gilbert Senès, député. Frank Serusclat, sénateur. Gilles Servat, chanteur. Yazid Sefsouf,
 +
sociologue-démographe. Jeannine Simon, directrice école maternelle. Yves Simon, écrivain-chanteur. Jean Sirvin, maire de St Christolles-Aiès. J.F.
 +
Sitruk, Association Vitruve. Francesca Solleville, chanteuse. Madeleine Sologne, artiste. Gérard Soulier, France Terre d'Asile. Daniel Spagnou, maire de Sisteron.
 +
Charles Steinman, Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide (UJRE). Olivier Stirn, député-maire de Vire. Marie-Josèphe Su blet, députée. Pierre
 +
Sudreau, maire de Blois. Jean Suret-Canale, maître-assistant.
 +
Pierre-André Taguieff, professeur de philosophie. Michèle Tailleur, professeur. Jean Tardito, conseiller général. Edouard Tchorzewski (UJRE). Alain Terrenoire,
 +
député honoraire. Jacques Thobie, professeur. Jean-Claude Tirel, chercheur. Gérard Titus-Carmel, artiste-peintre. Stanislas Tomkiewicz, chercheur.
 +
Pierre Toulat, prêtre. Annie Tresgot, cinéaste. Joseph Trilles, Fédération Nationale des Foyers Ruraux.
 +
Jean Valroff, député. Charles Valtorta, syndicaliste. Victor Vasarely, plasticien. Jean-Yves Veillard, Conservateur Musée de Bretagne. Bruno Vennin,
 +
député. Bernard Vera, Pionniers de France. Daniel Verdelhan, conseiller général. André Vermeghio, chercheur. Henri Verniers, avocat. Théo Vial-Massat,
 +
député-maire de Firminy. Joël Viarteix, Union régionale des Associations de Voyageurs de l'Ile de France (URAVIF). Jean-Luc Viaux, psychologue. Jacqueline
 +
Victor-Brauner. Robert Vidal, producteur radio. Claude Villers, producteur radio. Bernard Villette, député. Marcel Viot, Confédération Syndicale des
 +
Familles (CSF).
 +
Gérold de Wangen, France Terre d'Asile. Daniel Widlocher, professeur. Georges Wolinski, dessinateur. Francis-André Wollman, chercheur. Jean-Pierre
 +
Worms, député. Joseph Wresinski, ATD Quart-Monde.
 +
lannis Xénakis, compositeur.
 +
Pierre Zarka, député. Bernard Zehrfuss, architecte, membre de l'Institut. Adrien Zeller, député. Alfred Zimmer, Union de Résistance Populaire. Abdallah
 +
Zniber, Association des Travailleurs Marocains en France (ATMF).
 +
N.B. Cet appel a été signé à travers toute la France par des milliers de personnes de toutes professions et de tous les milieux. La
 +
liste ci-dessus a dû être nécessairement limitée.
 +
8
 +
SÉANCE INAUGURALE
 +
9
 +
SÉANCE INAUGURALE
 +
François GREMY ••
 +
<< Mettre en évidence
 +
les aspects positifs
 +
de la coexistence >>
 +
N ous voici en~in réunis pour lutt~r
 +
contre le ractsme ... croyez que Je
 +
suis heureux de regarder ce rassemblement.
 +
Mais d'emblée, je veux clarifier le sens
 +
de la place qui est faite au président du
 +
MRAP dans cette séance inaugurale.
 +
La manifestation de ce jour n'est pas les
 +
Assises du MRAP, mais ce sont les Assises
 +
nationales de tous les signataires. Il
 +
ne doit y avoir aucune ambiguïté à cela.
 +
Un petit mot d'histoire va nous le rappeler.
 +
Tout commence le 5 juin dernier :
 +
l'Assemblée Générale du MRAP terminait
 +
ses travaux. Une grande partie de
 +
ceux-ci étaient centrés sur deux constats
 +
: le racisme s'enfle et se banalise, et
 +
contrairement à ce qu'on avait pu espérer,
 +
la flambée du racisme n'a pas décru
 +
après la fin de la campagne électorale.
 +
Le deuxième constat étant le silence des
 +
antiracistes, silence inquiètant et honteux.
 +
cc Ces
 +
Assises
 +
sont celles
 +
de tous
 +
ceux qui ont
 +
accepté de
 +
se lancer
 +
dans la
 +
campagne n
 +
D'où la proposition que j'avais été
 +
amené à faire en clôturant nos travaux.
 +
Notre Mouvement ne peut accepter cette
 +
situation, il trahirait sa mission. Son créneau
 +
d'action n'est il pas exclusivement
 +
la lutte contre le racisme et la discrimination,
 +
et pour l'amitié et la solidarité
 +
entre les peuples et les cultures ? C'est à
 +
lui de prendre l'initiative.
 +
Mais nous constations aussi que notre
 +
force physique, notre capacité d'organisation
 +
sont modestes. C'est pourquoi
 +
nous suggérions que le mode d'action le
 +
meilleur que nous puissions avoir était
 +
de susciter la prise de conscience de tous
 +
ceux qui, nous le pensions, condamnaient
 +
et redoutaient le racisme, même si
 +
ce type de combat n'est pas leur
 +
domaine électif d'action. Notre rêve
 +
était et demeure, de les convaincre de
 +
parler du danger raciste dans les sections
 +
des partis, dans les entreprises, dans. les
 +
paroisses, dans les mouvements de J~Unes,
 +
dans les écoles, dans les assemblees
 +
de locataires.
 +
10
 +
Bref il s'agissait de convaincre tout un
 +
chacun de participer à sa façon, selon
 +
ses spécificités, selon ses charismes à une
 +
campagne de désintoxication de notre
 +
société.
 +
Dans cette perspective, notre Mouvement
 +
se voulait autant et plus initiateur
 +
qu'acteur. Il se voulait catalyseur, c'e~t
 +
à dire comparable à ces substances qm,
 +
en quantité modeste, sont capables de
 +
déclencher, d'accélérer et de développer
 +
des réactions chimiques importantes.
 +
Nous avons donc dès la fin de juin pris
 +
notre bâton de pélerin, demandant des
 +
rendez-vous aux partis politiques - et
 +
nous avons voulu ratisser large - aux
 +
organisations syndicales, aux Eglises,
 +
aux grands médias, aux associations
 +
d'immigrés, ...
 +
A tous, nous proposions notre analyse
 +
sur la menace grandissante de l'idéologie
 +
raciste. A tous, nous demandions d'agir,
 +
de s'engager à leur façon, selon des initiatives
 +
propres, dans cette campagne. A
 +
tous nous demandions leur opinion et
 +
leurs suggestions sur les formes d'action
 +
les plus adaptées. A aucun nous n'imposions
 +
quoi que ce soit. C'était, rappelonsle,
 +
en juillet, août et septembre.
 +
La seule suggestion forte que nous faisions
 +
était la date du 21 mars : « Journée
 +
internationale de l'ONU pour l'élimination
 +
de la discrimination raciale »
 +
instituée en souvenir du massacre de
 +
Sharpville en 1960.
 +
Nous suggérions une grande manifestation
 +
nationale, sans d'ailleurs en préciser
 +
la forme ni le thème, encore très imprécis
 +
dans notre esprit à ce moment.
 +
Cette date a d'ailleurs rapidement reçu
 +
une approbation de poids : dans la lettre
 +
qu'il nous adressait le 7 septembre 83 en
 +
réponse à une lettre du 24 août, où nous
 +
portions notre projet à sa connaissance,
 +
le Président de la République nous écrivait
 +
: « Je vous donne mon accord pour
 +
que l'Etat participe, selon des modalités
 +
appropriées, aux manifestations que
 +
vous organisez le 21 mars 1984 ... Je
 +
crois en effet qu'il est très important de
 +
développer l'information qui permet de
 +
mieux faire accepter les différences ».
 +
Et il ajoutait : « J'ai demandé à
 +
Madame Dufoix d'examiner les modalités
 +
de participation qui pourraient être
 +
envisagées ».
 +
La machine était donc lancée avec cette
 +
butée de calendrier.
 +
Telles qu'elles seront, aujourd'hui et
 +
demain, ces Assises nationales sont vraiment
 +
les assises de tous, de tous ceux,
 +
heureusement la majorité, qui ont
 +
accepté de se lancer dans la campagne.
 +
Car c'est vraiment de façon collective
 +
que s'est élaborée cette manifestation.
 +
C'est en effet au gré de nos rencontres,
 +
de nos discussions qu'elle s'est trouvée
 +
construite.
 +
Son nom est dû à nos amis du MRG.
 +
C'est de façon plus diffuse et plus progressive
 +
que sont apparues les idées forces
 +
qui nous animent.
 +
La première idée c'est le titre même de
 +
nos Assises : « Vivre ensemble avec nos
 +
différences ». Le premier et grand message
 +
à faire passer, c'est que la présence
 +
des diverses communautés qui habitent
 +
ce pays est un fait inéluctable, que le
 +
retour massif est un mythe, que l'expulsion
 +
serait un crime contre eux, mais
 +
aussi contre ·nous-mêmes. Puisqu'il nous
 +
faut vivre ensemble, sachons le faire
 +
bien, dans la paix, dans la relation, dans
 +
l'échange. Un autre modèle est possible
 +
que celui de la haine, de la méfiance, du
 +
développement séparé, de l'oppression.
 +
Une autre société est possible que celle
 +
que nous propose l'Afrique du Sud.
 +
Convaincre la société nationale que la
 +
coexistence est inéluctable serait un pas
 +
décisif dans la bonne direction.
 +
La deuxième idée est que nous ne voulons
 +
pas centrer ces assises sur un discours
 +
traditionnel généreux, mais général,
 +
humanitaire mais culpabilisant.
 +
« Le racisme est un :
 +
aucune forme n'est plus
 +
tolérable que l'autre.
 +
Tous ses avatars sont
 +
haïssables ».
 +
Nous préférons nous livrer à une analyse
 +
des structures de notre société qui favorisent
 +
la naissance du racisme et qui
 +
l'entretiennent. Et c'est de ces discussions
 +
qu'est née l'idée de ces six forums,
 +
chacun consacré à des difficultés concrètes,
 +
à un problème aigu qu'il nous faut
 +
résoudre ensemble :
 +
l'habitat et le cadre de vie
 +
l'école et l'éducation
 +
l'entreprise et le droit des travailleurs
 +
les médias et la différence
 +
l'histoire et la culture
 +
la participation à la vie publique et les
 +
droits civiques.
 +
Chacun de ces thèmes offre à notre
 +
réflexion une façon nouvelle d'aborder
 +
le problème de la coexistence et de la
 +
solidarité. Pourquoi par exemple chercher
 +
une explication raciale à des problèmes
 +
de logement ou d'échec scolaire,
 +
alors que c'est dans une rénovation de
 +
l'habitat et du système éducatif qu'il
 +
faut trouver des solutions aux problèmes
 +
réels que Français et étrangers ont à
 +
affronter. Et quelle plus belle façon de
 +
vivre ensemble que de lutter et d'agir
 +
ensemble !
 +
La troisième idée est qu'il nous faut
 +
rechercher et mettre en évidence tous les
 +
aspects positifs de la coexistence. Par
 +
construction, les médias ne mentionnent
 +
que ce qui va mal, que les incidents, que
 +
les agressions, que les meurtres et les
 +
conflits. Bien des raisons nous amènent
 +
à penser qu'il existe des cas, sans doute
 +
assez nombreux où la coexistence des
 +
communautés se fait dans 1 'harmonie,
 +
voire la solidarité, et pourquoi pas
 +
l'amitié. Mettre l'accent sur ces cas heureux
 +
est peut être une des meilleures
 +
façons de lutter contre les fantasmes du
 +
racisme. Une témoignage vécu, une
 +
expérience humaine concrète peuvent
 +
avoir plus d'effet sur cette pensée intrinsèquement
 +
irrationnelle que les plus
 +
beaux arguments des généticiens, des
 +
historiens ou des sociologues.
 +
Et enfin, même si le racisme à l'ordre du
 +
jour est celui qui vise l'immigration
 +
récente, les travailleurs et leurs familles
 +
venus depuis quelques décennies sur
 +
notre sol, nous ne voulons pas oublier
 +
qu'il est d'autres formes de racisme.
 +
L'antisémitisme n'est pas mort : loin de
 +
là, il renaît, et telle personnalité
 +
d'extrême-droite proclamait récemment
 +
dans un slogan également réprobateur :
 +
Marx et Rothschild sont les deux faces
 +
d'une même médaille. Ceci rappelle les
 +
fâcheuses imprécations de naguère contre
 +
le judéo-communisme et la judéoploutocratie.
 +
Souvenir nauséabond,
 +
comme celui que soulevait le cri horrible
 +
de « au four » jeté aux immigrés durant
 +
les récents conflits de Poissy.
 +
Notre société n'est pas tendre non plus
 +
pour bien des citoyens français, les
 +
Gitans, les travailleurs des DOM-TOM,
 +
sans méconnaître les harkis, ces « oublié
 +
de l'Histoire » triplement négligés par
 +
leur communauté d'origine, leurs compatriotes
 +
français, et les combattant de
 +
l'antiracisme trop facilement peut être
 +
enclins à un manichéisme sommaire.
 +
Nos assises sont des assises contre le
 +
racisme, contre toutes les formes de
 +
racisme. Le racisme est un : aucune
 +
forme n'est plus tolérable que l'autre.
 +
Tous ses avatars sont haïssables.
 +
Nos Assises nationales commencent :
 +
seront-elles, comme beaucoup le craignent,
 +
une de ces manifestations éphémères,
 +
d'où nous repartirons, heureux
 +
de l'intelligence de nos propos et flattés
 +
par la générosité de nos sentiments, une
 +
de ces incantations que nous aimons
 +
tant?
 +
Non, mille fois non ! Cette manifestation
 +
n'est qu'une étape, c'est le temps
 +
fort d'une campagne qui doit durer. Initialement,
 +
nous espérions en faire un
 +
tremplin, c'est à dire un lieu d'où l'on
 +
s'élance après y être arrivé en courant,
 +
car elle devrait dans notre esprit, être le
 +
premier aboutissement d'une série de
 +
manifestations locales qui auraient dû
 +
(suite page 74)
 +
11
 +
L'OUVERTURE
 +
es Assises Nationales « Vivre L ensemble avec nos différences »
 +
se sont ouvertes le vendredi 16
 +
mars à Paris, à la Maison de
 +
l'UNESCO, par une réception, à l'invitation
 +
des signataires de l'Appel et
 +
du Comité de préparation.
 +
Dans la foule des personnalités, on
 +
notait la présence de M. Jack Ralite,
 +
ministre chargé de l'Emploi, ainsi
 +
que des représentants du Premier
 +
ministre (M. Gilles Johanet) et de plusieurs
 +
ministères et secrétariats d'Etat :
 +
Solidarité nationale (M. Hubert
 +
Lesire-Ogrel), Education nationale
 +
(M. Philippe Moreau), Intérieur et
 +
Décentralisation (M. Petetin), Transports
 +
(M. Etienne Camy-Peyret),
 +
Temps Libre, Jeunesse et Sports
 +
(M. Fresul), Famille, Population et
 +
Travailleurs immigrés (MM. A lain
 +
Gilette, Christian Nguyen, Philippe
 +
Texier, Mmes Romon, Véronique
 +
Espérandieu, Elisabeth Lion),
 +
Départements et Territoires d'OutreMer
 +
(MM. Jean-Gervais Biart), Personnes
 +
âgées (Mme Nelly Wolf).
 +
Etaient également présents : M. James
 +
O. C. Jonah, représentant spécial du
 +
Secrétariat général de l'ONU,
 +
M. Metternich, directeur du Centre
 +
d'Information des Nations-Unies à
 +
Paris, et M. Tlili, directeur-adjoint.
 +
A signaler encore Mme Dulcie September,
 +
responsable du Bureau de
 +
l'ANC (African National Congress) à
 +
Paris, et Tuliameni Kalomoh, responsable
 +
du Bureau de la SWAPO.
 +
Citons aussi parmi beaucoup
 +
d'autres, MM. Paul Bouchet, président
 +
du Fonds d'Action Sociale, Jean
 +
Massot, directeur de la Population et
 +
des Migrations, l'architecte Bernard
 +
Zehrfuss, le peintre Ernest PignonErnest,
 +
l'écrivain Albert Memmi, de
 +
nombreux journalistes et, bien
 +
entendu, les délégués de la plupart
 +
des organisations signataires de
 +
l'Appel.
 +
Le professeur François Grémy, dans
 +
une allocution, salua l'assistance et
 +
rappela la genèse des Assises, et leurs
 +
objectifs - ce qu'il allait développer
 +
le lendemain dans son discours
 +
d'ouverture de la séance plénière
 +
qu'on lira ci-contre. 0
 +
SÉANCE INAUGURALE
 +
Albert JACQUARD ••
 +
<< La hiérarchie
 +
entre les hommes est contraire
 +
à la science >>
 +
Le Pr .Jacquard, a défini, le rôle du généticien, et de l'effort
 +
scientifique dans la lutte contre les préjugés racistes.
 +
ace au racisme, on a envie F d'abord d'être efficace, mais ce
 +
que peut apporter le scientifique
 +
ça n'est guère que la lucidité. Oh ! en
 +
disant «guère», j'exagère, c'est déjà
 +
beaucoup, la lucidité, mais c'est un effort
 +
de lucidité que je voudrais vous proposer
 +
ce matin. Le racisme, il en est question.
 +
Alors, qu'est-ce que c'est ? Peutêtre
 +
peut-on le définir comme une attitude
 +
de mépris justifiée par l'appartenance
 +
de l'Autre à un groupe, à une
 +
race, comme on dit. Et puisqu'il est
 +
question de race, alors essayons de
 +
savoir de quoi on parle et, là, le généticien
 +
que je suis se sent concerné
 +
puisqu'en fait, c'était au départ son
 +
métier que de définir les races.
 +
Je ne veux pas vous infliger ce matin un
 +
cours de génétique, mais disons que le
 +
12
 +
généticien au moins peut bien définir la
 +
problématique qui, en bout de course,
 +
permettra de dire :voici les races humaines
 +
et, Monsieur, Madame, vous appartenez
 +
à telle ou telle race. Alors, comment
 +
fait-il ? Eh ! bien, il fait un effort
 +
pour regarder les choses en face c'est-àdire
 +
qu'au-delà des apparences,il essaie
 +
de voir la réalité. Autrement dit, au lieu
 +
de regarder uniquement avec ses yeux, il
 +
essaie de regarder aussi avec son cerveau,
 +
car c'est cela l'effort du scientifique.
 +
Nos yeux nous apprennent par
 +
exemple que le soleil se lève, tourne et
 +
redescend. Et un jour, quelqu'un, Galilée
 +
ou Copernic, ne croit pas ses yeux, il
 +
croit son cerveau et avec son cerveau il
 +
dit : ça n'est pas vrai, le soleil ne bouge
 +
pas, c'est nous qui tournons autour et
 +
qui tournons sur nous-mêmes. Naturellement,
 +
les gens de bon sens vous
 +
disent : mais Monsieur regardez avec
 +
vos yeux, croyez ce que vous voyez. Lui,
 +
il dit : non, moi je crois nion cerveau, et
 +
finalement c'est lui qui a raison. Alors,
 +
de même pour les races : voyons, Monsieur,
 +
soyez de bon sens, vous voyez bien
 +
qu'un Sénégalais ce n'est pas comme un
 +
Suédois. Il n'y a qu'à voir. Alors, je
 +
réponds : c'est vrai, il n'y a qu'à voir,
 +
mais essayons de regarder plus en profondeur
 +
et regardons non pas seulement
 +
avec nos yeux, regardons avec notre
 +
compréhension des choses.
 +
En tant que généticien, je dis : d'accord
 +
ils ne sont pas semblables, mais, en fait,
 +
si je veux définir les races, qu'est-ce que
 +
je dois [aire ? Il me faut regarder ce qui
 +
dans tout groupe humain est transmissible.
 +
Or, ce qui est transmissible, ça n'est
 +
pas la couleur de la peau, ça n'est pas la
 +
forme du nez, ça n'est pas ceci ou cela,
 +
ce sont plus profondément les facteurs,
 +
les gènes comme on dit savamment, qui,
 +
en nous, gouvernent cette couleur de
 +
peau, cette forme de nez ou autre chose.
 +
Alors, du coup je définis bien ma problématique
 +
en disant : dans chaque
 +
groupe humain, je vais essayer de regarder
 +
ce qui existe de transmissible.
 +
Quels sont leurs gènes ? et je cherche à
 +
caractériser chaque groupe humain par
 +
les gènes qu'il possède. Pourquoi pas ?
 +
Et je le fais et je cherche d'abord des
 +
gènes spécifiques. Ah ! si les Bretons
 +
avaient un gène des Bretons, les Juifs un
 +
gènes des Juifs, comme ce serait pratique,
 +
mais malheureusement ça n'existe
 +
pas. Il n'y a pas de gène qui fasse qu'on
 +
est Breton ou qu'on est Juif ou qu'on est
 +
Sénégalais.
 +
Sans frontière
 +
En fait, ce que je trouve, ce sont bien sûr
 +
des différences, mais ces différences
 +
sont moins profondes qu'on ne l'imagine.
 +
Pratiquement, on trouve presque
 +
tous les gènes en presque toutes les
 +
populations, simplement pas du tout
 +
avec les mêmes fréquences. Peu à peu, à
 +
mesure que je m'approche d'une vision
 +
lucide, je m'aperçois que la réalité
 +
m'échappe, un peu comme dans ce film
 +
que beaucoup d'entre vous sans doute
 +
ont vu, « Blow Up », que j'aime bien
 +
citer, d'Antonioni. Et dans ce film, on
 +
voit une photographie où quelque part il
 +
y a une tache qui doit bien être le meurtrier
 +
que l'on cherche. Alors on développe
 +
ce film, on agrandit la photo et
 +
plus on l'agrandit, moins on voit. Eh !
 +
bien, c'est ce qui se passe un peu avec la
 +
science dans ce cas-là : plus on définit de
 +
près une race, moins on la voit. En effet,
 +
finalement, en bout de course, qu'est-ce
 +
que je vois ? Des populations qui ont
 +
toutes un petit peu les mêmes gènes,
 +
mais pas dans les mêmes proportions.
 +
Je m'aperçois tout simplement que l'histoire
 +
humaine a été telle que les patrimoines
 +
génétiques sont variables, mais
 +
qu'il n'y a pas de frontière bien définie
 +
entre un tel et un tel. Il y a un vaste
 +
brouillard de populations qui sont toutes
 +
différentes, mais entre lesquelles je
 +
ne peux pas tracer de frontière. Alors, je
 +
dis, moi le généticien :le concept de race
 +
je ne m'en sers plus. Il n'est pas, comme
 +
le dit François Jacob, il n'est pas un
 +
concept opérationnel. Alors, le mot race
 +
a disparu du vocabulaire, mais vous me
 +
direz, pour autant, le racisme est toujours
 +
là. Mais puisque j'ai fait un effort
 +
de lucidité pour définir les races, il me
 +
faut faire un autre effort de lucidité.
 +
Non pas face à un mot, mais face à une
 +
attitude, à un comportement, le comportement
 +
du mépris.
 +
« Si les Bretons avaient un
 +
gène de Bretons, comme ce
 +
serait pratique!
 +
Malheureusement, ça
 +
n'existe pas ! »
 +
Car ce mépris existe et si, par un hasard
 +
extraordinaire ou par le fait d'un dictateur
 +
violent et efficace, nous autres,
 +
dans notre Hexagone, Français, nous
 +
avions tous la même couleur de peau,
 +
tous la même forme de nez, tous le
 +
même groupe sanguin, eh ! bien, je peux
 +
vous assurer que le racisme n'en aurait
 +
pas pour autant disparu. On aurait
 +
trouvé dans ce groupe où tout le monde
 +
a la même couleur de peau, qu'il y a des
 +
meilleurs et des moins bons parce que,
 +
comme le disent certains, c'est une formule
 +
très développée par ce mouvement
 +
qu'on appelle le GRECE, il y a dans
 +
l'humanité, disent-ils, non seulement
 +
des meilleurs et des moins bons, mais ils
 +
ont une très jolie formule : « Il y a la
 +
crème et il y a la lie ».
 +
Alors, face à cette affirmation que nous
 +
autres, les hommes, bien sûr nous sommes
 +
différents et par conséquent qu'il y
 +
en a de meilleurs et de moins bons, face à
 +
cette affirmation, que peut faire le scientifique
 +
? Là aussi, il peut regarder en face
 +
et dire que si l'on affirme qu'il y a des
 +
hommes meilleurs et des moins bons, il
 +
faut d'abord répondre à cette question
 +
primordiale : un homme, qu'est-ce que
 +
13
 +
c'est ? C'est la question que se sont posés
 +
tous les philosophes et beaucoup d'entre
 +
eux ont répondu par la même réponse,
 +
pas exemple Pic de La Mirandole faisant
 +
dire au Créateur s'adressant à l'homme :
 +
« Toi, l'homme, je t'ai créé pour que tu
 +
te définisses toi-même, j'ai mis ton destin
 +
entre tes mains ». Ou bien Pascal disant
 +
cette phrase a priori incompréhensible :
 +
«L'homme passe infiniment l'homme».
 +
Ou bien Sartre disant plus récemment :
 +
« L'homme est condamné sans aucun appui
 +
et sans aucun secours à tout instant à
 +
inventer l'homme ».
 +
L'homme
 +
autocréateur
 +
Mais ce sont des phrases de philosophes
 +
ou de poètes ; alors que dit l'homme
 +
sérieux, que dit le scientifique ? Eh !
 +
bien, il se trouve qu'il dit exactement la
 +
même chose. Il dit, au terme de sa
 +
démarche laborieuse, complexe, il dit :
 +
l'homme est un animal, bien sûr,
 +
l'homme est fait avec des cellules, il a
 +
des organismes que l'on trouve partout
 +
ailleurs, il a des métabolismes que 1 'on
 +
trouve partout ailleurs et même dans
 +
l'organe dont il est le plus fier, le
 +
système nerveux central, ceux qui regardent
 +
de près, les neurophysiologistes,
 +
disent comme Jean-Pierre Changeux,
 +
dans son livre « L'homme neuronal »,
 +
que dans le cerveau humain on ne trouve
 +
aucune substance qui soit propre . à
 +
l'homme. Mais ce qu'il a de propre,
 +
l'homme, c'est qu'il a un système nerveux
 +
central d'une telle complexité, et
 +
c'est le mot-clé, d'une telle complexité, il
 +
a dépassé de tels seuils, qu'il est capable
 +
d'autostructuration à un point tel
 +
qu'aucun autre animal n'en est capable.
 +
Il est fait, bien sûr, au départ par tout ce
 +
que ses gènes lui ont appris à faire, il
 +
s'est mis en place peu à peu par ce que
 +
tous les autres hommes lui ont appris à
 +
faire, mais il vient un moment où il est
 +
capable de se fabriquer lui-même. Il est
 +
autocréateur. C'est ce que disait Pic de
 +
La Mirandole, c'est ce que dit le biologiste
 +
actuel.
 +
Autrement dit, l'homme est un animal
 +
mais ... et c'est de qui suit le mais - de
 +
même, je ne suis pas raciste, mais -
 +
c'est ce qui suit le mais qui est toujours
 +
intéressant. L'homme est un animal
 +
mais ... , et qu'est-ce qui suit le mais ?
 +
Eh ! bien, un animal, c'est un peu un
 +
acteur que l'on met sur la scène et il va
 +
jouer le rôle que lui impose son patrimoine
 +
génétique dans un décor que lui
 +
impose le milieu. Le petit d'homme, lui,
 +
est un auteur que l'on met dans la coulisse
 +
et si on lui en laisse la possibilité,
 +
c'est à lui d'écrire la pièce qu'il va jouer.
 +
Et ensuite il aura à la jouer dans un
 +
décor dont il est en partie le maître, en
 +
partie bien sûr seulement. ---....
 +
SÉANCE INAUGURALE 1
 +
Mais ce rôle est un rôle écrasant et nous
 +
ne sommes pas habitués à considérer que
 +
tout homme en est capable. Alors si l'on
 +
a cette vision de l'homme, comment
 +
peut-on insérer la question : quels sont
 +
les meilleurs et quels sont les moins
 +
bons ? Il y a ceux à qui on aura donné le
 +
droit d'écrire leur pièce et il y a ceux à
 +
qui on l'aura refusé. Et hélas ! nous,
 +
l'espèce humaine, nous, les terriens,
 +
nous nous sommes organisés, sans doute
 +
parce que nous n'avons pas encore eu le
 +
temps d'assez bien réfléchir à nousmêmes,
 +
nous nous sommes organisés
 +
pour être efficaces en niant cette réalité
 +
humaine, en niant que nous sommes
 +
tous une merveille si éblouissante que
 +
nous n'osons pas nous regarder en face.
 +
Nous l'avons nié en organisant des
 +
sociétés qui fonctionnent bien à condition
 +
d'avoir un pour cent de princes,
 +
ceux qui ont le droit d'écrire leur pièce,
 +
4 OJo de flics et 95 % d'esclaves ; et ça
 +
fonctionne.
 +
C'est comme ça qu'on a construit les
 +
Pyramides, c'est comme ça qu'on a
 +
construit l'Europe industrielle du 19•
 +
siècle, c'est efficace et c'est aussi comme
 +
ça que fonctionnent les pays qui pratiquent
 +
l'apartheid. Tant que ça dure,
 +
c'est pas mal, à condition de refuser
 +
d'être lucide sur l'homme. Est-ce qu'on
 +
ne pourrait pas enfin se dire : le vrai
 +
problème pour l'homme n'est pas de
 +
savoir qui est meilleur, qui est moins
 +
bon, la question ne peut pas avoir de
 +
sens. Elle est de se dire :regardons-nous
 +
en face. Tout petit d'homme a le potentiel
 +
de devenir un prince. Ce n'est pas
 +
facile, bien sûr. Peut-être au passage on
 +
va y perdre en efficacité, bien sûr. Mais
 +
le problème n'est pas là. Le problème est
 +
d'avoir confiance en nous-mêmes et le
 +
racisme, n'est-ce pas en fait une maladie
 +
infantile de l'humanité, c'est notre acnée
 +
juvénile. Alors sachons lutter contre,
 +
sachons qu'il faut regarder au-delà.
 +
Bien sûr, ce que je dis-là peut sembler
 +
trop loin des préoccupations quotidiennes.
 +
Ce n'est peut-être pas avec ça qu'on
 +
va lutter contre le racisme quotidien qui
 +
fait qu'on passe un« bougnoule »par la
 +
fenêtre pour se faire la main. Mais à
 +
long terme, est-ce que l'apport du scientifique,
 +
que j'étais chargé de vous donner
 +
ce matin, n'est pas celui-là ? De
 +
dire : à l'horizon il y a un peu plus de
 +
lucidité sur nous-mêmes et cette lucidité
 +
elle va nous coûter cher, elle va nous
 +
coûter le confort intellectuel que nous
 +
apporte la croyance en une hiérarchie
 +
entre les hommes. L'apport du scientifique,
 +
c'est de dire : tout essai de hiérarchie
 +
entre les hommes est contraire à
 +
l'apport de la science.
 +
Alors, essayons peu à peu de nous organiser
 +
pour faire que tout petit d'homme,
 +
et pas seulement les petits des princes
 +
que nous sommes, tout petit d'homme
 +
sur la terre ait un peu le droit d'écrire la
 +
pièce qu'il choisira de jouer. D
 +
Jean-Claude BONNEGRACE ••
 +
<< Jetez le masque du racisme >>
 +
Plus de lucidité, réclame le président du Groupement national
 +
des associations des originaires d'Outre-Mer (GNOM).
 +
P ourquoi, aujourd'hui, un originaire
 +
d'Outre-Mer s'adresse à
 +
vous ? Nous nous trouvons aujourd'hui
 +
à un carrefour. Nous nous
 +
sentons de plus en plus agressés. Si on ne
 +
vérifie rien, ni nos papiers ni quoi que ce
 +
'soit, le mot de passe que constitue notre
 +
peau est déjà significatif et constitue
 +
notre différence. Pour cette raison, nous
 +
avons commencé à réfléchir à ce problème.
 +
Le 16 juin 1983, nous avons tenu
 +
nos Assises nationales pour l'émigration,
 +
proposition contenue dans un rapport
 +
que dirigeait M. Lucas et auquel
 +
nous avons collaboré. Alors, il me vient
 +
à l'esprit aujourd'hui plusieurs questions
 +
qui, je l'espère, trouveront réponse
 +
au cours des débats qui vont suivre.
 +
Sur le plan de l'enseignement, durant les
 +
derniers recensements, je voyais sur un
 +
quartier, un groupe scolaire composé de
 +
85 %d'immigrés dont 15 % d'originaires
 +
d'outre-mer. Dans un rapport, on
 +
disait que le retard scolaire était dû à ce
 +
phénomène et je demanderai : un retard
 +
par rapport à qui et pas rapport à quoi ?
 +
L'enseignement est-il vraiment adapté
 +
dans ces circonstances ?
 +
La deuxième question qui me vient à
 +
l'esprit c'est la connaissance de l'Autre.
 +
Est-ce qu'il ne serait pas mieux, pour
 +
une meilleure harmonie, que chacun se
 +
connaisse et qu'il y ait des interpénétrations
 +
culturelles qui nous permettraient
 +
de mieux nous apprécier. A
 +
mon avis, je pense que cela faciliterait
 +
les rapports entre les différentes composantes
 +
des minorités. ·
 +
Une autre question, c'est celle de l'insertion
 +
professionnelle. Est-il normal
 +
qu'un emploi soit refusé à quelqu'un ou
 +
qu'on lui refuse une promotion par le
 +
simple fait qu'il soit Blanc ou Noir, qu'\1
 +
soit homme ou femme ? Là, nous devons
 +
méditer.
 +
Une autre question : c'est celle de la responsabilisation.
 +
Le fait de fermer nos
 +
barrières que constituent nos rites. Ne
 +
pourrait-on pas accepter des aides extérieures
 +
sans craindre d'être assistés ou
 +
dépersonnalisés, car n'y a-t-il pas un
 +
complexe quelque part ? Nous vivons
 +
dans une société où l'indifférence va
 +
grandissant. Si nous n'y prenons garde,
 +
nous ne serons plus écoutés et on ne
 +
pourra donc plus nous entendre. Que
 +
faisons-nous pour être entendus ?
 +
Participons-nous à une vie associative
 +
autre que nos propres associations ?
 +
Participons-nous à la vie des associations
 +
de locataires, aux associations
 +
municipales ? Là, n'avons-nous pas une
 +
part de responsabilité ? Soyons nombreux
 +
à prendre nos responsabilités si
 +
nous voulons vivre un jour en paix. Sur
 +
le plan culturel, pourra-t-on un jour
 +
bénéficier de l'espace nécessaire ? Prenons
 +
un exemple : la télé. Est-elle faite
 +
pour tous ? Nous donne-t-on notre
 +
chance pour nous e]{primer que ce soit
 +
les poètes, les écrivains, les auteurs, les
 +
chanteurs, qu'en est-il ?
 +
De temps en temps, un petit coin du
 +
voile est levé, ne devons-nous pas lutter
 +
pour permettre à ce voile de se lever définitivement
 +
et faire connaître notre patrimoine
 +
culturel ?
 +
La dernière question qui me vient à
 +
l'esprit, c'est la cohabitation. La cohabitation
 +
c'est fondamental ; d'abord, le
 +
logement qui permet d'avoir une sérénité
 +
d'esprit, ne doit-on pas l'offrir à
 +
n'importe qui ? Nous devons nous battre
 +
contre ces ghettoïsations et contre
 +
l'établissement de quotas qui sont situés
 +
dans chaque ville simplement parce que
 +
nous sommes Noirs ? Si toutes les structures
 +
définies auparavant trouvent une
 +
réponse, je crois fermement que la cohabitation
 +
est quelque chose de possible
 +
avec le concours de tous si nous arrivons
 +
un jour à jeter le masque du racisme qui
 +
nous enlaidit. D
 +
-------------------------------------------------------------1
 +
14
 +
z..: z
 +
gj
 +
J e tiens à saluer l'initiative du
 +
comité de préparation de cette
 +
campagne sur le thème « Vivre
 +
ensemble avec nos différences » dont ces
 +
• Assises nationales en cette enceinte
 +
internationale qui a valeur de symbole,
 +
sont le moment privilégié d'une mobilisation
 +
des consciences qui doit être permanente.
 +
Cet appel à une réflexion approfondie
 +
sur le caractère pluriculturel de notre
 +
société qui émane de mouvements de
 +
pensée les plus divers, d'associations, de
 +
syndicats, d'Eglises, de partis, porte en
 +
lui déjà le témoignage de notre pluralisme
 +
; il s'impose face à l'insidieuse
 +
banalisation de la xénophobie et du
 +
racisme.
 +
Notre collectivité, dont l'histoire et le
 +
présent sont traversés et constitués de
 +
courants migratoires qui en font sa
 +
richesse et sa diversité, ne sait pas tou-
 +
Georges
 +
LEMO lNE ••
 +
<< Condamner
 +
l'intolérance >>
 +
Message du secrétaire
 +
d'Etat auprès du
 +
ministre de l'Intérieur et
 +
de la décentralisation
 +
chargé des
 +
Départements et
 +
Territoires d'Outre-mer .
 +
jours accueillir celles et ceux qui sont
 +
porteurs d'une identité culturelle et de
 +
valeurs différentes.
 +
Ainsi doit-on déplorer dans la cité ces
 +
manifestations d'ignorance, ces incompréhensions,
 +
ces rejets, ces refus de
 +
l'autre, ces violences qui sont des signes
 +
de manifestations intolérables de l'intolérance
 +
à l'égard, en particulier, des
 +
populations migrantes ; il convient de
 +
les condamner avec la plus grande énergie.
 +
.J'attends
 +
beaucoup ...
 +
Eu égard à mes charges gouvernementales,
 +
mes pensées s'adressent également à
 +
nos compatriotes des départements et
 +
territoires d'outre-mer qui, dans la
 +
France hexagonale, sont trop souvént
 +
15
 +
confrontés à de semblables réactions ;
 +
elles vons aussi vers celles et ceux qui
 +
vivent outre-mer dans un tissu social
 +
pluriculturel qui n'est pas, hélas, non
 +
plus à l'abri des tensions intercommunautaires.
 +
Vivre ensemble dans le respect mutuel de
 +
nos spécificités, tels doivent être notre
 +
ethique, notre pratique individuelle, nos
 +
comportements collectifs au quotidien.
 +
Monsieur le Président, mesdames, messieurs,
 +
j'attends beaucoup de vos assises,
 +
de vos échanges d'expériences, des
 +
travaux de vos forums dont ma collègue,
 +
Georgina Dufoix, tirera les premières
 +
conclusions demain soir.
 +
Vos réflexions, vos propositions nous
 +
permettront d'avancer ensemble pour
 +
que la société française, fidèle à ses
 +
idéaux humanistes, vive au quotidien sa
 +
devise « liberté, égalité, fraternité ».
 +
SÉANCE INAUGURALE
 +
James O.C. JONAH ••
 +
« Un consensus moral contre
 +
le racisme >>
 +
Déclaration de .James o.c . ..Jonah, représentant spécial du
 +
. Secrétaire général
 +
des Nations Unies pour la coordination des activités de la
 +
deuxième Décennie de la lu.te
 +
contre le racisme et la discrimination raciale.
 +
C
 +
' est un grand honneur pour
 +
moi que de représenter le
 +
Secrétaire général à ces assises
 +
par lesquelles vous marquez la Journée
 +
internationale pour l'élimination de la
 +
discrimination raciale. Comme vous le
 +
savez, le Secrétaire général attache la
 +
plus grande importance à tous les efforts
 +
visant à éliminer le racisme, la discrimination
 +
raciale et l'apartheid. C'est la raison
 +
pour laquelle il est convaincu qu'il
 +
doit être représenté à vos réunions.
 +
Avant de vous donner lecture du message
 +
du Secrétaire général, permettezmoi
 +
d'évoquer en quelques mots la
 +
deuxième Conférence mondiale de la
 +
lutte contre le racisme et la discrimination
 +
raciale, qui s'est tenue à Genève en
 +
août 1983. Alors que beaucoup de pessimistes
 +
s'étaient demandé si la Conférence
 +
se tiendrait ou non, elle a bel et
 +
bien eu lieu, et a réuni un très grand
 +
nombre de participants : 128 Etats
 +
Membres, ainsi que des observateurs
 +
16
 +
d'institutions spécialisées, d'organisations
 +
non gouvernementales et aussi de.
 +
la SWAPO, de l' African National
 +
Congress (ANC) et du Pan Africanist
 +
Congress (PAC). Dans un esprit
 +
d'accommodement et de bonne entente,
 +
toutes les délégations ont coopéré en vue
 +
d'assurer le succès de la Conférence. Je
 +
sais que certains organes d'information
 +
ont fait état des divergences de vues
 +
entre les participants sur plusieurs questions.
 +
Mais ces désaccords sont négligeables
 +
quand on se souvient de l'issue
 +
fâcheuse de la première Conférence
 +
mondiale de la lutte contre le racisme et
 +
la discrimination raciale, qui s'était également
 +
réunie à Genève en 1978.
 +
L'un des résultats durables de la
 +
deuxième Conférence sera peut-être le
 +
rétablissement d'un consensus mondial
 +
au sujet de la lutte contre le racisme et la
 +
discrimination raciale. ·En outre, il y a
 +
tout lieu de se féliciter du fait que, malgré
 +
les sérieuses réserves exprimées par
 +
plusieurs pays occidentaux au sujet de
 +
certaines dispositions, le Programme
 +
d'action a été adopté sans opposition.
 +
Par ce programme d'action, la Conférence
 +
a réaffirmé la volonté concertée
 +
des Etats Membres de lutter, partout où
 +
elles existent, contre les pratiques et
 +
politiques qui poussent au racisme et à la
 +
discrimination raciale. Bien entendu,
 +
une attention particulière a été accordée
 +
à cette forme extrême du racisme qu'institutionnalise
 +
la politique d'apartheid en
 +
Afrique du Sud. En outre, le Programme
 +
d'action énonce des moyens
 +
concrets de lutte contre les attitudes et
 +
pratiques racistes par le biais de la politique
 +
d'éducation et du système judiciaire
 +
national, et en utilisant les médias avec
 +
un sens plus aigu de leurs responsabilités.
 +
Si les participants ne sont pas parvenus à
 +
un consensus politique total sur la
 +
Déclaration et le Programme d'action,
 +
un net « consensus moral » s'est néanmoins
 +
dégagé contre l'apartheid et toutes
 +
les formes de discrimination raciale.
 +
De ce fait, et grâce aussi aux efforts de
 +
conciliation déployés durant la Conférence,
 +
le terrain a été préparé et l' Assemblée
 +
générale à sa trente-huitième session
 +
a pu aboutir à un consensus politique au
 +
sujet de la deuxième Décennie de la lutte
 +
contre le racisme et la discrimination
 +
raciale. Sa résolution 38/14, proclamant
 +
fa deuxième Décennie, a été adoptée par
 +
consensus et la Décennie a commencé le
 +
10 décembre 1983.
 +
Promouvoir
 +
l'harmonie
 +
Ce qu'il faut assurer d'urgence maintenant,
 +
c'est que ceux qui, pour une raison
 +
ou une autre, n'ont pas coopéré pleinement
 +
au Programme d'action de la première
 +
Décennie s'engagent à nouveau
 +
dans la lutte mondiale contre le racisme,
 +
la discrimination raciale et l'apartheid.
 +
Il faudra accorder une attention particulière
 +
à l'application de chacune des dispositions
 +
du Programme d'action pour
 +
la deuxième Décennie. Seul un effort
 +
concerté de toute la communauté mondiale
 +
permettra d'atteindre les objectifs
 +
. de la Décennie. Dans cette perspective, il
 +
est important qu'une action gouvernementale
 +
soit entreprise en coopération
 +
avec l'action résolue des particuliers et
 +
des groupes. Il ressort clairement du
 +
Programme d'action qu'une large participation
 +
de différents éléments de la
 +
société sera nécessaire pour abolir toutes
 +
les formes de racisme.
 +
La deuxième Conférence mondiale de la
 +
lutte contre le racisme et la discrimination
 +
raciale a reconnu que les gouvernements
 +
et les entités non gouvernementales
 +
ont pour responsabilité permanente
 +
de promouvoir l'harmonie entre les
 +
communautés d'une même nation ainsi
 +
que l'opposition des pays du monde
 +
entier à l'apartheid.
 +
Je vais maintenant vous donner lecture
 +
du message de Secrétaire général des
 +
Nations-Unies :
 +
« La Journée internationale pour l'élimination
 +
de la discrimiRation raciale,
 +
que nous célébrons chaque année, nous
 +
rappelle à tous l'importance et l'urgence
 +
de l'effort visant à extirper les maux du
 +
racisme et de la discrimination raciale de
 +
toutes les sociétés du globe.
 +
« La communauté
 +
internationale a la
 +
responsabilité de
 +
contribuer à faire· régner
 +
l'égalité raciale en
 +
Afrique du Sud »
 +
Il n'est pour ainsi dire aucun pays au
 +
monde qui ne soit caractérisé par la
 +
diversité ethnique ou raciale. Ce pluralisme
 +
devrait être source de richesse et
 +
non de conflit. Pourtant, nous sommes
 +
réunis aujourd'hui pour commémorer
 +
ceux qui ont donné leur vie à Sharpville,
 +
le 21 mars 1960. Ils l'ont fait pour défendre
 +
leurs droits fondamentaux et inaliénables
 +
et pour défier l'apartheid. En leur
 +
rendant hommage aujourd'hui, nous
 +
devons renouveler notre engagement de
 +
défendre la cause pour laquelle ils ont
 +
consenti le sacrifice suprême.
 +
Jamais l'Organisation des Nations Unies
 +
ne se prononce plus clairement que
 +
lorsqu'elle condamne toutes les formes
 +
de discrimination raciale, qui constituent
 +
des violations graves de la Déclaration
 +
universelle des droits de l'homme et
 +
de tous les autres instruments pertinents,
 +
notamment des Pactes internationaux
 +
relatifs aux droits de l'homme et de la
 +
Convention internationale sur l'élimination
 +
de toutes les formes de discrimination
 +
raciale. Elle a proclamé à maintes
 +
reprises que les discriminations fondées
 +
sur la race, le sexe, la langue ou la religion,
 +
sont un outrage aux buts et aux
 +
principes de la Charte des Nations
 +
Unies. Pleinement conscients des consé-
 +
17
 +
quences désastreuses de la discrimination
 +
raciale et de ses effets sur la paix
 +
internationale, les rédacteurs de la
 +
Charte ont considéré qu'il était essentiel
 +
de promouvoir et d'encourager le respect
 +
des libertés fondamentales et de la
 +
dignité de l'homme qui sont les éléments
 +
centraux de l'ordre que l'Organisation
 +
des Nations Unies avait pour objet de
 +
créer. La discrimination raciale est la
 +
négation de toutes les valeurs humaines
 +
et elle va directement à l'encontre de
 +
l'esprit de notre époque.
 +
Un gain infini
 +
Nulle part cela n'est plus évident qu'en
 +
Afrique du Sud où la discrimination
 +
raciale est institutionnalisée dans la pratique
 +
de l'apartheid, un système qui est
 +
source de souffrances indicibles et constitue
 +
une cause chronique de tensions et
 +
de conflits. Tant le Conseil de Sécurité
 +
que l'Assemblée générale ont à maintes
 +
reprises demandé au gouvernement sudafricain
 +
de renoncer à ce régime et
 +
d'adopter des mesures en vue d'instaurer
 +
l'harmonie raciale fondée sur l'égalité.
 +
La légitimité des aspirations du peuple
 +
d'Afrique du Sud et de son opposition
 +
à la discrimination raciale a été pleinement
 +
reconnue par l'Organisation des
 +
Nations Unies. De plus, il ressort des
 +
résolutions du Conseil de Sécurité et de
 +
l'Assemblée générale que la communauté
 +
internationale à la responsabilité
 +
particulière de contribuer à faire régner
 +
l'égalité raciale en Afrique du Sud
 +
comme partout ailleurs.
 +
Il ne fait aucun doute que l'Afrique du
 +
Sud aurait infiniment à gagner à ce que
 +
son gouvernement entame des consultations
 +
avec les représentants de l'ensemble
 +
de la population, en vue de créer,
 +
dans le pays, une société démocratique
 +
qui ne soit pas fondée sur des critères
 +
raciaux. La célébration de la Journée
 +
internationale devrait constituer un
 +
renouvellement des appels lancés à cette
 +
fin par l'Organisation des Nations
 +
Unies.
 +
Lutter contre la discrimination raciale,
 +
c'est lutter pour la dignité de l'homme et
 +
pour la justice dans le monde. C'est
 +
pourquoi je voudrais, en ce jour, inviter
 +
tous les gouvernements qui ne l'ont pas
 +
encore fait, à ratifier sur le champ la
 +
Convention internationale sur l'élimination
 +
de toutes les formes de discrimination
 +
raciale, et à participer activement
 +
au processus de coopération établi par
 +
cet instrument.
 +
En conclusion, je tiens à féliciter chaleureusement
 +
le Comité spécial contre
 +
l'apartheid de ses efforts inlassables,
 +
qu'il continuera, je n'en doute pas, à
 +
mettre au service de l'important mandat
 +
qui lui a été confié par 1 'Assemblée générale.
 +
»
 +
SÉANCE INAUGURALE
 +
. Farida BELGHOUL :
 +
<< Le ·droit à la différence :
 +
une forme voilée de l'exclusion >>
 +
cc ..Je suis une femme comme les autres ! n Intervention
 +
remarquée que celle de Farida Belghoul, jeune réalisatrice de
 +
cinéma.
 +
ivre ensemble avec nos V différences. Ce slogan a, c'est
 +
le moins qu'on puisse dire, de
 +
bonnes intentions. Une fois de plus
 +
l'occasion m'est offerte de réfléchir sur
 +
ma différence. Mon parcours personnel
 +
a voulu que lorsque j'étais enfant,
 +
lorsque j'étais étudiante, je n'étais pas
 +
mêlée à des enfants d'immigrés comme
 +
moi. Je me sentais effectivement différente,
 +
voire même étrangère. Pourtant,
 +
je ne me suis jamais autrement
 +
perçue, avec ma différence, que comme
 +
une enfant comme les autres, une adolescente
 +
comme les autres, une étudiante
 +
comme les autres. De la même façon
 +
qu'aujourd'hui, je ne me ressens pas
 +
autrement que comme une femme comme
 +
les autres. Je dis que je suis une
 +
femme comme les autres. Alors que signifie
 +
ce discours social qui m'apprend
 +
que j'ai le droit d'être différente ? J'ai
 +
donc ainsi le droit d'être différente ...
 +
Qu'on me permette donc de m'interroger
 +
sur un tel droit. Je suis différente par
 +
rapport à qui ? Par rapport à quoi ?
 +
Facteur d'Isolement
 +
Cette interrogation contient et dévoile
 +
l'existence d'un référent. Ce référent ne
 +
peut être rien d'autre, que le modèle
 +
dominant. Par rapport à ce modèle et en
 +
vertu de ce ,droit, me voilà contrainte de
 +
montrer ma différence, d'accepter d'être
 +
dominée. Car c'est toujours le dominé
 +
qui doit montrer sa différence. Alors
 +
que le dominant est le normal, c'est le
 +
dominé qu'on désigne comme différent.
 +
La définition et, donc, l'usage du droit à
 +
la différence appartiennent au dominant.
 +
C'est lui qui décide en quoi va
 +
consister la différence de l'handicapé, de
 +
la femme, de l'étranger ...
 +
18
 +
J'entends d'ici certains me dire que ce
 +
droit à la différence est revendiqué par
 +
des immigrés eux-mêmes. Effectivement,
 +
la plupart du temps, c'est pour
 +
s'opposer aux tentatives assimilationnistes
 +
de la France que nous
 +
connaissons tous. Processus que nous
 +
refusons. Viennent se cogner l'intolérance,
 +
le mépris et l'esprit de ségrégation.
 +
On se dit que ce mot d'ordr~
 +
vient égayer le triste consensus qm
 +
entoure le modèle dominant. Qu'il va
 +
contre l'uniformité. Qu'il assouplit la
 +
rigidité du moule social dans lequel on
 +
veut tous nous coïncer, dans lequel la
 +
plupart des gens sont prisonniers. C'est
 +
là que le bât blesse. La reconnaissance
 +
de la différence ne va pas, le plus
 +
souvent, jusqu'à la remise en cause
 +
profonde du modèle dominant. On
 +
accepte simplement que dans certaines
 +
conditions, quelques-uns se situent un
 +
peu, un tout petit peu en dehors de la
 +
norme.
 +
Après tout, ces quelques-uns apportent
 +
une différence, cette irrégularité sociale,
 +
et l'harmonie de l'ensemble se révèle aux
 +
yeux du plus grand nombre.
 +
Dans la crise des valeurs que nous
 +
traversons, révéler au plus grand
 +
nombre l'harmonie de l'ensemble est
 +
une tâche urgente, pour détourner toÙte
 +
velléité de remise en cause. La nouvelle
 +
droite affirme que les groupes sociaux
 +
sont différents et qu'il ne faut pas
 +
toucher à cette différence. L'Algérien
 +
n'est pas le Français, le Portugais n'est
 +
pas l'Italien, le Grec n'est pas le Turc.
 +
etc. Chacun a le droit de vivre avec ses
 +
moeurs, sa religion sans songer à se
 +
dissoudre dans l'uniformité qui fait
 +
perdre à l'humanité toutes ses richesses.
 +
Il y a des différences concrètes, et que
 +
l'on connaît déjà, à ce discours. C'est le
 +
chacun chez soi. Les Français chez eux.
 +
Les Algériens chez eux. Les Portugais
 +
chez eux. Et si par malheur, un Portugais,
 +
un Malien, un Algérien arrivent
 +
en France, il faut faire en sorte que leur
 +
différence soit préservée. Autrement dit
 +
qu'ils ne contaminent pas la société
 +
française. Ainsi le droit à la différence
 +
est une concession faite par la majorité à
 +
certaines minorités, à condition que les
 +
rapports hiérarchiques soient maintenus
 +
; que cela ne gêne en rien l'exercice
 +
de l'autorité des dominants. Les étrangers
 +
peuvent, à la limite, faire tout ce
 +
qu'ils veulent, et même recevoir des
 +
subventions pour cela, à condition
 +
toujours de ne pas troubler le sacra-saint
 +
ordre public. Les fêtes spontanées telles
 +
que les mariages et les fêtes religieuses
 +
des immigrés ne sont pas tolérées par
 +
l'environnement ; alors que les fêtes
 +
folkloriques, bien encadrées par les
 +
autorités municipales seront considérées
 +
comme des manifestations réussies du
 +
droit à la différence.
 +
Un modèle imposé
 +
Le droit à la différence n'aboutit jamais
 +
à l'égalité. J'ai conscience d'aborder,
 +
ici, un raisonnement qui risque de
 +
surprendre, mais je maintiens que le
 +
droit à la différence est, peut-être, une
 +
forme voilée de l'exclusion. Car, finalement,
 +
octroyer aux étrangers le droit
 +
de n'être pas comme les autres, revient
 +
qu'on le veuille ou non, à les empêcher
 +
de prendre part, à égalité avec les
 +
Français, à une vie sociale et politique
 +
démocratique. On a l'habitude
 +
d'entendre dans la 'bouche de certains
 +
Français que leurs besoins à eux ne
 +
correspondent pas forcément à ceux
 +
d'autres ethnies. Lors d'un voyage en
 +
Côte d'Ivoire, des coopérants français
 +
ont tenté de m'expliquer que les Noirs ne
 +
vivaient pas les choses comme nous. La
 +
chaleur, ou la mort de leurs enfants,
 +
étaient supportables pour eux sous
 +
prétexte qu'ils en ont l'habitude. De
 +
même, les immigrés qui n'auraient
 +
connu chez eux qu'un infâme gourbi,
 +
une galette et quelques figues, se
 +
satisferaient donc de mauvaises
 +
conditions de vie.
 +
Le droit à la différence connaît d'ores et
 +
déjà en France des applications
 +
concrètes. Parce qu'ils ne sentent pas
 +
comme les Français, l'assassinat de leurs
 +
enfants leur seraient moins douloureux.
 +
La libération systématique de tous ceux
 +
qui durant l'été 1983, usèrent du 22long
 +
rifle, ne suscita aucune réaction de
 +
protestation au sein de la société
 +
française. Dans le même temps, en vertu
 +
sans doute de ce fameux droit à la
 +
différence, sont incarcérés en préventive
 +
durant des mois et des mois pour fait de
 +
délinquance mineure des jeu nes
 +
immigrés.
 +
« La focalisation
 +
sur les différences
 +
aboutit
 +
à la ségrégation»
 +
Parce qu'ils n'ont pas les mêmes besoins
 +
que les Français, ils se contenteront
 +
d'une cité de transit, qui en comparaison
 +
d'un gourbi, sera considéré comme un
 +
hôtel de quatre étoiles. Contrairement à
 +
ce qu'il est coutumier de croire, la
 +
société dans laquelle nous vivons, reconnaît
 +
la différence, elle la reconnaît au
 +
point d'imposer des justices différentes,
 +
des conditions de vie différentes ... et
 +
perpétue ainsi l'ordre établi.
 +
La focalisation sur les différences aboutit
 +
à la ségrégation. Le racisme, finalement,
 +
est moins le refus des différences,
 +
que la création d'opposition entre les
 +
hommes, à partir de différences culturelles
 +
qui, aussi importantes soient-elles,
 +
n'ont en aucun cas, à devenir facteur de
 +
ségrégation.
 +
Loin de moi l'idée de croire, ou de faire
 +
croire, que tous les êtres humains et tous
 +
les groupes sociaux sont identiques. Il ne
 +
s'agit pas de sous-estimer, dans la vie
 +
quotidienne de chacun, la place importante
 +
que prennent les différences de
 +
comportements. Mais ces comportements
 +
n'ont pas vocation à isoler les
 +
groupes les uns des autres.
 +
Ces différences ne sauraient empêcher
 +
une communication sur la base de nos
 +
ressemblances. Communication authentique,
 +
que permettent nos ressemblances
 +
au-delà de tout particularisme ethnique.
 +
19
 +
Il y a en chacun de nous une dimension
 +
universelle qui permet à une mère
 +
indienne de comprendre la souffrance
 +
d'une mère française qui vient de perdre
 +
son enfant. Cette dimension universelle
 +
n'apparaît pas dans la seule évocation de
 +
la différence. La différence repose sur
 +
l'idée, qu'entre deux ou plusieurs individus,
 +
qu'entre deux ou plusieurs communautés,
 +
les oppositions l'emportent sur
 +
les ressemblances. Elle crée des clivages,
 +
tranche entre les groupes qui ne peuvent
 +
plus ensuite se rejoindre. Les oppositions
 +
sont figées, de sorte que, elle élimine
 +
tout ce qui pourrait évoquer la ressemblance.
 +
Le plus souvent, plus la ressemblance
 +
est évidente, plus on durcit
 +
les oppositions.
 +
Faut-il croire que les conséquences
 +
concrètes de la ressemblance dérangent
 +
et bouleversent l'ordre établi ? Le mouvement
 +
syndical en France ne s'y était
 +
pas trompé lorsque s'adressant aux travailleurs
 +
à une époque, il affirmait :
 +
« Même patron, même combat ! ».
 +
Le droit à la différence est un mauvais
 +
débat.
 +
Interrogeons-nous plutôt, à propos d'un
 +
modèle qu'on nous impose et qui refuse
 +
obstinément d'inclure en lui la diversité.
 +
Refus réitéré maintes fois. Les politiques
 +
culturelles successives n'ont concédé que
 +
des expressions partielles qui réduisent
 +
l'immigré à un chanteur consommateur
 +
de couscous. Déguiser les immigrés
 +
comme le fait l'émission « Mosaïque »,
 +
par exemple, avec des costumes impossibles
 +
à porter au travail, les faire monter
 +
sur une tribune, n'a jamais contribué à
 +
changer le statut des travailleurs immigrés
 +
et de leurs familles dans la société
 +
française.
 +
Ce type de politique culturelle appréhendé
 +
sous l'aspect de la folklorisation
 +
contribue à expulser hors de la réalité
 +
politique, économique et sociale, des
 +
individus qui vivent ici, auprès des Français,
 +
à peu près dans les mêmes conditions
 +
que beaucoup d'entre eux. On
 +
mystifie l'opinion publique française
 +
lorsqu'on empêche les immigrés d'exprimer
 +
la totalité de leur culture. On fait
 +
croire aux Français à l'étrangeté de ces
 +
immigrés et donc à l'étrangeté de leurs
 +
revendications, et pourtant, qui pourrait
 +
soutenir que leurs luttes pour la justice
 +
et la dignité ne concerne pas les immigrés?
 +
Dès lors que les immigrés expriment la
 +
totalité de leur culture, totalité qui
 +
englobe leurs luttes et leurs revendications,
 +
ils ne sont plus des différents,
 +
mais ils apportent à la société leur contribution
 +
propre à la construction de
 +
l'ensemble.
 +
C'est pourquoi je n'ai pas revendiqué et
 +
je ne revendique pas un quelconque
 +
(suite page 74)
 +
-Sondage-
 +
Insertion des immigrés
 +
l'opinion des Français.
 +
••
 +
Quelques chiffres étonnants qui révèlent une
 +
méconnaissance des Français à l'égard des étrangers
 +
et remettent en question la notion de cc seuil de
 +
tolérance ~~.
 +
A u moment de reprendre plus en
 +
détail (1) l'analyse des résultats
 +
du sondage effectué par le
 +
MRAP et la SOFRES en janvier dernier,
 +
la perc~e politique d'une opinion nettement
 +
xénophobe (2) aux dernières élections
 +
fait qu'on se demande sur quoi
 +
insister : les aspects négatifs qui témoignent
 +
d'une réticence à l'acceptation des
 +
immigrés, ou les bases positives d'ouverture
 +
sur lesquelles une action peut
 +
s'appuyer.
 +
Les faits sont là, bien sûr, et il ne s'agit
 +
ni de les taire, ni de les travestir, mais ils
 +
comportent bien ces deux tendances,
 +
inégalement réparties selon les groupes
 +
sociaux, les classes d'âge, les situations
 +
et les opinions politiques.
 +
C'est d'ailleurs dans ces variations des
 +
opinions que réside souvent l'un des
 +
intérêts majeurs d'un sondage, masqué
 +
par la publication des seules moyennes
 +
nationales qui n'indiquent guère les
 +
points sur lesquels l'opinion est approximativement
 +
unanime, et ceux sur lesquels,
 +
au contraire, elle s'avère nettement
 +
divisée. Faute de place, nous som~
 +
mes ici réduits à ne publier que ce.s
 +
mêmes moyennes nationales. C'est donc
 +
dans ce commentaire que l'on trouvera
 +
quelques points de repère pour l'analyse
 +
des éléments qui font varier de manière
 +
significative les opinions à l'égard des
 +
immigrés.
 +
Les facteurs de
 +
variations
 +
Beaucoup d'entr'eux ont un rapport
 +
direct avec l'opinion, rapport qui se
 +
retrouve sensiblement pour chaque
 +
question.
 +
C'est donc pour ne pas avoir à répéter
 +
tout au long de cet article le sens de la
 +
relation entre ces facteurs de. variation et
 +
les opinions exprimées que j'aborde
 +
d'emblée ceux qui sont les plus significativement
 +
liés au sens général de l'attitude
 +
à l'égard de l'insertion des immigrés en
 +
France, attitude dont nous verrons
 +
ensuite le détail.
 +
Nous avons demandé aux interrogés de
 +
se situer sur un axe extrêmegauche/
 +
extrême droite, en passant par
 +
droite, centre et gauche. Ont été rassemblés
 +
dans un « marais » hétérogène ceux
 +
que la politique n'intéresse guère ou qui
 +
refusent expressément de se positionner
 +
sur cet axe.
 +
L'opinion politique personnelle est toujours
 +
fortement liée à l'opinion à l'égard
 +
de l'insertion des immigrés, même si le
 +
niveau d'information reste partout très
 +
faible. L'opposition est évidemment très
 +
tranchée entre l'extrême-droite et
 +
l'extrême gauche. Elle l'est souvent,
 +
aussi, entre la gauche et la droite, encore
 +
que, de ce point de vue, le centre et le
 +
« marais » soient parfois plus restrictifs
 +
envers les immigrés que la droite.
 +
Le niveau d'instruction
 +
Ce sondage n'apporte rien de nouveau
 +
sur ce plan, puisq_u 'il confirme que plus
 +
on est instruit, plus on accepte de répondre
 +
aux questions posées (ce qui se révèle
 +
quel que soit. le thème du sondage), et
 +
plus on est ouvert aux immigrés. La rupture
 +
se situe, selon les thèmes, entre les
 +
niveaux d'instruction primaire et secondaire,
 +
ou entre le secondaire et ·le supérieur.
 +
On relève une position globalement
 +
assez réticente à l'intégration des
 +
immigrés chez les répondants qui possèdent
 +
une instruction technique ou commerciale.
 +
La catégorie socio-professionnelle
 +
Celle-ci est partiellement liée au niveau
 +
d'instruction. Malheureusement, notre
 +
échantillon ne nous permettait pas de
 +
20
 +
différencier entre les cadres supérieurs,
 +
les professions libérales, les patrons de
 +
l'industrie et les gros commerçants, et il
 +
n'est pas dit que leur ouverture générale
 +
à l'insertion des immigrés soit parfaitement
 +
homogène pour chaque sousgroupe
 +
de cet ensemble. Il faut rappeler,
 +
sans rien retirer au sens de leur attitude
 +
globale, qu'il s'agit pour une bonne part
 +
de gens qui ne connaissent pas la concurrence,
 +
réelle ou supposée, avec des
 +
immigrés, m dans l'emploi, ni dans
 +
l'habitat, ni dans la scolarisation de
 +
leurs enfants. Compte-tenu de leur formation,
 +
ils expriment plus facilement
 +
que d'autres une position purement
 +
idéologique qui donne d'eux une image
 +
valorisante de tolérance. Ils sont tout de
 +
même 14 o/o à avoir voté, le 17 juin,
 +
pour le Front National. (3).
 +
Ce sont les agriculteurs et les salariés
 +
agricoles qui manifestent le plus de fermeture
 +
au niveau de l'opinion générale,
 +
bien qu'ils ne soient que 8 % à avoir
 +
voté pour l'extrême-droite. Les ouvriers
 +
sont situés en position proche des
 +
moyennes nationales, tandis que les
 +
cadres moyens, et, dans une moindre
 +
mesure, les employés, sont globalement
 +
ouverts à l'insertion des immigrés, plus
 +
même, pour certaines questions, que les
 +
couches supérieures.
 +
L'âge et le sexe
 +
Dans l'ensemble, plus on est jeune, plus
 +
on est ouvert à l'immigration. Ce sont
 +
les 50-64 ans qui sont les plus restrictifs,
 +
les plus âgés refusant souvent de répondre.
 +
Malgré une fréquence plus élevée de
 +
refus de réponse aux questions posées,
 +
les femmes apparaissent toujours
 +
comme plus ouvertes et plus tolérantes
 +
que les hommes.
 +
Le degré de « proximité » avec les immigrés
 +
(voir encadré)
 +
Ce sont ceux qui comptent au moins un
 +
étranger ou un naturalisé dans leur
 +
famille ou leur belle famille (1/3 des personnes
 +
interrogées), ceux dont nous
 +
disons qu'ils vivent en« proximité familiale
 +
» avec des immigrés, qui sont les
 +
plus favorables à leur intégration dans la
 +
vie sociale.
 +
·Ceux qui connaissent une « proximité
 +
relationnelle », qui ont des immigrés
 +
parmi leurs amis (46 % de l'échantillon)
 +
ou leurs compagnons de loisirs ou de vie
 +
associative (28 %), révèlent une position
 +
ambivalente. Par rapport aux moyennes
 +
nationales, ils sont particulièrement
 +
favorables à ce que les Français fassent
 +
un effort pour mieux accepter les immigrés,
 +
ils seraient très peu gênés par le fait
 +
d'être sous les ordres d'un supérieur hiérarchique
 +
immigré, et ils souhaitent plus
 +
que les autres que le surplus résultant de
 +
la différence entre les cotisations sociales
 +
versées par les immigrés et les prestations
 +
qu'ils touchent serve à la coopération
 +
et l'aide au développement. En
 +
même temps, ils adoptent, toujours
 +
comparativement aux moyennes nationales,
 +
une position plus strictement légaliste
 +
à l'égard du droit de vote des immigrés
 +
aux élections municipales (qu'ils
 +
soumettent à l'obligation de naturalisation),
 +
ils sont plus restrictifs quant à
 +
l'égalité des droits à la pr'omotion professionnelle
 +
des immigrés et des Français,
 +
et sur la poursuite en justice du
 +
racisme, et ils jugent plus souvent qu'il y
 +
a trop d'immigrés en France.
 +
Ce sont ceux qui vivent en « proximité
 +
non choisie »(voisins et compagnons de
 +
travail ; respectivement 44 et 26 % des
 +
personnes interrogées) qui s'avèrent globalement
 +
les plus réticents à l'acceptation
 +
des immigrés, même si, pour certaines
 +
questions, ils cèdent cette dernière
 +
place à ceux qui ne fréquentent aucun
 +
immigré(« non proximité»).
 +
La catégorie de logement
 +
Contrairement à une idée reçue, favori sée
 +
par la relation, dans la presse, d'incidents
 +
plus ou moins dramatiques survenus
 +
dans les grands ensembles, l'opinion
 +
la plus ouverte à l'insertion des immigrés
 +
se trouve chez les habitants des logements
 +
collectifs, et particulièrement chez
 +
ceux qui vivent dans l'habitat social.
 +
Viennent ensuite, donc, ceux qui logent
 +
dans des immeubles collectifs privés,
 +
puis ceux qui habitent des maisons individuelles.
 +
Il convient d'y insister : l'effet de grossissement
 +
produit par les drames que
 +
nous avons connus, et par un discours
 +
médiatique facilement catastrophiste,
 +
masquent une réalité d'une banale simplicité
 +
: ce n'est que là où vivent ensemble
 +
des Français et des immigrés qu'il
 +
peut y avoir des heurts entre eux, et que
 +
peut s'exercer concrètement l'intolérance
 +
des uns à l'égard des autres. Il ne
 +
faut ni les masquer, ni en sous-estimer la
 +
gravité. Mais il faut dire, et répèter, que
 +
la cohabitation n'a pas par elle même un
 +
effet positif ou négatif sur les relations.
 +
La cohabitation « sans problème » est,
 +
globalement, la plus fréquente, même si,
 +
à l'observation sociologique fine, elle
 +
révèle un enchevètrement d'équilibres
 +
instables, qui ne s'instaurent pas seulement,
 +
loin s'en faut, entre immigrés et
 +
Français (4). Les groupes de sexe, d'âge,
 +
les trajectoires résidentielles, les catégories
 +
socio-professionnelles, y tiennent
 +
des rôles souvent déterminants, que
 +
cache la cristallisation sur les relations
 +
inter-ethniques, ou prétendues telles.
 +
Pouvez-vous m'indiquer approximativement
 +
la proportion d'immigrés et de naturalisés
 +
dans la population française ?
 +
- Moips de 4 OJo • ••• 0 •• • • 0 2
 +
} 14
 +
- 4à6% • • •••• 0 • • • • ••• • 12
 +
-7à10% •• • • • • • 0 • • ••• 0 25
 +
- 11 à 13 % •• 0 •• • • ••• 0 •• 12
 +
- 14 à 16 % . .. . ........ . 11 J
 +
42
 +
- 17 à 18% .. .. .. .. . . . . . 7
 +
- Plus de 18%.... .. .. . . . 12
 +
Ne sait pas .. .. .. . . .. . 19
 +
100%
 +
Aux personnes n'ayant pas cité le taux de 7 à
 +
10 %, il a été précisé : « En fait, il y a actuellement
 +
7 à 8 % d'immigrés dans la population
 +
française, et JO % si l'on compte aussi
 +
les naturalisés ».
 +
Diriez-vous que cette proportion d'immigrés
 +
et de naturalisés au sein de la population
 +
française est plutôt ...
 +
.. . trop faible . . . . . . . . . . . . . 2
 +
... trop forte. . . . . . . . . . . . . . 58
 +
... ce n'est pas un problème . 33
 +
- Ne sait pas . . . . . . . . . . . . . 7
 +
100%
 +
21
 +
Le MRAP et la SOFRES ont, pour
 +
l'élaboration de ce sondage, travaillé ensemble.
 +
Cela a permis de tester quelques hypothèses
 +
nouvelles issues de la recherche sociologique
 +
sur les relations Français-immigrés. Cela a
 +
permis, aussi, que des croisements inhabituels
 +
soient effectués. C'est ainsi que l'on a choisi
 +
de retenir, pour les facteurs de variation des
 +
opinions, le type de logement occupé, et la
 +
proportion d'immigrés dans la commune de
 +
résidence. Enfin, un critère de « proximité » a
 +
été construit. Il est assez complexe, mais
 +
permet de distinguer les réponses des personnes
 +
interrogées selon les relations qu'elles
 +
entretiennent avec des étrangers et des
 +
naturalisés : celles qui n'en comptent aucun, ni
 +
dans leur famille, ni parmi leurs amis, ni dans
 +
leur entourage résidentiel ou professionnel
 +
(« sans proximité ») ; celles qui ont des amis
 +
ou compagnons de loisir parmi eux
 +
(«proximité relationnelle») ; celles qui en
 +
comptent dans leur famille ou leur belle famille
 +
(«proximité familiale»), et celles qui n'en ont
 +
que parmi leurs voisins ou compagnons de
 +
travail («proximité non choisie »).
 +
Chacun de ces critères, absents des autres
 +
sondages de presse, s'avère pertinent et
 +
significatif.
 +
A votre a,vis, cette proportion de 7 à 10 %
 +
est-elle supérieure, inférieure, ou équivalente
 +
à la proportion d'étrangers qu'il y avait en
 +
France dans les années 30 ?
 +
- Supérieure . . . . . . . . . . . . . 69
 +
- Inférieure . .. . .. . .. .. .. 11
 +
- Equivalente . . . . . . . . . . . . 9
 +
- Ne sait pas. . .. . .... 11
 +
100%
 +
Aux personnes n'ayant pas répondu « équivalente
 +
», on a précisé:« En fait, c'est à peu
 +
près la même que dans les années 30. »
 +
Avec laquelle de ces deux opinions êtes-vous
 +
le plus d'accord ?
 +
- La plupart de ces communautés
 +
qui vivent en France
 +
pourront bien être intégrées
 +
dans la société française. C'est
 +
une question de temps. . . . . . . . . 43
 +
- La plupart de ces communautés
 +
ne pourront pas être intégrées
 +
dans la société française
 +
car elles sont trop différentes . . . 49
 +
- Sans opinion . . . . . . . . . . . . . . 8
 +
100%
 +
Y -a-t-il des étrangers ou des naturalisés dans
 +
votre. famille, y compris parmi vos grandsparents
 +
ou votre belle famille ?
 +
- Oui, dans ma famille . . . . . . . 24
 +
-Oui, dans ma belle
 +
famille.............. . ... . 9
 +
- Oui, dans les deux . . . . . . . . . 3
 +
-Non............. . . . ..... 63
 +
- Ne veut pas dire ...... .
 +
100 OJo
 +
La densité d'immigrés dans la commune
 +
de résidence
 +
Ici encore, et même si c'est en vain
 +
qu'on le répète (5), il faut redire que le
 +
pourcentage d'immigrés dans une municipalité
 +
ne produit pas mécaniquement,
 +
en augmentant, un accroissement de
 +
l'intolérance. C'est même, globalement,
 +
l'inverse que l'on observe : plus il y a
 +
d'immigrés dans une commune, plus les
 +
opinions favorables à leur endroit sont
 +
fréquentes. Mais ne remplaçons pas une
 +
vision simpliste par une autre. Cette tendance
 +
générale, que l'on avait déjà
 +
observée en 1971 et 1974 (6), souffre
 +
quelques exceptions. En particulier, il
 +
semble qu'on soit plus réticent à l'insertion
 +
des immigrés dans les municipalités
 +
qui en comptent une proportion de 6 à
 +
8 OJo, que dans celles ou il y en a moins,
 +
et dans celles où il y en a plus.
 +
Abordons maintenant les résultats généraux
 +
.
 +
Le poids des
 +
étrangers en
 +
France
 +
Les immigrés sont loin d'être des inconnus
 +
pour les Français. La moitié d'entre
 +
eux en ont parmi leurs amis ; un tiers en
 +
compte dans son entourage familial ; un
 +
quart pratique un loisir ou une activité
 +
militante avec des immigrés. Sans compter
 +
ceux qui, sans relation élective avec
 +
eux, en côtoient sur leur lieu d'habitat
 +
(44 %) ou de travail (26 OJo).
 +
Et pourtant... Le premier enseignement
 +
de ce sondage, c'est l'ignorance massive.
 +
3 personnes sur 4 surestiment la présence
 +
étrangère en France ou avouent en ignorer
 +
le poids. 8 personnes sur 10 pensent
 +
qu'il Y a plus d'immigrés aujourd'hui
 +
que dans les années 30, ou ne se prononcent
 +
pas sur cette comparaison. Et ce
 +
n'est pas le nombre des plus clairvoyants
 +
(de 4 à 2 personnes sur 10, seulement),
 +
que l'on trouve chez les plus instruits et
 +
les cadres moyens, qui peut trancher sur
 +
cette méconnaissance générale.
 +
Plus de la moitié des personnes interrogées
 +
estime qu'il y a trop d'immigrés,
 +
pourcentage qui grimpe à 78 % chez les
 +
partisans de l'extrême droite, et qui
 +
excède 65 % chez ceux qui se situent à
 +
droite ou au centre, et chez ceux qui
 +
vivent en proximité non choisie avec des
 +
immigrés. Un tiers des Français jugent
 +
que la proportion d'immigrés n'est pas
 +
un problème, ce qui est le cas de plus de
 +
la moitié des titulaires d'une instruction
 +
supérieure, et de l'extrême-gauche ; et
 +
de plus de 4 personnes sur 10 chez les
 +
jeunes (18-24 ans), les couches professionnelles
 +
supérieures, les cadres moyens
 +
et les employés, les électeurs de gauche
 +
et les Parisiens.
 +
La tendance générale à considérer que
 +
les immigrés sont trop nombreux s'est
 +
accrue entre 1971 et 1984 (de 52 à 58 %),
 +
tandis que l'opinion selon laquelle le
 +
nombre d'immigrés « n'est pas un problème
 +
»a régressé (de 39 à 33 %).
 +
Les sondages antérieurs avaient montré
 +
une relation systématique entre la tendance
 +
à surestimer la proportion
 +
d'immigrés dans la société française et la
 +
propension à juger qu'ils sont trop nombreux.
 +
Sans s'inverser globalement,
 +
cette relation ne se vérifie nettement ici
 +
que chez les partisans de l'extrême droite
 +
et chez les possesseurs d'une instruction
 +
technique ou commerciale. Elle s'inverse
 +
pour les jeunes et les employés, notamment,
 +
pour qui la surestimation
 +
s'accompagne fréquemment de l'idée
 +
que « ce n'est pas un problème ».
 +
Actuellement, y-a-t-il des étrangers ou des naturalisés parmi ...
 +
. . . vos voisins . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100 %
 +
... vos collègues de travail. ........ . ...... 100 %
 +
... Les gens avec qui vous pratiquez un sport,
 +
un loisir ou une activité dans une
 +
association . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100 %
 +
. . . vos amis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100 OJo
 +
Oui
 +
44
 +
26
 +
28
 +
46
 +
Non
 +
53
 +
49
 +
59
 +
52
 +
Sans
 +
opinion
 +
3
 +
25
 +
13
 +
2
 +
Je vais vous citer un certain nombre de communautés vivant en France. Pour chacune d'elles,
 +
estimez-vous qu'elle est plutôt bien ou plutôt mal intégrée dans la société française ?
 +
Plutôt Plutôt Sans
 +
bien mal opinion
 +
- Les Arméniens • 0 •••• • •• ••••• ••• • • ••• 100% 37 28 35
 +
- Les Espagnols ... . ............ . .... .. 100% 81 9 10
 +
- Les Africains noirs .. . ....... ... ... ... 100% 36 48 16
 +
- Les Italiens . .. . .. ................... 100% 81 9 10
 +
- Les Yougoslaves ............. . ....... 100% 43 20 37
 +
- Les Algériens ...... . ....... . . ....... . 100% 21 70 9
 +
-Les Juifs en provenance d'Europe
 +
de l'Est ....... .... ......... . . ....... 100% 49 16 35
 +
- Les Portugais • • ••• 0 • • •• 0 0 ••••••• 0 •• • 100% 70 18 12
 +
- Les Tunisiens .................... . .. . 100% 37 42 21
 +
- Les Antillais •••••• 0 •• 0 0 ••• • • 0 •• • ••• 0 100% 57 20 23
 +
- Les Turcs . . .. . ......... .. .. ... . ..... 100% 19 43 38
 +
- Les Pieds-Noirs .. ....... . . ........... 100% 66 21 13
 +
- Les Polonais .... . .. . .. ...... ..... ... 100% 75 8 17
 +
- Les Marocains ..... . ... .... . ..... . .. . 100% 33 48 19
 +
- Les Asiatiques ............... ... . .. .. 100% 47 25 28
 +
- Les Gitans ... . .. . .. .. . .. . .. .. . . . . ... 100% 21 64 15
 +
22
 +
DES tTflANc;f.!l.S 1.
 +
DANS HA FArt i L.L E ~ ~·~. 5 février 2013 à 15:47 (UTC)5 février 2013 à 15:47 (UTC)[[Utilisateur:Charles|Charles]]
 +
Vous M1AViZ
 +
PAS Qi<;Atl.OÉ <f>
 +
ON FAiT" PAS
 +
0' MiL..AN<;'
 +
·Il CHi% MOl o""
 +
Voulez-vous me dire si vous êtes plutôt d'accord ou plutôt pas d'accord avec les affirmations
 +
suivantes ?
 +
Plutôt
 +
d'accord
 +
Plutôt pas
 +
d'accord
 +
Sans
 +
opinion
 +
- Les immigrés qui travaillent en France doivent
 +
avoir les mêmes possibilités de promotion que les
 +
Français ..... ... ... . . .. . . ... . ..... . .... 100 %
 +
- Le maintien des immigrés en France ne se justifie
 +
que s'ils occupent les emplois dont les Français
 +
n'ont pas voulu .. . ............... . . . ... 100 %
 +
80 15 5
 +
35 54 11
 +
Quelles sont, selon vous, les deux solutions les meilleures pour améliorer l'entente entre les
 +
Français et les immigrés ?
 +
- C'est aux immigrés de faire un effort pour vivre comme les Français.. 51
 +
- Il faut que les immigrés soient répartis entre différents logements
 +
différents quartiers, et différentes communes . ... . . . . .... . ....... . :. . 27
 +
- Il faut organiser des discussions entre Français et immigrés dans les
 +
quartiers où ils vivent ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
 +
- C'est aux Français de faire des efforts pour mieux accepter
 +
les immigrés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
 +
- Il faut que les immigrés soient regroupés et vivent surtout entre eux . . 12
 +
- Sans opinion •• •• • 0 •••• • • ••• • 0 • ••• 0 •••• 0 0 ••••• 0 • ••••••••• 5
 +
% (1)
 +
(1) L_e lota~ des pourcentages est supérieur à 100, les personnes interrogées ayant pu donner
 +
plus1eurs reponses.
 +
23
 +
Les immigrés
 +
dans la vie sociale
 +
L'évaluation du degré d'intégration des
 +
différentes communautés ou nationalités
 +
vivant en France est toujours porteuse
 +
d'un contenu complexe et indissociable.
 +
Les interrogés répondent à la fois
 +
ce qu'ils pensent être un constat, ce
 +
qu'ils jugent devoir être du fait des attitudes
 +
qu'ils ont eux-mêmes. Ce faisant,
 +
ils révèlent leur propre échelle de sympathie
 +
ou d'antipathie. Cela s'est vérifié
 +
dans toutes les études et tous les sondages
 +
effectués, tant en France qu'aux
 +
Etats-Unis ou en Grande Bretagne (où
 +
des vérifications ont été faites) .
 +
Toutes les immigrations européennes
 +
sont jugées plutôt bien intégrées, et toutes
 +
les immigrations africaines, plutôt
 +
mal. Quelques vagues migratoires sont
 +
mal connues (Turcs, Yougoslaves, Juifs
 +
d'Europe de l'Est et Asiatiques : plus
 +
d'un quart de non-réponse).
 +
. Cette hiérarchie Européens/Africains se
 +
retrouve dans tous les sondages depuis la
 +
dernière guerre (sauf en 1951, où les
 +
Allemands occupaient le dernier rang)
 +
(7). A la différence des autres sondages,
 +
nous avons ici distingué les trois nationalités
 +
du Maghreb. A l'intérieur de la
 +
place globalement dévalorisée qui leur
 +
est réservée, on relève une hiérarchie,
 +
qui va des Tunisiens aux Algériens,
 +
situés, derrière les Gitans, en dernière
 +
position. Les enquêtes plus qualitatives
 +
que les sociologues ont menées montrent
 +
qu'on aurait tort d'y voir surtout un
 +
effet de nombre, plutôt qu'une conséquence
 +
historique du colonialisme et des
 +
conditions conflictuelles de la décolonisation
 +
de l'Algérie, qui sont pour beaucoup
 +
dans les stéréotypes de « l' Algérien
 +
», en France.
 +
Les réponses à la question « Quelles
 +
sont, selon vous, les deux solutions les
 +
meilleurs pour améliorer l'entente entre
 +
les Français et les immigrés ? » sont
 +
données dans le tableau ci-joint. Soulignons,
 +
puisque les interviewés avaient la
 +
possibilité de donner deux réponses, que
 +
celles qui sont le plus souvent associées
 +
sont, en premier lieu « effort des
 +
immigrés/ efforts des Français » ; en
 +
second lieu, « effort des immigrés et discussions
 +
communes » ; en troisième lieu
 +
« répartition des immigrés et discussion
 +
» et, ex-aequo « discussion et effort
 +
des Français ». Les variations dans les
 +
réponses correspondent à celles qui sont
 +
indiquées dans la première partie de cet
 +
article. C'est à droite qu'on se prononce
 +
pour le regroupement des immigrés,
 +
résultat confirmé par ceux du sondage
 +
réalisé par l'Humanité-Dimanche vers la
 +
même période (8). On trouvait d'ailleurs
 +
ces mêmes tendances en 1971.
 +
Au cours de recherches antérieures, je
 +
m'étais aperçue que les personnes qui
 +
insistaient sur les différentes ethniques,
 +
« raciales », culturelles ou religieuses de
 +
tels ou tels groupes immigrés étaient
 +
généralement plus réticentes à leur
 +
endroit que celles qui pensaient que
 +
l'intégration dans une société, la nôtre,
 +
en l'occurence, était affaire de temps.
 +
Ce sondage donnait la possibilité de
 +
vérifier, ou d'infirmer, une telle hypothèse.
 +
Elle se trouve nettement confirmée.
 +
Si l'opinion générale est assez partagée
 +
(5 personnes sur 10 invoquent la différence
 +
pour estimer l'intégration impossible,
 +
et 4 sur 10 la jugent possible avec le
 +
temps), elle recouvre une cohérence globale
 +
qui indique que, malgré sa simplicité,
 +
notre question était pertinente. Le
 +
« temps »,comme perception historique
 +
des faits est à gauche, chez les plus instruits,
 +
les plus jeunes, les plus urbains
 +
autrement dit globalement chez les plus
 +
favorables à l'insertion des immigrés
 +
dans la vie sociale. La « différence »,
 +
comme fixation d'une altérité plus ou
 +
moins absolue, est à droite, chez ceux
 +
qui vivent en proximité non choisie ou
 +
sans aucune proximité avec des immigrés,
 +
et chez les ruraux, bref, chez ceux
 +
qui manifestent la plus grande fermeture
 +
à leur égard.
 +
Ajoutons que les réponses à cette question
 +
font apparaître une très grande
 +
cohérence avec toutes les autres, qu'elles
 +
concernent la vie sociale, le monde du
 +
travail, les droits politiques ...
 +
Enfin, comparés à ceux obtenus à une
 +
question proche posée en 1971, nos
 +
résultats semblent indiquer une progression
 +
de la vision progressive de l'intégration
 +
(34 OJo en 1971, 43 % en 1984) et
 +
une régression de l'image figée de
 +
l'étranger incapable de se fondre dans la
 +
collectivité nationale (1971 : 53 % ;
 +
. 1984 : 49 %).
 +
Les immigrés dans la
 +
vie économique et le
 +
monde du travail
 +
Le sondage IFOP-Humanité Dimanche
 +
indique que 55 % des Français pensent
 +
que le retour des immigrés dans leur
 +
pays résoudrait (tout à fait ou assez) le
 +
problème du chômage, et 51 %estiment
 +
que cela ne créerait pas (peu ou pas du
 +
tout) de nouvelles difficultés à l'économie
 +
française, résultats proches d'un
 +
sondage Louis Harris-Le Matin de
 +
février 1981 (9).
 +
Cela ne va pas sans contradiction : les
 +
mêmes, au moins en partie, pensent que
 +
les Français n'occuperaient pas les
 +
emplois laissés vacants par les immigrés
 +
en cas de départ (66 % en 1974; 42 %
 +
en 1981 ; 56 % en 1984) (10).
 +
Notre sondage relève le même type de
 +
contradiction : alors que la grande
 +
majorité (8 sur 10) des personnes interrogées
 +
pensent que les immigrés doivent
 +
avoir les mêmes possibilités de promotion
 +
que les Français, il n'y en a plus que
 +
5 sur 10 pour s'opposer à l'idée que le
 +
maintien des immigrés en France ne se
 +
justifie que s'ils occupent les emplois
 +
dont les Français n'ont pas voulu.
 +
L'ambivalence des attitudes est évidente
 +
et mériterait une étude plus approfondie,
 +
et qualitative, qui éclairerait cette
 +
contradiction apparente et répétitive.
 +
Avec laquelle de ces deux opinions êtes-vous
 +
le plus d'accord ?
 +
- En France les immigrés
 +
vivent dans l'insécurité . . . . . . . . 35
 +
- En France les immigrés ne
 +
vivent pas dans l'insécurité . . . . . 50
 +
- Ne sait pas . . . ... . .... . 15
 +
100 OJo
 +
B& o/o des Français
 +
ignorent ou veulent
 +
ignorer que les
 +
immigrés paient plus
 +
qu'ils ne touchent à
 +
la Sécurité sociale.
 +
Notons, toutefois, que l'ouverture de la
 +
vie sociale aux immigrés s'accroît depuis
 +
1951 et 1974. A ces époques, 8 Français
 +
sur 10 (1951) et 6 sur 10 (1971) estimaient
 +
qu'en cas de chômage, il fallait
 +
licencier les immigrés en priorité. Ils ne
 +
sont plus que 5 sur 10, en cette époque
 +
de crise et de licenciements, pour
 +
n'accepter la présence immigrée qu'au
 +
prix de son emploi dans les secteurs déficitaires
 +
en main d'oeuvre nationale.
 +
86 % des interrogés ignorent (par
 +
erreur, ou abstention de réponse) que les
 +
immigrés paient plus de cotisations
 +
sociales qu'ils ne touchent de prestations.
 +
Informés par nos soins de la réalité,
 +
rares sont ceux qui pensent que ce surplus
 +
doit revenir aux immigrés ici (1 personne
 +
sur 8) ou à leurs pays d'origine (1
 +
personne sur 5) ...
 +
Plus de la moitié des répondants souhaitent
 +
utiliser cet argent pour combler le
 +
déficit des caisses de la sécurité sociale
 +
ou de l'assurance chômage, ou pour
 +
financer des logements et équipements
 +
sociaux pour tous. - Autrement dit,
 +
pour que les Français en soient les premiers
 +
bénéficiaires - .. .
 +
24
 +
A propos des cotisations des immigrés aux
 +
caisses de sécurité sociale et d'allocations
 +
familiales, laquelle de ces deux opinions correspond
 +
le mieux à ce que vous pensez ?
 +
- Les immigrés payent plus
 +
en cotisations qu'ils ne reçoivent
 +
en prestations. . . . . . . . . 14
 +
- Les immigrés reçoivent
 +
plus en prestations qu'ils ne
 +
payent en cotisations . . . . . . . 53
 +
- Sans opinion . . . . . . . 33
 +
100%
 +
Aux personnes qui ont choisi la deuxième
 +
proposition, il a été précisé : « En réalité, à
 +
l'heure actuelle, les immigrés paient plus en
 +
cotisations qu'ils ne reçoivent en
 +
prestations. »
 +
A votre avis, comment devrait-on d'abord
 +
utiliser le surplus existant ?
 +
- Pour financer des logements
 +
et équipements
 +
sociaux pour tout le monde . 25
 +
- Pour financer des logements
 +
et équipements
 +
sociaux pour les immigrés... 12
 +
- Pour compenser le déficit
 +
de la Sécurité sociale ou de
 +
l'assurance chômage . . . . . . . 31
 +
- Pour financer la coopération
 +
et l'aide au développement
 +
dans les pays d'origine
 +
des immigrés . . . . . . . . . . . . . . 18
 +
- Sans opinion. . ..... 14
 +
100%
 +
Si vous deviez travailler sous les ordres d'un
 +
contremaître ou d'un ingénieur immigré,
 +
quelle serait votre réaction ?
 +
- Ça me gênerait énormément
 +
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
 +
20
 +
- Ça me gênerait assez . . . . 11
 +
- Ça ne me gênerait pas
 +
beaucoup .. . .... . ..... . . . 16 l
 +
- Ça ne me gênerait pas du \
 +
tout ... . . .. . . . ..... .. .... 59
 +
75
 +
- Sans opinion . . . . . . . 5
 +
100%
 +
Pensez-vous que les immigrés devraient pouvoir
 +
voter en France aux municipales ?
 +
- Oui, après un an de séjour
 +
en France . . . . . . . . . . . . . . . . 10 ' - Oui, après 5 ans de séjour
 +
en France ............... . 15 33
 +
- Oui, après 10 ans de
 +
séjour en France. . . . . . . . . . . 8
 +
- Non, à moins qu'ils ne
 +
soient nés en France. . . . . . . . 10
 +
-Non, à moins qu'ils ne se
 +
fassent naturaliser . . . . . . . . . 36 63
 +
- Non, en aucun cas . . . . . . 17
 +
- Sans opinion . . . . . . . 4
 +
100%
 +
Estimez-vous qu'il est juste de poursuivre
 +
devant les tribunaux les comportements
 +
racistes ?
 +
- Oui, le plus souvent possible
 +
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
 +
- Oui, mais seulement dans
 +
les cas graves et les récidives . 47
 +
- Non . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
 +
- Sans opinion . . . . . . . 7
 +
100%
 +
Pensez-vous que ces poursuites en justice ...
 +
. . . permettront de réduire les
 +
comportements racistes. . . . . 21
 +
. .. en fait, ne servent pas à
 +
grand chose . . . . . . . . . . . . . . 66
 +
- Sans opinion . . . . . . . 13
 +
100%
 +
Laquelle de ces trois attitudes vous paraît la
 +
plus répandue parmi les immigrés vivant
 +
actuellement en France ?
 +
- La plupart des immigrés
 +
veulent vivre sans histoire, et
 +
ne se mêlent pas de la vie
 +
politique française . . . . . . . . . 33
 +
- La plupart des immigrés
 +
veulent affirmer leurs droits,
 +
dans le respect des institutions
 +
de la France . . . . . . . . . . 38
 +
- La plupart des immigrés
 +
cherchent, par leurs revendications
 +
et leurs activités, à
 +
déstabiliser politiquement la
 +
France.. . ............ . ... 18
 +
- Sans opinion . . . . . . . 11
 +
100%
 +
Voilà une conception utilitariste de
 +
l'immigration clairement, bien que parfois
 +
inconsciemment, exprimée !
 +
L'idée d'avoir un supérieur hiérarchique
 +
immigré ne gène guère qu'l/5• du
 +
public, les trois-quart n'étant guère
 +
génés (peu ou pas du tout).
 +
Les immigrés dans
 +
la vie politique
 +
Dans leur nette majorité (7 sur 10), les
 +
Français ne pensent pas que les immigrés
 +
cherchent à déstabiliser politiquement la
 +
France. Il faut souligner l'importance
 +
relative de ceux qui estiment que les
 +
immigrés veulent affirmer leurs droits
 +
dans le respect des institutions de ce pays
 +
(4 sur 10). Cette réponse manifeste une
 +
certaine ouverture aux revendications
 +
exprimées par des groupes d'immigrés
 +
ou de leurs enfants, dans la mesure
 +
même où ces revendications, admises ou
 +
non, ne sont pas assimilées à une destabilisation
 +
politique.
 +
La majorité de l'opinion est hostile au
 +
droit de vote des immigrés aux élections
 +
municipales. La seule voie offerte est la
 +
naturalisation, c'est à dire l'obligation
 +
d'obtenir la nationalité française, pour
 +
exercer un droit de citoyenneté, même
 +
limité au domaine municipal. L'opinion
 +
politique est ici déterminante, mais les
 +
autres facteurs relevés ci-dessus exercent
 +
également leur influence propre. Il reste
 +
tout de même 17 % de réponses refusant
 +
aux immigrés toute possibilité d'accès au
 +
corps électoral, même en cas de naturalisation.
 +
Nationalisme exacerbé au-delà
 +
de la Constitution de la République ellemême!
 +
Un tiers des répondants sont tout de
 +
même pour l'octroi de ce droit de vote
 +
après une période plus ou moins longue
 +
de séjour sur notre territoire.
 +
Le racisme
 +
On ne fait pas une recherche sur le
 +
racisme à partir d'un sondage d'opinion.
 +
La dévalorisation du racisme, au
 +
niveau idéologique, est en effet très forte
 +
et s'accompagne fort bien de sa pratique
 +
quotidienne, ouverte ou feutrée. Notre
 +
questionnaire ne comportait qu'une
 +
question indirecte sur la répression des
 +
propos et actes racistes, mais nous avons
 +
trouvé quelques autres indications dans
 +
d'autres sondages.
 +
L'une des mesures classiques de l'attitude
 +
raciste consiste à interroger sur les
 +
mariages mixtes, qui pose, indirectement,
 +
celle de la lignée, de la généalogie
 +
25
 +
à venir. Dans tous les cas, cette question
 +
révèle là l'ultime, mais violent, bloquage
 +
aux relations inter-ethniques.
 +
Le sondage de l'Humanité-DimancheIFOP,
 +
montre que l'attitude à l'égard du
 +
mariage mixte dépend de l'origine, le
 +
gendre ou la belle-fille arabe étant les
 +
seuls à susciter une majorité de refus, les
 +
Africains divisant l'opinion. Il apparaît
 +
que cette attitude à l'égard du mariage
 +
mixte est corrélée à la préférence politique
 +
partisane : les électeurs de l'opposition
 +
s'avèrant globalement plus réticents
 +
que ceux de la majorité.
 +
Malgré une persistance de la résistance
 +
au mariage mixte franco-arabe, la tendance
 +
à l'accroissement de la tolérance
 +
depuis 1951 et 1971, déjà soulignée, se
 +
confirme ici.
 +
82 % des Français estiment qu'il existe
 +
aujourd'hui un danger de développement
 +
du racisme en France. Toutefois,
 +
le racisme n'arrive qu'en 11 • position
 +
(4 % de réponses seulement) pour les
 +
problèmes jugés les plus importants
 +
actuellement. Cette information n'est
 +
pas de grande portée : on répond
 +
d'autant plus facilement qu'il y a danger
 +
de racisme qu'on est soi-même antiraciste,
 +
qu'on fréquente des immigrés, et
 +
que les médias vous le disent et vous le
 +
répètent. Il reste que les immigrés constituent
 +
l'un des problèmes qui ont le plus
 +
compté au moment de voter chez 26 %
 +
des électeurs du Front National le 17
 +
juin dernier. .. (11), contre 2 à 3 %seulement
 +
chez les électeurs des autres listes .
 +
Enfin, si la majorité de nos interrogés se
 +
déclarent pour la poursuite en justice des
 +
propos et actes racistes (32 % dans tous
 +
les cas et 47 % dans les seuls cas graves
 +
et récidives), ils ne sont pas très optimistes
 +
sur ses effets : 2 personnes sur 3 pensent
 +
que la traduction devant les tribunaux
 +
ne sert pas à grand chose. Fatalisme
 +
? Cette position nuancée recouvre
 +
en fait des positions différentes, l'une
 +
qui juge nécessaire l'action en justice,
 +
sans illusion sur son efficacité immé·
 +
diate, l'autre qui ne veut voir sanctionner
 +
que les« excès ». Ces deux positions
 +
peuvent recouvrir des attitudes générales
 +
contraires. En tous cas, l'impact à long
 +
terme de la répression du racisme, au
 +
moins pour contenir tout risque de
 +
banalisation semble donc sous-estimé.
 +
Conclusion
 +
Cet article est déjà un texte de synthèse.
 +
Il semble donc difficile de résumer plus
 +
encore les grandes tendances.
 +
Disons simplement :
 +
- qu'on observe une nette hiérarchisation
 +
entre les diverses vagues migratoires,
 +
hiérarchisation qui, dans tous les cas
 +
place les Africains au bas de l'échelle, et
 +
qui manifeste une cristallisation des
 +
refus sur les Maghrébins, et, surtout des
 +
Algériens ;
 +
-qu'une tendance à l'accroissement de
 +
la « tolérance » se manifeste depuis la
 +
dernière guerre, malgré l'aggravation de
 +
la crise économique, et même si l'on
 +
pense que les immigrés sont trop nombreux
 +
en France. La résurgence d'une
 +
expression politique explicitement xénophobe
 +
pourrait compromettre cette évolution
 +
;
 +
- que la cohabitation avec des immigrés
 +
n'induit pas de « seuil de tolérance
 +
» au niveau des opinions exprimées
 +
: les habitants des villes à forte
 +
implantation étrangère le manifestent
 +
clairement, autant que ceux du logement
 +
social collectif. Il reste que la cohabitation
 +
« non choisie », lorsqu'elle ne
 +
s'accompagne pas d'une connaissance
 +
personnelle des immigrés que 1' on
 +
côtoie, tend à induire une attitude de
 +
blocage envers l'insertion de ces immigrés
 +
dans la vie sociale ;
 +
- que le nationalisme, et le poids de
 +
1 'histoire, restent très présents dans
 +
l'opinion française, comme en témoignent
 +
les positions à l'égard de la
 +
citoyenneté (droit de vote), et l'importance
 +
de « l'algérianophobie ». D
 +
Véronique DE RUDDER
 +
(1) Voir Différences, no 32, mars 1984.
 +
(2) Cf le sondage « sortie des urnes » effectué par
 +
la SOFRES pour TF1 et Le Nouvel Observateur,
 +
publié dans Le Nouvel Observateur, n° 2228-1024,
 +
du 22 au 28juin 1984, tableau n° 2 sur les motivations
 +
des électeurs de la liste de Le Pen.
 +
(3) Idem, tableau n° 1 : « Comment chacun a
 +
voté>>.
 +
(4) Cf DE RUDDER (V) : « Seuil de tolérance et
 +
cohabitation >> in Différences et inégalités, actes
 +
du colloque du 10 décembre 1983 au Palais du
 +
Luxembourg. Paris, éditions Différences, 1984.
 +
(5) Qu'on me pardonne ici un certain pessimisme,
 +
qui n'exclut pas la volonté d'action pour que changent
 +
les représentations dominantes. Mais il est
 +
vrai qu'en dépit des efforts des sociologues, auxquels
 +
on attribue la paternité de la notion de
 +
« seuil de tolérance », et dont ils ont montré, au
 +
contraire, l'inanité, celle-ci continue, sous une
 +
forme ou sous une autre, de se bien porter ...
 +
(6) Cf GIRARD (A) : « Attitudes des Français à
 +
l'égard de l'immigration étrangère ; enquête d'opinion
 +
publique >> in Population, n° 5, 1971 et
 +
GIRARD (A), CHARBIT (Y), LAMY (M.L.) :
 +
même titre in Population, n° 6, 1974.
 +
(7) Cf GIRARD (A), STOETZEL (J) : « Attitudes
 +
et comportements des Français à l'égard des immigrants
 +
» in Français et immigrés, travaux et documents
 +
de l'INED n° 19, 1953.
 +
(8) Cf l'Humanité-Dimanche, 4 février 1984.
 +
(9) Cf Le Matin, n° 1251, 4 mars 1984.
 +
(10) Sondages déjà cités : INED en 1974, Louis
 +
Harris - Le Matin (1981) et IFOP-HumanitéDimanche
 +
(1984).
 +
(11) Cf Le Nouvel Observateur, dé.ià cité.
 +
••• t\AQ..tE. curl-it
 +
c'tïA.IT &iUt UNt
 +
É iQANa E.Qi-1 NoN~ OIJÎ ... HA i.S QU f. f
 +
ll.A)'ONHE.ME.Ni ••.
 +
QU 1 0N I.UÎ A
 +
pp L.E. cou •...
 +
Pour finir, je vous propose un petit jeu. Pour chacun des personnages suivants, pouvez-vous
 +
me dire s'il avait une origine étrangère (lui-même ou ses parents) ?
 +
Pas
 +
Origine d'origine Sans
 +
étrangère étrangère opinion
 +
- Emile ZOLA .............. . . ........ 100 OJo 27 40 33
 +
- Léon GAMBETTA ...... . ........... 100 OJo 15 54 31
 +
-PICASSO •• 0 •• 0 •• • ••••••••••••••••• 100% 86 6 8
 +
- La reine Marie-Antoinette ............. 100 OJo 64 16 20
 +
- Joséphine BAKER ................... 100% 74 17 9
 +
- Charles MA UR RAS .. . . ..... . ... . . . .. 100% 5 26 69
 +
- CLOVIS • • •••••••• • • 0 •••• 0 0 0. 0 •• 0 •• 100% 22 53 25
 +
- Louis PASTEUR ..... . . .. .. . ........ 100% 8 83 9
 +
- Marie CURIE ....... . ..... . . .. . . .. . . 100% 41 45 14
 +
- Maximilien ROBESPIERRE • • • •• 0. 0. 0 100 OJo 8 71 21
 +
- George SAND ....................... 100% 15 64 21
 +
D'OÙ VIENNENT LES HOMMES (ET FEMMES) CÉLÈBRES ?
 +
Emile Zola : 1840-1902, d'origine italienne. Outre son oeuvre littéraire, on se souvient de son rôle dans
 +
l'Affaire Dreyfus, où il prit la défense du capitaine injustement accusé. Léon Gambetta: 1838-1882,
 +
d'origine italienne, un des fondateurs de la troisième République en 1870. Pablo Picasso: 1881 -1973, il
 +
garda sa nationalité espagnole. La reine Marie-Antoinette : 1755-1793, certains royalistes « nostalgiques
 +
» célèbrent encore l'anniversaire de son exécution. Elle était autrichienne. Joséphine Baker : chef
 +
d'oeuvre du bon goût français et du bal-nègre réunis, était américaine. J'ai deux amours ... Charles Maurras:
 +
1868-1952, provençal fondateur de l'Action Française, puis pétainiste, puis emprisonné. Clovis:
 +
466-511, roi des Francs ... et belge. Louis Pasteur: 1822-1874, savant français, à qui l'on doit la virologie,
 +
et la pasteurisation. Marie Curie : 1867-1934, physicienne d'origine polonaise. Découvre d'ailleurs le
 +
polonium et le radium . Maximilien de Robespierre (1758-1794) :né à Arras. Député aux Etats Généraux
 +
puis à la Convention Nationale (Montagnard). Il s'affirme au sein du Comité du Salut Public et donne
 +
son impulsion au gouvernement révolutionnaire. Après la Terreur, il meurt sur l'échafaud. George Sand
 +
(Amandine, Aurore, Lucile Dupin, Baronne Dudevand) (1804-1876) :née à Paris. Romancière. Surtout
 +
connue pour ses romans paysans (la Mare au diable, les Maîtres sonneurs), et ses relations avec les artistes
 +
et écrivains de son époque.
 +
Ce sondage a été effectué pour le M.R.A.P. par la
 +
SOFRES du 25 janvier au 4 février 1984. Il a été
 +
réalisé à partir d'un échantillon national de 1 000
 +
personnes, représentatif de la population résidant
 +
26
 +
en France, âgée de 15 ans et plus, selon la méthode
 +
des quotas (sexe, âge, profession du chef de
 +
famille) et stratification par région et catégorie
 +
d'agglomération.
 +
27
 +
FORUM
 +
-Habitat et cadre de vie
 +
DU GHETIO AU FOYER
 +
28
 +
L ogements de l'exclusion, différences
 +
et cohabitation, politique
 +
del 'habitat, tels seront les grands
 +
thèmes abordés dans ce forum : « Habitat
 +
et cadre de vie ».
 +
Si cohabiter est fondamental dans la
 +
question même que pose le slogan des
 +
Assises, se loger est vital et restera pour
 +
_un bon nombre de participants le tison
 +
essentiel du débat qui s'amorce brûlant.
 +
Et pour ceux là, se loger c'est aussi être
 +
victime d'une politique, d'une ségrégation
 +
des plus sévères : celle de l'argent.
 +
« A Neuilly, on ne retrouve pas plus
 +
d'ouvriers français que d'ouvriers immigrés
 +
», souligne une assistante sociale
 +
qui s'empressera de fermer la parenthèse
 +
sur cette lapalissade. Chargée par sa
 +
commune de réaliser des enquêteslogement
 +
auprès de demandeurs inscrits
 +
depuis longtemps à l'OPHLM, elle
 +
raconte : « Compte tenu d'une décision
 +
prise sur des notions de quota, je ne
 +
pouvais plus déontologiquement assurer
 +
ces enquêtes puisque je savais que celles
 +
effectuées auprès des immigrés ne
 +
seraient pas prises en compte ».
 +
Un forum qui démarre sur les chapeaux
 +
de roue : il est enfin possible de dire les
 +
choses, les mots-clef sont au bord des
 +
lèvres. On s'empresse : concentration,
 +
ghetto, dilution, quota. « Attention ! »,
 +
s'écrie la présidente, « on a l'impression
 +
que les immigrés, c'est un mal, qu'il en
 +
faut à petite dose et qu'on le dilue!».
 +
La politique de quota des communes, on
 +
y reviendra souvent...
 +
« Je ne suis pas d'accord avec Véronique
 +
de Rudder quand elle dit, suivant ses
 +
sondages, que les gens qui acceptent de
 +
vivre dans les HLM ne sont pas racistes
 +
». Pour cet habitant des 4000 à La
 +
Courneuve, le sondage est faussé au
 +
niveau même de la formulation : « Les
 +
gens qui vivent dans ces cités, n 'acceptent
 +
pas d'y vivre, ils n'ont pas le choix.
 +
Ils y sont contraints. S'ils avaient les
 +
moyens d'en partir, ils partiraient ».
 +
« Petit à petit la ségrégation s'installe»,
 +
poursuit-il, « ces cités, si on ne les modifie
 +
pas en profondeur, sont appelées
 +
sans cesse à ne reloger qu'un type de
 +
population. Un climat d'évitement se
 +
crée, l'école libre par exemple en
 +
émane ... ». La salle sait de quoi on
 +
parle. Mais comment articuler toutes les
 +
questions. On pense à Paris d'où sont
 +
chassés en priorité les immigrés. On
 +
pense à toutes ces communes le plus souvent
 +
de droite qui, comme Asnières,
 +
« veulent bien exploiter les travailleurs
 +
immigrés dans la journée, mais préfèrent
 +
les envoyer dormir ailleurs, à Gennevilliers
 +
par exemple ».
 +
« Il faut absolument que les problèmes
 +
de répartition soient étudiés de façon
 +
tout à fait technique », expose un urbaniste.
 +
« Ne parlons pas globalement des
 +
immigrés, c'est se ficher de leur
 +
figure ! », s'indigne un participant. Un
 +
Africain sourit : « Est-ce que les Français
 +
aujourd'hui, ne vivent pas encore à
 +
l'heure de Vasco de Gama ou de Magellan,
 +
cette élite qui rapportait de ses
 +
voyages une image stéréotypée de
 +
l'« étranger» : le sauvage au couteau
 +
entre les dents, l'étrangleur, le violeur, le
 +
voleur. Est-ce peut-être pour cette raison
 +
qu'on refuse le logement à tous ceux qui
 +
n'ont pas le faciès européen ? ». Effectivement
 +
: on leur refuse le logement, le
 +
logement décent. On leur réserve l'autre,
 +
le logement à bon marché, le clapier, le
 +
foyer, la cité de transit, le ghetto. Mais
 +
qu'appelle-t-on ghetto ? L'architecteurbaniste
 +
nous interroge : « Pourquoi
 +
faudrait-il, sous prétexte qu'on refuse le
 +
ghetto, isoler des gens sur un territoire
 +
où tout leur est à l'avance étranger ?
 +
Certaines familles, certaines ethnies ont
 +
besoin d'être rassemblées quand elles
 +
arrivent. Une bonne répartition devrait
 +
permettre l'évolution des familles : les
 +
cousins arrivent, la famille augmente,
 +
les jeunes se marient. Une bonne répartition
 +
devrait aussi éviter l'uniformisation
 +
: nous considérons bon pour tout le
 +
monde ce qui est à peu près bon pour le
 +
métropolitain de base. Je renvoie au
 +
concept de l'appropriation du territoire,
 +
non pas simplement en terme géographique
 +
ou notarial, mais à un ensemble de
 +
comportements qui fait que les gens sur
 +
leur territoire se sentent plus forts. » En
 +
un mot, la première chose à prendre en
 +
compte : le souhait des familles. Mais
 +
nous n'en sommes pas encore là.
 +
Utiliser la loi Qulllot
 +
Un syndicaliste poursuit : « Le logement
 +
est malade du profit et c'est la crise
 +
capitaliste qui a produit ce système. La
 +
question du 1 % logement par exemple :
 +
cette contribution, ça rapporte quand
 +
même 10 milliards de francs. Le 0, 10 %
 +
dont on parle, qui est soi-disant pour le
 +
logement des immigrés, c'est JO % de
 +
cette masse. Nos camarades français et
 +
immigrés ignorent trop souvent ce que
 +
l'on fait de leur part de salaire différé.
 +
C'est un combat qu'il faut mener au
 +
niveau de l'entreprise, en créant des
 +
commissions logement. On a construit
 +
330 000 logements l'année dernière, il
 +
faudrait en construire 400 000 tout de
 +
suite ».
 +
Une jeune fille se présente au micro :
 +
elle vient des bidonvilles de Marseille et
 +
ce qu'elle a au fond du coeur depuis
 +
20 ans, elle tient à l'exprimer : « Si c'est
 +
construire pour construire et laisser
 +
vide, c'est pas la peine. Aujourd'hui il
 +
faut faire du bruit sur tous ces logements
 +
vides à Paris et à Marseille ! » La salle
 +
applaudit. « Je m'excuse mais je voudrais
 +
que les gens comprennent l'intérêt
 +
d'apprendre l'Esperanto à l'école ! ».
 +
Cette voix n'a pas eu besoin du micro
 +
29
 +
pour se faire entendre, elle s'est glissée
 +
avec agilité dans un silence. « C'est la
 +
langue internationale ! ». «Il semblerait
 +
que ce monsieur se soit trompé de
 +
forum. » Rires de la salle qui reconnaît
 +
les bienfaits de la détente. Mouna,
 +
l' aguiguiste-rou tard -prédicateur célèbre
 +
s'en retourne apostropher ailleurs.
 +
Le débat reprend, sans attendre, avec un
 +
responsable de la FET AF : « Pour parlet
 +
des problèmes relatifs à l'immigration,
 +
nous pensons qu'il faut placer
 +
l'analyse dans son contexte historique.
 +
L'immigration trouve son origine dans
 +
le développement inégal du capitalisme.
 +
Il représente effectivement les méfaits
 +
des séquelles de la colonisation et du
 +
néo-colonialisme qui passent par le rapport
 +
pays dominant - pays dominé.
 +
C'est d'abord la lutte de toute une
 +
classe, la classe laborieuse, pour des
 +
conditions de vie décentes. Dans le cadre
 +
des foyers, il faut reconsidérer les rapports
 +
entre les gestionnaires et les résidents.
 +
!/faut définir le statut des locataires,
 +
car, sans un véritable statut, c'est
 +
une façon de marginaliser la population
 +
immigrée, de la maintenir sous tutelle. Il
 +
faut utiliser la loi Qui/lot, et mettre sur
 +
pied un conseil de maison qui aura pour
 +
tâche de concilier les points de vue des
 +
gestionnaires et ceux des résidents de ces
 +
foyers. » Foyers-taudis, foyers-transit,
 +
foyers surpeuplés ... on n'aura pas fini
 +
d'en parler de si tôt ! On en manque, la
 +
moitié de la salle en témoigne. : « 700 à
 +
800 000 immigrés travaillent en isolés.
 +
On ne dispose que de 150 000 lits. »Où
 +
dorment donc les autres ? Dans les
 +
hôtels garnis, chez les marchands de
 +
sommeil, à 3 ou 4 à se relayer pour dormir.
 +
« Les marchands de sommeil ne
 +
sont pas toujours où l'on croit. Tenezvous
 +
bien : il s'agit du foyer de la Villette,
 +
géré par le Bureau d'Aide Sociale
 +
de la Mairie de Paris. Un foyer de transit
 +
prévu pour 5 ans. Pendant 7 ans, on y a
 +
logé 206 immigrés auxquels on faisait
 +
payer 1 400 F pour 16 m1
 +
• Ils y logeaient
 +
à 4! Et c'est en plein mois de décembre
 +
qu'on les met dehors! .. »
 +
Les responsables des organismes gestionnaires
 +
ne sont pas tous des goujats et
 +
l'un d'entre eux veut bien confirmer :
 +
« C'est honteux effectivement. Il y a des
 +
taux de sur-occupation de l'ordre de 40,
 +
50 voire même 400 % dans certains
 +
foyers. C'est tout simplement le résultat
 +
du déséquilibre entre l'offre et la
 +
demande. Quand on veut faire évacuer
 +
les locataires pour des questions de sécurité
 +
élémentaire, il faut pouvoir les loger
 +
ailleurs. Et on ne peut pas loger les gens
 +
ailleurs s'il y a blocage au niveau des collectivités
 +
locales, puisque certaines communes
 +
refusent de loger les travailleurs
 +
immigrés. Alors on laisse les choses en
 +
l'état et l'on constate qu'il y a 4, 5, 6
 +
personnes dans des chambres de 5 m1
 +
 +
Par ailleurs, cette sur-occupation explique
 +
des surcoûts. Car il est évident
 +
qu'un foyer sur-occupé coûte 4 fois plus
 +
cher qu'un foyer normalement occupé.
 +
Les loyers sont donc plus élevés qu'en
 +
secteur HLM. Et on assiste à un phénomène
 +
qu'il faut dénoncer, de clochardisation,
 +
de bidonvillisation, de dégradation
 +
du patrimoine logement, du fait de
 +
cette impossibilité qu'ont les gestionnaires
 +
de construire de nouvelles capacités
 +
».
 +
Tragique constatation : toute une faune
 +
spécial{sée se penche sur la question ;
 +
des architectes travaillent sur l'habitat,
 +
des bureaux d'études, des groupes de
 +
travailleurs sociaux et d'associations se
 +
mettent en place, des commissions de
 +
logement se créent dans les entreprises,
 +
et.. . ça bloque quelque part. On aurait
 +
presqu'envie d'inventer d'autres mots.
 +
C'est un Argentin, un travailleur social
 +
du quartier du Pigeonnier à Amiens qui
 +
prendra cette liberté : « Il faut différencier
 +
le problème de l'immigration de
 +
celui de la discrimination sociale. Quand
 +
on parle des problèmes de mairies, des
 +
problèmes de logement, de quota, on est
 +
en train de faire allusion à un problème
 +
social. C'est pas un problème de l'immigration.
 +
Il faut analyser le problème
 +
même du logement social. Pas seulement
 +
pour les immigrés mais pour l'ensemble
 +
des couches sociales qui sont malheureusement
 +
en train de subir cette politique
 +
de logement. Le logement social, c'est
 +
une politique à laquelle on a dû s'adapter.
 +
On devrait cesser de parler du problème
 +
des immigrés et du problème des
 +
Français, et s'atteler à travailler sur le
 +
problème de la politique d'attribution ».
 +
Des mots, tout ça ! Certains ne semblent
 +
pas convaincus : « On ne pourra pas
 +
régler le problème de l'habitat des immigrés
 +
sur le seul logement social ? ».
 +
Un salon de thé
 +
Où donc chercher les débuts de solutions
 +
? A Grenoble peut-être. Cette
 +
commerçante a su dépasser la mauvaise
 +
grâce de ses compatriotes en vivant avec
 +
ceux pour qui les portes se ferment parce
 +
qu'ils sont immigrés, chômeurs, délinquants
 +
et jeunes. Un témoignage : «A
 +
la Ville Neuve, j'ai monté un petit salon
 +
de thé. Je pensais qu'il serait fréquenté
 +
par tQute une faune d'intellectuels. Et il
 +
se trouve que c'est tout à fait le contraire
 +
qui s'est passé. Ce sont les jeunes chômeurs
 +
qui l'ont investi. On a été amené à
 +
faire des choses très chouettes ensemble.
 +
Ça dure depuis trois ans et j'ai bien
 +
envie que ça continue malgré les difficultés
 +
financières que ça représente. Il faut
 +
dire aussi que les « bien-pensants » du
 +
quartier, à part un petit groupe, ne viennent
 +
pas dans ce salon de thé parce que
 +
les Arabes, les loubards, ceux qui agressent
 +
dans la galerie, sont là.
 +
« Par contre, ceux qui viennent peuvent
 +
découvrir que les jeunes chômeurs arabes
 +
sont capables de faire le service
 +
quand je suis toute seule, sont capables
 +
de discuter avec les adultes et il se passe
 +
la chose la plus intéressante qui soit sur
 +
un quartier, c'est le vrai mélange, la
 +
vraie tolérance. Les jeunes apprennent à
 +
connaÎtre les adultes et les adultes les
 +
jeunes. Des relations s'établissent; on
 +
fait du théâtre ensemble, avec certains
 +
jeunes, certains adultes, pas tous. Entre
 +
autres, étant donné qu'il fallait bien
 +
occuper notre temps en dehors du service
 +
des limonades et du thé, j'ai essayé
 +
de mettre à profit leurs passions. Il
 +
s'agissait pour moi de /es faire reconnaÎtre
 +
comme des individus à part entière.
 +
Je suis devenue présidente d'un club de
 +
football de loubards arabes. Et là, j'ai
 +
eu droit au racisme, en ce qui me concerne.
 +
Qu'est-ce que c'est que ces nanas
 +
qui se mettent au sport ?
 +
« Une présidente de foot, ça n'existe
 +
pas ! Me voyant arriver avec une équipe
 +
d'Arabes, c'était le bouquet! Par contre,
 +
quand les Arabes en question, qui se
 +
faisaient traiter de sales bougnoules et
 +
de sales melons, ne ripostaient pas et
 +
montraient de quelle façon ils étaient
 +
capables de jouer au ballon, ils étaient
 +
devenus des individus comme les autres.
 +
Et ça, c'était la plus belle chose qu'il m'a
 +
été donné de connaÎtre: qu'ils soient
 +
reconnus par les adultes et qu'ils aient
 +
acquis cette maÎtrise de ne plus répondre
 +
aux provocations du début à la fin du
 +
match.
 +
«Etant commerçante, j'ai subi le
 +
racisme des autres commerçants qui ne
 +
comprenaient pas ce que je pouvais faire
 +
avec ces jeunes qui les volaient, qui cassaient
 +
leurs vitres. Pour eux c'était absolument
 +
inadmissible... J'ai connu le
 +
racisme des flics qui venaient sans arrêt
 +
faire des çontrôles d'identité, qui me
 +
percevaient comme complice parce que
 +
moi je n'avais pas de problème, pas de
 +
vitres cassées, pas de vandalisme. J'étais
 +
donc forcément leur complice. Le
 +
racisme aussi des « bien-pensants » qui
 +
ne mettront jamais les pieds dans un lieu
 +
aussi « mal famé » que celui-là. Or,
 +
quand on y vient, on se rend compte que
 +
c'est un salon de thé mignon avec des ...
 +
des jeunes gens sympas, qui sont comme
 +
tout le monde. » La salle applaudit,
 +
30
 +
admirative. La présidente du forum lui
 +
accorde 114 d'heure de détente.
 +
L'après-midi tire à sa fin et l'on n'a pas
 +
encore cerné les grandes questions : estce
 +
que tout regroupement est un
 +
« ghetto » ? Est-ce que le « ghetto » ne
 +
renvoie pas à une certaine image de pauvreté
 +
? Le « ghetto » n'est-il pas plutôt
 +
dans le regard de l'extérieur qui enferme
 +
pour mieux rejeter, pour ne plus permettre
 +
d'en sortir?
 +
En sortir, bien sûr ! Comment ? En
 +
créant des structures ! « C'est pas un
 +
hasard. C'est quand il y a conflit et problème,
 +
que le secteur social se développe
 +
! ».
 +
En inventant peut-être ? Ne pas baisser
 +
les bras surtout ! « J'habite à Grigny -
 +
Grande Borne, à 20 km au sud de
 +
Paris; j'interviens pour dire que le
 +
« ghetto » se trouve dans le regard de
 +
ceux qui y vivent, et dans celui de l'extérieur.
 +
Cette cité est d'environ 15 000
 +
habitants. C'est une cité qui a recueilli
 +
tous les travailleurs des bidonvilles qui
 +
ont construit beaucoup de bâtiments en
 +
Essonne, et aussi des gens qu'on rejetait
 +
de Paris. Cette cité a maintenant 15 ans,
 +
les plus aisés en sont partis, et on e~t
 +
actuellement dans une concentration de
 +
misère, de cas sociaux. Et c'est ça finalement
 +
qui fait le ghetto. Dans cette cité il
 +
y a 1/3 d'étrangers, 1/3 de Français des
 +
DOM-TOM et 113 de Français qui
 +
vivent dans les mêmes conditions que les
 +
migrants. 15 o/o des logements sont inhabitables,
 +
reconnus insalubres. J'entrevois
 +
aujourd'hui deux types de solutions.
 +
Il y a des petites initiatives qui
 +
viennent des gens eux-mêmes. Ils ont
 +
créé une association « Vivre ensemble à
 +
Grigny », des gens très simples. Dans
 +
cette association, ils ont découvert qu'ils
 +
étaient capables de faire quelque chose
 +
en faisant une fête et ils ont voulu continuer
 +
à prendre leurs problèmes en main.
 +
Psychose
 +
« Je crois qu'il est important pour eux,
 +
pour sortir de cette psychose-là, de faire
 +
des choses ensemble. Pour l'autre solution,
 +
bien sûr on pourra dire que ça
 +
relève de l'assistance. Grigny-Grande
 +
Borne a été reconnu Îlot sensible, et
 +
devant des problèmes qui nous dépassent,
 +
l'apport de gens de l'extérieur
 +
reconnaissant que les habitants de la cité
 +
sont des gens comme les autres est
 +
important ... Il y a quand même une voie
 +
de solution avec la réfection des logements
 +
et la question scolaire. »
 +
Il est temps maintenant pour les
 +
connaisseurs en matière de « foyers » de
 +
prendre tour à tour la parole et de
 +
dénoncer, car il y a des scandales qui
 +
n'ont que trop duré. Ici une militante du
 +
MRAP : « On parle des gens ma/logés,
 +
je dirais même plus : à Paris il y a des
 +
gens qui ne sont pas logés. Il y a des possibilités,
 +
mais M. Chirac ne veut pas les
 +
utiliser. Et le Fonds d'Action Sociale, il
 +
faudrait peut-être en parler. Financé à
 +
80 o/o par les allocations des travailleurs
 +
immigrés dont le~ familles sont restées
 +
au pays, le FAS est géré en majorité par
 +
le patronat. On peut se poser beaucoup
 +
de questions quant à l'utilisation de ces
 +
fonds. Ils vont trop souvent subventionner
 +
des actions bidons ! Et quand on sait
 +
que l'argent que donne le FAS est
 +
ensuite géré par le Bureau d'Aide
 +
Sociale qui se charge donc de répercuter
 +
les dépenses et de s'occuper de gérer tous
 +
les foyers au niveau de Paris, ça donne
 +
une idée des problèmes critiques qu'on a
 +
en ce moment dans la ville ».
 +
Un leurre
 +
Là, un résident d'un foyer de St-Denis :
 +
« Ça peut paraÎtre paradoxal pour certains,
 +
mais depuis 1981 aucun foyer
 +
nouveau n'a été construit dans la région
 +
parisienne. Or des foyers-taudis, il y en a
 +
des dizaines, voire des centaines. On
 +
nous parle de politique de résorption des
 +
foyers-taudis ou des hôtels-meublés,
 +
moi je dis: c'est un leurre. Là où
 +
j'habite, 522 personnes sont surexploitées
 +
depuis 16 ans. Aujourd'hui elles
 +
demandent à vivre dans de bonnes conditions,
 +
dans un nouveau foyer. On leur
 +
répond : non, non, 522 personnes c'est
 +
trop, c'est inacceptable, on va vous faire
 +
un foyer de 229 personnes. Qui prend
 +
cette décision ? Ce n'est pas la société
 +
gestionnaire, c'est là tout près, c'est ~
 +
Mme Georgina Dufoix ». ~
 +
Sidi Gueye, de la FETAF, rapporteur du
 +
forum estime opportun d'intervenir.
 +
Après un rappel historique, il explique :
 +
« Il n'y a pas eu de politique de prévision
 +
de la part des sociétés gestionnaires,
 +
qui devaient s'attendre à ce que les célibataires
 +
qu'ils avaient logés se marient,
 +
fassent venir leurs femmes. Il n'y a pas
 +
eu de politique prospective prévoyant le
 +
relogement de ces mêmes immigrés. Les
 +
gens se sont retrouvés dans des cités de
 +
transit, dans des hôtels garnis, espérant
 +
vainement un logement HLM, inscrits
 +
sur des listes où d'autres attendaient, des
 +
Français notamment ». Nous avons à
 +
faire à l'insidieux, au serpent qui se
 +
mord la queue. Revenons donc à la
 +
question du financement du logement
 +
social, à la notion de quota, à la politique
 +
de ségrégation sociale et raciale. Un
 +
conseiller général nous ramène sans plus
 +
attendre à des chiffres : « Dans le Valde-
 +
Marne (1 200 000 habitants), il y a
 +
il 000 personnes qui vivent dans 425
 +
hôtels garnis. 87 o/o de ces établissements
 +
se trouvent dans 17 communes, 17
 +
communes dirigées par la gauche. Dans
 +
JO autres communes du département, les
 +
hôtels garnis ont disparu. Les propriétaires
 +
aidés des élus locaux les ont laissé
 +
pourrir. Et qu'est-ce que l'on voit construire
 +
à la place de ces hôtels ? Des logements
 +
de haut standing. On constate que
 +
ce sont finalement toujours les mêmes
 +
communes qui consentent à l'effort ! ».
 +
« Je voudrais vous répondre en faisant
 +
une proposition », enchaine le responsable
 +
d'un organisme gestionnaire.
 +
« Serait-il possible que volontairement
 +
les offices HLM et les collectivités loca-
 +
La Goutte d'Or
 +
les réservent un certain pourcentage des
 +
logements à des associations dans lesquelles
 +
seraient représentés les travailleurs
 +
immigrés ou des associations qui
 +
travaillent avec eux, ainsi qu'à des
 +
«familles à problèmes ». Actuellement,
 +
ça vient de se faire à Rennes ... »
 +
La salle s'échauffe : «Le contribuable,
 +
c'est aussi l'immigré, et le FAS c'est
 +
d'abord l'argent des immigrés. Le FAS
 +
prend environ 2,5 millions de francs par
 +
an depuis 1954 aux travailleurs immigrés.
 +
Il est chargé notamment des problèmes
 +
de logement et des constructions
 +
de foyers».« J'ai quelque chose à dire:
 +
le FAS finance des services sociaux qui
 +
refusent d'embaucher des travailleurs
 +
sociaux maghrébins. Le FAS finance
 +
l'émission « Mosaïque » et les immigrés
 +
payent leur redevance. C'est avec
 +
l'argent de la redevance qu'ilfautfinancer
 +
«Mosaïque», et non avec l'argent
 +
du FAS!».« On n'estpas /à pour mettre
 +
le FAS en accusation ! » réplique la
 +
présidente du forum. « Ce que nous
 +
réclamons, c'est le droit au logement.
 +
Les dossiers qui sont mis à la poubelle,
 +
on n'en veut plus ! »
 +
31
 +
C'est l'heure de rendre la salle. Véronique
 +
de Rudder, principale responsable
 +
du sondage SOFRES sur la présence des
 +
immigrés en France mettra, non sans
 +
peine, un point final à la discussion houleuse
 +
de cette première journée de
 +
réflexion : « Il n'y a actuellement pour
 +
les immigrés, ni rejet absolu, ni possiblités
 +
suffisantes de s'auto-organiser ... Si
 +
l'on veut être conséquent avec le titre
 +
« Vivre ensemble avec nos
 +
différences », on doit s'opposer à cette
 +
alternative rejet-invisibilité que le politique
 +
tend à nous imposer. Ce qui est en
 +
question, c'est à la fois leur possibilité
 +
de vivre avec des Français et à la fois
 +
leur possibilité de s'auto-organiser, là où
 +
ils le veulent, sur les bases qu'ils veulent.
 +
La discussion doit porter aussi sur
 +
l'habitat et pas seulement sur le logement
 +
... »
 +
Communication sociale
 +
18 mars, 9 heures : la nuit a porté conseil.
 +
On retourne à ce forum, sur
 +
d'autres bases, avec des idées, avec une
 +
volonté de méthode. Les intervenants
 +
s'inscrivent : il est grand temps d'inverser
 +
la vapeur, d'instaurer un véritable
 +
seuil de tolérance, celui des logements
 +
vides, de valoriser les moyens mis en
 +
oeuvre pour une autre politique de
 +
l'habitat, d'évoquer l'envergure des
 +
actions pour le développement social des
 +
quartiers dégradés. «A Amiens, dans le
 +
quartier du Pigeonnier, notre objectif
 +
est la mobilisation de la population, et
 +
sa participation aux décisions dans leur
 +
vie quotidienne. Pour cela, on a mis sur
 +
pied un véritable projet de communication
 +
sociale sur la base d'une action
 +
d'information et de formation. Ce qui
 +
est important, dans l'intervention de
 +
notre équipe, c'est que cette dynamique
 +
qui s'établit, on cherche à la faire passer
 +
au niveau des administrations.
 +
« On met en place des comités réduits,
 +
des comités par sous-quartiers, par
 +
groupe d'immeubles. Les résultats de ces
 +
réunions sont évoqués dans une commission
 +
spécifique par thème, et aboutissent
 +
finalement au comité de quartier. Notre
 +
but également est de trouver des moyens
 +
de financement qui puissent permettre
 +
d'appuyer des actions de groupes qui
 +
n'appartiennent pas à une structure traditionnelle
 +
et qu'on appelle souvent
 +
d'une façon péjorative, les « inorganisés
 +
». On essaie de mettre en balance la
 +
demande des structures organisées, les
 +
associations, et la demande de groupes
 +
inorganisés. Le plus gros effort qui a été
 +
fait jusqu'à présent, c'est de pouvoir
 +
donner non seulement la crédibilité aux
 +
mécanismes qui se sont créés, mais aussi
 +
la possibilité de décaler d'un cran le
 +
niveau de la prise de décision.
 +
« La logique du logement social basée
 +
sur l'habitat et non sur la vie sociale du
 +
quartier ou sur la gestion de l'ensemble
 +
du quartier, fait que ce logement social
 +
est fortement inadapté à la population
 +
.réelle du quartier. Ce qu'on constate
 +
dans la population de jeunes, c'est qu'il
 +
s'agit d'une population qui s'appréhende
 +
elle-même de façon interethnique.
 +
C'est donc un problème qui
 +
déborde largement la question des rapports
 +
entre Français et immigrés. Pour
 +
nous, le problème essentiel est que cette
 +
population de jeunes intervienne réellement
 +
sur la réhabilitation et sur le projet
 +
global de développement social. Il faut
 +
peut-être revoir la conception même de
 +
ce qu'on appelle « le mouvement associatif
 +
», loi 1901, etc. C'est vrai que les
 +
jeunes ne rentrent pas dans ce cadre-là,
 +
dans le fonctionnement habituel du
 +
mouvement associatif». Les jeunes,
 +
mais où sont donc les jeunes ? Les jeunes
 +
ne sont pas là pour l'instant pour
 +
répondre à ce que l'on croit bon ou mauvais
 +
pour eux. Dommage !
 +
La parole est maintenant à Mme Sylvie
 +
Rucheton, du Secrétariat chargé de
 +
l'immigration, qui rappelle les grands
 +
aspects de ces fameux contrats d'agglomération.
 +
Mis en oeuvre en 1981, ces
 +
contrats sont signés entre les municipalités
 +
et l'Etat. 37 contrats ont été signés en
 +
1983, correspondant à un budget de 20
 +
millions de francs. Un effort a été réalisé
 +
pour 84 avec un budget de 42,5 millions
 +
de francs. Le gouvernement reconnaît le
 +
handicap des petites communes qui
 +
n'ont pas la priorité à ces contrats. Mais
 +
les ressources du FAS peuvent compléter
 +
les aides de l'Etat : « Il est entendu entre
 +
le FAS et l'Etat, que nous subventionnons
 +
sur les crédits d'Etat tous les contrats
 +
d'agglomération retenus au titre
 +
des programmes locaux de développement
 +
social, mais qu'ailleurs, là où il y a
 +
une intention d'aider à l'insertion des
 +
immigrés, le FAS sera très attentif aux
 +
demandes». Et par rapport à la journée
 +
de la veille où il a été question essentiellement
 +
du logement, Mme Rucheton
 +
poursuit : « Il est important de rappeler
 +
que les problèmes de logement des immigrés
 +
ne relèvent pas uniquement du
 +
FAS. Le logement est d'abord financé
 +
par la CNLI, la Commission Nationale
 +
de Logement des Immigrés, qui a un
 +
budget de 0, 10 o/o du 1 o/o patronal. Par
 +
ailleurs, on s'est aperçu que 80 o/o des
 +
crédits de la CNLI allaient à des aides,
 +
peut-être très utiles, mais qui ne créaient
 +
aucun logement nouveau en faveur des
 +
immigrés. De ce fait le gouvernement a
 +
décidé d'investir la moitié des crédits
 +
réservés aux immigrés pour créer des
 +
logements et non plus pour subventionner,
 +
réhabiliter ou entretenir des offices
 +
HLM qui ont déjà reçu de l'argent pour
 +
ça ». « La bagarre sera dure ! », croit
 +
bon de préciser cette représentante du
 +
gouvernement, « les HLM vont hurler,
 +
il y aura des pressions locales ! Il va falloir
 +
imposer cette décision ».
 +
Mais c'est la crise, et il faudra bien avoir
 +
des idées. Du côté de la loi Quillot, n'y
 +
a-t-il pas des aspects nouveaux qu'il conviendrait
 +
de prendre en considération ?
 +
« Il est évident que ceux que nous avons
 +
en face, les propriétaires, font tout pour
 +
que cette loi ne soit pas utilisée. Il faut se
 +
faire violence ! Il y a un combat de responsabilisation
 +
à mener à tous les
 +
niveaux pour que les droits nouveaux
 +
soient utilisés. Il n'y a pas le jeune, le
 +
vieux ou l'immigré, il y a le locataire
 +
dans son ensemble. Il y a la possibilité
 +
aujourd'hui dans toutes les cités populaires
 +
d'avoir des représentants statutaires
 +
.et reconnus de par une loi d'ordre
 +
public ! La réunion trimestrielle, il faudra
 +
1 'imposer. Et quand je parle de locataire,
 +
c'est au sens large du terme, avec
 +
toutes les questions qui sont soulevées
 +
dans les cités ».
 +
Devant tant de bonnes résolutions, les
 +
propositions fusent : « Qu'on mentionne
 +
dans le rapport que les travailleurs
 +
immigrés demandent à gérer, par
 +
forum qui, pour certains, représente à
 +
elle seule toute la confusion instaurée
 +
autour de cet organisme. « C'est une
 +
politique très fine de laquelle les organismes
 +
gestionnaires tirent infiniment de
 +
profit. » «Nous reprochons au FAS
 +
d'avoir dilapidé l'argent des travailleurs
 +
immigrés pour des subventions d'associations
 +
absolument inconnues ». « Je
 +
peux donner des exemples ! .. » Le ton
 +
monte, tout le monde veut prendre la
 +
parole en même temps, la présidente
 +
tranche : « Je crois que vous avez raison
 +
dans la mesure où vous dites qu'il y a eu
 +
des abus réels. Mais il y a des évolutions,
 +
les choses se mettent en place ... et ce
 +
n'est pas fini ».
 +
C'est maintenant au délégué fédéral du
 +
Parti Socialiste chargé de l'immigration
 +
à Paris, de faire son entrée. Avec chiffres
 +
à l'appui, pour mieux dévoiler la
 +
politique de M. Chirac, maire de ce
 +
« Paris-standing » : « Le logement
 +
social à Paris est sinistré par M. Chirac
 +
lui-même. » « Dans la période 77-82, la
 +
ville de Paris a réalisé 19 538 logements
 +
sociaux. Dans le même temps 47 963
 +
logements de standing ont été livrés. Il y
 +
a eu des dizaines de milliers de logements
 +
à Paris, protégés par la loi de 48,
 +
qui ont été démolis ou rénovés à peu de
 +
frais, et livrés sur le marché spéculatif.
 +
JO à 20 000 par an ! Quand on examine
 +
comment la Ville a exercé son droit de
 +
préemption, on constate, de 77 à 81,
 +
qu'elle ne l'a pas exercé à plus de 4 o/o.
 +
Et on ne peut pas faire de logement
 +
social si on n'exerce pas le droit de
 +
préemption ! »
 +
Il y a vraiment de quoi lui en vouloir à
 +
« n y a des évolutions, les choses se mettent en place ...
 +
et ce n'est pas fini».
 +
un organisme qu'ils vont créer en collaboration
 +
avec les Français, le 0,1 o/o
 +
logement qui revient aux immigrés.
 +
Nous ne voulons plus qu'on gère nos
 +
affaires à notre place. C'est nous-mêmes
 +
qui allons chercher les solutions qui
 +
nous conviennent. » « Moi, je demande
 +
qu'une motion soit adressée au maire de
 +
Paris pour dénoncer et condamner
 +
vigoureusement la politique arrogante et
 +
raciste qu'il mène envers les immigrés».
 +
« Au niveau du FAS, ilfaut que la participation
 +
des travailleurs immigrés et des
 +
associations de travailleurs immigrés à la
 +
gestion soit effective ». « Il faut clairement
 +
définir le rôle de la CNLI. Que
 +
cette commission ait droit de décision.
 +
Ça permettrait à l'Etat de se substituer
 +
aux collectivités locales en cas de
 +
refus!».
 +
Il va sans dire qu'on revient inévitablement
 +
à la question du FAS. On s'adresse
 +
désormais directement à la présidente du
 +
32
 +
Chirac ! « Je suis tout à fait prêt à
 +
signer dès demain la motion faite au
 +
Bureau d'Aide Sociale de la Ville de
 +
Paris, d'autant que le directeur est non
 +
seulement un instrument politique de M.
 +
Chirac mais qu'il exerce une véritable
 +
paranoïa vis à vis des immigrés ! ».
 +
Ce sont maintenant les cinq dernières
 +
minutes, il faut rendre la salle : les derniers
 +
scrupuleux rectifient certains chiffres.
 +
Les dossiers, motions et propositions
 +
écrites sont rendus à la présidente
 +
du forum. Quelqu'un se permet encore
 +
de souffler, pour le rapport final, le cas
 +
des logements des étudiants étrangers ...
 +
et, à croire que ces Assises ont passionné
 +
: une voix au micro demande que
 +
« chacun parte avec les adresses des différentes
 +
associations représentées pour
 +
qu'on puisse continuer à travailler et
 +
constituer un dossier à transmettre aux
 +
ministères par l'intermédiaire... du
 +
MRAP, par exemple ! ». 0
 +
Habitat et cadre de vie
 +
Rapport présenté par
 +
Sidi Titiane GUEYE
 +
<( zz
 +
UJ
 +
(/)
 +
L es discussions au forum« Habitat
 +
et Cadre de vie » ont été
 +
d'une exceptionnelle richesse, et
 +
je vais m'employer à vous en livrer l'économie.
 +
Avant d'entrer dans le vif du sujet, je
 +
vais vous donner un chiffre approximatif
 +
du nombre de participants : environ
 +
300 la première journée et 250 la seconde.
 +
Les débats ont permis de passer
 +
en revue les aspects les plus importants
 +
du problème traité, à savoir :
 +
- le caractère ségrégatif du type de
 +
logement proposé aux immigrés en particulier,
 +
et à toutes les catégories sociales
 +
de conditions modestes, en général ;
 +
- le cas des foyers surpeuplés de la
 +
région parisienne, qui sont à la limite de
 +
l'insécurité ;
 +
- le problème des cités de transit ;
 +
- le cas des offices HLM et l'attitude
 +
des communes, des organismes de gestion
 +
et de l'Etat.
 +
L'examen de telles données a abouti à
 +
des propositions constructives allant
 +
dans le sens de l'amélioration afin de
 +
rendre possible le « vivre ensemble ».
 +
Lors des débats, le caractère ségrégatif
 +
du type de logement proposé a été fortement
 +
souligné et dénoncé.
 +
Pour beaucoup d'intervenants, cette
 +
donnée procède d'une certaine politique
 +
du logement qui tourne le dos à la prise
 +
en compte de l'émancipation de l'individu
 +
dans le cadre d'une bonne insertion
 +
et d'une bonne cohabitation.
 +
Concernant, par exemple, les imm,igrés,
 +
il a été constaté que le paramètre racial
 +
s'ajoutant aux mauvaises conditions de
 +
Présidente
 +
Andrée CHAZALETTE
 +
logement conditionne objectivement le
 +
phénomène de rejet et engendre des conflits.
 +
Dans le cas précis des cités de transit et
 +
des foyers, des descriptions précises ont
 +
été faites pour bien mettre spécialement
 +
en évidence l'aspect ségrégatif du logement
 +
social.
 +
Pour les foyers, des exemples précis de
 +
surpeuplement dans la région parisienne
 +
ont été fournis pour souligner le danger
 +
et l'insécurité qui en découlent pour les
 +
résidents.
 +
Il ressort de tout cela que l'improvisation
 +
manifeste qui a présidé à la venue
 +
de bon nombre d'immigrés (immigrés
 +
qu'on est allé chercher), est la cause
 +
principale de l'absence de structures
 +
d'accueil pour l'hébergement dans des
 +
conditions décentes.
 +
Par ailleurs, l'institutionnalisation du
 +
foyer-hôtel (pour les immigrés), outre le
 +
fait qu'elle précarise les conditions de
 +
vie des immigrés, exclut, en général,
 +
toute possibilité pour l'immigré marié de
 +
procéder dans des conditions satisfaisantes
 +
au regroupement familial.
 +
Bon nombre de participants ont mis
 +
l'accent sur cet aspect humain de la vie
 +
des immigrés (le regroupement familial)
 +
pour exiger la fin des mesures discriminatoires
 +
dont sont victimes les immigrés
 +
au niveau des commissions d'attribution
 +
de logements HLM.
 +
La discussion autour du problème des
 +
cités de transit a été, elle aussi, très intéressante.
 +
Des exemples vécus, soit à Paris, soit à
 +
Marseille, nous ont été rapportés et
 +
commentés avec une charge affective
 +
exceptionnelle.
 +
33
 +
De l'avis de tous les participants du
 +
forum, le problème de l'accès au logement
 +
reste pour l'ensemble des mallogés
 +
un cas dramatique.
 +
Il faut ajouter à cette donnée, selon certains
 +
autres, les facteurs qui caractérisent
 +
la domination politique, économique
 +
et culturelle dont les pays d'origine
 +
des immigrés ont été victimes, et qui
 +
semblent être la cause au moins indirecte
 +
de leur condition de mal-logés.
 +
Le cas des Gens du Voyage, les Tziganes,
 +
a été, également, évoqué.
 +
A ce niveau, on a souligné la lente évolution
 +
des mentalités qui pénalisent ces
 +
populations auxquelles on refuse le dr.oit
 +
du choix du type d'habitat, notamment,
 +
le droit de stationnement.
 +
Dans un tel contexte défavorable au
 +
départ, il a paru illusoire à l'ensemble
 +
des intervenants de prêcher le dialogue
 +
et la tolérance pour l'entente et la compréhension
 +
des diverses communautés,
 +
qui ont pour lot commun d'être des mallogés.
 +
La revendication fondamentale, qui
 +
découle d'une telle situation, est l'obtention,
 +
dans les conditions optimales (délai
 +
raisonnable, surface correspondant à la
 +
taille de la famille, etc ... ) de logements
 +
corrects pour les immigrés et l'ensemble
 +
des mal-logés.
 +
Après l'évocation du type de logement
 +
ségrégatif et la mise à nu de toutes les
 +
conséquences négatives qui en découlent,
 +
les participants au forum ont passé
 +
en revue les différentes institutions
 +
concernées (HLM, sociétés gestionnaires,
 +
Etat, etc ... ).
 +
Ghettos
 +
De l'avis de tous, l'accès à un appartement
 +
HLM relève aujourd'hui du miracle
 +
pour un immigré.
 +
Des obstacles de taille sont dressés pour
 +
lui en compliquer l'attribution.
 +
Des éléments qui nous ont été rapportés,
 +
il ressort que, sous prétexte d'éviter des
 +
concentrations (sous-entendu maintenir
 +
un quota), on refuse systématiquement
 +
l'attribution de logements à des familles
 +
d'immigrés.
 +
Il découle d'une telle donnée que le regroupement
 +
familial, en ce qui concerne
 +
les immigrés, hormis les complications
 +
administratives d'une période encore
 +
récente, est loin d'entrer dans les moeurs
 +
sociales.
 +
Et c'est ici le lieu de faire part des critiques
 +
sévères faites à l'endroit de certaines communes,
 +
notamment celle de Paris, en
 +
matière de politique de logements
 +
sociaux ou de foyers de travailleurs
 +
immigrés.
 +
Il a été reproché, par exemple, à la Ville
 +
de Paris, de pratiquer une politique
 +
systématique de réhabilitation somptueuse
 +
de certains quartiers sans aucune
 +
prévision pour le logement social.
 +
Et cet aspect ségrégatif en matière de
 +
logement est particulièrement aggravé
 +
par la politique d'abandon et de déguerpissement
 +
préconisée par le Bureau
 +
d'Aide Sociale (B.A.S.), comme cela a
 +
été le cas, récemment, avec le foyer de la
 +
Villette.
 +
Par ailleurs, un autre scandale a été
 +
dénoncé : celui du logement vide. Les
 +
participants ont estimé nécessaire, sous
 +
ce rapport, l'adoption de dispositions
 +
particulières pour mettre un terme à une
 +
telle anomalie.
 +
Toujours, au niveau des communes,
 +
l'existence des« ghettos »a longuement
 +
été évoquée.
 +
Néanmoins, tous les avis ont concordé
 +
pour reconnaître la réalité du « phénomène
 +
ghetto » et le danger qui en
 +
découle.
 +
Leur nature, les liens, qu'ont les ghettos
 +
avec la pauvreté, la marginalisation dont
 +
sont victimes leurs occupants, ont été
 +
passés au crible pour montrer combien
 +
est inacceptable le refus de certaines
 +
municipalités de voir s'implanter sur
 +
leur territoire des foyers de travailleurs
 +
immigrés.
 +
Qui finance ?
 +
Consécutivement à ces critiques formulées
 +
à l'endroit des communes, la discussion
 +
s'est aussi engagée autour du cas
 +
des sociétés gestionnaires de foyers de
 +
travailleurs immigrés (ex : ASSOTRAF,
 +
SONACOTRA, ADEF, SOUNDIATA,
 +
etc ... ).
 +
Nonobstant les thèses avancées par certains
 +
de leurs représentants, qui ont
 +
invoqué la difficulté d'obtention de permis
 +
de construire dans certaines municipalités,
 +
les sociétés gestionnaires ont été
 +
largement mises en cause.
 +
Pour beaucoup d'intervenants, les
 +
foyers, dans la plupart des cas, institutionnalisent
 +
le statut précaire de l'immigré
 +
en matière d'habitat.
 +
Les foyers renforcent la marginalisation
 +
de la population immigrée. Ils compromettent
 +
toute ouverture vers l'extérieur
 +
et toute insertion dans le tissu urbain
 +
environnant.
 +
Le type d'habitat qu'offrent les foyers,
 +
ne permet aucune concertation, aucun
 +
dialogue entre résidents et sociétés gestionnaires.
 +
Les augmentations illégales du coût des
 +
loyers et certains litiges procèdent d'un
 +
manque réel de coopération.
 +
Et cela est d'autant plus inadmissible
 +
que ce sont les immigrés qui, pratiquement
 +
par l'intermédiaire du FAS, financent
 +
leurs logements.
 +
L'intervention de l'Etat a été particulièrement
 +
souhaitée pour la prise en charge
 +
de la construction des foyers.
 +
A ce sujet, les participants au forum ont
 +
estimé insuffisante la contribution de
 +
l'Etat pour la construction de foyers
 +
ainsi que pour l'habitat social en général,
 +
et cela, en dépit d'avancées importantes.
 +
Tel est le résumé des critiques et remarques
 +
faites au cours des débats.
 +
Des propositions concrètes ont été avancées
 +
afin de réunir les conditions objectives
 +
d'une meilleure cohabitation, condition
 +
sine qua non du « vivre ensemble ».
 +
L'unanimité s'est faite pour stigmatiser
 +
toute notion de quotas dans l'attribution
 +
de logements aux travailleurs immigrés.
 +
Pour aller hardiment dans le sens d'une
 +
véritable promotion du logement social,
 +
la recommandation a été faite à l'endroit
 +
des institutions concernées, de veiller à
 +
la rénovation du parc H.L.M.
 +
Concernant le financement, les intervenants
 +
du forum ont mis l'accent sur
 +
l'impérieuse nécessité d'utiliser le 1 OJo
 +
consacré au logement et que cela soit la
 +
règle, sans exception, au niveau de toutes
 +
les communes.
 +
Il faut aller vers des solutions nouvelles
 +
qui mettent fin au statut précaire d'habitat
 +
pour immigré. Pour ce faire, une
 +
seule voie : une répartition équilibrée de
 +
l'implantation des foyers, entre toutes
 +
les communes sans exceptions.
 +
Tout en insistant sur la nécessité de procéder
 +
à la rénovation du parc hôtelier
 +
existant, les participants ont mis l'accent
 +
sur la nécessité d'intégrer la construction
 +
de logements de travailleurs immigrés
 +
dans la planification nationale du logement.
 +
Evoquant la dimension culturelle qui
 +
relie l'occupant à son habitat, beaucoup
 +
d'intervenants ont pensé utile de faire
 +
appel, à l'avenir, à des architectes africains
 +
pour la conception d'un type de
 +
logement respectueux de la personnalité
 +
individuelle et collective de l'immigré
 +
africain.
 +
En ce qui concerne le Conseil National
 +
pour le Logement des immigrés, les
 +
intervenants ont surtout insisté sur le
 +
manque d'informations du rôle effectif
 +
qu'il joue.
 +
Pour l'ensemble des participants au
 +
forum, il s'avère impérieux de faire
 +
mieux connaître le rôle joué par cet
 +
organisme, afin de permettre aux associations
 +
d'immigrés d'être informées.
 +
Cela devrait permettre, par exemple, de
 +
mieux suivre la destination du 0,1 %,
 +
réservé au logement des immigrés, et
 +
qui, quelquefois, disparaît dans les
 +
sables de la bureaucratie.
 +
Il faut souligner que des discussions
 +
ardues ont été menées pour exiger plus
 +
de transparence dans les dépenses
 +
qu'effectue le Fonds d'Action Sociale.
 +
La participation à la gestion (financement)
 +
des foyers a été déplorée et on a
 +
mis en cause le financement qu'il octroie
 +
pour des émissions comme « Mosaïque
 +
», alors qu'une telle émission
 +
34
 +
devrait normalement être financée par
 +
les Sociétés nationales de diffusion.
 +
Et cette attaque, il faut le reconnaître, a
 +
été d'autant plus virulente que le budget
 +
du FAS provient essentiellement du reliquat
 +
des salaires différés des immigrés :
 +
à savoir le non-paiement des allocations
 +
familiales aux enfants restés au pays.
 +
La question des « squatts ». A ce propos,
 +
la notion de « squatt contrôlé » a
 +
été avancée. Selon les tenants de cette
 +
thèse, il s'agirait d'une occupation contrôlée
 +
qu'aurait permise le dialogue
 +
entre le gouvernement et les occupants.
 +
Dans le même ordre d'idées, des propositions
 +
allant dans le sens d'une participation
 +
du mouvement associatif à la réalisation
 +
de logements sociaux ont été faites
 +
:
 +
a) confier la gestion de certains foyers
 +
repris et « retapés » à des associations
 +
(surtout antiracistes) qui en assureraient
 +
la gestion et la location ;
 +
b) mettre sur pied un dispositif qui soit
 +
apte à enrayer la pénurie de logements
 +
sociaux universitaires dont souffrent les
 +
étudiants africains.
 +
Expériences de mise en oeuvre de structures
 +
d'animation et d'amélioration de
 +
l'habitat au niveau des quartiers.
 +
Il s'agit, concrètement, d'opérations
 +
nationales de développement de quartiers.
 +
Se prendre en
 +
charge
 +
L'expérience en cours à Amiens a suscité
 +
beaucoup d'intérêt et illustre toute
 +
l'importance de telles opérations dans le
 +
cadre de la cohabitation et de la recherche
 +
de solutions idéales, permettant un
 +
échange entre différentes communautés
 +
dans un parfait esprit de tolérance.
 +
A ce niveau, il a été fortement recommandé
 +
de procéder à une dynamisation
 +
de l'activité des habitants des quartiers,
 +
pour une réelle prise en main de leurs
 +
propres affaires.
 +
Encore une fois, l'accent a été surtout
 +
mis sur la nécessité d'une collaboration
 +
effective entre associations d'immigrés,
 +
mouvement associatif et autorités locales
 +
pour la recherche de solutions acceptables
 +
pour l'ensemble des communautés
 +
vivant ensemble.
 +
J'en aurai terminé quand j'aurai ajouté
 +
simplement ceci : selon tous les participants
 +
au forum, rien ne changera si les
 +
habitants eux-mêmes ne prennent pas en
 +
charge leurs propres affaires, en utilisant
 +
toutes les dispositions légales existantes,
 +
notamment, celle de la Loi Quillot.
 +
Car, il ne suffit pas de critiquer les institutions
 +
établies, il faut aussi agir ensemble
 +
pour faire changer la situation .. 0
 +
Chronique du flagrant racisme
 +
Préface
 +
de Casamayor
 +
Un livre du MRAP
 +
144 pages
 +
52 F
 +
MouVement
 +
et pour !~mit ~ontre fe racisme
 +
C {_ . le entre les peuples
 +
IJron,que
 +
du flagrant
 +
Préface de c
 +
asa111aJ]or
 +
racisme
 +
Avec la crise, les vieux démons du racisme resurgissent
 +
sous des formes nouvelles : la lutte pour l'emploi, l'insécurité,
 +
etc. S'il est essentiel de combattre les idées fausses
 +
sur ce sujet, la lutte doit aussi se mener sur le terrain
 +
concret de la défense des victimes du racisme au quotidien.
 +
Ce guide pratique analyse les posibilités offertes par la
 +
loi de 1972 pour lutter contre les injures racistes, le refus-de
 +
logement, de travail, de service dans un café, etc.
 +
Cahiers libres
 +
Editions La Découverte
 +
1, place Paul-Painlevé, Paris Ve-Tél.: 633.41.16
 +
FORUM
 +
-Entreprises et droits des travailleurs-
 +
Tandis qu'on s'organise dans les grandes entreprises, rien ne
 +
va plus dans les PME.
 +
Pas facile d'y faire respecter la loi ...
 +
LA CRISE, LA CRISE
 +
36
 +
e forum « Entreprise et Droits L des travailleurs » a montré l'intérêt
 +
d'étudier le rôle de l'immigration
 +
en période de crise économique.
 +
Lors de son introduction, le professeur
 +
Henri Bartoli a tenu à rappeler quelques
 +
données historiques sur le travail et la
 +
présence des immigrés, ces quinze dernières
 +
années.
 +
Nous avons assisté dans les années 70 à
 +
une fermeture de l'embauche à fort
 +
pourcentage immigré. Les frontières
 +
n'étaient plus ouvertes et les travailleurs
 +
étrangers ont vu leur effectif diminuer.
 +
On a constaté une stabilisation, puis une
 +
sédentarisation, une tendance à ne plus
 +
« retourner au pays » dans les années
 +
73-76. Dès lors, nous avons vu apparaître
 +
de nouvelles lignes de partage sur le
 +
marché du travail et une transformation
 +
des structures de l'emploi. Selon les chiffres
 +
publiés en janvier 1984 par l'Institut
 +
National de la Statistique, 34,7 % des
 +
travailleurs immigrés se retrouvent dans
 +
l'industrie manufacturière, 20,9 OJo dans
 +
le bâtiment-travaux publics, 33,4 %
 +
dans les services (nettoyage, hygiène) et
 +
7, 7 % dans le co~merce.
 +
Une première constatation s'impose : la
 +
majorité des immigrés n'est plus dans
 +
l'industrie mais dans le secteur tertiaire.
 +
Le glissement est patent depuis les
 +
années 1979 : moins 11 % pour l'industrie,
 +
moins 9,5 % pour le bâtiment et
 +
plus 14,2 % pour les services ; quant au
 +
commerce, il est en hausse de 2,1 OJo. Au
 +
cours de ces mêmes années, des changements
 +
technologiques importants interviennent
 +
: automatisation des postes de
 +
travail, accélération de la production,
 +
intensification aussi, car il est à noter
 +
que les nouvelles formes d'organisation
 +
(le non-taylorisme) ne concernent que
 +
4 %de la main-d'oeuvre. Nous assistons
 +
dans le même temps à une restructuration
 +
du travail par type de spécialisations
 +
et de tâches par groupes d'ouvriers,
 +
ce qui a tendance à enfermer les
 +
travailleurs dans certains types
 +
d'emplois. A cette époque également, la
 +
préférence à l'embauche est de plus en
 +
plus donnée aux détenteurs d'un diplôme
 +
: l'école est le reflet d'un passé,
 +
d'une origine sociale. Le patronat est à
 +
la recherche d'une flexibilité accrue de la
 +
main-d'oeuvre avec recours à la précarisation
 +
: sous-traitance, travail à domicile,
 +
intérim, contrats à durée déterminée.
 +
La présence des immigrés est donc
 +
intéressante, notamment dans le secteur
 +
intérimaire qui emploie majoritairement
 +
ouvriers et non qualifiés. En cela, le
 +
patronat manifeste sa volonté d'un rééquilibrage
 +
ethnique de sa main-d'oeuvre.
 +
En tout cas, si l'on compare licenciements
 +
et promotions, la différence est
 +
sensible entre les immigrés et les nationaux.
 +
Ôn peut toutefois constater une évolution
 +
de la qualification des travailleurs
 +
étrangers. Comparons les chiffres : en
 +
1971, le pourcentage de manoeuvres était
 +
de 26,7 %, en 1984 il est de 14 %. Pour
 +
les O.S., il est de 40,1 % en 1971 et de
 +
33,1 %en 1984. Pour les ouvriers qualifiés,
 +
on passe de 26,8 % à 37,3 %. Cette
 +
montée de la qualification de la maind'oeuvre
 +
étrangère est dû, pour une
 +
bonne part, à l'arrivée des immigrés du
 +
Sud-Est asiatique, qui ont un niveau de
 +
formation plus élevé. C'est la même
 +
situation pour les jeunes de la deuxième
 +
génération. On peut observer que 44 à
 +
48 % des Italiens et des Espagnols ont
 +
une qualification. 47 % des Turcs sont
 +
O.S. contre 43 % des Marocains. Les
 +
Algériens sont manoeuvres à 24,8 %. Il
 +
n'y a donc pas un problème uniforme,
 +
mais de situations changeantes, les plus
 +
défavorisés étant les Africains et les
 +
Maghrébins.
 +
Il est essentiel d'aborder la qq.estion des
 +
droits nouveaux des travailleurs. Les
 +
choses, à vrai dire, ont évolué lentement.
 +
Le premier texte intéressant date
 +
du 27 décembre 1968. C'est une loi
 +
admettant, sous certaines réserves,
 +
l'accès des travailleurs étrangers aux
 +
fonctions de délégués syndicaux. Le 27
 +
juin 1972, la possibilité d'élection au
 +
comité d'entreprise leur est reconnue, à
 +
la condition de savoir lire et écrire le
 +
français. Le 11 juillet 1975, cette condition
 +
est supprimée ; les travailleurs
 +
l'entreprise sont confrontés à divers problèmes
 +
: insertion difficile dans la production,
 +
le plus souvent sans préparation,
 +
exploitation sans vergogne. Autant
 +
de difficultés qui les placent dans une
 +
situation d'infériorité pour leur vie professionnelle.
 +
En 1975, des circulaires avaient déjà
 +
traité de la formation, de la préformation,
 +
des tâches qui devraient être
 +
remplies. Mais où en sommes-nous ? La
 +
formation fait-elle l'objet d'un avenant
 +
au contrat de travail et est-elle précédée
 +
d'un stage dans le pays d'origine ? En
 +
principe, l'employeur se doit d'assurer
 +
cette initiation en la rémunérant. Il faut
 +
envisager également la question essentielle
 +
de la « mise à niveau ». Un droit
 +
qui devrait concerner les quatre millions
 +
d'immigrés vivant en France. Mais sur
 +
ceux-ci, 500 000 à un million utilisent les
 +
« mots de passe » de la pauvreté, un langage
 +
tel qu'ils ne peuvent exprimer profondément
 +
ce qu'ils ressentent. Ils se
 +
trouvent ainsi extrêmement défavorisés
 +
dans la vie professionnelle.
 +
Alors comment procéder à cette mise à
 +
niveau ? Existe-t-il des manières spécifiques
 +
d'enseigner, un enseignement plus
 +
ouvert sur la vie ? Quel type de pédagogie,
 +
et dans quel lieu, peut-on envisager
 +
? Où en est la pré-formation pour les
 +
jeunes et les adultes, cette fameuse
 +
« seconde chance » dont on a tant
 +
parlé ? 15 000 places en 1980 : un chif-
 +
«La majorité des immigrés n'est plus dans l'industrie,
 +
mais dans le secteur tertiaire.
 +
Le glissement est patent depuis 1979 ».
 +
étrangers ont accès aux fonctions
 +
d'administration et de direction des
 +
syndicats, bien qu'une limite soit imposée
 +
quant à leur pourcentage dans les
 +
organes dirigeants. La loi du 4 août
 +
1982, reconnaît une plus grande liberté
 +
aux travailleurs dans l'entreprise, avec le
 +
droit à l'expression directe et collective
 +
de tous les salariés. Mais où en sommesnous
 +
de l'auto-organisation des travailleurs
 +
? Qui sont leurs « porte-parole »,
 +
et qui s'est approprié ce droit d'expression
 +
? Enfin, n'oublions pas que le 7
 +
octobre 1982, les conditions d'éligibilité
 +
des délégués du personnel ont changé et
 +
que les élus ont désormais des compétences
 +
économiques au niveau du comité
 +
d'entreprise. Alors qu'en est-il des délégués
 +
de chaîne, des négociations relatives
 +
à cette question entre patronat et
 +
syndicats, de la représentation des immigrés
 +
au conseil d'administration du FAS
 +
(Fonds d'Action Sociale) dont le rôle a
 +
été modifié et redéfini le 30 juin 1982 ?
 +
Interrogations d'importance suivies
 +
d'une autre série de questions. Les
 +
immigrés lors de leur arrivée dans
 +
37
 +
fre ridicule par rapport aux besoins et
 +
aux demandes. On ne peut passer sous
 +
silence les questions relatives à la durée
 +
des stages, à leur sélection d'entrée, et à
 +
leur issue. Trouve-t-on un emploi et de
 +
quel type ? Une somme de problèmes
 +
qui nous interpt;lle et pose directement la
 +
question de la formation et du retour.
 +
Car celui-ci est inconcevable sans envisager
 +
une négociation avec les pays d'origine,
 +
sans s'interroger sur les plans de
 +
développement mis en place, sur la langue,
 +
la culture, sur les possibilités
 +
d'insertion, de réinsertion dans la
 +
société du pays d'origine.
 +
Les interventions lors de ce forum
 +
« Entreprise et Droits des travailleurs »
 +
furent nombreuses. Nous avons choisi
 +
d'en citer quelques-unes parmi les plus
 +
significatives.
 +
Après avoir évoqué les manques, les
 +
absences, et la non-application des lois
 +
Auroux, un responsable syndical d'une
 +
grande firme automobile est revenu sur
 +
la qualification des immigrés. Car s'il est
 +
vrai que le nombre d'OS diminue statistiquement,
 +
cela ne signifie pas nécessairement
 +
que les postes occupés présentent
 +
un plus grand intérêt. C'est plutôt le
 +
résultat d'une lutte pour ne plus être
 +
« O.S. à vie ». Par ailleurs, le changement
 +
de statut est dû, dans la plupart des
 +
cas, à l'ancienneté et non à la formation
 +
professionnelle. Lors d'un licenciement
 +
économique, on voit régulièrement des
 +
qualifications ne pas être reconnues
 +
dans une autre entreprise.
 +
L'adaptation au poste de travail, l'interchangeabilité,
 +
appelée « enrichissement
 +
des tâches », sans oublier le chômage,
 +
sont les autres aspects de la diminution
 +
des O.S. dans les statistiques. Mais de
 +
toute façon, cela ne signifie pas une
 +
diminution de l'intensité du travail.
 +
Prenons l'exemple de la Régie Renault et
 +
des discussions actuelles sur les classifications.
 +
Le patronat refuse la reconnaissance
 +
des qualifications et la possibilité
 +
de passer de l'une à l'autre. Si l'on
 +
aborde maintenant le problème des mutations
 +
technologiques, il est nécessaire
 +
d'envisager une reconversion des travailleurs
 +
: dans un atelier, 120 peintres, tous
 +
d'origine étrangère, effectuent sur deux
 +
ans un stage pour être tuyauteur, plombier,
 +
carreleur, passer du stade de Pl à
 +
P2 et être capables d'assurer la maintenance
 +
élémentaire des futurs robots.
 +
Pour arriver à cet accord, une dizaine de
 +
débrayages furent nécessaires, ce qui
 +
illustre avec force la résistance patronale.
 +
Sélection arbitraire
 +
Mais de l'automobile, passons à la fonction
 +
publique : un travailleur originaire
 +
des départements d'Outre-mer, nous a
 +
apporté son témoignage : possédant le
 +
même diplôme qu'un métropolitain, il
 +
est resté homme de ménage et n'a pu
 +
accéder au titre d'agent hospitalier. A
 +
qualification égale, le salaire est inférieur,
 +
la sélection à l'embauche arbitraire.
 +
Autre situation difficile évoquée : celle
 +
des travailleurs immigrés dans la région
 +
de Montpellier, secteurs du bâtiment ou
 +
de l'agriculture. Très souvent, il s'agit là
 +
d'ouvriers clandestins, payés au noir, littéralement
 +
séquestrés par leurs patrons,
 +
sans protection sociale et sans possibilité
 +
de se défendre.
 +
A la suite de ces témoignages, Mme
 +
Martine Frachon, député des Yvelines,
 +
est intervenue pour préciser et expliciter
 +
la loi Auroux. Il est possible en effet
 +
désormais d'arrêter tout travail lorsque
 +
l'ouvrier juge, à tout moment, sa vie
 +
menacée. Les comités d'hygiène et de
 +
sécurité ont vu leurs droits s'élargir.
 +
Mais il est réel qu'il existe là encore une
 +
mauvaise information sur le contenu de
 +
ces nouvelles dispositions, et la lutte à
 +
mener sans cesse pour l'application par
 +
le patronat de ces mesures législatives.
 +
L'exemple des travailleurs de l'entreprise
 +
Remetal, à Saint-Arnoult en Yvelines
 +
a permis à tout un chacun de comprendre
 +
à quel point l'exploitation peut
 +
être inhumaine et intolérable, l'isolement
 +
total et la solidarité des travailleurs
 +
français -immigrés indispensable et
 +
essentielle. Car comme le souligna avec
 +
force une femme immigrée, lorsque l'on
 +
fait neuf heures de travail, ces neuf heures
 +
pour« l'étranger »sont bien souvent
 +
synonymes de mépris et d'humiliation,
 +
humiliation qui, hélas ! ne s'arrête pas à
 +
la porte de l'usine.
 +
Ainsi, la première partie de ce forum a
 +
montré l'extrême urgence d'appliquer,
 +
dans les petites et moyennes entreprises
 +
à l'instar des grandes, les nouveaux
 +
droits des travailleurs, prévus par les
 +
textes législatifs.
 +
«Les travailleurs immigrés, l'immigration
 +
dans son ensemble, de phénomène
 +
conjoncturel, sont devenus éléments
 +
structurels et durables de l'économie et
 +
de la société française ... Vouloir régler
 +
le problème de l'emploi par le rejet des
 +
travailleurs immigrés est une fausse
 +
solution. Tenter de jaire croire que le
 +
renvoi des immigrés permettrait leur
 +
substitution par des chômeurs français
 +
est une mystification ». Ces quelques
 +
phrases du rapport de Mario Fornaciari
 +
illustrent bien l'enjeu du débat, de la
 +
formation au retour des travailleurs
 +
immigrés.
 +
Mais entrons directement dans le vif du
 +
sujet avec l'intervention de M. Pastuglia,
 +
président de l'Association pour
 +
l'Enseignement et la Formation des Travailleurs
 +
immigrés dans l'entreprise.
 +
« Le sort de ces travailleurs, dans le
 +
domaine de la formation professionnelle,
 +
est lié à celui des autres salariés.
 +
Car en France, pays de traditions, qui
 +
forme les médecins ? Eh ! bien, ce sont
 +
les médecins. Qui forme les travailleurs
 +
? ce ne sont pas les travailleurs ».
 +
Cette formation professionnelle dépend
 +
en fait des décisions patronales. Pour les
 +
travailleurs immigrés, la situation est
 +
aggravée : le cursus passe par l'alphabétisation,
 +
la pré-formation et seulement
 +
après ils peuvent accéder à une certaine
 +
qualification. En fait, on les infantilise.
 +
On oublie simplement que les travailleurs
 +
immigrés doivent apprendre et
 +
38
 +
Des conditions de travail souvent
 +
apprendre vite, mais en tenant compte
 +
bien sûr de toutes leurs capacités, leur
 +
savoir-faire, leur expérience professionnelle.
 +
Mais on nie cet acquis, on nie
 +
toute pratique au long de ces années passées
 +
chez Talbot ou Citrôen. Prendre
 +
cela en compte permettrait d'aller beaucoup
 +
plus rapidement vers une formation
 +
qualifiante. ·
 +
Par ailleurs, l'on ne peut passer sous
 +
silence la discrimination en ce qui
 +
concerne les congés de formation : les
 +
immigrés n'y ont pratiquement pas
 +
droit. Les stages, à part les stages de
 +
l' AFPA et de l'Université, sont payants
 +
à 50 OJo. Ce qui ne peut guère favoriser
 +
les plus démunis.
 +
Les deux questions formation et retour
 +
sont liées. Le responsable de l' AFRAM
 +
(Association pour la Formation, la
 +
Réinsertion et le Retour des Africains
 +
Migrants) nous a fait part des expériences
 +
tentées en direction du Sénégal, du
 +
Mali et de la Mauritanie. Un apprentissage
 +
technique est prévu dans le
 +
domaine agricole dans la campagne
 +
française, à la suite d'un enseignement
 +
théorique. Mais ces témoignages posent
 +
douteuses, une formation professionnelle quasiment absente : tout n'est pas rose ...
 +
question, dans la mesure où trop souvent
 +
nombre d'associations se battent
 +
seules, sans moyens, sans liaisons et surtout
 +
sans approche globale d'un problème
 +
qui devrait faire partie d'une stratégie
 +
de coopération entre pays concernés.
 +
Là encore, le gâchis est énorme.
 +
La question du retour
 +
Concentrer les bonnes volontés dans une
 +
réelle politique de développement permettrait
 +
de résoudre ces difficultés. A
 +
partir de ces différentes initiatives, il est
 +
nécessaire d'aller vers une institutionalisation
 +
des projets, en n'oubliant pas le
 +
lien pratique et théorique au milieu
 +
ambiant. Il s'agit de donner les moyens
 +
au pays du Tiers-Monde de retrouver
 +
leur indépendance et se garder d'estimer
 +
que seule l'évolution occidentale est la
 +
voie à suivre. La question du retour ne
 +
peut être posée sans faire référence au
 +
« dialogue Nord-Sud », à la situation
 +
des pays concernés, à un nouvel ordre
 +
économique international. Et en tout
 +
état de cause ne peut s'envisager que sur
 +
la base du volontariat. Il est très important
 +
d'insister sur ce point, car les .travailleurs
 +
immigrés ont acquis le droit de
 +
choisir librement de rester en France ou
 +
de retourner dans leur pays d'origine.
 +
Le responsable de la C.G.T. de Citrôen,
 +
- Aulnay, Akka Ghazi, a lui aussi tenu
 +
à évoquer cette question en posant
 +
d'autres interrogations : les commissions
 +
gouvernementales censées traiter
 +
de ce problème du retour prennent-elles
 +
en compte le choix des travailleurs ? Car
 +
sous prétexte de révolution industrielle,
 +
le patronat se permet de licencier sans
 +
vergogne. Mais c'est ce même patronat
 +
qui a fait venir les ouvriers de leur pays,
 +
lorsqu'il en avait besoin. « Doit-on partir
 +
avec un diplôme, une qualification
 +
pour garder les vaches ? Accélérer les
 +
licenciements, jeter les travailleurs à la
 +
rue est une solution idéale pour le capital,
 +
en oubliant la responsabilité même
 +
du patronat ! » Çe dernier devait,
 +
depuis la loi de 1971, verser 1 à 2 %
 +
pour la formation professionnelle. Malheureusement,
 +
les syndicats n'ont sur ce
 +
sujet qu'un droit de consultation et ne
 +
peuvent imposer leur point de vue.
 +
39
 +
La formation, et c'est à déplorer, n'est
 +
par tournée vers les techniques nouvelles.
 +
Tout simplement par manque de
 +
moyens, de crédits, de financement. Un
 +
seul stage digne de ce nom a été organisé
 +
en 1975, spécifiquement pour 11 travailleurs
 +
immigrés à la Régie Renault. La
 +
majorité de l'argent va donc à la formation
 +
des techniciens, cadres, ingénieurs.
 +
Ne serait-il pas normal d'obliger le
 +
patronat à appliquer les lois existantes ?
 +
En fait, trop souvent la formation va
 +
vers le bas et non vers le haut.
 +
Concertation avant
 +
tout
 +
C'est ainsi que les témoignages des travailleurs
 +
immigrés ont mis en évidence
 +
les inquiétudes ressenties, même si
 +
l'ensemble des participants à ce forum
 +
s'est félicité de la politique gouvernementale
 +
qui a rejeté toute idée de renvoi
 +
autoritaire et qui a basé sa politique sur
 +
le volontariat et la concertation avec les
 +
pays d'origine. D
 +
Entreprise et droits
 +
des travailleurs
 +
Rapport présenté par
 +
Mario FOANACIAAI
 +
N otre forum avait à débattre une
 +
des questions essentielles qui
 +
place l'immigration au coeur
 +
même de la crise puisqu'il s'agit de sa
 +
place, de son rôle et de son avenir dans
 +
l'appareil de production du pays. Le
 +
nombre de participants (cent quatrevingt-
 +
un samedi après-midi et près de
 +
cent ce matin) ainsi que le nombre
 +
d'interventions, quarante et une au
 +
total, montrent l'intérêt que ce forum a
 +
suscité.
 +
A quelles conclusions sommes-nous arrivés
 +
à partir des expériences vécues par
 +
les intervenants et des propositions
 +
avancées ? Il a été montré que l'immigration
 +
massive de main-d'oeuvre n'est
 +
pas un phénomène naturel et inéluctable.
 +
Elle est liée à des causes économiques
 +
et politiques découlant d'un développement
 +
inégal de différents pays. Sa
 +
place et son rôle en France sont intimement
 +
liés au développement du capitalisme
 +
français. C'est lui qui, en fonction
 +
de ses objectifs économiques et politiques,
 +
en a déterminé le nombre et son
 +
utilisation.
 +
La relation Français et immigrés dans
 +
l'entreprise est pour une part essentielle
 +
dépendante et conséquente de la politique
 +
du patronat. Dans les périodes
 +
d'expansion économique, il a fait appel
 +
à une abondante main-d'oeuvre sousqualifiée
 +
pour accomplir les tâches
 +
subalternes dans ses grandes unités de
 +
production et dans les secteurs-clés de
 +
l'économie. Dans les périodes de récession
 +
et de crise économique, il se sert de
 +
l'immigration comme « bouc émissaire
 +
».
 +
Président:
 +
Henri BARTOLI
 +
L'immigré, quelle que soit sa nationalité,
 +
est toujours mis en concurrence
 +
avec les autres travailleurs français et
 +
immigrés. Il en est de même des femmes
 +
et des jeunes. La crise accentue les oppositions
 +
fallacieuses et les phénomènes de
 +
division à partir des réalités quotidiennes
 +
qui cachent l'antagonisme fondamental
 +
entre celui qui possède les
 +
moyens de production et celui qui,
 +
quelle que soit sa nationalité, son sexe
 +
ou son âge, est contraint de vendre sa
 +
force de travail pour vivre. C'est dans
 +
ces périodes de crise que la relation
 +
Français et immigrés est la plus difficile
 +
et où le racisme et la xénophobie trouvent
 +
le terrain le plus fertile.
 +
Mais la relation Français et immigrés est
 +
aussi fonction du rapport de force créé
 +
dans l'entreprise. Rapport de force
 +
dépendant à la fois de l'état de conscience
 +
des uns et des autres d'appartenir
 +
à la même classe ouvrière, d'avoir en
 +
face le même adversaire et de la nécessité
 +
de s'unir et de s'organiser ensemble pour
 +
se défendre et faire progresser les droits
 +
à égalité, indépendamment de la nationalité
 +
de chacun, mais en fonction du
 +
travail fourni et des richesses créées.
 +
DesPMEaux
 +
grandes entreprises
 +
Il est incontestable que c'est dans les
 +
grandes entreprises où se trouvent de
 +
grandes concentrations de travailleurs,
 +
où l'expérience de l'organisation et de la
 +
solidarité ouvrière est devenue une force
 +
matérielle, que la relation Français et
 +
40
 +
immigrés est la meilleure, où le racisme
 +
et la division ont le moins de prise, où
 +
l'immigré comme le Français peut
 +
acquérir la confiance de ses camarades
 +
de travail et jouer un rôle actif et dirigeant
 +
dans l'organisation syndicale.
 +
Les grandes grèves de ces dernières
 +
années, en particulier dans l'automobile,
 +
pour le droit à la dignité des travailleurs
 +
immigrés, aidés en cela par le changement
 +
politique intervenu dans le pays
 +
et les droits nouveaux acquis par les travailleurs,
 +
l'ont amplement démontré.
 +
· Par contre, la discussion a démontré que
 +
dans les moyennes entreprises, la relation
 +
Français et immigrés est la plus difficile.
 +
Les raisons en sont simples. Les
 +
droits des travailleurs, anciens et nouveaux,
 +
sont encore trop souvent méconnus,
 +
contestés, inappliqués et bafoués ;
 +
1 'organisation syndicale difficile à constituer
 +
du fait de la répression patronale.
 +
De multiples exemples ont été cités, que
 +
ce soit dans l'industrie comme dans le
 +
tertiaire, dans les établissements de
 +
santé, ceux du commerce, de l'industrie,
 +
de l'hôtellerie, dans les entreprises du
 +
nettoyage.
 +
Quand, dans ces entreprises, les travailleurs
 +
immigrés représentent la grande
 +
majorité du personnel, certains patrons
 +
se conduisent aujourd'hui encore
 +
comme de véritables négriers.
 +
Le cas de l'usine Remetal, dans les Yvelines,
 +
est suffisamment démonstratif.
 +
Depuis quatre mois, vingt-trois travailleurs
 +
maliens de cette entreprise sont en
 +
lutte contre le traitement d'esclaves qui
 +
leur est imposé par leur patron.
 +
Or, ce sont maintenant dans les PME
 +
que le plus grand nombre de travailleurs
 +
immigrés tend à être employé. Comment
 +
faire pénétrer les droits nouveaux dans
 +
ces entreprises et les faire appliquer, a
 +
été une préoccupation issue du forum.
 +
Des inspecteurs du
 +
travail plus
 +
nombreux
 +
C'est pourquoi, d'une part, il semble
 +
nécessaire d'utiliser les grands moyens
 +
d'information et de communication tels
 +
la radio et la télévision pour faire
 +
connaître ces droits aux travailleurs, les
 +
moyens légaux qu'ils ont à leur disposition
 +
pour les faire appliquer. D'autre
 +
part, il semble aussi nécessaire de multiplier
 +
les postes d'inspecteurs du travail,
 +
non seulement pour intervenir dans les
 +
cas d'un conflit du travail, mais aussi
 +
pour faire respecter les lois concernant
 +
les droits nouveaux à l'expression des
 +
travailleurs, les conditions de travail, les
 +
règles d'hygiène et de sécurité dans les
 +
PME et plus généralement, disons, le
 +
droit syndical.
 +
Enfin, il semble nécessaire qu'une action
 +
plus résolue soit conduite contre les trafiquants
 +
et les employeurs de
 +
main-d'oeuvre clandestine, afin que la
 +
loi votée à cet effet pour l'arrêt de toute
 +
nouvelle immigration ne reste pas lettre
 +
morte. C'est en agissant pour régler ces
 +
problèmes quotidiens qu'ensemble,
 +
Français et immigrés, créent les conditions
 +
d'une relation basée sur l'intérêt
 +
commun qui est l'arme de la lutte la plus
 +
efficace contre le racisme et la xénophobie.
 +
Les travailleurs immigrés, l'immigration
 +
dans son ensemble, de phénomène conjoncturel,
 +
sont devenus élément structurel
 +
et durable de l'économie et de la
 +
société française. Ils participent à son
 +
évolution. Ils sont partie prenante dans
 +
les transformations de l'emploi dans les
 +
avancées techniques, dans les modernisations
 +
nécessaires. Vouloir régler le
 +
problème de l'emploi par le rejet des travailleurs
 +
immigrés est une fausse solution.
 +
Tenter de faire croire que le renvoi
 +
des immigrés permettrait leur substitution
 +
par des chômeurs français est une
 +
mystification.
 +
Accepter cette idée, ce serait accepter
 +
demain l'idée du renvoi des femmes des
 +
emplois salariés, des jeunes aussi. Ce
 +
serait accepter l'idée qu'il y a trop de
 +
créateurs de richesses, qu'il n'y a plus de
 +
besoins à satisfaire. Ce serait accepter
 +
l'idée que le marché français est saturé,
 +
que l'élargissement des échanges internationaux,
 +
de nouvelles coopérations
 +
internationales seraient impossibles. Ce
 +
serait accepter l'idée qu'il ne faut pas
 +
répondre aux besoins grandissants des
 +
pays en voie de développement, que des
 +
millions d'hommes, de femmes,
 +
d'enfants sont condamnés à mourir de
 +
faim dans le monde et qu'en France il
 +
serait nécessaire de licencier, de réduire
 +
la production industrielle et agricole.
 +
Marche arrière
 +
Par leur travail et les richesses qu'ils ont
 +
créées et continuent de créer, les travailleurs
 +
immigrés ont droit au respect. Ils
 +
ont acquis le droit de choisir librement
 +
de rester en France ou de retourner dans
 +
leur pays d'origine. Leur licenciement
 +
ou leur renvoi arbitraire, autoritaire, est
 +
inacceptable. Leur droit à l'emploi, à la
 +
formation professionnelle, doit leur être
 +
assuré au même titre qu'aux travailleurs
 +
français. Leur formation et leur qualification
 +
adaptées aux techniques nouvelles
 +
est une nécessité pour une plus
 +
grande efficacité économique et pour
 +
vivre mieux dans l'entreprise.
 +
Ne pas être OS à vie est une grande
 +
revendication de dignité. Les travailleurs
 +
immigrés ont acquis une expérience professionnelle,
 +
un savoir-faire qui leur permettraient
 +
d'acquérir cette formation
 +
qualifiante. La formation des immigrés
 +
est une des conditions essentielles de leur
 +
insertion dans la société française.
 +
L'évolution des emplois des immigrés
 +
avec une augmentation en pourcentage
 +
des emplois qualifiés montre cette aptitude.
 +
Pour autant, faut-il y consacrer les
 +
moyens nécessaires pour eux comme
 +
pour les travailleurs français. Les uns et
 +
les autres, employés dans les travaux les
 +
moins qualifiés, ne doivent pas être les
 +
exclus de la formation. Or, par exemple,
 +
chez Citroën-Aulnay, 1,8 OJo de la masse
 +
salariale est consacrée au plan de formation
 +
84, mais seulement 10 % de cette
 +
somme est consacrée à la formation des
 +
OS qui représentent la majorité du personnel
 +
de production.
 +
Or, il semble nécessaire de faire beaucoup
 +
plus pour élever prioritairement les
 +
bas niveaux de qualification. Dans le
 +
cadre de l'extension de la loi sur la formation
 +
continue, les plans emploiformation,
 +
il est possible dans une véritable
 +
concertation avec les travailleurs et
 +
leurs organisations syndicales qui
 +
devraient avoir plus de pouvoir et de
 +
droits dans ce domaine, d'établir des
 +
plans de formation qui tiennent compte
 +
à la fois des intérêts de la production et
 +
des intérêts des hommes.
 +
La formation
 +
des o.s.
 +
Des mesures spécifiques adaptées à chaque
 +
catégorie de travailleurs, aux aspirations
 +
et au savoir-faire de chacun sont
 +
rtécessaires. Des exemples positifs ont
 +
été donnés au cours de la discussion :
 +
celui de l'atelier de peinture au département
 +
74 chez Renault par exemple. Si
 +
1 'automatisation de cet atelier a supprimé
 +
les emplois manuels de l'atelier,
 +
une formation de reconversion des travailleurs
 +
concernés a permis la création
 +
de nouveaux emplois dans de nouveaux
 +
métiers. Les cent treize travailleurs de
 +
cet atelier, après deux ans de formation,
 +
passeront à la qualification de P2, dans
 +
des métiers qu'ils auront eux-mêmes
 +
choisis en fonction des besoins nouveaux
 +
de l'entreprise.
 +
La modernisation peut donc être et doit
 +
être créatrice d'emplois si elle prend en
 +
compte l'allègement de la pénibilité du
 +
travail, la réduction du temps de travail,
 +
la croissance du pouvoir d'achat. La
 +
formation ne doit pas être perçue
 +
comme un retour à l'école. Elle doit,
 +
pour être efficace, être effectuée dans le
 +
milieu ambiant et, si possible, dans
 +
l'entreprise elle-même.
 +
Aux moyens de l'entreprise, doivent être
 +
associés des concours extérieurs : l'Education
 +
nationale, la FPA, les associations
 +
d'alphabétisation et de formation
 +
des migrants, afin que la formation à
 +
des métiers plus qualifiés soit conçue
 +
comme l'apport d'un ensemble de
 +
connaissances non séparées les unes des
 +
autres et intimement liées à la production.
 +
41
 +
Mais s'il n'y a pas de création d'emplois
 +
et croissance industrielle, la formation
 +
par elle-même n'est pas créatrice
 +
d'emplois. Elle ne peut pas être une
 +
solution au chômage. Quant au retour
 +
pour une réinsertion dans le pays d'origine,
 +
en aucun cas il ne peut être conçu
 +
comme une solution au chômage.
 +
Le retour pour une réinsertion dans le
 +
pays d'origine ne peut être que l'aboutissement
 +
d'un choix personnel et individuel,
 +
soit pour contribuer au développement
 +
économique, social et culturel du
 +
pays, soit pour y vivre les jours d'une
 +
retraite gagnée par le travail. C'est là
 +
une aspiration légitime qui est toujours
 +
vécue toutefois, collectivement et individuellement,
 +
de façon différente, d'une
 +
émigration à l'autre, et qui se heurte à
 +
des difficultés objectives réelles. Le
 +
choix du retour doit être librement
 +
consenti ; aucune contrainte ne peut être
 +
tolérée. Des accords avec les pays d'origine
 +
sont nécessaires pour réussir cette
 +
réinsertion.
 +
Les immigrés, leurs organisations syndicales
 +
et leurs associations doivent être
 +
associés à la réalisation de ces accords ;
 +
la concertation doit devenir la règle. Ces
 +
accords doivent être basés sur l'intérêt
 +
mutuel tenant compte des conditions,
 +
des besoins diversifiés et différents d'un
 +
pays à l'autre et qui dépendent de leurs
 +
divers degrés de développement.
 +
Le candidat volontaire au retour doit
 +
être informé des conditions et des garanties
 +
de sa réinsertion. Une formationretour
 +
en harmonie avec son savoir-faire
 +
et les besoins de son pays doit lui être
 +
assurée. Les droits sociaux acquis en
 +
France et leur revalorisation doivent lui
 +
être garantis. Une aide à la réinsertion
 +
tenant compte des années de travail en
 +
France, des frais de voyage et d'installation
 +
doit lui être accordée.
 +
Inquiétudes
 +
Nous nous félicitons que le gouvernement
 +
se soit prononcé dans ce sens, qu'il
 +
rejette toute idée de renvoi autoritaire et
 +
qu'il base sa politique du retour sur la
 +
base du volontariat et de la concertation
 +
avec les pays d'origine.
 +
Néanmoins, les inquiétudes sont grandes
 +
chez les immigrés. Il serait souhaitable
 +
que, dès que possible, le gouvernement
 +
fasse connaître l'état de ses consultations
 +
avec les pays intéressés et les propositions
 +
concrètes que le gouvernement
 +
formule pour faciliter le retour et la réinsertion
 +
de ceux des immigrés qui le désirent.
 +
Telles sont, rapidement résumées, les
 +
constatations et les propositions de
 +
notre forum, qui appellent les travailleurs
 +
français et immigrés à s'unir et à
 +
agir ensemble sur la base de l'égalité des
 +
droits et des devoirs, contre l'exploitation,
 +
le racisme et la division. 0
 +
FORUM
 +
-Médias-
 +
DONNER A CONNAITRE
 +
42
 +
1 1 est bien naturel, pour ces Assises,
 +
de voir se tenir à la présidence du
 +
forum « Médias », des journalistes
 +
de télévision. Télévision qui absorbe
 +
quotidiennement trente millions de téléspectateurs.
 +
Les journalistes sont investis
 +
d'un pouvoir, ont pour tâche de transmettre
 +
l'information, de nous représenter
 +
en quelque sorte.
 +
Bernard Langlois le samedi, Noël
 +
Mamère le dimanche, accompagnés de
 +
Nacer Kettane, responsable de Radio
 +
Beur, animent les débats et les consommateurs
 +
de l'information, venus nombreux
 +
pour exprimer leurs doléances,
 +
posent des questions. Les médias ne
 +
sont-ils pas au service des hommes, de
 +
tous les hommes ? « Oui, mais.. . dit
 +
Bernard Langlois, pour qu'il y ait
 +
matière à information, il faut qu 'il se
 +
passe quelque chose qui sorte de 1 'ordi- ·
 +
naire ». Le scoop ! C'est la règle d'or du
 +
journaliste « à la une » : en matière de
 +
trains, il faut qu'ils déraillent, en
 +
matière d'immigrés, il faut une situation
 +
de drame, de conflit, quelque chose qui
 +
sorte de l'ordinaire ! Où va-t-on se
 +
demandent les mécontents dans la salle.
 +
Mécontents, mais chaleureux : c'est
 +
effectivement dans une ambiance
 +
vivante et non dépourvue d'humour que
 +
se déroule cette première journée.
 +
La télévision en voit de toutes les couleurs
 +
: « Pourquoi les Antillais ne sontils
 +
pas représentés à la télévision ? »
 +
«J'ai entendu un journaliste de RTL
 +
dire à la télévision que les ouvriers marocains
 +
de chez Talbot n 'y mettaient pas le
 +
coeur parce qu'ils n'étaient pas français,
 +
et on s'étonnait que Talbot coule ! Il n'y
 +
a eu aucune réaction dans la presse ».
 +
« Les médias ont joué un rôle scandaleux
 +
dans la promotion de Le Pen. Notre
 +
radio et notre télévision ont servi de
 +
marche-pied à ce personnage grotesque!
 +
»
 +
« Qu'est-ce qu'il faut faire pour que les
 +
médias s'intéressent aux problèmes ? Il
 +
a fallu attendre une semaine avant l'arrivée
 +
de la Marche pour l'égalité pour voir
 +
se déplacer une équipe de télévision ! »
 +
« Je n'ai pas le droit au droit de
 +
réponse, moi ! »
 +
«Les choses qui se passent à l'Est, ça
 +
intéresse les médias : on suit les événements
 +
de la Pologne minute par minute.
 +
Sur ce qui se passe au Maroc ou en Tunisie,
 +
on ne dit presque rien ».
 +
« Je ne comprends pas pourquoi, lorsqu'il
 +
y a une émission de télévision sur
 +
l'antisémitisme en France, on a automatiquement
 +
droit à la présence de
 +
l'ambassadeur d'Israël. Par contre, qui
 +
a déjà vu un historique du problème
 +
palestinien à la télé, qui a déjà vu dans
 +
des débats, des juifs antisionistes
 +
s'exprimer?» Mohamed, journaliste :
 +
« Je crois qu'il ne faut pas dissocier les
 +
crises que connaissent aujourd'hui les
 +
médias, notamment de service public, de
 +
ce qui se passe dans le pays. Les luttes
 +
politiques et syndicales sont également
 +
reflétées dans les médias. Le problème
 +
de l'immigration est devenu un enjeu
 +
politique. C'est clair et net :aujourd'hui
 +
des municipalités se perdent, pas simplement
 +
à cause du problème de l'immigration
 +
c'est vrai, mais ce problème
 +
compte. Un exemple: en novembre dernier,
 +
dans le magazine Vendredi sur
 +
FR3, un reportage sur Dreux, suivi d'un
 +
débat sur l'immigration :Alain Juppé,
 +
RPR, en face de lui Françoise Gaspard,
 +
ex-maire de Dreux. Je pense qu'à un
 +
débat sur l'immigration, la présence
 +
d'un responsable d'une association
 +
d'immigrés aurait été la bienvenue.
 +
A Dreux, il existe, des associations
 +
d'immigrés. On parle de l'immigration
 +
dans les médias, mais on en parle
 +
comme un acteur absent, plus comme un
 +
moyen de lutte politique intérieure que
 +
comme une composante de la société
 +
française. On a parlé de la Pologne.
 +
Mais la Pologne, c'est payant sur le plan
 +
politique ! Ça aide à l'anti-communisme
 +
! En décembre, l'Unesco organisait
 +
une conférence sur Jérusalem. Un
 +
journaliste d'Antenne 2 y était présent.
 +
Le lendemain, je m'étais étonné qu'il
 +
n'y ait eu aucune image sur le sujet. Sa
 +
réponse m'a sidéré : « Tu comprends,
 +
lorsqu 'il y a deux cent mille soldats aux
 +
portes de Varsovie, on ne parle pas de
 +
Jérusalem ! Ce n'est pas le moment, ce
 +
n'est pas d'actualité ! »
 +
de mots. On n'arrête pas de parler
 +
d'immigrés, mais quand il s'agit de chercheur
 +
au CNRS, on dira un étranger. On
 +
pourrait dire pareil pour le maçon ou
 +
l'OS de chez Talbot. Chez nous, les
 +
Français ce ne sont pas des immigrés, ce
 +
sont des coopérants. A la télé quand on
 +
veut qualifier quelque chose de mauvais
 +
ou de sale, on emploie le terme noir».
 +
Mosaïque,
 +
rnosa"1"que ...
 +
« Il y avait le péril jaune, ensuite le péril
 +
rouge, on parle maintenant du péril vert.
 +
Sous cette couleur on sous-entend l'intégrisme
 +
musulman. L'information telle
 +
qu 'elle est donnée dans nos pays est
 +
complètement déformée. C'est l'amalgame
 +
total. Dans l'imagerie du Français
 +
moyen, un musulman est quelqu'un
 +
d'enturbanné qui tue les infidèles et qui
 +
fouette les autres.
 +
L'Islam, ce n'est pas cela. Il y a des
 +
musulmans qui conçoivent leur religion
 +
d'une façon saine et objective. On ne
 +
voit jamais à la télévision les motivations
 +
de la révolte iranienne au départ, et
 +
l'aspiration de ces jeunes qui ont su
 +
ébranler et faire partir un des régimes les
 +
plus durs. Ça, on n'en parle pas.
 +
En Tunisie, on ne manifeste ni pour le
 +
rouge ni pour le vert, on manifeste pour
 +
du pain. Nous ici, on analyse, on interprète
 +
: ce sont des intégristes. Mais on
 +
ne dit pas que la Tunisie bat le record de
 +
chômeurs, que 95 % de ses jeunes ne
 +
« Quand on parle des médias, il faut aussi voir
 +
qui les manipule. »
 +
« Quand on parle des médias, il faut
 +
aussi voir quels sont les gens qui les
 +
manipulent. A l'intérieur des médias, il
 +
y a des luttes qui se mènent. Au moment
 +
où la police a enquêté sur une affaire de
 +
drogue à Paris, on a assisté à un véritable
 +
matraquage vis-à-vis des immigrés
 +
comme étant pourvoyeurs de drogue. A
 +
une époque où le racisme va croissant,
 +
présenter de telles images, même si elles
 +
correspondent à une certaine réalité,
 +
c'est peut-être entretenir des stéréotypes
 +
très dangereux dans les cerveaux de ceux
 +
qui regardent l'émission ».
 +
Une Cameroumaise : « Toutes les fois
 +
où j'entends gens de couleur je me
 +
demande : mais de quelle couleur ? Ça
 +
veut dire que la norme, c'est le blanc et
 +
le reste ce sont les gens de couleur. Le
 +
blanc aussi est une couleur ! On peut
 +
dire le noir, ce n'est pas une insulte,
 +
hein ! ». Une Guadeloupéenne avec une
 +
carte d'identité française : « Les
 +
médias, c'est un problème d'images et
 +
43
 +
sont pas scolarisés, qu'on ne leur garantit
 +
rien. Et lorsqu'on est désemparé, il
 +
est bien nor.mal qu'on se destine, soit à
 +
la délinquance, soit au fanatisme le plus
 +
dur. Pour l'immigré d'ici, ce n'est déjà
 +
pas si simple, qu'on lui rajoute cette
 +
image de là-bas, c'est odieux!
 +
« Dans la campagne Nescafé, on voit
 +
l'Africain qui tous les soirs donne un
 +
coup de poing au Français. Comment
 +
reçoivent-ils tout ça, eux qui sont déjà
 +
terrorisés ! »
 +
Où est le débat sur les médias ? « Je
 +
pose la question aux journalistes engagés,
 +
responsables, aux syndicats de journalistes
 +
: que faites-vous ? Dans le
 +
monde du cinéma, on voit des jeunes
 +
cinéastes monter. Ils ont leur rôle à
 +
jouer. Est-ce qu'on les voit quelque
 +
part ? Si nous de l'extérieur, nous nous
 +
battons sur le terrain, avec les syndicats,
 +
vous qui êtes engagés dedans, qu'est-ce
 +
que vous faites ? »
 +
FORUM
 +
« n est intolérable que trois ans
 +
après 1 'arrivée de la gauche au
 +
pouvoir, ce soient encore les
 +
immigrés qui paient
 +
Mosaïque. »
 +
« Ce n'est pas un hasard si Mosaïque est
 +
apparue à un moment où il y avait la
 +
grève des foyers SOCANOTRA, où un
 +
organisme qui s'appelait la Maison des
 +
travailleurs immigrés avait organisé des
 +
festivals culturels. Cette émission est
 +
apparue au moment d'un foisonnement
 +
d'initiatives, tant au niveau du logement
 +
qu'au niveau d'une revendication de la
 +
reconnaissance de l'identité culturelle.
 +
A partir de cette réalité, il était évident
 +
que le pouvoir giscardien ne pouvait que
 +
la reconnaître et essayer en tout cas de la
 +
canaliser s'il voulait qu'elle ne lui
 +
échappe pas complètement. Donc la
 +
programmer à des heures qu'il juge les
 +
moins dangereuses pour lui».
 +
« Cette émission n'a pas évolué d'un
 +
pouce. Quand on montre les pays du
 +
Maghreb, on montre le soleil, la mer, le
 +
Club méditerranée. On ne montre
 +
jamais les gens qui crèvent de faim, qui
 +
n'ont ni eau ni électricité». Françoise
 +
Gaspard : « Il est intolérable que trois
 +
ans après l'arrivée de la gauche au pouvoir,
 +
ce soit encore l'argent des immigrés
 +
qui paie les émissions de Mosaïque.
 +
Alors que les immigrés paient par ailleurs
 +
comme tout le monde la redevance.
 +
A mon avis, Mosaïque doit disparaître à
 +
terme pour être complètement intégrée
 +
dans les programmes banalisés ; mais
 +
Mosaïque répond encore actuellement à
 +
un besoin, et je pense qu'il devrait y
 +
avoir un éclatement de Mosaïque sur des
 +
heures de programmation qui ne soient
 +
pas seulement le dimanche matin, où les
 +
immigrés qui ont bossé toute la semaine,
 +
dorment, et où d'autres font le marché.
 +
Je pense aussi qu'il faut saisir la Haute
 +
Autorité et les présidents de chaînes,
 +
pour qu'ils fassent suffisamment de
 +
place à la réalité de la population qui vit
 +
en France, aussi bien sur le plan des
 +
variétés que sur le plan des programmations
 +
de cinéma ».
 +
Un réalisateur de Mosaïque : « Mosai~
 +
que, c'est rien à côté des trois chaînes de
 +
télévision, c'est une heure trente chaque
 +
dimanche matin. A la télé, c'est pas le
 +
fait d'avoir changé J.P. Elkabach qui va
 +
modifier quelque chose. Ce sont les ateliers
 +
de productions, les structures de
 +
productions, les chefs d'ateliers, c'est
 +
tout un fonctionnement complexe qui
 +
fait que les choses ne bougent pas
 +
comme ça du jour au lendemain.
 +
• En ce qui concerne l'horaire de l'émission
 +
Mosaïque, ça a été un pur hasard.
 +
,.Quand l'émission a été créée, il n'y avait
 +
Ï!tfls·:dè créneau horaire et TF1 servait de
 +
': relais couleur pour FR3. C'est pour ça
 +
: que Mp.saïque a été casée à dix heures
 +
.trente. Ceci dit, Mosaïque à montré
 +
: qu;ity avait des téléspectateurs le matin.
 +
·Vous n~avez pas remarqué que Diman.
 +
che-Matin est à onze heures, que Gym-
 +
Tonie est à dix heures ! Dans deux cas,
 +
si ça marche, la télé démarrera à sept
 +
heures du matin. La télévision n'a pas
 +
d'horaire.
 +
Effectivement, depuis trois ans, on
 +
demande à la direction de FR3 de nous
 +
accorder une émission à vingt heures
 +
trente: évidemment, c'est refusé. Le
 +
pouvoir de la télévision est dans certains
 +
domaines plus fort que le pouvoir politique.
 +
J'essaie, moi, de servir l'immigration
 +
en toute honnêteté, en toute
 +
conscience. Nous passons notre temps
 +
simplement à répondre aux erreurs de
 +
TF1 ou de Antenne 2, aux contre-vérités
 +
qui passent, aussi.
 +
De plus, nous essayons de dépasser
 +
l'aspect immigration, parce que le problème
 +
de la spécificité de l'immigré est
 +
très discutable. Veut-on une spécificité
 +
migratoire et être un ghetto à tous les
 +
niveaux, même culturel, ou bien vit-on
 +
dans une société française et on veut
 +
qu'on nous regarde comme tout le
 +
monde ? Beaucoup d'immigrés connaissent
 +
mieux la culture française que la
 +
plupart des Français : on a une double,
 +
une triple culture, tant mieux ! Faisons
 +
attention à la spécificité ».
 +
Les yeux sur
 +
les sondages
 +
Bernard Langlois : public, privé, le
 +
débat est dépassé. « On est officiellement
 +
un service public et en fait, on
 +
marche selon les critères du privé : les
 +
directeurs de chaînes, les journalistes,
 +
tout le monde a les yeux sur les sondages.
 +
Et tant qu'onfonctionnera sur cette
 +
logique-/à, on supprimera les gens d'ici
 +
pour les remplacer par le Théâtre de
 +
Bouvard, on mettra Résistances à vingt
 +
et une heures quarante pour laisser la
 +
série à vingt heures trente. Mais c'est
 +
aussi vous qui faites les sondages. C'est
 +
vous qui regardez la télévision, c'est
 +
vous qui choisissez vos programmes ! Il
 +
y a aussi de votre part une certaine responsabilité.
 +
Il y a une façon de regarder
 +
la télévision, vous n'êtes pas complètement
 +
blanc dans cette affaire ! Le courrier
 +
des lecteurs de Télé 7 Jours, ça a
 +
l'air con, mais c'est important que ce ne
 +
soit pas simplement les racistes, les
 +
xénophobes et les imbéciles qui s'expriment!
 +
»
 +
A travers le problème de l'expression des
 +
immigrés dans les médias, se pose la
 +
question plus générale de l'expression de
 +
44
 +
la population toute entière. AlbeÏt Lévy,
 +
rapporteur du forum, nous rappelle en
 +
ce dimanche matin, notre responsabilité
 +
à tous, journalistes et citoyens, devant
 +
les campagnes racistes, devant les propos
 +
favorisant le développement des préjugés
 +
racistes, de certaine presse spécialisée
 +
: « Quels sont donc les moyens les
 +
plus appropriés pour résister au racisme
 +
au travers des médias ? » « La rue est
 +
un grand média », souligne en passant
 +
un militant, « les gens sont aussi dans la
 +
rue, entre leur lieu de travail et leur
 +
domicile. Utilisons des affiches pour
 +
faire passer le message. Les gens racistes
 +
ne savent pas trop pourquoi ils le sont,
 +
mais ils regardent les affiches ».
 +
« Cessons de baisser les bras », proclame
 +
un optimiste. « On s'enferme
 +
. dans un problème de professionnalisme.
 +
, Soit on dit qu'on n'arrivera jamais à
 +
intervenir sur les grands médias, et alors
 +
on reste dans son coin ; soit on donne du
 +
scoop aux grands médias sans essayer de
 +
les changer, comme les jeunes des Minguettes
 +
ou même encore... J.M. Le
 +
Pen ! » « On pourrait facilement modifier
 +
le rapport de forces, si toutes les
 +
radios libres, toutes les revues, toute la
 +
presse régionale entamaient une circulation
 +
de l'information. Il faut mettre en
 +
place une structure d'impulsion de ces
 +
contacts entre public, petits, moyens et
 +
grands médias. Parce que si on continue
 +
comme ça, à travailler chacun dans son
 +
coin, on va créer des ghettos».
 +
Une militante du Parti Socialiste propose
 +
que « nous appelions tous à la
 +
mobilisation contre les campagnes racistes,
 +
dans une publicité pleine page». Un
 +
responsable d'une association maghrébine
 +
interculturelle pense qu'il faudrait
 +
concrétiser le discours, un peu mieux,
 +
« dans le sens du progrès et non dans le
 +
sens de la délation ».
 +
Un militant du MRAP des Landes,
 +
s'étonne de l'écart qui existe entre Paris
 +
et la province, voudrait user de sa différence
 +
pour dire : « Dans ce mouvement
 +
qui a réuni des signatures aussi diverses
 +
que celles de René Piquet, Georges
 +
Sarre, Françoise Gaspard, ChabanDe/
 +
mas et Olivier Stirn, qui représentent
 +
théoriquement d'après cet appel 50 o/o
 +
au moins de l'opinion française antiraciste,
 +
ne pourrions-nous pas demande
 +
à la Haute Autorité que soient réparties,
 +
proportionnellement à leur influence, les
 +
idéologies de la non-violence, de la fraternité,
 +
à côté de celles qui sont répandues
 +
sans cesse de façon consciente ou
 +
non, d'une façon subtile, dans les
 +
médias nationaux que sont la télévision
 +
? »
 +
Le président de séance, journaliste de ce
 +
média national, s'oppose : «La Haute
 +
Autorité n'est pas là pour fixer de nouvelles
 +
normes. Ce n'est pas en établissant
 +
des revendications administratives,
 +
en faisant des pages de publicité dans un
 +
journal, qu'on arrivera à démonter
 +
l'argumentation raciste ».
 +
Noël Mamère est plutôt partisan de la
 +
dose homéopathique : « J'avais voulu
 +
faire une semaine sur les différents problèmes
 +
de la deuxième génération dans
 +
C'est la vie ; sur Antenne 2. J'ai trouvé
 +
beaucoup de journalistes pour me dire :
 +
attention, trop d'immigrés, ça va rebuter
 +
les gens. Ils n'avaient peut-être pas
 +
tort. Les Français ne sont pas prêts à
 +
recevoir une surinformation ».
 +
Et dans l'affaire Talbot : « Tous les
 +
jours, les immigrés s'exprimaient sur le
 +
sujet. Il y avait des journalistes pour
 +
dire: attention, on va croire qu'il n'y a
 +
que des immigrés, en France! Il ne faut
 +
pas oublier que la télévision, comme la
 +
radio, c'est du spectaële. Il y a une mise
 +
en scène de l'évènement et ça peut être
 +
positif. Il y a mille manière d'aborder les
 +
problèmes des immigrés ! »
 +
Mamère relate alors l'expérience de
 +
Nacer Kettane a Antenne 2 midi : « On
 +
lui a donné une équipe de télévision pour
 +
qu'il fasse un reportage sur la manière
 +
dont ils vivaient, lui et sa communauté.
 +
Les réactions ont été nombreuses et
 +
positives et ont permis de donner une
 +
vision des problèmes de la communauté
 +
immigrée en France tout à fait différente
 +
de la manière dont nous, nous l'abordons.
 +
Avec un point de vue dynamique.
 +
Il a envisagé les problèmes de l'antiracisme
 +
autrement qu'en termes de rapport
 +
de forces ou de revendications».
 +
Médias
 +
communautaires
 +
Dans la lutte de l'immigration pour ses
 +
droits sociaux et professionnels, et dans
 +
sa revendication d'une reconnaissance
 +
de l'identité culturelle, la réapropriation
 +
de la parole est primordiale : « Cette
 +
expression, au niveau des médias
 +
communautaires, n'a pas été facile. En
 +
même temps qu'il y avait réapropriation
 +
de la parole, il fallait lutter contre un
 +
carcan énorme qui pesait sur le dos de
 +
cette immigration, qui était une espèce
 +
de prostitution par les pays d'origine.
 +
C'était toujours un représentant d'une
 +
association qui apportait une voix officielle.
 +
Et la réalité socio-culturelle de
 +
l'immigration n'apparaissait pas ».
 +
Mai 1981, les choses changent. Les
 +
.immigrés s'associent librement. Des
 +
radios communautaires se créent dans
 +
toute la France : dix huit de ces radios,
 +
sur Paris et la région parisienne,
 +
d'autres à Rouen, Strasbourg, Lyon,
 +
Marseille ... « Ces radios communautaires
 +
sont conçues pour reconstituer une
 +
atmosphère reliant l'immigré à sa culture
 +
d'origine, à son pays. Elles sont
 +
conçues pour que les immigrés puissent
 +
communiquer entre eux. Elles sont
 +
conçues pour permettre aux Français de
 +
découvrir l'autre, sans ce folklore que
 +
détient l'appareil du tourisme». «A
 +
Radio Berbère, nous sommes six associations
 +
à nous partager la fréquence
 +
que l'Etat, en 83, devait subventionn-er à
 +
cent mille francs par an. Nous sommes
 +
fin mars 1984, et nous n'avons encore
 +
pas touché un centime ! »
 +
Le rédacteur en chef de Tropic FM :
 +
« Je remets en cause le fait d'être une
 +
radio locale privée, parce que c'est vrai,
 +
maintenant c'est un ghetto ! On nous a
 +
donné une tranche horaire, mais on l'a
 +
fait habilement. Notre situation, nos
 +
problèmes, nous les réglons entre
 +
nous ... »
 +
« A Radio Beur, nous essayons de montrer
 +
qu'une nouvelle culture est en train
 +
de se faire jour, qui est la rencontre de
 +
deux cultures, la culture maghrébine et
 +
la culture française. Depuis trois ans que
 +
nous existons, nous sommes confrontés
 +
en tant que média communautaire à un
 +
double problème : nous sommes média,
 +
nous l'avons montré. Nous avons publié
 +
en France et ailleurs dans le monde, la
 +
liste exhaustive des jeunes victimes de
 +
crimes racistes morts depuis quelques
 +
années. Malheureusement la plupart du
 +
temps, nous sommes utilisés comme
 +
objet par les médias nationaux : comme
 +
on va voir un jeune qui a volé une mobylette,
 +
on parle de Radio Beur comme
 +
d'un élément de sociologie ».
 +
Un responsable de Média-Soleil
 +
dénonce, lui, la répartition officielle des
 +
fréquences : « Je crois que ce découpage
 +
veut bien dire ce qu'il veut dire: on met
 +
les Arabes et les Noirs enserftfJle, les
 +
Dom-Tom ensemble, et les immigrations
 +
européennes ensemble. C'est là qu'on
 +
découvre que les Beurs seraient assimilables
 +
au même titre que les Portugais, les
 +
Italiens ou les Espagnols. C'est un
 +
découpage colonial comme l'Occident a
 +
l'habitude d'en faire depuis le J9e siècle
 +
».
 +
« Je pense que Radio Beur et Média
 +
Soleil devraient remettre en cause le
 +
découpage des fréquences, pour éven-
 +
45
 +
tuellement arriver à constituer un nouveau
 +
média, une radio interculturelle ou
 +
intercommunautaire, et ainsi laisser la
 +
possibilité aux radios dites communautaires,
 +
comme Radio Berbère, de travailler
 +
dans leurs créneaux».
 +
Nacer Kettane, interpellé surtout comme
 +
producteur d'information, pour clore ce
 +
forum, partira du principe qu'il est bon
 +
de s'affirmer partout où l'on peut
 +
s'affirmer : « C'est important d'exister
 +
ailleurs que là où on voudrait nous mettre.
 +
Il y a un certain nombre de fréquences
 +
sur la bande FM, un certain nombre
 +
d'espaces dans la presse, dans l'audiovisuel,
 +
l'idée que nous défendons à
 +
Radio Beur est celle de conquérir
 +
l'espace culturel et d'exister partout».
 +
« Il faut mener la lutte antiraciste sur un
 +
front le plus large possible. Dans cette
 +
perspective, nous envisageons de mettre
 +
en place une coordination des différents
 +
médias qui sillonnent la France : un
 +
réseau de communication de l'information
 +
».
 +
A cet instant, rappelons-nous l'avertissement
 +
de Noël Mamère : « L'un des
 +
problèmes de l'information, c'est
 +
l'embourgeoisement. Le principe du
 +
journaliste, c'est d'être curieux, d'aller
 +
chercher les grands courants qui traversent
 +
la société. Ça peut aller à l'encontre
 +
de l'opinion publique. Il faut savoir lui
 +
montrer ce qui aujourd'hui ne lui paraît
 +
pas important, mais qui demain sera
 +
dans sa vie quotidienne ».
 +
«La manière de concevoir l'information
 +
va changer. L'éclosion des radios
 +
locales le présume déjà : elles sont une
 +
concurrence terrible pour les radios périphériques.
 +
Les satellites feront sauter le
 +
monopole. La multiplicité des radios et
 +
des télévisions communautaires feront
 +
changer la relation des usagers à la télévision.
 +
On n'a plus le droit aujourd'hui
 +
d'avoir des revendications strictement
 +
corporatistes. On doit se préparer
 +
aujourd'hui à la révolution technologique
 +
... » D
 +
Le rôle des médias
 +
Rapport présenté
 +
par Albert LEVY
 +
Présidents : Bernard LANGLOIS,·
 +
Nacer KETTANE, Noël MAMERE
 +
L es discours et les écrits provoquant
 +
à la haine, à la discrimination
 +
ou à la violence racistes,
 +
qu'ils soient le fait de politiciens ou de
 +
journaux spécialisés, on en connaît
 +
hélas ! les effets. On peut même, à travers
 +
les sondages, mesurer la contamination
 +
grandissante de l'opinion publique.
 +
Il est plus difficile d'évaluer les effets de
 +
l'action contre le racisme que mènent ou
 +
devraient mener les médias. D'abord
 +
parce que, si elle a lieu, elle vient après
 +
coup, et il y a un important handicap à
 +
surmonter. EnsUite, parce qu'elle ne
 +
peut pas recourir à des moyens aussi
 +
massifs et aussi grossiers, il faut bien le
 +
dire, que le fait la propagande raciste.
 +
Dans l'état actuel des choses, face à la
 +
montée du racisme, la dénonciation pure
 +
et simple de celui-ci risque de conduire à
 +
la culpabilisation de ceux qui en subissent
 +
l'influence, sans pour autant les en
 +
libérer. De même, la proclamation des
 +
grands principes, les incantations, s'avèrent
 +
inefficaces. Il s'agit moins de parler
 +
du racisme que de lui couper l'herbe
 +
sous les pieds, d'armer les esprits pour
 +
les rendre mieux capables de résister à
 +
ses mensonges et à ses mirages.
 +
Le forum consacré aux médias a fonctionné
 +
pendant les deux jours avec la
 +
participation de deux cent cinquante à
 +
trois cents participants. Il a été présidé
 +
simultanément, de façon symbolique,
 +
par deux journalistes de la télévision,
 +
Bernard Langlois et Noël Mamère, et
 +
par un responsable de Radio-Beur,
 +
Nacer Kettane. Les débats ont porté,
 +
pour une grande part, sur la télévision,
 +
sur ce qu'on pense, ce qu'on ressent par
 +
rapport à la télévision. C'est normal,
 +
étant donné le rôle important que joue
 +
ce moyen de communication, qui peut
 +
être la meilleure et la pire des choses, et
 +
qui est la pâture quotidienne de trente à
 +
trente-cinq millions de téléspectateurs.
 +
Images et
 +
vocabulaires
 +
Il a été relevé, au cours des débats, un
 +
certain nombre d'attitudes dans les
 +
médias, et notamment la télévision et la
 +
radio, qui peuvent favoriser le développement
 +
des préjugés racistes. On
 +
observe une tendance très nette à montrer
 +
les immigrés uniquement dans des
 +
situations dramatiques ou conflictuelles,
 +
d'où une image négative et généralement
 +
marginalisante, sans parler de ces journaux
 +
qui, lorsqu'un délit a été commis
 +
par un immigré, publient sa photo et
 +
insistent sur l'origine du délinquant
 +
alors qu'ils ne le font pas lorsqu'il s'agit
 +
de délinquants « bien de chez nous ».
 +
Le forum a dénoncé en particulier le rôle
 +
46
 +
des médias dans la promotion de M. Le
 +
Pen sur le devant de la scène, non pas
 +
pour dire qu'on ne doit pas lui donner la
 +
parole, mais pour regretter qu'il n'y ait
 +
pas, dans ces cas, de réponse apportée
 +
par ceux qui luttent contre le racisme.
 +
Des participants ont mis en relief le danger
 +
de certaines images et d'un certain
 +
vocabulaire par rapport à l'immigration.
 +
On a cité, par exemple, une emissiOn
 +
consacrée à la carte de dix ans où les
 +
propos tenus par les représentants d'une
 +
association étaient illustrés par des images
 +
de la Goutte d'Or montrant les
 +
immigrés comme une masse envahissante,
 +
au moment même où l'on parlait
 +
de leur accorder cette carte. De même,
 +
dans une émission où a paru M. Yves
 +
Montand, lorsqu'il a été question des
 +
revendications excessives de certains
 +
groupes, on a illustré ce propos par des
 +
images de la Marche pour l'Egalité.
 +
Un problème
 +
général
 +
Le forum a relevé une assimilation à peu
 +
près constante de l'Arabe avec le terrorisme,
 +
avec le fanatisme . Cela concerne
 +
aussi bien l'image que la parole. Ou bien
 +
des expressions comme « gens de couleur
 +
» : on peut se demander de quelle
 +
couleur il s'agit, et si le blanc n'est pas
 +
une couleur ! Ou encore le fait de dire,
 +
quand une victime doit susciter la
 +
sympathie, qu'elle a été assassinée, mais
 +
lorsque c'est quelqu'un de lointain,
 +
qu'elle a été tuée ou simplement a trouvé
 +
la mort. On nous a cité des exemples très
 +
précis de ce genre de vocabulaire, ainsi
 +
que de l'assimilation des immigrés à la
 +
drogue, au squatt, à la délinquance. .
 +
Il y a aussi des omissions, des mensonges
 +
par omission. Les médias s'abstiennent
 +
souvent d'informer sur des faits racistes
 +
graves, notamment des bavures policières
 +
; ils ne parlent généralement pas de
 +
l'action contre le racisme. Ils évoquent
 +
assez souvent le génocide juif, ce qui est
 +
normal et nécessaire, mais beaucoup de
 +
participants se sont plaints de ce que
 +
l'on ne dit pratiquement rien du génocide
 +
arménien, de la situation des Palestiniens,
 +
ou encore de l'apartheid.
 +
Au fil des débats, le forum s'est aperçu
 +
qu'en mettant l'accent sur les insuffisances
 +
ayant rapport à l'immigration, c'est
 +
un problème beaucoup plus général et
 +
beaucoup plus profond que l'on posait.
 +
C'est vrai que seul le Blanc, ou presque,
 +
a la parole à la télévision, mais cela
 +
relève d'un conformisme niveleur, d'un
 +
jacobinisme centralisateur, qui fait que
 +
l'on veut donner l'image d'un présentateur
 +
qui soit acceptable par tous les
 +
publics, qui soit un certain modèle d'un
 +
certain Français moyen - un peu audessus
 +
de la moyenne, en fait. Un participant
 +
a cité les Etats-Unis - qui pourtant
 +
ne sont pas toujours un modèle en
 +
matière de lutte contre le racisme - où
 +
l'on voit en alternance, à la télévision,
 +
des journalistes blancs et des journalistes
 +
noirs ou portoricains ou d'autres origines,
 +
de façon à donner une image pluraliste
 +
de la société.
 +
Les cultures des minorités vivant en
 +
France sont ignorées par les médias,
 +
mais les Français eux-mêmes peuvent se
 +
sentir frustrés, dans la mesure où ce qui
 +
leur est imposé, c'est essentiellement le
 +
modèle culturel américain, je dirai plutôt
 +
sous-culturel, dans le sens où M.
 +
Jack Lang a parlé de fast-food culturel,
 +
correspondant au fast-food alimentaire
 +
que nous subissons par ailleurs.
 +
S'il est vrai que les immigrés n'ont pas
 +
souvent la parole dans les médias, les
 +
simples gens en général, même s'ils sont
 +
français, n'ont guère d'occasions de s'y
 +
exprimer : les critères pour paraître à la
 +
télévision sont tout à fait étrangers à ce .
 +
qu'ils représentent.
 +
Nous avons analysé aussi la forme générale
 +
qui est donnée à l'information. On a
 +
beaucoup parlé de trains dans ce forum
 +
sur les médias. On a dit que ce qui intéresse
 +
l'information, ce ne sont les trains
 +
qui arrivent à l'heure, ce sont les trains
 +
qui déraillent. Eh ! bien, il faut peutêtre
 +
aussi parler des trains qui arrivent à
 +
l'heure, mais surtout, nous y avons fortement
 +
insisté, il faut dire pourquoi les
 +
trains déraillent. Il manque une dimension
 +
d'explication, d'approfondissement
 +
de diversification des sources, pour
 +
aider les gens à comprendre, à juger.
 +
C'est vrai pour les immigrés, mais cela
 +
concerne l'ensemble de l'information.
 +
Enfin, nous avons abordé le problème
 +
de l'information internationale. Trop
 +
souvent, le journaliste se considère
 +
comme un auxiliaire du diplomate, et
 +
non pas comme celui qui doit parler des
 +
hommes. Il s'exprime au nom des institutions
 +
au lieu de montrer les peuples,
 +
les civilisations .
 +
Langue de bois ?
 +
En présence de cet ensemble de données,
 +
on peut se demander si cette locution,
 +
que l'on emploie souvent à tort et à travers,
 +
la « langue de bois », n'a pas gravement
 +
contaminé les médias, ceux
 +
notamment du service public.
 +
Le problème est différent en ce qui
 +
concerne les médias de province, qu'il
 +
s'agisse de la radio, de la télévision ou de
 +
la presse écrite. On constate en province
 +
une plus grande ouverture aux opinions
 +
les plus diverses, et aussi aux diverses
 +
couches qui composent la population,
 +
notamment aux immigrés. On a cité de
 +
nombreux exemples intéressants. Dans
 +
ces conditions, la décentralisation apparaît
 +
comme positive et nous pensons
 +
qu'il faut en tirer le JJlus grand profit.
 +
Ce qui est fortement apparu à travers ce
 +
forum sur les médias, c'est un besoin
 +
profond d'expression de la part de la
 +
population immigrée. On parle des
 +
immigrés, on parle sur eux, mais on ne
 +
leur donne pas suffisamment la parole.
 +
De nombreux représentants des radios
 +
communautaires étaient présents.
 +
Depuis mai 1981, ces radios peuvent permettre
 +
aux immigrations de se faire
 +
entendre à elles-mêmes et de se faire
 +
entendre aux autres. Au moment où M.
 +
Le Pen a passé à l'émission« L'heure de
 +
vérité », cela a été justifié par le réalisateur
 +
en disant que l'émergence du Front
 +
National était le seul fait politique nouveau
 +
de la dernière période. Or; nous
 +
voulons, pour notre part, affirmer que,
 +
s'il y a un fait politique nouveau, et considérable,
 +
c'est bien l'émergence de
 +
l'immigration, en tant que population,
 +
en tant que culture, et qu'il faut en prendre
 +
acte également.
 +
Un intervenant, éducateur dans le quartier
 +
des Halles, notait que lorsqu'il y a
 +
quelques années, il s'adressait à un de
 +
ces jeunes qui sont autour de lui, et
 +
l'appelait Momo, cela voulait dire Maurice
 +
; aujourd'hui, il l'appelle encore
 +
Momo, mais cela veut dire Mohamed.
 +
Il y a nécessité de favoriser l'expression
 +
de ces communautés étrangères, jusquelà
 +
marginalisées ; pas seulement étrangères
 +
d'ailleurs, car parmi les participants,
 +
il y avait beaucoup de Français d'origine
 +
immigrée. Elles doivent pouvoir s'exprimer,
 +
pas seulement à travers les radios
 +
communautaires (qui sont, il est vrai,
 +
écoutées par un Français sur quatre
 +
auditeurs), mais il faut faire en sorte
 +
qu'elles apparaissent également dans les
 +
grands médias.
 +
Le forum a souligné, dans ce domaine,
 +
la responsabilité des dirigeants des chaînes,
 +
qui n'agissent pas suffisamment
 +
dans ce sens. Nous avons abordé le cas
 +
de « Mosaïque », excellente émission,
 +
dont nous souhaiterions qu'elle ne
 +
demeure pas un ghetto, inais qu'elle
 +
éclate dans d'autres émissiOns, à
 +
d'autres heures de la journée et d'autres
 +
jours de la semaine. Nous avons parlé
 +
aussi de la responsabilité des journalistes,
 +
non pas bien sûr d'une façon manichéiste,
 +
parce que nous savons qu'ils ne
 +
peuvent pas tout, et aussi que certains
 +
progrès ont été accomplis. L'un deux a
 +
indiqué que, depuis le 10 mai, les journalistes
 +
ont plus de moyens qu'auparavant
 +
de résister aux pressions, et particulièrement
 +
aux pressions gouvernementales.
 +
Il en résulte une plus grande responsabilité
 +
pour chacun d'eux.
 +
Il est certain que les comportements que
 +
nous relevons ne sont pas nécessairement
 +
volontaires de leur part, qu'ils peuvent
 +
commettre des erreurs, mais alors
 +
se pose la question de la formation de
 +
47
 +
' .
 +
ces journalistes, qui disposent tout de
 +
même d'un énorme pouvoir, sans
 +
contrôle réel de l'opinion. Comment les
 +
sensibiliser davantage aux problèmes de
 +
l'immigration et du racisme, comment
 +
les informer mieux ? Nous avons
 +
demandé s'il n'était pas possible de définir
 +
une ligne de conduite, une déontologie
 +
de la profession en matière d'action
 +
contre le racisme. La Fédération Autonome
 +
des Syndicats de Police, la F ASP,
 +
a bien élaboré une charte pour les policiers
 +
à ce propos. Pourquoi n'en serait-il
 +
pas de même de la part des syndicats de
 +
journalistes ?
 +
La lutte contre le racisme à travers les
 +
médias ne peut pas se réaliser, je 1 'ai en
 +
commençant, dans des formes qui risquent
 +
de susciter des réactions en retour
 +
de lassitude, de méfiance ou d'hostilité.
 +
Notre
 +
responsabilité
 +
Il y a une action permanente, quotidienne
 +
à mener, à dose homéopathique,
 +
et qui n'apparaisse pas comme une pression
 +
massive sur l'opinion. Il importe
 +
surtout d'expliquer. Par exemple, on a
 +
signalé qu'au moment des grèves de Talbot,
 +
on montrait tous les jours des travailleurs
 +
de cette entreprise, des immigrés
 +
revendiquant, criant, et que cela a
 +
été globalement ressenti d'une façon
 +
négative. Mais si l'on avait mieux expliqué
 +
ce que pensent, ce que veulent ces
 +
travailleurs, ce qu'ils sont, sans doute
 +
aurait-on obtenu des résultats inverses.
 +
On peut résumer les nombreuses propositions
 +
qui ont été formulées dans ce
 +
forum, en disant qu'il faudrait prendre
 +
de nouvelles habitudes dans les médias.
 +
Avant tout, celle de montrer de plainpied
 +
les différentes religions, les différentes
 +
cultures, les différents aspects de
 +
la vie sociale. Lorsque des enfants apparaissent
 +
sur l'écran, qu'ils ne soient pas
 +
seulement des enfants blonds et roses ·
 +
quand on interviewe des gens dans 1~
 +
rue, qu'il y ait, parmi eux, des immigrés.
 +
En conclusion de ses travaux, notre
 +
forum a souligné qu'en dehors de la responsabilité
 +
des journalistes, en dehors
 +
de la responsabilité des PDG des radios
 +
et des chaînes de télévision, il y a la responsabilité
 +
des citoyens. C'est à nous
 +
tous d'intervenir, de faire en sorte que
 +
nous soyons entendus aujourd'hui,
 +
demain, à la suite de ces Assises par nos
 +
démarches collectives, nos lettres, nos
 +
coups de téléphone individuels - à
 +
condition bien sûr, qu'on ne nous raccroche
 +
pas au nez. Nous ne sommes
 +
peut-être pas aussi impuissants qu'ont
 +
pourrait le croire. Si nous agissons, eh !
 +
bien, il est possible que des changements
 +
se produisent. Il y en a déjà eu. Nous
 +
pouvons beaucoup faire pour que les
 +
médias répondent à ce que nous en
 +
attendons. 0
 +
FORUM
 +
- Histoire et culture -
 +
L'Européo;
 +
centrisme a ·
 +
· vécu. Par quoi la
 +
1
 +
• ' remplacer ?
 +
SE RACONTER NOS IDSTOIRES
 +
48
 +
L e forum « Histoire et Culture »
 +
fut introduit par un exposé de
 +
Michel de la Fournière. Il débuta
 +
son intervention sur le thème Islam et
 +
Occident sur lesquel tant de discours ont
 +
été entendu, tant de propos divergents
 +
ont été écrits. Ils ont ensemble un contentieux
 +
énorme : agressivité, ignorance,
 +
mépris ! Ces éléments ont été déterminants
 +
dans leurs relations beaucoup plus
 +
qu'un dialogue positif ne s'est instauré.
 +
« Certes un dialogue a toujours existé,
 +
et c,est le mérite des associations (petites,
 +
mais grandes par leurs ambitions)
 +
telle que« Islam et Occident » de l'avoir
 +
montré. Toutefois ces deux civilisations
 +
se sont rarement rapprochées. En
 +
France, comme dans les pays de l'Islam,
 +
comment ne pas voir que cette mémoire
 +
millénaire conduit, sinon au rejet, du
 +
moins à la méfiance. En France, on
 +
identifie l'Islam à une menace: les hordes
 +
sarrazines, le déferlement des cavaliers
 +
venus des Pyrénées, les croisades,
 +
les guerres de libération nationale, le
 +
sang versé. Dans cette peur de l'Islam
 +
communient (comme dans une espèce de
 +
réconciliation nationale) le laïc athée
 +
horrifié par l'intolérance d,un Khomeini
 +
et le chrétien angoissé par le sort de la
 +
communauté maronite au Liban. Le
 +
rejet est le même. L ,attachement profond
 +
à la survie de l'Etat d'Israël a fortement
 +
contribué à la défiance envers toutes
 +
les nations arabes, qui ont si souvent
 +
voulu le rayer de la carte.
 +
Une masse énorme de clichés, de phantasmes,
 +
de jugements tout fait, avec au
 +
coeur une hantise du métissage, rejoint
 +
tous ces vieux mythes de la pureté du
 +
sang, laquelle fut à l'origine du premier
 +
génocide des juifs (XVe et XVIe siècles
 +
en Espagne), et qui aujourd,hui est au
 +
coeur de la pensée de la Nouvelle droite.
 +
Nous sommes là au coeur de la pensée
 +
raciste selon laquelle une nation est un
 +
peuple et que coule dans ses veines des ·
 +
caractéristiques qui font que ce peuple
 +
est celui-là et non un autre ; plus il gardera
 +
la pureté de ce sang, plus il sera
 +
jort.
 +
Cela est vieux comme l'humanité : les
 +
républiques grecques avaient déjà ces
 +
convictions fondamentalement racistes.
 +
Les peuples de l'Occident et bien
 +
d,autres ont également raisonné de cette
 +
façon. Pas toujours, d,ailleurs, en
 +
période àe crise : l'Espagne était a son
 +
apogée au xve siècle, lors de sa période
 +
anti-juive. Il faut combattre ces thèses
 +
au niveau des principes. Mais le problème
 +
de la coexistence et du dialogue
 +
des cultures doit, aussi être correctement
 +
posé. S,il existe dans toutes les nations
 +
un fait culturel dominant, il ne doit pas
 +
être nécessairement agresseur. Si ce fait
 +
culturel, en général diversifié et contradictoire,
 +
est chargé de références communes,
 +
il peut être finalement accepté.
 +
Si cela n ,empêche pas les tensions, les
 +
luttes, ni les oppositions politiques, une
 +
nation peut trouver une unité, une identité.
 +
Parallèlement, les cultures minoritaires
 +
doivent être respectées et avoir les
 +
moyens de vivre. Il faut donc distinguer
 +
trois niveaux: le droit à l'existence, le
 +
respect et le dialogue. Nous pouvons
 +
faciliter la coexistence des cultures par la
 +
reconnaissance mutuelle de ce que croit
 +
l'autre, de ce qu,il pratique, et par
 +
l'abandon des mensonges de nos histoires
 +
respectives. Il faut donc aller à la
 +
recherche de la vérité à travers l'autre,
 +
aller au-delà de la position abstraite des
 +
défenseurs des droits de l'homme, qui
 +
s,attache beaucoup aux droits mais ne
 +
regarde guère les hommes. Le pasteur
 +
Johnson, citant lincoln disait de lui :
 +
«Il haïssait l'esclavage mais il n ,avait
 +
que jaire des nègres». L ,abbé Grégoire,
 +
lui-même, qui est à l'origine de l'action
 +
pour la reconnaissance des droits civiques
 +
des juifs français, n ,a jamais fait
 +
une seule fois référence à leurs problèmes,
 +
aux moyens que l'on pouvait leur
 +
donner de suivre leur judaïsme.
 +
Il nous faut jaire un énorme effort pour
 +
différences évoquées, . toutes fondamentales
 +
qu, elles soient, ne sont jamais aussi
 +
fondamentales que l'idée d,un ancêtre
 +
unique. Image qui éclaire parfaitement
 +
le principe sur lequel nous nous
 +
appuyons pour engager le dialogue. Idée
 +
fondamentalement démocratique, antiraciste
 +
: un droit naturel existe.
 +
Sur le problème « de nation et de peuple
 +
» il est nécessaire de préciser certaines
 +
définitions. Une nation doit se définir
 +
autour de principes et d,idées acceptées
 +
et non autour de la notion de peuple.
 +
Lorsque l'on dit que« parce qu,il y
 +
a peuple, il doit y avoir nation », on est
 +
menacé par la dérive autoritaire et
 +
raciste. Grand principe des nazis : « Ein
 +
Volk, Ein Reich, Ein Führer». En ce
 +
sens je me sens plus de la même nation
 +
d,un Mario Soares que d,un Jean-Marie
 +
Le Pen. J'ai beaucoup plus de choses en
 +
commun avec l'ambassadeur d,Algérie
 +
qu,avec un homme peut-être moins
 +
extrêmiste que J. Marie Le Pen ... Ma
 +
nation, c,est aussi cela, ce sont des idées
 +
vécues en commun, une certaine conception
 +
de la vie en société et d,un monde à
 +
construire.
 +
Par l'intermédiaire de l'Etat, de nombreuses
 +
collectivités, par /,action de
 +
l'école, par l'action de quelques médias,
 +
« n est important de reconnaître ces cultures et de chercher
 +
à construire, à partir des apports de chacun, une civilisation
 +
de 1 'universel. »
 +
expurger nos manuels scolaires, nos
 +
feuilletons télévisés, nos bandes dessinées,
 +
de tout ce qui est véhiculé. Ces stéréotypes
 +
enseignent aux enfants, aux
 +
adultes, un mépris de la différence des
 +
autres. Quant au dialogue, au vrai dialogue,
 +
il ne faut pas, au nom des ressemblances,
 +
prétendre à une espèce d,égalitarisme
 +
de tous les niveaux. « Comme
 +
tous les hommes sont frères, camarades,
 +
les différences n,ont pas d,importance ».
 +
Ce n ,est pas vrai, car ces différences correspondent
 +
à des civilisations authentiques,
 +
qui ont produit dans différents
 +
domaines.
 +
Il est important de reconnaître ces cultures
 +
et de chercher à construire, à partir
 +
des apports des uns et des autres, une
 +
autre civilisation, une civilisation de
 +
l'universel. Nous n'y arriverons pas à
 +
marche forcée. Il y a des difficultés. Il
 +
faut un infini respect, une infinie
 +
patience, d,infinies précautions, pour
 +
arriver à ce vrai dialogue. Vouloir
 +
s,engager dans cette voie, suppose que
 +
l'on croit en un certain nombre de principes
 +
: la foi dans une unité biologique
 +
du genre humain, avec les conséquences
 +
morales qui en découlent. Pour nous, les
 +
49
 +
(qui pourraient être plus nombreux)
 +
l'objectif est de faire place tout de suite
 +
à la culture de groupes minoritaires. Car
 +
la parole des communautés étrangères,
 +
plus ou moins constituées, des minorités
 +
nationales, est essentielle dans la lutte
 +
contre le racisme. Ce ne doit pas être le
 +
repli. Il faut relever ce défi, pour vivre
 +
ensemble avec nos différences, comme
 +
quelque chose q_ui est une donnée, là
 +
aussi,essentielle, de notre humanité. »
 +
Divers intervenants ont, à la suite de
 +
l'exposé de Michel de La Fournière,
 +
démontré par leurs pratiques quotidiennes,
 +
combien la méconnaissance était à
 +
l'origine du rejet des autres communautés.
 +
Une responsable du MRAP de
 +
Nîmes fait part de son expérience en tant
 +
qu'enseignante. Elle souhaite une révision
 +
de nos manuels scolaires. « Nous
 +
avons, a-t-elle dit, pratiqué une politique
 +
de mépris à l'égard de l'Algérie».
 +
D'autres, allant dans le même sens ont
 +
estimé avoir grand besoin d'apprendre
 +
l'histoire de ces pays, du Maghreb ou de
 +
l'Afrique noire.
 +
« Mais c,est un problème pour tous car
 +
la majorité des Français méconnaissent
 +
leur propre histoire ; par ailleurs il y a
 +
cc Lorsqu'on vit en
 +
France, on ne peut
 +
échapper à la
 +
culture de ce pays.
 +
Mals nous venons
 +
avec notre propre
 +
bagage.n
 +
une mystification de cette histoire,
 +
aujourd'hui. Il faut l'assumer. Et cela
 +
n'est pas simple: c'est une lutte qu'il ne
 +
faut pas minimiser. »
 +
Question difficile, surtout pour les jeunes
 +
de la « deuxième génération » : « Ils
 +
sont porteurs de deux cultures, leur culture
 +
d'origine, et la culture française. Il
 +
leur faut assumer ce brassage. Ce n'est
 +
pas simplement une affaire de statut, de
 +
nationalité ».
 +
« La culture, c'est le fond du
 +
problème ... » affirme une femme juive,
 +
qui arrivée en France en 1938, n'a pas
 +
voulu apprendre le yiddish. « Je ne voulais
 +
pas être juive, et je trouve merveilleux
 +
aujourd'hui que les jeunes Maghrébins
 +
revendiquent leur culture. » Le
 +
mur, pour elle, c'est la méconnaissance
 +
de l'autre, le manque de curiosité, le
 +
manque d'intelligence.
 +
« S'en sortir, c'est essayer de comprendre
 +
l'autre. Lorsque l'on subit le
 +
racisme, on est marqué dans sa chair, on
 +
le vit affectivement. Il ne faut pas rejeter
 +
le contact avec sa famille. Le drame,
 +
c'est la langue différente, celle qui n'est
 +
pas familiale, qui n'est pas celle de la
 +
mère. Car une langue c'est une façon de
 +
penser. Toute forme d'exclusion,
 +
l'exclusion des Maghrébins, des juifs,
 +
des communistes- lorsque l'on met des
 +
gens à part -, est une façon de mettre
 +
un mur. Pour qu'il n'y ait pas de mur, il
 +
faut écouter, comprendre, questionner. »
 +
Pour le représentant de la Fédération
 +
des travailleurs africains (la FET AF),
 +
« la culture regroupe l'ensemble des
 +
activités humaines. Lorsque l'on vit en
 +
France, on ne peut échapper à la culture
 +
de ce pays. Mais nous venons avec notre
 +
propre bagage et celui-ci doit être
 +
accepté».
 +
Le porte parole de l'Union Culturelle
 +
Arménienne, s'est élevé contre l'intervention
 +
de « certains » à la télévision :
 +
« Comment, sous un gouvernement de
 +
gauche, peut-on laisser dire : deux millions
 +
de chômeurs = deux millions
 +
d'immigrés de trop ! » Il poursuit :
 +
« Comment a t-on pu, pendant des
 +
années, qualifier les Arméniens d'apatrides?
 +
»
 +
Un travailleur immigré tient à demander
 +
s'il est possible de vivre sa culture
 +
« quand on est à sept dans une pièce,
 +
quand on est au chômage et que l'on n'a
 +
pas de quoi subsister. Dans ce cadre-/à,
 +
il n'est pas question d'échapper à la culture
 +
française mais tout simplement de
 +
pouvoir y accéder! N'oublions pas non
 +
plus que lorsqu 'on parle d'insertion, il
 +
faut aussi parler de réinsertion ».
 +
Pour Pierre Taguieff, « il faut se garder
 +
d'idées trop simples sur ce qu'est la
 +
Nouvelle droite. Il faut se garder des
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effets pervers de l'éloge de la différence.
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Pour les déjouer, il faut en connaître le
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fonctionnement et les usages: l'intégrisme
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de la différence ! Nous pouvons
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distinguer deux formes de racisme : le
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racisme identitaire et le racisme inégalitariste.
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La Nouvelle droite, le GRECE
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développent un néo-racisme, différentialiste.
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Le racisme, en général, comme
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idéologie moderne, est apparu au XJXe
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siècle contre l'universalisme, contre
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1 'idée qu'il puisse y avoir des idées, qu'il
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puisse exister des valeurs communes
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entre tous les hommes. Le postulat fondateur
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du racisme est qu'il n'y a pas universalité
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des valeurs humaines. Et c'est
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le premier acte.
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Que l'on soit révolutionnaire ou scientiste,
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l'important est de briser l'universalité
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au X/Xe siècle et toutes les déclarations
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des droits de l'homme. D'autre
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part, on assigne un individu à ses appartenances,
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supposées fixes, éternelles :
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c'est la catégorisation des individus. Et
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troisièmement, ces catégories, ethnie,
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nation, peuple, race, sont supposées
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absolues : la différence est une zone
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d'indétermination idéologique ; elle est
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un enjeu pour la Nouvelle droite
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aujourd'hui. Nous sommes dans la politique
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et dans le culturel... On observe
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aussi une biologisation de ces différences.
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A travers ces quatre traits, nous
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avons à faire à un racisme de la différence.
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La différence n'est que le passepartout
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de l'identité. L'ennemi, c'est
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l'autre, pas en tant qu'inférieur, mais en
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tant qu'autre. C'est cette phobie du
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contact qui mène au génocide.
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Un cinquième trait permet de passer à
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un second type de racisme, moins pernicieux,
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même s'il est scandaleux, et plus
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visible. C'est le racisme lié au colonialisme,
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celui de l'inégalité, mais qui suppose
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une échelle commune entre les
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hommes. C'est un racisme modéré! Au
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contraire le racisme de la différence
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identitaire suppose, lui, une inassiminabilité,
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une incomparabilité, une incommunicabilité
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entre les hommes. Définitives
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et insurmontables. L'autre racisme
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suppose simplement une hiérarchie.