Différences n°63 - janvier 1987

De Archives du MRAP.

Sommaire

Sommaire du numéro

n°63 de janvier 1987

  • Opération coup de poing (action dans un centre administratif)
  • Qui dirige l'armée par J. Roccia
  • Paris brule-t-il? (incendies) par R. Pac
  • Val de Marne; le talent est dans la salle (cinéma contre le racisme) par L. Péan
  • Drogue et racisme; l'accoutumance par C. Marin
  • Etats-Unis: il faut sauver Johnny Imani Harris par R. Pac
  • Dossier: La musique arabe par Cherifa
  • L'Afrique fait son cinéma par J.J. Pikon et C. Dancie
  • Memmi; trente ans après par S. Lafaye
  • Les 75 ans de l'ANC par E. Chikha

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• ~ " ~N'.., o. :;:! '. O. .-~;., ; o o E ILIALE e-Fr ee GREVES Mauvaise année qui s'annonce pour le gouvernement: prenant exemple sur les étudiants, les cheminots et les employés de la RATP, les racistes ont décidé de se mettre en grève illimitée. Une coordination nationale s'est mise en place, dont les leaders ont préféré garder l'anonymat, car, disent-ils dans un communiqué, « nous n'avons pas, contrairement à certaines allégations, le culte du chef ». Dans ce texte, la coordination constate qu'après quelques avancées dans le bon sens (loi sur l'entrée et le séjour des étrangers en France, déclarations rassurantes de MM. Pasqua et Pandraud, multiplication des bavures), le gouvernement s'est arrêté en chemin, repoussant au printemps l'élaboration d'un nouveau code de la nationalité. En conséquence, la coordination nationale dr;~..lnde à tous ses membres de cesser immédiatement tout tabassage. Les étrangers auparavant bastonnés seront couverts de fleurs. Tous propos, tant au comptoir qu'à la télé et dans les journaux mettant en cause une minorité seront suspendus. La coordination demande aux membres de la police proche de ses idées de vouvoyer tous les Maghrébins, en signe de protestation. Aux parlementaires amis, de déposer des projets de loi favorisant l'intégration des populations étrangères. Un comité de soutien animé par Jean Cau s'est mis en place. La coordination s'est déclarée prête à suspendre tout acte raciste pendant un an, si cela s'avère nécessaire. C'est dire leur colère. Enfin, bonne année quand même. 0 JANVIER Magazine créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entres les peuples), édité par la Société des éditions Différences 89, rue Oberkampf, 75011 Paris. Tél. : (1) 48.06.88.33. 1 OMMAIRE u::I 6 Qui dirige l'armée? ~ Nouveaux rebondissements dans ~ l'affaire d'Aix: les profs virés se font insulter. JEAN ROCCIA 10 Val-de-Marne: le spectacle est dans la salle Le bilan des journées cinématographiques contre le racisme. LAURENCE PEAN 12 Drogue et racisme: l'accoutumance La lutte contre la toxicomanie traîne toujours avec elle des relents de racisme. Le Dr Olievenstein s'explique. CHANTAL MARIN 14 Etats-Unis : il faut sauver Johnny Imani Harris Noir, condamné à mort et innocent, il attend dans le couloir de la mort d'une prison américaine. ABONNEMENTS 1an : 2ooF. 1 an à l'étranger : 220 F. 6 mois : 120 F. ROBERT PAC Etudiants et chômeurs, 1 an : 150 F. 6 mois: 80 F (joindre une photocopie des cartes d'étudiant ou de pointage). Soutien : 240 F Abonnement d'honneur : 1 000 F. Algérie: 15 dinars. Belgique : 140 FB. Canada: 3 dollars. Maroc: JO dirhams. Publicité au journal Photocomposition PCP, 17, place de Villiers, 93100 Montreuil. Tél. : 42.87.31.00 Impression Montligeon. Tél. : 33.83.80.22. Commission paritaire n° 63634 1SSN 0247-9095. Dépôt légal : 1986-12 La rédaction ne peut être tenue pour responsable des photos, textes et documents confiés. a:: 18 La musique arabe ~ De Moïse à Barbès, plus de trois en mille ans d'une musique aussi g riche que difficilement accessible à l'oreille européenne. CHERIFA lB 38 L'Afrique fait son cinéma a:: Deux regards noir et blanc sur le

! ci~éma africain, ses espoirs et ses

.... crISes. » JEAN-JACQUES PIKON, U CHRISTIANE DANCIE lB 34 Memmi, trente an après lie Le portrait du colonisé, best-seller 1&1 des antiracistes, a trente ans et » toutes ses dents. SYLVIE LAFAYE 0 fd 36 Les 75 ans de l'ANe a La vieille dame très digne continue à se battre contre l'apartheid. ELISABETH cmKHA Et les petites annonces, le courrier, les jeux. DIRECTEUR DE LA PUBLICA TlON Albert Lévy REDACTION Rédacteur en chef Jean-Michel Ollé Secrétariat de rédactionmaquettes

Véronique Mortaigne Service photos : Abdelhak Sen na ADMINISTRA TlON/GESTION Khaled Debbah PHOTO COUVERTURE Abdelhak Senna ONT PARTICIPE A CE NUMERO: Jean Roccia, Laurence Péan, Robert Pac, Cherifa, Bernard Golfier, Yves Thoraval, Jean-Jacques Pikon, Christiane Dancie, Elisabeth Chikha, Chantal Marin, Sylvie Lafaye, Avelino Domingos. .. OPERATION COUP DE POING Rue d'Aubervilliers: 400 personnes dehors, vide dedans Les différentes associations Un vague auvent permet à un guichets. Pourquoi les deux en rapport avec l'immigration tiers de la queue de s'abriter. tiers sont-ils fermés? Vous recevaient de plus en plus de Les autres attendent sous la savez ce que c'est, glisse la plaintes ces derniers temps: pluie. La directrice du centre responsable, l'absentéisme . les queues dans les centres refuse d'abord de recevoir les Des tickets d'ordre? Ce n'est administratifs qui établissent délégués. Puis, s'apercevant pas prévu. D'ailleurs, pour la les papiers des immigrés at- qu'ils avaient pris la précau- . responsable, ça va déjà beauteignaient des proportions in- tion de se faire accompagner coup mieux, puisque les étuqualifiables. par des journalistes, se ravise diants ont terminé leurs for- Depuis les nouvelles lois, et les fait entrer. ma.l ités . Qu'est-ce que ça de- A 1 l'établissement des visas, Premie' re surprise, à l'inté- Valt etre avant . plus , à la rentrée , le renou- rieur: le centre, très mo- Les associations ont réclamé ve Il ement des ti· tres d e se"j our derne, a 300 places assises un peu de dignité, ce qui d es e' tud l' ants, 1e s centres sont disponibles, au chaud. Mais serait raisonnablement posd é b ord e, s . D e p 1u s en p1u s elles sont vides: ques- sible si , par exemple , on d"e trangers s ,.m sta Il ent a' f ai. re tionnée, la responsable, qui évitait de grouper dans un la queue toute la nU.i t, sans refuse de dire son nom, expli- seul centre les arrondisseêtre sûrs de passer le lende- que très confusément que ce ments les plus peuplés de mam. , pU.i sque aucun nume' ro n'est pas la peine de les faire Paris , si on respectait la loi et d'ordre n'est distribué. Les entrer pour s'asseoir, parce les cartes de priorité, si on cartes d e pn.on.t,e d es fe mmes que, de toute façon , la plu- donnait à ces gens qui se encem. tes, pourtant recon- part n'ont pas toutes les gèlent sur le trottoir un ticket nues par toutes 1e s a dml·fil·S - pièces qu'il faut , ils faudra d'ordre , ou une convocation trations, sont refusées dans qu'ils reviennent, inutile précise. La préfecture, elle, ces centres, ce qui est illégal , donc qu'ils rentrent faire de préfère l'apartheid: à moyen et 0 blI' ge 1e s fe mmes a' passer l'encombrement. On ap- terme , on s'pécialisera les aussi la nuit sur le trottoir. pré cie la logique. centres d'accueil: pour les étudiants, les ressortissants Le 10 décembre, Journée in- Pourquoi , dans ce cas, ne pas de la CEE, et les ENE, ternationale des droits de mettre un bureau de tri à étrangers non européens , l'homme, des délégués des l'entrée, qui dispatcherait ces comme on dit au Figaro-Madifférentes associations, dont gens selon la nature de leur gazine. On voit d'ici quels le MRAP, ont débarqué au demande. Impossible aussi , seront les centres les moins centre de la rue d'Aubervil- les statuts sont tellement di- bien dotés en personnel et 1l·e rs a' Pa"ns , qUi regroupe 1e s vers qu'une seule personne moyen. Mal's 1'1 ne faut pas immigrés des IXe, X', XIe, ne peut tout savoir. Soit. noircir le tableau , un effort XVIIIe, XIX et XX' arrondis- Deuxième surprise , il y a réel a déjà été fait: la sements, soit les arrondisse- 22 guichets, 8 seulement sont preuve, l'architecture du bâments les plus denses en ouverts et parmi ces 8, cer- timent est telle que, du boupopulation immigrée. Il y tains ne reçoivent personne. levard, on ne voit pas la file avait là 400 personnes à at- Gâchis? Pas du tout, c'est à d'attente. Tant mieux, ça fai- 1DIL-______________________ -1~t:e~n:d:r:e~d:eh:o:r~s:. ______________c :a:u:s~e~d~e~l~a~s~p~é~c~ial~is~a~t:io:n~d~es_ _ sai~t~_m _a_ u_v_ai_s~g~e_n_r_e_. ________~ - COMPARAISONS Jeudi 4 décembre, Malik est tabassé à mort par des cowboys de la brigade de voltigeurs motocyclistes de la préfecture de Paris. L'émotion dans le pays est immense et déclenche une nouvelle manifestation d'étudiants. Le lendemain, vendredi, à Pantin, Abdel prend un pot dans un troquet. Une bagarre éclate entre deux consommateurs qui sortent se finir sur le trottoir. Abdel, qui n'aime pas voir les gens se battre, sort aussi pour tenter de les séparer. Presque sur ses talons, un consommateur antillais qui est, excusez du peu, inspecteur de police, hors service, bourré et armé. L'homme crie « police » et abat Abdel. Il y a plusieurs points communs dans ces deux affaires. Les personnalités des victimes d'abord, issues de l'immigration , étudiant pour l'un , en formation pour l'autre, ce sont de braves types. Et puis, tous deux sont là plutôt par hasard. Malik n'est pas un militant, il est, comme des centaines de milliers d ' autre s jeunes , concerné par cette manif qui est sans doute sa première. Abdel n'est pas impliqué dans la bagarre, il veut, au contraire, séparer les combattants. Tous deux sont français. Autres points communs: la tentation du silence. Autour de la mort de Malik, un étrange ballet, où s'entrecroisent les rapports d'autopsie, les déclarations du ministre, les dénégations des auteurs même de l'assassinat. Pour ~ Abdel, on fait plus fort: on ~ cache l'affaire pendant deux ..: CARNET ROSE C'est Mme Barzach qui va être contente ! La rédaction de Différences a, en effet, la grande joie d'annoncer la naissance, le 20 novembre, de Cyril, fils du responsable de la promotion Antoine Da Lage et de son épouse Claire. Différences - n° 63 - Janvier 1987 jours, sans même dire à la famille où est le corps. Les suites aussi : les assassins de Malik et d'Abdel sont encore en liberté. Prenons un troisième cas, M. Peyrefitte est, lui aussi , français, plutôt bien intégré à la société française, et pas directement impliqué dans l'action du gouvernement. Mais quand sa voiture explose, le 15 décembre à 9 heures, à 9 h 5 la France entière le sait, à 9 h 15 l'attentat est attribué à Action directe, à 10 heures, Pasqua est là. Il y a tout de même deux différences entre Peyrefitte et les deux autres cas : Peyrefitte n'est pas un brave type et il n'est pas mort. Il y ,en a peut-être une autre, mais elle m'échappe, là. Et ce n'est pas tout! Le 28 novembre, ce fut la venue au monde d'Adrienne, fille du rédacteur en chef, JeanMichel Ollé et de sa compagne Catherine Helbert. Tous nos voeux aux nouveaunés et à leurs mamans et aussi aux heureux papas, bien que leur rôle ait été assez fugitif dans cette affaire. DES SOUS-FRANÇAIS ? Pendant un mois, le maire de Cournon (Puy-de-Dôme) a multiplié les tracasseries pour chasser une centaine de Tsiganes d'un terrain qu'ils occupaient, parce qu'on leur interdisait le terrain de camping vide, en attendant qu'un des leurs sorte de l'hôpital. Il finit par prendre un arrêté d'expulsion « avec effet immédiat » et le tribunal de grande instance de Clermont- Ferrand lui a donné raison. Les Tsiganes ont finalement trouvé un terrain d'accueil dans la commune limitrophe du Cendre, dont le maire avait été le seul, avec le MRAP, à soutenir les Tsiganes. Cet événement navrant est survenu juste avant que se tienne, au centre Georges- Pompidou à Paris, un colloque « Identité, culture, évolution tsigane ». Jacques Chirac, Premier ministre, a accepté de recevoir une délégation de la communauté qui se considère en « liberté surveillée ». Les Tsiganes ne veulent plus «être des sous-Français ». On a souligné l'illégalité de certaines mesures prises à leur encontre dans de nombreuses villes françaises. Au nom du centre culturel Rom, M. Jean-Marie Bressand , conseiller des organisations tsiganes, a tracé quelques pistes pour sorti de l'impasse. Il a souligné que « la pleine reconnaissance de leurs droits de citoyens français n'enlève pas aux gens du voyage leur droit à la différence ». Organisé par la revue les Etudes tsiganes (1), le colloque a réuni plus de 40 intervenants de 15 pays différents et a fait le plein pendant trois jours des deux salles qu'il occupait. Bravo. (1) 2, rue d'Hautpoul, 75019 Paris. Un rapport accablant pour le gouvernement. Yves Baudelot, juriste, a été envoyé par la Fédération internationale des droits de l'homme au Mali pour y enquêter sur l'expulsion récente de 101 Maliens. Après enquête, il s'est aperçu que certains d'entre eux étaient parfaitement en règle. Quand on veut jouer les gros bras, on fait toujours des conneries. Aussi sûr que cent et un font cent un. ..


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Que des apprentis-officiers fassent virer leurs professeurs parce qu'ils ne font pas dans le look para et c'est toute la hiérarchie qui trouve ça normal. 18décembre 1986, trib~ nal correctionnel d'Aix-en-Provence: M. Claude Maignant, ex-professeur au lycée militaire d'Aix, attaque en citation directe, pour diffamation, le rédacteur en chef du bulletin des anciens élèves des écoles et collèges et lycées militaires. Il a raison de le faire: l'édito du bulletin de l'été, titré l'Assiette au beurre, sous-titré «En langage populaire, ne crache pas dans la soupe », l'accuse de crier haro sur le cheval au moment où on vous le retire. Termes mesurés, comme il convient au général de corps d'armée Dessendre qui le signe. Mais, page suivante, le rédacteur en chef, Xavier Mattei, a le verbe plus haut : Pire encore: une fois virés, ils se font insulter.

ures traditionnelles à des gamins

qui n'en peuvent. » On reconnaît là des thèmes connus: l'ennemi intérieur, le traître à la cause, le danger de la presse, cela dans un style fleurant (mauvais) les années d'immédiate avantguerre. Que reproche-t-on à M. Maignant et à son collègue, M. Warion 7 En gros, d'avoir été ignominieusement chassé de leur poste de professeurs de classes préparaet/ ou juive. (Au lycée, l'élève trésorier s'appelle le juif-section. Charmants bambins.) Pas grave, on les aura. Ce qui est inquiétant, c'est qu'ils les ont eus. Le petit noyau de durs, dont les délégués de classe, a commencé en octobre à faire pression sur les autres élèves pour qu'ils fassent envoyer par papa- maman des lettres de protestation contre l'enseignement de Maignant et Warion. Premier relais : on demande • pressions chez les élèves, colonel qui «oublie» de présenter publiquement ses voeux aux deux professeurs, les autres professeurs qui se dépêchent, pour la plupart, de se taire, etc.), MM. Maignant et Warion, après des décennies de bons services et des kilomètres de rapport élogieux, sont remis à la disposition de l'Education nationale. A partir de là, la consigne est au silence. Les quatre élèves • toires à Saint-Cyr sans dire (par quel canal, avec quelle qui ont pris positIOn pour merci. aide 7) aux anciens élèves leurs professeurs sont déRappelez- vous: cet été, qui ont «intégré» l'école goûtés avec suffisamment de l'Evénement du jeudi, d'écrireaussipourdirequ'ils persuasion pour quitter l'écojournal malfaisant s'il en est, auraient été mieux classés si le. Ou bien, on les vire, en publie un article où l'on ap- MM. Maignant et Warion demandant même à l'un prend qu'il s'en passe de avaient enseigné ailleurs. d'entre eux de rembourser belles au lycée militaire ses études ... ou de s'engager d'Aix-en-Provence. Deux Le colonel commandant de trois ans. Les deux profesprofs viennent d'être virés, l'école reçoit les délégués de seurs, malgré la directive de après un an de cabale contre classe, à cette époque et, la Commission d'accès aux eux, comme on n'en voit disons, ne fait rien pour ar- documents administratifs, ne même pas dans Vallès. r ê ter 1 a cam p a g ne. peuvent accéder à leur dos- «Qu'un ectoplasme qui ne Ça commence fin octobre. Deuxième, ou troisième re- sier. représente que lui-même, Un groupe d'élèves plus durs lais, si l'on compte le colonel Surtout, pas de vagues. On après trois décennies de bonne que les autre décide qu'il faut (1): le proviseur du lycée, au reprendra en main le lycée, soupe, fasse un peu ou beau- se débarrasser de Maignant lieu de jeter les lettres au mais il ne faut pas que l'on coup de vent dans le but de et Warion. Warion a fait panier, fait un rapport confi- parle de l'ambiance qui règne déstabiliser le pouvoir local cours sur Dreyfus, c'est dire dentiel aux autorités hiérar- dans ces classes préparaou l'institution dont il a fait le scandale. Quant à Mai- chiques, qui envoie l'inspec- toires, à Aix, mais aussi ailpartie, et voilà toujours une gnant, plutôt que bachoter, il tion. Celle-ci confirme les leurs. bonne. plume doublée de préfère le travail sur les qualités pédagogiques des Seulement voilà: Maignant bonnes intentions courant textes, les exposés. De dan- deux professeurs concernés, et Warion ne sont pas partis ventre à terre pour recueillir, gereux révolutionnaires qui mais ne frappe pas sur la sur la pointe des pieds, ils ont puis dispenser à l'envi l'habi- ne correspondent pas à l'idéal table, ou alors très douce- engagé une action devant le tuelle avalanche de formules à militaire de ces quelques ment. Les relais ont bien tribunal administratif. Il y a l'emporte-pièce, de constat jeunes gens, plus attirés par fonctionné: le sort de MM. eu des remous dans la hiérard'autosatisfaction, de préten- la figure du soldat heureux de Maignant et Wari1i1 est déjà chie de la direction militaire tions délirantes, de devises cracher ses tripes pour la réglé pour tout le monde. des écoles. Pire, le ministre, sottes et suffisantes, voire défense de l'Occident me- Après une année scolaire M. Giraud, a refusé de lai I_ _d_ 'a~p~p_e_~_ _à_ _l'_ é_m_e_u_t_e_o__u _d _'_in_-___n_ a_ce_'p~_ar_ _l a_ _v_ e_r_m_ in __e _r_o _u~g~e_ __q_ u_'o__n __im_ a_ gl_'n_e_ _(_ sc_i_ss_i_o_n_s et __c_ o_n_d_a_m_n_e_r_ le_ s_ _d_ e_u_x_p_r_o_f_e_s-~ se urs à l'Assemblée. Et tout cela rend certains militaires furieux. L'idée même qui puisse soupçonner de tentation néofasciste une partie de ses membres lui donne des boutons. Et pourtant, comment qualifier cette initiative de quelques élèves excités soutenué par tous les échelons, jusqu'au succès 7 (2). Du coup, on va régler des comptes. Pas à l'extérieur. Mais, par exemple, dans ce bulletin de liaison , qui a l'avantage d'être envoye a tous les anciens élèves d'écoles militaires, c'est-à-dire à tous, ou à peu près, les officiers de notre armée. Il est impossible que le général Dessendre, qui dirige cette association, ne sache pas que les propos tenus par son bulletin sont injurieux. Il est impossible qu'il doute une seule seconde que M. Maignant va laisser passer cela. Mais justement : si cela peut ennuyer le cabinet civil (1) faire «passer le message» auprès des officiers et couvrir par avance les manifestations à venir de ce genre, cela fait trois coups portés pour un à recevoir. Au-delà des difficultés faites à deux professeurs, c'est là le vrai danger. Dans l'éditorial qui attaque M. Maignant, après avoir évoqué quelques traditions des écoles, M. Mattei poursuit : «Etions-,wus déjà des fascistes ? Nous, les ancêtres de Différences - " . 63 - Janvier 1987 ces gamins "SS" d'Aix? Nous étions et sommes ceux qui, comme en 1986, ont reçu et gardé de l'enseignement des collèges et lycées militaires une certaine idée de la France que nous avons défendue (. .. ) afin que certains conservent la liberté d'écrire suivant une certaine idéologie. Idéologie qui les incline à vouloir supprimer nos origines sans nous demander notre avis. » Et tant pis pour ceux qui enseignent que Dreyfus n'était pas coupable, ou se plaignent, comme M. Maignant, quand ses élèves d'extrême droite viennent saccager son appartement

on laissera les petits

gars s'en occuper. Ça ne s'appelle pas, encore, une faction. Disons un groupe de pression. Mais, sans vouloir renvoyer à l'armée son fantasme de l'ennemi intérieur, peut-on faire confiance à un corps qui assume de telles pratiques 7 Comment une administration aussi hiérarchisée que l'Armée française peut-elle en arriver à céder au chantage de quelques élèves excités 7 Quel rôle exact a joué cet autre corps, l'Education nationale, dans cette affaire, où elle a fini par donner satisfaction à ces même élèves 7 On nous rebat les oreilles depuis des années de la nécessaire symbiose ArméelNation. Mais une société civile démocratique peut-elle vivre en symbiose avec une organisation si prompte à écouter et • Qu'est-ce qui fait courir Cabu contre l'armée? Le Grand Duduche récidive avec un second tome de « A bas toutes les armées », au Cherche-Midi éditeur. Très, très saignant. « couvrir» ses éléments les plus extrémistes, et dont on en sait même pas qui la dirige vraiment 7 JEAN ROCCIA (1) La hiérarchie militaire, au sein du ministère de la Déren~, est souvent doublée de structures civiles, ce qui ne va pas sans heurts. Le lycée d'Aix compte un commandant et un proviseur. Comme, au plus haut échelon, il y a l'état-major et le cabinet civil. (2) L'enquête de l'Evénement du jeudi et les lettres de réaction qu' il a publiées ensuite montrent de nombreux cas de racisme, fascination pour le III' Reich ••• et pour le Front national dans les écoles militaires. • PARIS BRULE-T-IL ? Le 3 septembre, place Gambetta (XX'), un vieil hôtel brûle. Sept morts d'origine indochinoise, deux couples, chacun avec un enfant et une femme. Le 3 octobre, place de la Réunion (XX'), encore un vieil hôtel qui brûle. Deux morts. Le 27 novembre, un immeuble en pierre de taille, pas vétuste celui-là, brûle rue de Tlemcen (XX'). Six morts dont 4 enfants. Des dizaines de blessés. Des immigrés d'origine africaine. 5 décembre, incendie rue Robineau (XX'). Dans tous les cas, ces incendies sont caractérisés de « criminels » par la police. Dans trois cas sur quatre, les victimes sont des immigrés et ils ont éclaté dans le XX' arrondissement. Un arrondissement où Le Pen a fait 20 % des suffrages. Crimes racistes? Ou bien, voit-on se développer à Paris une situation comme celle qu'on connaît dans certains quartiers déshérités de New York où tous les moyens sont bons pour faire place nette à la spéculation? Mais, dans ce cas, les origines des locataires doivent lever les scrupules, à supposer qu'il y en ait. Le 3 septembre, un premier incendie rue Gambetta. Considérant le caractère raciste de ces incendies, le MRAP a, pour sa part, demandé à Robert Pandraud que « des mesures soient ON SE BOUGE prises d'urgence sur les lieux où ils risquent de se renouveler et que les coupables et leurs inspirateurs soient recherchés activement ». La mairie de Paris doit prendre aussi des mesures exceptionnelles en faveur des centaines de personnes qui se retrouvent sans toit. Les habitants du quartier, conduits par les enfants, ont manifesté le 6 décembre devant les immeubles incendiés pour ré- Beau travail. On pense même leur piquer des articles Belle initiative du comité pour les passer dans Diffélocal du MRAP des XIX' et rences. Mais chut! On ne XX' à Paris. Ils se sont atta- leur a pas encore dit (1). Dans un tout autre genre, qués à l'un des sujets les plus mais joliment fait aussi, le controversés, les plus sen- comité local du MRAP de sibles, les plus tabous: l'immi- Noisy-le-Sec a fait plancher gration et la délinquance. d A Pour cela, une brochure, jus- vingt-cinq classes e momes sur le racisme. Résultat, une clamer le relogement des sinistrés et le châtiment des coupables. En attendant, ce sont les survivants de l'incendie de la place de la Réunion, qui s'étaient installés dans un immeuble inoccupé voisin, 67 , rue des Vignobles, qui ont été immédiatement attaqués en référé. Une délégation des habitants des immeubles de la place de la Réunion et de la rue de Tlemcen a été reçue par une adjointe au maire du TOTAL Le mouvement anti-apartheid lance une campagne de boycottage des produits pétroliers Total, marque française qui a le triste, mais juteux privilège, de fournir de l'essence à la police sud-africaine. tement baptisée Immigration, . racisme, délinquance, fan- exposition de deSSInS en Il est assez peu probable que tasmes et réalités, qui réunit mairie. Classique, mais tou- 1e s nouveaux he' ros d e no t re les interventions de démo- jours efficace. monde - j'ai nommé les graphes, de sociologues, de ---- concurrents du Paris-Dakarmagistrats. Des analyses, des (1) Pour se procurer la revue, voir actuellement en mission de Roland Mérieux, comité local XIX'- . '1' t' 1 t XX'. Celle-ci s'est engagée à rembourser les frais d'hôtel des sinistrés de la rue de Tlemcen pendant le mois que dureront les travaux de réfection de l'immeuble. Pour les sinistrés de la place de la Réunion , l'élue a garanti qu'il n'y aurait pas d'expulsion avant l'année prochaine et la mairie s'est engagée en outre à aider les familles en situation difficile. ROBERT PAC Le collectif Pa'Dak, qui regroupe près de 200 organisations qui s'opposent à la tenue de ce rallye, reprend cette année son action (1). arguments, des tableaux: XX', 37, rue de Nantes, 75019 Paris. CIVI Isa IOn sur . es rou es Il tout ce qu'il faut pour re- Pour l'exposition, voir Sylvain Gold· d'Afrique, s'associent au (1) Jean-Marie Fardeau, contact

mouvement. Pa'Dak, tél. : (1) 45.23.23.77.

~ga~r~d~e~r~la~r~é~a~li~té~e~n~f~a~c~e. ~-st:em:,~t:él:.~:(~I~)~::.~::.~.oo. ______~ Charles 17 janvier 2012 à 13:36 (UTC)------------------------------____~ .~ ARABESQUE D'abord, c'est choquant, on a du mal à se brancher. Ensuite ... c'est superbement fait. Imaginez un groupe de femmes maghrébines qui fonde une association de danse. On n'hésite pas dans l'originalité: on mélangera classique, moderne et oriental. Le cocktail aurait pu être indigeste, mais non: elles réussisent à créer un nouveau langage du corps sur une musique lancinante qui vous transporte de l'autre côté de la Méditerranée. Allez donc les voir aux Amandiers de Paris, ce mois-ci (1). Ça s'appelle Danse arabesque. Outre le spectacle, Danse arabesque c'est aussi des cours de danse orientale et moderne à Aubervilliers, dans les locaux de l'ANG!. Elles projettent d'animer gratuitement un atelier-enfant dans un quartier à forte population immigrée et consti. tuent une discothèque de musiques dites' « arabes» afin de diffuser cette culture trop méconnue du public, tant français que d'ailleurs immigré. GENEVIEVE MUSCAT Danse arabesque. Rens.: 161, avenue Jean·Lolive à Pantin (93). Tél. : 48.40.64.50. Théâtre des Amandiers de Paris, 6, avenue Maurice·Ravel, 75012 Paris. NASS EL GHIWANE Ils sont passés un peu partout, on a eu à peine le temps de les voir. Ils, c'est Nass el Ghiwane, troubadours modernes dont les concerts, au Maroc, mettent en effervescence toute la jeunesse. « Nous sommes au XX' siècle, dit Nass el Ghiwane, nous vivons comme une mouche enfouie dans une peau de mouton. » Puisant leur inspiration dans des poèmes populaires marocains 'ils réactualisent, en res- - n° 63 - Janvier 1987 Remarquable exposition consacrée à l'Image du Noir dans la publicité qui commence mi-janvier à la bibliothèque Forney, hôtel des Archevêques de Sens, dans le Marais, à Paris. Du cacao au café, tous les « bon nèg' » de la pub sont là, de la fin du Xlxe siècle à nos jours. Une image qui a nettement évolué ces dernières années, la pub ayant le chic pour détourner par l'humour les poncifs habituels du racisme et de la colonisation. A condition que ce soit Immédiatement perceptible. Contre-exemple, cette auto-pub pour l'agence Australie: le caractère bananlesque de l'aborigène nous laisse perplexe. la pub, c'est comme ça : des fois ça marche, des fois ça mord le trait. tant fidèles aux instruments musique et théâtre dans leurs traditionnels bendir , chansons, en référence guembri, etc. constante aux petites gens, Un chant viril, guttural, qui celles des bidonvilles de Cavous arrache les tripes et qui ~ablanca où ils ont passé leur sent bon la terre chaude et Jeunesse. rocailleuse, des textes qui dénoncent la violence, la ~ haine, la corruption, l'in-::l justice : un mélange qui fait ...: d'eux de vraies vedettes populaires, loin des chansons pleurnichardes et sirupeuses dans lesquelles semblait se complaire la musique marocaine ces dernières années. Issus du théâtre, où ils ont travaillé sous la direction de Tayeb Saddiki, ils mêlent Après leur tournée, ils sont repartis. Mais vous pouvez encore les voir: le film Transes, présenté au Festival du cinéma du Val-de-Marne relate l'ascension du groupe. Il Créteil : un centre commercial, du modernisme, et beaucoup d'immigrés LE SPECTACLE EST DANS LA SALLE Le Maghoeb est au goût, ou, pour certains, au dégoût du jour. En tout cas, on s'y intéresse ... On, c'est d'abord le gouvernement et on serait tenté de s'en plaindre. Mais on, c'est aussi des responsables du MRAP, des animateurs de maisons de jeunes et de la culture, des représentants d'associations locales qui organisent chaque année les journées cinématographiques du Val-de-Marne. Cette année, ils ont choisi comme thème le Maghreb. Ce n'est sans doute pas par hasard ... Dans ce climat social tendu et haineux, empreint d'ignorance et d'intolérance - les lois sur la nationalité et sur les contrôles de l'immigration en sont peut-être la cause - un voyage culturel de l'autre côté de la Méditerranée n'était-il pas le bienvenu pour calmer les esprits et apaiser les passions ? En tout cas, ces journées cinématographiques peuvent être une réponse parmi d'autres aux problèmes de « cohabitation » entre communautés. D'autant plus que le jeune cinéma maghrébin n'a pas eu, jusqu'à présent, beaucoup de crédit auprès du public français, qui, a priori, le boudait ou l'ignorait. Et pour cause! On ne nous présente que très rarement des films algériens, marocains ou tunisiens. D'ailleurs, un des buts de ces rencontres a été de peser sur les circuits français pour que la timide ouverture qui se Les journées cinématographiques du 94 étaient, cette année, consacrées au Maghreb. Une bonne occasion pour discuter de la « cohabitation », ici et maintenant. manifeste depuis quelques années vers le cinéma africain au sens large se renforce. Il semblait donc intéressant de faire connaître le regard que des cinéastes maghrébins portent sur leur propre pays : regard à la fois distant, critique et très tendre. Peut-être en les regardant, comprendrons-nous mieux comment fonctionne leur société et quelles en sont les limites. Les réalisateurs ne se privent pas d'analyser le contexte sociopolitique dans leurs films , non sans avec lucidité. de les défendre. Après chaque film , des débats étaient organisés autour d'un verre de thé à la menthe, ou parfois naissaient spontanément. Car, s'il est évident que chacun voit dans les films ce qu'il veut bien y voir, tout le monde n'y voit pas la même chose! Par exemple, les deux films Une femme pour mon fils d'Ali Ghanem et Poupées de roseaux, de Jillali Ferhati , racontent deux destins de femmes qui se ressemblent étrangement. Dans chacun des deux films, elles se re- On IIOUS demande un petit effort personnel: discuter. Fini les spectateurs calés dans leurs fauteuils N'est-ce pas l'occasion, en tournant son attention vers d'autres moeurs, d'autres façons de vivre ou de penser, de s'interroger sur soi-même et sur les évidences qu'on véhicule comme si elles allaient de soi ? Quand on sait que le Val-de-Marne compte 20 % d'immigrés, en grande majorité maghrébine, il n'est peut-être pas superflu de faire preuve de tolérance et d'intérêt pour ces autres cultures. Avantage de l'initiative, cette ouverture vers les autres ne se fait pas uniquement les yeux braqués sur l'écran, confortablement calés dans les fauteuils. On vous demande un petit effort personnel, celui de discuter, d'échanger vos impressions, trouvent à l'hôpital où, spontanément, s'établit un lien de solidarité entre les femmes : elles sont ensemble, sans hommes, libres pour une fois de leurs pensées et de leurs propos. C'est le seul moment où elles sourient. A discuter dans la salle après les films, on s'est aperçu que, en revanche, en France, l'hôpital est perçu comme un lieu de souffrances et de solitude. Il est loin le temps où le cinéma maghrébin d'après les indépendances avait pour thème récurrent la lutte de libération contre le colonisateur. Cela s'estompe vers les années 1970, où l'on note l'apparition d'un cinéma ancré dans les réalités sociopolitiques profondes du Maghreb. sachent ce qui se passe là-bas, en particulier sur la vie des femmes. Mais je ne pense pas qu'ici, à Créteil, ça puisse améliorer nos rapports avec les non-immigrés. » Et pour Ahmed, de Casablanca: « Moi, je trouve qu'il faudrait multiplier les manifestations comme celle-ci. Il est important que les Français nous connaissent mieux pour mieux nous comprendre. J'en ai marre de cette ambiance malsaine ... » On ne peut s'empêcher de ressentir une immense lassitude, presque du découragement chez ces gens qui viennent d'ailleurs. Et comment en serait-il autrement quand ils ont l'impression d'être mis en quarantaine? Des mères immigrées prillées de leur titre de séjour Zef t, film marocain, traite avec un humour noir des difficultés que rencontre un paysan en butte aux nécessités de l'urbanisation (construction d'une autoroute qui passe juste sur son lopin de terre !) et qui exproprié , deviendra nomade . Tous ces films posent - finalement - le problème de la confrbntation entre le modernisme et la tradition, les valeurs qui naissent et celles qui se refusent à disparaître : la condition de la femme soumise aux lois de la famille (mariage forcé) et qui a le désir étouffé d'une certaine liberté; les jeunes qui s'ennuient dans une société favorisant peu les rapports mixtes hors mariage; les paysans malmenés par les transformations économiques et sociales. Autant de contradictions auxquelles sont confrontés les spectateurs. Pour J .-F. Camus, conseiller pour le cinéma à la direction Les mouvements antiracistes, jeunesse et sport du Val-de- le MRAP en particulier, sont Marne, « l'objectif de cette tous les jours sur le terrain; ouverture vers le cinéma du tenter de jouer le rôle de Maghreb est d'entretenir la médiateurs actifs entre les curiosité chez le spectateur. pouvoirs publics et les im « Nous voulons leur montrer migrés est leur lot quotidien. qu'il existe des cultures diffé- La tension monte avec les rentes de la leur et de celles difficultés qui s'amoncèlent, dont ils sont abreuvés, comme surtout depuis les dernières la culture américaine. décisions gouvernementales. « Je pense qu'il est intéressant Gérard Coulon raconte de dépasser l'histoire même qu' « il y a peu de jours, la du film et de voir en transpa- préfecture a convoqué plurence le vécu d'un peuple qui sieurs mères immigrées d'Ivry appartient à une civilisation et leur a retiré leur carte de qui n'est pas la nôtre. séjour. Motif : logement insa « Nous voulons voir dans lubre ou trop étroit. Le droit l'autre quelque chose de po- de vivre en famille semble sitif », affirme Gérard remis en question. Agirait-on Coulon , responsable du de même avec des Français? MRAP sur le département. « Un autre exemple » , pour « C'est grâce à des rencontres suit le responsable du MRAP comme celles-ci, à des mé- du Val-de-Marne: « Il y tissages de cultures, que nous avait des problèmes au foyer pouvons prétendre y ar- de Vitry avec les Maliens. La river. » police est venue et a embarqué Dans le climat social actuel , 78 personnes qui n'étaient pas face au refus de vivre en- résidentes du foyer mais qui y semble, il est permis de se habitaient. Il nous a semblé demander si le fait de passer normal que la mairie s'engage des films étrangers et d'en à les reloger. Jusqu'à présent, débattre peut changer quel- rien n'a été fait. » On cherche, sur le département, à mettre en place un réseau d'information et de solidarité pour aider les immigrés. En ces temps troublés, où la propagande raciste et les attentats développent un climat de xénophobie et favorisent les excès de zèle et les «bavures», il est des précautions à prendre. Et puis, il y a Mazouna-surSeine! Cette cité pleine d'espérance, qui tissera un lien d'amitié solide entre la France et l'Algérie. En effet, le comité du MRAP de Vitry est en train d'organiser des échanges entre la ville de Vitry et celle de Mazouna et de voir ce que chacune peut apporter à l'autre, tant sur le plan des besoins culturels que des besoins matériels. Si le spectateur, voyageur immobile, a pu jeter un « oeil vers le Maghreb », il lui reste à jeter l'autre sur la vie quotidienne dans le département: c'est une nouvelle aventure qui commence ... Vitry: des précautions à prendre, un jumelage avec la ville algérienne de Mazouna, des mélanges de toutes les couleurs dans les cafés Les Journées cinématographiques

on

entretient la curiosité et les échanges (cicontre, Le coiffeur du quartier des pauvres, de M. Reggad) que chose. La réponse, a Si les militants mènent une priori, ne semble pas aller action répressive contre les d'elle-même. Farida, Algé- manifestations quotidiennes rienne, qui vient de voir Une du racisme, ils essaient aussi femme pour mon fils, exp li- d'agir sur la société tout enque

« C'est bien que les gens tière pour le droit à la liberté

qui ne sont pas A et à la dignité. LAURENCE PEAN ~D);iffé~r~e~nc;e;'s~-~n~o ~63~_ïJ~a:n:vl'e:~rI1~98~7~------~ _________________________________________________________________1 ID 1


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o o o « 1 e Etranges producteurs de presse coïncidences entre les du tiers monde, la « cri contre les « dealers é accusations portées contre les pays minalisation» des drogués et les campagnes trangers ». Témoignages , coups de filets, évaluations des opérations quasi militaires menées par les Etats-Unis en Amérique du Sud, polémiques à propos des mesures prévues par le gouvernement français: la lutte antidrogue revient sur le tapis. Le tout doublé de quelques clins d'oeil électriques, mais durables, visant encore à mettre dans le collimateur du malaise social les immigrés et autres étrangers, toutes nationalités (du Sud) confondues. Nouvelles aussi, des associations plutôt douteuses, telle cette « coalition antidrogue» qui voudrait sauvegarder « les valeurs fon- • plus en plus utilisé par les trafiquants. De plus, les Africains, par exemple, ont à se battre contre l'invasion des amphétamines et divers tranquillisants qui inondent littéralement le marché. Selon M. Claude Olievenstein, thérapeute et pionnier du traitement médical des toxicomanes, il faut aussi dénoncer, nous dit-il, « l'invasion du tiers monde par les médicaments et la position de quasi-monopole des laboratoires pharmaceutiques nord: américains ». Toxicomane ou trafiquant ? damentales de notre civilisa- Dans le même ordre d'idée, tion judéo-chrétienne ». le projet antidrogue de M. Mais dans ce flot d'informa- Chalandon garde des Sceaux, tions fugaces, qui prend le a particulièrement choqué les temps de poser les questions milieux spécialisés qui se rede fond, celle, par exemple, fusent à abandonner leur de la connexion directe et éthique et leur mission en obligée entre le trafic de assimilant le toxicomane au drogue et la mafia? Qui trafiquant, le malade au déattire l'attention sur la res- linquant. Plusieurs personnaponsabilité des milliardaires lités; dont Mme Barzach, de la dope! pourtant membre de la majo- En juillet dernier, au mo- rité actuelle et ministre de la ment où 160 militaires améri- Les préoccupations idéologi- New York et ailleurs sous des matières végétales néces- Santé, ont désapprouvé les cains spécialisés dans les ques ne sont évidemment pas peine de choquer quelques saires à la fabrication de la mesures gouvernementales jeunes, les immigrés surtout. Il y a là à l'évidence un calcul politique qui pousse à adopter des méthodes qui ne répondent pas à un souci d'efficacité même si quelques-uns des conseillers du ministre croient, en toute bonne foi, à cette efficacité. » La lutte antidrogue, à l'instar des solutions préconisées contre le chômage et la crise économique, devient de plus en plus une arme politique par laquelle sont ciblés les immigrés et les étrangers. Certains titres d'articles de presse le laissent entendre plus ou moins explicitement. Deux exemples suffiront ici, l'un tiré du Quotidien de Paris (10.10.1985) « Les filières exotiques à l'assaut de la France », l'autre du Figaro (17.09.1985) plus clair encore, « Les filières politiques de l'héroïne », suivi d'un chapeau abusivement affirmatif: « Le nouveau coup de filet prouve que le trafic d'héroïne à Paris est de plus en plus contrôlé par des réfugiés politiques et sert à alimenter des mouvements révolutionnaires ». A cela le Dr Olievenstein répond sans ambiguïté : « La drogue c'est affreux, c'est dur, c'est un scandale pour les familles qui vivent ce drame, mais cela ne doit pas justifier la fin des libertés, y compris pour les toxicomanes. «Le prétexte technique et l'utilisation de la peur de la population sont des alibis pour mettre en place un état de force par rapport à un état de droit. Paris-Match a titré il y a quelques semaines un article d'une ignominie sans nom: « Le jeune Français de 18 ans était à genoux et suppliait son dealer maghrébin qui le repoussait à coups de pied dans le visage. Alors, je veux dire que si j'étais un Français moyen, je sortirais mon révolver et je tirerais le premier Arabe que je vois dans la rue. C'est une incitation à l'homicide, et moi, qui suis né à Berlin dans une famille juive, ça me rappelle terriblement la mentalité sournoise de l'époque.» Un remake au goût amer.D CHANTAL MARIN «opérations délicates» , absentes de ces shows télévi- électeurs potentiels. drogue. considérant que « ce n'est pas NOS ENNEMIS EN SOURIENT transportés par deux gros suels. Quant à l'opération Ajoutons enfin qu'une note en mettant les drogués en avions et accompagnés par américaine, elle a été négo- datant de l'été dernier Il ne faudrait pourtant pas prison que l'on résoudra le Un tract signé par une «Coalition antidrogue» a été six hélicoptères menaient une ciée avec le gouvernement considère désormais le trafic oublier le rôle des ex-puis- problème. La répression est distribué dans plusieurs endroits de Paris dans le courant offensive en Bolivie où ils bolivien, le montant de l'aide de drogue comme relevant de sances coloniales dans la pro- nécessaire pour les trafi- du mois de novembre. On y appelait à une manifestation déversaient des substances budgétaire étant mis sur la la sécurité nationale des pagation de certaines sub- quants ». sous le thème: « Battons-nous pour un grand dessein de chimiques virulentes sur les table de «discussion ». On Etats-Un.is. Traduit en stances. L'opium , fabriqué à Pour M. Olievenstein , progrès scientifique et culturel.» plantations de coca, le prési- ne peut pas non plus prendre langage clair, cela signifie partir du pavot, a été déve- «l'ampleur du phénomène de Point de science, ni de culture dans le corps du texte qui dent Reagan et sa femme pour argent comptant la né- que, sous le moindre pré- loppé en Chine par les Bri- la drogue en France ne justifie s'étalait pourtant sur deux pages! Mais de la calomnie à Nancy se prêtaient aux cessité et l'efficacité de l'in- texte, des GI peuvent débar- tanniques et les Portugais, pas ces mesures. C'est un l'égard du Dr Olievenstein qui est traité d'« étrange analyses d'urine auxquelles tervention américaine en quer en Amérique centrale leurs prédécesseurs. Il en a problème qui est actuellement Monsieur antidrogue, qui en 1981 appela à la dépénalisavont être soumis tous les Amérique du Sud: 10 % du ou du Sud. .. été de même pour le khat, surévalué. Les 800 000 toxi- tion des drogues dures comme des drogues douces! » fonctionnaires américains. cannabis consommé aux une herbe euphorisante, à comanes annoncés par (sic). Bien sûr, Ronald et Nancy Etats-Unis est fabriqué sur Une croisade Nord-Sud Djibouti. Les pays du Sud M. Chalandon est un chiffre Calomnies encore à l'égard de personnalités politiques n'étaient pas drogués, ... du place, 5 000 tonnes de mari- sont aujourd'hui atteints par totalement fantaisiste, mais il disparues, Chou En-Lai et Nasser, qui voulaient semble-tmoins pas durant les deux juana (représentant une va- Ici et là, à mots couverts ou le mal , et doublement. Selon s'agit une fois de plus de il «corrompre l'Amérique en droguant (les) soldats jours précédant le test, puis- leur marchande de 16,6 mil- explicitement, de manière l'OMS (Organisation mon- conforter une majorité américains au Viêt-nam !» (resic). qu'aucune drogue ne laisse liards de dollars) sont culti- préméditée ou inconsciente , diale de la santé). l'abus de d'ordre moral. Il s'agit D'après ces très étranges coalitionnistes, « La jeunesse de de t r ace s au -dei à de vées clandestinement dans la lutte antidrogue se pré- cocaïne gagne les pays de comme d'autres mesures, nos pays (lesquels ?) est corrompue par la drogue et 48 heures. .. Depuis, Nancy plusieurs Etats de ce pays. sente trop souvent encore l'Amérique du Sud et l'Asie telles que le Code de la natio- demande à grand cris le retour à une société plus apparaît régulièrement à la Les head shops, des magasins comme une nouvelle croisade du Sud-Est. L'Afrique, qui a nalité ou l'hystérie antiter- barbare» et« nos ennemis en sourient ». télévision pour supplier les où l'on trouve toute la pano- du Nord consommateur jusque-là échappé au fléau roriste de justifier le contrôle Ils ne sont toujours pas définis, mais on a deviné qu'il ID jeunes Américains de dire pli e du pa rf ait hé ro ï- contre les pays du Sud, qui des drogues dures, tend à social d'une partie de la popu- s'agissait des Russes et de la horde affamée et grandissante lEI « non» à la drogue. nomane restent ouvertes à sont souvent les producteurs devenir un lieu de transit de lation, les jeunes, et parmi les du tiers monde.D L-______________________ L-____________ ~ _________________________________________________ ~ _____________ LDhiffffe~'r~e~nc~e;s~-~n~o~6~3f-:]J~an~v~i~er~199i8~7r---~--~----~~--------1_ _____________________________________________ ~ Il Justice Alabama, Etats-Unis: Johnny Imani Harris, promis à l'exécution capitale, clame son innocence. Aujourd'hui ses défenseurs font appel à la solidarité internationale. POUR L'EXEMPLE Depuis près de 12 ans, Johnny «Imani » Harris, un jeune Noir de 34 ans, attend dans le « couloir de la mort » de la prison d'Atmore dans l'Etat d'Alabama qui a remis en vigueur la peine de mort depuis plusieurs années. Johnny n'a pas volé, ni violé, il n'a tué personne . Il est condamné à mort parce qu'il est pauvre et noir. Avec sa famille, il a commis le crime impardonnable de s'installer dans un quartier ouvrier exclusivement blanc, à Birmingham, dans l'Alabama. Ce fut la réaction classique. Pour qu'ils s'en aillent, on vida des poubelles devant leur porte, on répandit de la peinture et de l'acide sur leur auto et on glissa des publications du Ku Klux Klan sous leur porte. La famille Harris refu~ant de se laisser intimider, la police s'en mêla et, six mois après son installation, Johnny Harris est arrêté, montré à des témoins à qui on a distribué sa photographie. Il est chargé de cinq accusations non prouvées: quatre vols d'un montant respectif de Il, 67, 90 et 205 dollars et le viol supposé d'une femme blanche. Deux avocats commis d'office le persuadent de plaider coupable pour un seul chef d'inculpation, compte tenu des preuves soi-disant accablantes réunies par le procureur: c'est le fameux plea bargaining qu'on lui présente comme devant lui concilier la mansuétude du jury. Mais il reçoit cinq condamnations de prison à perpétuité, une pour chaque chef d'inculpation. Inmates for action Guidés surtout par le souci de leur avenir professionnel, ses avocats ne présentent aucun des cinq témoins qui fournissent des alibis à Johnny. Ils négligent aussi le rapport médical indiquant que le viol n'est pas évident. Alors qu'il était détenu à la prison d'Atmore où les conditions de détention étaient inhumaines, Johnny Harris devint un membre actif du groupe de défense des prisonniers Inmates for Action (IFA) et participa à une grève qui fut plus ou moins réussie. Comme les autres prisonniers, il protestait contre les conditions de détention. La répression s'abattit, féroce. Il est accusé de tentative d'évasion et mis en isolement en janvier 1974. Il est enfermé avec soixantetrois autres contestataires dans un cachot sans lit, ni latrines, conçu pour trentedeux hommes. Le 18 janvier 1974, des gardiens de la prison voisine de Holman, aux uniformes tachés de sang, pénètrent dans la section des cellules d'isolement. Ils frappent un membre du IF A et menacent de mort les autres prisonniers. Craignant d'être agressés, les détenus saisissent deux gardiens en otages et libérent d'autres prisonniers de cette section. Lorsque le directeur arriva, le chef d'IFA, George« Chagina » Dobbins, lui déclara qu'ils n'avaient qu'une demande, à savoir rencontrer des membres de la presse, du clergé, du gouvernement et de l'administration pour leur faire savoir qu' ils étaient maltraités et les informer des mauvaises conditions de détention. Le directeur lui répondit qu'il pouvait se considérer comme mort et quelques minutes plus tard, il lança l'assaut contre les détenus désarmés. Un des gardiens pris en otage fut tué. Harris et quelques autres prisonniers furent accusés du meurtre. Un peu plus tard , - trois des détenus noirs, parmi lesquels Chagina, furent trouvés «morts ou assassinés ». Personne ne fut jamais accusé de leur meurtre. Sur la base de témoignages bourrés de contradictions flagrantes, Johnny Harris fut condamné à mort pour l'exemple. Sur les listes de choix du jury, il y avait 128 Blancs et 2 Noirs (il y a 20 % de Noirs dans l'Etat) et la loi utilisée pour condamner Harris à mort date d'avant la guerre de Sécession, une loi s'appliquant aux esclaves prisonniers ! Le couloir de la mort Dans l'intervalle, en 1979, un témoin occulaire du meurtre était venu affirmer qu'Harris n'avait rien à voir dans ce crime. Dans une interview accordée au Birmingham Post Herald, ce témoin, un Blanc nommé Jesse David Jett , affirma que Johnny Harris n'était pas impliqué dans le meurtre du gardien blanc le 18 janvier 1974. Aucune preuve directe de la culpabilité de Harris n'a jamais été présentée par l'accusation et le procureur a admis qu'il n'avait pas poignardé le gardien. Il a été condamné à mort uniquement sur les témoignages de gardiens affirmant qu' il était le chef de la mutinerie. Plus tard , Jett soutint que c'étai\ nt les agents de la prison qui ~ vaient assassiné George Dobbins, président du mouvement Inmates for Action. Johnny « Imani » Harris devait être exécuté le 10 mars 1978. Les protestations provenant du monde entier obtinrent la suspension de son exécution dans l'attente de l'appel. Ses défenseurs obtinrent ensuite un nouveau jugement en juillet 1983 qui confirma la condamnation à mort de Harris. Ils ont engagé une nouvelle procédure d'appel et Johnny Harris est toujours en prison à Atmore, dans le « couloir de la mort », faisant face courageusement à la peine de mort. solidarité internationale pour le sauver et une grande campagne en sa faveur doit se développer en France très rapidement. 0 ROBERT PAC Les personnes désireuses de participer à une campagne nationale pour un nouveau jugement et la libération de Johnny « Imani» Harris peuvent contacter Robert Pac au MRAP, tél. : (1) 48.06.88.00. CHAISES ELECTRIQUES La peine de mort aux Etats-Unis est fortement discriminatoire. Sur les 1 513 condamnés à mort actuellement enfermés dans les prisons américaines, 42 % sont des Noirs Qui représentent seulement 12 % de la population. En Alabama, état raciste, c'est pire : sur les 74 condamnés à mort, 50 sont des Noirs. Au plan national, si on ajoute les autres minoritaires, Chicanos, PortoRicains et Indiens, c'est beaucoup plus de la moitié des condamnés à mort Qu'on obtient. Sur les 3 859 personnes exécutées entre 1930 et 1968, 53, 5 % étaient noires. En 1972, la Cour Suprême avait décidé la nullité de toutes les lois d'état préconisant la peine de mort, en déclarant Qu'elles constituaient un châtiment cruel et exceptionnel , en violation des 8' et 14' amendements de la Constitution . Depuis lors, 38 Etats ont adopté de nouvelles lois rétablissant la peine de mort et le nombre des condamnés à mort a fortement augmenté. D'après Amnesty International, à fin 1985, 50 prisonniers ont été exécutés depuis 1977. Parmi eux figure le premier accusé mineur mis à mort, en violation des normes internationales. Le rythme des exécutions ne cesse de s'accélérer : de 11 en 1983, le nombre des personnes exécutées est passé à 21 en 1984, puis à 28 en 1985 et il sera encore beaucoup plus élevé en 1986. Certaines décisions récentes de la Cour Suprême, refusant les appels interjetés dans plusieurs cas de peine de mort, ont limité les possibilités d'appel et, par là même, pourraient encore accélérer les exécutions aux EtatsUnis à l'avenir. 0 SANCTIONS? VOUS AVEZ DIT SANCTIONS ? Ronald Reagan a signé à contre-coeur, le 27 octobre, un «ordre exécutif» pour faire appliquer les sanctions contre le régime raciste de Pretoria, auxquelles il avait tenté de s'opposer, mais qui lui avaient été finalement imposées par le Congrès. Désormais, tout nouvel investissement américain en Afrique du Sud est interdit. Un embargo est décidé sur l'importation de divers produits. Les liaisons aériennes directes entre les deux pays sont suspendues. Un comité interministériel sur l'Afrique du Sud a été mis en place, sous la présidence du secrétaire d'Etat, George Schultz. Avant même cette signature, plusieurs grandes firmes industrielles américaines avaient déjà annoncé leur retrait d'Afrique du Sud, au premier rang desquelles General Motors, IBM et Honeyweil , suivies bientôt par Eastman Kodak, Coca-Cola et Revlon, les produits de beauté. En tout, 19 compagnies américaines se sont prononcées pour le retrait depuis le début de l'année. On applaudit, bien sûr, mais il ne faut pas y regarder de trop près . Ou alors, on s'aperçoit que cet empressement à obéir aux sanctions ne coûte guère à certaines sociétés. IBM et General Motors sont dans une situation désastreuse. D'autre part, bien qu'ayant vendu leur entreprise sud-africaine à des intérêts locaux, elles continueront à bénéficier des ventes de leurs produits et services en Afrique du Sud tout en récupérant pendant ce temps une grande partie de leurs investissements grâce au remboursement des prêts (plus les intérêts) qu'elles accordent aux investisseurs sud-africains pour acquérir leurs filiales . PARTICULIERS ET COMITES D'ENTREPRISE Faites filmer vos réunions, sorties, mariages, baptêmes, communions, réunions familiales, excursions. Cassettes de mariages livrées avec un générique. Prix intéressants, contacter Différences qui transmettra. 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Pendant près de dix jours, Jérusalem a été le théâtre de violences antiarabes, à la suite de l'assassinat à coups de couteau, le 15 novembre, d'un étudiant talmudique de la «yeshiva ,. de Chou vou Bonin, par 3 jeunes palestiniens dans le quartier musulman. Sous le regard distrait des forces de l'ordre, se déroulèrent de véritables ratonnades aux • MASSACRE EN JUSTICE. La chambre d'accusation de la cour d'appel de Nouméa annule le non-lieu rendu en septembre dernier dans l'affaire du massacre de Hienghene en NouvelleCalédonie , au cours duquel dix militants du FLNKS, dont deux frères de Jean-Marie Tjibou, avaient trouvé la mort. Pour sa part, le clergé catholique de NouvelleCalédonie se mobilise. «Qu'on n'attende pas de l ' Eglise qu ' elle prêche la résignation devant l ' injustice ou qu'elle se taise et cautionne ainsi une certaine politique », affirment les missionnaires maristes (19 novembre). RATONNADES ICI ET AILLEURS personnes exécutées depuis le début de l'année (21 novembre). • INTERPOL. Laurent Greilsamer, dans son livre Interpol, le siège du soupçon (éd. Alain Moreau) révèle que la célèbre agence a, dans les années 30, rédigé des projets visant à éliminer pro gressi vemen t les Tsiganes. Interpol a égaIement, en 1934, averti les Allemands sur des individus soupçonnés de préparer un attentat contre Hitler. Heydrich , le célèbre criminel de guerre , fut président d'Interpol d'août 1940 jusqu'à son décès prématuré en 1942. Son successeur fut le non moins fameux Kaltend'une course-poursuite. Vendredi 5 décembre, un jeune Français d'origine maghrébine lui aussi, Abdellhoihade Benyahia, 19 ans, est tué par un inspecteur de police, alors qu'il tentait de s'interposer lors d'une bagarre dans un café de Pantin. Un autre jeune homme de 21 ans, Farid el Orabi, décède le mardi 26 novembre vers 23 h 30, dans cris de " Mort aux Arabes ,. avec mise à sac de magasins et d'habitations arabes, violences, incendies, détérioration de voitures, jets de cocktails Molotov ... En France, on a assisté durant un mois à une série inquiétante d'exécutions sommaires de jeunes, Français ou non, mais toujours d'origine maghrébine, dont le meurtre de Malik Oussekine n'est qu'une illustration. les locaux du commissariat central de La Rochelle où il se trouvait provisoirement retenu. Un examen médical n'a rien trouvé d'anormal. Au matin, les parents, accompagnés de M. Ackerman, responsable rochelais du MRAP, se rendent à la morgue. Ensemble, ils constatent que le défunt porte des traces de coups, en particulier au front. Le 19 novembre, un jeune homme de 23 ans, de nationalité française, Hocine Graidia, demeurant à Amandy (Hautesavoie), est tué d'une balle dans la tête par un gendarme à Cluses, au terme Le Il décembre, c'est un jeune d'origine algérienne qui est froidement abattu par un habitant de Sarreguemines (Moselle) chez lequel il tentait de s'introduire pour le cambrioler. Le meurtrier est écroué. • EXCES DE POUVOIR. Sur recours du MRAP, le maire de Lyon et l'inspecteur de l'académie du Rhône sont convaincus « d'excès de pouvoir» pour avoir institué pour les seuls enfants des familles étrangères, un certificat d'inscription dans les écoles subordonné à la présentation d'un titre de séjour en règle. Le tribunal administratif de Lyon annule les deux circulaires à l'origine de ces mesures (18 novembre). • REMOUS. La participation de Michel Droit au comité d'honneur du Mouvement d'initiative et liberté, (MIL), dont le délégué général n'est autre que l'ex-patron du SAC, Pierre Debizet, et les activités professionnelles de Roger Bouzinac font déjà quelques remous au sein de la CNCL (21 novembre). • PENDAISONS. Six Noirs et un métis sont pendus en Afrique du Sud, ce qui porte à 106 (dont 6 Blancs) le nombre des brunner, pendu en 1946, après sa condamnation à Nuremberg. Après celui-ci, le président d'Interpol fut un ancien SS, Paul Dickopf. On s'explique mieux pourquoi Interpol refusa toujours de participer à la traque des criminels de guerre nazis, sauf Mengele, mais après sa mort! (23 novembre). • ENCORE LES MALIENS. 21 personnes, la plupart d'origine malienne, sont interpellées le 24 novembre à la suite d'incidents dans un foyer de Vitry-sur-Seine géré par l'ADEF. Les résidents demandaient depuis plusieurs mois que des discussions soient entamées sur les conditions de vie et le comportement particulièrement odieux du gérant. 2 d'entre eux sont déférés au parquet de Créteil. Ils doivent être jugés en comparution immédiate pour rébellion et détérioration de véhicule. 7 autres, qui se trouvent en situation irrégulière, devraient faire l'objet d'une reconduite à la frontière. Les autres sont remis en liberté (25 novembre). • ENFANTS TORTURES. Plus de 4 000 enfants sont actuellement enfermés dans les prisons sud-africaines. Des adolescents, garçons et filles, sortis des geôles de Pretoria, affirment y avoir été régulièrement torturés à l'électricité et battus. Depuis l'état d'urgence décrété par Botha, le 12 juin dernier, environ 23 000 jeunes de moins de 18 ans sont passés entre les mains des gardiens de prison sud-africains (28 novembre). • REFUS. La jeune étoile du tennis féminin allemand , Steffi Graf, se retire d'un tournoi sur invitation en Afrique du Sud pour ne pas compromettre ses chances de participer aux jeux Olympiques de 1988 (28 novembre). • TETE DE TURC CENSURE. Günther Walraff, l'auteur du best-seller Tête de turc, reproche à Antenne 2 de refuser de diffuser ou de vendre le film tourné clandestinement sur l'exploitation des immigrés turcs en RFA qu'il décrit dans son livre. « Il s'agit , ditil, d'un refus délibéré, qui équivaut à une censure politique » (28 novembre). • EXPULSION MOUVEMENTEE. Des affrontements entre policiers et manifestants se produisent dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, au cours de l'expulsion d'une famille algérienne de l'appartement qu'elle «squattait ». Le maire s'élève contre l'expulsion, mais dénonce les provocations et les manipulations. Il se demande également « s'il n'y aurait pas un lien direct avec les mesures répressives et antijeunes décidées par M. Chalandon » (29 novembre). • ABORIGENES. Au terme de son voyage en Australie , le pape déclare que l'Eglise soutient le droit des aborigènes, premiers occupants de ce pays, à leurs terres ancestrales (30 novembre). • MUR DE LA HONTE. dirigeants racistes d'Afrique du Sud font construire un mur autour du « township » de Soweto, le transformant ainsi en une véritable prison à ciel ouvert (30 novembre). • LE PEN CHEZ LES GRECS (suite). Quelque 3 000 manifestants (étudiants, syndicalistes, élus socialistes), scandant « A bas le fascisme » défilent dans les rues de Salonique pour protester contre la venue de JeanMarie Le Pen, président du Front national. La police encercle le Macedonia Palace Hôtel où se tient pendant trois jours un congrès réunissant 16 députés européens d'extrême droite et auquel M. Le Pen participe (1" décembre). • BRAVE IMMIGRE. Un jeune élève d'un LEP d'Eure-et-Loir, Aziz Soubhane, marocain , 17 ans, réussit à désarmer dans le métro, l'agresseur d'une jeune fille anglaise. L'homme avait sorti un couteau pour réclamer de l'argent à la jeune fille. Personne parmi les passagers du wagon, pourtant nombreux n'avait osé intervenir avant Aziz (1" décembre). • LA FRANCE SUR LA SELLEnE. L'assemblée générale de l'ONU décide de réinscrire la Nouvelle- Calédonie sur la liste des territoires non autonomes en adoptant par 69 voix pour contre 24 contre et 34 abstensions, une résolution présentée par les pays du Pacifique Sud. Le A. Oh la belle expo ! Le maire de Paris, qui doit avoir besoin de pétrodollars, avait prêté (loué ?) le Grand Palais à une exposition sur l'Arabie saoudite comme il ne devrait pas y en avoir. Les Saoudiens ont mis le paquet: à grands renforts de sable, de chameaux, d'artisans délicieusement locaux et de mètres de tuyaux, ils ont pu exposer, avec, s'il vous plaît, entrée gratuite, une version poterie-pipe-line de leur pays. Ça hésite entre la Mer de Sable et Bernard Tapie. Pas un mot, bien entendu, sur le sort réservé là-bas aux immigrés, et surtout aux femmes. représentant de la • CONFIANCE. Elie France avait demandé à Wiesel , que l'Académie l'assemblée de rejeter royale de Norvège a précette résolution (2 dé- féré à Nelson Mandela cembre). pour l'attribution du UN. RIDEAU DE FER. Le gou- • CHAUDE AFFAIRt Au prix Nobel de la Paix, FRANÇAIS v~r.nement sud-africain cours d'une violente al- n'a jamais élevé la voix DANS é Icte des mesures tercation à Montereau contre l'occupation par LES GEOLES contre la presse locale et (Seine-et-Marne) de- Israël de nombreux ter- étrangère en Afrique du vant un débit de boisson ritoires arabes, ni DE Sud. Les journalistes ne entre un ressortissant al- condamné les violations L'APARTHEID pourront plus désormais gérien et un employé de répétées par cet Etat des publier, sans le «feu la Sécurité sociale fran- recommandations de vert » des autorités, des çais, ce dernier, qui por- l'ONU. Dans son dis- Depuis le 24 octobre, un jeune coopérant informations relatives tait un bidon d'essence a cours, lors de la remise français de 27 ans, lecteur à l'université de aux émeutes, aux ac- , d . du prix, il dit être sen- Fort Hare, Pierre-André Albertini, croupit tions et au «déploieeastp eergnf lea ms omne, al e vl~IrqsUa.ll dree sible au problème pales- dans une geôle sud-africaine du Ciskei, sous ment » des forces de séb . tinien, mais il affirme prétexte qu'il aurait aidé les membres de curité, aux rassemble- ~~e~rCharlesr/:iu;~it!~a~~ faire entièrement l'ANC, mais il n'y a pas d'inculpation, ni de ments interdits, aux victime a été gravement confiance à Israël pour chef d'accusation. Ses parents ont appris que boycottages de toute brulée. L'auteur de trouver une juste solu- Pierre-André avait subi un interrogatoire nature, aux déclarations l'agression a été écroué tl·on (10 de'cembre) . « serré ». « subversives », aux dis- (7 décembre). cours, remarques qui Cet emprisonnement a soulevé une vive émo- « ont pour effet de me- .TRAFIC D'ARMES. Le - CLAUDE. Nous tion, et la solidarité s'est organisée pour nacer la sécurité de quotidien britannique avons appris la mort obtenir de Pretoria la libération du jeune l'Etat », aux arresta- The Independent révèle brutale de Claude Jallet, français. On note toutefois la remarquable tions, aux conditions de que les Etats-Unis vio- professeur de lettres, qui inertie du secrétaire d'Etat aux Droits de détention et même la lent l'embargo sur les a signé ici de nombreux l'homme dans cette affaire, qui s'inscrit dans libération des personnes armements à destination articles consacrés à la les silences habituels de M. Malhuret sur la appréhendées en vertu de l'Afrique du Sud (9 musique. Salut à toi, situation en Afrique du Sud. de l'état d'urgence (11 Il ~dCharlese~m~b~r~e)~. ___________ ~C:l~au~d~e~. _____________ ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::-~dCharlese~m~b~r~e~)'~ _______ J Différences - n° 63 - Janvier 1987 LA MUSIQUE Au commencement était Moïse, et ses douze sources au son différent: la musique était née. Les théoriciens la perfectionnèrent, les peuples s'en emparèrent. Vint le temps des noubas, et des grands interprètes classiques, puis celui du raï. De La Mecque à Constantinople, du Caire à Damas jusqu'aux disquaires de Barbès, toute l'épopée de la musique arabe. Différences - n° 63 - Janvier 1987 • Tous les jeudis soir, les rues du (aire se paralrsaient : Oum Koulthoum (hantait. Dix ans plus tard, les jeunes é(outent du raï à Beaubourg. ••• Il o MOISE, DONNE A BOIRE ... Il était une fois, il y a bien longtemps une ville qu'on appelait La Mecque. Elle devint au fil des jours un centre spirituel et commercial important de l'Arabie pré-islamique. Là, à La Kaaba, ce temple construit par Abraham, se déroulaient des joutes oratoires qui donnaient lieu à de grandes fêtes populaires. Chaque année, un concours de poésies permettait aux meilleures oeuvres d'être affichées et connues par toutes les tribus environnantes. Les hit-parades de nos très modernes radios semblent plonger leurs racines dans la nuit des temps ... Plus tard, quand la parole divine s'exprime par la bouche d'un homme de quarante ans, Mahomet, qui d'ailleurs était analphabète, le Verbe - toujours lui - est exalté comme un don de Dieu, comme une des manifestations fondamentales du miracle. Le Livre des Musulmans, rappelons-le, s'ouvre sur une injonction à la prise de parole et plus précisément sur l'ordre d'Allah à son élu, Mahomet, d'écrire, de fixer le « Chant de Dieu». Les premières sourates (versets) du Coran sont d'ailleurs construites selon les périodes rythmées et rimées qui, au-delà de la foi elle-même, font le bonheur de l'oreille musicale. En somme, mystique religieuse et goût prononcé pour l'extase poético-musicale (le Tarab) se trouvent dans la tradition arabe profondément mêlés. Azzat AI Maria et Jamila, deux esclaves affranchies, deviennent les coqueluches de La Mecque et modifie la structure du chant Les chroniqueurs et savants arabes ont consacré une bonne partie de leur attention et de leur travail à la musique, après la littérature, et avant l'architecture qui est pourtant mieux connue en Europe. On découvre les sources de cette musique dans plusieurs registres : les sources mythologiques et bibliques, les chroniques, les ouvrages théoriques et les traces de la tradition orale. Une légende, parmi d'autres, formule ainsi la genèse de la musique, du point de vue de son origine organique, mais aussi de l'étymologie du terme : « Moïse entra en contact avec Dieu dans le désert du SinaI Gabriel vint et lui dit .' frappe le rocher avec ton bâton. 11 fit éclater douze sources d'eau, chacune d'entre elles rendant un son (sawt) agréable différent. Elles furent les bases des do uzes modes (maqamat) classiques. Gabriel ordonna de faire boire les fils d'Israël, par ces mots .' « Ya Musa sqi » (0 Moïse donne à boire). On contracta les deux mots et il s'en résulta l'appellation de l'art révélé par Allah .' « Musiqi » (1). Dans cette perspective, l'Islam a poursuivi et fixé un patrimoine culturel et spirituel préexistant. Avant la révélation, le chanteur est confondu avec le kahin, devin et magicien qui rend les oracles des dieux païens. Le Coran, l'appel à la prière par le muezzin, les psalmodies religieuses offrent des exemples saisissants de la prose rimée et inscrivent la construction mélodique comme partie constituante de l'allégeance à Dieu. Pourtant, l'Islam introduit le critère du bien et du mal, commun aux trois religions monothéistes. Les notions de musiques religieuse et profane affleurent, mais elles ne connaîtront pas la fortune et la stricte compartimentation qu'elles suscitèrent dans le contexte du christianisme. Dans les années 660-750 de l'ère chrétienne, sous la dynastie des Ommeyades, La Mecque et Médine, les deux villes saintes de l'Islam, semblent fonctionner, paradoxalement et toute proportion gardée, comme une sorte de « Suisse» avant l'heure .. . Loin des turpitudes des guerres de conquête qui se sont déplacées hors de la péninsule et du pouvoir politique qui se trouve à Damas, les membres de l'aristocratie arabe y abritent leurs fortunes et entretiennent pour leur plaisir des esclaves artistes et musiciens( nes). Les premiers chanteurs et compositeurs sont d'ailleurs pour la plupart d'origine persane, syrienne, voire africaine. BilaI, le premier muezzin de l'Islam, choisi par Mahomet pour la beauté de sa voix, était éthiopien. C'est dans ce contexte que deux grandes chanteuses, Azzat Al Mayla et Jamila, esclaves affranchies, deviennent la coqueluche de La Mecque. Elles perfectionnent la structure du chant en s'inspirant de l'art persan. La pratique du chant était jusque-là totalement personnelle et libre. Jamila innove en la matière en créant la première école de musique arabe, où un choeur alterne avec ses soli et soutient sa propre exécution. De nombreux musiciens se forment à cette école. Une synthèse de tous les apports extérieurs s'élabore progressivement. Ce travail explique certainement, en bonne partie, pourquoi la musique classique arabe en s'élaborant s'éloignera résolument de son substrat primitif. Si la terminologie des rythmes conserve ses origines arabes, la théorie de l'échelle musicale est empruntée aux Grecs, la constitution des modes est en bonne partie persane. Sous les califes abassides (750-1253), la musique connaît son âge d'or et devient un art noble : les chanteuses ne sont plus systématiquement noires ou métissées, la musique acquiert une dimension pédagogique et artistique. Les Contes des mille et une nuits, ainsi que bien d'autres ouvrages moins bien connus, ont illustré le rôle social de la musique - ainsi que les fastes de la cité de Haroun el Rachi, calife particulièrement versé dans les plaisirs de la vie. La très nette dichotomie entre la musique populaire - d'essence folklorique - et la musique dite classique n'est pas la seule conséquence du travail de synthèse auquel se sont livrés les musiciens arabes. En effet, les centres de rayonnement de la civilisation islamique que seront Damas, Bagdad Uusqu'à sa destruction par les Mongols au XIIIe siècle), Cordoue, Constantinople et Le Caire vont développer un langage musical commun, à la fois, aux Perses, aux Turcs et aux Arabes; à titre d'exemple, Ibn Sina (Avicenne) est revendiqué autant par les Iraniens, par les Turcs que par les Arabes. De plus, l'exemple et l'art des théoriciens et musiciens arabes de l'Espagne musulmane marquent la naissance des rudiments de la musique d'Europe telle qu'elle apparaît dans les premiers chants romans d'Espagne et du sud de la France. C'est de cette époque que date le développement en Europe du chant religieux, et particulièrement du plain-chant. Désormais, les musiques arabe et européenne, qui ont les mêmes bases, vont diverger jusqu'à ne plus se « reconnaître » quelques siècles plus tard. La musique arabe va -' poursuivre son trajet homophonique avec prééminence des possibilités du chant et approfondissement de l'échelle des sons . Aussi, elle connaîtra pas moins de 100 maqam classique dont une trentaine sont encore usuels. La musique européenne de son côté sera principalement polyphonique et harmonique. Depuis la fin du XIIIe siècle, et plus particulièrement au XXe, régulièrement les musiciens arabes lancent un cri d'alarme : la musique arabe, qui a entamé une phase de stagnation dès le bas Moyen Age, se porte mal! L'influence considérable de la musique occidentale est ressentie comme un risque dangereux qui peut contribuer à abâtardiser la tradition et à rendre médiocres les tentatives de modernisation. La renaissance moderne se réalise principalement au Caire, par des musiciens autochtones, mais aussi venus de Syrie, du Yémen... La modernisation et son corollaire obligé, l'occidentalisation, entrent dans les moeurs : une école de musique militair\ est créée en 1924 par Mohamed Alil, la fanfare fait son apparition pour la première fois dans un pays arabe, un orchestre occidental est constitué en 1940 attaché à la radiodiffusion d'Etat et chargé d'exécuter la mu- ~ sique symphonique, un conservatoire supérieur de musique naît à la fin des années 50 où sont enseignées toutes les disciplin~s occidentales. Enfin, un Congrès, le premier du genre, se tient au Caire dans les années 30. Des musiciens orientaux et des orientalistes, venus de tous les pays du monde, dont le célèbre Bela à venir. Les questions fondamentales, telles que la fixation de l'échelle tonale arabe, de l'uniformisation des maqam et de l'utilisation des instruments occidentaux font l'unanimité. Mais l'assemblée est divisée entre rénovateurs et conservateurs, la question - toujours non résolue - étant: comment enrichir la tradition en assimilant le patrimoine occidental sans renier ses racines originales ?D MUSique arabe, mUSique occidentale : un flirt prOlongé. Bartok, recensent les (1) Cité par Simon Jargy in la Musique _ problèmes et les tâches arabe, Que sais-je, PUF. III ~D~~7.7~ér-e-n-ce-s----n'~' 673~-~J~a-n-vi~er~19~8~7~------------------------------------------------------------------------~ Paris, deuxième ,apitale ... ~ - . " . ..J. Durant les mois d'été, les disquaires de Belleville et de la Goutte d'Or sont pris d'assaut. Si, dans le courant de l'année, ils vendent 45 à 50 cassettes par semaine, au mois d'août, ce chiffre est multiplié par trois ou quatre. Le gérant d'un de ces magasins, le Grand Orient (qui existe depuis une vingtaine d'années), explique ce fait par le phénomène des vacances. En effet, à cette période, les touristes arabes de retour chez eux et les résidents en partance pour le mois de congé font le plein de cassettes et de disques. Le marché de la cassette (plus pratique pour des pays où les appareils électroniques ne sont pas toujours disponibles) est d'ailleurs plus florissant que celui du disque depuis environ trois ans. De plus, ceux qui voyagent en voiture peuvent ainsi apprécier sur les milliers de kilomètres qu'ils parcourent les accents nostalgiques de Ouarda - une valeur sûre de la chanson arabe et qui marche bien au niveau des jeunes - ou les rythmes endiablés du raï, aujourd'hui en vogue dans toutes les couches sociales du Maghreb. La clientèle des disquaires parisiens est constituée par autant d'hommes que de femmes, originaires ou citoyens du Maghreb comme du Moyen-Orient. Leur âge tourne autour de trente-cinq ans. La musique traditionnelle : un tran, surrès auprès des restaurants et rabarets parisiens La musique orientale semble davantage emporter les suffrages des mélomanes, bien que des chanteurs de variétés, à la mode, percent par moments avec un tube qui dépasse les limites ordinaires de la vente. La musique plus FINI LES BABOUCHES ,'est obligé A la Goutte d'Or: (hiHre d'aHaires triplé pendant les vacances. strictement traditionnelle est surtout achetée, voire com- fi'": 1 mandée, par les restaurants et les cabarets arabes de la A den, Baalbeck, Istanbul et Téhéran sont les villes . " aussi le persan, l'arabe et le hongrois, le goût de voyage. capitale française. où Jean-Claude Chabrier est allé enregistrer les • ', ,:. ';' L'hospitalité des Orientaux l'a très tôt touché. « L'accueil De toute manière, la production de cassettes et de disques plus grands virtuoses contemporains ' de la mu- fait à l'étranger, commente-t-il, est tout à fait exemplaire, vendue par les disquaires français ou arabes destinée au sique arabo-turco-persane. Ce fils d'ingénieurs car l'hospitalité revêt sociologiquement un caractère marché arabe est réalisée la plupart du temps en France mélomanes qui a débuté dans la vie active comme médecin naturel et anonyme. » ou dans les autres pays européens. Les pays arabes de campagne s'est consacré depuis vingt ans à la Du côté musical, Chabrier souligne que la musique disposent en fait d'une.très faible infrastructure qui freine le découverte et à l'étude des musiques d'Orient, «de la arabo-turco-iranienne a l'avantage d'une pluri-ethnicité. développement, l'épanouissement et l'expression des ar- Grèce au Bengale ». «Du Maroc au Yémen, ajoute-t-il, les hommes se tistes. Auteur d'une thèse de doctorat de musicologie études considèrent comme des frères et les musiciens se sont Des syndicats professionnels revendiquent depuis quel- islamiques, enseignant et chercheur, il constate dans les référés aux mêmes traités médiévaux comme à un Islam ques années une meilleure organisation du marché du années soixante combien le monde arabe et singulièrement cravate; et surtout je fixe ses mains, des mains belles, plurinational commun. C'est une musique idéale, sans disque, dans le double objectif de protéger la profession et ses musiques « sont calomniés ». intelligentes, qui vivent et qui sentent, qui valent celles de fondement ethnique. Le mouvement artistique s'est fait d'éviter le piratage. Le manque d'infrastructure est aussi Il décide donc de produire des disques en créant la n'importe quel musicien raffiné d'Europe. C'était un dans une démarche modeste et intellectuelle, au-dessus vrai sur le plan quantitatif que qualitatif. L'absence de collection Arabesques. «II fallait, nous dit-il, faire acte antiraciste et plus précisément un acte pour l'égalité de tout ethnocentrisme. » protection et de prise en main du marché par des connaître ce qui est élégant et raffiné dans la culture des cultures. Trop peu de mélomanes avertis fréquentent Les projets de Chabrier sont à la mesure de son savoir: structures sérieuses et dynamiques laisse trop souvent la orientale. Cette démarche a pu apparaître comme les concerts donnés par exemple au théâtre des Aman- détenant une énorme docume1ttation, dont un mètre cube place à la médiocrité et au griotisme. paradoxale parce qu'elle était à la fois politique et diers où ne se retrouvent que les gens acquis au tiers d'enregistrements et 20000 diapositives, il voudrait tout Pourtant, dans les pays arabes, la musique continue de foncièrement élitiste. Je crois qu'en fait ma démarche monde. Ce n'est pas normal! » simplement mettre son expérience et son matériel «au jouer un rôle social traditionnel qui ne demande qu'à être était habile, mais sans démagogie. L'attrait des musiques d'Orient sur J.-C. Chabrier se service d'une institution destinée à renseigner le grand _ mieux soutenu pour mieux s'intégrer dans l'effort global de « Le musicien iranien que je montre sur une pochette de rattache, semble-t-il, à plusieurs niveaux. Il y a d'abord, public sur les potentialités et le patrimoine culturels et iii développement que t t le de 11 d 0 disque n'est pas en babouches, il porte complet veston et chez ce spécialiste qui parle couramment le turc et connaît musicaux de l'Orient. » A bon entendeur, salut! 0 Il ~ _______________o_ u_ __m_ o_n_ __a _p_p_e _e_ _e_ s_e_s_v_oe__ux '_ _- l_ __________________________________________________________________________________________________________________________________________________~ Différences - n° 63 - Janvier 1987 Il Chanson légère, mélodies « Il fait la nouba", dit-on, en France, de celui que ses goûts portent à la fête. Le terme nouba vient en fait du Maghreb et signifie en arabe suppléance ou remplacement. Dans les grandes familles d'antan, les femmes faisaient une autre nouba, puisque cela désignait l'acte de réaliser une tâche - domestique par exemple - à tour de rôle. C'est ta nouba c'est ton tour. Dans le registre musical, la nouba est un programme de concert, employé au pluriel la nouba désigne aussi un groupe de musiciens. On retrouve d'une manière particulière la nouba dans le contexte de la musique dite andalouse, née de la rencontre des cultures de l'Espagne musulmane. Là, c'est l'appellation donnée à un ensemble de chants et de pièces instrumentales composé selon le même mode et selon des rythmes différents, dont le nombre n'excède pas cinq. Cette forme varie d'ailleurs beaucoup d'un pays à l'autre, voire d'une ville à l'autre. Les citadins mélomanes de Constantine distinguent nettement leur nouba de celle de Tlemcen ou d'Alger. Au Machrek, l'équivalent de la nouba maghrébine s'appelle wasla. On y trouve une improvisation vocale particulière qui consiste, entre autres, à multiplier les variations de phrases musicales autour de deux mots : « 0 ma nuit, 0 mon oeil. » Dans la tradition poético-musicale, ces deux termes se rattachent à l'amour ... , «l'oeil étant la première prise de contact, et la nuit la compagne sincère de l'amour» (1). Le meilleur chanteur est, comme on s'en doute, celui qui répète ces phrases le plus longtemps et avec un maximum de variations. L'Eupte a perdu la guerre 1 Normal, les soldats écoutaient les nostalgiques mants d'amour L'Egypte et ses chanteurs ont porté au faîte de la gloire et de l'universalité inter-arabe, voire de l'université tout court, la wasla, retravaillée et modernÜ';ée. Sayed Darwishe donne dans les années 20 un élan nouveau à l'art musical. Il insuffle aux compositions classiques une dynamique pleine de fraîcheur en s'inspirant du folklore populaire. Après lui, de nombreux musiciens et chanteurs, dont la célébrissime Oum Koulthoum, font de cet art encore de facture classique, un produit qui emporte l'enthousiasme et l'engouement des foules arabes. Des concerts gigantesques, des fans par milliers, consacrent Farid El Atrache, Mohamed Abd El Ouahab, Abdel Halim Hafez ... Pourtant des voix s'élèvent un peu partout pour condamner avec plus ou moins de véhémence, selon les contextes nationaux, une musique et une chanson considérées par les plus politisés comme soporifiques, voire aliénantes. Lors de la guerre des Six jours avec Israël, qui vit la débâcle des Arabes, des rumeurs folles circulent devant l'ampleur de l'échec ... L'Egypte aurait perdu la guerre parce que .. . les soldats égyptiens écoutaient les nostalgiques chants d'amour de Oum Koulthoum au lieu de se battre contre l'ennemi ... Au-delà de la conjoncture et de l'outrance d'un humour qui touche parfois au cynisme appliqué avec soin à soi-même, c'est en fait le procès de la chanson dite légère qui est ainsi exprimé. Les sirupeuses mélopées d'une multitude de vedettes bien moins talentueuses qu'Oum Koulthoum - d'ailleurs largement diffusées à travers une partie du cinéma égyptien - exaspèrent les milieux politiques. Militants de gauche et intellectuels rêvent dans les années 60 et 70 d'en découdre avec les systèmes politiques et économiques qui les oppressent. Toujours en Egypte, un chanteur populaire, aveugle depuis l'enfance, Cheikh Imam, accompagné de son poète, Fouad Negm, renoue hors et à l'intérieur des prisons qu'il fréquente assidûment pour délit d'opinion politique, avec la démarche de Sayed Darwish. Il enregistre, à l'occasion des veillées populaires dont sont friands les Orientaux, des cassettes qui célèbrent la vie quotidienne du petit peuple du Caire, des paysans des rives du Nil et la solidarité de classe. Des groupes musicaux se créent, notamment au Liban avant l'aggravation de la situation, travaillent à répondre au besoin de rénovation de la musique arabe. Ils mettent en musique les grands poètes contemporains, privilégient la chanson « à texte ", ils veulent redonner au chant la couleur « des yeux des mots ». Des mots d'aujourd'hui. 0 (1) Cf. La Musique arabe, Salah El Mahdi éd. Alphonse Leduc, Paris 1972. AU PAYS DU ROI LUTH ... L es instruments de musique folklorique se distinguent très nettement des instruments qui sont utilisés dans la musique traditionnelle savante. Dans la musique folklorique, les instruments varient d'un pays ou d'une région à l'autre, par certains détails ou par le nom qu'ils portent. La Gasba est particulièrement prisée par les montagnards et les paysans arabes. C'est un roseau troué, souvent décoré de dessins. La Cornemuse ou Mezoued comprend deux tubes de roseau accordés à l'unisson et placés dans une peau de chevreau. La Zorna, originaire de Turquie, est une flûte fabriquée en bois de jujubier. On l'appelle Mizhar en Orient arabe, zokra en Tunisie, ghaïta en Algérie, au Maroc, en Lybie et en Espagne. Plus spécifiquement égyptien, le Arghoul est composé d'un long roseau et d'un court. En percussion, on trouve la Tabla qui accompagne souvent la zorna en Afrique du Nord. C'est un tambour à baguettes couvert de peau de chèvre des deux côtés. En région saharienne, la Gasaa - une autre sorte de tambour - est en bois d'olivier. La célèbre Derbouka, qui a un grand succès auprès des touristes français et européens en tant qu'objet - souvenirest en poterie et recouverte d'un seul côté de peau de chèvre. Enfin, le Bendir (ou DAB) développe de chaudes sonorités qui s'accordent harmonieusement avec le mezoued. Le Luth est certainement l'instrument-roi de la musique Sirupeuses el grands poèles classique arabe. Le terme arabe qui le désigne est Oud qui signifie tout simplement« baguette» ou« bâton flexible ». Il en existe plusieurs variantes dont le luth oriental, le luth tunisien qu'on retrouve au Maghreb, le Khobza très répandu en Roumanie. Il semble que ce soit sous l'influence dt., ç Perses que cet instrument ait été introduit en Arabie. Damas, Baghdad et Le Caire ont été les centres principaux de propagation du Oud, il reçut dès le Moyen Age diverses modifications qui le firent aboutir à sa forme actuelle laquelle, à travers l'Espagne, passa en Europe. Il comporte une caisse de bois piriforme très bombée, le manche, court, est recourbé en arrière, enserrant ainsi des cordes doubles dont les deux premières sont actuellement métalliques et les trois autres en nylon remplaçant le boyau traditionnel. Les cordes se pincent avec un plectre jadis en bec d'aigle, actuellement en plastique. Le roi de la musique arabe est aussi bien utilisé dans l'orchestration que pour accompagner le chant savant et parfois même populaire. Il se trouve surtout mis en valeur dans le Taqsim, ce jeu Différences - n° 63 - Janvier 1987 MARO(: un jeune musicien et son darbouga. d'improvisation où il déploie toutes ses possibilités. Autre instrument savant, le Kanoun. En forme de trapèze, cet instrument a 26 triples cordes, il est muni de plaquettes placées sous chaque ensemble de cordes. Placé sur les genoux, le Kanoun est joué avec les deux index munis d'ongles de corne. Il en existè plusieurs sortes là aussi: le Rebab nord-africain, qui se joue avec un archet, accompagnait les conteurs et poètes populaires. Un troisième genre est connu en Syrie et en Irak, il comporte une seule corde. Le Naï, flûte en roseau, est répandu un peu partout tandis que le Cintour (particulièrement connu en Iran et en Irak), en forme de trapèze,constitué de onze et quinze triples cordes, se joue à l'aide de petites baguettes. Essentiellement musique de chambre, la musique ne connaît pas une percussion très variée. La Derbouka y est pourtant utilisée (avec une peau de poisson) ainsi que le Tar, petit tambourin à peau de chèvre ou de poisson, ainsi que le Naghrat, constitué de deux petites timbales couvertes de peau de chameau et de deux baguettes. C'est au cours d'une longue histoire que se sont constitués les instruments de la musique arabe, à partir d'éléments divers véhiculés par les vieilles civilisations en contact avec l'Islam. Ils sont toujours représentatifs de la grande diversité du monde islamique, mais n'en portent pas moins le sceau d'une civilisation particulière, aujourd'hui en mutation. L'adjonction d'instruments occidentaux dans la musique dite moderne en est une expression parmi d'autres. 0 Tex Avery, de la planche à l'agenda de poche. ARTS TEX AND CO. Les amateurs de Tex Avery et de ses personnages plus fous les uns que les autres peuvent se réjouir: un Agenda 87 Tex Avery (éd. du Chêne) vient de voir le jour, sans doute pour permettre à tout un chacun de devenir un peu plus fou au fil de l'année! La BD fait des bulles, tout le monde sait ça. Elle peut aussi se mettre en poche: c'est en tout cas le pari lancé paré les éditions J'ai lu, qui inaugurent une collection dont les « albums» entrent (en forçant un peu) dans la poche arrière d'un jean. L'argument prix (moins de 30 F par exemplaire) jouera sans doute plus que celui de la qualité (même si celle des premières «BD poche » est assez honnête). démocratisation, mais il ne faudrait pas étouffer dans un espace trop étroit un jeune art qui a montré ses lettres de noblesse, en partie grâce aux supports dont il s'est donné les moyens. 0 ROMAN-PHOTO. Grâce à cette nouvelle collaboration d'un auteur de BD assez fascinantes comme la Fièvre d'Urbicande (Ed. Casterman, 1985), Benoît Peeters, et d'une photographe, MarieFrançoise Plissart (ils ont déjà publié ensemble Droit de regard, éd. de Minuit, 1985), le roman-photo quitte résolument les ornières du genre. L'histoire qui se trame ici sous forme d'une enquête est à tout le moins ... énigmatique. Au fur et à mesure de celle-ci en effet, le mystère semble s'épaissir! Harcelé de questions fusant d'interrogateurs invisibles, l'homme sommé de répondre s'égare dans les méandres d'une réalité qu'il recon~titue par bribes désordonnées. On est soudain saisi d'un doute: les traqueurs d'aveux En effet, si certains (Mafalda, les ne sont-ils pas tout simplement à voir Bidochons ... ) se prêtent facilement au dans la seule (mais déroutante) compliformat réduit, d'autres (Corto Maltese, cité qui se noue entre le texte et les BilaI) risquent d'en pâtir sérieusement photos de ce livre même ? .. Mais, au niveau de la qualité du graphisme et comme dirait l'autre (Sempé en l'occurde la mise en page. On voit donc mal rence), « rien n'est simple », et ce récit toute la BD se mettre en poche, mais la montre bien que tout peut, de surcroît, formule adoptée par J'ai lu a au moins se compliquer! 0 le don de séduire le porte-monnaie et de Le Mauvais OEil, par Benoît Peeters et rendre la BD accessible aux plus dés ar- Marie-Françoise Plissart - Ed. de Mi- ... gentés (qui en sont aussi souvent les nuit. &lL-__________________________~ ~p~l~us~f_r_ia_n_d~s)~:I_e_s~je_u_n_es_._B_r_a_v_o~p_o_u_r_la_ __________________B_ ER_N._~_R_O_G_O_L_R_E_R~ SPECTACLES DANSE· THEATRE VIENNE. Arthur Schnitzler (1862- 1931), qui avait commencé une carrière de médecin avant de se tourner définitivement vers l'écriture, théâtrale en particulier (quatre-vingts pièces, pour la plupart encore inédites en France), avait suscité l'admiration du Dr Freud, comme en témoigne ce que ce dernier lui écrivit en 1906 : « Je me suis souvent demandé avec étonnement d'où vous teniez la connaissance de tel ou tel point caché, alors que je ne l'avais acquise que par un pénible travail d'investigation et j'en suis venu à envier l'écrivain que déjà j'admirais. »Mais, à vrai dire, l'admiration était réciproque entre ces deux personnalités viennoises. L'oeuvre théâtrale de Schnitzler mérite sans aucun doute d'être révélée au public français: la superbe mise en scène de Terre étrangère que nous avait donné Luc Bondy en 1984 au théâtre des Amandiers de Nanterre l'atteste. La Ronde (éditions Stock, 1984) sera à son tour montée par Alfredo Arias à la Comédie-Francaise. En attendant, ce sont deux pièces en un acte de l'auteur viennois, les Derniers Masques et la Grande Scène (adaptation française de Gabriele Brennen et Henri Christophe) que Gilles Gleizes a réuni en un seul spectacle. Leur thème commun, celui de la mégalomanie et de la fragilité de l'homme, les fait se compléter: la première est violente et met en scène des personnages au seuil de la mort, la seconde est au contraire vive et acerbe. 0 Les Derniers Masques, la Grande Scène, d'Arthur Schnitzler, au théâtre de Boulogne- sur-Mer, les 9 et 10 janvier 1987 à 20 h 30 ,. le 11 janvier à 17 heures,. puis repris au Théâtre 13 à Paris, du 20 janvier au 22 février 1987, à 20 h 30. NAPOLI. Pour Eduardo De Filippo (1900-1984), Naples est « un théâtre antique qui ne fait jamais relâche ». Les ruelles et les places grouillantes de G. Strehler) au théâtre de l'Europe, du 6 au 18 janvier 1987 et les Voix intérieures (mise en scène de C. Yersin) au Théâtre de l'Est parisien, du 6 janvier au 15 février 1987. Mais il y aura également une table ronde: Eduardo De Filippo, dramaturge et acteur, les 14 et 16 janvier 1987 à 17 heures à l'Institut culturel italien (50, rue de Varenne, 75007 Paris) et une exposition documentaire sur l'oeuvre de l'anthropologue Ernesto De Martino, Naples dans l'Italie du Midi au même endroit, en janvier et février 1987 ... entre autres. 0 INTIME. Aux éditions de l'Arche paraissent les volumes 5 et 6 de l'oeuvre théâtrale que Strindberg écrivit dans la dernière partie de sa vie. L'auteur suédois, loin de considérer que la réalité individuelle et quoditienne suffisait à définir la condition humaine, à puisé dans l'histoire de la culture de son pays le thème de la Mariée couronnée ou de Blanche-Cygne. Mais c'est dans le Songe, drame itinéraire entrepris en 1901, que la continuité de la pensée de Strindberg apparaît le plus fortement, puisque s'y mêlent le vécu quotidien, le rêve, la poésie. C'est après l'échec de Pâques et une période (1903-1906) où l'auteur n'écrit plus de pièces qu'un retour à la scène s'opère quand celui-ci fonde le Théâtre intime, pour lequel il produit des pièces de chambre comme Orage, la Maison brûlée ou le Pélican. 0 Théâtre complet. Volume 5: La Mariée couronnée; Blanche-Cygne; Charles XII; Engelbrekt; Christine; le Songe; Gustave III; le Hollandais; le Rossignol de Wittenberg. Volume 6: Orage; la Maison brûlée; la Sonate des spectres; l'Ile des morts ; le Pélican ; le Dernier Chevalier; le Régent; les Babaouches d'Abou Kassem; le Gant noir; le Jarl de Bjiilbo ; la Grand-Route. Editions de l'Arche. SINECURE. Le thème de la dernière pièce de Thomas Bernhard voisine avec celui de la Force de l'habitude: faire du théâtre n'est pas une sinécure! Surtout quand le lieu de l'acte théâtral par excellence (la représentation) est. .. la salle de danse d'un village de 280 habitants, que plus d'une mésaventure d'ordre matériel vient surgir au dernier moment et que la troupe du comédien Buscon, qui est aussi sa famille, n'est pas tout à fait dans sa meilleure forme ... On conçoit alors que la comédie de Th. Bernhard, fortement contaminée par les éléments tragiques, ait un dénouement tragi-comique ! Le Faiseur de théâtre, de Th. Bernhard - Ed. de l'Arche. Naples, « un théâtre antique qui ne fait jamais relâche». monde de cette ville peuvent, en effet, ET ENCORE HAMlET. Dix ans après sa première l'apparenter à un « lieu théâtral» ur- mise en scène de Ham/et, Daniel Mesbain d'où jaillissent spontanément la SOS. Frédérique, 19 ans, va sombrer guich remonte cette pièce inépuisable. gestuelle expressive et le dialecte de ses dans la drogue, et pourtant ni ses Le thème du double est exploité à fond habitants, à la fois acteurs et public. copines, ni ses copains, ni ses parents dans cette revisitation du drame du Une série de manifestations rend ne s'en rendront compte. Elle coule prince du Danemark, et les libertés hommage à cette « scène napolitaine» toute seule, malgré ses appels au d'interprétation ne manquent pas, tantôt et à E. De Filippo, dont les pièces, tout secours. C'est cet C avant» le naufrage surprenantes et agréables, mais tantôt en restant très ancrées dans la réalité qu'évoque ce spectacle, sans dramatisa- étouffant partois aussi un peu le sens spécifiquement napolitaine, ne l'abor- tion excessive ni minimalisation. profond de la pièce de Shakespeare. dent pas moins dans une optique uni- SOS au Théâtre 18 à 20 h 30 (di- Hamlet au théâtre Gérard-Philipe à verselle. Au programme, la présenta- manche à 16 heures, relâche le 20 h 30, jusqu'au 5 janvier 1987 et tion de deux pièces de l'auteur: la lundi), du 6 janvier au 8 février 1987. reprise du 9 mars au 12 avril. I!!I ~G~r~a~n~d~e~M~a~g~ia~(~m~is~e~e~n~s~c:è~n:e~d~e~~::::::::::::::::::::::::::::::::::::::-1111 Différences - n° 63 - Janvier 1987 L'AFRIQUE FAIT SON CINEMA Ou du moins, essaie. Jean Rouch et Emmanuel 8ama un regard propos du cmema africain, et cinéaste Jean Rouch avait évidemment deux ou trois choses à dire. Sans compter l'esprit animant son dernier film : Dionysos (1). « Je souhaite qu'il déclenche chez le spectateur une inquiétude amusée et fertile. Que la musique réellement improvisée pour ce film par des gens de divers horizons culturels et qui ne s'étaient jamais vus avant fasse "image" vers l'avenir. Un monde pluriel, multiculturel. Car nous sommes obligés de jouer ensemble et de trouver la clef à desserrer tOlites les mauvaises consciences ... » Différences: Jean Rouch, que pensezvous du cinéma africain à travers ses récentes réalisations? Jean Rouch: C'est un cinéma en proie aux paradoxes de la nécessité de son développement et des actuelles conditions de production. Dans son ensemble, le continent africain est tombé dans le piège des films à hauts budgets, des grandes mises en scène (le Sixième Jour, de Chahine, Sarraounia, de Med Hondo, etc.). Ce phénomène ne date pas d'aujourd'hui , il a démarré en Algérie. Un film comme le Vent des Aurès avait, à l'époque, en raison de son coût, quasiment vidé les caisses du Centre du cinéma algérien et pratiquement bloqué des réalisations de jeunes cinéastes ... Différences: Comment expliquez-vous cette situation d'aujourd'hui? J. R. : Les raisons sont multiples. Personnellement, j'ai bien connu les débuts du cinéma africain. Très vite, quand on disait qu'il fallait réaliser des films en 16 mm, il y avait souvent cette objection

« On nous propose de faire un

cinéma au rabais 1 .. . On nous fait croire que ce qui est valable pour les Blancs ne l'est pas pour nous 1 » •.• Peu après est apparu le format super- 8 mm (qui avait des avantages et des qualités supérieures à la sacro-sainte vidéo actuelle). Un cinéaste comme Souleymane Cissé m'en a beaucoup voulu le jour où je lui ai dit : « Il faut tourner en super-8 ». Maintenant, à travers les festivals, le cinéma africain est sorti de l'anonymat par une série de films tout à fait Jean Rouch remarquables. On veut donc aujourd'hui tourner en 35 mm et en scope ; c'est la fascination du modèle extérieur avec toutes ses lourdeurs techniques. D'où , parfois, un manque de liberté de création sinon un manque ... d'africanité. Un cinéaste comme Cissé- et il n'est pas le seul - travaille avec des opérateurs français. L'Afrique a pourtant des techniciens. Quelque chose ne colle pas à ce niveau . C'est comme avoir le cul entre deux chaises, l'une en rotin, l'autre en Louis XVI. (Rires.) Un cinéma pied-nu Différences: L 'inconfort d'une telle situation viendrait d'un complexe par rapport au flot d'images véhiculées par l'Europe et l'Occident dans des pays d'économie pauvre ? .. J. R. : Je ne crois pas qu'on puisse préjuger. II faut encore attendre. Mais les résultats risquent d'être parfois décevants par rapport aux investissements mis en oeuvre. Cependant, parallèlement, il y a aussi un mouvement important de jeunes cinéastes africains qui est en train de se développer en reposant un tas de vraies questions ; un cinéma que j'appelle « pied nu » ... Par exemple, au Burkina-Faso - pays aux multiples langues différentes - le cinéaste Ouedraogo (formé à Ouagadougou, puis à l'IDHEC) a réussi à tourner deux heaux moyens métrages sans le moindre dialogue, mais accessible à tous les villageois du Burkina ... Il prépare d'ailleurs actuellement son premier long métrage. Cette année, au Festival de Nantes, on a pu voir un formidahle film malien réalisé par Omar Sisoko, la Leçon des ordures (2), sur des gosses de Bamako qui s'occupent de voirie dans la ville tout en se faufilant dans les histoires d'adultes. Ce cinéma «pied nu » (Jean Rouch tient à sa formule !) est en passe aujourd'hui d'éclore un peu partout: au Sénégal, au Niger, etc., avec un minimum d'interventions extérieures du projet à la réalisation. Et là, l'avenir du cinéma africain se révèle passionnant. Différences: A vec peut-être aussi pour nous, spectateurs d'Europe si loin de ces pays et de leurs contextes, un risque de regard facilement surplombant pour ne pas dire plus ... J. R. : Oui, il y a de cela. Nous avons encore trop, vis-à-vis de ce cinéma africain qui file son propre avenir , un regard parternaliste, fût-il «néo ». Il faudrait que nos enfants se révoltent et défilent dans les rues en criant: « A has Kubrick! », ce type bourré de talent, mais pris au piège des caméras hypersophistiquées... Sérieusement, je pense qu'il faut aujourd'hui lutter contre le cinéma propre et carré pour faire du cinéma sale et hexagonal. Différences : A h bon ? J. R. (rieur) : Attention, pas de méprise ! Les hexagones sont les seules figures pouvant aisément s'assembler entre elles et former des nids d'abeilles... Les villages africains, dans leur topographie, sont hexagonaux. Les routes françaises sont souvent meurtrières parce que trop ... droites ... Merci, Mister Rouch, pour cette petite histoire de géométrie morale, d'humour et de ciné-vie! 0 Propos recueillis par JEAN-JACQUES PIKON (1) En outre, devrait bientôt sortir sa version cinéma de la pièce Folie ordinaire d'une fille de Cham, de Julius Amédée Laou, mise en scène par Mesguich. (2) Ce film a reçu le Tanit de bronze au Festival de Carthage 1986. en noir et blanc sur les perspectives du cinéma africain. ECRANS NOIRS Du 13 au 23 novembre, les écrans du monde s'étaient donné rendez-vous à Amiens. Fraternité oblige, puisque le Festival d'Amiens (1) est jumelé avec le Fespaco de Ouagadougou et avec celui de Montréal. Les rencontres comme Amiens sont l'occasion pour les distributeurs français ou les simples spectateurs de découvrir la production de plusieurs pays d'Afrique. Or, qui soupçonnerait la vitalité du cinéma et le souci d'une politique audiovisuelle cohérente dans un pays comme le Burkina-Faso, par exemple. Nous en avons demandé plus à Emmanuel Sama, délégué du Fespaco à Amiens. " Le programme populaire de développement, au Burkina-Faso, prévoit, depuis 1984, cinquante nouvelles salles. Chaque province a un programme de développement à réaliser. L'équipement cinéma y figure au même titre qu'une maternité ou une école. « Le souci premier est de promouvoir la diffusion du cinéma africain. Cela implique que les Etats africains qui participent à un centre r;Je diffusion et de production contrôlent réellement le marché et ne deviennent pas une antenne de l'UGC, comme cela fut le cas au début. «Une école interafricaine que dirige Gaston Gaboré, l'auteur de WendKuûni, est le siège de la Fédération africaine qui entend désormais que les efforts pour de nouveaux écrans accompagnent la production d'un cinéma africain authentique. « Au Burkina, le cinéma est monopole d'Etat. Un fonds de promotion réinvestit 1 a % des recettes brutes dans la production depuis bientôt dix ans. "C'est ainsi que des films comme Wend-Kuûni ont pu voir le jour. Désormais, les réalisateurs bénéficient d'une aide supplémentaire de la part de l'Etat, sous la forme d'un aval pour prêt bancaire. » On assiste à l'éclosion de talents nouveaux et, ajoute notre interlocuteur, ces jeunes cinéastes savent que leurs films seront vus. Plusieurs de ces films Différences - n" 63 - Janvier 1987 récents comme Désebagato, le Dernier Salaire ou l'Autre Ecole traitent de thèmes voisins, la relation entre la ville et le village. Quand tout va mal, de Nikiena Thomas, a obtenu le Prix de la première oeuvre au Festival de Carthage. Un~ histoire relativement classique, mais touchante: un enfant est envoyé à la ville chez sa grand-mère pour suivre des cours. Quand la grand-mère tombe brusquement malade, le jeune garçon doit devenir cireur pour subsister. Les écrans de cinéma, mais aussi la télévision, une des premières d'Afrique, sont impliqués dans la même politique: rendre à l'Afrique ses images. Les séries améticaines Dallas, Dynastie, n'entrent pas au Burkina où même les enregistrements cassettes de ces feuilletons sont interdits. « C'est un choix politique, souligne Emmanuel, car d'autres pays, l'Algérie, par exemple, ont acheté ces séries américaines. » Le jeune Etat se tourne donc résolument vers ses racines et s'ouvre ainsi à ses voisins : Sarraounia, du Mauritanien Mel Hondo, a été coproduit par le Burkina, qui a aussi prêté de nombreux figurants. Les spectateurs français peuvent voir ce film depuis un mois. Les lecteurs de Différences n'ont pas encore fini d'entendre parler des écrans d'Afrique, puisque rendez-vous leur est donné avec le Fespaco 1987, le dixième du nom, en février. 0 CHRISTIANE OANCIE (1) Journées cinématographiques d'Amiens, consal'rées depuis des années, à l'amitié entre les peuples. Fespaco: Festival du cinéma africain. A VOIR EN JANVIER Aux Frontières de la ville, film australien de Bruce Beresford. Les difficultés d'insertion d'une jeune métisse de son bidonville d'origine aux quartiers blancs. D'Autriche deux films également importants: Le premier volet de la trilogie d'Axel Corti, après Welcome in Vienna. Décidément le cinéma de ce pays n'a pas fini son travail d'information sur le passé et le présent nazi; les Héritiers de Walter Bannert part d'un fait divers authentique et dénonce les activités des néo-nazis pour entraîner la jeunesse d' aujourd' hui. Reste à vous parler de Levy et Goliath, le dernier de la tribu de Gérard Oury et de Rabbi Jacob. Comme on retrouve Anconina et Boujenah en frères, on pense compter sur un honnête (sic) film commercial. 0 Wond Kuuni, de Gaston Kaboré, un film phare pour l'Afrique AGENDA 5 janvier au 30 mars, tous les lundis, la Ligue d'improvisation française reprend ses grands matches d'impro au Bataclan, à Paris. Rens. au 47.00.30.12. 9 au 17, Venise sauvée, pièce d'André Engel, d'après l'oeuvre de Hugo von Hofmannsthal, à la grande salle de la Maison de la culture du Havre. Rens. au 35.21.21.10. 10 Salif Keita, de l'afro rock, une voix haute et déchirée venue du Mali. Théâtre 71 de Malakoff. Rens. au 46.55.43.45. Il janvier au 28 février, l'exposition itinérante : Pour mieux combattre la drogue, vaincre l'ignorance, réalisée par l'association familiale de lutte contre la toxicomanie en Guadeloupe, sera présentée dans plus de 20 communes de l'île. Rens. au 90.04.14 à Pointe-à-Pître. Il au 21, Eden, une chorégraphie de Maguy Marin, à la Maison des Arts de Créteil. Rens. à la Maison des Arts. 9 inauguration des salles permanentes du Musée d'Aquitaine à Bordeaux. Ces salles sont consacrées à l'Histoire contemporaine et à l'ethnographie régionale. Rens. au 56.90.91.60. Il janvier au 14 février, exposition du peintre Taulé à la galerie de l'hôtel de vi1\e de Vi1\eurbanne. Rens. à la mairie. 12 ouverture des cours d'initiation à la photo du Center for media art and photography au centre américain à Paris. Rens. au 43.35.21.50. 13 soirée d'études sur la liberté organisée par l'Université d'éducation nouvelle « Robert Gloton »(GFEN), à l'école de Grésillons, 35, rue du Square à Gennevilliers. Rens. au 46.72.53.17. 15 date à laquelle seront disponibles les dossiers d'inscription de la formation à la direction de projets culturels ouverte par le centre de formation national d'Avignon. Les études, sur 12 mois, sont sanctionnées par un D.E.S.S. Rens. au 90.82.20.97. M u s QUE s COSMOPOLITES JAZZ EN LOIRE. Steve Lacy est un saxophoniste et compositeur newyorkais. Il a joué avec les musiciens de jazz les plus illustres d'après-guerre, en particulier Gil Evans, Cecil Taylor, Théolonius Monk et Don Cherry. Ce fils d'émigrés russes quitte New York pour Paris en 1970, où il prend une part importante à la naissance de la musique improvisée européenne. Il joue uniquement du saxophone soprano. Pour lui, les trois maîtres absolus de cet instrument sont Sydnet Bechet, Johny Hodges et John Coltrane. Steve Lacy a également été influencé par sa participation à l'orchestre de Gill Evans, puis surtout par la musique de Cecil Taylor, qui allie à une technique de piano impressionnante l'audace et l'énergie qui le rende capable de condenser thèmes et variations en solos inépuisables. C'est cette démarche que Steve Lacy poursuit. .. « Pour imposer un nouveau style, explique- t -il, il faut rester intègre, c'est-à-dire jouer ce qu'on a dans le sang et rien d'autre. Surtout ne pas abandonner sa piste. Chercher la liberté est peut-être un acte politique, car il faut survivre dans un monde où il y a beaucoup de belles musiques. On est donc obligé de lutter pour chaque phrase, et de continuer jusqu'à ce qu'on se sente "free". » Steve Lacy sera au X' Festival international de jazz de Rive-de-Gier le 30 janvier 1987. Un rendez-vous à ne pas manquer. 0 Festival international de jazz de Rive-deGier, les 23-24 et 30-31 janvier 1987. De nombreuses formations venues d'Europe, d'Afrique et des Etats-Unis. Le Français Alma Ata, le 23 et le Zaïrois Ray Lema, le 31, entre autres. Tél. : 77.75.05.22. Discographie : Steve Lacy Sextet, The Flame, Soul note SN 1035. The Condor, Soul note SN 1135. Ray Lema, Medicine, Celluloïd 6756. Kinshasa, Washington D.C., Paris, Celluloïd 6658. TRADITION. Du folklore en compact, ou comment relier tradition et techno...

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Un petit tour en Chine, ensuite, et sa musique classique instrumentale. Tous les rêves sont permis sur les Corbeaux de l'hiver glissant sur l'eau gelée, exécutée par un cheng à cordes de soie, ou En soulageant mon coeur (cheng à cordes métalliques). Enfin, pour terminer, les Maîtres tambours du Burundi. Vêtus d'amples robes drapées, blanches et rouge sang, ils forment un ensemble d'une quinzaine de tambours disposés en arc de cercle. Le battement des tambours, unique en son genre, constitue un discours continu entre les musiciens et les spectateurs, chaque tambourinaire, spontanément, laissant son tambour pour prendre place au centre du demicercle et se livrer à une improvisation dansée. 0 V. M. Mongolie, musiques et chants de tradition populaire. Grem G7511. Chine, musique cfflssique instrumentale Playsound S 65005. Les maîtres-tambours du Burundi. Arion AR 64016. ~L-__ ~ _________ ~~-L ___ ~ Simon Jurad ET CRIC « et crac », répond l'auditoire quand le conteur antillais va commencer ses fables. C'est aussi comme ça que Simon Jurad introduit ses chansons lorsqu'il occupe la scène avec sa bande, Edith Lefel, Jean-Luc Alger et les autres. Ça « zouke » sérieux et, lors de son récent passage à l'Olympia, la foule a déliré sur Lanmou et Mô dan bwa doudou mwen, à vous faire péter les oreilles. Son dernier album arrive en tête des hit-parades antillais. Et cric, et crac. 0 V. M. Simon ]urad, Blue Silver 8210. logie. Si vous avez une platine laser et quelques grammes de curiosité, vous pourrez commencer par la Mongolie. Laissez-vous aller aux délices des Kôômii (chants diphoniques) aux limites de la voix humaine, des guim- FEDERICO. Amancio Prada est galibardes à traction qui accompagnent la cien. Il chante les Sonetos deI Amor marche des chameaux, de la vielle qui oscuro, écrits à partir de 1935 par 15 journée d'étude; Modernité, évoque la course effrénée des chevaux Federico Garcia Lorca et demeurés inadéveloppement ici-bas là, organisé par h é 't . le séminaire ONG/OIG, de l'Université de dans la steppe et des chants longs, c ev s : on sai pourquol. .. Paris VII. Rens. à l'VER de géographie à épopées du XIIe siècle, ainsi que ou des Les 9 et 10 janvier 1987, à 18 h 30 au III~JU~S~Si~e~U' ~________________________- L~in~s:tru~m~en~ts~r~a~res~comm~e~le~li~·tho~p~h_o_n_e._ __~ _h_e_a_~_e_d_e_ _ffl_ _~_ il_oe_.__O _____________ -4 YVES THORAVAl B LOC-NOTE s LA PLUS BELLE GARE DU MONDE. N'en déplaise à Salvador Dali, la gare de Perpignan n'est plus la plus belle du monde. Celle d'Orsay, construite pour l'Exposition universelle de 1900 lui ravit la place d'une belle longueur en devenant l'un des plus somptueux musées existant (ce n'est pas tous les jours qu'il s'en crée un, ex-nihilo), autant par son contenu que par la superbe verrière restaurée qui éclaire les oeuvres d'art (presque) à la lumière du jour. L'aménagement concocté par la célébrissime décoratrice italienne Gaé Aulenti donne à la nef l'apparence à la fois de Jà"'« Gare Saint Lazare» de Monet et un air de mastaba égyptienne et de porte babylonienne kitsch et chic où l'on circule à l'aise, allant d'alvéoles en galeries qui abritent ce qui s'est fait de mieux en arts plastiques, entre 1848 et 1914, période d'élaboration de notre XXe siècle que « couvre» le musée. Ainsi la charnière entre le Louvre et le Musée national d'art moderne du centre Pompidou, (sans oublier le musée d'Art moderne de la Ville) et « Picasso» est-elle maintenant chronologiquement assurée sur le plan des arts plastiques. Une déception cependant : étant donné la personnalité de sa directrice, Madeleine Réberioux, une très grande historienne des sciences sociales, on aurait pu espérer, et c'était son souhait, qu'« Orsay» soit avant tout un musée de la civilisation du XIX' siècle, dont le caractère industriel et scientifique, laboratoire immédiat du XX., est incontestable. Or, ce sont plutôt les tenants de l'art pour l'art qui l'ont emporté. On ne s'en plaindra pas trop, d'autant que, sous l'impulsion de sa directrice, des actions résolument nouvelles seront dirigées avec et pour les comités d'entreprise, les syndicats, les scolaires, les groupes en général dans des domaines jusqu'ici plutôt marqués par l'élitisme. Mais, à l'aube du XXI' siècle la distinction entre le social et l'art est-elle encore autant de mise que dans la tradition muséologique classique? M ONDOCULTURE. Il faudrait chaque mois occuper la moitié de « Différences » pour signaler les activités de la « Maison des cultures du monde », tant son action semble illustrer le titre du MRAP« ... pour l'amitié entre les peuples ». Par exemple, jusqu'à la fin-janvier, « Musiques et jeux de la toundra et de la taïga» (URSS), présente un spectacle inédit, « eXQtique », venu d'une sorte de « Sahara» d'herbes Différences - n° 63 - Janvier 1987 éparses et rudes, couvrant le nord immense de l'immense URSS. Ces musiques et ces chants nous introduisent auprès de femmes et d'hommes qui ont de tout temps su maîtriser la nature, les vents, le froid, Bédouins du septentrion se mirant dans les eaux pures du Baïkal et parcourant la Yacoutie glacée vers les feux d'une grande ville nommée Irkoutsk. Et puis, un conseil, profitez de leur venue en France, car chez eux les températures peuvent descendre jusqu'à - 72° ! P HOTOMANIA. Surtout, il ne faut pas manquer (jusqu'au 25 janvier) un des maîtres incontestés de la photographie, August Sander qui a, de 1910 à 1933, date à laquelle les nazis « autodafèrent » son oeuvre, puis de nouveau après la guerre, impitoyablement, en entomologiste tendre et froid à la fois, autopsié la société allemande dans toutes ses strates, ses corps de métiers, en laissant toujours à l'individu pris comme sujet, le soin de montrer sa profonde personnalité. TORO. Sous le signe du taureau, jusqu'au 25 janvier, un ensemble de manifestations multiformes (expositions, danse, théâtre, musique, cinéma), à la gloire du tutélaire totem des Celtes-Ibères devenus nos Espagnols voisins, explosent au théâtre du Rond-Point et au cinéma Latina aussi (à découvrir avec sa galerie-barrestau). Cette irruption espagnole est patronnée par l'active association « Cultura Latina» qui, depuis 3 ans, est à l'origine de multiples et réussies initiatives. Paris-Audiovisuel: 35, rue La Boëtie, Paris 8'. Tél. : 43.59.41.78. Cultura Latina: 65, Bd des Invalides, Paris 7'. Tél. : 47.34.94.29. Maison des cultures du monde: 101, Bd Raspail, Paris 6'. Tél. : 45.44.72.30. Musée d'Orsay: 62, rue de Lille, Paris 7'. Tél. : 45.49.48.14. Fermé le lundi. 16 forum de 18 à 24 heures sur la Lutte contre le racisme à Chelles, avec la participation de Harlem Désir et Albert Uvy. 16 concert de Al Tall el Muluk el Hwa à la Maison de l'étranger à Marseille. Rens. au 91.95.90.15. 17 Scènes de la vie raciste au quotidien, par le Théâtre de l'opprimé, à 14 heures à la salle Rivière, église SaintAntoine des Quinze-Vingts, 55, rue Traversière, 75012 Paris. 17 les peintures et dessins de Breyten Breytenbach à la galerie de la ville de Montreuil. Rens. à la mairie. 17 et 18, conférences-débats au centre Thomas-More à l'Arbresle sur les Sectes en France et l'Etat. Rens. au 74.01.01.03. 20 au 24, Baden Powell au New Morning à Paris. Rens. au 45.23.51.41. 19 Rock au Rex. Toutes les tendances du jeune rock français, jusqu'au 24. Ça commencera par Jao Wio et ça finira par les Ablettes, en passant par Blessed Virgins et Moby Dick. Location 3 FNAC et Clémentine. 21 au 31 janvier,festival des écoles théâtrales d'Europe à Lyon (Courly), qui réunit les écoles d'art dramatique de 11 pays d'Europe. Concours, hors concours, Salon expo et débats. Rens. au 78.24.29.39. 24 janvier au 15 février, Vienne pour mémoire, l'intégrale de la trilogie de Axel Corti, composée de trois films dont « Welcome in Vienna ». Rens. au 47.21.22.25. 24 Deuxième Concerto pour piano de Brahms au théâtre de Dunkerque par l'orchestre national de Lille dirigé par Kazimierz Kord. Concert à 20 h 30. 29 Jazz et Polar: éliminatoire du concours d'orchestre. Entrée libre au Dunois, à Paris. Rens. au 45.84.72.00. III L v R E D'ICI ET D'AILLEURS s CONTES. Lorsqu'Antoine Galland a commencé à traduire les Voyages de Sindbad, il ignorait encore que ceux-ci appartenaient à un ensemble beaucoup plus vaste, dont il n'apprit l'existence qu'après 1675. La traduction des Contes des mille et une nuits, qu'on pourrait considérer comme l'oeuvre d'une vie, se décompose en deux étapes. Dans la première (jusqu'en 1709), Galland s'appuie sur le manuscrit qui ne sera publié en langue arabe qu'en ... 1814 à Calcutta

puis, de 1709 à 1713, il travaille

notamment sur des récits du moine alépin (Alep: ville de Syrie) Hanna, qu'il recueille lui-même. Il est donc indéniable que la traduction des Mille et Une Nuits par Galland, qui a d'ailleurs beaucoup voyagé, déborde le cadre strict dévolu habituellement à la fonction de traducteur. Pourtant, le succès populaire immédiatement obtenu par la publication des Contes des mille et une Nuits ne laisse pas de s'étonner sur le décalage qui existe avec la pauvreté des commentaires sur ce recueil: prix dans leur aspect divertissant, ces contes n'en ont pas moins été laissés dans la ... nuit par les critiques du genre, y compris par les plus contemporaines. FRANÇOIS MALLEY Le Père Morelli, de Dachau à Netza Préface d'Alhert Chamhon Le père Alex Morelli, théologien dominicain, après avoir connu l'extrême misère et l'interdiction de Dieu à Dachau, part vivre en Amérique Latine. A Netzahua1coyotl, aux portes de Mexico, le plus grand bidonville du monde avec ses trois millions d'habitants, il n'y a ni eau, ni électricité, ni égout, ni arbre; seulement la boue l'hiver, la poussière l'été. L'histoire à vif - 256 pages - 75 F. C'est sur ce paradoxe de « l'invisibilité d'un chef-d'oeuvre» que s'est interrogé Georges Mayen développant plusieurs hypothèses sur ce phénomène, et en examinant la genèse du livre, les qualités et les défauts de la traduction de Galland, ses apports plus ou moins originaux, à la lumière de la critique anglaise du XX· siècle, et de Muhsin Jassim Ali en particulier. Aujourd'hui, des signes montrent que le voile se lève quelque peu sur cette oeuvre par l'intérêt porté, entre autres, sur le héros féminin de Sheherazade ou sur Morgiane, l'esclave d'Ali Baba, ou encore par un certain retour sur des oeuvres rangées dans la catégorie de la « para-littérature », aussi appelée « littérature de plaisance »... L'un des mérites de ce travail, qui tend à faire redécouvrir la traduction de Galland, est d'ouvrir dans ce recueil de contes une autre dimension qui enrichit encore le seul plaisir de leur lecture. 0 BERNARD GOLF/ER Chaque journaliste se souvient de la conférence de presse de lancement de SOS-Racisme, sous les lambris de l'hôtel Lutétia. Bernard-Henri Lévy avait commencé le spectacle, et endormi la salle en 17 secondes. Coluche avait fait du Coluche, et ravi la salle en se moquant d'elle. Résultat, alors que B-HL volait déjà vers d'autres Cambodge, Coluche tirait toute la presse, et des centaines de milliers de jeunes vers l'antiracisme. Lisez le livre que Frank Tenaille vient de consacrer à Coluche : il y montre très bien que ce qui énervait chez Coluche, ce n'était pas qu'il « morde le trait », c'est que l'absurdité de notre société soit assez vaste pour toujours lui laisser de la marge.O Le Roman de Coluche, par Frank Ténaille, éditions Seghers/Paroles et Musiques. EN ROUGE. « Dorénavant, si l'on dit à une femme « Je vous aime », elle pourra demander .; « En quelle couleur, je vous prie? » Tel est l'agréable incipit par lequel s'ouvre le dernier libre d'Albert Memmi, intitulé l'Ecriture colorée ou Je vous aime en rouge, publié aux éditions Périple. Il y a déjà plusieurs années, Memmi désirait écrire un livre où chaque tonalité de l'écriture serait exprimée par une couleur différente : la passion serait en rouge, la vérité en gris, l'analogie en jaune, la fantaisie en bleu ... Aujourd'hui, il s'explique dans cet ouvrage sur le sens de cette démarche. Lui, qui tient tellement à différencier toujours le constat, lucide et froid, du coeu ou du désir, propose ici une classification des langages. Attaché plus que tout aux questions d'éthique, il aborde nécessairement le lien entre l'écriture et la vérité. « Il ne s'agissait plus seulement, écrit-il, d'aider la lecture par un outil optique encore plus commode, une simple répartition coLes Mille et Une Nuits d'Antoine Gral- lorée des textes, mais de proposer une land, par Georges May - Ed. PUF. nouvelle et véritable échelle de significaCOLUCHE. La défense ' nucléaire, les triéognasl. e»nP poeurrs pleesc taimveo.uOr eux des mots, un associations des droits de l'homme et les comiques ont ceci de commun, qu'ils L'Ecriture colorée ou Je vous aime en doivent être capables d'agir tous azi- rouge, d'A lbert Memmi, éd. Périple, 93, muts pour être crédibles. Coluche étaI.t rue de Monceau, 75008 Paris. un très grand comique parce qu'il était PABLO. Deux hommes et deux femmes capable de se moquer de tout, et un se retrouvent à l'occasion de l'anniverhomme efficace parce qu'il savait par- saire de la mort de Pablo, celui qui a faitement , au prix d'une dialectique tenu pour chacun le « rôle» d'un ami, toute particulière, mettre sa dérision au d'un frère, d'un époux ou d'un amant, service des grandes causes qu'il brocar- et dont les cendres ont été répandues dait. C'est parce que Coluche était le dans un terrain vague. L'évocation du seul homme de France à pouvoir ra- disparu entraîne les protagonistes dans conter qu'avec un petit pois, un Ethio- un dérèglement progressif de cette pien ouvrait un supermarché qu'il était mémoire à quatre voix entremêlées, aussi le seul capable d'impulser «Chan- parfois conflictuelles .• teurs pour l'Ethiopie » ou les « Restos Sang et Eau d'Enzo Cormann - Ed. de Il 17 janvier 2012 à 13:36 (UTC)17 janvier 2012 à 13:36 (UTC)17 janvier 2012 à 13:36 (UTC)~ _~ d~u~c~oe~u~r»~~. ________________________~ M~in~u~i~t' ___________________________1 Différences - n° 63 - Janvier 1987 Colonialisme albert memmi le racisme Racisme Hétérophobie ? TRENTE ANS APRES Un colloque vient de rendre hommage au Portrait du colonisé, publié par Memmi en 1956, une bible pour les antiracistes qui continuent à s'y référer. Albert Memmi s'explique. Pour lui le portrait reste valable dans notre société. Le Portrait du colonisé (1), essai majeur et central de l'oeuvre d'Albert Memmi, a aujourd'hui trente ans. Préfacé par Sartre et classé parmi les «géométries passionnées », cet ouvrage paraissait en 1956 dans le contexte colonial de l'Afrique du Nord. L'auteur, né à Tunis, dans la Hara, le quartier juif de la ville, montrait à partir de son vécu, le caractère inéluctable de la décolonisation et la surdétermination des communautés et des individus par un ordre destructeur de la fraternité des hommes. C'était la fin de la « dépendance» tunisienne et le début de la guerre d'Algérie . Aux interrogations. aux hésitations, au confort moral, mais aussi (surtout ?) à la fragmentation des colères et des souffrances ressenties au quotidien , Memmi, membre d'une communauté « intermédiaire », eut la lucidité et le courage de refuser la compromission intellectuelle avec le système colonial. Dépassant, assumant ses propres marges et ses propres conflits, il écrivait: « La situation coloniale fabrique des colonialistes comme elle fabrique des colonisés ». En somme, ni bon, ni mauvais colon, mais nécessairement, objectivement, tragiquement colonialiste. Ni bon, ni mauvais colonisé mais « nationalement, civiquement il n'est que ce que n'est pas le colonisateur », c'est c'est-à-dire défini privativement, négativement, apatride en son propre pays. Il dressait sans complaisance, un tableau synthétique des attitudes et des contradictions des trois communautés directement concernées: les Arabes, les Juifs, les Européens. Et, à l'intérieur de chaque groupe, les velléités et les nuances dues aux pOSItions sociales, aux onglOes nationales, aux contingences historiques du passé aux options idéologiques. Ce livre est devenu un classique, il a été réédité à cinq reprises en France traduit en vingt et une langues. Pas à pas, avec la minutie d'un entomologiste, il a traqué \es tares, les carences, les valeurs, la psychologie de chaque groupe dans un contexte extrême de domination. Memmi nous a dit aujourd'hui, son émotion de voir Ait Ahmed, l'un des chefs historiques du Front de libération nationale algérien, venir, lors du colloque organisé à Paris, pour rendre hommage à son oeuvre (2) lui confier avoir' découvert le Portrait du colonisé dans sa cellule de la prison de la Santé (3). Memmi se soucie de ne tirer aucune gloire militante du fait que son étude ait servi aux militants d'Algérie et d'ailleurs. « Ça veut dire, commente-t-il, que ça correspond à un besoin chez les gens. Ce besoin, c'est évidemment d'en finir avec la domination quelle qu'elle soit. Dans la plupart des pays où il y a des problèmes de Libération, mon livre a été lu. Jusque chez les mouvements régionalistes, puisqu'il a été traduit en provençal, en occitan et en basque. A l'origine, ce travail n'était pas militant, mais il est devenu progressivement un outil de combat. » Les livres de Memmi ont été des bouteilles à la mer. En 1965, Payot éditait avec le concours du MRAP, une enquête sur le racisme (4) dont Memmi et deux autres universitaires assuraient l'analyse des résultats. Ce livre avait notamment le mérite de mettre en place des éléments pour une définition « opératoire» du racisme. On y lisait que « le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime afin de justifier ses privilèges et son agression ». Plus tard Memmi affine cette définition, il rédige l'article sur le racisme pour l'Encyclopedia universalis en 1970 et, en 1982, il consacre un autre livre au phénomène du racisme publié en livre de poche chez Gallimard. Il distingue le racisme proprement dit et ce qu' il appelle « l'hétérophobie ». « Pour moi, explique-t-il, l'hétérophobie signifie le refus agressif d'autrui, parce que la différence fait peur. Quand un étranger arrive dans un village de Corrèze ou de Kabylie, la réaction première est r une réaction de méfiance. Qu'est-ce- qu'il vient faire là, se demande-t-on ? Qui est-il? Qu'est-ce qu'il va venir de lui, du bien ou du mal ? » Ce n'est donc pas encore du racisme qui correspond à une étape supérieure, à une construction intellectuelle et idéologique. L'hétérophobie est très répandue « car l'espèce humaine est une espèce qui a longtemps eu peur et qui continue d'avoir peur. Les femmes ont peur des hommes, les hommes ont peur des femmes, les enfants des adultes et ainsi de suite; quand on a peur, on devient agressif, quand on devient agressif l'autre a peur, il devient agressif à son tour, et s'il est agressif il fait peur, ça devient un cercle vicieux épouvantable. Pendant les événements de Tunisie, deux automobilistes se sont tirés dessus, tous les deux au même moment, aucun des deux ne voulait attaquer l'autre, ils faisaient partie du même camp et de la même communauté, personne n'a rien compris ... Il y a, ajoute Memmi, résurgence du racisme chaque fois que les majoritaires se sentent en danger, qu'ils ont l'impression que leur situation acquise est remise en question ( .. ). Parfois, c'est utilisé politiquement, parce que c'est tentant d'utiliser un ressort qui marche bien ». En somme, la démarche raciste permet de passer de la biologie à la métaphysique, de choses très simples à un raisonnement par lequel l'univers et chacun sont définitivement figés. Comme l'image du colonisé d'hier n 'était qu'une construction imaginaire, l'identité française ne semble ~ pas selon Memmi quelque ~ chose de clairement définis- ...: sable, ni de statique. « Faut-il croire, me demande-t-il , à des différences biologiques entre les Français du Midi et les Arabes d'Afrique du Nord? Savez-vous ce qu'est devenue l'armée arabe que Charles Martel a arrêté à Poitiers? Eh bien elle n'est pas rentrée chez elle, elle s'est fondue dans la population locale. Savez-vous combien de fois la Corse a été occupée? Dix-sept fois, dix-sept populations étrangères ... alors, il faut vous dire, la pureté, pour moi, c'est un mythe. » Ce refus du figement et du stéréotype, Memmi l'a illustré tout le temps, depuis le Portrait du colonisé jusqu'à son dernier livre l'Ecriture colorée ou Je vous aime en rouge (5), en passant par les romans , les récits , les articles et son activité pédagogique en tant qu'enseignant. Non seulement rien n'est statique en ce monde, dit-il en substance, mais tout devient passionnément mouvant et source de création et de fécondité quand on est conscient de sa ou de ses différences. Angoissé et anxieux, Memmi l'a été, se posant la question de l'origine et de l'identité. Qui et comment être quand on est à la fois juif, tunisien et français , a-t-il demandé à un de ses amis poète. Celui-ci lui a répondu tranquillement: et bien soyez juif, tunisien et français! Memmi se dit aujourd'hui apaisé de ce côté-là, le temps et la sagesse ont imprimé aux traits de son visage quelque chose de profondeur serein. Lui, chez qui la Hara, « ce royaume des pauvres » aujourd'hui disparu, continue de vivre comme un « terreau intérieur symbolique et affectif », appelle aux solutions de persuasion et non de répression, il en appelle aussÎ à la vigilance à l'égard du danger néo-nazi DifférenceS - nU 63 - Janvier /987 UN COLLOQUE Un colloque a été organisé à Paris à l'Académie diplomatique internationale à la mi-novembre pour rendre hommage à l'oeuvre d'Albert Memmi qui a obtenu il y a plus de vingt ans le prix Carthage et le prix Fénéon. Plusieurs universitaires et écrivains sont intervenus pour aborder tel ou tel aspect du témoignage littéraire et philosophique de l'écrivain. Ils ont entre autre abordé, à partir de la communication de Guy de Bosschere, « l'incidence du Portrait du colonisé sur la décolonisation du tiers monde. La disparité tant du point de vue des nationalités représentées que des positions idéologiques des membres du comité d'honneur de cette journée d'hommage, est significative de l'intérêt qu'ont suscité les écrits d'Albert Memmi.O même s'il n'y croit pas vraiment, il « condamne inconditionnellement » les manifestations racistes en Israël , qu'il qualifie, à l'instar de tous les intégrismes, de « régressions redoutables ». Sa philosophie de l'oppression est née de cette lisière du quartier juif pauvre de Tunis, où il a saisi le lien profond et définitif entre la domination et le racisme . Il s'est intéressé à toutes les causes, celle des peuples dominés, celle des Noirs, celle des femmes, celle des juifs .. . On n'est pas obligé de partager tous les développements de son oeuvre et toutes ses prises de position pour reconnaître en lui un témoin lucide et sensible de son temps, un antiraciste tranquillement acharné.O SYLVIE LAFAYE (1) Précédé du Portrait du colonisateur, Petite Bibliothèque Payot. (2) Cf. Encadré. (3) Ait Ahmed et quatre dirigeants de la Révolution algérienne, dont le futur premier président de la République se rendaient à Tunis dans un avion qui a été arraisonné par l'armée française. (4) Les Français et le Racisme, Paul Maucorps, Albert Memmi et lean-Francis Held. (5) Ed. Le Périple. Voir rubrique Livres. Abonnez-vous 1i"érences El El ANC UNE VIEILLE DAME TRES DIGNE L'African National Congress, l'organisation la plus représentative de la lutte des Noirs contre l'apartheid, a soixante-quinze ans, et son avenir devant elle. ANC. Ces trois lettres ne font pas tilt dans tous les esprits. African National Congress... Le mouvement noir sud-africain le plus représentatif de la lutte contre l'apartheid. L'apartheid, c'est bien sûr la séparation entre Blancs et Noirs ; l'inégalité, l'injustice et la violence dont sont victimes ces derniers. .. Mais encore? L'apartheid est beaucoup plus: un système d'organisation de l'Afrique du Sud qui renforce et officialise une discrimination raciale existant dans les moeurs depuis l'implantation des colons dans ce pays. N'oublions jamais qu'il est le seul au monde à avoir inscrit le racisme dans sa constitution. Celle-ci prévoit les piliers de ce système qui ne sont pas toujours bien connus à l'étranger. Des peuples opprimés par l'apartheid ont jailli depuis longtemps des résistances. L'ANC, dès sa fondation, a proclamé l'unité de la nation africaine par-delà les divisions tribales et collaboré avec des organisations politiques indiennes et métisses. On distingue deux grandes périodes dans la vie de ce mouvement: la première est pacifique, la seconde violente. L'ANC, influencée par Gandhi qui avait séjourné vingt ans en Afrique du Sud, jusqu'en 1914, et organisé la résistance indienne par des méthodes non violentes, va suivre son exemple pendant cinquante ans. En 1955, l'ANC réunit un congrès du peuple où se trouvent des représentants noirs, métis, indiens et blancs démocrates. Ils élaborent et adoptent la Charte de la liberté dont voici les grands principes : « L'Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, Blancs et Noirs, et aucun gouvernement n'est justifié à prétendre exercer l'autorité s'il ne la tient de la volonté de tous ». Affirmation des droits politiques, du droit à la liberté d'expression et de déplacement pour tous ainsi que l'égalité de l'instruction et des salaires. Ce grand élan se termine par un appel à la paix et l'amitié. Réponse du gouvernement: de nombreuses arrestations et traduction en justice de 156 signataires accusés de trahison. En1960, à la suite d'un événement grave, l'ANC se résout à changer de tactique : elle avait lancé une action de résistance passive contre la loi des laissez-passer. Lors d'une manifestation pacifique à Sharpeville le 21 mars 1960, la police tire sur une foule de Noirs désarmés qui se présentaient sans passeport devant les postes de police. 69 morts, plus de 200 blessés. L'état d'urgence est proclamé, arrestation de 20 000 personnes dont 2 000 sont détenues sans jugement. Le 8 avrill'ANC est interdite ainsi qu'un autre parti noir d'opposition, le PAC, et leurs deux dirigeants sont condamnés à trois ans de prison. Albert Luthuli, le chef de l'ANC, recevra le Prix Nobel de la paix un an plus tard, en 1961. Pacifisme, non-violence pendant cinquante ans. De grandes proclamations, un prix de la paix pour aboutir à quoi ? Résultat nul : le pouvoir refuse catégoriquement le dialogue avec l'organisation la plus représentative des Noirs et les prisonniers et morts se multiplient. Le 16 décembre 1961 , les militants de l'ANC et du PAC lancent une campagne de sabotage soutenue par des Indiens et quelques Blancs. Répression implacable. Arrestation en 1963 de dix dirigeants de l'ANC ainsi que de Nelson Mandela alors âgé de 45 ans qui a été avec Olivier Tambo, l'actuel président de l'ANC, le premier avocat noir d'Afrique du Sud. Emprisonnement à vie pour tous. Ces peines marquent le début d'une période tachée de multiples condamnations allant jusqu'à la mort (2 pendaisons par semaine de 1963 à 1965). Mais, alors qu'elle paraissait brisée en 1965, la résistance se relève. Malgré les persécutions et le démantèlement de ses réseaux, l'ANC se reconstitue comme organisation clandestine. Certains de ses membres préparent la lutte armée avec les mouvements de libération de la Rhodésie (ZAPU), de la Namibie (SWAPO) et des colonies portugaises. D'autres continuent la lutte politique en Afrique du Sud en distribuant des tracts et en proclamant des slogans sur bandes magnétiques dans les lieux publics. Impossible de franchir les frontières : les pays amis se font rappeler à l'ordre par Pretoria. Leur lutte, celle du peuple africain, est jalonnée d'événements sanglants. En 1973, grèves de Durban. En 1976, révolte de 10 000 collégiens à Soweto; les émeutes débordent l'école, se répandent dans toutes les grandes zones industrielles du sud. Répression policière sanglante: officiellement 176 tués, plus de 1 000 blessés et 1 300 arrestations. Ces événements tristement connus dans le monde entier n'entraînent aucune réforme réelle, mais une accentuation de la répression. Des détenus meurent à la suite de mauvais traitements. Malgré les vives réactions de l'opinion internationale, le gouvernement réplique plus durement que jamais : arrestations de personnalités noires et blanches, mise hors la loi de dix-huit organisations, interdiction de journaux, bannissements ... Lorsque des militants de l'ANC franchissent une frontière, les pays d'accueil reçoivent de sérieuses mises en garde souvent accompagnées d'actions de la police ou de l'armée sud-africaine à l'intérieur de leur territoire national. L'ANC accueille et forme politiquement et militairement de nombreux lycéens qui ont fui Soweto et voit se développer son prestige dans les townships (1). Différences - nU 63 - Janvier 1987 « POUR NELSON MANDELA » N OUs ne voulions ,,/,,/ pas, dit Mustapha " Tlili, qui est à l'origine de ce recueil de textes parus chez Gallimard, d'un livre didactique. Il s'agissait surtout de rendre compte, non de Mandela comme personne, mais comme figure morale, comme Platon fait parler Socrate. Comme Socrate devant ses juges, Mandela aujourd'hui est un précurseur, le symbole têtu d'une idée de l'humanité et de la liberté, qui englobe malgré eux les SudAfricains blancs, et reste le témoin du droit occidental et de sa dégradation. L'idée nous est venue, après le succès de l'exposition des peintres contre l'apartheid, d'ériger un monument littéraire en l'honneur de Mandela

pas de proclamation ni

de slogans, mais une oeuvre d'art, qui interpelle autour de Mandela tout un public qui n'est pas naturellement amené à penser l'apartheid. » Le pari de M. Tlili est gagné: «Pour Nelson Mandela », c'est de la littérature, et de la belle. Peut-être faut-il se livrer au jeu des extraits, seul moyen de rendre compte du foisonnement extrême de ce livre. Pour Jacques Derrida, l'admiration qu'on doit à Mandela naît des admirations de Mandela lui-même: pour le Droit, pour la Loi contre la force, pour la Démocratie contre ses juges: « On ne cessera jamais de l'admirer, lui et son admiration. Mais on ne sait pas encore qui admirer en lui, celui qui, dons le passé, aura été captif de son admiration ou celui qui, dons un futur antérieur, aura toujours été libre (l'homme le plus libre du monde, ne le disons pas à la légère) pour avoir eu la patience de son admiration et su, passionnément, ce qu'il devait admirer. Jusqu'à refuser, hier encore, une liberté condition- En 1980, elle lance la campagne pour la libération de N. Mandela; des milliers de personnes signent leur soutien. Sa popularité augmente encore après l'attentat à la bombe contre les usines Sasol (transformation du charbon en pétrole) qui consterne la population blanche. Jusqu'à ce que ses militants soient expulsés du Swaziland et du Mozambique en 1984, l'ANC multiplie les attentats, mais toujours contre des cibles «politiques»: bureaux de police, bases militaires, raffineries de pétrole et centrales électriques. En 1981, une enquête du Star indique que 40 % des habitants des townships, convaincus de la nécessité d'une confrontation directe et violente, adhèrent à l'ANC. Celle-ci demeure le seul mouvement politique structuré. Cependant, elle ne rencontre pas un soutien généralisé en Afrique du Sud, aussi bien de la part des Indiens et Métis que des Noirs de la bourgeoisie. Certains lui reprochent son alliance avec le parti communiste sud-africain. D'autres mouvements participent, chacun à sa manière, à la lutte de libération. L'UDF, en 1983, lors d'un grand rassemblement, décide d'envoyer une lettre au Premier ministre, M. Botha, lui réclamant la libération inconditionnelle de N. Mandela et des autres opposants à l'apartheid ainsi que l'établissement d'une constitution non raciale et démocratique. Affrontements dans les milieux scolaires et du travail ; grèves, morts, blessés... On n'en finit pas de monter les marches de l'escalade de la violence avec l'impression ': d'une accélération. ~ Cepend. ant le temps des ~~ conceSSIOns est venu pour les ~ dirigeants de ce pays; il faut § colmater la plaie béante qui ne ~ nelle. »Nadime Gordimer note que tout ce qui a trait à Mandela est censuré en RSA. Pourtant « les hauts murs derrière lesquels il est relégué n'ont jamais oblitéré sa présence. Ce n'est pas une figure du passé que son peuple vénère en lui, mais l'incarnation de leur avenir ... »Jorge Amado: « Nous, Brésiliens, connaissons très bien Nelson Mandela. Et depuis très longtemps ... En vérité, nous l'avons ici : il vit parmi nous depuis quatre siècles.» De Susan Sontag, peut-être la phrase la plus forte du livre: « Cet homme, ce pays.» D'Hélène Cixous, cette interrogation: «Comment vais-je oser parler d'une histoire aussi cruelle, que je n'ai pas vécue, ni personne de mes très proches, et qui me sera toujours épargnée ? Ce sera un honneur. J'irai donc sans la pudeur qui ressemble tant à l'orgueuil. Maintenant, je vais faire une déclaration d'amour à Nelson et Winnie Mandela. » Edmond Jabès, qui pose la question fondamentale: « Comment ses bourreaux pourraient-ils venir à bout d'un homme dont le silence les a, déjà, réduits à rien ? » Heiner Müller évoque à propos de Mandela la figure du soldat Woyzeck, Mustapha Tlili celle d'une tunisienne, Horia, qui se bat pour préserver son seul bien de vieille femme solitaire, la ligne d'horizon de la Montagne ocre devant chez elle, qu'on veut boucher de constructions nouvelles. Ilfaudrait encore citer Juan Goytisolo, Sevro Sarduy, Kateb Yacine, et Maurice Blanchot qui ferme ainsi le livre, citant des propos de Breytenbach à Winnie Mandela: « Notre coeur est avec toi, l'Afrique sera libérée. » . Pour Nelson Mandela, recueil de textes de quinze écrivains, NRF. veut pas se refermer par des coups. M. Botha propose une nouvelle constitution associant métis et Indiens à l'exercice du pouvoir mais rejetant les Noirs. Le 3 septembre 1984, jour de l'entrée en application de la nouvelle constitution, débutent des émeutes qui vont faire 700 victimes en un an. Les Noirs se révoltent contre ce système qui leur nie toute existence dans le pays où ils sont nés. Répression; morts; emprisonnements... Encore... Toujours? Les 5 et 6 novembre 1984: grève générale du Transvaal ; 1 000 000 de chômeurs. Le travail de politisation de la communauté noire poursuivi dans l'ombre depuis plusieurs années , porte ses fruits. Les habitants des townships, pour la première fois, prouvent qu'ils peuvent paralyser l'économie. Le pouvoir blanc recule encore, poussé aux concessions par les chefs d'entreprise blancs et l'opinion internationale. Il propose la liberté à N. Mandela s'il renonce définitivement à toute violence, tout en sachant que celui-ci refusera. En Suite page 42. Il .....: .\ .....~ .... . ....\. .:.' .. noT.S CRoisÉJ ~ ::. ........................: ..:..:..:..:..:..~..:..:..: ..: . .................................. •.•.•.•.• •••••••••• ""' .. ..•.••..• ' .. ' . . ....,.. 2 3 4 5 6 2 3 4 5 6 7 8 9 7 8 9 \0 HORIZONTALEMENT: 1. Soda caféiné. - 2. Mesure. Epoque. Fait une alliance. - 3. 1---4--1 Personnel. Greffé. Interjection. - 4. Roue à gorge. Imites. - 5. Montagne de Thessalie. Ville des Pays-Bas ou du Nigéria. - 6. Classement. Jeu de cartes. - 7. Suit un cours. Héros troyen. - 8. --4--+---+--~ Charme par ses chants. Pronom familier. - 9. Négation. Cesse. - 10. De moins en moins tabou. Jeu chinois. Préposition dans un diplôme. VERTICALEMENT: 10 1. Habitants d'une capitale afri - L-..--1._...J caine. - 2. Filets sous les oves d'un chapiteau. Prénom féminin. - 3. Démonstratif. Héros de Goscinny et d'Uderzo. - 4. Se jette dans le Rhône. - 5. Ancienne redevance. Ville est-allemande réputée pour ses lentilles. - 6. Pique de la feuille. Désert. - 7. Prénom masculin. Lettre grecque. - 8. De grande taille. - 9. Interjection. Ensemble de chiens dressés pour la chasse. - 10. Tragédie d'Eschyle. D'un auxiliaire. I1()TJ , f4SJEJ A partir de la liste ci-dessous, il s'agit de trouver 24 noms de fromages. Chaque groupe de lettres occupant une case ne peut être utilisé qu'une seule fois. AL AM ARO AU AV BE BE BL BLO GOU le 1ER IL IN LE LI L1G BR GE RB RE RE RO ROa RS LL CA FO PI UE UE UR VA RT ME CA FO OT TOM ZEL VE VAR RT ME CAR FO ON TE TE ST SA RT ME CH EU ON OL NT MUN MO MIM MEM CH ET ES ER ER ED DA COM COD CH SOLUTION DES JEUX OU NUMERO PRECEDENT Mots croisés,' Horizontalement: 1. Allumettes. - 2. Loupera. Ne. - 3. Gitans. - 4. Eristale. - 5. Oteras. - 6. 10. Onzième. - 7. Etau. Sem. - 8. Na ! Nos. Se. - 9. Nids. Pal. - 10. Etoile. Ont. Verticalement: 1. Algérienne. - 2. Loir. Otait. - 3. Lutin . Do. - 4. Upas. Où. Si.- 5. Menton. - 6. Ersatz. Ope. -7. Ta. Lei. Sa. - 8. Pères. Lô. - 9. En. Ames. 10. Sel. Sèment. Mots cassés,' Les 30 lauréats de prix Nobel à trouver sont: Becquerel, Bragg, Brandt, Camus, Carrel, Cassin, Curie, Debye, Dunant, Einstein, Faulkner, Fermi, Fisher, France, Friedman, Jouhaux, Kestler, Kipling, Lorentz, Marconi, Mauriac, Mistral, Morgan, Neruda, Onsager, Pauli, Pauling, Pavlov, Perrin, Rutherford. Manon Lescaul version 1986 Je vous adresse cette lettre pour vous raconter ce qui m'est arrivé. Je ne vous écris pas dans le but que vous fassiez mention de mes coordonnées ou dans celui de voir ma lettre publiée, simplement pour vous mettre au courant d'un fait qui retrace bien ce qui se passe aujourd'hui en France et que peu de monde sait. Je suis français, blanc, et je fréquente une Africaine de nationalité ivoirienne. Mon amie demeurait en France en qualité d'étudiante, elle comptait poursuivre des études afin d'obtenir un jour un diplôme de puéricultrice. Elle avait suivi un stage quand, en juillet, la validité de sa carte de séjour est arrivée à expiration. La préfecture n'a alors pas voulu lui renouveler sa carte, prétextant que l'enseignement qu'elle suivait ne lui conférait pas la qualité d'étudiante et qu'elle ne possédait pas de revenus suffisants pour demeurer en France. Elle s'est alors présentée au service adéquat de la préfecture où on lui a dit qu'avec le chômage qu'il y a actuellement en France , on ne pouvait pas lui donner son titre de séjour!!!. .. On lui a alors spécifié que, pour rester en France, il fallait, soit qu'elle trouve du travail, soit qu'elle s'inscrive dans une faculté . Tout cela était absurde, car peu nombreux sont les employeurs qui veulent d'un étranger et trouver une place fixe sans carte de séjour et sans carte de travail, c'est impossible. Elle n'avait pas le bac et pour rentrer dans une fac, c'était également presque impossible. Puisque la préfecture lui demandait de travailler et d'avoir des revenus officiels (avant, elle était prise en charge par son père), elle a trouvé un travail dans un grand salon de coiffure parisien comme femme de ménage. Nous n'avons pas très bien saisi le sens de la lettre que la préfecture lui a envoyée, étant donné l'emploi dans cette lettre, de termes juridiques difficilement compréhensibles. En effet, pour prouver sa bonne foi, mon amie a envoyé une lettre à la préfecture en usant de son droit de recours gracieux. Elle a joint les photocopies des feuilles de paie. Je m'en rends compte maintenant, c'était une erreur: sans papiers, elle n'avait pas le droit de travailler et n'était donc pas déclarée. Cette naïveté n'a fait qu'accélérer le processus d'expulsion. J'exerce à la SNCF la profession de contrôleur et avais passé cette nuit à Dieppe où j'avais couché. J'ai fini mon service le matin du 20 octobre et, en rentrant chez moi, j'ai appris par sa soeur que deux policiers en civil étaient venus la chercher à son domicile de X ... et l'avait emmenée, sans lui laisser le temps de faire ses valises ni de prévenir sa famille. Ils l'ont emmenée sous prétexte de signer quelques papiers administratifs au commissariat de X ... Je me suis rendu tout de suite au commissariat où on ne me laissa ni la voir, ni lui parler. Plus tard , elle fut conduite à la préfecture de Y ... ; là, avec sa soeur, les policiers ne nous laissèrent pas la voir. Puis, après nous avoir fait espérer et attendre plus de trois heures dehors au froid , on nous fit savoir, à sa soeur et à moi , qu'on ne pourrait pas la voir. A la préfecture , les policiers nous firent des remarques du genre: « Vous savez, ce qui vous arrive, avec le chômage et les attentats, faut pas s'étonner!» Quand je fis remarquer aux policiers que ce n'était sûrement pas une étudiante qui posait des bombes et prenait le travail d'un Français, je m'entendis rétorquer

« Je vais quand même pas

quitter mon poste pour quelqu'un qui est indésirable sur le territoire français !» Le lendemain, toute la matinée, nous avons essayé de l'avoir au téléphone. A plusieurs reprises, en attendant d'avoir le bon poste, j'ai été coupé. Sur place , on ne la laissait pas non plus accéder au téléphone. A force d'insister, l'après-midi , j'ai pu l'avoir et c'est alors que j'ai appris la façon dont elle avait été traitée au commissariat de X ... A son arrivée , un policier lui a dit : « Donne ton passeport! » Elle répliqua: « Pourquoi? » Ce qui énerva les policiers. Ils tentèrent alors de lui arracher son sac à main. Elle s'est défendue et s'est retrouvée par terre avec trois policiers sur elle et les menottes puis , pour finir, un passage au cachot comme une vulgaire voleuse. Cette façon de traiter un être humain n'est pas digne d'un pays prétendu libre. N'aurait-il pas été plus simple pour les policiers de lui expliquer ce qui se passait simplement? Apprenant ceci, j'ai tout de suite pris contact avec le MRAP qui m'a mis en rapport avec un avocat. Néanmoins , la loi, même si elle est raciste et inhumaine est quand même la loi et le 22 octobre, à six heures du matin , mon amie a été reconduite à Abidjan, via Roissy-aéroport. Depuis, nous sommes séparés et cherchons ensemble, à plusieurs milliers de kilomètres d' intervalle, le moyen pour qu'elle revienne et reste ici .O X, Paris ~--------~I Les Petites fu1nonces de Différences Le comité local du MRAP de Saint-Ouen vous prie d'envoyer courrier ou demande d'adhésion à cette adresse : ~', rue Ambroise- Croizat, 934ut Saint-Ouen (n° 204). A saisir his. France Conte MP Messidor éd. Sociales. 8 tomes, état neuf: 3000 F. Tél.: 99.54.48.61 (n° 205). Marc Bitterlin anime groupe développement personnel «Le corps et moi ». Paris-prov. Rens. : 12, avenue Victor-Hugo, 13100 Aix-en-Provence (n° 206). Au centre Thomas More 1987, 14-15 février, « Travail social en contexte d'autorité ». BP 105, 69210 L'Arbresle (n° 207). Vs désirez des correspondants ds le monde entier? Demandez notre doc. contre 2 timbres à IPF, 3, rue du Faisan, 67000 Strasbourg (n° 208). Différences - nU 63 - Janvier 1987 Sur le versant du soleil, en tarentaise: accueil de groupes (18 pl.). Gîte « Pollen », 73210 Granier-sur-Aime (Savoie). Tél. : 79.55.66.32 (n° 209). Enseignant marocain marié, 37 a., ch. correspondant(e)s. Peut héberger ceux désirant visiter Marrakech. Ecrire à Différences qui trans. (n° 210). Vends appartement F3 (libre) . Palaiseau, près RER. Tél.: 69.41.34.92 (n° 211). Des ami(e)s par correspondance de France et du monde entier souhaitent faire votre connaissance. Doc. à Genet International. BP 22209, 75423 Paris cedex 09 (n° 212). Voulez-vous correspondre avec des étrangers dont vous ne connaissez pas la langue? C'est facile ! Rens. gratuits contre enveloppe affranchie à OCI, 123, rue de Royan, 16710 SaintYrieix (n° 213). A vendre état neuf, prix intéressants livres sur racisme , droits de l'homme, etc. Liste sur demande. Ecrire au journal qui trans. (n° 214). Tarif: 25 T. T .C. la ligne (26 signes ou espaces). Texte et règlement à Différences: 89, rue Oberkampf, 75011 Paris. Tél. : 48.06.HS.33 Les membres de la Société des amis de Différences bénéficient d'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes) L 1 1 1 1 Ll . .1 1 1 1 1 1 1 1 LJ L-L-.-L.l_LL.-1 L 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 L 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 I.J L 1 ---L .L_Ll l-.Ll L 1 1 1 Voici, en 86 points et 30 questions, un test d'amitié entre les peuples, pour bien enterrer l'année. 1. PRESQUE vient du : A. Latin (praesens). B. Français (près et que) . B. Grec (aisthêtikos). (3 points) 2. ANATOLI CHTCHARANSKY est: A. Mathématicien. B. Physicien. e. Historien. (4 points) ET il a été libéré par les Soviétiques contre : 1. Une « sollicitude » de la France et des Nations unies. 2. Des « services » rendus par la Grande-Bretagne et Israël. 3. Des « espions» libérés par les Etats-Unis et l'Allemagne. (2 points) 3. LE CHANSONNIER ESPAGNOL JULIO IGLESIAS est: A. Divorcé. ~ . Marié. e. Séparé. (3 points) 4. RAYMOND POINCARE était: A. Journaliste, assassiné par les nazis. B. Président de la République. e. Diplomate français en Asie du Sud-Est. (4 points) 5. IL ETAIT UNE FOIS: selon la presse, M. Jean-Marie Le Pen aurait eu des ennuis dans un aéroport: A. Algérien. B. Sud-africain. e. Américain . (3 points) PARCE qu'il avait : 1. Oublié son passeport. 2. Une arme à feu. 3. Insulté les autorités. 6. DANS CERTAINES LANGUES D'ORIGINE LATINE, un « S » au milieu de deux voyelles se prononce comme un : A.« s». B. « z » . e. « ç ». (3 points) 8. CANCANER signifie: A. Faire mariner une viande. B. Tenir des propos malveillants. e. Se dit d'un animal qui dévore ceux de son espèce. (2 points) 9. LA FRANCE A LIVRE DES SECRETS ATOMIQUES à : A. Israël et Afrique du Sud. B. A la Chine et à l'Inde. e. A l'Allemagne démocratique. (1 point, trop facile 1) 10. HONORE DE BAUAC HABITAIT: A. Villeparisis. B. Villeneuve-le-Roi. e. Bry-sur-Marne. (3 points) 11. LES ACTEURS DU FILM « SOLEIL ROUGE .. sont : A. Anthony Quinn et James Mason. B. Toshiro Mifume, Alain Delon et Charles Bronson. e. Michel Piccoli, Shashi Kapoor et Lino Ventura. (4 points) 12. MOINS TROIS PLUS TROIS égale: A. Six. B. Trois. C. Zéro. (1 point) 13. A TUNIS, IL Y A LONGTEMPS: l'Africain qui a envoyé un espion auprès des éléphants d'Hannibal pour « comprendre » les points faibles de ces animaux, s'appelait: A. Ngwane Kabongo. B. Scipion. e. Mapevu y'Dlamine. (4 points, parce que c'est vous !) 14. JUIFS étrangers et français, opposants à Hitler réfugiés en France, républicains espagnols, tsiganes , homosex~els , résistants, etc, sont internés et livrés aux nazis par Vichy. C'était précisément entre : A. 1941-1945. B. 1940-1944. e. 1942-1945. (4 points, attention au piège !) 7. RICHARD SORGE, l'espion du siècle, était: 15. DE MAL EN PIS: UN NOMBRE CONSIDERABLE DE A. Français, de mère française et père grec. FRANÇAIS sont des travailleurs immigrés: B. Américain d'origine écossaise. A. Au Japon. e. Allemand, de père allemand et mère russe. B. En Suisse. 1IL-________________________________ Charlesp~o~inCharles) _______C _._E _n_A _r~g~e_nt_in_e_._(_2~p_o_in_t_~_ ___________________~ f'T' ••• Voltf RLS,lÀ ... il EST fRAW~~? (~II" ~. 16. LA COULEUR, c'est: A. L'impression diffusée par l'intellect. B. Ce qui n'est pas blanc et noir. e. L'association de la matière, du corps et de la lumière. (4 points) 17. COUP D'ETAT! Au nom du peuple français, le futur Napoléon III, par l'intermédiaire d'un décret, disait, le 2 décembre 1851 : A. Le Conseil d'Etat est dissous. B. L'Assemblée nationale est dissoute. e. L'état de siège est décrété dans l'étendue de la première division militaire. (4 points) 18. LE PRENOM DU DICTATEUR CHILIEN est: A. Eugène. B. Augusto. e. Fidel. (2 points) 19. L'ART SPONTANE! selon la presse, Ronald Reagan, le président des Etats-Unis d'Amérique, aurait conçu sur les papiers de « The White House » un dessin qui a été vendu par la suite ... Il s'agissait de : A. Une tête de cheval. B. Portraits des guerriers chinois du siècle dernier. C. Un pistolet Remington. (3 points) 20. OLOF PALME est mort: A. Assassiné en sortant d'une conférence internationale sur le tiers monde. B. Victime d'une bombe. e. Abattu en sortant du cinéma. (2 points) 21. UN MOT FORME D'ELEMENTS EMPRUNTES A DES LANGUES DIFFERENTES est un : A. Hybride. B. Mot propre. e. Syntagme. (4 points) 22. QUESTION REGIONALE: le mmlstre de la Défense sud-africain, connu dans la région comme le « cheval blanc d'apartheid », c'est: A. Pik Botha. B. Magnus Malin. C. Peter Botha. (3 points) 23. LA FEMME DE RAJIV GHANDI EST D'ORIGINE: A. Française. B. Anglaise. C. Italienne. (3 points) 24. IL ETAIT UNE FOIS: les autorités de Prague auraient retiré temporairement son passeport à : A. Martina Navratilova. B. John McEnroe. C. Ivan Lendl. (3 points) POUR AVOIR: 1. Accepté de jouer au pays de l'apartheid. 2. Commis à l'étranger des fraudes punissables. 3. Pour abus systématique de documents qui éta~ent propriété de l'Etat. (2 pomts) 25. SAKE: A. Boisson faite de jus de poire fermenté. B. Boisson faite à base de riz fermenté. C. Thé exporté par Marco Polo en Asie. (1 point) 26. CE QUI A DISPARU DANS LES KIOSQUES : A. Le Monde. B. Minute. e. Hara-Kiri. (1 point) 27. OCCITAN se dit ou s'est dit: A. Pour la partie la plus secrète du temple de Jérusalem. B. Du nord de Poitiers à Grenoble, des dialectes de langue d'oc et plus spécialement de l'ancien provençal. e. Du troisième mouvement de la Symphonie inachevée. (1 point) 28. DITES par intuition et à tout hasard que, dans les six mois prochains : A. L'ANPE va avoir plus d'ordinateurs. B. Les 101 Maliens chassés du sol français seront de retour à Paris. C. Il va y avoir un confilt sur le Code de la nationalité. - (3 points) 29. LE HEROS du roman de Stendhal, le Rouge et le Noir, qui lutte contre sa sentimentalité en s'obligeant à l'ambition et à l'énergie, c'est: A. Julien Sorel. B. Le colonel Chabert. e. Jean Sans Peur. (2 points) 30. MYTHOLOGIE ! Ô, dieu de la mer, fils de Saturne et frère de Jupiter et de Pluton ... Dans ton palais au fond de la mer, tu tenais enfermés les cheveaux marins qui traînaient en char sur les vagues, Ô, A. Toi, Neptune! B. Toi, Placide! e. Toi, Cyrus! (3 points) Préparé par AVELINO OOMINGOS ·v : O€ ! V : 6Z ! J : 8Z ! 8 : LZ ! J : 9Z ! 8 : ÇZ ! l 'J : PZ ! J : €Z ! 8 : ZZ ! V : IZ ! J

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Différences - n° 63 - Janvier 1987 III AMe: une vieille dame très digne. . Suite de la page 37. effet le président de l'ANC, Oliver Tambo, vient de demander à tous une intensification de la lutte armée. Et N. Mandela, après vingt ans de réclusion, répond par la bouche de sa fille : « Sans liberté pour mon peuple, pas de liberté pour moi. Je ne peux et ne veux pas faire de promesse tant que le gouvernement n'aura pas d'abord entrepris de démanteler le système de l'apartheid .. Quelle est cette liberté qui m'est offerte si l'ANC demeure interdite ... si même ma citoyenneté sud-africaine n'est pas respectée? » . Durcissement, violences dans les ghettos noirs; tuerie de Langa le 21 mars 1985 ; répression. En crescendo. Au 1er mai 1985, on compte 170 morts en quatre mois contre 140 pour la même période en 1984. A cette agitation intérieure s'ajoutent des pressions internationales de plus en plus fortes. Le 21 juillet 1985, proclamation de l'état d'urgence dans plusieurs régions du pays, mais M. Botha peut-il retenir encore longtemps le cours de la vie d'un peuple? Déjà des Blancs plus réalistes se tournent vers les représentants de la communauté noire. Le 13 septembre 1985, a lieu, en Zambie, une rencontre que l'on pourrait qualifier d'historique entre Oliver Tambo et cinq dirigeants blancs de sociétés sud-africaines. Cette irruption du pouvoir économique dans le politique sera sans doute un élément déterminant pour que l'Afrique du Sud devienne enfin une société multiraciale. Après leurs échanges sur l'avenir de l'économie du pays, M. Relly président de la plus importante multinationale d'origine sud-africaine, déclare que : « Le système d'économie mixte dans le cadre d'une démocratie multiraciale, tel que le préconise O. Tambo est très différent des positions attribuées par le gouvernement aux militants de l'ANC qu'il persiste à qualifier de "terroristes communistes". « Terroriste », parlons-en de ce qualificatif qui se dresse comme un épouvantail sur nos têtes. Selon la loi sudafricaine, peut être appelé ainsi « quiconque vise à changer l'ordre social, politique ou racial existant, par quelque moyen que ce soit », donc même sans avoir participé à une action il'T.lée ou lancé une grenade. C'est pourquoi le seul fait d'être reconnu membre de l'ANC rend coupable de crime de haute trahison et condamnable à des peines allant de douze ans de prison à la détention à vie. Le gouverqement cherche à colmater les brèches tout en préservant les piliers du système; mais l'édifice semble atteint dans ses fondements même et la réforme vouée à l'échec. « L'apartheid ne peut pas être amendé, il doit être détruit », déclare l'ANC. Mais dans combien de temps la démocratie vaincra-t-elle? Plus réelle sera la solidarité avec le peuple sud-africain en lutte, plus efficaces seront les sanctions, moins longue sera la libération. Ecoutons le message que ne cesse de vous lancer N. Mandela à travers ses barreaux : « Toute ma vie, j'ai lutté pour la cause du peuple africain. J'ai combattu la domination blanche et j'ai combattu la domination noire. J'ai adopté pour idéal une société démocratique et libre où tout le monde vivrait ensemble dans la paix et avec des chances égales. J'espère vivre pour le conquérir, mais c'est aussi un idéal pour lequel je suis prêt, s'il le faut, à mourir ». 0 (1) Ghettos noirs satellites des villes blanches. Bibliographie L'Apartheid: un dossier du MRAP réalisé par Marianne Cornevin. La République sud-africaine: M. Cornevin. PUF. Que sais-je? L'Afrique du Sud et Nous par le mouvement antiapartheid de Genève. Ed. : A la Baconnière. DIFFERENCES, ÇA SE LIT, ÇA SE RELIE! 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