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le racisme et pour
l'amiûé entre les peuples),
édité par la Société
des édiûons Différences
89, rue Oberkampf
75011 PARIS
Tél. : (1) 48.06.88.33
DIRECTEUR DE
LA PUBLICATION/GERANT
Albert Lévy
RÉDACTION
Rédacteur en chef
Jean-Michel Ollé
Secrétariat de rédaction/maquettes :
Véronique Mortaigne
Re[aûons extérieures:
Danièle Simon
Khaled Debbah
ABOIIIIEMEIITS
1 an: 170 F.
lan à l'étranger.' 200 F.
6 mois: 100 F.
EtudÜlnts et chômeurs, 1 an :140 F.
mois.' 80 F
(joindre une photocopie
des cartes d'étudÜlnt
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Soutien : 200 F.
Abonnement d'honneur: 1 000 F.
Algérie: 14 dinars. Belgique: 140 FB.
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93100 Montreuil. Tél. : 42.87.3.1.00
Impression Montligeon. Tél ... :3.3,83.80.22.,
Commission paritaire n° 63634
ISSN 0247-9095.
Dép~t légal: 1986-3
La rédaction ne peut être tenue pour re$ponsable
deS textes, documents et photos confiés.
ONT PARTICIPE A CE NUMERO:
Yoro N'Diaye, Dolorès Aloia. Jean Roccia,
Hobert Pac, Bernadette Hétier, Monique
Ayoun, Yves Thoraval, Chérifa, Joelle Tavano,
Schofield Corryell, Jean-Jacques
Pikon, Christiane Dancie, Marianne Cornevin,
Alain Rauchvarger, Pierre Vallée, Mil·
lion, ·labachot, Dupont/Durand.
PHOTO COWERTURE :
Une femme du Hoggar,
ISABELLE ESTlER
OMMAmE _ ~ ___________ ~
8
11
12
18
26
28
32
34
MARS
ACTUEL
POINT CHAUD L' imbroglio Miskito. ROBERT PAC
Les sandinistes du Nicaragua promulgent ces jours-ci leur nouvelle
constitution. Quelle place y sera faite aux Indiens miskitos ?
RENCONTRE --- Attention élections. JEAN-MICHEL OLLE
C'est l'heure du grand choix pour les électeurs. Nous avons fait le
tour des programmes en matière d'immigration.
PREJUGES Exclusion/répression . BERNADffiE HETIER
L~ petite déliquance est la vraie vedette des années 80. Nous avons
suivi le chemin de tous les paumés qui finissent en prison.
DOSSIER
Un désir nommé désert. MONIQUE AYOUN, CHERIF A
Ouverture au musée des Arts océaniens, à Paris, d'une exposition
sur le Hoggar algérien. Qu'est-ce qui fait courir les Français vers
les dunes? Rien de nouveau, c'était déjà dans la Bible.
CULTURES
TENDANCES __ _ Raï de marée. AFIFA ZENATI
Cette nouvelle musique franchit la Méditerranée presque aussi vite
que le reggae avait traversé l'Atlantique. Attention aux oreilles.
L'EVENEMENT __ _ Regards de femmes. VERONIQUE MOR·
TA IGNE
Parti de rien, le VIII' Festival du film de femmes qui se tient en
mars à Créteil prend cette année figure d'événement international.
C'est peu dire qu'il le mérite.
DÉCOUVERTES
RÉFLEXION La fête et ses rites. JEAN DUVIGNAUD
On a beau vouloir ressusciter un peu partout la fête populaire, ça
ne marche pas fort. Un sociologue explique pourquoi. Propos
recueillis par Jean-Jacques Pikon
HISTOIRE Des années à se battre. MARIANNE CORNEVIN
Peut-être des siècles : la résistance à l'apartheid en Afrique du Sud
est très ancienne. Il semble utile de le rappeler au moment où le 21
mars, Journée internationale contre le racisme, commémore le
massacre de Sharpeville.
VOUS
L'agenda, Pour mémoire, les jeux, les petites
annonces. Et pour satisfaire les joueurs qui se sont plaints du
manque de délais, une prolongation du concours d'abonnements.
Il est encore temps de gagner son billet pour New York.
Rectificatif : la photo de couverture
du mois dernier venait de l'agence ~G::::-:A-,-MM~.A. ... .--:--:--:--:-",":",:,"[[Utilisateur:Charles|Charles]] 12 janvier 2012 à 18:34 (UTC)_I---_--________________- l Il
Différences - n" 54 - MARS 1986
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trouvent toujours dans le numéro que vous
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D/TOR/AL
DATES
Il Que celui qui ne s'est jamais ennuyé un 11 novembre devant le
monument aux morts nous jette la première pierre: les
commémorations, ce n'est pas très rigolo. Grands discours vite
oubliés, dépôt de gerbe et recueillement, puis, rompez les rangs, on
repart comme avant.
L'ancien président l'avait bien compris, qui avait rayé de la carte le 8
mai. Mais, balayé lui-même par le 10 mai, il n'a pu continuer son
grand nettoyage du calendrier.
Et pourtant, quand on y pense! D'abord, on supprimerait les
guerres. 11 novembre, 8 mai, c'est loin tout ça, à la poubelle. 14
juillet, la nation cocorico, c'est ringard, au panier. 1er mai, c'est un
coup de la CGT, Noël et la Pentecôte, un coup des cathos : pas
question de garder tout ça, soyons modernes.
A quoi ça sert de se souvenir ? Dans les écoles, on ferait mieux de
supprimer l'histoire, et faire faire de l'informatique à la place. Les
anciens combattants, les déportés, les résistants, à l'asile de vieillards.
A la place des monuments, des cabines téléphoniques. Plus de noms
de rues, des numéros, comme à New York. Ne parlons même pas du
21 mars, cette commémoration d'événements en Afrique du Sud, dont
tout le monde se moque. A quoi ça rime de faire une journée
internationale contre le racisme, alors que ça n'existe plus depuis
belle lurette ?
Si on n'encombrait pas la tête des
Français avec toutes ces vieilleries,
ils seraient assurément plus
performants dans la dure compétition
internationale. Suppression,
dans les grammaires des
temps du passé, amendes pour
toutes les expressions subversives
comme « Je me souviens ». Une
race neuve et pure, prête à suivre
ses chefs pour aller de l'avant.
Vous vous rendez compte du
temps qu'on gagnerait, aux élections,
si on n'avait plus à se
souvenir de ce que faisaient les
candidats, avant ?
I~ ______________________________ ~ _____________ ~a
DiJJërences - n" 54-MA RS /986
..
NBREF ___________________ ~
Un mois pas comme les autres
L'Algérie à Paris
Contrairement à
certains, cela ne
nous effraie pas !
Ainsi, sous l'impulsion
des ministères de la
Culture français et algérien,
Paris et sa banlieue,
et un peu Marseille,
vivent à l'heure algérienne
pendant un mois, jusqu'au
20 mars. Tant mieux
car l'Algérie bouge, ce qui
n'est pas toujours évident.
Signe d 'a mitié et de
confiance entre les deux
peuples, ce festival concerne
presque tous les arts et, avant
tout, pour la découverte, la
musique «raï », qui a submergé
la maison de la culture
de Bobigny, puis la grande
halle de la Villette, une musique
. comparée au blues du
«Deep South» des EtatsUnis,
à la fois marquée par la
nostalgie et par l'expression
de pulsions et de dires parallèles
à ceux exprimés à haute
voix dans le « social» (voir
article). Le. rock algérien est
là aussi, groupe T.34, ainsi
que le groupe de jazz, eh oui,
de Safy Boutella, au Rex
Club et au New Morning
respectivement, à Paris. Au
centre Pompidou, une exposition
a retracé, jusqu'au
24 février, un panorama littéraire
algérien, grâce à des
manuscrits et des ouvrages
édités à Alger. A la Maison
des cultures du monde, le
Théâtre régional d'Oran,
avant d'aller à la Maison de
l'étranger de Marseille, a
présenté la dernière pièce
d'Abdelkader Alloua, El
Ajouad ( les Généraux »),
fresque dramatique alliant
ballades chantées et théâtre
SORTIR SANS REVOLVER
proprement dit, arabe dialectal
et arabe littéraire. Les
arts plastiques sont à l'honneur
avec 16 jeunes peintres
contemporains très intéressants,
dans le hall du CNAP
(27, avenue de l'Opéra), jusqu'au
13 mars, cependant
qu'Abdi Abdelkader présente
neuf créations d'ameublement
dans le temple du
mobilier «in et Starck »,
chez VIA (1, place SainteOpportune).
Enfin, le
« clou» des manifestations
est la grande exposition, réalisée
avec la wilaya de Tamanrasset,
«Hoggar », au
musée des Arts africains et
océaniens, jusqu'au 18 mai.
(Voir dossier)
YVES THORAVAL
Informations générales sur le festival:
Maison des cultures du monde, 101,
boulevard Raspail, 75006 Paris, tél. :
45.44.72.30.
Heureusement qu'on a lean-Pierre Pierre-Bloch et André Santini pour nous mettre
en garde, sinon on en arriverait à sortir de chez nous sans revolver, alors que la
France, maintenant, c'est carrément Chicago. Les deux compères, candidats de
l'opposition aux élections, ont commis le quatre-vingt-septième livre sur la sécurité
de l'histoire de la politique française. Grosse campagne de pub sur les murs des
grandes villes. Au premier plan, les deux Laurel et Hardy de l'autodéfense, graves,
sérieux, responsables, sanglés dans des imperméables de barbouzes. Au deuxième,
très innocemment, des Noirs. Sur l'autre photo, une auto qui brûle. Et à côté,
devinez? Un Arabe, évidemment.
Cousu main
DUPONT-LAJOIE ENTRE EN SCENE
Jouer le racisme ordinaire sur une scène pour mieux l'analyser.
C'est ce que fait le Théâtre de l'Opprimé. Un spectacle sur mesure.
A ma droite, le théâtre
d'intervention, invention
soixante-huitarde
par excellence : le théâtre est
dans la rue, la rue est une
fête, etc. A ma gauche, la
réflexion antiraciste et, souvent,
le désarroi des gens
quand il s'agit d'intervenir
concrètement dans une situation
de racisme patent.
Exemple: vous êtes une
femme et, dans le bus, un
étranger vous pince les
fesses. Que faire pour s'en
débarrasser sans qu'il se fasse
immédiatement agresser par
les témoins ? Ou bien, vous
êtes dans un taxi dont le ::l
chauffeur tient des propos ~
racistes. Ou bien, vous re- \§
voyez vos parents après deux"; . . . . .
ans d'absence, pour vous Porte de la Villette: le public est aussI sur la scene
apercevoir qu'ils sont prêts à qués par les thèses d'Augusto fessée ou du client du taxi.
voter Le Pen. Autant de Boal, monte un spectacle qui De votre siège, vous le dites.
situations possibles dont on met en scène ces situations. Qu'à cela ne tienne, on vous
se sort difficilement à l'aide Une douzaine de sketchs, fait monter sur la scène, et
du discours antiraciste tradi- eux disent « modèles », ins- vous la jouez telle qu'elle
tionne!. pirés de situations du racisme vous semble plausible ou
A ma droite, le théâtre. A ordinaire. Les comédiens telle que vous voudriez
ma gauche, la vie. Rassurez- jouent la scène, à leur façon. qu'elle soit. Le spectateur
vous, on va vous aider. Le Vous, dans la salle, vous devient acteur, un débat
Théâtre de l'opprimé, une n'êtes pas d'accord avec cette s'installe entre les divers scétroupe
de comédiens mar- réaction de la fille pince- narios possibles et, du coup,
OMAR
L'EPICIER
Omar Talb est l'Arabe
d'Orsay. Entendez par là
qu'il tient une épicerie qui
reste ouverte tard le soir et
le dimanche, un service
apprécié des citadins en
panne de supermarché.
La sous-préfecture de
Palaiseau veut lui faire
fermer boutique, pour une
sombre histoire d'autorisation
qu'on a négligé de
lui notifier depuis trois
ans. Toute la population
pétitionne à tour de bras
pour garder son Arabe.
Ce n'est pas si souvent ...
Différences - n° 54 - MARS 1986
LAPSUS?
Voici le fac-similé du télex
pour lequel la Caisse
nationale d'allocations
familiales notifie aux
administrations qu'il
convient désormais de
supprimer les allocations
familiales aux immigrés
chômeurs et préretraités
dont les enfants sont
restés au pays. Une
interprétation fâcheuse et
très restrictive des accords
bilatéraux avec les pays
concernés. La mesure
ne viendrait pas
directement du
gouvernement, qui serait
néanmoins au courant .
Lapsus ou concession ?
sur les meilleures façons de
réagir au racisme, voir plus
haut les références à 68.
Autre originalité du Théâtre
de l'opprimé: c'est qu'il ne
s'agit pas pour eux de s'enfermer
dans un théâtre, devant
les simples spectateurs
du quartier. Ils font un
théâtre à la carte, pour tous
ceux qui veulent parler de
racisme. Une soirée-débat,
une rencontre de comité
d'entreprise, une réunion politique,
une manifestation
culturelle? Pas de problème,
le Théâtre de l'opprimé vient
à vous, où et quand vous le
souhaitez, et lance le débat
grâce à son spectacle. Voilà
qui peut changer de l'éternelle
cassette-introductive et
lancer un débat plus vif, plus
concret, donc meilleur. 0
Scènes de la vie raciste au
quotidien, par le Théâtre de
[' opprimé. Renseignements et
réservation à partir du début
mars, auprés de Thérèse
Berger, Théâtre de ['opprimé,
24, avenue Laumière, 75019
Paris, tél. : (1) 42.05.89.31.
mNTcHAuD ____________________________ ~
Au Nicaragua
IMBROGLIO MISKITO
Les Sandinistes préparent une nouvelle Constitution. Que vont-ils faire de leurs Indiens?
L.e conflit qui oppose depuis
cinq ans la commuauté
indienne Miskito,
Suma et Rama de la Côte
atlantique du Nicaragua au
gouvernement du pays revient
dans l'actualité à la
faveur des discussions préliminaires
à l'adoption d'une
nouvelle constitution bientôt
soumise au vote de l'Assemblée
nationale. Le gouvernement
a proposé à l'étude, au
plan régional et national, un
texte qui doit servir de base à
la rédaction du chapitre Autonomie
de la Côte atlantique
Ce conflit n'était plus que
rarement évoqué depuis la
rupture, le 27 mai 1985, des
négociations entre le gouvernement
sandiniste et l'organisation
indienne Misurasata premier, le Misurasata, fut «contra », basé au Costa souvent contre les villages
en rebellion ouverte depuis fondé au lendemain de la Rica et dirigé par Eden Pas-· indiens de la zone atlantique
1981. Il avait pourtant été victoire de la révolution san- tora, dont les volte-face ren- en accord avec la politique
une des armes privilégiées de diniste par Brooklyn Rivera dent toute collaboration im- i n d i g é n i ste des
l'entreprise de déstabilisation et Hazel Lau. Il disposait possible. Sandinistes ... (1). Le Misura
du jeune Etat révolution- d'un siège au Conseil d'Etat. entretenait évidemment des
naire nicaraguayen engagée En 1981, ce fut la rupture à la 1 liens étroits avec le FDN
par les Etats-Unis et la CIA, suite de désaccords avec le Le pasteur renégat somoziste installé lui aussi au
férus en manipulation des gouvernement du Nicaragua entraÎne les Indiens Honduras.
minorités ethniques et des quant à sa politique d'assimi- Enfin, en mai 1985, le Misectes
religieuses (1). Malgré lation à terme des Indiens et Le second mouvement, le satan voit le jour à l'initiative
tout, les négociations étaient à de nombreuses « erreurs» Misura, a été fondé par le du gouvernement sandiniste.
considérées comme seule- que les Sandinistes ont recon- pasteur morave Steedman Mouvement représentatif,
ment « suspendues» et Was- nues ensuite. Fagoth, renégat du Misura- puisque, parmi ses dirihington
ne pouvait envisager Le Misurasata fut alors dirigé sata et ancien garde somo- geants, on notait Hazel Lau,
une autonomie négociée par Brooklyn Rivera exilé au ziste auquel les Sandinistes cofondatrice du Misurasata
entre des Indiens et un gou- Costa Rica. Il entretenait en- avaient imprudemment ac- avec Brooklyn Rivera, et
vernement révolutionnaire. viron trois mille guérilleros cordé leur pardon. Fagoth Oscar Hogsdon, membre du
Pour éclairer nos lecteurs dans la zone atlantique. avait emmené, souvent de conseil exécutif du Conseil
dans cette histoire extrême- Brooklyn Rivera a toujours force, une dizaine de milliers mondial des peuples inment
complexe, il convient refusé toute alliance avec le de Miskitos en territoire hon- digènes. Le Misatan était évide
préciser qu'au moment Misura de Steedman Fagoth, durien. Il y entraînait un demment pro-gouvernedes
conversations interrom- et le mouvement « contra» millier de « contras» indiens mental.
pues de mai 1985,la «résis- FDN, somoziste, basé au avec l'aide matérielle de la
tance» indienne n'était pas Honduras. Il eut également CIA et d'instructeurs venus Les premiers contacts d'ocmonolithique,
tant s'en faut . toujours beaucoup de diffi- des Etats-Unis. Les raids tobre 1984 entre les SandiIl
existait alors trois mouve- cuités à s'entendre avec meurtriers se sont multipliés nistes et le Misurasata (1)
• ments indiens distincts. Le l'Arde, autre mouvement en territoire nicaraguayen, avaient abouti à une pre12 janvier 2012 à 18:34 (UTC)~~--------------~~----------~
mière rencontre entre Brooklyn
Rivera, Daniel Ortega,
chef du gouvernement, et le
père F. Cardenal, ministre de
l'Education nationale. Le
8 décembre 1984, à Bogota,
le gouvernement fit une première
proposition repoussée
par Brooklyn Rivera pour ne
pas garantir clairement
l'autodétermination des Indiens.
Deux nouvelles réunions,
en mars 1985 à Bogota
à nouveau, et en avril à
Mexico n'aboutirent pas davantage.
Il semble que Brooklyn Rivera
se soit alors livré à la
surenchère. Alors qu'on touchait
au but et qu'on débattait
du choix d'une tierce
partie garante de l'application
des accords, il se prononça
pour le Conseil épiscopal.
Or, ce dernier, et son
chef hiérarchique Mgr
Obando y Bravo, ont toujours
été clairement hostiles
des négociateurs sandinistes
de Luis Carrion par le ministre
de l'Intérieur, Tomas
Borge, héros de la Révolution;
trop dogmatique.
au gouvernement de Managua.
Il eût paru plus logique
que Brooklyn Rivera
désigne l'Eglise morave, celle 1 des Miskitos, d'ailleurs présente
aux négociations depuis
le début en qualité d'observateur.
Mais, pour le Misurasata,
l'Eglise morave est
« vendue aux Sandinistes» !
Une contrevérité puisque de
nombreux pasteurs et fidèles
moraves, regroupés autour
de Steedman Fagoth, firent
des séjours en prison plus ou
moins longs pour activités
contre-révolutionnaires.
Néanmoins, malgré cette
rupture, le gouvernement nicaraguayen
décida d'autoriser
le retour progressif dans
leurs villages des communautés
Miskitos, Suma et
Rama, qui avaient dû être
déplacées vers l'intérieur du
pays en 1982 au plus fort des
attaques des «contras» du
FDN, dans la région du Rio
Coco, ainsi que celui de milliers
d'autres familles indiennes
exilées au Honduras.
Les Miskitos bénéficiaient
également de la loi d'amnistie
décrétée par le gouvernement:
deux mille d'entre eux
qui avaient été mêlés à des
activités contre-révolutionnaires
purent regagner leurs
villages. Aucun Indien ne se
trouvait plus en prison fin
juillet 1985.
Quand tout semble
rentrer dans l'ordre
tout se complique
1 Une compagnie de
guerriers sioux
Par ailleurs, les Sandinistes
avaient été indisposés par
certains observateurs imposés
par Brooklyn Rivera,
particulièrement des Américains
du Nord, présentés par
celui-ci comme des « ethnologues
» et des « supporters
des luttes indiennes ». Sans
parler de Russel Means, de
l'American Indian Movement
des Etats-Unis (AIM)
qui agita la menace d'envoyer
au Nicaragua une compagnie
de guerriers sioux pour assurer
la défense des
Miskitos!
Un autre facteur défavorable
fut le remplacement à la tête
Différences - n° 54 - MARS 1986
Tout va bien, donc? Non,
l'imbroglio est total. Qu'on
en juge: d'abord, Steedman
Fagoth a été expulsé du Honduras,
le 7 janvier 1985, et a
rejoint les Etats-Unis. Puis,
le gouvernement nicaraguayen
a passé à la mi-mai
des accords discrets avec le
Misura (qui était pourtant
l'ennemi juré à la fois des
Sandinistes et du Misurasata),
garantissant des accords
de cessez-le-feu et la
protection des Miskitos rapatriés
vers le Rio Coco. Le
principal acteur de ces accords,
Eduardo Pantin,
mourut peu après, vraisemblablement
assassiné.
Le 16 juin 1985, la commission
Asla est créée afin d'unifier
les groupes de résistance
indienne au sein d'une organisation
qui assurerait le développement
du projet d'autonomie
indienne et la préparation
d'une assemblée générale.
A la direction de
l'Asla, Brooklyn Rivera, Wycliffe
Diego et Jenelee Hodgson.
Puis , début septembre
1985, le Misura et le Misurasata,
hier ennemis irréductibles,
se sont fondus en une
seule organisation, le Kisan.
Si, logiquement, Steedman
Fagoth a été éliminé, Brooklyn
Rivera a subi le même
sort. Mais ce dernier
continue de diriger un Misurasata
fortement affaibli et de
garder le contact avec Managua.
Dans un communiqué
de l'Asla daté du 12 setembre
1985, son secrétaire exécutif,
EZB Miskitos
lIillI Sumus
~ Ramas
_ Noirs. Créoles
territoire national, ainsi que
l'unicité du peuple du Nicaragua.
Il reconnaît la spécificité
des peuples Miskitos,
Suma, Rama et créole, garantit
leurs différentes expressions
culturelles et leurs
langues, ainsi que la légitimité
de leurs revendications.
Il est à remarquer que le
projet sandiniste prend en
compte les quelque 30 000
« Créoles» (criollos) qui vivent
dans la Côte atlantique
et qui ne sont pas toujours
solidaires des Indiens (3).
M er
Les populations indiennes au Nicaragua et Honduras.
Delano Martin, condamne la
création du Kisan qu'il désigne
comme une manoeuvre
du FDN pour en tirer un
avantage politique en faisant
ainsi croire qu'il a les Indiens
de son côté (2).
Quoi qu'il en soit, le gouvernement
nicaraguayen est décidé
à poursuivre son action
pour accorder l'autonomie
aux Indiens et créoles de la
Côte atlantique. Mais il
semble que son projet actuel
ne diffère pas de la déclaration
de principe que Lumberto
Campbell, vice-ministre
de la Côte atlantique,
présenta en juillet 1981 aux
Nations unies à Genève, lors
de la Conférence internationale
des ONG sur les
peuples indigènes et la terre,
et qui a toujours été rejetée.
Ce nouveau texte établit l'indivisibilité
et la souveraineté
de l'Etat sandiniste sur tout le
La seconde partie du texte
définit les droits particuliers
de ces communautés (langues,
cultures, religions ,
coutumes, la propriété , la
possession et l'usufruit de la
terre, des forêts et des eaux)
et les conditions de leur représentation
à l'Assemblée
nationale. Ce texte est encore
imprécis et il faudra vraisemblablement
encore des négociations
avant d' aboutir,
d'autant que l'état d'urgence
proclamé par les Sandinistes
n'est pas de nature à favoriser
le dialogue.D
ROBERT PAC
(1) Voir Différences n° 42 - Février
1985.
(2) In Akwesasne Notes volume 17,
n° 6, Early winter 1985.
(3) Contrairement à la définition du
dictionnaire, au Nicaragua le terme
« créole» (criollos) désigne les descendants
des anciens esclaves africains
noirs qui ont été très fortement
métissés avec les Amérindiens. ..
ENCONTRE __________________________ --,
Spécial 16 mars
ATTENTION, ELECTIONS
Nous avons passé tous les programmes électoraux
au banc d'essai. Voici les propositions
de chacun sur l'immigration.
..... ...... Le syndrome du 16 mars
1986, observé depuis des
mois, voire des années, a, au
moins, deux avantages .
D'abord, l'immigration n'a
pas été, comme on le craignait,
au centre de la campagne
électorale. La cohabitation,
morne invention
d'une démocratie qui s'encroûte,
lui a ravi la vedette,
et c'est tant mieux, parce que
l'usage veut, hélas, qu'on
dise statistiquement plus de
bêtises sur l'immigration que
de vérités. A part leshabituels
excités de l'Occident en
danger, aucun parti politique
n'en a vraiment fait son cheval
de bataille, au moins au
plan national, car dans la
chaleur des réunions locales,
les langues se délient.
Deuxième avantage, on a un
peu rangé au placard les
grandes idées vagues, l'Immigration
avec un grand l , celle
qu'on agite comme un épouvantail,
pour batailler sur des
points plus précis. On a, un
peu, dégonflé le «problème
» de l'immigration
qu'on arrivait mal à faire
'" durer, tant il n'existe pas,
S'appuyant sur les acquis du
début du septennat. Le PS veut
maintenir la situation actuelle,
qu'il trouve juste, sur
le principe de l'égalité des
droits des travailleurs. On
précise que «tout élargissement
des droits sociaux devra
bénéficier à l'ensemble des
travailleurs sans distinction
d'origine ». Le système actuel,
qui verse pour les enfants
d'immigrés restés au
pays des prestations au prorata
de celles du pays
d'origine, n'est pas remis en
cause. Sur ce point, le PS est
gêné par les restrictions mises
en place récemment par la
CNAF, qui supprime les allocations
aux étrangers chômeurs
dont les enfants sont
au pays. Gêne également sur
le droit au regroupement familial,
réaffirmé, mais en
contradiction avec l'action du
gouvernement qui l'a assorti
de nouvelles contraintes. Ces
points sont contestés par le
PCF, qui souhaite que l'égalité
des droits soit respectée y
compris pour les familles resgrands
renforts de pub, sur ce
point précis de leur programme
commun. Le RPR a,
en effet, fait sienne depuis
longtemps et appliqué à
Paris, une mesure discriminatoire
prônée par le FN (1). Il
s'agirait, au nom d'une politique
nataliste, de ne plus
verser aux immigrés les prestations
sociales dites « à vocation
démographique »,
telle la prime au troisième
enfant. C'est oublier que les
incitations natalistes n'ont jamais
fait augmenter le
nombre de bébés en France.
M. Toubon, surtout, a eu du
mal à expliquer, à L'heure de
vérité, comment le fait de
priver les immigrés de ces
prestations allait encourager
les Français à faire plus d'enfants.
A l'UDF, sous l'influence
de personnes comme
M. Stasi, sous la pression de
Raymond Barre qui avait
trouvé inconstitutionnelles de
telles propositions, on a refusé
tout net d'inclure cette
mesure dans le programme
commun. D'où disputes.
'-____ .. _~"'''w .. w·"·'_',, .. • .... ''''~ i ~ pour s'opposer sur des 1 -~.: mesures 'a pdren r e ou pas,
ci des lois à voter ou à abroger,
programmes obligent.
Qui est français ?
Personne n'est d'accord ...
Pris dans les Boûches-duRhône,
en janvier 1986 :
attention au virage à droite ...
Petit détail: Le panneau est
criblé de balles.
A éplucher ces programmes, té es au pays, chiffre la Malthusianisme libéral tradion
s'aperçoit vite que tous les som men 0 n ver sée à tionnel qui fait qu'à l'UDF on
partis se sont polari~és ~ur l~s 1,5 milliard de francs, et de- ne croit guère aux campagnes
mêmes points. Celm qm a fait mande la stricte application natalistes chères aux gaulcouler
le plus d'encre, ce sont du droit au regroupement listes, humanisme bon teint
les prestations sociales. Vieil familial. A droite, grand ou souci de se démarquer du
argument du racisme, c'est branle-bas dans Lander- RPR? De fait, la différence
sur ce chapitre qu'il yale ne au : le RPR et l'UDF au- tant vantée tient surtout au
III L-________ ----------------~p~l~u~s-d-e-d-i-ff-é-r-e-n-c-es-.----------r-a_ien_t_ _f a_i_ll_i __se __f_ âcher,_ _à_ _- d-e~g~r-é-d-e-c-o_n_vi_ct_i_on_ _n_ a_ta_l_is_t_e_' 1
Autre débat, l'acquisition de
la nationalité française. On
est revenue à cet égard, entre
la droite et la gauche, à une
vieille querelle juridique, loi
du sang ou loi du lieu. Pour la
gauche, est français, grosso
modo, celui qui naît en
France ou épouse un( e) Français(
e). C'est la loi du lieu,
tradition de la République
française , une seule fois
remise en cause, soulignent
PS et PCF, sous Pétain. Pour
le PS, l'acquisition de droit
de la nationalité française
pour les enfants nés en
France est partie intégrante
d'une politique d'insertion
des étrangers qui le désirent
dans la société française.
Même position au PCF, qui
insiste de plus sur les moyens
nécessaires pour faciliter les
naturalisations (gratuité et
sim pli fic a t ion des d émarches).
Le RPR et l'UDF sont revenus,
quant à eux, àlaloidu
sang. Même nés en France,
les enfants d'étrangers devront
mériter la naturalisation.
Plus d'automatisme, il
faudra prouver son désir d'intégration
et demander la nationalité
française , qu'on accordera
après enquête.
notamment sur la loi de 1981
établissant les droits des immigrés
clandestins dans les
procédures d'expulsion. Le
PCF note que cette loi n'est
pas appliquée et demande
plus de rigueur contre les
employeurs de sans-papier.
La plate-forme RPR-UDF
reste vague, mais pour le
RPR il ne fait aucun doute
qu'il faut rétablir la loi « sécurité,
liberté» et les contrôles
d'identité, ce qui implique,
dans ce cas, le retour de la
chasse au faciès. Il demande
aussi l'instauration de visas
pour tous les étrangers non
européens. L'UDF ne réclame
pas le retour de la loi
Peyrefitte, mais demande
l'instauration de papiers
d'identité dits «non falsifiables
». Quant à Raymond
Barre, qui n'aime pas les
programmes, il reste vague
sur les mesures envers les
clandestins. Il est intéressant
de noter que toute l'argumentation
barriste sur le sujet
réside sur ce postulat,
plusieurs fois énoncé: ne
poussons pas à bout les immigrés
qui sont chez nous, .
car ils pourraient se transformer
en minorités organisées
et révoltées, pilotées,
pourquoi pas, de l'extérieur.
1 Quelques couacs dans l'harmonie des discours
de campagne
Même clivage sur le droit de
vote. F. Mitterrand a solennellement
rappelé son attachement
à cette proposition.
Le PS l'avait un peu oubliée,
mais l'a remis en fin de
compte à son programme. Le
PCF, qui a adopté cette proposition
en 1985, s'y tient.
Pas question pour le RPR ni
pour l'UDF. Contrôle des
naissances, acquisition de la
nationalité, droit de vote, on
voit ce qui se joue: deux
conceptions de l'identité
française.
Mais aussi deux conceptions
de la société. Si tous les partis
sont d'accord, pour des. raisons
différentes, pour lutter
contre l'immigration clandestine,
chacun ne propose
pas les mêmes solutions. Le
PS s'appuie sur la politique
actuelle du gouvernement, et
Même goût de 1'« ordre », à
droite, quand il s'agit de lier
immigration et délinquance.
Pour Barre, la délinquance
est notable, bien qu'elle doit
être traitée dans le cadre de
la déliquance en général.
Pour le RPR, le lien est
patent. Jacques Chirac affirmait
face à L. Fabius que
40 % de la déliquance parisienne
est étrangère (2). Les
partis de gauche continuent
globalement, à ne pas lier les
deux points.
Terminons par le consensus :
le refus de gouverner avec Le
Pen. Le problème ne se pose
pas pour le PS et le PCF. Le
RPR, par la voie de
J. Chirac, s'est engagé à ne
pas participer à un gouvernement
où siégerait le FN.
Quelques personnalités de
l'UDF l'ont fait aussi.
Mais ... J. Chirac s'est engagé
au niveau gouvernemental,
laissant à Le Pen le soin de
préciser qu'au niveau local
tout est possible, comme le
prouvent les assemblées
corse et néo-calédonienne.
Quant à l'UDF, si elle
compte des Stasi, elle a aussi
ses Griotteray, qui n'ont rien
à envier au FN sur cette
question. Jean-Claude
Gaudin clame chaque fois
qu'il le peut qu'il s'alliera à
Marseille, si nécessaire, avec
l'extrême droite. Raymond
Barre oscille entre le brevet
de respectabilité et la
condamnation. Le consensus
n'est plus ce qu'il était.
Dans l'analyse d'un phénomène,
les écarts sont parfois
plus significatifs que les
moyennes. On notera donc,
pour terminer, quelques
couacs dans la belle harmonie
des discours de campagne. A
tout seigneur tout honneur,
le Premier ministre s'est mal
remis du semi-quitus donné à
Jacques Chirac sur l'immigration
dans leur face-à-face télévisé.
Le PCF, fortement secoué
dans ses rangs par la faute de
Vitry/Saint-Maur en 1980, a
redressé la barre. On ne
citera pas, par pure délicatesse,
la défense de Le Pen
par Raymond Barre en 1984
et son vigoureux « Travail,
famille, patrie », ni l'interview
de J. Chirac à Libération
où il préconisait le retour
en masse des immigrés, retour
payé ... par les cotisations
des immigrés, ni enfin
1'« espoir de Dreux» qui
concluait l'édito de Peyrefitte
au lendemain de l'élection,
dans cette ville, d'une liste
RPR-UDF-FN.
Pour éviter ces tentations
malsaines, le MRAP a fait
parvenir à tous les candidats
un texte qui les engage, s'ils
le signent, à respecter la
législation antiraciste et les
acquis des immigrés. On
verra ...
J.-M. O.
(1) Le MRAP a d'ailleurs attaqué M.
Chirac en justice sur ce point. Ce qui
n'empêche pas ce dernier de multiplier
les grandes déclarations contre
le racisme.
(2) A dire vrai, le thème a été tant et
tant martelé qu'il est devenu quasiment
implicite, ce qui est plus
commode. III
Différences-n° 54-MARS 1986
RUU6ÉS ___________________________ ~
Délinquance
EXCLUSION REPRESSION
..;
Sait-on vraiment pourquoi les hommes volent? Exclusion, délinquance, répression, les trois
passages quasi obligés du chemin.
Le phénomène de la dite « petite délinquance» défraie canettes de bières en rayon, sera abattu au Radar de
la chronique. On s'en sert pour justifier la « légitime Livry-Gargan par un vigile, en présence de policiers. Son
défense », les milices, la flambée sécuritaire et on meutrier sera condamné à 5 ans de réclusion, dont 3 avec
renvoie trop souvent dos à dos de piteux meurtriers, de sursis par la cour d'assises de Bobigny, le 14 juin 1985, soit
pitoyables braqueurs et d'innocentes victimes. Est-il juste deux ans de prison effective.
de poser en prémisses l'exclusion sociale pour tout A coup sûr, il s'agit là d'un phénomène de société .qui
expliquer, sinon légitimer? atteint également les jeunes de toutes origines, même si
Ce serait trop facile et simplificateur. Il existe de petits ceux d'origine étrangère, plus visibles, plus soupçonnés,
voleurs, de petits escrocs, de petits indélicats qui n'ont plus contrôlés, sont plus souvent attrapés et confondus.
jamais fait usage d'une arme, mais ont coutume, souvent Parmi eux, d'ailleurs, des jeunes à la carte d'identité
ou parfois, de berner la société de consommation, incarnée française, maghrébins, antillais, réunionnais. Ainsi Patrick
par les grandes surfaces ou les petits commerces. Ceux qui Mirval, Antillais, se fait prendre avec un copain français à
se livrent à un tel sport ne sont généralement pas ramasser les pièces de monnaie «recrachées» par un
dépourvus de moyens de subsistance et échappent aux distributeur de tickets de métro. Le copain sera vite relâché
catégories statistiques favorites: ni orphelins, ni enfants de de Fleury. Patrick, lui, mourra au cours de son transfert au
couples séparés, ni sous-prolétaires, ils sont contaminés par « mitard », de mauvais traitements, le 22 février 1974. Le
la facilité ambiante, la perte du tabou de la propriété, le meurtrier présumé, un maton, se trouve encore actuellegoût
du « qui sera le plus malin ». ment en liberté.
Il est rare que les plus sportifs, les mieux organisés et les Il y a, bien sûr, plus flagrant encore: le cas de ces jeunes
mieux entraînés se fassent surprendre. Ce seront donc les français ou immigrés, parfaitement innocents, morts sous
moins malins, les moins branchés, dans la plupart des cas, les balles de tontons-flingueurs racistes ou sécuritaires.
les plus dépourvus de fric qui seront les premiers pincés. Malheureusement, en donner toute la liste ne sert à rien :
Les plus repérables, aussi: les jeunes, les basanés ou ceux la délinquance qui inquiète les Français, aujourd'hui, n'est
qui sont les deux à la fois. Dans les grandes surfaces de la pas celle des meurtriers, mais celle des petits voleurs et
région parisienne, il se passe de grandes indélicatesses, petits braqueurs. On s'est habitué à entendre le mot,
portant sur des sommes importantes. Mais ce ser.a « insécurité» dans un sens univoque : ce qui perturbe ·la
précisément le jeune Maghrébin qui a voulu s'approvl- vie des braves gens.
sionner en baskets sans passer à la caisse qui sera poursuivi Mais qui songe, et qui plus est parle, de l'insécurité qui est
Il le premier. Le 17 juin 1983, Moussa Mezogh, 19 ans, pour devenue, dans certaines villes, le lot quotidien des
L....:u::n::..:e~te::..:n:.:.t:..:a:.:.tt:...·v..:.e_d_e_v_o_l_d_e_b_l_o_u_s_o_n_et_la _c _o_n_s_o_m_m_a_ti_o_n_d_e _a _d_o_l_e_sc_e_n_t_s_b_a_sa_n_e_s' ..;,._u_n_iq;..u_e_m_e_n_t _p_a_r_c_e~q;...u_'i_Is_s_o_n_t_d_e~
jeunes Arabes ? Création de
la milice « les Chevaliers de
Roubaix », existence de facto
de milices semblables de
villes ou de quartiers qui
poursuivent les jeunes d'origine
immigrée, à la nuit
tombée. Qui parle des « videurs
» de boîtes de nuit qui
tuent à Lyon, des jeunes
nazillons qui harcèlent à
Troyes ? Que dire alors du
sentiment de tragique insécurité
des familles des cités
populaires de France, des
familles maghrébines en particulier,
qui craignent chaque
jour, chaque soir, pour la vie
de leurs enfants ?
Insécurité singulièrement
renforcée par les bavures de
policiers , gendarmes ou
CRS. La série noire commence le 23 août 1977, avec
Mustapha Boukhezzer, tué à bout portant par un policier à
Chatenay-Malabry. Elle s'allonge d'année en année.
Qui est petit délinquant? On le sait, il s'agit presque
toujours de jeunes adolescents, de sexe masculin, de cités
populaires, de préférence au « type méditerranéen» ou
bien plus simplement «loubard ». A ceux-là, on ne
pardonne guère, on les soupçonne a priori, on les contrôle
systématiquement, on les accuse plus sur leur réputation
que sur preuves, on les interpelle, y compris par la force, ils
finissent plus souvent que des jeunes « de bonne famille »
en détention provisoire. SOllt-ils plus coupables?
Les jeunes des milieux soêiaux les plus défavorisés, qu'ils
soient français ou d'origine immigrée, sont, avec leurs
parents, dans le champ de mire des services sociaux ;
assistés et surveillés, ils deviennent socialement plus
visibles. De plus, l'engrenage de l'assistance crée l'irresponsabilité.
Au lieu de reconnaître aux familles les plus
défavorisées le droit à la formation, au travail et au revenu
de leur travail, la société perpétue ou crée des nouvelles
catégories de populations sous-prolétaires incapables de se
gérer : c'est ainsi qu'on enlève les enfants à leurs parents
plutôt que de les aider à les élever. C'est ainsi qu'on crée
les soupes populaires, les bons d'assistance des mairies, les
lieux d'accueil qui font éclater les familles. Enfin, la société
qui les assiste, les fait à peine survivre, tout en exerçant un
contrôle sur eux (gestion obligatoire des budgets familiaux
sous surveillance, en cas de dette envers les sociétés HLM)
est la même qui les pousse à la surconsommation. La
publicité tend à rendre de plus en plus d'objets « nécessaires
».
1 Un jeune, pris à "Dier une bricole à douze ans,
sera fiché à la 'olice
jusqu'à la fin de ses jours.
La notion de propriété pnvee, naguère identifiable et
sacro-sainte se dilue dans le gigantisme des magasins de
distribution, entraîne l'atténuation de la gravité sociale du
vol : voler dans un rayon d'hypermarché, ce n'est voler
personne puisque ce n'est pas voler quelqu'un de précis. Ce
n'est donc pas si grave. On commence par voler des
bonbons, des confiseries, un vélo parce que celui des autres
gamins est si rouge et si beau et qu'on n'en a pas ...
Différences - n° 54 - MARS 1986
Ainsi témoigne Ahmed : «Je
suis arrivé en France tout
jeune. J'ai vécu dans une
ZUP où il y avait des Français
et des étrangers. Mon père
travaillait, ma mère restait
avec les enfants. J'étais toujours
dehors et je voyais les
autres gosses qui avaient d'abord
des vélos, puis des mobylettes,
puis des voitures. Et
moi, j'ai piqué des vélos, des
mobylettes, des voitures, pour
avoir comme les autres, puis
des trucs pour avoir du fric. »
Tout va bien tant qu'on ne se
fait pas piquer. Mais aujourd'hui,
pour les petits délinquants,
il n'y a plus guère de
possibilité d'échapper; tant
de flics , de vigiles , de
maîtres-chiens... Un jeune,
s'il est pris à 12 ans sera désormais fiché au commissariat et
donc, « connu des services de police ».
Un enfant de famille aisée sera plus probablement
reconduit à ses parents. Dans la plupart des cas, l'affaire en
restera là parce que les parents, alertés, feront le nécessaire
pour que l~s choses évoluent.
Est-ce à dire qu'il y aurait une fatalité pour les enfants de
familles en difficulté? Là encore, généraliser serait une
grave erreur. Combien de familles nombreuses d'origine
étrangère, avec toute le déracinement que cela représente,
ont élevé admirablement leurs enfants, garçons et filles en
faisant des hommes et des femmes responsables .
Cependant la pauvreté et l'exclusion sociale, l'inégalité,
surtout si elles se retrouvent de génération en génération
ou si elles apparaissent comme un mur infranchissable.
sont étroitement liées à la délinquance : pas de travail, pas
de domicile fixe, pas de moyens de subsistance, solitude.
rejet par les autres membres du corps social. Et un beau
jour, c'est la condamnation et l'emprisonnement ou. pire
encore, la prison avant la condamnation. la détention
provisoire destinée à assurer des garanties de représentation
(éviter que le prévenu ne « disparaisse ») et éviter des
troubles à l'ordre public.
«L'emprisonnement est vécu par la population sousprolétaire,
et par la plupart des détenus, quelle que soit leur
origine sociale, comme une des formes les plus aiguës
d'exclusion. Physiquement, le
détenu est exclu, mis à l'écart
de la société: aux yeux de
celle-ci, il constitue un danger
social, il doit expier une
faute ... Intervient ici un sentiment
de culpabilité ... {Mais]
ce sentiment de culpabilité,
renforcé par une condamnation
pénale, lui est par ailleurs
antérieur: point n'est besoin
d'une juridiction pour
condamner le sous-prolétaire.
Les voisins, le quartier,
la famille, l'accablent ...
culpabilité interdit tout
misme et maintient la
sonne dans une
qu'elle imagine méritée.
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que cette culpabilité est vécue
par tout un peuple, elle devient
collective, elle s'accompagne
de ségrégation sociale.
( .. .) La prison s'inscrit dans
la destinée de ce peuple et
devient un lieu de passage
obligé pour les plus exclus ...
(ATD-Quart monde ,
IGLOO n° 93-94.)
L'analyse ci-dessus est applicable,
avec quelques variantes,
aux jeunes d'origine immigrée
: exclusion qui fait un
peuple d'exclus un peuple ~
voué à la marginalité et donc à ~
la prison. Voici le témoignage ~
de M ... recueilli en 1984 : ~
« Un jour je me suis retrouvé ~
en prz.s on. La', on est d es \~:)
« merdes », des« chiens » . Et:
les « merdes », on les fout à la
poubelle. C'est ce que pensent les matons. A la prison, c'est
pire que dehors, on est encore plus solitaire, plus dans la
merde, pour étouffer. A la prison, il y a 5 000 taulards,
violeurs, braqueurs, jeunes, vieux .. . C'est le « chacun pour
soi et Dieu pour tous » ou en plus direct : le premier baise
l'autre. C'est la société, la «justice » qui font les délinquants
... J'ai essayé de me réinsérer, j'ai frappé à toutes les
portes et on me les a toutes claquées à la figure parce que
j'avais l'image du taulard, c'est-à-dire la peste. » Et ainsi de
suite, pour ne pas revoler, recel et re-prison: « Je me suis
retrouvé avec les mineurs. C'est un autre monde, les mômes
se retrouvaient à trois dans une cellule pour deux mal
nourris. En plus, un môme, à seize ans, ça ne sait pas gérer
son budget. Et puis, il y a les « toxicos » qui sont au service
médico-psychiatrique. Ils sont bourrés de médicaments. Les
psychiatres les défoncent comme dehors. Puis, peu à peu, on
diminue les doses et il n'y a plus de doses du tout, et les
mômes s'ouvrent les veines, ou se pendent. »
Aujourd'hui, M ... , comme plusieurs centaines d'autres
jeunes à travers la France, est en formation d'animateur
pour porter secours aux petits frères des ZUP et leur éviter
les terribles galères des grands. C'est bien de tirer profit de
leur expérience et de la mettre au service des plus jeunes,
mais la société, en même temps, ignore les grands comme
les petits et s'en remet aux uns pour gérer les autres. « On
s'est aperçu, dit M ... , que ce sont les jeunes des Z UP, en tant
qu'aiûmateurs-éducateurs, qui peuvent arranger les
merdes » ...
Quand on a été jeune délinquant, qu'on a connu /a
ga/ère, comment s'en sortir?
Reprendre goût à la vie? Ceux, par exemple, qui ont
entamé, il y a trois ans déjà, une formation mise en place
par le ministère des Affaires sociales et de la Solidarité
nationale: «Dans le cadre du plan de lutte contre la
pauvreté et la précarité, le gouvernement s'est donné pour
objectif de faire accéder à une formation professionnelle
reconnue de travailleur social, de jeunes adultes qui, du fait
de leur origine sociale et de leur expérience individuelle,
seront à même d'apporter au travail social une dimension et
une efficacité nouvelles. ( .. .) Les candidats seront sélectionnés
en fonction, notamment, de critères d'« intention »
ou critère personnel. Le programme s'adresse à des
personnes ayant manifesté une volonté de « faire quelque
chose » pour leur environnement social. Volonté qui s'est
Différences - n° 54 - MARS 1986
traduite par une action (bénévole,
militante) et donc l'acquisition
d'un certain savoirfaire
(. . .) qu'il faut consolider
et enrichir, grâce à la formation,
afin qu'il devienne la
base d'une démarche professionnelle.
( .. .) Je tiens à insister
sur l'importance que
j'attache à la réussite de ce
programme dans lequel les
objectifs de promotion et de
promotion sociale sont indissociables.
» (Georgina Dufoix)
Il existe plusieurs façons d'essayer
de s'en sortir et d'aider
les autres à s'en sortir: par
exemple, quand on a été
jeune délinquant, qu'on a
vécu la galère et l'absence
d'espoir, on peut créer une
assoclatlOn, comme il s'en est créée des centaines dans
toute la France depuis cinq ans. Citons le cas exemplaire de.
«Mixture », association de jeunes de Villeneuve-sur-Lot,
pour la plupart enfants de familles musulmanes rapatriées
dans les bagages de la France après 1962. Mixture a été
mise en place par XXXXX XXXXXXX, délinquant repenti que
la justice a pourtant lourdement condamné (voir Différences
n° 53).
Tout comme dans l'histoire, dans le jaillissement des
jacqueries paysannes et des émeutes de crève-la-faim,
coupe-jarrets et mendiants, il y a eu prise de conscience
qu'il ne s'agissait pas seulement de cas isolés, qu'il existait
des structures d'opposition et c'est ainsi « que certains se
sont faits révolutionnaires, conscients et organisés» (ATDQuart
monde - Igloo n° 93-94). Le même texte souligne
que «seule une analyse politique permet ce passage :
permettre au sous-prolétaire culpabilisé et révolté de devenir
militant d'une société sans exclusion. Cette perspective
bouleverse la conception actuelle de l'action préventive à la
délinquance. Il s'agit d'abord de rassembler les plus
exclus ... » Ne pourrait-on mieux dire encore : il s'agit que
les jeunes, les exclus, les délinquants, les anciens délinquants
se rassemblent, prennent conscience collectivement
dans le cadre de leurs
groupes et associations de
quartier, de leurs aspirations
et motivations profondes, des
causes de l'état de délinquance,
si lucidement analysées
par nombre d'entre eux.
Il s'agit qu'ils puissent en
faire une analyse politique
cohérente, qu'ils soient partenaires
d'une action pour
changer la société, pour en
faire une société sans exclusion,
dans laquelle tous jouissent
de droit égaux.
C'est loin encore de la politique
de prévention mise en
oeuvre actuellement. On ne
change pas les esprits et les
coeurs du jour au lendemain.
Mais, pour avancer, il faut
clairement savoir où est le
chemin.
BERNADETTE HETIER
OuRMÉMmRE __________________________ ~
_ KURDES_
Quatre patrio"tes Kurdes
sont abattus par l'armée
turque dans le sud-est de
la Turquie (15 janvier).
_EXCUSES_
Bonn: le jeune député
bavarois flerrmann FelIner
(CSU), qui avait tenu
des propos antisémites au
sujet des réparations demandées
au groupe Flick pour
l'utilisation de travailleurs forcés
juifs pendant la guerre, s'en
excuse publiquement à la
tribune du Bundestag et auprès
du président de la communauté
juive ouest-allemande (16 janvier).
___ VISA __ -
Le fils du cinéaste soviétique
émigré Andréi Tarkovsky, Andréi,
15 ans et sa belle-mère
Anna Egorkina, 85 ans arrivent
à Paris à l'issue de longues
démarches pour obtenir leur visa
d'émigration (19 janvier).
MLK __ -
Célébration aux Etats-Unis de la
Journée nationale d'hommage à
Martin Luther King Jr. Discours,
expositions, concerts,
inauguration d'un buste du célèbre
pasteur noir au Capitol à
Washington. Grand spectacle
pour finir dans la capitale américaine
organisée p'ar Ste vie
Wonder. Pour leur part, les
membres du Ku Klux Klan ont
défilé devant le Capitole et dans
plusieurs villes américaines en
réclamant la suppression de la
journée d'hommage à Martin
Luther King (20 janvier).
__ SACRE __ _
Le Conseil du grand rabbinat
d'Israël interdit à tout juif de
pénétrer dans l'enceinte du mont
du Temple (où se trouve l'esplanade
des Mosquées), à Jérusalem,
« en raison de la sainteté
de l'endroit ». Cette interdiction
fait suite à une série d'incidents
au cours desquels, la semaine
précédente, des extrêmistes juifs
__' LESOTHO __
Après trois mois de blocus,
l'Afrique du Sud provoque la
chute du gouvernement du Lesotho
accusé d'être solidaire de
l'ANC, principale organisation
noire luttant pour l'émancipation
en Afrique du Sud.
Vingt-deux dissidents noirs, tous
leaders de 1'« United Democratic
Front », sont jugés pour
haute trahison à Johannesburg.
Ils risquent tous la peine de mort
(20 janvier).
_ P'TITS GARS _
Début du procès des trois légionnaires
accusés du meurtre de
flabib Grimzi dans le Bordeaux
Vintimille en novembre 83. Ils
seront lourdement condamnés, à
perpétuité pour deux d'entre eux
(20 janvier).
__ SLEPAK __
Mme Orlovsky demande aux
autorités soviétiques qu'à l'occasion
du 27' congrès du Parti
communiste, sa soeur Marie
Siepak soit autorisée à émigrer
en Israël au titre du regroupement
familial (20 janvier).
_ CIMETIERES _
Le vice-président du Conseil
d'Etat polonais reçoit à Varsovie
M. Sigmund Nissenbaum, président
d'une fondation de RFA.
Les discussions portent sur la
restauration de cimetières juifs
de Varsovie (24 janvier).
_CHOMEUR?_
Le directeur de l'ANPE de Grenoble
comparaît à nouveau devant
la cour correctionnelle de
Lyon. En effet, l'ANPE de Grenoble
faisait figurer sur ses
fiches, à la demande des employeurs,
des mentions excluant
les candidatures de Noirs ou
d'étrangers. Plusieurs employeurs
ont été déjà condamnés
le 5 janvier 1982 (24 janvier).
_ MAUVAIS GOUT _
(parmi lesquels des parlemen- Laura Ashley, fabricant de tissus
___ PRIX __ _
Win nie Mandela reçoit le prix
Robert F. Kennedy pour les
Droits de l'homme 1985 dans un
hôtel de la périphérie de Johannesburg.
Elle partage ce prix
avec deux autres importants militants
antiapartheid: Allan
Boesak, président de l'Alliance
mondiale des églises réformées
et Beyers Naudes, secrétaire générai
du Conseil des églises sudafricaines.
Winnie Mandela et
Boesak avaient été dans l'impossibilité
de se rendre à New York
pour recevoir leur prix
(26 janvier).
___ MORT __ _
Un écolier noir est tué et trois
autres blessés lors d'un rassemblement
de 5 000 élèves violemment
dispersé par la police, dans
un ghetto de Krugersdorp, à
50 kilomètres de Johannesburg
(27 janvier).
PETITION __
Un demi-million d'Israéliens signent
une pétition contre le
racisme qui est remise au président
du Parlement, M. Shlomo
flillel. Cette pétition a été organisée
par le Front de lutte antiraciste
qui regroupe 17 formations
politiques en lutte contre le
mouvement d'inspiration raciste
antiarabe «Kach » du député
rabbin Meir Kahana
(27 janvier).
___ ASILE __ _
Vingt-cinq aSSOCIatIOns de défense
et d'accueil des candidats
au refuge, dont le MRAP, ouvrent
à Paris une campagne
nationale sur «le droit d'asile
aujourd'hui et demain »
(29 janvier).
_ INDEMNITES _
Une cour d'appel américaine
déclare recevables les demandes
d'indemnisation présentées par
les Américains d'origine japonaise
au nombre de 120 000
arrêtés sous prétexte de sécurité
nationale et internés dans des
camps aux Etats-Unis pendant la
Seconde Guerre mondiale
(29 janvier).
__ PAROLES __
Nelson Mandela lui aussi dit non
à Botha.
M. Pieter Botha annonce que les
laissez-passer pour les Noirs seront
supprimés avant le 1" juillet
prochain (31 janvier).
__ RAPPORT __
Au moment où le gouvernement
turc doit fournir à la CommissiOI}
des droits de l'homme du
Conseil de l'Europe son premier
rapport sur cette question , le
plus grand journal turc Notkta
(Le Point) publie la confession
d'un policier tortionnaire qui
raconte, dessins à l'appui, comment
il a exercé pendant plus de
sept ans toutes sortes de sévices
sur quelque deux cents prisonniers
politiques, hommes et
femmes (1" février).
___ FUSIL __ _
Youssef Lharbi, un ouvrier de
30 ans d'origine maghrébine, est
tué d'un coup de fusil à Sannois
(Val-de-Marne) la suite d'une
rixe dans un café (2 février).
___ ONU __ _
Nations unies: M. flermann
Klenner, un ancien nazi, est élu
vice-président de la Commission
des droits de l'homme!
(3 février).
__ VOYAGE __
En «voyage d'agrément» en
Afrique du Sud, 40 policiers
ouest-allemands visitent une
école de dressage de chiens et
des camps d'entraînement de
leurs confrères suf-africains
(4 février).
_ ETONNEMENT _
Le bureau national du MRAP
s'étonne des récentes directives
de la Caisse nationale d'allocations
familiales de supprimer les
allocations versées aux immigrés
privés de travail pour leurs enfants
restés au pays (4 février).
___ AIDES __ _
Le secrétaire d'Etat américain
George Shultz se déclare, devant
une commission de la Chambre
des représentants, «tout à fait
favorable à aider la cause » de
Savimbi, le chef des mercenaires
de l'UNITA, à la solde de l'Afrique
du Sud, menant des actions
militaires visant à déstabiliser le
régime de l'Angola (5 février).
taires d'extrême droite) avaient londonien, met au rebut toute sa M. Pieter Botha propose d'é__
L'ARCHE __
pénétré de force sur l'esplanade production d'un modèle de tissu, changer Nelson Mandela contre
des Mosquées et perturbé la parce que le motif imprimé sur deux dissidents soviétiques et un Décès à Paris, à 65 ans, de
prière des musulmans, provo- celui-ci évoquait la tristement soldat sud-africain emprisonné Jacques Sabbath, ancien réd ac-
II!I quant des affrontements (20 jan- célèbre svastika, emblème de en Angola. Cette dernière pro- teur en chef de L'Arche, la revue
III L-~_·e_r~)._ _______________________f l~it:l:er~(24::~ja:n:v~i:er~):. ____________~ p~o~s~it~io~n~e~st~r~e~je~t~é~e~p~ar~I~'A~ng~o_1_a._ ___d_ u~j~u_d_a_is_m__e _fr _a_n~ç~a_is_(~5_~_é_v_ri_e_r~).~
~ ~L_ __________________________________________________________________________________________ ~
Le 11 février 1986 : Anatoli Chtcharansky libéré. Sur le pont de Glienicke à Berlin, pendant plus d'une
demi-heure, on procède aux « échanges d'espions » .
_ __ NAZIS __ _
Cinq membres d'un groupe néonazi
violent « The Order » dont
l'objectif est de renverser le
gouvernement américain et de
créer un Etat« aryen » sans juifs
ni minorités, sont condamnés à
des peines de 29 à 35 ans de
prison pour hold-up, cambriolages,
racket et plusieurs
meurtres (6 février).
__ ISRAEL __
Une centaine d'étudiants israéliens
empêchent, aux cris de
«Vive Mandela », l'ambassadeur
d'Afrique du Sud en Israël
de prendre la parole à l'Université
hébraïque.
_ FLYING DOC _
Washington contraint le président
Duvalier à abandonner le
pouvoir à flaïti. La France lui
accorde un droit d'asile « provisoire
» (7 février).
___ PUNIS __ _
Le chef de l'Etat sud-africain,
M. Pieter Botha, désavoue publiquement
son ministre des Affaires
étrangères, M. Pik Botha.
D'autre part, M. Frederick Van
Zyl Slabbert, dirigeant de l'opposition
et du PFP (Parti fédéral
Différences - nO 54 - MARS 1986
progressiste), démissionne après
un violent réquisitoire contre le
gouvernement et le constat amer
d'un « immense sentiment d'absurdité
» (7 février).
__ EST-OUEST __
Un fermier du nord-est des
Etats-Unis mélange des laines de
moutons américains et soviétiques
pour tisser « une toison de
paix » qui, explique-t-il, contribuera
au réchauffement des relations
entre les deux superpuissances
(8 février).
__ ROSETTE __
Le grand écrivain noir américain
James Baldwin est fait commandeur
de la Légion d'honneur par
le président François Mitterrand
(10 février).
ENFIN __ _
Le dissident soviétique Anatoli
Chtcharanski est libéré à Berlin
à la faveur d'un échange d'agents
entre l'Est et l'Ouest. Il a
passé neuf ans en prison
(11 février).
_ RIVOLI-BEAUBOURG_
Un an après l'attentat antisémite
qui l'a ravagé, le cinéma Rivoli
Beaubourg n'a toujours pas été
reconstruit. Le MRAP lance une
campagne avec Jeanne Moreau
et Costa-Gavras pour trouver les
fonds nécessaires. Il a notamment
écrit au Conseil de Paris
pour que celui-ci complète la
subvention accordée par Jack
Lang (11 février).
_ CONDAMNES _
Vingt-six Marocains accusés
d'appartenir au mouvement liai
Amam (En avant) sont
condamnés à des peines allant de
trois à 26 ans de prison par la
chambre criminelle de la cour
d'appel de Casablanca
(12 février).
_ COOPERATION _
La société française CGEE AIsthom,
qui opère sur le chantier
de la centrale nucléaire sudafricaine
de Koeberg, près du
Cap, a retiré en décembre dernier
l'autorisation d'accès au
chantier à Cecil Theys, président
régional du Syndicat des électriciens
(EATUSA), à la suite
d'une réunion entre les dirigeants
de CGEE-Alsthom, des
représentants de la police sudafricaine
et de la Compagnie
nationale d'électricité
(ESCOM). On lui reproche d'avoir
participé à une · manifestation
antiapartheid (12 février).
__ CINQ ANS __
Cinq ans de prison, dont trois
avec sursis, pour l'assassin de
Wahid flachichi à Lyon. La
famille proteste contre la clémence
de la peine (14 février).
__ RIGOLO __
Le maire chrétien-démocrate de
Korschenbroich en Rhénanie.
démissionne de ses fonctions en
raison du tollé déclenché par une
remarque antisémite qu'il avait
faite le mois dernier en plein
conseil municipal. Il avait cru
bon de plaisanter en déclarant
que, pour équilibrer son budget
communal. « il allait falloir assommer
une paire de riches
juifs ».(14 février).
__ OTAGES __
Un quatrième habitant juif de
Beyrouth, enlevé l'été dernier.
est retrouvé mort au Liban
(15 février).
Réalisé par
ROBERT PAC Il


. .....
"~-'". .. R
Djanet. Quand vous arrivez,
tout est jaune. Ilfaut plusieurs
jours pour que les yeux s'habituent
à cette extraordinaire
lumière ocre, presque dorée
qui .inonde le désert. il faut
l'amadouer, la prendre à
petites gorgées comme une
potion.
A l'aéroport, quelques Touaregs,
habillés dans un vêtement d'une seule couleur, et des
touristes. Des touristes tout de même un peu particuliers, le
désert attire à lui des catégories de gens très différents,
mais qui ont tous en commun le goût de l'aventure et d'un
inconnu que chacun interprète à sa manière. Qu'est-ce qui
réunit donc le jeune garçon qui a vendu sa 2 CV pour
franchir ce pas vers ce qu'il croit être l'absolu et ce couple
de médecins suisses soucieux de faire du tourisme
intelligent?
Entre ces deux cas limites, on trouve une palette
diversifiée: routards, alpinistes, amateurs de solitude en
car climatisé ou à la dure, doux hallucinés ou casse-cou
exaltés. Et des «fous de désert ", impatients d'avoir leur
dose et qui rêvent en secret d'arriver, par la faim, la soif, ou
la lente marche à travers les sables, jusqu'à leurs limites les
plus reculées, comme ces pèlerins d'antan.
L'agence de tourisme algérienne en place à Djanet
D,··· .. ~ · eSèl.1
crONAT) offre deux possibilités : des ballades en Land- '
Rover ou des excursions à pied qui peuvent durer de trois à
six jours selon la formule adoptée. Mieux vaut partir à pied,
Le rythme habituel est de vingt kilomètres par jour. Des
ânes chargés de barils d'eau, de Victuailles et du matériel
de camping suivent le groupe.
Départ avant le lever du soleil, pause-thé, casse-croûte,
sieste vers midi jusqu'à quinze heures pendant la grande
chaleur, à l'ombre d'un rocher ou d'un bouquet d'épineux,
Remise en marche jusqu'au coucher du soleil,
C'est l/IIe seRS8IÎIIII ulJÏllue .de dlJ""it
au milieu de nulle ,.,
Le iythme est régulier, mais pas monotone, aucun oued ne
ressemble à un autre. Tout change de couleur d'heure en
heure, le ciel, la terre, les rochers, le sable, Ces marches
sont épuisantes, mais, étrangement, quand le soir vient, on
n'est guère fatigué et l'on se joint volontiers, quand on le
peut, aux Touaregs. Ceux -ci ont pour coutume de serVir
rituellement le thé trois fois, car, selon le dicton, cc Le
premier est amer comme la vie, le deuxième fort comme
l'amour et le troisième suave comme la mort. »
1 ' , , Des campements sont prévus pour la nuit, mais on peut
aussi dormir à la belle étoile. C'est une sensation unique '
que de dormir au milieu de nulle part. On a l'impression de
disparaître. Les constellations de la nuit prennent possession
du désert et l'entourent de leur chape étoilée.
Mais, ce n'est guère l'endroit de se laisser aller au lyrisme
(qu'il inspire pourtant). Le désert tord le cou à l'éloquence.
Il supporte mal le romantisme, le bavardage, l'enflure.
Muet, minéral et introverti, il exprime la mort plus que la
vie. Il est sec, gigantesque, cahotique. Et il suffit toujours,
théoriquement au moins, d'une gourde prématurément
vide, de provisions épuisées, d'un scorpion ou d'une
cheville foulée pour devenir à jamais prisonnier de cette
étendue implacable, bien qu'il devienne très rare qu'un
touriste y meure!
On imagine volontiers le désert comme d'immenses
étendues de sable. Pourtant celles-ci ne représentent
même pas la moitié de la superficie du Sahara. Zones
montagneuses et plaines rocailleuses sont bien plus vastes.
Espaces lunaires où les rocs noirâtres semblent avoir été
sculptés par de mystérieux architectes. Enormes boules de
granit, forêts de pierres se succèdent. Et quand, entre les
pierres, apparaissent les dunes, douces et lisses et qui
montent à l'assaut du ciel, c'est presque un miracle, on
croirait voir un ventre de femme. Les dunes, c'est la chair
du désert. Des plages de tendresse où il se repose enfin,
allongeant son grand corps s~nueux et galbé, plein de
courbes et de bosses.
,L'inattendu domine. Que fait-il là dans ce creux, cet arbre
solitaire et rachitique, piquant comme un chardon? On le
croyait hospitalier et. il blesse. Le désert est un immense
mirage. Déconcertant, il ne donne pas ce qu'il promet, mais
davantage ou tout autre chose.
cc Ne cherche pas à lireâans le dêsert, écrivait Edmond
Jabès, tu y trouverais tous les
livres ensevelis dans la poussière
de leurs mots. »
Idriss, le guide, tout en marchant,
chantonne à voix
basse. En route, il compose"
des poèmes qu'il chante le ~~,-"
soir autour du feu de camp.
Idriss est un troubadour, en
même temps qu'un guide
parfaitement compétent. Le
dernier jour, alors que nous
revenions vers la palmeraie
de Djanet, j'ai failli lui demander
son adresse. Puis j'y
ai renoncé. 0
MONIQUE A YOUN
Le Hoggar: le paysage
reste inchangé,
les hommes bougent.
ID
Désert
Le désert, voilà un terme qui
plonge notre imagination loin
dans le temps passé et à
venir du monde, un terme
chargé de significations
fortes et de représentations
multiples. Parmi celles-ci, la
plus commune, déjà marquée
du sceau du paradoxe, se
rapporte au rapprochement
entre le désert et l'océan. La muse du désert semble
particulièrement sensible aux images qui répètent cette
comparaison. On y trouve le flot des dunes, les vagues que
forment les ergs, la tempête de sable, et les rives du
Sahara. Le chameau devient vaisseau du désert, les oasis
des îles, les puits sont des escales, et le premier Français
qui ait traversé le Sahara aurait été marin (1). Mais,
incontournable différence, le Sahara « a ses humains », ils y
ont laissé des traces, et dans une des versions dramatiques
c'est « le pays de la soif ».
Dans la conscience collective occidentale, le désert a
depuis fort longtemps été investi d'une mystique qui s'est
nourrie à plusieurs sources. Ainsi, la spiritualité biblique et
chrétienne était pleine de références au désert; espace
et temps hostiles à traverser, mais aussi refuge sûr pour le
peuple juif; le désert, lieu de retraite des prophètes et du
Christ, lieu où le diable tente, mais aussi où Dieu parle:
« Dieu conduit les âmes saintes dans le désert ou dans la
solitude pour leur parler au coeur» (Osée II, 14) (2).
Mais il est remarquable de constater qu'en France la
littérature du désert s'est trouvée fécondée d'une manière
exceptionnelle avec la découverte du Sahara, laquelle a
accompagné l'expansion coloniale.
De manière globale, avant comme après la conquête, deux
types d'appréhension du désert se côtoient, se croisent ou
se confondent. D'une part, la séduction, la fascination qu'il
exerce et qui va jusqu'à « l'abolition de l'être devant l'absolu
et l'infini ». André Gide note dans l'Immoraliste: «En ce
pays de mortelle gloire et d'intolérable splendeur,
l'homme, l'accident humain s'estompe ou s'efface. L'effort
de l'homme y paraît laid et nuisible. » D'autre part, cette
l'EXPO
Un regard se porte sur une région de l'Algérie, le Hoggar. Les
collections ethnographiques du musée de l'Homme et du musée
des Arts africains et océaniens, ainsi que des collections privées,
sont mises en scène dans un environnement qui reconstitue
l'habitat nomade chez les pasteurs Touaregs Kel Ahaggar.
L'espace est recréé par une animation audiovisuelle. L'ensemble
suggère les différents modes de vie des popukltions du Hoggar
aujourd'hui, les ruptures et les éklns d'une société traditionnelle
et son insertion dans un pays en plein développement. Une invite
entre ville et désert. Une rencontre avec des hommes plus
vraiment mouvants, immobile.~ non plus.
Musée des Arts africains et océaniens, 293, avenue Daumesnil,
75012 Paris. Du 21 février au 18 mai.
Hommes bleus, Touaregs, parties intégrantes
du mythe du désert. Et les femmes?
fascination se double d'une volonté d'affrontement qui se
présente d'abord, comme un affrontement à la nature
simultanément extasiant et terrifiante.
Le père Charles de Foucauld représente l'un des
exemples les mieux connus de l'attraction qu'exerce le
désert mais aussi (surtout?) de la volonté de transformer
cette terre «virginale» et, bien sûr, ses habitants. Pour
accomplir sa mission évangélisatrice, Foucauld sillonne le
désert en faisant des « tournées d'apprivoisement» durant
lesquelles il « décide de donner une aumône de sept francs
dans chaque ksar petit, quatorze francs dans chaque grand,
vingt et un francs dans chaque très grand» (3). Mais
surtout, il va toujours plus loin. Il écrit dans son journal, au
moment où il s'établit définitivement dans le Hoggar: «Je
choisis Tamanrasset, village de vingt-deux feux, en pleine
montagne, à l'écart de tous les centres importants. Il ne
semble pas que jamais il doive y avoir ici garnison,
télégraphe, Européens; de longtemps il n'y aura pas de
mission: je choisis ce lieu délaissé, et je m'y fixe» (3).
Les mythes aussi ont besoin de se nourrir aux portes du
réel. C'est donc la conquête de l'Algérie et du Sahara
algérien qui vont rapprocher le désert de la France et
permettre aux divers explorateurs, etnographes, aventuriers,
écrivains, peintres de construire l'exotisme du désert.
Ils vont lui donner des contours, des personnages, des
histoires qui s'appuient sur l'idée de la mission civilisatrice.
Ils seront en cela les continuateurs et les relais de la notion
de progrès. La destinée prométhéenne de l'homme est une
fois de plus réhabilitée avec force. Si l'Orient des
Romantiques, pour plusieurs raisons, n'a jamais mobilisé les
1
grandes foules, en revanche le désert, comme sujet ou
contexte, touche une grande masse de personnes et leur
permet d'échapper aux limites et aux frustrations de la
réalité qu9tidienne; là tout devient possible: l'épopée, le
courage, les amours impossibles, la rencontre avec l'infini
et l'absolu, l'aventure, l'inattendu.. . Les textes comme
l'Atlantide (P. Benoit), le Petit Prince (Saint-Exupéry), Fort
Sagane (L. Gardel), et bien d'autres encore ainsi que les
bandes dessinées ont créé un imaginaire collectif auquel il
est difficile d'échapper.
Les ltIumles de Chltles de FDutluld:
une ,um;ne de septlt,na d,ns tlllflue kSll petit,
flUilltlae It,na d,ns thilflue ,,,nd
L'annoblissement par le désert se conjugue avec un certain
annoblissement de ceux qui y vivent. Ainsi, les Touaregs
continuent de fasciner les Européens depuis plus d'un
siècle. Ils sont constamment modalisés de toutes sortes
d'adjectifs plutôt valorisants. La revue Géo (4) titre «Le
valeureux peuple du désert» et le journaliste qui s'est
rendu à Tamanrasset remarque «Les hautes silhouettes
longitilignes des Touaregs habillés de pied en cap (qui) se
détachent avantageusement de la masse bigarrée ... »Cette
admiration va parfois jusqu'à l'extrême, jusqu'à l'ambiguïté;
ainsi on s'étonne devant « les réflexes étonnants» de «ces
hommes du désert» tout simplement parce qu'un jeune
rêvé
Touareg de 20 ans a choisi le métier de chauffeur, et qu'il
n'a rien perdu en changeant de «monture ».
Hier comme aujourd'hui, le désert signifie avant tout la
nature à l'état brut et l'antisociété : « L'homme ici s'abolit, en
ce qu'il a de social ou d'artificiel, devant la nature
péremptoire, et son apparente démesure. Toute la charge
collective qui l'oppresse devient dérisoire: un fardeau
d'illusions; la lumière crue fait l'évidence: ce qui importe,
seul, c'est la vérité humaine que chaque être porte en SOl~
et que la foule oblitère. Le désert restitue à l'homme son
contenu d'humanité. » Une humanité vierge, non souillée
par la société corruptrice, une humanité sans les hommes
en quelque sorte (5).
Autre temps, autres moeurs, aujourd'hui le Sahara, le
décor westernien du Hoggar, représentent pour les
amoureux de la mer de sable, les « vraies» vacances, une
sorte de retour à la nature presque obligé: « Il y a ainsi
dans tout homme moderne une nécessaire quête du désert
que quelques-uns réalisent plus intensément et de façon
plus sensible que les autres qui ne vivent le désert qu'à
l'état d'idée ou qu'à travers le substitut des vacances
période d'absence, de déconnextion du temps moderne:
de retour charnel au sable, ce sable des plages qui est,
même s'il est souillé, la rencontre de tous les éléments
archaïques: eau, terre, air, feu, et qui est aussi bien sûr la
limite sensible du monde civilisé. (2) »
Le besoin du mirage désertique ne va pas parfois sans
quelque ambiguïté. Ainsi, la condescendance, que l'on
exprime parfois à l'égard des hommes «authentiques» qui
vivent dans le désert, s'accompagne souvent d'une certaine
désolation devant le fait que les nomades se sédentarisent
qu'ils conduisent des camions au lieu des caravane~
d'antan, bref, que la modernité s'installe aussi aux confins
du désert. .
Espace à coloniser - civiliser, prétexte à rêver, le désert
offre des images parlantes aux fantasmes du sédentaire en
crise; l'espace céleste a pris depuis quelques années le
relais de ce lieu imaginaire où distance spatiale et distance
temporelle se confondent. L'un et l'autre nous permettent
de transgresser plus ou moins merveilleusement notre
destin moderne. Si la guerre n'a pu être évitée au Sahara,
espérons que le destin nous épargnera la guerre des
étoiles. 0
CHER/FA
(1) Connaissance de l'Afrique, le Sa-.
hara avant le pétrole, Guy Le Rumeur,
Société continentale d'éditions
modernes illustrées, 1960.
(2) Le Désert nécessaire, Jean Robert
Henry, in revue Autrement, série S,
n° 83.
(3) Charles de Foucauld, René Bazin, oc
Plon, 1921. ~
(4) N° 70, décembre 1984. ~
(5) Sahara, François Vergnaud, ~
Petite Planète. ~
~
IVRES ____________________ ~
Sid-Ali Melouah : BD réalistes
BD ET TAPIS VOLANTS. « Il n'y a pas
de raison qu'un petit garçon algérien
s'identifie à Goldorak! », s'exclame
Sid-Ali Melouah. «Les auteurs de
bande dessinée, qu'ils soient Français,
Belges, Italiens ou Américains produisent
tous en fonction d'une vision typiquement
américaine qui est le western.
L'originalité de la bande dessinée algérienne,
c'est de traiter des sujets qui lui
soient propres, avec des héros qui ont
des têtes d'Arabes, non de Suédois ou
d'Amerloques, et des fictions qui
conviennent à des imaginations nourries
de batailles au sabre, de djellabahs qui
volent, de youyous de femmes et de
contes des mille et une nuits. »
Sid-Ali Melouah pense au contraire que
la bande dessinée, outre sa fonction
nécessaire de pourvoyeuse de rêve et
d'évasion, peut être utilisée de façon
positive et mise au service de la sécurité,
de l'éducation, de la fraternité
entre les peuples. «Par mes dessins,
déclare Sid-Ali, j'aimerais faire rêver les
gens sans pour autant perdre de vue que
nous avons un passif culturel à récupérer
et qu'il est nécessaire de traiter des
thèmes qui concernent la société algérienne.
»
La bande dessinée de Melouah
confirme que rêve et réalité ne sont pas
inconciliables. Avec un grand souci de
véracité historique, il part d'éléments
réels et vérifiables pour ensuite donner
Celui qui nous assène cette affirmation libre cours à une imagination débridée,
carrée - mais si profondément juste - où pirates enturbannés, bateaux ailés,
c'est un garçon très doux et très sen- étranges tapis volants (Sid-Ali propose,
sible, mais qui est parfois agacé par un en effet, une vision toute personnelle et
dernier carré de rétrogrades qui contes- futuriste des traditionnesls tapis votent
l'importance et le bien-fondé de la lants) , se chevauchent et s'entrecroisent
BD algérienne ou qui la pensent néces- en un défilé époustouflant. ..
sairement porteuse d'un message né- Avant de devenir l'un des principaux
gatif venant influencer ou contrecarrer précurseurs de la bande dessinée de III L-____________________________~ ~_l_e_s_o~p_t_io_n_s_d_u~p_a~y_s_. __________________sc _i_e_n_c_e_f_i_ct_io__n _a _l~g~é_ri_e_n_n_e~,__M_ e_ lo_u_a_h _a ~
longtemps fait du dessin d'humour.
Mais son inventivité toujours en éveil
et son type bien particulier de sensibilité
pointue, investigatrice et «questionneuse
» devaient trouver leur véritable
épanouissement à travers un dessin dit
réaliste, lui permettant d'approcher des
aspects de la réalité algérienne (dans
l'actualité ou dans l'histoire), tout en
laissant le champ libre à sa fantaisie
imaginative.
Ce qu'on appelle la « bande dessinée
réaliste », ce n'est pas tant un scénario
fondé sur des faits réels, c'est surtout un
certain style de dessin qui nécessite une
approche en matière d'anatomie artistique.
Et en cela Melouah excelle: le
tracé de ses personnages est sûr,
musclé, et l'identification de son graphisme
est en complète harmonie avec
les normes qu'il entend donner à la BD
algérienne et à l'originalité de celle-ci.
On sait qu'en Algérie cette forme
d'expression nouvelle, qu'on nomme le
ge art, s'est imposée depuis peu, mais
qu'à présent les autorités algériennes
prennent conscience de l'importance de
cet art.
Lors de son bref passage à Paris, nous
en avons félicité Melouah qui nous a
répondu : «Peut-être que nous, pionniers
en la matière, y sommes pour
quelque chose. Ce serait en tout cas là
notre plus grande satisfaction. » 0
MONIQUE AYOUN
Cité interdite, de Sid-Ali Melouah, éd.
ENAL.
DRAGUE. Comment faire l'amour avec
un nègre sans se fatiguer ou les tribulations
de deux jeunes Noirs dans un
quartier de Montréal, le Carré Saint
Louis. L'un est fou de jazz et écoute des
disques à longueur de journée en faisant
des commentaires très personnels
sur Freud, sa vie, son oeuvre ... L'autre
tente d'écrire un roman-journal, n'y
arrive pas toujours. Il est cent fois tenté
de renoncer, mais persiste malgré tout
et frappe sur sa vieille Remington, qui
aurait - lui a certifié le vendeur -
appartenu à Chester Himes ... De quoi , , rever ... .
Des filles partagent leur vie ... passent. ..
font un tour de valse ... repartent aussitôt.
.. , mais quelquefois s'installent
pour une durée plus ou moins longue.
Dany Laferrière, l'auteur de ce romanjournal,
possède un style vif, mordant,
ironique et parfois désespéré... La
drague a ses lois, à chacun d'y trouver
son compte. 0
J. T.
Comment faire l'amour avec un nègre
sans se fatiguer, de Dany Laferrière
VLB éditeur.
Différences - n° 54 - MARS 1986
Azouz Begag
BANLIEUES. Dans son roman le Gone
du Chaâba, Azouz Begag nous conte
l'enfance d'un jeune algérien dans les
bidonvilles de Villeurbanne, banlieue
de Lyon... Bidonville où, malgré la
misère, les conditions de vie rudes et
précaires, survivent encore l'amitié, les
traditions, l'observance des coutumes
religieuses et où l'autorité du chef reste
toujours indiscutée ...
Peu à peu, le bidonville va cependant se
dépeupler. Les familles, une à une,
vont quitter le Chaâba pour s'installer
dans ces banlieues modernes où la fée
électricité et la télévision (la tilifiziou)
font leur entrée .. .
Peu à peu, également, va s'insinuer en
Azouz la honte d'être arabe. Il préférera
s'avouer juif plutôt qu'Algérien et
le jour où sa mère, en costume traditionnel,
viendra l'attendre à la sortie
des classes, il saura l'éviter et lui faire
comprendre que cela ne doit jamais se
reproduire .. .
Dans un style oscillant sans cesse entre
le rire et les larmes, le comique et le
tragique, Azouz Begag nous fait vivre
l'exode à la fois dérisoire et tragique de
ces familles algériennes dans les années
1960-1970. 0 J. T.
Le Gone du Chaâba, de Azouz Begag,
éd. du Seuil, coll. Points.
LES BRAHMANES. Samskara, le
roman de l'Indien Anantha Murthy est
un roman initiatique. Un homme vient
de mourir à l'Agrahara - le village où
vivent les brahmanes. Qui va donc se
charger de l'ensevelir, ainsi que l'exigent
la tradition et les rites funéraires?
Tout ce roman consiste en fait en une
réflexion sur la caste des brahmanes et
sur leur mode de vie. Les brahmanes
sont, en effet, une classe socialement
inactive et qui vit des revenus ainsi que
des produits de la terre que quelqu'un
d'autre travaille et cultive à leur place.
Samskara consiste donc en une critique
sociale, une réflexion philosophique et
une description minutieuse et passionnante
de la vie quotidienne en Inde
durant les années 1930-1940. La femme
y revêt un rôle d'une importance primordiale,
tant par son rôle d'épouse
vertueuse que par son rôle de maîtresse
initiatrice des plaisirs de la chair qu'un
brahmane se doit de connaître et de
pratiquer - entre autres - pour devenir
un homme accompli. 0
JOELLE TAVANO
Samskara, rites pour un mort, de U. R.
Anantha Murthy, éd. L'Harmattan, traduit
de l'anglais par Anne-Cécile Padoux.
NOTRE TERRE. Le titre de cette revue
trimestrielle, Nitassinan, emprunté au
vocabulaire des Indiens Innus (Montagnais)
du Québec, signifie « Notre
terre ». Il exprime mieux qu'un long
discours la philosophie et le sens de la
lutte que mènent les peuples indiens des
Amériques. Aujourd'hui , face à la
société occidentale , inhumaine et suicidaire
à terme, les Indiens apparaissent
comme les détenteurs des valeurs qui
assurent un avenir à l'humanité. Il est
encore temps pour nous d'entendre la
parole de l'Indien.
Nitassinan en est à son cinquième
numéro. Au sommaire, on trouve plusieurs
articles sur Léonard Peltier, le
leader emprisonné injustement aux
Etats-Unis, l'éducation des jeunes Indiens
et beaucoup de contes et de
poésie.
Quatre numéros sont consacrés chacun
à un peuple indien. Le numéro 2 parle
des Innus (Montagnais) du Québec, le
numéro 3 des Navajos et des Hopis du
sud-ouest des Etats-Unis, le numéro 4
des Indiens « français » de la Guyane et
le numéro 5 du Manifeste iroquois, un
document essentiel, le message au
monde occidental d'une des cultures
connues les plus anciennes pour la
survie d'un monde de paix et de
fraternité. 0
ROBERT PAC
Nitassinan, revue trimestriellé éditée par
le Comité de soutien aux Indiens d'Amérique.
BP llO-08, 75363 Parix cedex 08.
Le numéro : 25 F, abonnement annuel 4
numéros: 100 F (soutien 150 F) .
fi
Bobigny, janvier 1986 :
le Premier Festival raï.
Différences-n° 54-MARS 1986
ran, Belzunce, les Minguettes,
Barbès et enfin Paris, à Bobigny
en janvier, la Villette en février.
Le nouveau son-choc qui, depuis quelques
années, fait frétiller des milliers de
jeunes Algériens passe physiquement
les frontières. Nu, cru, le raï signifie et
chante son opinion. Une opinion pleine
de verdeur gaillarde, de rythmes sensuels
et lancinants. La vie quotidienne,
la rue, une réalité qui exagère toujours
trop, c'est ce que l'on crie à plein
gosier, tripes ouvertes. Désormais, la
tête haute, on chante l'alcool et les
femmes. Tant pis pour les musulmans
trop bien pensants, tant pis pour les
autorités trop longtemps réticentes.
Les promoteurs du pop raï : une sympathique
smala de chabs (jeunes) Oranais
de la zone. Petit chic, petit genre,
séducteurs made in Méditerranée, ils se
sont imprégnés de rock, de reggae, de
flamenco. Ils ont ensuite régénéré ce
vieux genre musical que leur ont légué
les flûtes bédouines des premiers
cheikhs (vieux maîtres) du raï.
Foulard au garde-à-vous sur les hanches
souvent généreuses des femmes, bras
tendus, synthétiseur et boîte à rythme à
fond la caisse, le raï a cette magie
d'exciter, d'électriser la salle avant
même les premiers trémolos.
Que ce soit à Bobigny, sur une scène
municipale oranaise, dans un cabaret
ou un mariage, le rite est invariablement
le même. Simple et spontané. Le
même que quand on chantait sous les
portes cochères, avec un bidon de
plastique pour toute derbouka et une
vieille guitare essoufflée qui se laisse
gratouiller tant bien que mal. Esprits
rationnels et cartésiens, ne cherchez pas
le produit pro, ne cherchez pas le travail
fini, ici il n'y a pas de labeur, il n'y a que
la vie et elle n'est plus tout à fait
morose.
Ainsi naquit le raï
Le raï, c'est avant tout une ambiance
qui déchaîne, un état d'esprit qui se
hurle, des paroles qui s'improvisent.
Vulgaires, obscènes? Pensez-vous!
Plutôt quotidiennes, banales, savoureuses,
comme seul peut l'être le
langage populaire teinté souvent de
franco-algérien comme: « Je t'aime, je
t'aime, rani nebeghik » ( Je t'aime, je
t'aime, je te désire ») , ou encore: «Je
t'aime, je t'aime, rani n'couli'alik » ( Je
t'aime, je t'aime, je coule à cause de
toi »). De quoi faire ravaler sept fois
leurs plumes rouillées aux juristes de la
langue arabe, les détracteurs les plus
acharnés du raï.
Ils sont jeunes, ils étaient pauvres, ils
sont contestataires, mais ils l'ignorent.
Les plus en vogue s'appellent chab
Khaled (aisément qualifié de « roi du
raï »), chab Mami (le môme à la voix de
cristal) et le duo très sage chaba
Fadilalchab Sahraoui. Ils étaient à Bobigny
fin janvier, c'était leur première
victoire hors du territoire natal où leurs
cassettes s'arrachent par milliers. Leur
raï: un moyen d'expression furieusement
rénové , dont les premières racines
remontent au début du siècle.
Le mot raï est né dans les montagnes de
l'Oranie, prononcé par des bergers
bédouins qui faisaient vibrer leur solitude
au son d'une flûte langoureuse.
Chanteurs par occasion , flûtistes par
nature, ils comblaient les rimes cassées
ou l'absence d'inspiration par un pathétique
« y a raï » ou « raï y a raï » .
On retrouve partout ce même procédé
d'onomatopée musicale: en andalou,
Différences - n° 54 - MARS 1986
« taraliyalal » ; en Egypte, c'est « ya lil
ya ain » ; en version rock, « yé yé » ou
« oh yeah » . Moulé dans des airs
simples, leur rythme avait pour seul
écho le regard surpris, mais désintéressé,
de leurs chèvres.
Ce n'est que plus tard, dans les années
vingt, que le raï quitte le spleen des
hauteurs et s'adapte aux créneaux plus
frisonnants de la vie semi-urbaine des
gros bourgs. Là, des filles dites « de
joie» reprennent ce rythme plaintif et
mél.ancolique. La forme mélodique
subit peu de changement, mais le fond
thématique se trouve totalement chamboulé.
Les chikhates en font le chant de
leurs marasmes, de leur condition ,
mais, surtout, elles l'agrémentent de
paroles grivoises, aiguisées. On y conte
les moeurs libertines, l'alcool, les passes,
les amours brûlantes ou les passions
déçues. La naissance du phonographe
(78 tours) et les diffusions dans les bars,
maisons de tolérance et surtout dans les
cafés, même les jours de marché, allait
définitivement happer la chanson bédouine.
Les Raïmans de vingt ans
Il s'ensuit donc un déferlement de
chikhates dont l'une, Chikha Rémiti.
marque encore de son sceau la légende .
Mais il y en a d'autres. « Agressive, elle
mord dans cette morale codée par les
vulcanisateurs des participes passés et les
mécaniciens de "bonnes moeurs" à
pleines dents pour ces emmurées déboussolées
» , écrit le journal Algérie
Actualité dans un article consacré à
Rimiti Rilizania (native des environs de
Sidi-bel-Abbès), et qui débuta comme
danseuse .
Troisième étape du raï. les années
cinquante, où l'on verra l'introduction
d'instruments modernes comme l'accordéon,
le violon et surtout la trompette.
La trompette du célèbre Bellemou.
dont les sons stridents ouvriront définitivement
la voie au pop raï des années
d'après l'indépendance.
Cocktail, fusion, synthèse de tous ces
g~nres, le pop raï des années quatrevmgt
est bien un carrefour. Incursion
dans le genre « bédoui » (bédouin)
dans le « Asri » (oranais moderne).
dans. la tra?ition hispano-mauresque
(Ennco MaClas), etc., etc., la liste serait
épuisante à dresser, les frontière s,
comme dans tout phénomène musical.
étant très difficiles à délimiter.
Pour les jeunes chanteurs, ces discussions,
souvent dignes de celles sur le
sexe des anges, n'ont aucune teneur.
Pour eux, le raï est, il s'écoule comme
s'écoule goutte à goutte la grisaille du
quotidien. Musique d'ambiance. musique
de corps, le pop raï est typiquement
jeune, typiquement algérien. II
est un jeune cri de révolte musicale qui
embrase et balaie toute velléité de
régionalisme.
De l'état du raï
au raï de l'Etat
D'Est en Ouest, du Nord au Sud , un
seul critère: refuser de vivre dans
l'étouffement de la petite morale, celle
de la société. Mais, de la rue au cabaret ,
du cabaret aux séries de concert, le raï
saura-t-il durer , sera-t-il un phénomène
éphémère , une simple explosion de trop
plein? Pour cela, l'amateurisme ternit,
hélas, trop vite,! Alors, jeunes raïneurs,
à vous d'affirmer le son, à vous de
travailler avec vos propres formations .
Avec vous, le public dit non à l'inertie .
Le raï, en Algérie? Très longtemps
marginalisé , trop longtemps laissé aux
seules fluctuations mercantiles des producteurs
de mauvaises cassettes.
Encore maintenant, on la manie avec
des gants de bonne morale arabo-islamique,
mais les millions de jeunes sont
là et les autorités ne veulent pas être en
reste .. .
On lui a lâché la bride. tout à coup. l'été
dernier. Quelques lauriers reviennent
de droit (c'est incontestable) à certains
journalistes tenaces de Radio Chaîne III
et de l'hebdomadaire Algérie Actualité.
Un premier test. en juillet 1985. au
Festival de la jeunesse où Raina Raï. un
groupe pourtant loin d'être « hardraï
» , a déchaîné les foules pour
qu'enfin, le mois suivant à Oran. ait lieu
la première reconnaissance officielle du
raï avec l'organisation de son premier
festival .
Malgré cela, le raï de chab Khaled,
Mar~i. Fadéla, ne passe toujours pas la
frontière de la sacro-sainte télévision
algérienne. Oui. là-bas aussi. difficile
de bouger les carcans des variétés
soporifiques. Difficile, quand Algérie
Actualité écrit: « 011 boit sllr des
paroles religieuses. 01/ dallse sllr des
challts funèbres. 011 Il 'aime pas. 011
veut. 011 Ile boit pas. 011 se saolÎle. 011
Ile chail te pas. 011 crie. Ollll'écrit pas. 011
improvise avec ses tripes. » Mais les
chabs, grands princes, répondront à la
télé algérienne, ce que l'on dit là-bas :
« Na 'al bau li may habnach » « Maudits
soient ceux qui ne nous aiment
pas »). Quant à la télé française, à
quand les premiers clips, alors que,
déjà, les cassettes, pirates ou non , sont
presque introuvables? 0
AFiFA ZENATI
Discographie:
Bada raykoun, Chah Khaled
Ouach etsalini, Chab Mami
Horizon music, 7, rue Decres, I!!I
75014 Paris III
Différences-n° 54-MARS 1986
Il
Cinéma à Créteil
REGARDS DE FEMMES
la Maison des arts de Créteil
accueille le VIW Festival
international de film de
femmes.
Un portrait de Bulle Qgier,
un hommage à Dorothy
Arzner, une rétrospective Mai
Zetterling et bien d'autres
choses encore ...
Huitième du nom, le Festival
international du film de femmes,
qui s'ouvre le 14 mars, a élu
domicile à la Maison des arts de
Créteil pour la deuxième année consécutive.
Après les temps pionniers de
Sceaux, où une poignée de féministes
convaincues tentaient de sortir des films
réalisés par des femmes des placards où
ils étaient confinés, le Festival prend du
poids.
Vingt mille entrées en 1985, encore plus
en 1986 - du moins l'espère-t-on chez
les organisatrices - pour un menu riche
et varié. « Nous avons voulu, cette
année, explique Jackie Buet, mettre en
valeur deux aspects essentiels de la
création cinématographique féminine:
sur la forme, la défense d'un cinéma
d'auteur, c'est-à-dire non commercial, et
vous verrez à Créteil des films qui ne
sortiront nulle part ailleurs. Sur le fond,
un des soucis majeurs des réalisatrices
tourne autour de la question de l'identité
sexuelle: qu'est-ce que le masculin,
qu'est-ce que le féminin? »
Pièce maîtresse - pour cinéphiles
avertis - de ce festival, un hommage à
Dorothy Arzner, réalisatrice américaine,
qui tourna, entre 1927 et 1943,
plus de vingt films et fut une des rares (y
compris parmi ses collègues masculins)
à réaliser Je passage du muet au parlant.
Le premier film parlant produit par la
Paramount, c'est elle, les débuts de
Katharina Hepburn et de Joan
Crawford aussi .
Le Festival, en collaboration avec la
cinémathèque française, présentera dix
de ses films, dont Merri/y, we go to hell
avec Gary Grant et Cristopher Song, où
Katharina Hepburn est à la fois pilote,
amoureuse d'un homme marié et amie
de la fille du même homme. Gageons
que le spectateur moyen ressente quelques
difficultés à assister à toutes les
projections des films de Dorothy
Arzner, mais l'itinéraire de cette pionnière
mérite qu'on s'y arrête.
Considérée comme l'une des dix éminents
réalisateurs d'Hollywood, avec
Lubitsch, Cukor, Capra, Dorothy
Arzner est née en 1900 à Los Angeles.
Ambulancière dans sa jeunesse, elle
visite, un beau jour de 1920, des studios
à Hollywood. Coup de foudre. Les sept
années qui suivront seront celles de
l'apprentissage, qu'elle décrivait ainsi
dans une interview à la revue Ciné
Monde en 1937 : «Mon raisonnement
fut le suivant: la plupart des spectateurs
de cinéma sont des ... spectatrices. Les . • 1:iI'~ '
recettes dépendent largement du nombre
de femmes qui font la queue devant le .
petit guichet. Aussi, s'il n'y a pas de ~ '--_---"------'-""'----------'
« metteuses en scène » i/ faut qu'il y en Bulle Ogier
ait. Et je commençais au bas de l'échelle.
Mon premier emploi fut celui de dactylo
dans le département des scénarios, à
quinze dollars par semaine. Une vacance
dans les rangs des lecteurs de
manuscrit fut mon premier échelon.
Puis, grâce à l'appui de William de
Mille, je devins script-girl; de là James
Cruze me promut au rang de monteuse.
Quand je fus persuadée que je n'avais
plus rien à apprendre des secrets du
montage, je n'eus cesse de trouver un
emploi comme scénariste. Je finis par
l'avoir et, quelques temps après, j'eus
enfin l'occasion de diriger mon premier
film, Fashions for women. »
Peinture au couteau
« Le sens dramatique des femmes est
inestimable pour le cinéma », ajoutait
Dorothy Arzner. Une génération plus
tard, Mai Zetterling inverse les compléments:
les femmes ont besoin du
cinéma. Réalisatrice suédoise, née en
1925, actrice au Théâtre royal de Stockholm,
puis de cinéma, elle est passée de
l'autre côté de la caméra pour dénoncer.
Des Amoureux (1984),
peinture au couteau des années trente,
où l'on suit l'itinéraire de trois femmes
sur le point d'accoucher, à Scrubbers
(1985), un film sur les prisons de
femmes en Angleterre, nulle trace de
complaisance chez Mai Zetterling.
Une rétrospective de cinq de ses films
est proposée aux spectateurs. A voir,
car beaucoup ne sont pas distribués en
France et le travail de recherche (actrices
non professionnelles prises sur Je
vif, construction cinématographique)
est remarquable.
Et si vous n'aimez que le cinéma
français, allez quand même, et surtout,
à Créteil, vous y serez comblés. En
créant cette année une section « Réalisatrices
françaises », le Festival de films
de femmes s'est écarté de ses chemins
habituels, la compétition internationale
(quinze longs métrages pour 1986) n'incluant
habituellement que des films non
distribués en France.
Un vrai délice de dix films français, de,
Louise l'insoumise de Charlotte Silvera,
à Sans toit, ni loi d'Agnès Varda, Rue
Case Nègres d'Euzhan Paley, ou Trois
Dorothy Arzner, pendant le tournage de Dance, girl, dance.
hommes et un couffin de Coline Serreau.
« Les femmes ont fait une percée
remarquable dans le cinéma français
grand public, explique Jackie Buet,
nous ne pouvions pas manquer de le
dire. »
La peur des images
Nouvelle section également, «Autoportrait
~'une actrice» inaugurée par
Bulle Ogler. L'occasion de voir et de
revoir La Salamandre d'Alain Tanner
Un mariage de Claude Lelouch ou I~
merveilleux Pont du Nord de Jacques
Rivette, avec Bulle et Pascale.
Un peu louche sur le fond, pourtant, ce
portrait d'actrice qui permet, comme
l'ont répété les organisatrices avec un
peu trop d'insistance, de présenter des
films d'homme. La peur de l'image de
m~rque ,n~&ative (hystériques, sectaires,
hegenes, etc.) a profondément
ma~qué une équipe qui longtemps a
subi les foudres conjuguées de la
presse, des ~isogynes purs et durs, des
femmes antIghettos, ou tout simplement
antiféministes.
Aujourd'hui, la mixité est de mise et à
Créteil, on ne manque pas une occ~sion
de la rev~ndiquer: mixité du public,
des orgamsateurs, et, depuis peu, des
réalisateurs, puisque le Marché du film
organisé pour la deuxième année consé~
cutive à l'intention des professionnels,
se propose de « réunir des oeuvres de
fictions, et des documentaires réalisés
par des hommes et des femmes de tous
horizons ». Professionnalisme oblige.
Différences - nO 54 - MARS 1986
Pas antihomme,
mais procinéma
Démarche controversée reflet d'une
certaine crise mondiale' du féminisme
plus frileux et moins militant. La venue
de Bulle Ogier au Festival de Créteil
représente ainsi une minivictoire. Très
réticente au ,d.él?art, l'actrice explique:
«Je me méftals du ghetto, mais j'ai
rencontré en Suisse la cinéaste Edna
Politi qui a levé cette objection. Elle m'a
d.it avoir v~ à ce fest~val des quantités de
fl~ms q.ue Ion ne VOlt nulle part ailleurs.
C est lmportant. Elle m'a convaincue
que ce n'était pas un festival antihommes,
mais procinéma. »
« Le désir de plaire rend dépendant de
l'opinion », disait madame de StaëL et
c'est peut-être dommage. La recherche
d'une reconnaissance plus large sur le
plan de la , q.u~lité cinématographique
est certes legltIme. Mais le Festival de
Créteil ne risque-t-il pas ainsi de s'écarter,
lentement mais sûrement, de sa
raison d'être: la promotion et la défense
d'un cinéma d'auteur réalisé par
des femmes, à qui certaines portes
restent fermées, ou, du moins, très
coûteuses à ouvrir? D
'" VERONIQUE MORTAIGNE ~
Festival international du film de femmes
de Créteil, du 14 au 23 mars.
Maison des arts, place Salvador-Allende,
métro Créteil-préfecture.
Tél. : (1) 48.99.90.50.
::J
~
~ :;e;
~
~
DEUX INITIATIVES
ORIGINALES
Cinéma à domicile
Une opération de sensibilisation au
cinéma se déroule dans le département
du Val-de-Marne avant le Festival de
Créteil. Des animatrices projettent une
sélection de films dans les écoles
lycées, locaux associatifs, MJC, comités
d'entreprises ... , révèlent les « ficelles»
du cinéma (qui fait les films, pourquoi,
comment ?), et animent des débats sur
« la question de la création des femmes
et de leur langage cinématographiques,
souvent nouvelle pour les groupes
touc~é~. En . effet, le public est plus
enclin a penser que les films réalisés par
des femmes traitent d'aspects sociaux et
revendicatifs que de sujets présentant
une originalité ouvrant à d'autres
champs de réflexion. »
En 1985, 71 animations de ce type ont
été réalisées dans une vingtaine de villes
de la région parisienne, s'adressant à un
public de 28 000 personnes environ ce
qui a permis au Festival d'attirer ens'uite
un très gros public local.
Le carrefour des festivals
Trente-deux organisateurs de festivals et
de journées cinématographiques français
présenteront leurs travaux et leurs
projets sur des stands pendant la durée
du Festival de Créteil.
Cinq d'entre eux viendront avec des
films: en autre, le Festival international
de? films du monde rural d'Aurillac, qui
presentera un moyen métrage américain
tourné en Chine, Small happiness/
Women of a chinese village. 0
Il
Lettre d'un inculpé: la Turquie et ses prisons
sadique ses hommes qui s'acharnent sur
un des co-détenus de Güney, un simple
ouvrier dont les autorités ont décidé de
PRISON TURQUE. Voilà une plece faire un bouc émissaire, pour le « faire
d'une actualité brûlante, qui traite d'un parler ». «Le colonel» déclare avec
sujet délicat et difficile parmi d'autres une franchise brutale: « Ici, il n'y a pas
_ la torture infligée à des milliers de de constitution, il n'y a pas de droit, il
détenus politiques dans les prisons de la n'y a pas de machin universel des droits
Turquie. Brillamment mise en scène de l'homme. Ici, il n'y a que les lois de la
par Marianik Révillon, Lettres d'un guerre.»
inculpé a été adapté de deux ouvrages La scénographie de Michel Launay, est
inédits en France, du grand acteur et un espace ouvert fait de trames, de
cinéaste turc, Yilmaz Güney, qui avait miroirs et de poutrelles, où les acteurs
lui-même passé plusieurs années der- se meuvent comme des funambules. Ce
rière les barreaux pour ses convictions décor exprime la situation de ces marprogressistes.
tyrs, voués à une mort lente et horrible,
persuadés que leur lutte pour la dignité,
La pièce se passe entièrement à l'inté- et pour le bonheur des autres, ne sera
rieur d'une prison et Güney est incarné jamais inconnue ou oubliée.
T ENCORE
CHAUD, CHAUD. C'est reparti à SaintDenis.
La faculté Paris VIII, ex-Vincennes,
organise, comme chaque
année, son festival interculturel. La
faculté la plus métissée de France veut
s'ouvrir aux cultures représentées parmi
ses étudiants, mieux s'intégrer au département
de Seine-Saint-Denis qui
l'accueille.
Un double axe pour trois journées, avec
des débats, des films, de la musique,
des expos photos, des stands, tout pour
se rencontrer. La population locale est
vivement conviée, comme on dit, à
venir à la fac, du 20 au 22 mars, les
portes seront grandes ouvertes.
Quatre idées bases: on s'interrogera
d'abord sur les traditions interculturelIes
de Paris VIII, comment ce métissage
est vécu par les élèves, les profs,
le personnel. On fera le point sur le
mouvement alternatif en France, sur les
banlieues, Saint-Denis, les communes
avoisinantes, tout le département. Et
surtout, sans doute le plus neuf, un
groupe d'élèves et d'enseignants présentera
un travail d'enquête sur les
étudiants étrangers qui ont fait leurs
études en France et sont retournés au
pays, avec leurs acquis, leur savoir, et
leurs problèmes. De quoi énerver tous
ceux qui parlent de faux étudiants
étrangers.
Pas d'inquiétude : malgré l'aridité des
thèmes, on s'amusera bien à
Saint-Denis-Vincennes pour les premiers
jours du printemps. Chaud,
chaud, chaud, le printemps, bien entendu!
Renseignements: (1) 48.21.63.64, poste
16-37, l'après-midi.
IMAGE
par un personnage qui s'appelle tout Marianik Révillon, qui s'occupe depuis
simplement «l'homme » . Dans des 1979 de l'atelier-théâtre d'Aubervilliers
lettres à sa femme, celui-ci exprime, _ essentiellement composé de jeunes
avec une vigueur lyrique, son amour de travailleurs, dont beaucoup d'imla
vie, son espoir, à la fois rationnel et migrés _ a créé avec ce groupe plusieurs ORCHESTRE NOIR. L'extrême droite,
passionné, de voir naître à l'avenir un pièces, toutes porteuses d'un message ce n'est pas seulement quelques indimonde
débarrassé des formes les plus social et politique. En 1985, elle a créé vidus à la cervelle détraquée, admiraflagrantes
de l'inhumanité. sa propre compagnie de professionnels, teurs solitaires de Hitler. La situation
« Sais-tu, dit "l'homme", que mes pen- l'Asphodèle. est bien plus complexe ; les nostalgisées
construisent des mondes de plus en Lettres d'un inculpé est remarquable- ques de l'ordre et de la « pureté de la
plus libres, purs, illimités. » « Le monde ment interprété par des membres des race» sont bel et bien organisés en des
change, ajoute-t-il, et il n'offre aucune deux groupes, mêlant acteurs et ama- réseaux très étroits et bien protégés.
chance de survie à ceux qui ne parvien- teurs, français et étrangers. Ainsi, l'ex- C'est ce que montre très clairement le
nent pas à s'accommoder du change- cellent acteur libanais, Habib Ham- film reportage (1) de Stéphan Lejeune,
ment, il les écrase ... Nous ne serons pas moud, est « l'homme », tandis que le l'Orchestre noir, qui, jusque-là, n'avait
écrasés, nous suivrons en permanence le rôle du garde est joué par le Nicara- connu que des projections militantes,
processus du changement et, emportés guayen Raoul Fernandez. La distribu- mais qui est sorti en salle le 26 février.
par ses flots, nous coulerons vers les tion comprend également deux Turcs, Un film violent mais qui, preuve à
lendemains ... » « une femme» et « un soldat ». l'appui, dessine des ramifications inter-
Particulièrement frappante est l'inter- SCHOFIELD CORYELL nationales de cet «ordre noir ». La
prétation de ce monstre froid, le tor- Lettres d'un inculpé, de Yilmaz Güney, Belgique y apparaît comme la plaque
tionnaire en chef, qui s'appelle «le Grand Théâtre de la Cité internationale, tournante, orientée tout à la fois vers la
colonel », haut de taille et élancé, vêtu jus qu'a u 22 ma r s. Tél.: (1) Grande-Bretagne (le National Front),
Il '11 . 45893869 l'Espagne (la Cedade, Fuerza Nueva),
~d~e_b~l~a~n~c~,~s~u~rv:e~l~a~n~t~a:ve~c~u~n~c~yn~l:s~m:e[[Utilisateur:Charles|Charles]]'~'::~'~' ________________________ [[Utilisateur:Charles|Charles]] 12 janvier 2012 à 18:34 (UTC) ___________________ --J
la France (le Front national, le Parti des
forces nouvelles, les Faisceaux nationalistes
européens), les Etats-Unis (le
KKK), l'Amérique latine, l'Allemagne
(le NPD) (2). La Belgique, c'est essentiellement
le Front de la jeunesse, le
VMO, le Westland New Post - qui
semble étonnamment lié à certaines
personnalités de la Sûreté de l'Etat.
Images frappantes par tant de brutalité
gratuite: les camps d'entraînement militaire
où se retrouvent des enfants en
uniforme noir, les attentats, les
tortures ... Images inquiétantes lorsque
l'on voit la police féliciter le dirigeant oi
du VMO, Erikson, lui qui avouera que c:i'--_--'-...-...J
« l'erreur d'Hitler, c'est d'avoir perdu la Un musée pour la mode
guerre » . D'autant plus inquiétantes
que demeure ouverte la question de
savoir qui finance qui ... Un film qui en
dérangera plus d'un .. .
GERMAINE DUPONT
L'Orchestre noir. Stéphan Lejeune, à
partir du 26 février 1986, au cinéma
Utopia (rue Champollion, Paris 5').
(1) Un film document, fondé sur une enquête
dans les milieux d'ED. Le projet a mis quatre ans
pour être achevé.
(2) Comme le montre le reportage tourné au
pèlerinage de l'Yser à Dixmude et où l'on
retrouve tout ce beau monde .. .
peuple nomade d'Asie centrale qui
occupa, entre le VIe et le VIne siècle le
territoire de l'actuelle Hongrie, possédait
de merveilleux orfèvres et facteurs
d'armes et d'excellents forgerons et
potiers. Une civilisation « autre », une
culture rattachée au splendide « art des
steppes », dont toutes les pièces ici
montrées proviennent des musées hongrois.
Encore un nouveau musée à Paris!
Celui des Arts de la mode, Paris
oblige! Mais ce n'est pas un temple de
la fanfreluche, comme d'aucuns le craignaient,
mais bien un lieu vivant,
moderne, centre d'étude et de création,
DE L'OR. L'air du temps est aux bilans. ouvert au public, qui vient de coloniser
Il en est un que l'on pourrait dresser, les combles joliment rénovés d'un autre
dans un domaine dont les responsables musée, lui-même agréable et bien
sont restés trop discrets: celui de la agencé: les Arts décoratifs. Avec un
lecture publique en France. Depuis fonds de 9 000 costumes et de 30000
1981, date significative, mais pas seule- accessoires, éntre autres, le musée rement
pour ce que vous croyez, avec un place pour le public, une partie de ses
budget triplé par rapport aux années collections permanentes dans leur amprécédentes,
la Direction du livre du biance, mais il accueillera également
ministère de la Culture a investi hôpi- des expositions dont celle, prestigieuse,
taux, prisons, communautés immigrées de Saint-Laurent: pour le visiteur, c'est
ou comités d'entreprises pour les doter un lieu de nostalgie pour un passé
en livres. révolu, mais aussi le laboratoire pour la
Mais, surtout, elle a équipé dix-sept mode, art ô combien vivant! du futur.
départements qui manquaient de bi- Retour à la lecture : il est des livres qui
bliothèques centrales de prêt, desser- sont, en soi, une petite oeuvre d'art.
vant une population supplémentaire Ainsi, de l'Art de l'Islam, un classique,
estimée à dix millions de personnes, de Titus Burckhardt, réédité chez Sindacquérant
près de cinq millions de bab, illustré de superbes photos de
volumes supplémentaires. Roland et Sabrina Michaud. Tout le
De même, le nombre des bibliothèques contraire de ce que les Américains
municipales dans les villes de plus de nomment coffee table book, de ceux
10 000 habitants est passé de 634 en que l'on expose ostensiblement chez
1981 à 705 en 1985; sans oublier soi, mais un passionnant itinéraire, par
l'équipement audiovisuel de 52 bi- un spécialiste reconnu, à travers les arts
bliothèques municipales supplémen- de l'Islam, sous toutes leurs formes. 0
taires. YVES THORAVAL
Des chiffres, me direz-vous? Sans Direction du livre et de la lecture, 27,
doute, mais qui marquent une étape avenue de l'Opéra, 75001 Paris.
irréversible en faveur de tous les ci- Pavillon des Arts, Forum des Halles
toyens pour l'avenir de la lecture ... (tous les jours, sauf lundi, de 10 heures à
Connaissez-vous les Avars, sans « e »? 18 h 30).
L'ELU
Il afallu l'obstination d'une petite maison de
distribution et la sortie par l'écurie Walt
Disney du dernier film de Kagan, Natty
Gan, pour que l'Elu qu'il a réalisé en 1981
soit enfin présenté dans les salles. Le film est
tiré d'un roman de Chaim Potok, romancier
juif new-yorkais.
L'Elu est un film d'apprentissage. Jeremy
Paul Kagan est familier de ces personnages
qui n'arrivent pas à grandir parce qu'au
moment où ils sont supposés passer à l'âge
adulte un drame de l'histoire de leur pays ou
de leur milieu les désespère, les arrête dans
leur marche confiante.
L'époque de l'Elu est la fin de la guerre,
1944. Les deux héros sont juifs. L'un,
Daniel, fils de rabbin, vit dans la tradition
orthodoxe, consacrant le plus clair de son
temps à étudier le Talmud. Il rencontre
Reuven, fils d'un intellectuel libéral et jeune
Américain «branché» façon années quarante
: jazz, Freud et existentialisme, Danny
va se déprendre de la rigidité de son
éducation, passer outre les interdictions de
son rabbin de père (Rod Steiger, méconnaissable)
flirter, avec le sionisme et entrer à
l'Université. Ce n'est là que le début d'un
apprentissage sans fin, mais les crises de
croissance des jeunes Américains représentés
par Kagan sont infiniment plus
joyeuses que les certitudes musclées et
bellicistes de tous les Rambos.
CHRISTIANE DANCIE
A. Goldmann et
G. Hennebelle ,
CINEMA ET , ,
JUDEITE
Préface R. Robin el M. Ferro
L'histoire du cinéma yiddish,
sa naissance, son développement
en Europe de
l'Est et aux États-Unis dans
les années 30.
Sa situation aux USA (autour
de Chaplin, les frères
Marx, Jerry Lewis, Mel
Brooks, Woody Allen) en
France (Drach, Hanin ... ) en
Allemagne (sous Hitler et
après) en Israël et ailleurs.
CinémaClion nU 37 - 192 pages +
100 illustrations - 132 F
Si vous allez voir l'exposition l'Or des Musée des Arts de la mode, 107, rue de
Avars (pavillon des Arts, jusqu'au Rivoli, 75001 Paris. Ouvert tous les
1_ _3_ 0_m_ a_ rs~)_,~v_o_u_s __d~ é~c_o_u_v_r_ir_e_z __q~ u_e_ _c _e_ _~ J_o_u_rs~,_s_a_u~f_l_e_m_a_r_d_i,~_d_e_1_2_ à_ 1_8_h_e_u_r_e_s_. _________________________~ ____~ III
Différences - n° 54 - MARS /986
Le propre de l'homme
LA FETE ET SES RITES
Ecrivain et
sociologue, Jean
Duvignaud
s'intéresse aux
phénomènes
collectifs: le rire,
la solidarité ...
D'après lui, on
tente de réhabiliter
la fête, mais le
coeur n'y est pas.
Jean Duvignaud : « Fondamentalement,
la fête
appartient à des moments
«incasables» de
la vie des sociétés, tout
en étant, dans le même
temps une prise de possession
d'espaces. Qu'on
songe à l'investissement
du Jeu de paume en
1789, ou à la Commune
de 1870 où le peuple
français et ses tribuns
contestaient alors les
espaces publics « confisqués
» par la monarchie,
puis par Haussmann ...
Un historien a relaté
qu'avant la Révolution
se déroulaient en Provence
des fêtes populaires jugées «contestatrices (;?t
barbares » par la bourgeoisie même qui allait faire cette
révolution. Et cette bourgeoisie organisa - elle - des
manifestations à tendances pédagogiques et idéologiques
à travers lesquelles s'expliquait, s'explicitait sa
pensée poétique. Ces manifestations - si elles étaient
indispensables - ne pouvaient être considérées comme
de véritables fêtes. La société cherche toujours à se
protéger contre l'inopiné, le déstructuré et la subversion
inhérents à la fête ; en la déplaçant ou en la régularisant.
Et ça, on peut le constater de la prise de la Bastille à mai
68 ... Où l'on contraint la fête populaire collective à
vivre dans la durée ce qu'elle ne fait qu'émerger dans les
instants de son irruption. Comme si la société réintégrait
alors la dimension de la fête dans une orbite « sécuritaire
» pour en circonscrire le caractère subversif.
Nos sociétés actuelles, technologiques et hyperurbanisées,
ne permettent guère la réalité de la fête. Dans les
années cinquante s'est élaboré un mode d'habitat
vertical - d'empilement - où règne la boîte-télévision
(individuelle ou familiale). Le concept de «grand
ensemble» est bien celui de la mise en compartements
de la vie. Et lorsqu'on sort, à l'extérieur, c'est pour être
confronté à des espaces surveillés, flêchés, contrôlés.
Immeubles, tours et grandes surfaces sont devenus des
lieux de mass media, des espaces sociaux où le spontané et
l'intempestif liés par nature à la fête s'amenuisent de plus
en plus. La fête, c'est d'abord l'investissement d'espaces
horizontaux pour de libres rencontres. On pourrait même
dire qu'il n'y a de démocratie festive qu'au ras du sol ».
Différences: Mais, en tant que sociologue, vous avez depuis
plusieurs décennies réactualisé ces réflexions autour de la
fête.
J. D. : « Une longue enquête réalisée avec mes étudiants, il
y a quelques années, sur le thème La planète des jeunes
nous avait révélé que nombre d'entre eux (et même de
moins jeunes) se réunissaient dans ce que nous avons
appelé des «niches écologiques ». Pour vivre d'autres
rapports interindividuels dans un plaisir de communication
directe que la société quotidienne ne permet pas dans ses
espaces normatifs.
En se regroupant par affinités où les gens aimaient se
retrouver en «microgroupes », dans les quartiers, les
villages, les métiers ... Pour partager: nourriture, danse,
musique, voyage ... Mais le système idéologique sur lequel
repose nos sociétés est fondé sur l'efficacité, l'intensité et la
quantité de travail abstrait; il exige avant tout des
individus l'acceptation de la réalité laborieuse. Marx
d'ailleurs partageait cette conception (liée à la notion de
péché originel) : l'homme est fait pour le travail et doit y
consacrer ses forces et ses capacités majeures.
Le refus et l'écart
Alors, pour ceux qui s'opposent au système: deux
alternatives. Soit un refus violent, soit tenter de se mettre
en dehors en expérimentant - ici et maintenant - ce que les
grandes utopies nous ont toujours promis à l'échéance de
plusieurs générations. C'est ce qui est apparu dans le sillage
des années post-soixante-huit ... Les nouvelles générations
revendiquaient le sens de la fête ; en la faisant à leur
manière (même en vase clos). Avec une certaine volonté de
créativité collective et la suggestion de nouveaux rapports
sociaux. »
Différences: Pour arriver à aujourd'hui ?
J. D. : « En régularisant la notion de fête nos sociétés
occ~dent~le~ ont créé la nostalgie de son esse~ce profonde.
AUJourd hm, les gens ont le sentiment que les fêtes
pourraient être autre chose que ce qu'on leur vend. Car la
fête est aussi illusion lyrique et moment périssable, mais
dont l'intensité peut avoir de formidables résonnances.
Pour entrer dans l'espace même de la fête il faut retrouver
l'élé~.ental du co~ps : la mangeaille, la da'nse, ect., que les
partICIpants y aIllent vraiment de leur corps et pas
s~ulement de .. . l'idéologie. Avec tout l'aspect de ritualisatIon
par lequel un groupe humain « socialise» ainsi toutes
les instances destructrices (la faim, la mort, etc) ... »
Différences: Est-ce que nous n'assistons pas actuellement à
une déperdition, une banalisation de la fête et de ses rituels à
travers le monde ?
J. D. : « Ce n'est pas simple. Au Brésil, par exemple, la
macumba, un rite religieux teinté de fête, survit d'une
« La puissance de la fête :
faire éclater pour un instant
les normes de productivité,
de gain, d'efficacité qui sont
le lot de la vie quotidienne. »
manière très populaire et fIIIi , .. '" PJ~~:'T'
12 janvier 2012 à 18:34 (UTC):61t~~io[[Utilisateur:Charles|Charles]] 12 janvier 2012 à 18:34 (UTC):eiS~~e J~ , ....,; . ~, .'
la culture africaine, qui de- '
meure un rituel très précisément
codifié. Avec les sonorités
des tambours, l'imposition
des rythmes, les corps
entrent en transes et sont
alors comme partagés entre
plaisir et souffrance ...
Mais que l'on considère le
carnaval de Rio d'aujourd'hui.
Cette considérable fête
collective est devenue complètement
médiatisée au niveau
international et son
origine profonde s'est grandement
émoussée. Alors que
le carnaval de Bahia a beaucoup
mieux conservé ses
racines culturelles festives.
Différences : Et la réalité de la
fête dans nos sociétés
d'Europe?
J. D. : « Nous savons désormais que les grandes « unanimités
» sont devenues problématiques et que prétendre
créer de fausses unanimités collectives peut aussi conduire
au fascisme. N'oublions pas qu'un Hitler savait très bien
rassembler les masses allemandes dans de monumentales
« fêtes » ; sans distinction de classes ni prise en compte de
réalités sociales différentes. »
Différences: Mais nos simples fêtes nationales et celles de
passage d'une année à l'autre ...
J. D. : « En Europe, aujourd'hui, les fêtes nationales sont
loin de l'effervescence ancienne qui s'emparait des rues et
des villes. En France, notre 14 juillet relève maintenant de
la célébration sociopolitique grave, solennelle, et finalement
pompeuse. Quant à nos fêtes de fin d'année, elles ont
aussi perdu leur caractère vraiment festif en devenant un
parcours obligé du rythme calendaire ; sans compter leur
fantastique impact de commercialisation.
Mais on pourrait s'interroger sur certaines fêtes locales et
régionales qui perdurent avec une certaine authenticité
telles les Ducasses du Nord. Comme s'il y avait là de
nécessaires compensations festives et une convivialité plus
forte dans certaines zones laborieuses climatiquement
défavorisées.
Différences - n° 54 - MARS 1986
Dans la nature profonde de la fête - comme dans le rêve -
la logique cesse d'être euclidienne ... La puissance de la fête
réside dans sa fonction ponctuelle à faire éclater temporairement
les normes de productivité, de gain, et d'efficacité
de la vie quotidienne ordinaire. »
Différences: Alors, ces derniers mois en France le temps
n'était pas à la fête? !. D. : « Ah si ! Il Y a eu cet événement complètement
mattendu d'un peu avant Noël. Quand les forains ont
investi le jardin des Tuileries. Certes, pour des raisons
objectives de revendications professionnelles (syndicales et
autres). Mais, en offrant simultanément à la population
parisienne un espace tout à fait imprévu de jeux et de
lumières. Et ce, justement, dans un espace historique où la
monarchie donnait jadis ses propres fêtes. Oui, cette
période de Luna-Park spontané au jardin des Tuileries
était, je pense, une vraie fête. D'ailleurs, les enfants ne s'y
sont pas trompés ! » D Propos recueillis par
J.-J. PIKON
Duvignaud a publié récemment Le propre de l'homme, un
essai sur le rire (éd. Hachette). Il prépare actuellement un
nouveau livre sur la notion de solidarité (chez le même
éditeur) . Il
El
mTmRE ____________________________ ~
Afrique du Sud
DES ANNEES
A SE BATTRE
Le 21 mars 1960, la
police de l'apartheid
ouvre le feu
sur des manifestants
à Sharpeville.
69 morts, qui s'ajoutent
aux milliers
de martyrs de la
résistance commencée
au début de
ce siècle. Depuis,
l'ONU a fait de cette
date la journée internationale
contre le
racisme.
Contrairement au reste de
l'Afrique noire, où la
conquête coloniale a été
réalisée par des militaires
et des fonctionnaires européens
de passage, qui ont
laissé aux Africains la propriété
de la terre, l'implantation
étrangère en
Afrique du Sud a été le
fait de civils qui ont systématiquement
exproprié
les populations autochtones
de leurs terres
et de leur bétail.
Au lieu d'avoir commencé
à l'extême fin du XIX'
siècle, la conquête du pays
khoisan (Bochimans et
Hottentots aujourd'hui
disparus) a débuté en 1652 ; celle du pays noir en 1779 avec
la première « guerre de frontière» ou « guerre khosa »
dans l'est de l'actuelle province du Cap.
La résistance opposée par les Noirs à l'envahisseur blanc a
été exceptionnellement longue et vigoureuse, puisque la.
révolte du chef zoulou Bambata, dans le Natal, en 1906, est
considérée comme le dernier épisode de la résistance
armée de type tribal.
Il Le 8 janvier 1912, deux ans après la naissance de
l'Union sud-africaine, la fondation du South African
National Native Congress qui sera rebaptisé African
National Congress, (ANC) , en 1923, marque le départ
d'une nouvelle forme de résistance africaine, fondée sur le
rejet des divisions tribales et la collaboration avec des
organisations politiques indiennes et métisses.
L'avocat indien Gandhi, qui a séjourné en Afrique du Sud
entre 1893 et 1914, et organisé la résistance indienne a
utilisé des méthodes non violentes. Son exemple sera suivi
pendant près de cinquante ans par l'ANC.
Il Le 26 juin 1955, l'ANC convoque à Kliptown, près de
Johannesburg, un Congrès du peuple réunissant près
de trois mille délégués, noirs, indiens, métis et blancs. Par
acclamations, l'assemblée adopte le préambule suivant:
« L'Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent,
Blancs et Noirs, et aucun gouvernement n'est justifié à
Drétendre exercer l'autorité s'il ne la tient de la volonté de
tous. »
On vote une Chartè de la liberté en dix chapitres, dont
celui-ci : « Toute personne, sans distinction de race, de
,couleur ou de sexe, doit avoir le droit de voter et d'être
éligible à tout organe législatif ou administratif »
A l'Appel à la paix et à l'amitié exprimé à la fin de la
Charte, le gouvernement répond en traduisant en justice
156 signataires sous l'accusation de trahison (Treason
Trial) et en intensifiant les poursuites pour infraction aux
:lois sur les pass. En cette année 1955, le nombre des
condamnations à une peine de prison ou une amende
:,'élèvera à 338 000, soit une pour cent Noirs urbanisés.
Il Le 9 août 1956, plus de 20 000 femmes noires
entament une marche sur Pretoria, la capitale
administrative, pour protester contre la loi étendant aux
lfemmes l'obligation du pass. Le 9 août est célébré depuis
comme le Jour des femmes (South Africa Women's Day).
Il Le 21 mars 1960, la police .ouvre le feu sur une foule
de Sud-Africains noirs qui se présentaient sans pass.
lLa fusillade fait 69 morts et plus de 200 blessés à
Shaperville. En vertu de l'état d'urgence proclamé le 30
mars, 20000 personnes sont arrêtées et 2000 détenues
sans jugement. Le 8 avril, l'ANC est interdit en même
temps que le Pan' African Congress (PAC) , parti noir
dissident, fondé en 1959 par Robert Sobukwe, et qui
revendique « le gouvernement des Africains par les Africains
et pour les Africains ».
Albert Luthuli, président de l'ANC (qui obtiendra le prix
Nobel de la paix en 1961), est condamné à trois ans de
prison, ainsi que Robert Sobukwe.
Il Le 16 décembre 1961, six mois après la proclamation
de la république d'Afrique du Sud, une campagne de
sabotages est lancée par des militants de l'ANC et du P AC
(tous les deux interdits depuis plus d'un an), auxquels se
joignent des Sud-Africains indiens et blancs.
La répression est immédiate et terrible, surtout après
l'arrestation, en août 1963, à Rivonia, dans la banlieue de
Pretoria, de dix dirigeants de l'ANC, parmi lesquels Walter
Sisulu et Goban Mbeki.
Le procès dit de Rivonia débute en octobre 1963 et se
poursuit jusqu'en juin 1964. En même temps que les
auteurs de sabotages arrêtés à Rivonia, on y juge Nelson
Mandela, alors âgé de quarante-cinq ans, qui a été, avec
Olivier Tambo, actuel président de l'ANC, le premier
avocat noir d'Afrique du Sud. Tous seront condamnés à
l'emprisonnement à vie à Robben Island, en face de la ville
du Cap. En 1983, Nelson Mandela sera transféré dans la
prison de Pollsmoor, près du Cap.
Il De janvier 1963 à décembre 1965, les tribunaux
distribueront 8 000 années de prison à 1 300 accusés
et 300 condamnations à mort (deux pendaisons par
semaine).
Il En i968, apparaît le mouvement de la conscience
Noire. Alors qu'elle paraissait brisée à la fin de 1965,
la résistance africaine renaît en 1968 avec la mise sur pied
de plusieurs organisations scolaires et communautaires
rattachées au mouvement de la Conscience noire, BC, dont
la philosophie sera résumée par Steve Biko en 1972 : « Le
Noir doit se dégager de ses complexes d'infériorité et être fier
de son propre système de valeurs, de sa culture, de sa
religion et de sa vision de la vie. »
D'abord limité aux scolarisés, étudiants et lycéens, le
mouvement de la Conscience noire se répand par la poésie,
le théâtre, la théologie et différentes organisations communautaires.
Beaucoup de ses membres, poursuivis par la
police, sont obligés de fuir leur pays ou de rester dans la
clandestini té.
Il En février 1973, pour la première fois dans l'histoire
de l'Afrique du Sud, des grèves obtiennent des
résultats. Plus de 61 000 ouvriers de Durban, presque tous
des Zoulou, font prendre conscience aux travailleurs noirs
du pouvoir qu'ils détiennent en raison de la proportion de
plus de 70 % qu'ils occupent dans la population active.
Il Le 16 juin 1976, la police réprime de façon sanglante à
Soweto (township de Johannesburg comptant plus
d'un million d'habitants) des émeutes qui avaient débuté
par une manifestation pacifique d'environ 10 000 collégiens
noirs âgés de douze à vingt et un ans contre l'introduction
de l'afrikaans comme langue d'enseignement pour une
moitié du programme.
Le 25 juin, le nombre des victimes annoncé officiellement
s'élève à 176 tués, plus de mille blessés et 1 300
arrestations. Entre le 25 juin et le 25 septembre, les
émeutes débordant largement le milieu des scolarisés
atteignent toutes les grandes zones industrielles d'Afrique
du Sud. A la fin de l'année, on fera état, officiellement, de
plus de 600 morts, plusieurs milliers de blessés, environ
5 000 arrestations et au moins 700 personnes détenues pour
« raisons de sécurité », parmi lesquelles presque tous les
dirigeants du mouvement de la Conscience noire, des
dizaines de journalistes et des personnalités
Différences-n° 54 - MARS 1986
Dessin CORTES
Il Le 17 septembre 1977, on apprend la mort en prison
de Steve Biko, le leader reconnu de la Conscience
noire. L'opinion internationale réagit violemment en
apprenant que Steve Biko est, depuis mars 1976, le 25
détenu mort à la suite de mauvais traitements de ses
geôliers. Aux accusations lancées conte lui, le gouvernement
répond par un coup de massue sans précédent porté à
la résistance.
Le 19 octobre avant l'aube, des raids de police aboutissent
à l'arrestation d'une cinquantaine de personnalités noires
ou blanches, et à la mise hors la loi de dix-huit
organisations, dont dix-sept relèvent de la Conscience
noire. Deux journaux à grand tirage destinés aux Noirs
sont interdits.
De Ghandi à Nelson Mandela,
deux avocats pour la cause noire.
Il En 1979, le gouvernement spécifie que « le terme de
travailleur ne sera plus désormais suivi d'une quelconque
référence raciale» et admet en conséquence les
principes de liberté d'association et d'autonomie des
syndicats noirs.
Dans l'espace de quatre années, on assiste à une véritable
explosion syndicale noire. Le nombre de syndiqués est
multiplié par quatre: 350 000 en 1983, soit 6 % des salariés
noirs (contre 20 % de syndiqués parmi les travailleurs
blancs). Deux fédérations multiraciales sont créées. la
FOSATU et le CUSA. Elles s'ajoutent aux deux anciennes
fédérations également multiraciales: la SACTU. fondée
en 1955, qui a toujours entretenu des liens étroits avec
l'ANC et qui a dû passer dans la clandestinité en 1964 : et
la TUCSA, créée en 1954, qui comprenait en 1983. sur
370000 membres, une minorité de Noirs et une majorité Il
d'Indiens et de métis.
Sauf - évidemment -la SACTU interdite, ces fédérations se
proclament officiellement « apolitiques ». A côté d'elles se
créent de nouveaux syndicats, qui n'hésitent pas, malgré
une intense surveillance policière, à se dire partie prenante
dans les mouvements de résistance politique.
Dans le cas du Syndicat national des mineurs, NUM, cette
prise de position apparaît particulièrement prometteuse
pour l'avenir de la résistance noire, étant donné la place
prépondérante tenue par l'industfie minière dans l'économie
sud-africaine. Fondé en 1982, le NUM annoncera
80000 adhérents en 1984 et 180000 en août 1985, sur un
total de 475 000 mineurs noirs.
Parmi les nouvelles associations de scolarisés qui ont
succédé à celles interdites en 1977, il faut distinguer deux
tendances: le mouvement des étudiants azaniens,
AZASM, fondé en 1983, adhère aux thèses de la
Conscience noire et le Congrès des étudiants sud-africains,
COSAS, fondé en 1979, a des effectifs plus importants et
affirme son attachement à la Charte de la liberté, donc à
l'ANC ; il a mis sur pied en 1983 des « organisations de
jeunesse» s'adressant aux jeunes travailleurs et aux jeunes
chômeurs.
Des hommes qui se battent
A côté de ces associations de jeunes, scolarisés ou
travailleurs, se fondent de nombreuses associations de
« résidents» dans les townships (Civic Associations), dans
lesquelles les femmes sont particulièrement actives.
Pour situer la place des milieux d'Eglise dans la résistance,
il faut savoir que 92 % des Sud-Africains noirs se déclarent
chrétiens et que presque toutes les réunions, y compris les
réunions syndicales s'ouvrent par une prière. C'est, dans le
continent africain, une situation tout à fait particulière.
Plusieurs personnalités religieuses ont joué et jouent un
rôle de premier plan dans la résistance en s'engageant
publiquement et en dénonçant devant l'ensemble du
monde chrétien le « scandale de l'apartheid ».
L'évêque anglican, Desmond Tutu, auquel a été attribué le
prix Nobel de la paix en 1984, est le mieux connu à
l'extérieur de l'Afrique du Sud.
Le pasteur Allan Boesak, aumônier de l'université de
Western Cape, réservée aux métis, élu en 1982 président de
l'Alliance réformée mondiale, WARC, prêche depuis 1979
l'union des Eglises et des mouvements politiques antiapartheid.
En 1983, il a mis ces idées en action en lançant le
Front démocratique uni (UDF).
L'archevêque de Durban, Mgr Denis Hurley, est une des
figures dominantes de l'Eglise catholique en Afrique du
Sud, Eglise dont les effectifs ont fait plus que doubler
depuis 1960 : deux millions et demi de fidèles, dont 80 %
de Noirs au recensement de 1980. Mgr Hurley a pris depuis
longtemps des positions clairement exprimées contre
l'apartheid. En 1982, il a déclaré que: «L'Eglise veut
engager son poids moral aux côtés des syndicats dans leur
lutte. » Président du conseil des évêques catholiques de
l'Afrique australe, SACBC, il a constamment soutenu son
secrétaire général, le père Smangaliso Mkhatshwa, quand
celui-ci a été «banni» pour cinq ans en 1977, puis
emprisonné et jugé au Ciskei (Etat noir « indépendant »),
en 1983, pour avoir adhéré à l'UDF.
Banni en octobre 1977, pour avoir soutenu la cause de la
Conscience noire, et rendu à une vie normale sept ans plus
tard (26 septembre 1984), le pasteur Beyers Naudé est une
figure extraordinaire du protestantisme sud-africain, car il
appartient à une famille afrikaner et à une Eglise de langue
afrikaans, la NGK, qui a toujours défendu l'apartheid. 0
1879 :
les Zoulous
font la guerre
aux Anglais, qui,
eux-mêmes,
ont attaqué
les Boers.
1960 :
Sharpeville,
le premier jour
de la campagne
de
désobéissance ...
civile~
fait plus de ~
soixante morts . .::L-___________ --I
_ MARIANNE CORNEVIN
iii L-________ ~E~~m~it~d~e~m~p~o~ch~e~ffe~A~p~a~n~he~w~p~u~b~oo~e~e~n~m~a[[Utilisateur:Charles|Charles]]p~a~r~m~M~R~A~P~. __ ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::J
EUX_· ________________________ ~
PIERRE VALLÉE
Nor; CRolsÉJ
...."., ; ....... .........\ :. , . .. . ~~. ...................................
' ........................................ ..
•.•.•.•.•.•.•.•.•••.•.•.•.•.•.• •••• ~ ..... .............. . ,. ...... . .. . .'
HORIZONTALEMENT: 2345678910
1. Servent pour payer. Toujours
vert. - 2. D'un département
français.
3. Planches de bois. Apparus.
- 4. Epaissit. Nombreux
dans un immeuble. -
5. Avions l'audace de. -
6. Il ou elle? Vastes étendues
d'eau. - 7. Possessif.
Ville antique. - 8. Saisons.
Jeu. - '9. Note. Qui entraîne
la mort. - 10. Pronom.
Courbe.
VERTICALEMENT:
2
3
4
5
6
7
8
1. On peut les voir dans l'air. 9
Note. - 2. Me rendrais.
Organe. - 3. Mettaient en 10
couches. - 4. Terme de
tennis. Lac pyrénéen. Possédés. - 5. D'une mer. - 6. Servent à juger.
Mesure. - 7. Direction. Diriger. - 8. Célèbre par son violon. Possessif. -
9. Il parlait bien. Procure un plaisir. - 10. Parties charnues. Pour
encourager.
LA
On passera du premier au dernier mot en ne changeant qu'une
seule lettre à la fois, l'ordre des lettres restant inchangé et
formant à chaque fois un mot existant.
BIC PION
JUS DAME
Solution des jeux du numéro précédent:
Mots croisés:
Horizontalement: 1. Décalages, - 2. Arriérés. - 3. Miette. Tel. - 4. Anar.
Ovide. - 5. Sète. Limes. - 6. Sisteron. - 7. Ente. - 8. Ain. Obèses. -
9. Cossues. Et. - 10. En. Usé. Ose.
Verticalement: 1. Damas. Face. - 2. Erines. Ion. - 3. Créations. - 4. Aîtres. Su.
- 5. Let. Trous. - 6. Aréole. Bée. - 7. Gê. Virées. - 8. Estimons. - 9. Edentées.
- Clés. Este.
Cryptarithme
T 1, C 2, A 3, U 4, K 5, N 6, R 9.
L-__________ ~ ___________________________________ ~m
Différences-n° 54-MARS 1986
El
LES JUIFS EN URSS
Notre initiative d'une table ronde réunissant Français et Soviétiques
sur cette question nous a valu un abondant courrier, dont voici
des exemples.
Exigences
La table ronde franco-soviétique
organisée par Différences ouvre
une voie originale dans l'action
relative aux juifs d'URSS. Vous
avez enfin dépassé les passions
et les rigidités contradictoires
qui bloquaient la situation. Pour
en arriver là, je suppose qu'il a
fallu de la diplomatie et de
l'obstination de votre part; mais
aussi un changement d'attitude
notable côté soviétique. Ce n'est
pas rien.
Sur certains points débattus, je
pense qu'on relativiserait quelque
peu les griefs formulés
contre l'URSS - sans pour autant,
bien sûr, les effacer - si l'on
se référait de façon plus critique
à ce qui se passe chez nous.
Par exemple, il est évident que le
chiffre de « 500 000 à 700 000 »
juifs en France, avancé par le
CRIF, ne correspond pas à la
réalité. Au plan religieux, la
communauté connaît un lent
mouvement régressif, comme les
autres confessions. Lors des récentes
élections consistoriales,
un journal titrait: «Paris:
300 000 juifs. Adhérents:
12 000. Votants : 2 016 ! »
Il y a aussi , 1'« assimilation », les
mariages «mixtes », dont certains
responsables communautaires
n'hésitent pas à comparer
les «ravages» à ceux du génocide
nazi. Ce phénomène a
donné lieu ces temps-ci à de
vives polémiques entre Consistoire
et Rabbinat.
Malgré le soutien inconditionnel
d'un certain nombre de juifs
(combien 7 c'est à voir) à la
politique israélienne, l'engouement
pro-israélien des bien-pensants
et la puissance de la propagande
sioniste, l'émigration vers
Israël, en provenance de la
France et de l'ensemble du
monde occidental, est insignifiante.
En 1985, encore, elle ne
suffit pas à compenser les départs
d'Israéliens vers d'autres
pays.
Je signalerai enfin la grande
misère de la langue et de la
culture yiddish en France, leur
recul continu aux Etats-Unis,
leur remplacement par l'hébreu
en Israël.
Alors, une question: n'imputet-
on pas à l'URSS seule des
problèmes qui se posent partout,
et n'exige-t-on pas d'elle les
solutions qu'on ne peut soimême
apporter 7 Il faudrait que,
là-bas comme nulle part ailleurs,
la religion juive prospère et que
le yiddish se développe, que
cesse 1'« assimilation» et que
des contingents massifs d'émigrants
viennent affermir Israël,
voire même le Grand Israël !
Vous avez raison d'agir contre
toute limitation de la liberté
religieuse, pour des activités
culturelles répondant pleinement
aux besoins, contre toute
dérive antisémiste de 1'« antisionisme
», contre la marginalisation
ou l'emprisonnement, pour
la possibilité accordée à chacun
d'aller et venir s'il le souhaite ...
Mais attention! beaucoup de
ceux qui militent pour les juifs
d'URSS ont, consciemment ou
non, d'autres préoccupations.
CHARLES GUTMAN
Marseille
Détails
L'un des participants à la table
ronde de Différences sur les juifs
en URSS a évoqué l'impossibilité
pour les détenus juifs
d'exercer leurs rites religieux et
de manger «cacher» dans les
/prisons. C'est, en effet, une
atteinte, parmi d'autres, à leur
dignité.
Cependant, si j'en crois Actualité
juive du 31 janvier 1986, tout ne
va pas pour le mieux en France,
dans ce domaine. Un intéressant
article sur les détenus juifs dans
les prisons françaises montre,
certes, que les pratiques religieuses
ne leur sont pas interdites,
mais l'un d'eux, dont le
témoignage est cité, écrit: «II
est très difficile de pouvoir observer
la cacherouth parce que,
dans ma prison, il n'est pas
prévu de régime cacher. C'est
dur de ne pouvoir mettre les
tefilinn. Les livres sont très chers
pour nous » ...
Par ailleurs, je note dans le
Figaro (14.2.1986), à propos de
Chtcharanski, que, avant son
passage sur le pont de Glienicke,
«on lui avait enlevé tous ses
objets personnels, y compris un
petit livre de psaumes en hébreu,
cadeau de sa femme », et qu'il
s'est étendu sur la neige jusqu'à
ce qu'on le lui rende. Dernier
acte de résistance à ses geôliers,
mais aussi détail ajouté au précédent,
d'où il ressort que les
choses sont parfois moins tranchées
qu'on ne le croit.
Or, pour défendre les juifs
d'URSS, il faut rechercher la
vérité dans toutes ses nuances et
avoir des analyses irréfutables.
C'est difficile, mais c'est une
condition d'efficacité.
G/LLES LEV/NE
Paris 17'
Antisémitisme
( ... ) Revenons en arrière ; revenons
au déclin des langues juives
en URSS: l'hébreu et le yiddisch.
En 1909, pratiquement
tous les juifs parlaient une
langue juive. Mais après la Révolution,
ces langues déclinent
rapidement; en 1979, à peine
20 % des juifs parlent encore
une langue juive, même en seconde
langue. Cela est dû essentiellement
à deux facteurs :
- Les juifs, qui furent la minorité
la plus active dans la révolution
russe, ont cherché délibérément
à s'assimiler. Ce pouvoir
les considérait comme des citoyens
à part entière et l'antisémitisme
était hors la loi. La
volonté d'intégration des juifs
s'est traduite par un effort d'intégration
linguistique qu'aucune
autre minorité n'a égalé. Notons
au passage que cela explique en
partie l'échec de la tentative du
Birobidjan : si les juifs n'y sont
pas allés, c'est qu'ils voulaient
plutôt s'intégrer que constituer
un groupe national à part.
- La quasi-totalité des écrivains
en yiddish a disparu, soit lors
des purges des années 1930, soit
pendant la guerre. Les survivants
ont été liquidés lors des
purges entre 1948 et 1952.
Mais , dès 1948, l'antisémitisme
réapparaît en URSS. La population
qu'il frappe était en train de
s'intégrer; pour réussir cette
intégration, elle s'était volontairement
déculturée. Une fois de
plus , c'est au moment où l'assimilation
des juifs est en train de
réussir qu'ils sont rejetés.
Et quelle a été la réaction de ces
juifs qui avaient jeté aux orties
leur vieille culture pour en endosser
une nouvelle que maintenant
on leur refusait 7 Un fait
marquant se produisit en 1967,
avec la guerre des Six Jours; la
victoire israélienne, ils la vivent
comme un gigantesque pied de
nez à la propagande antisioniste
effrénée qui les entoure. Pour
beaucoup d'entre eux, c'est le
déclic: ils se redécouvrent juifs.
Et alors même que la propagande
antisémite et la répression
s'intensifient, on assiste à un
renouveau du judaïsme en
URSS! Il y a un besoin de
reculturation: c'est un regain
d'intérêt pour l'hébreu, langue
de la philosophie juive, pour
l'histoire juive et aussi pour la
foi juive. Les refuzniks d'aujourd'hui
ne sont pas des survivants
d'un autre âge : beaucoup sont
des jeunes, très attachés à leur
pays, qui pourtant leur rend la
vie impossible. D'où le besoin
d'émigrer, seule façon pour eux
de vivre dignement.
Car il faut être bien clair: c'est
bien l'antisémitisme qui est présent
en URSS. Même s'il se
cache - fort mal - derrière
l'étiquette «antisionisme »,
c'est bien de l'antisémitisme. Et
n'est abusé que celui qui veut
bien être abusé.
M. Pac, dans une lettre déjà
ancienne parue dans Différences,
incluait dans son propos
une démonstration de l'inutilité,
voire du danger du sionisme. Il
s'appuyait, entre autres, sur des
révélations concernant le groupe
Stern, en 1942. Pour lui, ces
révélations semblent jeter un
discrédit définitif sur le sionisme.
Je ne m'en cache pas, ce
point de vue est à l'opposé du
mien, aussi je vais y revenir pour
terminer. Je dirai tout d'abord
que la résurgence en URSS de
l'antisémitisme, cent ans après
les débuts du sionisme moderne,
me paraît la meilleure preuve de
la nécessité d'un Etat pour les
juifs.
Je veux enfin revenir sur le
groupe Stern ; il s'agissait d'un
groupe d'une douzaine de personnes
qui, par la suite, a été mis
hors la loi par toutes les autres
organisations sionistes. C'était
l'époque du Livre blanc, imposé
par l'Angleterre, et au nom
duquel cette puissance mandataire
interdisait l'immigration
juive en Palestine ; les bateaux
bondés de juifs qui fuyaient leurs
bourreaux étaient refoulés de
Palestine vers l'Europe. Parmi
les sionistes, ceux du groupe
Stern avaient eu l'idée folle et
démentielle de vouloir pactiser
avec l'Allemagne nazie pour
lutter contre de Livre blanc. Ce
groupe est tout à fait condamnable,
mais cette condamnation
ne peut toucher le mouvement
sioniste tout entier que si l'on se
livre à une démarche globalisante
et discriminatoire, c'est-àdire
raciste. Signalons tout de
même que le même groupe Stern
envisageait une convergence des
nationalismes juifs et arabes . Si
le comité antisémite de l'opinion
publique de l'URSS ne fait pas
de révélation sur ce dernier
point, c'est peut-être qu'il gêne
la démonstration «sioniste
nazi ».. . D
A. FE/GENBAUM
Reims
Merci
Merci à Différences pour la
façon dont vous rapportez les
conversations autour de la table
ronde au sujet des juifs d'Union
soviétique. J'espère que d'utiles
et fructueux échanges se poursuivront
dans l'intérêt mutuel de
toutes les parties concernées.
DEN/S GU/RAUD
Saint·Juere
Scandaleux
Depuis la création de Différences,
je suis un de ses fidèles et
je vous adresse régulièrement
ma participation financière.
Je trouve absolument scandaleux
d'imaginer que vous recevez
officiellement le grand
rabbin de Moscou et ses deux
acolytes, dont chacun, lorsqu'il
est bien renseigné, a tout lieu de
penser qu'ils sont aux ordres du
gouvernement soviétique, pour
ne pas dire davantage.
Je regrette que vous n'ayez pas
jugé opportun d'annuler cette
réunion .
Aussi bien je me vois contraint
de cesser toute relation avec
vous.
YVES HAGUENAUER
Neuilly-sur-Seine
Consternation
Nous avons choisi de supprimer
notre abonnement à Différences,
car votre numéro consacré aux
juifs d'URSS nous a consternés.
Différences - nO 54 - MARS 1986
Vous avez pu obtenir la présence
inespérée de deux représentants
éminents de cette communauté.
On aurait pu grâce à vous espérer
avoir de nombreux renseignements
de première main qui
changeraient des habituelles calomnies
répandues à ce sujet, et
vous avez pratiquement hurlé
avec les loups. Vous avez laissé à
vos invités la portion congrue :
plus d'un tiers de votre pagination
était consacrée aux questions
d'adversaires attitrés de
l'URSS qui se répondaient euxmêmes
dans leurs questions provocatrices
ou à celles de votre
rédacteur, à peine plus aimables.
Ce qui aurait pu être un scoop
journalistique s'est révélé être
une tribune que l'on trouve habituellement
dans d'autres publications
spécialisées dans la désinformation.
M. J. et R. KR/V/NE
Parodie
Je vous prie de cesser à ce jour
de m'envoyer Différences. Je ne
puis accepter la parodie de débat
sur les juifs d'URSS que vous
avez organisée. Comment revendiquer
l'honneur d'avoir posé de
si pâles questions, d'avoir laissé
les Soviétiques développer leur
discours tout faits sans intervenir
7 J'estime ne plus rien voir
à faire avec une telle publication.
PIERRE JANGAUX
Nantes
Bravo
Bravo pour votre excellente et
efficace intervention concernant
les juifs en URSS. La raison
l'emporte sur la passion, l'initiative
du MRAP me paraît être
la seule crédible. A Charles
Palant et Jean-Michel Ollé,
j'adresse mes félicitations.
SERGE KR/WKOSK/
adjoint au maire de Marseille
Outrances
Je suis profondément
convaincue, connaissant bien la
politique de l'Union soviétique
et la rigueur de son analyse de
tout événement, que la dénonciation
du sionisme et des crimes
israéliens commis contre les
peuples palestinien et libanais ne
porte à aucune confusion, ne fait
aucun amalgame et nulle surenchère
- en est-il besoin 7 -
susceptibles de renouer avec
l'ancien antisémitisme, et ceci,
et surtout, à travers des articles,
livres et brochures. Si profondément
convaincue que je mets
quiconque au défi d'en apporter
preuve. (Quels articles, quand ,
dans quel journal 7 Quelles
brochures diffusées par qui, où 7
Quels livres 7 Sous la responsabilité
du gouvernement soviétique
7) .
Si nous ne faisons que prétendre,
que juger ou si nous
posons un certain regard (nous
ne savons plus porter que celuilà)
sur les positions claires et
énergiques - encore heureux -
que prend l'URSS lorsqu'il s'agit
de l'agression, de l'oppression,
du génocide d'un peuple, dans le
cas présent palestinien, par le
gendarme du Moyen-Orient
made in USA, Israël - qui
pourvoit en armement les racistes
d'Afrique du Sud, qui
expérimente et perfectionne des
armes nouvelles au Liban - je
trouve que l'accusation « d'outrances
» est , pour le moins,
déplacée, qu'elle est, une fois
plus, grave en ceci qu'elle
cherche à nier une réalité: l'outrance,
l'outrecuidance sont du
côté d'Israël et de lui seul,
qu'elle est, plus encore, indécente
quand on sait le sort
réservé aux Palestiniens en
Israël, quand on sait se souvenir
de l'invasion du Liban et du
massacre systématique des populations
civiles palestiniennes
par l'Etat sioniste et qu'on a pu
voir, dernièrement, la négociation
et la violation par ce même
Etat de l'intégrité et de l'indépendance
du territoire tunisien.
Là aussi des civils ont payé.
En somme, non contents de
nous en prendre, depuis plusieurs
années, à «l'antisémitisme
» en URSS, nous en venons
en plus - ce doit être
maladif - à reprocher à ce pays
des positions trop dures ou trop
nettes vis-à-vis du sionisme.
Nous dépassons les bornes et
cette intervention auprès des
autorités soviétiques procède
plus du procès d'intention que
de tout autre motivation.
Il me semble, à l'évidence, que
l'URSS n'a de leçon à recevoir
de personne quant au respect
des minorités et à la lutte pour la
disparition des discriminations
ou des préjugés alors que son
peuple est si hautement éduqué
dans le sens du bien de l'homme
et de la collectivité. A notre tour
de ne pas nous rendre coupable
d'amalgames car en présence de
certains cas si exploités en Occident,
dont l'humanisme a pourtant
de singulières défaillances
(Walesa, martyr repu et Prix
Nobel bien portant mais les
syndicalistes turcs emprisonnés ,
torturés, exécutés: silence), il
s'agit d'un problème politique
uniquement et non de caractère
raciste, si c'est là que nous allons
puiser notre inspiration. Ce n'est
pas le fait qu'ils soient juifs qui
place ces individus en accusation
dans leur pays mais celui d'être
des citoyens soviétiques qui portent
atteinte et préjudice à la
sécurité de l'Etat avec l'aide
extérieure et qui ne sont pas
respectueux de la Constitution
que le peuple soviétique s'est
donnée. L'exploitation qui est
faite de ces cas isolés n'a d'autre
objectif que de nuire à l'image
d'un pays qui s'est doté d'un
système politique, économique
et social différent du notre.
Qu'on ait, ici et là, rejoint le
camp des pleureurs de métier ne
nous grandit pas.
Mme LESPARRE
Perpignan
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tkl~~
Mols
Droite, Nouvelle Droite, Extrême Droite
Sous la direction de Simone Bonnafous et Pierre-André Taguieff
27, RUE SAINT·GUILLAUME . PARIS 7'
MARS 1986 232p.120F
Il
GENDA ____________________________ ~
MARS
1 Jusqu'au 20 avril, La
ville de Paul Claudel
dans une mise en scène de
Bernard Sobel, au théâtre des
Amandiers, à Nanterre. Rens.
au 47.21.22.25. 0
3 Reprise au théâtre GérardPhilipe
à Saint-Denis de
Technique pour un coup d'Etat,
monté par Saskia Cohen Tanugi,
d'après La conjuration de Fiesque
de Schiller. Renseignements
au 42.43 .00.59. 0
4 Début de soirées rock à l'Eldorado-
Bobino à Paris. La
direction recherche encore de
jeunes groupes intéressés par la
scène . Se renseigner au
42.08.23 .50. 0
4 au 8, au Théâtre de la Ville à
Paris, Paolo Conte, chanteur
italien, en récital pour quelques
jours seulement. Renseignements
au 42.74.22.77. 0
6 au 15, trois compagnies théâtrale
s européennes à
Bourges. A voir, La tempête de
William Shakespeare, par la
compagnie de marionnettes
Carlo Colla et figli (Milan).
Renseignements au GrandThéâtre
de Bourges. 0
7 Fin des cinquièmes rendezvous
chorégraphiques de
Sceaux, avec notamment la compagnie
Brigitte Farges. Renseignements
au 46.60.05.64. 0
7 au 23 mars, création de La
Parisienne, d'Henry Becque,
mise en scène par Agnès Celerier,
au théâtre du Gymnase à
Marseille. Renseignements au
91.94.18.00. 0
8 à 20 h 30, à Sevran, gymnase
Jesse Owens, Dizzy Gillespie
Quintette, dans le cadre de Banlieues
bleues, jazz en 93. Renseignements
au 43.85.66.00. 0
10 au 18 mars, festival Jazz
musique à Grenoble, du
jazz américain au rock arabe, en
passant par le big-band. Renseignements
au 76.25.05.45. 0
Il au 4 mai, sculptures en
ciment du Nigeria, exposition
de 18 sculptures dans le hall
lSJlLATITUOE 4S]
AGENCE DE VOYAGES
DES PRIX
ET DES IDEES
21, rue de la Roquette - 75011
Tél. : 48.06.39.59 - Télex 213 384
13, bd Arago - 75013
Tél. : 43.37.46.49.
Licence A 1767
de la grande salle de la maison
de la culture du Havre. Renseignements
au 35 .21.21.10. 0
Il A Lyon, journée d'information
et de réflexion organisée
par les écoles de parents
et d'éducateurs sur le thème
« Paternage et paternité ». Renseignements
à la fédération ,
43.48.00.16. 0
12 Dernière du Monstre Turquin,
une pièce de Carlo
Gozzi , à la Maison des arts de
Créteil. Renseignements au
48.99 .94.50. 0
15 Dernier jour des rencontres
franco-germaniques
organisées par Jacques
Leenhardt et Françoise Gaillard
dans le cadre de l'association
Dialogue entre les cultures, au
Goethe Institut de Paris. Renseignements
au 37.23.61.21. 0
15 à 15 heures, rencontredébat
à l'auditorium de la
Fnac Lille, sur le thème: « Le
théâtre sourd, création marginale
? », avec la troupe des
Papham, troupe de malentendants.
Renseignements au
théâtre La Fontaine , tél. :
20.09.45.50. 0
16 Dernière limite pour voir
l'exposition de John Miro
au musée d'Art moderne de
Villeneuve-d'Ascq, près de
Lille . Renseignements au
20.M.42.46. 0
16 au 25 mars, 14' Festival du
film de Strasbourg, organisé
par l'Institut international
des droits de l'homme. Quinze
films inédits en compétition .
Renseignements à l'Institut intern
a tional des droits de
l'homme, 1, quai Leza-Marnésia,
67000 Strasbourg. 0
17 au 31 mars, l'Union chrétienne
de jeunes gens de
Paris organise différents ateliers
et expositions consacrés aux artistes
du tiers monde à Paris, plus
particulièrement dans cette période
ceux d'origine américaine
et caribéenne. Renseignements
au 47.70.90.94. 0
18 au 20, colloque organisé
par l'AECEF et le centre
des Fontaines sur le thème:
« Rencontre juifs, chrétiens, musulmans,
la foi et l'écoute de
l'autre » . Renseignements au
44.57.24.60 à Chantilly. 0
19 Sortie nationale du film de
Djibril Diop Mambety ,
Touki-Bouki, produit par Paris
films. 0
20 Unique récital de Mariann
Mathéus au café-théâtre la
Piscine à Châtenay-Malabry. Un
hommage à toutes les grandes
chanteuses populaires d'Antilles
et d'Haïti. Renseignements au
46.61.33.33 . 0
21 Journées internationale
contre le racisme, en souvenir
du massacre de Sharpeville
(Afrique du Sud), le 21 mars
1960. A Paris, le MRAP affrète
un autobus à l'ancienne, qui
sillonnera la ville. Des artistes se
produiront, des écrivains dédicaceront
leurs livres, des débats
seront improvisés sur les lieux de·
passage avec la population. Renseignements
sur le parcours et les
activités prévues du «Fraternibus
»au MRAP, 48.06.88.00.0
23 Dernière de L'homme
gris, une pièce québécoise
de Marie Laberge, à la maison
de la culture de Bobigny. Renseignements
auprès du théâtre. 0
26 à 21 heures, Uzeb, groupe
canadien, en concert à Poitiers,
salle du Confort moderne.
Renseignements au 49.46.08.08.
o
27 28 et 29, journées de
congrès des Assises nationales
des petites structures de
théâtre, pour regrouper dans
leur diversité les lieux de diffusion
de spectacle vivant. Renseignements
à Bourges , tél.:
48.65.43.66. 0
28 au 4 avril, voyage en Turquie
organisé par le CEVIED,
Centre d'échanges et de
voyages internationaux pour
études de développement.
D'autres voyages sont prévus.
Renseignements au CEVIED, à
Lyon, tél. : 78.42.95.33. 0
28 au 6 avril , le Printemps de
Bourges, nouvelle
monture. Au programme Touré
Kunda, Karim Kacel, Higelin ,
Murray Head... 0
29 jusqu'au 6 avril, premier
congrès international de
guitare à Cannes, Espace Miramar,
avec de nombreux stages
pratiques pour des musiques de
tous les pays. Renseignements à
l'OMACC, tél. : 93.99.04.04. 0
UMEUR
La fédération du MRAP-Charente a profité du Salon de la bande dessinée à
Angoulème pour éditer un album de dessins antiracistes, dont voici un échantillon,
signé Million et Labachot.
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Version du 27 mars 2014 à 14:51

Sommaire du numéro

n°54 de mars 1986

  • L'imbroglio misquito (Nicaragua) par Robert Pac [Amérique latine]
  • Attention: élections (programmes en matière d'immigration) par J.M. Ollé
  • Exclusion, répression (petite délinquance) par B. Hétier
  • Un désir nommé désert (expo sur le Hoggar) par M. Ayoun, Cherifa
  • Raï de marée par Afifa Zenati
  • Regards de femmes (festival de Créteil) par V. Mortaigne
  • La fête et ses rites propos de Jean Duvignaud recueillis par J.J. Pikon
  • Des années à se battre (Afrique du Sud) par M. Cornevin
  • Courrier; les juifs en URSS [pays de l'est]

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