Différences n°91 - juin 1989

De Archives du MRAP.

Sommaire

Sommaire du numéro

n°91 juin 1989

  • Congrès du 40ème anniversaire; construire l'égalité par Mouloud Aounit
  • Racisme: crimes à répétition
  • Israël Palestine: les chances de la paix par Cherifa Benabdessadok [moyen-orient]
  • Nouvelle-Calédonie: la tristesse et l'inquiétude
  • Pogroms en Afrique

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"'"- M .." Ic& N'~ pu .. ,..".,.,. .. droIa". l'IromnM 1 (0)","_' Contre le racisme, pour l'amitié entre les peuples CONGRES DU 40- ANNIVERSAIRE: HALTE AUX CRIMES RACISTES, CITOYENNETE, IDENTITE, LAICITE CONSTRUIRE L'EGALITE Le congrès du MRAP, les 10 et Il juin à Grenoble, sera un événement d'importance. Ce sera le congrès du 40e anniversaire du MRAP : quarante ans de combats tenaces pour la paix, la fraternité, la tolérance, J'amitié entre les hommes et entre les peuples. Ce sera le congrès des quarante ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme . Enfin, deux cents ans après la Révolution, ce sera l'occasion de réaffirmer que ses principes sont toujours les nôtres . Pour deux jours, nous accueillerons à Grenoble ce que la France compte de forces vives au service de la lutte contre le racisme. Associations, partis politiques, syndicats, personnalités, ils côtoieront nos amis venus de toute l'Europe et du monde. Moment exceptionnel de réflexion, nous aurons à dessiner les contours de notre stratégie et notre action future, en prise directe avec la réalité quotidienne qu'affrontent les diverses communautés vivant en France. 1 t Nous devons réfléchir aux voies menant d'une France qui s'affiche antiraciste à une France où le racisme recule effectivement. Si le combat antiraciste a marqué des points, a France reste l'un des pays européens où les violences, les crimes racistes sont les plus fréquents. Un état des choses qui met en relief les limites d'un certain antiracisme moral et l'inefficacité des déclaraions d'intention. Comment désintoxiquer notre pays du racisme, exclure J'exclusion, promouvoir et rendre vivante une France de l'égalié des droits et des chances? Les réponses sont peut-être, en t ce Bicentenaire de la Révolution française, à trouver dans l'apport que cette révolution fit à l'âme, à l'identité de la France: la tolérance, la laïcité, la démocratie. Le MRAP entend, sur ces bases, poursuivre son rôle pédagogique dans la société française en éclairant les utilisations, les manipulations du racisme. Nous entendons promouvoir et réactualiser les valeurs léguées par la Révolution de 1789 en luttant pour une citoyenneté pleine et entière de chaque personne visant en France, quelle que soit sa nationalité, sur la base d'une véritable égalité des droits et des chances. Le développement des courants intégristes, ici ou là, nous rappelle aussi qu'il convient d'être attentif à défendre la laïcité, respect de la foi et de la pensée des autres. L'Europe sera une autre des grandes questions à aborder. L'Europe des marchands est acquise. L'Europe des hommes et de leurs droits reste à faire. Aujourd'hui, aucun aspect de la vie sociale, juridique ou culturelle n'y échappe. La réglementation des droits d'entrée et de séjour, J'asile politique, le regroupement familial ne peuvent être isolés de la problématique européenne. Le MRAP a ici un rôle important à jouer. La solidarité enfin est une des constantes de l'action du MRAP. Le monde bouge, l'aspiration à la liberté, à la démocratie, aux. droits de l'homme se manifeste quotidiennement. Au-delà des actions de solidarité engagées par le MRAP pour la paix au Proche-Orient, contre l'apartheid, pour le respect des droits des minorités dans le monde (Kurdes, Tsiganes, nationalités en URSS ... ) nous devons affiner, réajuster nos actions dans ce monde mouvant pour les droits de l'homme et des peuples. Citoyenneté nouvelle, droits de l'homme, Europe, J'efficacité de l'instrument qu'est le MRAP se mesurera à sa capacité à relever ces nouveaux défis. Une capacité qui dépend largement de son renforcement. C'est, entre autres, le prix à payer pour faire triompher en France et ailleurs, l'Etat de droit. Mouloud Aounit Secrétaire général du MRAP Pierre PARAF, notre ami Pierre Parai, président d'honneur du MRAP est décédé le 18 mai, dans sa quatre-vingt-seizième année. On lira page 8, l'hommage que lui a rendu le Bureau national du Mouvement. EN BREF • ANTISEMITES « Sale youpin, on va te làire ta fête. » Un journaliste de FR3 Marseille a été victime, le 9 mai, d'une agression antisémite. JeanDaniel Christophe s'est vu menacé par deux hommes armés de couteaux qui voulaient lui graver une étoile de David sur le thorax. • SKINS Deux skins qui avaient mené une ratonnade en août 1987 à Châteauroux, ont été condamnés le 4 mai à un mois de prison ferme pour «injures raciales». Ils écopent également de cinq mois de sursis. • EUROPE L'Assemblée parlementaire du conseil de l'Europe s'est inquiétée, le 10 mai, des mesures « de plus en plus restrictives prises par certains Emis européelJs» à l'encontre des demandeurs d'asile. EUe a estimé que ces mesures allaient à« l'elJCOlJtre de la tradition hUBUllJitJJire libérale» de l'Europe. L'Assemblée a également demandé que la politique d'accueil des Etats ne soit pas affectée par les pressions de certains partis « xénophobes d'extrême droite ». • GlJADEWUPE Le procès de huit militants indépendantistes guadeloupéens, accusés d'une série d'attentats dans lîIe commis entre 1983 et 1987 devait s'ouvrir le 22 mai à Paris. Luc Reinette, responsable de l'AUiance caraibe révolutionnaire (ARC), a déjà été condamné à 33 ans de prison. En Guadeloupe, l'émotion est considérable et des bommes politiques de tous borizons ont demandé l'élargissement des emprisonnés dans un souci d'apaisement. Le procès a été reporté à la fin du mois d'août en attendant l'adoption d'une loi d'amnistie actuellement en préparation. • Sulfragettes suisses Le demi-canton d'Appenul vient d'accorder le droit de vote aux .•• femmes. Un des derniers bastions du machisme, qui ne se trouve pas qu'en Orient, est tombé. Mais l'autre demi-canton n'a pas cédé. Certaines aberrations ont la vie dure. RACISME: CRIMES A REPETITION Après les attentats racistes commis contre les foyers de travailleurs immigrés, Nice est encore à l'affiche du racisme. Trois jeunes gens ont blessé grièvement de plusieurs balles de 22 long rifle un Tunisien de 30 ans. Le 10 mai, au petit matin, ils ont attendu dans leur voiture, près du foyer Sonacotra. Hocène Belhadj Amor est sorti, un premier coup de carabine a claqué. Jean-Batiste Ghigo, ouvrier agricole âgé de 18 ans, est descendu de voiture, s'est dirigé vers la victime et lui a tiré à bout portant deux balles dans la tête. Les agresseurs ont immédiatement pris la fuite. L'ouvrier tunisien admis à l'hôpital Saint-Roch fut un moment considéré par les médecins comme cliniquement mort avant de sortir du coma. Le meurtrier arrêté avec ses deux complices a expliqué son geste par une présence trop massive des immigrés, tenus pour responsables de vols dont il aurait été victime. Le discours clair d'un raciste devenu assassin. L'insécurité pour les immigrés existe réellement. La préméditation, l'acharnement de l'assassin laissent perplexe. Les discours racistes du Front national ne sont pas restés sans effet une fois de plus. Les têtes fragiles y trouvent des justifications pour les actes les plus odieux. Les meurtres racistes deviennent banalité, une situation qui exige de la justice une tenue exemplaire. Rien n'est moins sûr. Si quelques skins ont récemment été condamnés à des peines de prison pour agressions racistes, on relève aussi que nombre d'auteurs d'actes racistes ont été relachés. C'est le cas de l'affaire des attentats à la bombe de la Côte d'Azur, comme à Lyon (un chauffeur de taxi meurtrier) ou à Gennevilliers (un conseiller municipal F.N flingueur). Dans ce meurtre de Nice même, les déux complices du tueur sont libres. Les voleurs de bicyclettes, eux, restent en détention provisoire ! Le lendemain du meurtre de Hocène Belhadj Amor, un artisan d'origine marocaine, Mansour Sghir, qui rentrait chez lui à la Réole, fut gazé à la bombe lacrymogène, frappé et jeté d'un pont de sept mètres. Ses agresseurs ne lui ont rien volé et l'acte raciste semble bien probable. Encore une fois. Dans chacun de ces tristes cas, le MRAP a rendu public des communiqués dans lesquels il appelle l'attention des pouvoirs publics sur les dysfonctionnements de la justice et se réserve toute latitude pour agir pour le respect des droits de l'homme, de tous les hommes sans distinction (communiqués des 3, 13, 16 et 17 mai 1989). Par ailleurs, le MRAP a appelé aux manifestations qui ont eu lieu à Paris, sur le parvis des Droits de l'homme (17 mai), à Nice, et à Gennevilliers. • DES IDEES AUX ACTES Le MRAP, le comité local Asnières-Gennevilliers-Villeneuve- la-Garenne condamnent cet acte criminel qui illustre, une fois de plus, que le Front national représente une menace pour l'ordre public ( ... ). POUl mieux se connaÎlte • Dites-le en 20 langues présente quelques formules d'accueil dans les langues de la Communauté européenne et de l'immigration. Un Les plombs de la haine, de l'exclusion, du racisme, tirés par Pierre Vantorpe, élu local du Front national, ont grièvement blessé, samedi 29 avril 1989, vers 22 h 30, Mounin qui se promenait dans une rue de Gennevilliers. Le 3 mai 1989 outil pour sensibiliser les t------------------------, élèves à la diversité des langues et des cultures. Illustrations de François Prunet, MRAP-Versailles/Yvelines. Prix: 20 F. • Quatre communautés d'immigrés: Africains, Asiatiques, Portugais, Turcs. Migrants Formations (n° 76, mars 1989) est un numéro spécial. Pour l'occasion, il change de format et devient plus maniable. Ce numéro mêle judicieusement articles de réflexion et comptes-rendus d'expériences ponctuelles et novatrices. Le CNDP édite d'autres formules, notamment des dossiers documentaires. (1) CNDP-VPC BP 26 94190 Villeneuve-Saint-Georges. Tél. : 46.57.11.67. Différences-spécial de juin L'EUROPE DANS TOUS SES ETATS Quel racisme aujourd'hui en Europe? Quelle Europe demain pour les migrants ? Un numéro de 68 pages consacré aux migrants en Europe, au racisme et à l'antiracisme chez chacun des Douze, aux questions et aux enjeux de l'avenir. Avec Claude Cheysson, Robert Chambeiron, Louis Péttiti, Philippe Herzog, Simone Veil, Valéry Giscard d'Estaing, Laurent Fabius, Antoine Waechter, Daniel Sibony, Jean Ziegler, Albert Memmi, Albert Jacquard, Tewfik Farès. ••,'• .•,n1 rrI "I.IIt_IS '" ,. ..." " III .U.I.J.•iI . ,._.tI~l:fj:;;~.;; Nom et prô.o. :- . fi ' •• ,,,,;~1ot. Adresse.: .. ,. .. " .. .. Q-joint le lDOIIfaat de . t 0280' o 80' (pour les adWreatI .. MItAP) A dft:ooperet eavoyerà Di/I"'" ... raeIDINI_~ Cedex Il. LOI PASQUA: ENCORE UN EFFORT! GREGOIRE Présenté au Conseil des ministre du 17 mai, le projet de loi de Pierre Joxe abrogeant la loi Pasqua est un succès pour les associations antiracistes qui en avaient très sévèrement critiqué la première mouture. Même si l'abrogation annoncée du texte de septembre 86 n'est que p,artielle. Ce qui change, c'est d'abord l'état d'esprit général de la loi jusqu'ici empreinte de suspicion, mais des avancées concrètes sont aussi inscrites dans la nouvelle loi. Les pouvoirs des préfets seront désormais limités en matière de carte de séjour, ils seront assistés par une commission de trois magistrats. Les clandestins reconduits à la frontière pourront faire appel au juge judiciaire s'ils contestent la décision du préfet. La délivrance de la carte de 10 ans sera élargie et la« menace à l'ordre public », notion floue mais largement utilisée jusqu'ici, sera très limitée ... Sur ce terrain-là, la loi Pasqua est effectivement abrogée. Quant à l'entrée, le dispositif Pasqua est maintenu : visa, exigences de moyens d'existence ... Ce n'est pas un hasard, simplement la suite logique des accords discrètement conclus à Schengen entre la France, la RFA et le Bénélux (cf. Différences d'avril 89). Le MRAP demande pour sa part le retour aux conditions antérieures à la loi P;:tsqua, aux conventions bilaténiles entre Etats. Il continue de refuser les visas de longs séjours, les visas préfectoraux et l'exigence de moyens d'existence pour exemple, une visite familiale. Autre point d'inquiétude: la restriction des garanties contre les reconduites à la frontière et les refus de séjour pour les DOM et Saint-Pierre-etMiquelon. Un délai d'application de 5 ans du nouveau texte est prévu. La loi Pasqua jouera donc là-bas les prolongations. Ces réserves ne peuvent cependant dissimuler l'ampleur du succès que constitue pour nous, les avancées de Pierre Joxe, après consultation des associations antiracistes, sur ses premiers projets. LA PAF DEMENf' Certains demandeurs d'asile renvoyés dans leur pays d'origine sont-ils drogués par la police de l'air et des frontières (P AF) avant embarquement ? La rumeur court en tout cas et France - terre - d'asile a alerté le ministère de l'Intérieur, le 5 mai. L'association cite le cas de deux Sri-Lankais, Suthamathy et Abayakaran Visvalingam, refoulés le 5 mars dernier. Drogués, ils auraient été embarqués sur des civières sur un vol UTA. Du côté de la PAF, on dément formellement et fermement. Reste qu'une alerte à la bombe a obligé l'avion à une fouille et que le chef d'escale d'UT A a rédigé, comme il le doit, un rapport sur les incidents de la journée. On y lit : « ... ce soir, les deux inadmis étaient passés par le SAMU avant d'arriver à l'avion. Sans commentaire sur leur état ... Aucune difficulté pour les embarquer, ils ne devaient même pas savoir qu'ils se trou- Différences - N° 91 - juin 1989 vaient à bord d'un avion. » Dans le passé, certains syndicalistes policiers avaient assuré que des calmants avaient été donnés à des étrangers refusant d'embarquer. Pierre Joxe avait condamné ces pratiques et demandé des solutions plus humaines. Il se pourrait qu'il n'ait pas été entendu. 89, rue Oberkampf 75543 Paris cedex 11 Tél. : 48.06.88.00 N° mensuel (10 par an) : 10 F N° spécial (4 par an) : 40 F Abonnements : 1 an: 200 F 6 mois : 120 F Etudiants et chômeurs: 1an : 150F 6 mois: 80 F (joindre pièce justificative) Etranger: 1an:300F Soutien : 500 F Abonnement d'honneur: 1000 F Directeur de publication : Albert Lévy NEPLAITPAS A TOUS Le premier numéro spécial de Différences faisait la part belle à l'abbé Grégoire, illustre figure du combat pour l'égalité en 1789. L' article de Mgr Guy Herbulot, évêque d'Evry, reconnaissait à l'abbé toute sa place dans l'Eglise. Après deux cents ans de silence, un dignitaire catholique affirmait que le temps était venu de reconnaître Grégoire comme un pasteur à part entière, fidèle à sa foi. La presse s'en fit largement écho. On apprit, quelques jours plus tard, que les cendres de Grégoire seraient bientôt transférées au Panthéon. L'Elysée aurait donc proposé à Mgr Lustiger de s'associer aux cérémonies. Refus de l'archevêque qui avait déjà fait de grandes réserves sur le transfert de la dépouille de Grégoire. Elu du Tiers-Etat, combattant pour les droits de l'homme, anti-esclavagiste, luttant pour l'émancipation des juifs et contre la peine de mort, Grégoire n'est donc toujours pas en odeur de sainteté dans certaines sphères catholiques. Serait-ce parce que, sans jamais renier sa foi, il avait aussi approuvé la Constitution civile du clergé ? Les positions de Grégoire lui valurent, il y a deux siècles, les foudres d'une hiérarchie largement compromise avec le pouvoir royal. C'était d'époque, mais aujourd'hui? Rédaction: René François (rédacteur en chef) Chérifa Benabdessadok Philippe Moreau Administration/gestion : Marie-Odile Leuenberger P.ublicité : au journal Photocomposition : PCP - 17, place de Villiers 93100 Montreuil Tél. : 42.87.31.00 Impression Montligeon - Tél. : 33.83.80.22 Commission paritaire nO 63634 ISSN 0247-9095 Dépôt léga1.1989-4 • CHORALE POPlJLAlRE 119 Bis 1 La Chorale populaire de Pa .. ris a créé un spectacle multifonne associant tbéâtre et chant, intitulé89 Bis. De ce spectacle sont tirés une cassette de cbants, un disque 33 tours et un disque laser. Ces produits sont disponibles. S'adresser à« CPP», 85, rue Charlot, 75003 Paris. • ON VERRA «RécolJciller la droite avec l'autiracisme », c'est l'objectif d'une nouvelle association Objectif Tolérauce. Ses fondateurs, dont Eric-Alexandre Poher, revendiquent 1 000 adhérents et sont soutenus par un comité d'honneur regroupant Alain Carignon, PbUippe Séguin, Pierre Méhaignerie, Bernard Stasi, Michel Hannoun et Simone Veil. Cbarles Pasqua, qui souhaitait en être membre, s'est vu refusé. « C'était moralement iDacceptable », annonce l'association qui entend « se battTe sur le terrailJ ». On v.erra. • OBRlGADO OTEW Merci Otelo, c'est le titre de l'album édité par le CEDRI Comité Européen de défense pour la campagne organisée pour libérer Otelo de Carvalbo. Après cinq ans de prison sur la base d'un procès truqué, le principal arti- . san de la Révolution des OEillets a été libéré le 17 mai. Ce qui n'emp~che pas d'acheter le disque (avec Lluis Llach, Tbéodorakis, Renaud, Luis Pastor, Bigelin, Billy Bragg, Chico Buarque, Mercedes Sosa ... ). Pour f~ter ça: CEDRIFrance, BP 42 F, 64300 Forcalquier. • TROIS ANS Un skinhead nazi de Saint- Omer (pas-de-Calais) a écopé de trois ans de prison, dont six mois avec sursis, débnt mai. Rabhia Redouane avait profané des sépultures juives de la région de Béthune en y « bombant» à la peinture des inscriptions antisémites. n devra verser 5 000 F à la communauté juive de Lens et le franc symboHque au MRAP, la Il LDH et la LICRA. Nous conjurons les uns et les autres de ne plus faire couler de sang. Jean-Paul Sartre, 1967 VOIX NOUVELLES, VOIES NOUVELLES « Stop! Négocions! », tel était le thème d'un rassemblement pacifique organisé à Paris lors de la visite début mai du président de l'OLP, Yasser Arafat, qui a fait couler tant d'encre, soulevé bien des polémiques, suscité des réactions passionnelles symptomatiques. Hashomer Hatzair Geunes sionistes socialistes), Michmar (étudiants sionistes socialistes), le Cercle Bernard-Lazare, le MAPAM, les Amis de Shalom Akhshav (la Paix maintenant) en France Identité et Dialogue y étaient représentés. L'appel commun au dialogue était ainsi résumé : « Les amis d'Israël et la communauté juive de France réaffirment la nécessité de la reconnaissance israélopalestinienne et la négociation comme passages obligés vers la paix et la coexistence pacifique entre les peuples de la région, ainsi que leur opposition à toutes les formes de violences susceptibles de nourrir les extrémismes de tous bords. » Des idées fortes sont contenues dans ces phrases mais aussi une formulation suffisamment vague pour ne pas soulever des remous. Négocier avec qui? Dans quel but à court et moyen termes? Sous quelles formes? Telles sont pourtant les questions qui divisent de plus en plus ouvertement la société israélienne. Muki Ron, israélien, responsable du groupe « Vingt et unième année» (d'occupation), professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, fondateur en 1982 de La Paix maintenant, militant radical contre l'occupation des territoires de Gaza et de Cisjordanie explique la lente popularisation du mouvement pacifiste notamment par la peur. « Quand je vois à la télévision , confie-t-il, ces Palestiniens des territoires, le visage masqué par le keffieh, armés de pierres et de bâtons, j'ai peur ... La peur est une dimension très forte de notre société ». Et Idith Zertal, historienne et journaliste, de lui répondre comme en écho: « Aujourd'hui, c'est la question palestinienne qui exige une attitude humanitaire. La mort quotidienne, au rythme régulier, lancinant, de trois ou quatre adolescents, parfois des femmes ou des enfants, est intolérable et pas uniquement pour les Palestiniens. Il n'y a pas de "normalité" israélienne sans "normalité"palestinienne : notre survie dépend de la survie des Palestiniens» (1). Ce type de réactions, à l'intérieur même du clan des « colombes » est symptomatique de l'évolution de l'opinion publique de ce pays. Selon un sondage de l'International Herald Tribune, 60 % des Israéliens sont aujourd'hui favorables à des négiociations directes avec la centrale palestinienne, bien qu'une partie des personnes interrogées exigent qu'elle soit plus explicite dans sa reconnaissance du droit à l'existence de l'Etat d'Israël. Quelques mois avant le déclenchement de l' Intifida seuls 40 % exprimaient cette opinion. Ce sondage a, par ailleurs été réalisé après les trois « oui » d'Arafat (l'acceptation des résolutions 242 et 338 de l'ONU, la reconnaissance du droit d' Israël d'exister en paix en novembre 1988 à Alger et la renonciation au terrorisme le 4 décembre 1988 à New York) et avant sa déclaration parisienne sur le caractère « caduc » de la Charte de l'OLP qui date de - 1964. ISRAEL-PALESTINE LES CHANCES DE LA PAIX En Israël, l'opinion publique évolue: le dialogue avec l'OLP n'est plus un tabou absolu. Du café des Palestiniens, les prises de position se multiplient pour la recherche d'une solution politique en vue d'accéder à l'autodétermination. Les chances de la paix, pour réelles qu'elles soient, risquent de capoter si l'extrémisme l'emporte. En sourdine ou en public, la classe politique israélienne montre des signes de profonde division qui dépassent, semble-t-il, les clivages idéologiques traditionnels. Tandis que le Premier ministre, Itzhak Shamir, assimilait le chef de l'OLP à un nazi, que le responsable de la commission des affaires étrangères de la Knesset (parlement) comparait des personnalités françaises (sans les citer) aux ex-admirateurs d'Hitler. .. , qu'une fronde pure et dure s'affirme à l' intérieur du Likoud contre le plan Shamir malgré tout adopté par la Knesset, le parti travailliste lui aussi découvre amplement l'existence de courants en son sein. Certains des membres ne répugnent plus à rencontrer - hors d'Israël - des Palestiniens, activité tabou, réprimée par la loi et jusque-là réservée à l'extrême gauche. L'autre tendance se refuse encore à tout dialogue avec l'OLP. Néanmoins, les partisans de la force ont remporté une victoire certaine puisque le couvre-feu général a été imposé aux 650 000 Palestiniens de Gaza durant plusieurs jours. La parole est largement revenue aux chefs militaires. Le général Amran Mitza, responsable de la Cisjordanie, vient d'affirmer avec fermeté : « Nous allons combattre le soulèvement de toutes nos forces et nous ne nous fatiguerons pas ». L'escalade Intifada contre-Intifada porte les germes d'une inquiétante violence. (1) Le Monde 4 mai 1989. • Le MRAP a participé aux différentes manifestations pour la paix organisées à Paris à l'occasion de la venue de Yasser Arafat. Son président, Me Roland Rappaport, était invité au dîner en l'honneur du président de l'OLP à l'Institut du monde arabe. Palestiniens : intérieur et diaspora La population palestinienne est estimée à 4,5 millions, dont la majorité fait partie d'une diaspora établie principalement dans le monde arabe (Jordanie, Liban, Egypte, Irak, Libye, Arabie Saoudite, Koweit) mais aussi en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique et en Europe. 785 000 Palestiniens vivent en Israël (frontières d'avant 1967) et plus d'un million dans les territoires occupés (Cisjordanie et Gaza). INTIFADA ET \ NEGOCIATIONS / \ / L'Intifada fut à son commencement (7 décembre 1987) une surprise et un événement que l'on croyait éphémère. Ce soulèvement s'est, depuis, imposé comme un fait majeur et un paramètre fondamental de l'échiquier israélo-palestinien. La génération de l'Intifada née après 1967 - a fait, selon les sources les plus diverses, un pas radical vers le réalisme. Malgré les déclarations extrémistes minoritaires, les Palestiniens des territoires ont opté pour une autodétermination qui doit s'acquérir par la pression et la négociation politiques. Cette donnée nouvelle du drame palestinien n'a pas manqué de donner aux modérés de l'OLP des armes pour défendre au sein de la Centrale palestinienne la thèse de la recherche d'une solution politique. Telle est donc la dynamique de paix, encore fragile certes, engendrée par la confirmation de la représentativité de l'OLP et simultanément par l'expression inédite sous cette forme de la revendication nationale inaugurée par l'Intifada. Pourtant, les extrémistes n'ont ni déposé les armes, ni rallié le consensus pacifiste, radicalement nouveau par son ampleur au sein du Conseil national palestinien et par sa volonté de plus en plus explicite d'abandonner toute vélleité de « mettre les juifs à la mer ». L'explosion diplomatique à laquelle ont donné lieu les décisions du CNP d'Alger (novembre 1988), les diverses déclarations d'Arafat, en particulier sur la « caducité» de la Charte (Paris mai 1989) montrent l'évolution du rapport des forces politiques au profit des partisans du dialogue avec Israël et sa reconnaissance définitive. Cette évolution paraît d'autant plus importante (et les Etats-Unis ne s'y sont pas trompés) que les extrémistes des deux camps continuent de jouer leurs cartes destabilisatrices. L'assassinat d'Abou Jihad (chargé de la coordination avec la direction de l'Intifada), les attentats menés par des jusqu'au-boutistes palestiniens, la répression de plus en plus dure de l'Intifada par l'armée israélienne ne favorisent pas l'affirmation du courant négociateur. Si la dynamique de la paix l'emporte, les partisans du Grand Israël comme ceux de toute la Palestine sont voués à la marginalisation. La recherche des voies et moyens du dialogue avance. Ainsi, Michel Hargsor et Maurice Stroun, membres du Centre international pour la paix au Proche-Orient à Tel Aviv proposent l'application d'une méthode semblable à celle qu'a connue l'Autriche au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ce qui signifierait notamment le bannissement des groupes politiques dont le programme inclut des revendications sur des territoires attribués à des pays voisins. Le Goush Emounim comme le parti de Meir Kahane en Israël, les groupes dissidents de l'OLP, comme celui d'Abou Nidal, renonceraient à leurs idées discriminatoires et racistes ou bien ils seraient exclus de la vie politique respective de chaque Etat. Pour sa part, Hana Siniora, une des personnalités palestiniennes des plus en vue à Jérusalem, proche de l'OLP, donne un « oui» de principe à la perspective d'élections dans les territoires mais, ajoute-t-il, « il faudrait qu'elles s'insèrent dans un processus global, comme en Namibie, par exemple» (1). En somme, on n'a jamais autant parlé de paix entre Israël et les Palestiniens. La voie a été frayée par le réalisme des Différences - N° 9 J - juin J 989 forces aptes au dialogue. L'Egypte, exclue il y a dix ans des instances supranationales arabes pour cause de paix séparée avec Israël, revient au sein de la Ligue arabe, la tête haute. Chadli Klibi a, par ailleurs, qualifié cette suspension d'« erreur politique ». Le monde a bien changé depuis dix ans, y compris les Israéliens et les Palestiniens. Le projet d'une conférence internationale et d'élections dans les territoires sous contrôle international gagne des émules. Mais les tentations extrémistes (dont le regain de violence dans les territoires) risquent de faire capoter toutes les potentialités qu'offrent aujourd'hui les chances d'un réglement négocié pour qu'enfin deux Etats puissent vivre dans des frontières sûres et reconnues. (1) Le Nouvel Observateur, 4/ 10 mai 1989. Quoi qu'en disent certains membres de l'opposition actueUe, les relations eutre la France et l'OLP ne datent pas d'aujourd'hui. Quelques dates : • Novembre 1'7&: A l'ONU, la France vote une résolution reconnaissant que « le respect des droits des Palestiniens est un élbnenl indispensoble à IlétoblJssement d'une paix jusle et dtInzbIe ail Proche-Orient ». • 21 octobre U74 : Jean Sauvagnargues, ministre.des Affaires étrangà"es de Jacques Chirac, rencontre Vasser Arafat à Beyrouth. • 31 odoIwe 1975 : Un « Bureau d'information et de litdson » de J'OLP est ouvert à Paris. • 13 jaID 1_ : Le président Valéry Giscard d'Estaiag déclare à Venise : « Le peuple palestinien doit lire en mesure. par un processus appr0- prié défini dans le cadre J/obal de paix, d'exercer son droit à l'autodétermination. » Chérifa B. • 3 a08t 1981: Claude Cheysson, ministre des Rda- re ». III EN BREF -JALB Les jeanes Arabés de Lyonbanlieue (JALB) se sont portés partie civile cobtre Marc Mongenot, an chauffeur de taxi lyonnais, qui avaitabat· tu de deux balles dans le do~ an jeune Beur qui s'enfuyait sans payer. - Condamnés à mort Trois membres de l'ANe, accusés notamment du meurtre de deux policiers, ont été CODw damnés à mort, le 28 avril, en Afrique du Sud. - ASSASSINE Daniel Webster, professeur de l'université de Johannesburg (Afrique du Sud) et militant anlillparthefdl Il été assllSslné le j mal devant son domicile. R étllit l'auteJll' d'un nzpport aux Nlltions unies SUI' les meur:tres et les disparitions mystérieuses d'oppqsants au régbne. -MOBIL PART MobU, la plus grosse compagnie aroéricaine encore iustallée en Afrique du Sud. a annoncé, début mai, son retrait du pays. Doua filiales 'font itre cédées à un groupe sud· africain, dont noe raffinerie et des réseaux de distributioD. MobH De rejoiDt pas le camp des mlHtaDts aDtiapartheid, c'est le taDX d'impositioD (72 '70) imposé par le CoDgrès américain pour décoarager les iDvestissemeats en Afrique du Sud qui ra décldé à partir. ED quatre aRS, 170 entreprises anMricaiaes se SORt dégagées d'Afrique du Sud, 140 y sont eacOl'e. - BAVURE Mobamed Cbartaoui. MaroeaiD, Agé de 40 aus, peasait D'a'foir affaire qu'à un simple CODtraie d'ideDtiti lorsqu'U a été iDterpellé à Paris le 11 mai. Les poliders du xvme arrondissement lui ODt mis direetemeDt les menottes. Au commissariat, U a été roué de coups et counrt dfiDsultes racistes. La Yidime a porté plaiDte. - NAZIS INTERDITS La maDifestation en uDiformes, pré'Y1le le 14 mai à Paris à l'occasioD de la fête de .Jeune d'Arc par le « Parti aatioaal socialiste français et eDI'OpHD » a été .iDterdite par la préfeeture. ane IDterdie· lion qui nonsà épargaé de tristes réminisoenoes de l'époque aazie. Nouvelle-Calédonie LA TRISTESSE ET L'INQUIETUDE L'assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de Yéwéné Y éwéné, le 4 mai dernier, a frappé de stupeur tous les amis des Kanaks et tous ceux qui pensaient que les Accords de Matignon avaient définitivement réglé la question néocalédonienne. C'était ignorer les traces profondes qu'ont laissé là-bas des années de lutte anticolonialiste difficiles, les morts de Tiendanite, le mépris caldoche, la tuerie d'Ouvéa et le sentiment très net d'une partie des Kanaks d'avoir été floués, laissés sur le bord du chemin. Ces hommes, sans perspectives réelles de voir aboutir leurs revendications corsetées par un accord limité, se sont sentis trahis. Le geste meurtrier de Djubelly Wea est né de ce désespoir. On touche là aux limites du compromis passé à Paris : un plan de décolonisation économique sans reconnaissance de la souveraineté politique du peuple kanak. La mort des deux dirigeants du FLNKS ouvre une période d'incertitude pour l'archipel et les Kanaks car ils cristallisaient l'espoir d'un peuple aujourd'hui désorienté. Même si le FLNKS a réaffirmé très vite sa volonté d'aller au bout des Accords, la question de la succession de ses dirigeants assassinés n'est pas de celle qu'on règle sans problème. Au sein même du FLNKS, la suspicion entre Kanaks ouvre la voie à un possible éclatement. Le peuple kanak saura-t-il imposer à ses leaders une unité minimale, indispensable à sa survie ? Les élections régionales du Il juin lèveront peut-être une partie de l'hypothèque. Le prochain congrès du FLNKS devrait aussi concrétiser de nouveaux rapports de force, politiques et autres, au sein de l'organisation. Le camp de ceux qui refusent les Accords de Matignon est important. Que feront-ils? Dans l'archipel, Jean-Marie Tjibaou et Yéwéné Yéwéné avaient su enrayer la spirale de l'affontement armé interçommunautaire en négociant ces accords. Ils ont été tués de la main d'un de ceux, désespérés, que la tuerie d'Ouvéa avait convaincu qu'on ne négocie pas avec l'Etat français et pour qui ils étaient donc des traîtres. Dans la communauté caldoche, figée sur ses privilèges et dans sa peur, c'est aujourd'hui aussi l'inquiétude. L'explosion est possible (même si pour l'instant, les seuls attentats ont été ceux de l'extrême droite européenne), car on n'a su proposer que des solutions de replâtrage, de rattrapage à des Kanaks qui jugent cela très insuffisant. Une fois encore, c'est sur le terrain, dans le concret, que la volonté affirmée à Paris de progrès rapides et majeurs pour le peuple kanak sera jugée. Le gouvernement français, en respectant sa parole, vite et bien, tient sans doute une partie des réponses. A cette condition, les morts de Jean-Marie Tjibaou et de Y éwéné Y éwéné resteront un geste absurde. Sinon, elles pourraient être une ouverture dramatique. POGROMS EN AFRIQUE des milliers d'habitants, indispensables au fonctionnement du pays: administrateurs, pêcheurs, commerçants, ouvriers spécialisés. Des pays où se passent de telles choses sont des pays d'apartheid, certains Mauritaniens le souligent eux-mêmes. L'avenir qui se dessine là, par l'exclusion violente, ne peut laisser indifférent tant il est sombre. TOUYIER ENFIN ARRETE Paul Touvier, ex-responsable de la milice lyonnaise, a été arrêté le 24 mai à Nice, dans un prieuré qui aurait été cédé par la mairie à une curieuse association dénommée« Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ». Collaborateur notoire de la Gestapo, Touvier est responsable de la mort de nombreux juifs et résistants, notamment de celle de Victor Basch (président de la Ligue des droits de l'homme) et de sa femme, respectivement âgés de 80 et 71 ans. Grâcié par Pompidou en 1971, des poursuites judiciaires avaient été enclenchées. Le MRAP est partie civile contre l'ex-collaborateur de Klaus Barbie. LA TOLERANCE EN DEUIL Cheikh Abbas est mort le 3 mai, d'une crise cardiaque. Le soir même, les messages de condoléances et de respect affluaient et de nombreuses personnaliés - dont Me Rappaport, président du MRAP - se rendaient à la mosquée de Paris pour lui rendre hommage. Dès le lendemain, des milliers de fidèles sont venus se recueillir devant sa dépouille. Le président de la République a tenu à saluer « son rayonnement personnel, sa culture et son esprit de tolérance.» Cheikh Abbas était pour tous un exemple de tolérance et d'ouverture. Dans un entretien accordé à Différences en 1987, il plaidait pour la cohabitation et la paix. APARTHEID, TRAFIC D'ARMES ••• Fin avril, l'arrestation à Paris de trois loyalistes protestants irlandais et d'un Américain a attiré l'attention sur une filière sud-africaine de trafic d'armes. Daniel Storm, fonctionnaire de l'ambassade de Prétoria à Paris, a été surpris achetant à ces hommes des pièces du missile sol-air anglais Blowpipe (sarbacane). L'Afrique du Sud tente avec des filières de ce type de se procurer les armes qui lui font défaut depuis le blocus militaire instauré en 1977 par les Nations Unies. Une autre affaire de ce genre avait montré, début mars, que les Sud-Africains avaient tenté d'acheter discrètement du matériel français chez Matra, toujours des missiles sol-air. ••• ET LE BALLON Les affrontements inter-ethniques de Mauritanie, et du Sénégal ont fait des centaines de tués. Des milliers de réfugiés ont dû regagner leur pays d'origine, dépouillés de tout. De véritables pogroms racistes ont été menés, contre les Noirs en Mauritanie, et au Sénégal contre les Mauritaniens ou assimilés. Les rumeurs, la recherche d'un bouc-émissaire à une vie difficile, les manipulations politiques, les hésitations des deux gouvernements ont brisé une cohabitation de longue date. USA: RACISME 'POLITIQUE Les hésitations du Board, l'instance suprême du rugby international, pour rompre avec l'apartheid, continuent. Le 5 mai, il a refusé d'annuler la tournée d'une sélection mondiale en Afrique du Sud. Ce genre de flottement, alors que la quasi-totalité des fédérations internationales sportives ont rompu avec Prétoria, permet toutes les atteintes au boycott demandé par l'ONU. Ainsi, Jean Liénard, entraîneur du FC Grenoble, a-t-il accepté un poste à l'université de Prétoria. « Devant les protestations, dont cel/es du MRAP, il a dû y renoncer. Les émeutiers se sont aussi trouvé des relais au sein des deux gouvernements. Après les massacres, les oukases. Ainsi, à Nouakchott, le pouvoir a décidé une vaste opération d'expulsion des Noirs, Sénégalais, Maliens, Guinéens, mais aussi des citoyens noirs du pays, Mauritaniens depuis des générations pour certains. L'officialisation des pillages, en quelque sorte. La Mauritanie va ainsi perdre Aux Etats-Unis, cent prisonniers victimes de la répression raciste croupissent en prison. Certains risquent la peine capitale. Parmi l'ensemble des condamnés à mort, près de 50 % sont des Noirs. Pur hasard? Non, répond Robert Pac, de la commission Amériques. En théorie, il n'y a pas de prisonniers politiques dans ce pays. Mais on s'arrange pour qu'un militant indépendantiste porto-ricain comme Oscar Lopez-Rivera, un Noir, John «Imani» Harris, qui brave la ségrégation géographique et habite avec sa famille dans un quartier réservé aux Blancs, pour qu'un Léonard Peltier, blanc, juif et leader de l'American Indian Movement, se retrouvent pour des raisons tortueuses, condamnés à de lourdes peines de prison. De même qu'un jeune médecin blanc, Alan Berkman, solidaire de la cause des Noirs ou qu'Elmer «Geromino» Pratt, ex-ministre des Panthères noires! Ces personnes, parmi les plus connues par les organismes de défense des droits de l'homme aux Etats-Unis, sont réprimées en raison de leur appartenance à telle ou telle ethnie, à telle ou telle religion ou par rapport à leur solidarité envers les victimes des discriminations raciales. Aussi, le MRAP se propose de ~ancer une campagne pour la libération de ces cinq prisonniers victimes du racisme «institutionnalisé de fait ». Un ensemble de documents est à la disposition des militants, de tous ceux qui veulent se joindre au mouvement ou simplement mieux connaître une réalité plus ou moins tabou. La presse, de province notamment, doit être alertée ainsi que les radios. Robert Pac qui revient d'un séjour aux Etats-Unis est prêt à sillonner la France pour faire entendre les éléments précis, voire personnels, d'un dossier qu'il connaît bien pour l'avoir suivi depuis plusieurs années. Différences - N° 91 - Juin 1989 Côté fédération française de rugby, rien. Cette fédération s'était pourtant vivement émue d'un « voyage privé» récent de Pierre Villepreux chez les ... Anglais! ANTISEMITISME CONDAMNE «Marchand de bretelles à R TL, juif assimilé de tendance centriste, Philippe Alexandre est reçu par la mamma, Haine Sinclair, marchande de soutien-gorge à TF1, juive (moins assimilé) de tendance socialiste ... épanouie boulangère azyme ... » Ces propos et quelques autres de la même teneur ont valu à leur auteur, François Brigneau, de National Hebdo d'être poursuivi par Anne Sinclair et Philippe Alexandre auxquels s'était jointe la LICRA. Pour l'ex-milicien qui comparaissait le jour du 100e anniversaire de la naissance d'Hitler - tout un symbole - il ne s'agit que d'une polémique à l'eau de rose. Le tribunal en a jugé autrement (18 mai) qui a condamné cet antisémite pleurnichard et haineux. Un jugement salutaire. PRE JUBES VAINCUS La famille Debarre, des Tsiganes, décide un jour de se fixer à Languidic (Morbihan) où elle réside entre deux prises de route. Les enfants y sont même scolarisés. Jean-Pierre Debarre trouve une maison, signe une promesse de vente et se retrouve face à ... une pétition de 400 habitants qui affirment que l'installation de sa famille « constitue un risque pour l'image de marque de la commune ». Le maire de la commune, soutenu par le MRAP, convoque une réunion où l'on s'est expliqué et arrangé. Mouvement Francis Angelloz, un homme sans frontières Nous avons appris le décès de Francis Angelloz, fondateur du comité local d'Annecy et longtemps responsable de la Fédération de Haute-Savoie. Animateur de talent, il suscitait l'admiration par sa compétence, son engagement sans limite, et son dynamisme. Que ses proches, sa famille, ses nombreux amis et les militants des deux départements savoyards reçoivent ici nos plus sincères condoléances. • UN ESPOIR POUR LA PAIX Le MRAP se félicite de l'invitation officielle fate par M. François Mitterrand à M. Yasser Arafat. Il souhaite que cette démarche puisse constituer une étape importante vers la paix, en créant les conditions propices à la convocation de la Conférence internationale décidée par le Conseil de sécurité de l'ONU avec toutes les parties concernées, notamment Israël et l'OLP. Il souhaite, par ailleurs, que la France donne un prolongement à cette visite, en jouant un rôle actif pour favoriser une dynamique européenne pour la reconnaissance des droits du peuple palestinien et du peuple israélien à vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues. Enfin, il appelle l'ensemble des démocrates épris de justice et de paix à oeuvrer pour que le dialogue et la raison l'emporte sur la violence et la haine. Il en va de la paix au ProcheOrient et de l'arrêt de cette tragédie à laquelle nous assistons quotidiennement dans les territoires occupés. Le 26 avril 1989 LES TISSVS 5, RUE DES JE UNE URS 75002 PARIS Tél. : 256 76.8S 3S·72 Il HtIII1I1IBtIII du lIurtNIu lIBtItItIBI à l'IBrnI 'IfIf A quelques Joun du 4& anniversaire du MRAP. son président d'bonneur, Pierre Paral, qui lui a tut donné, s'est éteint le 18 mai il. l'ige de 95 ans. Profondément ému, le Bureau national saJue ."et: respect la mémoire de ce grand homme de coeur et de raison qui fit bénéficier le Mouvement, dès sa fondaUoD, de ses admirables qualités militantes et humaines. Pendant sa présidence. de 1962 il. 1980. il donoa la pleine mesure de son efficacité, de son rayonnement, de sa fermeté républicaine. de sa bienveillance envers Ch~UD qui lui val ure ni, dans les milieux les plus divers, tant d'estime, tant d'amitiés. Combattant de la guerre 1914-1918 et résistant contre le nazisme, Pierre Paraf était intensément attaché aux valeurs de la Révolution française, il. la Justice el il. la démocratie, il. la paix et il. la fraternité. A la fols homme de leUres el homme d'lKtiOD, il • publié 44 ouvrages. Pannl eux ceux qui concoureDt aux luttes contre le racisme ont connu un vif et durable succès. Aillsi, « Le Racisme dans le mODde » (Edltious Payot), et « l'Homme de toutes les couleurs » (Edltlous La FaraDdole), plusleun fois réédités, « Victor Schoelcher» (EditiODS MartiDsart), « La FraDce de l'affaire Dreyfus» (Editions Droit et Liberté), (( L'Ascension des peuples noirs» (EditioD5 Payol). « Mon demier mot sur le MRAP, écrivait-il en 1988 dans son livretestament « Mes rendez-vous avec le siècle» (EdltiODS Messidor) sua rh confiance et de /idélité. l'y ai jl'llterniré avec des amir de toutes tendances. Jeunes et anciens me traitaient en p,oche parent. Je kil' didie à tous IUle chaleureuse pensée. » L'active partlclpatioD de celte persoDuallté exceptionDelle à la promotion des droits de tous les hommes et de tous les peuples honore, par-delà le MRAP, les plus nobles vertus et traditions de la natlOD française. Void quelques semailles, Plem Parat reoevalt des malus du président de la République les Insignes de commandeur de la LégIon d'Honneur. Le Bureau naUonal décide d'Intervenir pour que le nom de Pierre Paraf soit altrlbué à une artère de la capitale, et que son souvenir soit de même pérennisé daus de nombreuses villes de France. POSITIONS • HOMMABE A LA M.O.l. Le Bureau national du MRAP réu· ni ce jour, s'associe à l'hommage rendu aux combattants de la liberté que furent les FTP-MOI (1). Ceux-ci demeurent un exemple du combat des étrangers vivant en France pour la libération de notre pays de l'oppression nazie. (1) Inauguration au cimetière du Père Lachaise d'une stèle dédiée par le PCF aux combattants Ffp·MOI. Le 20 mai 1989 Le MRAP a signé 1'« appel pour une initiative en juillet 89 ». Il s'agit de rappeler aux sept pays les plus riches du monde, qui se réunissent à Paris le 14 juillet, que d'autres peuples souffrent de la misère, de la famine, du désespoir et de la guerre. Une manifestation est prévue le 8 juillet sur le thème du droit des peuples à disposer d'euxmêmes et contre l'apartheid. Invité à Florence par l'association italienne (1 Coilegamento », Mouloud Aounit a exposé les positions du MRAP sur les « rapports immigration/ citoyenneté » en France (16 mai). Paris, le 20 mal 1989 • AGRESSION A LA REOlE Le MRAP est bouleversé par l'agression odieuse dont a été victime Mansour Sghir, Marocain de 26 ans, grièvement blessé dans la nuit du 12 au 13 mai après avoir été jeté par-dessus le parapet d'un pont de 7 m de haut à La Réole. Le MRAP se constitue partie ci· vile. Il s'insurge contre la multiplication des manifestations du racisme en France, et ce au mépris des droits fondamentaux de la personne humaine, en particulier le droit de chacun au respect de sa vie ( ... ). Le 16 mai 1989 • UNE DANGEREUSE ESCALADE La vague de crimes racistes qui déferle sur la région de Nice depuis plusieurs mois vient de provoquer la mort d'un travailleur immigré. Le MRAP s'associe à la douleur de la famille et des proches. Cet odieux assassinat illustre, une fois de plus, la banalisation de la violence raciste dans cette région ( ... ). I3 mai 1989 ACTION • Brive: Diverses associations ont invité les anistes qui travaillent autour du « Mandela Songe »), sur un texte d'Hélène Cixous. L'expérience a été reconduite à Egletons, Uzerche, Ussel et Tulle. Avec le MRAP, la FEN, Amnesty, la LDH ... ont participé à cette initiative. • Nancy: Le comité local de Nancy a réalisé une affiche en couleurs sur l'abbé Grégoire que Différences n'a pu reproduire en raison de contraintes techniques. Pour la commander s'adresser au siège du Mouvement. • Paris: L'action menée par un collectif dont le comité local l()t/ll~ de Paris, depuis plusieurs semaines, pour qu'une jeune Ivoirienne résidant régulièrement en France depuis neuf ans puisse obtenir une carte de travail a fait avancer le dossier : un récépissé de demande de carte de travail lui a été délivré. La préfecture doit maintenant régler le problème en l'autorisant à travailler. Plusieurs délégations auprès des ministères concernés sont programmés. • Bagnères· Tarbes: Depuis dix ans, la Fédération des oeuvres laïques organise le Il mai du livre ». Placé sur le thème l( inventer pour vivre la citoyenneté n, le mai 89 a vu une participation forte du MRAP, traditionnellement invité. Invité des comités de Tarbes et de Bagnères, René Mazenod a présenté lors d'une table-ronde les options du Mouvement en faveur d'une participation plus démocratique de tous à la vie de la cité. Une manifestation sportive, le re· lais des Droits de l'Homme, initié par le MRAP s'est déroulé en· tre Tarbes et Bagnères. A signaler l'accueil chaleureux réservé aux relayeurs par les maires de Bagnères, de Trébons, de Montgaillard, de Laloubère et d'Aurignac. • Limoges: De nombreuses associations - dont le MRAP - se sont retrouvées pour rebaptiser la place Haute· Vienne en place Tjibaou et Yéweiné. Les élus Verts au conseil municipal ont demandé que la transformation soit officia· lisée par la municipalité. • Vannes: Rassemblement du Mrap - avec la LDH et la FEN - à l'occasion du le, mai pour « assurer à tous et dans tous les pays l'égalité, la liberté et la fraternité ». Une manifestation parallèle a eu lieu, le même jour, à Lorient. • Douai: Manifestation silencieuse, le S mai, sur la place d'Armes. Le MRAP local entendait rendre ainsi un dernier hommage aux deux dirigeants kanaks assassinés. • Saint-Etienne: Dans le cadre de projections de films autour de la libération des camps de concentration, le MRAP a participé, le 3 mai, à une soirée autour de la commémoration de l'insurrection d'Eysse. • Lille: La soirée de soutien au peuple kanak prévue de longue date pour le S mai s'est transformée en manifestation de solidarité après l'assassinat, le même jour, de Jean·Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné. Le MRAP, présent dans ce rassemblement, a invité l( chacun à assurer, contre toutes les provocations, la victoire de l'idéal de liberté pour le peuple kanak ». • Bordeaux: Le comité local a organiSé, le 28 avril, une soirée consacrée à l'esclavage. Le grand port girondin y a fait sa fortune, a rappelé Alain Miranda avant la projection de « La Ultima Cena ») de Thomas Gutteriez Alea. Une exposition sur ce thème est en préparation dans le cadre du bicen· tenaire. Une action similaire s'était faite, le 26 avril, à Agen. • Nantes: Cent personnes au débat du collectif pour l'égalité. Mouloud Aounit a rappelé les objectifs du MRAP, pour une nouvelle citoyenneté et l'égalité des droits. La réunion n'a pas plu à tout le monde, à la sortie, des papillons marqués (( Heil Hitler » avaient été apposés sur les parebrises des voitures. • Beaune: Le maire de la ville re· cevait Le Pen, le 29 avril. Dans la rue, le MRAP manifestait sa répprobation au côté des partis de gauche. • Angoulême: La situation en Pologne, c'était le thème de la conférence tenue par Edward Pancer (de l'université de Gdansk), à l'invitation du MRAP. • Pontivy: Le 21 avril, à Lorient, s'est tenue une coordination régio. nale de tous les comités MRAP de Bretagne .• Paris: Le 7· tour pé. destre des Buttes-Chaumont a eu lieu le 21 mai, sur le thème (( Le sport, les enfants contre le racisme ». Près d'un millier d'enfants ont couru, le MRAP a participé à cette initiative de la FSGT. • Marseille: hommage à JeanMarie Tjibaou et à Yeiwéné Yei· wéné sur le Vieux-Port. A l'appel du MRAP et d'autres associations, un rassemblement silencieux s'y est tenu. RACISME? -- - -- '! . . . -*'" .. mrop lUr minitel : 3615 taper mrap

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