Différences n°56 - mai 1986

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Sommaire

Sommaire du numéro

n°56 de mai 1986

  • Les suédois sans Palme (assassinat de Olof Palme) par F. Giudice
  • Naissance d'une pression (antiracisme à Limoges) par J. Roccia
  • Qui a découvert l'Amérique? Par Robert Pac
  • Dis maman, pourquoi le monsieur il est noir? Par R. David [racisme]
  • Dossier: les chinois et les autres par E. Decrop
  • Quand Paolo Conte nous conte Paolo par S. Belhaddad
  • L'esprit de Cannes par C. Dancie
  • Les enfants du double langage par M. Hubert
  • Léon l'Africain de Amin Maalouf (extraits)

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cahiers pédagogiques Revue du Cercle de Recherche et d'Action pédagogiques. Tous les mois, plus qu'une revue, un outil de travail, un bon moyen pour changer récole. 10 numéros par an. Tarif: 195 F l'école pa rents Les questions éducatives qui vous concernent comme parent, comme professionnel: le quoditien, les expériences actuelles, la recherche. 10 numéros par an. Tarif: 204 F education permanente D~ Tous les aspects de la formation des Adultes. 5 numéros par an. Tarif: 260 F Animer mon village, mon pays Alternatives économiques Les Cabiers de l'Animation Cahiers pédagogiques Correspondance Municipale Différences Echange & Projets L'Ecole des Parents Education permanente Fonda, lettre d'information Ouvertures Réadaptation (*' Cocher les revues choisies @)[fiJOWù@[f mon villose. mon poys Le bagage des acteurs du développement en milieu rural. 6 numéros par an. Tarif: 110 F Informations, analyses et synthèses mélant le technique et le politique, outil de travail indispensable à tous ceux qui interviennent dans la vie locale. 10 numéros par an. Tarif Individuel: 210 F Institution: 250 F Journal d'information critique sur l'actualité économique et sociale Dossiers pédagogiques et enquêtes sur les expérimentations sociales. 10 numéros par an. Mensuel. Tarif: 110 F 1ifférences Un magazine consacré à la lutte contre le racisme - Un outil indispensable pour s'y retrouver dans la France pluri-multi-inter culturelle. 11 numéros par an. Tarif: 170 F DES INFORMATIONS Action culturelle. animation. éducation populaire, pratiques et réflexions. 5 numéros par an. Tarif: 200 F ECHANGE & PROJETS Cahiers trimestriels d'analyses politiques, économiques et sociales. 4 numéros par an. Tarif: 150 F DES OUTILS DE FORMATION A DES CONDITIONS PARTICULIÈREMENT AVANTAGEUSES ÉCONOMISEZ 20 A 30 % EN GROUPANT VOS ABONNEMENTS fonda lettre d'information Questions d'actualité ayant une incidence sur la vie associative. Réflexions et propositions pour la promotion de la vie associative. S numéros par an. Tarif: 350 F Animation de la vie sociale, rurale ou urbaine ... des pratiques, des réflexions ... 6 numéros par an. Tarif: 100 F réadaptation Publication ayant pour objet de traiter de tous les problèmes posés par la rééducation, la scolarité, l'orientation, /'insertion sociale et professionnelle des handicapés: physiques, mentaux, malades psychiques. 10 numéros par an. Tarif: 116 F Mme, M. : ____________________________________________ __ 0 Organisme : __________________________________________ --- 0 n° ___ rue Ville: 0 0 0 0 4 Revues F F 0 payer F + F + F 0 Total + F + F 0 Remise - 20% : Total: F + F F Remise - 25 % : Total F 0 Net à F Remise - 30% 0 payer : F Net à F 0 payer : __ F Net à (*' Remplir la formu le choisie payer: F Chèque à joindre à l'ordre de FNEPE Service A retourner à Collectif Diffusion - FNEPE Service 5 Bon-Secours, 75011 Paris Magazine créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), édité par la Société des éditions Différences 89, rue Oberkampf 75011 PARIS Tél. : (1) 48.06.88.33 1 an: 170F. an à l'étranger : 200F. mQÎ$: 100 F. Et.r,u,m'1.nls et chômeurs. 1 an :140 F. 61110is : 80 F (jQindre une phQtQCQpie des cartes d'étudiant QU de J1fJintage). l~o'un~!II : 220 F Différences - nU 56 - Mai 1986 OMMAmE _______________ ~ 10 12 14 18 28 30 34 36 Mai ACTUEL POINT CHAUD __ _ Les Suédois sans Palme. FAUSTO GIUDICE Tout un pays en larmes, et qui doit peut-être à ses immigrés d'avoir réappris le deuil et l'hommage. RENCONTRE Naissance d'une pression. JEAN ROCCIA Une ville sous influence? A Limoges, les antiracistes sont très puissants. COUPS DE GUEULE __ _ Qui a découvert l'Amérique? ROBERT PAC Nouvelle lune de l'impérialisme européen: ce sont les blonds Vikings qui ont découvert le Nouveau Monde. Et les Indiens? Dis, maman, pourquoi le monsieur il est noir? RENEE DAVID Pas toujours facile d'expliquer aux enfants qu'en tout cas, ce n'est pas parce qu'il est sale. DOSSIER Les Chinois et les autres. EMMANUEL DECROP Pour nous, les Chinois sont sans doute le peuple le plus éloigné, le plus mystérieux. Mais pour eux, qui sommes-nous? Et que pensent-ils de leurs propres minorités nationales? CULTURES L'EVENEMENT __ _ Quand Paolo Conte nous conte Paolo. SOUAD BELHADDAD Le grand chanteur italien sillonne la France en mai. Nous l'avons rencontré. TENDANCES L'esprit de Cannes. CHRISTIANE DANCIE Un jury très mélangé pour la version 86 du festival. Une preuve de qualité? DÉCOUVERTE REFLEXION __ _ Les enfants du double langage. MARlmE HUBERT Beaucoup d'enfants savent ou apprennent deux langues. Un avantage ou un handicap? HISTOIRE __ _ Léon l'Africain. AMIN MAALOUF. Belle histoire que celle de Hassan, chassé d'Espagne par la reconquista à la fin du quinzième siècle, puis quittant Fès pour Ouagadougou et Le Caire, puis capturé et offert en esclave au pape Léon X. Une balade dans la Méditerranée de la Renaissance. VOUS Les jeux, les petites annonces, l'agenda et les dessins d'humeur. Il DIFFERENCES, ÇA SE LIT, ÇA SE RELIE! Ilus n'en pouvez plus .. depuis près de cinq ans que vous collectionnez Différences, il y en a partout, sur toutes les étagères, dans des tiroirs, aux quatre coins de votre appartement. Et puis, bien sûr, quand vous avez besoin d'un article, d'un renseignement, d'une référence, ils se trouvent toujours dans le numéro que vous n'arrivez pas à retrouver. Elle n'est pas facile, la vie du collectionneur! Rassurez-vous, ces temps-là sont terminés. Désormais, vous pourrez archiver vos Différences dans de somptueuses reliures, et les classer par année. N'HESITEZ PAS, offrez-vous un demi-mètre de Différences, classés dans leurs reliures, à l'abri des gribouillages du petit dernier. JE COMMANDE ... RELIURES DE DIFFERENCES, au prix de : 79 F l'une, port inclus 138 F les deux 177 F les trois SOIT UN CHEQUE DE F. A renvoyer à Différences, service abonnements, 89, rue Oberkampf, 75011 Paris, tél.: (1) 48.06.88.33. S'i! vous manque des anciens numéros, téléphoneznous, vous saurez ceux qui sont encore disponibles. Reliure en balacron gris, Différences, imprimé jaune sur la couverture et au dos, emplacement au dos pour numérotation des reliures, format total 220 mm x 290 mm x 40 mm. 12 numéros par reliure. lES PIEDS SENSIBLES c'est l'affaire de SULLY Confort, élégance, qualité, des chaussures faites pour marcher 85 rue de Sèvres 5 rue du Louvre 53 bd de Strasbourg 81 rue St-Lazare Du 34 au 43 féminin, du 38 au 48 masculin, six largeurs CATALOGUE GRATUIT : SULLY. 85 rue de Sèvres, Paris 6e 5 % sur présentation de cette annonce f' (1 bri ()(llll . ., (/ P Il()llllel PI';e • POUR VOS FILS CLASSIQUES ET FANTAISIE • POUR VOS BOBINAGES A FACON Société MARJOLAINE 93. qua! de Valmy Tel 206 -9473 PARIS-10" 607-3280 Depo~italre d ~ s Eh DEL MASURE (laine peigntte Nm 2 / 28 , 1/ 28 , 1/ 40) ~ daniel hechter MOLITER 51 rue Raspail 92300 Levallois-Perret COPCI DITORIAL Différences - n° 56 - Mai 1986 PLAGIAT Il - As-tu vu tous ces agents de la force publique, en ce moment? Impossible de mettre le nez dehors sans tomber sur la maréchaussée. - Mais voyons, c'est pour rassurer la population. Ilfaut bien que nos gouvernants montrent qu'ils luttent contre l'immigration clandestine. - En tout cas, ce n'est pas le moment d'être trop bronzé. Je vais dire à Marie-Odile de cesser immédiatement ses séances de rayons. Tout ce mélange, tout de même, les clandestins, l'immigration, la délinquance, les otages, le terrorisme... Le 8 mai ne devrait-il pas être l'anniversaire de la paix dans le monde ? - Sapristi, comme tu y vas! Entre ceux qui vivent dans l'injustice, au Proche-Orient et ailleurs, et croient s'en sortir avec un terrorisme de bout de ficelle, et l'oncle Sam qui s'ennuie à laisser ses bombardiers au hangar, et s'en sert pour vérifier qu'ils marchent encore, nous ne sommes pas prêts d'avoir la paix. Quant à la maréchaussée, ce n'est pas en faisant monter le thermomètre qu'on fait baisser la fièvre. - Tiens, à propos de bombardiers, tu as vu, Dassault est mort. - Oui, nous n'aurons plus droit au café du commerce. Entre nous, qu'est-ce que c'était bêta, ce genre de dialogues. Mais je vois Jacques et François au café d'en face, allons leur dire qu'il faut que notre pays donne l'exemple, que la France soit une force de paix, à l'intérieur comme dans le monde. 0 Il L'aimable JJJ d'été passées chaque année dans sa région natale. C'est de France que, toute sa vie, il luttera pour la reconnaissance de la culture tsigane. Virtuose de la balalaïka, il est de tous les orchestres. Jarko Jovanovic J arko Jovanovic Jagdino est mort au printemps , comme il sied à un nomade. Fin de la route commencée en 1925 à Batajnica, en Yougoslavie. Pourtant, Jarko a failli ne jamais voyager. Né dans une famille de Tsiganes récemment sédentarisée, il s'apprête à devenir musicien, comme tous ses parents. C' était compter sans les nazis. Sa mère est tuée par les Allemands à leur arrivée en Yougoslavie. En 1943, c'est le camp de concentration, comme toute sa famille , comme tous les Tsiganes, ces génocidés tout aussi oubliés que les homosexuels. Il réussira à s'enfuir et rejoindra les Partisans yougoslaves, dans l'armée desquels il est fait officier. Toute sa famille meurt à Auschwitz. Il émigre en France en 1964, où il se fixe définitivement, hormis quelques semaines Je ne l'ai rencontré qu'une fois , dans une minuscule chambre de bonne du square de Clignancourt, dont il avait fait son bureau. Très volubile, un peu mégalo , et d'une tendresse extraordinaire, il m'avait minutieusement raconté toutes ses rencontres, distinctions , médailles. Et dans cet homme chauve et vieilli, assis en chaussettes sur le bord de son lit dans cette piaule de deux mètres carrés, on pouvait aisément voir tout un peuple, banni de l'histoire, et soucieux de se voir, enfin, reconnu. Sollicité pour entrer au comité d'honneur du MRAP en 1983, il avait accepté, signant sa lettre : « Plutôt mourir que perdre l'honneur. Moi, Ill, Rom. » Jarko est mort, sur sa tombe sont venus chanter ses amis et si la roue rom a tourné, l'honneur est sauf. 0 J.-M. O. La différence est en deuil : Beauvoir et Genet, deux des gardiens du .L-__________ temple, sont ~~p~a~rti~s.~ _____ ~ Plaque sensible Ilot sensible par excellence, engagé dans une mutation qui, d'ici 1995, le rendra méconnaissable, le quartier de la Goutte-d'Or à Paris a été, et reste, une source puissante d'inspiration de l'imaginaire social, un lieu-prétexte pour des cinéastes (cf. la Baraka de Hanin, et bien d'autres), des écrivains (dernier en date, Tournier), des photographes (Martine Barrat , « spécialiste ès ghettos »), des politiciens sécuritaristes (vous voulez des noms?) et, bien sûr, des militants de tous bords. Mais la réalité de la Goutted'Or, telle qu'elle a été vécue par ses habitants et utilisateurs, quelle est-elle? Une jeune association lance, de mai à septembre, un concours de photos ouvert à tous, sur La Goutte d'Or, mémoire et devenir d'un village de Paris. Une initiative qui peut s'avérer passionnante. Nous vous en reparlerons. 0 AIDDA (Association interculturelle de production, diffusion et documentation audiovisuelle) 40, rue Durantin, 75018 Paris. Tél. : 42.64.66. 75. Permanences : 8, rue Léon, 75018 Paris, le vendredi de 10 h à 13 h. Le cri des Indiens Richard Chapelle est un baroudeur de la bonne cause, un des derniers explorateurs de notre temps. Mais rien à voir avec Philippe Dieuleveult

s'il a parcouru l'Amérique

latine en tous sens, c'est pour tenter de mieux comprendre les populations tribales qui l ' occupent encore. Il a participé à la fondation d'un Conservatoire audio-visuel sur les peuples, au Havre, qui propose, dans toute la France, des conférences « clés en main ». Là encore, rien à voir avec les conférences barbantes de notre enfance, genre « charmante peuplade blottie au bord de l'Amazone ». Pour une somme modique, le Conservatoire vous envoie un film, et son réalisateur, capable d'expliquer les problèmes que rencontrent les populations indigènes du monde entier pour garder leur spécificité. Les conférences, c'est la routine du Conservatoire. Mais, en plus, il propose une grande exposition baptisée Différences - n° 56 - Mai 1986 Le cri des Indiens, qui offre une sorte de panorama sur les Indiens amazoniens, et leur marginalisation actuelle. Richard Chapelle n'est pas un homme à regarder cela sans rien faire . Il tente actuellement de mettre sur pied un projet d'exposition sur les Indiens guyanais, qu'il présenterait en Guyane. Précisément pour éviter le syndrome de la Nouvelle-Calédonie, où l'on voit aujourd'hui s'affronter deux populations. En Guyane française, il est possible d'éviter un désastre, à condition de montrer aux Guyanais blancs, qui l'ignorent complètement, la réalité indienne , et aux Indiens qu'ils ne sont pas seuls à être en danger, et peuvent trouver en eux-mêmes les ressources pour s'en sortir. A suivre... 0 Conservatoire audio-visuel des peuples, service diffusion, 49, rue David-d'Angers, 76620 Le Havre . Tél.: 35.48.74.47. WALLRAFF, L'ESPION PEDAGOGUE Günter Wallraff a inventé et mis au point une forme de journalisme proprement diabolique, qui tient à la fois de l'espionnage, du théâtre d'intervention et de la pédagogie directe, qui l'a rendu célèbre, tel un Robin Hood médiatique, en RFA, en Hollande et ~ en Scandinavie. Son succès ~ en France a été moindre jus- 0:: qu'ici. Les journalistes fran- Wallraff, en Turc. çais ne se considèrent-ils pas comme les meilleurs? Sa dernière mise en scène a duré deux ans, pendant lesquels il a fait le Turc, répétant, mais en l'amplifiant par son talent, l'expérience d'un journaliste du Stern, dans la tradition inaugurée en 1959 par John H. Griffin, l'auteur de Black like Me. Résultat de la performance: un livre vendu à deux millions d'exemplaires en deux mois, et un film qui sort en mai en RFA, peut-être plus tard en France. Le livre refermé, on ne peut que partager la conclusion de ce journaliste très spécial: « Pas besoin d'aller chercher l'horreUl à l'autre bout du monde. » Lui, il va au charbon à quelques encâblures de sa ville natale, Cologne, et fait vivre sous nos yeux ce que Youssouf, jeune ouvrier tunisien au noir chez Thyssen, appelle « l'enfer, version froide ». Mais Wallraff n'est pas rhénan pour rien: tout comme son oncle, le grand Heinrich Boil, dont la disparition laisse un trou dans la littérature allemande, c'est par l'humour qu'il s'empêche, et nous empêche, de sombrer dans le désespoir. Et il Y a de quoi désespérer au vécu de ses enquêtes où il se donne à fond, un jour ouvrier dans les zones interdites de la sidérurgie, un autre, cobaye pharmaceutique, un troisième recruteur d'ouvriers-kamikazes pour centrales nucléaires! Espérons que les lecteurs d'ici sauront éviter de lire Tête de Turc avec les lunettes de la bonne conscience franchouillarde. Les horreurs vécues par Wallraff ne sont pas « typiquement allemandes». Mais, tout simplement, en France, elles restent cachées. Les journalistes français de l'après-68 ont fait d'autres choix que Wallraff. Ils sont allés chercher scoops et émotions fortes loin de la réalité sociale, dans le spectacle et l'idéologie avec une autosatisfaction que la modestie de Wallraff rend dérisoire. S'interrogeant sur le pouvoir de l'absence de « wallraffs » en France, Gilles Perrault suggère une responsabilité des patrons et des structures de la presse française. C'est dédouaner un peu vite la liberté morale et individuelle, dont pourtant Perrault nous a donné une grande leçon. Je ne crois pas non plus que « nos Turcs attendent ». Ils ont commencé à se prendre en charge et à dire ses quatre vérités à la société dominante. Mais leur cheminement est semé d'embûches. On n'a rien pour rien. 0 FAUSTO GIUO/CE Tête de Turc, de G. Wallraff. Trad. Alain Brossat et Klaus Schuffels. Ed. La Découverte. Les éditions La Découverte soutenues par de nombreuses associations dont le MRAP: lancent un appel au témoignage : existe-t-il en France des situations aussi terribles que celles décrites par Wallraff ? Si vous en connaissez, signalez-le à Différences, qui transmettra. .. COMMENT S'ORIENTER A TRAVERS LES MUTATIONS DE LA SOCIETE ? La revue Alternatives analyse les cinq valeurs qui sont à la base du changement vers une société plus juste et plus humaine: o Paix et relations internationales, désarmement, défense civile non violente, défense des droits de l'homme, lutte contre le racisme. o Environnement et qualité de la vie. o Economie sociale et citoyenneté responsable. o Convivialité, solidarité et développement. o Intériorité (spiritualités d'Orient et d'Occident, oecuménisme) et croissance personnelle. Elle s'attache à promouvoir ces valeurs dans les transformations sociales et culturelles de notre époque et à réunir les conditions de réussite de ces mutations dans la paix, la non-violence et la liberté. Déjà parus: Rencontres oecuméniques et Convergences interreligieuses, Pacifisme et Non-Violence, Vers un sommet des religions pour la paix, Science sans conscience (pour une Charte des scientifiques), Intériorité et Tolérance. Abonnement (cinq cahiers) : 750 Francs belges à verser au compte 001-1334470-20 du ClAC. Centre international d'action culturelle, Pierre Houart, avenue du Hockey, 52, 1150 Bruxelles. Tél. : (02) 771.78.92. Le nO 46 est paru - la revue de la nrIP!lilJi,IP/ - des points de vue • l'UGIT a 40 ans • Alger: la nouvelle • Droits de l'homme: la Ligue ""ri.;; .. f" ... .,!D-' - des chroniques cuitureUes : • L'écrivain Mohamed Dib • Le peintre Mohamed Khadda • Le cinéma: "Om.ar Gatlato", "Caméras plurielles" • La rubrique philatélique - une étude de Paul Balta : Depuis 12 mois ... en Libye une étude de Charles Caporale (haut ·fonctionnaire européen) Le Maghreb et l'Europe des 12 Lettre de Tel-Aviv Hilana et Farida, l'une juive, l'autre arabe. Tel-Aviv, huit heures du ministère de l'Education matin, l'université est plus nationale est en train de remouvementée que d'ha- prendre à zéro tous les probitude, on vient de trouver grammes scolaires qui traiune bombe dans un paquet tent du conflit. Plus de quadéposé devant une station de rante-sept organisations se bus. Voilà, on en parle un sont formées pour concrétiser peu, on s'énerve, mais après des programmes culturels tout, « on ne va pas en faire entre enfants juifs et arabes. un plat, il n'a même pas Cela va des camps d'été explosé », me dit un étudiant. mixtes aux rencontres C'est juste, et pourtant la sportives, juqu'au jumelage pression est là, c'est comme de villes juives et arabes. A un voile, une présence, tou- Netivot Shalom, on a créé un jours là. kibutz où les membres des Terrorisme en Israël et occu- deux groupes partagent en pation en Cisjordanie sont un permanence salle à manger, même cauchemar, une même écoles, et même abris. plaie. Chaque guerre, chaque L'année passée, pour la fête bombe, chaque soirée passée de Pâques, ce sont des didevant les informations, sont zaines de dignitaires et un peu plus d'acide qui ronge maires de villages arabes qui les rapports déjà si difficiles sont venus partager les festientre deux groupes qui vivent vités avec des vedettes israédans le même pays, possè- liennes et des milliers de dent le même passeport: personnes. Le Premier mijuifs et arabes israéliens. Or, nistre était présent et la téléil ne peut pas y avoir de vision a retransmis l'événegagnants. Alors, entre les ment pendant toute la soirée. bombes et les coups de cou- On attend en octobre proteau, il y a ceux qui ont chain un match de foot grand décidé que trente ans, c'était spectacle entre deux équipes trop et qu'il était temps de mixtes à Haïfa, avec les meilcomprendre que l'autre leurs pros du pays. On parle existe et qu'il est là pour aussi d'un projet de complexe encore très longtemps. Ce industriel qui serait tenu, dique le camp des colombes, rigé et développé par juifs et selon l'expression d'ici, a Arabes, depuis la direction voulu construire, c'est un jusqu'à l'entretien des mouvement beaucoup plus machines. Quand on connaît large que le simple non au le sérieux des investisseurs et racisme. C'est créer de nou- surtout leur puissance finan- 9 numéros par an (dont un double) Abonnement un an: 260 F pour 1985·86 Grand.Maghreb, C.I.G.MA veaux espaces où juifs et cière, on ne doute guère de la Envoi de ce numéro I.E.P., B.P. 45 Arabes pourraient se ren- réussite, et on se dit que des sur demande à adresser 38402 ST·MARTIN·D'HtRES h avec un chèque de 30 F, à : contrer. choses ont c angé. D Il 12 janvier 2012 à 18:37 (UTC)12 janvier 2012 à 18:37 (UTC)12 janvier 2012 à 18:37 (UTC)12 janvier 2012 à 18:37 (UTC)~ _ ~L~e~s~e~x~e~m~p~le~s~ab~o~n~d~e~n~t.~L~e __________ ~BE~R~NCharlesRO~A~BO~UCharlesF Différences - n° 56 - Mai 1986 SLOGANS On a retrouvé ça dans nos archives : une affiche du parti socialiste français, copie française du parti national socialiste allemand ; en dessous, la banderole de manifestants pendant les premières années du nazisme ; on vous laisse reconnaître la troisième. Campagne législative de 1936 « 500 000 chômeurs, 400 000 juifs, la solution est très simple» Au fou Jean-Pierre Ponthus est prof, comme des milliers d'autres. Comme des milliers d'autres, il est nommé en province, à Valognes plus précisément, dans la Manche. Comme des milliers d'autres, il fréquente la bibliothèque municipale de sa commune, où il tombe par hasard sur un article d'un monsieur Lechanteur, dans le Mémento de la Manche, où l'on regrette l'altération au fil des temps des noms propres. « C'est bien assez, se plaint M. Lechanteur, que dans le temps passé on ait introduit dans le nom de ce pauvre cap Lévi un membre d'une tribu israélite qui n'avait que faire chez nous. » Il refuse qu'un pétainiste donne son nom au collège ... Jean-Pierre Ponthus doit être fou, comme des milliers d'autres: il a noté en marge du livre des exemples de ce type de formule, genre très prisé en France entre 1940 et 1945. La mairie a porté plainte, et le juge d'instruction a demandé une expertise psychiatrique. En plus, JeanPierre Ponthus est un dangereux récidiviste: il avait déjà protesté quand on avait baptisé son collège du nom d'un ancien maire pétainiste. Une pétition circule pour de, mander la suspension des poursuites ridicules à l'encontre de L-P. Ponthus. Vous pouvez la signer, comme des milliers d'autres. D Comité de soutien à J. -P. Ponthus, contacter Yves Dupont. Tél. : 31.85.75.67. Séjours sportifs tous niveaux il ski de fond, à pied, à chev.1 Séjours ~sibles ,au gîte 1500 m avec activités à la carte (raquette, ski, cheval, balade ... ) OUVERT TOUTE L'ANNEE · 20 personnes max; - groupe possible en autonomie Renseignements : gîte école de Terre Rouge Cervières . 05100 Briançon - 92.21.00.37 .. mNTcHAuO ____________________________ ~ Meurtre LES SUEDOIS SANS PALME L'enterrement d'Olof Palme: la tristesse d'un peuple. Depuis l'assassinat du Premier ministre, on porte en signe de deuiL .. la petite main de SOS-Racisme. Un symbole dans l'un des pays les « mieux» mélangés d'Europe. La date du 28 février crime, le dimanche 6 avril, atroce, est devenu par force suscité questions et critiques. restera longtemps asso- n'a pas fait beaucoup avancer le symbole. La capitale, étendue mais ciée à tout ce qui fait, à l'enquête, la plus spectacu- Première question spontanée peu peuplée, de ce pays gijuste titre, horreur aux laire dans l'histoire du pays après l'attentat: « Mais que gantesque, n'a été verrouillée Suédois et, avec eux, aux avec trois cents policiers mo- faisait donc la police? »Ré- qu'une fois le ou les meurdémocrates du monde entier. bilisés, une conférence de ponse évidente: elle dor- triers envolés. Le meurtre particulièrement presse presque tous les jours, mait. Palme avait des gardes La décontraction d'Olof horrible et incompréhensible plus de dix mille « tuyaux ». du corps. Mais ceux-ci atten- Palme lui a coûté la vie. Et du Premier ministre Olof Mais, ni les portraits-robots daient sagement qu'il les in- pourtant les responsabilités Palme a provoqué un choc ni l'aide technique de l'Office formât de ses déplacements. internationales qu'il assumait durable. Six semaines plus central de la police criminelle Ille faisait parfois. Le soir du auraient pu l'inciter à plus de tard, le mystère reste entier ouest-allemande, le BKA, crime, il ne l'avait pas fait. prudence. Facile à dire après sur l'auteur et les motifs des n'ont eu entièrement raison Or, ses faits et gestes étaient coup ... Son rôle de médiacoups de feu de Stockholm. Il des questions de l'homme de apparemment épiés jour et teur dans la guerre Iran-Irak, le sera vraisemblablement la rue, soudain confronté aux nuit par ceux qui l'ont abattu la haine accumulée contre lui encore quand vous lirez ces limites «naturelles» de la ou fait abattre. Après le chez les faucons nord-amérilignes. Une première recons- «société ouverte », dont meurtre, la lenteur des réac- cains, la fermeté suédoise à III ~tl~·t:u:ti~o:n~,~s:u~r~le~s~~li_e_u_x __d _u_ __O ~lo~f~P~a~l~m~e~,~p~a_r_ _s _a_ _m_ o_r_t _t_ io_n_s~p_o_li_cl_·è_r_e_s _a_ ,_e_I_Ie_ _a_ u_ss_i_, _I _'e_'g~ar__d __d_ e_s_ _n _a_t_i_o_n_a_l_is_t_e~s croates d'extrême-droite, kurdes d'extrême-gauche, ou encore chez les rescapés de la Fraction armée rouge ouestallemande

autant de raisons

de le protéger. Ajoutez à cela, plus récemment, la mort atroce et mystérieuse d'un réfugié politique irakien, celle, bizarre, de deux journalistes suédoises retrouvées mortes dans un canal de la capitale et, enfin, les règlements de comptes entre groupuscules kurdes : Stockholm n'était, à la veille du 28 février, pas précisément un havre de paix ! Mais l'homme était resté un « superpote » : à l'arrogance d'origine, de classe, s'était superposé un tempérament fougueux de militant socialdémocrate batailleur, polémique, basiste et tiers-mondiste, plutôt «jeans» que « smoking ». Deuil C'est presque naturellement que l'emblème du deuil porté par les Suédois et leurs immigrés a été la petite main venue de France, bien audelà du mouvement éphémère qui fut à son origine. Presque naturellement: «on» y a un peu aidé, il faut bien le dire. « On », ce sont les barons de la social-démocratie chargés de la dure tâche de la gestion de l'héritage laissé par Palme. Ainsi, lors de la grande cérémonie de funérailles nationales et internationales du 15 mars, on put voir et entendre un choeur de 284 enfants venus de toutes les organisations territoriales du parti social-démocrate, les « communes ouvrières », tous affublés de la petite main. Etait-ce du meilleur goût? En tout cas, personne n'y trouva à redire. Self-control L'opinion suédoise dans son ensemble a fait preuve d'un remarquable self-control. On peut imaginer les scènes d'hystérie et de lynchage qu'un tel meurtre aurait provoquées ailleurs. Il suffit de penser aux suites du meurtre d'Indira Gandhi. Les boucs émissaires potentiels, dans Différences - n° 56 - Mai 1986 un pays nullement vaccme pour l'éternité contre la peur de l'autre, ne manquaient pas. Conscients du danger, mais aussi réellement consternés, les immigrés de Stockholm ont été parmi les premiers à réagir. avec un véritable sens politique. Le premier cortège de deuil aux flambeaux organisé après le meurtre l'a été par des organi sations d'immigrés de toutes origines. Les affiches, les poèmes, les banderoles dominant les lieux du culte (celui du crime, et, non loin, le cimetière) sont écrits en espagnol, en chinois , ou signés « des Kurdes «, «des Iraniens ». Venus de cultures où la mort n'est pas encore techniquement occultée et niée comme elle l'est dans la culture dominante suédoise, les « latinos », les Arabes, les Turcs et les Grecs, les Finlandais et les Asiatiques ont peut-être indiqué aux Suédois de « souche » la voie des larmes et des fleurs , des poèmes et des offrandes. Scènes étonnantes que celles d'un peuple - désormais multi-ethnique, multiracial, multiculturel - défilant recueilli et ému, . portant le deuil. Etonnant et efficace : lorsqu'à Pâques, le soleil printanier touchait enfin ces latitudes, les gens retrouvaient sourires et paroles. Il avait fallu un mois de thérapie, d'un travail collectif de deuil qui , au-delà de ses côtés fatalement enfantins, ne peut que forcer l'admiration . Demain Les barons n'ont, eux, pas perdu le nord. Le 27 février 1986, les sociauxdémocrates étaient à 42 % de la cote d'amour du sondage trimestriel d'opinion. Le 27 mars, ils étaient à 48,5 % auxquels venaient s'ajouter les traditionnels 4,5 % des gentils communistes pour donner un score, qui doit en faire rêver plus d'un en Europe , de 53 % ... Et bientôt, la trêve du deuil s'effilochait, la vie reprenait ~ le dessus: querelles par- ~ tisanes, conflits sociaux cen- ~ tralisés, affrontements idéo- Ô logiques. S Sur les murs de la capitale, deux slogans se font la guerre: BSR et BSB. Le premier, « Gardons la Suède pure », est celui d'un réseau se mi-clandestin de racistes patentés et fiers de l'être. Même les rangs de la socialdémocratie n'ont pas été à l'abri de toute contagion. Le second, « Gardons la Suède mélangée », est celui de la réponse de jeunes «mélangés », qui ont riposté du tac au tac aux tendances xénophobes, avant même l'apparition de la petite main oecuménique et charismatique. Ils sont la Suède réelle, Afro-scandinaves, Latinoscandinaves, Arabo-scandinaves, Scandasiens. Enfants adoptés, enfants d'immigrés, enfants de réfugiés, enfants de couples mixtes, de voyageurs ou tout simplement petits « Svensson », ils ont connu le métissage dès la crèche . Défendre le métissage, pour eux, c'est défendre leur identité. Leur engagement politique donnera à la social-démocratie suédoise un visage que les pères fondateurs n'auraient jamais imaginé, eux dont les fils, il y a plus de cinquante ans, vinrent au pouvoir avec un slogan qui laisse rêveur : « Dans un monde inquiet, votez va ur nous. » 0 FAUSTO GIUD/CE ENcONmE __________________________ ~ Une vieille ville, pas une ville vieille Limoges NAISSANCE D'UNE PRESSION Une fois n'est pas coutume, nous avons choisi de vous parler ce mois-ci d'une organisation, plus précisément de la Fédération de la Haute-Vienne du MRAP, qui le mérite bien: en quelques années, elle a su rassembler presque tout ce que le département compte d'antiracistes. LimOgeS, début mil: cinq minutes avant d'entrer dans la gare, le train traverse des collines encore complètement enneigées, comme si personne ne les avait prévenues que c'est le printemps depuis une bonne quinzaine de jours... Dire qu'il fait frisquet est un euphémisme, mais on me rassure vite, il pleut souvent en cette saison à Limoges. Bon, si c'est normal ... Pour l'instant, on en est à ranger les tréteaux de la fête. Fin mars, dans un gymnase de 16 heures à 1 heure du matin, la Fédération de la Haute-Vienne du MRAP a rassemblé 4 000 personnes, et 43 organisations, pour une ville de 14 500 habitants. Faites le compte: en région parisienne, ça ferait 400 000 personnes. Pour lutter contre le racisme, matout seul. Le jour de la fête, le bien nommé Jean-Pierre Orfèvre, trésorier, passe neuf heures devant «sa poubelle » : un tronc à la sortie, participe qui veut, mais par principe on ne demande rien aux jeunes ni aux immigrés. Autre fait, en vrac: Le Pen, à Limoges, fait moins de 4 % et moins de 7 % dans les quartiers dits «difficiles ». Ceci explique-t-il cela? Le comité local compte cent cinquante membres recensés. Cela ne fait jamais qu'une personne sur mille, et comment toucher les 999 autres? Ils y arrivent pourtant, en se montrant. A chaque kermesse, à chaque fête locale, les militants se coltinent le stand démontable ( Payé, amorti », précise le trésorier) et vont se montrer. Chaque année, on marche en ville. nifester la solidarité envers «Aucune marche contre le Autre présence, un stand pirate tous les samedis des beaux jours, sur la place de la Ré. L'abréviation signale que la place de la République est le lieu de rencontre préféré des Limongeauds. Et encore des débats dans les écoles, et partout où on en demande. Un oscar à la clé les travailleurs immigrés, et racisme n'est jamais passé à promouvoir l'amitié entre les Limoges, regrette Jacques peuples. Sans un sou de sub- Chevassus, le président de la vention, sans un liard de fédération. Mais nous, pour déficit, pour une fête entière- soutenir, nous en organisons ment gratuite. Vous avez une. Et puis, les jeunes aiment lB déjà vu ça, vous? marcher, c'est une forme de L-____________________E_v_ide_m_m_en_t, ça ne se fait pas manifestation qui leur plaît. » ~ _____ ~ ___ ~ ___ ~ ___ ~ ___________ ~ _______ ~ presse. Un journal communiste, un journal plus ou moins socialiste, un journal Hersant, version centre droit. La presse locale décerne chaque année un oscar à une organisation entretenant de bonnes relations avec elle, et oeuvrant pour la renommée du Limousin. C'est raté pour 1985, il est allé au Cercle Saint-Pierre, l'équipe de basket, mais les gens du MRAP ne désespèrent pas pour 1986. De plus, le comité édite sa propre littérature, un bulletin baptisé la Vie du MRAP. On ne peut pas dire que le titre soit flambant de modernité, mais le journal est remarquable dans son fond. On y donne, en particulier, des chiffres, par exemple le nombre de chômeurs étrangers inscrits à l'ANPE de Limoges, histoire de ne pas laisser dire des énormités sur le sujet. Et puis, il y a les autres associations. Rassembler quarante-trois organisations humanitaires, immigrés, tiers-mondistes, les partis de gauche et les syndicats dans une même fête, ce n'est pas donné à tout le monde. Même si ça pose des problèmes de diplomatie logistique. Claude Gobeaux raconte ses ruses pour arriver, il y a quelques années à rassembler, mais tout de même pas côte à côte, les deux associations de Turcs, pourtant fortement opposées. A la fin, on a même pu les voir chanter et danser ensemble sur le podium. Autre anecdote, significative

au tout début, il y a

sept ans, l'organisation de la fête était paritaire. Mais, en janvier 1981, entre partis de gauche, sur les problèmes du racisme ce n'était pas le grand amour. Il y a eu fâcherie, puis on s'est accordé pour que la fête soit org(lnisée par le MRAP avec la « participation» des autres, et du coup, tout le monde est revenu. Comment rassembler? Encore une fois, priorité est faite aux contacts personnels

dans un joyeux oecuménisme,

la Fédération compte dans ses rangs des militants, politiques ou associatifs, de Différences - n° 56 - Mai 1986 tous bords: des partis de gauche aux chiffonniers d'Emmaüs, chacun semble nanti d'une double voire d'une triple casquette, sans que cela lui fasse la grosse tête. Et tel que c'est pratiqué, ce ne sont guère les idées des autres qui rentrent dans le MRAP, mais les idées antiracistes qui font leur chemin dans les autres organisations. Un oecuménisme d'ailleurs bien géré: l'assemblée générale a refusé de voter une subvention au comité ActionEcole, qui s'occupe de faim dans le monde, parce que ce n'est pas la préoccupation directe des antiracistes. Mais le trésorier est passé dans les rangs et a récolté 500 F pour lui ... Alors, un club de notables? Jacques Chevassus n'aime guère la question: « Si compter dans la vie de la Haute- Vienne veut dire être une organisation de notables, alors oui ... » Pas frileux, en tout cas : ils ont filé un bon coup de main à une organisation de jeunes « antiracistes et antifascistes », joliment baptisée Les Fleurs du mal, et qui combat le racisme à coup de manifs et de concerts rock. Un vieux fond de résistance Une organisation antiraciste puissante, une extrême droite quasi marginale, tout va bien à Limoges? Il est vrai que le Limousin a un lourd passé républicain. Terre socialiste, on y a beaucoup résisté pendant la guerre. Cela laisse au terreau limousin, dit Claude Gobeaux, « un fond de républicanisme, mêlé d'une certaine méfiance face à la capitale: les Limousins n'aiment guère qu'on vienne leur dire ce qu'ils doivent faire ». Et c'est vrai que la ville ne se livre guère au regard de passage. Ville pauvre, elle ne garde plus de l'ancienne confrérie des bouchers qui exploitait cette région d'élevage qu'une petite rue derrière le marché couvert, où subsistent les derniers étals moyen-âgeux, et une curieuse chapelle dédiée à saint Aurélien. La et l'émail, activités · traditionnelles, mais de luxe, ne nourrissent plus la ville, et il y a fort peu d'industries modernes, excepté Renault véhicules industriels et Legrand, ce qui, paradoxalement, fait que le chômage y est moins fort qu'ailleurs. Métropole régionale d'échanges et de services, la ville garde pourtant quelques traces d'un passé convivial. Dans la halle couverte du grand marché, il est encore quelques restaurants où l'on ne sert le pain que lorsque la tablée est complète, et l'on s'entasse sur les bancs d'une même table sans se connaître. L'affluence des badauds dans les rues, où l'on se salue beaucoup, lui confère un peu de chaleur italienne qui ne peut faire guère de mal à son climat. Des problèmes de cohabitation, pourtant, il y en a. Le terrain d'accueil des Tsiganes se dégrade et suscite des plaintes, et dans la ZAC de Beaubreuil, il semblerait que, petit à petit, on sépare dans les différentes écoles enfants français et étrangers. Des conflits quotidiens, des brimades, des problèmes, il y en a aussi. Le MRAP tente d'ailleurs de faire vivre un collectif d'avocats, de travailleurs sociaux susceptibles de prendre en charge les problèmes que rencontrent les immigrés. Mais c'est du travail et du temps. On dirait que la Fédération est un peu dépassée par son succès. Claude Gobeaux : « Les liens existent pour faire encore plus, mais nous n'avons pas le temps de les exploiter. » Il faudrait agir, être partout. Et ici comme ailleurs, selon Jacques Chevassus, on ploie sous les pesanteurs administratives, comme le marathon juridique pour remplir et faire accepter tel ou tel dossier. On ploie aussi sous la véritable explosion associative qui secoue la ville. « Avant 75, dit Jacques Chevassus, il n'y avait rien, ou presque. A la première fête, il n'y avait que les partis et les syndicats. » Cette année, les handicapés eux aussi sont venus en groupe. En minicar. D JEAN ROCCA Fête de l'amitié, fin mars: ils sont venus, ils sont tous là. III ID OUPSDEGUEmE __ ~ ___________________ ~ Conquistadors DECOUVERT L'AMERIQUE ? cC c ., ) c '1 cC Drakkar viking du IXe siècle I l y a mille ans, les Indiens découvraient les Vikings ! A peine les Indiens des Amériques et leurs alliés commencent-ils à fourbir leurs armes pour faire face à l'énorme imposture que sera la commémoration du 500' anniversaire de la « découverte » de l'Amérique par Christophe Colomb, que Jacques Fournier, producteurréalisateur de télévision et président de la section française du Comité 1 000 years America, vient d'annoncer, à Paris, les principales manifestations qui marqueront, à partir du mois d'octobre prochain, le millénaire de la « découverte» de l'Amérique par ... les Vikings ! On va tourner des films, la télévision française va acheter un bon prix des jeux « vikings» aux Etats-Unis. U ne flottille de drakkars va traverser l'Atlantique. Et plein d'autres choses ... En effet, 506 ans avant Christophe Colomb, un jeune navigateur scandinave parti d'Islande, Bjarni Herjolfson, abordait sur les côtes américaines. Puis, quatorze ou quinze ans plus tard, un autre navigateur scandinave, Leif Erikson, explora lui aussi la côte américaine du Labrador actuel. Il tenta de coloniser cette région , mais les indigènes le repoussèrent. Alors, qui a découvert l'Amérique, les Vikings ou Christophe Colomb ? Ni les uns ni l'autre puisqu'il y avait déjà du monde sur le continent « américain» lorsqu'ils y abordèrent. Plus de soixante-dix millions d'Indiens peuplaient alors les trois Amériques. Voilà l'imposture. Comment peut-on « découvrir» un pays, alors qu'il est déjà habité depuis 30 000 ans? A-t-on jamais lu ou entendu quelqu'un dire que Marco Polo a « découvert » la Chine? Evidemment non. Le véritable anniversaire, celui contre lequel nous devons nous élever véhémentement, c'est celui de mille ans d'exclusion de l'histoire des Indiens d'Amérique. Ils en ont été exclus de deux manières. D'une part les Blancs se sont approprié leurs richesses, et pour cela on a massacré les Indiens et on a fait comme si les survivants n'existaient pas. Et, d'autre part, si aujourd'hui encore on continue systématiquement d'exclure les Indiens de l'histoire, c'est parce que reconnaître la permanence et l'originalité de leur histoire ef de leur spiritualité remet en cause fondamentalement la «civilisation » occidentale et son système de valeurs. C'est nier qu'elle soit un progrès continu et un mouvement culturel des hommes. C'est montrer son absurdité, son caractère oppressif et suicidaire. C'est surtout repousser le mythe que la «civilisation » occidentale est le destin unique et inéluctable de l'humanité. Ce n'est pas seulement aux Indiens qu'on interdit la possibilité d'un autre destin en niant l'histoire indienne. C'est aux Blancs également, car les droits qui sont enlevés aux Indiens, c'est à nous aussi qu'ils sont refusés. 0 ROBERT PAC Comment enseigner la différence aux enfants ... DIS MAMAN, Il est six heures du soir, dans les embouteillages. Assises dans l'autobus, une mère et sa fille, une ravissante blondinette qui doit bien avoir trois ans. C'est l'âge des questions, et la petite ne s'en prive pas. Cela faisait quelques minutes qu'elle observait, l'air intrigué, le jeune Africain assis en face d'elle. Ça y est! La question fuse: «Dis, Maman, pourquoi le monsieur il est noir, il est sale ou quoi? » La maman, elle, vire au rouge, serre un peu les fesses sur le coussin de moleskine ... cherche désespérément la réponse ad hoc: « Voyons, Julie, tu vois bien que ce monsieur est un monsieur comme les autres ! » Plutôt perplexe la Julie. Elle fait une drôle de tête, se disant sans doute - mais en silence - que ça n'est pas une réponse ( Je ne suis pas folle, j'ai bien vu qu'il était noir ce monsieur »). Mais si Julie n'a pas reçu de réponse à sa question, elle a en tout cas reçu le message cinq sur cinq: ce genre de question met sa mère mal à l'aise et appelle des réponses insensées. Le feu passe au vert. Le bus redémarre. Que vient-il de se passer en ce jour comme les autres entre Bastille et République? N'est-il pas à craindre que maman ait administré une réponse compliquée à une question simple? Compliquée l'égalité de tous les êtres humains. Une idée qui nous vient du Siècle des Lumières mais qui obscurcit singulièrement la vision de Julie ... Voyons, ce monsieur noir est un monsieur comme les autres. Sous entendu, un homme ou bien encore, un citoyen comme les autres. Mais ces mots implicites, fruits de telles empoignades idéologiques, Julie n'est pas en âge de les comprendre. Ce Différences - n° 56 - Mai 1986 POURQUOI LE MONSIEUR qu'elle comprend, c'est l'existence d'une différence et non pas ce qui transcende cette différence... en philosophie ou en politique. L'enfance de l'art Occultez la différence sous un discours certes juste, mais déplacé, il en restera toujours l'étonnement de Julie. Pas facile de mettre une parole sur la différence ... L'interrogation de l'enfant n'arrive pas en terrain vierge, mais sur une piste balisée par le racisme que sa mère veut gentiment mais si maladroitement éviter. Balisée par le racisme dont le jeune Africain fait chaque jour l'expérience, dans la rue, à son travail, dans l'autobus. Alors qu'aurait-il fallu répondre à cette chère et bien embarrassante tête blonde? IL EST différences, l'enfant fera de même », souligne Nadia Monteggia. Deux mamans De retour de la crèche, un enfant peut s'interroger sur le comportement de son petit copain qui aime s'asseoir par terre et manger avec ses mains. Il peut même vouloir faire pareil de retour chez lui; c'est tellement plus marrant de toucher la nourriture avec les mains, tellement plus sensuel aussi ... « Là encore, souligne Nadia Monteggia, tout l'art consiste à faire comprendre à l'enfant que ce comportement, s'il est tout à fait admis chez son copain, n'a pas vraiment cours à la «Eh, bien, maison ... » rien peutêtre » explique Nadia Monteggia, rédactrice en chef de la revue Enfant d'abord. «Les mamans n'ont pas forcément réponse à tout et ça, l'enfant doit le savoir. Si réponse il y aurait dû avoir, c'est sans doute en passant la parole au Enfant d'abord, avril 86, sur la natalité : décapant. Em brouillant? «Non, répond-elle. De même qu'un enfant peut simultanément faire l'apprentissage de deux langues sans les mélanger, il peut aussi assimiler deux codes de comportement et les lieux où ils sont ap plicables, donc gratifiants. jeune Africain. Noir ou pas, il est très pénible d'être un sujet de conversation en sa propre présence. Mais pour parvenir à passer sa parole, il faut être à l'aise avec la différence de l'autre ... » L'enfant jeune a besoin de croire à ses parents. Tout message chez lui passe par l'affectif. «Si le parent ne manifeste aucun rejet, mais de l'intérêt pour les Outre cette reconnaissance des lieux, il peut apprendre à échanger, à recevoir des influences. A la crèche, les enfants étrangers apportent souvent de la nourriture cuisinée par leur mère, c'est l'occasion d'échanger ce qu'ils connaissent de meilleur ... » Car, ce que demandent ces 9 % d'enfants étrangers dans nos écoles n'est-ce pas sim- NOIR? plement d'être reconnus pour ce qu'ils sont? Du maffé de poulet, des travers de porc citronnelle, du couscous royaL .. Ces enfants, comme leurs parents, réclament d'échapper à la funeste alternative: assimilation ou expulsion. Deux mots d'ordre plus que jamais à l'ordre du jour. Cela dit il est inutile de se leurrer, de se gargariser d'idées seulement généreuses. La liste des échanges culturels est limitée. Il est des systèmes de valeurs et des modes de vie irréductibles qui, mis en présence les uns des autres, coexistent plus qu'ils n'échangent. La gastronomie, mais aussi la dignité humaine, n'ont pas les mêmes contours d'une culture à l'autre. Le reconnaître ne constitue en rien le rejet de l'autre, mais désigne les endroits d'où l'on peut se parler, et ceux d'où on ne s'entend plus. La société pluri culturelle n'est pas une immence kermesse, un caravansérail où tout, absolument tout, s'échangerait. Et quoi de plus perspicace que le regard de l'enfant pour souligner ce qui dans la différence de l'autre demeure incompatible avec sa propre identité. Par exemple: « Dis donc, Maman, Yasmina, elle m'a dit qu'elle avait deux mamans, une ici et une en Algérie. Et moi, pourquoi j'ai pas aussi deux mamans ? » Ah, ces gosses avec leurs questions !... 0 RENEEOAVIO Enfant d'abord, 12, rue Vivienne, 75002 Paris. Tél.: 42.60.93.24. OuRMÉMmRE __________________________ ~ UN PONT DE LA PAIX Tung Yen Lin, un architecte américain d'origine chinoise , présente à Ronald Reagan un projet du Pont de la paix reliant les Etats-Unis à l'URSS audessus du détroit de Bering. Le président s'est contenté de lui dire « Merci» (13 mars). _ SHERIFS (suite) _ Malgré l'interdiction de la préfecture de Lvon, une manifestation à la mé~oire de Mustapha Kecir réunit plusieurs centaines de personnes à la périphérie de Villeurbanne. Le jeune homme avait été abattu par les gendarmes alors qu'il tentait de se soustraire à une vérification d'identité. L'enquête a prouvé qu' il était sans armes, contrairement aux allégations des gendarmes (15 mars). _ PASSAGE A TABAC _ Un lycéen de 18 ans, de mère martiniquaise , a été passé à tabac pendant toute la nuit du 15 au 16 mars par des policiers dans deux commissariats parisiens, affirme son père , employé à la ville de Paris. M' Yves Jouffa dépose plainte pour « coups et blessures volontaires par agents de la force publique» (16 mars). _ PEINE DE MORT _ D'après Le Monde, dans son livre Oui à la peine de mort, le père Bruckberger s'en porte garant

« Exalter la peine de mort,

ce n'est pas "trahir l'Evangile", c'est offrir aux criminels la chance inouïe d'échapper à un emprisonnement à perpétuité » (Le Monde, 2-3 mars) (17 mars). _VOTE DES IMMIGRES_ Pour la première fois , les étrangers résidant aux Pays-Bas depuis au moins 5 ans votent lors des élections municipales. Dans ce pays, 350 000 étrangers disposent du droit de vote et peuvent également se porter candidats pour ces élections (19 mars). _BRUTALITES RACISTES_ Le syndicat CGT des PTT dénonce dans un communiqué « les brutalités policières racistes » dont ont été victimes deux agents des PTT d'origine antillaise au commissariat du 18' arrondissement de Paris , déjà tristement célèbre pour des faits semblables (19 mars). _AMB_AS_SADP RAIICX.E _ _DE _L A Katia Litcheva, écolière soviétique de onze ans, se rend aux Etats-Unis comme «ambassadrice de la paix» des enfants d'URSS. Elle va remettre des lettres de jeunes Soviétiques à la mère de Samantha Smith, morte l'an dernier dans un accident d'avion à l'âge de treize ans et qui avait séjourné en URSS à l'invitation de Youri Andropov (20 mars). __ 21 MARS __ Au total, 600 000 Noirs commémorent les massacres de Sharpeville (1960) et de Langa (1985) en Afrique du Sud. On déplore encore dix morts de Noirs au cours des affrontements avec la police durant ces manifestations (21 mars). __ COMPLET __ L'autobus à plate-forme prêté au MRAP par la RATP sillonne les rues de Paris pour fêter le 21 mars, journée internationale de lutte contre la discrimination raciale. Des milliers de personnes sont ainsi sensibilisées à la lutte contre le racisme (21 mars). _ NOIRE SUR BLANC _ A Genève, pour la première fois dans l'histoire du patinage, une Noire est sacrée championne du monde de patinage artistique. Il s'agit de la belle Debi Thomas, des Etats-Unis (21 mars). _ INACCEPTABLE _ Cinq grands rabbins européens, dont René-Samuel Sirat de France, écrivent au pape JeanPaul II en qualifiant de « totalement inacceptable » le projet de l'Eglise polonaise d'installer un carmel au camp d'Auschwitz. Ils disent : «Le nom d'Auschwitz est véritablement devenu synonyme d'holocauste et le fait que cet endroit (. .. ) puisse servir de pèlerinage religieux serait vécu comme une douleur et une offense grave» par la communauté juive. Le président du CRIF avait déjà écrit dans ce sens le 13 mars dernier au nonce apostolique de France (21 mars). .MUSIQUE ANTIRACISTE_ Xalam, groupe sénégalais, sort un 33 tours: Apartheid (label Encore !, distribution Mélodia), contre la ségrégation en Afrique du Sud (26 mars). _ DECOUVERTE _ Pour la première fois depuis onze ans, deux des plus importants journaux sud-africains font mention de Winnie Mandela (6 avril). _ EUNUQUES EN FETE_ Six mille eunuques venus de l'Inde entière se réunissent dans la ville de Bhopal, dans l'Etat septentrional de Madhya Pradesh, pour célébrer l'élection de leur nouveau chef. Les eunuques (un million environ en Inde) constituent une forme marginale du système des castes et sont souvent rejetés (7 avril). _ AUTO-DEFENSE _ Le groupe Black War revendique le double attentat à la bombe qui a endommagé le siège parisien du Parti ouvrier européen (POE) qu'il désigne comme un groupuscule fascisant. Au mois de février, Black War avait revendiqué deux attentats à la bombe, l'un contre la Librairie française, appartenant à un militant d'extrême droite l'autre contre une agence de l~ BNP. Ce groupe déclare suppléer à la carence des pouvoirs publics dans la lutte contre les groupes fascistes (7 avril). _ MANDELA FOR_ PRESIDENT! L ' avocat noir sud-africain Nelson Mandela, emprisonné depuis vingt-quatre ans, est nommé président d'honneur de l'Association juridique africaine (IALA) qui regroupe des juristes de dix-huit pays du continent africain (10 avril). __ ENTREVUE __ Harlem Désir, président de SOS-Racisme, est reçu par M. Robert Pandraud, ministre délégué chargé de la Sécurité. M. Désir indique à la sortie de cet entretien, qu'il a qualifié de « très sérieux et très intéressant », avoir demandé des éclaircissement sur les projets du gouvernement concernant les contrôles d'identité, la réforme de la procédure des expulsions et celle du Code des nationalités annoncés par M. Chirac. Pour sa part, le MRAP appelle, après les déclarations du premier ministre, « tous les gens de coeur et de raison, quel qu'ait pu être leur vote aux récentes élections, à s'unir avec lui pour défendre les valeurs et les traditions républicaines de solidarité et de fraternité », et affirme notamment dans un communiqué « qu'il est déplorable que la question de la population d'origine immigrée ne soit abordée que sous l'angle de la sécurité et reliée au terrotisme, alors que ces hommes, ces femmes, ces jeunes sont partie intégrante de la société française dont ils partagent les difficultés et les aspirations» (10 avril). __ MONOPOLY __ Des associations d'élèves ouestallemandes ont reçu ce mois-ci des jeux de Monopoly nouvelle manière. Sous le titre «Juif, ne t'énerve pas », ce jeu en forme d'étoile de David présente six cases portant les noms des camps de concentration de Mauthausen, Auschwitz, Majdenek, Dachau, Buchenwald et Treblinka. Les joueurs doivent effectuer un trajet qui conduit à la case centrale: la chambre à gaz. C'est la Ligue ouest-allemande des antifascistes qui a révélé l'existence de ce tract , dont les auteurs réclament la libération d'un militant néo-nazi actuellement emprisonné (27 mars). BILAN __ _ Depuis septembre 1984, lors de manifestations contre l'apartheid en Afrique du Sud, 1 269 personnes ont été tuées par les forces de répression racistes, et 31 autres ont péri (dont 4 policiers blancs) au cours des affrontements qui ont suivi les interventions policières (25 mars). _A BAS LA CALOTTE !_ Par cinq voix contre quatre , la Cour suprême des Etats-Unis confirme que l'armée américaine est en droit d'interdire le port de la calotte à son personnel d'origine juive. La Cour suprême a jugé que l'uniforme encourage le sens de l'unité hiérarchique en éliminant toute distinction individuelle autre que le rang (28 mars). RUGBY __ On apprend qu'une sélection formée d'une vingtaine des meilleurs rugbymen néo-zélandais pourrait effectuer, dans les deux mois à venir, une tournée en Afrique du Sud, le pays de l'apartheid (30 mars). _ TERRES ARABES _ La population arabe et les forces démocratiques juives d'Israël célèbrent la Journée de la Terre pour la défense des terres arabes et l'évacuation totale par Israël des territoires palestiniens et syriens occupés illégalement depuis 1967 (30 mars). Jean-Paul Il à la synagogue de Rome, le 14 avril 1986, _ BONNE VOLONTE _ Des stars du sport mondial , comme les Américains Edwin Moses et Carl Lewis ou l'Allemande de RDA Marita Koch feront partie des quelques 3 000 athlètes qui se rendront en URSS pour les « Jeux de la bonne volonté » du 4 au 20 juillet. Au total, cinquante pays prendront part à ces jeux qui comprendront environ une vi~gtaine de disciplines et qui dOIvent être organisés tous les quatre ans. L'édition 1990 est déjà prévue aux Etats-Unis (30 mars). __ ARTISTE __ Un adjudant-chef de gendarmerie en retraite est condamné à huit mois de prison avec sursis pour «apologie de crimes de collaboration ». En août 1984, il avait maculé le monument aux morts de Tarbes d'inscriptions réclamant la réhabilitation des miliciens de sinistre mémoire (31 mars). _ PEINE DE MORT _ Un militant noir de l'ANC, Andrew Zondo, est condamné à la peine de mort. Il est accusé d'avoir commis un attentat à la bombe en décembre dernier. Le juge de la Cour suprême de Johannesburg, qui a prononcé la Différences - n° 56 - Mai 1986 sentence, a déclaré qu'il n'autoriserait aucun appel (2 avril). _ TOUJOURS BANNIE _ La mesure de bannissement interdisant à Winnie Mandela de séjourner à Johannesburg et à Soweto n'a pas été levée, déclare un porte-parole de la police sud-africaine, contrairement à l'information lancée la veille par un avocat de l'épouse du leader noir (3 avril). MISKITOS _ _ Au moins 2 500 Indiens Miskitos sont « séquestrés » et « déplacés par la force » vers le Honduras par les contre-révolutionnaires du groupe Kisan qui ont fait incursion dans le département de Zélaya , dans le nord du Nicaragua, annoncent les sandinistes (3 avril). __ BAVURE __ Les deux passagers (maghrébins) d'une automobile sont blessés par balle lors d'un contrôle de police dans les Hauts-de-Seine (6 avril). COPAINS __ Le parti néo-nazi ouest-allemand NPD «attend des invités français du Front national» à son congrès régional de Rhénanie de Nord-Westphalie , le 4 mai prochain à Herne, communique officiellement le bureau du NPD, qui , par ailleurs, se déclare satisfait des succès de Le Pen en France; c'est un « encouragement », ajoute-t-il, et le NPD espère pour lui-même des « succès considérables en RFA» lors des élections générales de janvier 1987 (6 avril). _ A LA SYNAGOGUE _ Pour la première fois, un pape se rend à la synagogue. JeanPaul II se rend à la synagogue de Rome où il est reçu par le grand rabbin Elio Toaff. Le souverain pontife a qualifié les juifs de « frères aînés » des catholiques. Mais le président de la communauté juive de Rome ne peut éviter d'évoquer le silence de Pie XII sur la déportation (13 avril). _ KURT WALDHEIM _ Cela ne s'arrange pas pour Kurt Waldheim, à moins d'un mois des élections présidentielles autrichiennes où il se présente au nom du Parti populiste (droite). L'ancien secrétaire général des Nations unies est, en effet accusé par le Congrès juif mondial , la presse yougoslave et diverses personnalités autrichiennes, d'avoir caché son appartenance aux Jeunesses nazies, à une organisation dépendant des SA pendant la Seconde Guerre mondiale et d'avoir servi dans une unité de la Wehrmacht qui s'est rendue coupable d'atrocités à l'égard des partisans yougoslaves et des populations civiles, ainsi que d'avoir participé à la déportation des juifs grecs. On est en droit de se poser les questions suivantes : comment se fait-il que ces informations apparaissent plus de quarante ans après les faits ? Les grandes puissances pouvaient-elles les ignorer? Sinon, pourquoi ontelles permis à Kurt Waldheim d'accéder au poste de secrétaire général des Nations unies? (14 avril). __ JUSTICE. _ Le MRAP fait annuler par le Tribunal administratif la mesure du Bureau d'aide sociale de Paris réservant l'allocation attribuée à la naissance d'un troisième enfant aux seules familles dont les deux parents sont français. La mesure figurait aussi au programe du RPR pour les législatives (16 avril). Réalisé par ROBERT PAC Il L E Championne de l'exotisme dans les consciences occidentales, E T la Chine ne manque pourtant pas de points communs avec nous. Ne serait-ce que dans l'histoire, S ancienne, de ses relations avec l'Europe, L et celle plus récente de ses rapports avec ses propres minorités. E De l'assimilation forcenée et forcée à la régionalisation, C S l'Extrême-Orient nous est bien proche. H 1 A U N ~ ~ ~ ;;;; ~ T ., ..: 0 R 1 E S S ~ Il Différences - n° 56 - .Mai 1986 Chinois et Occidentaux Perçue souvent comme un monde à part, coupée de tout contact avec les autres civilisations, la Chine a pourtant établi des relations indirectes avec l'Occident dès le début de notre ère. Les soies chinoises, dont raffolait la Rome antique, s'échangeaient contre des verroteries que les marchands d'Asie centrale portaient à la capitale chinoise. Et les Chinois - qui considéraient comme barbare tout ce qui vivait en dehors du Céleste Empire - reconnaissaient pourtant, en l'Empire romain, un autre centre du monde. Plus tard, c'est le bouddhisme qui servira de vecteur à l'influence occidentale. En effet, l'un des grands centres spirituels, d'où rayonnera le bouddhisme vers la Chine, se trouvait, à l'ouest de Pamir, dans l'ancien royaume fondé par Alexandre le Grand. C'est ainsi que les grottes bouddhiques de Yun Gang et de Dun Huang s'orneront de profils grecs et de feuilles de vigne. Les premiers rapports directs s'établissent sous la dynastie des Tang (vme-Xe siècle). A cette époque, le pouvoir impérial ne repose sur le dogme d'aucune grande religion. Grande était la tolérance dont jouissaient, alors, toutes les confessions. Chang An, la capitale, abritait des temples ~t des moines nestoriens, mazdéens et manichéens, venus d'Asie Mineure. Au Xme siècle, des moines nestoriens chinois, suivant les troupes de Gengis Khan, arriveront à Rome et en France. A cette même époque, Marco Polo, lui, atteindra la Chine, précédant l'entrée aes Portugais et des jésuites. Au XVIe siècle, les jésuites, grands érudits, séduisent, plus par leurs connaissances scientifiqùes et techniques que par leur religion - dont l'intolérance suscitera beaucoup de méfiance - la cour de l'empereur. Cependant, ils aideront utilement à faire connaître les sciences occidentales en Chine et les sciences chinoises en Occident. Et ce, à une époque où ces deux mondes avaient beaucoup à apprendre l'un de l'autre. Le christianisme, avec les jésuites, pénètre peu dans le pays. Paradoxalement, pourtant, il va inspirer la révolte des Tai Ping (1). Ce mouvement messianique va manquer, de peu, de faire tomber la dynastie des Qing, au milieu du XIXe siècle. Le mouvement échoue, mais il annonce la désagrégation du pouvoir impérial, désormais incapable de lutter contre la pénétration occidentale. Les Occidentaux forcent les portes de la Chine et imposent des traités qui amputent gravement la souveraineté nationale. La Chine, que le développement de l'Occident marchand n'avait pas encore atteint - si ce n'est par quelques concessions portuaires aux Portugais - , doit plier devant les exigences toujours plus grandes des puissances coloniales. Ces violations de la souveraineté chinoise susciteront des réactions xénophobes, encouragées par la cour impériale. Mais le pouvoir impérial se montrera incapable d'absorber les changements imposés par la révolution industrielle que les Occidentaux introduisent en Chine. Différences - n° 56 - Mai 1986 Ces changements deviennent cependant inévitables. La pénétration industrielle et la diffusion des théories révolutionnaires de Rousseau en sont les premières étapes. Ensuite, le socialisme utopique de Saint-Simon ou de Fourier feront des émules. Enfin, les théories marxistes commencent à être traduites, dès 1905. La diffusion de la pensée occidentale s'accompagne de nombreuses tentatives des révolutionnaires chinois pour valoriser ce qui, dans les modes de pensée traditionnels, permet d'accéder au changement. A bien des égards, les concepts occidentaux - comme celui de la lutte des classes - s'opposaient aux concepts chinois - comme celui de l'harmonie. La montée du nationalisme, qui explose le 4 mai 1919 (2), s'explique par cette volonté de puiser aux sources de la pensée chinoise. Pourtant, Moscou et Washington deviennent les références du mouvement révolutionnaire chinois. Moscou, car la Révolution d'Octobre consacre le triomphe du modèle révolutionnaire marxiste. Washington, car la Première Guerre mondiale voit la montée en puissance des Etats-Unis. Ces deux Etats prennent d'ailleurs des positions opposées au colonialisme qui a fondé la puissance de l'Europe. Au XlXe siècle, les Occidentaux forcent les portes de la Chine : le pOUVOir impérial s'effrite. L'attrait des Chinois pour l'Amérique restera très vif, même chez les dirigeants communistes. Ce qui laisse penser que Mao aurait préféré une entente avec les Américains plutôt que de devoir s'allier avec un Staline dont les communistes chinois gardaient beaucoup de mauvais souvenirs. La guerre de Corée a tué dans l'oeuf ce rapprochement. Depuis le début des années soixante-dix, l'Occident reprend une place privilégiée dans la politique extérieure chinoise. La nécessité de s'opposer à l'hégémonie régionale de l'URSS a conduit Pékin à se rapprocher des USA. Cette reprise de dialogue est encore plus marquée avec l'Europe occidentale. Les jeux de la concurrence permettent à Pékin d'acheter, dans les différents pays européens, les technologies que les Américains hésitent encore à lui céder. De plus, les puissances coloniales d'hier ont perdu toute influence dans la région depuis 1945, ce qui les rend inoffensives. Mais, plus intéressant encore, cent quarante ans après les premiers « Traités inégaux », la Chine semble enfin avoir digéré les humiliations infligées par l'Occident. Le président chinois Li Xiannian devait déclarer récemment au chancelier allemand, en visite à Pékin, que les Occidentaux avaient eu raison de forcer les portes de la Chine, la contraignant ainsi à entrer dans le monde moderne... 0 E. D. (1) Révolte des Tai Ping : mouvement paysan du milieu du XIX' siècle qui tient à la fois de la jacquer ie et des sociétés secrètes. Tai Ping signifie « la grande paix » . Le mouvement prônait l'égalité sociale. (2) Le 4 mai 1919 : manifestations spontanées contre les présences étrangères en Chine. Chinois et minorités La Chine : un milliard d'habitants, une mosaïque d'ethnies qui, jusqu'à une époque récente, vivait dans une extraordinaire diversité de cultures et de religions. Ainsi, les Turkmènes, qui tiraient leurs ressources de l'élevage, de l'agriculture et du commerce de la Route de la SOle, devinrent musulmans sous l'influence iranienne en Asie centrale (VIIIe siècle). De même les Mongols, éleveurs nomades, bâtisseurs d'empires, furent convertis aU bouddhisme lamaïste par les Tibétains (XIIIe siècle). De leur côté les tribus thaïs, qui vivaient de la chasse, de la cueillette ou de la culture sur brûlis, étaient animistes, mais aussi quelquefois bouddhistes, sous l'influence de la Birmanie. Il existait aussi des civilisations à la culture originale, comme celle des Tibétains. Bref, toute une mosaïqueêie peuples que les Han (les Chinois) appelaient les « barbares" et traitaient avec le mépris que l'ordre confucéen bien-pensant réserve à ceux qui font fi du polissage et du raffinement de la civilisation sédentaire. Mépris du sauvage, certes, mais aussi crainte des hordes nomades qui déferlaient régulièrement pour piller, brûler ou asseoir leur domination. Crainte dont le meilleur symbole est cette grande muraille dressée par les sédentaires contre le monde sauvage. En deçà de la muraille, le règne de l'homme et de la nature ordonnée. Au-delà, celui de l'homme-animal et de la nature sauvage. Cette crainte n'était pas d'ailleurs sans induire un certain respect Les peuples du Nord et de l'Ouest, hordes ou royaumes puissants, se voyaient attribuer, par les Chinois, des noms sans valeur péjorative. Mais, à l'inverse, ces mêmes Chinois écrivaient les noms des tribus du Sud avec un caractère dont la partie sémantique signifie « chien ". Il faut se garder pourtant de conclure au racisme. Parler d'intolérance et de chauvinisme serait plus exact L'assimi- , CHINOIS ET MINORITES NATIONALES Les Han, ou Chinois, représentent 93,3 % de la population et se concentrent surtout dans l'est du pays. Le reste, soit 67 millions de personnes, forme les minorités nationales. Elles se partagent plus de la moitié du territoire et se divisent en une cinquantaine de groupes ethniques, d'importance variable, que l'on peut réunir en trois grandes familles: • La famille altaïque, dans les steppes et les déserts du nord et du nord-ouest, avec les Turco-Mongols (Ouigours, Kazaks, Kirghizes, Mongols ... ), les Toungouzes (Mandchous, Olunchuns ... ) et les Coréens. • La famille tibéto-birmane, sur les plateaux et les contreforts du Tibet, à l'ouest et au sud-ouest: Tibétains, Vis, Naxis, Bais, Lolos, Tobas ... • La famille thaï, dans les forêts et les montagnes du sud et du sud-ouest: Zhuangs, Buyis... D lation était possible: que le « barbare" adopte la langue, les valeurs et les usages du grand frère chinois et sa place· était reconnue au sein de la société. Le contrôle des régions non chinoises, pour la sécurité de l'empire, s'est transformé en annexion pure et simple avec l'apparition de l'Etat moderne et le tracé des frontières internationales. Ces annexions ne se firent pas sans réaction de populations concernées. Ceux qui menaçaient l'empire hier seront aussi ceux qui opposeront la plus vive résistance. Le cas le plus connu est celui du Tibet dont la « libération" aura lieu en 1950, Quand ils prennent le pouvoir en Chine, les communistes sont tout à fait conscients du fait qu'il leur est impossible d'appliquer les réformes socialistes avec la même intensité sur la société chinoise et sur les sociétés, tribales ou féodales, des minorités, Pourtant, dès le milieu des années cinquante, toutes ces sociétés traditionnelles se voient plongées dans le tourbillon des réformes. Périodes de radicalisation extrême tels le « Grand Bond en avant" ou la « Révolution culturelle ", qui alternent avec des périodes moins actives pendant lesquelles un peu plus de souplesse ou d'autonomie seront tolérées, sans jamais, pour autant, remettre en cause les réformes appliquées précédemment Réfractaires aux changements 110/1 brulilux, les minOlilés Claignaienl la dis/1i11ition foltée de leulS religions Du coup, dèpuis 1949, le mode d'existence des minorités nationales a été l'objet de profonds bouleversements, Afin de ne pas provoquer de réactions trop violentes au sein de ces populations, le PCC maintiendra les chefs traditionnels dans leurs fonctions. Ces chefs de clans seront cependant très rapidement « secondés" par des cadres du parti, puis perdront peu à peu leurs pouvoirs pour ne garder que leurs fonctions protocolaires. Parallèlement, l'organisation sociale et économique est transformée. Pourtant, les résultats sont nettement moins favorables que dans le reste de la Chine. Les associations révolutionnaires de femmes, de paysans ou le recrutemerit de membres du PCC ne recevant qu'un faible écho chez les minorités, il faudra attendre la réforme agraire et la collectivisation forcée pour que progresse l'organisation socialiste, Des réactions violentes s'ensuivront dans les premières années de la réforme agraire, des nomades abattront leur cheptel ou tenteront de traverser la frontière vers l'URSS ou la République populaire de Mongolie. Mais ce que les minorités nationales redoutaient le plus, c'était le sort que les autorités réservaient à la religion. En effet, qu'il s'agisse de l'islam, du bouddhisme ou de l'animisme, la religion est au centre de la vie de ces sociétés. Les prises de positions athéistes des communistes avaient d'ailleurs mené nombre de ces communautés à combattre les armées de Mao. Dans un premier temps, les chefs religieux resteront en place. Monastères, temples et mosquées subsisteront Les diverses constitutions de la République populaire chinoise reconnaissent toutes « le droit à avoir une religion, à ne pas avoir de religion et à propager l'athéisme ». Mais c'est le droit à propager l'athéisme qui va prévaloir; le droit à propager une religion n'étant pas reconnu. De fait, cela signifie qu'il est interdit de donner une éducation religieuse à un mineur. Mais c'est surtout le culte qui va subir des attaques de plus en plus violentes, au rythme de la radicalisation politique. Les communautés religieuses, déjà privées de leurs terres par la réforme agraire, se virent interdire de former de jeunes moines, les anciens furent obligés de travailler, voire de se marier. Plus tard, la « Révolution culturelle », les répressions des rébellions, les condamnèrent à une quasi-clandestinité. Monastères, monuments et temples furent massivement détruits. Les exemples de persécutions dans ces années abondent: moines massacrés ou défroqués, mosquées transformées en porcheries, musulmans contraints de manger du porc, livres canoniques brûlés ... Pourtant, seul, l'islam semble avoir joui d'un traitement plus souple, dû surtout à la forte structuration des sociétés musulmanes mieux organisées pour réagir, et à l'importance des pays islamiques alentour et avec lesquels les autorités avaient besoin de nouer des relations. On fait alors une distinction entre les religions, dont il faut hâter le dépérissement, et les superstitions, qu'il faut éradiquer sans délai. Les croyances animistes se rangent dans cette seconde catégorie. Mais ces pratiques se révèlent tout aussi difficiles à éliminer que les religions elles-mêmes, Fortement ancrées dans la vie quotidienne, elles ressortent au grand jour dès qu'un souffle de détente apparaît dans le pays. A partir de 1978, la situation évolue sensiblement. Certes, rien n'a été dit ou promulgué au sujet des libertés religieuses. Mais la nouvelle équipe dirigeante, consciente de l'hostilité générale, et de la résistance passive et quelquefois active des minorités religieuses, a insisté, à nouveau, sur les principes de tolérance. Des monastères ont été relevés avec les fonds de l'Etat, de jeunes moines sont formés et les populations, dont le niveau de vie s'est amélioré, entreprennent des pélerinages. On va même jusqu'à reconnaître l'importance de la religion dans l'art ou la littérature, et à prendre dans les caisses de l'Etat pour couvrir les frais de certaines cérémonies. Enfin, les religieux autorisés à exercer leur ministère se voient attribuer une allocation pour subsistance. L'association des musulmans de Chine a, tout récemment, commencé à organiser des pélerinages vers La Mecque, pour une poignée de pélerins, il est vrai. En théolie, l'Etal se veulle défenseur de la culture des minolilés nationales. En pratillue ... Cependant toutes les religions gardent leurs associations officielles en dehors desquelles il ne leur est guère reconnu de droit à l'existence. Les dirigeants en sont nommés par l'Etat et ont un rôle plus politique que religieux. Ainsi Xi Zhongxun, membre du bureau politique, déclarait-t-il récemment que, dans le futur, «les personnalités religieuses (...) devront renforcer l'encadrement administratif des activités religieuses (...) et falie en sorte que la religion serve encore mieux les besoins et les buts du parti. » (Agence Chine nouvelle, 6 janvier 1986.) Ce qui vaut pour la religion vaut également pour la culture et les arts des minorités. En théorie, l'Etat se veut le défenseur de la culture des minorités nationales. La presse ne manque d'ailleurs jamais de faire état de telle technique artisanale qui disparaissait - faute de répondre aux nécessités actuelles - et que l'on a réanimée à grand renfort de yuans; ni de mentionner telle légende orale transcrite et imprimée en cinq ou dix langues ni encore de citer telle usine qui accepte de produire - à perte - un tissu nécessaire à un costume traditionnel, un ustensile spécifique à une minorité. Au même moment, certaines coutumes et modes de vie sont menacés de disparition du fait d'actions politiques qui mettent en péril la structure des sociétés traditionnelles. Ainsi, chez les Naxis, une tribu tibéto-birmane qui vivait sous le matriarcat et pratiquait l'union libre: le mariage n'existait pas; l'homme et la femme vivaient dans leurs familles respectives et ne se rencontraient que pour procréer. Ils se sont vu imposer des réformes introduisant le patriarcat. Une loi leur fait obligation de se marier et interdit les rapports avec plusieurs partenaires. Ce qui survit apparaît, bien souvent, sorti de son enVIronnement. Régulièrement, de grandes représentations de danses folkloriques permettent à un public, composé pour une bonne part de touristes étrangers, de venir apprécier un folklore qui semble avoir beaucoup régressé dans la vie locale. En août 1986, se dérouleront, à Urumgi, des jeux sportifs traditionnels. Cela peut sembler une occasion unique, pour des lutteurs mongols ou les participants de la course de chevaux avec tir à l'arc, d'exercer leur art devant une audience bien plus importante que celle à laquelle ils auraient, traditionnellement, eu droit. Mais c'est pourtant dans leur espace d'expression traditionnel que ces pratiques prennent leur entière signification. Les Mandchous ont perdu l'usage de leur langue, les nomades de Hongolie onl été contraints à la sédentalisation Cette déculturation, bien réelle, laisse le champ libre à ce que l'on nomme la sinisation, qui consiste en l'envoi massif de colons chinois, depuis les espaces surpeuplés de la Chine proprement dite, vers les étendues désertiques où vivent les minorités. Inévitablement, les cultures minoritaires se trouvent noyées au sein d'un groupe qui a amené avec lui ses techniques, ses industries et ses propres modes de culture. C'est le cas des Mandchous, qui ont perdu jusqu'à l'usage de leur langue, et que plus rien ne distingue des Han, bien que l'Institut des minorités nationales continue de les recenser comme groupe minoritaire. Il en va de même de la Mongolie, désormais peuplée à 75 % de Han, et dont la population, originellement nomade, a été contrainte à la sédentarisation. La sinisation relève d'une sorte d'exportation des modèles. Un modèle socialiste, bien sûr, mais chinois de fait. D'où un chauvinisme latent que le PCC avait pourtant dûment critiqué comme étant l'essence de la politique de Chang Kaishek à l'égard des minorités. Cependant, ces dernières années, avec la décollectivisation qui rend aux minorités certaines libertés individuelles, mais aussi, surtout, avec la priorité donnée au développement économique, la question de la transformation socialiste des minorités nationales semble avoir disparu des préoccupations des dirigeants. Une relative liberté d'entreprendre leur permet de développer leur artisanat traditionnel. Un journaliste de Renmin Ribao (le Quotidien du peuple) ne constatait-t-il pas récemment que les traditions populaires réapparaissaient chez les minorités? Un constat fait par nombre d'observateurs. Dégagées de l'encadrement chinois, les minorités devraient pouvoir réinvestir bien des domaines de leur culture propre. Il est trop tôt pour affirmer s'il s'agit là d'un simple réajustement, comme il y en a toujours eu après des périodes de radicalisation, ou s'il s'agit d'une remise en cause des objectifs politiques qui prévalaient jusque-là. D Des gens simples et dévoués sauront vous aider et vous guider vers vos aspirations. L'Agence de voyages « Détente et Culture »- 60, rue Oberkampf - 75011 Paris - Tél. : 357.00.55 - est prête à vous accueillir de 9 h 30 à 19 h 30 (sans interruption) (c. lie. n° A1839). Restaurant AU BON COUSCOUS 12, rue Charles-Michels 87000 LIMOGES Tél. : 55.33.26.95 Couscous à emporter, spécialités maghrébines VITE, JE M'ABONNE A DIFFERENCES o 170F (lan) o 100 F (6 mois) o 200 F (soutien) Nom: . 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Simplement parce que le Dernier Jour d'un nazi a le. rare bonheur d'être juste, actuel et efficace dans sa dénonciation de la barbarie. C'est peut-être lié au destin singulier de l'auteur. Né à Sétif, quand l'Algérie était française, Noureddine Aba combat dans les troupes françaises pendant les campagnes d'Italie et de France, entre 1943 et 1945. Devenu journaliste, il assiste au procès de Nuremberg. Militant de la cause palestinienne il vit en France, puis rentre en Algérie 'en 1977 pour y oc~uper ~l'~~portantes fonctions. Situation pnvIlegiée que la sienne, à la fois dans et hors scène, Pierre Vielhescaze, « le nationalsocialisme avait un véritable génie de la mise en images de son propos ». Et la dénonciation du national-socialisme n'a pas toujours évité la fasc~nation p~)Ur cette fascination. Il se souvient de mises en scène où l'on faisait défiler les spectateurs devant des haies d'oriflammes à croix gammées, il se souvient aussi des enfants devant qui il avait projeté le Dictateur de Chaplin à Suresnes: «Ils avaient bien compris le propos et la dénonciation, mais étaient subjugués par les uniformes, les automobiles à fanions. » Rien de tout cela dans-la pièce, ni dans la mise en scène: l'action est située dans le salon d'un haut dignitaire nazi, à la veille de la chute du régime. Pas d'uniformes, pas de victoires: débarrassée de ses oripeaux, la pauvreté de la pensée nazie est mise à nu. Qu'il serait facile, à l'inverse, de faire de Heinrich, grand bourgeois lettré et haut dignitaire nazi, une épouvantable brute ou un cynique machiavélien ! Et de Lemaine, scientifique, déporté, la haute incarnation du bien. Rien de cela, non plus. Friedrich est un homme, et la grande force de cette pièce (et en même temps sa grande leçon), c'est de mettre à nu la contradiction: de grands hommes sont capables de mourir pour des causes stupides, et cet accouplede l'histoire de la guerre et de l'holo- Noureddine Aba et Pierre Vielhezcaze causte, dont il a eu moins à souffrir que ont décidé d'offrir deux avant-predes massacres de Sétif en 1945. mières aux militants du MRAP et aux Du coup, la pièce tient une place lecteurs de Différences, les 13 et originale dans la littérature post-guer- 14 mai. Places à 75 F, au lieu de 90 F, rière, qui, est, depuis 194?, capable ?U à réserver au 48.06.88.00. Mais que ce meilleur comme du pue. Premier soit bien clair: l'enthousiasme de cet danger complètement évacué, la fasci- article ne s'explique pas ainsi. ,ElL-____________________________ ~~n~a~t~io~n~.~C~o~mm~e~l~en~o~t~e~l~e~m~e~tt~e~u~r~e~n~~:J ment monstrueux n'enlève rien à leur grandeur, ni à la stupidité de leur cause. Un coup pour le dogmatisme mécaniste (aux causes affreuses des hommes affreux), un coup pour l'ultralibéralisme (toute cause, tout propos est justifiable par la sincérité de celui qui s'y adonne). Un pur joyau de dialectique tel qu'il n'en existe plus. Même finesse dans l'analyse historique

l'inégalité du traité de Versailles

est une des causes du nazisme, et N. Aba tient à tourner son porte-voix vers le Proche-Orient d'aujourd'hui: imposez de mauvais traités, et vous créerez de mauvaises causes, mais toujours des hommes pour mourir pour elles. On s'en doute, une pièce qui évite tant de pièges ne peut qu'être bonne, dramaturgiquement parlant. Et cet effort d'intelligence s'inscrit tout naturellement dans la règle classique des trois unités, de lieu, de temps et d'action. Avec une utilisation habile, par les personnages, tant nazis que déportés qu'hésitants, de la ruse, du stratagème, de la mise en scène, destinés à bous-' culer l'autre dans ses certitudes. La bousculade n'est-elle pas une des formes théâtrales du mouvement? 0 JEAN-MICHfL OLLE Le Dernier Jour d'un nazi, de Noureddine Aba, mis en scène par Pierre Vielhescaze, à la fondation Deutsche de la Meurthe, 37, boulevard Jourdan, 75014 Paris, à partir du 13 mai. A TOUTE VITESSE o LE HAVRE. La dynamique maison de la culture du Havre propose une programmation d'une grande richesse qui englobe les arts plastiques, la musique, le cinéma, le théâtre ... Rappelons que le Festival des musiques du monde s'y tiendra en mai et juin et signalons que Fin de partie de Beckett (j'adresse au passage un « joyeux anniversaire» au vieux Sam pour ses 80 piges !) vous sera servi sur un plateau, dans une mise en scène de J.-P. Vincent les 15, 17 et 18 juin (on prend de l'avance !). Rens. : 35.21.21.10 (mardi à samedi, de 13 à 19 h). o PARIS. Que peut-il y avoir dans la tête d'une vieille dame assise sur un banc de pierre? Vous trouverez la réponse à cette énigme au Théâtre 18. (tél. : (1) 42.26.47.47) qui propose un spectacle écrit et mis en scène par Bruno Sachel : l'Avion dans la tête. Jusqu'au 11 mai à 21 h. o LILLE. Le théâtre de La Fontaine vous propose quant à lui de rêver avec un conte théâtral de René Pillot, Agathe, du 12 au 17 mai. Rens. : 20.09.45.50. o WOIPPY. Il Y a des salons où l'on cause ... et d'autres où l'on écoute de la musique moyen-orientale en savourant un thé à la menthe et des pâtisseries. C'est ce à quoi vous convie le Salon de musique orientale, une heureuse ini- ~ tiative de la maison pour tous de ::: Woippy, avec au programme: de la ci musique persane le vendredi 2 mai, MUSIQUE LE MALoYA NOUVEAU. A première vue, il ressemble à Bob Marley. Cette ressemblance, jusqu'à présent, ill'assumait. Mieux il la recherchait, il la revendiquait. Mais, maintenant, il se demande si elle n'est pas un peu gênante. Ti Fock, c'est Ti Fock, musicien de l'île de la Réunion. Et il suffit d'écouter sa musique pour comprendre que cela n'a pas grand-chose à voir avec celle du Jamaïcain. Ti Fock a été découvert l'an passé au Festival de jazz d'Angoulème. Avant, il avait, comme on dit, pas mal galéré à la Réunion. Les bals du samedi soir, un petit disque au son incertain, peu vendu. « J'aurais pu faire du disco ou de la variété. J'ai choisi le chemin le plus difficile, celui de la musique de mon peuple, le maloya. » Le maloya, difficile de le définir musicalement. Un rythme, un chant. Celui des esclaves de la Réunion. Une musique qui pendant des décennies a été considérée comme suspecte, si ce n'est dangereuse. D'où son absence quasi totale - au bénéfice des ségas - de la culture officielle. LA PRISON A DEUX VOIX. Déportée à 20 h 30, et de la musique syrienne (avec Ti-Fock, jeunes et réunionnais Neuengaam en juin 1945, Ovida Delect comme concertiste Muhammed Qadri Le maloya c'est l'expression d'un participe dans les années 1948-1949 à Dalal) le vendredi 30 mai, 20 h 30. peuple. Un peuple aux multiples méune manifestation pour la libération de Tél. : 87.31 .32.10. langes. « Le bIlles de l'océan Indien », Nazim Hikmet. En 1951, ces deux comme aime à le dire Ti Fock. Son poètes ont l'occasion de se rencontrer maloya est à sa propre image: fils d'une au Festival de la jeunesse et des étu- HEROS DECHUS. Dans les années 50 à mère noire et d'un père chinois. diants à Berlin-Est. Un spectacle écrit à 70, l'Amérique commence à considérer Curieusement. il a fallu les Rencontres partir de poèmes de Nazim Hikmet (En ses héros d'un autre point de vue ... et de jazz de l'océan Indien à la Réùnion cette année 1941) et d'Ovida Delect les femmes, comme dans beaucoup de en 'octobre dernier pour que les Réu( Sucres de feu - Soupes d'agonie) «ras- domaines où les mentalités ont changé, nionnais le découvrent. Mais, ceux qui semble» à nouveau ces deux personna- n'y sont pas pour rien! L'argument de accrochent le plus, ce sont les jeunes, lités confrontées, l'une à la déportation, la pièce d'Ed Graczyk, six femmes dans l'île et en métropole. l'autre à près de vingt années d'empri- réunies pour l'anniversaire de la mort Rien d'étonnant à cela. Ti Fock vient sonnement. de la vedette James Dean, est en fait un peut-être à point nommé avec son Le spectacle En cette année 1985, qui a support pour révéler les problèmes malova subversif. Sur les traces de pris pour thématique l'univers carcéral, d'une société qui ne donne pas à celles des Antilles, la jeunesse réunionest présenté par le théâtre des Liquides, chacun(e) la possibilité de découvrir ses naise est peut-être -en train de se interprété par Suayip Adlig (l'assistant réels désirs, mais y substitue le goût constituer une identité toute neuve. de Yilmaz Güney) et Annick Jamet, et (amer!) de la consommation et re- Une construction faite d'emprunts mulil est bilingue (turc-français). Un choix tranche l'individu derrière une moralité tiples, où la musique joue un rôle qui s'explique par le désir de retrans- puritaine, culpabilisante, doublée du déterminant. mettre, dans une fidélité au texte, les fameux rêve hollywoodien. 0 Après le festival de jazz Banlieues consonances originelles de ces deux bleues, après un nouveau concert à poètes de cultures différentes. 0 Reviens, James Dean, reviens! Mise en Angoulême avec Touré Kunda, avant En cette année 1985. A partir du 13 mai, scène d'Andréas Voutsinas. A partir du le New Morning à Paris. Ti Fock sort dans la collégiale de Vernon. Tél. " (1) 5 mai, 20 h 30, au théâtre du Rond- ces jours-ci un disque. Un vrai, avec un 32401759 Point (petite salle). Tél.,' (1) son et une bonne distribution. 0 _ L-_. __. __. __. _~ CharlesB~71IA~RD~G~mfI-OE-R--4-2-.5-6.-6-0.-70-.--------________________________p. _~_m_'C_K_C_O_UP._fC HOUX IM~ __ ~ ! Différences - n° 56 - Mai 1986 É~NEMENT _________________________ ~ Jazz-bel canto and Co QUAND PAOLO CONTE NOUS CONTE PAOLO Grande vedette de la chanson italienne, Paolo Conte est en France jusqu'à la fin mai. Ne le manquez pas. P a.-ce que l'espace imagin .... e et D., Et l'opéra? musical de Paolo Conte est immensé- P. C.: L'opéra, ça a été un grand ment ouvert, riche et universel, Diffé- réservoir. Mais cela ne me sert pas rences ne pouvait pas ne pas le ren- vraiment de référence (même si Dal contrer. Jusqu'au mois de mai, il sillon- loggione a à voir avec l'opéra sans nera la France avec sa troupe et ses doute); c'est aussi parce qu'en fait je concerts égalent de réels voyages aux ne m'y connais pas tellement. quatre coins du monde. Vous êtes bien D.: Vous êtes attaché à la mythologie? installés, là, sur le piano ? .. Alors, on y Vos textes semblent parsemés de va et buon viaggio... mythes ... Différences: Une première question qui P. c.: Je crois que l'impression de s'impose: vous est-t-il indispensable de mythes résulte de l'effort à écrire . Celui chanter? qui écrit s'accroche à certaines sensaPaolo Conte: Indispensable? C'est une tions qui l'aident à rester en surface. Par question intéressante que je me pose exemple, on peut se sentir triste et moi-même. Indispensable d'écrire, oui tendre à n'écrire que par le souvenir. Et sans doute. Non pas d'un point de vue ce qui en résulte , c'est la nostalgie ou la existentiel, mais c'est devenu pour moi tristesse - alors que peut-être ce n'est une habitude tellement naturelle qu'en pas ça qu'on voulait. C'est pour cela effet cela m'est peut-être indispensable. que je me dis qu'il vaut mieux écrire Mais chanter, si c'était possible de ne quand on est bien - même des choses pas le faire, je m'en passerais régulière- tristes. On écrit mieux quand on est ment. Je me plais peu comme chanteur, bien; tristes, on ne doit pas écrire. Et le mais je sais que le vocal est beaucoup mythe peut être une ancre de sauplus important que l'instrumental. vetage. Toutes les images de mes D. : Chanter n'est donc pas une exigence textes , je me demande si elles ne intérieure? constituent pas une limite d'une cer- P. C. : Non, par pitié! taine façon, je ne sais pas si c'est un D. : Vous aimez beaucoup le jazz. Vous le bien ou un mal. considérez comme une terre natale? D. : Pourquoi poser la question en ces P. C. : Je le conçois vraiment comme termes « bien ou mal» ? un point de vue esthétique. Je trouve P. C. : Parce que parfois j'ai la sensaque le jazz est vraiment capable de tion qu'il s'agit d'une peur du vide .. . et saisir l'esprit du XX' siècle bien plus on doit le remplir de couleurs - et que tant d'autres choses, que tant beaucoup. Ou alors de noir et blanc ... d'autres points de référence; c'est en D.: Et que serait ce vide? cela que je pense que quelqu'un qui a P. C. : Je ne sais pas. Je ne sais pas .. . aimé le jazz peut voir les choses - un Mais ça pourrait être quelque chose de tableau par exemple - d'une façon ce genre-là qui me fait beaucoup écrire, complètement différente de quelqu'un qui me fait beaucoup mythifier. Ça qui n'a pas aimé le jazz. Le jazz a été pourrait bien être ça. une grande conquête. C'est même quel- D.: Pourquoi vous défendez-vous réguque chose de mystérieux. On n'a même lièrement d'être nostalgique? jamais vraiment compris ce que c'était. P. C. : Parce que la nostalgie est un Ce qui est sûr, c'est que, au sens rigide investissement. On s'y reconnaît, c'est du terme, au sens musical, précis, ce quelque chose de déjà vu, de connu. n'est pas une musique. C'est plus une D.: Comment vous définissez-vous? façon de concevoir la musique. De fait, P. C. : Je n'arrive pas à me définir . IJ!!I les mille phénomènes d'influence venus parce que je suis curieux de tellement ii' ii L-_________________________________d_u jazz tentent à démontrer cela. de formes artistiques et musicales ; je ~ ____________________________________________ ~ ______________ ~ ne me sens pas à l'aise dans une actualité stylistique. C'est tellement vrai que je pourrais tomber amoureux d'une valse comme d'un boogie. Même chose pour les textes, les choses que je raconte. D. : Vous, vous avez quelque chose à raconter? Vous pensez que vous avez quelque chose d'essentiel à dire ? P. C. : Je crois que non. Je crois que l'unique chose qui peut survenir au bout du compte, si la confusion n'est pas trop grande, c'est quelque chose qui ressemblerait au style. Ce concept abstrait qu'est le style. Je ne saurais même pas le définir. Ce que je veux dire, c'est que, peut-être , le résultat de mon travail - si le résultat doit être final, synthétique -, ressemblerait au « style ». Mais je n'ai rien d'essentiel à raconter. D. : Quelle est la forme d'expression que vous revendiquez ? P. C. : La composition. D. : Et la parole? Puisque vous êtes avocat et que vous aimez ce travail ? P. C. : Non. Si tant est que je me revendique une forme d'expression, elle est de toute façon musicale. La parole, je l'utilise au service « exclusif » de la musique. Sinon, je ne saurais pas l'utiliser en tant que telle; jamais, je ne serai capable d'écrire des poésies, des livres; j'écris volontiers, mais pour la musique. Dans l'optique d'une composition. Jamais pour écrire en tant que tel. Je ne saurais pas écrire pour quelque chose qui ne nécessite pas une mise en page. D. : Cela change quelque chose à votre travail d'être reconnu à l'étranger, maintenant? P. C. : Cela m'encourage. En Italie, par rapport aux autres, je me suis toujours senti à part, dans des caractéristiques spécifiques, mentalement ou techniquement. D. : D'où vous viennent vos images? Ell~s paraissent si universelles, entre le « rêve arabe », les musiques de milonga, les bouts d'Afrique dans un jardin italien ... P. C.: Elles viennent - appelons-le comme ça - de faits poétiques. Sans faire de la poésie, j'ai quand même une marque poétique. Cela vient aussi du fait que je n'ai jamais voulu être à la mode, être prisonnier de n'importe quelle formule. D'un point de vue musical, cela m'a toujours convenu d'être italien, mais également américain, anglais ou autre. D. : Selon vous, il n'y a pas de spécificité italienne dans votre travail ? P. C.: Il y en a, et beaucoup, au départ. Mais, quant au résultat, je souhaite que non. J'ai des chansons qui sont plus territoriales, comme Genova per noi, qui appartiennent plus à notre Différences - n° 56 - Mai 1986 paysage, à notre race, à notre population. Je me sens très Italien . Mais ce n'est pas pour cela que je voudrais faire de ma musique un art italien à tout prix. Au contraire, j'aime bien que le résultat final soit si confus qu'il en devient inclassable. D. : Et votre regard sur les Français. Une image, dans une chanson, les décrit comme « s'énervant » ... P. C.: Ça, c'est parce qu'ils font toujours « pfff ! ». Mais je ne l'ai utilisée qu'une fois, cette image, et pour une chanson au rythme « sportif ». C'est un tempérament, je ne voulais rien exprimer d'autre. D. : Quelles odeurs, quelles images retiendez- vous de la France? P. C. : Vous savez, je vais peut-être en découvrir de nouvelles , différentes, de celles que je croyais. Car, quand on écrit , on est loin du lieu sur lequel on écrit. On réagit à travers des réactions personnelles dont on ne sait pas quand précisément elles sont nées, comment elles nous sont parvenues. D. : Vos textes, vous les sentez loin de la réalité? P. C.: Non, au contraire . Pour le moment, je n'écris pas de façon abstraite, hermétique. Je veux que les mots aient une signification précise. Et puis , je suis du Piémont ; nous ne savons pas faire de la poésie. Nous n'avons pas le sens de la culture « raffinée » ; nous avons celui de la culture paysanne, qui est celle du récit à raconter. D. : Et de l'Italie, que diriez-vous? P.C. : Mon travail porte beaucoup sur l'expressivité; aussi. ai-je nécessairement affaire avec la langue italienne . L'Italie est un musée de différences. nous y avons des traditions différentes. Nous qui sommes du Piémont. nous avons un usage particulier de la langue italienne et même difficile . Cest une langue qui est venue , de façon même un peu forcée, rompre certains de nos modes d'expression; elle nous est arrivée à travers l'école, la radio. Différences: On vous dit rétro, parfois; cependant, vous vous défendez d'être un nostalgique. Quelle est votre notion du passé? P.C. : Pour moi, l'actualité pure n'est pas maîtrisable. Le film qui nous passe simultanément sous les yeux ne peut pas se capter. On doit attendre que les choses se voient transformées en images concrètes, que les mots aient une odeur, un poids précis. (Pause). Ça ira comme ça ?. 0 Propos recueillis pal SOUAO BELHAODAD Paolo Conte en concert,' le 10 mai à Lyon, le 14 mai à Firminy, le 15 mai à Nice, le 16 mai à Bruxelles, le 17 mai à Lille. LA MUS/CA ... Avec Paolo Conte, voilà que refait surface la musique italienne trop rapidement enterrée après Giliola Cinquetti, malgré quelques éclaircies, à l'occasion d'un tube, généralement chanté en anglais, ou du passage d'un chanteur vedette chez Drucker (Lucio d'Alla, l'année dernière). Bref, la France a une fâcheuse et chauvine tendance à oublier que ses voisins européens font aussi de la musique. Nouveauté, un rayon italien à la FNAC des Halles, à Paris, non pas au chapitre vieilleries (variétés internationales) ou folklore, mais au coeur même du temple (rock, funky, pop, country .. . ). Rockeuse, Giana Nanini l'est, dans l'âme. Une basse lancinante, une voix qui couve comme la braise et ça éclate. Un peu clown, un peu violoniste, bête de scène, elle chante les autoroutes (Autostrada) , la jeunesse u'n peu baba (Ragazzo de/!'Europa), la Californie, et puis, bien sûr, l'Amore, amore, amore .. . Plus sophistiqué, plus existentiel, Edoardo Benato. Un vrai flirt à l'italienne entre des synthés d'enfer, le délire psychédélique, le langage désarticulé et la véritable douceur des fontaines romaines et des places florentines . Pasolini était originaire du Frioul, Paolo Conte du Piémont, Pino Daniele est Napolitain. Et ça s'entend. L'accent qui coule, celui de la baie et des ruelles, un accent bien rond, comme une note de guitare, sèche ou électrique, ça dépend des fois , mais ça balance bien. A ces trois-là, ajoutons les grands. L'idole: Vasco Rosi, si proche de cette Italie en crise, mais si créative, méditerranéenne, mais branchée sur l'Amérique, le CocaCola et les clips ... Et puis, le visionnaire Lucio d'Alla, un mélange des genres, mitonné de jazz, qui nous fait sans cesse changer de rythme, d'espace et de temps. Et puis, pourquoi le taire, Adriano Celentano, malgré ses quarante ans révolus , ses niaiseries cinématographi· ques (Joan et lui, un bide fort coûteux) fait encore des miracles! Le show-biz dégoulinant est maître, mais la musique est bonne. Evidemment, il paraît que pour pOUVOir dire ça, il ne faut pas savoir l'italien. Et moi, les seules paroles que je comprenne vraiment bien, c'est 8ela Ciao et Tango, tango, chanté (en français) par Milva, accompagné par Astor Piazzola. Mais alors là, c'est carrément la nostalgie. 0 VERONi~UE MORTA/GNE Giana Nanini. Tuila livre, Dischi Ricordi/Spa, Edoardo Benato. Kaiwana, Dischi Ricordi/ Spa. Adriano Celentano, Joan-lui. Clan Pino Daniele, Jesto vicino a te, EMI. Vasco Rosi, Va bene, va bene cosi. Lucio d'Alla, Carosello. Milva et Astor Piazola, Aux Bouffes du Nord, Polydor, 1 ~----------------------------~ - (1) w w C a: C( 1) W Pollack, mais aussi Szabo, Trauner, Broca, Mnouchkine au jury Rien qu'à énumérer les noms des membres du jury de cette année, on se doute que, d'Est en Ouest, et du Sud au Nord, cette année, on fait dans le mélange, et c'est tant mieux ça nous changera des lance-pierres atomiques et autres ramboseries. Signe que les temps changent, Woody Allen a décidé de boycotter l'Afrique du Sud. Un exemple? Un jury des festivals de cinéma ressemble parfois à un inventaire de Prévert : rien ne rassemble les jurés hormis la très officielle circonstance. Le 3ge Festival de Cannes est la parfaite démonstration du contraire. Tous les métiers du cinéma sont représentés ou presque, du producteur Alexandre Mnouchkine au décorateur, un autre Alexandre, Trauner ; d'est en ouest, un réalisateur américain, Sydney Pollack, à la présidence, couvert d'oscars et un Hongrois metteur en scène chevronné, couronné lui aussi sur maints continents, Istvan Szabo. Année du Brésil oblige, une belle actrice, Sonia Braga, interprète fétiche d'Arnaldo Jabor, inconnu des distributeurs français, mais peut-être plus pour longtemps, puisque son dernier film, Je sais que je vais t'aimer figure dans la sélection officielle. Alexandre Trauner est né il y a 80 ans, dans l'empire austro-hongrois. Des Beaux-Arts de Budapest, il est arrivé à Paris et, de rencontre en rencontre, il a fait tous décors du cinéma, les Enfants du Paradis et Quai des brumes, Don Giovanni et Ciao Pantin. «A son heure/comme les autres acteurs/arrivera le soleil levant/Trauner lui a donné rendez-vous ... » C'est Jacques Prévert qui parle ainsi dans le poème Décors. Il ajoute: « Décors de Traunerlsi beaux si vivants. » Le cinéaste philippin, Lino Brocka, qui a plus l'habitude du combat politique, caméra au poing que des débats de salon, saura sans doute faire entendre la voix du cinéma des pays qui se libèrent, cinéma sans doute sous-représenté dans la sélection officielle: trois films sur vingt. Si la présidence revient à un Américain, ce n'est pas un hommage à tous les Rambos. En choisissant Sydney Pollack, bardé de tous les honneurs pour son dernier long métrage Out of Africa, on a voulu honorer un réalisateur exigeant qui ne cesse de poursuivre, avec ses personnages, une vision de l'Amérique, terre de l'innocence perdue. Robert Redfort a souvent, dans les films de Pollack, incarné la compromission et l'arrangement, l'exemple le plus noir est certainement le Hubbel de Nos plus belles années, qui donne femme et amis pour garder ses privilèges à l'époque de MacCarthy. L'industrie américaine est présente, Différences - n° 56 - Mai 1986 hors concours, avec le dernier Spielberg Color Purple dont la communauté noire outre-Atlantique a rejeté les stéréotypes et la vision bon enfant. Hors concours lui aussi, mais il récuse d'avance les compétitions, Hannah and her sisters de Woody Allen. Désolée, chers lecteurs, on importe maintenant les films avec un titre anglais pas forcément le titre original, pour mieux vendre sans doute! Alors qu'il ne l'avait pas encore terminé, Woody Allen avait pris la décision avec ses producteurs, de refuser la sortie de ses films en Afrique du Sud en signe de protestation contre l'apartheid. Une position assez rare dans le milieu du business américain. En compétition, cette fois et sautant de la marge aux feux des projecteurs, Jim Jarmush, l'auteur de Stranger than paradise, sera en compagnie de Robert Altman , jadis « palmé » pour l'irrévérencieux Mash, en pleine guerre du Vietnam. Du côté des Français, Téchiné et Alain Cavalier pour rehausser le niveau. Le film de Bertrand Blier, Tenue de soirée, a bien besoin de la dignité de son titre pour faire oublier les slogans de son lancement: «Putain de film » (sic). Beaucoup à attendre , en revanche, du dernier film de l'Indien Mrinal Sen, Genesis, surtout une distinction qui fasse sortir sa production des placards des distributeurs français. Seule et unique femme de la compétition , avec Nicole Garcia qui présente son premier court métrage, Margaret von Trotta avec Rosa Luxembourg, devra secouer les soucis d'apolitisme et l'air du temps, mais on nous assure une diffusion du film à l'automne, pas d'impatience donc ... Curiosité pour le film de Lakhdar Hamina, La dernière image qui s'intéresse à l'Algérie avant la Seconde Guerre mondiale et pour Pauvre papillon du cinéaste argentin Raul de la Torre. Notre plus grande attente est pour un film de l'Israélien Amos G~ai, Esther, il passe dans la sélection de la Semaine de la critique, c'est le premier film de fiction d'un documentariste courageux et derrière son titre biblique se montrent les problèmes d'Israël aujourd'hui. Si les distributeurs l'oubliaient, Différences ne manquerait pas de vous en dire plus. 0 CHRISTIANE OANCIE TROIS FILMS Un jury de Cannes assez coloré, voilà qui nous promet, peut-être, une compétition ouverte. L'actualité cinématographique du mois n'est pas en reste: un film tunisien, un film algérien, un film « pariso-black » sur les écrans du mois de mai. Et en plus, ils sont bons. Black mie-mac, le seul film coté en brousse, dit la pub, vaut de l'or. On rigole beaucoup, sans doute parce que le film est fondé sur un fantasme raciste. Oui, vous avez bien lu : c'est la vieille peur d'un peuple souterrain, d'une ville dans la ville où les étrangers auraient leurs propres réseaux, leurs propres façons d'échapper au contrôle, qui sous-tend l'histoire de cet inspecteur de la Protection et Prévention sanitaires roulé par les Africains dont il veut fermer le foyer. La peur de l'autre est balayée par le rire, et ça fait du bien. Un film qui devrait être remboursé par la Sécurité sociale. Une femme pour mon fils: autre film, autre genre. Sur les traces de Mehdi Charf, Ali Ghanem a tiré un film de son roman, publié sous le même titre chez Syros. A travers une famille, deux réalités douloureuses se heurtent: l'immigration et la pratique du mariage décidé par les parents. Hocine et Fatiha ne se connaissent pas, Hocine travaille en France, Fatiha vit à Alger. Leurs familles décident de les marier. C'est l'histoire de ce mariage, et de cet échec, que nous conte Ghanem. Signe des temps, le film, bien que remettant en cause le mariage traditionnel, est produit par l'Algérie. Premier long métrage de Nacer Khemir, Les baliseurs du désert, est beaucoup plus éloigné de la réalité. A travers l'arrivée d'un jeune instituteur dans un village isolé dans le désert, on plonge dans une atmosphère étrange, où se côtoient Cordoue et les mille et une nuits. Le jeune homme disparaîtra, et l'officier et le greffier arrivés pour enquêter seront bien près de se dissoudre à leur tour dans cet ordre caché des choses que le film nous laisse entrevoir. Rire, critique ou rêve, les trois chemins de la découverte ... IVRES ______________________________ ~ La femme, de Sait Ait Youssef. L'école naïve marocaine, une peinture qui s'imposa dans les années 50, une peinture d'autodidactes. REPORTERS PAS SI NAIFS. La peinture naïve est toujours un enchantement pour celui qui sait se laisser charmer par les couleurs. Peu importe la maladresse du trait ou le manque de perspective, l'attrait est ailleurs, dans, l'euphorie des tons, dans les scènes du vécu quotidien. Abdeslam Boutaleb a réuni dans un ouvrage le plus représentatif des peintres naïfs marocains. Feuilleter ces pages, c'est déjà accomplir un premier voyage au Maroc. Vous serez séduits entre autres, par les pastels et l'harmonie délicate des couleurs de Mohamed Naciri, par le pointillisme éclatant de Lahcen Ezzkri, qui se déchaîne en une mosaïque de couleurs, par les détails précis qui composent les tableaux féeriques d'Ahmed Louardiri, le noir et blanc envoûtant du monde des femmes de Fatima Hassan El Farouj . Dans les années 50, la peinture naïve marocaine s'imposa. Etait-ce une réaction à l'école coloniale? Sans aucun doute, car ces tableaux laissent transparaître l'âme et l'identité marocaine. Leurs créateurs sont autodidactes, jardiniers, artisans, employés de bureau. Abdeslam Boutaleb a réussi à nous faire découvrir un Maroc authentique, haut en couleur, des fresques qui symbolisent le bonheur d'un peuple dans la simple vie de tous les jours. Avec ce livre, on a envie d'en savoir d'avantage sur la peinture naïve. 0 M.H. La peinture naïve au Maroc, par Abdeslam Boutaleb. Ed. du Jaguar. LES SUIVANTS. A une époque où il fait relate ce fait divers : « Un Beur de vingt bon revendiquer sa différence, le livre ans, étudiant en troisième année de de Juliette Minces détonne. Sociologue, licence de sciences économiques, animaelle a entrepris d'écrire cet essai à la teur bénévole auprès des adolescents et suite de différents travaux, lectures et des jeunes des cités de transit de Nanconférences, et c'est en premier lieu à terre, devenu interlocuteur reconnu des l'écoute des discours tenus sur les pouvoirs publics, a pris un sens interdit. enfants d'immigrés qu'elle a réagi. Arrêté par les policiers du Il est, pour elle, fondamental de ne pas 9' arrondissement, il aurait été victime, faire l'amalgame entre les travailleurs quatre heures durant, de sévices et immigrés et leurs enfants: leurs iden- d'injures racistes. On lui aurait uriné au tités sont différentes. Elle a voulu situer visage. "Ils m'ont montré, dit-il, que je POUVOIRS, POUVOIRS. Harold est les enfants d'immigrés dans leur n'étais rien du tout." Cette brutalité, un lycéen blanc de dix-sept ans. Il a été contexte et bien sérier leurs problèmes. ajoute Juliette Minces, a amené un élevé par deux domestiques noirs, Sam Juliette Minces a choisi d'adopter un jeune qui pensait s'être intégré, à se et Willie. Une profonde et réelle amitié ton plus froid , qui énonce clairement les poser des questions sur un faux pro- unit les trois complices. Les domestidifférents points de son étude. Le but blème, qui est devenu pour lui un vrai ques noirs racontent leur vie, leurs est d'amener à réfléchir autrement à un problème,' celui de son identité. » espoirs, leurs amours - la danse en problème qui a été mal posé: penser L'intégration reste donc la seule ré- particulier - à Harold. Harold, de son que ces enfants sont étrangers est une ponse envisageable aux problèmes de côté, enseigne à ses amis tout ce que hérésie. Le terme « étranger », repris ces jeunes. Elle suppose un effort aussi lui-même apprend à l'école depuis sa dans tous les discours, l'agace: Que bien de la part des familles d'accueil tendre enfance. Entre les trois hommes, faut-il faire pour devenir Français? La que des familles immigrées; leur ap- le jeu semble donc parfaitement au logique voudrait que le pays où l'on a prendre à vivre en France, leur exp li- point. La machine, bien huilée, pourété élevé soit le sien... quer pourquoi on admet difficilement rait tourner indéfiniment ... Oui, mais certains de leurs comportements. Ju- voilà, Harold est un Blanc. Un Blanc en Le métissage existe, mais il serait liette Minces fait confiance à 1'« anti- Afrique du Sud. malsain de l'institutionaliser sous peine rac.i sme» d' une b onne part 'l e d es F ran- Que la machl'ne se roul'lle tant SOI't peu, de constituer des ghettos où l'on préser- çais et au temps, qui apaisera ces que la vie semble avoir des ratés et se verait de prétendues différences. Ju- tensions. mette subitement à déraper, bref, que liette Minces dénie à quiconque le droit Avec ce livre, elle a eu envie d'autre l'on soit malheureux, comment hésiterd'assigner une identité à quelqu'un: on chose que du sentimentalisme ou de lorsque l'on est, de toute éternité, le ne peut assigner à l'enfant ce qu'il doit l'exotisme: les immigrés vivent ici et maître - à abuser de ce pouvoir que la être, il fera son libre choix. ont participé au développement écono- société vous confère?. Comment ne Les jeunes qu'elle a rencontrés auraient mique et culturel de ce pays. Ils sont pas froisser , meurtrir, avilir? aimé qu'on les considère plus comme Français et il faut faire en sorte qu'ils le Plus qu'une pièce sur le racisme, Maître des Français, ou bien qu'on leur foute la deviennent réellement. 0 Harold, de l'écrivain sud-africain Athol paix. Pour illustrer le refus, le rejet REGINE MAUCONDUIT Fugard, est une réflexion sur le thème brutal dont peuvent faire preuve cer- La deuxième génération, de Juliette du pouvoir et sur son usage. Quoi que ID L.....:ta:::.:i:::.:n.:e:.s ~p..::e.:.rs-o:..:n:::.:n:::.:e:..:s~c-o:..:n_t_r_e_c_e_s..::.j_eu_n_es....:,_e_l_l_e _M _in_ce_s:.., é_d. _F:_l_am_m_a_r_i_o_n_. ______l'_ o_n_f_a_s_se....;,....;q..:,u_e_l_le_s----.q_u_e_s_o_ie_n_t_n_o_s_in_t_e_n---.J tions, dans ce typë de société, les dés sont pipés à l'avance. L'amitié qui lie les trois hommes n'arrange rien, bien au contraire. Elle ne sert qu'à compliquer les choses et, parfois, à donner mauvaise conscience à Harold. 0 JOËLLE TAVANO Maître Harold, de Athol Fugard. Traduction de Valérie Lumbroso. Ed. Hatier Ceda. Coll. Monde noir poche. EGYPTE. Du Caire, envers et contre tout la métropole culturelle du monde arabe, nous vient un talentueux nouvelliste, né en 1938, Maguid Toubia, originaire d'une Haute-Egypte encore pétrie de multiples croyances venues des temps pharaoniques et mêlées à la culture islamique prédominante. Alliant les techniques les plus modernes du roman contemporain et de l'absurde à certaines traditions séculaires du conte arabe, la première traduction française d'une de ses oeuvres, Combat contre la lune (Ed. Lattés, avec l'aide de l'Institut du monde arabe). Sur un rythme incantatoire, plongeant quasiment aux sources psychanalytiques de son peuple nilotique, nous raconte les désarrois et les obsessions de l'homme égyptien, traumatisé par la guerre de juin 1967 et par les soubresauts, survenus depuis, politiques, sociaux et culturels, de son grand pays, depuis lors, ainsi que par le désir, assouvi ou non, pour les femmes qui, tour à tour, se dérobent ou s'offrent. 0 YVES THORA VAL Combat contre la lune, par M. Toubia. Ed. J. -CO Lattés. 1 Maguid Toubia SELECTION LIVRES La Voix de G. Okara. Ed. Hatier. Coll. Monde noir Poche. Jean Amrouche, par un témoin de sa vie, d'Armand Guibert. Ed. Gaston Lachurié. Dialogue euro-arabe, les rapports entre deux cultures, symposium de Hambourg, 11-15 avril 1983. Edisud. Différences - n° 56 - Mai 1986 DES IMAGES PAR MILLIERS. Pour la quatrième année consécutive, le Festival du film arabe à Paris s'est déroulé à l'Olympic (2-15 avril), avec l'appui de l'Institut du monde arabe, prenant de l'ampleur, s'ouvrant au documentaire et se révélant sans doute la manifestation majeure dans le monde concernant ces cinématographies (la belle célébration biennale de Carthage exceptée), tant le climat culturel, créatif, politique du monde arabe actuel semble actuellement peu propice à de telles confrontations. Deux grands invités de cette année sont venus présenter des rétrospectives de leur oeuvre; d'abord Magda, actrice et productrice, en particulier de Gamila l'Algérienne, tourné par Y. Chahine en r~j~i,~ _~ __.:. ..J!I!!!!I!!f!I~IL _" ___" ._ .. 1958-1959 en l'honneur de la guerre de L: libération algérienne. Puis Tewfik Salah, le réalisateur égyptien le plus politiquement engagé, auteur, entre autres, des Révoltés (1966-1968) et surtout des Dupes, le film le plus lucidement cruel sur la cause palestinienne (1972). Tout autour, une brassée de films anciens et nouveaux venus d'Algérie, de Syrie, d'Egypte , d'Irak, du Koweït, etc. Une bonne cuvée en général! L'Inde encore, l'Inde toujours! Jusqu'au 16 juin, les fastes de la sculpture et de la miniature indiennes (de 1500 avant J. -CO au XVIIIe siècle), toutes venues des Indes, se déroulent au Grand Palais, sous les auspices de l'Association française d'action artistique (AFAA) : Rasa,' les neuf visages de l'art indien. Axée sur neuf « saveurs » (rasa) dominantes: l'érotisme, le comique, le pathétique, la fureur , l'héroïsme, la terreur, l'odieux, le merveilleux et la sérénité, cette exposition offre un voyage à travers un art mais également à travers soi à mesure que des sensations variées naissent en nous. L'ADEC, un sigle et puis encore? Créé en 1982, à l'initiative du ministre de la culture, l'association Dialogue entre les Cultures a été, et reste, la cheville ouvrière de toute une série d'initiatives à rapprocher de multiples cultures de leurs homologues et du public français. Ainsi, des rencontres franco-québecquoises de 1984, et la même année, des semaines Pasolini au Festival d'automne

de même, pour les Assises des

écrivains francophones du monde entier en 1985. L'année de l'Inde, c'est aussi l'ADEC, dans l'obscurité: réunions de Ganesha dansant, Xe siècle après J.C. cinéastes, d'économistes, de spécialistes du développement, d'urbanistes, d'écrivains. Tout récemment, les Rencontres franco-germaniques ont attiré un vaste public français vers les écrivains des deux Allemagnes, de Suisse, d'Autriche. Et puis les très importantes manifestations culturelles FranceBrésil, prévues, dans tous les domaines en 1986-1987, ce sera un peu elle, une fois encore. Souhaitons qu'elle continue " , a vivre .... Paris continue à drainer les richesses du monde , temporairement s'entend. Bientôt (du 16 mai au 6 septembre)' nous nous promènerons au Louvre des antiquaires au milieu des ors et de l'argent coloniaux hispano-américains (XVJ-XIxe siècle) , venus d'Argentine avec une série de peintures « coloniales » du Pérou, du Mexique , de Bolivie. Encore avec la complicité de l'AFAA. Mais, cet or, cet argent, il ne faudra pas oublier qu'il est arrosé du sang et des larmes des Indiens réduits en esclavage par les colons espagnols, armés du sabre et du goupillon... • YVES THORAVAL Festival du film arabe: 1, rue Daru, 75008 Paris. Programmes AFAA : 45, rue Boissière, 75016 Paris. Institut du monde arabe: 40, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris. ADEC: 14, rue Notre-Dame-des-Victoires, 75002 Paris (informations). ID 1 Louvre des antiquaires: 2, place du Palais-Royal, 75001 Paris. Mixité LES ENFANTS OU DOUBLE LANGAGE Pour un enfant né à Passy, apprendre deux langues dès le berceau, c'est enrichissant. S'il naît à Aubervilliers, on dira, bien entendu, qu'il fera baisser le niveau de sa classe. Alors, le bilinguisme, mythe ou réalité? L'apprentissage d'une deuxième langue ne se fait pas toujours sans difficulté. Combien d'adolescents, ayant commencé d'apprendre l'anglais en sixième, arrivent péniblement à tenir une conversation correcte en cette langue le jour du baccalauréat, pour l'oublier complètement quelques années plus tard. A qui la faute? En revanche, de jeunes enfants, âgés de trois, quatre ans, parviennent aisément à acquérir une deuxième, voire une troisième langue en plus de la langue maternelle. Quoi qu'en disent les détracteurs du bilinguisme, il est reconnu qu'un enfant n'ayant aucune difficulté à apprendre sa langue maternelle parviendra simultané~ ment à en apprendre une seconde qu'il maniera aussI avec aisance. Françoise Lozac'h est orthophoniste à Aubervilliers, banlieue ouvrière, où elle a pu rencontrer des enfants de travailleurs immigrés et de couples mixtes. Selon elle, si des enfants doivent être bilingues, il est essentiel que les deux langues soient intégrées dès le plus jeune âge. « Cela ne peut être en aucun cas une cause des troubles du langage. »Annie Gaillard, psychologue, exerçant au sein d'une école maternelle vient corroborer ce propos: « Ce qui importe, c'est l'acquisition de la structure de la langue. » Tant que celle-ci n'est pas terminée, l'enfant de moins de trois ans peut emmagasiner un maximum de données. Il peut, non seulement apprendre plusieurs langues avant cet âge, mai tout aussi bien acquérir, par exemple, des connaissances musicales. Est-ce de cette manière que l'on forme des petits génies, des surdoués, ou tout simplement des enfants doués? Non, il n'y a guère de recette, et c'est rarement le but. Le milieu familial ainsi que les conditions sociales jouent un rôle primordial dans l'éducation du tout jeune enfant. Ses parents sont le premier modèle auquel il se réfère. Dans un couple mixte, comme ailleurs, l'important, c'est de bien vivre ce couple. Il est nécessaire que chacun des parents ait accepté la différence de l'autre e~, plus, qu'~lla valorise. Si aucun traumatisme psychologique ne vient perturber le développement cognitif de l'enfant, celui-ci se trouve entièrement disposé à retenir tout ce qu'on voudra bien lui apprendre correctement. Marie-Line est française. Elle s'est mariée avec Wahid qui est marocain. De leur union est née Aïda. Toute petite, elle a été initiée au français et à l'arabe. Bien qu'elle ait fréquenté la crèche où l'on ne parle que le français, elle parvient assez aisément à parler en arabe avec son père et à construire des phrases. L'apprentissage du français qu'elle poursuit en maternelle, ne lui fait pas oublier la langue paternelle qu'elle aime parler avec plaisir et dont elle se sert éventuellement pour parler à sa mère qui commence ainsi à parler un peu l'arabe. La langue du père est essentiellement un langage oral, un langage naturel. Il s'est installé une relation qui passe par un message affectif intense. Si le père persiste à lui inculquer sa langue, il aura, par la suite, toute les chances de lui faire comprendre que cet usage lui donnera l'accès à une culture, différente de la culture française, mais qui lui apportera une corde de plus à son arc. Et les enfants des travailleurs immigrés? Leur cas, tout en étant apparemment semblable à celui des enfants des couples mixtes, est différent. Les enfants sont gardés le plus souvent par la mère qui reste à la maison. Jusqu'à son entrée à la maternelle, vers trois, quatre ans, l'enfant ne connaîtra que la langue que lui parle la mère. Puis, scolarisé, il accédera à la langue française que, généralement, il apprendra facilement et rapidement, compte tenu de son jeune âge. Dans le même temps, il continuera à parler chez lui la langue maternelle. Toutefois, il arrive souvent, et c'est regrettable, que les parents, ayant appris quelques mots de la langue parlée à l'école, persistent à parler un mauvais français à leur enfant. De ce fait, l'enfant oubliera sa langue maternelle et parlera le même mauvais français que ses parents. C'est alors qu'apparaissent des troubles du langage. L'enfant ne se reconnaît dans aucune des deux cultures, se sent déraciné. Simultanément, s'instaure plus souvent une mésentente entre lui et ses parents. On mesure encore mal les effets de ces tentatives d'assimilation forcée des parents, assimilation involontaire, eux qui le plus souvent fondent tous leurs espoirs dans leur enfant et dans le pays qui les a accueillis. D'autant que, devant un système scolaire défaillant, ce sont les parents, et seulement eux, qui ont la lourde charge de sauvegarder leur culture et leur langue. Ce type de problème ne se pose guère dans des milieux plus favorisés socialement. Ohtman, trois ans, est né aux Pays-Bas. Ses parents, marocains, travaillent dans un milieu diplomatique. Ceux-ci étant bilingues depuis leur jeune âge, l'enfant parle bien l'arabe qui est la langue maternelle et parvient à construire des phrases en français, deuxième langue que parlent les parents. En outre, .à la garderie, il a appris le néerlandais, qu'il refuse, par ailleurs, de parler avec ses parents, car il a jugé que ceux-ci ne connaissaient pas suffisamment cette langue. Ce qui est d'ailleurs vrai. Réaction très saine, qui prouve qu'il sait très bien faire la différence. Il préfère s'enfermer seul dans sa chambre pour chanter en néerlandais ou bien discuter avec les voisins qui, eux, sont néerlandais. Deux langues, donc deux cultures, mais une seule identité, une seule personnalité. S'il n'est ni partagé ni déchiré entre deux cultures, l'enfant bilingue s'épanouira dans toute sa mixité. Jean-Charles Terrassier, psychologue, affirme qu'« un système éducatif trop rigide ne peut être bénéfique pour les enfants, il faut tenir compte de la diversité des enfants ». Dans les années soixante-dix, les enseignants se sont trouvés en face de classes multilingues sans y avoir été préparés. Quelquefois, de dix communautés diffé- Différences - n° 56 - Mai 1986 rentes se retrouvaient au sein d'une même classe. Les enseignants ont donc fait tout ce qu'ils pouvaient pour aider ces enfants qui avaient tout à apprendre aussi bien de la langue que du système scolaire. Les enseignants des écoles publiques se sont heurtés à un système éducatif sclérosé et ont dû se jeter la tête la première dans la bataille. Aujourd'hui, les iniatives se multiplient afin de mettre en valeur la culture de l'enfant qui vient d'un autre pays. A l'école Jacques-Prévert de Boissy-Saint-Léger, des enfants français, maghrébins et portugais, de la maternelle au C.E1, ont créé un atelier multiculturel qui a donné ses frUits : trois livres écrits en arabe, en français, et en portugais (1). Mais l'idée du bilinguisme n'est pas entièrement acquise, tant la langue reste un point sensible dans l'imaginaire des peuples. Enfin, certains bilinguismes. Car beaucoup de parents, notamment parmi les Français, désirent maintenant que leurs petits chérubins acquièrent très tôt des rudiments de langue anglaise, et ne sont pas peu fiers de dire: «Mon enfant parlera l'anglais aussi bien que le français, car je lui paye des cours du soir afin CJ.u'il ~e familiarise avec la langue de Shakespeare. » Seraient-Ils encore d'accord pour laisser leur enfant apprendre l'arabe en deuxième langue, dès son jeune âge? D MARIETTE HUBERT Bibliographie Apprendre à parler à l'enfant de moins de six ans, Laurène Lentin. Questions-réponses sur la scolarisation des enfants des travailleurs migrants. Editions ESF. Tout se joue avant la maternelle, de Masaru Ibuka. Editions de l'Homme. (1) Trois titres édités chez Harmattan: Sida la, la Sorcière et la Fleur, le Château hanté. MARIAGES SANS FRONTIERES Le couple mixte est-il «le laboratoire de la relation conjugale» ? C'est un des thèmes qu'Augustin Barbara aborde dans son livre, dans lequel il s'est livré à une étude très objective, malgré l'aspect racoleur de la couverture, et très minutieuse des différentes situations vécues par ces couples « marginaux» qui dérangent. Les tabous à abattre sont nombreux. Une famille récalcitrante, une religion différente, une langue inconnue ou presque ne suffisent pas pour faire reculer deux personnes qui ont décidé de s'unir. La classe sociale, celle qui facilite l'entrée d'un conjoint dans un groupe ou l'en exclut impitoyablement, reste un facteur déterminant chez le couple mixte. Un Sénégalais, ouvrier, marié à une Française, elle-même ouvrière, n'est pas comparable à un Américain noir, professeur d'université marié à une Française exerçant la même profession. La reconnaissance dans ce couple de la culture de chaque conjoint passe par l'apprentissage de la langue de l'autre, créant ainsi un équilibre social. L'enfant qui naît, véritable trait d'union entre deux pays, deux communautés, deux cultures, parviendra à parler les deux langues mais peut-être finira-t-il par en privilégier une par rapport à l'autre. Le niveau de vie de lafamille influencera l'enfant dans sa démarche pour reconnaître les deux cultures qui lui sont proposées. 0 M. H. Mariages sans frontières, d'Augustin Barbara, éd. du BI . Centurion. _ II mTmRE ____________________________ ~ Voyages imaginaires LEON L'AFRICAIN Pour une fois, ces pages sont un peu romancées, mais l'histoire de Léon l'Africain est si belle que nous n'avons pas pu résister au plaisir de vous allécher par ces morceaux choisis. C'est tout le XVIe siècle européen qui défile sous les yeux de Hassan, devenu Léon, filleul du pape. Cette autobiographie imaginaire part d'une histoire vraie. En 1518, un ambassadeur maghrébin, revenant d'un pélerinage à La Mecque, est capturé par des pirates siciliens, qui l'offrent en cadeau à Léon X, le grand pape de la Renaissance. Ce voyageur s'appelait Hassan al-Wazzan. Il devient le géographe Jean-Léon de Médicis, dit Léon l'Africain . Ainsi, après avoir vécu à Grenade, sa ville natale, à Fès, à Tombouctou, au Caire, à Constantinople, Léon passe plusieurs années à Rome, où il enseigne l'arabe, écrit la partie hébraïque d'un dictionnaire polyglotte, et rédige, en italien, sa célèbre « Description de l'Afrique », qui va rester pendant quatre siècles une référence essentielle pour la connaissance du continent noir. Mais plus fascinante encore que l'oeuvre de Léon, c'est sa vie, son aventure personnelle, que ponctuent les grands événements de son temps: il se trouvait à Grenade pendant la Reconquista, d'où , avec sa famille, il a dû fuir l'Inquisition; il se trouvait en Egypte lors de sa prise par la Ottomans; il se trouvait en Afrique noire à l'apogée de l'empire de l'Askia Mohamed Touré; il se trouvait enfin à Rome aux plus belles heures de la Renaissance, ainsi qu'au moment du sac de la ville par les soldats de Charles Quint. Homme d'Orient et d'Occident, homme d'Afrique et d'Europe, Léon l'Africain est, d'une certaine manière, l'ancêtre de l'humanité cosmopolite d'aujourd'hui. Son aventure méritait d'être reconstituée, d'une année à l'autre, d'une ville à l'autre. Il Grenade, 1488 : Le septième jour après ma naissance, mon père fit appeler Hamza le barbier pour me circoncire et invita tous ses amis à un banquet. En raison de l'état où se trouvaient ma mère et Warda, ce sont mes deux grand-mères et leurs servantes qui s'occupèrent de préparer le repas. Ma mère n'assista pas à la fête, mais elle m'avouait s'être cependant glissée en douce hors de sa chambre pour voir les invités et écouter leurs propos. Son émotion était si grande en ce jour que le moindre des détails s'était gravé dans sa mémoire. Rassemblés dans le patio, autour de la fontaine de marbre blanc ciselé, dont l'eau rafraîchissait l'atmosphère à la fois par son bruit et par les milliers de gouttelettes qu'elle répandait, les invités mangeaient avec d'autant plus d'appétit que l'on était déjà aux premiers jours de ramadane et qu'ils rompaient le jeûne en même temps qu'ils fêtaient mon entrée dans la communauté des Croyants. Selon ma mère, qui devait se régaler des restes le lendemain, le repas était un véritable festin de rois. le plat principal était la maruziya : de la viande de mouton préparée avec un peu de miel, de la coriandre, de l'amidon, des amandes, des poires, ainsi que des cerneaux dont la saison venait tout juste de commencer. Il y avait aussi de la tafaya verte, de la viande de chevreau mélangée à un bouquet de coriandre fraîche et de la tafaya blanche préparée avec de la coriandre séchée. Vais-je parler des poulets, des pigeonneaux, des alouettes, avec leur sauce à l'ail et au fromage, du lièvre cuit au four, nappé de safran et de vinaigre, des dizaines d'autres plats que ma mère m'a si souvent égrenés, souvenir de la dernière grande fête qui ait eu lieu dans sa maison avant que la colère du ciel ne s'abatte sur elle et sur les siens? En l'écoutant, encore enfant, j'attendais chaque fois avec impatience qu'elle arrive aux mujabbanât, ces tourtes chaudes au fromage blanc saupoudrées de cannelle et trempées de miel, aux gâteaux de pâte d'amandes ou de dattes, aux galettes fourrées de pignons et de noix et parfumées de l'eau de rose. Il Fès, 1495 : Les honnêtes femmes de Fès, quand elles doivent traverser le marché aux fleurs, pressent le pas, s'envolent un peu plus dans leurs voiles et jettent à gauche et à droite des regards de bête traquée; car, si la fréquentation du myrte ou du narcisse n'a, en soi, rien de répréhensible, nul n'ignore la curieuse coutume qu'ont les Fassi de s'entourer de fleurs, plantées ou cueillies, chaque fois qu'ils s'adonnent aux plaisirs défendus de l'alcool. Pour certains dévots, acheter un bouquet parfumé devenait à peine moins coupable que se procurer une carafe de vin, et les fleuristes ne valaient pas mieux, à leurs yeux, que les taverniers, d'autant qu'ils étaient souvent, les uns comme les autres, andalous, prospères et libertins. Salma elle-même ne manquait pas de modifier sa démarche dès qu'elle passait par la place carrée où se trouve le marché aux fleurs, moins par bigoterie que par un légitime souci de respectabilité. J'avais fini par remarquer son comportement, et par m'en amuser comme d'un nouveau jeu quand, trottinant à ses côtés, je feignais de la défier à une course. Il Tombouctou, 1505 : Une bonne partie du petit commerce est entre les mains des esclaves, surtout l'alimentation et tout ce qui s'y rapporte, activité particulièrement lucrative car les habitants de la cité se nourrissent bien: les grains et les bestiaux s'y trouvent en abondance; la consommation de lait et de beurre est considérable. Seul est rare le sel, et, plutôt que d'en répandre sur les aliments, les habitants en tiennent à la main des morceaux qu'ils lèchent de temps en temps entre deux bouchées. Les citadins sont souvent riches, surtout les marchands, fort nombreux à Tombouctou. Le prince les traite avec égards, même quand ils ne sont pas du pays - il a même donné deux de ses filles en mariage à deux commerçants étrangers en raison de leur fortune. On importe à Tombouctou toutes sortes de produits, notamment des étoffes d'Europe qui se vendent bien plus cher qu'à Fès. Pour les transactions, on n'utilise pas de monnaie frappée, mais des morceaux d'or pur; les petits paiements s'effectuent avec des cauris, qui sont des coquillages en provenance de Perse ou des Indes. Il Le Caire, 1513: Dans nulle autre cité on n'oublie aussi vite qu'on est étranger. A peine arrivé, le voyageur est happé par le tourbillon des rumeurs, des anecdotes, des moues bavardes. Cent inconnus l'abordent, lui chuchotent à l'oreille, le prennent à témoin, le poussent par l'épaule pour mieux le provoquer aux jurons ou aux rires qu'ils attendent. Désormais il est dans la confidence, il tient le bout d'une fabuleuse histoire, il lui faut connaître la suite, dût-il rester jusqu'à la caravane suivante, jusqu'à la prochaine fête, jusqu'à la saison des crues. Mais, déjà, une autre histoire a commencé. Il Rome, 1519: Sans doute ai-je eu tort de me faire accompagner pour ma première visite par l'ineffable Hans (1). Je me dirigeai d'abord tout droit, vers la rue des Vieilles-Banques, avant de m'engager, à gauche, dans la célèbre rue del Pelligrino, afin d'y admirer les devantures des orfèvres et les étalages des marchands de soie. J'y serais resté des heures, mais mon Allemand s'impatientait. Il finit par me tirer par la manche, comme un enfant affamé. Je me fis violence, m'excusant même de ma frivolité. N'y avait-il pas tant d'églises, de palais, de monuments à admirer dans notre voisinage? Ou peut-être voulait-il me conduire vers la place Navona, toute proche où, disait-on, le spectacle était ininterrompu, en toute saison, du moins celui des bateleurs ? enjamber des amas d'immondices. Puis, dans le lieu le plus sombre, le plus puant, il s'arrêta net. Nous étions entourés de badauds crasseux, squelettiques. D'une fenêtre, une femme nous appela à venir la rejoindre en échange de quelques quattrini. Mon jeune ami eut l'air de triompher. Sans rien dire, il recommença à marcher, d'un pas si ferme que je parvenais à peine à le suivre. Quand il se décida à faire halte, une demi-heure plus tard, nous avions laissé loin derrière nous les dernières rues habitées. Nous étions au milieu d'un vaste terrain vague. - Ici était le forum romain, le coeur de la cité antique entouré de quartiers animés; on l'appelle aujourd'hui le Champ des Vaches! Et, devant nous, vois-tu le mont Palatin, et là-bas, à l'est, le mont Esquilin, derrière le Colisée? Ils se sont vidés depuis des siècles! Rome n'est plus qu'un gros bourg campé sur le site d'une ville majestueuse. Sais-tu quelle est aujourd'hui sa population? Huit mille feux, neuf mille tout au plus. C'était bien moins que Fès, Tunis ou Tlemcen. 0 Extrait de Léon l'Africain de Amin Maalouf, éditions J .-C. Lattès. (1) Hans, élève de Hassan, est luthérien, et veut ainsi montrer les scandales et les gâchis de la papauté catholique. Une vue de l'Alhambra de Grenade, sorte de Jérusalem perdue pour les musulmans du XVIe siècle. Hans ne pensait à rien de tout cela. Il m'entraîna par des ~r7,u~el-k-s~e-'t-rol·~oe?s,~o~ù~i~l~eu't~a-it--i-m~p-os_sl·_b_le_ __d_ e~p_a_ss_e_r __s_ an_s ___________________________________________________~ III Différences - nQ 56 - Mai 1986 El nOT; CRoisÉJ ...\ ..~ .. ..\ :. , .... ~ .. ' .. .. / ................ , ......: :::::::::• ........: ... ... :.:.:.:.: .......................... ~.: .. •.•...•. .•.•.•.•.•..•.•.•.•.•..•.• ,. .. ' .... .. . .' HORIZONTALEMENT: 2 3 4 5 6 7 8 9 JO 1. Servent pour payer. Toujours vert. - 2. D'un département méridional. - 3. Planches de bois. Apparus. - 4. Epaissit. Nombreux dans un immeuble. - 5. Avions l'audace de. - 6. Enfant de Tonnerre. Occupent la plus grande partie de la planète. - 7. Régale un âne. Ville antique. - 8. Saisons. Jeu. - 9. Note. Qui entraîne la mort. 10. Pronom. Courbe non fermée. VERTICALEMENT: 1. Roulent ou volent selon le 2 3 4 5 6 7 8 9 cas. Note. - 2. Me rendrais. JO Organe d'un sens. - 3. Met- '--~- taient en couches. - 4. Terme de tennis. Lac pyrénéen. Possédés. - 5. D'une mer. - 6. Epreuves. Mesure. -7. Directon. Diriger. - 8. Peintre c·élèbre par son violon. Possessif. - 9. Orateur grec. Procure un plaisir.- 10. Parties charnues. Pour encourager l'homme face à l'animal.

.:-.;:....:...: -.. :..:. ' . . .. ...................................

1 ••••••••••••••••• ....:... :.!.:... : ••. :... :.!~. I1()TJ , "SIEJ A partir de cette grille, il s'agit de reconstituer 51 prénons masculins. Chaque groupe de lettres, occupant une case, ne peut être utilisé qu'une seule fois. AIN AIN AL AL AL AN AN AND AP CE CE CHA CHR CL CV DA DE DE EL EM ENT ER ER ES ES ES ES GA GE GE GE GU . HA HE HE HER INA IRE IS IST IVI JAC JE JO JO LI MA MA MA ME MI NC NCE ND NO NRI NT OIS OIT OU ON OND OP PAT PH PHI PI PPE au aUE RA RBE RI RIC RIC RIL RL RM RN RNA RO SC SE SER ST ST TH UL UR URI Solutions des jeux du n° précédent 1 C 2 o 3 U 4 L 5 E 6 V 7 R 8 M MOTS CODES 9 l 10 11 N A 12 13 S T Mots croisés AU BE DE DIO ES EX HU HU JU LA NE NE OR OL RC RD RO RT VE VI 14 15 B G BE BE DO ORE FE FRA 1ER 1ER LA LE NI NI ORG PA RD RE RT RT XI VM 16 17 18 P V H BEN EL FRE ILE LES NIS PA RE RV VV Horizontalement: 1. Jeunesse. - 2. Ont. Soirée. - 3. Utes. Irone. - 4. Errait. Do. - 5. Teint. Paul. - 6. Sen. Alliée. -1. Cloutés. - 8. Cri. Se. - 9. Ariège. - 10. Sain. Esses. Verticalement: 1. Jouets. - 2. Entrées. Aa. - 3. Utérin. Cri. - 4. San. Crin. - 5. Es. Italie. - 6. Soit. Lô. Gè. - 7. Sir. Plumes. - 8. Erodait. - 9. Enouées. - 10. Fée. Lésées. OURROER ____________________________ ~ MELANGES Vous avez dû raccourcirtoujours faute de place dans vos précieuses colonnes ! - l'article sur le thème «Exclusion-Répression » que j'avais eu le plaisir de vous remettre pour le numéro de mars 1986. A la page 15, 2' colonne, 2' paragraphe, votre rédacteur, dans un désir de synthèse, a utilisé l'expression «délinquant repenti ». Il n'a sûrement pas songé que l'actualité transalpine, en particulier, a conféré à « repenti » le sens implicite de « donneur », ou « balance ». Inutile de dire que je ne l'aime guère et ne l'aurais jamais utilisé, par peur d'un possible malentendu. Mon texte insistait, au contraire, sur les efforts de Tahar, non seulement pour s'en sortir, mais pour en sortir aussi les autres, grâce à une action positive au sein de « Mixture ». Je voulais également vous faire part de mon expérience vécue lors du procès à Lyon, en février dernier (voir Différences de février 1986), du meurtrier de Wahid Hachichi. Quatre jours de procès dans un palais de justice qu'on dirait presque «assiégé », tant est puissant le dispositif de sécurité

souvenirs des violences de

décembre 1985 contre la famille de l'autre victime, Ahmed Boutelja ... prise d'otages de Nantes ... ne verrons-nous plus jamais de palais de justice que sous la protection du GIGN ? Quatre jours d'un procès dont on se demandait parfois s'il était celui du meurtrier ou celui de la victime qu'on aurait bien voulu pouvoir condamner pour «vol de voiture ». Qu'importe si les multiples témoignages des parties civiles et des amis de Wahid dressaient de lui un portrait tout autre. L'institution judiciaire a pris soin de ne pas permettre au doute de s'insinuer dans l'esprit des jurés. C'est si simple une histoire de vol de voiture : ça explique les « complices », la réaction d'autodéfense du brave garçon à qui on voulait voler son bien. Alors, pourquoi s'inquiéter le moins du monde des multiples contradictions et retournements des deux mauvais copains qui ont accompagné Wahid dans sa dernière promenade ? Pourquoi mettre en doute que c'était bien à une voiture qu'il en voulait ce soir-là, alors qu'il y en avait tant dans sa famille, qu'il avait repoussé à plus tard le permis de conduire, qu'il était notoire qu'il s'intéressait plus aux études, à Différences - n° 56 - Mai 1986 un avenir de médecin, «pour soigner les autres », qu'à monnayer un autoradio ou un véhicule ? Pourquoi se demander ce qui pouvait le pousser à travailler au marché, les dimanches ou pendant l'été? Voler une voiture, ça rapporte plus! Oui, vraiment, Wahid avait monté le coup, comme n'hésitèrent pas à le dire les «complices » ! Mais voilà, à la barre, l'un d'eux a récusé cette version et, deux jours de suite, a eu le courage d'affirmer qu'ils n'étaient pas partis pour voler, confirmant ainsi ses deux lettres au juge d'instruction. Qui allait écouter Frank, au casier judiciaire chargé de « petit voleur » ? Roulé dans la boue au prétoire, son témoignage fut nul et non avenu. Celui de Thierry avait des accents curieux de «sincérité », d'autant moins mise en doute qu'elle confortait la version officielle. Et si, malgré tout, la vérité était ailleurs, plus trouble et plus complexe? Au fait , dans les palais de justice, théâtres désuets de l'éternel jeu de massacre, veut-on chercher la vérité ou mettre la dernière main à la mise en scène dictée par de forts sentiments et par des demi-certitudes ? La famille de Wahid, ses amis, ne pensaient pas que sa vie eût si peu de prix : un verdict de cinq ans, dont deux avec sursis, une mémoire salie pour plus de facilité. La partie civile s'est pourvue en cassation. Si le pourvoi est rejeté, les parents et les amis de Wahid, un jour, demanderont la révision du procès. Ils ont encore confiance dans la justice. Bernadette HETIER Les Petites Almonces de Différences Assoc. Nouvelle Scène rech. pour organisation concert Nuit de la musique africaine groupes africains, reggae, afro-jazz. Contact: Albert Bechi, 68, Grande-Rue, 91510 Janville-sur-Juine. Tél. : 43.72.65.29. (n° 135) Randonnez à pied! Mercantour, Queyras, Crète... A partir de 1 340 F/semaine. Peyre belle , 05390 Molines. Tél. : 92.45.80.28. (n° 136) Stages peinture dessin en Cévennes. Prof. Beaux-Arts. M. Leboucher, 2, sq . Chasles, 77100 Meaux. Tél. : 60.09.44.33. (n° 137) Demain l'été du côté de la Vanoise. Vacances sympas et sportives en montagne: arc, équitation, tennis, kayak ... au CIS, 73480 Lanslebourg. (n° 138) Aveyron : vacances à cheval, séjours, stages, randonnées. Demander programme à M. Puech, Le Moulinou, 12160 Baraqueville. Tél.: 65.70.13.55. (n° 139) Frère Soleil propose aux jeunes (+ de 18 ans) randonnée en hte montagne, vie communautaire. Rens.: E. Martin, 10, rue des Dahlias, Plessis-Pathé, 91220 Brétigny. (n° 140) Séjours jeunes en gîtes d'enfants ou fermes équestres, dans le Tarn. Brochure grat. Tél. : 63.54.65.25, P. 508. (n° 141) Inter Hôtel, Logis de France 2** N.N. M. 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(n° 157) Il ABETI, une nouvelle vedette 1 mai jusqu'au 30 juin exposition des oeuvres de AbdelKader Rifi à la Galerie art brut-l'Aracine, au château Guérin à Neuilly-sur-Marne, rens. au 43.08.82.35. 2 au 24 puis du 28 au 31, Bernard Haillant présentera son spectacle-chansons à la Tanière, à Paris. Rens. à la Tanière, 45 bis, rue de la Glacière, 75013 Paris. D 3 journée de formation sur le statut juridique des immigrés organisée par le MRAP et le GISTI de Limoges. Rens. auprès du comité local. 4 A la maison du peuple à Clichy-la-Garenne, 39, boulevard du Général-Leclerc, et 11 mai dans la nef de l'île des Vannes à Saint-Ouen, deux grands galas de Radio-Beur. 4 à 15 heures à Montreuil, parc Montreau, salle D. Renoult, grand rassemblement, précédé à 12 h 30 d'un grand banquet afin de célébrer le 40' anniversaire de la République italienne, à l'initiative des Garibaldiens, association française d'anciens combattants volontaires et résistants garibaldiens. Rens. au siège de l'association, 20, rue des Vinaigriers, 75010 Paris. 4 mai à 10 heures, sur FR3, Mosaïque présente un reportage sur les jeunes et l'amour. Dans la même série, le 11 mai, « la loi, police, justice » et le 18 «les milles et une musiques ». 5 au 24, exposition de céramiques du studio international de Kecskemet à la galerie de l'hôtel de ville à Arcueil. Rens. au 45.47.53.02. 7 au 18 mai, à Beaubourg à Paris, Les îles, une présentation des différentes productions théâtrales des Antilles et de la Réunion par le Théâtre international de langue française. Rens. au 42.77.12.33. 8 ,9 et 10 mai, premier festival chanson et musique de Montauban, avec notamment Maurice Benin, Yvan Dautin, Font et Val, Gilles Elbaz. Des concerts dans tous les coins de la ville. Rens. au 63.67.85.56. D 9 10 et 11 mai, rencontre nationale de l'ACO, Action catholique ouvrière du Mans, au Palais des congrès et de la culture. Rens. auprès de l'ACO, tél. : 42.36.36.11. 10 Fin de l'Orpailleuse, une pièce de Hervé Royer montée par Philippe Goyard au théâtre du Parvis Saint-Jean à Dijon. Rens. au théâtre. D 10 au 30 mai, série d'échanges culturels entre la région Rhône-Alpes et le Burkina Faso, à l'initiative de la maison des jeunes de Brignais. Venue dans la région d'artisans, de griots et de musiciens burkinabé. Rens. à la MJ de Brignais , tél.: 78.05.44.29. Il au 22 mai, l'association Dialogue entre les cultures invite à Paris, en collaboration avec le MAA et le ministère de la Culture, quatre écrivains sudafricains, Sipho Sepamla, Es'kia Mphahlele, Miriam Tlali, Maishe Maponya. Des rencontres sont prévues avec le public, notamment au Collège international de philosophie le 12 mai à 17 heures. Rens. à l'ADEC, tél. : 42.96.15.51. D 13 au 24, cinquième festival international de jazz d'Amiens, avec notamment Chick Corea, l'Orchestre national de jazz, Eric Watson, Diama, et de très nombreux artistes. Rens. à la maison de la culture d'Amiens. D 13 à l'Eldorado, Africa Fête présente Abeti et ses tigresses, pour un concert unique et exceptionnel. Rens. au 42.08.23.50. 14 Soirée exceptionnelle consacrée à Léopold Sedar Senghor à la Maison de la poésie à Paris. Les textes seront dits par Charles Carrère. Rens. au 7 au 24, le Mandingue ou l'Em pl. re de a lmu'siq ue, ex- 42.36.27.53. position dans le cadre du festival 14 à 20 h 30 salle Pleyel à de jazz et de musiques métisses à Paris, concert du pianiste Angoulême, au CAC Saint- Miguel Angel Estrella. Rens. et 15 à 20 h 30 au théâtre d'Alençon , le Journal intime de Sally Mara, de Raymond Queneau. Rens. au 33.29.16.96. 18 et 19, grand rassemblement de jeunes à l'appel de la JOC et de la JOCF (jeunesse chrétienne) à La Courneuve, sur le thème de l'emploi. Différences y sera représenté. 20 au 3 juin, festival lycéen des Amandiers de Paris, où l'on présente le travail de plusieurs dizaines de lycées parisiens, en danse, théâtre et musique. Rens. au 43.66.42.17. D 21 au 25, Talila dans Casino de Vichy à la maison des Arts de Créteil. Le 28, et jusqu'au 3 juin, présentation de Shoah, de Claude Lanzmann au même endroit. Enfin, création à partir du 9 mai de Ghetto, une pièce de Joshua Sobol en coproduction avec la comédie de Saint-Etienne. Rens. à la maison des Arts, à Créteil. D 22 au 2 juin, TBB jazz: dix concerts de jazz à Boulogne- Billancourt, avec, en particulier un hommage à Coltrane. Rens. au 46.03.60.44. 23 à 21 heures, dans le cadre du festival Afrique-Antilles, concert de Henri Guédon à la maison de l'Etranger à Marseille. Rens. au 91.95 .90.15. 23 Début de la très belle exposition de Farid Belkahia, dessins et peintures, à la maison de la culture du Havre. Rens. à la MC . En coopération avec l'Institut du monde arabe. 24 à Ris Orangis, festival international de musique vivante, des musiques de tous les coins du monde au parc de Saint-Eutrope. Rens. au 69.06.30.95. 24 Clôture de l'exposition de la galerie l'Art et la Paix consacrée aux artistes pour l'année internationale de la paix, avec des oeuvres de 30 peintres et sculpteurs, dont Marfain et Pignon-Ernest. Rens. au 48.74.35.86. 24 à 22 h, festival Nuit câline à la grande halle de la Villette à Paris, avec Alpha Blondy, Gazoline, Malavoi, Jimmy Cliff, Aswad, Tabou Combo. C'est prévu jusqu'à l'aube. D 26 au 10 juin, présentation de diverses musiques islamiques à la Maison des cultures du monde. Musiques de Turquie, Pakistan, Inde, Malaisie, Indonésie, Bruneï. Rens. au 45.44.41.42. D 27 mai, début du festival international du film Mémoires d'en France, consacré à la France des années 1936-1939, et plus particulièrement à la mémoire ouvrière, à Vitry. Rens. au 45.60.50.94. 28 La compagnie Blandine Courel présente le ballet Traces au 18 Théâtre, à Paris avec Bernard Collin, Marion Hewlett, Tiana Razafy et Isabelle Humann, sur des musiques de Schumann et Berio. Rens. au 42.26.47.47. D 28 Cycle Prokofiev au conservatoire Rachmaninov à Paris, suite de l'intégrale des neuf sonates pour piano. Rens. à France-URSS, commission de la musique, tél. : 45.01.59.00. D 1 Dernière représentation de Il était une fois un cheval magique, spectacle de Jose Valverde inspiré d'histoires soufies, au théâtre Essaion à Paris. Rens. au 42.78.46.42. 2 Présentation à Déjazet, à Paris, du spectacle de Eve Griliguez, Paysages humains III, spectacle poétique accompagné par Teddy Lasry. Le titre est emprunté à un recueil de Nazim Hikmet. Rens. au théâtre Déjazet. 3 au 7 juin, quatrième édition du festival Cultures singulières, cultures plurielles, au TEP à Paris. Festival en prise sur le quartier on y présentera tant les travaux des différentes écoles du quartier, qu'une exposition de Jorge Soler (peintures et sculptures), les photos de Djamel Farès, et un spectacle de l'Aubervilliers Bande Comédie. Débat sur l'école, la cité et la diversité culturelle animé par Bernard Langlois le 7 à 17 h 30. Rens. et programme complet au TEP, tél. : 43.64.80.80. 3 jusqu'au 5 juillet, grande exposition des oeuvres récentes de Henri Guédon à la galerie Art et Paix, 35, rue de Clichy, 75009 Paris. Rens. au 48.74.35.86. Il Martin. Rens. au Centre d'ac- réserv.: salle Pleyel et aux 3 , 1 tion culturelle. D FNAC. D ~----------------------------------------------------------~ UMEUR ____________________________ ~ TUTTI FRUTTI Trois dessinateurs: Denis Pessin (Les aventures de Petit-Beur, éditions Lliana Levi) Efraïn Cortes (qui expose actuellement à Drancy) et Farjas. Différences - n° 56 - Mai 1986 1 • • • ... JAl lRf&lJÇIIE. Er MON BATON I:5T PARTi MNS TOU) Ltf SfNs.1 Il a ci•n q ans Grand concours d'abonnements 2e prix: un micro-ordinateur. 1er prix: un billet aller-retour pour New York pour deux personnes. LES RESULTATS ... Le grand concours d'abonnements de Différences a pris fin. Le grand vainqueur est M. Yves JEAN, qui, outre toute notre estime, gagne, avec 32 abonnements collectés : UN VOYAGE A NEW YORK POUR DEUX PERSONNES Le deuxième prix revient à M. Youssef TATEM, qui gagne: UN MICRO-ORDINATEUR Gagnent une collection de livres (3' au 10' prix) : M. PERDRIZET, J.-C. FAVAREL GARRIGUES, E. MARNE, G. MERABET, C. GINGRICH, F. DELON, SECTION CGT DU CNET, N. RAYNAL. Gagnent un lot (disques, livres, jouets) : D. Elmassian, M. Camus, M.-C. Chabridon, S. Couret, C. Therme, J.-Y. Cerf, P. Grandclère, L. Rothea, S. Peyrori-Foulchet, Y. Chevauchet, P. Causse. Tous les gagnants seront avertis par lettre à leur domicile. Les ex aequo ont été départagés par la date d'arrivée au journal des abonnements recueillis, comme il avait été annoncé. ALPHA PROMOTION La revue bimestrielle du CLAP N° 1 nouvelle formule : « Tous citoyens» : disponible N° 2 « Lire les mutations » : disponible N° 3 « Jeunes et créations d'entreprises» : fin mai Une revue associative ouverte sur le monde. Des rubriques régulières en prise sur le monde associatif, de l'immigration et de la formation. 25, rue Gandon 75013 Paris Tél. : (16. 1.) 45.85.31.81. PROBLEME: TRANSPORTS URBAINS? SOLUTION: RATP RATP LES SOLUTIONS _TRANSPORT . au serVice DES ENTREPRISES DES ASSOCIATIONS DES COLLECTIVITES LOCALES RE LAT IONS EXTERIEU RES: Té 1 43.46.43.04 53 ter. quai des Grands Augustins 75006 Paris

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