Différences n°57 58 - juin juillet 1986

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Sommaire

Sommaire du numéro

n°57/58 de juin-juillet 1986

  • A quelle sauce va-t-on les manger? (immigration)
  • Anne Frank contre Faurisson
  • Bothafilou (Afrique du Sud)
  • Sous le ballon: les ruines (coupe du monde Mexique) par Alex Corton
  • Les « off » d'Avignon par Jean Roccia
  • New-York New-York par V. Mortaigne [U.S.A.]
  • Le dernier des grands (Vladimir Pozner: le mors aux dents) par J.M. Ollé
  • D'un festival l'autre (Cannes)
  • Dossier: le jazz par R. Pac
  • L'été des festivals par P. Rousseau
  • Art et paix par G. Mangin
  • Le moi, le ça et la haine de l'autre par Guy Laval
  • Les immigrés et le front populaire par P. Dewitte [immigration]

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Belgique. :.14IJ FB. Canada: 3 dolÙJrs. ~(Uoc : 10 dirhams. l'UBLlctTÉ AU JDURIIA/.. PeP, 17, pÙJcede Villiers, 93100 Montreuil. Tél.: 42.87.31.00 Impression Montligeon. Tél. :33.83.8~.22. Commission paritaire n" 63634 ISSN 0247·9095. Dépôt ligal : 1986·6 La r1!daction ne peut être tenue pour respo.sable des textes, documents et photos ço.nfiés. ONT PARTICIPE A CE NUMERO: Bernard Abouaf, Albert Venema, Alex Corton, Jean Roccia, Robert Pac, Jean-Pierre Garcia, Bernard Golfier, Joime Tavano, Annie Lauran, Chantal Langeard, Yves Thoraval, Guy Laval, Philippe Dewitte. Pierre Vallée, Pierre Rousseau, Georges Mangin. PHOTO COUVERTURE: Gary Brown, FISHMAN/COSMOS OMMAmE _______________ ~ Juin-Juillet Comme tous les ans, Différences prend ses quartiers d'été: après ce numéro juin-juillet, il n'y aura pas de numéro avant septembre. Nous allons en profiter pour améliorer la maquette et la distribution NMPP. Si vous connaissez des librairies et maisons de la presse susceptibles d'accueillir favorablement Différences, soyez gentils de nous les signaler. Et si vous craignez de ne plus retrouver Différences chez votre libraire à la rentrée, n'hésitez pas, abonnez-vous! ACTUEL 10 POINT CHAUD __ _ Sous le ballon, les ruines. ALEX CORTON Tout ce que vous ne verrez pas à la télévision sur le Mexique. 12 RENCONTRE Les « off» d'Avignon. JEAN ROCCIA 18 28 30 34 36 Tout ce que vous ne verrez pas au festival. DOSSIER Le jazz. ROBERT PAC C'est entendu, le jazz est la musique des Noirs américains. Mais il est plus que cela, il porte en lui les traces de leur histoire, et a su conquérir les Blancs et la France. CULTURES TENDANCES __ _ L'été des festivals. PIERRE ROUSSEAU Plus de deux cents festivals cet été en France. Une bonne occasion de faire le plein d'interculturel. L'EVENEMENT Art et paix. GEORGES MANGIN Le mois de juin est le mois de la paix. Raison de plus pour aller voir ce que font les artistes pour elle. Un petit tour de piste avec Henri Guédon, et quelques autres. DÉCOUVERTES RÉFLEXION __ _ Le moi, le ça et la haine de l'autre. GUY LAVAL Le racisme serait ancré au plus profond de notre inconscient, et donc inévitable. Un psychanalyste répond. HISTOIRE __ _ Les immigrés et le Front populaire. PHILIPPE DE WITTE Cinquantenaire du Front populaire. A l'époque, il y avait autant d'étrangers en France que maintenant. Comment cela s'est-il passé pour eux? VOUS Les jeux, les petites annonces, l'agenda et votre courrier. ~~ ___ 12 janvier 2012 à 18:39 (UTC)~ ___ L-____________________________________________ ~ Différences - n" 57/58 -Juin/Juillet 1986 .. DITORIAL METEO Il Cet été, un anticyclone venu des Açores stationnera au-dessus de notre pays, le temps sera beau et chaud, certaines soirées seront même étouffantes, des gens énervés par le bruit et la chaleur tireront sur des Arabes en bas de chez eux parce qu'on leur aura dit à la télé qu'ils en ont le droit. Une légère dépression gagnera pourtant les côtes françaises et des jeunes, français ou étrangers, seront obligés de quitter leur colonie de vacances parce que les autochtones leur auront fait la vie dure. Une partie de l'hémisphère Sud sera plongée dans la nuit et le brouillard. En Afrique du Sud, des Noirs manifesteront et seront tués par la police. A leur enterrement, d'autres Noirs manifesteront et seront tués aussi. Pas d'évolution prévue à cette situation dans les mois à venir. En France, de légères perturbations sur l'ensemble du territoire ralentiront la circulation, déjà bien entravée par la multiplication des contrôles d'identité et autres chasses au faciès. De forts vents d'ouest renverront vers l'Europe centrale les vapeurs tchernobyliques. Mais, à l'Est, les pluies acides et autres résidus industriels déttuiront une nouvelle partie de la forêt des Ardennes. Les grandes chaleurs et le farniente amèneront un certain nombre d'hommes politiques ou considérés comme tels àfaire des déclarations tonitruantes sur les dangers de l'immigration. Mais, localement, des gens se battront pour créer des microclimats de chaleur humaine où il fera bon vivre ensemble. Dans les différentes fêtes, manifestations, festivals, la baisse de pression de l'atmosphère dégagera des zones de cohabitation tranquille. Sur les pavés et sur les plages, beaucoup s'apercevront qu'on profite mieux du soleil quand on évite de s'assombrir à détester son voisin. Bref, une situation générale normale pour la saison. 0 D~·~iffi~é~re-n~ce-s---n~o 5~7~6~8~-~J~u~in~U~u~ill~et-l~9~86~--------------------------------------------------~--------~ .. .. NBREF ________________ ----~ A quelle sauce va-t-on les manger? Malgré le beau temps, il risque de ne pas faire bon être bronzé, cet été. Le gouvernement a lancé un train de mesures qui risquent d'altérer gravement la sécurité des immigrés. Déjà, depuis quelques temps, on notait un certain zèle de la part de certains policiers, sans doute «libérés » par le changement de gouvernement, ses déclaration, et la réintégration en grande pompe de responsables syndicaux notoirement marqués à l'extrême droite . Maintenant, on passe au législatif. Et cela ne concerne pas seulement les étrangers; bien qu'explicitement lié au contrôle des immigrés, le rétablissement .-. '1 ' ~ de facto de la loi sécurité liberté va gêner tout le mon- ~ , de. Encore plus qu'avant 81, ~ puisque ne pas présenter ses ~ '-_________________ ........ _ -'---'_......1 papiers devient un délit. La chasse au faciès va reprendre, mais personne ne sera épargné. Même chose pour le droit d'asile. Les mesures adoptées permettront de bloquer désormais tout candidat à l'asile en France à la fontière, laissant l'appréciation aux fonctionnaires du risque de «trouble de l'ordre public ». Même chose encore pour les expulsions : toutes garanties judiciaires sont supprimées, l'expulsion revient sous la compétence de la police. Ces faits sont graves, parce qu'au-delà des immigrés, ce sont des pans entiers de nos libertés qui sont menacés. Sur les autres sujets, beaucoup de causette, comme ces rumeurs qui indiquaient qu'on allait vider les prisons françaises de leurs détenus étrangers. Mais cela ne pourra rester que paroles : une très grande part des étrangers en taule sont en préventive, or aucun Etat de droit ne peut expulser des détenus non jugés. D'autre part, pour ceux qui purgent une peine, il faudrait que des accords bilatéraux soient passés avec les pays concernés, ce qui est loin d'être le cas pour tous. D'autres paroles, aussi: partout à tout moment, dans la bouche du Premier ministre comme chez les Dupont-Dupond de l'Intérieur et de la . Sécurité, le mot délinquance, par une sorte de fatalisme quasi grammatical, appelle le mot immigration. Ça n'est guère nouveau, mais maintenant ça devient officiel. De plus, on peut tout de même s'inquiéter si on regarde du côté de la Ville de Paris, qui, depuis quelques années, sert de laboratoire à l'actuel Premier ministre. Le MRAP a réussi à faire annuler par le tribunal administratif une mesure prise par la Mairie, qui était parfaitement discriminatoire: le refus de verser l'allocation pour troisième enfant aux étrangers vivant à Paris (et payant, comme les autres, leurs impôts nationaux et locaux) . Cette mesure avait été évincée de la plate-forme commune UDF/RPR, mais restait au programme du RPR. D'autre part, des informations nous arrivent de toute part indiquant qu'on refuse quasi systématiquement les logements sociaux Ville de Paris aux immigrés. Des assistantes sociales nous ont déclaré qu'elles subissaient des pressions pour contrôler les papiers des immigrés. Pour l'instant, elles refusent de se transformer en flic, mais certaines mesures sont déjà en place. Ainsi l'allocation aux familles en difficulté: versée pour les Français dans toutes les mairies annexes, eUe a été regroupée dans un seul bureau pour tous les immigrés qui la touchent à Paris. Il faut compter une journée de queue. De nombreux foyers sont en grève, parce que les loyers ont subi une augmentation vertigineuse. Mises bout à bout, ces mesures et ces intentions constituent ni plus ni moins que la mise en place d'un système d'apartheid à la parisienne, et augurent mal de la politique du gouvernement. La carte d'identité dite « infalsifiable » servira-t-elle de pass? Anne Frank contre Faurisson Un qui doit être embêté, c' est Fa urisson. Vous vous souvenez sûrement de cet individu, qui, en 1981, a écopé de trois mois de prison pour sables de l'édition dév 0 il e 1 a méthode Fa urisson, essen tiell ement fondée sur l'usage de la paire de ciseaux . Quand Fau- Une maquette de la maison d'Anne Frank. risson cite , dans le texte d'Anne, le passage de l'aspirateur comme preuve absolue qu'il s'agit d'un faux , il oublie de dire que deux lignes plus loin, dans le texte, Anne précise qu'on passe l'aspirateur à négation de l'existence des chambres à gaz pendant la période nazie. Gêné qu'il était dans ses démonstrations par le journal d'Anne Frank, il s'était débarrassé du problème en affirmant que c'était un faux. Rappelons les faits. Le 4 août 1944, la Gestapo descend dans l'appentis d'un magasin d'Amsterdam et rafle les juifs qui s'y cachent, dont la famille Frank. La petite Anne, 15 ans, est déportée avec sa famille et mourra à Bergen-Belsen. Parmi les papiers éparpillés par la police, on retrouvera le journal que l'enfant tenait depuis deux ans, qui raconte les persécutions que les juifs endurent depuis le début de la guerre. Une preuve absolue : le bruit de l'aspirateur Ce journal, publié deux ans après la guerre par le père d'Anne, qui a échappé à l'holocauste, connaîtra un succès extraordinaire, plus de 15 millions d'exemplaires seront vendus dans le monde. Faurisson à partir de 1977 niera l'authenticité du journal. Le système de Faurisson est simple. Jouant sur les différentes traductions, il repère, par exemple, tous les endroits où Anne décrit des bruits, comme le passage de Différences-n° 57/58-JuinlJuillet 1986 L'analyse graphologique. l'aspirateur dans l'appentis où elle est cachée. Or, dit Faurisson, quand on est clandestin, le moindre bruit vous fait repérer. Donc, le journal est un faux. Donc les juifs n'ont pas été persécutés. Donc les chambres à gaz n'ont pas existé. Et voilà pourquoi votre fille est muette. L'Institut néerlandais de documentation sur la guerre publie une édition scientifique du journal. Les experts du ministère de la Justice ont examinsé l'écriture, le papier, l'encre, la colle, etc. Ils concluent, modestement, qu'après ce travail sur le journal l'authenticité ne fait aucun doute. Dans une très longue introduction, David Barnauw, l'un des respon- L'enveloppe mystérieuse livrera-t-elle son secret? 12 h 30, heure à laquelle les magasiniers sont partis déjeuner, et que le magasin est vide. Toutes les preuves de Faurisson sont ainsi démontées dans cette édition. Quand Faurisson prétend avoir le témoignage d'un homme bien renseigné qu'il a malheureusement juré de ne pas citer, et qu'il cache le nom dans une enveloppe scellée, et donne une photo de cette enveloppe à la fin de son mémoire de défense comme ... preuve de ce qu'il avance, David Barnauw remarque la légèreté du procédé. La traduction française de cette édition scientifique du Journal d'Anne Frank sortira l'an prochain. Ces jours-ci, un M. Roques a repris le flambeau du mensonge, soutenant à l'université de Nantes une thèse «démontrant » l'inexistence des chambres à gaz. On lui conseille vivement la lecture du Journal. 0 Il Foot, foot, foot S i vous n'aimez ni le tennis ni le foot, la vie va vite devenir intenable pour vous pendant ce mois de juin. Consolez-vous en pensant que cela peut servir l'amitié entre les peuples. Témoins ces deux faits. Ainsi à Nanterre, une association le Chabab, a mis sur pied une école de foot , rassemblant 170 jeunes français et immigrés, et combinant le ballon rond avec le soutien scolaire, et des cours de formation. Et comme on n'y est pas sectaire, on vient d'y ouvrir une section foot troisième âge. Si vous ne savez pas quoi faire de votre grand-mère pour les vacances, plutôt que de l'abandonner sur le bord de l'autoroute, offrez-lui un stage. Autre style , l'initiative de Joseph Antoine Bell, gardien camerounais de l'équipe de Marseille. Constatant que les prix prohibitifs imposés par le Mexique pour la retransmission des matchs de Coupe du monde va priver des millions d'aficionados africains de leur plaisir, il a lancé une collecte , au nom un peu niais (Grand frère, petit frère) mais de belle inspiration. Il s'agira de payer le voyage jusqu'à Marseille à des enfants d'Afrique pendant la Coupe, pour qu'ils puissent voir les matchs sur la télévision française ... C'est patronné par l'Amicale des footballeurs professionnels d'origine africaine (1) 0 (1) Parc des 7-collines, 17, rue de la Soupe, 130\\ Marseille. Badges Relevée dans un de ces hebdos gratuits qui trainent dans les troquets ; cette pub : défendez-vous personnellement contre le SIDA. Signée le Comité de défense contre le SIDA. L'adhésion est à 80 francs. Mais ça vaut le coup, on vous donne: des renseignements et des conseils, les meilleures conditions pour un testdépistage, avec une réduction, s'il vous plait, et surtout, fin du fin, une carte de membre et un badge. La pub est agrémentée d'un microbe à pinces de crabe et queue de scorpion. On ne précise pas la forme du badge. Triangel rose ? Etoile jaune? 0 Têtes de Turcs en France En Allemagne fédérale, le livre du journal iste Günter Wal lraff, Tête de Turc (en français aux éditions La Découverte). a reçu un accueîl exceptionnel : plus de deux millions d'exemplaires vendus en cinq mois, un débat public sans précédent. En France également, toute la presse écrite et audiovisuelle a salué ce livre, et 60 000 exemplaires ont été vendus dans les trois premières semaines . Mais tous les lecteurs français se posent · les mêmes questions : y a+iI chez nous des. situatîonsaussidramatiques Que celles décrites dans Tête de Turc? Ya-t-il en France des marchands d'esclaves, des négriers des tem.ps modernes qui exploitent la main-d 'oeuvre immigrée? Le racisme ordinaire est-il aussi violent? Et à toutes ces questions, la majorité deeeux qui vivent en France est incapable de répondre. C'est pourquoi les éditions La Découverte ont pris l'initiative. avec le soutien de nombreuses associations dont le MRAP, de lancer une grande enquête sur les conditions de travail et de vie des immigrés en France. Elles appellent donc tous ceux et toutes celles, immigrés ou français , qui vivent des situations Turc, ou . Qui en ont connaissance, à leur adresser leur témoignage. • SOit en écrivant à l'adresse suivante: «Têtes de Turcs en France» cio éditions La Découverte 1, place Paul-Painlevé, 75005 Paris. • Soit en prenant contact avec la perman~nGe téléphoniqUe suivante: cc Tête de Turcs en France» (1) 45.31.43.38 pour convenir d'un rendez-vous. Ces témoignages seront publiés dan?" des organes de presse ou sous forme d'un liVre; après accord des intéressés. L'anonymat sera bien sûr respecté pour tous ceux et cellesQlli' en feront la demande. De même, elles appellenttoutes les personnes intéressée~en province à relayer localement cette initiative. en recueillant des témoignages, en I~s fals?nt publier dans la presseloCal~ · Il de traV;1i! ou de vie .. analogues.à celles décrites dans Tète de et en les retransmettant à l'adresse ci-dessus. . I12 janvier 2012 à 18:39 (UTC)12 janvier 2012 à 18:39 (UTC)Charles Botha est un filou. Acculé dans une situation inextricable par la montée des protestations en Afrique du Sud et dans le monde, mais bien désireux de ne surtout rien changer, M. Botha triche. En prenant des mesures poudre aux yeux, et en tentant de faire pleurer le pauvre monde sur son sort. C'est que ça va mal pour lui et son régime. Jamais la protestation des non-Blancs, comme on dit là-bas, n'a été aussi constante depuis les années soixante. Les soulèvements sporadiques de ghetto se sont transformés en opposition systématique au régime. De plus , le mur du silence s'est écroulé: l'ampleur de la répression , la ténacité des mouvements antiracistes du monde entier, le prix Nobel de Desmond Tutu, ont fait que maintenant, beaucoup plus de gens savent ce qui se passe en Afrique du Sud. BD THA FIL OU De là, les minimes ures annoncées en grande pompe : « Abolition du système de pass » , titrait récemment le Monde. Certes, mais pour être remplacé par un système de cartes d'identité , qui, grosso modo, reproduira les mêmes interdictions pour la majorité de la population. Autre tactique: l'appel aux pays industrialisés. Botha s'est adressé au sommet des Sept réuni à Tokyo, pour lui dire, qu'en gros, il ne demande qu'une chose, lui, c'est de libérer Mandela. Seulement, si on libère l'avocat noir en prison depuis plus de vingt-huit ans, cela va créer des troubles, et les Sept se devront d'être solidaires de la répression qui s'enAu cimetière sud-africain de Longueval (Somme), seuls les Blancs ont un nom. indiscrétions glanées ici ou là, il semblerait qu'on s'achemine vers un durcissement de l'organisation internationale. Peut-être ne se contentera-ton plus de préconiser des sanctions contre l'apartheid, en dénonçant sans les nommer ceux qui ne les appliquent pas. Des mesures symboliques et vite annulées suivra. Pas facile de gérer Ça risque de gêner la France l'apartheid. aux entournures. Car depuis Surtout en juin, qui va être le début des années 80, et un moment fort de la lutte malgré les quelques mesures contre l'apartheid. D'abord symboliques du gouvernese réunit, à Paris, la Confé- ment précédent, d'ailleurs rence de l'ONU sur l'Afrique annulées dès son retour au du Sud. D'après quelques pouvoir par la droite, le com- Différences - nU 57/58 -Juin/Juillet 1986 merce avec la RSA n'a cessé de croître dans tous les domaines. D'ailleurs, le gouvernement français, hôte de la conférence de l'ONU, sera-t-il représenté à la séance d'ouverture, comme il est d'usage en ce cas? Impossible de le savoir à ce jour. Ce qu'on sait précisément, en revanche, c'est que Botha sera en visite officielle en France le 14 juin, et qu'il rencontrera ses dirigeants. Il était venu une première fois en 1984 pour poser la première pierre d'un monument aux SudAfricains morts en France pendant la Première Guerre mondiale, il avait déjà soulevé un beau tollé. Le gouvernement d'alors, un peu gêné , n'avait que dépêché son secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants pour l'accueillir. Nul doute que cette fois-ci, on lui déroulera le tapis rouge. Rouge comme le sang des soldats sud-africains noirs morts en France pendant cette guerre, mais dont, curieusement, le nom a été oublié sur le monument aux morts. Allez savoir pourquoi! Si tout cela vous écoeure, et vous aurez raison, vous pouvez toujours le montrer. Le 12 juin, à l'appel du MRAP, de l'AFASPA et du MAA, il y aura une manifestation à Paris. 0 Il L e Mexique, cette corne d'abondance naturelle, presque aussi vaste que l'Europe occidentale (1), étale avec orgueil sa tradition révolutionnaire, sa défense des droits de l'homme, vante l'accueil qu'il fit aux Républicains espagnols (dans les années où on y assassinait Trotski . .. ) et son indépendance farouche, durement conquise lors de la nationalisation du pétrole par Lazaro Cardenas en 1938. Mais que le touriste attiré par ses trois mille ans d'histoire, ses ruines prestigieuses, la luxuriance de sa faune et de sa flore tropicales, ses paradisiaques couchers de soleil sur le Pacifique, ses sierras sauvages, les superbes volcans qui parsèment son territoire, des cimes enneigées de Colima au pic d'Orizaba (5 700 m) en passant par les majestueux Popocatépetl et Iztaccihuatl (que la pollution ne permet plus d'admirer, veillant comme des mirages au-dessus de la cité de Mexico), que le touriste conquis par les splendeurs de Tasco et les merveilles de Oaxaca gratte un peu le vernis de la propagande officielle et fouille la réalité étouffée sous les dépliants touristiques, et le tableau qui lui apparaîtra sera tout autre. La première réalité du Mexique est sa capitale : México DF, DistrÏlo federal, que l'humour noir populaire vient de rebaptiser DistrÏlo funeral. Un tiers de la population du pays s'agglutine désormais dans un enfer urbain dont la moindre description ferait pâlir les pages les plus noires de Dickens. L'« admirable spectacle» que purent apercevoir du haut des monts environnants les conquistadores espagnols (2) s'est transformé en cauchemar sans climatisation: des fabuleuses cités édifiées sur les îles et les berges du lac de Tenochtitlan ne se devinent plus, sous une chape noirâtre de gaz asphyxiants, que des bidonvilles à perte de vue, tel Netzahualcoyotl, d'interminables avenues embouteillées, les plaies encore fraîches du dernier tremblement de terre ... L'aspect de la ville est éprouvant

bien peu d'immeubles

construits ces quinze dernières années ont résisté aux séismes des 19 et 21 septembre

des dizaines de milliers

de sinistrés, plus de six mois après la catastrophe, s'abritent sur les places sous des tentes de campagne, dans les conditions sanitaires qu'on tmagine. Et l'effet de serre de "cette gigantesque cuvette si- Allez-la-France : c'est parti pour la Coupe du monde. Allez-le-Mexique : c'est très mal parti pour ce pays au bord de la catastrophe économique. tuée à plus de 2 200 m d'altitude est encore accentué par la circulation insensée de millions de véhicules aux mécaniques défectueuses, consommant un carburant à peine raffiné ... D'un désastre l'autre Mais si la majeure partie des immeubles construits ces quinze dernières années (y compris le plus grand et le plus moderne des hôpitaux de toute l'Amérique latine) se sont effondrés: si l'année précédente une effrayante explosivn de gaz avait semé la terreur dans les quartiers nord de la mégalopole ; ou s'il est finalement si simple de piller, comme le 25 décembre dernier, le fameux Musée national d'anthropologie et méthode efficiente de gouvernement. Le spectacle extravagant d'une coupe du monde de football n'en est que plus incongru, soixante ans après les promesses d'une révolution. La décennie de luttes sociales, qu'il est convenu d'appeler la Révolution mexicaine (1910-1917), aboutit à de piètres conquêtes: un mouvement ouvrier domestiqué, une classe paysanne démoralisée et défaite, une bourgeoisie exsangue, mais victorieuse, et, pour le peuple mexicain, un succès sur le papier: la Constitution de 1917. L'épopée révolutionnaire s'achevait en gouvernement sous l'égide d'un Etat-parti (4). Mensonges concertés d'histoire de Chapultepec, Nous a-t-on assez rebattu les cette accumulation de «mal- oreilles du « miracle mexiheurs » ne doit pas être ra- cain », qui devait après la menée à la seule vengeance guerre servir de preuve qu'il de Montezuma, le dernier était possible de sortir du des empereurs aztèques. sous-développement! Cette S'ajoutant à l'inflation illusion n'est désormais plus galopante (3), l'explication de mise. La réalité mexicaine de cette parade sauvage s'expliq.ue d'abord par le voiréside dans le concept de sinage d'une énorme puismordida (les pots-de-vin). La sance impérialiste, l'impossicorruption qui règne à tous bilité d'échapper à son emles étages de l'administration prise économique et polipolitico- économique du pays -- tique, et le besoin inassouvi semble prouver par son am- de relâcher ces liens. Tous les pleur qu'elle est la seule flux vont aux Etats-Unis ou en viennent, du tourisme aux capitaux et au pétrole, Où sont aujourd'hui les mirages de l'industrialisation forcenée des années cinquante - soixante-dix? Dans les séquelles d'une économie toujours plus colonisée (main-d'oeuvre à bon marché, capitaux étrangers et technologies importées, exportations de matières premières et de produits agricoles à bas prix), c'est-àdire dans une dépendance toujours plus asphyxiante du financement extérieur, La résurgence d'un néo-la tifundisme, dont les grands trusts agricoles américains ont fourni le modèle, tourné vers la production extensive de fruits, de sucre, de café et de cacao destinée à l'exportation, a contribué à réduire les cultures régionales traditionnelles qui assuraient la satisfaction des besoins internes (le Mexique doit aujourd'hui importer du maïs, céréale qui constitue la base de son alimentation), Venant s'ajouter à la croissance démographique, ce phénomène a encore accéléré l'exode rural vers les monstres urbains (Mexico, mais aussi Guadalajara ou Monterrey) et l'émigration sauvage vers les EtatsUnis (5), Le mensonge longtemps en-

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CD C"') a

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CD C"') a tretenu au sujet du boom économique du pétrole n'a fait qu'aggraver cet assujettissement à l'industrialisation, génératrice de désastres. Les investissements étrangers, privilégiant le marché mondial, ont effectivement été une bonne affaire .. , pour les compagnies multinationales! Témoin ces 96 milliards de dollars auxquels se monte la dette extérieure mexicaine . Moins égaux que les autres Cet étranglement économique, que révèle crûment aujourd'hui la banqueroute liée à l'effondrement des prix du brut, ne laisse plus guère de choix quant à la promesse d'un rafistolage démocratique d'un « Etat-parti omniprésent, d'un populisme à michemin entre le corporatisme fasciste et le stakhanovisme soviétique, d'un appareil bureaucratique aussi gigantesque qu'improductif » (A. Passamante) . Et cependant que la mainmise inexorable de la puissance américaine s'appesantit à un rythme accéléré sur le Mexique, les mécanismes de récupération du régime s'essoufflent. Devant leur usure, il ne restera bientôt LE ~AL Différences - n" 57/58 -JuinlJuillet 1986 plus que la violence pour résoudre la montée des conflits, cette violence que l'Etat a déjà brillamment orchestrée lors du massacre de la place des Trois-Cultures avant l'ouverture des jeux Olympiques de 1968 ... Déracinés sur leur propre terre depuis la conquête européenne, les Indiens continuent en 1986 d'être l'objet du mépris de ces mêmes métis qui ne manquent jamais de rappeler au gringo de passage l'originalité de « leur » civilisation plusieurs fois millénaire . .. Les Indiens constituent évidemment, au Mexique comme au sein des autres Etats américains, une population distincte, dont le mode de vie, les croyances et les traditions échappent encore largement à l'entendement occidental, Nomades ou se mi-nomades au Nord, ou sédentaires au Sud, héritiers de très anciennes comme de plus récentes civilisations, ils demeurent foncièrement étrangers aux préjugés que nos temps modernes ont forgés (tout particulièrement en ce qui concerne les « bienfaits » du progrès et du développement industriel) ; et, sous les oripeaux du christianisme, ils sont restés fidèles à leurs cultes ancestraux, révérant la terre, le maïs, les éléments dont dépendent leurs récoltes (comme le soleil et la pl uie) et la mort. .. Réduits aux travaux forcés et décimés par les maladies pendant trois siècles de colonisation, les indigènes n'ont guère vu leur situation s'améliorer avec l'indépendance du Mexique en 1821. Leur exploitation a encore empiré dans les années du porfiriato (1876-1911) (6). Et même si la réforme agraire leur a distribué des terres, ce sont les plus arides qu'ils eurent en partage: maigre satisfaction pour ceux qui s'étaient battus au cri de Terre et liberté ! ... Après avoir fait les frais de la modernisation, qui les a privés de toute autonomie alimentaire, les populations indigènes paient maintenant le prix de la crise. En butte à d'incessantes exactions (7), ils se heurtent, lorsqu'ils se rebellent contre les conditions inhumaines qui leur sont faites, à une répression impitoyable, comme aujourd'hui au Chiapas l'Etat à majorité indienne limitrophe du Guatemala. 0 ALEX CORTON (1) Ses 1 967 183 km2 en font un territoire plus étendu que la France, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre réunis. (2) «En présence de cet admirable spectacle, nous ne savions que dire, sinon nous demander si tout ce que nous voyions était la réalité » (BernaI Diaz deI Castillo, 1551). Il est vrai que les Aztèques pendaient ceux qui polluaient l'air ou l'eau - cf. Carl Sagan, La conexion cosmica, ediciones Orbis, Barcelone, 1985. (3) La monnaie nationale, le peso, s'effrite à une vitesse impensable: 22 pesos pour 1 dollar en 1978, 200 pesos pour un dollar en 1984, 500 pesos pour un dollar fin 1985. Les scénarios des économistes les plus optimistes le mettent à plus de 5 6(;'0 pour un dollar pour l'année 1990 ... (4) Nous nous sommes largement inspirés, dans les paragraphes suivants de l'excellente étude d'Antonio Passamante, A côté du volcan, parue dans la livraison de décembre 1982 de la revue Controinformazione (Milan). (5) Dix millions de personnes d'origine mexicaine vivent déjà sur le territoire des Etats-Unis. 150 000 clandestins sont refoulés chaque mois à la frontière sud du pays, mais des sources dignes de foi assurent que 3 à 400 000 la franchissent avec succès dans le même temps ... (6) Le porfiriato désigne les années où Porfirio Diaz fut président. (7) Le journaliste et écrivain mexicain Fernando Benitez en a écrit une somme en cinq _gros volumes, Los Indios de México. INE m r ID Graffiti trouvés sur une auto, au lendemain du passage de Le Pen : nostalgie ... Pou, commence', un conseil pratique: on ne doit pas dire EN Avignon, mais A Avignon. L'usage du « en », probablement imposé par des festivaliers un peu snobs qui répugnaient au hiatus, énerve les Avignonnais. En revanche, dites « le département DE Vaucluse », pas « du ». Fin du conseil. Il n'empêche, ces particularismes grammaticaux ont au moins l'avantage de rendre compte de la singularité de la ville. « On est avignonnais avant d'être français, ici », me dit un prof, Pierre-Marie Danquigny, natif de Valenciennes. On tient à sa ville, ce qui rend les Avignonnais souvent peu accueillants. Pour une ville qui vit, au moins pour moitié, du commerce, on a souvent l'impression, dit le même, de déranger un commerçant quand on vient lui acheter quelque chose! Quant aux milliers de festivaliers qui débarquent chaque année en été , on se souvient ici d'années à problèmes, bagarres et déplacement forcés de hippies à cinquante kilomètres de la ville: les Avignon nais aiment leur festival, mais guère les festivaliers. Pourtant, Avignon est aussi la ville d'un fleuve, ce qui devrait faciliter les échanges. Mais outre que le Rhône ne s'est . laissé navi- Derrière les remparts LES « OFF » D'AVIGNON Dans la ville du festival le plus célèbre du monde, tout le monde n'est pas toujours à la fête. guer, la ville moderne lui tourne le dos. « D'ailleurs, curieusement, toutes les agglomérations le long du Rhône, sauf Lyon et Arles, sont coupées par le fleuve. » Et ce ne sont pas les. efforts du nouveau maire RPR, M. Roux (là encore, dites « Rouxe ») qui réconcilieront la ville et son fleuve: on inaugure ces jours-ci une nouvelle flotte, certes, mais elle servira à trimbaler les touristes désireux de s'offrir .. un gueuleton, pendant que les bateaux leur feront faire un petit tour sur l'eau. Les immigrés sont cantonnés au-delà des remparts Tout pour le touriste? C'est un peu l'impression que donne la ville. Je n'ai jamais vu autant de voies piétonnes, avec leur corollaire habituel, les commerces de luxe. En ce moment, on défonce la rue de la République, le grand axe qui mène à la place de l'Horloge, pour doubler le trottoir. « A vec le milliard et demi qu'ils dépensent à faire des voies piétonnes, ils se soignent chez eux, dit un militant du MRAP local. « Chez eux », c'est dans les murs, «in », comme on dit pour le festival. Les immigrés, eux, sont cantonnés au « off », au-delà des remparts. Sauf la rue Philonarde, mais on finira bien par la réhabiliter et envoyer ailleurs les basanés qui la peuplent encore. Passez les remparts, descendez l'avenue Monclar. Commence alors ce qui pourrait assez ressembler à un ghetto. A gauche de l'avenue, des HLM à immigrés. A droite , des petites maisons basses, où on a logé des Tsiganes sédentarisés. Les militants du MRAP disent que c'est assez confortable, en tout cas mieux que le groupe de trois immeubles en cercle, la « Cité du Soleil » qu'un architecte inventif leur avait construit, sans doute pour rappeler la forme primitive du campement, et qu'il a fallu raser. Champfleury, autre quartier immigré. Là, on retrouve la , mégalomanie d'après-guerre, deux énormes barres de béton, les plus hautes, et de loin, de la ville, comme si on avait transplanté les 4000 au pied de la Cité des papes. Résultat : une des barres est presque déserte, on parle de la démolir depuis des années. Reste à savoir comment on relogera. Autour de la ville, les immigrés sont pour l'essentiel ouvriers agricoles, et souvent leurs trons, vignerons de Chateauneuf- du-Pape ou maraîchers de Cavaillon et de Chateaurenard. Les conditions de logement sont souvent dignes du Moyen Age, au dire de ceux qui ont pu les visiter. Parmi ces ouvriers, on sait que beaucoup sont clandestins. Les patrons qui les ont fait venir refusant de les déclarer

« Nous ne pourrions

pas vivre s'il fallait payer les charges sociales. » Description noire de la ville ? Sans doute. Mais, au-delà de l'extraordinaire beauté de la ville «in », il y a bien du souci à se faire dans la région. D'abord, la « chasse au bougnoule » semble être un sport un peu plus pratiqué qu'ailleurs. Les militants du MRAP ont sur les bras plusieurs cas de jeunes ou de travailleurs agricoles maghrébins tabassés, ou même tués. Fils de fers, lames de rasoir Le plus terrible: M. Ben Djemaa est tunisien, travaille à Monteux, dans le nord du département. Un soir de juin 1985, qu'il rentrait chez lui en vélo, une première voiture l'a doublé. La seconde l'a, volontairement, projeté dans le fossé. Puis les deux se sont arrêtées, leurs occupants sont descendus et ont tabassé M. Ben Djemaa, lui cassant la jambe. L'arrivée d'une voiture a mis les agresseurs en fuite. Le Tunisien a pu se cacher dans un fourré. Les hommes sont revenus un peu plus tard, armés d'un revolver, mais n'ont pas retrouvé M. Ben Djemaa. Hospitalisé, il a reçu l'aide du MRAP qui lui a trouvé un avocat. Mais M. Ben Djemaa en avait assez vu de la France : il a disparu à sa sortie d'hôpital. bassages dans certains commissariats ... Faut-il placer Avignon dans ces zones « à risque » que la montée du Front national risque d'empoisonner? Pas tout à fait. Certes Le Pen y a fait 18 %. Certes, c'est de là qu'est partie la dissidence du FN, le FON, qui a notamment trouvé un appui auprès d'un adjoint au maire. Mais les associations antiracistes sont vigilantes et se font entendre. Avec astuce: lors de la campagne électorale, le MRAP a fait imprimer des affiches à la taille exacte des bornes de stationnement qui jouxtent les remparts, histoire de recouvrir les affiches du FN, dont c'est le lieu de collage préféré. A chaque acte raciste, de grosses manifestations sont organisées, parfois plus de deux mille personnes qui viennent dire qu'on ne peut tuer ou blesser impunément. A mon passage, la fédération du MRAP commençait à recevoir les résultats d'un concours de slogans qu'elle avait lancé dans les écoles du département. Il y en avait de jolis, comme: « Quand je joue avec Namiah, c'est la joie. Quand je joue avec Minh Thu, c'est tout doux. ». D'autres plus rhétoriques: « Le verbe aimer, à toutes les personnes, à tous les temps ». D'autres enfin catégoriques: « L'amitié, ça va donner ». Un bout de ruban tricolore, un square Nelson Mandela ciations, Maghreb Cultures, Cultures du monde, Accents multiples, à vocation interculturelle. Des militants du MRAP sont en-train de mettre sur pied un lieu de rencontre «Table ronde », qui combinera exposition, théâtre, cafeteria, un lieu pour vivre ensemble. Allez, tout n'est pas perdu dans la ville. Et si, en semaine, elle paraissait bien « blanche », la population des terrasses de café, le jour du 8 mai, férié, on voyait se promener paisiblement une foule bien plus colorée. Et tous ceux qui discutaient de la mort de Defferre n'avaient pas l'air d'être tous nés de ce côté-ci de la Méditerranée. De l'espoir, il y en a, chez tous ces gens qui ont décidé de se battre. Et Gaston Pellet, le président du Comité local, n'était pas peu fier de me montrer le bout de ruban tricolore, souvenir de l'inauguration en grande pompe du square Nelson-Mandela à Entraigues, dans la banlieue d'Avignon. Un tout petit bout de ruban, mais de milliers de gens qui se souviendront, en emmenant leur gosse au square, qu'à des milliers de kilomètres au sud, Une ville calme, fière de sa culture, bien « blanche» en semaine, plus « colorée» les jours fériés. il y a l'horreur. 0 Il Les militants m'ont raconté plusieurs affaires de ce genre, on m'a parlé de lames de rasoirs fichées dans une pomme, qu'on balance depuis une voiture à la tête des Arabes à vélo. On m'a parlé de cet homme, retrouvé mort, du fil de fer barbelé autour du cou, et la police qui conclut à... une mort naturelie; on m'a parlé des ta- JEAN ROCCIA ~------------------------------------------------~~----------------~ Dans le local du MRAP, au rez-de-chaussée d'une HLM, on discute encore de la manifestation du 1" mai, où, comme à Paris, on a noté une très forte participation de travailleurs immigrés. Les Turcs sont venus avec leur troupe de danses, c'était très beau. On se dit que le 1" mai, fête du travail, pourrait, avec un peu de bonne volonté et beaucoup de persuasion, devenir la fête de la solidarité, une grande fête interculturelie. De temps en temps, des mômes viennent toquer à la fenêtre, dire bonjour ou réclamer une clope. Fleurissent de nouvelles forces, des asso- Différences-n° 57/58-Juin/Juillet 19M OUPOE GUEULE ______ ,....--,....------,.----_Charles---------,.-,....-----,.------------,-, Réfractaires aux p.sages sociaux, New York: a" aussi le

goût du paradoxe
Au lendemain

du raid américain en hbye,Parisou Rome tom': baientdans la paranoïa anti- L 'b ' ", , , ,'t' , 'arabe, l'Amérique brûlait les 1 erte, Insecurite conVIVial e. dr;:tpeaux français et New L Une statue, un·, métro York . poursuivait sa , cOurse . orsque, il y a deux ans, les sans ciller, Les Latinos, plus premiers échafaudages et quelquespeurs " latinos ici qu'ailleurs, conticommencèrent d'empri- nu~ient de swinguer sur les sonner la statue de la Li- -qui font l et défont airs de salsa de Ruben berté, dans l'avant-port de Blades, les Italiens de planter New York:, un immense es- les mythes des madones au coin des poir envahit tout à coup les capf9nt partie de la panQ- tue.s, les juifs d'arborer la 25 millions de Noirs, les plie, tout çommele libéra- kipaet . les favoris, et les 15 millions de Chicanos, les lisme. économiqut":,qui 'm,et Chin~~. d'ouvrir des bouti- Portoricains, les Indiens, les tout le monde enéquilibry gues . import-export comme Mexicains et aussi les petits sur la corde raide. Pas de mille et un printemps, Blancs pauvres, Ils croyaient préavis de licenciemënt, ni de Si l'immigration est souvent qu'on aUait lui faire accom- conférence de presse à Paris, -' .' 'd' misérable et victime de dures l , d' congespa)'es,massural1ce d. l'scrl'ml·nat·l'ons, car New, p tr un emI-tour, en sorte au siège du .MRAP, Que fantasmagoriqùement néces- cho' mage ICI' on tr'a' va'J'f'le s'ans qu'elle éclaire dorénavant les '. s'est-il donc passé pour que saire d'être artiste à New filet, ' ... ' . . '. York affiche son sadisme Etats-Unis, au lieu de ces étrangers venus à la re- York: - les artistes du Lower Parfois, on gagne,elles dol- sans pudeur, elle n'est point tourner le dos, et qu'ainsi il cherche de la liberté; de la East Side savourent les lars exhibés en témoignent. frileuse, Elle se sait nécesen serait fini , du racisme, de jUftice, se soient donné un , frayeurs d'un quartier livré à Mais la pauvreté guette, saire, pulsion première. Les l'injustice, de la misère, du gouvernement qui opprime les ses pulsions premières, c'est- toute proche, à Harlem, au étrangers ne sont pas perçus chômage, de la pauvreté qui peuples indiens?» Et les à-dire à la misère, au deal, à Bronx ou au Queens, surpre- comme un danger et le ton frappent les laissés~pour~ Noirs . réduits en esclavage, la spéculation, aux galeries et nante par son ampleur, plus feutré adopté en France pour compte de l'American wayof les Chicanos conquis par la aux latinos, noire que jamais depuis le évoquer les seuils de tolélife. . . guerre, les Portoricains colo- L'obsession de l'incendie ra- début de l'ère reaganienne. rance, les quotas, la répartigoCharles b:!12 janvier 2012 à 18:39 (UTC)~' p:~~a!t CharlesévS;es~:~rCharlesirr~~i~j~ut~r~ ieO~r~:~~:eCharless~~ft~~s~o~~ •.• , Q~l'est-ceqtllfait p~tl,r • aux Charles 12 janvier 2012 à 18:39 (UTC)t}~~sNCharlesiir:a~sr~~'k1;~ ~;c~es~~r~iS~~!;Charles 12 janvier 2012 à 18:39 (UTC);auCharles !!~~sha::Uf~i12 janvier 2012 à 18:39 (UTC);!~~P~:; autres ouvrages d'art à New Chacun d'entre eux se de- céder la place aux grandes Américains? Tout. Les mi- aux taudis " du Bronx,les punit q'une Cinquième\,aleur~, culturell,esn a pa~ York:, la Liberté était rongée mande aujourd'hui «si l'A-compagniesbtanches, la Gulf crobes et le SIb~ .., les L:h escaliers de fer défigurent les AvenlIe trôp opulente , d'ùI1,.:cours ICI. Le vraI dan~er ,qUI par la rouille et laissée à mérique qui lançait cet appel Oil et la Peabody Coal. biens et Kadhafi, Ja.misèrCet façaçes des browl1stones,ces Brolldwaytrpp éclairé, .~ ~enacele N~w-Yorka~~ d enl'abandon dans une ville 'en est bien la même qu'il connaît Les polémiques très vives qui la chute dudollaLS~l'Arné. ,immeubles et maisons debri~ Les New-Y()t~aisse speedent hselilent, c es~. la · t1ed~ur, banqueroute perpétuelle et aujourd'hui, ou bien encore, se sont élevées autour de la Nation avait accusé la fonda~ ricain moyen aime à se pro"quesmarron, qui sont là pour à l'insécurité. Un mot que Toutsaufça',Vlve l,a paSSIOn, livrée sans défense tour à si cette Amérique-là a vrai- statue de la Liberté au début tion privée de M. Iacocca téger contre les dangers di- nous rappeler que New York: tout bon Françiüs ~est prêt. a SI sombre sOlt-eHe. . tour à la chaleur intense et àu ment existé ». (1) de cette année ont bien d'avoir« dépossédé le peuple vers, et parfois exotiques, qui . est une ville de fin de siècle, se rëpétercent foispàr ' jour ' Les .336 000 La t,l nos , froid sibérien, à l'humidité Il est permis d'en douter, montré ce qu'elle symbolisait pourUvrerla statue en pâture le. cernent, il possède égale- , leXIX industriel, et que la pour mieux "se replier dàns 3 10 0 0 0 NOl r s , saline et aux fumées indus- Quelques années seulement en réalité :la liberté du grand au grand capital ». ment un art consommé à les modernité n'est pas son fort, ses faines .. Un sYlllbol~d~ 7~ 000 Chinoi~ ~t 3,000 IntrieHes de la région new- après leur débarquement à capital. La restauration de la Parmi les projets de M. Ia- entretenir. Le New-York:ais contrairement à l'image cour- dans la vie new-york:aise, die n sam e r 1 cal n s de yorkaise. Sur le point de fêter Cape Cod, les passagers du célèbre statue et l'aménage- çocca, il y avait aussi celui de est, en ce sens, un mo.dèledu rarnment admise. Ces mêmes L'insécurité. ne permet pas Manhattan 0) ,. mett,e~t , la son centième anniversaire, il Mayflower, arrivés tous ment d'Ellis Island; l'île faire d'Ellis Island, qui fait genre, Noireetpourpre,saleéclfellesseryêntauxcarnbrio- qu'on s'arrête, elle f.ait plusgra?de ;:lle ,aTencame était donc grand-temps de lui égaux sur le Nouveau voisine de celle où elle se partie du même plan de réno- et belle, créative et suici-Ieurs,assassins et violeurs de avancer, détruire, cor~ompre su~ un.pled d eg~hte avec les faire un lifting. «Donnez- Monde, n'avaient-ils pas déjà dresse, avaient été confiés vation, un «village ethni- daire, New-York: est, à coUp , tout~ espèce\ à grimper jus- , et transformer. Elleprbduit, metropole~ du, t!ers monde: moi vos pauvres, vos op- reconstitué parmi eux les hié- évidemment àune fondation que », un iacoccaland, surie sûr, née souslesignediJ , q~'~ vos fen,êtres.Malgré du pire et du meilleur : des ettouslesl~gredlen~sysont. primés,lVos foules épuisées, rarchiessociales oppressives privée à qui on avait laissé le modèle de Dysneyland, ce Scorpion. Sado-masochiste, leur . inefficacité notoire et fous, des meurtriers, . des sous-e~plol, sous:-dev~l?ppequi ont soif d'air libre,lLes qui les avaient fait fuir soin de réunir les fonds né- qui fut jugé sacrilège par les cette vjlle extrême qui pré~ l'impressionn.ante armada de sirènes de police, des dollars; ment,enorme dispante des débris misérables de vos ri- l'Europe, oubliant vite les cessaires. A la direction de Américains pour lesquels cet ~end détester les extrêmes ; sapeurs~polllpi.er~(aduléspar des coopératives deconsom~ r~ven~s. De cela, N,ew York: vages grouillants,lJe tiens termes égalitaires du cove- cettefondationon avait placé endroit historique, où dix- Joue avec ses peurs. . " ,.la populatioîl) en alerte jour mateurs, des . ateliersd'at n. a pOl~t peur, elle s en nourhaut mon flambeau de la nant qu'ils avaient signé , au M, Lee Iacocca, président de sept millions d'émigrants ont La bourgeoisie de .l'Upper et . nuit, elles sont tQ\ljours tistes, des mouvementspaci- ~lt. MaiS ne parlez surt?ut pas Porte d'Or. » Ces vers de la moment de débarquer? Et, Chrysler ,qui avait réuni débarqué jusqu'en 1924, est East Side frissonne avec pbligatoires. fisles, du jazz et dt/rap. · . a u,n Ne w -Yo r k: ais de poétesse Emma Lazarus fu- le 3 juillet prochain, lorsqu'à quelque 230 millions de dol- devenu un lieu de pèlérinage. délices à ridée de vivre à .Tel le. Scorpion; New York: a Tout s'écroule, quan,d ' soü:" Me,xlco, Lag~s o~ Sao Paulo. rent gravés sur le socle de la la nuit tombante, le président lars. Mais on découvrit très Les bâtiments délabrés d'EI- deu?, .pas .. ?u .. ghetto noir le goût .... del'étrange. et du daih toutre.naif: part:l1iJes Il. s y r~conna\tra\t ~ro'p, et on statue àumoment même où Reagan actionnera les com- vite que toute l'action de lis Island, la porte du' rêve d'Harlem, dans!a ville la plus souterrain.Lamauvaiseré~ blOcs ' à mOitié déttllits du au'?,e SI pe~ les ~lrolrs lorsles guerres indiennes s'ache- mandes qui feront jaillir la M. Iacocca visait surtout la pour tous ceux-là, abriteront dangereuse . du monde, ce putation du m~tro' n;empêche' Lower East Side, la war- qu on veut etre umque... 0 vaientdans un flot de sang. statue de l'obscurité et que promotion de Chrysler. Evi- demain un musée consacré à qui, de tait, n'est plus vr(iÎ, ' pas les New-Y;ork:ais ~nenirtone, des . Portoricains. des VERONIQUE MORTAIGNf «C'est l'autel de l'hypo- débuteront toutes sortes de demment! Et le secrétaire à cette immigration. 0 les mégalQpoles du tiers à leur subwqycomilleàl~ vieu~,desjunki~s ~uItivent crisie ! », s'écriait récemment festivités qui dureront trois l'Intérieur fut contraint de ROBERT PAC monde lui ayant raflé la pre- prunelle de leurs yeux. Ses des sai. àdes.. .•. dans.Jes.. jardins (1) Il Y a à Manhattan 841000 l M k: B k: 1 1t t" , t d' tt MId , " d '. ' 1 ···· 1 l ' 'd .'. Blancs. La ville de Ney-York compte Il L~, ·~a~r~~alo~rns~ s~.d~'uen~em:. l. ..l. r~éa:c:en~n~mt~e- ~~J6o~ u0~r0s0~' EIan~ud~i~em~ne_sm !:eN~~ amv~oa~mr~oes.. .:en~t, ~ ~efo~mn~cet~iro~ne~s~. .~Lace~ o~c~c~a~:.eIlT.shee~ S~~M(l~)e~Hs~sei~dn~orri!/:T.Ae~Im~e1gp~jsn ~aSc~tOu~Se~lAs~. m_e_n'C_a_!_E_d_,_ ~...:.~mt~elm~ep!s:.r e12 janvier 2012 à 18:39 (UTC)e~apr~tui~sltes;s; ~-o-:iln ~ge~s-t~ ~o~rna~mg:ess" : Jcg~or~auf~foi~tlé~ress~v'~ dl~ee~ sp!:·i~ee~dt~ se:en~s ~Ec~o~m~m::u_n.sa.:.u. l... a_i.r. .e .;.s~;'_ ·'·.' _E _t_Ç_a_· ~3~hm~ai~bIiItia~On~ntSs:..d' _e_L_a_ti_n_os_ _p ~o_u_r_7_I.;...O..O. ..O...O O-.J i..i.i. Différences -n" 57/58 -JuinlJuillet 1986 lm OuRMÉMmRE __________________________ ~ _ VISITE __ _ Le poète Breyten Breytenbach, Français d' origine sud-africaine, effectue sa première visite en Afrique du Sud depuis 1982, date à laquelle il avait été remis en liberté après sept ans de détention dans les prisons sudafricaines. Il s'en prend violemment à la minorité blanche sud-africaine, estimant qu'« un régime minoritaire qui ne peut se maintenir que par la répression a laissé périmer son droit à l'existence ». Il déclare. d'autre part. que l'Europe et les Etats-Unis portent une « respo/lsabilité criminelle » en soutenant le régime de Pretoria (12 avril). RUGBY Une équipe de rugby néo-zélandaise part pour une tournée en Afrique du Sud mal6ré l'opposition du gouvernement néo-zélandais, de la fédération de rugby et des organisations antiapartheid de ce pays. Ce départ a donné lieu à une manifestation à l'aéroport et des bagarres ont éclaté (13 avril). 14AVRIL __ Décès de Simone de Beauvoir. L'ELU L'évêque anglican noir Desmond Tutu est élu chef de toute l'Eglise anglicane d'Afrique australe. Cette élection se déroule au Cap, au sein d'un collège de 500 prêtres et laïcs. Evêque de Johannesburg depuis 1984, le prix Nobel de la paix devient ainsi archevêque du Cap, en remplacement de Philip Russell qui prend sa retraite en août prochain (14 avril). MEETING La police israélienne arrête soixante-dix Palestiniens de l'Institut polytechnique d'Hébron (Cisjordanie occupée) où se tenaif un meeting pacifiste organisé par le mouvement Shalom Archav (La paix maintenant) (14 avril). _ GREVES DE LA FAIM_ 27 détenus politiques marocains, condamnés le 12 février dernier à des peines allant de 3 à 20 ans de prison, entament une grève de la faim illimitée. Sauvagement torturés dans des' centres clandestins, ces militants vivent dans des conditions de détention inhumaines. L'état de santé de certains d'entre eux est devenu critique. D'autres détenus, membres du Groupe de Marrakech en sont à leur huitième mois de grève de la faim (14 avril). 15 AVRIL Décès de Jean Genet. _ FIN DU PASS ? _ Au Cap, le président Pieter Botha annonce la « libération immédiate» de tous les Noirs condamnés ou en détention préventive pour violation des lois relatives au port obligatoire des laissez-passer (pass-books) limitant leur liberté de mouvement... La loi sur le port des « pass » doit être supprimée dans les prochains jours (18 avril). .L'HOMME TRANQUILLE. René Aigueperse. « l'homme tranquille », qui avait tué Toufik Ouannès, un enfant maghrébin de 10 ans . le 9 juillet 1983 aux 4000 à la Courneuve, d'un coup de carabine à plombs, est condamné à cinq ans de réclusion criminelle, dont deux avec sursis, par la cour d'Assises de Bobigny (22 avril). ENQUETE Décision de la chambre d'accusation de la cour d'appel de Nancy de réouvrir l'enquête sur la mort de Mme Ouardia Aoudache (22 avril). _ NOUVELLE LOI REPRESSIVE _ Le gouvernement sud-africain dépose devant son « parlement » un projet de loi prévoyant l'accroissement des pouvoirs de la police et de l'armée. Ce texte autorisera le ministre de la Loi et de l'Ordre à décréter « zone d'émeute" toute région où la police pourra alors « prendre toute mesure appropriée » pour rétablir l'ordre raciste, sans en référer aux autorités judiciaires (23 avril). TUES __ _ Cinq Noirs sont tués dans la cité sud-africaine d'Alexandra, proche des faubourgs riches du nord de Johannesburg (22 avril). _COMME UN LAPIN_ Le meurtrier présumé de Joël Germain, un jeune gitan de dix-huit ans tiré comme un lapin d'une fenêtre à Lens, dans le Pas-de-Calais, alors qu'il tentait de voler une voiture dans un parking, est inculpé d'homicide volontaire (23 avril). _GENOCIDE ARMENIEN_ Le Comité d'union des organisations patriotiques arméniennes commémore l'anniversaire du génocide subi par le peuple arménien. Une manifestation pour dénoncer ce crime contre l'humanité se déroule à partir de la place de l'Etoile. La communauté arménienne de France s'inquiète de l'attitude actuelle du gouvernement français dont le Premier ministre, Jacques Chirac, a reçu son homologue turc récemment et qui pourrait conduire le nouveau gouvernement à nier l'existence du génocide de 1915-1916 (24 avril). _UN SAXO LlBERE_ Le roi de la musique afro-beat. le chanteur saxophoniste contestataire Fela, est libéré à Lagos. Il avait été condamné à cinq ans de détention en novembre 1984 à cause de ses prises de position contre le régime nigérian (24 avril). _ RAMBO LA TROUILLE_ Sylvester Stallone, le Rambo du cinéma, le vengeur raciste de l'Amériqu ::: humiliée par le Viêtnam, refuse piteusement de venir au Festival de Cannes par peur des terroristes. Le roi de la gonflette se dégonfle. (24 avril). MAROC A Mellila (possession espagnole au Maroc), 5 000 personnes participent à une manifestation contre le racisme et pour l'égalité de droits entre les deux communautés (musulmane et chrétienne) (26 avril). LOGIQUE Une nuit de juin 1979, Doctrové Nomertin marchait tranquillement, seulement vêtu d'un short foncé , sur une route de Guadeloupe . Il fut tué par une voiture dont le conducteur était ivre et circulait trop vite. La cour d'appel de Basse-Terre repoussa la demande de réparation de la famille de Doctrové parce que celui-ci étant de race noire, il était évidemment difficile de le distinguer en pleine nuit! La Cour de cassation annule cet arrêt et renvoie l'affaire devant des juges moins cartésiens (26 avril). HAITI L'armée tire sur la foule qui manifestait devant la de Fort-Dimanche à Port-au-Prince à la mémoire des milliers de victimes du duvaliérisme, faisant au moins huit morts (26 avril). _ TOMBES PROFANEES_ Vingt et une tombes sont profanées au cours de la nuit dans le cimetière israélite de Belfort. Certaines des tombes saccagées, le jour même de la célébration de la journée consacrée au souvenir des déportés , datent des 17' et 18' siècles (28 avril). 1er MAI En Afrique du Sud, des millions de Noirs désertent leur travail ou leurs écoles pour participer à la plus grande manifestation an tiapartheid de l'histoire de la République sud-africaine. Ils réclament également que le 1" mai devienne un jour férié (1" mai). _JUSTICE AMERICAINE_ La Cour suprême des Etats-Unis dècrète que, dorénavant. les juges ne pourront plus exclure les Noirs des jurys, sous prétexte qu'ils ne peuvent être impartiaux lorsque ce sont des Noirs qui sont jugés (1" mai). _ NAZILLONS - Parce qu'ils haïssaient les Noirs. trois nazillons avaient sauvagement agressé, avenue de Fr"ie dland, Abdel Mazid Mekey, employé à l'ambassade d'Arabie Saoudite. Ils comparaissent devant la 23' chambre correctionnelle de Paris. Les pq,liciers ont saisi sur eux un tract d'un grou!,c' autonome national-socialiste portant des croix gammées et unl' photographie de Hitler. Quinze mois de prison dont neuf avcc sursis pour chacun (2 mai). _ COMMANDO_ Les trois attentats racistes perpétrés à Marseille et Toulon contre des travailleurs immigrés sont revendiqués par un Commando de France contre l'invasion maghrébine, une organisation jusque-là inconnue des services de police et qui promet de continuer (3 mai). RETOUR Eléna Bonner, l'épouse de l'académicien soviétique Sakharov, regagnera l'Union soviétique le 24 mai, indique son gendre il Newton (Massachusetts) . Mme Bonner était arrivée aux EtatsUnis en décembre dernier, après un séjour en Italie où elle s'était fait soigner les (3 mai). - KURT WALDHEIM _ (suite) Bien que les dossiers, les té moignagnes et les preuves ne cessent de s'accumuler prouvant qu'il a bien servi dans les rangs d'organisations nazies et qu'il a participé à des atrocités en Yougoslavie et à des déportations de juifs grecs pendant la guerre, l'ancien secrétaire général des Nations Unies, Kurt Waldheim, connait au contraire un regain de popularité en Autriche. Il manque de peu d'être élu président de la République d'Autriche dès le 1" tour (49 ,64 % des suffrages) . Il attend le second tour avec sérénité (4 mai). __ SPORTIFS CONTRE LA FAIM_ Après les chanteurs et les musiciens, c'est au tour des sportifs de se mobiliser contre la faim en Afrique. Cette année, l'opération Sport Aid. qui aura pour aboutissement la Course contre le temps du 25 mai, recouvre une semaine de manifestations sportives, nationales et internationales, du 17 au 25 mai. Des événements sportifs sont prévus à Paris pour soutenir Sport Aid (S mai). communes, au terme d'une grève de la faim de soixante-dix jours, qui avait soulevé une émotion considérable en Irlande et dans le monde. Mais pas chez Mme Thatcher qui, jusqu'à la mort de Bobby Sands, refusa de lui accorder le statut de prisonnier politique. Pour la même raison , dans les semaines qui suivirent, neuf des camarades de Bobby Sands devaient, à leur tour, mourir après plusieurs dizaines de jours de grève de la faim (S mai). _ REMERCIEMENTS_ Anatoli Chtcharanski , citoyen soviétique libéré en février dernier dans le cadre d'un échange, arrive à New York. Il se rend à Washington pour remercier Ronald Reagan (8 mai). LA HONTE L'ambassadeur de France en Afrique du Sud, Pierre Boyer, regagne son poste au pays du racisme, Il en avait été rappelé il y a neuf mois par le gouvernement précédent (9 mai) EXCISION A Paris, le tribunal correctionnel se déclare incompétent dans une CINQ affaire de mutilation sexuelle , - IL Y A ANS_ statuant que l'excision constitue Il y a cinq ans mourait Bobby bien une mutilation; les auteurs Sands, républicain irlandais et ou les complices de tels actes député à la chambre des (criminels) ne peuvent donc pas Différences-n" 57/58-JuinlJuillet 1986 être jugés par un tribunal correctionnel. En théorie, ils devraient être renvoyés devant une cour d'assise (9 mai). _ POUR L'EMPLOI DES FRANÇAIS_ Un café de Montbéliard (Doubs), tenu et fréquenté par des Maghrébins, est la cible, durant la nuit, d'actes de .malveillance revendiqués peu après par un Mouvement pour l'emploi des Français (10 mai). _ VIEUX DEMONS - Toutes les chapelles de l'extrême droite défilent à Paris devant la statue de Jeanne d'Arc. Selon la police, le cortège comprenait 10000 personnes entre la Concorde et la place des Pyramides. Le Pen, les royalistes, les paras, les intégristes et les skinheads. Les militants du GUD rappelaient sur une banderole à M. Madelin, ministre de l'Industrie, qu'il ne s'était pas acquitté de sa « cotise » (11 mai). _ MANSUETUDE - Deux membres de réseaux terroristes juifs, condamnés pour des attentats anti-arabes, sont graciés par le président de l'Etat d'Israël. Naïm Herzog, à l'occasion du 38" anniversaire de l'indépendance, placé sous le signe de la lutte contre le racisme. (13 mai). _ CONDAMNE - Le criminel de guerre croate Andrija Artukovic, âgé de quatre-vingt-six ans, est condamné à mort par le tribunal de Zagreb (14 mai). _ CRIME GRATUIT - Devant les assises de l'Essonne, Augusto Soarès est condamné à quinze ans de réclusion criminelle pour avoir déchargé son fusil dans la figure de l'infortuné Seguir Nessah, histoire « de tuer un mec » (13 mai). ONU A l'ONU, un représentant de la Ligue internationale des droits de l'homme, Roger Clarck, réclame l'inscription de la Nouvelle- Calédonie et de la Polynésie française dans la liste des territoires coloniaux (17 mai). _ AFRIQUE DU SUD_ Plus de trois cents Blancs se rendent à Alexandra pour participer aux obsèques des huit Noirs assassinés par la police de Pretoria (18 mai). Réalisé par ROBERT PAC al 1 1 Différences -n" 57/58 -JuinlJuillet 1986 Les Noirs, lorsqu'ils arnvèrent en Amérique, étaient des étrangers à qui on ne reconnaissait même pas la j qualité d'être humain. Euxmêmes ne concevaient pas que leur présence, ou celle de leurs enfants, sur le sol américain puisse être définitive. C'est cette situation du Noir en tant que non-Américain qui définit sa musique et ses chants jusqu'à la fin du XVIII' siècle. Les Noirs ont d'abord continué de chanter en travaillant, comme il était courant en Afrique occidentale. Mais « 11 est très différent de cultiver son propre champ dans son propre pays et de faire un travail forcé dans un pays étrangerCl) ». En outre, les circonstances de ce travail avaient complètement changé. Les chants africains étaient dédiés à des dieux et à des religions qu'ils abandonnaient peu à peu, d'autant mieux que les allusions aux dieux et aux religions d'Afrique furent interdites par les Blancs, non seulement parce qu'ils considéraient ces coutumes comme «barbares », mais aussi « parce qu'ils comprirent vite que lorsque des Africains évoquaient trop souvent leurs dieux, cela pouvait vouloir dire qu'ils avaient le projet de quitter le plus vite possible la plantation où ils se trouvaient. L 'usage des tam-tams africains fut prohibé à son tour quand l'homme blanc eut compris qu'ils pouvaient servir à inciter les Noirs à la révolte aussi bien qu'à accompagner leurs danses (1) ». Donc, au début, l'esclave africain continua de chanter ses mélopées natales, bien qu'elles fussent interdites. Puis, peu à peu, en même temps que sa vie changeait de contexte, on commença à trouver dans les chants de travail des Noirs des références non africaines. Bien sÛT, au début, on se borna à y ajouter des mots étrangers: anglais, français ou espagnol, mais, au fil du temps, ces chansons devinrent de moins en moins obscures, jusqu'à devenir américaines par leurs références au contexte extérieur. Mais elles conservaient en elles les éléments fondamentaux de la musique africaine. D'abord, en elle survivait la gamme à cinq notes non hémitoniques ouest -africaine qui devait donner naissance aux fameuses b1ue notes de la gamme du blues lorsque les Noirs durent assimiler les sept degrés de la gamme européenne et transformèrent les 3" et 7" degrés, absents de leur gamme, en les infléchissant d'un demi-ton, soit vers le mode mineur, soit vers le mode majeur. « D'où l'ambiguïté du climat harmonique et affectif du blues où coexistent deux tonalités, majeure et mineure, joie et tristesse (2). » Apport africain également: les rythmes, et le rôle majeur qui leur est dévolu, la syncope, le déplacement des accents, la modification des timbres et vibratos divers, et, enfin, la technique de l'antienne : « Un soliste chante un thème et un choeur lui répond. Ces réponses commentent généralement en vers improvisés le thème du soliste ou les répliques qu'il a provoquées. La longueur de l'improvisation dépend de l'envie qu'a le choeur de continuer à Afrique- Amérique combinaison de l'art vocal nègre... avec des formules harmoniques et mélodiques provenant aussi bien de la musique des rues (fanfares militaires, orchestres de cirques et de parade) que des danses à la mode (quadrille, polka et mazurka) et des airs d'opéra. Une activité musicale exceptionnelle règne dans la ville au début du XX· siècle. Des orchestres accompagnent toutes les manifestations de groupe: carnaval, fêtes locales, mariages, enterrements, pique-niques. Dans les rues se déroulent des tournois qui opposent des groupes d'instrumentistes rivaux. A Storyville (le quartier des lanternes rouges) ... chaque établissement de plaisir possède son pianiste ou son orchestre... C'est là que les pas du cake-wa1k se transforment en ragtime, que le blues s'intègre à la chanson populaire, tandis que, dans les dancings et les rues, les premiers musiciens de jazz, ignorant les règles de l'écriture, retrouvent de mémOire une polyphonie inspirée par les harmonies, inventant ainsi l'improvisation collective (2).» Jusqu'à ce qu'un jour, la trompette de Buddy Bolden montre la voie à Bunk Johnson, à King Oliver et Louis Amstrong. Une musillue née de la misère de Perdido Stleet et des maisons closes de Storvville Ainsi, cette musique qui allait conquérir le monde et influencer toute la musique contemporaine est-elle née dans la misère de Perdido Street et les maisons closes de Storyville, le quartier réservé, à l'aide des instruments pauvres, méprisés par les Blancs: cuivres, tambours, banjo d'origine africaine. Le jazz, comme le blues dont il est le parallèle instrumental, « n'est pas un fait individuel : c'est le résultat d'une immense poussée collective, des aspirations de tout un peuple en pleine ascension (3) ». ney, une des prein res chanteuses connues d~ blues, et le Georgia Band. Le peuple noir, qui s'identifiait dans les spirituals au peuple juif en exil, allait connaître lui aussi une nouvelle diaspora. En 1917, les Etats-Unis, en guerre, connurent une vague de puritanisme qui fit prohiber l'alcool et, à la NouvelleOrléans, interdire les bordels et les boîtes de Storyville. Mais la fermeture du quartier réservé n'était pas la manifestations la plus spectaculaire de la situation de le Sud. Chômage et sous-développement obligèrent les fils des anciens esclaves à quitter la terre et les vieilles villes agricoles pour émigrer vers les zones industrielles du Nord où le racisme, paradoxalement, allait être ressenti dans sa douloureuse violence. chanter (1) ». Technique qu'on retrouve dans le blues, les réponses étant chantées ou instrumentales. Quant à l'improvisation, qui est un caractère majeur de la musique africaine, elle est l'essence même du jazz. C'est la fin de la guerre de Sécession et l'émancipation qui vont donner naissance au blues rural. Le Noir va passer de la vie communautaire à la condition individuelle et, d'un seul coup, affronter pour survivre l'économie capitaliste, son exploitation et sa ségrégation. La religion des Blancs fut d'abord refusée aux Noirs, puisqu'on ne les considérait pas comme des êtres humains. Les Blancs recherchaient d'ailleurs dans les Ecritures des justifications à leur racisme. Mais, inquiets de voir les Noirs pratiquer clandestinement leurs religions, les Blancs entreprirent leur évangélisation au début du XIX" siècle: l'église allait longtemps patronner toutes les activités des Noirs - barbecues, pique-niques, concerts - et décider des activités qui méritaient son patronage. Ici encore, les Noirs allaient transformer les cantiques en leur insufflant les traditions musicales africaines. Ce furent les negro spirituals qui, par ailleurs, ont amené une notion plus mélodique. Les Noirs, auxquels on enseignait dans la Bible les malheurs du peuple juif plusieurs fois dispersé s'assimilèrent à ces déracinés: la Terre promise, le Jourdain à traverser, la longue marche dans le désert sont dans les spirituals des thèmes quasi obsessionnels. Bâtie en 1718 par des colons français dans le delta du Mississipi, la Nouvelle-Orléans, capitale de la Louisiane, fut longtemps l'un des plus importants comptoirs coloniaux du continent nord-américain. C'est là que venaient accoster les vaisseaux des négriers. Véritable creuset de civilisations, la Nouvelle-Orléans allait donner le jour à une nouvelle musique. « Il s'y opéra une A partir de ce moment, le jazz allait être lié intimement à toute l'histoire de la société noire. Dès 1920, les formes musicales, jusqu'alors immuables, commencèrent à évoluer. A quelque trois mille kilomètres au nord de la Nouvelle-Orléans, c'était Chicago où se retrouvèrent les musiciens de la Nouvelle-Orléans, ceux de la deuxième génération: King Oliver, roi incontesté de la trompette, Kid Ory, les frères Dodds, Jimmy le clarinettiste, et Baby, son petit frère batteur; et surtout Louis Amstrong, l'ancien petit livreur de charbon arrêté un soir de carnaval pour avoir tiré en l'air des coups de revolver, et qui avait appris la fusion du folklore nègre avec des éléments empruntés à la BI Il musique occidentale de la fin du XIX· siècle. Il y eut (suite p. 42) DCharlesJe7'r-en-c-e-s---n~o~5~n~5~8--~J~u7in~U7u~i~loe~t~1~9~86~----------------------------------------------------------------~~--_J

Amérique -Fran,e L'histoire du jazz en France est nourrie de paradoxes. Longtemps combattu par le public comme une « musique de sauvages », c'est néanmoins en France que le jazz reçut ses premières lettres de noblesse. Dès l'après-guerre en 1919, puis avec l'importation du charleston dans les années 20, la musique négro-américaine excite l'intérêt des jeunes intellectuels français d'avant-garde notamment: Ernest Ansermet, Jean Cocteau, Robert Gbffin, etc. Quoique ne distinguant pas trop les copies de l'original, ils associaient l'art nègre, sous toutes ses formes, aux révolutions artistiques de l'époque. Mais l'Europe ne jugeait le jazz que par les quelques orchestres américains qui vinrent alors sur le continent et qui n'étaient pas tous représentatifs de la musique authentique des Noirs des Etats-Unis, tant s'en faut. Et, si les compositeurs contemporains ne restèrent pas insensibles à l'existence de la musique nègre (Claude Debussy, Eric Satie, Igor Stravinsky, Darius Milhaud, Maurice Ravel), l'Europe ne pouvait avoir qu'une image fort imparfaite du jazz. ladY be good devient Les bigoudis et Sweet Sue Ha chère SUzanne Les disques qu'elle recevait ne reflétaient que certaines tendances abatardies. Le snobisme, allié à la confusion, firent que le mot jazz, qui venait lui aussi de débarquer, devint assez vite synonyme de bruit pur et simple. Aussi, lorsque apparurent les premiers exemples authentiques, les réactions ne furent pas toujours positives 1 Mais le succès des danses américaines incita les musiciens français à s'essayer à cette nouvelle musique et la France ne tarda pas à révéler des artistes valables. Certes, la vogue était aux grands orchestres d'attraction comme Jack Hylton ou Paul Whiteman, ce qui entraîna chez nous la naissance des orchestres de Ray Ventura et de Gregor et ses Gregoriens. Mais les premiers musiciens de jazz Ekyan, etc. L'action jazziste s'intensifie avec la fondation du français y trouvèrent asile et se formèrent en leur sein. Et, Quintette du Hot Club de France de Django Reinhardt et lorsque commença la crise américaine de 1929, ils étaient Stéphane Grapelli en 1934, celle de la revue jazz Hot (1935) nombreux à s'être déjà révélés. et la compagnie phonographique Swing en 1937. Une A partir de cette date, plusieurs orchestres et de nombreux critique naquit derrière Hugues Panassié, tandis que musiciens américains noirs vinrent en France pour des paraissaient les premiers livres consacrés à l'étude du jazz : séjours plus ou moins longs. Des jazzmen représentatifs Aux frontières du jazz, de Robert Goffin (1932), Le jazz Hot, comme Eddie South, les orchestres de Sam Wooding et de Hugues Panassié (1934). Willie Lewis. Les musiciens et orchestres américains les plus célèbres En 1932, se fondait à Paris le Hot Club de France qui devait jouèrent dans notre pays: Duke Ellington (1933 et 1939), jouer un rôle considérable dans notre pays pour la diffusion Louis Armstrong (1934). Lucky Millinder (1934), Coleman et la défense du jazz authentique et qui acquit même un Hawkins (1935), Benny Carter, Bill Coleman, Dicky Wells, prestige mondial. Il fut le premier à organiser régulière- Teddy Hill, Eddie South (de 1935 à 1937)". ment des concerts, des émissions radiophoniques, confé- Un autre paradoxe de l'histoire du jazz en France, c'est la rences, rééditions et enregistrements de disques. En vogue qu'il connut pendant les années sombres de permettant aux musiciens français de se mesurer aux l'occupation allemande, malgré la crainte de son interdicartistes américains, il révéla de nombreux jazzmen fran- tion par les Allemands. Réflexe de refus des valeurs BI L.:.ça.:::is-: :..P..::.:h.:::il.:::ip:..::p:....e~B_ru_n....:.,_A_l_ix_C_o_m_b_e_l_le...:., _L_é_o_n_V_a_u_c_h_a_n...,:t,_A_n_d_r_é_ ___vl_ c·_ h..:..y_st_e_s_e_t a_l_le_m_a_n_d_e_s_, le---.:t:;..az_z_d_e_v_in_t_s_y_no_n_y_m_e_d_e-l liberté. Evidemment, coupés de tout contact avec la patrie du jazz, les musiciens français marquèrent le pas ou s'engagèrent dans des impasses. Il ne fallait pas non plus provoquer la répression et on devait respecter certaines règles: par exemple, les titres des morceaux américains devaient être francisés au maximum. C'est ainsi que Saint Louis blues devint La tristesse de Saint-Louis, Honeysuckle Rose, la Rose de chèvrefeuille, Sweet Sue, Ma chère Suzanne, Take the « A» Train, L'attaque du Train et Lady be good." Les bigoudis! On insistait sur les influences françaises sur le premier jazz de la Nouvelle-Orléans. Le mot swing devint roi. Les fameux zazous firent du mot leur mot de passe. Ils étaient considérés comme décadents, autant par les Français que par les Allemands. Le jazz essaya de garder ses distances vis-à-vis d'eux, leurs abus risquant de conduire à son interdiction. Cette popularité du jazz pendant l'Occupation profita à toute une phalange de musiciens français: Aimé Barelli, Différences - n° 57/58 -JuinlJuillet 1986 Christian Bellest, Alix Combelle, Hubert Rostaing, Robert' Mavounzy, les pianistes Jack Diéval et Bernard Peiffer, les guitaristes Marcel Bianchi et Sarane Ferret, le batteur Armand Molinetti, pour ne citer que les principaux. Django Reinhardt, bien que privé de son compère Stéphane Grapelli demeuré en Grande-Bretagne, connaît un succès constant avec un nouveau quintette totalement différent du précédent au plan instrumental. Après la Libération se développa d'abord un mouvement de New Orleans revival représenté par les orchestres de Claude Abadie (avec Boris Vian au cornet), Claude Luter, Pierre Braslawsky, André Réveliotty, Maxime Saury et Claude Bolling qui jouent à Paris dans les caves de la rive gauche (caveau du Lorientais, Club Saint-Germain, Tabou, Club du Vieux Colombier). Les personnalités intellectuelles de l'époque, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Boris Vian, favorisent la diffusion du jazz. Diango Reinhilldt, une merveilleuse exception, en millge de tous les coulBnls Ce revival connut son apogée dans les années 50, après l'installation définitive en France de Sidney Bechet en 1949. Avec l'arrivée en France des premiers disques be-bop de Charlie Parker et Dizzy Gillespie et les fameux concerts de Dizzy Gillespie (Pleyel. 1948), de Miles Davis et Charlie Parker en 1949, toujours à Pleyel, une grande partie des musiciens français s'oriente vers les tendances montantes aux Etats-Unis. Une nouvelle revue est créée, jazz Magazine. De nouveaux cabarets permettent d'écouter les musiciens français comme les meilleurs américains qui font de fréquents séjours en France, certains même s'y fixant définitivement, comme le regretté Kenny Clarke. Et. à partir des années 50, bon nombre d'instrumentistes français s'imposent, certains parvenant à la notoriété internationale, comme Martial Solal ou Jean-Luc Pont y ou les arrangeurs André Hodeir et Michel Legrand, les groupes vocaux les Double Six ou les Swingle Singers. Mais, aujourd'hui, le jazz n'est toujours pas une musique populaire dans notre pays. Il demeure surtout affaire de spécialistes et d'amateurs éclairés. Il n'existe pas de musiciens vivant exclusivement du jazz. Il a disparu des écrans de télévision. Les émissions radiophoniques de jazz s'ouvrent de plus en plus à des rythmes et des musiques qui n'appartiennent pas à son domaine. Comme aux Etats-Unis, le jazz subit le contre-coup de la vogue du rock et de ses dérivés. De plus, les musiciens et les compositeurs français, si grand que soit leur talent, n'ont jamais été que des « suiveurs» par rapport aux Etats-Unis, si l'on met à part Django Reinhardt qui fut une merveilleuse exception, en marge de tous les courants. Il est donc plus qu'improbable que se révèle dans notre pays un créateur de la stature d'un Armstrong, d'un Lester Young ou d'un Charlie Parker pour faire accomplir au jazz un nouveau pas en avant. L'avenir du jazz en France demeure donc intimement lié à celui des Etats-Unis.D R.P. ml 1 IVRES __________________ __ S sur le bureau de Vladimir Pozner, il Y a la petite main de Touche pas à mon pote. Sur les rayonnages de sa bibliothèque, ses livres et leurs traductions, ce qui prend déjà pas mal de place, et une édition du Grand Larousse de la langue française. Dans le fauteuil, en contrejour de la fenêtre qui donne sur cette petite rue du sixième arrondissement de Paris, il y a un homme, qui , en d'autres lieux, pourrait fort bien passer pour un vieux chef indien. On pourrait s'arrêter là, tout est dit: la longue vie d'errance de cet homme né à Paris, dont la famille s'installe à Saint Petersbourg en 1910 et y restera de longues années , bloquée par la guerre et la Révolution, qui reviendra en France, vivra à Hollywood, en Algérie et revient maintenant au sixième arrondissement. Les nombreux ouvrages et leur myriade de traductions, signe d'une célébrité bien plus grande à l'étranger qu'en France, mais c'est une habitude chez nous, l'engagement dans la lutte contre l'impérialisme et le racisme, et cet étrange visage d'ailleurs, éclairé de l'exquise politesse des vrais grands hommes. Cela amuse beaucoup Pozner, cette ressemblance avec les Indiens d'Amérique. Il raconte comment, sortant un jour d'une boutique du boulevard Raspail, il est abordé par une femme qui lui dit: « You are an american indian. » Pozner sourit, dit qu'il en serait flatté, mais que ce n'est pas le cas. La femme n'en démord pas: « Vous êtes un Indien américain, je le sais, allez, vous pouvez me le dire, personne n'écoute. » Puis en confidence : « Dites-le moi, moi aussi je suis indienne. » De cette rencontre sont nées Les brumes de San Francisco, dont nous avons rendu compte ici comme un des meilleurs ouvrages consacré aux Indiens d'Amérique. Ce qui nous amène chez lui, c'est la Le dernier des grands réédition, chez Actes Sud, de sa première fiction, le Mors aux dents. L'histoire d'un hobereau balte qui refuse la Révolution et s'engage dans la contrerévolution, qu'il quittera après sa défaite pour continuer quelque temps une sorte de guerre solitaire et sanglante. Et la première question , un peu bête mais nécessaire , 'c'est pourquoi un communiste comme Pozner s'est intéressé à cette brute sanguinaire engagée chez les Blancs. Pozner sourit, ne répond pas, sauf. bien entendu qu'il n'a aucune sympathie pour Ungern, le baron sanglant. Mais Cendrars lui avait demandé une vie d'aventuriers, et l'idée d'Ungern, dont il n'avait que très vaguement entendu parler, lui est venue. Contre le totalitarisme C'est bien plus loin dans la conversation, au détour d'une phrase, que Vladimir Pozner nous fait remarquer la date de la première édition du Mors aux dents: 1937. Ecrit un peu auparavant, le roman est contemporain de la montée d'un autre tyran, allemand celui-là. Vladimir Pozner, par son engagement politique, par ses nombreuses relations avec l'immigration allemande et italienne , voit dès le début le danger du nazisme en Allemagne. Et on peut lire le Mors aux dents comme la contribution d'un écrivain à la mobilisation contre le totalitarisme. l'oubliais ce qui m'a le plus frappé dans ce bureau, le Larousse en vingt volumes. Vladimir Pozner est un extraordinaire ciseleur de phrases et cet homme de partout fait l'amour à la langue française comme peu d'auteurs français l'ont fait en ce siècle. 0 JEAN-MICHEL OLLE Le Mors aux dents, de Vladimir Pozner, éd. Actes Sud. mEMA ________________________________ ~ Cannes, trente-neuvième édition D'un Festival l'autre Sélections officielle l ou parallèle, out le monde attend avec impatience Colour Purple (la couleur pourpre) de Steven Spielberg, exclu des Oscars hollywoodiens et champion du boxoffice aux Etats-Unis. De cette histoire intimiste et écrite à la première personne (une jeune femme noire du sud des Etats-Unis, mariée contre son gré à un fermier veuf et tyrannique, dit son malheur en de longues lettres écrites à sa soeur missionnaire en Afrique), Spielberg a tiré une saga bourrée de bons sentiments et d'humanisme. Même si le racisme des blancs du deep south y est moins visible, on ne peut s'empêcher de penser à Autant en emporte le vent .. les stéréotypes en moins. Nous aurons l'occasion de reparler de ce film événement. Autre attente, pour les lecteurs de Différences en particulier, la première cannoise du film de Mohamed Lakhdar Hamina, la Dernière Image. Un village algérien perdu dans les hauts plateaux, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes coloniaux .. . Mais débarque de métropole une institutrice, sensée bouleverser cette société dans laquelle caïds et colons s'entendent comme larrons en foire pour dépouiller le peuple. Malheureusement cette histoire d'amour entre un enfant algérien et son institutrice française ne parvient pas à nous séduire complètement, tant l'auteur grossit les traits de ses personnages et des situations qu'ils vivent. L'Argentine, dont on sait l'important travail cinématographique réalisé pour dire la mémoire de ses drames et des ses déchirements passés, propose une oeuvre courageuse, Pauvre Papillon de Raul de la Torre, film sur l'identité juive en ce pays. Pauvre Papillon nous ramène en 1945, au moment où les hauts dignitaires nazis essaient de trouver refuge au sud du Rio de la Plata. Le sujet est très fort mais son traitement est bien en deçà de celui de l'Histoire officielle. Souhaitons-lui pourtant de trouver un distributeur en France. Différences - n° 57/58 -JuinlJuillet 1986 Colour Purple La ~e':1ai~e internationale de la critique (qUI fetalt cette année son vingt-cinquième anniversaire) a, une fois de plus, confirmé sa vocation de découvreur de jeunes talents et d'ouverture aux cinématographies différentes. Quatre films nous concernent directement, à commencer par 40 m2 d'Allemagne du réalisateur turc immigré Tevfik Baser. Turna est venue rejoindre en Allemagne son époux Dursun, un travailleur immigré beaucoup plus âgé qu'elle . De ce monde qu'elle espérait si vivement découvrir elle ne connaîtra pourtant que les quarante mètres carrés de s,Jn appartement et les scènes quotidIennes de la rue voisine. Dursun ne craint rien tant pour elle que les séductions et les apparences trompeuses de cette société «pervertie » dans laquelle ils ont été obligés d'immigrer. Tevfik Baser sait avec une grande économie de moyens nous plonger dans l'unives cloîtré de cette femme . 40 m2 d'Allemagne est, avec les Noces de Shirin d'Helma Sanders (sur un autre registre) l'une des oeuvres les plus fortes jamais réalisées sur la condition de la femme immigrée. San Antonito de Pepe Sanchez (Colombie) est un film qui se pare de l'innocence pour traiter au vitriol l'hypocrisie et la bigoterie en cours dans certaines sociétés latino-américaines. Il ya dans San Antoi/ito la verve et le sens de la parabole si chères à Bunuel (dans le cinéma des différences est toujours présent. Simon du désert) et à Pasolini (on ne peut s ' empêcher de pen ser à Théorème). La Donna de! Traghetto de Amédeo Fago (Italie) pousse à son paroxisme une situation peu courante : le désir de maternité chez un homme. Que peut ressentir un homme quand un tel désir le possède et comment va réagir la société face à une telle situation? Telles sont les questions que pose Amédeo Fago autour du personnage d'un marionnettiste, Pierro-lunaire qui se cogne au mur de la réalité des autres. L 'humour noir-américain She 's gOf(a have it, au titre quasiment intraduisible , est le premier long métrage de Spike Lee, un jeune réalisateur noir-américain de New York. Une jeune femme, Tina-Darling, ne trouve son équilibre affectif qu'au travers d'une relation avec trois hommes à la fois . Pour elle, ces trois individualités ne forment qu'un tout. Il n'en va pas de même avec ceux-ci. qui essayent. avec humour et détermination, de la persuader, chacun à son tour, que les deux autres sont insignifiants. Le suj et en soi est à l'opposé du machisme reconquérant qui sévit actuellement aux USA, nombre de réalisateurs auraient sombré dans un sty le boulevardier aux caractères stéréotypés. Spike Lee dans un semblant de reportage sociologique, se joue du la~gage et des tics de ses contemporaIns. Il y a du Woody Allen en ce jeune auteur... Un Woody Allen noir de Brooklyn. She's gotta have it est finalement une satire aussi mordante qu'amusée des travers et des faiblesses de la société noire américaine des villes de la côte est des Etats-Unis. Comme le dit l'un des personnages: «Je /l'ai pas l'habitude de dire du ma! des frères, mais ... » Le premier long métràge de Spike Lee a été l'un des é~éneme~ts de la Quinzaine des réalisateurs de ce 39' Festival de Cannes. 0 JEAN-PIERRE GARCIA ENOANCES ____________________________ ~ Eté français DES FESTIVALS PARTOUT L 1 été fmnça;s est célèboe pom ses plages, ses exodes, ses meurtres racistes et ses festivals. Depuis la création du Festival d'Avignon, à la fin des années quarante, dans cette heureuse époque où l'on parlait de théâtre populaire et décentralisé, nombreuses sont les villes qui ont décidé de passer les beaux jours dans la culture. Et nombreux les Français qui ont pris l'habitude d'aller chercher ces grandes fêtes aux quatre coins du territoire. On pourrait faire plancher les sociologues sur le sens de ces grands rassemblements culturels. Les économistes aussi, d'ailleurs: un festival, c'est toujours bon pour le commerce. N'empêche: attirer le chaland avec de la culture, c'est toujours mieux qu'avec des rabais sur les portions de frites, même si ceci n'exclue pas cela. L'interculturalité et l'attention à l'autre étant des valeurs en hausse, de nombreux organisateurs ont décidé d'en faire le leitmotiv de leurs manifestations. C'est assurément le cas du festival de Cinéma de la Rochelle, du 27 juin au 8 juillet. Des rétrospectives, des hommages, des regards sur les jeunes cinémas. Tout ça mélangé, cela donne la coexistence pacifique sur l'écran de Heinosuke Gosho, cinéaste japonais mort en 1981, l'auteur du premier film parlant japonais, de Max Ophuls, d'André Delvaux, le réalisateur belge de Rendez-vous à Bray, d'Alekseï Guerman, réalisateur soviétique, d'Aleksandar Petrovic , Yougoslave et Palme d'or en 1967 pour J'ai même rencontré des Tsiganes heureux, etc. Ajoutez à cela un regard sur les cinémas autrichien et espagnol, et vous conviendrez qu'on n'a pas lésiné dans l'amitié entre les peuples. Même principe à La Clusaz, en HauteSavoie, du 10 au 14 juillet, pour le Festival mondial de folklore. La station a rangé les skis au placard et vivra ces journées aux rythmes des cultures populaires du Sénégal, de l'Arménie, de Grèce, de Roumanie, de Pologne et de France. A l'autre bout de la France, la Côte d'Opale (Calais, Boulogne, Le Touquet, etc.) vivra, quant à elle, à l'heure de l'Entente cordiale, du 27 juin au 27 juillet. Le festival, dont c'est la dixième édition, est vivifié cette année par les nouveaux projets de tunnel sous la Manche, qui vont renforcer les liens de la Côte avec l'Angleterre. Un programme mixte, donc, qui rassemble des productions françaises, de l'Orchestre RENSEIGNEMENTS SUR CES FESTIVALS La Rochelle, maison de la culture, 46.41.37.79. La Clusaz, comité du festival , 50.02.60.92 . Côte d'Opale, Boulogne-sur-Mer, 21 .30.40.33. Avignon, comité de gestion à Paris, 48 .74.59.88. Saint-Denis, renseignements à la mairie. Decazeville, syndicat d'initiative. Val-de-Marne, foyer Cherioux, 45.60.50.94. Montpellier, bureau du festival, 67.66 .35 .00. Lille, hôtel Scrive, 20.06.87.58. Ciclop, 45.66.63.91. Aurillac, 71.48.30.14. Lorient, 97.21.24.29. Salons-de-Provence, office de tourisme, 90.43.92.30. Nantes, office de tourisme. Saint-Chartier, Michèle Fromenteau, La Châtre, 54.48.23.54. Sur les festivals en France, on peut se renseigner au ministère de la Culture, tél. : (1) 42.96.10.40. national de Lille à Renaud, en passant par l'ensemble instrumental de BasseNormandie, et des productions anglaises, comme le National Youth Orchestra. Mais on sait varier les face-àface dans le Nord: il y aura aussi une pièce de Goldoni et un spectacle de Paolo Conte. Si même les chemins de l'Angleterre mènent à Rome ... On voulait ne pas vous parler d'Avignon . D'abord parce qu'on en parle ailleurs (voir Rencontre) et aussi parce que le festival n'a guère besoin de Différences pour se faire connaître. Pourtant, cette année encore, le festival étonne. Ne serait-ce que parce que s'y produira le premier groupe de musique éthiopienne moderne à sortir de la Corne de l'Afrique, le Roha Band. Ça fait plutôt plaisir d'entendre de la musique éthiopienne répondre à tous les chanteurs sans frontières qu'on a Avignon: l'inévitable spectacle au palais des Papes. entendus à leur place ces derniers temps. C'est du 12 au 22 juillet, au Cloître des célestins. Auparavant on aura pu entendre le Roha Band au festival de Saint-Denis le 26 juin. Mais, attention: nul besoin de parcourir, fût-ce en rêve, des milliers de kilomètres pour partir à la rencontre de l'autre. Ainsi, deux nouveaux festivals, l'un dans le Val-de-Marne, l'autre à Decazeville, sont consacrés à une star qui a peu à peu disparu des écrans, j'ai nommé la classe ouvrière. Dans le Val-de-Marne, pendant tout le mois de juin, puis à partir de septembre, Mémoires d'en France tentera, à travers des films, des expositions, des documents, des enquêtes, de cerner la mémoire ouvrière des années 1936- 1939. Auparavant, fin mai, à Decazeville, le Festival de la mine et du cinéma avait, pour une première fois, éveillé beaucoup de curiosité. Plus aérien et éthéré que le monde de la mine, le Festival international de danse de Montpellier, du 23 juin au 12 juillet. Une manifestation de plus en plus réputée et, au-delà d'un certain snof) ifférences - n° 57/58 -JuinlJuillet 1986 bisme, l'un des endroits où l'on peut rencontrer le plus de cultures et de chorégraphies différentes. Cette année, la programmation insiste particulièrement sur les formations classiques, mais pendant tout le festival se produiront des troupes de danse folklorique japonaises et six danseurs de la province de Sichuan (Chine populaire) offriront des démonstrations de danse traditionnelle chinoise. C'est fabuleux , dit-on. Bien sûr, tout cela se consomme et on pourrait être tenté de non plus ingurgiter, mais produire. Ce sera possible à Lille, entre autres, cet été, avec un festival de musiques traditionnelles, fait, bien sûr, de concerts, mais aussi de stages d'initiation et de perfectionnement (30 juin au 5 juillet). Quant à l'écriture de vos prochains spectacles, pourquoi ne pas la roder dans un stage d'écriture, comme au Ciclop , du 25 au 30 août en région parisienne, ou du 8 au 14 septembre en Bretagne. Créez, il en restera toujours quelque chose. Rock et théâtre de rue On se doute que ces choix sont réduits et forcément arbitraires face à la presque double centaine de festivals qui agitent la France de l'été, mais ils sont représentatifs des différentes tendances qui se dégagent. Citons encore en vrac, dans le genre interculturel, le premier Festival européen de théâtre de rue à Aurillac, le Festival interceltique de Lorient qui rassemble toute la celtitude, de l'île de Man à la Bretagne Sud, le Festival de jazz, rock et musiques métissées de Salon-de-Provence, Francofolies, toujours à La Rochelle, festival de la chanson francophone, le premier Festival international d'arts et traditions populaires de Nantes, et terminons sur une note plus auguste, les Rencontres internationales de luthiers et maîtres sonneurs, à Saint-Chartier. Et bonnes vacances en culture. 0 PIERRE ROUSSEAU GAIS, GAIS, GAIS. Un festival de plus à Paris pourlemois de juin: Ecrans gaiS 86, à l'Olympie: Un danger pouvait guetter cette entreprise : accentuer des stéréotypes. D'après le programme, cela sera certainement évité. Ce festival se veut efficace, pour l'organisation d'un marché du film doté d'un prix, pour les professionnels et des distributeurs, et international, par la présentation de films, inédits ou non, venus de toute l'Europe (Grèce comprise), des Etats-Unis, d'Amérique latine. Mais cette manifestation sera, avant tout, une fête pour les cinéphiles, puisqu 'à côté de classiques, les organisateurs, délaissant un aspect militant qu 'ils jugent dépassé, nous convient à la découverte de la movida gay de l'Espagne d'aujourd 'hui, et axent une partie de la manifestation sur l'âge d'or que fut ce Berlin gay des années 20, avant la déportation des « triangles roses» par les nazis, dans la décennie suivante. Enfin, de grandes nuits sont prévues pour les cinéphiles, avec la grande et kitsch actrice mexicaine NinonSeviHa, dont nous vîmes, il y a troÎs ans, le sublime turban argentédéambvler dans les rues de Nantés, au . Festival des acontinents. On s'apercevra, peut-être, qùe,lesfllms gays parlentsurtout d'une gra~de chose,déjàau celi!r~ge presque . Us les .autresfilms du.fl)onde: . la quête 1'~lJ1our, d'unquelq~'un etla haine sticer . " $Omme,On risque de I,~cl, .' .. ' hée; J)'lais,plusd9;, ·usé,andi.ceberg cinén:ta- "üe".'· 0 , ' YYES . THORAVAL ÉnNEMENT _________________________ ~ Arts plastiques ART ET PAIX J uin, c'est le mois de la paix. Comme tous les ans, à l'invitation de l'Appel des cent, il y aura manifestation le 15, ou plutôt, une fête, un peu comme celle qui avait eu lieu au même endroit, pelouse de Reuilly, en juin 1983. Cela nous a donné envie d'aller faire un tour à la Galerie L'art et la paix, où l'on essaye depuis quelques années de promouvoir les artistes engagés dans le pacifisme et l'amitié entre les peuples. Et coup de chance, c'est un vieil ami de Différences, Henri Guédon, qui expose ses toiles, dessins, sculptures là-bas, du 3 juin au 5 juillet. Pour le mois de la paix, nous avons sélectionné quelques artistes qui, par le métissage de leur culture, donnent une haute idée de l'amitié entre les peuples. En couverture d'un récent Télé 7 jours (édition de la Martinique), on voit un portrait en pied de Guédon, et ce titre: Qu'a-t-il encore inventé? et, quand on le revoit, c'est toujours cette question qui vient la première. Impossible de retrouver ce Martiniquais là où on \"a laissé. D'abord connu comme musicien. surtout compositeur et percussionniste. Guédon a fondé ces dernières années une école de percussion qui, en peu de temps, est devenue une des meilleures de Paris. En peinture, Guédon tente de transposer sur ses toiles les rythmes du jazz. Mais il y a aussi les masques, les sculptures . Peut-être que le point commun de tout cela, c'est le rythme. Et les grandes aspirations humaines, pour un peu plus de paix, un peu plus de dignité et d'égalité. Henri Guédon, homme affable, nous a fait visiter en avant-première son dans un petit pavillon du quatorzième arrondissement de Paris. Quelques toiles dans un style qu'on lui connaissait déjà, et beaucoup de nouveautés. Dès les premiers instants, on est attiré par des sculptures bizarres: des livres, figés par la colle dans une position ouverte, un peu chiffonnés" comme s'ils étaient saisis d'une vie particulière, et que l'artiste ait su les capter à ce moment précis. Nus ou peints, on peut les voir comme une synthèse entre l'objet-livre, objet européen, et la force d'une culture venue d'ailleurs, des Caraïbes ou d'Afrique. De somptueux masques, aussi, faits de plaques de contre-plaqué découpées et superposées, et là encore la rencontre entre un objet industriel avoué, le panneau d'aggloméré, et une autre culture. Etrange atmosphère que dégage cette production, où les repères manquent, où il faut se laisser aller à un rythme, une musique à nulle autre pareille. Pour finir par buter sur ces extraordinaires collages, faits de photos, d'articles de journaux sur lesquels Guédon a dessiné ou peint, transformant l'écriture en un autre langage. Il y a du Rouault dans les masques, du Léger dans les toiles, et l'Afrique partout. L'homme maintenant. Un étonnant voyage . Né en 1944 en Martinique, il arrive en France pour suivre des cours d'arts plastiques, crée une grande formation Afro-Caraïbes jazz, joue un peu partout, crée un grand spectacle choral à Clermont-Ferrand en 1985, où il mêle sa formation avec soixante choristes et prépare pour le 20 juin à Monthey, en Suisse, une manifestation musicale rassemblant cinq orchestres d'Harmonie, presque deux cents choristes, pendant que mille enfants défileront dans les rues en chantant des lyriques caraïbes. On dressera dans la ville des totems dessinés par l'artiste, pour terminer, rien de moins, par lâcher de ballons par hélicoptères. Vous n'aurez peut-être pas l'occasion d'aller à Monthey, mais allez prendre un aperçu de cette force gigantesque à l'exposition. Vous ne le regretterez pas. On retrouve un peu de la démarche de Guédon dans les sculptures de Michèle Tacaille, à Vallauris, ce même désir de mêler jusqu'au vertige les formes européennes, africaines et orientales. Si le chemin des vacances passe pour vous par cette ville, visitez son atelier, et ses étranges statues qui prouvent, s'il en était encore besoin, que l'art est une des formes majeures du rapprochement des peuples. Vous serez plutôt dans l'Ouest au mois de juin? Qu'à cela CHAQUE MOIS 1 HISTOIRE ET L'ACTUALITE DU JAZZ EN VENTE PARTOUT /)/./.1('/'('1/«'1 - 1/ 5 7 58 - .111/1/ .Il1ill,'1 1 ()8() ne tienne, rendez-vous dans le hall de la maison de la Culture du Havre, précisément devant les peintures de Farid Belkahia, peintre marocain. Mal connu en France, il est très célèbre dans son pays et propose une peinture particulière, où se mêlent l'ancien et le moderne, le mythe et le réel. En revanche, c'est trop tard pour le groupe Totem, qui exposait en mai à l'université de Nanterre. Ces jeunes plasticiens martiniquais veulent mélanger leur différentes origines: Arawacks, Caraïbes, Africains, Indiens et Européens à la fois, pour s'opposer à toute forme d'art doudouïste, donnant une image fausse et naïve de leur pays. Henri Guédon et les enfants du Montfort Henri Guédon, né en Martinique, Farid Belkahid, peintre marocain, Totem et Montfort Quand j'aurai cité l'association Vivre au Montfort, à Aubervilliers, où l'on a monté un atelier de sculpture pour tous les âges et toutes les nationalités, avec pour but de faire «cent sculptures contre le racisme », vous aurez un aperçu de ce qui se fait dans ce domaine pour le rapprochement des peuples. Allons, tout n'est pas pourri dans le royaume de France. 0 GEORGES MANGIN Henri Guédon, exposition à la galerie Art et Paix, 35, rue de Clichy, 75009 Paris, tél. : 48.74.35.86. Michèle Tacaille, atelier 5 bis, rue de Solférino, 06220 Vallauris. Farid Belkahia, à la maison de la Culture du Havre, du 23 mai au 29 juin. Groupe Totem : se renseigner auprès de la section du groupe à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts à Paris. Vivre au Montfort, 4, allée Grosperrin, 93 Aubervilliers. RUE DE LAPPE. Au Café de la Danse, on aime bien les créateurs et on ne déteste pas non plus déranger les habitudes de consommation culturelle ! C'est pourquoi les Rencontres internationales, qui s'inscrivent dans les options originales de ce nouveau lieu parisien campé, depuis la rentrée 85, à proximité du balajo par Catherine Atlani et ses amis, vont rassembler des performances scéniques d'expressions multiples. Prenant acte de l'émergence de nouvelles formes de spectacle, à la croisée du théâtre , de la danse, du cinéma ou du mime, ces Rencontres, qui ont commencé le 5 mai et se poursuivront jusqu'au 28 juin, souhaitent témoigner, à travers la riche programmation proposée, des articulations qui peuvent animer le « rituel vivant» du spectacle. C'est une expérience de mise en corps de la poésie de Rainer Maria Rilke que s'efforcent de réaliser C. Atlani et Barbara Gaultier dans une double mise en scène, du 28 mai au 6 juin (20 h 30). Du 9 au 13 juin (22 h 30), le théâtre et la danse se marient dans Ophélia peutêtre, une production du Tanztheater Skoronel (RFA). Une compagnie canadienne prendra le relais , du 16 au 21 juin (22 h 30) pour raconter en ~ chansons, en cinéma et en musique ~ l'histoire d'une fille qui tourne en rond à la recherche de l'origine des cercles vicieux que l'on connaît tous . VISAGES DE FEMMES Vous connaissez sans doute le livre de Marc Garanger, Femmes algériennes 1960, voici maintenant la chorégraphie de Françoise et Dominique Dupuy. L'ouvrage, bouleversant et contesté, réunissait un grand nombre de portraits de femmes algériennes, réalisés par le photographe Marc Garanger sur commande des autorités françaises pou r identification et recensement. D'aucuns avaient prétendu qu'il s'agissait d'un véritable viol, puisque ces femmes avaient dû, sans doute pour la première fois de leur vie, se dévoiler le, visage devant un inconnu. Mais la fierté, la douleur ou la révolte de leur regard sauvegardaient à mon sens à ces femmes toute leur dignité. « Lorsque j'ai vu les Femmes algériennes 1960 pour la première fois, j'ai eu envie de faire bouger cette histoire ", dira Dominique Dupuy. C'est chose faite avec Françoise, sa compagne de vie et de création artis- ERRIERE LE RIDEAU ADOS. Pour la quatrième fois, le TEP met la culture dans tous ses états! Qu'elle surgisse des bahuts, sous forme de saynètes ou de contes, qu'elle soit martelée par la semelle redoutable des smurfers de banlieue ou libérée entre les cordes de l'oud de Fawzi Al Aiedi, la culture sera là et bien là! Les banlieues lyonnaise et parisienne seront de la partie, par la voix et par le corps de deux jeunes compagnies : dix ados des Minguettes, adeptes du smurf, se plieront à la rude discipline de la danse contemporaine dans Kaskadanse, tandis que dix-neuf (!) ados venus d'Aubervilliers se débattront avec Une grande raison qu'il fait nuit, c'est que le soleil n'y est pas, sur un texte de Judith Gershman, inspiré du Comme il vous plaira de Shakespeare .. . 8. G. Cultures sans frontières au TEP. Rens. (1) 43.64.80.80, du 3 au 7 juin. tique. Peu connus du grand public, danseurs, Chorégraphes et excellents pédagogues, Françoise et Dominique Dupuy ont été des pionniers, des découvreurs de l'ombre. Dans leur cours de danse, pendant des années se sont épanouies bien des personnalités de la jeune danse moderne française, parmi lesquels Joëlle Bouvier et Régis Obadia. Ils sont tellement discrets et modestes qu'ils furent scandaleusement oubliés ; pourtant leur passion pour la création ne s'est pas affaiblie, ni leur goût immodéré pour la liberté des hommes et des femmes. Ne ratez pas Visages de femmes, un spectacle intelligent et chaleureux, éloigné de bien des abstractions contemporaines, où l'émotion naît à la fois de la gravité du sujet et de la qualité de l ' interprétation . 0 CHANTAL LANGEARD Au Café de la Danse, du 9 au 13 juin, à 20 h 30., Passage Louis-Philippe, 75011. Tel. : (1) 43.57.05.35. MYSTERIEUSE, MAIS PAS MYSTIQUE. Leonora Carrington déclarait, il y a un an, sur les ondes de France Culture : « Je suis une incomplète et pitoyable créature » , et aussi, dans un autre entretien: « L'émotion, ce n'est pas toujours la tendresse, ça peut être la rage, la terreur ... c'est varié, quoi. " A travers toutes les apparences de la déraison (comme son identification obsédante aux animaux les plus divers !), cette femme, née en 1917 en Irlande , ne manque pas de lancer, à travers son oeuvre de peintre et d'écrivain, des flèches de lucidité (en rien incompatible d'ailleurs avec la folie !) et d'humour (noir, ça va de soi). Sa vie est en forme de périple. A 20 ans, elle se lie avec Max Ernst et le suit à Paris. Elle commence à écrire des récits fantastiques (comme la Débutante) et s'inscrit, avec distance cependant, dans le courant surréaliste. Elle est ensuite internée en Espagne, se marie au Portugal, peint à New York, pour finir par s'installer à Chihuahua où elle vit avec ses deux enfants depuis 1942, en plein coeur de la terre des Aztèques. Le Théâtre Inachevé présente une de ses pièces, d'inspiration autobiographique, Pénélope. 0 8. G. Pénélope à la Chapelle expiatoire (humoir noir oblige 1 .. .), square LouisXVI, 29, rue Pasquier, 75008 Paris. Rens. (1) 48.06.50.84. Jusqu'au 21 juin à 20 h 30 (relâche dimanche et lundi). L PA RIS-TOKYO. L'Institut de France : cela vous dit quelque chose? Et « la vieille dame du quai Conti»? C'est pourtant l'une des institutions scientifiques et culturelles les plus anciennes et les plus prestigieuses du monde ! Des cinq académies qui la composent, on connaît surtout la « française », mais les autres, celles des sciences, des beauxarts, des inscriptions et belles-lettres (histoire, archéologie, orientalisme), et des sciences morales et politiques (droit, sciences politiques, etc.), jouent un rôle considérable, par leur vocation de conseil, de recherche, d'édition de textes fondamentaux, de mécénat, de gestion d'institutions culturelles publiques, en un mot, dans la vie culturelle de notre pays. Pour montrer « sa place dans le monde actuel », l'Institut organise une très riche exposition sur son action, depuis trois cent cinquante ans que la première Académie existe, de Richelieu à la fusée Ariane, et cela dans un de plus beaux et des plus méconnus des musées parisiens: Jacquemart-André (jusqu'au 20 juillet). Tokyo à Paris: ce n'est pas un mot d'ordre branché, mais c'est chose faite jusqu'en octobre prochain, les deux municipalités, Tokyo et Paris, ayant décidé de se mieux connaître. Toute AU CHOIX. SAINT-ETIENNE: la Comédie de Saint-Etienne présente, en collaboration avec le centre dramatique de Reims, Ghetto, de Joshua Sobol, avec Anna Prucnal, J.-P. Joris, J . -c. Drouot.. . Ghetto retrace l'histoire du ghetto de Vilna durant la Seconde Guerre mondiale, représentée à travers la vie d'une troupe de théâtre. CORNEGUIDOUILLE! Le retour du roi Ubu (celui dont on n'aimerait pas être le sujet !) est annoncé. Nous transmettons donc la bonne nouvelle. C'est jusqu'au 14 juin , à 21 heures, au Théâtre de Chatillon . Tél. : 46.57.22.11. La mise en scène est de Serge Noyelle. RACINE (Jean). Si vous voulez revoir vos classiques sans avoir à traîner vos baskets du côté de la Comédie (française), vous pouvez aller découvrir Britannicus, version François Rancillac, au Théâtre de la Bastille. C'est jusqu'au 28 juin, à 21 heures (relâche lundi). Tél.: 43.57.42.14. Ça va saigner !O 8. G. L'Institut de France, « La vieille dame du quai Conti» une série de manifestations (les pompiers de Tokyo compris) vont nous apporter la culture, et le sport, de la métropole nippone: L'art des derniers shoguns au musée Cernuschi , le grand théatre Kabuki (à Mogador, tout juin), Le nô (palais des Congrès), la photographie « tokyote » (?) à la mairie du IX' , des tournois de sumo (lutte) à Bercy ... Justement, parlons de l'Empire des signes : jusqu'au 3 aôut, vous pourrez savoir tout ce que vous vouliez sans Musée des Arts décoratifs

Regards sur l'art africain avoir jamais oser le demander sur Roland Barthes, le texte et l'image, un bel hommage posthume à l'écrivain au milieu des images, peintures, photos, dessins, BD, ect. qui l'ont inspiré. Et aussi, un cadeau précieux, et oecuménique, de la Maison des cultures du monde, pendant tout le mois de juin: Musiques islamiques d'Asie (Pakistan, Brunei, Indonésie, Turquie, Malaisie) et Musiques juives, un grand panorama des musiques sépharade et ashkénaze : romances, chants de synagogues en ladino, en yiddish, en hébreu et aussi des mélodies juives du Kurdistan, d'Ouzbékistan, d'Ethiopie (Falashas). Ne pas oublier : Calligraphie arabe, ancienne et moderne, au musée des arts africains (du 12 juin au 15 septembre) et Regard sur l'art africain (jusqu'au 29 juin), aux Arts décoratifs: tant mieux, il y a de quoi faire, justement je reste à Paris cet été ! 0 YVES THORAVAL Musée Jacquemart-André: 158, bd Haussmann, 75008 Paris. Tokyo à Paris, infos générales : Direction des affaires culturelles, Ville de Paris: 37, rue des Francs-Bourgeois, 75004 Paris. Tél.: 42.74.22.02, poste 107/108. Pavillon des Arts: Forum des Halles (au-dessus). Maison des cultures du monde: 101, bd Raspail, 75006 Paris. Tél. : 45.44.72.30. Musée des Arts décoratifs : 107, rue de Rivoli, 75001 Paris. Profondeurs LE ÇA, LE MOI, ET LA HAINE DE L'AUTRE Ouand on ne comprend pas un phénomène, on dit que c'est instinctif. Le racisme est-il ancré dans notre inconscient? Serait-il, du coup, inévitable et pardonnable ? Un psychanalyste répond. Il n'y a pas de racisme dans l'inconscient, jamais je ne l'ai repéré dans ma pratique quotidienne. On confond souvent irrationnel et inconscient: encore faudrait- il prouver que tout irrationnel vient de J'inconscient. Mais beaucoup d'idées contemporaines fort répandues sont irrationnelles (non issues d'un raisonnement rigoureux ou ne correspondant pas à des faits) et tout à fait conscientes. Et de plus, leur irrationnalité n'est pas évidente, surtout lorsqu 'il s'agit d'idéologie. En revanche, des gens s'accrochent à ces idées , souvent avec passion, pour des raisons qui leur sont propres, quelquefois inconscientes, souvent par conformisme. ou parce que ça leur donne du pouvoir. J'ajouterai que ces idées irrationnelles sont en général gérées de façon très rationnelle par ceux qui les génèrent et les répandent. Je vais essayer de développer mon analyse des mécanismes en jeu lorsqu'un individu se reconnaît comme raciste . En tant qu'analyste , j'observe tel ou tel trait, chez tel ou tel individu. Je peux les nommer: identification , difficulté d'identification, projection, angoisse, Moi faible et éclaté, pulsion d'agression, etc. Toutes ces choses sont éparses, rien ne les lie, c'est justement cela qui fait problème et souffrance pour l'individu. Prenons la pulsion d'agression: elle naît dans le Ça en tant que pulsion de mort , elle s'adresse à un objet interne précis mais elle n'est pas déterminée en ce qui concerne tout objet extérieur à l'individu; enfin, elle a plusieurs destins possibles: elle peut rester refoulée, ce qui demande beaucoup d'énergie ainsi gaspillée; elle peut être accueillie, neutralisée, réélaborée dans un Moi suffisamment fort pour cela, et peut servir ce Moi. Lorsque le Moi est trop faible ou que la pulsion est trop forte, que le refoulement ne tient pas, elle doit subir une décharge immédiate et pour cela elle s'accroche à ce qui lui permet le plus dans la société, car on ne décharge pas impunément son agressivité en temps de paix: le racisme organisé est aujourd'hui la plus sûre voie de décharge de l'agressivité des faibles (sur le plan psychologique, s'entend) . Ce qui lie les éléments épars de ces personnalités, qui sinon seraient éclatées, et qui permet l'expression facile de l'agressivité, l'individu le rencontre dans la société, autour de lui, dans les médias, etc., sous une forme unifiée, liée, « tout cuit », avec un nom: le racisme. Dans la collectivité, cet individu, qui a tant de difficultés à être entier, qui vit dans l'angoisse, est confronté dans ses relations avec les autres à des modèles auxquels il peut - ou non - s'identifier. S'il n'a pas le courage ou la force de vivre - y compris avec ses souffrances - son individualité tronquée, il se fabrique un faux self (1)avec un modèle que lui offre le champ social ; le racisme est un de ces modèles. Il unifie ce qui est ressenti comme épars, en morceaux, inachevé, il s'offre là comme entier, fort , protecteur; il permet de décharger son agressivité impunément : ainsi ciblée, cette agressivité est admise, sanctifiée socialement (dans les conditions normales, on ne peut pas facilement la laisser sortir, on a peur de ne plus être aimé, ou même d'être puni); et là, le mouvement raciste organisé accomplit un miracle: il déclare déchu l'objet du racisme. son amour ou une quelconque réaction de sa part sont nuls et non avenus, et si vous l'agressez, le racisme vous offre une multitude de gens prêts à vous reconnaître et à vous aimer encore plus. Pourquoi ne pas en profiter (ce processus s'accomplissant à l'insu du sujet) car sur le plan économique (circulation de la libido, régulation de l'angoisse) cela est plus facile que de vivre son angoisse ou sa médiocrité? Ce sont non seulement les faibles (ou ceux qui aspirent au pouvoir) qui succombent à cette facilité. L'individu y gagne aussi sur le plan de l'identité: en désignant celui qu'il hait comme son persécuteur, il focalise sur lui son agressivité, ce qui lui donne l'assurance d'être entier: le sentiment de persécution, c'est le degré zéro de l'identité. Agressivité collective Mais si certains individus y gagnent, la société y perd beaucoup, elle risque même de tout perdre. Cette agressivité collective peut avoir des conséquences désastreuses pour une société démocratique. L'Etat de droit (même avant qu'il acquière une forme démocratique) c'est ce qui permet de protéger ceux qui sont faibles (ou affaiblis) socialement, des exactions des plus forts , de limiter le pouvoir des puissants. (A cet égard, le fascisme moderne est une immense régression non seulement par rapport aux démocraties antiques, mais même par rapport à certaines monarchies de l'Antiquité - Hammorourabi à Babylone, les pharaons en Egypte - ou de temps ultérieurs: le despotisme éclairé de Frédéric II en Prusse.) Le racisme veut faire éclater cet Etat de droit, il exige que les délits et les exactions contre les faibles (les immigrés) ne reçoivent aucune sanction pénale (il y parvient souvent par le moyen de complicités dans l'appareil judiciaire). Lorsqu'une société est en crise, elle est plus vulnérable face aux forces de déstabilisation - qui existent toujours - et les « Moi» des individus qui la composent se déstabilisent également, car ils perdent certains de leurs . repères: il est alors plus difficile à tout individu en plein désarroi de neutraliser ses pulsions agressives. Le pouvoir vacille, ces crises sont propices aux remaniements, et différentes forces politiques en général d'extrême droite, mais pas touLa décharge raciste : tournant en dérision une vieille formule morale laïque, la transformant en : « Il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade ». Quand dans une société on commence à se gausser des pauvres et à tuer des illlmigrés, on détruit l'Etat de droit et on se dirige à grands pas vers la loi de la jungle. Tout cela n'est possible que parce qu'on trouve dans la société un modèle de comportement et un mouvement de masse organisé, qui unifie ce qui est épars, qui donne du liant, du ciment pour rassembler des choses qui , éclatées, donneraient une angoisse insupportable et qui, en changeant l'impératif moral, aide à refouler le sentiment de culpabilité. Cela donne un modèle de personnalité artifila pire des satisfactions de la pulsion de mort jours, vont essayer de se servir de ce potentiel agressif en ciblant la catégorie sociale à haïr: aujourd'hui, ce sont les travailleurs immigrés. Cela est d'autant plus dangereux qu'à la faveur de la crise une autre idéologie, différemment ciblée, se répand comme une traînée de poudre et se conjugue au mouvement raciste dans ses assauts contre l'Etat de droit et les conquêtes démocratiques: le néolibéralisme qui consiste en gros à donner plus de pouvoir à ceux qui ont plus d'argent. Aujourd'hui, Günter Wallraf témoigne des extrêmités auxquelles peut conduire cet affaiblissement de l'Etat de droit au détriment des immigrés turcs, dans un pays pourtant très démocratique, la République fédérale d'Allemagne. Le néolibéralisme permet la haine des pauvres (habituellement refoulée dans nos sociétés) : si le pauvre est chargé moralement (c'est de sa faute), c'est lui le responsable, nous ne sommes pas coupables de le haïr. Le racisme permet la haine des immigrés. Les deux conjugués entraînent la dissolution des solidarités sociales et même, pire, la dissolution morale; j'ai utilisé deux fois le terme «permet» : à mon avis, la société permissive - permissive de la haine à bon compte - c'est bien celle-ci et non celle de la liberté sexuelle que dénoncent les « pères la pudeur ». Certains croient lutter contre l'hypocrisie quand ils enseignent que toute vérité doit être dite. Ainsi, en 1974 apparaîssait sur nos écrans cette publicité: «Aux EtatsUnis, les Sudistes avaient une civilisation raffinée aujourd'hui perdue, ils avaient inventé le cold (gold) tea ; ils étaiem racistes» ; le tout sur fond d'images idylliques avec de bons nègres serviteurs. Au nom du réalisme, de la vérité même, on souligne que des gens très bien, qu'on nous donne en exemple, étaient racistes. Mais le vrai réalisme et le véritable amour de la vérité, nous feront constater tôt ou tard que ce genre d'attitude est une facilitation affective au racisme, une permission. De même, pour qu'il soit devenu possible à un ministre conservateur britannique de dire : « Ceux qui n'ont pas de travail n'ont qu'à enfourcher leur bicyclette (Je suppose que s'ils n'ont qu'une Rolls, il leur suffit de demander à leur chauffeur de les conduire) et en chercher », dans un pays de quatre millions de chômeurs, il faut que plusieurs barrières morales aient déjà sauté. De même certains se croient bien malins et réalistes en ciel qui ne résout rien: le raciste n'en est pas plus heureux, le sentiment de culpabilité continue son oeuvre dans l'ombre et détruit toute satisfaction. A ce sujet, je m'étonne toujours que certains médias de gauche et antiracistes apportent leur pierre à l'édifice raciste en cautionnant l'effort liant, unifiant, de ce dernier, lorsqu'ils répandent des idées toutes faites, prétendûment psychanalytiques. « Nous sommes tous racistes » , ou bien: « Le racisme vient de l'inconscient » . Ou bien lorsqu'ils prétendent que nous devons construire une société pluriculturelle car les immigrés voudraient conserver « leur » culture : il est intéressant de constater que les racistes ne disent rien d'autre lorsqu'ils affirment qu'ils sont inintégrables. Des deux côtés, ce sont à mon avis des idées reçues: et s'il leur plaît à eux d'être intégrés! (d'après mon expérience, je concluerais plutôt à un désir massif d'intégration, mais encore faudrait-il leur en donner les moyens, notamment scolaires, et surtout les vrais moyens, pas des moyens formels). Identité culturelle, je demande à voir. Dignité humaine: oui, oui et oui! Je m'adresse aux journalistes: ils ont, de bonne foi, souvent colporté - c'est leur métier - un certain nombre d'idées sur le racisme nées dans des milieux incontestablement antiracistes: ces milieux parisiens cultivés ont absorbé trop vite, et à mon avis très mal, une psychanalyse qu'ils avaient jusque-là refusée (la France a été très longtemps le maillon le plus fort de la résistance aux théories de Freud) ; il s'en est suivi d'une grande confusion que le simple bon sens pourrait aider à dissiper. Pour conclure: de l'agressivité, il y en a ; sur le plan directement social on n'y peut pas grand-chose (on peut seulement avoir une action thérapeutique sur le plan individuel, encore que cela soit à nuancer) ; la décharge raciste est la pire des satisfactions pour la pulsion de mort ; il est possible - et de l'empêcher (en luttant sérieusement contre le racisme organisé : il est irresponsable de dire que c'est désuet et inutile. Le racisme n'est pas constitutionnel, il est social) - et de canaliser autrement cette agressivité dans notre société. 0 GUY LAVAL (1) Self: terme de psychanalyse, désigne ce qu'on veut être, consciemment ~TmRE ______________________________ ~ Traditions , IMMIGRES ET FRONT POPU L'année 36 a été, pour la majorité des Français, une période d'intenses espoirs. Mais qu'est-ce que cela a changé pour les deux millions d'étrangers installés ici? On ne peut esquisser un bilan de l'action du Front populaire à l'égard de l'immigration sans établir un bref historique de l'attitude des pouvoirs publics face aux étrangers avant 1936 (1). La reconstruction économique et le déficit démographique consécutifs à la guerre favorisent l'entrée en France dans les années vingt de nombreux travailleurs immigrés: 1 631 000 étrangers resldent en France en 1921, 2890000 en 1931 (soit 7 % de la population totale): la France est alors, en valeur relative, le premier pays d'immigration au monde. Face à cette arrivée massive d'étrangers, la politique officielle est dominée par un relatif « laissez-faire/ laissez-passer », qui ne prend fin qu'avec l'arrivée de la crise des années trente. Seul le patronat met en place des structures lui permettant de canaliser et d'organiser cette main-d'oeuvre bon marché vers les secteurs demandeurs (en particulier l'agriculture et les bassins houillers) : dès 1924 est créée la Société générale d'immigration (SGI), qui va rapidement devenir une puissance avec laquelle les gouvernements devront compter. Avec la crise, donc, vient le grand raidissement. La loi du 10 août 1932 instaure un contingentement des arrivées d'étrangers, de 1932 à 1934 les décrets d'application vont se multiplier. Mais c'est en 1935 que le repli frileux sur la « main-d'oeuvre nationale » va prendre le plus d'ampleur : 170 décrets (contre 72 avant décembre 1934), instaurent un quota de travailleurs étrangers dans presque tous les secteurs de la vie économique. L'afflux des réfugiés politiques, d'une immigration plus intellectuelle, entraîne une importante concurrence jusque dans les professions libérales: même les médecins demandent protection. En 1935 toujours, un décret liberticide assigne les étrangers à résidence, les travailleurs immigrés ne peuvent plus changer de département sans l'assentiment du préfet. Parallèlement, on commence à organiser le rapatriement des chômeurs, le nombre des étrangers résidant en France en 1936 redescend autour de 2 300 000 (parmi lesquels on compte environ 710000 Italiens, 410000 Polonais, 250000 Espagnols, 180000 Belges). L'antisémitisme atteint des sommets. Toutes ces mesures reflètent la montée de la xénophobie dans un pays touché par la crise, d'un chauvinisme économique qui n'épargne pas la gauche. Les radicaux Edouard Herriot ou Pierre Mendès-France réclament eux aussi le contingentement de la main-d'oeuvre étrangère, la CGT (d'avant la réunification syndicale), déclare que « le principe de la fraternité ouvrière doit fléchir au profit des travailleurs nationaux », le socialiste Fernand Laurent établit le parallèle, simpliste mais promis à un grand avenir, entre les 500 000 chômeurs et les deux millions d'étrangers, l' Humanité s'inquiète d'un courant xénophobe qui gagne même les rangs communistes. C'est dans cette atmosphère de profonde insécurité pour les immigrés que la gauche gagne les élections en mai 1936. Les socialistes, dans l'opposition, s'étaient avant tout intéressés aux réfugiés politiques, l'immigration économique n'avait pas fait l'objet d'une réflexion approfondie. Ainsi, lors de la constitution du gouvernement Blum, il n'y a pas de place pour un ministre ou un secrétaire d'Etat à l'Immigration. Première absence symptomatique, qui résume à elle seule l'absence d'initiatives déterminantes du Front populaire en matière d'immigration. De juin à septembre 1936, la période des grandes réformes, on ne trouve pas un seul texte majeur concernant les travailleurs étrangers, même si, en octobre 1936, le gouvernement de Front populaire abolit l'humiliant article 4 du décret du 6 février 1935 qui assignait les étrangers à résidence. En juillet 1936, les députés communistes présentent à l'Assemblée une «proposition de résolution invitant le gouvernement à déposer le plus rapidement possible un statut juridique des immigrés », la proposition est adoptée seulement en janvier 1937, et délestée de son caractère d'urgence, puisque la formule « le plus rapidement possible » a disparu du nouvel intitulé . Générosité de coeur et réalisme économique Bien sûr, les défenseurs de la politique du Front populaire à l'égard des immigrés rappellent que les accords Matignon concernaient également les étrangers, que ceux-ci ont bénéficié eux aussi des congés payés, que pour la première fois les immigrés ont eu le droit de vote sur leur lieu de travail, que l'amnistie générale d'août ne touchait pas seulement les nationaux (2). Mais examinons la question à l'envers: que penserait-on d'un gouvernement de gauche qui excluerait les étrangers du bénéfice de l'amnistie et des lois sociales ? Dans ses grandes lignes, la politique des pouvoirs publics à l'égard - peut-être faut-il dire à l'encontre - des travailleurs immigrés, ne change d'ailleurs pas fondamentalement avec l'arrivée du Front populaire. Il est toujours question de contingentement et de surveillance, même pour le député communiste Arthur Ramette, qui parle à son tour de soumettre « l'entrée de la main-d'oeuvre étrangère à un contrôle sérieux permettant d'entraver toute dépréciation de la main-d'oeuvre française ». Coincé entre la générosité du coeur et le réalisme économique, l'oeuvre du Front populaire s'inscrit dans la continuité: l'arrêté du 17 juin, le décret du 5 septembre, rappellent aux employeurs l'obligation de déclarer toute embauche de travailleurs étrangers et on parle même d'étendre à l'agriculture, jusqu'ici épargnée, les mesures de contingentement. Reste ce que Marcel Livian appelle la « partie invisible » de l'action du Front populaire, de ce « climat nouveau » qui suscite tous les espoirs et permet aux organisations politiques étrangères de s'exprimer au grand jour. Dans le même ordre d'idées, le ministre du Travail, Jean Lebas, indique que les Polonais qui devaient être rapatriés ne pourront désormais l'être qu'avec leur assentiment formel. Mais, c'est surtout à l'égard des réfugiés politiques que le Front populaire a manifesté le plus de sollicitude. Bien sûr, le gouvernement rappelle que l'intervention des étrangers dans la vie politique et sociale de la France ne sera jamais tolérée, mais dans les faits, on note une très large interprétation des «traditions d'hospitalité héritées de 1789 ». Le Front populaire fait preuve d'une réelle bienveillance concernant les réfugiés dont le séjour en France est menacé: en 1937 près de 6 000 étrangers bénéficient d'un sursis de départ à leur arrêté d'expulsion. En résumé, la politique du gouvernement de Front populaire face à l'immigration ne se démarque pas fondamentalement de celle de ses prédécesseurs - la SGI, attaquée par la Ligue des droits de l'homme et les syndicats, ne sera par exemple jamais démantelée, ni même «moralisée» - mais elle est, dans les faits, appliquée avec beaucoup plus de souplesse. C'est ce que Jean-Charles Bonnet appelle la « coloration humaine » des mesures pratiques prises par la gauche pour faciliter l'existence en France des immigrés. Et il est vrai qu'après la profonde insécurité de la période précédente, cette atmosphère nouvelle n'est pas négligeable. Reste que l'air du temps est difficilement appréciable, d'autant que les principaux intéressés, les immigrés eux-mêmes, sont restés singulièrement silencieux sur cette période de leur vie en France (3). Pourtant les étrangers ne sont pas restés indifférents à la situation politique française, même les travailleurs chassés de leur pays par la misère, même ces immigrés économiques auxquels le Front populaire a accordé somme toute peu d'intérêt, ont participé au grand élan militant de 1936. La CGT de 1935 comptait dans ses rangs environ 50 000 travailleurs étrangers, la CGT réunifiée de 1936 en dénombre entre 350 et 400 000. En définitive, la question d'un « melting-pot à la française» n'est pas posée à l'époque, si ce n'est par l'extrême-droite qui fustige « l'invasion des métèques ». Le Front populaire ne conçoit l'intégration des étrangers dans la société française que comme une assimilation totale de ces derniers et le débat actuel sur une France pluri-ethnique est totalement anachronique (4). Loin des mythes lénifiants, des cultes réducteurs, des hagiographies de commande, une histoire du Front populaire face à l'immigration reste à faire . Il ne sert à rien non plus de dresser un tribunal, on ne dira jamais assez à quel point le Front populaire a été confronté aux urgences d'une période mouvementée s'il en fut, à quel point l'oeuvre accomplie a dû l'être en un temps record. Mais, encore faut-il comprendre comment la période du Front populaire a été vécue d'en bas. Et en bas, tout en bas de la société française, on ne connaît pratiquement pas les réactions, les émotions, les espoirs de ceux que l'on appelait alors les « parias de l'Europe ».0 PHILIPPE DEWITTE (1) Cet article s'appuie, en particulier, sur l'incontournable thèse de Jean-Charles Bonnet: Les pouvoirs publics français et l'immigration dans l'entre-deux-guerres, Lyon, 1976, et sur l'excellent numéro 7 (juillet, septembre 1985) de la revue Vingtième Siècle, consacré à l'immigration, en particulier les articles d'Olivier Milza : La gauche, la crise et l'immigration et de Pierre Guillaume: Du bon usage des immigrés en temps de crise et de guerre. (2) Voir le livre de Marcel Livian : Le Parti socialiste et l'immigration, Paris, Anthropos, 1982. L'auteur était, dans les années trente, membre de la Commission d'immigration de la SFIO. (3) Ainsi, d'ailleurs, que les immigrés «coloniaux », ignorés dans cet article par manque de place, mais aussi parce que leur importance, dans les années trente, est encore marginale. (4) Même l'éphémère sous-secrétariat à l'Immigration, créé en janvier 1938 (après le départ des socialistes du gouvernement), ne propose que des solutions techniques. Propositions humanitaires et urgentes qui, de toute façon, resteront lettre morte. EUX ______________________ ~ NOT; cRoisÉJ HORIZONTALEMENT: 1. Sert pour manger. - 2. Qui n'ont pas encore servi. Mousse en Italie. - 3. Monnaie. Bondis. - 4. Coiffures. Dure très longtemps. - 5. Nombreuses sur les toits des villes. - 6. Perdit le Nord. Pronom personnel. Volonté enfantine . - 7. Fin d'infinitif. Singe à longs membres. - 8. Pour certaines villes. Restitué. - 9. Donnent l'alarme. Régal d'un berger. - 10. Tels certains traits. Solipède. VERTICALEMENT: 2 3 4 5 6 7 8 9 1. Défient la raison. - 2. Répéterait. - 3. Maladie qui 10 fait transpirer. Canton suisse. 2 ~.:\ .. ~.. ..\ :. ~ ..... .................. .' .... ~ ....;. ..:....:.. ..........................................................~ ...:. .. ........ .......................... .. ., ... ....... . 3 4 5 6 7 8 9 10 - 4. Porte-bouteilles. Note. Orienter. - 5. En République fédérale d'Allemagne. Négation. - 6. Dans la banlieue parisienne, célèbre pour son 22. - 7. Lettre grecque. Pronom. - 8. Intentés en justice. Préposition. - 9. Adverbe. Fleuve russe. - 10. Parier. Hors service. , f4SJEJ A partir de la grille ci-dessous, il s'agit de reconstituer 42 prénoms féminins. Chaque groupe de lettres, occupant une case, ne peut être utilisé qu'une seule fois. AG AI AN BA BAR DE DE DE CO DEL DET ED ENE INE INE INE INE la IR ISA ISE MA MA MA LV MA MAR MO NA RA RE RE RI TH TE TE TE THA THE TIL TRI SOLUTIONS DES JEUX PRECEDENTS Mots croisés: CLO ER INE ITE LAN NA RIE SV TTE BEA BEL BER BI BRI CA CL CI CH CE CE CE ER ESE FRA GE GE GE lE lE HE HE GU GlT ITH JU JU LE LE LE LIE LIE LI LEI LE LET NCO NE NE NE NE NE RLO RMA RO RON RT RT ST SO SO SE SE SA TTE UE ULE VE VE VIE Horizontalement: 1. Billets. If. - 2. Ariégeoise. - 3. Lattes. Nés. - 4. Lia. Etages. - 5. Osions. - 6. Eon. Mers. - 7. Son. Emese. - 8. Etés. Go. - 9. Mi. Létal. - 10. Il. Spirale. Verticalement: 1. Ballons. Mi. - 2. Irais. OEil. - 3. Litaient. - 4. Let. Oô. Eus. - 5. Egéennes. - 6. Tests. Li. - 7. S.O. Mener. - 8. Ingres. Ta - 9. Isée. Régal. - 10. Fesses. Olé! Mots cassés: Les 51 prénoms masculins à trouver sont: Alain, Alexis, André. Apollinaire, Benoît, Bernard, Charles, Christophe, Claude, Cyrille, Daniel, Denis, Didier, Dominique, Emile, Fernand, François, Frédéric, Gaston, Georges, Germain, Henri, Hervé , Hubert, Hugues, Jacques, Jean, Joël, Joseph, Jules, Laurent, Marc, Maurice, Maxime, Nestor, Norbert, Olivier, Pascal, Patrice, Paul, Philippe, Pierre, Raymond, René, Richard, Robert, Roland, Serge, Thierry, Vincent, Yves. OURROER ____________________________ ~ ARABES ET HOMOS Il Y a un an ou deux j'avais contacté une radio locale faite en grande partie par des Maghrébins pour faire une émission sur le thème rapports entre homosexuels français et travailleurs étrangers. Pour le représentant de cette radio à qui je parlais de ce projet, ce fut une agression. Il me dit d'abord qu'il faudrait passer une telle émission très tard dans la soirée, car elle allait faire scandale, puis après réflexion, il me conseilla d'abandonner ce projet. Poursuivant la discussion, il finit par me dire: «Si mon fils était homosexuel, je le tuerais. » C'était net! Beaucoup d'Arabes ont ainsi des réactions hostiles à l'égard de l'homosexualité qui se parle. Tout cela pourrait constituer une aventure individuelle sans grande importance. Après tout le racisme antihomo n'est pas le seul fait des immigrés, mais je n'écris pas cette lettre pour me plaindre d'un fait, mais parce que ce fait me semble significatif. Je ne suis pas un militant homo et en général les mouvements militants m'agacent. Je ne nie pas l'utilité des mouvements antiracistes lorsqu'ils dénoncent tel crime raciste, tel ostracisme dans le travail à l'égard des immigrés, mais, cela étant, il me semble souvent que les problèmes du racisme ne sont pas traités dans leur complexité . Un certain angélisme plane audessus de ces organisations auxquelles les racistes opposent leur réalisme qui n'est pas toujours sans fondement. Je pense de même pour le monde gay qui conforte le ghetto. J'ai souffert et je souffre encore du mépris réciproque entre Arabes et homosexuels, entre gens qui connaissent pour des raisons différentes le racisme. En province, c'est souvent net, « l'Arabe» est celui que l'on paie, donc méprisé comme prostitué et l'Européen est pour l'Arabe celui qui se fait prendre «comme une femme» (quelle identification honteuse n'est-ce pas?) tout le monde sait bien cela. C'est le statu quo. Un statu quo qui dure depuis la colonisation (et c'est là que cette question prend toute son importance), tout le monde sait que Montherlant ou Gide «recrutaient » en Afrique du Nord, on sait que nombre d'homos se payent des garçons là-bas au point que les hammam sont interdits aux touristes au Maroc . On sait tout cela mais comme le dit Roland Barthes dans le Bruissement de la langue: «L'homosexualité y est fréquente à condition de ne pas se dire. »Seulement, c'est là qu'est tout le problème, je crois, pour ma part, que ce non-dit perpétue la situation coloniale au néocoloniale. Evidemment le «dit» ferait scandale (encore qu'il ne s'agit pas d'agiter les bannières tapageuses de Gai Pied) il y a l'islam ... Et encore une fois, il ne s'agit pas d'aller contre, mais de faire cesser une situation d'hypocrisie qui je le crois va très fort dans le sens du racisme. Je sais que pour un Arabe, il est souvent difficile de concevoir qu'un garçon puisse en aimer un autre, mais il est important qu'il sache que cela existe, que l'homosexualité n'est pas seulement le rapport baiseur-baisé à quoi il l'identifie souvent. Cela m'amène à une extrapolation, et tant pis si je ne serai pas renié par Le Pen : en dehors de l'alphabétisation, quels efforts sont faits pour présenter aux étrangers 1a culture française? Il Y aurait là je crois beaucoup à faire. 0 LEBOSSE MICHEL 76000 Rouen GOTTINGEN Je reçois Différences depuis le numéro 1 et je dois vous féliciter, voici enfin un mensuel utile que je reçois et lis avec plaisir. Mais je ne vais pas me contenter de vous envoyer des compliments, car vous attendez certainement aussi des critiques. Lecteur en Allemagne depuis bientôt quinze ans, j'avais quitté la France avec un certain ras-Iebol assez compréhensible chez quelqu'un qui voyait les hoquets et les déchirements de la gauche française, sans espoir de jamais voir de bouleversements politiques ... Mais l'Allemagne, valaitelle que l'on s'y expatrie? A lire Différences, je crains bien que beaucoup de vos lecteurs y trouvent à redire, par exemple, dès votre n" Il, le double titre «Et si ça recommençait?» - « Manipulations génétiques: miracle ou désastre?» avec une photo extraite de Holocauste, puis d'autres, en passant par le n" 44 avec en couverture Mengele « Exclusif: j'ai travaillé sous ses ordres ». Je crois que pour ceux qui «choisissent» l'Allemagne, il faut avoir un certain sang-froid - ou peut- Différences - n° 57/58 -Juin/Juillet 1986 être, courage? -, n'est-ce-pas, de se voir confronté constamment à ces horreurs, même passées? Bien sûr, tous ces articles sont pertinents, indispensables et d'une tenue parfaite. Mais, même dans les articles du n" 48, « Berlin, vent d'Est, vent d'Ouest », le passé allemand nous rattrape à toute vitesse, par les photos, d'abord, mais aussi lorsque Pauline Jacob écrit: « Nièce, petite-fille de génocidés, je ne voulais pas y aller, entretenais une haine féroce, masquée par quelques stéréotypes du sens commun: pas d'humour disciplinés, industrieux ... » Mais voilà, pour elle, il y avait Ursula. Pour moi, et pour beaucoup de Français, il y a eu un Allemand ou une Allemande pour aimer la France et les Français, comme ça, sans se poser de questions, mais aussi parce que être Allemand est bougrement difficile. Il y a quelques années justement, à l'occasion du film Holocauste, le Spiegel et d'autres magazines allemands se demandaient si jamais l'étranger aimerait l'Allemagne. Je répondais en désespoir de cause à mes étudiants de commencer par l'aimer eux-mêmes, telle qu'elle était, telle qu'elle est, et c'est bien ce qui est le plus difficile ! Alors, c'est ce que je voulais dire à Différences, ce que je regrette de ne pas y trouver, c'est un peu plus d'articles sur cette autre Allemagne. Pauline Jacob a très bien amorcé le débat avec ses articles sur Berlin. Nous, à Gbttingen, nous nous contentons de cultiver les rosiers de Barbara, nous ne sommes pas au nombril du monde, même si la frontière n'est qu'à 18 km... Souvent, nous ne sommes pas les enfants de génocidés, il arrive que certains de nous, «résidents en Allemagne» doivent répondre avec agacement: « Mais pourquoi donc » vouloir rester Français en Allemagne, sans être petit soldat, sans presque aucun droit, puisque les droits des Français nous parviennent au compte-gouttes par les services consulaires et que nous n'acceptons pas la nationalité allemande? Voilà, tout n'est pas dit, mais Différences aurait de belles enquêtes en perspective, si vous regardiez outre-Rhin avec des lunettes un peu époussetées des gravas d'après-guerre (saviezvous, par exemple, que Balavoine, mort à cause du ParisDakar, que vous condamnez avec raison, avait fait un disque en 1977 sur la déchirure berlinoise, les A ventures de Simon et Gunther ?). Tout est reconstruit, les blessures sont pansées, les vieux meurent doucement et comme me l'écrivent beaucoup d'étudiants: « Si nos grandsparents n'ont pas su résoudre leurs problèmes, cela ne veut pas dire que l'on ne doit pas nous faire confiance pour ceux qui se posent maintenant et plus tard! ». Alors là, Différences devrait témoigner... 0 C. TRESORIER Giittingen NAVRANT Je constate que depuis quelque temps, au sujet de l'immigration, les médias font l'amalgame suivant: immigrés Arabes et Noirs. Je rappelle qu'il y a, en France : des Italiens, des Espagnols, des Yougoslaves, des Portugais, des Turcs, des Kurdes, des Vietnamiens, des Cambodgiens, des Laotiens. De plus, il y a des descendants de Russes, Polonais, Arméniens, etc. Malheureusement, les cistes donnent dans ce C'est navrant. antirastravers. o ALAIN LE CORRE Paris DES EXPLICATIONS! Au reçu de votre dernier numéro (avril 1986), quelle ne fut pas notre surprise de constater qu'en page 4 figurait un encadré publicitaire de la Société générale. Nous comprenons tous quelle nécessité représente la publicité dans la vie d'un journal ou d'un magazine, mais de là à ce que vous prôniez l'attitude tristement connue du « fais ce que je dis, mais ne fais pas ce que je fais» il y a un monde. Devrais-je vous rappeler que dans votre numéro de septembre 1985, en page 9, vous dénonciez la Société générale en tant que banque faisant des affaires avec l'Afrique du Sud et que vous encouragiez vos lecteurs à boycotter cette banque ... Je ne crois pas avoir à poursuivre plus avant ma démonstration. Des explications donc. Je réclame, à juste titre je pense, des explications. 0 HELENE et WILL Y BETEAU 18510 Menetou-Salon Rectificatif: Une coquille dans le dernier numéro, a transformé le parti socialiste national français, en parti socialiste français. Le parti socialiste français n'existait pas à J'époque sous ce sigle, mais tout de même on a honte. Il Il 3 au 17 juin, exposition de toiles originales de Christian Bonnefoi à la Coupole, le célèbre restaurant de Montparnasse. Rens. au 46.34.19.91. 4 au 7, Des cultures, des écrits, des enfants, journées d'exposition et de réflexion sur les travaux menés dans les Hautsde- Seine à l'Ecole normale des Hauts-de-Seine à Antony. Rens. au 46.66.21.90. 4 à 20 h 30, conférence de Camille Lacoste Dujardin, ethnologue , sur le thème « Les contes, oeuvres littéraires collectives », dans le cadre d'une série de manifestations animées par l'association berbère de recherche, d'information , de documentation et d'animation, au 14, rue Ambroise-Croizat à SaintOuen. Rens. au 42.23 .58.22. 5 Ouverture d'un concours de photo, sous l'égide du CIFORDOM et du secrétariat d'Etat au DOM-TOM ; et ouverts à tous les photographes, professionnels aux amateurs, domiens, métropolitains ou étrangers. Les trois thèmes en sont : « L'immigration », «Histoires vécues », « Patrimoine des DOM ». Date limite d'envoi le 15 octobre 1986. Rens. au CIFORDOM, BP n" 30, 91302 Massy. 6 Journée nationale du film documentaire. Ce jour-là, plus de 1 000 films documentaires seront présentés partout en France , dans les maisons de la culture , les CAC, les maisons de jeunes, et sur les chaînes de télévision. Rens. auprès de la Bande à Lumière, association de documentaristes, 45 .35 .78.38 à Paris. 6 au 29 juin, festival foire Saint-Germain. De nombreuses animations culturelles dont un marché de la poésie, du 19 au 22 juin, lieu de rencontre, d'échange, de vente, et un bal, le « bal des mots dits » pour le 21 juin. Rens. au 43.29.12.78 à Paris. 7 et 8, journées d'études des écoles des parents et des éducateurs au Centre international d'études pédagogiques de Sèvres, sur le thème « Travailler avec les parents: nouveaux contenus, nouvelles formes d'éducation populaire }. Rens. au 43.48.00.16. 7 A la salle des fêtes de Gennevilliers, 177, avenue Gabriel- Péri , grand festival rock, avec de nombreux groupes amateurs pendant l'après-midi , et un grand concert le soir de « Partenaire particulier ». Rens. à la mairie de Gennevilliers. 7 Débu.t de la tournée zoulou de Thoko Mdlalose à La Courneuve. On les retrouvera le 11 juin à Rennes, le 14 juin à Clamecy. Rens. au 42.63 .19.36. 7 Fin du spectacle de Annkrist au Théâtre noir. Rens. au 46.28 .89.82. 8 Fin de l'exposition des Ateliers internationaux du Pays de la Loire, rassemblant des artistes et plasticiens de tous pays, dans les salles de la fondation nationale des Arts graphiques et plastiques à Paris. Rens. au 45.63.90.55 . VITE, JE M'ABONNE A DIFFERENCES o 170 F (1 an) o 100 F (6 mois) o 220 F (soutien) Nom : . Prénom : Adresse: Bulletin dûment rempli à retourner, accompagné d'un chèque, à : Différences, service abonnements 89, rue Oberkampf, 75011 Paris 1 an étranger: 200 F ; chômeur et étudiant: 140 F. 10 au 14 juin, reprise de la pièce de Tadeus Kantor, « Qu'ils crèvent les artistes », à la maison de la culture de Grenoble, joué par le théâtre Cricot II de Varsovie, Rens. à la MC. 12 Grande manifestation contre l'apartheid, pour protester notamment contre la venue de Botha à Paris. Rens. au MRAP, 48.06.88.00. Le 14 au soir , grand Carnaval de SOS-Racisme à la place de la Bastille. 13 et 14 juin , le 40' ballet d'Elbaz, récital de Gilles Elbaz. Le 14, tous ses amis viendront sur scène participer à cette soirée anniversaire , au thé âtre Dunois . Rens . au 46.28.89.82 à Paris. 13 et 14, colloque « La Méditerranée face à son avenir, de la décolonisation à l'an 2000, développement, migrations, coopérations » organisé par l'association Echanges Méditerranée à l'occasion de son dixième anniversaire à Marseille. Trois commissions siégeront , Coopération- développement , Coopération- migra tions , PEM-PMI. Rens. au 91.91.18.26. 14 Grande fête intercuIturelle à Alençon sous l'égide de l'association Fête d'ici et d'ai lleurs, qui s'est donnée pour tâche de rassembler toutes les associations d 'Alençonna is , français et étrangers, afin qu'elles puissent présenter leurs réalisations. Le 21 , fête de l'été avec Sara Alexander. 14 19 et 20 juillet le Théâtre du peuple de Bussang reprend le spectacle « la Légende d'Amys et Amyle » de Maurice Pottecher. Rens. à Bussang, au 29.61.50.48. 15 jusqu'au 15 juillet, l'association du Centre culturel de la manutention portuaire de Saint-Louis-du-Rhône organise une exposition de photos et vidéos sur le thème : « Le quai, mutation de l'espace, devenir du travail ». Rens. au 42.96.12.35. 15 A la pelouse de Reuilly , à Vincennes, grande manifestation pour la paix à l'appel des Cent. Rens. au 42.03.15.33. 16 au 21, semaine musicale DOM-TOM-Afrique au Carrefour de la différence à Paris. Rens. au 42.63.19.36. 19 et jours suivants, présentation du spectacle de la compagnie de danse contemporaine Alberte Raynaud, place du Marché-Sainte-Catherine , dans le quatrième arrondissement de Paris, dans le cadre du festival du Marais . R e ns . a u 46.55 .34.85. 21 A 14 heures, audition des candidats désireux de s'inscrire à l'Ecole du soir de la chanson (12 heures hebdomadaires d'octobre à juin) aux Ateliers ch ansons de Paris. Rens. au 43.03.37.84. 22 Salle Font a lon à 16 heures, fête de l'amitié de Roanne, entrée gratuite, avec toutes les communautés de la ville et le MRAP. Nombreuses animations de rue prévues dans cette pçriode . 24 Au Zénith à Paris, le 26 à Pau, et le 30 à Barcelone, Lluis Llach et l'Orchestre national de Lille, sous la direction de Jean-Claude Casadesus interprèteront diverses oeuvres de L1uis L1ach . Rens. aux productions Album, 42.03 .11.11. 25 début de trois expositions sur le thème du travail à Beaubourg : Lieux de travail » au CCI, « Images du travail » à la BPI, et « L'usine et la ville, 150 ans d'urbanisme» à l'Institut français d'architecture. 26 au 29 juin , festival « 8 heures pop de NoisielTorcy ». Du rock pour tous les goûts , de Bill Deraime aux Dirty Ducks, et de nombreux groupes locaux . Rens. au 60.1 7. 50.65. 26 jusqu'au 7 juillet, fêtes et animation à la Goutte d'or à Paris. Rens. à l'AIDDA, 42.64.66.75 . 27 Au château de Calas, oeuvres pour bande magnétique, piano et violoncelle de Michel Redolfi , Jean-Claude Risser, Haydn et Schubert. Concert organisé par le Groupe de musique expérimentale de Marseille. Rens. au 91.91.10.16. UILLET 1 au 4, grand colloque sur le thème « Immigration, choc à subir, chance à saisir » au centre culturel des Fontaines à Chantilly. Rens. au 44.57 .24.60. 3 au 12, stage d'orchestre en Ardèche avec l'IACP. Rens. au 48.06.53.33. 20 au 27 , neuvième école d'été organisée en Provence par la Escola Occitana en Provence du CREAO. Rens. au 42.06 .32.08 à Port-de-Bouc. T ENCORE EXPO. L'ANT met à la disposition des associations une exposition en 49 panneaux intitulée «Guadeloupe, Guyane, Marti ~ nique, Réunion », destinée à faire connaître au public les départements d'outre-mer. Rens . au 42.77 .60.20. ' 1 Les Petites Armonces de Différences 1 Ecole d'équitation à la ferme. à 150 F. Cadre chaleureux, mande: Assoc. Tidikelt , C'est facile! Rens. gratuits Stages jeunes et adultes. cuisine soignée , spéc. Village 30 , rue Sa lneuve , 75017 contre enveloppe affranchie M. Duhamel, Lacoste, 81350 1300 m ait. sur route col Paris . Tél. : 47 .64.06 .11. à OCI, 123, rue de Royan , Valderies. Tél. : 63 .55.11.88 Madeleine. 73260 Celliers. (n' 165) 16710 Saint-Yrieix. (n' 168) (H.R.). (n' 158) Tél. : 79.24.03 .72 ou 79.24.05.78. (n' 162) Détente et artisanat dans un Demain l'été du côté de ia Stages Peinture-dessin en hameau auvergnat. Nos hôtes Vanoise: la montagne à pied , Cévennes. Prof beaux-arts. 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Centre d'Information Téléphonique (CIT): 346.14.14. III Il Jazz: Afrique-Amérique (suite de la p. 21) trompette en maison de correction. Lorsqu'à vingt ans, il débarque à Chicago, ses pairs savent déjà qu'il est le plus grand d'entre eux tous. En 1925, il crée le légendaire Hot Five avec lequel il enregistre ses premiers disques sous son nom. Les musiciens noirs se saisissent aussi des compositions populaires des Blancs et même des pires rengaines ils firent des chefs-d'oeuvre mélodiques et émotifs. Le jazz vécut son adolescence à Chicago jusqu'en 1930. C'est alors qu'il s'élança à la conquête du monde. La première étape de cette conquête, c'était New York: Big Apple (la Grosse Pomme) comme la nommaient les musiciens. Pour ceux-ci, l'axe de New York passait par Harlem, le ghetto noir, et par Broadway, le quartier des spectacles où se gagnait la consécration du public blanc et cultivé. Dans cette énorme métropole cosmopolite, le jazz subit de nombreuses influences. Il évolua, en quelques années, du vieux style Nouvelle-Orléans à ce jazz classique qu'on appelle middle jazz (1930-1945). De l'improvisation collective et d'une instrumentation fixe, les musiciens de New York passèrent, d'une part, aux petites formations où un soliste était accompagné par la section rythmique (piano, guitare, basse et batterie) et, d'autre part, aux grands orchestres de quinze à vingt musiciens, dont le plus parfait fut celui de Duke Ellington. Entre les deux, mille combinaisons possibles. 1960, la lutte des NoifS s'intensifie, le ftee-jm brise toutes les contraintes On vit l'éclosion de merveilleux solistes : Louis Armstrong, Fats Waller, Coleman Hawkins, Lester Young, Bennie Carter, Lionel Hampton ... les chanteuses Billie Holiday et Ella Fitzgerald. Des dizaines de chanteurs de blues disaient les joies et les peines du peuple noir, ses aspirations à la dignité et à la liberté. Les grands orchestres font taper les pieds à toute l'Amérique: Duke Ellington, Count Basie, Jimmy Lunceford, Fletcher Henderson, Chick Webb, Erskine Hawkins, Cab Calloway ... Le jazz faisait alors partie de tous les moments de la vie des Noirs américains. Il se développa en même temps que les espoirs de tout un peuple, au point qu'il devint impossible aux Blancs de l'ignorer. Les musiciens noirs avaient élaboré un art authentique et ils avaient conscience d'avoir donné à l'Amérique le visage le plus original de sa culture. C'était la « Harlem Renaissance". Le poète noir Langston Hughes écrivait: « Moi aussi, je suis l'Amérique ", et le jazz servait de vecteur à la revendication de dignité des Noirs. Lorsque, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, tous les espoirs d'égalité raciale qui avaient bercé la génération précédente se dissipèrent et que les Noirs comprirent que la lutte pour les droits civiques devait s'organiser et se radicaliser, les jeunes jazzmen décidèrent de rompre brutalement avec le jazz classique, symbole d'une époque révolue. Ce fut la naissance d'un style nouveau, le be-bop, qui remit en cause complètement les conceptions harmoniques et rythmiques que les Blancs avaient pu assimiler. Le be-bop, par sa complexité rythmique, retrouvait la polyrythmie propre à la musique africaine et que le jazz d'avant ne pratiquait pas. Sa tension extrême, sur le plan émotionnel, traduisait l'esprit et les sentiments violents de la nouvelle génération. C'est l'époque aussi où l'on revendique sa négritude et où l'on jette des passerelles vers tout ce qui est noir: on introduit dans les orchestres des instruments et des rythmes des Caraïbes et on invoque son ascendance africaine dans les thèmes. Beaucoup de musiciens se convertissent à la religion musulmane et adoptent des noms arabes, refusant de porter dorénavant leurs slave names (noms d'esclaves). Les créateurs du be-bop étaient Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Theolonius Monk, Bud Powell, Jay Jay Johnson, Kenny Klarke, Max Roach .. . , De même, au cours des années soixante, alors que la lutte des Noirs devient de plus en plus dramatique, pour culminer avec l'assassinat de Martin Luther King et les grandes insurrections des ghettos, le jazz se fait l'écho de la situation raciale et politique des Etats-Unis et brise encore davantage les contraintes mélodiques et rythmiques. Violence, désordre apparent, volonté de destruction, mais aussi diversité, ce fut le free-jazz, du nom du premier disque d'Ornett Coleman, son précurseur. Aujourd'hui, le jazz semble marquer le pas, comme le mouvement d'émancipation noir. Le free jazz n'a été qu'un courant passager. Archie Shepp, qui fut le leader de cette école, milite pour un retour aux sources premières du blues, des gospels et des musiques africaines, ce qui, selon lui, . peut assurer un avenir au jazz, face à la vogue actuelle du rock et à une société qui place l'art au rang d'un produit de consommation. Mais on hésite à partager son pessimisme, car le jazz a déjà connu des situations difficiles dont il est sorti encore plus vivant, comme lorsque le be-bop est né pour lui donner une nouvelle vitalité, alors qu'il semblait sclérosé, replié sur lui-même. On peut être sûr que le jazz continuera d'être un élément indispensable du combat d'émancipation du peuple noir des Etats-Unis. 0 ROBERT PAC (1) Le Roi Jones, Le Peuple du blues, Gallimard 1968. (2) Frank Thénot, Dictionnaire du jazz, Larousse 1967. (3) André Hodeir, Introduction à la musique de jazz, Larousse. BIBLIOGRAPHIE Hommes et problèmes du jazz, par André Hodeir. Ed. Parenthèses. Des musiques de jazz, par Lucien MaIson. Ed. Parenthèses. Moins qu'un chien, par Charlie Mingus. Ed. Parenthèses. Le Grand Livre dujazz, par Joachim Ernst Berendt. Ed. Rocher. Dictionnaire du jazz, par Frank Ténot. Ed. Larousse. Le Peuple du blues, par Le Roi Jones. Ed. Gallimard, coll. Témoins. L'oeil du jazz, photos d'Herman Leonard. Ed. Filipacchi. La Rage de vivre, par Milton « Mezz » Mezzrow et Bernard Wolf. Ed. Livre de Poche. Lady sings the blues (Ma vie), par Billie Holiday. Ed. Plon. Delaunay's dilemna : de la peinture dujazz, par Charles Delaunay. Ed. W. Macôn. Introduction à la musique de jazz, par André Hodeir. Ed. Larousse. Un demi-siècle de jazz, album photo du cinquantenaire de Jazz Hot. Ed. de l'Instant/Jazz Hot. Bird, la vie de Charlie Parker. Ed. Filipacchi. Dizzy Gillespie: to be or not to bop, par Dizzy Gillespie et AI Fraser. Ed. Presses de la Renaissance. Séjours sportifs tous nivea ux à ski de fond, à pied, à cheval Séjours paisibles au gîte 1500 m avec activités à la carte (raquette, ski, cheva l, balade .. . ) OUVERT TOUTE L'ANNEE · 20 personnes maxi . groupe possible en autonomie Renseignements : gîte école de Terre Rouge Cervières - 05100 Briançon - 92.21.00.37 PROBLEME:TRANSPORTS URBAINS? 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