Différences n°64 - février 1987

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Sommaire

Sommaire du numéro

n°64 de février 1987

  • Action: foulées multicolores
  • USA: la nouvelle guerre de sécession (racisme) par R. Pac
  • Nanterre; la cité des potagers dans les choux (cité de transit) par R. Attaf
  • Un peu moins français que les autres (originaires DOM TOM) par J. Ravel
  • Grenoble; encore un coup de mistral par J. Roccia
  • Dossier: Corée Nord Sud: deux pays sous pression par B. Birolli
  • Kateb Yacine; l'étoile filante par Cherifa Benabdessadok
  • Carnaval: music, masques and plumes par J.L. Gaillard
  • Le retour de Banania par Y. Thoraval
  • La touille et la technique (comment intervenir lors d'une agression) par J. Pihan
  • Brigades internationales: le rêve espagnol par C. Dancie


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• • • ... i .. 1 • DESERT Ça dégage, en ce moment. Comment si on voulait faire de la place. Ça a commencé avec le projet de réforme du code de la nationalité. Mais on s'est aperçu que ça n'empêchait qu'une poignée d'enfants d'immigrés de devenir français. Pas assez expéditif: comment voulez-vous épurer le pays en procédant par petites charrettes ? Heureusement, il y a eu les grèves : grèvistes pas français, criait la bonne presse, Krasucki même pas à Moscou, mais à Varsovie, de là où il vient. Tous ces gens sont des traîtres à la guerre économique menée par la France. Dehors les saboteurs. Ce n'était pas suffisant: on a cherché du côté des fonctionnaires, là, ça commence à faire nombre. Dans de nombreuses boulangeries, on a pu lire cet avis : « Nous prions les grévistes de la fonction publique de s'abstenir de fréquenter cet établissement.» Qu'est-ce que c'est que ces fonctionnaires qui viennent manger le pain des Français? A la porte! Maintenant que le pli est pris, on ne va pas s'arrêter là : les sidérurgistes, les marins en grève, les juges d'instruction rigides, les actrices qui n'ont pas le SIDA, en voiture. Tant il est vrai que, en matière d'exclusion, un Arabe peut en cacher un autre. On verra alors ceux qui FEVRIER u::I 10 Nanterre: la Cité des potagers dans les choux ~ u CE Une cité de transit qui dure" . depuis 20 ans. RABBA ATTAF 12 Un peu moins Français que les autres? Difficultés et silence pour les ressortissants des DOM-TOM installés en France. JULIE RAVEL 14 Grenoble: encore un coup de Mistral Une entreprise de réhabilitation de ce quartier défavorisé et mal vu. JEAN ROCCIA a:: 18 Corée, nord et sud : deux pays 11.1 ëi5 sous pression en c IC:II Comment on peut vivre, ou survivre, dans la continuelle peur de l'autre, après des siècles de civilisation, et des décennies de guerre froide ? BRUNO BIROLLI ABONNEMENTS 1 an " 200 F. 1 an à l'étranger " 220 F. 6 mois " 120 F. Etudiants et chômeurs, 1 an " 150 F. 6 mois,' 80 F (joindre une photocopie des cartes d'étudiant ou de pointage). Soutien,' 240 F Abonnement d'honneur,' 1 000 F. A lgérie,' 15 dinars. Belgique,' 140 FB. Canada ,' 3 dollars. Maroc,' 10 dirhams. Publicité au journal Photocomposition restent, quelques Français PCP, 17, place de Villiers, très français, tourner 93100 Montreuil. Tél. " 42. 87.31.00 comme des âmes en peine Impression Montligeon. Tél. " 33.83.80.22. Commission paritaire n° 63634 dans le désert, en regrettant ISSN 0247-9095. le temps où la France était Dépôt légal ,' 1981- 2 Magazine créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entres les peuples), édité par la Société des éditions Différences 89, rue Oberkampf, 75011 Paris. Tél. : (1) 48.06.88.33.

fi 28 Kateb Yacine, l'étoile filante.

a:: Le créateur de Nedjma revient à la ~..... littérature après des années de silence. 8 CHERIFA BENABDESSADOK 30 Carnaval : Music, masques and plumes Toutes les recettes pour vous bricoler votre propre carnaval. JEAN· LOUIS GAILLARD

fi 36 la trouille et la technique

li: 11.1 C U 11.1 IC:II Ou comment intervenir quand on assiste à une agression. Abbé JEAN PIHAN 38 Brigades internationales : le rêve espagnol L'aventure de la guerre d'Espagne pour ceux qui sont venus au secours de la République. CHRISTIANE DANCIE Et les petites annonces, le courrier, les jeux. DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Albert Lévy REDACTION Rédacteur en chef Jean-Michel Ollé Secrétariat de rédactionmaquettes ,' Véronique Mortaigne Service photos,' Abdelhak Senna ADMINISTRATION/GESTION Khaled Debbah PHOTO COUVERTURE Evrard/ANA ONT PARTICIPE A CE NUMERO : Robert Pac, Christiane Dancie, Bruno Marin, Jean Roccia, Julie Ravel, Rabba Attaf, Bruno Bi rolli , Jean Pihan, Bernard Golfier, Jean-Louis Gaillard, Yves Thoraval, Mariette Hubert, Joëlle Tavane, Cherifa Benabdessadok, Pierre Vallée. un pays. 0 La rédaction ne peut être tenue pour responsable • I __ ~::::::::::::::::::::::::~ __ des~p~hotos:,~oexoeset~docum~enOE~con~fi~~' __________________ ~ _____________________ 1 .. FOULEES MULTI-COLORES Faire courir la France contre le racisme, c'est ce que se propose de faire le MRAP, Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, en organisant partout dans le pays, autour du 21 mars, des Foulées multicolores. Pourquoi cette date? Ce jour-là, à la demande de l'ONU, on célèbre dans le mondre entier la Journée internationale contre le racisme. Chaque année, le MRAP organise une action symbolique autour de quelques idées, qui, pour être' évidentes, ne sont pas toujours acceptées: notre société française, aujourd'hui comme hier, est plurielle, elle a toujours su intégrer l'apport des communautés étrangères installées durablement. Des Romains et des Francs d'antan aux Maghrébins d'aujourd'hui, la France s'est toujours faite avec les autres. Cette année, et sans doute les prochaines, le MRAP a mis le sport à l'honneur, et c'est justice, puisque c'est dans ce domaine, du plus petit club aux équipes internationales, qu'on remarque le plus, et qu'on vit le mieux, les apports des communautés étrangères. Et quel meilleur endroit qu'un terrain de sport pour se rencontrer? Le 21 mars 1987, ou autour de cette date, les Foulées multicolores tâcheront donc de rassembler le plus de gens possible, de tous âges, à toutes allures. Tant pis pour les records : on pourra participer en courant ou en marchant, à pied ou à vélo, pourquoi pas en patins à roulettes? Et si on ne peut trouver un itinéraire, on organisera un match de football ou de rugby, ou d'autre chose, associant des joueurs de toutes origines. Partout en France: au 1 cc janvier et pour cette première année plus de vingt villes ou départements avaient entamé la préparation des Foulées. Le MRAP n'est pas seul dans cette initiative

partout, ses comités

locaux s'associent avec les clubs, les associations sportives, les offices municipaux, des sponsors locaux. Un comité de parrainage rassemblant des sportifs connus, d'origine étrangère ou non, est en cours de constitution. Une affiche nationale est sous presse. Chaque participant recevra un dossard aux couleurs des Foulées multicolores et une médaille en souvenir de sa participation. Pas de classement, pas de trophée: le seul adversaire, c'est le racisme. Et pour le vaincre, l'essentiel, dirait quelqu'un, c'est de participer (1). 0 Pour tous renseignements : MRAP, 89, rue Oberkampf, 75543 Paris Cedex Il. Tél.: (1) 48.06.88.00. Villes organisant des foulées: Ar· cueil, Vitry, Ivry, L'Hay·les-Roses, Limeil-Brévannes, Champigny, Creil, Montreuil, Bobigny, Limoges, Castres, Grenoble, Toulouse, Saint· Lô, Angoulême, Saintes, Guyan· court, Versailles, Manosque, Lille, Meaux. PRESQUE La promo 87 de l'ENA, école nationale d'administration, a failli s'appeler « Nelson Mandela ». Bravo aux élèves qui en ont eu l'idée , et n'ont échoué qu'à sept voix de minorité. On est d'ailleurs resté dans la tolérance et l'antiracisme, puisque la promotion a finalement été baptisée Michel de Montaigne. C'est bien aussi, mais c'est sûrement moins voyant. FAUSSE NOTE Dans Différences n° 62, nous disions page 27 : A la télé, Pierre et le Loup, de Prokofiev, avec Jacques Higelin et Jean-Luc Lasadsus, chef de l'orchestre national de Lille. Le pauvre homme ! Il s'agit en fait de JeanClaude Casadesus. Et ce n'est pas tout: dans le numéro 61, nous annoncions à la fondation Dapper une exposition d'oeuvres d'art et objets africains dans l'Europe du XVII'. Il s'agissait de l'Afrique du XVIIe. .Pour nous faire pardonner: l'expo de la fondation continue jusqu'à la mi-février (1) et l'orchestre national de Lille sera à Cambrai le 5 mars, salle G. Carpentier, pour la 5' symphonie de Malher. Sauf erreur de notre part. Ça continue: dans le numéro de janvier encore, nous faisions dire à Gérard Coulon que la Mairie de Vitry n'avait rien fait pour reloger des Maliens récemment expulsés d'un foyer de l'ADEF. Erreur! C'était la préfecture du Val-de-Marne qui n'avait pas bougé, la mairie au contraire s'était démenée pour demander leur relogement, obtenu d'ailleurs depuis. 0 (1) Renseignements au 45.00.01.50. RIFF Le nommé réseau de rock inter universités françaises, lance un challenge national de rock et de musique actuelles, jouées par des étudiants de nos facs. Des finales régionales sont prévues en février, à Lille le 5, Lyon les 11 et 12, Bordeaux le 13, Compiègne le 20, Paris le 20. Renseignements à Paris, tél.: 48.21.63.64, poste 12-66, Gilbert Nahoum. 1 i VOILA QUE ÇA LES REPREND ... C'est cyclique. A intervalles réguliers, on assiste à une nouvelle attaque des champions de la transmission héréditaire des caractères acquis par l'éducation et l'environnement et, dans la foulée, de l'hérédité de l'intelligence. La dernière offensive avait été lancée en 1969 par l'Américain Arthur Jansen, relayé par William Shokeley et Richard Herrnstein . Ils aboutissaient à la conclusion que les Noirs, les juifs, les originaires d'Europe centrale et de l'Est et tous les autres non anglosaxons et nordiques avaient un quotien intellectuel (QI) t très au dessous, à des degrés ~ divers, de ceux-ci, et que tout ~ cela se transmettait héréditai- ~ . rement. à Ces théories furent d'abord importées en Europe par le psychologue anglais H. Eysenk. Elles furent reprises en France il y a une dizaine d'années par la Nouvelle Droite française et le Club de l'Horloge qui cherchaient par là à donner à leur racisme une image d'« honorabilité» pseudo-scientifique. Les chefs de file étaient Jean de Benoist et Louis Pauwels. Cette tentative fut heureusement assez rapidement annihilée par les scientifiques américains, européens et français et cela fait un bon bout de temps qu'on n'a plus entendu parler de ces thèses. Mais leurs champions n'avaient pas désarmé. C'est, bien entendu, aux Etats-Unis encore, où l'obscurantisme a fait des « progrès» constants et inquiétants depuis l'avènement de Ronald Reagan, que s'est déclenchée la nouvelle attaque. Un récent International Herald Tribune nous apprend que des «chercheurs » de l'université du Minnesota prétendent que la personnalité d'un individu est davantage déterminée par son héritage génétique que par l'influence de son environnement. C'est l'hérédité des ca-

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cheurs » tirent leurs conclusions de l'étude, depuis 1979, de 65 paires de jumeaux séparés et élevés séparément. Dans la majorité de ces paires de jumeaux séparés, les deux frères ayant fait les mêmes réponses à un même questionnaire, on en a déduit que leur personnalité était due principalement à des causes héréditaires. Tout cela nous rajeunit et nous rassure à la fois. Car on se souvient de la fameuse « étude» sur les jumeaux du même genre de C. Burt, en 1966 en Grande-Bretagne, qui fit grand bruit à l'époque et qui se révéla ensuite n'être qu'une énorme escroquerie scientifique. Pour le moment, en attendant une étude plus approfondie des travaux RESISTANCE des « chercheurs» de l'université du Minnesota, des scientifiques américains s'insurgent déjà contre leurs conclusions. _ Seymour Epstein, un psychologue de l'université du Massachusetts fait remarquer que les jumeaux séparés ont été élevés dans un même milieu social et culturel, dans la classe moyenne occidentale. « Si on avait élevé un des deux jumeaux chez les Esquimaux ou chez les Pygmées, on aurait pu noter une influence prépondérante de l'environnement » a-t-il déclaré. Pour lui, l'expérience, telle qu'elle a été menée, peut aussi bien avoir démontré l'influence primordiale de l'environnement sur la personnalité de l'individu! Coïncidence heureuse, les échos de cette expérience nous parviennent au moment où les éditions Complexe éditent en France le livre de Joël et Dan Kotek : l'Affaire Lissenko, l'histoire de « l'irrésistible ascension du plus fa meux charlatan scientifique du 20' siècle» qui avait érigé en dogme la transmission héréditaire des caractères acquis par l'éducation et l'environnement, avec tout son arrière-fond idéologique, dans lequel s'enlisa, plus ou moins volontairement, une génération de marxistes.D ROBERT PAC L'Affaire Lissenko, de Joël et Dan Kotek, éditions Complexe, 240 p., 37 F. Patrick Tort, qui a souvent signé des articles dans ces colonnes, a pris l'initiative d'un appel à la Résistance des intellectuels devant les différents proJets et pratiques du gouvernement visant à réduire les libertés et les conditions d'accès à la nationalité française. Tout le gratin a signé. ractères acquis par les pa- ~ rents qu'on remet sur le tapis. ~: Pour tous renseignements, écrire à C'est sans surprise qu'on ap- ~ P. Tort, BP 70, 93230 Romainville. Il ~p~re~n~d~~q~u~e~le~s~d~i~ts~:~c~h~e~r-~::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::J Différences - n° 64 - Février 1987 LA NOUVELLE GUERRE DE SECESSION Plus passionné, Bob Miles écrit: « Notre nation signifie exactement ce qu'elle dit. Séparation. Totalement et complètement séparée du ... fouil- Le Ku Klux Klan n'est pas en perte de vitesse, tant s'en faut, mais il est débordé dans sa guerre raciste par des organisations d'extrême droite et néo nazies qui prônent l'emploi de méthodes violentes « en dehors du système », dans une sorte de déclaration de guerre à la société multiraciale américaine. Bien sûr, les membres du KKK n'ont jamais renié la violence, et leur histoire est jalonnée de meurtres, d'incendies, de brutalités et d'actes de terreur. Mais la position des klansmen traditionnels est toujours d'agir « dans le système» pour imposer la ségrégation et ils favorisent l'élection de conservateurs à tous les niveaux du gouvernement « pour stopper la contamination noire ». Notre foi, notre race « Nous approuvons la Constitution », affirme le bulletin d'information des chevaliers chrétiens du KKK, le Flery Cross. Et, quoique le Klan inspire souvent ou s'engage lui-même dans des actions violentes contre les gens de ,.; couleur, il organise aussi des défilés, des meetings, des distributions de tracts, incite les Blancs à s'inscrire sur les listes électorales et mène d'autres actions dans le but de gagner une plus grande Avec le mouvement des Droits civiques des années 60, les racistet .. intérêt dans le racisme institutionnalisé avaient subi une cuisante e 1 blan~~ qUI aV,al~nt Depuis, ils s'efforcent de faire revenir le passé. Pour un avenir Slt humiliante d~falte. ~mbre et guerrier. quantité de sympathisants. cruter ». Mais il ajoute, rejoi- Dragons du Ku Klux Klan, agents du FBI, qui tuèrent un Mais on note un glissement gnant par là les néo-nazis: tels que David Duke et Tom de leurs leaders. de certains leaders du KKK «Ces activités doivent être Metzger. Dans les avant-postes de l'extraditionnel vers les ten- prises pour ce qu'elles sont: trême droite et des néo-nazis dances néo-nazies représen- un appoint au premier ob- Menaçant ceux qui «cher- on est .d'accord pour dire qu~ tées par certains mouvements jectif du Klan qui est essentiel- chent à détruire notre foi et les NOirs ne sont pas des êtres de l'extrême droite. «C'est lement la destruction des en- notre race », ces groupes invi- humains, que « l'égalité et la pure fantaisie de croire que le nemis de notre nation ra- tent à exécuter les policiers, fraternité (sont) des objectifs Klan est un large mouvement ciale.» les parlementaires, les juges. impossibles », dans tous les politique qui veut obtenir les Depuis le début des années The Order a lancé un cri de cas indésirables, et que les suffrages nécessaires pour 80, on a vu se créer et se guerre: «Commençons la Blancs doivent se séparer réaliser un changement paci- développer de nombreuses bataille » ••• Leurs fidèles se eux-mêmes complètement fique de politique », écrit organisations néo-nazies dont sont lancés dans des actions des gens de couleur et des Louis Bearn dans Essais d'un les noms sont sans équi- criminelles: attaques à main juifs par la violence, la révoKlansman (Hayden Lake, voque: The Order, Aryan armée contre des fourgons lution ou une sécession pac.i- 1983). Il reconnaît que« l'en- Nations, White Patriot Party, bancaires en Californie, ten- fique. gagement politique... est un White Knights of Liberty, tatives d'incendie de synago- Ces deux dernières solutions organique refusait à tout ja- lis, du mélange qui est en train mais aux (non-Blancs) la ci- de tirer notre culture vers les toyenneté américaine ». (Cal- égouts. A part, séparés, comling our nation, p. 52). piètement et totalement séLa Constitution, croient-ils, a parés! Peut-on obtenir cette été reniée au XIXc siècle. séparation en Amérique? Dans cet esprit, beaucoup, Non, pas comme elle existe dans les cercles néo-nazis, se actuellement ... Nous voulons tournent vers le nouveau une nation séparéepour notre Amendement Pace. «M. foi et nos traditions ... Tout ce Pace a conçu un plan auda- que nous demandons pour cieux pour la survie de l'Amé- cela, c'est la partie du Nordrique, dit Dan Gayman de Ouest des USA ... Juste une l'Identity Church of Israel. dîme géographique, e,i reSon plan s'attaque aux racines tour, vous aurez la paix, ainsi du problème et ses proposi- ferons-nous. »(From the tions apporteront la déli- Moutain, mars-avril 1985). vrance à l'Amérique. » Miles montre que les intenTel qu'il est rédigé par James tions des Aryan Nations ne O. Pace, le Pace Amende- sont pas seulement de comment à la Constitution devrait ploter, comme le font tradiannuler le 14e amendement tionnellement les klansmen, qui accordait la nationalité pour intimider et tuer les américaine à tous ceux nés ou Noirs ou de gagner de no~naturalisés sur le territoire veaux adhérents à la cause de des Etats-Unis (sauf aux In- la suprématie blanche. Appadiens). D'accord, en toute remment, il propose la paix logique, avec le point de vue en échange d'un territoire néo-nazi selon lequel les juifs pour y établir une « républiet les gens de couleur ont que chrétienne blanche ». d,é.tr uit ,le s Etats-Unis, Pace Lo m. u..e nous ... ecnt qu « un seul groupe racial et un unique héritage Le Congrès mondial des culturel dans une commu- Aryens, qui s'est tenu à nauté favorisent l'uniformité Idaho, en juillet dernier, a des principes éthiques et mo- réuni des douzaines de repréraux et lui permettent de se sentants de l'extrême droite policer elle -même da- pour discuter du Pace Amenvantage ». dement et tirer des plans pour la sécession. Tom Metzger, Une autre raison pour de Californie (qui a parcouru l'Amendement Pace d'être le chemin si largement balisé bien reçu par l'extrême qui part du conservatisme, droite, c'est sa justification de puis emprunte le tax protesdisant: "Réservé aux Blancs"» (War. vol. V, p. 3). Certains, comme The Order, soqt très impatients. Ils se démarquent de cette rab bit revolution et ont déjà commencé leur propre révolution. D'autres, comme Louis Bearn , suggèrent: «C'est une obligation, même un devoir sacré, pour ceux qui croient... que la Constitution est morte dorénavant, d'exécuter les ennemis responsables... Ceux qui ont agi pour la destruction... de l'Amérique doivent être soit chassés de la terre, soit enterrés dedans. » Tous ont créé des camps où on s'entraîne les armes à la main. Et si d'autres, dans cette société, refusent de voir leurs frontières nationales fixées par les chrétiens blancs? Si les Noirs et d'autres refusent aujourd'hui d'accepter cette vision du futur , alors, ils mourront demain. Le récit-fiction de cet avenir décrit par William Pierce dans The Turner Diaries montre les projets de violence qu'il comporte: « La tâche des troupes est de séparer les Noirs du reste de la population et de les parquer dans des camps en attendant qu'on puisse les transporter loin de nos territoires ... S'ils opposent la moindre résistance, ils seront abattus sur place et le bruit de la fusillade incitera les autres Noirs à quitter les lieux sans résistance... Les tanks détruiront ensuite les maisons abandonnées par les Noirs avec leurs canons. et leurs mitrailleuses (The Turner Diaries, Washington D.C. 1978). The Turner Diairies est distribué dans tout le pays par les organisations suprématistes blanches. Pour elles, ce n'est pas un récit de fiction, mais un guide pour l'action. The Turner Diairies a inspiré, par exemple, la création de nombreuses «enclaves chrétiennes blanches» ; Pierce lui-même semble avoir créé une telle enclave en West Virginia (1).[J ROBERTPAC Il excellent moyen pour popula- etc. Les leaders de certaines gues, batailles rangées dans représentent quelque chose Lr-is_er_ _no_s_ _id_ée_s _e_t pour re- d'entre elles sont des anciens plusieurs Etats avec les de nouveau dans la démarche ~ _____________________ ~ _______________________ ------~~ __ la sécession. Pace a écrit: ting, puis le Ku Klux Klan, des extrêmistes racistes. «Les gens doivent avoir le pour aboutir au néo-nazisD'après ces groupes, les juifs droit de sauvegarder une com- me), a décrit ensuite ainsi les et les Noirs ne seraient pas munauté et un pays pour plans présentés à ce condes citoyens des Etats-Unis si eux-mêmes et leur postérité grès: « ... La nation du la Constitution était vérita- sans se sentir moralement Nord-Ouest pour les Blancs blement observée; ipso obligés d'adapter leur com- ne sera pas conquise par la facto, la nation a été trahie et munauté ou leur pays à violence. Ni par des traités, on n'est pas tenu d'être loyal d'autres peuples. Et, lors- des contrats ni par les voies vis-à-vis du gouvernement. qu'une intégration importante électorales. Elle doit être gaPar exemple, pour Aryan s'est opérée dans une société, gnée par des raçistes blancs Nations, les termes de la les gens (les Blancs) doivent qui iront sur le terrain, achèDéclaration d'indépendance encore avoir le droit de main- teront la terre en commun ou élevaient « une perpétuelle et tenir leur spécificité ou de individuellement et qui posinfranchissable barrière entre retourner dans une société sèdent des familles avec 5 ou la race blanche et la noire composée uniquement de 10 enfants . .. Et nous nous qu'on avait réduite en escla- membres de leur propre réjouissons devant cette chovage et qu'on tenait en ser- peuple.» (Amendement à la se merveilleuse d'avoir chavitude grâce à un pouvoir Constitution, Los Ang· eles, cun une Ferme de 20 acres (1) Je remercie nos amis du «Center b l d J' for Democratie Renewal» d'Atlan- • _ ~).a~s;,o~u;;.e~t~es~PAodt:iq~u~e~..:. : L;/afrl~o~i _1 _9_8_6~)_. __________________~ a~v~e:c_u:n~e~p~a:n:c:a:r:oe~à~.:l':en:t:r:é~e~m~e:n~G:e:or~gi~e~' _______________1 Différences - n° 64 - Février 1987 SAPHO: NEW YORK, MARRAKECH Marrakech: les charmeurs de serpents de la place Djemaa-EI-Fna, les ~paisses murailles ocres, les souks bruyants et colorés bercent l'enfance de Sapho. A vingt ans, elle vient à Paris pour «faire le métier de comédienne ... ». Après le conservatoire et le rituel tour des maisons de disques, un premier disque sort, suivi de concerts à Campagne Première. C'est la première rencontre avec le public, premiers contacts, premiers coups de coeur. Elle part - pour Actuel - aux Etats-Unis, écrire une série . d'articles. En un mois à New York, elle forme un groupe avec des pointures locales et se produit dans un club fameux

le Max's. Séduite par

New York, elle y retourne et joue dans les principaux clubs: CBGB, Hurrah, etc. Retour. en France: trois 30 cm à un an d'intervalle chez Pathé-Marconi. Fin 1982, son premier roman paraît, Douce Violence aux éditions Ramsay. Le Japon la demande. Cette première tournée est un succès qui se renouvellera en 1984 et 1985. Elle est actuellement la seule artiste fran- LA FLORIDE çaise à exister sur le marché du disque au Japon. D'ailleurs la chanson Train de Paris était à l'origine une commande pour une publicité de Toyota. 1983, 1984, ses tournées l'entraînent en Algérie, USA, Canada, Allemagne, Océan Indien et sort malgré cela un recueil de dessins Sous la Coupole aux éditions Ultramarine. Pendant l'été 1985, elle enregistre son nouvel album réalisé par Peter Murray, Passions, Passons. Février 86 : un nouvel album, et un autre livre, Ils préféraient la lune, chez Balland. Beau parcours ... 0 UNE DEFAITE DU RACISME EN CARAIBE ET SES NEGRIERS Les Etats-Unis recrutent chaque année dans toutes les Antilles anglophones et en Haïti des ouvriers agricoles noirs pour la récolte de la canne à sucre en Floride. Ce recrutement est dûment programmé et organisé par un United States Farm Labour Programme FLP (on dirait le nom d'un programme humanitaire d'aide généreuse ... ). Avec le chômage qui sévit partout aux Antilles - 20 % à 40 % de la population active, selon les îles - et aussi grâce aux effets du « mirage américain », les planteurs de canne de Floride impliqués dans le FLP n'ont aucun mal à se Depuis toujours les partis d'origine surtout chinoise et procurer toute la mainpolitiques à Trinidad-et-To- européenne. Chacun votait d'oeuvre qu'il leur faut. bago - ancienne colonie bri- selon son appartenance à un Mais voici ce que déclare à tannique de 1 200 000 habi- groupe. son retour de Floride un tants, au large du Venezuela 15 décembre 1986: bonne ouvrier agricole barbadien de - étaient fondés sur des bases nouvelle! Les élections gé- 26 ans, John Francis (The Barbade une telle tâche serait raciales. nérales ont vu la victoire Nation, 29.12.86): «Vivre payée à John Francis l'équin y avait essentiellement le écrasante d'une coalition où, dans le cadre du FLP en valent de 30 dollars US. parti des descendants d'es- pour la première fois, les Floride, où tant d'Antillais n n'est pas inutile de rappeler claves africains - parti au questions de race sont ou- vont couper la canne chaque qu'au moment même où pouvoir depuis 30 ans - et le bliées. Indiens, Noirs, Chi- année, c'est comme vivre dans John Francis parlait d'esclaparti des descendants de tra- nois ont marché la main dans la jungle ... C'est une forme de vage à un journal de son vailleurs importés des Indes la main. Des électeurs de l'esclavage ... Chaque travail- pays, les Etats-Unis dimipar l'Angleterre au XIXe circonscriptions à majorité leur doit couper deux rangées nuaient de 40 % leurs quotas siècle et au début du XXe. noire ont voté massivement très épaisses de cannes brû- d'achat de sucre à l'étranger, Les deux «groupes ethni- pour un candidat indien. Et lées, rangées longues d'au ce qui constitue une véritable ques» s'équilibrent à peu inversement. C'est une moins six cents mètres, cela en catastrophe pour cinq ou six près. Autour d'eux gravitent grande date dans l'histoire du' trois heures et pour 10 à pays antillais. Et parmi ces III ~d~e:s~g~r~o~u!p:e:s~m::in:o:r~i~tai:r~e:s,~~p:a~y~s~. :D~ _________________1 _5_d_o ll_ a_rs..._ » _ _C _h_e_z _lu_ i_ _à_ __c in_q~o_u_ si_ x_, _B_a_r_b_a_d_e_._D_ ___~ C'ETAIT UN FAUX! Nous vous avions présenté ce tract, reçu à la rédaction, et assimilant les Arabes aux parasites du bois. Le MRAP a porté plainte pour provocation à la haine raciale. Après enquête, il s'avère que le Centre technique du bois, donné pour signataire du tract, n'y est pour rien. C'est plus machiavélique. Quelqu'un a fait ce découpage pour nuire à cet organisme en général, et à M. Mathieu, un de ses employés (1) cité dans le tract, TRISTE, MAIS BON On est à la fois plus curieux et plus exigeant après un premier film comme le Thé au harem. Mehdi Charef nous demandons-nous auraitil souci de changer complètement de thème, d'abandonner sa peinture tendre et cruelle des jeunes immigrés? Avec Miss Mona, son deuxième film, Charef a progressé dans le désespoir. L'horizon de ses personnages, des adultes, est irrémédiablement clos. Miss Mona est « l'histoire de quelqu'un de seul », explique Charef. Jean Carmet incarne Miss Mona. cet homme travesti qui «pense que Dieu s'est trompé sur son compte et toute sa vie n'a pensé qu'à une chose: mourir en femme ». A côté de ce symbole de la solitude dans sa propre peau et dans son propre pays, Samir, l'acteur Ben Smail, « c'est l'étranger qui vient travailler en. France. Il a sa femme et ses enfants dans un autre pays. On ne sait pas lequel, un pays arabe ou latin. Il vient en France. Il y a encore des gens qui rêvent de la France. J'en connais, affirme le réalisateur. Malgré ce qu'on leur dit. Nous ça y est. On est installés. On ne se en particulier, en utilisant des extraits d'un article publié par le CTB, effectivement consacré aux parasites du bois. C'est une nouvelle forme de terrorisme épistolaire: discréditer, voire faire condamner, en détournant la loi de 72 contre le racisme, une personne en lui faisant signer un tract raciste. C'est encore plus fort que la fausse dépêche d'Ems, qui avait déclenché la guerre de 1870. Le Centre technique du bois. consterné, a porté plainte, qui sera probablement jointe à celle du MRAP. 0 (1) Détail non innocent: M. Mathieu est marié à une Marocaine. voit pas ailleurs mais pour celui qui veut venir, je crois que c'était bien de lui dire ce qui se passe vraiment, de l'écoeurer. Déjà du temps de mon père, c'était une forme de prostitution. L'immigré ne venait que pour travailler et il fallait qu'il ferme sa gueule. C'est pour ça que dans le film, Samir se prostitue. C'est un symbole ». Les jeunes banlieusards du Thé au harem retrouvaient entre eux les jeux cruels de la société qui les poussaient dans la marge vers la petite criminalité. Chacun tentant d'exploiter plus mal loti que lui, les garçons contraignant les filles à la prostitution. Les personnages de Miss Mona, BON GARS Le procès de Jacques N'Dzana, le vigile camerounais qui avait abattu Kemal Ozgün, un ouvrier turc, le 10 novembre 1984, restera dans les annales. M. N'Dzana est, d'après son patron, un ouvrier modèle. La preuve, il déclare : « C'était un groupe de grévistes, de malfaiteurs, de bandits, de terroristes. » Heureusement qu'il est bien défendu. Me Garaud, son défenseur, avocat de légitime défense, a dit: « Mon client est camerounais, il n'a pas le cerveau organisé comme nous. » ne sont plus en marge, mais carrément exclus. Medhi Charef dit de Samir: « Un rat rejeté de partout. » Les rêves des exclus, selon lui, les excluent encore davantage: «Ils sont devenus des êtres, on pourrait dire extraterrestres. Au moment où ils s'en rendent compte, je pense qu'ils ont l'impression qu'ils ont le droit d'enfreindre la loi dans la mesure où ils sont exclus. » C'est précisément parce qu'il nous donne une image violente et poétique de la solitude des villes et de tous ses étranges étrangers comme disait Prévert, que Miss Mona nous frappe, trop fort, peutêtre. O CHRISTIANE OANCIE Plus qu'un roman! ~ Différences - n° 64 - Février 1987 2!

b

IBRAHIM ~ SOUSS LOIN DE JÉRUSALEM 192 pages, 89 francs. EDITIONS L1ANA LEVI ...L.."-___ 31, RUE DE t.:ABBE GREGOIRE 75006 PARIS ........IL...-_---I Il LA CITE DES POTAGERS DANS LES CHOUX ____________ Cité des Potagecs. 14 h: tout est enfin prêt pour accueillir les gens qui viendront voir de quoi la cité a l'air. Le temps n'est pas au rendez-vous, mais ça ne fait rien : les jeunes de la cité ont pu à temps déménager l'es- A l'Association des Potagers: « Jusqu'en 1980, tout allait bien. » trade et faire toute l'installation dans le gymnase désaffecté qui jouxte la cité. Contrairement à leur habitude, ils sont là, alertes. Cette journée est particulière: c'est la « porte "ouverte » de leur cité, une manifestation qui leur permettra de faire connaître leur lutte et leurs aspirations. En effet, depuis trois ans, les habitants des Potagers sont en grève de charges contre la gestion abusive de la Sonacotra et la Logirep (1). Ils sont actuellement en procès contre ces deux sociétés car ils contestent la hausse trop rapide des charges, qui atteignent souvent le double du loyer principal, alors que, parallèlement, la cité est laissée en total abandon. Pour Belkacem, président de l'Association des Potagers, il y a vraiment de l'abus: « Jusqu'en 80 c'était bien, mais, après, la cité s'est dégradée. La Sonacotra a commencé par casser les caves, par négliger les aires de jeux, qui ont Fin 1986, les habitants de la cité des Potagers à Nanterre organisaient « La fête des cités », une journée porte ouverte destinée à montrer le « pourissoir » dans lequel ils vivent. Cette cité de transit aurait dû être résorbée depuis des années déjà, et ses habitants relogés dans des conditions décentes. été ensuite retirées .. l'entretien de la cité n'est plus effectué. Alors, la délinquance est apparue avec tout ce que ça comporte. En hiver 1983, la situation est devenue explosive. Les charges ont augmentées de 70 % alors que nous avions des problèmes de chauffage " pas plus de 120 à ]40 dans les appartements et même des coupures régulières. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, et qui a déclenché la grève. Mais le vrai problème c'est celui de la résoption de la cité et du relogement des familles. » Jugement le 17 février. d'un entretien régulier. Or, les dégâts constatés et les observations générales sur la gestion, donnent l'impression que la cité est à l'abandon .. de ce fait, l'importance des charges locatives paraît injustifiée,' le cadre désolé, les bâtiments en état avancé de dégradation, le manque d'entretien général, font de ces habitations prévues pour du logement transitoire des lieux où règne l'insécurité et l'insalubrité. Ces constatations amènent à conclure sur une quasi non habitabilité de cette cité dans son état actuel. » Des caves cassées, Ir dans les appartements, une augmentation de 70 % des charges. La cité des Potagers fut effectivement construite en 1960 pour reloger les familles évacuées des bidonvilles de Nanterre. Depuis, le transit demeure. Henri Pessah, architecte, dans son rapport de visite effectué à la demande des familles, arrive d'ailleurs à cette conclusion : « Ces bâtiments, avec la fragilité de conception et d'aménagement due aux prévisions d'utilisation (transit), amplifiée par une surpopulation, auraient dû et devraient faire l'objet Maître Samia Saïdi, avocate des familles, réitère ce constat lors de l'audience du 11 septembre 1986 au tribunal d'instance de Puteaux: « L'enclavement d'immeubles dans une espèce de sous-zone grise, sinistre, sans aire de jeux pour les enfants, où les immeubles sont en mauvais état et où les familles vivent en surpeuplement. Il est arrivé un moment (depuis dejà plusieurs années) où la vie sur la cité est devenue proprement invivable. Pour les familles s'est alors posé le problème de la qualité de la vie, de la prestation qui devait leur être fournie et des conséquences dramatiques que ça a engendré, à savoir, une délinquance plus importante qu'ailleurs, un usage de stupéfiants qui permet d'oublier les conditions dans lesquelles on vit, et puis pour les jeunes un échec scolaire qui est manifestement important.» Pour elle, une chose est sûre: « La cité des Potagers est un habitat de transit à caractère temporaire. Les familles auraient dû être relogées en habitat définitif depuis plusieurs années. La décision du juge aura une importance considérable, d'autant plus que l'essentiel des habitants étaient présents à l'audience et ont manifesté leur volonté de sortir de ce qu'on peut appeler un ghetto. » l'article premier est une "cité de transit", l'attribution de l'appartement précité, dont les parties reconnaissent expressément qu'elle n'a pas le caractère d'un contrat de louage, est consentie à titre essentiellement précaire et provisoire ... Conformément à la vocation de la cité de transit, rappelé ci-dessus, la Sanacotra pourra, à tout moment, mettre fin à l'occupation du logement en mettant à la disposition de l'attributaire un logement dans un ensemble immobilier à caractère définitif ». Cette convention fait suite à la loi du 10 juillet 1970 tendant à faciliter la suppression de l'habitat insalubre, et aux instructions du ministère de l'Equipement sur la construction et la question des cités de transit. La Sonacotra et la Logirep ont donc des obligations de gestion particulière de ce type de cité: entretenir régulièrement la cité (réparations immédiates, petits traservice publié. Toutefois un expert a été nommé afin d'évaluer la valeur locative des appartements, mais surtout trancher sur le montant des charges réclamées au regard des prestations fournies. Le tribunal statuera donc sur les dommages et intérêts réclamés par les familles, le 17 février 1987, au vu du rapport de l'expertise. Mais pour le moment, la situation est bloquée. Les parties concernées préfèrent se renvoyer la balle. M. Foscoso accuse la préfecture de ne pas user de son droit de réservation sur les logements disponibles dans les autres organismes HLM, et M. Villin, président de l'office des HLM de Nanterre et maire adjoint au logement, redoute ce pouvoir de l'administration

il estime que la ville de

Nanterre a fourni un effort suffisant pour loger les familles « immigrées ». Alors, les habitants des Potagers, excédés de figurer sur, Pourtant, M. Foscoso, président de la Logirep - qui gère « les Potagers» depuis juillet 1984 pour le compte de la Sonacotra propriétaire - va à l'encontre de cette réalité. Pour lui, « la cité des Potagers est devenue une résidence La cité des Potagers ? Une résidence comme une autre, répondent en coeur Sonacotra et Logirex. comme les autres, et de ce fait vaux, etc.), mais surtout veilla Logirep n'a pas l'obligation 1er à ce que la cité soit « le de la rénover. Quant au relo- lieux d'une action socio-édugement des familles, nous cative particulière destinée à nous en tenons à la décision la promotion de ses habitants du juge qui ne nous y et à leur insertion dans le type contraint pas. De toute façon d'habitat auquel elles doivent nous ne sommes pas là pour accéder à la fin du transit expulser les gens, nous (2) ». sommes des professionnels de ' Leur mission n'a en fait pas la gestion immobilière ». été remplie. Mais le plus Ce raisonnement froid de étonnant est que, par un jeux gestionnaire a conduit ces d'écriture, la cité des Potadeux sociétés à demander, gers devient soudainement par le biais de leur avocat Me «Résidence» sur les renouVatier, l'expulsion des habi- vellements de bail lorsque la tants à titre principal. Ce Logirep en reprend la gesmême raisonnement leur fait tion, et ce, avec un intéressenier l'évidence. Les différents ment de 15 % des recouvrecontrats de location signés ments effectués sur les imentre la Sonacotra et les fa- payés (loyers + charges) relamilles précisent dès 1961 que tifs aux exercices antérieurs. celles-ci occupent « un local Est-ce parce que la durée dans un immeuble de maximale d'utilisation d'une transit ». En 1973, La Sona- cité à des fins de transit est de cotra faisait notamment sous- 20 ans? ' les listes rouges du relogement, ont crée leur association. Son objectif: être le passage obligé pour tout ce qui concerne l'avenir de la cité, que ce soit le relogement des familles ou la rénovation des Potagers. La journée porte ouverte du 6 décembre a été leur prem i ère a c t ion d e d é senclavement de la cité. Leur mobilisation est payante : des crédits ont récemment été débloqués pour la réhabilitation de la cité. Mais ce n'est pas fini: à l'heure de la mise sous presse, on préparait un gala de boxe thaïlandaise. Les immigrés ont du punch. Mais la situation ne sera pas pour autant réglée car le problème de fond reste celui de la place de l'étranger dans la Cité. 0 RABBA ATTAF crire aux habitants de la cité Mme Pelier, juge, dans son (1) Sonacotra: Société nationale d'éun nouvel acte intitulé ve r 'd i c t pro non c é 1 e conomie mixte créée en 1959 pour la «Convention d'attribution 28 octobre au tribunal de Pu- construction de logements destinés aux immigrés, foyers pour travail- Une situation bloquée, où chacun se renvoie la balle. Une guerre juridique pour savoir si la cité est « de transit», ou non. d'un logement dans une cité te aux estime que cette ques- leurs célibataires et cités de transit. de transit» dont l'article 4 tion est du ressort de l'auto- Logirep: Société anonyme d'HLM. stipule: « Compte tenu de ce rité administrative, la résorp- (2) « Instruction sur la construction que l'immeuble dans lequel tion de l'habitat insalubre et la gestion des cités de transit », ministère de l'Equipement, 6 octobre ID '-re~st~s~i~tu~é~l~'a~p~p;a~r~te~m~en~t:d:e~if'~in~l~'an'c~o_n_s_t_it_u_a_n_t u_ n_e _m i_ss_i_o_n_ _d_ e_ __1_9 7_1_. ___________________________________________~ Différences - n° 64 - Février 1987 UN PEU MOINS FRANÇAIS QUE LES AUTRES? Alors que le ministre des Dom-Tom, Bernard Pons, fait l'unanimité contre sa politique là-bas, ça ne s'arrange pas ici. En Métropole, tous sont logés à la même enseigne. Sébastien fait un beau « Les propriétaires privés ne métier : gardien de la font pas de quartier, ni les paix. Antillais, français sociétés d' HLM non plus comme vous et moi, plutôt d'ailleurs. La situation de gentil et bien mis de sa per- l'immobilier a empiré et les sonne, Sébastien affiche populations originaires pourtant une différence - il d'outre-mer, au même titre est Noir - qui lui vaudra de que les immigrés, en subissent vivre cette édifiante les conséquences de plein aventure . Un après-midi de fouet », souligne un responcongé à Barbès, en civil, il se sable de la Confédération mêle à une discussion entre nationale du logement, l'une un groupe de jeunes Antillais des principales organisations et des CRS qui procèdent à de défense des locataires. des contrôles d'identité . Mal En témoigne la note diffusée lui en prend: embarqué de par l'Institut Pasteur à ses force dans le car de police, il employés, pour une proposisubit un passage à tabac en tion de logement à Montreuil règle. Il parvient cependant à qui stipule: «La société montrer sa carte profession- d'HLM et la mairie de Monnelle. Quand même un peu ~ treuil n'acceptent ni les étrangênés, ses collègues l'emmè- ~ gers ni les Français originaires ne nt à i'hôpital. "" ".,. _ ~-"" .... :!i.è.li.'!i."'....... d'outre-mer. » Motif: la ville Sébastien a porté plainte, a dépassé son « quota» d'immais bien d'autres originaires dont ils ne veulent pas en- Un cas typique de ce genre migrés et d'Antillais. Notion des Dom-Tom victimes du tendre la réponse », à savoir est cité par le MRAP : dans vague s'il en est, ne s'apracisme quotidien choisissent celle de leur appartenance à un train de banlieue, une puyant sur aucun argument le silence. « Ne pas faire de la communauté française. étudiante martiniquaise sérieux, mais de plus en plus vague» semble, aux dires des Parfois, la coupe déborde, et refuse de montrer son billet à communément admise par les responsables d'associations quand on est hors de soi on un contrôleur en civil avant municipalités. Ces dernières disposant de permanences ju- crie, on cogne. Or, c'est sur- qu'il ne lui ait présenté sa insistent sur le fait que les ridiques antiracistes, leur tout ce qu'il ne faudrait pas carte professionnelle. Refus, logements HLM sont résersouci majeur. Ils se démar- faire. «C'est une constante altercation. Des collègues vés en priorité aux personnes quent ainsi d'autres commu- chez les originaires d'outre- contrôleurs prêtent main habitant déjà la commune. nautés minoritaires en mer; Très souvent, les injuriés forte, elle est descendue De nombreux Domiens sont France. Peu importe la natio- se retrouvent sur le banc des manu militari à la station ainsi écartés de façon nalité, puisqu'en matière de accusés », explique Me Pau- suivante. Les agents de police «légale ». Mais quand racisme seules comptent la Langevin, avocate et prési- attendent déjà sur le quai. même ... couleur de la peau ou la dente du MRAP. Elle se débat, ils la ceintu- Récemment, le service social texture des cheveux. Mon- rent, les insultes fusent: du logement des PTT a dû sieur-tout-le -monde fait -il Sur le banc « Retourne chez toi grimper faire pression sur la ville de vraiment la différence entre des accusés dans les cocotiers. » Alors, à Montreuil qui refusait, sous un Harki qui a choisi d'être A la LICRA, on souligne bout, elle mord, elle tape. ce prétexte, de loger une Français et un Algérien im- qu'Antillais ou Réunionnais Résultat: elle est poursuivie jeune Antillaise. Or, ce sont migré? viennent aux permanences pour violences à agent. S'ils les PTT qui ont financé les Selon un attaché parlemen- juridiques lorsqu'ils ont été vont peu en justice, les origi- logements en question; résertaire antillais, si les origi- profondément blessés par des naires d'outre-mer écrivent vés par contrat aux travailnaires d'outre-mer portent si réflexions venimeuses du beaucoup à leurs députés, leurs des PTT l peu plainte pour discrimina- genre:« Retourne chez toi.» des dizaines de lettres chaque Dans le privé, rien de meiltion raciale, comme la loi du En général, après s'être ren- mois, pour conter leurs do- leur. A la Ligue des droits de 1.07.72 les y autorise, c'est de seignés sur leurs droits, ils léances. Le refus de logement l'homme, on raconte l'hisa peur que « la justice réponde s'enferment dans un mutisme arrive en tête de liste après toire d'une famille antillaise clairement à une question total. celui de l'emploi. désireuse de passer ses va- ~----------~------------------------------~----------------~------~ cances en Bretagne. La location d'une maison est traitée par courrier. Les arrhes sont versés, les dates retenues. Tout est parfait, jusqu'au jour où l'on aborde les détails par téléphone. L'accent ne pardonne pas, le propriétaire ·se rétracte en invoquant « les voisins: ça les choquerait, ils n'ont pas l'habitude dans cette région ». Informée de ses droits, (refus de service en application de la loi de 1972) l'intéressée préfère «laisser tomber ». En matière d'emploi, tout n'est pas rose non plus. Même la fonction publique est touchée. Chez les gardiens de la paix, par exemple, il existe des quotas à ne pas dépasser pour les originaires des Dom-Tom. Dans les voyages officiels, on ne voit pas l'ombre d'un gendarme noir, un motard ou un CRS non-blancs sont aussi diffici les à trouver qu'une aiguille dans une botte de foin. Nés ici ou là, c'est pareil. Dans l'emploi privé, s'il est difficile de cerner les motifs exacts d'un refus d'em-' bauche, dès qu'il s'agit de poste où prime le contact avec le public, les réponses se font plus nettes. Ainsi, ce syndicat de copropriétaires qui cherche une hôtesse « mitemps, très bonne présentation esthétique, 20-25 ans (30 ans maximum). Française (pas Antillaise non plus) ». « C'est à cause des clients, des personnes riches et âgées », dira l'auteur de la note pour toute défense. «Dans l'imaginaire raciste, Noirs, Jaunes, Arabes, Antillais ou Maliens, Algériens ou Turcs, tous sont logés à la même enseigne, remarque un animateur de SOS racisme, qu'ils soient nés ici ou pas, c'est pareil ». Certains parmi les Français d'outre-mer l'ont bien compris, et les organisations antiracistes voient se dessiner une nette réaction, surtout de la part des jeunes de plus en plus soucieux, à juste titre, de faire respecter leurs droits. 0 Julie RAVEL LES SANS FEUX NI LIEUX Quand on pousse la porte vitrée do 60, boulevard de la Chapelle, ça fleure bon le boeuf en daube. Comme pour mieux souligner l'hospitalité qui lui donne sa raison d'être, la Case sociale et culturelle des Antillais fait «famille». Les quinze bénévoles, les trois Tuc et les deux jeunes travailleurs qui l'animent en permanence ont ainsi servi 3 820 repas en 1985 et aidé 4 542 personnes parmi les plus démunies de la communauté des originaires des Dom-Tom. Unique en son genre, la Case sociale, association loi 1901 possédant le statut organisation non gouvernementale à l'ONU, a, selon les dires de son président, M.Calife, « refusé de se boucher les yeux»: le nombre de cas sociaux·et de délinquants originaires des Dom-Tom n'a cessé de croître. Mineurs en fugue, femmes abandonnées, isolés sans soutien en métropole, jeunes sans emploi, ils échouent souvent par hasard à la Case sociale, ultime point d'ancrage à leurs origines. Certains viennent d'eux-mêmes, d'autres sont envoyés parles services so· ciaux, déjà débordés et maîtrisant mal les problèmes de la communauté antillo-guyanaise. ,,1/ faut parer à l'urgence: donner à manger, des habits, parfois des médicaments. Mais, attention, chez nous, pas d'assistanat, nous visons à /'insertion », prévient M. Calife avec autorité. Les sanstravail sont ainsi sommés de se rendre tous les matins à huit heures précises au service de l'emploi de la Case, qui, par le biais de l'ANPE, des petites annonces ou des radios libres, essaiera de lui trouver un job. cc /1 faut prouver sa bonne foi. » La Case sociale prépare également les sorties : celles des malades longuement hospitalisés, celles des prisonniers (près de trois cents pris en charge l'année dernière, très souvent sur l'Întervention des juges d'application des peines). M. Calife affirme par ailleurs que le secteur prostitution, sur lequelU veille particulièrement, a réussi, malgré menaces et pressions en tous genres à réinsérer 27 prostituées en 1985. L'association dispose d'un budget annuel d'environ 500 000 F, en majeure partie des subventions obtenues auprès de ministères (Travail, Santé, Justice. secrétariat d'Etat aux Dom-Tom), organismes institutionnels (ODASS, ANPE) ou collectivités locales (Mairie de Paris, départements de Guadeloupe et Martinique). Pourtant les moyens manquent, le bénévolat a ses limites et les capacités d'hébergement, soit à l'hôtel. soit auprès de familles volontaires restent nettement insuffisantes: 'f Aider un jeune, par exemple, pendant quinze jours et le remettre à la rue ensuite, c'est inévitablement le faire retomber dans l'univers des squatts et de la petite délinquance. Mon plus cher souhait, poursuit M. Calife, serait que l'on nous fasse don d'un vieil immeuble à restaurer. Nous saurions immédiatement quo; en faire. » Une nécessité en . forme dé rêve, dans un climat qui s'est nettement dégradé, sur fond de crise métropolitaine . . Le rapport annuel de la Case sociale constate que, ces dernÎers mois ,les refus de travail et de logements se sont multipliés de façon inQuiétantfl à l'égard des français originaires d'outre-mer, « sans oublier les réactions racistes. Un jeune prisonnier, né à Paris, de père et de mère guadeloupéens nous posait cette quesUon: «Qui suis-je ? Aidezmoi àme retrou.ver, car je suis un étranger dans mon propre pays. » Afin d'éviter désillusions et déboires, la Case sociale a décidé de jouer la carte de la prévention. Oes correspondants basés aux Antilles ' se chargent d'expliquer aux jeunes désireux de se rendre en métropole les difficultés de l'entreprise. Chômage,rupture avec le milieu familial. hébergement incertain ... , Quand un Antillais achète France-Antilles, fI trouve une page d'offres d'emplois. Dans France-soir, 11 en voit six ... Nous leur disons: méfiezvous, c'est un leurre, surtout ne partez pas sans billet aller et retourl sans parents ou amis sûrs, déjà installés en métropole. , Des projets, la Case sociale en fait. Dans les mois à venir, l'accent sera mis sur la toxicomanie, secteur difficile à manier s'il en est, en pleine recrudescence, en particulier chez les jeunes nés en métropole de parents antillais. Les minibus brigades mobiles de secours aux drogués sillonneront les points chauds da la capitale et prodigueront leur aide sans exclusivité de nationalité ou de race. Une manière d'élargir l'horizon.O Vérl!nÎllue MORTA/SNE Case sociale et cllltureDe des Antillais, 60, rue de La Chapelle, 75018 Il Paris. Tél. : (1) 42.41.16.90. Différences - n" 64 - Février 1987 ,-----~--~ ____ _____ __'_~ ________ ~ ___ _ ..J Mohamlet a trouvé son Ophélie: elle habite Mistral, uri quartier défavorisé de Grenoble Il fut un temps, vous sou- réhabilitation du quartier Française qui vous interdit de des faits divers, une image vient-il?, où on parlait Mistral, qui est à Grenoble ce manger du porc parce que extrêmement négative de ce beaucoup de réhabilita- que le Ghetto était à Venise vous êtes musulman, vous quartier populaire à forte tion de quartier, de change- pendant la Renaissance. croyez que c'est marrant? » concentration immigrée. Dement d'image pour les L'homme: un Tunisien, Ce que la presse en dit... puis quelques mois, les adhéghettos. On voyait des af- chercheur, acteur, cinéaste, rents des associations locales, fiches sur les murs qui affir- animateur, universitaire, et Le va-et-vient constant de la des associations de jeunes maie nt qu'on pouvait bien encore, j'en oublie. Sous la réalité au spectacle n'est pas aux foyers du troisième âge, vivre aux 4 000, aux Min- casquette théâtre, il est le propre à Raouf, il condi- collectent tout ce que la guettes, ou dans d'autres créateur de Mohamlet, per- tionne tout le projet. C'est un presse a pu dire sur le quarlieux qui sentaient plus le fait sonnage « nomade d'origine, jeu perpétuel entre le réel et tier. divers que le bonheur de immigré de culture, Shake- l'image, d'une réflexion sur la Voilà pour l'image de Mistral vivre. C'était au temps béni spearien de caractère, (. .. ) presse à la mise en place dans la presse. Puis, on rede la Commission nationale beur salé amoureux de la carte d'une« Banque populaire de tourne le gant: quelle image pour le développement social de séjour qu'il courtise ». l'imaginaire », des ateliers de des médias dans Mistral? des quartiers, lancée par feu Sous la casquette animation, peinture au concours de rires. « Comment les habitants de Hubert Dubedout. Allons, 'ce sont des expériences à Trois phases, classiques au Mistral jugent-ils la presse et pas de manichéisme, la Com- Creil, à Vaulx-en-Velin, et demeurant: Réflexion- les médias. Comment s'apmission existe toujours et tra- aujourd'hui à Grenoble. concertation: c'est en cours. proprier une image anvaille, même si on en entend Drôle de bonhomme, ou Présentation du travail-expo- tighetto, anti-exclusion, alitimoins parler. La preuve, . bonhomme drôle. Interviewé sitions: c'est pour la fin fé- négation? Quels sont les efc'est que même le successeur sur Mistral, il déconnecte vrier. Exploitation itinérante fets de la presse sur la vie de RPR de M. Dubed.out, à la parfois pour citer de longues des résultats: c'est pour Mistral? Comment les habimairie de Grenoble, Alain tirades de Mohamlet: après. tants ressentent la présence Carrignon, s'intéresse au «Faire la queue, c'est un acte Dans la première phase, celle d'un journaliste? Que penprojet lancé, entre autres, politique, attendre son amour où on réfléchit, c'est la presse sent-ils du droit de la presse, par Raoul Ben Yaghlane. (la carte de séjour, NDLR) qui a été le premier champ de du devoir de la presse? » '" Le projet: une yaste opéra- après tant d'années, c'est de la travail. C'est justice: la Belles questions, que l'on IIÎI L..:.ti:.::o:.:.n:......:d:.:e:.....:c:.:o:.:n.:.:c·:e.::r.:.:ta:.:t.:.:io::.:n----e-t:...-.:d-e~::...fi:....id::.:_é l_t · t_e :...'._E_t_v_l_·v_re _a_ ve_c_u_n_e_..:p_r_e_ss_e_H_e_r_san_t_a_fo_r_g_é_,_a_u_fi_1 d_i_sc_u_t_e_. Q_u_i,_ _o_n_?_. L_e_s a_n_im_a---lteurs de l'expérience? Non, tout le monde, ou presque. Le projet a réuni dès le départ une sorte de commission paritaire qui rassemble les représentants de l'action municipale, les associations, la population, les lycées, les jeunes, autour du centre d'action culturel MistralDRAC. Une série de forums a permis de sonder les désirs et besoins des habitants. Faux-nez Déjà sous Raouf perçait Mohamlet

« On fait dans l'interculturel,

mais attention; au sens où on ne dissocie pas, sous ce faux-nez, l'interculturel de la culture française. Il n'y a pas les Français d'un côté, les interculturels de l'autre; les Portugais contre les Arabes. On n'est pas Mnouchkine. Quand elle monte du Shakespeare en japonais, elle ne fait pas une demande au FAS. » Eux, si. La ville a donné 100 000 F, le ministère de la Culture, la bibliothèque municipale, la commission pour le développement social des quartiers, justement, et enfin les associations locales ont suivi. Le projet prévoyait un nombre impressionnant d'ateliers: écriture, photoDes bus amènent des touristes américains pour des photossouvenirs à Mistral. » Lors de notre dernière rencontre, Raouf cherchait une grosse voiture américaine, pour faire débarquer à Mistral un milliardaire noir américain de Harlem (?) souhaitant se lancer dans des programmes immobiliers à Mistral. Et on revient à Mohamlet : on va le tourner en film. « Mohamlet, si tu veux, (mais est-ce que je veux ?), c'est un regard dérisoire, autodérisoire, sur l'immigration, une expression oxygénée des rapports entre l'immigré et le pays d'accueil. C'est une chance, l'immigration, c'est pouvoir découvrir en quoi on est unique. Il faut en finir avec le misérabilisme du discours de l'immigration sur ellemême, tordre le cou au discours triste de certains immigrés eux-mêmes qui intériorisent et reproduisent le discours dominant. Et qui vous dit que cette interminable attente de la carte ne sera pas un jour transformée en symphonie pathétique, la merveilleuse histoire d'amour de Mohamlet et la carte-juliette ? » Concours de rire graphie, vidéo, arts plasti- Dont acte. En attendant, le ques, où des professionnels «groupe délire» s'agite à seraient venus aider la popu- Mistral pour faire entrer l'hulation de Mistral à accoucher mour dans cette initiative. de ses projets artistiques. Outre les expos, dans les On a resserré sur l'atelier lieux publics ou privés (on d'écriture, la production d'af- prévoit de faire des expos fiches, dont la meilleure sera chez les particuliers, avec imprimée pour être placardée leurs photos-souvenirs, leur à Grenoble et ailleurs, un histoire du quartier), il est concours photo pour la meil- prévu un concours de rires. leure photo de Mistral, une avec un règlement: «On exposition de tout cela fin recueillera les anecdotes et les février, la production d'un blagues de Mistral. Les candiscénario à tourner en vidéo dats seront jugés par le public. pour la même date, puisqu'il Chaque candidat aura 5 miy aura aussi une semaine du nutes pour susciter les rires court métrage. des spectateurs, dont le Le synopsis du scénario est nombre déterminera la significatif de la démarche : il réussite ou l'échec du candidat s'agit d'inverser l'image dé- qui veut faire rire. Un groupe valorisée de Mistral, d'en de coordination sera chargé faire un quartier où tout le de l'accueil des rires des diffémon d e v eut hab i ter. rents groupes et commu « Plans: un jeune homme, au nautés.» milieu du centre de Grenoble, Tout cela à Grenoble, pour 1: IMMIGRATION EN FRANCE faits et problèmes Pierre GEORGE Pourquoi la présence de 7 à 8 % d'étrangers dans la population française soulève-t-elle tant de passion? Les étrangers n'étaient-ils pas déjà 7 % de cette même population en 1930 ? C'est en France que l'immigration provoque les débats les plus animés. Remous du subconscient collectif à l'égard d'immigrés issus des terres «décolonisées », peut-être ... mais surtout effet géographique que Pierre George analyse dans son livre qui appelle aussi à des prises de responsabilités à la fois morales et politiques. Un volume, 192 pages: 65 F (Collection Armand Colin ActlIalité) cherche Mistral pour un loge- la fin février. Et rassurez- ARMAND COLIN ment. Les agences de voyages vous: Mohamlet y sera III Ltfo~n~t~d~e~la~p~u~bJP~o~u~r~MCharlest~ra~I~. ~a~u~ss~i.~D~ ____ ~J~E.CharlesN~R~O~C~C~M17 janvier 2012 à 13:39 (UTC)17 janvier 2012 à 13:39 (UTC)~::::::::::::::::::::::~~ WI Différences - n" 64 - Février 1987 POUR MEMOIRE • OCCUPATION. Le collectif des victimes des incendies racistes du 20' arrondissement occupe la mairie de l'arrondissement pour protester contre « l'intolérable mépris» dont ont fait preuve à leur égard les responsables municipaux du 20' et ceux de l'Hôtel de Ville de Paris. Des membres de la direction du MRAP les accompagnent et exigent qu'un responsble soit désigné pour négocier le relogement immédiat des sinistrés de ces incendies criminels racistes qui ont fait 18 morts dans la capitale (17 décembre). • POINTILLEUX. M. JeanMarie Le Pen n'était pas convaincu que le Parle- Un manuel scolaire, utilisé dans les écoles de Berlin-Ouest, fait l'éIoge du chef de la propagande nazie, Goebbels, contribution à la lutte contre ces deux phénomènes (17 décembre). • DERNIER HOMMAGE. Obsèques au Père-Lachaise du jeune étudiant Malik Oussekine, assassiné par des policiers, le 6 décembre; durant les manifestations d'étudiants (20 décembre). • RETOUR A LA MAISON. Andrei Sakharov et Helena Bonner arrivent à Moscou où ils sont autorisés à résider, après 7 ans d'assignation à résidence à Gorki (23 décembre). • LIBERTE SYNDICALE. Au procès de la DISK, puissante centrale syndicale de gauche, à Istanbul, 264 syndicalistes turcs QUE FAIRE pour son «obstination DE SON PASSE courageuse ~ face aux bombardements alliés, pendant la guerre. Le scandale ayant été porté sur la place publique, la phrase sera snpprimée dans la pro: chaine édition (24 dé' cembre). • TROU ENFANTS EN PRISON. Trois enfants de moins de treize ans, accusés de violences sexuelles sur un de leurs camarades du même âge, sont incarcérés pendant plusieurs jours à Fleury-Mérogis, avec les adultes, au mépris des usages habituels concernant les mineurs de moins de treize ans. En effet, la loi interdit, dans le cadre de la juridiction correctionnelle, tout placement en détention d'enfants en dessous de treize ans. Il faut dire que les trois enfants sont d'origine maghrébine et que cela n'est peut-être pas étranger à la décision prise par le juge. C'est pourquoi les avorait pas lieu parce que son client serait en mesure de faire des révélations sur le comportement de certains résistants au cours de la dernière guerre. Les députés communiStes concluent leur adresse au garde des Sceaux en déclarant que « l'bonneur de la Résistance » exige que le procès de Barbie ait lieu rapidement (26 décembre). Dans un entretien accordé au « Figaro », M. Kurt Waldheim, président de la république d'Autriche, rejette une fois de plus les accusations qui ont été portées contre lui, concernant son passé sous le nazisme. n ajoute qu'il ne s'estime pas isolé sur la scène internationale (24 décembre). Dans une lettre récemment adressée au ministre de la Justice, des députés communistes demandent la publication des ar· chives de la Gestapo et J'ouverture rapide du procès de Klaus Barbie, l'ancien cbef de la Gestapo de Lyon. En effet, le défenseur de Klaus Barbie affll'me que le procès n'au- Un criminel de guerre ukrainien, Grigory Cbouroub, est condamné à mort à Tchernigov. à ISO kilomètres de Kiev (28 décembre). ment européen pouvait demander à la Commission de Bruxelles d'établir une étude sur «la montée du fascisme et du racisme en Europe » et avait posé une question écrite à ce sujet à la Commission. Celle-ci l'a rassuré en lui expliquant que, étant . garante du traité de Rome, elle peut donc apporter sa L'ouverture du procès de Jobn Demjanjuk, tortionnaire présumé de Treblinka, emprisonné en Israël, est reporté au 16 février (29 décembre). Le Congrès juü mondial (CN) annonce que le gouvernement autri- . cbien avait en sa possession des dossiers concernant le passé nazi de M. Kurt Waldheim mais qu'il n'en avait pas fait état lorsqu'il avait soutenu sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies en 1971 (9 janvier). sont condamnés à des peines de un à quinze ans de prison (23 décembre). • ARBITRAIRE. Au Mans, un étudiant camerounais est l'objet d'une mesure d'expulsion arbitraire. Marié à une Française, avec plusieurs personnes à charge, il est contraint à la clandestinité (23 décembre). cats ont saisi le MRAP (23 décembre). • MEURTRES. En Afrique du Sud, deux personnes sont tuées et trois blessées, ce qui porte à 5 le nombre des Noirs assassinés le jour de Noël (25 décembre). • EXPULSION. Le journaliste et écrivain palestinien Akram Hanyeh, rédacteur en chef du quotidien « AI-Chaab » arrêté il y a deux mois, est expulsé de Cisjordanie occupée. Les autorités israéliennes avaient refusé de divulguer à la défense les pièces du dossier d'accusation (26 décembre). • RETOUR. Cinquantedeux émigrés soviétiques aux Etats-Unis regagnent Moscou. Le consulat d'URSS à New York indique que plus d'un millier de soviétiques émigrés ont demandé à rentrer en Union soviétique (29 décembre). • RETRAIT. Exxon; la plus grande compagnie pétrolière américaine et mondiale, décide de cesser ses activités en Afrique du Sud et de vendre ses deux filiales dans ce pays (30 décembre). • CULTURE. L'Afrique du Sud publie de nouvelles réglementations d'urgence afin de renforcer la répression dans les établissements d'enseignement réservés aux Noirs où les grèves se poursuivent (29 décembre). • JUGE RACISTE. A New York, les poursuites contre 3 jeunes Blancs qui, le 20 décembre, avaient pourchassé et battu 3 jeunes Noirs et tué l'un d'eux, sont abandonnées par décision d'un juge de New York à la suite du refus de déposer de l'unique témoin du meurtre, un Noir qui a vraisemblablement reçu des menaces. Les 3 jeunes Blancs sont libres. Ce déni de justice créé un climat de tension raciale à New York (31 décembre). • RER.EXE. A Bourg-enBresse, un jeune Marocain de treize ans est blessé par balle au bras gauche par un policier qui l'avait pris en chasse parce qu'il le croyait l'auteur d'un « vol à la roulotte ». Le policier explique que le coup de feu est parti «accidentellement » à la suite d'un «mouvement réflexe de la main droite» (1" janvier). • DERRIERE LA VITRE. Les parents de Pierre-André Albertini, le jeune coopérant français emprisonné en Afrique du Sud depuis le 24 octobre 1986, ont pu lui rendre visite les 29, 30, 31 décembre et 1" janvier derniers, une demiheure chaque fois, derrière une vitre et en présence du personnel de la maison d'arrêt. Le 22 janvier 1987, l'attorney general du Ciskei, Etat fantoche que seule l'Afrique du Sud reconnaît, devait formuler ou non une accusation officielle contre Pierre-André AIbertini soupçonné de complicité avec l'ANC. On note encore la remarquable inertie de M. Malhuret, secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme dans cette affaire, alors que la solidarité s'organise en France sans lui. Un appel lancé par Rencontre nationale contre l'apartheid recueille des centaines de signatures parmi lesquels celles de tous les dirigeants nationaux et régionaux du MRAP (1" janvier). • MARIAGE. Le joueur de tennis suédois, Mats Wilander et sa fiancée sudafricaine (blanche) se marient comme prévu à Durban (Afrique du Sud), malgré les critiques de plusieurs organisations anti-apartheid. Toutefois, le Suédois précise qu'il n'a jamais disputé de tournoi en Afrique du Sud et qu'il ne compte pas s'y produire (3 janvier 1987). • ENCORE UN INCENDIE CRIMINEL Quarante personnes doivent être évacuées par les pompiers dans la nuit d'un immeuble en flammes aux Mureaux (Yvelines), habité essentiellement par des immigrés. Cet incendie est d'origine criminelle. Cinq familles, dont le logement a été totalement détruit, devront être relogées (4 janvier). • KURDES. Le procureur militaire du tribunal de Diar Bakyr, en Turquie, requiert Il peines de mort contre des membres présumés du Roger Auque, 31 ans, journaliste français enlevé à Beyrouth le 13 janvier. PKK (Parti des travail- plés par les Nord-Afri- tion professionnelle in- • DEGONFLAGE. Le gou- • AVEC LES TERRORISTES. leurs du Kurdistan, qui cains. Cinq d'entre eux dépendante de la vernement sud-africain Trois députés du Parti lutte pour l'autonomie sont écroués pour avoir police» (FPIP) a ef- revient sur sa décision républicain de Philippe du Kurdistan) (6 jan- roué de coups un Algé- fectué des versements d'expulsion d'un re- Léotard ont passé quelvier). rien (12 janvier). importants à l'organisa- porter américain du q ues j ours avec le • APARTHEID. Les em- tion néo-nazie de Pierre « Los Angeles Times », contre-révolutionnaire ployés blancs sud-afri- • VILLE-PIEGE. A la suite Sidos, l'OEuvre fran- après que les éditeurs de Jonas Savimbi, bras ca in s gag n e n t en de l'assassinat d'un juif à çaise, dont les instances ce journal eurent fait le armé de Pretoria dans le moyenne trois fois plus Beyrouth revendiqué dirigeantes sont compo- déplacement en Afrique sud de l'Angola. Ils ont que leurs collègues par 1'« Organisation des sées uniquement de du Sud pour exiger l'an- « noté avec satisfaction noirs, selon des statisti- opprimés sur terre », le membres de la FPIP (14 nulation de cette mesure la politique de l'UNITA ques officielles rendues Conseil représentatif janvier). (15 janvier). en matière de droits de pub lI' ques en Afn'q ue d u des instit(utio)ns j uives Idle l'homme ». Pour sa Sud (7 janvier). France CRIF appe e part, Savimbi a précisé • COMMISSION. Jacques les juifs à quitter le que l'invitation qui leur Chirac installe officielle- Liban (13 janvier). avait été faite, avec l'acment la «Commission • ENCORE UN! Un jeune cord du gouvernement consultative des droits voleur à la roulotte HELMUT sud-africain, était la de l'homme », dans la- d'origine maghrébine, LA GAFFE conséquence de la renquelle le MRAP dispose Najnid Rachidi, 22 ans, contre qu'il avait eue d'un représentant: né à Clermont-Ferrand, provoqué un incUlent l'année dernière, à Charles Palant (8 jan- est retrouvé mort dans diplomatique avec la Paris, avec Philippe vier). un parking souterrain à RDA qu'il a accusée, Léotard. membre du • BASANE. Trois hommes Lyon, après avoir été le 4 janvier dernier, gouvernement français qui avaient tiré dans la surpris en train d'opérer lors d'un meeting (15 janvier). nuit du 6 au 7 janvier sur à l'intérieur d'une Dans ses efforts pour électoral, de détenir • HOMMAGE. Aux Etatsun homme qui se trou- voiture en stationne- s'attirer des suffrages «plus de deux mille Unis. célébration de la vait sur le pas de sa ment par trois témoins dans la droite et l'ex- compatriotes prison- Jou r née na t ion a le porte « parce qu'il avait qui l'ont maitrisé» (13 . trême-droite d'A lle- niers politiques dans d'hommage à Martin le teint basané» sont janvier). magne de l'Ouest, le des prisons et des Luther King Jr. Un peu écroués à la maison d'ar- • CONFESSION. Bonn re- chancelier Helmut camps de concentra- partout, l'extrême rêt de Montpellier (Hé- connaît devant les Na- Kohl vient d'accom- tion ». L'Allemagne droite et le Ku Klux rauit) (9 janvier). tions unies avoir violé pli r de u x «d é- de l'Est a démenti, Klan manifestent contre • ECOLES INTERDITES. Le l' b 1 r' ra pa g es» mal rappelant que chez l'intégration. Ils défilent gouvernement sud-afri- soenms da'ragrom esus rà ePsr etIovrriaal-. contrô 1é s. Il est vraI. eI le , 1e s cn.m.m e1 s de dans les rues de Pulaskl', cain interdit les « écoles La« Howaldwerke qu'Helmut est le roi l'époque hitlérienne dans le Tennessee. A parallèles »ouvertes par Deutsche Werft », so- des «gaffeurs », au étaient en prison. Cumming, en Georgie, les organisations anti- ciété d'Etat ouest-alle- point qu'en RFA, on Helmut s'était déjà un millier de Blancs apartheid (10 janvier). mande, a vendu des se raconte tout un tas laissé aller, l'automne condliit par 100 mem- • RATONNADES (sune). A 1 d . d'histoires drôles dont dernier, à comparer bres du KKK attaquent Carcassonne, un com- pans e sous-manns au il est le héros, l'équi- Mikhail Gorbatchev une « marche de la framan d 0 d e par a s régime raciste d'Afrique valent des histoires au chef de la pro pa- ternité unissant une cenéméchés du 3' RPIMA du Sud (14 janvier). belges en France. Sa gande nazie, Goeb- taine de Blancs et de se livre à des ratonnades • SYNDICALISME. Un dernière incartade a bels. Noirs (19 janvier). III ~d~a~n~s~l:e~s~q~u~a~r~ti:er~s~p~e~u-~~m~e~m~b~r~e~d~e~la~«~F~é:d~é:r~a-~~::::::::::::::::::::::::~ __ ~R~é~a~h~S~é!p~a:r~R~o~be~rlCharlesa~cJ Différences - n° 64 - Février 1987

Il L'HISTOIRE OUBLIEE !IIII!Il.!!!;::;;-- fi1 Pour reprendre la classification de l'écrivain italien Carlo Levi, les Coréens sont un peuple contre qui s'est fait l'histoire. Les invasions de la péninsule n'ont jamais cessé. D'abord, il y a celles venant du Nord et qui, déferlant sur la Chine, débordent sur la Corée. Les Djurtchets au XIIe siècle, les Mongols ensuite et enfin les Mandchous au XVIIe siècle. Mais le danger pour la Corée est toujours venu de l'Est, du japon. Dès le IIIe siècle, les japonais commencent à razzier les côtes de Corée. A la fin du XVIe siècle, guidés par le célèbre Hideyoshi Toyotomi, 200 000 soldats japonais ravagent les deux tiers de la péninsule. Le pire vient au XIXe siècle. Sur le modèle des Européens, le Japon veut se tailler un empire colonial. La Corée, gouvernée par une dynastie engluée dans ses traditions, est une proie facile. Après trente ans de manoeuvres diplomatico-militaires et deux guerres contre ses rivaux chinois et russes, le japon parvient à ses fins et annexe la Corée en 1910. Commence alors l'une des périodes les plus sinistres de l'histoire, pourtant très convulsive, de la Corée. La colonisation japonaise est efficace et féroce. Six ans après l'annexion, la quasi-totalité des fermes coréennes passent entre les mains des colons japonais. Les ressources minières sont systématiquement pillées. Les salaires des Coréens sont fixés à un tiers de ceux des japonais. Les prélèvements fiscaux sont si lourds que la disette devient endémique et tourne à la famine certaines années. Cette colonisation a un volet culturel. La pratique du coréen est interdite dans la presse, l'administration et la vie quotidienne. Son enseignement est supprimé. Le japonais le remplace. L'exode parmi les intellectuels est massif, tandis que deux millions de Coréens sont déportés de force pour aller travailler dans les mines et les usines de l'archipel. «Dès la libération, la Corée sera indépendante.» La promesse est faite par les Alliés dès la Conférence de Téhéran en 1943. Seulement, les Coréens vont déchanter. Confrontés à d'énormes problèmes dans tous les territoires qu'ils viennent de libérer, les Américains et les Soviétiques, embarrassés par la division en deux partis des nationalistes coréens, repoussent à plus tard la question de l'indépendance coréenne. Pour l'heure, on est en septembre 1945, la Corée est partagée en deux zones d'administration de part et d'autre du 38e parallèle. Des élections générales sont prévues pour 1950. La Guerre froide pourrit définitivement la situation inextricable dès 1945. En attaquant le 25 juin 1950, les Nord-Coréens transformeront un conflit entre nationalistes coréens en une guerre sino-américaine. Depuis l'armistice de 1953, rien n'a évolué en Corée. Le 38e parallèle demeure une zone où les deux camps se surveillent par-dessus les sacs de sable et les barbelés et qui, de temps en temps, s'embrassent avec un seul et unique point de contact, Panrnunjon. Une telle histoire n'est pas sans conséquence sur la mentalité coréenne. Ce qui saute aux yeux lorsqu'on se rend à Séoul est le très violent et vivace ressentiment anti-japonais. Tournant souvent à la haine, ce sentiment est partagé par l'ensemble de la population, même s'il est particulièrement sensible chez les vieux, témoins de la colonisation. Ce ressentiment, bien que rendu ambigu par l'admiration qu'éprouvent les Coréens pour la réussite économique de leurs voisins, n'est pas sans compliquer les relations entre la Corée du Sud et le japon. Malgré leurs liens étroits avec les Américains, il a fallu attendre 1984 et les excuses publiques de l'empereur japonais pour les crimes commis durant la colonisation pour que les relations entre Séoul et Tokyo soient politiquement sereines. Le 38' Parallèle: deux camps aui se surveillent /Jill-dessus les satS de sable et les balbelés A la différence des autres peuples de l'Asie sinisée, les Coréens ont toujours manifesté une inclinaison pour les religions. Au début du millénaire, le bouddhisme trouve en Corée ses lettres de noblesse. Beaucoup plus qu'en Chine, les monastères se développent. L'art religieux est porté à son summum. Moins riches que les Chinois, les artistes coréens se tournent vers des techniques moins onéreuses que le bronze. Le bois des forêts coréennes et la laque sèche, une technique de sculpture utilisant le tissu et des résines naturelles, ont leurs faveurs. L'art bouddhique coréen perd l'aspect monumental des productions chinoises et prend une direction inverse. Epurées, simplifiées, les sculptures de cette époque atteignent une telle perfection que c'est vers la Corée que se tourne le japon. Les artistes coréens sont appelés à la cour de Kyoto dès le VIle siècle. Pendant trois siècles, les japonais à leurs contacts polissent leur culture et la portent à cet âge d'or japonais qu'est l'époque Heian (VIIIe-XIIe siècles). Ce goût pour la religion se retrouve dans l'histoire ultérieure. C'est durant la dynastie Li (1392-1910) que le confucianisme pénètre en Corée. La Corée est fractionnée. Les invasions elles-mêmes ne parviennent à faire cesser les luttes politiques. Pourtant, cette époque est marquée par une vie intellectuelle intense. Dès le XIe siècle, les Coréens ont porté la technique de l'imprimerie à un tel niveau que c'est d'eux, et non des Chinois, que les japonais apprennent cet art. L'imprimerie, conjuguée aux influences Ming que la Corée reçoit de la Chine en pleine apogée culturelle, stimule une littérature romanesque extrêmement brillante, mais malheureusement méconnue en Occident. Empreints des théorisations connues comme l'Ecole de la science du réel, une philosophie dérivant du confucianisme et exaltant le sens critique et l'encyclopédisme, les écrivains de cette époque produisent quantité d'oeuvres littéraires fortement engagées dans la critique sociale. La littérature coréenne contemporaine reste profondément marquée par cet héritage. Différences - n° 64 - Février 1987 Un goût pour la religion et les arts, une littérature brillante: la Corée commence bien le premier millénaire. 1910: le Japon l'annexe. Une période noire. A la libération, on la coupe en deux et la guerre froide en rajoute. La frontière est gardée nuit et jour, les jeunes militaires s'entraînent, les paysans attendent. L'autre découverte fondamentale pour la Corée et datant du XVIIIe siècle est la rencontre avec le catholicisme. Arrivés de Chine où ils avaient été poliment reçus, mais sans plus, les jésuites découvrent un pays où ils sont accueillis à bras ouverts. L'enthousiasme éprouvé au début ••• Il ra par les jésuites se modère pourtant peu à peu. Si les intellectuels coréens se révèlent avides de théologie, ils se montrent, en revanche, peu enclins à se convertir. Pour eux, les discussions avec les missionnaires sont un très agréable passe-temps et un excellent exercice intellectuel. Cependant, le nombre des convertis croît lentement. Les catholiques coréens se montrent, et c'est encore une tradition, rapidement contestataires. Les autorités entreprennent au début du XIXe siècle une sévère persécution. Occulté pendant toute la durée de la colonisation, le christianisme réapparaît dans les années soixante. L'extraordinaire expansion du nombre des conversions est le fait sociologique fondamental de la Corée de cette fin de siècle. 25 % des 40 millions d'habitants de la Corée du Sud se reconnaissent dans le christianisme. L'Eglise catholique est portée par une telle vague de conversions qu'on estime que plus de la moitié des Coréens seront chrétiens au tournant de ce siècle. Il est vrai que l'Eglise coréenne a de quoi séduire. Franchement engagée sur le terrain social, les mouvements catholiques coréens sont le parapluie derrière lequel se déploient toutes les activités syndicaies et politiques que le régime de Séoul interdit. Comme le définit un prêtre : « L'Eglise est le seul lieu de débat libre de ce pays. » Cependant ce mysticisme a son revers. Il fournit ses bataillons à toute une série de sectes dont la trop célèbre secte Moon, et dont les activités sont loin d'être angéliques. Il est vrai que la religiosité coréenne peut souvent déraper. Sous la dynastie Li, le confucianisme a fourni ses aliments à l'Ecole de la science du réel, comparable pour ses qualités à la philosophie des Lumières de notre XVIIIe siècle, mais aussi à des courants de pensée franchement réactionnaires et responsables de la fragilité de la Corée face à l'agression japonaise. Les jeux Olympiques de 1988 pourront peut-être faire connaître la culture contemporaine. Il est étonnant que le cinéma coréen ne soit pas encore distribué en France. Pour ceux qui ont eu l'occasion de voir des films comme Agatha, de Kim Hyon-myong ou First Son, de l Tu-yong, films réalisés en 1984-1985, cet oubli de nos écrans est scandaleux. Agatha est l'histoire de l'impossible passion amoureuse d'une nonne et d'un prêtre. Provocant et superbe, ce film résume le chemin de croix de ce peuple. Contraint par les vicissitudes d'une histoire qu'on lui impose à se réfugier dans la religion, ses désirs d'indépendance, ou tout simplement humains, toujours contrariés, ne sont jamais réalisés. 0 UN SOCIALISME ANNEES 50 Il Apparemment, la république démocratique populaire de Corée du Nord s'est arrêté au début des années cinquante. Alors que l'ensemble des pays socialistes ont considérablement évolué depuis trente ans, la Corée du Nord reste identique au modèle qui lui servit lors de sa naissance. La Corée du Nord attend toujours son Kroutchev ou son Deng Xiaoping. Cette apparente immobilité est criante dans les images d'elle-même que la Corée du Nord montre à l'étranger : de grandioses et immuables défilés de bataillons de femmes gymnastes, de soldats et d'ouvriers sous les portraits gigantesques de Kim Il-song. La première précision à apporter dès que l'on parle de la Corée du Nord est d'avertir de l'imprécision de ce que l'on va dire. En effet, la Corée du Nord reste repliée dans une autarcie profonde. Elle ne publie pas de statistiques. Ainsi, sa population exacte est inconnue. Ses frontières, dans un sens comme dans l'autre, sont quasiment hermétiques. Les touristes autorisés à la visiter se comptent réellement sur les doigts de la main. La plupart des Français professeurs de coréen à l'Institut des langues orientales de Paris espèrent toujours être autorisés à se rendre à Pyongyang. Et pour brouiller le peu d'informations reçues de Corée du Nord, il y a la propagande de la Corée du Sud. Régulièrement, les Coréens du Sud poussent des cris d'orfraie dès que les Coréens du Nord bougent quoi que ce soit près du 38e parallèle qui sert de frontière. Ils lancent des rumeurs, dramatisent le moindre incident. Enfin, ils usent de la gamme complète des techniques de désinformation. L'image qui domine toutes les autres en Corée du Nord est celle de Kim Il-song. Ses portraits et ses statues sont dans tous les bâtiments officiels, sur toutes les places. Il est le repère de la pensée dominante. Son nom est dans toutes les bouches. Son autorité est suprême, incontournable. Il n'y a que dans l'URSS stalinienne et la Chine maoïste où l'on est assisté à un tel débordement du culte de la personnalité. Bien qu'omniprésent, Kim Il-song reste secret. Sa biographie, profondément remaniée selon les besoins de la politique, est sur beaucoup de points incomplète et en tout cas insuffisante. Depuis quelques années, on annonce régulièrement sa disparition, via le Japon ou la Corée du Sud. Né en 1912, Kim Il-song entre en contact avec les organisations communistes de résistance antijaponaise dès 1927, puis au parti communiste en 1932. Résistant de l'intérieur, Kim Il-song reste en Corée ou dans son voisinage immédiat, la Mandchourie, durant toutes les années de l'occupation japonaise. Le cours qu'il imprime à la Corée du Nord après sa libération de 1945 reste empreint de trois constances directement héritées de son expérience d'avant-guerre. La priorité absolue est donnée à l'indépendance de la Corée. L'Occident est rejeté globalement. Les liens avec les voisins socialistes sont préservés par-dessus tout. De 'tBndioses et immuables défilés de femmes ,,,,,nastes, de soldats et d'ouvriers SIIUS les portraits ,i,anleSl/ues de Kim Il Sun, Cela donne une politique intérieure et diplomatique très « années cinquante ». D'un côté, la Corée du Nord n'a visiblement pas été affectée par la rupture sino-soviétique du début des années soixante. Après une hésitation durant laquelle il semble pencher vers l'URSS, Kim Il Sung, dès 1965, prend une attitude neutraliste qui ménage aussi bien l'URSS, toujours son principal fournisseur d'armes, que la Chine, son toujours premier partenaire commercial. La crise sino-vietnamienne de 1979 est réglée par les J Coréens de la même manière. Dans un premier temps, Pyongyang prend ses distances avec le Viêt-nam puis les relations sont rééquilibrées, sans pourtant que cela nuise avec celles, excellentes, qu'entretiennent le prince Sihanouk, hôte privilégié de toutes les cérémonies officielles nord-coréennes, et Kim Il-song. Si pour les Coréens, le camp socialiste garde son unité des années cinquante, leur vision de l'Occident relève de la même époque. La Corée du Nord n'a toujours aucune relation avec les Etats-Unis, ni le Japon et réussit le tour de force de maintenir son commerce avec les Japonais, pourtant le pivot essentiel du développement économique de la zone Asie-Pacifique à un niveau plus qu'embryonnaire. Bref, le concept de coexistence pacifique kroutchevien ou celui encore plus radical d'ouverture vers l'Ouest, de Deng Xiaoping restent ignorés. La politique intérieure est du même genre que la diplomatie. Outre le culte de la personnalité très « 1950 », le développement économique ne déroge pas au modèle stalinien prisé avant 1956. La priorité est donnée à l'industrie lourde et l'indépendance économique jalousement gardée. Le « grand» Kim n'est pas mort : il visite ici un hôpital pour enfants. nombreux points communs. Outre l'identité linguistique et culturelle commune et le fait d'entrer pour leurs violations des droits de l'homme dans le rapport annuel d'Amnesty International, l'avenir de ces deux pays est pareillement obéré par les séquelles non résolues de la guerre civile. Ce problème, qui dure depuis 1953, interdit à la Corée du Nord toute évolution. Ce n'est donc pas un hasard que la Corée du Nord demeure figée sur des options politiques, alors que les autre pays socialistes aient profondément révisé les leurs. L'exemple de l'évolution soviétique et chinoise intéresse pourtant les Coréens du Nord. Depuis le début des années soixante-dix un semblant de discussions s'est noué entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, d'une part, et les deux Corées, d'autre part. Ces contacts toujours informels ont pris des aspects curieux. il y a, depuis 1971, des rencontres régulières entre les Croix-Rouge respectives, plusieurs échanges de lettres entre les deux chefs d'Etat. Cette politique des petits pas semble étonnante pour les Européens. P/illfité à /'indusltie lou/de et à /'indépendance économique: un modèle stalinien Chose peu connue, ce modèle a partiellement réussi en Corée. Bien que les informations manquent, il semblerait De part et d'autre de la liane de démarcation, on reste sur de manière certaine que la production d'acier, de charbon le pied de guerre. Des incidents comme celui du et de ciment ait atteint un niveau honorable pour un pays 23 novembre 1984 (quatre morts) ont régulièrement lieu. industriel. Cependant, après le bond en avant des années Cependant, il semblerait que les deux partis prennent soixante, l'économie coréenne serait entrée dans une l'occasion des jeux Olympiques de 1988 pour, enfin, apurer période de stagnation depuis la moitié des années leurs différe nds. L'organ.isation par les deux Etats de soixante-dix. Plusieurs signes le confirmeraient. Ainsi, le certaines compétitions entrant dans le cadre des jeux de Premier ministre, Li Jonk-ok, a été brusquement remplacé Séoul est sérieusement é tudiée. Le contexte général de en 1984. Peut-être lié à l'une de ces purges qui régulière- détente en Asie du Nord-Est depuis l'amélioration des ment frappent le parti du travail (communiste), ce limo- relations sino-américaines pousse les deux Etats à modérer geage serait plutôt redevable à la stagnation économique. leur hostilité réciproque. 0 _ La Corée du Nord et la Corée du Sud partagent de • • • iii --~D~I~ffi~é-re-n-ce-s---n~o~6~4~-~R~év-r7ie-r~1~98~7~----------------------------------------------------------------------~ 1 l,II MADE IN KOREA 1 Le label Made in Korea est, pour la plupart, la seule chose connue de la Corée. L'image de la réussite économique colle à la peau de ce pays. Il est vrai que la Corée, où il était fréquent de voir des enfants mendier à la fin des années soixante-dix, est devenu un grand exportateur de navires, d'automobiles et d'électronique. Les chiffres se suffisent à eux-mêmes. Le taux de croissance annuel s'est maintenu à 10 % depuis 1960. Sortie du néant en 1970, la sidérurgie de ce . petit pays de 40 millions d'habitants menace aujourd'hui celle du Japon, des Etats-Unis et de la CEE. Cependant, l'image cache une société profondément en crise. L'économie est malade: malgré la flambée du dollar qui aspirait les exportations vers les Etats-Unis, les deux années 1984 et 1985 ont révélé que l'économie coréenne s'essouffle. Elle a atteint un palier. Construite autour des activités d'assemblage, façon pudique de dire que son ressort est une main-d'oeuvre pléthorique et bon marché, l'économie coréenne peine pour ouvrir sa voie vers la haute technologie. Son indépendance est illusoire. Dépendant en amont du Japon pour son équipement et ses fournitures et en aval des Etats-Unis pour ses exportations, l'économie coréenne est dangereusement extravertie. Les moindres secousses de la conjoncture internationale s'y répercutent en s'amplifiant. Le gouvernement en a conscience. Son plan « machine-outil ", lancé en août dernier, vise à stimuler les petites et moyennes entreprises grâce à la demande intérieure. Déjà, on s'interroge sur son succès. Construite autour de . ~ quelques cheibol (combinats industriels), qui monopolisent ~ les exportations, l'économie coréenne ne laisse guère de ~ place au développement d'une industrie nationale tournée vers le marché intérieur. Quoi que puissent être les dangers, les cheibol sont condamnés à la fuite en avant, à toujours plus dépendre de l'extérieur pour leurs équipements, leurs ventes et leur financement. Les femmes dorment dans les dortoirs de leur usine, mangent dans ses réfedoires, et restent sous la surveillance du contremaitre juSllu'; leur mariage La croissance économique de la Corée est spectaculaire. Elle a aussi un revers. Elle a parachevé le processus de déstabilisation sociale commencée par la colonisation japonaise et aggravé par les exodes de la guerre civile. Traditionnellement accrochés à leurs villages où ils vivaient sous la tutelle des ancêtres, les Coréens ont été précipités vers les villes. De la société agraire pauvre mais stable, ils sont passés à l'ère industrielle. Les villes ont crû démesurément. Séoul dépasse les sept millions d'habitants et Penan les trois millions. Elles portent les stigmates des villes trop vite poussées et surpeuplées. Les maisons sont minuscules, hâtivement construites, continuellement sous les déjections des cheminées d'usines et des autoroutes. Déjà compliqué par les problèmes d'environnement, le problème du logement est aggravé par la pratique du chun-se. Profitant de la rareté, les propriétaires imposent le versement en une seule fois du loyer annuel. Puis, comme la législation les y autorise, ils expulsent le locataire une fois l'année écoulée et augmente le loyer avec le nouvel occupant. Le confucianisme de jadis est devenu un ordre industriel où les ouvriers portent un uniforme, doivent le salut à leurs supérieurs et défilent devant le drapeau de leur entreprise avant de commencer leur journée de douze heures. Les femmes, plus que toute autre catégorie, ont payé le développement de l'économie coréenne. Embauchées dès leur adolescence et choisies de préférence dans les zones agricoles, elles sont dirigées vers les villes et les usines. L'entreprise contre un salaire de 600 F par mois pour dix à douze heures de travail six jours sur sept, devient leur unique univers. Elles dorment dans ses dortoirs, mangent dans ses réfectoires. Jusqu'à leur mariage, elles restent sous la surveillance des contremaîtres 24 heures sur 24. Les difficultés quotidiennes et sociales du Coréen moyen sont la plupart du temps insolubles. Ses droits sont limités. L'angull-bu (police politique) reste omniprésente. Son contrôle invisible de l'étranger lorsqu'il s'exerce dans les usines par le biais des syndicats maisons, apparaît parfois à l'occasion de bavures. Récemment, un touriste français a été arrêté et molesté par des policiers. Il avait protesté contre leur réquisition, pistolets au poing, du taxi qu'il empruntait, comme il est fréquent qu'ils le fassent à Séoul. La Corée du Sud est dans une impasse politique. Le seul recours du gouvernement est d'agiter à date régulière « la menace du Nord» pour que les Etats-Unis et les 40000 soldats qu'ils maintiennent en permanence en Corée, ne lui retirent pas leur soutien. Très inféodé à l'armée, dont sort la plupart de ses dirigeants et qui est sa seule base sociale, le régime est incapable de procéder à l'ouverture démocratique. A son arrivée au pouvoir en 1979, après avoir liquidé physiquement pour {( incompétence notoire» son prédécesseur, le général Park au pouvoir depuis 1971, le général Chon Too-hwan avait promis la démocratisation du régime. En 1980, une campagne de protestation dirigée par Kim Dae-jung, dégénère en émeute dans la ville de Kwandju. L'intervention militaire cause 200 morts parmi les manifestants. Kim Dae-jung paye lui-même l'erreur d'avoir cru aux promesses du général Chon Too-hwan. Arrêté et condamné à mort, Kim Dae-jung est sauvé de la potence par les protestations des Etats-Unis et du Japon. En 1981, Chon Too-hwan lance une campagne de « purification ». L'administration et les médias sont visés. Dix mille personnes sont limogées; cent soixante-dix titres de la Différences - n" 64 - Février 1987 presse écrite sont interdits. Puis Chon Too-hwan légitimise son coup d'Etat de 1979 par un référendum marqué par la corruption et la fraude. Mieux assis au sommet de l'Etat, il entreprend quelques timides réformes toujours pour complaire aux Américains. Ainsi, le couvre-feu, en vigueur depuis 1945, est levé. . Pendant quatre années, l'opposition assommée par les événements de 1980 et l'emprisonnement de Kim Dae-jung se tient coite. L'éclatement d'un scandale où l'épouse même du général devenu président est compromise, la réveille en 1984. A nouveau, les campus sont en ébullution, l'armée occupe les rues et les consulats américains brûlent. Depuis le mouvement réclamant la démocratie n'a cessé. L'opposition est solidement ancrée dans la population. Les couches moyennes dont le pouvoir d'achat a largement 1988, les JO seront à Séoul. Une consécration pour un futur géant économique ? profité de la croissance exige désormais de jouir des avantages qu'offre la démocratie. L'opposition longtemps divisée en deux tendances s'est réunifiée. La puissante Eglise coréenne condamne ouvertement le gouvernement pour la pratique de la torture et des emprisonnements abusifs qu'il couvre. Le mouvement syndical bien que clandestin est en pleine expansion. Enfin, les étudiants ne désarment pas et leurs manifestations font régulièrement la une des journaux coréens. Il est impossible que les jeux Olympiques de 1988 aient lieu dans l'ambiance d'occupation militaire qui prévaut jusqu'à présent à Séoul. Les militaires en ont eux-mêmes conscience (surtout d'ailleurs depuis que les Américains leur en ont fait la remarque). La pénmnité de leur pouvoir se joue alors même que l'urbanisme anarchique de Séoul est bouleversé par la construction de l'infrastructure nécessaire au déroulement des jeux Olympiques de 1988. Plus que pour faire découvrir ce que cache l'étiquette Made in Korea, l'opposition veut utiliser l'attention internationale qui se tourne vers la Corée à l'occasion des jeux Olympiques, pour changer le destin du pays. Si l'opposition réussit, la constatation amère et désespérée du grand romancier contemporain coréen Co Se hi, « Des générations, des siècles se sont écoulés sans significations pour les Coréens », enfin sera démentie. 0 BRUNO BIROLLI R E L v D'ICI ET D'AILLEURS s Mririda/N ; Ait Attik photographiée en 1940 par René Euloge. Un poète berbère, sur fond de rudesse et de délicatesse étaient peu enclins à la poésie. Frappé et émerveillé par son talent de narratrice, il se mit alors en devoir de COURTISANE. Quelque part, dans le retranscrire ses poèmes, issus de la pure Haut Atlas marocain, dans les solitu- tradition orale berbère. Le dialecte des enneigées des montagnes grandio- tachelhaït, très ancien encore parlé f d aujourd'hui, ne se transmet qu'oraleses, des vallées pro on es aux versants ment, l'écriture berbère, le tifinagh abrupts, est née Mririda N'Aït Attik, étant tombée en désuétude. poétesse et courtisane berbère qui aimait à chanter son village natal et sa Mririda aimait à apporter des variantes rivière, la Tassaout, aux eaux tumul- à ses poèmes, selon l'humeur du jour. tueuses. Certains d'entre eux lui étaient rap- Ses poèmes, rassemblés dans les portés par un troubadour berbère, Si Ali Chants de la Tassaout sous la houlette d'Ibakellioun qui parcourait les villages de René Euloge, sont empreints à la de l'Atlas. fois de rudesse, de délicatesse et de Au travers de ses poèmes, on perçoit tendresse. Ils traduisent les moeurs de une révolte sourde, mais cette révolte, ces Berbères, de ces montagnards fa- comme le disait son traducteur, ne rouches et frustes vivant dans des durait que le temps du récit. Elle conditions économiques et climatiques dépeint avec un réalisme cru des scènes très difficiles au milieu de ces mon- de la vie conjugale, les faits et gestes des tagnes aux allures de géants. Les photos femmes de son entourage. Des allégoen couleurs de Patrick Flament pleines ries fleurissent tout au long de ses de luminosité et de douceur viennent poèmes où l'amour, l'amour malheuconsacrer l'oeuvre de Mririda. reux, est si souvent présent (voir enAu début des années 20, un étranger, cadré). parvint à pénétrer les régions les plus L'audace des mots n'effraie pas Mririda reculées de l'Atlas. René Euloge, un qui excelle dans le genre. Mais, elle Français passionné par la vie des sait, avec une verve qui n'appartient Berbères et leurs traditions, s'immisça qu'à elle, s'emparer de thèmes aussi profondément au sein de cette corn mu- sérieux que la virginité, la répudiation, nauté et apprit leur langue, le tachel- l'infidélité conjugale, la polygamie, la haït. misère, l'immigration, la mort, la naisUn jour, qu'il était de passage au souk sance, la fécondité. Tout ce qui est la d'Azilal, il rencontra Mririda, la belle vie l'intéresse .. Elle dénonce, elle inBerbère, qui vendait ses charmes en vective, elle provoque, elle crie des récitant des poèmes à ses clients qui, vérités:« Les années, mieux que les 1:1 L-________________ pour la plupart, il faut bien le dire, pierres, écrasent et ensevelissent » . 17 janvier 2012 à 13:39 (UTC) _______ ~~ _ ~ ___________ ~ Nul ne sait ce qu'il est advenu d'elle. Elle a disparu ... René Euloge l'a longtemps cherchée mais en vain. Grâce. à lui, elle a laissé un témoignage essentIel d'une vie, d'une culture si souvent occultée, si souvent réprimée. Des profondeurs neigeuses est surgie Mririda dont les ballades nous laissent un goût de fraîcheur, de pureté, celle que sa vie de courtisane n'avait pu lui donner. La poétesse a surpassé la prostituée. Ses mots sont aussi transparents que l'eau de sa rivière, la Tassaout. Le plaisir de faire connaissance avec Mririda nous aurait été refusé sans le passionnant travail auquel s'est livré René Euloge. Amoureux du Haut Atlas, il a lui-même écrit de nombreux ouvrages (aujourd'hui épuisés) sur les Berbères du Maroc. Auteur peu « commercial », il éditait lui-même ses livres, tirés, de ce fait, à peu d'exemplaires. Les éditions Belvisi ont en projet d'en rééditer quelques-uns, notamment Pastorales berbères. Mort en avril 1985, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, il a travaillé jusqu'à son dernier jour sur la dernière édition des poèmes de Mririda. D MARIETTE HUBERT Les Chants de la Tassaout, de Mririda N'Aït Attik, traduits du dialecte tachelhaït par René Euloge. Diffusions en France : EDL, 3, rue du Pressoir, 75020 Paris. Librairie Paul Geuthner, 12, rue Vavin, 75006 Paris, Edisud, La Calade, 13090 Aix-en-Provence. C'est toujours ainsi... Il Y en a toujours un au-dessus. Il y en a toujours un en dessous. Et c'est toujours ainsi en ce bas-monde. En haut, la fortune. En bas, le déshérité. En bas, le faible. En haut, la force, [la force .. . Et c'est toujours ainsi en ce bas-monde .. . Le mortier est fait pour recevoir le pilon Comme l'enclume est faite pour les coups [de marteau. La meule dormante subit la meule [tournante. Le mulet ploie toute sa vie sous le bât. La terrasse est bien lourde à la poutre qui la [soutient. Et le bon plaisir du Cadi pèse lourd lui [aussi. .. De grâce, n'allez pas lui chanter ma [chanson! Bonnes gens, n'ai-je rien oublié? Et la femme qui est toujours sans défense! La femme! la femme qui est toujours [dessous .. . CLAIRVOYANCE. Mon frère l'ennemi, un israélien dialogue avec les Palestiniens, du journaliste israélien Uri A vnery, se lit non seulement comme un roman d'aventures - aventures, hélas, sanglantes, parsemées de ~orts, d~ bombes et d'attentats - maIS, aUSSI, comme un long message d'espoir. Oui, il existe, sans nul doute, des esprits suffisamment clairvoyants pour croire à la possibilité d'une paix judéo-arabe. Cela fait plus de treize ans, maintenant, qu'Uri Avnery mène, plus ou moins secrètement (et souvent plus que moins), des négociations, des discussions, régulièrement interrompues, mais toujours reprises, avec des dirigeants de l'OLP, dont Yasser Arafat. Certains de ces dirigeants, tels que Hammami et Sartawi sont, à la longue, devenus des amis très proches de l'auteur. Lorsque ces deux hommes, ces «terroristes» de l'OLP, seront assassinés, A vnery ressentira leur perte comme un outrage irréparable à l'humanité tout entière. Au péril de sa vie - il est lui-même victime d'une tentative d'assassinat - et au risque de sa liberté (en Israël, tout contact avec l'ennemi, même dans le but de faire avancer la paix, est considéré comme une trahison et, passible, de ce fait, de trois ans de prison ferme) , Avnery poursuit son dialogue avec l'ennemi, avec « les terroristes », c'està- dire les Palestiniens. Pour lui, il n'y a pas d'autre choix possible: « Si nous ne trouvons pas de solution, tôt ou tard, le Moyen-Orient explosera. » Uri Avnery est l'un des dirigeants du Conseil israélien pour une paix israélopalestinienne. Militer activement pour la paix, pour une coexistence pacifique de deux peuples qui ne sont pas si SCANDALE. Abattre tous les schémas réducteurs qui donnent une vision simpliste de l'Islam, passer outre la rengaine quotidienne divulguée par certains médias montrant les Musulmans comme des fanatiques assoiffés de sang et de pouvoir, prêts à envahir l'~~cident réfléchir enfin sur cette relIgIon qui fait couler tant d'encre et trembler les bastions du Vieux Continent. C'est ce que propose Paul Balta au travers d'un dossier, l'Islam dans le monde, dans lequel il a compulsé de nombreux articles écrits soit par des journalistes tel Eric Rouleau, devenu depuis ambassadeur de France en Tunisie, soit par des islamologues imminents tel Maxime Rodinson. En même temps qu'une étude approfondie dénuée de toute partialité , c'est un guide complet sur l'Islam destiné au grand public. De sa naissance jusqu'à nos jours, cette religion n'a cessé d'étendre. son champ idéologique créant à la f;llS des p~~nomènes culturels économIques, polItIques à travers le monde qui lui sont propres. Car l'Islam est la fois religion, loi, morale, modèle culturel. L'arabe, langue coranique, s'est répandu à travers le monde grâce à l'Islam. Les enjeux géopolitiques ne peuvent être minimisés. La population musulmane est estimée entre 800 millions et un milliard. L'Islam s'est taillé la part du lion sur l'échiquier mondial. L'avenir ne peut se faire sans lui, ce qui interpelle profondément l'Occident. Paul Balta, a démonté tous les rouages qui animent l'Islam aujourd'hui dans différents pays, en France, au Maghreb, au Proche-Orient, en Asie du Sud-Est, avec objectivité, il nous montre le vrai visage de cette religion par qui « le scandale est arrivé ». D MARIETTE HUBERT radicalement opposés l'un à l'autre L'Islam dans le monde, dossier présenté qu'on le pense en général, et qui ont et établi par Paul Balta, éd. La Découtout un passé en commun est, pour lui, verte. une question d'urgence. D A lire également: JOELLE TAVANO Sabrina, ils t'ont volé ta vie, de Myriam Mon frère l'ennemi. Un israélien dia- Ben. L'Harmattan. Ecritures Arabes. logue avec les Palestiniens, d'Uri L'histoire d'une jeune Algérienne au &II,' L:~~A~v~n~e~ry~.~E~d~.~L~i~an~a~L~é~v~i-~S~cr~i~be.~ ______ ~m~i~li:eu~d:e~s:a~b~e~l:leCharlesa:m~l:·ll:e~. __________ ~ Différences - n" 64 - Février 1987 Kateb Yacine, écrivain maghrébin ETO 1LE FILANTE Il y avait top longtemps que l'écrivain algérien Kateb Yacine n'avait émargé un texte littéraire. Dans le souci quasi obsessionnel de communiquer avec un large public algérien et maghrébin, cet auteur a, dès le début des années 70, choisi de se consacrer au théâtre populaire de langue dialectale. Il a monté plusieurs pièces dont certaines ont connu un grand succès auprès de la communauté immigrée en France, en particulier Mohamed, prends ta valise et le Roi de l'Ouest. Aujourd'hui, des textes inédits, rassemblés et sélectionnés par Jacqueline Arnaud, sont publiés chez Sindbab (1) Poèmes. Ecrits narratifs et théâtre se partagent l'OEuvre en fragments, un ouvrage qui s'adresse autant aux étudiants et chercheurs qu'à un public plus vaste attaché à l'oeuvre innovatrice de Kateb Yacine. « Ils 'ont isolée pour mieux me vaincre, isolée en me mariant. Puisqu'ils m'aiment, je les garde dans ma prison ... » C'est en 1956 que paraît aux éditions du Seuil le roman qui le fait connaître et apprécier comme l'un des plus grands écrivains de langue française, Nedjma (étoile en arabe). Il poursuit la tradition littéraire (orale ou écrite) des héroïnes et des amours tragiques qui parcourent les épopées méditerranéennes. Nedjma surprend la critique pour plusieurs raisons. Il y a d'abord l'originalité du ton et la nouveauté de l'écriture que l'on comparera à celles de Dos Passos, de Joyce et de Faulkner. Il y a aussi le traitement de la langue française qui est investie par les réalités et les mythes d'une Algérie colonisée qui se cherche désespérément une personnalité libérée des réductions et des entraves, de l'omniprésence coloniale. Il s'agit d'une histoire plutôt compli- 11 _. quée qui réunit quatre hommes tapha - obsédés par l'amour qu'ils portent à la même femme, Nedjma, ellemême mariée à un homme qu'elle n'aime pas et qui, de surcroît, est peut-être son frère. Le personnage de Nedjma reprend en le sublimant, la très ancienne ambivalence de l'idéal féminin, partagé - dans la conscience collective - entre la pureté et la sensualité, entre l'image de la femme, vierge, épouse et mère et celle de la femme séductrice, ogresse et à l'occasion combattante. En Nedjma, se superposent la femme mariée par décision familiale, soumise dans ses mouvements aux règles d'une présence tutrice, et celle dépositaire de l'antique matriarcat et de la polyandrie, prête à tous les rapts et à tous les désirs. Il est à ce titre symptomatique que le seul moment où Nedjma se retrouve seule soit aussi celui où elle prononce, comme dans une parole intérieure, des mots de révolte et de réapparition d'une liberté confisquée: «Je ne devrais pas sortir, pense-t-elle... Une idée folle suffirait... Un voyage ... .Tout recommencer ... Sans se confier à un homme, mais pas seule comme je le suis: ils m'ont isolée pour mieux me vaincre, isolée en me mariant . .. Puisqu'ils m'aiment, je les garde dans ma prison ... A la longue, c'est la prisonnière qui décide. » L'histoire et la société sont fondamentalement présentes au premier plan : les manifestations de mai 1945 et la répression qui a suivi et dont Kateb lycéen a été victime, puisqu'il a été du même' coup emprisonné, renvoyé du collège et a assité à la déraison de sa mère qui, le croyant mort, est devenue folle; toutes les couches de la population sont décrites ainsi que leurs conditions de vie : le colon, le riche collaborateur, l'intellectuel installé et le petit peuple vivant majoritairement dans la marginalité. Mais Nedjma a acquis la force du symbole et une dimension qui échappe aux circonstances particulières. Le roman met en scène l'image sublimée d'une femme réelle et l'image éclatée de la patrie violée par la domination iii L-__________________ - Rachid, Lakhdar, Mourad et Mus- coloniale. Charles __ ~ __________________________ ~ Car Nedjma c'est aussi l'identité mythique, donc perdue pour toujours, recherchée par des hommes qui sont tout à la fois ses frères, ses cousins et ses amants. Ces hommes, jeunes et vigoureux, cherchent à se construire à travers leur quête de Nedjma. Ils aiment sans aimer parce que leur quête est plus fondée sur elle-même que sur sa satisfaction. Nedjma échappera à tous et retournera au Nadhor (2) se baigner dans le chaudron ancestral avant d'être kidnappée par Nègre, gardien farouche de l'honneur tribal. L'ordre inégalitaire du monde trace le drame et la rupture inévitables entre l'homme et la femme, entre l'étrangère et l'autochtone, entre le colon et l'indigène. IMAGINAIRE. La femme dans l'inconscient musulman, de Fafna Ait Sabbah, auteur né et Vivant dans un pays du Maghreb, mais quia préféré garder l'anonymat, étudie, en détail, trois aspects bien différents que revêt ta femme dans l'imaginaire musulman. Le discours mystique courtois, dont le meilleur exemple est, sans doute, Les contes , des mille et une nuits, nous montre des femmes qui ne sont "ni silencieuses ni immobiles". La vie conjugale et une rfbambelle d'enfants ne les empêchent pas de voyager, « de vivre ,'aventure et l'inhabituel ~). Parallèlement à ce discours courtois, il existe un discours érotique religieux où, le rôle de la femme est réduit à une femme-corps. la femme n'est plus, dans ce contexte, qu'exclusivement.physique

eUe n'est plus qu'un vagin, une

fissure, une« omnisexuelle» que ,'homme semble avoir d'ailleurs, bien du mat à satisfaire, étant · donné l'appétit sexuel insatiable de sa compagne. le discours orthodoxe, lui, diffère sensiblement des deux premiers. II consiste en une tentative de gérer et de . canaliser le désir de ,'homme pour la femme, désir qui risquerait de .détourner celui-ci de Dieu. Sans jamais oublier la condition et révolution actuelte des femmes dans les sociétés musulmanes traditionnelles, f'atiteur nous offre un .vastepanorama de la femme, des origines à nos jours, telle Qu'elle est ressentie et appréhendée dans un univers largement masculin. 0 JOEtLE.TAVA.NO La femme dani l'inconscient mu .. su/man, de Fatna Ail Sabbah. Ed. Albin Michel. Différences - n° 64 - Février 1987 Avec Nedjma, Kateb Yacine a établi une rupture radicale avec toute la littérature algérienne précédente. Il ne fait ni dans le mimétisme des structures romanesques métropolitaines ni dans la manichéisme qui permettait de juger les « bons» et les « mauvais » colons les « bons» et les «mauvais» autochnones. Nedjma n'est pas non plus l'illustration d'une thèse nationaliste même si, replacé dans son époque, ce roman est l'expression d'une conquête politique par le langage. L'Arabe-objet-du-décor au même titre que le soleil, le ciel bleu ou, sable du désert prend tranquillement, mais avec force, le devant de la scène littéraire. « Ni les Numides ni les Barbaresques n'ont enfanté en paix dans leur patrie. Ils nous la laissent vierge. » L'Arabe-qui-se-définit ou qui-prend conscience par rapport au colon prend chez Kateb son passé entier à bras-lecorps pour l'interroger. Les personnages de Kateb assument - fût-ce, et surtout, dans la douleur - l'hétérogénéité de leurs sources identitaires. Le Rhummel, c'est aussi le Guadalquivir des Maures d'Andalousie, et la jeune génération, ballotée entre la prison, les bouges, la drogue, l'alcool, tentée par le monde cruel et fascinant de la ville en même temps qu'attirée par le retour au terroir, cette jeunesse trouve ses références dans plusieurs sources culturelles, se remémore son passé le plus lointain, berbère, numide et romaine. «Ni les Numides ni les Barbaresques, écrit Kateb, n'ont enfanté en paix dans leur patrie. Ils nous la laissent vierge dans un désert ennemi tandis que se succèdent les colonisateurs, les prétendants sans titre et sans amour. » Kateb Yacine l'a répété a plusieurs reprises: il est l'homme d'un seul livre constamment repris. Il a révélé une Algérie souterraine et rebelle, occultée par l'ordre colonial et les gardiens des dogmes sacrés. Avec une héroïne aux origines incertaines et dont la force est tirée de la complexité des rapports établis avec les autres protagonistes, des troglodytes sortis d'une cour des miracles de Constantine, avec un travail astucieux et opaque de mélange entre l'autobiographie et l'imagination, Nedjma donnait naissance à une nouvelle étoile. Une étoile plutôt filante et un écrivain plutôt écrivain public errant que chantre officiel d'un quelconque pouvoir ou d'une quelconque église. La belle Isabelle en Nedjma ? Le rêve ... Au moment où la France accouche dans la douleur de sa « beurité » et où l'on apprend qu'une très célèbre actrice française se prénomme en fait Yasmine, quelque chose me dit qu'Isabelle en Nedjma, ça pourrait faire une pellicule explosive .. . Pour le plus grand bonheur de tous les Beurs de France, de Navarre et d'ailleurs... En attendant patiemment que Kateb récidive.D CHER/FA BENABOESSAOOK (1) 1 et 3 rue Feutrier, 75018 Paris. Jacqueline Arnaud, professeur dans plusieurs universités françaises, a consacré sa thèse d'Etat à l'oeuvre de Kateb Yacine: Recherches sur la littérature maghrébine, le cas de Kateb Yacine, université la Sorbonne nouvelle Paris III, 1978. (2) Massif montagneux dans l'Est algérien, à 30 km de la ville de Guelma, d'où serait originaire la tribu fondée par l'ancêtre Keblout. m MUSIC, MASQU S AND PLUMES Mardi gras approche. Différences a rassemblé pour vous quelques informations pratiques qui vous permettront de vivre carnaval en musique, que ce soit en organisant une soirée à la AFRIQUE. Sur le continent africain aussi on fête carnaval, notamment en Guinée-Bissau. Quelques nouveautés à glisser sur votre tourne-disque: Lokassa, Syllart Production Mélodie Distribution, SYL 8323 ; Kass Kass, Syllart Production. Mélodie Distribution, 8732 DK F DK 006; Zaiko Langa Langa, importé par Gefraco Distribution, 25, rue Bergère, 75009 Paris, tél. 42.46.07.22. ANTILLES FRANÇAISES. Le carnaval y dure deux mois et demi: de l'Epiphanie (1" dimanche de janvier) au mardi gras (début mars), des défilés ont lieu tous les week-ends dans les rues. Le samedi précédant le jour gras, ce sont les enfants des écoles qui défilent, le dimanche, c'est le tour des chars, le lundi celui des fleurs. Le jour J, les associations et les corps constitués envahissent les rues, quant au mercredi, il verra le sacrifice du dieu Carnaval (Vaval) précédé du défilé « en blanc et noir ». Pour ne pas oublier ces réjouissances, on recommence vingt jours plus tard avec le défilé « en rouge et noir» qui clôt les festivités. Pour les Antilles, voir les tarifs Nouvelles Frontières et Air F rance-Vacances. BATUCADA. Batterie qui accompagne les danseurs des écoles de samba brésiliennes de Rio et du sud Brésil en général. Constituée d'instruments de percussion les plus divers, elle compose une musique à deux tons, jouée par quelque 300 ou 400 musiciens. Idéal et indispensable pour défiler dans votre rue, une sono à fond: Mocidade independante Padre Miguel, (une des plus célèbres batucadas du Brésil), Discodis Distribution, diques AZ, LD 5805. BAC A DISQUES. Chercher les galettes de vinyle dans les grands magasins : les FNAC, mais aussi orientez vos pas vers les disquaires blacks : boulevard Rochechouart, haut de la rue du Fg-Poissonnière, à Paris. Une adresse -confidentielle

Rythmo Disc, 89, rue de Dunkerque,

demander Daniel. 55, rue Bichat, hôpital Saint-Louis. Virgile, le DJ, réserve un accueil chaleureux. CANARDS. Différences bien sûr, mais aussi Afrique Antilles Magazine, référence absolue en ce qui concerne les infos pratiques pour le Carnaval antillais de Paris, mais aussi tout sur les hits et les stars de la chanson antillaise, africaine, haïtienne, le reggae et la salsa. 7 F dans les kiosques. CUMBIA. Musique populaire du carnaval, née dans le bassin des Caraïbes sur le continent sud-américain : Colombie, Panama, Venezuela (voir encadré). DEROBADE. Boîte où l'on entend l'une des meilleures musiques black de Paris. Celle de Paris s'est installée dans l'ancien cinéma Louxor Palace (bd Barbès), avec équipement laser et vidéo. Trois autres Dérobade en banlieue: Aulnay, Massy, Meaux. DOMINIQUE. Micro-République située au sud de la Guadeloupe. On y fait aussi de l'excellente musique, tel Julie Mourillon qui, avec ses frères, a inventé un nouveau style, l'Island Boogie. Discographie complète chez Rythmo Disc (voir bac à dique), le dernier album (réf.: 83854) est en tête des hitparades. ECOLE DE SAMBA. Pour vivre à Paris le rythme par le corps et y apprendre les pas de danse comme à Rio, ou bien encore faire partie de la batterie qui accompagne les danseurs à chaque sortie, Unidos da Tia Nicia (voir encadré). FM. Ecoutes : Nova 89,8 MHz ; Tropic FM 102,3 MHz; RF! sur ondes moyennes (AM), l'émission s'appelle Canal Tropical et l'animateur Gilles. FREVO. Fanfares brésiliennes où la section de cuivres produit une musique sautillante qui se danse sur des pas croisés avec l'aide de petits parapluies! On la trouve exclusivement dans le nord-est du Brésil, à Recife, tandis qu'à Salvador on danse le Trio eletrico qui, comme son nom l'indique, est une musique électrique (guitares diverses) diffusée depuis le sommet de camions qui défilent. Bruit assourdissant! Un illustre compositeur de Trio eletrico : Caetano Veloso. HAITI. Un carnaval 1987 sans la présence de Baby Doc sur une musique excessivement rapide. Qui s'en plaindra? ILES. La musique des îles de la Martinique et de la Guadeloupe vous permettra sans doute de vous amuser tant sa production est variée. Nous avons noté pour vous une sélection de nouveautés, cela grâce à l'aide de certaines radios (voir FM). Les Aiglons, Sonodisc HDD 2435. G. Desvarieux et G. Decimus, GD Production, Sonodisc Distribution, GD 022. G. Decimus et KASSA V, CM Production, DD320-LM 6011. Dédé SaintPrix, Soldat papillon, GD Production, Sonodisc GD 1301. Christian Jesophe, Album Pakatak. Titam, Rythmo disc RD 8385-2. Letchi's, Rythmo Disc TP 1101. Les Pedagogues, Carnaval, Rythmo Dise 8385-3. Zikak, Bambou, LPB 007. FEMMES. Les hits noirs confirment le succès absolu des femmes, avec le titre Kayé Manman tiré de l'album Siwo (GD Production Sonodisc, GD 36), Jocelyne Beroard vient aussi de sortir maison ou bien en préparant un défilé monstre dans les rues de votre quartier ou de votre ville. Cela se fait de plus en plus! un clip qui déménage (un scoop Différences). Du côté guyanais, noter les disques de Sylviane Cedia (Eddy'son Consortiom Mondial, avenue J. Aicard, 75011 Paris, réf. : CM 640 79433) et ceux de Josy Mass. GUYANE. A Cayenne, l'endroit où il se passe le plus de choses sur le plan muskal s'appelle Chez Nana. Boîte haute en couleur, tant et si bien qu'elle figure désormais au programme des agences de voyage métropolitaines. A l'occasion de carnaval, on danse le kamougé, le gragé (littéralement râpe) : mouvement de va-etcvient, mais surtout le Kassé Ko (casser le corps). Sans commentaires! José Sebeloue, Compagnie Créole, Christian Seneli, Sonoclair SSS 8501, Tutusse. JAMAIQUE. La musique de la rue s'appelle Steel Band, une variante avec plus de percussions, le Steel drums. A l'occasion du carnaval, ces deux genres animent quelques défilés. Une école de Steel drums existerait à Ris-Orangis. Adresse en cours. KASSAV. Groupe antillais, où officie G. Decimus sur certains albums. Leur dernier album est à écouter pour un choix de titres. Kassav, GD Production, Sonodisc GD 27. LATINO. Salsa y Comparsa. Cette dernière s'entend en mai à Cuba pour les festivités à la Havane ou à Santiago. Deux adresses exclusives à Paris. Disques : . chercher le super-disquaire rue de Lappe. Danse : aller au Mambo Club, rue Cujas, Paris Y. Vérifier aussi les dates de concerts dans les quotidiens nationaux et régionaux. MAURICE. Monsieur J allier, principal instigateur du premier carnaval antillais Différences - nU 64 - Février 1987 de Paris qui s'est déroulé le 21 juin dernier à la porte de Charenton. Succès exemplaire d'un comité actif: 7, villa Gagliadini, 75020 Paris, tél.: 43.63.83.77. L'édition 1987 démarre difficilement, après le faux bond d'un partenaire important. Appel donc lancé aux prqfessionnels de la communication et de l'information pour une prise de participation à une initiative qui mérite d'être poursuivie. LATINES. Nom des cloches qui accompagnent la percussion des défilés aux Antilles. On m'a dit que ça marchait aussi avec des jantes de voiture et de vieilles cocottes en fonte. NOTTING HILL CARNIVAL. Carnaval antillais de Londres, grand frère de son homologue parisien. Se tiendra fin août dans le quartier de Notting Hill pour la 22e fois. Des dizaines de groupes distillent une musique populaire de qualité pendant plu~ieurs jours. OLYMPIA. Désormais s'y produisent aussi des artistes issus de nouvelles influences musicales et culturelles. Demander le programme au 47.42.82.45. ORFEO NEGRO. Film franco-brésilien de Marcel Camus, dont l'action se situe au carnaval de Rio et développe le mythe d'Orphée et Eurydice. Images choc et musiques superbes (Fontana, PG 274). PAGODE. Un scoop Différences. Musique brésilienne métissée de Samba et de reggae qui marche très fort dans les bidonvilles de Rio et Sao Paulo. Déjà Le ROCk n' roU en 19&7, c'est riqgard . ~ Oéooùvrir de noUVelles sensa et déveto~r un sens. de l'tndé oce gestuetle, foot celat6st posgiblf grâce ~ lasantba.· RecOnnue par fa fédération des écoles de samba brésiliennes) Unie/os da. ria Nlcia (le groupe detaille Nfcia) participe depuis des années à diverses manifesta-tions de carnaval: Nfmes, Toulouse et puIs des profets en Anland(i, à QU11llPer" à MorrtJuçon et aussi à Paris dans ·te câdre des activites france~BréSÎr, Seule: et unique éCole 00 France, elle attire è eUe les passionnés au rytbroe et de fà danse. 'COmposée d'un groupe de chanteurs. de danseurs et de musiciens, formés grâce aux méthodes actives de Nicla el·!&- même. eUe choisit des qui inspirent directe~nt lâ. ue,les danses et lès co'Swmes dU groupe. Pour vous r Uf) avant-goût oos réjouis-Os pot.M~! assister aux répétitions nt lieu 1e dimanche SOir à 18 Il au 91, quai de la Gare à Paris (métro Quai de la Gare). Monter au 2' étage. A~dj anltnateur, initié par tante Nicla, prend lm oea~· Jes débutants avec sytJtpltbie et se fera lIA platsir fie répondre à VQS questions. 00 rappelle t'adresse des cours: Studio Campus, fue froment. dans le 11~. te jeudfet lun41 de 19 han à 21 h 30. ' récupérée par les dancings. elle prend ses sources dans la population noire des quartiers déshérités des deux mégalopoles brésiliennes. ~ PROTESTATIONS. Les vôtres, quand vous ne découvrirez rien sur les carnavals européens dans ce numéro. On ne (suite p. 42) ID 1 1 février au 22 mars, expositioode dessins de Kokoschka, à la salle d'art graphique du 4' étage de Beaubourg. Rens. au 42.77.12.33.0 1 au 14, représentations au théâtre Saint -Paul à Lille des Petits Pas, une pièce de Jérôme Deschamps, accueîIli pour l'occasion par la Salamandre. Rens. au 20.54.52.30.0 2 au 7, IX' .Festival du court métrage de Clermont-Ferrand. 11 programmes de courts métrages français en compétition, une rétrospective du court métrage d'animation japonais, un panorama du court métrage Jatinoaméricain. Rens. au 73.91.65.73.0 2 au 9, manifestation culturelle et d'information sur le tiers monde organisée par r ASAL, le CCFD, la CIMADE, Terre des hommes et le club UNESCO de Nice, intitulée Regard sur trois continents. Films, débats, et un après-midi spécial enfants. Rens. auprès de ces organisations. 0 4 suite des séminaires « Vous avez dit développement,. à Jussieu. Ce jourlà. « Les médias et les représentations du tiers monde. L'expérience de la médiathèque des Trois mondes. Salles 318-34/44 à Jussieu. Rens. à l'UER de géographie. 0 4 et 5, au théâtre d'Alençon , le plus méchant des humoristes, Pierre Desproges se donne en spectacle. Rens. au 33.29.16.96.0 5 ' vite, tous à Rio; Kassav, les rois du zone antillais entament une tournée d'enfer. Si vous les ratez au Brésil. rendez-vous en Guyane à partir du 19, puis à la Guadeloupe et à la Martinique.O 6 ,7et8,Romaamor,une chorégraphie de Charles Cré-Ange, par la troupe Black Blanc Beur du centre d'action culturelle de Saint-Quentin-enYvelines, au centre des 7 Mares à Elancourt. Rens. au 30.62.82.81.0 6 ,à la Maison de l'étranger à Marseille, Musique et Jeux de la taïqaetde la toundra. Rens. au 91.95.90.15.0 8 ,fin de la semaine d'Expressions de la culture du monde arabe, à la Maison pour tous des Marquisats d'Annecy. Films, expos, musique, dont Reinette l'Oranaise. Rens. au 50.45.08.80.0 9 ,Julia l\ligenes Johnson, diva comédienne et danseuse, la Carmen de Rosi, part en tournée. Elle sera le 9 à ARTS EVE NOIRE. «Femme nue, femme noire vêtue de ta couleur qui est vie, de ta fortune qui est beauté» (1). Ainsi commence l'un des poèmes de Léopold Sédar Senghor qui se sont glissés, tels des amants, entre les photos des Black Ladies, de Uwe Ommer. Le photographe allemand, rompu à la publicité, a été séduit par le charme et la grâce des femmes noires. Durant ses séjours en Afrique, il entreprit de photographier celles qui croisèrent son chemin. Aucune d'elles ne sont mannequins et, pourtant, elles ont en elles ce « quelque chose» que Uwe Ommer admet avoir tant de mal à trouver chez des professionnelles. Ces photos, d'une intense luminosité, laisse transparaître la sensibilité profonde du photographe qui s'est longtemps arrêté sur l'harmonie des lignes du corps et des gestes de la femme noire, dépourvue d'agressivité et de superficialité. C'est une déclaration d'amour. « Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau» (2). La beauté plastique de ces corps, la brillance de la peau satinée, légèrement granulée émerveille. L'érotisme et l'exotisme n'ont guère leur place dans ces photos. Pas besoin de porte-jarretelles coquins et de dentelles frivoles pour séduire. Seule la nudité d'une pureté originelle séduit. envoûté par les charmes de la femme noire. « Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche/est large à faire envie à la plus belle blanche/à l'artiste pensif ton corps est doux et cher/tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair» (3). La luminosité qui se dégage de ces photos est telle que ces femmes irradient telles des divinités. Tour à tour, Vénus sortant des eaux, déesse de la terre, déesse de la fécondité, elles accaparent les regards de celui ou de celle qui prendra le temps de tourner délicatement les pages de papier glacé , de Black Ladies. Se blanchir, quelle injure la femme noire ferait-elle à son corps, à sa vie !O MARIETTE HUBERT Black Ladies, photos Uwe Ommer, éd. du Jaguar. (1)-(2) Extrait du poème de L. S. Senghor Femme noire. (3) Extrait du poème A une malabaraise (les Fleurs du mal). CONTE DE NOEL. C'était un de ces soirs de janvier où il a fait si froid. Chez moi, c'était grève EDF, et doucement, la température se rapprochait de zéro. Je suis descendu me réchauffer dans un café au pied de l'immeuble, un de ces cafés branchés où on vous sert du bon vin au verre, et des jeunes artistes sur les murs. Il était là, l'artiste. Pas grand-chose en plus de vingt ans, sans doute, mais avec les cheveux orange, c'est difficile à dire. Pour tout avouer, la punkitude, c'est pas mon grand fort, et, de plus, j'avais très moyennement envie de parler. Il m'a raconté ses galères de jeune homme, statistiquement assez proche des désespoirs de la jeunesse de notre beau pays. Il ne semblait pas tenir à parler de ses toiles. J'ai fini par faire le tour du troquet, pour les voir. Et c'était bien: pas du gribouillis péniblement figuratif de peintre du dimanche, pas de l'esbrouffe faussement abstraite de ceux qui pensent que faire du Klee, c'est facile. De la vraie peinture, de quelqu'un qui a quelque chose à dire, de la peinture qui vous cause sans phrases. Je ne sais pas parler peinture, juste une toile, un enchevêtrement de lignes sur un chaos de noir et blanc, une merveille. Mais ce jeune homme aux cheveux orange, qui réussit à transfigurer ses difficultés en vraie peinture, ça ressemble fort à la version 87 du Petit Prince. Moins les moutons.O Toiles, de Marc Pessel, Relais culturel de Chaillot, 28, avenue George-V, 75008 A chaque page, on assiste à la naissance d'une nouvelle femme, une nouvelle Eve, ayant pour seuls atouts qu'un morceau de tissu pastel ou rouge sang, dévoilant pudiquement le galbe léger d'un sein ou noué négligemment sur l'ovale parfait d'une hanche. Baudelaire ne s'y était pas trompé. Lui aussi, un homme du Nord s'était laissé Paris, du 4 au 17 février. 1 Il Montpellier au Zénith, le 11 à Nice à l'Acropolis, le 13 à Lyon. 0 L-~~ ____ ~ ________ L-___________________________ ~ ___________ ~ B LOC - NOTE s YVES THORAVAL MEMOIRES JUIVES. Imaginons un bouquet de destins, tous juifs, de tout le pourtour de la Méditerranée mêlés à d'autres, venus de l'Est européen, de Russie, et rassemblés en un puzzle de vies, réussies ou brisées, grâce au truchement modeste du magnétophone. C'est Mémoires juives, réunies par Lucette Valensi et Nathan Watchel (éd. Gallimard/Julliard, Archives), les mémoires de dizaines d'individus qui aujourd'hui, lorsqu'ils vivent encore, habitent à des milliers de kilomètres de leur pays d'origine, Egypte, Russie, Maghreb, Balkans, Pologne, emportés par le maelstrom de l'histoire, celui des persécutions ou (plus rarement) un choix personnel. Entrecoupés de nécessaires textes de liaison, souvent très érudits, ce petit livre, au format de poche, réunit sur le papier la saga éparpillée de vies, de générations, de communautés tout un kaléidoscope de cultures. 0 vieux travesti qui ne fait plus recette et un jeune étranger clandestin. Ils s'allient pour survivre, jusqu'au meutre. Je n'en ai vu que des bribes ... c'est une affaire à suivre. 0 SAM OURAl. Non, ce n'est pas un club d~ gymnastique BCBG, mais le sous-titre d'une expOSition l'Art guerrier au Japon: Samouraï, au nouvel et immense Espace Art 4 de la Défense (présentée jusqu'au 10 avril), dans une mise en scène spectaculaire. 0 BOUFFE. Inutile d'avoir l'estomac solide pour lécher de l'oeil, dans une jolie exposition nostalgicoesthétique Un siècle de réclames alimentaires, à l'EPAD-La Défense: affiches, plaques émaillées, tôles_ ..... ASIE CENTRALE EXPRESS. Une Le mariage de Siva et Parvati (fragments), xe siècle. occasion de découvrir le musée Guimet, ou d'y retourner, c'est ParisTokyo- Begram, un hommage à Joseph Hackin (1886-1941). Celui-ci est l'ancien directeur du musée Guimet, l'un des plus riches du monde pour l'art asiatique et le premier en France pour l'immense domaine allant de l'Iran au Japon, il a aussi dirigé des fouilles en Afghanistan (Begram), et a participé à la célébrissime Croisière jaune Citroën de Beyrouth à Pékin, à travers toute l'Asie centrale. Cet hommage mérité à un spécialiste 0 renommé, mort prématurément pour la France libre, est un prétexte, bienvenu, pour le musée de mettre en valeur ces plus belles pièces afghanes, kouchanes, tibétaines, chinoises et d'en sortir des réserves. Et puis rien n'empêche au passage de se rassasier de sculptures kmères, dont le fonds est le plus riche du monde hors d'Angkor-Vat (jusqu'au 2 mars).O S MAIL/CHAREF. Le nouveau film de Medhi Charet, Miss Mona, est sorti. Jean Carmet et Ben Smail forment un tandem curieux et touchant, C'est la rencontre entre un Différences - n° 64 - Février 1987 lithographiques, toutes les techniques fin de siècle, dressent un véritable répertoire des goûts alimentaires depuis le milieu du XIX· siècle jusqu'à nos jours. Une exposition qui a déjà fait le tour de la France et a été vue par un quart de million de visiteurs avant d'arriver à Paris (jusqu'au 25 mars).O TUNISORAMA. Vite, ne pas oublier, sur son agenda, l'expositon Six Peintres tunisiens, (décidément, la saison 1986-1987 est faste pour la peinture de ce pays), au musée des Arts africains et océaniens, du 21 janvier au 23 mars. Mais nous reviendrons, le mois prochain, sur ces plasticien~ tout à fait intéressants. 0 Musée Guimet. 6, place d'Iéna, 75016 Paris. Tél. : 47.58.74.12. Ouvert tous les jours, sauf mardi, excepté entre 12 h et 13 h 30. Espace Art 4. Esplanade de La Défense. Tél. : 47.96.25.49. EPAD. Esplanade de La Défense. Tél. : 47.96.24.24. Entrée libre. Tous les jours, de 12 à 19 heures, sauf le mardi. Musée des AAO. 293, avenue Daumesnil, 75012 Paris. Tél. : 43.43.14.54. Tous les jours, sauf mardi, 10 hà17 h 30. 1 0 Paul Simon au Zénith. •. • .• • Garfunkel a pris sa retraite, Paul est allé en Afrique du Sud, mais pour faire· de la musique avec les Noirs. Location auZénitb et les 3 Fnac.o 1·.0. .., I.e Grou.pe ~ntérva)Jes. présente des oeuvres de Drogoz, Vasquez. '.' dans le cadre du cyCle XX· sièCle., images de la musique française, école de musique de Montreuil, 93100 Montreuil. 0 10 Charles;:ed~~:~:tS8~!:n"!vrrc~fe des Grésillons à Gennevilliers (GFEN). Rens. au 46.72.53. 17.0 11 aulS, Triande-Atalande, des . • chorégrapbies de Bruno Agati, Lola Keraly, Brun() Collinet, au 18 Théâtre, à Paris. Rens. au 42.26.47.47.0 11 jusqu'à la fin du mois, création d. e ParaUels in Black, un spectacle de danse présenté par l'American Centerqe Paris. Rens. au 43.35.21.50.0 12 ,l'Oreille est hardie présente Chico + Achwgaï Neï Wodeï en concert. Rens. A l'oreille est hardie, Poitiers, 49.46.08.08.0 12 ,à 20 h 30 à la Maison de la . poésie à Paris, présentation de Poésie macédonienne contemporaine, en présence de Mateja Matevski et Maria Bezanovska. Rens. au 42.36.27.53.0 13 ' au Centre d'action culturelle de Mulhouse et de haute Alsace, spectade de Patricia Lai, rockeuse de charme, à mi-chemin entre Higelin et Ribeiro. Rens. au 89.45.63.95.0 14· ,Si vous écoutez Radio Nova (89.8 FM), vous. connaissez sûrement sir Ali. Il faut aussi de la musique. Sir Ali Girls, au Confort moderne, 185, Faubourg duPont-Neuf à Poitiers. Tél. : 49.46.08.08.0 14 et 15, diffusion intégrale de Vienne pour mémoire, la trilogie de Axel Corti au théâtre d'Amendîersà Nanterre. Rens. au 47.21.22.25.0 14 et 15, colloque au centre Thomas-More sur le thème: « La pensée juive et la modernit~, Rosenzweig, Benjamin Cholem, aspect d'une configuration. · ,.Rens. au centre à l'Arbresle, 74.01.01.03.0 17 ,Concert inaugural de l'Orchestre natioual de jazz version 87 sous la direction du pianiste Antoine Hervé au Théâtre musical de Paris. Rens.au42.33.00.00.0 POSTE & TELECON\ LES LENDEMAINS QUI CHANGENT Le monde économique bouge. La compétition est devenue très sé·lère. Tous les secteur~ d'activité, toutes les entreprises, tous les marchés sont en train de changer de siécle. Dons ce mouvement profond, la communication prend sa place; celle d·un élément stratégique de 10 vie économique, culturelle et sociale de ravenir. Une vie différente dans laquelle J'échange, le temps, I"espace et la connaissance devront aussi trouver un nouveau rythme. Alors, 10 communication est en train de changer : Sa technologie explose, ses mayens se multiplient, ses compartiments se développent et se diversifient. Elle ne peut plus contenir et s'épanouir dans son vieux costume un peu gris dont les manches deviennent trop courtes. La voici qui port, ovec toul le monde, pour des lendemains qui changent. GIFCO Des sociétés au service des collectivités CONSTRUIRE GÉRER ENTREPRENDRE AMÉNAGER DIFFUSER Des équipes de professionnels pour vous conseiller et vous guider dans vos choix en fonction de vos besoins et de vos impératifs budgétaires. les sociétés du groupe GIFCO sont représentées dans toute la France GIFCO : 28, rue Pasteur, 94800 Villejuif -- Tél. 46.77.22.60 LE RETOUR DE BA NA NIA N on, il ne s'agit pas d'une pmvocation, de l'un de ces paradoxes en vogue consistant à renvoyer dos à dos, parce que tout se vaut, antiracisme et racisme, tortionnaires et victimes. Clin d'oeil et pied de nez à la fois à la négritude chère à Senghor et à Césaire, Négripub est le titre d'une exposition salubre, belle et passionnante présentée par la bibliothèque Forney, l'une des plus riches du monde en ces témoins d'une civilisation souvent négligés que sont : affiches, supports publicitaires de toute sorte, cartes postales, étiquettes. Et, après tout, l'obscur objet du désir que représente telle ou telle créature de rêve vantant des sous-vêtements ou un parfum trouve largement son parallèle dans la réification de bien d'autres modèles féminins blancs. Et la jolie pub multi-ethnique de Benetton (quand même stigmatisée pour relent d'antisémitisme, aïe !) a donné aux enfants une image sympathique de la société à venir. Mais, et les acteurs, noirs ou sombres, en savent quelque chose puisqu'ils ne sont sollicités que pour renforcer des stéréotypes et rarissimement pour interpréter un personnage à valeur universelle, ce que l'on demande au personnage africain ou Quand la consommation n'a pas de couleur ••• Après une éclipse, (due aux luttes de libération, au tiers-mondisme, à la vigilance des groupes antiracistes peutêtre?) l'image · du Noir, modernisée depuis le cébébrissime Y' a bon Banania, les sinuosités, qui ont parfois atteint des sommets esthétiques et. .. racistes, des jazzmen et autres « revues nègres » des années folles du temps de la gloire de l'Empire et des expositions coloniales, a fait place à une blackomania d'un nouveau genre, chic et branchée. Smurf, reggae, nattes afro, chemises hawaio-tropicales, rythmes caraïboafricains, références fantasmagriques à Kingston, Kinshasa et au Bronx, hors de toute réalité, mettent le corps du Noir en vedette pour promouvoir la consommation tous azimuts. Un bon sauvage nouveau style, sensuel, gai et exhubérant règne à nouveau, cette fois-ci dans les bureaux de marketting publicitaire, pourvu qu'il soit dépouillé de toute référence culturelle à son Afrique ou à ses Caraïbes d'origine. S'il est beau et star de la mode du showbiz ou du sport, c'est encore mieux: Grace Jones, Tina Turner, Yannick Noah sont là pour que l'on se rince l'oeil. Mais, après tout, c'est eux qui le veulent, la consommation n'a pas de couleur et il n'y a pas de raison de bouder le plaisir que nous offre cette exposition. antillais, c'est d'être ou beautiful comme le black et/ou d'incarner une des caractéristiques supposées de sa race, en jouant sur les contrastes du pigment de sa peau. Ce n'est pas être grognon que de déclarer cela, et, répétons-le, cette exposition est à voir au double titre des documents qu'elle présente et du plaisir procuré par l'art à part entière qu'est devenue la publicité. Seulement, on peut se demander si un medium aussi présent, aussi fort, aussi formateur à sa façon, ne pourrait pas jouer un rôle plus positivement décrispateur au niveau des stéréotypes racistes: certains publicitaires le font déjà, en catimini, suivant en cela de larges secteurs de la jeunesse, et ils nous préparent à la société métissée qui, comme le disait déjà Senghor, est inéluctable. Cependant, jusqu'ici, l'Africain ou le Caraïbe n'est que très rarement montré comme porteur d'une civilisation, d'une sensibilité propres. Il est vrai que les espoirs en un vaste marché de consommation africain ou caraïbe est encore faible ... D YVES THORA VAL Négripub. Bibliothèque Forney, hôtel de Sens: 1, rue du Figuier, 75004 Paris. Du 14 janvier au 28 mars 1987, de 13 heures à 20 heures (sauf dimanche et lundi). Tél. : 42.78.14.60. 1920 : on vante les mérites du rhum. Une affiche qui danse. Moulinex, la RATP, Samsonite, Benetton et même Entremont, le gruyère, référence ô combien France profonde, nous montrent des Noirs, enfants ou adultes, comme vous et moi, mais gare! le pantalon rayé des esclaves du Sud profond n'est pas loin ~da~n~s~l~aJP~u~b~d~'~U~n~c;le~B~e~n:';s~!~ ______ ~~ ___________ ~ Il Différences - n° 64 - Février 1987 - Fait-divers- LA TROUILLE ET LA TECHNIQUE On remarque de plus en plus que les agressions commises en public ne suscitent aucune réaction d'assistance à la victime parmi ceux qui y assistent. Un fait grave, dénoncé par l'abbé Pihan. Bien des gens, il faut l'espérer, ont gardé en mémoire le meurtre épouvantable commis dans le rapide BordeauxVintimille, dans la nuit du 17 novembre 1983. Trois brutes avinées - des « primates », dira un commentateur - massacrent un jeune Algérien, Habib Grimzi, et le jettent par la portière. Arrêtés, les assassins se sont étonnés de la sévérité des juges. L'un d'eux a demandé: « Quand est-ce qu'on sort? ». Et aujourd'hui, il en est un qui a fait appel et qui va devoir être rejugé. Ce meurtre n'est pas un fait exceptionnel. Combien de « ratonnades» a-t-on pu dénombrer au fil des années? Mais, si celle-ci semble dépasser toutes les autres, ce n'est pas seulement à cause de son caractère particulièrement horrible, mais c'est aussi parce qu'elle a manifesté l'incroyable lâcheté des témoins. J'ai relu avec émotion le dossier que j'avais constitué. Les meurtriers, candidats (non acceptés) à la Légion, étaient accompagnés d'un caporal. .. qui déclara n'avoir rien vu : il dormait! Personne, dans le compartiment et dans le wagon, n'a osé bouger, alerter le contrôleur, tirer le signal d'alarme. Tous ont eu la trouille. Et l'un de ces voyageurs paralysés par la peur a fini par se confesser à un journal quelques semaines plus tard : « Je ne peux plus garder pour moi tout seul ce que j'ai vu et ce que je n'ai pas fait ... Je n'en dors plus. Je suis terrifié de ma lâcheté. » J'avait alors publié quelques réflexions sur ce phénomène de « la trouille ». Sans doute, témoin d'une pareille agression, aurais-je commencé par avoir la peur au ventre. Mais j'ose espérer que j'aurais eu assez de sang-froid et même, disons, assez de « technique» afin de prendre et faire prendre les moyens nécessaires, avec un grand coup de gueule, pour sortir les lâches de leur inertie, les impressionner, les cOI1).mander, leur assigner un rôle précis: « Vous, allez chercher le contrôleur. Vous actionnez le signal d'alarme. Et nous, ensemble, interposonsnous et faisons from. Sinon, vous êtes passibles de non-assistance à personne en danger et ça peut vous coûter cher! ». Quand j'étais gosse, et membre d'un mouvement de jeunesse, on nous disait: « L'héroïsme, ça se prépare ». Et nos instituteurs, à l'école primaire, savaient bien nous enseigner le courage, avec des exemples tirés de l'histoire de France. Dans des cas pareils, il faut du courage, mais, je le répète, il faut une certaine technique. Et précisément, ce que je veux mettre en lumière aujourd'hui, c'est un fait particulièrement exemplaire qui allie courage et technique et qui, ce qui me fait bien plaisir en tant que militant antiraciste, est à l'honneur d'un jeune immigré. C'est l'histoire d'Aziz Soubhane, dont les journaux ont parlé au début de décembre. Là encore, j'ai tenu à constituer un dossier, pour être bien sûr des faits, car j'avais presque envie de penser: « C'est vraiment trop beau ». Les faits, les voici. Cela se passe dans le métro, très tard dans la soirée du 28 novembre. Deux jeunes étudiantes anglaises montent à la station Odéon. Un gars d'environ vingt-cinq ans, style loubard, les aborde et commence à les importuner. Il devient «collant» et leur réclame de l'argent et les bijoux qu'elles portent: boucles d'oreilles, collier. Comme elles refusent, il commence à les frapper. Là non plus, comme dans le Bordeaux-Vintimille, comme dans ces trains de banlieue où l'on a violé des jeunes femmes, personne ne bouge. « Les gens, dira l'une des jeunes filles, ils regardaient comme si c'était à la télévision. » Mais un tout jeune homme a vu la scène. Il va vers le voyou, sans dire un mot. Et c'est là qu'il va prouver qu'il a, non seulement du courage, mais de la technique. Car il a vu l'agresseur sortir un couteau. Alors, lui, il enroule son blouson autour de son bras gauche, pour s'en faire un bouclier. Un croche-pied et l'autre perd l'équilibre. Prestement, le jeune homme se saisit du couteau et plaque le voyou au sol, alors que celui-ci menace de le tuer. « Tiens-toi tranquille, on s'expliquera à la prochaine station.» « Venez donc m'aider » , demande-t-il. Peine perdue! Tout de même, une femme tire le signal d'alarme. A l'arrêt qui suit, la police arrive, embarque l'agresseur, les jeunes filles et leur sauveteur qui aura droit à de chaleureuses félicitations, malgré les tentatives du loubard pour « tout lui coller sur le dos» et qui le traite de « sale Arabe » . Oui, car le héros est un jeune Marocain. Aziz Soubhane n'a que 17 ans. Il est élève-ajusteur en troisième année dans un lycée d'enseignement professionnel qui fait partie du groupe des Apprentis d'Auteuil, que je connais bien et parmi lesquels il y a de nombreux jeunes immigrés, « beurs» ou autres. Aziz aura sa photo dans les journaux. Il recevra une médaille de la RATP. Le maire d'Issy-Ies-Moulineaux, ville où demeurent ses deux soeurs, le félicitera publiquement. Une plaque symbolique sera même inaugurée à Dreux, le 20 décembre, à l'initiative du MRAP et d'autres associations, pour que les jeunes gardent l'exemple de son acte de courage. Et - j'allais oublier! - l'une des deux jeunes filles lui a fait cadeau de ce collier que son agresseur avait voulu arracher. Aziz est bien étonné du bruit fait autour de lui. C'est un modeste : « Ce que j'ai fait, tout le monde peut le faire. Des actes comme ça se produisent souvent et on ne le sait pas. Quant à ces jeunes filles, qu'elles soient blanches ou noires, françaises ou anglaises, pour moi c'est pareil. Nous sommes tous de la même race humaine. En tout cas, je suis content d'avoir pu faire un geste qui réhabilite les jeunes en général, et les jeunes immigrés aussi. » L'histoire que je vous raconte vous fera peut-être penser à ce qu'on appelait jadis « un conte édifiant ». Mais voyez-vous, je suis de ceux qui pensent que: quand c'est bien, il faut le dire. Selon un vieux proverbe: « Les exemples entraînent ». Alors, cette histoire vraie, racontezla donc autour de vous. Elle peut servir à l'éducation à la fraternité . Ensuite, je dis qu'elle peut servir à clouer le bec à ceux qui pensent que les agressions, dans le métro ou ailleurs, sont toujours et nécessairement le fait des immigrés (le voyou du métro Odéon était bel et bien un Français, par ailleurs récidiviste) et que, en revanche, aucun immigré ne saurait être capable d'un acte de courage. Et enfin - songez au petit détail du blouson roulé pour servir de bouclier - cela montre une fois de plus qu'il faut être capable de joindre la bonne technique, ou l'astuce si vous préférez, et le courage. « Parce que tout de même, reconnaît encore Aziz, j'ai eu chaud! Il faut être conscient de ses limites. Alors, on doit essayer de se concerter avec ses voisins. » Essayez, oui.. . à condition que ceux-ci ne restent pas paralysés par. .. la trouille.D ABBE JEAN PIHAN Différences - n° 64 - Février 1987 Le métro, un haut-lieu de la non-assistance à personne en danger. Deux jeunes filles agressées par un loubard dans le métro , dans l' indifférence générale. « Les gens regardaient comme si c'était à la télévision » ou des effets pervers de la pédagogie du massacre tant pratiquée pr les médias. Les Brigades internationales LE REVE ESPAGNOL En 1936, ils étaient l'honneur de l'Europe, les seuls à aider les Républicains contre Franco. QU .I , 1'1 S ?. Communistes, juifs, réfugiés politiques, ou tout cela à la fois Au cours du mois d'octobre 1986, des voyageurs, anciens combattants d'un genre particulier, se sont retrouvés en Espagne. Anciens des Brigades internationales, ils s'étaient portés, quelques cinquante ans plus tôt, au secours de la République espagnole, partis d'Europe ou d'Amérique, de la France voisine ou de la Pologne, intellectuels ou ouvriers, hommes et femmes. Parmi eux beaucoup de juifs. Peu banale par son recrutement, en partie spontané en partie mené par des organisations politiques très diverses et parfois opposées, cette armée des Brigades internationales a été traversée par les conflits de son temps. Ainsi, les règlements de compte entre Staline et ses opposants perdurent jusqu'au bout de la guerre civile espagnole. Les conflits entre secteurs de la gauche s'exaspèrent, des assassinats sont perpétrés dans la confusion du moment. Dès les premières nouvelles du soulèvement fasciste, le 18 juillet 1936, contre le Frente popular, une solidarité spontanée avec la République espagnole se manifeste. Le souci premier est celui d'une aide concrète. Les métallos de Billancourt (1) voudraient offrir un tank Renault. Chez Hotchkiss, autre centre de l'industrie automobile de l'époque, on a bricolé, à partir des camions de la production courante, des véhicules blindés avec des chaînes sur les roues en guise de chenilles. Sans attendre les consignes des organisations, certains, comme Pierre Rosli, mécanicien chez Renault, ou Alfred Brugères, ouvrier du bâtiment, rejoignent dès le 26 juillet (2) les combattants le front. La centurie Thaelman, une des premières brigades, comptait, en octobre 1936, 148 hommes de nationalités différentes comme Krasni, ouvrier boulanger belge, ou Sam Paster, jeune tailleur de Londres. Paris était une plaque tournante pour les volontaires qui arrivaient de l'Allemagne, de la Belgique, de la Pologne .. . Les organisations ouvrières communistes, la MOI (Main d'oeuvre immigrée), appuient la création des Brigades internationales qui est officielle le 14 octobre 1936. Bien avant cette date, nous l'avons vu, des volontaires partaient pour l'Espagne . «Les volontaires français, écrit Jacques Kergoat (1), n'arrivaient pas seulement des centres industriels

les Côtes-du-Nord envoient vingt volontaires et la

Corrèze une dizaine. Faut-il d'ailleurs insister sur leur qualité de "Français" ? Les neuf ouvriers de chez Renault, qui arrivent le 28 août, sont des juifs polonais. Dans le premier contingent "officiel" qui part des usines de Billancourt, on dénombre un Algérien et cinq Chinois. Les trente-neuf volontaires qui viennent de Longwy se décomposent ainsi: six Français, sept Polonais et vingt-six Italiens. » On a évalué à 35 000 les combattants internationaux, 52 nationalités, en tout. Mais c'est bien peu comparés aux 20 000 Portugais, 25 000 Allemands, 120 000 Italiens qui se battent dans les rangs franquistes. Dans les pays partisans de la non-intervention (non-ingérence, dirions-nous aujourd'hui), on mène la vie dure à ceux qui soutiennent la République espagnole. L'Angleterre déclare illégall'engagement volontaire, les citoyens américains doivent passer par la France, ils entrent avec des visas touristiques, leur passeport sont tous estampillés «non valable pour l'Espagne ». Souvent dénoncés à leur descente de bateau, certains sont arrêtés ou renvoyés immédiatement chez eux s'ils n'acquittent pas une forte amende. Les volontaires sont dénoncés, la France envoie 2 000 brodequins du même pied ... espagnols. « Ces hommes, écrit J. Delperrié de Bayac, les Partout, on bloque l'envoi des armes, on sabote les efforts communistes et les autres, les petits, les sans-grade, viennent de solidarité. Quatre avions destinés aux Républicains par milliers en Espagne, de tous les continents, traversent les explosent sur l'aéroport de Toussus-le-Noble. Arrivés à frontières avec de vrais ou de faux papiers, sont refoulés, leurs destinataires, les 2 000 brodequins expédiés de emprisonnés, s'échappent, à pied, à bicyclette et vont à ce France se révèlent être tous du pied gauche. rendez-vous de la solidarité qu'est l'Espagne comme à une La collaboration de l'Allemagne et de l'Italie est, elle, sans terre promise. » faille. Une de ses manifestations les plus sinistres est le Nombreux étaient, en 1936, les réfugiés politiques comme bombardement de Guernica, le 26 avril 1937 par la légion Max et Golda Friedmann, dont David Diamant rapporte la Condor allemande. Les Brigades s'organisent, se répartisvie en Espagne, dans son ouvrage consacré aux combat- sent selon les affinités linguistiques, Français et Belges tants juifs dans l'Armée républicaine espagnole (3). « Ils ensemble, Canadiens et Américains. vivaient en tant que réfugiés politiques, ils avaient fui Léo Lev qui arrive de Palestine se retrouve dans la l'Allemagne, parlaient couramment l'espagnol et partici- XIe brigade allemande: «Je suis arrivé à Alicante avec paient activement au mouvement ouvrier à Barcelone. » mon ami Segal (4), je lui ai demandé: "Dans quelle brigade Dans cette ville, le 18 juillet 1936, devaient se tenir les nous inscrire ?" Il a répondu: "Regarde, nous parlons Olympiades du sport et du folklore. Parmi les délégations hébreu, arabe, yiddish". Il ne nous reste qu'à aller chez les qui y prennent part, des Français, en particulier des Allemands, parce qu'en yiddish ou en allemand "links" (à ouvriers juifs du YASK (club sportif des ouvriers juifs). Ils gauche) c'est "links", et "rechts" (à droite) c'est "rechts" ! » Il se font spontanément enregistrer comme volontaires pour Selon la même logique, oentinuent les auteurs, Jonas ~----------------------------~----------------Charles------------~--~ Brodkin se rappelle qu' « un Arabe de Palestine fut intégré à la Brigade polonaise parce qu'il parlait yiddish, et un autre parce qu'il parlait hébreu. » La compagnie Botwin, bien que ne regroupant pas la totalité des juifs engagés dans la guerre d'Espagne, demeure un symbole . Outre ses activités sur le front, elle publia un journal en yiddish, se dota de ses propres hymnes et chants et mit sur pied un théâtre yiddish. Retirée d'Espagne en octobre 1938, comme toutes les Brigades, ses membres ont connu après l'ultime défilé triomphal sur la place de Catalogne, les humiliations à l'arrivée en France. Désarmés par les gardes mobiles à la frontière, ils se sont retrouvés dans ce que l'on appelait des camps de concentration instaurés par les Français, à Gurs, SaintCyprien, Le Vernet. Pour beaucoup, à l'humiliation de la défaite en Espagne, s'est ajouté, pour ceux qui avaient regagné d'autres pays, les menaces de dénonciation, de déportation. Certains s'engagent dans la résistance en France. D'autres en Autriche ou en Pologne. Le bilan a souvent été très amer pour nombre de ces anciens combattants. On a accusé les combats révolutionnaires de l'Espagne républicaine d'avoir pour une part contribué à renforcer l'avance d'Hitler (4). Plus graves ont été les efforts dans différents pays pour oublier ces combattants particuliers. Ainsi ces Allemands qui expliquent aujourd'hui comment d'avoir été dans la Werhmacht leur vaut une pension mais point la qualité d'ancien Différences - nU 64 - Février 1987 combattants des Brigades. Etre ex-volontaires ou membres d'un comité de soutien humanitaire à la République espagnole a valu à bon nombre d'Américains d'être convoqués devant les tribunaux de Mac Carthy pour activités anti-américaines dans les années cinquante. Ailleurs, en Union soviétique, par exemple. le fait d'avoir appartenu à des organisations, des compagnies «suspectes » pendant la guerre d'Espagne a conduit plus d'un à la déportation en camp de travail. Aujourd'hui, pourtant, mais alors que beaucoup de survivants de cette époque héroïque s'éteignent un à un. les ouvrages, les films se multiplient. Il y a tous ceux qui ne veulent pas de l'oubli au sein même de leur propre famille, de leur groupe politique ou culturel, qui reprennent le travail de la mémoire. « De ce pays ou de cet autre, du grand du petit/de celui qui à peine teinte la mappemonde/ avec un même rêve ayant mêmes racines/simplement, anonymes et parlants, vous êtes venus. » Rafaël Alberti résume bien ce rêve espagnol de l'histoire du monde.D CHRISTIANE OANCIE (1) Jacques Kergoat, le Monde, 19 juillet 1986, et la France du Front populaire. Ed. La Découverte. (2) J. Delperrié de Bayac, les Brigades internationales J'ai lu/Flammarion. (3) David Diamant, Combattants juifs dans l'armée républicaine espagnole. Ed. Renouveau. (4) Alain Brossat, Sylvia Klinbert, le Yiddishland révolutionnaire. Ed. Il Balland. noT.S CRoisÉ; 2 3 4 5 6 7 2 3 4 5 6 7 8 9 10 8 ~.:'. .. ~,.. ..\ :. , ...................... , ..•.•.. '::::::::::::::::::::::::::::::::.:::~::::. •.•.•..•.•.•..•.•.•.•..•.•.•.•..• 9 10 .. " .. - .... .. . ... HORIZONTALEMENT: 1. Délimite une portion de surface. - 2. Aube. Instrument de dessinateur. - 3. Démonstratif. Disposés. - 4. Dans le vent. Fut victime d'un coup de soleil. - 5. Limon fertile . Pronom. - 6. Greffe . Paresseux. - 7 .. Compositions musicales. - 8. Ancien Indien. - Vent arrière. - 9. S'avance dans la mer. - On est quelquefois obligé de le suivre. - 10. Col alpin. Font d'un objet, d'une bouteille. VERTICALEMENT: 1. Aisé. Adverbe de lieu . - 2. Désolons. D'un auxiliaire. - 3. A un cours variable. Filasse. - 4. Louent un bateau. - 5. Astuces. Fit passer un courant salubre. - 6. Ville est-allemande. Note. Pronom. - 7. Poison extrait d'une fève . - 8. Réfléchi. Reptile. - 9. Sert à lier. Lettre grecque. Bouleversé. -10. Va sans but. Ville du Morbihan. .:.;...... . .. :...:..:...:.-..... .:..:.'. .-....... ..............•.. ' .......•......... ~;::.!.::: ••• :::.!~f 11()T$ , ~SJEJ A partir de cette grille, il s'agit de reconstituer le nom de 28 oiseaux. Chaque groupe de lettres, occupant une case, ne peut être utilisé qu'une seule fois. ADE AGA AIG AL AU AU AU AU BE BE DOR DI DE CY COR CI CA CA BD BI EL EL ET ET ET ET FA GNE GOG GOU LE LE lA IT INE IN IL HI HE HE LOM ME MI MO NA NA ND ND NE NE OUR OU OU OU OQ ON ON NT NS NGE PA PE PE PI PI PIN PO RD REU RI TE TAR TA SA RU RR RR RD RD RNE TE TR UC UC UET ULE UT UN UV VA SOLUTION DES JEUX OU NUMERO PRECEDENT Mots croisés: Horizontalement: 1. Coca-Cola. - 2. Are. Ere. Or. - 3. II. Enta. Hé ! - 4. Réa. Singes. - 5. Ossa. Ede. - 6. Tri. Rami. - 7. Elève. Enée. - 8. Sirène. Tu. - 9. Ni. Arrête. - 10. Sexe. Go. Es. Verticalement: 1. Cairotes. - 2. Orles. Line. - 3. Le. Astérix. - 4. Arve. - 5. Cens. Iéna. - 6. Ortie. Erg. - 7. Léandre. Rô. - 8. Géante. - 9. Ohé! Meute. - 10. Orestie. Es. Mots cassés: Les 24 noms de fromages à trouver sont : IP.I Beaufort. Bleu. Brie. Camembert. Cantal. Carré. Charolles. Comté. Edam. Fourme. Géromé. Gouda. Ligueil. _ L-______________ Livarot. Mimolette. Morbier. Munster. Picodon. Reblochon. Roquefort. Salers. Tomme. Vacherin. Vézelay. ~ _ _~ __________________________ ~ _________________ ~ Pas de soldats Suite à l'article Médecine de guerre, paru dans votre :!! numéro 62, permettez- ~ moi quelques précisions

importantes.
Il y a bien 3 700 enfants
.. de moins de sept ans vivant

en communauté, orphelins ou de parents gravement malades, mais ce camp de Kwanza Zul n'abrite en aucun cas des combattants de la PLAN, aile militaire de la SWAPO, dont les unités sont toutes à l'intérieur même de la Namibie, où elles harcèlent quotidiennement les bases ennemies du régime d'occupation illégale. D E. A. Paris La signature de l'article ayant sauté au montage, il fallait fouiller l'ours pour savoir que l'article était dû au Dr Monique Lavignon, que nous prions d'accepter nos excuses. Provoc Je suis étudiante en psychologie et je lis Différences assidument. J'ai milité avec SOS Racisme. Cette brève présentation pour qu'il soit acquis que nous faisons partie de la même famille . Dans l'article de Jean Roccia Signé Hitler (n° 61), dans le paragraphe sur les répondeurs téléphoniques, je relève cet exemple un peu « tiré par les cheveux » : « Sur le répondeur d'Hara Kiri, le message du professeur Charon du 9 octobre expliquait que, en gros, on avait bien fait de gazer les juifs. » Mais c'est de l'humour! Noir, bien sûr, mais de l'humour! Cela fait des décennies que la bande d'Hara Kiri s'est spécialisée dans ce genre d'humour provocateur. Ils rient de tout et de tous, mais surtout des sujets qui ne prêtent pas à rire: le génocide des juifs, les handicapés, les cancéreux. J'ai été déçue de voir Ch oron mis au ban des accusés racistes. Choron, ami de Reiser, n'a fait qu'une provocation de plus, et non pas une déclaration antisémite . Je suis persuadée que bon nombre de vos lecteurs auront une réaction semblable à la mienne, puisque les lecteurs de Différences sont souvent les mêmes que les lecteurs de Charlie, Hara Kiri, et maintenant Zéro. D VERONIQUE GUILLEMARO Vallon-en-Sully Non! Vous nous avez envoyé un exemplaire de Différences n° 61. Je l'ai lu de A à Z et pourtant je ne m'abonnerai pas et je tiens à vous dire pourquoi. Il en ressort l'impression générale que vous pratiquez le racisme à l'envers. Pour vous, tout ce qui est étranger, immigré est bien et bon, et tout ce qui serait français à jeter à la poubelle? .. Dans l'article Noir sur Blanc, vous déplorez qu'on n'enseigne aux écoliers que l'histoire de France. Il est vrai qu'il serait souhaitable d'ouvrir l'enseignement sur le monde, mais il est très important que les petits Français apprennent l'histoire de leur pays, même l'histoire des guerres et des conquêtes, et de la France victorieuse. Il faut que les Français soient fiers d'être français. Pourquoi nous déniez-vous le droit que vous revendiquez pour les immigrés? Eux, aussi, ont droit à être fiers de leur pays mais nous aussi. Après tout, la France est le pays où vous écrivez de telles choses, êtes-vous sûr que tous les pays dont viennent les immigrés vous p.ermettraient d'écrire ainsi ?.. D BRIGITTE GUIGNE Bourg-Saint-Andéol Bretons pas Français ••• Un Breton raconte que son arrière -grand -père, ouvrier agricole, avait été embauché en 1895 par un agent recruteur, qui battait la campagne du Trégor afin d'y trouver des travailleurs pour les usines de Westinghouse, au Havre. Comme souvent quand on est travailleur immigré, il lui fallut attendre deux ans pour faire venIr sa famille. Une de ses filles; alors âgée de neuf ans, se souvient de ce pénible voyage où après avoir atteint Morlaix en char à bancs, elle s'était embarquée avec sa mère et ses deux frères sur un bateau qui faisait la liaison Morlaix-Le Havre. Traversée éprouvante, par tempête, pour cette fami lle trop pauvre pour se louer une cabine et qui devait rester sur le pont. Le débarquement au Havre leur fit l'effet d'une arrivée au Nouveau Monde: le grand port, la grande ville, les gens qui parlaient une langue étrangère, le français . Heureusement, le père les attendait et les emmena bien vite dans le quartier breton des Raffineries. Ce fort taux d'immigration paysanne bretonne vers Le Havre tenait à la situation de cette ville, enclave urbaine complètement étrangère à la campagne normande environnante. Vers 1860, au moment de l'arrivée de chemin de fer au Havre, les usines Westinghouse, à capitaux anglais, s'y installèrent. Mais les paysans cauchois des environs, à la terre plus riche que celle de Bretagne, refusèrent d'y travailler. Il fallut donc faire venir des immigrés ... de Bretagne. D RENEE BABOULENE Paris ,..---------11 Les Petites Annonces de Différences II------ JH, gde expérience vie associative, travail social, vie des immigrés, ch. emploi formateur d'adultes (maths, français), animateur socio-culturel, ou agent d'accueil migrants-jeunes travailleurs ds une assoc. D. Madicoule. 24, rue Boin 93240 Stains (n' 215). Sur le versant du soleil, en Tarentaise : accueil de groupes (18 pl.). Gîte Pollen, 73210 Granier- sur-Aime. Savoie. Tél.: 79.55.66.32 (n' 216). Donne à assoc. loi 1901 manuels scolaires bon état pour aider cours alphabétisation, rattrapage scolaire. Tél. : (1) 69.01.57.74 (n' 217). Des rencontres pour acquérir une meilleure compréhension du Burkina Faso: 18.04 - 4.05.87 et de la Tunisie 2 sem. à Pâques. CEVIED 8, quai Joffre, 69002 Lyon 78042.95.33 (n' 218). Des ami(e)s par correspondance de France et du monde entier souhaitent faire votre connaissance. Doc. à Genet International. BP 22209, 75423 Paris cedex 09 (n' 219). Voulez-vous correspondre avec des étrangers dont vous ne connaissez pas la langue? C'est facile! Rens. gratuits contre enveloppe affranchie à OCI, 123, rue de Royan, 16710 SaintYrieix (n' 220). Diabétique inscrit à l'AFD ch. correspondantes handicapées (même fauteuil roulant) antira..: istes. R. Paga. 94, rue de Massy, 92160 Antony (N' 221). « L'Autodidacte », 14, rue des Roses, 67100 Strasbourg, propose livres et journaux sur mvts sociaux, 1789, 1848, Commune 1871, anarchie, socialisme, litt. prolétaire (n' 222). Tarif: 25 T. T.C. la ligne (26 signes ou espaces). Texte et règlement à Différences: 89, rue Oberkampf, 75011 Paris. Tél. : 48.06.88.33 Les membres de la Société des amis de Différences bénéficient d'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes) L 1 1 1 1 1 1 1 LJ. -' 1 1 1 1 1 1 1 L1_L...L~_L.l.-1 1 L 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 L. 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 L 1 1 1 1 1 1 1 1 1 I~ 1 1 1 1 L 1 1 1 1 1 1 1 I-.LJ L 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Différences - n° 64 - FeVrier 1987 III veut pas vous mâcher le travail, à vous de décrocher votre téléphone. RIS-ORANGIS (Essonne). Organise un carnaval annuel comme beaucoup d'autres municipalités en France. Réservez votre dimanche 10 mai et celui du 23 mai pour le Festival des musiques vivantes, avec une exclusivité: la présence d'un groupe de carnaval malgache. SAMBA. Nous y sommes! Il est très facile de se procurer des disques puisque, à l'occasion du carnaval, tous les artistes brésiliens sortent un album où figure toujours un titre intéressant. Quelques classiques: George Ben, Pais tropical, Beth Carvalho chez RCA. Pour l'ambiance 1930, voyez Carmen Miranda, RCA Camden (CALB 5094). Plus moderne avec Moraes Moreira (Ariola 815569-13) et puis Chico Buarque, Caetano Veloso, Gal Costa. CUMBIA ET BATACLAN Si vous êtes fortuné(e), un des carnavals les plus intéressant du continent sudaméricain a lieu en février : le Carnaval de Baranquilla qui se tient en Colombie sur la mer des Caraïbes, entre Panama et Venezuela. Cette proximité maritime confère à la chorégraphie un étonnant caractère sensuel et érotique symbolisant la lutte entre la femme indienne et l'homme noir. Activité communautaire populaire par excellence, cette danse d'influence noire s'est étendue jusqu'au Chili et au Pérou. la cumbia moderne se joue avec l'accordéon qui développe le thème, ou plus classique avec la gaitas (flûte indienne à anche) ; tout cela accompagné par diverses percussions: tambora (tambour à deux peaux), fam et famel (autres tambours) et guache (percussion en métal + graines). Pour un exemple, référez-vous à la musique de la pub pour Nescafé: c'est de la cumbia. A Paris. il existe un groupe de musiciens qui font de la cumbia: Ado y sus Vallenatos, Sud-Américains à la recherChe d' un producteu r sérieux (43.26.75.27). Passent au Bataclan en février. 0 SEKOUE KO. Secouer le corps : nom d'une danse qu'on entend dans les boîtes antillaises. On s'y exprime totalement, d'où son nom. TUMBA. A l'origine confectionné à l'aide de bois, ces gigantesques tambours constituent la base même de la percussion du carnaval. Vous pouvez en fabriquer un vous-même avec un ancien tonneau plastique de salaisons ou de produits chimiques, sur lequel vous tendez une peau à l'aide de cordes. En modifiant le diamètre du tonneau et la tension de la peau, vous transformez la sonorité de ce redoutable instrument qui rappelle celle d'une basse électrique. Questionnez votre voisin pour connaître l'effet produit. VIDÉ. Nom de la musique et, par extension, du défilé hebdomadaire aux Antilles (voir Antilles). Vidé est une sorte de marche vivante et animée qui entraîne les participants jusqu'à l'épuisement. Vous avez dit vidé? ZOUK. Style de musique antillaise mâtinée de funk. Danse sensuelle par excellence, elle envahit la plupart des lieux blacks de la capitale et de la banlieue. 0 JEAN-LOUIS GAILLARD AUGMENTATION DU CAPITAL DE DIFFERENCES Différences va avoir six ans. Sa création, en mars 1981, fut une gageure alors que nombre de publications nouvelles ou anciennes disparaissent en raison de la crise qui frappe impitoyablement la presse écrite. En vous abonnant à Différences, et pour une partie d'entre vous en adhérant à la Société des amis de Différences, vous avez contribué à son existence et comme tous ses lecteurs fidèles, vous avez été régulièrement informés de ses difficultés. Différences est à la croisée des chemins : menacé de disparaître, sa survie ne peut être assurée que par un sursaut de ses lecteurs, amis et abonnés. Cela implique simultanément au plan rédactionnel une meilleure adaptation aux réalités et aux luttes de notre temps,. au plan promotionnel, il est urgent de mieux faire connaître notre mensuel et ses objectifs. Face à l'intolérance raciste et xénophobe qui pénètre la société française et s'introduit dans la loi elle-même, Différences a un rôle important à jouer pour défendre les droits et les valeurs humanistes qui, depuis des siècles, ont imprégné l'histoire de notre pays ainsi que pour mieux encore exprimer l'aspiration des jeunes générations à la tolérance, à la convivialité. L'enjeu est important, il est grave. C'est à ['effort de tous que nous faisons appel. Il est maintenant vital de procéder à une augmentation substantielle du capital social de la Société d'édition Différences en le portant de 20 000 F à 500 000 F. A cette fin sont créées cinquante parts d'une valeur nominale de 10 000 F chacune. Trois possibilités sont offertes aux amis de Différences pour prendre part à cette augmentation de capital : a) Souscrire personnellement (en tant que personne physique ou morale) une part de 10 000 F (ou plusieurs). b) Verser un don exceptionnel à la Société des amis de Différences: celle-ci souscrira un nombre de parts correspondant à la somme totale ainsi recueillie. c) Adresser votre souscription exceptionnelle à l'ordre du MRAP en précisant: « Pour Différences. » Vous recevrez alors un reçu spécial vous permettant la déduction fiscale autorisée par la loi. Nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire. Différences doit vivre! A vous, à nous tous de lui en donner les moyens. D'avance, merci de votre soutien. Croyez, cherre) ami(e) à nos sentiments cordialement dévoués. Albert LEVY. directeur de la publication, Charles P ALANT, président de la Société des amis de Différences. 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