Différences n°8 - février 1982

De Archives du MRAP.

Sommaire

Sommaire du numéro

n°8 de février 1982

  • Edito: droit de réponse par Albert Levy
  • A la goutte d'or, le vase déborde par Jean-Michel Mayet
  • Le zèle de M. Papon
  • En Pologne, on reparle d'antisémitisme par Michel Thiot
  • Le rallye vu du Mali (Paris-Dakar) par Théo Saint-Jean
  • Angers: facs ouvertes par Christian Villain
  • Rectangle noir à la télé, interview de Michèle Maillet, speakrine antillaise licenciée de Antenne 2
  • Expliquez-moi: Haïti par Max Bourjolly
  • Malcom X par Robert Pac
  • Masques et canulars, les deux mamelles du carnaval par Robert Decombe
  • Paris montre son ventre (quartier des Halles) par Jean-Michel Ollé
  • Erratum: l'homme descend du nègre par Jean Roccia
  • Des tempêtes sur des crânes (archéologie et politique) par Jean-Paul Demoule et Alain Schnapp
  • Parler avec les mains par Marie-Jeanne Salmon
  • Histoire: la mort dans le métro par Gilles Richard
  • La véridique histoire du juif Süss par Alain Rauchvarger
  • Culture: Antoine Vitez en quête de Saïd Hammadi propos recueillis par Anne Laurent
  • En débat: chomage et immigration: interventions de Jean Auroux, Marius Apostolo, Denis Jacquot, Nabile Fares
  • La parole à Yves Simon: quatre milliards de rêves différents

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Un an de cinéma: 20 F. Le Hors-Série annuel de Télérama retraçant toute l'année 81 de cinéma est paru. Vous y trouverez tous les grands films analysés et critiqués, des portraits et des reportages sur les cinéastes et les comédiens ainsi qu'une analyse de ce qui se prépare et des changements possibles dans le monde du cinéma. Alors, otTrezvous 1 an de cinéma 81 pour 20F. Télérama Hors-Série Cinéma. 20 F. Chez votre marchand de journaux. 2 Edito§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§ DIFFÉRENCES FÉVRIER 82 DROIT ~ DE REPONSE L 'ultime coup d'éclat d'Hara-Kiri à Droit de réponse a fait monter en flèche l'écoute de l'émission, mais n'a pas sauvé le journal. Certains organes de presse ont une belle mort. On se souvient de la brusque flambée de Paris-Hebdo, éteinte après quelques numéros à grand spectacle. Ou encore du dernier cri de Combat,' « Silence, on coule ... ». Depuis 1945, combien de quotidiens, combien de périodiques, célèbres ou obscurs, après un séjour plus ou moins long à la devanture (ou sur le rayon arrière) des kiosques, ont-ils connu ce sort désolant, avec ou sans oraison funèbre? Vaste problème, où interviennent maintes variables économiques et sociales. La concentration des moyens financiers dans quelque groupes contrôlant titres, imprimeries, messageries et ... rédactions. Le rôle décisif des budgets de publicité, répartis non seulement selon des critères d'efficacité, mais aussi d'affinités idéologiques. Les coûts defabrication, sur lesquels pèse notamment la hausse incessante du papier importé, qui n'a rien à envier à celle du pétrole. Les conditions de la vente et de l'information, qui font que la notoriété, pour les plus forts, se nourrit de sa propre dynamique, tandis que les faibles s'escriment vainement à en gravir les premiers échelons ... Et Différences? Notre magazine est bien entendu soumis, comme tout autre, aux lois d'airain du marché; les idées généreuses qu'il propage ne nous en défendent point. Au contraire, pourrait-on dire. Que l'ambiance se soit modifiée favorablement depuis mai dernier, nul n'en doutera. Les mesures et les pratiques officielles vis-à-vis des travailleurs immigrés tendent à substituer, comme l'a dit un ministre, la solidarité à la précarité; les pouvoirs publics appellent à la vigilance contre toutes lesformes de racisme, se préoccupent des difficultés du Tiers-Monde, dénoncent l'apartheid, même si les actes tardent parfois à concrétiser les nouvelles orientations. Mais il reste tant àfaire - à l'école, dans l'habitat, les administrations, aux plans social et culturel - pour éliminer les inégalités, les heurts et les préjugés, pour préserver les gens de la peur, de la haine et des violences! Quant à la radio et la télévision, ceux qui y détiennent le pouvoir à tous les niveaux, devront savoir les transformer en véritables services publics, ouverts à la vie par le pluralisme de l'information et des cultures. Il serait bon, en somme, que soient mieux prises en compte, partout, les valeurs que nous exprimons. Est-il impossible de faire un bon journal avec de bonnes intentions? Est-il fatal que seules prospèrent les publications qui utilisent les différences entre les hommes à desfins de cloisonnement et non d'enrichissement mutuel, d'hostilité et non d'amitié, de hiérarchisation et non de dignité commune? Nous ne le croyons pas. C'était pourtant une gageure, voici un an, de lancer Différences. Au coeur des mutations actuelles, en France et dans le monde, qu'il soit porteur d'avenir ne garantit pas son présent. Pas de miracle,' son existence est une bataille de chaque jour. Elle sera gagnée si ceux qui le lisent conjuguent leurs efforts avec ceux qui le réalisent. Lefaire connaître, le diffuser, l'aider matériellement, recruter des abonnés,' autant de moyens à la portée de tous, pour changer les choses. Nous ne jouons pas sur du velours. Mais si Différences asa raison d'être, s'iln'étaitpasfou de le créer, si vous voulez exercer votre droit de réponse, alors prenez en main ce porte-voix. Albert LEVY 3 O--u-i,- j-e- d-é-s-ir-e -m-'-a-b-o-n-n-er- -à- D--if-f-é-r-e-n-c-e-s- ------------------ Je vous joins un chèque de o 140 F (1 an) 0 75 F (6 mois) 0 200 F (soutien) Je recevrai Différences à partir du numéro ___ _ NOM Prénom __________________________________ __ Adresse _____________________ ----------------------- .------------------------------- Code postal _______ Commune Profession ____________________________________________________________________________ _ Bulletin dûment rempli accompagné d'un chèque à retourner à : Différences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS.

  • Abonnement 1 an : étranger: 170 F, chômeur et étudiant: 110 F DIF 8

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Sonnnaire§§§§§§§§§§§§§§§§ DIFFÉRENCES FÉVRIER 82 POINT CHAUD 8 A LA GOUTTE D'OR LE VASE DEBORDE Les spéculateurs immobiliers s'en prennent aux immigrés. Ces derniers, jetés à la rue, se défendent en squattant les immeubles vides . lean-Michel MA YET ACTUALITE 12 ANGERS, FACS OUVERTES Pour la première fois, des étudiants étrangers sont éligibles dans les conseils d'universités. Christian VILLAIN ACTUALITE 15 RECTANGLE NOIR A LA TÉLÉ Michèle Maillet, la speakerine antillaise d'Antenne 2, a été licenciée. Elle s'explique. Pierre INGHILLERI NOTRE TEMPS 18 MASQUES ET CANULARS: LES DEUX MAMELLES DU CARNAVAL La tradition du carnaval et du masque se perd dans la nuit des temps. On a retrouvé à Jéricho un masque datant du 7e millénaire avant J.-c. Robert DECOM BE REGIONALE 22 PARIS MONTRE SON VENTRE Sentier, Beaubourg, Halles : le triangle de la modernité ressemble au triangle des Bermudes. lean-Michel OLLE CONNAITRE 26 ERRATUM: L'HOMME DESCEND DU NEGRE Les ancêtres des Européens habitaient l'Afrique. Ils étaient noirs. Jean ROCCIA CONNAITRE 29 DES TEMPETES SUR DES CRANES L'archéologie est un terrain de luttes. Hier, les nazis tentaient de l'asservir. Aujourd'hui, autour du site de Glozel (Allier), la nouvelle droite prend le relai. lean-Paul DEMOULE et Alain SCHNAPP REFLEXION 34 PARLER AVEC LES MAINS Nous communiquons aussi par toute une série de signaux: gestes, postures, expressions du visage. Marie~leanne SALMON HISTOIRE 36 CHARONNE: LA MORT DANS LE METRO Le 8 février 1962, la police charge une manifestation pour la paix en Algérie. CULTURE On relève 9 morts . Gilles RICHARD 38 LA VERIDIQUE HISTOIRE DU JUIF SUSS Le Juif Süss des nazis n'est pas le même que celui de Lion Feuchtwanger. Alain RA UCHVA RGER CULTURE 41 ANTOINE VITEZ EN QUETE DE SAID HAMMADI Comment un article publié dans Le Monde devient une pièce de théâtre. Anne LA URENT EN DEBAT 44 CHOMAGE ET IMMIGRATION Le ministre du Travail, la c.G.T. , la C.F.D.T. et un écrivain, Nabile Farès, donnent leur point de vue. 1ifférences DIFFERENCES magazine mensuel créé par le MRAP. edité par la SED (Société des Editions Différences) - 89. rue Oberkampf - 75011 Paris - Tél. : 806.88.33. Abonnements: 1 an 140 F ; 1 an étranger 170 F ; 6 mois 7S F; Etudiants et chômeurs : 1 an 120 F ; 6 mois 65 F. J oind re une photocopie de la ca rte d'étud iant ou de la carte de poi ntage - Soutien: 200 F Abonnement d'Honneur: 1 000 F. Directeur de la publication: Albert LEVY: Secrétariat de rédaction et maque ttes: Pierre INGHI LLERI ; Iconographie: Alain FONTERA Y. Ont colla bo ré à ce numéro: Robert DECOMBE, Jean-Paul DEMOULE, Jean-Pierre GARCIA. Pierre INGHILLERI, Anne LA URENT, Jean-Michel MAYET, Jean-Michel OLLE. OPHELIE. Robert PAC, Alain RAUCHVARGER, Gilles RICHARD. Jean ROCCIA. Marie-Jeanne SALMON, Abdelahak SENNA, Alain SCHNAPP, Christian VILLAIN. Débat avec la partici pation de Marius APOSTOLO, Jean AURO UX, Denis JACQUOT, Nabile FARES. La photo de couverture, réalisée par Fabio SANTAGI UlANA. a servi à ill us trer l'affiche présentant Je festival de Venise. q ui se déro ul era du 13 au 23 février - Publici té: Hubert BISM UTH, Paul NATAF Ad ministrat ion : Khaled DEBBAH - Secrétariat: Danièle SIMON - Photocomposition et photogravure: SIRG - Impression: Imprimerie DULAC et JARDIN - Difh.:sion : N.M.P.P. N.J.lméro de la commission pa rita ire: 63634 - ISSN : 0247-9095 5 1er JANVIER ISRAEL o Des ordres d'assignation à résidence pour six mois, signés par le commandant israélien de la région militaire « centre », frappent trois personnalités palestiniennes du secteur oriental arabe de Jérusalem. 2 JANVIER 1 FRANCE/MOYEN ORIENT ,0 Lors de son voyage en Egypte, tant au cours d'une conférence de presse que dans l'allocution qu'il a prononcée au dîner offert en son honneur, M. Claude Cheysson insiste fortement sur la création d'un Etat palestinien. 4 JANVIER R.F.A. o Le ministre ouest-allemand de la Justice indique que, selon les dernières statistiques, les néo-nazis ont fait 19 morts en R FA depuis le 1er septembre 1978. Les attentats à l'explosif et les actes de violences perpétrés par des néonazis ont, en outre, fait 233 blessés lors des trois dernières années en RFA. 6 JANVIER FRANCE o Parmi les nominations et promotions de début d'année dans l'ordre de la Légion d'honneur, figure Albert Lévy, secrétaire générai du MRAP,directeurde Différences, nommé chevalier. Plusieurs membres du comité d'honneur du MRAP sont par ailleurs cités : François Jacob (grand croix), Alfred Kastler (grand officier), Armand Salacrou (grand officier), Georges Séguy (chevalier), lannis Xenakis (chevalier). 7 JANVIER FRANCE o Une enquête réalisée par l'INSEE confirme officiellement que les immigrés ont les conditions de travail les plus pénibles, sur les plans des cadences, de la sécurité et de l'hygiène. o A Grenoble, 8 chefs d'entreprises sont condamnés pour discrimination raciale à l'embauche à la suite plusieurs plaintes, déposées en 1977 (!) par le MRAP, et fondées sur l'affichage par l'ANPE d'offres d'emploi excluant notamment les personnes d'origine maghrébine ou de nationalité étrangère, ou exigeant que les postulants soient issus d'un pays européen. TURQUIE o Une délégation du Conseil de l'Europe arrive en Turquie pour une mission d'information sur la situation dans ce pays, après quinze mois de dictature militaire. Selon les statistiques établies par les mouvements turcs de défense des droits de l'homme, 150000 personnes ont été arrêtées depuis le coup d'Etat et près de 100000 sont détenues ou gardées à vue pour raisons politiques ou délit d'opinion. Il ya eu 25 000 inculpations pour raisons politiques, et près de 3000 peines de mort risquent d'être requises dans 285 procès en cours. 10 JANVIER FRANCE o Le meurtrier présumé d'un garde forestier du Gard, tué en décembre dernier près de PontSaint- Esprit, auteur 10 ans plus tôt de l'assassinat d'une femme dans le Haut-Rhin, avoue un troisième meurtre: celui d'un clochard, un Algérien. o A Toulon, des Tsiganes s'opposent à la destruction de la cité provisoire où ils sont logés, parce qu'ils ne veulent pas être relogés dans des HLM où ils ne pourront pas poursuivre leurs activités traditionnelles. TURQUIE o Une émission de France-Inter révèle qu'en Turquie plus de 100 personnes sont mortes sous la torture. AFRIQUE DU SUD 032 personnes d'origine africaine sont mortes, depuis janvier 1981, des suites de l'épidémie de choléra qui sévit dans trois « homelands »: le Kangwane, le Kwazulu et le Bophuthatswana. Il JANVIER FRANCE o A Nice, les habitants d'une cité arméniertne s'opposent à la construction d'un foyer pour immigrés d'origine maghrébine. LIBAN DM. Chadli Klibi, secrétaire générai de la Ligue arabe, exprime, au cours d'une conférence de presse à Beyrouth, les « regrets profonds de la nation arabe devant le refus des Etats- Unis de réagir positivement aux demandes arabes concernant l'annexion du Golan par Israël )). Il n'est pas logique, remarque-t-il que les Etats-Unis réclament des sanctions contre la Pologne et 6 Les Haïtiens réfugiés aux USA sont parqués dans des camps. s'opposent à ce que des sanctions soient adoptées contre Israël. SALVADOR o Les dirigeants de la guérilla déclarent qu'ils contrôlent près d'un quart du territoire. FRANCE o Les quatre membres de l'Armée secrète arménienne pour la libération de l'Arménie (ASA LA), détenus à la prison de Fleury-Mérog is entreprennent une grève de la faim pour obtenir le statut de prisonniers politiques. Ils protestent aussi contre la condamnation à 15 ans de réclusion, à Genève le 23 décembre 1981 , d'un autre membre de l'ASA LA, M. Mardisos Jamgodchian, déclaré coupable du meurtre d'un diplomate turc. ETATS-UNIS o Le président Reagan déclare qu'il est favorable au rattachement intégral de l'île de Porto-Rico aux Etats-Unis, dont elle deviendrait le 51 e Etat. AFRIQUE DU SUD o David Johnson, président de la Société des étudiants noirs (BSS) à l'université Witwatersrand de Johannesburg, est banni pour cinq ans par le gouvernement sud-africain. 13 JANVIER HAITI o Echec de la tentative d'invasion d'Haïti à partir de l'île de la Tortue. Le chef des insurgés, M. Bernard Sansaricq, est arrêté par des gardes-côtes américains. 14 JANVIER FRANCE Owen Caron, le député irlandais, a été arrêté à son entrée aux USA. de l'opposition salvadorienne, est reçu à Paris par M. Cheysson, ministre des Relations extérieures. o Un gardien de la paix de 27 ans tue un jeune cambrioleur d'origine camerounaise âgé de 16 ans qui s'était introduit dans son appartement de Créteil (Val-deMarne) en compagnie d'un complice. ANGOLA o Un communiqué de l'ambassade d'Angola à Paris indique que des mercenaires « d'origines diverses )) sont recrutés en GrandeBretagne pour in.tervenir en Angola. 15 JANVIER FRANCE o Date limite théorique de l'opération de régularisation exceptionnelle des immigrés sans papiers. A ce jour, environ cent mille travailleurs étrangers en situation illégale ont pu présenter leur demande dans les préfectures. DM. Guillermo Ungo, dirigeant 0 Le tribunal administratif d'Or- Claude Cheysson a rencontré le président égyptien Hosni Moubarak. léans annule quinze arrêtés d'expulsion pris par l'ancien ministre de l'Intérieur, M. Christian Bonnet, au mois d'avril 1981 , contre des travailleurs sénégalais. FUTUNA o Le gouvernement français va envoyer 40 soldats sur les îles Futuna, dans le Pacifique, pour « apaiser les troubles qui ont éclaté le JI décembre )), annonce le Fidji Times. GUATEMALA o Les corps de 50 personnes enlevées le 1 er janvier dernier, par des groupes paramilitaires liés à la dictature, sont retrouvés dans la province de San Marcos. R.F.A. 025 personnes, dont un enfant, sont blessées lors d'une explosion à Berlin-Ouest dans un restaurant israélite du quartier de Wilmersdor. CANADA o L'ultra « loyaliste ))d' Irlandedu Nord, le révérend lan Paisley, en visite d'une semaine, quitte l'aéroport international de Toronto en fugitif, poursuivi par les huées de nombreux manifestants. 16 JANVIER FRANCE o Dans la ZUP des Minguettes, à Vénissieux, dans le Rhône, un jeune homme de 18 ans, Abbès Lakenal, est grièvement blessé par un voisin qui, à la suite d'un incident, s'est armé d'un fusil et a tiré. o A Paris, le rapport général du Colloque sur la recherche et la technologie propose de reconnaître formellement l'importance de certaines recherches pour la paix comme les « études sur le racisme ou la xénophobie et sur les e xpres. I·ions du droit à la dijfërence )). ,17 JANVIER FRANCE o Six gardiens de la paix sont blessés lors d'affrontements avec des « squatters )) de la rue de la Goutte d'Or. 18 JANVIER FRANCE DM. Mitterrand reçoit les maires de Hébron et de Khalhoul en Cisjordanie, expulsés par les autorités israéliennes, en mai 1980. A l'issue de cette entrevue, les deux maires palestiniens assurent que M. Mitterrand demandera à Israël leur retour en Cisjordanie. R.F.A. o Ouverture à Stuttgart du procès de quatre membres d'un groupe terroriste néo-nazi, jugés pour sept attentats en Allemagne fédérale. Dans la salle du tribunal, leurs sympathisants portent des chemises noires, des vestes de cuir, des culottes de cheval et des bottes. SALVADOR o Plus de 30 000 personnes sont mortes en deux ans au Salvador, et près de 500000 Salvadoriens ont dû fuir leur pays, selon une estimation publiée à Lima par l'Association latino-américaine de défense des droits de l'homme. 19 JANVIER FRANCE DUne vingtaine de ressortissants turcs sont interpellés lors d'une perquisition aux « squatts)) des 7 nO 12 et 14 de la rue de la Charbonnière à Paris 18e, décidée par le parquet de Paris à la suite d'affrontements entre les squatters et les forces de l'ordre le 17 janvier. USA o La Cour suprême rejette sans explications l'appel introduit par les Indiens Sioux Oglalas du Dakota du Sud contre l'appropriation au profit des grandes compagnies minières et pétrolières des territoires de Black Hills, montagnes sacrées dont la propriété leur avait été garantie par le traité de Fort Laramie de 1868. 20 JANVIER ONU/ISRAEL o Les Etats-Unis opposent leur veto à un projet de résolution au Conseil de sécurité des NationsUnies menaçant Israël de sanctions pour faire annuler l'annexion du Golan. AFRIQUE DU SUD o Trois Noirs meurent asphyxiés dans un cachot où ils avaient été enfermés avec deux autres « condamnés )). La police les avait arrêtés parce qu'ils avaient paraîtil, trop bu au cours d'un enterrement. Ils sont restés enfermés dans un cachot très étroit trois jours sans boire et sans manger. 21 JANVIER TURQUIE o Plus de 70 prisonniers sont morts dans les prisons turques depuis la prise du pouvoir par les militaires, le 12 septembre 1980, affirme Amnesty International, dans un publié à Londres. 22 JANVIER FRANCE o Le restaurant « Istanbul )) (Paris 1 oe) est toujours occupé par les travailleurs turcs. A la moitié d'entre eux, le patron refuse un contrat de travail, ce 'qui freine leur régularisation. Heures supplémentaires et congés payés ne leur sont pas rémunérés. IRLANDE DU NORD o Deux républicains d'Irlande du Nord sont arrêtés alors qu'ils tentaient d'entrer illégalement aux Etats-Unis. Il s'agit de MM. Owen Caron, élu député à Westminster en remplacement de Bobby Sands, et Danny Morrisson, l'un des dirigeants du Sinn Fein (la représentation politique du mouvement républicain) qui s'étaient vu refuser un visa d'entrée aux Etats-Unis. TURQUIE o Le Parlement européen suspend ses relations avec Ankara et condamne le régime militaire turc. ISRAEL o A la suite des déclarations de M. Issam Sartaoui, conseiller de M. Yasser Arafat, estimant qu'il convenait de « renforcer le camp de la paix en Israël )), M. Y osser Sarid, député et membre de la commission parlementaire des affaires étrangères et de la défense israélienne, déclare qu'il est prêt à rencontrer M. Arafat. 23 JANVIER FRANCE DM. Max Kilndjian, Arménien, accusé de complicité dans l'attentat contre l'ambassadeur de Turquie en Suisse, à Berne, le 6 février 1980, est condamné à deux ans de prison par les Assises des Bouches- du-Rhône. Il sera donc libre prochainement. Cette décision est accueillie avec satisfaction par les Arméniens qui luttent mais qui refusent le terrorisme. 24 JANVIER MAROC o A la veille de la visite à Paris du roi Hassan Il, une lettre portant une cinquantaine de signatures est remise au président de la République attirant son attention sur les atteintes aux droits de l'homme qui persistent au Maroc. PROCHE-ORIENT o Dans une interview accordée au mensuel arabe The Middle East . M. Claude Cheysson déclare « nous ne pouvons imaginer des négociations conduisanT à un règlemenT de paix au Proche-OrienT sans la participation de l'OLP aussi bien que des aU/l'es pars arabes de la région directemenT impliqués dans l'avenir du peuple palestinien. )) 25 JANVIER AFRIQUE o Le Comité de libération de l'OUA (Organisation de l'unité africaine) fait savoir aux pays occidentaux du « groupe de contact)) (Etats-Unis, France, RFA, Canada, Grande-Bretagne) qu'il est loin d'apprécier «leur manoeul're et leur duplicité )) avec l'Afrique du Sud en ce qui concerne le statut d'indépendance de la Namibie. Les spéculateurs immobiliers s'en prennent aux immigrés. Ces derniers, jetés à la rue, se défendent en squattant les immeubles vides. A LA GOUTTE D'OR, LE VASE ~ DEBORDE Au pied de la Butte Montmartre, une petite ville en plein Paris: la Goufle d'Or. Ce vieux quartier abrite 8 000 immigrés, d'une vingtaine de nationalités, sur 32000 habitants recensés officiellement en 1975. Quartier populaire s'il en est, l'un des derniers de la capitale, avec ses 40 % d'ouvriers et 24 % d'employés. Spéculation immobilière Ni tissu de venelles, ni entassement de taudis peuplés « d'une impOrTante colonie nord-africaine» comme le décrit un guide de Paris; la Gourte d'Or est un lieu agréab le et coloré, mais dont 85 % des bâtiments sont très anciens, construits avant 1948. Aujourd'hui, ses habitants sont menacés de partir pour laisser la place à une rénovation qui ne les concerne pas, comme au Marais et dans d'autres secteurs de Paris. Les propriétaires des immeubles refusent depuis des années de maintenir ceux-ci en état d'ha bi- • LOIFRAK: 10, rue de Lancry, 75010 Paris. • PRINCESS MARY: 205, rue Saint-Honoré, 75001 Paris. • ROMEO: 255, rue des Pyrénées, 75020 Paris. tation. Ils veulent ainsi obliger les locataires à s'en aller: la détérioration faisant son oeuvre, l'arrêté de péril tombe, et les locataires sont expulsés, « évacués » comme on dit à la Préfecture de police. Les bâtiments vidés, les propriétaires peuvent a lors espérer les vendre aux spéculateurs immobiliers, intéressés par des logements d'un tout autre standing, avec des loyers beaucoup plus élevés. Le 12 octobre dernier, une trentaine de travailleurs maghrébins sont expulsés du 6, rue Laghouat par un véritable commando il la solde d'une société immobilière. « On va pouvoir enfin se débarrasser de ' celle vermine!» profère l'un des participants à l'opération. L'immeuble est dévasté, cassé, rendu inhabitable. Devant l'incapacité des pouvoirs publics d'offrir dans de bonnes conditions un relogement dans le quartier, les Maghrébins « squattent » un immeuble vide au n023 de la rue de la Goutte d'Or, ancien hôtel de passe fermé il ya plus de deux ans, en attente de rénovation. Occupation illégale? « Nous voulons rester vivre dans ce quartier qui est notre quartier. Nous y avons des racines, maintenant. Pour nous le « squalf» est un moyen: c'est un aurre relogement », répondent-ils. Une des particularités de la Goutte d'Or, est en effet de faire coexister des habitants mal logés et un grand nombre d'immeubles vides. 8 Cette contradiction a été ressentie comme une provocation pour un groupe de travailleurs turcs du textile dont certains sans papiers. Eux aussi, décident de « squatter » : ils entrent au 12 / 14 rue de la Charbonnière au mois de décembre, et arrangent l'intérieur du mieux qu'ils peuvent, pour le rendre vivable. Cette nouvelle occupation commence alors à inquiéter un autre genre de squatters, installés depuis longtemps dans les immeubles vides (une centaine à ce jour) sans que les pouvoirs publics ne s'en émeuvent outre mesure: les proxénètes. Des proxénètes dans la danse Déjà, au cours de l'été, des immigrés locataires en titre du 18 bis et du 20 de la rue de la Goutte d'Or avaient dû les chasser de ces immeubles, dont ils occupaient un 'certain nombre de logements: « C'était devenu impossible à vivre, avec les perpétuelles allées et venues », raconte un travailleur immigré. « Les locataires ont bien du courage de s'attaquer aux proxénètes .. ça ne peut leur valoir qu'un couteau dans le dos », affirmeront des policiers, en guise de protection ... Le dimanche 17 janvier, les proxénètes, soucieux de conser~er « leur territoire» s'affrontent VIOlemment à des squatters, d'Action directe ceux-là, installés au 28 rue de la Charbonnière. Un café de la rue de la Goufle d'Or, repaire de proxénètes, est saccagé. L'intervention de la police dégénère rapidement. Un travailleur turc sans papiers est arrêté. « Ils l'ont prat iquement kidnappé », rectifie un de ses compagnons. Mardi 19 janvier. Il est 6 h 30, 200 policiers investissent le 12 / 14 rue de la Charbonnière, où sont logés les « squatters» turcs. Tout est saccagé: carreaux cassés, lavabos brisés, chauffage et tableaux électriques arrachés. Deux femmes enceintes de 5 et 6 mois, brutalisées. doivent être hospitalisées, ainsi que quatre autres occupants blessés. 24 personnes sont arrêtées et relâchées le soir même. La gêne est évidente dans les commissariats où le MRAP cherche à s'informer. « Notre intervention s'est déroulée tout à fait dans les formes », assurent les policiers. Précarité N'y a-t-il pas disproportion et même inadéquation entre les moyens mis en action et les données réelles de la situation? En fait, « ces événements reflètent la précarité que connaissent encore certains immigrés, désespérant de voir stabiliser leur situation administrative et leurs conditions de vie et d'habitat» estime le MRAP qui ajoute : « Le; graves problèmes humains posés Fenêtres murées, rue de la Goutte d'Or. ne sauraient se résoudre par la violence et la répression. » Le Comité de Défense du Logement de la Gou((e d'Or qui lutte depuis près de trois ans avec les habitants, avance des solutions. « 1/ faur exiger des propriétaires l'exécurion des travaux nécessaires à la sauvegarde des immeubles en dégradation constante », déclare un de ses militants. « Les pouvoirs publics doivent user de leur droit de préemption, c'est-à-dire qu'ils peuvent acheter un immeuble en priorité pour évi- , l ter qu'il tombe entre les mains des spéculateurs. Et surTout, ils doivent se servir de la réquisition des logements vides pour satisfaire le besoins des mal-logés ... » Pour lui, les habitants actuels de la Goutte d'or doivent être en mesure de gérer collectivement euxmême la réhabilitation de leur quartier. On en discute dans les rues, dans les cafés. Affaire à suivre ... Jean-Michel MA YET TRAITEMENT & ASSISTANCE TECHNIQUE TRAITEMENT THERMIQUE D'OUTILLAGE EN ACIER RAPIDE 24, CHEMIN LATËRAL NORD - 93300 AUBERVILLIERS Tél. 833.92.81 T.T. ACIERS A OUTILS - 80800 CORBIE Tél. (22) 48.20.44 9 DIFFÉRENCES FÉVRIER 82 Un nouveau document accable l'ancien ministre - LE ZELE DE M. PAPON pc/.sr; PREFE.CTuRE Bordeaux, le 3 J ujll et DE L A GIRONDE .l...:l:' r';\.À"~ .z\:. l' .... ;c;; J,;.c.r ___ . , l?~\.i r·.:....r... .... 8 , ... 1 v~.;. 0 .. ...ù . .:: , ... 'iU~ :" j .. 1 !.:.' ... r ..... :, ):-'1' :SS!;.t ü . .... . r i::: ... '

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Le ~~cr6~~lire ,;5n,:rol , \. ,., I~, - ,"" ".-"'\ ... ~ ~ M aurice Papon n'a pas de chance. Dix plaintes se sont ajoutées en quelques semaines aux quatre déjà déposées par des ayant-droit de Juifs victimes des rafles de Bordeaux sous l'occupation, a lors qu'il occupait les fonctions de secrétaire général de la Préfecture de la Gironde (voir Di/Nrences, janvier 1982). De plus, au moment où l'on commémore le massacre du métro Charonne, qui eut lieu en février 1962, M. Papon étant préfet de Police de Paris, voici qu'un nouveau document confirme ses responsabilités dans les persécutions antijuives des nazis. Ce document, nous le reproduisons ci-dessus. Il s'agit d'une lettre signée Maurice Papon, invitant « toutes autorités » à «faciliter au maximum» la mission de M. Pierre Garat, chef de service à la Préfecture de la Gironde. Or, M. Garat était chargé des « questions juives», c'est-à-dire des arrestations et des déportations, comme le montre l'organigramme. La date est significative: 3 juillet 1942. Il est clair que la « mission » QI'ait rapport avec la grande rafle dont les quelques 30000 viCfimes ont été concentrées le 16juillel et les jours suivants à Paris. au Vel' d'Hiv'. Nommé le 26 mai et ayant pris ses fonctions début juin, M. Papon s'engageait sans tarder dans l'action. Or, il se trouve que le jury d'honneur qui a publié récemment sa « sentence », affirme (page 22): « Il semble que M. Papon n'ait pas eu d'action direCfe sur la rafle de juillet 1942 dont il eU( néanmoins connaissance » ... Nous lui apportons donc un démenti. Il faut espérer que le Parquet désignera prochainement un juge d'instruction qui aura notamment pour tâche d'éclairer cette période.


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A u pays des ghettos et des pogroms, les démons du passé ne sont pas totalement exorcisés. EN POLOGNE, ON REPARLE ~ D'ANTISEMITISM E: Le 13 décembre dernier, l'état de siège était instauré en PolOgne, les libertés suspendues. Le 15 décembre, dans une émission de la télévision polonaise, contrôlée par l'armée, on entendait ceci, au cours d'une revue de presse: les membres du K.O.R. sont d'anciens staliniens, souvent d'origine juive, qui veulent perd re la Pologne; M. Geremek, éminence grise de Solidarité, ne s'appelle d'ailleurs pas Geremek, il a changé de nom: en fait, c'est le fils d'un enseignant juif recueilli par un Polonais. Au même moment, on lisait sur les murs de Varsovie: « Kuron, Juif~) . Sur ces mêmes murs, une affiche imprimée reproduisait le sigle de Solidarnosc', à ce détail près: le petit drapeau qui le surmonte était orné de l'étoile de David ... (1) Une minorité de Juifs Voir ressurgir l'antisémitisme en Pologne est inacceptable. Mais il faut aller plus loin: à quoi cela peut-il servir? Il ne reste qu'une infime minorité de Juifs en Pologne (0,5 % de la population). 3 millions de Juifs polonais ont été exterminés par les nazis et beaucoup sont partis depuis. Quel bénéfice le nouveau pouvoir peutil attendre de telles manifestations? Pour répondre à ces questions, on ne peut faire l'économie d'un long détour historique. Le nationalisme polonais, connu de tous , s'est depuis toujours renforcé des atteintes que lui ont porté ses voisins. Mais depuis le début du XXe siècle et jusqu'en 1939, la stratégie de la bourgeoisie polonaise a été de se fonder sur lui pour abattre à travers, les Juifs, socialistes et communistes ,qui menaçaient son pouvoir. Il suffisait pour cela d'en faire des « traÎlres à la patrie ~~. La Démocratie Nationale, le parti de droite le plus fort jusqu'en 1939, est à cet égard significative. Pendant l'entre-deux guerre, elle est, peu ou prou, à l'initiative de tous Le mémorial d'Auschwitz les pogroms. Fin 1918, à Vilno, alors polonaise, les Corps francs commandés par la petite noblesse la plus réactionnaire, organisent des massacres de Juifs. L'Eglise polonaise, alors aux côtés de la Démocratie Nationale, exceptées quelques individ ua lités comme l'évêque de Cracovie, va relayer sa propagande dans les campagnes: les Juifs mangent les petits enfants, etc. En revanche, la classe ouvrière, peu développée, et les partis socialiste et commu' niste, ce dernier discrédité et clandestin à partir de la guerre russo-polonaise de 1920, restent à l'écart de cet antisémitisme. C'est là qu'il faut s'interroger sur la personnalité du général Pilsudski, figure-clé de la Pologne et déjà mythifié de son vivant. Il est au pouvoir du coup d'Etat de 1926 à sa mort en 1935. Dans un premier temps, il apparaît aux partis de gauche et aux partis juifs, qui 10 couvrent tout l'éventail politique, comme un garant contre le pire. Il ne fera pas longtemps illusion, mais son exemple est significatif: figure héroïque et romantique du , nationalisme polonais, il installe une dictture de fait, qui n'est pas directement antisémite, mais qui laisse se développer la propagande antisémite effrénée de la Démocratie nationale comme une sorte de prolongement naturel du nationalisme. Quand une nouvelle vague de pogroms, organisés par ce parti et l'extrême droite (O.N.R.) déferle en 1932, il laisse faire. De sorte que la place est prête pour la dictature des colonels qui lui succède. Encouragé par le pouvoir et les progrès du nazisme en Allemagne, l'antisémitisme atteint sa phase finale. Les pogroms prennent une tournure massive dans les villes. Le régime soutient l'idée d'une émigration forcée des Juifs. Dans les universités , les Juifs doivent s'asseoir sur des bancs à part, quand ils ne sont pas défenestrés. C'est la première apparition du ménage antisémitisme f anti-intellectualisme. Le peuple polonais subit, sans trop participer aux actions, ce matraquage idéologique de grande envergure qui atteint toutes les couches de la population. De sorte, qu'à la veille de la guerre, il est bien difficile de démêler dans les esprits, nationalisme, antisémitisme, anticommunisme et anti-intellectua 1 isme. Mauvaise conscience Mais il serait trop facile d'expliquer la résurgence actuelle par un antisémitisme latent du peuple ~ polonais. C'est qu'entre-temps, il ~ Y a la guerre, et les 6 millions de ~ Polonais, dont la moitié de Juifs, z exterminés. Le retournement est g complet: l'Eglise, abrite et sauve ~ des Juifs pendant l'occupation,

des dirigeants de l'extrême-droite

o refusent de collaborer avec la Kommandantur dans la chasse aux Juifs et sont fusillés. Se développe alors en Pologne une extraordinaire mauvaise conscience sur ce problème, qui coexiste encore aujourd'hui avec les traces de la campagne antisémite de l'entre deux guerres. C'est là toute la complexité du problème, compliqué par l'attitude du Parti ouvrier polonais, arrivé au pouvoir après la guerre. Dès la fin de la guerre, Staline et les dirigeants polonais vont tenter d'exploiter cet état de fait. En 1946, à Kielce, on tente d'imputer à l'extrême- droite un progrom probablement organisé par les services de sécurité locaux. Au même moment, Staline fait placer des Juifs aux postes les plus impopulaires du régime, à la direction de la po- (1) Le MRAP, «profondément ému par le drame que connaÎt le peuple polonais, dont il s'affirme solidaire .. a condamné ces manifestations d'anti~ sémitisme et est intervenu auprès de l'ambassadeur de Pologne à Paris. lice politique. En 1956, la lutte 'contre Gomulka et les libéraux se teinte d'antisémitisme, qui devient ainsi un moyen politique utilisable dans les deux sens. Cela aboutit à 1968 où tout se retrouve: l'agitation étudiante et la guerre des Six Jours vont provoquer une vaste campagne d'épuration supposée antisioniste, et dans les faits antisémite, qui , appuyée par des rumeurs de déportation, la timidité de l'Eglise et la passivité de la classe ouvrière qui ne suit pas les intellectuels, et étayée par les thèses nationalistes de la « double appartenance ~~ des Juifs, va entraîner l'émigration de 20000 Juifs hors de Pologne. L'utilisation indirecte et politique de l'ultranationalisme fortement teinté d'antisémitisme a donc une histoire en Pologne. Et il semble que certains membres du POUP, dans la crise qui décompose le régime à partir de 1980, aient cédé à la tentation. En 1980 se crée une association patriotique au nom symbolique de Grunewald, soutenue par la fraction « dure .. du POUP qui compte l'utiliser dans la lutte interne du parti. Cette association nationaliste multiplie ses attaques contre les révisionnistes, et paradoxalement les « staliniens », deux groupes auxquels on assimilt: les Juifs, en référence à la police politique de la période stalinienne et aux campagnes de 1956 et 1968. Le groupe organise en mars 1981 une manifestation où les Juifs sont désignés à la fois comme responsables du stalinisme et de l'opposition actuelle de Solidarité. La réaction de la population a été très vive, et le gouvernement a fini par désavouer la manifestation. Désarroi Dans la situation actuelle, où référence est faite constamment au nationalisme et à l'entente nationale, il est donc tentant d'utiliser l'antisémitisme comme une arme politique, soit comme ballon d'essai, soit comme repoussoir. Attitude extrêmement ambigüe du pouvoir actuel, qui laisse se développer Grunewald, et en même temps passe à la radio le discours antisémite d'un dirigeant de Solidarité, M. Jurzcik pour discréditer ce mouvement, qui ne semble pas, malgré ses positions officielles, à l'abri de manifestations antisémites individuelles. Cela mesure très bien le désarroi actuel d'une population, perdue entre les effets d'une tradition antisémite plus vieille que le siècle, la mauvaise conscience de ses effets et les souvenirs de la guerre. On peut s'inquiéter de la valeur d'une entente nationale qui s'appuierait sur des ambiguités aussi tragiques. Michel THIOT De la disparition dufils de Mme Thatcher à la mort d'un enfant malien. LE RALLYE VU DU MALI " Côté malien, le rallye est resté une affaire d'enfants. A ra li, arali'», les enfants « débordent d'enthousias me, pas d'erreur, ils me prennent pour un concurrent du prestigieux rallye (arali !) Paris-Dakar. Prestigieux, je le suis pourtant bien peu sur la mobylette poussive qui m'emmène avec un ami à quelques kilomètres de la capitale du Mali, Bamako. Mais dans ces jours où le Barnum du progrès traverse en vrombissant les pays du Sahel, il suffit d'un visage pâle et d'un moteur pour être transformé en héros de la mécanique. C'est un de ces enfants qu'une voiture a écrasé près de Gao. Au Mali, les gens s'en sont plus préoccupés que du coûteux amour maternel de Mme Thatcher pour son fils, perdu quelques heures dans le désert du Sahara. Il est vrai que tout l'or du monde ne ressuscitera pas l'enfant de Gao. A Bamako, ils étaient bien tristes, les perdus du rallye. « On n'est pas venu là pour ramasser les morts », m'a dit l'un d'entre eux, un jeune gars sympa qui voulait vite, vite retrouver sa ville d'Amiens. Ils en avaient vu trois, de morts: l'enfant de Gao, un concurrent, une journaliste! Ils étaient venus pour s'amuser, pour mettre au défi leurs corps, leurs coeurs et leurs mécaniques. « Tu sais pas où je pourrais vendre ma bagnole? ». Moi, je ne sais pas; il en veut six millions de centimes. L'ami chez qui je loge, un cadre supérieur, gagne 700 F par mois. Il n'a pas été payé depuis novembre! Il Ce soir, à la télé, on va nous montrer Gao. Je regarde car j'aime Gao, une des plus belles villes d'Afrique. Je n'ai pas vu Gao mais un hôtelier douteux, des gosses hilares qui entouraient les voitures et espéraient quelques francs , des rallymen fatigués mais bien nourris, avec un petit sourire en coin pour nous faire comprendre que s'ils se soumettaient de bon coeur à la loi du pays, ils n'en perdaient pas pour autant l'ironie de l'ancien maître pour l'affranchi . Somme toute, le rallye Paris-Dakar n'a pas bouleversé les esprits outre-Sahara. Ces voyages-là, on les fait quand on y est contraint, c'est souvent plus dur et plus périlleux que pour les concurrents de la course, mais il n'y a pas d'hélicoptères pour ramasser les blessés du camion qui se renverse, pas de caméras pour exalter les étonnantes prouesses des mécaniciens aux mains nues. Alors, on était content quand même que la radio parle de soi, que des étrangers aient choisi ses espaces pour s'y amuser. Côté malien, le rallye est resté une affaire d'enfants, de petits enfants pauvres sur le bord des routes ; de grands enfants gâtés sur leurs drôles de machines ... Théo SAINT-JEAN Actualité Charles 10 janvier 2012 à 14:50 (UTC) pour la première fois, les étudiants étrangers sont éligible~ ~~s les conseils d'universités. DU nouveau, all!rs, d~ns d'~s fa cs / 0 1 ':80 reporter est allé enquêter à Angers, la vdle oU a ~marre, en ' le mouvement de protestation contre la 101 Bonnet. • " '" , •••• ~. I~ ~.'i .• " ." •• '" w. 1 .o.. b .... · ndao us e'l /.o ns plutôl i .. lai~sJ: cOJ!7ilé, peCharles 10 janvier 2012 à 14:50 (UTC)IS. Même H amid avait L' Deux répor~çu deux lettres ,une de l'I.U ses fa vorable ' L autre d . T. de Saint 0 s . choisit d; celUi d 'A - ems. r . . a bord ngers. Il p OposltlOn la prem " C'est d :. lere ru n bea oun j.co ua rP d aen .sl ' qu'i,l d e' barque a; peut-être à annee 1976 E ~",,'",m.", ~u~del. foui" dl ogement u e l'absen ' u tout ,peut-être ' ce de heu cela , l'1 est « ail al ' cau se de remres plus tard ad o e». Quatre A onte dans le't . leu Pari s. Il ngers. ram. Direct" Etudiant IOn prépa en physiqu .. d'E re aUjourd'h . e-chlmle il Hamta'ct t A.b de'l rhamUi I tu n d octorat A l' ,1 , Vient du M' out comme epoq ue d aroc. France les e leur arriv ' univers;t . routes de l'é . ee en rossabl aire éta ient e migration Pu ' es. ncore car- IS , vmt AI l' ce Sa unl. er-Sé'l'te' et [sroann f.r anc -parler. « Les monÇ;lses, dit-elle afi unlversllés tro e comprenne r~ que tout le f p plem du ~' cueillent 1 aut don " lers-mond e « Irop-pl c ehminer ce f e. » Il tes : la :m ». Pour cela ameux cemb Irculaire B deux tex- , re 77 . 1 d ' onnet d ' decemb , e ecret 1mb e deS re79. ertdu31 unuer le c. am pus d'Ang . d ' petite poignée ers, ils sont un Cam Il , groupée au ' Bonnel « e contre la Circ sem souvle~1 /(ous él/ons 10 ou ~~/re mOIS nouS.l~/::~~ depUiS plusle~~: formatIOn su 1 s un fra vail d' du gou r es nouvea md 7 vernement E ux leXIes 1 Jan vier no . 1 pUIS, le lun nou Il ' us avo - dia ve e. » La nouvell n~ appris la nts marocain e . deux étupulSIOn. s menacés d' « Aussil • exaév on' s (~oIn, vpooquurséu it Ha ml' d ,nous g nerale pour 1e 1e nudneem a s. semble'e OIn. Mais, 12 greve L e ne pa . nous sa . e mard' II mmes . l, qua 1 p usieu rs cen ar' rl vés, '1I l' a n~. Pour lames d" . . vall 10lale nous la surprelUdwl11s. T ' . » Ise él . res vite le ail de , nei. ge. mGoru'v e ment fait boul greve de la faim eve" occupatio e mfestants d ' pres de 4 000 n, . D'autres .ans la rue ma à bOuge:,nl~~rsités co~mencen France. Le décr peu partout e t ~'lm'?1 .bmg'. ~,:~b"l '" fi,," 198~ecembre 1981. .. plus tard , le f . La gare d 'A ace : l'OffI' ce d nge.r s . J uste e mande la di u tounsme J n On " rectIOn de l' .. e dem mdlque l" Université (q ue. « L'aul re » usme vt erslté cath 0 1"1 - EOuP plus lom » rouve « beau- ~ effet, le ca~ penphérie 0 pus s'étend ' 1 qu ' uest de l ' a a L arftler Belle Beill a ville, dans le es acs , 1a b'I bliothee'. que, les cités dUe,s toHu.tL e sMt la' , di. spersés au '1' P " et d ml leu mrael.ssque à la lim~~eedspaces verts ons 1 f es de " . un bât' ' a ac de droit Arnieres des Iment en dur . u centre . baraqueme ' tout autour qUI servent de sa71 ts préfabriqués un mur . es de c c'esl le uGne m,scription . ~uLrs'pSur D ' ou ag' . e S ernère ap ' a moilié pri' . rain d ' res un im x ». cam e foot, c'est 1 mfense ter- 19 hPagne. a orêt, la da e1u res . Be aucou u ns e grand hall d p de monde n pannea' u resto U enarabe u . une affiche " .Sur acti . , , donne le pro ' redlgée vites de l'UN gramme d campagne ,. EM (1) es pressIOn a~ I~ormation sur: 1 u~e lion au C aroc u a refootball LOUS (2): unn~ déléganou , une « bo atch de b veau gouv um ».. . « L eaucoup d ernement . e Najib m e promesses a fall consl~loOlS pour l'mslan' lexPhque ns q , nou mel11 conc u un seul ch sne g ers sont rel : les éludl ants a' ngeéligibles ' pour la prenll ' elranel d'Un dans les conseil erd~ f OIS, Iversllé. ». sUER vPêettuit ,d 'leusn cchabev aenux ~runs et frisés rable porte d nOir, son insépa ' b - ocume - C ras, N. aj'Ib si"e ge d nts' sous 1e o nseil de l'UER depUiS peu, au a rpen te régu J' ' e sCiences Il du CLOUS d!~ement les coul~lrs de régler tel ou ~;trs pour essayer terne nt, les ~roblème. Jusmanque pas p~~bl~mes cela ne Q trouve la qu~stio t~e de liste on uan.d il a rrive ànA u logement. rhaml passe 15 ngers, A bdelbam à la recheCharles:sd~vec; un co- ~e. Ils doivent d o . un,e chamou. Parfois dans 1a r mruler n Importe N . ous avons d appartements es Aziz un M propres anne"e de sCaIr'eo cain' e"t udlant en 3 e ad ~SSI' , en quêtne cde's ~ns e trouve, lUi ecouvre, au . logement. Il dof' fre de 1o catl.O pne tdi t matin ' u ne len régional C ans un quoti- ~n interloc~te~~Pt d~ tél~phone. accord verbal res . a imable ~onclu. Le r est 'pr~liquement 1 adresse de Pl'~pnetalre indique qu.e le futur 10~par.teme.n~ pour meme les lieux ataIre vIsite luil; s coordonné~sEnfmL ,on échange J 01 jr.a lt 1a gaffe . d«e da' d'I t AZI.Z , onner mon ,n eor,m a . vLaen tg daers s'e st mi.s à ba'o '1 vez me lane . '.l' UI - nous avons d er. vous sapropres! » es apparIements tUund ijaonutrs oéut rl 'a utre , beaucoup d" trou ver u ne :~gers finissent P:- ~~'''' ... :~~ .. co ""d ••• ; n allrlbuer une c vlenl iusle de san, avant // b hambre, dit HasPCall1 depUiS 1~~/I101S chez un coertains s mOIs. » mo ~ens. Uenm épltOui'e nt 1e s grands a~ res p lus d e t dlant maghrébin d~clde, au mo~~I~ mOIs d'attente' d occuper le t e janvier 1982' ca~x du CLCharlesm dans les lo~ qu il demande. Il obtient ce « DAvis défavorable Lenaenzse tc e cdal' s p re'( ·I S, explique M CLO US', il s'rae cItle ur' adj.o.m t du. mlnlSlral/ve ft d une erreur ad ludwnts d: OIS beaucoup l' ,av d eposel11 1 ~ eLaec . ,u relard. » eur dOSSier meuprlee cela mparîtor es se du doss ier d tl'i erce personInsee e(n' cha rge: uneeambassade du event uellement 1r~lt se porter garaCharless ~'origine) l' a p n p cs par mois), flch~ d oyer (350 UI bien s. e paye ' pcr esqu e IInpoussr.l b«le U n, l1 o cumenat o~mente Najib . a oblenlr» eX iste des quot . A~outons qU'il Ise nombre de rae'Ss .odfflclels limitant ur 1e camp 1 ents e' t rangers cLo mpt e deux cuist ' d'An gers on. akanal, les esc es U. A la cité ~~ncierge, voirea:~e~ulches avec le A 1 sont pas rares e directeur a Cité Belle B : dents, on en d' eille, sur 604 rés' pas la . enombre 92' IL natIOnalité f . n a yant " ors de la d ernl. ' rançalse . etudlants n' ere rentrée d h ont pa eux cambre L d' s retro uvé 1 « Av ', e Irecteur . eur IS de{avorabl avait mis ' son rapport Le», en bas d ' ni' . acom . . e ISSlOn a suivi miSSIOn d'ad- A, Ujourd'h UI' Rac eht ' (~aVIS » . a Lakanal. Àzi c Ida est relogé jours. Le motifZd lUl , cherche tou~ sJ"e lon le s m" teressées c? eRs euxps I1O . ns Isal~ dans sa ch . achlda utiterdlte, une ambre, chose' ve.r. La direcE~tile machine à :~~ faire bea ucoup nt accusait A ZI.Z de recevoir beaucou rop p trodpe dber muiot,n ddee 13 det' d'a voi.r quitté 1 " elals prévus a cite après le Vo' s di.r eycotnesu rm, aMin teF ~a~t l'opinion du le directeur r~ço~~encl. Monsieur son bureau ' poliment d « Vous ' ' ans e, tudianvtso?u. ssouve nez de ces d eux - Parfaitement - Alor . d e' fa vorsa, blep?o urq UOI. ces a ' J s . VIS t- en e peux pas ré :nu par l'obtondre,jesuiS reserve »... Igation de bonye evri,e dn'éotuurdri' ture , transports se paye. Et m~~t en France, cei~ ficelle, en fin d e en tirant sur 1 salée. e mOIS, la note a Le ' reste cl. esn te tdu'udniaen tbs ma rocains bén ' f ' s Il ourse' e lue e de 900 f unique m g rancs ( en- 1 ouvernement d versée par le e~r accorde cin u Maroc). On plir le cursus m~,~ns pour accom d supplémentaire 1 nse. Une anné~ MIs"p araît et la b oune boeumrseec dhoesme / 0 ur les Tunisiens fr.ancs. De ;r~smféneure à J()6~ cdulal nts préle' vent s, unr oc mbre. d" etue une somme ' e maigre pé- ~der leur famille d a~gent pour our tenter de r~stee au pays Charles 10 janvier 2012 à 14:50 (UTC)s à la rech10 janvier 2012 à 14:50 (UTC) ~or1lr» o~ P IO nnel. u boulot as question d'o de travail à des é~tdroyer une carte u lants. L'e mp1 o yeur a d.·t AI . non mioetrtse, ild f aut b'l en se co nt f ' s u marché d l'enter des d~: les vendanges e~ lemploi. On . pommes ' a cueillette journaux. ' on d istribue les CEnL OseUptSe munb~ e, Hamid découvre sée par le petite annonce d ' au 1 centre c epoc erc. On cherch ommercial Leapp, rovisionner ~nquelqu'un pour d et legumes. Haml'drayon de frUits emand e a' voir le hs epre'C"l plte et nel. « Tout d c ef du perso l'I~l1presslOn e ~~lIe, dit-il , (0/ ;~ decourager .» qOinl iess' afy a. ll 'de 1n e ment remarquer ~I ait lourdeve~. à quatre heu~~ il devra se lequ li habite bien 1 s du matin et Importance ' omo « Aucune vo u l ait trav, ailrle pond ce lu'l- ci qui en période de :r, nous sommes lalres, el 'e acances UI1lVerSI - vOilure) j di spose d ' AI . ) une ors, on teste les comp e' t ences du DIFFÉRENCES F-EvRIER 82 nouveau venu S . . guer une carotte ~I,l-il bien distinterre? Rien n' une pomme de croche. Le cher ~~It. Hamid s'ac~~ r accepter L personnel finit e,mbauche se'ronte~ ~onditions pres-midi A l'h flxees dans l'a té léphone' a eure dite, Ham:d- « N u centre c 1 C Lo;Us avons donné laon;mercial. S », lui reponseau Coup de f'1l au CLaOn n once - t -on pAl"o yeur a dI'l non » US : « L'e m-. Issatou reçoit ... 1 400 francs versé une bourse de palité de Oak e par la mun' . 1 ar et ICI( e sout ien f'm a n'ci. cod mpléte' e par son père est ha er e sa famille au ~énégal) . ut-fonctionnaire v~iaelnsn elnets épt udi ants e' t rangers Monde as tous du . ne Gibbo . Dawn Porter et Tlers- . ns , deux ét d' Sandra ~Iq~es, arrivent u lantes britan- 1 Université d tout droit d l'A ngleterre eQ H ull , au nord d e c1h issent la M' ancuhand ' elles fra nea rentrée 8 1 1 e, a la veille d dd'Aé jàre' servée ,eà ular c.h ?mbre eset L ngers. cite Lakanal e .go,uvernement Uni repart it les du Royaumeen fonction d bourses d'étud Dawn et San~~:venu des parent: s que le maximum perçOivent pres~ par an (enV'l ron 2' 0S O0i t 2000 lI' vres Depuis le d 'b 00 francs) Ah . e ut dl ' njou , elles déplo e eur séjour en

ose : le peu d rent surtout une

etudiants fran :. contact avec les plUS ieurs fo' ç IS. Une réfle . sato Isentendue A ' xlOn re u parle- t -elle 'd,msl Aisnce ». Pou « II1dlf'" exi, ste nt, souvrteanntt ' des re 1atl"O.1 nesgreve de 80' etrOites et 1 Daniel habi~! ~s~pas po~r rien a ~n troisième ville d~t~au-GOntier: 79 Daniel a 18 a Mayenne pas d" Université d ans . Iln' e Xiste. ~e:nt, . il déctdn:sodndéparte- "patner. onc de a~I sl am cscitréi t Uà 1'1 UU T ~ ' Angers et 10 e d'autres Il ' n etudiant pa g ,. , . ne mil t rml s Interesse de loi 1 e nulle part et poJ"l itiques n aux proble' mes. ~( avais seulellle il aUjourd'h' nt remarqué d f . UI, la c ' Itpor'm al/. on d u CO//7Ia1 ll' 1pagne ( l'1 11- UIS vlenn e. » 1 pu sl.O ns la egn t, les menaces d' , reve exje me SUIS senll . « ThO U! de SLl/le cause.» AG ma illSé à ( ell Danl' e 1 d evient, 't racts , manifse Pendant les con vile très actif. ' des étud iants certs de so lidarité chansons d 1 Interprètent d ' c'est 1'0 e eur pays. L es l' . ccupatlOn d a nUit Université 0 es locaux d ' doe ~usl.que' arna pbaes se d es cassettees anlel se so . '~l~nl déc:Charles;:/ «1'0/ enllère- (U lure »... ulle aUlre Christian VILLAIN (m1)a roUcnaiinosn n all. onale des él d ' (2) C .' u la nlS tal. reso ents esicl olloacirael sd. es oeuvres uni ve rsiLincoln, Gandh~ Schweitzer: trois hommes d'action au service de la justice et de la paix. ADfa~am l,neDln PO MaupceDelannoy MOdule 68mm Bronie Ou Argent Lincoln, présidenl des Etats'Unis de 1859 il 1865, consacre toute sa vie a une grande idée : établir des rapports pacifiques entre la communau1é noire et la communauté blanche d'Amérique Il meurt assassiné. maiS l'esclavage est aboli. Le Mahatma Gandhi tombe aUSSI SOUS les coups d'un fanatique. Mais cet apôtre de la non-vIOlence réussif à obtenir par sa seule désobéissance civile ce que d'autres, ailleurs, demandent a l'insurrection armée : l'Indépendance de son pays. Albert Schweitzer partage, de 1913 il sa mort, en 1965. l'existence de populations ~auvres et Isolées dans l'hôpital qu'II a Îondé il Lambaréné (Gabon). Il se VOit décerner le Pnx Nobel de la Paix en 1952 TroiS grandes figures de l'humanité dont la Monnaie de Pans vous propose des portraits Vivants et senSibles Albert Schweitzer par Guy Charles RevoL Module Sil mm Brooze ou argent LA MONNAIE DE PARIS 11. quai Conti 75270 Paris - Tél. : 329.12.48 14 Intre voisins on se comprend! @) 5OEIETE GENERALE Le bien-être à sa banque, v ous qui êtes contre toutes les oppressions V ous qui êtes pour la reconnaissance de toutes les différences ABONNEZ-VOUS à ril ail] lU ~ 1 Y Le mensuel féminin syndical qui revendique Le Droit au travail Le Droit à l'égalité Le Droit à l'identité pour toutes les femmes Bulletin d'abonnement 1 an 80 F 18 mois 130 F Nom ............... . Prénom Adresse Code postal ............ Ville à partir du mois de ........................... . Fédération professionnelle .................... . A adresser accompagné du montant de l'abonnement à ANTOINETTE, 50, rue EdouardPailleron, 75019 Paris - Chèque bancaire - c.c. P. 8796.58 F Paris, ordre Antoinette. Actualité Licenciée d'A ntenne 2 le 31 décembre, Michèle Maillet évoque les circonstances de son renvoi, s'interroge sur son métier de speakerine, parle de sa condition de femme antillaise. RECTANGLE NOIR ~ ~ ALA TELE D ifférences: Comment avezvous appris la nouvelle de votre licenciement? Michèle Maillet: Par la poste. On a sonné à ma porte, un matin. J'ai ouvert. C'était le facteur. Un Martiniquais d'ailleurs, J'ai lu la lettre et j'ai cru défaillir. Mon avenir professionnel était scellé en une phrase: « J'ai le regret de vous faire connaître que votre contrat nO 4/ 81 du 22 janvier 1981 expirant le 31 décembre 1981 ne sera pas renouvelé )). On ne m'a même pas convoquée. Je ne connaissais ni M. Pierre Wiehn, le directeur des programmes, ni M. Joseph Pasteur. Je n'avais jamais vu, auparavant, ces gens-là, si ce n'est ici ou là dans une réception ou un cocktaiL On ne peut donc pas dire, comme je l'ai entendu, que c'est une affaire de cuL C'est même pas ça! Différences: Ces bruits ont couru? Michèle Maillet: Quand une négresse réussit, on dit que c'est grâce au cul ou au piston. Pour moi, ça n'a été ni l'un ni l'autre. Vous croyez que j'aurais eu des contrats aussi dévalorisants si j'avais été pistonnée? Différences: Antenne 2 a justifié votre licenciement en estimant que vous n'aviez « aucun vocabulaire, aucune culture )) et que vous ne pouviez pas participer à l'amélioration de la présentation des programmes. Michèle Maillet: J'ai un bac philo. J'ai étudié dans une école d'interprétariat. Je parle couramment trois langues. Je possède un DUEL d'espagnol. On ne m'ajamais laissé la chance de montrer que je savais faire autre chose que dire « bonjour )) et « bonne nuit )). J'ai tapé à la porte de beaucoup de gens. J'ai proposé des émissions de télé. J'ai dit : « Je suis Michèle Maillet )). J'existe. J'ai envie de faire d'autres émissions. Ça n'a pas réussi et aujourd'hui on me vire comme une chienne. Différences: Pourquoi vous précisément? Michèle Maillet: On ne pouvait pas virer une fille comme Denise Fabre qui a derrière elle quinze ans de maison. J'étais la plus facile à licencier. C'était à la fois un acte de lâcheté et un acte raciste. Différences: Pourtant la speakerine qui vous succède est Réunionnaise! Michèle Maillet: Ça ne prouve rien. Il existe des quotas parmi les balayeurs : 60 % sont des nègres. A la télévision, il yen a aussi. Les responsables des chaînes ne peuvent imaginer qu'il y ait deux présentatrices noires. Une, oui! A la rigueur. Il leur faut une noire, une noire alibi. C'est la même chose ~ ailleurs. Qu'on me cite le nom ~ d'un maire, d'un député d'une 7- quelconque circonscription fran~ çaise qui soit un Noir. Au cinéma, au théâtre, sur les publicités, on ne voit jamais de Noirs. Même dans les feuilletons américains que l'on présente à la télé, les voix des Noirs sont doublées par des Blancs. Quand on s'intéresse aux Noirs, c'est pour des raisons de bonne conscience ou comme objets sexuels, 15 Différences: Quel bilan dressezvous après vos quatre années de télévision? Michèle Maillet: Les directeurs sont des machos, des phallocrates, Les speakerines doivent être des pots de fleurs idiots. C'est contre ça que je m'insurge, Nous sommes mal utilisées. J'ai l'impression que nous sommes comme ces enfants très intelligents qu'on laisse à l'abandon et qui, arrivés à l'âge de 20 ans, ne savent ni lire ni écrire. Différences: Si vous étiez responsable des speakerines, comment leur demanderiez-vous de présenter les émissions? Michèle Maillet: D'abord, les téléspectateurs n'ont pas besoin de speakerine pour connaître les programmes du soir. Ils les ont lu dans leur journaL Je crois que la présentatrice devrait être incluse dans l'émission. Par exemple, s'il ya une émission à l'Opéra, elle s'y rend, se mêle aux spectateurs et présente au milieu d'eux la soirée, avant de s'asseoir à leurs côtés. Différences: Quelles ont été les réactions de vos consoeurs speakerines? Michèle Maillet: Les filles de TF 1 ont voulu m'aider. Leur contrat était renouvelé. Celles d'Antenne 2 ne se sont pas manifestées. Personne ne m'a téléphoné pour me souhaiter la bonne année. Je pourrais me jeter par la fenêtre ... Des fois, j'ai envie de leur faire une « affaire Boulin )). Différences: Les Antillais de Paris vous ont soutenue? Michèle Maillet: Pensez-vous! Les lettres de soutien que je reçois sont envoyées par des Français: La seule association à m'avoir soutenue est Ame Antilles. Différences: Et aux Antilles, parle- t-on de « l'affaire Maillet )) ? Michèle Maillet: Je sais ce qu'on me dirait si j'y retournais: tu as cru réussir au pays des Blancs. On t'a virée comme une chienne. Ils sont tellement aigris et colonisés qu'ils croient que c'est parce que j'ai fait quelque chose de mal que j'ai été licenciée. Ils ne peuvent imaginer que ce sont peut-être les Blancs qui ont été sa lauds. Mon tort est d'avoir cru que je pouvais réussir au pays des Blancs. Différences: Vos projets? Michèlemaillet:Pourl.insta nt.je pointe à l'AN PE. J'ai déposé à Antenne 2 des projets d'émissions: une sur la diaspora noire. une sur les carnavals. une troisième sur la photo. Propos recueillis par P.1. Depuis 25 ans, l'île vit à l'heure effroyable des tontons macoutes et de Bébé Doc. Grèves de la faim d'exilés haïtiens à Paris et aux EtatsUnis, bruits d'attentat contre le dictateur Jean-Claude Duvalier, débarquement d'un commando - aussitôt maîtrisé - sur l'île voisine de la Tortue: Haïti défraie à nouveau la chronique. Haïti: un pays tropical, 5 millions d'habitants, noirs pour plus de 90 %, 27 750 km', situé entre Cuba et Porto-Rico, avec, comme voisine frontalière la République Dominicaine. Haïti fut colonie espagnole, puis, à partir de 1642, colonie française. En moins de 20 ans les colons européens avaient décimé li million de Taïnos qui peuplaient l'île. Ils pratiquèrent alors la traite des Noirs d'Afrique afin d'alimenter l'esclavage qu'ils avaient instauré dès leur arrivée. Préjugés de couleur Le régime esclavagiste, avec son cortège de violences, de haines, de préjugés racistes, a profondément marqué les Haïtiens. Aujourd'hui encore, le « préjugé de couleur» reste vivace: plus on a la peau claire, plus on a les cheveux « lisses» et plus on est considéré. Les fondateurs de l'Etat haïtien avaient pourtant voulu supprimer ces conceptions nées de l'oppression blanche. La première Constitution, en 1805. proclamait (art. 4) que « les Haïtiens ne seront désormais connus que sous la dénomination générique de Noirs ». Mais cela n'a pas suffit à changer radicalement les mentalités. Autre aspect négatif hérité du régime colonial: l'économie. Economi'e essentiellement agricole, dans une situation aujourd'hui catastrophique, soumise, après l'independance (1804), au blocus organisé par les « nations à têtes couronnées ». C'est que l'exemple haïtien était évidemment jugé dangereux pour la domination De ??m~reux Haïtiens fuient leur pays. Celui-ci n'a pu rejoindre le rivage amencam. coloniale où que ce soit. L'indépendance, chèrement acquise, après 15 ans de lutte armée finalement victorieuse sur les meilleures divisions napoléoniennes, n'avait été officiellement reconnue par le gouvernement français qu'au prix d'une dette de 150 millions de francs lourds. Haïti a connu ensuite l'occupation américaine, entre 1915 et 1934, et reste extrêmement dépendante des Etats-Unis. L'ambassadeur des USA à Port-au-Prince véritable proconsul, fait et défai~ les présidents, décide de la politique à suivre. Papadocratie Depuis le 22 septembre 1957, Haïti vit à l'heure effroyable de la « papadocratie ». François Duvalier (Papa Doc) a mis le pays en coupe réglée. L'agriculture, base de l'économie haïtienne, tombe en ruines. La faim, les dépossessions des petits paysans au profit des grands chefs tontons macoutes. contraignent les paysans à émigrer vers les villes, surtout vers la capitale. Cette dernière est devenue un immense bidonville. Environ 40 000 personnes dorment toutes les nuits sur les trottoirs de Port-au-Prince. 80 % de la population n'a pas l'eau courante. Haïti est littéralement un pays en voie de sous-développement. Sa population, rurale à 80 %, compte 80 % d'analphabètes. Le revenu annuel de 68 % des Haïtiens se situe à 155 dollars US et 35 % d'entre eux vivent avec 60 dollars US (350 F) par an, oui par an, non par mois. Un enfant sur cinq n'atteint pas l'âge de 5 ans. En zone rurale, il n'y a qu'un médecin pour 100 000 habitants. A la maternité de Port-au-Prince, on place dans chaque lit deux femmes avec leurs nouveaux-nés. Sur ce fond de misère extrême, une répression implacable, aveugle, systématique. Tous les partis politiques sont dissous, les syndicats férocement réprimés, les communistes hors-la-loi. Plus de 30 000 membres du Parti Unifié .des Communistes Haïtiens ont été assassinés. 50 000 personnes ont disparu depuis 1957. 16 Les tontons macoutes, véritable gestapo version créole, sèment la terreur dans tous les coins du pays. Ils rançonnent, exproprient, torturent et tuent. Tout cela provoque l'émigration massive des Haïtiens. Plus de 300 000 d'entre eux vont couper le canne à sucre en République Dominicaine. On peut dire qu'ils tombent de Charybde en Scylla. Là, ils peinent du matin au soir pour un salaire de 15 F. Parqués dans des hameaux qu'on appelle bateys. ils n'ont pas le droit de circuler librement dans le pays ni même autour de leur lieu de travail. Ils ne doivent pas sortir de leur bate.\'. Parfois, enlevés par des hommes de mains, ils sont astreints à de véritables travaux forcés dans les grandes plantations des militaires de haut rang. Duvalier vend ainsi tous les ans entre 14 et 19 000 Haïtiens à l'Etat dominicain pour la bagatelle de 1 250 000 dollars. En République Dominicaine, Haïtien est synonyme de fruste, cannibale, etc. L'histoire des relations entre les deux pays est semée de guerres et le racisme anti-haïtien se greffe sur ces conOits. Les Haïtiens qui vont aux EtatsUnis ne connaissent pas un sort meilleur. Leurs pauvres biens, vendus, irrémédiablement endettés, ils errent sur la mer des Caraïbes à bord d'embarcations de fortune. Beaucoup meurent en cours de route. Sur les côtes de Floride, ils sont arrêtés et immédiatement incarcérés dans de véritables camps de concentration. Des camps de concentration Quelques chiffres pour comprendre l'ampleur de cette tragédie: près de 50 000 boat-people haïtiens sont arrivés en Floride en juillet 1981 ; on sait avec certitude que 90 ont péri de faim, de soif, d'insolation; à la fin d'octobre, 37 ont été victimes de la piraterie d'un navire américain, le Hamilton. Nous avons encore en mémoire le drame des 102 Haïtiens échoués sur l'île de Cayo Lobos, aux Bahamas, et celui de 33 autres, morts sur une plage de Miami. Des réfugiés haïtiens emprisonnés aux Etats-Unis ont récemment déclaré au Daily Telegraph que leur situation est proche de l'esclavage. « Nous pensions trouver un paradis. a dit l'un d'eux, et nous sommes enfermés dans des baraquements entourés de barbelés. » Il faut savoir, entre autres, que les hommes et les femmes sont séparés; ils se parlent à travers ces mêmes barbelés. En France, les immigrés haïtiens ont vécu longtemps dans l'angoisse, la hantise de l'arrestation et de la déportation pure et simple vers Haïti. Cette crainte était justifiée

le la août 1980, la police du

précédent gouvernement arrêtait à l'aéroport d'Orly-Sud deux jeunes opposants haïtiens, René Hermance et Ansélus Noël, et les envoyait à Duvalier, qui les détient encore au pénitentier national de Port-au-Prince. Depuis le lamai 1981, la situation semble avoir évolué favorablement. Max BOURJOLL y Les 1 DIFFÉRENCES FÉVRIER 82 Il Y a 17 ans, la communauté noire des Etats-Unis perdait Au moment de sa rupture définitive avec les Muslims, Malcolm X était parvenu à une position de nationalisme pur et simple, sans contexte religieux. Mais son obstination à refuser en bloc l'intégration tombait mal, au moment même,où la communauté noire se battait, et, parfois, mourait pour elle. La suite des évènements devait pourtant démontrer qu'il avait raison d'affirmer que les gouvernants blancs n'accepteraient jamais de traiter les Noirs en égaux. l'un de ses plus grands leaders. MALCOLM X La pensée de Malcolm X se modifia rapidement à la suite de son pélerinage à La Mecque et de ses deux voyages en Afrique. A son retour aux Etats-Unis, lorsqu'il lança, à la fin de juin 1964, son Organisation de l'unité afro-américaine, Malcolm X était libéré de ce que son id'éologie, héritée des Muslims. pouvait avoir de simpliste, de sectaire et de raciste. Il avait vu, dans les pays arabes et en Afrique, des musulmans blancs aussi sincères et fraternels que les musulmans noirs, parce qu'ils excluaient toute considération de race de leur esprit, de leurs actes, et de leurs comportements. L e 21 février 1965, Malcolm X, celui qui était, avec Martin Luther King, le plus grand leader noir des Etats-Unis, tombait foudroyé sur l'estrade de l'Audubon Ballroo/11 de Harlem, frappé de quinze balles tirées par trois tueurs installés au premier rang du public, devant 500 témoins épouvantés. Sa mère le portait encore dans son ventre lorsqu'une bande de cavaliers du Ku Klux Klan en cagoules fit irruption au domicile de ses parents, à Omaha, dans le Nebraska. C'est que son père, le révérend Earl Little, militait dans l'Association universelle pour le progrès des Noirs (U.N.I.A.) de Marcus Garvey qui exaltait la pureté de la race noire et prônait le retour des Noirs américains en Afrique, terre de leurs ancêtres. Dans la jungle de Harlem Depuis, sa vie ne fut qu'une sucession de coups de théâtre. Il yeut d'abord la mort violente de son père, puis la déchéance mentale de sa mère, qui fit de lui un pupille de l'Assistance publique. Ce fut alors une vie relativement calme dans un centre de redressement, puis on l'envoya à Boston, chez sa demi- soeur. Là, il découvrit la réalité de l'univers des Noirs dans le Harlem de Boston. Ce fut pour Malcolm la rupture, alors que,jusque là, il avait vécu entre le paternalisme condescendant des Blancs et 1'« oncle-tomisme» des « bourgeois noirs », a vides d' « intégration » pour ramasser les quelques miettes que les Blancs leur abandonnaient à contre-coeur. Il s'affranchit de ses tuteurs et entre, seul, dans la jungle de Harlem, celui de New York cette fois; il s'y perd, s'y enlise, se laisse absorber par la pègre, avilir par la drogue, et devient un bandit. La prison, durant sept longues années, va le transformer du tout au tout. Il dévore les livres qui lui tombent sous la main, et acquiert une instruction à laquelle il n'avait jamais pu accéder. Et c'est en prison qu'il adhère à la secte religieuse des Muslims (Musulmans). Rendu à la liberté, Malcolm X, après une ascension foudroyante, s'affirme bientôt le leader politique et le tribun du mouvement de la Nation de /'Islam, improprement appelé les Musulmans Noirs par les Blancs, dont il fait un mouvement de masse au rayonnement national, puis international. Malcolm X jouissait d'une immense popularité parmi les Noirs des ghettos qui reconnaissaient en lui un des leurs. Il avait gravi tous les degrés de leur calvaire, et ne faisait jamais la moindre concession aux Blancs. Il apprenait aux Noirs à être fiers d'être Noirs, et leur donnait la conscience d'appartenir à un grand peuple, qui devait se libérer par lui-même. Pour les Black Muslims, tous les Blancs étaient mauvais. Nouveau coup de théâtre, en mars 1964, Malcolm est exclu du mouvement des Musulmans Noirs. Il est sûr que la célébrité et le charisme de Malcolm portaient forteIment ombrage au fondateur et dirigeant du mouvement, Elijah Muhammad. Mais on sait aussi, d'après des documents rendus publics depUIS lors, que, dès 1960, le FBI avait mis en oeuvre un programme pour démembrer et neutraliser la Nation de l'Islam. Ces documents montrent que l'objectif principal de ce programme était d'exacerber les tensions entre Malcolm X et Elijah Muhammad. Eclairer les Blancs Il était sûr, dorénavant, que l'on pouvait écla irer les Blancs d' Amérique sIJr l'aspect suicidaire du racisme, et les entraîner dans une lutte commune pour le changement de société qui, seule, peut libérer les Américains de toutes « couleurs ». D'autre part, il avait acquis la conscience que la lutte du peuple noir américain était liée à celles de tous les peuples noirs d'Afrique et du monde. La Justice américaine a tenu à impliquer les Musulmans Noirs dans le meurtre de Malcolm X au prix, certainement, d'une « erreur » judiciaire. L'ombre du F.B.1. plane sur la mort de Malcolm X, comme elle plane sur celle de Martin Luther King, assassiné lui aussi au moment où il commençait à mener la lutte sur le terrain de l'unité des Blancs et des Noirs, pour construire une société nouvelle. Robert PAC TOP PRESSING MASSENA 17 13, place de Vénétie 75648 PARIS - TEL.: 583.37.99 MASQUES ET CANULARS LES DEUX MAMELLES , DU CARN Les fêtes carnavalesques, de la Chandeleur à Mardi-Gras, fêtes de la vie, sont aussi celles du canular, de la moquerie, la chasse aux démons donnant sa revanche à un monde dominé tout le reste de l'année. Chandeleur, Mardi-Gras, Carnaval, ne sont plus ce qu'ils étaient. « Tout fout le camp!» Quelques vestiges rappellent qu'il fut un temps pas très éloigné où ... A l'exception de rares festivités villageoises, ce que l'on en connaît aujourd'hui est fortement dominé par le roi argent que justement le roi carnaval pourchassait. Pourtant, dans l'après-guerre les fêtes avaient retrouvé leurs droits et on se souvient des carnavals des années cinquante, de ces fêtes peu organisées mais surgissant de la spontanéité de petits groupes qui, se rejoignant, mettaient le quartier ou la ville en joie. Nombre de localités avaient leur(s) journée(s) de mascarade, de réjouissances débridées - chacune avec ses caractéristiques locales, créant ainsi une diversité d'expressions reposant néanmoins sur les mêmes traditions originelles. Aujourd'hui, la spontanéité populaire dans le renouvellement du rite est dépas- 18 sée par le grand spectacle bien structuré. Le carnaval de Nice en est un symbole; de quatre jours de fête, il est passé à trois semaines. La liesse populaire doit se contenir derrière les barrières métalliques. On ne va plus «faire le carnaval», on va au spectacle. Les rites originels se sont effilochés au cours des ans en même temps que la simplicité. Les grosses têtes, les chars sophistiqués, les confettis, tout coûte sans cesse plus cher. Nice dépense presqu'une dizaine de


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millions de francs pour faire face. Et puis, le spectacle ça se rentabilise. Alors, on loue les chars, on exporte la fête. Alors, il faut attirer les touristes nationaux ou étrangers, leur donner à voir, à entendre, du bon temps et remplir les hôtels le plus longtemps possible. Il n'est pourtant pas loin le temps où des bénévoles consacraient une part de leur temps libre à préparer la fête avec les moyens du bord. Elles ont été nombreuses les villes qui ont vu fleurir les « corsos» avec masques, grosses têtes, élections de la reine, etc. L'ancestrale tradition du carnaval qui célèbre le passage de l'hiver au printemps a survécu tout de même à bien des guerres, des révoltes et des misères pour parvenir jusqu'à nous. Tradition rurale dans laquelle la lune et la nature jouent En Belgique aussi la tradition du carnaval"est fortement ancrée. Ici, il s'agit des Blancs Moussis du Stavelot carnaval. un grand rôle, elle s'exprime, en Europe surtout, à partir d'un fonds commun de mythes et de rites, même si leur traduction reflète les caractéristiques et conditions locales. L'ours, un bon météorologiste au pet sonore ... On connaît la place de l'ours dans les contes et récits médiévaux. Il est par excellence l'animal du carnaval. Les anciens le surveillaient de près, ce lourdeau tout de même agile: bon météorologiste, il annonce, paraît-il, la fin de l'hiver. A la Chandeleur, le 2 février, sortant de son hibernation, il risque un oeil sur le temps. La lune répand-elle encore sa blanche clarté? Alors il retourne se rendormir. Il sait que l'hiver durera encore quarante jours, jusqu'à la nouvelle lune. Il fait sombre? Alors il s'étire, quitte sa tanière et annonce l'arrivée prochaine du printemps. Dans la légende encore, ce volumineux animal porte en lui tous les maux de cette saison qui meurt; tous ces maux

E qu'il a conservés pendant son sommeil

~ profond et prolongé. On soupçonne en': 2 core son ventre d'être le siège des âmes

E des morts. Evidemment mal à l'aise avec

toutes ces pesanteurs, il se libère vite dès son réveil d'un pet fortement bruyant. Aristote l'a entendu et il résonne encore de nos jours. Le « pet de l'ours» projette dans la nature toutes ces choses mal venues qui se dispersent sous les formes les plus diverses selon les régions. Les esprits des morts hantent les cimetières, les bourgs et les villages. Le cycle lunaire de quarante jours se confond avec les fêtes catholiques. A partir du jour de Pâques se définit l'ensemble de la période Carême-Mardigras: quarante jours de ce dernier à Pâques. Quarante jours encore de Noël à la Chandeleur qui est aussi pour les catholiques le jour de la purification de la Vierge. Claude Caignebet (1) fait apparaître que la « sortie» de l'ours, le 2 février, fait 19 survenir le printemps le JO mars, une dizaine de jours avant l'équinoxe de printemps. Cet écart découle du retard accumulé en seize siècles par le calendrier Julien adopté en l'an 45 avant notre ère. En 1582, Grégoire XIII, avec le calendrier grégorien, procédait aux réajustements appropriés, ce qui n'empêche pas certains nouveaux écarts. L'ours, donc célèbre, domine les festivités en Europe. Chez nous, le 2 février, des groupes se déguisaient en ours ou se noircissaient la peau et badigeonnaient de suie ceux qu'ils rencontraient. Tout doit être sombre ce jour-là pour que le printemps vienne. A Ptuj, en Slovénie où la tradition populaire se maintient forte, les «Kurrenti» avec leurs immenses déguisements en peau à longs poils, ou en plumes - les oiseaux entourant l'ours - remplissent la même fonction. La lune a fait naître toute la tradition des « Pierrots» à qui, par la suite, on a joint Colombine et Arlequin. La forme de la crêpe serait aussi une imagerie lunaire. Contre les démons, Saint-Blaise apporte une aide précieuse, le 3 février, jour du « Saint Souffle ». Aucune surprise donc de voir surgir soufflets et vessies, soufflets dont useront largement les « saufflaculs » languedociens et jurassiens. En file indienne, chacun appareil en main, souffle dans le derrière de celui qui le précède. Souvent, on va aussi au plus vite là où on pense que le malin se cache, sous les jupons. Saint-Blaise, d'une générosité insoupçonnable, patronne bien des confréries et des corporations: drapiers, batteurs en grange, cardeurs, etc. Le feu étant radical pour la purification, flambeaux, brandons, torche, bûchers, aucun moyen n'est laissé de côté pour exterminer le démon et ses acolytes. Et bien des instruments divers jouent un rôle semblable: tambour, épée, cloche, des outils comme le fléau, le rateau , le balai des batteurs de blés, comme draps et robes mortuaires, souvent devenus des symboles au contenu très précis. Le monde à l'envers ou la revanche des petits Si la fête renouvelle régulièrement la tradition, elle n'en est pas moins marquée fréquemment et très vite, par la situation du moment dans la région ou la localité. Le passage de l'hiver au printemps constitue un renversement de l'état des choses, la vie sur la mort. L'inversion ajoute encore au caractère burlesque, carnavalesque des festivités. Et cette inversion, si elle s'exprime pour une courte période dans le fait quotidien, la femme battant son mari, le père torchant le gosse, la jeune fille faisant la cour au beau garçon, etc., elle n'épargne pas le contexte social. La période carnavalesque devient le règne des « petits contre les puissants ». A Strasbourg, depuis quelques années, on fête de nouveau le « carnaval des voyous ». En 1978, des incidents se sont produits au cours des réjouissances populaires. Rien à voir, néanmoins, avec le soulèvement carnavalesque de Dijon de 1632. Le Carnaval de Romans, de Le Roy-Ladurie (2) relate la dramatique fête de Romans, en 1580, dans laquelle se mélangent les conflits sociaux, de religions, d'intérêts et qui se termine par un massacre. Dijon a aussi connu son soulèvement carnavalesque en 1632. Cette période de l'inverse, oppose des formes démocratiques au despotisme du moment. Le roi du carnaval, le roi des foùs, ont gagné leur titre dans la compétition ou par élection et leurs décisions mettent le monde «cul sur tête». Les cortèges de carnaval copient les officiels mais en font une vaste mascarade ridiculisant non seulement le « cornards» mais aussi le bourgeois, le noble, l'Eglise, la Justice, les institutions. Mis à part le roi, rien n'est épargné. Jeux, semailles et amours La« messe desfous » dans l'église voit les laïcs élire l'évêque ou même le pape et tourner messe et sermon en dérision, en une vaste farce. Eudes de Sully, évêque de Paris, l'a interdite dans la cathédrale en raison des amusements licencieux, des farces lascives et des mômeries auxquels elle donnait lieu. A Vienne, en Isère, des nudistes tout noircis participaient à la «messe de fous». Et déjà, en MoyenAge, pendant la Renaissance, toutes ces festivités et les libertés prises à cette occasion génaient les «grands ». Sous Philippe- Auguste, les restrictions ne laissaient que le « Pré-aux-Clercs », près du monastère de St-Germain-des-Près, pour les réjouissances des Parisiens. La Justice vivait des procès fictifs, carnavalesques, des plus grivois avec tout l'apparat d'un tribunal réel. Cet aspect du carnaval ne survivra pas à 1'772. Les corps constitués, les Etats se rendaient aussi en cortège rendre-hommage au roi du carnaval, et toutes ces «personnalités » en entendaient des vertes et des pas mûres à leur sujet, ce que le petit peuple pensait d'eux. La fécondité, la vie, est fortement vénérée pendant cette période avec tout le rituel qu'entoure la préparation des semailles de printemps, avec la cueillette du mimosas sur la Côte-d'Azur comme au Monténégro, toujours à grand renfort de masques, avec bien des jeux moyennageux qui, mettant des jeunes gens aux prises pour conquérir le coeur d'une belle, ouvrent la saison des amours. Le jeu de la bague ou celui du faquin qui consistent pour des cavaliers à cueillir une bague avec une lance ou à renverser en mannequin se prolongent encore chez nous comme sur la côte dalmate. Les Romains, eux, avaient certaines originalités au VI le siècle. Des jeunes entièrement nus frappaient les femmes, pour les rendre fécondes, avec des lanières de peau de bouc. Mais ces derniers devaient être castrés sinon les coups risquaient d'être sans effets à long terme. Toute la mascarade s'accompagnait de 20 masques et déguisements, ravivait le folklore. Les festins, les beuveries prenaient du temps, entourés de musique et de danses les plus diverses, non dépourvues de signification comme celles des cloches celle des épées. Deux raisons à cette floraison de festins, la fête elle-même s'y prête facilement, mais encore, elle se déroule la veille d'un jeûne de quarante jours et assez draconien, avant de bénéficier d'une certaine évolution pour presque disparaître. Le masque, ce cachottier Les masques et déguisements dans le carnaval - et même en dehors de lui - offrent diverses significations. Ceux de caractère rituel symbolisaient Satan, des démons, des animaux. Les masques et déguisements «moqueurs» amusaient en ridiculisant celui qu'ils visaient. Les masques et déguisements « trompeurs » permettaient bien des licences - c'est quant au fond même, le sens du masque: François 1er et ses intimes se masquaient pour se rendre incognito le soir dans certaines maisons, à l'époque où le masque mondain envahissait l'Europe aristocratique. Le «loup» confère un certain anonymat donc une liberté dont on ne prendrait pas la responsabilité sans lui. Le théâtre utilise le masque depuis longtemps. Que ce soit la tragédie grecque ou le non moins célèbre nô japonais. Il a servi à Rome et sert encore en Thaïlande au Tibet, au Cambodge. ' En Etrurie, il était déjà inclus dans les jeux et les danses. Rio, le carnaval cause la mort, dit-on, de plusieurs dizaines de personnes. Fait en or, en bronze, en terre cuite, en peau, en bois, en tissus, le masque voit ses origines se perdre dans la nuit des temps, depuis les peintures rupestres présentant des hommes à tête d'oiseau ou comme cette peinture murale de Thyrinthe, d'un cortège d'hommes à tête d'animaux. A lericho, des fouilles ont permis de mettre à jour dans -une tombe, sept crânes dont le visage était recouvert d'un masque en plâtre, des coquilles remplaçant les yeux. Ils datent du septième millénaire avant notre ère. Le merveilleux masque en or découvert dans une tombe à Djebail (Liban - ancienne Byblos) est d'un millénaire avant notre ère. Ceux extraits des tombes de la vallée d'Oaxaca (Mexique) remontent à quelques cinq cents ans, comme les miniatures de mas- 21 A Bâle, en Suisse, se déroule chaque année en février, le «Morgestraich ». Au programme' déguisements et défilés dans les rues de la ~iIIe. ques esquimaux trouvés dans le Nord du Canada. La fonction funéraire du masque ne fait pas de doute mais ce n'est pas la seule. Les masques portent en eux toute une société de mythes, une floraison de symboles. Effigies de la divinité, qu'il s'agisse de l'antilope, du chien, du lièvre, du serpent, celles du mal, du combat, de l'initiation, qu'ils traduisent illusion ou tout autre sentiment, qu'ils représentent des visages les plus horribles ou les plus indifférents, les masques étaient des objets religieux. Ils devaient assurer une liaison entre le profane et le sacré, le réel et l'irréel. Ils contribuaient par les mythes et les rites qui les entouraient au maintien de la cohérence sociale du groupe. Son porteur se sentait devenir ce que représentait l'effigie et devenir un homme de pouvoir qui connaît le «secret » et procède à l'initiation. Le masque peut jeter l'effroi; lui le domine et son pouvoir sur le masque s'étend à la société. Mystère ~es masques répondent à une signification mythologique précise; chacun porte son ou ses messages dont le sens n'est pas toujours aisé à déchiffrer, la porte étant toujours ouverte à plusieurs hypothèses. La logique des mythes n'est pa~ le propre d'une mentalité archaïque, pUisque même chez des « évolués » le besoin d'un «héros » se fait sentir. Quoiqu'il en soit, ce monde des masques mérite d'être visité. Souvent leur remarquable beauté, même dans l'horreur fascine. L'art des masques donne des ~erveilles, même s'ils perdent une part de leur cachet dans la fixité qui les prive du mouvement, musique, danse, dans lequel ils sont conçus. Aussi beaux soient-ils, ils n'en restent pas mois « trompeurs », cachant la réalité, entretenant artificiellement le mystère. Mais, dans la fête, n'est-ce pas, tout est permis. Robert DECOMBE (1) Le carnaval - essai de mythologie populaire. Bayot. Paris 1974. _ (2) Emmanuel Le Roy-Ladurie - Gallimard. 1979. Le Sentier, Beaubourg, les Halles: le triangle de la modernité et de la convivialité auquel beaucoup de gens rêvaient ressemble au triangle des Bermudes: on sy perd, on sy fait pourchasser, on y meurt. A lors, quartier mort-né, le nouveau quartier des Halles? PARIS MONTRE SON VENTRE A UX Halles, dit la SEMAH, société chargée de les aménager, « chacun retrouvera les sensations oubliées de l'espace public libre, propice à l'échange». Le 23 décembre 1981, Pierre Lemaître, clochard, est mort d'avoir mal interprété cette liberté nouvelle. Les vigiles de la Compagnie force d'intervention internationale l'ont assassiné à coups de béquilles dans les couloirs du Forum. Bavure ou symbole? Si on prévoit la mort lente de tout un quartier, il faut bien accepter la disparition, même accidentelle, de ses habitants. En fait, la transformation du secteur BeaubourgLes Halles, commencée depuis dix ans, s'est faite au nom d'un rêve dont le quartier n'a pas fini de souffrir: la re-création de toutes pièces d'un « centre» mythique de la ville, où se « transmettra l'esprit de Paris». C'est du moins ce que disait le premier défenseur de cette idée, René Capitant. Il faudra pour cela se débarrasser de l'ancien. Dans les années 1960, on a un peu mauvaise conscience de voir la ville, pour des raisons pas toujours louables, repousser ses entreprises et sa population vers la banlieue: on va donc lui refaire un centre, mais un beau: historique, culturel, commercial... et habité par des gens qui se tiennent bien. On peut douter du succès d'une telle entreprise, maintenant qu'elle est réalisée à 60 %. Mais il ne faut pas pour autant s'attendrir sur un quartier populaire disparu, paradis perdu des Parisiens. En 1969, quand les Halles déménagent, le quartier est insalubre. Deux tiers des immeubles datent de plus de cent ans, et n'ont pas été dotés du confort: un logement sur dix n'a pas l'eau courante, plus d'un sur deux de toilettes. Le quartier compte 140 hôtels meublés où l'on vit dans des conditions précaires. Un habitant des 2e, 3e, 4e arrondissements a droit à 17 cm2 d'espace vert. Il fallait bien rénover. Dans les années 1970 s'élabore donc un vaste projet, estimé actuellement à 5 milliards de francs, comprenant Beaubourg, le Forum, l'interconnexion des L'amour, aux Hallt·., lignes du RER, et la réhabilitation partielle du quartier. L'idée initiale est celle d'un lieu de passage où se frotteraient, pour la plus grande joie du commerce, les populations locale, parisienne et banlieusarde. Entre Dysneyland ... et Viollet le Duc Autour des réalisations centrales, ou plutôt cachées par elles, se sont déroulées des opérations immobilières qui furent la véritable révolution du quartier. Opérations de toutes sortes : de l'ilôt bâti de toutes pièces au grignotage insidieux. Bel exemple du premier cas, le Quartier de l'Horloge a été confié à une société privée, qui y a bâti une sorte de forteresse adossée à des façades du XVIIIe siècle que la lutte des associations a réussi à sauver. Toute l'absurdité de tels compromis est visible de la rue St-Martin: une façade qui n'a plus de sens, entre Dysneyland et Viollet le Duc, pour authentifier des immeubles de grand standing et réjouir l'oeil du touriste japonais. Autre gâteau distribué aux promoteurs: l'espace Baltard, face au Forum: un espace qui se vend facilement 20000 francs le mètre carré, qu'on comblera aisément à grands renforts de cadres supérieurs. ~ A y regarder de plus près, c'est bien un C! des buts de l'opération: changer la po'" pulation. A peine un tiers des personnes expropriées par la SEMAH ont été relogées dans le quartier. Exode massif et brutal, complété par les opérations de réhabili!ation des abords des Halles: la réfection des bâtiments entraîne une hausse considérable des loyers, même si on ne fait que changer les rangées de boîtes aux lettres, et la porte donnant sur la rue. Il suffit d'abattre ensuite les cloisons des petits deux-pièces qui faisaient 75 % des logements du quartier, pour loger une famille aisée par étage. Mais on ne peut pas tout faire à la fois, traiter ainsi tous les immeubles. Les sociétés d'assurances et les banques qui « tiennent » le deuxième arrondissement ont depuis longtemps trouvé la solution d'attente. Depuis les années soixante, la population ouvrière du quartier a réussI à quitter les taudis et à s'installer ailleurs en banlieue. On a gardé les lieux en l'état, pour y entasser, à 7 par chambres, un sous-prolétariat immigré, plus malléable à beaucoup de titres. D'après une estimation de la CFDT, le quartier, Sentier i z compris, comptait 8 000 travailleurs :;: clandestins. Logés dans des meublés, souvent tenus par un gérant immigré depuis plus longtemps, ils vivent dans des conditions ahurissantes. Rue LéopoldBellan, un meublé n'a qu'un seul compteur d'électricité. Le propriétaire, une agence immobilière, ne payant pas les factures, l'électricité est régulièrement coupée. Les travailleurs doivent trouver eux-mêmes un réparateur lorsque la chaudière, très souvent, tombe en panne. Aucun drap, aucun service n'est fourni par le gérant. Rue de Cléry, un commerçant rachète la gérance d'un meublé sans eau ni électricité pour le transformer en studios, il lui faut donc vider l'immeuble de ses immigrés. Précarité de l'emploi, voire clandestinité, isolement

une aubaine pour les propriétaires

qui « tiennent » ainsi leurs locataires, en attendant le ravalement qui réhabilitera l'immeuble et les mettra à la rue. Marché aux esclaves rue d'Aboukir le lundi matin: les Pakistanais attendent qu'on vienne les chercher pour décharger les camions, les Turcs, arrivés depuis plus longtemps, pour travailler dans les ateliers. Les Parisiens découvrent de temps à autre qu'on vit au Moyen Age au centre de leur ville, mais on oublie souvent de leur dire qu'il faut pour cela que des sociétés immobilières « acceptent» de ne pas demander de bulletins de salaire, de ne pas délivrer de quittances et de fixer elles-mêmes des loyers qui peuvent atteindre la moitié du salaire. Tout n'est pas terminé, et l'on voit coexister les deux catégories de population. Le marché populaire de la rue Montorgueil est en voie de « mouffetardisation » : produits de qualité, disparition progressive des marchands de quatre saisons. Mais y voisinent encore le café sordide et le traiteur qui propose des soufflés aux fruits de mer, les gens comme il faut, le punk à cheveux verts et rouges et le Marocain avec son cabas. Dans l'indifférence réciproque. Et comment cela pourrait-il être autrement? On ne fait que passer: 110 000 personnes travaillent dans le deuxième arrondissement, 20000 y habitent. 70 % des travailleurs viennent de banlieue. L'échec du centre ville « modèle» devenu trop voyant On comprend bien que le quartier, perdu dans ses difficultés, n'a pas grand chose à voir avec le Forum. Il y avait 250 personnes pour assister au premier coup de pioche des démolisseurs des pavillons Baltard, il n'yen aurait pas plus à la démolition du Forum. On est allé le voir à l'ouverture, puis on s'en est, au mieux, désintéressé: une enclave dans le territoire, une principauté de Monaco sans lien avec son environnement. Seuls les nouveaux arrivés du quartier s'y intéressent. Et l'endroit est devenu ce qu'il devait fatalement être: un lieu de passage où défilent 70000 personnes par jour, dont 70 % arrivent par le métro. Moins d'une personne sur deux y achète quelque chose. On voulait un lieu de rencontres, on a un endroit où s'ignorent deux catégories d'usagers: ceux qui passent et achètent, ceux qui restent sans acheter. Le seul malheur de la société gérante, c'est que ceux qui s'arrêtent sont peu présentables : victimes de la crise et du mal-vivre, évadés de leur banlieue en un coup de RER, attirés par le passage et l'argent, mais restant à l'écart, ceux qu'on a vidés de Paris réinvestissent le centre à leur manière, défi permanent aux acheteurs venus pour de plus nobles raisons. Rastas, punks, clochards, le pu- 24 La misère, rue Quincampoix blic s'affole de tant de différences, mises en relief par l'omniprésence policière et la pression des vigiles. Sensation étouffante de ces rues closes, uniques en leur genre puisque, voies publiques confiées à une société privée, elles sont sous la surveillance conjointe, et pas toujours complémentaire, d'une police officielle et d'une milice, qui parfois assassine. Ces « bandes » dont on fait parler tout le monde, restent inconnues. Une association comme La Clairière, organisme social de prévention, très compétente sur ces problèmes, n'a reçu aucun soutien lorsqu'elle a voulu lancer une enquête pour mieux les définir. C'est que les décideurs du nouveau quartier des Halles sont sans cesse dépassés par ce qu'ils ont créé et toujours obligés de prendre le train en marche. §§§§§§§§§§§§§§§§§§§§ DIFFÉRENCES FÉVRIER 82 IlOF'\O La société de consommation, devant Beaubourg ~' l Les discussions, dans le hall du R.E.R. L'exemple de Beaubourg est frappant. Le Centre a connu un succès foudroyant, ce qui a attiré sur la « piazza », originellement prévue à cet effet, un nombre impressionnant d'artistes en tous genres. La première réaction a été de demander aux autorités de police de nettoyer tout cela. On a trouvé une peinture spéciale pour empêcher que tiennent sur les pylônes du centre les affiches sauvages. Puis, devant le succès enregistré par ces artistes, on a fini paf accepter. Maintenant, les dépliants des agences de tourisme japonaises prévoient, dans l'heure consacrée à la visite du Centre, une halte sur la piazza, pour contempler « l'exotisme parisien ». L'expression, reprise par d'autres, laisse planer un doute sur la qualité des contacts créés. Aux dires d'un de ces artistes, la pièce de 1 F du touriste étranger est plus souvent un acte de bonne conscience que le paiement d'un spectacle. Il n'empêche que là, comme sur les quais du RER, les immigrés peuvent retrouver un moment de leur culture. Mais si, à Beaubourg, on a réussi à récupérer et contrôler l'expression spontanée des différences, c'est loin d'être le cas dans le reste du secteur. Du spécialiste du « tapacenballes» à la descente des zonards, la vitrine de Paris, ce beau centre bien propre, est en train de devenir trop voyant: on y distingue trop les contradictions d'une société qui produit ses jeunes bourgeois « clean », ses clochards, ses immigrés, etc. On voulait que tout le monde s'y aime, communie devant les vitrines et s'auto-émerveille de la grandeur de Paris, on y voit en fait une société dure qui distille son racisme. Et pour peu qu'on s'écarte des abords immédiats 25 du complexe Beaubourg-Les Halles, on plonge dans une misère même pas pittoresque. Bien fragile, la vitrine: il suffit que les employés, pour la plupart immigrés, de La Prévoyante, société privée chargée du nettoyage du Centre Pompidou, se mettent en grève parce qu'ils sont sous-payés et victimes de brimades, pour que ferme le Centre. Que vont penser les Japonais ? Aujourd'hui, les décideurs du nouveau quartier font un peu figure d'apprentissorciers. A trop vouloir montrer son ventre, Paris est devenu obscène à leurs yeux. On a donc cherché des responsables. Il ne fallait pas aller loin : la rue Saint-Denis était là. Une fois de plus, les prostituées se retrouvent cause de tout. La campagne de M. Dominati, lors de l'élection partielle du 17 janvier, était entièrement centrée sur ce thème: sécuritésécurité. Dans Paris-Demain, son organe de propagande, on lisait: « La rue Saint-Denis, centre des refoulés de Pigalle ». Traduction facile: depuis le « nettoyage» de Barbès en 1978, les clients immigrés se font de plus en plus nombreux. Rancoeurs, menaces et faibles espoirs Vaste campagne, lancée à la mairie de Paris, qui regrette l'exotisme de la rue Saint-Denis, relayée par la grande presse, de France-Soir au Monde, par des associations de locataires qui émergent bizarrement. Autant de gens qui s'interrogent candidement sur ces problèmes. Sans voir les taudis, la concentration volontaire de la prostitution rue Saint-Denis, les studios loués 12000 F par mois à trois prostituées, la proximité même du nouveau centre, ce qui a eu pour effet de remplacer les magasins i d'habillement par des Peep-show. ~ Un quartier mort-né, le nouveau quar- tier des Halles? Pas tout à fait. Il y a encore des associations pour le faire vivre, les militants du dimanche matin sur le marché Montorgueil, le Foyer Montorgueil qui, sans aucune aide, fait vivre une maison de quartier et un théâtre, qui ont besoin d'aide, il ya legros travail des églises de Saint-Merri, Saint-Leu, SaintEustache pour l'amitié entre les peuples et le travail vers les plus défavorisés, il y a La Clairière, implantée depuis 60 ans dans le quartier. Il y a aussi des solutions

certains, à gauche, proposent pour

enrayer le déséquilibre déjà marqué du quartier, d'utiliser le 1 % patronal à la construction sociale, et non plus de bâtir quelques HLM-alibi. Si la ville veut un vrai centre, il lui faut intégrer toutes les composantes sociales qui font sa force. Pour que le ventre de Paris soit un spectacle crédible, il faut que la ville montre ses tripes. Alors Paris, en 82 on enlève le bas ? Jean-Michel OLLÉ \ 1 \ ) ERRATUM •• L'HOMME DESCEND DU NEGRE Les ancêtres des Européens habitaient l'Afrique. Ils étaient noirs, mesuraient 120 cm, et parlaie.nt déjà. C'est ce que nous révèle l'exposition « Les premiers habitants de l'Europe ». C'est un peu ennuyeux : les nombreux visiteurs de l'exposition « Les premiers habitants de l'Europe» vont savoir que l'Afrique est désormais considérée comme le berceau de l'humanité. De quoi ont l'air les Européens s'ils doivent se reconnaître de tels ancêtres, vieux de 6 millions d'années? Malheureusement, on ne peut faire autrement: les plus vieux hominidés découverts sont exclusivement africains. Ils vivaient au bord des grands lacs qui ponctuent la vallée du Rift, longue fracture de la croûte terrestre qui traverse la Tanzanie, le Kenya, l'Ethiopie, vers la Mer Rouge et le Proche-Orient. Le plus gênant, c'est qu'ils commencent à se comporter en hommes : aux environs de 2,5 millions d'années apparaît dans ces régions l' Homo Habilis: il est debout et, fait capital, commence à fabriquer des outils. Pis que cela, il parle! M. de Lumley, organisateur de l'exposition, est formel : pour faire un outil, il faut être capable d'une pensée conceptuelle et pouvoir transmettre son savoir-faire. Tailler un galet, c'est accomplir une série ordonnée de gestes dans un but précis, conçu à l'avance et qu'on peut énoncer. La grande diaspora Comment est-il? Petit, sans doute 120 cm. Il se tient parfaitement debout. Son palais est suffisamment profond pour permettre à sa langue de former des sons articulés. Il s'installe dans des campements de base où sont organisées des activités sociales communes : chasse, dépeçage da.ns les ateliers de boucherie ; on a trouvé dans ces ateliers des ossements d'hippopotame, d'éléphant, d'antilope ... Sa peau est très probablement noire : dans cette période, le climat de l'Afrique orientale s'est notablement asséché ; ont mieux résisté et proliféré les individus dont la peau supportait plus facilement le soleil. Dérivés d'homo habilis à gros cerveaux, apparaissent, vers 1,6 million d'années et toujours en Afrique orientale, les premiers homo erectus : crâne plus développé, d'une capacité de 800 centimètres cubes (la nôtre est de 1400 centimètres cubes), 27 ils sont aussi plus granàs : de 140 centimètres à 160 centimètres. C'est à eux que nous devons l'existence. Très tôt, ils occupent tout le territoire africain. Consommant de plus en plus de viande, ils vivent de cueillette et de chasse, de sorte que se crée un équilibre entre le gibier et les chasseurs, qui risque d'être perturbé par les accroissements de population. Selon M. de Lumley, l'homo erectus est attiré par le vide des territoires qui s'offrent à lui. Dans les niches écologiques nombreuses de la vallée du Rift, il y a une place à prendre: c'est la grande diaspora de l'homo erectus, l'homme debout. Après toute l'Afrique, l'homo erectus se répand dans les zones tempérées chaudes. Arrivé au Proche-Orient, il se déplace vers l'Inde et le Sud-Est asiatique d'une part, d'autre part vers l'Europe méridionale. On le retrouve à Chilhac, dans le Massif Central, il y a environ 1,5 million d'années. On connaît m~1 l'homo erectus de cette période. On sait qu'il passe une partie de son existence dans des abris artificiels, ce qui suppose une structure sociale évoluée: grottes aménagées (Vallonnet, Alpes Maritimes), berges de rivières ou de lacs (Chilhac). Il n'a toujours pas domestiqué le feu et son outillage reste archaïque. Il reste en Europe méridionale, ne s'aventure dans les zones septentrionales de l'Europe que pendant les phases interglaciaires et chaudes du Quaternaire. Poussé toujours plus loin, il est néanmoins arrêté par le climat. Il est donc logique de le retrouver à Tautavel, dans les Pyrénées Orientales, il y a 450 000 ans. Dans les années 1970, on y découvre un crâne humain presque complet, ce qui permet de reconstituer l'aspect de cet anténéanderthalien. On en voit une interprétation à l'exposition. Sa peau s\:st probablement déjà dépigmentée, les conditions climatiques et le port des vêtements aidant. Crâne et front fuyant, prognathisme marqué, mandibule sans menton, dents volumineuses : malgré toute la tendresse qu'on lui porte, l'homme d'alors est peu attirant. Il force pourtant l'admiration puisque c'est autour de cette période (400000 ans) qu'il domestique le feu. "-' Les ancêtre de l'homme, tel que les voit le scénariste de « La guerre du feu ». La guerre du feu n'a pas eu lieu de proche en proche, comme entre le Gitan et la fille du notaire. C'est d'ailleurs une condition capitale pour l'homogénéisation de l'espèce humaine. Si cela n'avait pas été, nous n'en serions pas à lutter contre le racisme, mais à constater l'existence de deux espèces humaines dans le monde, complètement différentes. L'homogénéisation sera parfaite lorsque les hommes, de chasseurs, deviendront pasteurs et qu'augmentera ainsi leur population, bien plus tard, vers 6 000 ans. D'ailleurs, il ne pouvait guère faire autrement: à vivre en lisière des zones tempérées froides, on cherche à se protéger plus efficacement que dans les zones moins hostiles. De plus, il n'est pas avare de ses découvertes. Quand l'homme découvre quelque chose à ce moment-là, cela se répand « vite ». Comme dit M. de Lumley, il n'y a pas eu de « guerre dufeu » : dès qu'il a utilisé le feu, l'homme a sans doute trouvé comment le reproduire. C'est pourtant à cette époque de la domestication du feu que vont se développer de grandes traditions culturelles régionales. L'utilisation du feu permet d'élaborer des campements plus sophistiqués. L'exposition reconstitue la hutte des habitants de Terra Amata (Nice) : autour du foyer, l'homme organise son habitat. Les chasseurs vont y conter leurs exploits, prévoir la chasse du lendemain, évoquer les souvenirs lointains de quelques héros de chasse fabuleux. Des civilisations vont ainsi naître, se développer, évoluer indépendamment les unes des autres, se côtoyer sans perdre leur identité: les différences naissent des cultures. De plus, les hommes sont encore très peu nombreux, l'économie de chasse supposant l'exploitation d'immenses territoires. Le Sinanthrope de Pékin et l'homme de Tautavel, même s'ils vivent à peu près à la même époque, ont peu de chances de se rencontrer. Les groupes s'isolent donc par nécessité culturelle: mais, comme dit M. de Lumley, il y a toujours plus de différences entre un notaire et un Gitan de la même ville qu'entre un Basque français et un Basque espagnol. Les frontières de cette époque aussi sont culturelles: il faut se regrouper et créer les conditions pour que soit préservé un savoir essentiellement technique, indispensable à sa survie. Sans qu'en soient exclus les échanges. C'est pour ces raisons qu'apparaît le polymorphisme: l'homo erectus Tantaveliensis « n'est plus tout àfait le même, ni tout à fait un autre» pour parodier Verlaine, que l'homo erectus d'Afrique. Il a par exemple le front plus étroit! Mais ce développement séparé est loin de l'apartheid. Il existe entre ces groupes de cultures différentes des contacts génétiques 28 Développement séparé sans apartheid A ces différents égards, le film La guerre du feu est plein de bonnes intentions, à condition de ne pas le considérer comme un documentaire scientifique sur la période de la domestication du feu . Il est sympathique de présenter une tribu noire plus évoluée et plus pacifique que les autres, et plus particulièrement une femme noire pour faire découvrir, pêle-mêle, au mâle blanc, l'allumage du feu, le rire et la position amoureuse dite du missionnaire. Mais au-delà d'une inversion des rapports, à rapprocher de celui opéré dans le dernier « Tarzan» (voir l'article de Jean-Pierre Bergeon, Différences nO 6 de décembre 1981), c'est une reconnaissance symbolique de notre ascendance qui est proposée au public européen. Le premier Européen, c'est peut-être, si on accepte de franchir allègrement un petit million de siècles, ce petit enfant que nous promettent le Blanc et la Noire à la dernière image du film. Jean ROCCIA BIBLIOGRAPHIE - Les hommes fossiles. E. Genet- Varcin (Ed. Boubée). - Les premiers habitants de l'Europe. Laboratoire de préhistoire du Musée de l'Homme. - Anténéanderthalien" et néanderthaliens du Bassin méditerranéen occidental européen (1973). M.A. de Lumley. Etudes quaternaires. - La Préhistoire française. Tome 1, sous la dù ection de Henri de Lumley. Paris CNRS 1976. - Les innommables. Claude Klotz (10 / 18). L'appropriation du passé a toujours été l'enjeu d'une compétition forcenée entre les différents groupes qui composent la société. Mais la vision du passé s'est, au cours des histoires, modifiée et enrichie. Les empoignades historiques ont progressivement abandonné les scènes théâtrales de l'histoire politique pour se pencher vers les magasins de l'histoire économique. Au service des gouvernants et parfois des peuples, l'historien s'est fait boutiquier et comptable, il a quité les villes pour les campagnes, l'ombre protectrice des palais royaux et universitaires pour prospecter jusqu'aux humbles archives villageoises. Il y a quelque paradoxe, au moment où se terminent en Europe les dernières vagues de la désertion rurale, à voir s'amorcer un retour des clercs, une ombre dérision qui fait de tous les praticiens des sciences humaines les témoins un peu cyniques de la mort des vieilles civilisations rurales. Dans le concert de sciences humaines, l'archéologie a bénéficié de ce déplacement d'intérêt des concepts aux choses, des idées aux objets. Depuis le XVIIIe siècle, la plupart des pays d'Europe ont développé des services d'étude et de protection des vestiges enfouis. Au Xlxe siècle, l'émergence impulsive des nationalités a attiré l'attention sur les vestiges matériels des cultures qui nous ont précédé. En France comme en Allemagne, « celtomanie » et « germanomanie » ont recouvert la science des oripeaux plus ou moins bien ajustés du nationalisme. Préfaçant en 1930 le monumental Manuel d'archéologie gallo-romaine d'A. Grenier, le prophète inspiré de l'histoire de la Gaule qu'était Camille Jullian terminait ainsi sa présentation

« Adieu donc, mon cher ami. Allez à la destinée qui vous

est réservée en continuant votre oeuvre de vrai savant et de bon Français ». Depuis qu'en 1912 Gustave Kossina, l'un des fondateurs de l'archéologie préhistorique, annonçait dans l'un des plus célèbres manuels de l'époque que la Préhistoire était une science « au plus haut point nationale », les idéologues du nazisme sont venus mettre ces principes en action de la façon que l'on sait (1). Mais, face à ces définitions qui paraissent d'un autre siècle les archéologues contemporains devraient se garder de trop d'optimisme. A des dates toutes récentes, il s'est trouvé des historiens de l'Antiquité, en France comme ailleurs, pour défendre les vieux empires coloniaux au nom d'une tradition multiséculaire ... Les chasses gardées de l'archéologie De ses vieilles épousailles avec l'expansion coloniale, l'archéologie française (comme dans une certaine mesure l'archéologie anglaise) garde encore des séquelles. Les institutions qui mènent des recherches l'étranger, Ecole de Rome, d'Athènes, !nstituts du Caire, 1e. Beyrouth, etc ... sont beaucoup plus Importantes et prestigieuses que les faibles services qui, en France-même, s'occupent du patrimoine archéologique. Dans ce qu'on appelle la politique des relations culturelles des Etats ?évelop~és, l'archéologie occupe une place symbolique, touJours unilatérale. Les Etats industriels organisent des missions archéol?giques dans les pays en voie de développement, mais on n'a Jamais vu une fouille archéologique turque ou même grecque en France. On pourrait d'ailleurs noter que, inversement, l'archéolog.ie échappe aux efforts de développement de la collaboration scientifique qui caractérise les pays développés

les fouilles françaises en Angleterre, ou anglaises en

France, sont limitées, voire inexistantes. On sent bien là l'une des particularités de l'archéologie, surtout pour ce qui caractérise la fouille comme moyen privilégié d'investigation scientifique. Les autres activités habituelles à l'archéologue (publications, musées) semblent se prêter mieux à la collaboration internationale. Il faut sans doute l'expliquer par le fait que I~ fouille, avec les manipulations qu'elle suppose, met immédiatement en jeu le droit de propriété des objets découverts et, par conséquence, la notion de souveraineté. Jamais autant de pays n'ont été protégés par autant de lois portant surveillance du patrimoine archéologique, et pourtant jamais le trafic des antiquités n'a été aussi florissant. Il faut croire que, dans l'inconscient des peuples, le fait de laisser des étrangers mani- 30 UJ l-___________________________________ ~--------------------------_i 2

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"- L-______ ~~ ___________________________ ~--------------------~ o p~ler les traces de leurs prédécesseurs touche quelque chose d'Important. En ce sens, le droit archéologique moderne est I:?éritier d~s interdits qui, dans les sociétés archaïques, limitent 1 InterventIOn des étrangers. Malheureusement, si les tabous valent toujours, ils ne jouent plus guère à l'encontre des forces économiques et, tel pays comme la France, doté d'un chatouilleux code des autorisations de fouilles , laissera détruire sans sourciller par des groupes de promoteurs des dizaines de sites archéologiques importants. Le chercheur, le public et le marchand A cet égard, rien n'est plus dangereux que l'idéologie officielle d~ l'archéologie, telle qu'elle est diffusée par les grands organismes de tutelle dans les divers pays européens. Le public est invité à voir les expositions, à visiter les sites archéologiques mais n'est jamais convié à exprimer son sentiment sur le~ programmes de fouilles, sur la présentation des fouilles et des musées. Le public n'est admis que passif et surveillé. La rec.herche se développe à l'abri du public, dans le sérail d'institutIOns bien closes d'où filtrent des conférences ou des ouvrages de vulgarisation. La crise culturelle de l'archéologie n'est qu'un aspect d'une crise plus vaste, qui touche l'ensemble des institutions culturelles, comme les difficultés de la communication entre le.s archéologues et le public ne sont qu'une facette des ~ul~lples problè~e~ d'information posés par la recherche sCientifique. La traditIOn muséale fait de l'archéologi~ une discipline carrefour qui doit répondre aux strictes eXigences de la recherche comme aux demandes culturelles du public, et l'équilibre nécessaire est difficile à trouver. Dans le musée-cathédrale hérité de la Renaissance tout était accessible au public et, inversement, l'espace réservé ~ux chercheurs était réduit, voire inexistant. Dans certains musées modernes il en irait presque à l'inverse et parfois les fonctions de recher~he et de conservation ont été développées à un point tel que le public semble un intrus. Au fond, l'archéologie a-t-elle une existence autre que purement universitaire? Ramasser des objets, les étudier, éventuellement les exposer, est-ce développer une science spécifique? Quel historien ou quel ethnologue refuserait-il ce programme comme non-pertinent? Est-ce l'éloignement dans le temps et l'espace qui justifie que certains documents concernant certaines cultures soient traités par des archéologues et non par d'autres spécialistes des sciences humaines ? Dans la confusion actuelle des disciplines, chaque spécialiste semble vouloir envahir le domaine de l'autre. Découvrir la durée en ethnologie, le moment en histoire, apparaissent comme autant d'audacieuses innovations. Depuis bien longtemps, et particulièrement en Amérique, la frontière entre ethnologie et archéologie n'est plus étanche: Franz Boas et ses successeurs l'ont franchie si souvent qu'elle a fini par disparaître. Inversement, en Europe, la naissance de l'archéologie industrielle, le développement des études « d'art et tradition populaire » ont permis aux historiens d'aller enquêter dans des domaines jusque là réservés aux archéologues. A visiter le musée des Arts et Traditions pupulaires ou l'exposition « Les premiers habitants de /' Europe », de la galerie d'étude aux salles d'exposition, ou commence l'ethnologie, l'histoire, l'archéologie ? Ces dépassements, ces débordements pluridisciplinaires ne sont pas la règle. Au centre de la discipline, les vieilles citadelles tiennent toujours bon. L'histoire de l'art réduite à une pure histoire des formes, la typologie développée jusqu'à d'ultimes raffinements restent pour une majorité d'archéologues le modèle de toute activité scientifique. Les entreprises documentaires traditionnelles n'ont jamais été aussi florissantes : collections de vases, d'outils, de sculptures, lancées parfois avant la première guerre mondiale se développent. La plupart des grands musées continuent à augmenter leurs stocks d'objets archéologiques par des achats sur le marché international, alimentant ainsi les fouilles clandestines, par ailleurs unanime- , ~. ".- Les outils taillés par les hommes pouvaient servir à travailler les peaux ... 31 '. ... ou étaient utilisés pour débiter les animaux chassés. ment condamnées. A quoi servent les sommes investies dans ce achats? Combien de musées qui pratiquent une politique d'achat très dynamique, ne disposent-ils que de catalogues fort sommaires? Les connivences implicites qui lient les archéologues aux antiquaires pèsent encore de tout leur poids sur le marché des antiquités. Glozel et le « mirage oriental» A Glozel, c'est dans un champ de quelques ares près de Vichy qu'un jeune paysan, Emile Fradin, découvrit en mars 1924 une sorte de four contenant, entre autres, des morceaux de poteries, des os gravés et une tablette portant des signes. Un médecin de Vichy, le Dr Morlet, s'empare de la découverte, étend les fouilles et donne son interprétation: une population néolithique (c'est-à-dire possédant l'agriculture, l'élevage et la poterie, qui n'apparaît normalement en Europe que vers 6000 ans av. J.-c.) vivant au paléolithique (comme l'indiquent les représentations gravées de rennes, animal qui disparaît de la région vers ID 000 ans av. J.-c. , avec la fin de la dernière glaciation) et connaissant déjà une écriture alphabétique (dont les premiers exemples, au Proche-Orient, sont datés de la fin du dernier millénaire av. J .-c.) .. . Enthousiasme de certains savants, comme Salomon Reinach, qui avait déjà dénoncé le « mirage oriental », ou l'ethnologue Van Gennep. Fureur de la majorité des préhistoriens de l'époque, Capitan, Peyronie ou les abbés Breuil et Favret, qui crient au faux. Des commissions scientifiques rendent des avis contradictoires, dans une débauche d'épisodes cocasses dont la presse fait ses choux gras. La Justice s'en empare; perquisition, procès en diffamation, rapports d'experts se succèdent, et aboutissent en 1932 à des non lieux. Plus exactement, pour la Justice, faux ou pas, les objets n'ont pas été fabriqués par Fradin ou Morlet. Considérée dès lors comme terminée sur le plan judiciaire et scientifique, l'affaire entre dans la mythologie, exemple par excellence du faux archéologique, ou affaire Drexfus de l'ar- UJ ~ ~ 0 .'".; UJ Cl UJ ":"r.

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~ chéologie ésotériste qui, de Nazca à Carnac, quête partout les traces des Atlantes mystérieux qui régnèrent jadis sur le monde. Pourtant, dans son principe, l'affaire de Glozel n'a rien qui la différencie de dizaines d'histoires identiques, qui toutes ont pour base l'attribution d'objets archéologiques à une période chronologique erronée, en général trop ancienne. Cela vient, cette année encore, d'arriver dans le Sud-Ouest de la France où des archéologues amateurs ont attribué au néolithique une honnête grotte troglodyte du Moyen-Age. De telles affaires sont à distinguer des faux stricts, de la tiare de Saïtaphernès, vendue fort chère (sur expertise de Salomon Reinach) au Louvre, à l'homme de Piltdown ou à cette épée mérovingienne vendue il y a fort peu au Musée de Saint-Germain-en-Laye; en effet ces faux ne sont que des objets isolés, qui ne peuvent résister très longtemps aux techniques d'analyse modernes. Dans le cas de Glozel, les proportions prises par l'affaire tiennent à trois causes distinctes: l'incapacité des techniques archéologiques des années 20 à trancher définitivement sur l'âge du site, supposé homogène, ce qui a permis à des savants éminents de se tromper (comme, à l'époque, pour l'homme de Piltdown)

des soupçons de faux, agités dès lors, faute de mieux,

par les scientifiques qui avaient suffisamment de contrepreuves extérieures pour rejeter le site, soupçons qui ont empoisonné le problème; et l'enjeu idéologique de Glozel, alors assez confusément ressenti, dont on reparlera. Le problème technique a pu être tranché entre temps. En 1972, trois laboratoires différents ont daté, par « thermoluminescence » (méthode de datation des argiles cuites), les tablettes de la période gauloise ou gallo-romaine. Les tablettes n'étaient pas fausses , en dépit du rapport fort controversé de l'Identité Judiciaire de l'époque, et Emile Fradin, dans ses Mémoires récemment parues, s'en est félicité. Les tablettes et objets bizarres les accompagnant devaient être mis au compte du bric-àbrac d'une officine de sorcière gauloise. Cette hypothèse avait d'ailleurs été proposée dès l'époque par le celtologue Camille Jullian, et plus récemment par J. P. Adam dans son livre démystificateur L'archéologie devant l'imposture. Le site luimême avait dû être remanié à une époque récente par des fours de verriers, comme celui de la découverte initiale. C'est à ces verriers ou à d'autres qu'on peut enfin attribuer certains faux manifestes, notamment des os gravés imitant l'art paléolithique - la datation de l'un d'eux étant quasiment moderne! Il est évident qu'avec les techniques actuelles, de tels remaniements seraient désormais mis sans peine en évidence si les fouilles reprenaient. Aux origines de l'écriture Les deux premiers problèmes réglés, restait l'enjeu idéologiq~ e . Le milieu archéologique n'a maintenant plus rien à faire , ni pour ni contre, de l'hypothèse d'un alphabet d'abord né en Europe occidentale : le paysage scientifique a été entièrement remodelé par les fouilles menées dans les dernières cinquante années, et des problèmes bien différents et plus passionnants ont surgi entre temps. En revanche, pour d'autres, Glozel garde ses charmes. Déja, Morlet lui-même, avait écrit: « L'Occident n'est-il pas, pour l'écriture princeps, comme unef ille-mère qui aurait honte de safille ? » .. . Aussi retrouvera-t-on Glozel dans les délires para-archéologiques type Charroux; mais aussi dans notre extrême droite rénovée. Cette récupération n'allait pourtant pas de soi: à l'époque, l'extrême-droite, à courte vue, était anti-glozélienne, puisque Salomon Reinach était juif ! Mais deux ouvrages récents montrentque les temps ont changé, et que le front n'est plus le même. Publiés tous deux avec le support éditorial de la Nouvelle Droile, le premier offre la version délirante de cette réha~ilitation étrange de Glozel : c'est le livre de L.e. Vincent, membre .du comité de rédaction de Nouvelle Ecole, chez qui l'antisémitisme, le continent Mu, l'ésotérisme de bazar et le Concours Lépine forment avec Glozel un tout cohérent, dont on épargnera le détail au lecteur. Dans sa version boy-scout de 32 C'est ainsi que la propagande nazie présentait aux Allemands la dégénérescence d'une famille après plusieurs unions illégitimes. Un général allemand étudie une coupe stratigraphique. la para-archéologie, c'est un livre de trois collaborateurs de la revue para-archéologique belge Kadath, L'Aff'aire Glozel, publié aux Edition Copernic; en eux-mêmes les auteurs n'y sont sans doute pour rien, mais que la très sérieuse maison d'édition de la Nouvelle Droite prenne les risques d'un Glozel vieux de 15000 ans est significatif. Glozel ravit en effet la palme de la culture et de l'invention aux douteuses terres orientales, et rétablit dans ses « vrais» droits la civilisation (indo )-européenne. L'étrange concubinage du faux para-archéologique et de l'extr~ me-droite n'est cependant pas propre à l'Hexagone (et qu'on songe aussi à l'éclairant itinéraire de L. Pauwels depuis le Matin des magiciens). Les nazis et l'archéologie Il est des connivences plus sinistres qui travaillent l'inconscient des archéologues et des historiens. Le Passé est et a été un puissant moyen de contrôle du présent. En France même, la création du mythe de Vercingétorix dans la France du Xlxe siècle est l'expression de la montée du nationalisme. Les polémiques entre le grand historien allemand Mommsen et son homologue français Fustel de Coulanges, après l'annexion de J'Alsace en 1871, sont célèbres. De même, après la guerre de 1918, les discussions entre Polonais, Hongrois, Roumains et Allemands ont-elles enflammées la Préhistoire européenne. De nos jours, au Moyen-Orient, comme au Pakistan, sur les bord de l'Oussouri comme sur les bords de la Baltique, les préjugés nationalistes ne sont pas absents des discussions archéologiques. De 1933 à 1945, cependant, les dirigeants nazis ont poussé l'asservissement de l'archéologie à un point jamais connu auparavant. Autour de Rosenberg et d'Himmler (1), faux savants, demi-fous et scientifiques authentiques se pressaient pour développer l'idée du « Nord», la supériorité des « Aryens» et, parmi les « Aryens », des « Germains ». Des Flandres à la Vistule, il fallait refonder« un Reich millénaire» et ce programme comportait l'asservissement, l'anéantissement de Accompagné d'un dignitaire nazi Rosenberg visite un site archéologique. populations entières et le. dévelop~eme.nt d'une nouvelle « science de la race» au service du parti naZi. Dans les fourgons des armées allemandes, au contact des plus féroces unités de répression comme la tristement célèbre ~ivision SS « Wik~ng », opèrent des archéologues allemands, dlrect~urs de .,?~sees et professeurs d'universités. En Pologne, en Union s?vletlque, en Tchécoslovaquie, en Grèce, on organise des fouilles subventionnées par les SS ou le parti national socialiste; on vaju~qu'à piller les musées, voire à assassiner scientifiquement les p~lsonniers des camps pour constituer des collections d'anatomie (2). Résurgences Ce que l'archéologie gagne en précision, elle le perd en émotion. Il y aura toujours des gens pour croire aux extra-terres~res ou à l'Atlantide, mais depuis Himmler et Rosenberg, certal.nes assimilations sont marquées du sceau de l'infâmie. L'Atlantide, le continent Mu, la supériorité des indo-européens ne sont que Ets Super Service Optique Rénovée f. f. f. O. R. 79, avenue de la Marne - B.P. 15 92600 ASNIÈRES - Tél. 790.65.03 ~§§§§§§§§DIFFÉRENCES FÉVRIER 82 des divertissements sans gravité, sauf quand il s'y mêle, insidieusement, une volonté d'exclusion, une échelle évidente de valeurs hiérarchiques. On retrouve dans Nouvelle Ecole et dans Eléments les mêmes théories que dans la tradition germanomane

exaltation du « Nord», supériorité « blanche », recours

au mythe de l'Atlantide et du continent Mu. Ce mélange . de romantisme nordique et de propagande est classique dans toute la tradition de l'extrême-droite européenne (3). Du Malin des magiciens à Nouvelle Ecole, en passant (y compris à l'insu des auteurs eux-mêmes) par Kadath, il y a des connivences évidentes. Mais notre extrême-droite n'a pas que de magiciens. L'honorable J. Haudry, professeur à l'université de Lyon et à l'Ecole pratique des hautes études, et par ailleurs membre éminent du G RECE et de Nouvelle Ecole, vient tout juste de sortir un Que sais~ie ? sur les Indo-Européens, après un autre sur l'indo-européen, fort savant et purement linguistique. Le dernier, après toutes les précautions d'usage et un résumé un peu forcé des travaux de G. Dumézil (qui s'est démarqué plusieurs fois de ce genre de récupérations), débouche sur ce qui en constitue le mesage politique: les Indo-Européens originels d'il y a cinq mille ans n'ont jamais formé, dit-il, une race cohérente, seule la « couche supérieure» était homogène et appartenait à ... « la race nordique ». Il est vrai que l'auteur s'appuie sur une autorité pour l'affirmer (page 123, note 36): H. Günther, le plus grand raciologue nazi. Ceci paraît alors que les classifications anthropologiques en termes de « races », et les « Indo-Européens » eux-mêmes n'ont jamais été pour les scientifiques des entités aussi branlantes. Les Presses Universitaires de France, qu'on ne savait pas si engagées, viennent d'apporter une étrange contribution au doute épistémologique montaignien qui fait le titre, et le renom, de leur collection. L'histoire ne relève pas seulement de la « science », de l'objectivité rationnelle: elle s'enracine dans des émotions et des fantasmes - aussi divers que les chercheurs. La résurgence afficnée des théories raciales n'a pas de quoi surprendre dans un monde traversé par des tensions de toutes sortes. Peut-on souhaiter voir les chercheurs prendre leurs distances face au retour des idéologies du mépris et ne pas cautionner de leur autorité scientifique les délires de ceux que toute différence inquiète? Jean-Paul DEMOULE et Alain SCHNAPP (1) Voir à ce sujet: A. Schnapp, Archéologie. archéologues et na::isme. in Pour Léon Poliakov. Le racisme, 1I1\·thes et sciences, sous la direction de M. Olender. Bruxelles 1981, Editions éomplexes. Sur la résurgence de cet état d'esprit. le livre de M. Billig : L'internationale raciste - de la psychologie à la science des races (Paris. Maspéro. 1981). est fondamental. (2) Sur la craniologie comme « discipline II voir N. Fresco : Au beaux temps de la craniologie. in le Genre Humain. 1. 1981. Pans. Fayard. pp. 107-116. L'affaire des « crânesjui(s» de l'université allemande de Strasbourg a étéjugée au tribunal de Nüremberg, voir F. Kaul : Das SS Ahnenerhe Llnd die JÜdi.l'che Schtidelsammlung an der ehemaligen R. U. Strassburg, Zeitschrift für Geschichtswissenschaft. 1968. pp. 1460-1474. (3) cf. Billig, cité note 1. 33 2222733 Le reFUGe sporTS LE REFUGE 46, rue Saint-Placide 75006 Paris On ne peut refuser la communication. Nous communiquons par toute une série de signaux: gestes, postures, expression du visage, orientations du corps, des objets, rapport de distance entre les individus. PARLER AVEC LES MAINS VOUS est-il jamais arrivé de claquer dans vos doigts pour appeler le garçon d'un café d'Amsterdam, ou de croiser l'index et le majeur (signe de protection en religion catholique) ... devant un Turc, ou encore de faire signe à un enfant laotien de se rapprocher en l'appelant du doigt? Ne vous y risquez pas, car il s'agit là d'insultes bien réelles, même si involontaires. Insulté, vous l'auriez sans doute été si au cours d'un voyage à Tokyo, la direction de votre hôtel vous avait constamment déplacé de chambre en chambre! Cets pourtant ce qui arriva à l'anthropologue Edward Hall. Ce qu'il prit au premier abord comme un manque de courtoisie notoire, n'était en réalité qu'une marque d'hospitalité de la part des Japonais, une façon de le traiter comme un « membre de la famille ». En effet, au Japon, seule « l'appartenance» procure une identité. Seize manières de dire non! Lorsqu'un homme entre dans une compagnie, il devient membre d'une corporation, une cérémonie marque même cette occasion. De récentes études consacrées à la communication humaine ne se contentent plus de la considérer comme un phénomène à sens unique, ne mettant en jeu que le langage verbal, mais comme un Le croisement de l'index et du majeur signifie, dans les pays catholiques, que l'on recherche une protection. En Turquie, en revanche, il est le symbole du couple et est considéré comme une insulte sexuelle. processus d'interaction dans un contexte donné, faisant intervenir de multiples systèmes de communication. C'est sous le terme de « communication non verbaIe » que l'on a regroupé tous ces gestes, postures, expressions du visage, orientations du corps, orientations des objets, rapports de distance entre les individus grâce auxquels une information est émise. Il nous est en effet impossible de ne pas communiquer. Quand nous refusons la communication, nous sommes contraints de signaler cette position par toute une série de signaux: nous ne répondons pas, détournons le visage. En présence d'un autre, tout comportement implique la communication que nous le voulions ou non. Ces signes non verbaux peuvent être étroitement liés à la parole ou, au contraire en être tout à fait indépendants, voire contradictoires. C'est Edward Hall qui mit en évidence le fait que la parole peut véhiculer un cer- 34 tain sens, tandis qu'à un autre niveau, la communication non verbale peut véhiculer un sens très différent. On cite souvent l'exemple japonais où il existe seize manières non verbales d'éviter de dire non quand on veut décliner une requête. Un autre Américain, R. Birdw!"listell, estime qu'environ 30 % seulement de ce qui est communiqué dans une conversation, est de nature verbale; son estimation est basée sur ce qu'échangent deux personnes appartenant à la même culture et parlant leur langue maternelle. On s'aperçoit que l'homme maîtrise très peu, dans les circonstances habituelles de sa vie, les communications non verbales. Celles-ci ne peuvent être comprises que par des méthodes assidues d'analyse détaillée. Les recherches effectuées dans cette direction ne datent pas d'hier; c'est en 1878 que paraît l'ouvrage de Darwin: L'expression des émotions chez l'homme et les animaux. Dès 1923, l'ethnologue Marcel Rauss demandait que l'on procédât à un « inventaire des techniques du corps». L'éthologie, étude du comportement des animaux, a largement contribué à l'élaboration de cette nouvelle discipline qu'est l'intercommunication. Il faut pourtant se méfier du très mauvais usage qui peut être fait de la communication non verbale. Le danger est d'attendre, et on le fait déjà, une signification spécifique à certains éléments des systèmes non verbaux: « croiser les jambes signifie que vous êtes trop tendu », « si vous croisez les bras, vous rejetez les autres » ... Des ouvrages tels que Comment lire quelqu'un comme dans un livre ne font qu'induire en erreur, d'autant plus qu'ils sont conçus pour satis- li 1IIII::!l!!!!I!!!!!~U~...L....oIIlI,;....;....:.&.Oii ~""","-..:;.;;.o.... ........ --, ci faire la manie du public d'avoir des réponses spécifiques à des questions complexes pour lesquelles il n'y a pa de réponse simple. Le langage du comportement et extrêmement su btil. Les Occidentaux sont rythmiquement sousdéveloppés L'éthologie a donc permis de mettre en évidence la spécificité des modes de communication non verbale inhérents à chaque culture. Birdwhistell a défini la « kinésique » comme la façon de se mouvoir et d'utiliser son corps. Il écrit: « Chaque culture a sa propre manière de marcher, de s'asseoir, de se tenir debout, de s'appuyer ou de gesticuler. If est facile de le démontrer en filmant une foule où l'on peut reconnaître les ethnies sans se tromper, puis en passant lefilm au ralenti, les différences d'ethnies apparaissent clairement ». Ou encore « Les occidentaux sont ry thmiquement sous-développés. Ifs dansent au rVlhme d'une seule cadence, tandis que' les Tiv du Nigéria dansent au rythme de quatre. » L'expression faciale et le contact visuel font également partir du langage du corps, de la présentation de soi. Au Japon, l'interdit culturel qui frappe l'expression de la tristesse en public entraîne le transfert de l'expression de la douleur dans le mouvement des mains. Les Maghrébins maintiennent le contact visuel beaucoup plus longtemps que les Européens du nord, de même qu'ils élèvent davantage les bras lors d'une conversation et que le toucher du bras ne correspond pas forcément à une amorce verbale. Edward Hall, lui, mit en évidence la «proxémique», langage de l'espace, des distances inter-personnelles, de l'ouverture et de la fermeture de l'espace intime (la « bulle »). C'est ainsi qu'il parle, chez les Américains, de zone de distance intime, entre 15 et 45 centimètres, de zone de distance personnelle, entre 45 et 135 cm, de distance sociale entre 1 ,20 m et 3,70 m, et de distance pu bliq ue, supérieure à 3,70 m. Ces mêmes Américains travaillent toutes portes ouvertes alors qu'il est courant de trouver en Allemagne des doubles portes pour l'isolation phonique. En Angleterre, il n'y a pas de bureaux pour les membres du Parlement, alors qu'aux Etats-Unis les membres du Congrès multiplient les leurs. On pourrait multiplier sans peine le nombre d'anecdotes, mais l'essentiel n'est pas de se contenter de parler de différences culturelles et du respect qu'on leur doit. Bibliographie Une logique de la communication, P. Watzlawick, J.H. Beavin, 0.0. -Jackson, Seuil. Points. 72. Les communications non verbale, Jacques Corraze, PUF. Le Psychologue. 80. La dimension cachée, Edward T. Hall. Seuil. Points. 71. Au-delà de la culture, Edward T. Hall. Seuil. 79. Kinesis and Context. Essays on Bodynotion communication. Ray Birdwhistell. University of Pennsylvania Presse. 70. Bilinguisme et Apprentissage culturels. Actes de la table ronde sur le bilinguisme. M. Mauviel. Avril 79. 35 La communication n'est pas forcément liée à la parole. Ici, un exemple spectaculaire : un homme en proie à la terreur. Dans tous les groupes, il y a une très nette tendance à penser que chaque modèle de communication non verbale est universel. L'homme qui considère innée et universelle la culture de son enfance est à même de se persuader que quiconque se conduit de façon imprévisible ou différente doit être fou, mal élevé, irresponsable, psychopathe, irrémédiablement déformé par la politique, ou bien tout simplement « inférieur». Ses propres stéréotypes culturels parvienennt à déformer ce qu'il voit. Dans toute rencontre interculturelle et interethnique, l'interprétation correcte du comportement verbal et non verbal conditionne les échanges à tous les niveaux. Faits culturels et échec scolaire L'ignorance ou la sous-estimation du fait culturel dans les apprentissages cristallise les préjugés et entraîne de graves échecs éducatifs. Comme l'explique Maurice Mauviel, directeur du CEFIL : « Si l'apprentissage d'une seconde langue est plus aisée à l'âge précoce, il en est de même pour l'apprentissage d'une seconde, voire de plusieurs cultures. C'est entre 12 et 16 ans que s'intériorisent les stéréotypes. » Actuellement, il y a deux façons de parvenir à comprendre un système culturel étrange; l'une consiste à y passer toute une vie et à faire face aux réalités quotidiennes, l'autre est un programme d'apprentissage très étendu non seulement de la langue mais aussi de la culture. « Dans cet esprit, ajoute M. Mauviel, le Centre d'études et de formations interculturelles et linguistiques offre des stages d'initiation aux communications non verbales en contexte bi ou multiculturel. Ces stages s'adressent aussi bien à des professionnels ou des étudiants s'expatriant à l'étranger qu'à des immigrés ou des travailleurs exerçant leurs activités près de communautés étrangères ou réfugiées, ou enfin et peut-être surtout à des enseignants. Car n'est-il pas vrai, comme l'écrivait B. Bernstein que: « Pour que la culture du maître devienne partie intégrante du monde de l'enfant, il faut d'abord que la culture de l'enfant soit partie intégrante du monde du maître. ». Propos recueillis par Marie-Jeanne SALMON (1) CEFI L : Maurice Mauviel. lycée d'Etat Rabelais. 9, rue Francis-de-Croisset. 75018 Paris. Tél.: 251.19.90 p. 74. 8 février 1962. Pour protester contre les crimes commis pa~ l'O.A.S., manifestations à Paris. Au métro Charonne, la poilee charge. On relève 9 morts. Le ministre de 11ntérieur s'appelle Roger Frey. Le Préfet de police est Maurice Papon. CHARONNE : LA MORT DANS LE MÉTRO L e débat public qui s'engagea à l'automne 1981 à propos de l'éventuelle commémoratio~ des « accor,ds d'E~ian !) mettant fin à la guerre d'Algéne, a montre combien Il était difficile aujourd'hui comme hier, d'évoquer cette période de l'histoire récente de la France: le regret, encore vif chez beaucoup, d'avoir « perdu» cette colonie rencontre toujours le désir de certains de faire oublier les atrocités commises, ou tolérées, au nom du principe selon lequel « l'Algérie, c'est la France ». Parmi les épisodes les plus systématiquement passés sous silence - parcourez les manuels scolaires de 3e et vous serez surpris - cette journée du 8 février 1962 où 8 personnes moururent au métro Charonne à Paris lors d'une manifestation contre les partisans de l'Algérie française ... Depuis ce jour du 14juin 18300ù une armée de 37 000 hommes portés par 450 navires avait débarqué dans la baie de SidiFerruch, l'Algérie était passée sous domination française. Pièce maîtresse de l'Empire - avec l'Indochine, en lutte ouverte pour son indépendance depuis 1945 - près d'un millions d'Européens, en majorité Français, y étai~nt installés quand le 1 er novembre 1954 éclata l'insurrection du peuple algérien pour secouer le joug colonial. Sous couvert de «pacifier» le pays, les gouvernements successifs intensifièrent l'effort de guerre. 1955: proclamation de l'état d'urgence; 1956: envoi du contingent pour accroître les forces de répression; 1957: pleins pouvoirs à l'armée dans l'atroce « bataille d'Alger». En vue d'isoler le Front de libération Nationale (F. L.N.), principal animateur de la lutte pour l'indépendance algérienne, employant dans ce but tous les moyens, le terrorisme comme les interventions auprès de l'O.N. U., la métropole n'hésita pas à faire construire des barrages électrifiés aux frontières du Maroc et de la Tunisie et à parquer deux millions d'Algériens dans des villages su~~eil.lés. Pour combattre plus efficacement encore le F.L.N., milItaires et colons préparèrent l'émeute du 13 mai 1958 qui amorça le processus du retour au pouvoir du général de Gaulle. A insi , tout se liguait pour « tenir» en Algérie: dé.s ir farouche des Pieds-Noirs de conserver leur patne; puissants intérêts financiers métropoli~ains ; ~olont~ de donner un coup d'arrêt au mouvement mondial de decolomsation derrière lequel les officiers étaient prompts à voir ~'agite~ « la main de Moscou»· vision raciste du monde enfIn, qUi empêchait nombre de F~ança!s de comp~e.ndr.e pourqu~i « les Arabes» refusaient les bienfaits de la cIvIlIsatIOn europeenne. Une évolution se dessina pourtant à la fin de l'année 1959 dans une partie des milieux dirigeants où l'on commença ~ compr~ndre que les Algériens ne fléchiraient pas, qu'il faudrait leur faire 36 des concessions. Dans son discours du 16 septembre 1959, Charles de Gaulle parla d'« autodétermination » ... Tout fut cependant mis en oeuvre pour négocier le tournant avantag~useme nt : poursuite de la répression ave~ son cort~g~ de VIOlences, et d'ignobles tortures, tentatives de diVISIOn de l'adversaire, volonté de partager l'Algérie pour laisser à la France les immenses réserves d'hydrocarbures découvertes dans le Sahara en 1956. Malgré tout, une autre fraction des milieux dirigeants s'en.têta dans son combat pour « l'Algériefrançaise)), prenant appuI sur les colons, les officiers, les organisations d'extrême-droite, dont le mouvement de Pierre Poujade, et même une partie non négligeable des gaullistes menés par Jacques Soustel!e, ~ecrétaire général du R.P.F. de 1947 à 1951, un des pnnclpaux dirigeants de l'U.N.R. en 1958. Leur isolement politique progressif les poussa à fuir dans un recours à la violence généralisée: journée des barricades à Alger (janvier 1960), putsch des généraux Challe, J ouhaud, Salan et Zeller (avril 1961) et, presqu'en même temps, création de l'Organisation Armée Secrète (O.A.S.), chargée de saper les soutiens du F.L.N. en Algérie et en France par une vague d'attentats sanglants. 'O.A.S. visait en priorité les quartiers des grandes villes L où se concentrait la population algérienne ainsi que les locaux et réunions du P.C.F., du P.S.U., du M.R.A.P., du Mouvement de la Paix, diverses personnalités de gauche ou Pour mieux comprendre la guerre d'A 19érie JULIEN (Charles-André) et AGERON (CharlesRobert): Histoire de l'Algérie contemporaine (2 vol.). P.U.F. Sous la direction d'ALLEG (Henri): Histoire de la guerre d'Algérie (3 volumes): Temps Actuels. 1981- 1982. COURRIERE (Yves): La guerre d'Algérie (4 vol.). Fayard. 1968. GA CON (Jean) et TART AKOWSK y (Danielle) : !fistoire de la France contemporaine: tome 7. EditIOns Sociales. 1981. D.A.S. parle: Julliard (coll. « Archives »). 1964. HAM ON (Hervé) et ROTMAN (Patrick) : Les porteurs de valises. La résistance française à la guerre d'Algérie. Albin- Michel. 1979. de droite hostiles à la guerre et aux tortures, Charles de Gaulle lui-même enfin, jugé « traÎtre à la cause» depuis 1959. Un climat de terreur s'instaura effectivement. Qu'on en juge : rien qu'en janvier 1962, attaque du camp de Satory le 7,18 plasticages à Paris le 17, 13 attentats, à Paris encore, le 24! Le 7 février 1962, 13 attentats à Paris. Parmi les personnes visées: Georges Vedel, professeur à la Faculté de Droit, Raymond Guyot, sénateur communiste et André Malraux, ministre de la Culture. L'agression contre ce dernier blessa grièvement une fillette de 4 ans, Delphine Renard, défigurée et rendue aveugle. L'indignation face à la violence poussa les syndicats à organiser une nouvelle manifestation contre l'O.A.S . La C.G.T., la CF.T.C., la F.E.N., l'U.N.E.F., le S.G.E.N. et le S.N.I., soutenus par le P.CF., le P.S. U., les Jeunesses communistes, les Jeunesses socialistes unifiées, le M RAP et le Mouvement de la Paix, appelèrent à défiler le 8 février à 18 h 30 de la Bastille à la Nation. Roger Frey, ministre de l'Intérieur, et Maurice Papon, préfet de police, avertirent dès le matin que toute manifestation était interdite et serait donc empêchée. Décidément, l'attitude des forces de l'ordre, truffées de sympathisants de l'O.A.S., capables de lyncher des Algériens, contribuait à entretenir un climat moral malsain. A 19 h 30, alors que les manifestants commençaient à se disperser, la police chargea brutalement le cortège sur le boulevard Voltaire, à hauteur du métro Charonne dont les grilles avaient été fermées. Des dizaines de personnes furent précipitées dans les escaliers de la station, aveuglées par les gaz lacrymogènes, sauvagement matraquées et écrasées sous des projectiles divers, y compris des grilles d'arbres! La charge terminée, on releva 8 morts dont 3 femmes et un garçon de 15 ans et demi, Daniel Féry. Parmi les dizaines de blessés, une neuvième personne succomba le 21 avril. Sur les 9 morts, 8 communistes. Pour sa plus grande honte, le ministère de l'Intérieur publia à minuit un communiqué où il accusait le parti communiste d'avoir provoqué la police. Non seulement le gouvernement refusait le soutien du peuple français pour lutter contre l'extrême-droite, mais il cherchait aussi à diviser par un anti-communisme grossier les forces attachées à déjouer les menées de l'O.A.S. Le lendemain, l'indignation était à son comble. Les radicaux eux-mêmes et le M.R.P., associé au gouvernement, condamnèrent la répression. CG.T. et CF.T.C. appelèrent à une grève le9 février, de 15 heures à 16 heures, puis, le jour des obsèques, fixées au 13 février. La pression fut telle que Roger Frey dut tolérer un cortège pour ce 37 jour-là. Rassemblement immense. Une foule aussi nombreuse qu'aux funérailles de Victor Hugo ou à la Libération. Syndicalistes, militants du MRAP, des mouvements de jeunesse, du P.CF., du P.S.U., peuple parisien surtout: un million de personnes accompagnèrent dans un silence impressionnant les 8 victimes de Charonne. D'imposantes manifestations eurent lieu dans de nombreuses villes de province. Le peuple français venait de prouver clairement son opposition à l'O.A.S. et par là-même sa volonté de faire cesser la guerre en Algérie. Cela permet de comprendre sans doute pourquoi le gouvernement français alla désormais si vite dans ses négociations avec le gouvernement provisoire de la République algérienne. 18 mars: signature des accords d'Evian; le lendemain, cessez-le-feu en Algérie. Malgré les derniers méfaits de l'O.A.S. en juin qui saccagea ce pays et poussa les « Pieds-Noirs» à l'exode, l'indépendance algérienne fut proclamée le 3 j uillet. Huit ans de guerre, 26000 Français et un million d'Algériens tués. Gilles RICHARD MONUMENTS FUNÉRAIRES SINGER Place des Peupliers Strasbourg-Robertsau Tél. 31.12.92 Fermé les samedis après-midi LA VÉRIDIQUE HISTOIRE DU JUIF SUSS Lion Feuchtwanger Parmi les publicités tonitruantes, une reproductio,! du « ~ouv~ni~ » de Jean Honoré Fragonard. Surprenante, cette affiche. L Inscrlptlon qu'elle porte ne l'est pas moins: «La véridique histoire de Jo~eph Süss Oppenheimer, dit le Juif SÜSS». Quelles relations peut-II y avoir entre un peintre français du XVIIIe siècle et un pers0n.nage tristement rendu celèbre pendant la Seconde Guerre Mondiale? lIemagne, début du XVIIIe siècle. Le sort des co.mI?u- A tés juives n'est pas très brillant: elles sont oppnmees, parquées dans des ghettos. D~ns cer~a!nes villes comme Stuttgart, les Juifs n'ont pas le drOit de resld~r. ~t pou~tant quelques-uns occupent, paradoxalement, .des sltuatlOn~ tres en vue - et très enviées - auprès de tel rOI ou de tel pnnce. Ils sont conseillers privés, hommes d'affaires, véritables bailleurs de fonds d'Etat. Les exemples ne manquent pas: Samuel Oppenheimer, intendant de l'Empereur Léopold I,er, l:effman Behrens dans la province du Hanovre ou encore 1 ancetre des Rotschild, Mayer-Amschel, Trésorier du Comté de HesseKassel. Presque toute cour royale ou aristocra.tique a son Juif d,e cour (Hofjud, en allemand). C~tt~ app~llatt~n permet,de men~ger les susceptibilités des non-JUifs qUi auraient pu pretendre a ces fonctions de conseillers. 38 Bien que privilégiée, la position de. Juif de cour n'est p~s exempte de précarité. Elle dépend umquement du bo~ voulOIr du prince. Qu'il le décide ou bien qu'il vienne à mounr et tout est remis en question. Le plus souvent, le juif de cour va prendre l'apparence de la classe sociale à laquelle il accède, il va assimiler ses façons, son mode de vie sans pour autant s'assimiler. Il ne rompt pas avec la communauté juive, dont il devient fréquemment le mentor, le représentant, le protecteur. Si on peut citer des cas où il reçoit son maître à sa table, même se lie d'amitié avec lui, il faut bien se dire que la caste aristocratique le rejette, tout en lui reconnais~ant e,fficacité et cor,npétence. Si d'une certaine manière, le pnnce Vit en marge, lOIn de son peuple, le juif de cour quant à lui est aussi une espèce de marginal. Joseph Süss Oppenheimer - c'est le nom de celui que l'on n Veit Harlan-Film der Terra mit ND MARIAN. KRISTINA SODFRBAUM L'affiche du film commandé par les nazis en 1940. appellera I~ JuifSüss - naît dans les années 1680 à Heidelberg, dans une famille aisée de la bourgeoisie juive. Il n'existe pas alors de grandes écoles commerciales et c'est chez différents parents à Amsterdam, Francfort, Prague et surtout Vienne qu'il s'initie aux pratiques financières et mercantiles. Plusieurs témoignages laissent penser que c'est un être brillant, intelligent, cultivé, raffiné. Bien qu'il ne soit pas pratiquant, il refusera de se convertir, contrairement à l'un de ses frères (qui sera même anobli). L'année 1732 marque un tournant important dans son existence. Il est introduit dans l'entourage de Charles Alexandre de Wurtemberg en tant que prêteur, conseiller financier. C'est un général de grand renom, qui souffre d'un mal courant même pour un aristocrate: il est peu fortuné. Il va trouver un moyen classique de remédier à cette situation en épousant une princesse catholique. Il est luthérien, mais qu'à cela ne tienne, la dot vaut bien qu'il se convertisse. Certains de ses cousins viennent soudainement à mourir et, alors ' qu'il ne s'y attendait pas, la couronne ducale du Wurtemberg lui échoit. Süss qui est toujours son conseiller va bénéficier dans son sillage de cette ascension. Certainement influencé par l'exemple de Louis XIV, Charles Alexandre se met en tête des idées de monarchie absolue. Encore faut-il être fort, crédible, avoir une armée permanente. Et qui dit armée permanente implique les finances nécessaires à son entretien. Pour procurer au Duc les 39 moyens de ses ambitions politiques, Süss va proposer de refo ndre les systèmes d'impôts, de créer de nouvelles taxes , de pressurer quelque peu le pays. Un fort mécontentement ne va pas tarder à apparaître dans la population, et Süss devient rapidement impopulaire. Le Duc n'a pas encore le pouvoir total dont il rêve. Il doit le partager avec un Parlement, en majorité composé de bourgeois luthériens qui lui sont hostiles. Pour s'en débarrasser, il fomente un coup d'Etat. Mais voilà que, subitement, dans des circonstances obscures, il meurt. Le projet catholique est avorté. Pour se réconcilier, luthériens et catholiques ont besoin d'un exutoire, d'une sorte de victime expiatoire à immoler sur l'autel de leurs retrouvailles: Joseph Süss Oppenheimer est cette victime toute trouvée. Il est arrêté, torturé, emprisonné. Son procès va durer un an. Que peut-on lui reprocher? la création de fausse monnaie? la trahison? d'avoir saigné le duché ? Il n'occupait aucune fonction officielle et n'était même pas citoyen wurtembourgeois. Pour le condamner, ses juges vont aller exhumer une vieille loi inique et barbare, datant du Moyen Age, et qui stipule que tout Juif ayant eu des relations sexuelles avec une chrétienne sera puni de mort. Le mécontentement est encore vif dans le duché et l'exécution de Süss sera appréciée par le nouveau Duc comme un élément opportun pour apaiser les esprits. Le 4 février 1738, il est pendu en public, au gibet de Stuttgart. Autour de ce destin, des légendes sont nées. Celle d'un pouvoir maléfique et surnaturel attribué à Süss. Ou encore le mythe d'une fille qu'il aurait eu et dont le Duc aurait voulu abuser. A in~i es!-on su~pris de constater que dans sa très officielle HIStOIre de l 'A llemagne, parue en 1963, le non moins officiel académicien français, Pierre Gaxotte, reprend cette fable de la vengeance. On est en droit de s'interroger sur le sérieux d'un tel historien, qui semble être allé chercher ses matériaux dans les légendes fantaisistes et antisémites. Il n'est nulle part fait mention que Süss ait eu un ou des enfants. Sous le titre Jud Süss, un roman paraît en 1925 en Allemagne. Il connaît un vif succès qui va dépasser rapidement les frontières. Traduit en plusieurs langues, en 1929 on pourra lire en France ce Juif Süss de Lion Feuchtwanger. L'auteur est quasiment inconnu du grand public, bien que plusieurs de ses ouvrages aient été traduits en français . Né en 1884 dans une famille juive de Münich, il allait, après des études de philosophie (et après le guerre de 14-18), collaborer activement avec Bertolt Brecht, qui lui rend hommage dans de nombreux écrits. Cependant, le roman historique, comme en témoigne son Juif Siiss, est le domaine où s'épanouira son talent. En 1933, il est déjà un romancier célèbre, il donne un cycle de conférences à l'étranger, quand Hitler accède au pouvoir. Son engagement personnel, son origine juive, sa personnalité sont autant d'éléments qui l'incitent à ne pas rentrer en Allemagne. Il s'établit sur la Côte d'Azur. En compagnie de ceux de Voltaire, Proust ou Marx, ses livres seront voués aux flammes des autodafé par les nazis. Arrive la guerre : en 1940, la police de Vichy l'arrête et l'interne dans un camp du sud de la France. Il ne doit sa liberté qu'aux pressions des autorités américaines (on dit de Roosevelt en personne) et il part se fixer définitivement en Californie, où il mourra en 1958. D ans Le Juif Süss, on trouve plus que la simple évocation d'une époque: c'est une réelle résurrection. C'est un tableau où en plus des subtiles intrigues de cour, des luttes d'influences, des oppositions entre catholiques et protestants, on voit se développer les racines historiques de l'antisémitisme. On sait que Feuchtwanger n'a pu avoir accès aux archives de Wurtemberg où l'on craignait encore au début des années 1920 de voir se rallumer de vieilles querelles entre luthériens et catholiques. Le personnage central est bien entendu Joseph Süss Oppenheimer, qu'il nous présente comme un habile courtisan, audacieux, ambitieux, quelque peu libertin. A son gré, l'auteur introduit des personnages imaginaires nécessaires à la cohérence de son récit, aux réaçtions psychologiques de ses personnages. Il prétend beaucoup plus faire oeuvre de romancier que d'historien. Le texte est dense, riche, avec des instants lyriques, poétiques. Ecrit avant l'holocauste, on pourrait peut-être lui reprocher d'avoir utilisé des poncifs dont on sait la charge antisémite, tels le pouvoir exorbitant attribué aux juifs ou encore celui de la vengeance machiavélique. Cependant, à sa parution, ses contemporains (et les nazis par la suite) ne s'y tromperont pas: c'est un livre qui à aucun moment ne peut nourrir de quelque façon l'antisémitisme, bien au contraire. Mais avec la guerre va apparaître un autre Juif Süss, tristement célèbre, et qui va éclipser celui-là. Comme l'a très justement souligné Lilly Scherr dans une étude sur ce sujet, on sait la véritable obsession juive qui domine les fondements du nazisme. Après la victoire de leurs armes, les vainqueurs veulent convertir l'Europe à l' « ordre nouveau », la débarrasser des « sous-hommes» indésirables que sont entre autres les Juifs. Pour cela, il faut un outil de propagande pouvant être utilisé partout, capable de produire un véritable èffet de choc, de convaincre rapidement les pays occupés du bien-fondé des théories nazies, à commencer par le racisme. L'image peut provoquer ce choc: le film va être cet instrument privilégié. Goebbels, sinistre responsable à la Propagande, commande au réalisateur Veit Harlan, un film sur l'affaire du Juif Siiss. Le film qu'il produit est fort médiocre et il y a fort à parier que sans ce rôle d'outil de propagande qui a été le sien, il serait classé aujourd'hui au rayon des navets et autres légumes. Dans sa diffusion en France, le film a un allié inattendu: son titre même qui sonne à l'oreille avec équivoque: « Le Juif Suce» dit-on en français alors que la prononciation allemande donne « Zuce » (süss en allemand signifie doux, sucré). On voit les connotations vampiriques et pornographiques dont A la Maison de la Culture de la Seine-Saint-Denis - Bobigny /Centre Ville - Bd Lénine Tél. 831.11.45. Du 26 février au 16 mars à 20 h 30, les dimanches, matinée à 16 h 30 (relâche les lundis). - Aulnay-sous-Bois: 134, rue Anatole-France Tél. 868.00.22. Du 19 au 21 mars à 20 h 30. za Véridique Jilstoire de Joseph Süss Oppenheimer dit Avec: zeJuif SÜJJ création dramatique texte et mise en scène de Jacques KRAEMER Scénographie 'et costumes de Yves SAMSON Jean-Gabriel NORDMANN. Yves GOUR VIL. Coco FElGEIROLLES.Jacquts BRUCH ER. Patrick LARZILLE. Annick CIZARUK. FnnçoisJ08. Bernard WAVER. Anne-Marie BRU· CHER, Andre LACOMBE. Aristide OEMONICO. Guy PERROT. Catherine ROBILLARO. Anne MORELLO. Philipp" ARVEILER, Claude GUEDJ. Louis MERINO. Michel PARENT, Serge FREDERIC, AI.in FREROT. Conseiller musical : Jean-Louis MECHAlI. Location à Ja Maison de la Culture il partir du 5 février. Tarif spkial : 30 F aux lecteurs de " OifférencH ». sur presentai ion ou envoi dt' ce document. Co-production : Maison de la Culture dt' la Seint-Saint-Oenis/ Théâtre Populairt de LorraintMaison de la Culture de Rtims. 40 est porteur le titre. Et l'on sait l'amalgame que peuvent avoir ces qualificatifs dans les théories racistes. Avec ce film, les nazis veulent tenter un tour de force: faire d'un mythe une vérité historique. En 1978, les éditions Balland rééditent le livre de Lion Feuchtwanger, et c'est avec surprise et bonheur que les générations d'après-guerre découvrent ce grand roman. Elles restaient persuadées que ce personnage n'était qu'un accessoire de propagande hitlérienne. Dans la vitrine d'une librairie, le titre attire l'attention de Jacques Kraemer, responsable du Théâtre pop~laire de Lorraine. Il est passionné par sa lecture et envisage immédiatement de l'adapter à la scène. Il se met au travail à partir du roman et visionne le film de Veit Harlan. Comme tout un chacun, il s'aperçoit que ce n'est pas du tout la même histoire. Lors d'une tournée en Allemagne, il prend connaissance des ouvrages esentiels sur le sujet, ceux de Selma Stern, historienne allemande, non traduite en français à ce jour. Partant de ces matériaux, il écrit La véridique histoire de Joseph Süss Oppenheimer, dit le Juif Siiss. Le choix d'un tel titre éclaire tout de suite ses intentions: il veut raconter par les moyens du théâtre. « Lesfaits relatés, dit-il, sont exacts à 90 % Je reconnais ma dette à Feuchtwanger, mais à partir d'un certain moment j'ai besoin de m'opposer pour affirmer une dimension créatrice, partout où je peux j'affirme ma différence. » Il a trouvé qu'il y avait là matière à reconstruction (et non à reconstitution) dans la perspective théâtrale; et aussi la possibilité de faire travailler son propre imaginaire par l'identification critique (voire autocritique) aux personnages. En écrivant et en montant cette pièce, il poursuit sa recherche sur la relation du théâtre à l'Histoire, et fatalement aux mythes dont elle est porteuse. Il reprend les tabous effleurés par Feuchtwanger, tel celui du rapport des juifs à l'argent, face auxquels deux attitudes sont possibles. On peut les taire afin d'éviter de réveiller de vieux démons, d'être taxé de fascination morbide. Ou, au contraire comme le propose Jacques Kraemer, en parler. « Le silence, précise-t-il, équivaut à une gêne qui laisse le champ libre à l'imaginaire antisémite. » Il préfère montrer le rôle des Juifs de cour, les rapports qu'ils ont pu avoir avec le pouvoir, comment ils ont pu être utilisés. Et à cet égard le cas Süss est exemplaire. 1 1 pense que là réside l'un des paris du spectacle qu'il va présenter, fin février, à Bobigny : tenter en montrant des financiers juifs, d'extirper le vieux cliché antisémite, montrer que Süss est un homme comme nous, ni plus ni moins. Le texte qu'il a écrit est nerveux sans être décharné et devrait permettre au spectateur de suivre d'une manière très proche l'histoire, c'est une réelle lecture actuelle d'un passé encore tout proche. Le personnage de Süss y est sensiblement différent de celui du roman, ce qui ne surprendra pas, compte tenu de la démarche propre de J. Kraemer. Pour la mise en scène, il a fui l'illustration naturaliste et opté pour une solution plus statique, psychologique. Il voudrait présenter ce qui de prime abord peut paraître contradictoire: un théâtre historique avec une esthétique de proximité, d'intimisme, tenter de rapprocher ce qui est éloigné. Le décor qu'il a choisi viendra amplifier cette impression. Il s'agit d'une sorte de lieu clos circulaire, telle une toile de fond de l'époque, produisant un certain baroque à l'intérieur d'une rigidité classique. Pour la petite histoire il faut souligner que Feuchtwanger, à l'origine, pensait écrire un Juif Siiss pour le théâtre. Aujourd'hui, Joseph Süss Oppenheimer est sur les planches et va, après Bobigny, partir en tournée en France. On fêtera bientôt son trois centième anniversaire, et il n'a pas fini de faire parler de lui. Alain RAUCHVARGER ANTOINE VITEZ EN QUÊTE DE SAID HAMMADI Tahar Ben Jelloun publie un jour dans Le Monde un entretien ave~ u,! ouvrie~ algérien, M. Saïd Hammadi, où celui-ci parle de sa vie a M ars~I!le. A ntoine Vitez, séduit par le texte, décide de le mettre en. thea.tr~. A propo.s de ce spectacle très beau, joué par Jean-M~rl~ Wlnltng et Farld Gazzah, Antoine Vitez et ses deux comediens nous parlent de cette nouvelle race de théâtre. D if!é.rences :. vous avez inauguré la serie EssaiS et Portraits par La Rencontre avec Georges Pompidou et Mao Zedong. Saïd Hammadifait partie de cette série. Il semble qu'il pourrait s'agir d'un genre à mi-chemin de l'agit'-prop' et du théâtre traditionnel, une sorte de théâtre-journal. Pensez~ ous que cela puisse devenir un genre qui mfluence le travail théâtral, un peu comme le documentaire a « provoqué» le cinéma? An~~ine Vite~ : Je. ne voudrais pas prophetiser sur 1 avenIr du genre. Je crains la postérité, l'exploitation d'un genre par d'autres ~t par moi-même. Il n'y a qu'un genre qUi ne se démode jamais, c'est le théâtre lui-même. Cette série Essais et Portraits est un peu mon invention. Si elle fait genre, comme par exemple l'agit'- prop', elle peut alors tomber en désuétud:, subir des périodes d'éclipse, réapparaltre sous une autre forme, etc. J'ai éprouvé cette sensation de lassitude avec le théâtre-récit que j'ai inventé dans les dix dernières années ( Vendredi ou la Vie sauvage, Le.s Miracles d'après l'Evangile de Jean, pUIS Catherine). A présent, j'essaye d'éViter le théâtre à la troisième perSonne. Cela dit, je suis sûr que d'autres l'avaient pratiqué avant moi et que d'autres y aur:nt recours à nouveau un jour. En ce qUi concerne cette série, je voudrais préciser qu'elle se veut avant tout portrait des acteurs par eux-mêmes à l'aide d'un texte. Ce sont des formes br~ves, où le personnage fictiffait le portrait de l'acteur. Mais il y a aussi une autre idée. C'est effectivement celle du théâtre-journal qui concurrencerait la télévision. Celle-ci prétend, en effet, être le moyen et le lieu de la communication vraie avec le monde. Elle tire une légitimité de son apparente adéquation au Antoine Vitez réel. On voit la vraie neige sur les routes la vraie mort de Sadate. Je crois, moi: que ce réel-là est contestable. Nous devons nous instituer en concurrent de cette prétention. La différence de moyens est gigantesque. Mais le théâtre a une fonction d'exemplarité qui compense le peu de monde qu'il touche. Différences: Au début des années 80, il Y a une sorte d'urgence qui se dessine, qui n'est pas celle de militer, mais d'être là, de regarder, de rapporter, de faire du journalisme en fait. Le théâtre y aurait un rôle à jouer, et une manière personnelle d'intégrer l'événement (éternelle question). Said Hammadi serait ce théâtre là, l'agit'-prop' new look des années 80. Car enfin, si Saïd fait le portrait de Jean-Marie Winling, c'est aussi le contraire. Ant~ine Vitez: Oui, mais je n'abandonnerais pas pour autant l'idée de faire 41 réellement de l'agit'-prop', avec des thèmes P?litiques, militants, explicites. Pour mOi, cette série serait plutôt une s?rte d~ ré~:rve de travail, une préparatI~ n,. afin d etre capable de répondre immedlateI? ent à l'évènement par l'agit'prop' SI la nécessité se fait sentir d'intervenir plus politiquement. Jean-Marie Winling: L'agit'-prop' a un aspect plus événementiel un caractère d'explosion, dans la rue. On va vers les gens. Là, c'est le contraire; on est dans une petite boîte intime, qui d'ailleurs resse~ b!e à la télévision. Et ce sont les gens qUi viennent à nous. Différences: Vous dites, quelque part, . que vous pensez que l'unité est un pro-

grès de l'esprit (vous parlez à ce moment

du monothéisme) et vous dites aussi que vous .av~z horre~r ?e cette mode qui fait les dlfferences Irreductibles. Tout doit ~ouvoir. êt~e réductible. La juxtaposihon, qUi fait « collage », peut aussi faire sens global, sans pour autant que les différences soient réduites dans une unité. Par exemple, dans le cas de la cohabi~ ation de ~ac~s et de coutumes, cela peut etr~ plus mteressant qu'il n'y ait pas de fUSIOn. Antoine Vitez: Il s'agit pour moi d'un s~ntiment philosophique. Je crois effectlv, ement que le monothéisme est un progres par rapport au paganisme ou au polythéisme. Le paganisme apparaît ~onstammen~ dans la société capitaliste a .travers des Icônes, à l'image des grands dieux modernes, les chefs charismatiques, mais aussi les effigies publicitaires. C'est la barbarie. L'esprit monothéiste presque toujours détourné d'ailleurs' rempli de saints et de vierges qui consti~ tuent autant de trahisons, représente le progrès de la synthèse. J'éprouve une so.rte de reco.nnaissance vis-à-vis du peuple juif d'avo.ir inventé cela. et je retro.uve cette admiratio.n po.ur l"Islam. En Inde. j'ai épro.uvé un sentiment d'effro.i épo.uvantable devant la civilisatio. n q uo.tidienne hindo.uiste, et j'ai eu la sensatio.n que c'est chez les musulmans d'Inde que so.ufflait l'esprit. Cela est lié sans do.ute à mo.n go.ût po.ur la Raiso.n. qui est une variante de l'idée de l'Unité. L'Islam, par exemple, même usurpé. même trahi, transpo.rte avec lui ce sens de l'Un qui va avec la to.lérance, co.mme Franço.is Mauriac disait des vieilles canalisatio.ns ro.maines, même en ruine, qu'elles transpo.rtaient une eau pure. C'est ainsi qu'il n'y a qu'une seule grammaire fo.ndamentale po.ur to.utes les langues: le fo.nctio.nnement de l'esprit humain po.ur déco.uper le mo.nde. Je cro.is qu'il ya un rappo.rt dialectique po.ssible entre l'Ho.mme (avec un grand H. o.ui) et l'exaltatio.n des plus minimes différences. Et cela co.nstitue po.ur mo.i un p laisir. C'est avec cela que j'ai plaisir à faire du théâtre: faire apparaître ce qui est de l'essence, et ce qui est de l'existence, et leur dialo.gue. On vo.it co.mment les co.mpo.rtements animaux universels d'attirance, de répulsio.n, de désir, se co.mbinent avec des co.nduites nées de situatio.ns infiniment disparates. Le théâtre travaille to.ujo.urs entre deux pôles, celui de l'universel et celui du particulier, alternativement, o.U en même temps. Par exemple, je peux do.nner le rôle de Mao., illustre vieillard chino.is, à un jeune acteur tunisien. Ou je peux jo.uer le rôle d'une femme sans figurer aucun attribut féminin. Ainsi, je jo.ue l'universel, ce qu'il y a de co.mmun entre la femme et mo.i. Inversement, l'acteur japo.nais qui jo.ue le rôle d'une femme en se travestissant de faço.n très pro.fo.nde, jo.ue de faço. n lumineuse la différence, du fait de la simple co.nfro.ntatio.n de so.n êtreho. mme et de so.n déguisement. Alo.rs, bien sûr, chaque être n'est réductible à aucun autre. Mais ce qui est excitant, c'est le jeu philo.so.phique et artistique de va et vient de cet être à l'autre, et les valeurs universelles qui se dégagent alo.rs. Le théâtre appo.rte la preuve de la perpétuelle tentatio.n de travail sur les différences. Par exemple, po.ur Saïd Hammadi, je n'ai jamais cherché un acteur qui aurait été arabe. Saïd Hammadi était JeanMarie Winling depuis le début, et c'était ce rappo.rt entre eux (l'ho.mme et l'image) qui éliminait l'.anecdo.te. " ne po.uvait s'agir d'expo.ser le vrai Saïd Hammadi, ce que fait la TV impudiquement, mais de le représenter. C'est l'affirmatio. n de la primauté de l'esprit. Que le questio.nneur so.it arabe, lui, établit de p lus une véritable co.nfro.ntatio.n. C'est aussi une vo.lo.nté de ne pas mélanger symbo.le (transitif direct en quelque so.rte) et signe (biais de la po.ésie). Jean-Marie Winling : On a parlé des différences entre Saïd et mo.i. Elles so.nt de pays, mais aussi de situatio.n. " est un manuel et mo.i un intellectuel. J'ai to.ujo. urs été fasciné par les gens qui n'avaient pas la paro.le, qui « manquaient de langage» co.mme dit Saïd. J'ai beauco.up été dans le milieu des Gitans, o.ùje vivais les relatio.ns entre les gens quand il n'y avait pas de langage co.dé et traditio.nnel d'une même classe, d'un même gro.upe. C'est po.urquo.i ça me passio.nne dejo.uer un perso.nnage qui parle si bien de la pensée avec un langage si simple. Et puis, Saïd appartient à une civilisatio.n do.nt o.n peut dire qu'elle est enco.re à un âge classique. " a enco.re des certitudes, un mo.de de vie dans so.n village et une religio.n qui tiennent le Co.up, sauf dans l'exacte mesure de so.n déracinement. "y a enco.re un o.rdre des cho.ses et du mo.nde po.ur Saïd. C'est aussi en cela qu'il ne me ressemble pas. Antoine Vitez: " faut dire à ce sujet à quel po.int l'écriture de Tahar Ben Jello. un est intéressante. " existe d'une faço. n générale ce qu'o.n po.urrait appeler une po.étique-type de l'écritu re arabe en langue française. Ce texte en diffère dans le so.uci qu'il a de tro.uver l'essentiel dans la paro.le de Saïd sans aucune figuratio.n. Jean-Marie Winling: C'est vrai que sa transcriptio.n est remarquable. "dit à un mo.ment: « Je te jure que les Français n'accepteront jamais de vivre comme ça. » Ou bien, plus lo.in : « Tu verras mon village. » Et cette simple faute de temps, exceptio.nnelle, o.U cette invitatio.n u t o.pique', prennent to.ut le sens, to.ute la fo.rce de ce qui po.urrait être l'avènement du Tiers-Mo.nde. Propos recu eillis par Anne LA UR ENT SUR VITEZ Tro.is livres viennent de paraître, passio.nnants po.ur qui veut en savo. ir plus sur l'oeuvre d'Anto.ine Vitez. Essai de solitude, po.èmes d'Anto. ine Vitez, éditio.ns Hachette. De Chail/ot à Chaillot, entretiens d'Anto.ine Vitez avec Emile Co.pfermann, éditio.ns Hachette. Vitez, pro.vo.qué par' Co.pfermann, parle de sa vie, de po.litique, du mo.nde et surto.ut de théâtre. Vitez, toutes les mises en scène, éditio.ns Jean-Cyrille Go.defroy (30, rue Bo.naparte 75006). Un réperto. ire co.mplet des mises en scène de Vitez, groupées de faço.n no.n chro.no.lo.gique par auteurs et par genre. Préface de Olivier-René Veillo.n. Un bo.n o.util de travail. 42 DIFFÉR ENCES FÉVR IER 82 numéro spécial LES DISPARUS POLITIQUES • Le point sur la « disparition» comme méthode de gouvernement en Amérique latine, mais aussi en Asie et en Afrique. • Des témoignages d'anciens détenus- disparus et de leurs familles. • Un dossier sur les nouveaux problèmes juridiques posés par ces disparitions. • Une approche « éthique » de la question par plusieurs personnalités. novembre 81 - 12 F croissance des JeU"" natlOftS BULLETIN A RETOURNER A C.J.N.-DEV., Lydie Bonnet, 163, bd Malesherbes 75859 Paris Cedex 17 Règlement joint à l'ordre de C.J.N. nom ....... .... ... ...................... ... .. ............. ... ..... . adresse ........................... ...... .............. ... ...... . • désire recevoir le n° 233 (numéro spécial) 12 F 0 • s 'abonne pour un an (offre spéciale: 12 n° ati lieu de 11) 120 F 0 Lu Vu Entendu,§§§§§§§§§§§ DIFFÉRENCES FÉVRIER 82 LIVRES Le jour de la comtesse, par David Sha ha r, éditions Galli mard. • Le doyen des lettres israéliennes, l'un des écrivai ns les plus chaleureux et les plus célèbres d' Israël, donne ici le volet final d'une t ri logie sa luée unanimement. A travers les amours et les amitiés des personnages juifs, chrétie ns et musulmans, il brosse un portrait de la Palesti ne d'ava nt les émeutes de 1936, alors que les rêves de fraternité communauta ire les plus fous étaient encore possibles. Etre femme sous le troisième Reich, par Rita Thalmann, éditions Laffont. • Les femmes de l'Allemagne nazie étaient particulièrement honorées. Au moins dans leurs rôles de travai lleuses, procréatrices, Al lemandes. En fait, elles étaient des instruments d'un ordre viri l qui leur refusait tout rôle politique, économique culturel. Par rapport aux mouvements féminins qui avaie nt vu le jour dans la République de Weimar, il s'agissait d'une régression énorme. Rita Thalma nn présente là un trava il de cherc heuse remarq uab lement doc umenté. Précision • On no us prie de sig na ler, o ut re l'ouvrage d'Yves Thoraval sur L'Afrique des grands Lacs, d'autres ouvrages sur cette pa rtie du mond e. Il faut citer notamment L'Est africain britannique, de L. Roux; le Que sais-je du professeur A. Bourde; La Tanzanie de P. Urfer et P. Fouq ues; la Géographie de l'Afrique orientale de R. Ba lt is tini ; ainsi que le tome III de L'Histoire de l'Afrique de Robert Cornevin. Dont acte. THEATRE L'étranger dans la maison, de Richard Demarcy, mise en scène de l'auteur, Théâtre de la Tempête. • Les immigrés sont à l'honneur sur nos scènes cet hiver. Le spectacle de Demarcy est une sorte de conte pour enfants, pour qui tous les poncifs de notre regard sur les Arabes peuvent devenir des raisons d'admiration. Un véritable détournement des idées toutes faites, vers un univers poétique extrêmement convaincant. Un spectacle drôle et très bien monté. Echange-cauchemar, deux « Nô» contemporai ns de Yukio Mishima, mise en scène de Bernard Amberrée. • Les deux nouvelles modernes du grand écrivain japonais (qui se fit hara-kiri le 25 novembre 1970) semblent éloignées des récits tragiq ues q ui alimentent le Nô traditio nnel. Pourta nt, il s'y recrée les ca ractères mystérieux et symboliques qui défi ni ssent ce théâtre fascinant. Les grandes oeuvres peuvent circ uler à t ravers les répo nses. A déco uvrir au Théâtre Victor-Hugo de Bagne ux. Aïn Salah, pièce écri te et réalisée par Michel Albert ini, Théâtre de l'Epice ri e. • La solitude et les a ngoisses existentielles de trois êtres en quête d'amo ur, de la rue Saint-Denis à Aïn Sala h, peti te vill e du désert. La confro ntation de l'exi l arabe a ux nosta lgies occiden tales. Un peu ki tsc h, mais q uelq ues belles do uleurs. Le roi des singes - Le sac du palais du Ciel, par le T héâtre du Petit Miroir, mise en scène de Jean-Luc Penso et Li Tien-Lu, marionnettes chinoises du Xlxe siècle 16-27 fév rier au Théâtre d~ Chai ll ot. • Dans les cérémonies reli gieuses, les marionnettes à fi l chinoises servaient à chasser les fantômes, et les marionnettes à gaines servaient d'offrandes aux dieux. Dans un castelet, fidèle reproduction des anciens, construit à Taïwan. les amateurs pourront admirer ces fantastiques petites poupées jouer deux extraits, à 14 h 15 et à 18 h 15, du Voyage en Occident. VÊTEMENTS GEAL Boutique POP 3, rue Eugène-Kloster et 56-58, rue Nicoias-Coison 57800 MERLEBACH Tél. (87) 04.72.79 43 1 Troisième biennale: voix, théâtre, musiques d'aujourd'hui, 2 février - 13 mars. • Cette biennale propose une manifestation où puissent se confronter les différents courants à l'oeuvre dans l'opéra d'aujourd'hui et se dégager les éléments d'un répertoire contemporain. Au programme: à la Maison de la Culture de Nanterre (721.18.81): La Muraille, par l'Opéra Théâtre Chronique de Paris; L'Opera Buffo dei Gfovedi Santo par le Teatro Communale Metastasio de Naples; Les Noces et Unkrautgarten par le Ballet Théâtre de Brême; Libestod, un opéra par l'Atelier Lyrique du Rhin de Colmar; Le Désert par le Taller d'Amsterdam. Au Centre Culturel de Levallois (270.88.84) : fête de la Culture méditerranéenne, avec des formations de Grèce, Arménie, Corse et Espagne. REVUES Revue d'études palestiniennes • Voici le nO 1 d'une nouvelle revue trimestrielle éditée par l'institut d'Etudes Palestiniennes. Au sommaire, un article de Maxime Rodinson sur l'antisémitisme et un de Abdelkebir Khatibi sur l'Au-Delà de l'antisémitisme et du sionisme, des témoignages de femmes palestiniennes prisonnières, et une rétrospect ive historique du peuple palesti nien. Diffusion Editions de Min uit, 7, rue Bernard-Palissy 75006. 40 F. CINEMA Festi val cinéma du réel, 27 février- 7 mars, Centre Georges Pompidou. • Pour la 4C année consécutive, le festiva l cinéma du réel (organisé par le Bibliothèque publique d'information) s'attache à rassembler et à montrer les plus intéressantes productions du film « documentaire », mot ingrat qui peut désigner tous les stades, du reportage à la fiction. On se souvient des réussites éblouissantes et diverses telles que le Nick's Mo vie de Wenders ou le Reporters de Depardon. Qui chante là-bas?, de Stobodan Sijan, .1981, Yougoslavie. • De Cannes à Venise ce film a été célébré dans les principales rencontres cinématographiques. Il a même obtenu le prix Georges Sadoul du film étranger (1981). Les grands distributeurs n'on t rien fait pour le sortir. Trop différent, pas assez dans le star-system, dérangeant mais pas scandaleux ... Des Nîmois (eh oui !) fous de cinéma ont pris le risque de le distribuer, pour notre plus grand bonheur. Prends 10 000 balles et tire-toi, de Mahmoud Z()fTImouri, 198 1 . • Ce film particulièrement remarqué à Cannes sort enfin! C'est l'histoire d'une famille algérienne qui retourne au pays. Les enfants (16- 17 ans) découvrent un pays et une langue qu'ils ne connaissent pas. Carmen Jones, d'Otto Preminger, 1954, USA. • C'est l'opéra de Bizet transposé aux USA dans le sud raciste. Ha rry Belafonte et Dorothy Dand ridge donnent un ton quasi documentaire à un film pas si innocent que ça ... Transes de Ahmed el Maanoumi, 1981. marocain. • Ce fi lm nous fait'découvrir l'itinéraire du groupe Nass el Ghiwane, le groupe de musiciens le plus populaire dans tout le Maghreb. Ragtime, de Milos Forman, 198 1 USA ' • C'est une grosse machine américaine. C'est impressionnant et « c1ean». Du travail propre ... Mais qu'il est loin le Milos Forman d'Au fe u les pompiers ou de Taking Off. Il est extérieur à l'histoire qu'il raconte. C'est bien de dénoncer la situation faite aux Noirs aux USA; mais pourquoi ne nous montrer que l'apparence des choses et des êtres ... la plus grande exposition du faubourg 76-78 Faubourg Saint-Antoine - 75012 PARIS Métro Ledru-Rollin (côté Charonne) Parking assuré Société du meuble 343.39.15 et 35.24 moderne style décoration BOUTIQUE JEAN PREVOST TOUTES GRANDES MARQUES CHOMAGE ET IMMIGRATION D eux millions de chômeurs, deux millions d'immigrés. La chanson est connue: si l'on veut donner du travail aux premiers, il suffit de s'approprier les emplois que les seconds occupent. Les cafés du commerce ne sont pas les seuls lieux publics où s'entendent ces fines analyses. Il n'est que de lire certaines affiches collées sur les murs de nos villes, d'écouter les propos de tel ou tel homme politique ou syndicaliste, de voir comment nos voisins européens abordent et règlent le problème. Ainsi, si cette question - réduire le chômage en expulsant les immigrés - n'est pas à l'ordre du jour en France, depuis le 10 mai 1981, elle l'est, en revanche, en RF A et en Autriche où, dernièrement, les autorités ont pris des mesures répressives incitant au départ des immigrés. Voilà que le Danemark emprunte la même voie. La question est posée: si les immigrés partaient, le chômage diminuerait-il ? Jean AUROUX Ministre du Travail Sortons de ce simplisme entretenu ces dernières années à propos du lien entre le niveau du chômage et celui de l'emploi étranger. En régularisant la situation des travailleurs « clandestins », le gouvernement vient de montrer qu'il refusait toute discrimination et de reconnaître le rôle joué par les immigrés dans notre activité, en particulier dans la croissance économique de notre pays. La solidarité ne saurait s'exprimer à l'ombre d'un drapeau. Les travailleurs -étrangers font partie de la collectivité des travailleurs de ce pays; ils ont été tau-

~ chés par la crise (les premiers d'ailleurs); ~ ils participent au financement des ré gimes de protection sociale et d'indemnisation. La France est insérée dans un réseau d'échanges - politiques, culturels et économiques - avec les pays dont est originaire cette main-d'oeuvre étrangère. Mais je voudrais m'attacher surtout à apporter une réponse économique à votre question. Il n'est pas exact de prétendre que les chômeurs peuvent toujours remplacer les immigrés repartis dans leur pays d'origine. Compte tenu des rigidités et du cloisonnement du marché du travail, on peut constater que, dans certains secteurs - tels que le bâtiment et l'automobile -les travailleurs étrangers assurent une fonction structurelle dans le processus de production. Leur départ créerait des goulots d'étranglement. Loin de favoriser la solution des problèmes d'emploi, cela contribuerait à peser sur la croissance. On observe également que, dans certains secteurs àfaible niveau de qualification et de rémunération - tels que les services de nettoyage - les employeurs ne trouvent 44 pas assez de candidats français pour les postes offerts. Donc, c'est plutôt une désorganisation de la production et un processus de récession qu'entraînerait un départ massif de la main-d'oeuvre étrangère. On vient d'ailleurs d'assister, ces derniers temps, à un Phénomène nouveau: celui de la stabilisation des effectifs étrangers. Cela s'explique autant par le comportent des entreprises qui cherchent à garder une main-d'oeuvre bien insérée que par celui des immigrés eux-mêmes dont les projets de vie se modifient en fonction de durées de séjour en France, assez lon~ ues désormais. Cette position allie la générosité et la rigueur, car il n'est pas question de revenir sur la réglementation prise à l'égard des nouveaux arrivants. De même, l'opération de régularisation actuellement en 'oeuvre doit être comprise comme l'apuration d'une situation créée par des exploitants de main-d'oeuvre au détriment des travailleurs immigrés euxmêmes, qu'il s'agit de rétablir dans leurs '" droits. ,..; La solution des problèmes de chômage ne passe pas par une politique frileuse et oublieuse des solidarités internationales, mais plutôt par le soutien de l'activité, par la création d'emplois et la recherche des conditions d'une reprise durable de la croissance. C'est, depuis le 10 mai, le sens de l'action du gouvernement. Marius APOSTOLO Responsable du secteur « immigration» à la C.G.T. Pour répondre à une telle question, il convient tout d'abord de rappeler l'importance économique de l'immigration en France. En octobre 1976, le ministère du Travail évaluait à 1,64 million le nombre d'actifs - étrangers, non comptés les saisonniers agricoles, les frontaliers et les clandestins, soit 7,5 % de la population active totale en France. Ce taux atteint 10,1 % en octobre 1979 parmi les seuls salariés du secteur industriel et commercial privé (entreprises de 10 salariés et plus). Dans les grandes entreprises des secteurs enquêtés, un ouvrier sur cinq est étranger. Il est plus important encore si l'on ne prend en compte que les ouvriers. La proportion d'immigrés s'élève à 43,1 % dans le bâtiment et à 25,3 % dans la construction d'automobiles et pièces détachées. Selon la fédération C.C.T. de la métallurgie, on compte 26 % d'immigrés dans l'effectif ouvrier du groupe Renault, 38 % chez Citroën, 50 % chez Talbot, 32,4 % chez Paris-Rhône, 50 % à la Sollac-Fench. Comme le remarquait A nicet Le Pors dans une étude interministérielle en 1976, la présence importante et ancienne des travailleurs immigrés, notamment dans le bâtiment-travaux publics et l'automobile, est une donnée qui ne peut être brutalement remise en cause sans conséquences graves. En effet, depuis des années, l'emploi des immigrés a pris un caractère structurel. Cette rigidité sectorielle s'accompagne d'une rigidité régionale, l'implantation géographique et l'emploi des travailleurs immigrés sont fortement liés pour certaines activités. On retrouve cette rigidité dans les qualifications

les manoeuvres et les OS représentent

plus de 60 % des salariés étrangers contre un tiers seulement pour l'ensemble des salariés. Les tentatives du précédent gouvernement pour substituer les travailleurs français aux travailleurs immigrés se sont soldées par un échec. En tout état de cause, les industriels savent bien que le renvoi des immigrés verrait se réduire leurs possibilités de régulation conjoncturelle et que le recours aux travailleurs nationaux entraînerait nécessairement un alourdissement des charges salariales. Imaginons le départ des immigrés des secteurs importants de l'économie, des chantiers, des entreprises, cela ne ferait pas diminuer le chômage dufait de l'impossibilité de les remplacer à tous les postes, mais au contraire cela paralyserait l'économie et entraînerait par voie de conséquence le chômage de nombreux travailleurs nationaux. Enfin, dans la période actuelle, où l'on aperçoit le début de la reprise économique, le départ des immigrés entraînerait à court et moyen terme d'importants inconvénients et une entrave certaine à la production, comme le reconnaissent les industriels eux-mêmes. N'est-ce pas un secrétaire d'Etat à I1mmigration, M. Dijoud, qui déclarait que, sans la présence de nouveaux immigrés, « l'objectif d'industrialisation fixé par le Vie Plan (1971-1975) n 'aurait paspu être atteint ». Quoi qu'il en soit, la solution du chômage ne réside pas dans le renvoi des immigrés, mais dans une nouvelle politique économique, de l'emploi et de l'immigration, sur la base de l'égalité des droits comme sy engage le gouvernement du changement. !?cCharles 10 janvier 2012 à 14:50 (UTC)t CharlesRV.PT! L 'un des axes de la précédente politique d'immigration - organiser le départ des travailleurs immigrés - reposait sur l'idée que leur remplacement par les travailleurs français constituait un moyen de lutter contre le chômage. Les faits se sont chargés de démentir largement cette orientation combattue par la C. F. D. T. qui refusait de faire des immigrés les boucs émissaires de la crise. De récentes études (SEDES, ADERGES) menées sur le terrain ont montré que, dans de nombreux secteurs (BTP, services, tertiaire), les entreprises, principalement les PME, n'avaient pas changé de politique d'embauche. Habituées à embaucher les immigrés aux postes les plus pénibles et les plus dévalorisés, elles ont su en tirer le meilleur parti, favorisées en cela par le chômage ambiant (1) et par ' une législation contraignante (cf par exemple la circulaire Stoléru du 9.6.80). Tout montre qu'il en sera de même dans le futur proche, en raison des conditions de travail difficiles et des bas salaires qui éloignent les travailleurs français de ces secteurs. Pour recréer de nouvelles solidarités entre travailleurs français et immigrés, la C. F. D. T. a choisi tout naturellement de se placer sur le terrain de l'égalité des droits. En ce sens, la lutte contre le travail clandestin, une des formes les plus dégradées des relations de travail, constitue pour la C.F.D. T. un terrain privilégié de lutte contre l'offre d'emploi illégale, principal facteur « d'appel d'air » à l'immigration irrégulière. La régularisation de plusieurs milliers de travailleurs du Sentier en 1981, imposée par la seule C. F. D. T. à Stoléru, la régularisation en cours, les plaintes déposées par elle contre des employeurs clandestins (agriculture du Loiret, bâtiment Paris), l'extension de droits nouveaux pour les travailleurs et la coordination européenne des politiques migratoires sont en définitive les moyens les plus sérieux d'empêcher le patronat d'opposer entre eux les travailleurs. (1) Fin décembre 1981, le nombre des demandeurs d'emploi étrangers (hors CEE) (203 156) s'était accru de plus de 36,6 % en 1 an .. ils représentent désormais 10,1 % du total des demandes d'emploi non satisfaites, contre 9,1 % il Y a 1 an. 45 Nabile FARES Ecrivain L es Juifs? Les Arabes? Les Maghrébins ? Les Polonais? Les Africains ? Les Français?., C'est qui? Puisque nous sommes entrés dans un processus de changement social et politique, il importe que nous changions aussi l'idéologie sociale et politique qui pèse sur ce qu'il est convenu d'appeler les immigrés. Et l'on pourrait, à propos du terme d'immigré, demander à chaque personne qui prononcerait le mot: immigré de qui? Cette personne veut parler. Les immigrés de qui? Les immigrés de quoi? A vez-vous une préférence? Sociale ? Raciste? Ou veut-on dire: ceux qui n'ont pas encore de droits sociaux et politiques définis, acceptés par l'ensemble d'une communauté dite nationale? Ou bien, ceux qui sont toujours considérés hors d'une communauté nationale, parce qu'on veut toujours les voir ainsi, les nommer ainsi, par tache, ou trouble d'origine? Ceux qui ne feraient pas partie d'une communauté nationale? Les immigrés seraient donc des êtres, comme ça, venus là, sans histoire et, de plus, ils n'auraient participé à aucune des identités ou réalités nationales? A lors, parler, encore, du départ des immigrés pour une solution au chômage, c'est un peu comme si - et cela a déjà eu lieu dans l'Histoire (32-33, le fascisme, vous connaissez ?) - brûler mon voisin empêcherait le feu de se propager dans tout l'immeuble. Qu'il nous soit donc permis de dire, une bonne fois: encore du racisme? Non, merci. On a déjà été assez servi la dernière fois. Par qui ? .. Comment vous ne vous en rappelez-pas ... Par qui? .. Mais ils sont si nombreux que ça ! Yves Simon, le poète a été formé à l'école du voyage et de l'écriture. Après des études de lettres, après 1968, il part et c'est la rencontre avec les Etats- Unis et ses mythes, Jefferson Airplanes, Ginsberg, et la Beat Generation, Dylan, le New York de la vie immédiate. Quatre milliards de rêves différents Fonctions On connaît bien ses disques, particulièrement Au pays des merveilles de Juliet qui obtint le Grand Prix de l'Académie du disque, et ceux qui suivirent, Respirer-Chanter, Raconte-toi, Macadam, Un autre désir, Demain, je t'aime. Et la musique qu'il a composée pour le film Diabolo-Menthe, qui bat tous les records d'affluence. Poète, Yves Simon est aussi romancier: L'Homme arc-en-ciel, réédité en livre de poche, Lesjours en couleurs, Transit-Express et L'Amour dans l'âme, publiés chez Grasset. Notons sa biographie chez Seghers par Lucien Nicolas et le numéro spécial de la revue Vagabondages qui lui est consacré ainsi qu'à Bob Dylan. Ce sont toujours les instincts les plus primaires et les plus primit( f"s qui créent les réactions négatives et violentes à la différence. Si/ai peur du présent, si j'ai peur du futur, je rejette tout ce qui semble mellre un frein à mon épanouissement. Chaque « différent » me rappelle ma propre précarité, ma propre d(f/érence alors que/ai tant besoin d'être rassuré par des systèmes qui me disent « tu n'es pas seul, nous sommes là et c'est nous avec toi qui avons raison ». Chaque « d(fférent » me rappelle que le monde est mouvement, c'est-à-dire que la seconde qui vient sera dit: férente de la seconde précédente, ce qui met en pièces les images stéréotypées du bonheur qui voudraient qu'il ressemble à une route droite, calme et plate, une sorte de béatitude stable et injïnie. A lors que la vie, c'est la rencontre, la vitalité, c'est la confrontation entre ce qui ne se ressemble pas, c'est le miroir qui reflète l'autre image. Il)' a sans cesse des points d'interrogations et on ne trouve jamais les solutions si on supprime les questions. P ourquoi avons nous peur des différents? Parce que pour pouvoir continuer à vivre à peu près calmement, nous nous sommes forgé une idée de nous-même, et par extension, de la na- ~ ture humaine qui au de reproduction et dre ». La recherche de l'excuse n'est pas loin. Mais mon indignation est à son comble quand je lis que les homosexuels sont le lieu de désordres biologiques. Quel désordre biologique, s'il vous plaît M. Memmi? Quelle insuffisance glandulaire, quel excès d'hormones, quel cancer? M. Memmi est évidement incapable de préciser cette conception animale du monde. Comme si la sexualité humaine était une affaire d'hormones et de reproduction! La sexualité féminine est là justement pour témoigner de la diffonctions érotiques J'ai lu avec indignation l'article de M. Memmi. Au lieu d'appeler à la lutte contre les discriminations et les exclusions, il cherche à « compren- 46 cours des années ressemble à un dogme. Chaque rencontre avec la différence est comme un coup de canon dans la forteresse de nos dogmes. Et alors nous passons notre temps en mauvaise foi, en aveuglement, en rejet, pour pouvoir continuer à vivre tranquillement demain avec les mêmes règles absolues qu'hier. Pour ne pas ébranler le noyau dur du dogme sur lequel nous avons charpenté toute notre vie, nous avons disposé tout autour une ceinture de sécurité, laquelle permet d'empêcher ou retarder la mise en cause du noyau dur. P our accepter les « différents », ilfaut éliminer de sa vie les dogmes, quels qu'ils soient et vivre avec des théories provisoires, l'ivre en danger de contradict ion: vivre avec quelques certitudes et parmi elles, celle qui consiste à croire que demain toutes les aUlres peuvent être remises en question, vivre en ne rnettant pas de morale partout, surtout pas en biologie, et tout en se sachant unique et absolument essentiel à l'humanité, ne pas se prendre pour le centre du monde en se rappelant sans cesse qu'il y a un peu plus de quatre milliards de centres, ce qui donne un peu plus de quatre milliards de rêves d(fférents chaque nuit. Yves SIMON férence très preCise, biologique, puisque M. Memmi affectionne ce terme qu'il ne définit pas, entre les fonctions de reproduction et les fonctions érotiques. Des choses dont il faudra que Différences ose parler un jour. S. MARTIN - Inacceptables propos Ce qui me décide à vous écrire est l'article de M. Al bert Memmi dans le dernier numéro. Deux choses m'ont fait sursauter: 1°) p. 41 « Le racisme au sens large qui incluerait les femmes, les jeunes ... et même tes animaux si vous voulez ». Sûr que toutes les catégories nommées seront ravies de se retrouver avec les animaux, ne serait-ce que dans l'esprit des hétérophobes. 2°) p. 41 « Le dif/ïcile problème de l'hostilité ... la relation érotique entre hommes et femmes ... il )' a agressivité ... elle vient de la peur, elle est provoquée par une différence biologique ». Voilà une affirmation bien légère, et aux résonnances terriblement racistes. 11 existe des différences biologiques, mais je crois que le propre des racistes a toujours été de les exagérer et de les déformer. Quant à la peur des « jeunes vierges» (devant les vieilles verges ?) il y a tant d'autres explications que biologiques, en particulier la pratique d'une sexualité brutale et dominatrice ... Le comble: « Les homosexuels » assimilés à des mulets qui « peuvent rendre de grands services, très spécifïques... » (sic), c'est dans Différences q~on trou~ cet~ phrase infâmante? Relisezvous, de grâce, et ne laissez pas passer n'importe quoi, même signé Albert Memmi, tout le dernier paragraphe de la page 41 est inacceptable. M.G. Et le racisme anticélibataires ... Une collègue avait apposé une affichette dans une des salles des professeurs. C'est comme cela que j'ai eu connaissance de votre revue. Dans le numéro 1, je n'ai jeté qu'un coup d'oeil sur l'article Sur Ivry, je l'avoue. mais je ne trouve pas anormal que les colonies de vacances soient offertes en priorité aux enfants des familles les plus pauvres. C'est que ceux-là, autrement, n'auraient aucune chance de partir. D'autre part, il est vrai qu'une concentration trop forte d'immigrés peut soulever des difficultés, dans la période actuelle tout au moins. Je suis tout à fait pour le respect des différences et pas seulement raciales, mais aussi dans les idées, les genres de vie, les goûts, les formes d'expression culturelle, le droit aux traditions, etc. En ce qui concerne le courant israélite, lorsque j'étais enfant, j'ai été en contact avec une colonie d'enfants juifs réfugiés d'Allemagne et d'Autriche et leur directrice, Mme Lotte Schwarz, auteur du livre Je veux vivre jusqu'à ma mort (Seuil). Je pense que Mme Schwarz est quelqu'un qui a volontairement orienté toute sa vie dans le sens que préconise votre revue. Je m'intéresse beaucoup à la question des pays sous-développés. D'après les renseignements que l'on peut actuellement se procurer, je constate que les multinationales capitalistes géantes sont lancées dans une véritable guerre de conquête dont l'enjeu est la domination, le pillage et la dépersonnalisation de ces pays et de leurs peuples. Je vous signale par exemple ces deux ouvrages très importants de Mme Susan George, économiste américaine qui vit à Paris: Comment meurt l'autre moitié du monde (Ed. R. Laffont); Les stratèges de la faim (Ed. Grounauer, Genève). Est-il normal que les meilleures terres des pays les plus pauvres soient de plus en plus accaparées pour produire des fruits et légumes destinés aux consommateurs les plus aisés des pays les plus riches? Dans un tout autre domaine, j'attire votre attention sur le fait qu'il existe en France un véritable racisme anti-célibataires qui est particulièrement borné et stupide puisqu'à force de brimades et de pénalisations (fiscales, de carrière et autres), on arrive à empêcher beaucoup de se marier (notamment entre 30 et 45 ans), et d'avoir des enfants. Et ensuite de vertueux notables viennent déplorer à la radio ou à la télévision la baisse de notre natalité !. .. En fait, nous vivons dans une société qui, de bien des façons, étouffe la vie. J.P. TlXIER 63300 TH /ERS Albert Memmi répond Je lis dans le dernier numéro de Différences deux petites contestations de mon récent entretien. Elles montrent bien toutes les deux la difficulté de 47 cette notion de différence. M. de Gourval voudrait qu'il n'y ait pas de différence entre les hommes et les femmes, sexuelle ou autre: mais pourquoi lutterions-nous pour la reconnaissance, le respect et l'amour des différences, c'està- dire pour la physionomie originale de chacun, si les différences n'existaient pas. Mon idée est que les différences peuvent exister, ou non. Si elles existent, il serait absurde de les nier. Quant au passage sur les femmes, je ne vois pas pourquoi nous nous en priverions du bonheur que nous procure la différence de l'autre, l'homme pour la femme et la femme pour l'homme. Juste un mot encore pour Mme 8arlier: naturellement ma comparaison biologique des homosexuels comme individus stériles n'est en rien irijurieuse. C'est un constat: ce sont des gens parfaitement respectables, qui ne se prolognent pas par une descendance. S'ils le font tout de même, ce n'est évidemment pas en tant qu'homosexuels. Du reste, Mme 8arlier ajoute qu'elle mène sa propre vie ailleurs. Est-ce bien une bonne solution pour un couple? Mais je remercie, naturellement, ces deux lecteurs d'avoir réagi à mon texte. Albert MEMMI ~ les editions ouvrieres jeunes roupIes de maintenant Jeannine MARRONCLE JEUNES COUPLES DE MAINTENANT Quand le nouveau jeu amoureux des jeunes provoque les adultes déconcertés. Collection «COuples et Société» 22287 - 184 pages - 48 F 6 février • A l'AGECA. à 15 h. 177. rue de Charonne. 750 II. réunion sur le sexisme entre le MRAP et les organisations féministes. 10 février • Gala de l'Unesco pour l'enfance handicapée. retransmis sur TF 1 à 21 h 35. avec la participation des EToiles du Bolchoïet du Corps de Ballet de l'Opéra de Paris. 14 février • Une grande fête populaire portugaise est organisée par le secteur animation-immigration très actif de l'ARC (Atelier de création et de recherche) de Clichy-La-Garenne. Au programme : le chanteur Fernando Marquez, 2 chorales portugaises (une qui vit à Paris et une venue d'Allemagne), et surtout un groupe de danse folklorique La Rose des vents. On peut a ussi admirer une exposition de photos d'Octavio Pawels sur la vie quotidienne des travailleurs portugais en France. Entrée de lafête 15 F, à partir de 14 h au Théâtre Rutebeuf(16-18, allée Gambella à Clichy-la-Garenne). Renseignements à l'A RC, 270.03. 18. 15-20 février • Presse et immigrés, une semaine d'animations diverses et de débats organisée par la CIMA DE à l'Espace 4 du Forum des Halles, au niveau - 4. Une exposition de la presse qui se consacre aux immigrés se tient en permanence ainsi que des vidéogrammes. Samedi 20 février, débat avec des journalistes de la presse écrite, parlée et audio-visuelle. Renseignements à la CIMA DE: 550.34.43 et ESpace 4 : 197.54.30. 15-20 février • La JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) organise deux stages destinés aux jeunes travailleurs et aux jeunes chômeurs, l'un à SaintEtienne, l'autre à Reims. Elle propose une formation internationale sur les plans économique et politique. Les stages se font autour d'enquêtes, de débats et de cours théoriques. 55 F chômeurs, 85 F travailleurs, plus les frais d'hébergement. Inscription au CFEI, 12, avenue de la Soeur-Rosalie 75013, tél. :535./0./6. 17 février • Une association France-Jérusalem (AI Kods) vient d'être créée. A cette occasion, elle organise une réunion d'information et de réflexion sur Jérusalem, sa situation actuelle, son importance pour la paix internationale, son avenir. Le débat a lieu avec la participation de Mohammed Arkoun, Lucien Bitterlin, Maurice Buttin, lIan Halévi, le R.P. Michel Lelong, le pasteur Etienne Mathiot, Georges Montaron et Mgr Nasrallah. Eglise St-Merri, 76, rue de la Verrerie, 75004. Tout renseignement à l'Association de solida- PARFUMERIE MOZART Institut de beauté 26, rue Mozart - 75016 Paris Tél. : 647.63.60 henri klajnbaum THERMO-COLLAGE à façon Société à Responsabilité Limitée au Capital de 30.000 Frs. 19 bis, rue de la Cour des Noues - 75020 Paris Tél. : 636.22.55 R.C. Paris 69B2498 48 rité franco-arabe, 14, rue Augereau, 75007. tél. : 705.81.45. 18 février • Au ciné-club de Gray, le comité local du MRAP présente deux films: v.1. P., de Buster Keaton et Johnnr got his gun de Dalton Trumbo. 18-19 février • La radio libre Génération 2000 (88,4 M Hz) prend une belle initiative. Elle organise 24 heures non stop en direct: 24 h pour des hommes. Au cours de cette émission, elle invite les associations d'entr'aide qui pourront ainsi se faire connaître du public. On y accueille notamment le MRAP, Amnesty International ou SOS Femmes battues. Les interventions sont ponctuées par la musique de chanteurs frança is en direct. 20-23 février • A Vitry, dans le cadre du mois de la jeunesse, le comité du MRAP organise une quinzaine d'animations contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples. Deux expositions à la bibliothèque municipale, un concours de dessins d'enfants , la présentation le samedi 20 de dessins animés pour enfants, venant de tous les pays, au Théâtre Jean- Vilar. Mardi 23 février, Pierre Paraf, président d'honneur du MRAP, rencontre enseignants et parents d'élèves. Renseignements au MRAP, 806.88.00. 22-27 février • Une semaine d'information et de réflexion sur l'Afrique australe se tient au 14, rue de Nanteuil, 75015, à l'initiative d'un certain nombre d'organisations. A 20 h 30, à lieu l'étude de l'évolution politique interne depuis une vingtaine d'années, pays par pays. Notons particulièrement celle de l'Afrique du Sud par le MRAP, le 22 février. Suivent le Mozambique et le Swaziland par la CIMOAAFM; le Zimbabwe par l'AAFZ; la Tanzanie et la Zambie par l'AFT ; la Namibie par le MAA; et l'Angola par l'A FASPA. Le samedi 27 février, tables rondes sur la vie économique de ces pays. Renseignements: MRAP, 806.88.00. 22-28 février • Un séminaire de la pensée juive se tient toute la semaine sous la direction de Léon Ashkenazi, historien , professeur à l'Université de Jérusalem. Le thème: Utopie et imagination du./ûtur../ïKLII'(!S et travers de l'al'enture utopique. Centre Rachi: 30, hd de PortRoyal, 75005, 331.98.10. 24 février • Le cours de danses folkloriques israéliennes qui a lieu tous les lundis (débutants) et tous les mercredis (perfectionnement) au Centre la mécanique des bons canapé-lits • mlco diffusion de créations françaises et étrangères 13, rue Vauquelin 75005 PARIS 707.17.60 331.72.16 (ARtOlnIS RAJA 20, rue rampai - 75019 paris tél. : 202,60,90 télex: 670114 Communautaire, s'ouvre, comme une fois chaque mois, aux amis et au public pour une démontration du talent de ses élèves. Centre Communautaire: 19, bd Poissonnière, 75009, 233.80.2/. 27-28 février • Week-end gratuit de formation pour les travailleurs immigrés sur le thème: Techniques d'animations et techniques budgétaires. Ce stage s'inscrit dans un cycle de trois week-ends de formation su r la vie associative. En janvier, on a parlé des problèmes juridiques et les 13 et 14 mars aura lieu une rencontre nationale qui clôturera le cycle. Renseignements à la FASTI (Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés): 4, square Vitruve, 75020,360.84.41 . 27-28 février .62c Congrès national de la Ligue des droits de l'Homme à Lille, sa lle de l'éducation permanente, l, place Georges-Lyon. Ligue des Droits de l'Homme, 27, rue JeanDallent, 750 14, 707.56.35. 28 février • L'Arahesque à voir et à entendre, un spectacle présenté par le groupe Khamsa. Il s'agit d'une rencontre entre la ligne musicale, la ligne écrite et la parole, entre trois métiers, luthiste, ca lligraphe, comédien, entre Fawzi AI Aiedy, Hassan Massoudy et Guy Jacquet. Lorsque le calligraphe fait naître l'écrit dans l'espace, le luthiste improvise, lorsque le luthiste chante, le comédien dit, le calligraphe improvise. La poésie dite, chantée, écrite, est sans doute l'expression majeure du monde arabo-musulman. Maison des Arts André-Malraux, Créteil: 899.90.50. 28 février • Une fête de tra vailleurs marocains présente quelques échantillons de culture marocaine au Théâtre Rutebeuf à 15 h. Renseignements à l'ARC: 270.03. 18. 28 février • La cité de Communauté de Chessy (Seine-et-Marne) organise, de 10 à 17 heures, une rencontre informelle sur le thème de la prière. Elle invite à y participer, Juifs , Chrétiens, Musulmans, dans la perspective de s'éco uter mutuellement. (Chessy, 77/14, Monterrain, 463.87.85). 2-23 mars • Le comité local MRAP de Clermont- Ferrand ouvre la quinzaine cult urelle avec l'inauguration d'une ex position sur l'amitié entre les peuples, au CRDP, en présence de René Mazenod, représentant le Secrétariat national. FABRIQUE DE TRICOTS DEATEX LES PIEDS SENSIBLES c'est l'affaire de SULLY Confort, élégance, qualité, des chaussures faites pour marcher 85 rue de Sèvres 5 rue du Louvre 53 bd de Strasbourg 81 rue St-Lazare Du 34 au 43 féminin , du 38 au 48 masculin, six largeurs CATALOGUE GRATUIT : SULL Y, 85 rue de Sèvres, Paris 6e 5 % sur présentation de cette annonce 31, rue du Faubourg Saint Martin 75010 PARIS Tél . : 208,20.40 49 6 mars • Une soirée de musique, poèmes et danses capverdiennes est organisée avec le Groupe Solidarité Capvert. Une soirée qui devrait faire connaître une culture méconnue et regrouper l'émigration capverdienne autour de ses compatriotes artistes qui travaillent régulièrement dans les locaux de l'ARC. Exposition de photos sur les Iles du Cap-Vert. ARC: 3, rue du Dr Clamet/e, 921 10 Clich l'-Ia- Garenn'e, 270.03,/8. . BUREAUX ET SALLE D'EXPOSITION: 10, rue de la Pierre Levée - PARIS XIe Tél.: 357.40.35 SOFDAL 8, rue Maurice-Ténine 94260 FRESNES Accessoires Caravanes Bateaux Tél. 668.10.48 HUIlleur §§§§§§§§§§§§§§§§ê DIFFÉRENCES FÉVRIER 82 Connaissez-vous ces films? Nous vous proposons 7 photos de films dont le sujet se rapporte à la lutte contre le racisme et à la connaissance des peuples. A p artir des indications fournies dans les légendes, pouvez-vous trouver le titre et le réalisateur de chacun d'eux? Si vous les connaissez, vous êtes un cinéphile attentif. Si vous ne les connaissez pas, ne manquez pas d'aller les voir à la prochaine occasion. Photo 1 : Un frère, une soeur, une histoire d'amour qui prétend Photo 2 : Le racisme et l'exil, la solidarité parfois: un classique ignorer le monde et ses drames ... Mais l'antisémitisme va aussi du cinéma de l'immigration. toucher Ferrare. Photo 3: Dans le Japon féodal du XVIIe siècle, les codes d'honneur du Samouraï ne servent qu'à respecter la tradition .. . Photo 5 : Deux prisonniers, l'un blanc, l'autre noir, enchaînés l'un à l'autre, s'évadent d'une prison américaine ... Un film à suspense, pétri de bonnes intentions. Photo 4: U ne réalité bien vivante par les séquelles racistes qu'elle a léguées. Un tabou cinématographique pour les réalisateurs français. Photo 6 : Des Indiens Boliviens se révoltent contre une campagne de stérilisation ...


Solution -------

·U!ld1H[) ::l!PR4:) ::lp 'ma}(J}:nG n ·L ·S::lU!fURS ::lillO[ ::lp 'JOpUO:J np 2uos a7 ·9 ·S!lln:) ÂU0.ll::l Sl::l!l!Od Â::lUP!S :::lAR ' l::lUlRl)! Â::lIURlS ::lp 'au]oI{J 07 .ç ·pSS!oij S::lAA,P 's-v·~ ·17 ·!4SRqOÂO)! !){RSRW ::lp 'U!)[-OJOH T ·Ul::lIR4D !IV ::lp 'aJUOJd aJJnV,7 ·Z Photo 7 : Terminé en 1939, ce film ne fut découvert par les ·RpURS ::lnb!u!Uloa l::l l::lill::lij lnUlI::lH Français qu'en 1945. :::lAR ' R:!S ::lp OPOll!A ::lp '1U/1UOJ-IZU/d sap U!pJO[ a7· 1 50 DES MAGASINS POUR DES TEMPS NOUVEAUX vêtements BESANÇON: 1, rue Gambetta LA ROCHE-SUR-YON: 11, rue Stéphane-Guillemé LE HAVRE: 222/228, rue Aristide-Briand GRENOBLE ST-MARTIN D'HERES: 72, avenue Gabriel-Péri GRENOBLE ECHIROLLES: Grand Place BESANCON: 1, rue Gambetta GRENOBLE ST-MARTIN D'HERES: 72 , av. G .-Péri LA ROCHE-SUR-YON : 11 , rue Stéphane-Guillemé GRENOBLE ECHIROLLES : Grand Place LE HAVRE : 222 / 228, rue Aristide-8riand GRENOBLE FONTAINE: Centre Commercial Record ORGEVAL: Centre Commercial " Les seize arpents" RECEVEZ CHEZ VOUS SANS ENGAGEMENT L'ENSEMBLE CINÉMA "CANON-MAGNON SUPER 8 COMPLET" ... Prii'lli'g' {famdfS silrt1/{pmi! ,.. pO/lr un,' dlt?/ti'/i' mOl.S/i' _ flnec(ftjr Caméra canon 318 M autozoom reflex macro zoom Cette caméra légère porte le nom de l'illustre marque Japonaise. Son optique, sa mécanique et son électronique ont donc une per~ fection et une robustesse bien connues. Vous pouvez filmer en "macro-cinéma". C'est-à-due à bout portant sur une fleur ou un insecte par exemple. Cela n'e xistait jusqu'alors que sur des appareils de très grand prix! CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Caméra canon 318 M. Zoom rapport de 1 il 3. V'Se\lr reflex Filtre CCA commande manuelle pour InJse au pomt «macron Prise de torche diaphragme automatique. Projecteur magnon DX 80 bi-format 8 / super 8 C'est un appareLi bIen dessme et ultra-compact. La ntécanique, est d 'une trés grande qualité, donc robuste. De plus, elle ne tait pas de bruit. L'optique, c'est-à -dire le zoom a une perfection uès poussèe. Il vous permet d 'agrandir ou de «concentrer . l'image comme vous le voulez. Le dillpositlf guide-filnt autontatique est Simple et pratique. Il ne peut donc se dérégler. Un coupe-filnt est monté sur le boîtier de votre appareil. Grâce au bl·format, vous pouvez revoir vos vieux films 8 mm. CARACTÊRJSTIQUES TECHNIQUES Projecteur magnnn DX 80 format 8 et super 8 variateur de vite:.se 18 / 24 Images seconde Zoom - arrêt su r Image · marche avant arrière - coupe fIlm VOS CADEAUX GRATUITS r--"'-.e- 4 accessoires indispensables • t pinceau souffleur - • Du papier optique - . 1 flacon de liquide nettoyant - • 1 chamoisine Un deSSin animé les aventures de titi et gros minet. Plus de 3 mn de projection vous allez retrouver chez vous, le plaisir des séances de cinéma dont raffolent les enfants. 76150 MAROMME UN ENSEMBLE COMPLET DE 12 PIÈCES 1 caméra Canon 318 M 1 étui protecteur 1 torche 1000 W 220 V 1 guide Pratique 3 piles 1,5 V du Cinéma Super 8 1 projecteur GAF 1800 1 écran 1,00 x 1,00 m 2 bobines de 120 mètres 1 film Super 8 de 360F après un versemen de 360 F de réservation à joindre à votre bon d'essai TEG 24.5 % - FraiS de crédit : 245 F OU AU COMPTANT 2.950F (+ 45 F de frais d'envoi) -------- BON D'ESSAI SANS RISQUE (!;al i,tait 011 remboursé ) r-- 1 A relOurner J Différence~ IN. rue Ohcrk~mpf · 75011 PARIS 1 1 1 1 1 Je lésir' rtoccvoir pour uo eS!;ai "..n, risque le 30 jours, l'ensemble "CanonMagn" n" ~in,i que les cadeaux. Je n'ou!lic pas le juinlre mon règlement aveC mon hon l'cssai " l "rdre le "' nc,,~ur p'" o Chèque Bilncaire 0 CCP 0 M~nlal · let1re J l'exclusion tic lOllt aUlre mode tic paiemenl. Je choisi, le payer: o au cumplanl 2951J F + 45 F lc €r~is l'envoi ""il m5 F, ou o il crédil J(,(J F tic paiemcnl tic réscrv~lion . Aprè, mon e,;.,.ai de:lll jour;, je choisirai alors le payer: en ~néficianl du crélil €acile 3hl1 F P',"llant Il mois s"il uo lotal il erélil le 3245 F. Si je n'élai, pa, entièrement ""ti,rail ail bOUl le:lll jours, je VOII' renverrais l'cn,,,-'mhle lan, sOn emh~lIage Cl jc !\Crais inlégralement rembuur": de la ""mme ,·er.ée. l A remplir en feu"." m"jw;clJfe.~, merci ! Nom "::+:f;±~!'~t' :;Jtt':::J't' j':::J't::t' j':::J' 1 Prénom ~ 1111111111 1 D~le de Nai\.';;IIl:C L....L...J L.LJ LW NO' Rllc . :lINJ 501 1 Ville Si vou, avez déjà eommilnlé chez nous. 1 rappelez voi re n" le clierl\, merci. 1 1 1 Il! 1 1 1 1 Code postal t cSignalllre~ §" § " • i , ,•! , " i"l ~I

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