Différences n°46 47 - juin juillet 1985

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Sommaire

Sommaire du numéro

n°46-47de juin-juillet 1985  ; spécial DOM

  • Les nostalgiques du temps béni des colonies par Durand-Dupont
  • L'été indien à Paris (année de l'Inde) par I. Remignon
  • Tous postiers, toutes filles de salle par George Pau-Langevin
  • La chaîne: pas celle des esclaves, celle de Renault par P. Coupechoux
  • Projet guirlande; envoyer les jeunes !dmiens visiter leur pays d'origine par J. Montarlot
  • Dossier, Les gens des DOM par C. Minot, A. Pitoiset, V. Mortaigne
  • Les trois énigmes de Turandot par C. Jallet
  • Faîtes chauffer la colle; l'artiste antillais, une identité éclatée par D. Chaput
  • Adieu foulards, adieu madras (cinéma des Caraïbes) par J.P. Garcia
  • La femme est l'avenir des DOM par M. Hubert
  • Liberté, égalité, canne à sucre par C. Helbert
  • La Bleu (conte antillais) par O. Humbert
  • La parole à Antoine Spire (émission voix du silence) propos recueillis par J.J. Pikon

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notre catalogue "à la découverte" Nom Adresse Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 • • •• • 2 640 pages, format de poche, relié, 125 F seulement. Magazine créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), édité par la Société des éditions Différences. 89, rue Oberkampf 75011 PARIS Tél. : (1) 806.88.33 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Albert Lévy RÉDACTION Rédacteur en chef Jean-Michel Ollé Secrétariat de rédaction/maquettes: Véronique Mortaigne Service photos : Abdelhak Senna Culture: Daniel Chaput Relations extérieures: Danièle Simon ADMINISTRATION/GESTION Khaled Debbah ONT PARTICIPÉ A CE NUMÉRO: Dolorès ALOIA, DURAND-DUPONT, Isabelle REMIGNON, George PAU-LANGEVIN, Jean MONTARLOT, Patrick COUPECHOUX, Anne PITOISET, Jean-Jacques PIKON, Catherine MINOT, Stéphane JAKIN, Catherine HELBERT, Claude JALLET, Julien BOAZ, Jean-Pierre GARCIA, Robert PAC, Yves THORA VAL, Alain RAUCHVARGER, Albert JACQUARD, Odile HOMBERT, Mariette HUBERT, Claire RAILLARD, Joëlle TAVANO. Nous remercions 'l'ANT et le secrétariat d'Etat aux Dom-Tom pour l'aide qu'ils nous ont apportée dans la réalisation de ce numéro. ABONNEMENTS 1 an : 160 F ; 1 an à l'étranger: 190 F ; 6 mois: 90 F. Etudiants et chômeurs, 1 an : 140 F, 6 mois : 80 F (joindre une photocopie de la carte d'étudiant ou de la carte de pointage). Soutien : 200 F ; Abonnement d'honneur: 1000 F. Vente à l'étranger: Algérie 14 dinars, Belgique: 140 FB, Canada 3 dollars, Maroc 10 dirhams. PUBLICITÉ AU JOURNAL Photocomposition - photogravure impression: PCP, 17, place de Villiers, 93100 Montreuil. Tél. : 287.31.00 Commission paritaire n° 63634, ISSN 0247-9095. Dépôt légal: 1985-6-7 PHOTO COUVERTURE: Abdelhak Semia Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 1 SOMMA IRE , JUIN-JUILLET Comme chaque année, Différences prend ses quartiers d'été: vous avez entre les mains le numéro de juin-juillet. Il n'y aura pas de numéro d'août. Rendez-vous début septembre, et bonnes vacances. POINTCHAUD ______________________________ ___ 6 Les nostalgiques du temps béni des colonies. Ouverture de ce numéro spécial Dom avec l'essence de la pensée de l'extrême-droite sur ce sujet. DURAND-DUPONT ACTUEL __________________________________ _ 10 L'été indien à Paris. C'est le début de l'Année de l'Inde. Isabelle REMIGNON PRÉJUGÉ ________________________________ __ 13 Tous postiers, toutes filles de salle? C'est du moins comme ça qu'on voit les ressortissants des Dom en métropole. La présidente du MRAP répond. George PAU-LANGEVIN GROSPLAN ______________________________ ___ 14 La chaîne. Pas celle des esclaves, celle de Renault. Mais parfois, la différence est minime. Patrick COUPECHOUX DOSSIER ____________ -1 .. ------ Les gens des Dom. - 18 Beaucoup vivent ici. Certains voudraient rentrer. D'autres rêvent d'indépendance. Un voyage chez les Domiens. Catherine MINOT, Anne PITOISET, Véronique MORTAIGNE CULTURES ________________________________ _ 26 Les trois énigmes de Turandot. L'« opéra chinois» de Puccini est à Paris. Claude JALLET Faites chauffer la colle. L'artiste antillais, une identité éclatée. Daniel CHAPUT RÉFLEXION ______________________________ ___ 34 La femme est l'avenir des Dom. Bafouée, opprimée, la femme antillaise se cherche, et se trouve. Mariette HUBERT HISTOIRE ________________________________ __ 36 Liberté, égalité, canne à sucre. L'année Hugo version Différences: déjà sous Bug-Jargal perçait Toussaint Louverture. Catherine HELBERT HUMEUR ________________________________ __ 41 La Bleu. Les premières planches d'un conte antillais. A suivre ... Odile HOMBERT Et toujours: pour mémoire, l'agenda de l'été, le débat, les petites annonces. 3 Le DO 38 vient de paraître : - la revue de la DreSlse, - la revue des revues - les chroniques musique, littérature, cinéma, raCIlO-lrele Bedos et Macias au "Jeu de la vérité"), timbres, un portrait du poète marocain Abdellatif Laabi - deux études: • Loi foncière d'août 1983 : la vraie révolution agraire? (François.·DJ,.llB'u.L'. 9 numéros par an· (dont un double) Abonnement un an: 240 F pour 1984-85 Envoi de ce numéro sur demande à adresser avec un chèque de 27 F, à: . Grand-Maghreb, C.LG.MA LEP., B.P. 45 38402 ST-MARTIN-D'HÈRES Des gens simples et dévoués sa-uront vous aider et vous guider vers vos aspirations. L'Agence de voyages« Détente et Culture»- 60, rue Oberkampf - 75011 Paris - Tél. : 357.00.55 - est prête à vous accueillir de 9 h 30 à 19 h 30 (sans interruption) (C. lie. n° A1839). 4 -~/.iJP MiltOO p.onald RéilAP' Dossier ",."., tIJIIIIIII"Î "IIJI 320 pages 120F Pour la première fois, - grâce à l'accès aux archives secrètes du F.B.I. - la véritable histoire d'Éthel et Julien Rosenberg. La mise à jour d'une gigantesque mystification. HACHETTE CHERS LECTEURS A CAL/NS Tu as vu la pub de l'Office de tourisme: « Si t'es câlin, t'es Antilles» ? C'est juste ça, mon vieux. La douceur des îles, la nonchalance toute tropicale des indigènes, la danse et l'amour dans le sang, tout ça. Ils en ont de la _chance, les Antillais. C'est pas nous, avec les lourdes responsabilités d'un pays développé, qui serions aussi heureux. Parce qu'aux Antilles, mon vieux, il n'y a pas de chômage, pas d'inégalités, pas de conflits. Le Noir sait bien que si on l'afait venir, il y a quelques siècles, c'est pour bâtir le paradis sur terre. Et tout le monde vit heureux, à se baigner dans les eaux limpides des lagons, à cueillir du bout des doigts les fruits qui font ployer les branches, à s'accoupler dans la tiédeur du soir. Aux Antilles, et dans ces quelques îles qui, Dieu merci, nous restent du bon vieux temps, c'est l'amour, mon vieux. Et la musique! Ah, la musique, il Y a derrière elle toute l'Afrique mystérieuse. Et leurs femmes, tu as vu leurs femmes? Faites pour l'amour mon vieux. D'ailleurs, regarde-les, tous ceux qui ont voulu, à tous prix, venir chez nous. Tu sens pas la chaleur de leur sang dans leur façon de r----"""'l:;;:::::-!I!!I:J!!I!""!'~:::-~-::] distribuer le courrier, de faire la queue à l'ANPE? Tu vois pas dans leurs grands yeux d'enfants comme un regret du paradis perdu? Tu vois, s'il n'y avait pas tous ces gens qui s'agitent, c'est là-bas que j'irais vivre. Seulement, maintenant, c'est comme partout, tu leur donnes ça, ça réclame ça. Tu vois, peut-être que j'exagère, mais les îles, ça sera de nouveau bien quand ils seront tous installés en France. D 1ifférences Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet /985 5 POINT CHAUD -Rétromania - LES NOSTALGIQUES DU TEMPS BENI DES COLONIES ~ .. ,. Les Dom-Tom sont un enjeu dont l'importance n'échappe pas à l'extrême-droite, qui en a fait un de ses chevaux de bataille en métropole, et s'agite sur place. L 'extrême-droite et les les enjeux sont les mêmes, et Dom-Tom? Des rap- l'extrapolation facile. ports qui pourraient se Premier argument développé résumer en une phrase: dé- par ces nostalgiques, la défendre mordicus l'Empire fense des territoires et l'imfrançais. Bien sûr, les termes portance stratégique des posne sont pas toujours aussi sessions françaises face à connotés. Pourtant tout y l'URSS et au danger marest: que ce soit la défense de xiste. Seuls remparts contre l'Occident face au marxisme, l'affaiblissement de la ou bien l'apport bienfaisant France, «certains ont de la société occidentale aux conservé des bribes d'orgueil sociétés tribales, ou même les d'un autre âge, et ne voient réactions face aux aspirations pas sans quelque mortificades peuples, et enfin la ré- tion s'en aller les uns après les pression comme seul moyen autres les lambeaux de ce qui de régler les problèmes. Tout fut leur empire ». C'est beau l'attirail du parfait petit colo- comme du Hugo, et c'est nialiste. Il suffit d'examiner dans Lectures françaises (féla période récente pour com- vrier 1985). prendre que de nombreux C'est que «nous avons algroupes d'extrême-droite faire à des hommes sans mènent dans les Dom-Tom scrupules et des plus pressés un travail de fourmi . Les de larguer ce territoire qui informations précises man- représente pourtant la chance quent pourtant, sauf attentat de la France dans le Paciou situation explosive comme fique ». (Aspects de la en Nouvelle-Calédonie. Mais France, 31 janvier 1985.) Car de Nouméa à Pointe-à-Pitre, «il s'agit non seulement de 6 l'avenir de nos compatriotes des antipodes », souci louable, «mais aussi de la place de la France dans le monde de demain et de l'existence même de la nation française ». « Où s'arrêtera la décolonisation? » s'inquiète le même journal le 14 février 1985. Petit écho d'outreAtlantique: « Les Guyanais savent bien que la poignée d'indépendantistes ne sont en fait que les valets de leurs maîtres soviétiques. » (Déclaration du Front national en Guyane, mars 1985.) Ingratitude de ces hommes face aux bienfaits que leur apporte la société occidentale avancée: «La souveraineté de la France en NouvelleCalédonie repose sur des bases plus solides que la volonté majoritaire de ses habitants. Elle a pour fondement les bienfaits que notre pays a apportés depuis cent trentedeux ans, et les perspectives de développement et d'épanouissement de sa population. » (Aspects de la France, 28 janvier 1985.) D'ailleurs un groupe de gendarmes mobiles en instance de rapatriement écrit au même journal pour témoigner: «En Nouvelle-Calédonie, nous n'avons jamais remarqué de fait colonial, ni repéré d'Européens traumatisant ou exploitant des Canaques. En revanche, nous avons beaucoup vu de vandales, ivrognes et fainéants enracinés dans les tribus. » (21 mars 1985.) Heureusement qu'ils vont être rapatriés! Parfois, on ne décrit pas, on explique savamment: «En Nouvelle-Calédonie, il s'agit d'un conflit de civilisations sur un même territoire. L'une qui à 75 % vit encore en tribu, l'autre qui à 90 % vit en agglomération. Les Mélanésiens revendiquent la totale propriété de la terre au nom du premier occupant. Les Calédoniens de toutes les autres ethnies revendiquent la légitimité morale de vivre dans ce pays pour le mettre en valeur. Il y a deux mentalités différentes

pour l'une, la terre est

un bien culturel et religieux, et son exploitation n'est pas nécessaire

pour l'autre, la terre

est un bien économique dont l'exploitation permet de satisfaire les besoins des populatians. » Mais alors, qui a raison? Voyez un peu plus loin: «L'évolution des femmes mélanésiennes qui refusent d'être les éternelles exploitées d'une société primitive impose que l'on aide ces hommes et ces femmes à s'intégrer plus facilement dans la modernité du XXi' siècle. » C'est 1'« Association Fraternité calédonienne » qui le dit. Le mépris n'est pas neuf. Nous avons retrouvé une bande dessinée parue dans une publication de Guadeloupe 2000 de 1978. Titre: « Les grèves générales et les tribulations d'un touriste en Guadeloupe.» Légende: « Je comprends pourquoi les Antillais logent dans des cases. Le bâtiment est toujours en grève! » De racisme, bien sûr, il n'est pas question. Français, Pisani ? Les racistes, ce sont... les indépendantistes , toujours crédités du désir de rejeter les Blancs à la mer. «Ils s'efforcent de répandre dans le public une mentalité sectaire et raciste. Pourtant, dans leur majorité, ce sont des privilégiés, ils doivent tout à la France. La mode du créole est pour eux un moyen d'empêcher les enfants des autres d 'entrer dans la grande culture... Ils sont racistes comme Hitler était un raciste blanc. Pourtant, de très nombreux Antillais occupent des postes de responsabilité dans l'administration ou ailleurs, on les juge sur leurs capacités et non sur la couleur de leur peau.» (Guadeloupe 2000, 1981.) D'un trait de plume, on gomme la domination d'un pays sur l'autre, le droit d'un peuple à choisir son destin, et A gauche: Affrontements à Montravel. Bilan Ull mort. En haut: Roger Laroque. on oublie au passage l'exploitation d'une majorité « noire» par une minorité « blanche ». Qu'un peuple veuille remettre les pendules à l'heure et s'en prendre aux privilèges de cette minorité, le voilà raciste. C'est simple comme bonjour. Ces racistes ont, bien sûr, des alliés objectifs, les juifs. « Pisani est-il français ? » se demande Lectures françaises (février 1985). « Il est né à Malte en 1918, donc de nationalité britannique, d'une famille israélite aisée qui s'installa ensuite en Tunisie. Il décida de poursuivre ses études supérieures en France en 1940, mais les événements de l'époque l'obligèrent à repartir en Tunisie, ne tenant pas à exposer sa vie pour la défense d'une patrie à laquelle il n'appartenait pas. Voici donc quel est le personnage à qui l'on a confié le rôle de décider ce qu'il adviendra d'un territoire français, lui qui n'a pas une seule goutte de sang français dans les veines ... Il se moque des intérêts français, s'il est là, c'est essentiellement pour mettre en place les bases de l'indépendance en Nouvelle-Calédonie, en faire un nouveau Cuba. » Juif, communiste, pas français? Pisani est aussi, tour à tour, le «Maltais apatride », au «regard chassieux de jeune bâtard », dans Militant ou Aspects de la France. Non, la seule solution, c'est le maintien de l'ordre. Jean Fontaine, député de la Réunion rallié au FN, a déposé des propositions de loi: « Toute propagande séparatiste pouvant porter atteinte à l'intégrité du territOire national est interdite et punie par la loi. » « Disons le tout net, dit Militant, si la NouvelleCalédonie devait faire sécession, ce serait à un pouvoir blanc d'assumer l'indépendance... et de participer à la défense du monde occidental contre la subversion marxiste. » (février 1985.) Insurrection justifiée En Guadeloupe, pareil: « Notre département subit une offensive grave et sans précédent d'agents subversifs manipulés de l'extérieur» avertit Guadeloupe 2000 dans une lettre à François Mitterrand. Des agents dangereux, comme ce Tjibaou : « Il prétend s'imposer par la violence à la tête d'une bande armée déjà coupable de meurtres, de viols et de pillages. Du temps de Clemenceau, six balles auraient suffi pour ce demiprêtre. » C'est Dominique Jamet qui le dit dans le Quotidien de Paris, 24 janvier 1985. Que faire, disait Lénine. Se battre, répond l'extrêmedroite. « Devant une telle forfaiture, l'insurrection serait cent fois justifiée. » (Aspects de la France, 28 janvier 1985.) « Nous sommes trahis et livrés aux sauvages. Aux armes citoyens, l'heure est à la contre-attaque armée », dit un tract signé «Légitime défense- comité de crise» à .Nouméa en février. Paroles seulement? Un des auteurs du sabotage de la mine de Thio appartiendrait à l'extrême-droite. Quatre Français de Nouvelle- Différences - Na 46·47 - Juin·Juillel /985 7 Calédonie sont arrêtés en mars en Australie après la découverte d'une tonne de fusils et de munitions prêts à être envoyés à Nouméa afin de lutter contre les indépendantistes. Les quatre hommes appartiendraient aux milieux d'extrêmedroite. Le « comité de crise » a mis en place un dispositif de surveillance. Le comité serait composé d'anciens paras, de policiers en retraite et d'instructeurs de clubs de tir. Quant au Front calédonien, variante locale · du FN, il entretient des rapports avec les cercles militaires et certains policiers, très actifs dans les émeutes de février. Quatre de ses membres ont été interdits de séjour. Le FN, lui, cherche à se structurer dans tous les DomTom, grâce à l'aide de Jean Fontaine. Le député de la Réunion a créé en octobre 1980 le «Comité pour la défense de la France d'outremer ». En sont membres Charles Payet, adjoint au maire de Saint-Joseph à la Réunion, Michel de SaintPierre et le colonel J. Gérardin, ex-responsable du RPR. D'autres associations gravitent dans la même mouvance, comme 1'« Association pour Mayotte française », le « Mouvement de la jeunesse pour les Antilles françaises », qui compte parmi ses membres la femme du responsable FN en Guadeloupe. En Guyane, où Le Pen a fait 20 % à Kourou, le porteparole du FN, M. Malon, est également conseiller municipal et anime la section locale de 1'« Union nationale des parachutistes ». Egalee ment présent en Martinique, c'est surtout en NouvelleCalédonie que le FN est le plus implanté, autour de Roger Galliot, ex-maire de Thio, de Pierre Guillemard, et surtout de Alain Fournier, plus connu sous son pseudo d'auteur de polars, ADG, et correspondant local de Minute. Le FN a recueilli là-bas 15,7 % des voix aux européennes de 1984, dont 20 % à Nouméa. Brrr. .. DURAND-DUPONT JPOUR MEMOIRE~ Scientifique Michel Poniatowski déclare au Journal du dimanche: « Toute immigration européenne est à encourager. Mais les populations noires et musulmanes ne s'assimilent pas. » La réflexion progresse au PR (7 avril). Simplicité L'Assemblée populaire de Corée du Nord vote une motion proposant à l'Assemblée nationale de Corée du Sud une rencontre pour « débloquer courageusement l'état actuel et trouver l'issue à l'impasse en entamant le contact» (9 avril). Quelques jours plus tard, la Corée du Sud refuse. Le changement Pour la première fois depuis très longtemps. un rabbin étranger a été autorisé à se rendre à Cuba pour conduire les offices religieux de la communauté juive cubaine, forte de 1100 âmes. Un restaurant casher sera ouvert dans la vieille Havane (12 avril). Les marcheurs de la paix Une douzaine de militants pacifistes, pour la plupart américains et venant de Californie, font escale à Paris avant de poursuivre , à pied, leur chemin vers Moscou (13 avril). Proportionnellement vôtre « Il faut prendre son miel là où il se trouve. » Jean-Marie Le Pen. l'invité de RTL-«Le Monde» se félicite, une nouvelle fois, de la proportionnelle . Selon lui. la nouvelle assemblée en 1986 «comportera entre quarante e/ quatre-vingts députés du From national, et la classe politique sera aussi étonnée en 1986 qu'elle le fut en 1956 avec la poussée poujadiste» (14 avril). Attentats En 24 heures. le groupe Action directe dépose une bombe dans trois endroits différents: la banque Leumi. l'Office national de l'immigration, et Minute. Visas On constate à Jérusalem une augmentation des visas accordés par l'Union soviétique aux juifs désirant émigrer en Israël. On souligne le fait que la plupart des immigrants viennent de Moscou, ce qui est un fait entièrement nouveau (16 avril). Les boules L'annonce faite par la Fédération néozélandaise de rugby d'envoyer l'équipe nationale, les All Blacks, en tournée l'été prochain en Afrique du Sud provoque de nombreuses réactions de colère. Ainsi, le personnel de l'hôtel où le comité de la Fédération siège, déclenche une grève de vingt-quatre heures , tandis que. dans le sud du pays, des poteaux de rugby sont sabotés sur plusieurs terrains (19 avril). A la gégène comme à la guerre Karim Ramdani est interpellé le 1" décembre 1984. Quand il quitte le commissariat, il est couvert de brûlures, il vient de vivre le même cauchemar que son père, vingt-cinq ans après. Le commissaire Ambrosi. très populaire dans les milieux d'extrême- droite, avait décidé de le faire parler par tous les moyens. Dénoncé par ses collègues, ce dernier devrait être inculpé (19 avril). A cheval sur les principes Concours hippique dans le très sélect club parisien de l'Etrier. Le gérant du non moins chic club-house sert à boire à tout le monde, sauf au chauffeur marocain d'une des équipes engagées. qu'il met discrètement à la porte, Pas de témoins, pas de plainte possible : quelques instants plus tard , plusieurs personnes retournent avec le chauffeur pour constater le refus de vente , mais le gérant sert alors tout le monde, avec, il est vrai, un sourire un peu crispé (20 avril). LOIFRAK Toute III bijouterk /anlilisk 10, rue de Lucry - 7511 ..... 8 Souvenir M, François Mitterrand visite le camp de concentration du Struthof. en Alsace, seul camp d'extermination nazi installé sur le territoire français. Le président de la République assiste aussi à la première de Shoah, le film de Jacques Lanzmann consacré à l'Holocauste (20 et 22 avril). Microbes Le manuel Piscines, édité par l'AFDES et le ministère de la Jeunesse et des sports à l'attention des maîtres-nageurs, attire leur attention sur la propreté de l'eau, «surtout avec le brassage intercontinental des populations dû aux facilités de transport e/ aux réalités de l'immigration » (25 avril). Régiodétermination Laurent Fabius présente. après un conseil des ministres extraordinaire. les grandes lignes de son projet pour la Nouvelle-Calédonie, qui se caractérisent par la mise en place de quatre régions et le report du référendum d'autodétermination « au plus tard le 31 décembre 1987 » (25 avril). On arrête bien les gréVistes Près de cinq cents ouvriers en grève sont arrêtés près de Johan· nesburg par la police sud-africaine, annonce un porte-parole du Syndicat uni des travailleurs du bâtiment. Il précise que les ouvriers ont cessé le travail afin de protester contre le licenciement d'un délégué syndical d'une usine de Pilkington, motivé par son refus d'être muté (25 avril). Allez les Bleus L 'hebdomadaire Révolution a formé une équipe de France de football de l'antiracisme. Sous la houlette de Bernard Pivot et Claude Sérillon, Révolution publie une déclaration des plus grands joueurs français actuels, dont beaucoup sont d'ailleurs d'origine étrangère. Manquait Platini. retenu en Italie. Dommage (25 avril). Gueule d'objectif ? Les magistrats de la Cour de cassatio~ planchent sur le délit de faciès. Résultat. si le décret de 1946 n'est pas abrogé, il ne permet plus d'interpeller quelqu 'un à cause de la couleur de sa peau , et les policiers devront se fond er sur des critères « objectifs »: intéressants débats contrôleurs- contrôlés en perspective (26 avril). Elles y retournent Pour redonner aux femmes le goût du cinéma, les autorités algériennes leur réservent des séances spéciales: une initiative controversée qui pose à nouveau l'épineux problème de la mixité dans les sociétés musulmanes (26 avril). Juifs de Syrie Une délégation du Comité international pour la liberté des juifs de Syrie est reçue à l'Elysée par le secrétaire général, M, Bianco (28 avril). Résistances Tel-Aviv reçoit le troisième Congrès mondial des résistants, combattants et déportés juifs (1" mai). Hourrah ! Robert Pac, un des plus fidèles journalistes de Différences, est fait chevalier dans l'Ordre na~ tional du mérite, notamment pour son action en faveur des Noirs et des Indiens d'Amérique (4 mai). La supplique A la veille de la visite de Ronald Reagan au cimetière militaire de Bitsburg, les organisations juives élèvent le ton. « Le svmbole de Bitsburg es/ un mensonge » , déclare le directeur du Congrès juif américain (AJC), Henry Siegman, au cours d'une cérémonie au cimetière de Perlarcher friedhof. Le président de l'AJe. Théodore Mann. estime que la cérémonie du souvenir ne doit pas avoir lieu sur la tombe « d'assassins .ilS, mais à Dachau, lieu de la honte ». «Les l'ictimes restent les l'ictimes, les bourreaux resten/les bourreaux ' , déclare le président du Congrès juif en Europe, M. Gerville Janner (5 mai). Voyage Inauguration à Paris de la première mondiale d'Art tzigane. consacrée aux différents aspects de la culture des gens du voyage à travers le monde (6 mai). C'était le }er juin, Place des Abbesses à Paris. Vil très beau spectacle où s'aifrolltent la Paix et la Mort. Jeux de Massacres, créé par l'ATEQ et MRAP-Solidarité (voir agenda). Quatre parties , du monde Manifestations symboliques un peu partout en France pour rappelc:. il la veille de l'anniversaire de la victoire sur le nazisme, que le racisme n'est pas mort. A Paris , la manifestation . il l'appel du MRAP, rassemblait la Ligue des Droits de l'homme, le CÀIF, la CGT. l'union locale CFDT, le PCF, la FEN, etc., autour de la fontaine des Quatre parties du monde, avenue de l'Observatoire (7 mai). Au foyer Conférence de presse des réSIdents du foyer Sonacotra de Pantin, qui contestent l'action du directeur et les intentions de la Sonacotra qui projette d'expulser deux cents d'entre eux (9 mai). Bousculades Le père Christian Delorme demande une rencontre aux dirigeants de SOS Racisme. qu'il accuse d'ambitions hégémoniques sur le mouvement antiraciste, Dans un article du Monde, Robert Solé estime que les institutions traditionnelles, comme le MRAP et la LICRA se sentent bousculées par le succès de SOS racisme, Devant tant de sollicitude ... (10 mai). Le Pen, le pape et les autres Le leader du Front national est reçu quelques instants. et le fait vigoureusement savo ir , par J e~a n - Pau 1 II a u Vat i c a n (10 avril). L'é piscopat français publie une déclaration dans laquelle il soulione le caractère inéluctableI;~ nt multiculturel de la soci été française, et affirme qu'il est faux de prétendre que les populations d'origine musulmane ne sont pas intégrables il notre société (10 mai). Quart-Monde Dans le cadre de l'Année internationale de la jeunesse, le mouvement international ATD Quart-Monde organise un rassemblement international des jeunes travailleurs du QuartMonde pour « lin avenir de travai!, de responsabilité, de solidarité » (24 mai). Différences - N" 46-47 - Juill -Juillet /985 9 En avant la musique Les trois cent cinquante mille étrangers résidant depuis de cinq ans aux Pays-Bas pourront voter et se porter candidats aux élections municipales cie mars 1 ~K6. La Chambre des députés de La Haye adopte cette législation il une large majorité (cent cinquante ~oix contre dix). Il y a près de huit cent mille étrangers installés aux Pavs-Bas , en majorité originairés du Surin;lm (5 mai). Au congrès de la Ligue des droits de l'homme, le président cie la République, François. Mitterrand, affirme que" la participa/ ioll des ill1migrés cl la gestioll est IIlle rel'clulica/ioll (olldalI1ell/ ale qu'il filltl réliliser » (20 avril). Harlem Désir et SOS Racisme répondent au quart de tour aux avances de François Mitterrand sur la question du droit de vote aux immigrés, pour les élections locales. « Je Ile COllililis pas, dit-il. 1111 .l'cul adhé!'elll dc SOS RacislI1e, du 1I10illS parll1i ccux qlle je fi'équellle dalls l'équipe qui allill1e Ic II/OUI 'ell/ellt, qui Ile soit pas f{1I'omble ail droit de l'O/( des ill/II/igrés, .1'011.1' IIlle f{lIïlle Oll .1'011.1' lI/U' all/re. (24 avril). En vrac Dans un document préparatoire à son congrès qui doit se tenir les 8 et 9 juin à Pantin, le MRAP indique que la solution doit être recherchée dans un renouvellement des institutions permettant à tous les citoyens de participer aux décisions, quelle que soit leur nationalité d'origine (19 avril). Le Parti communiste français se prononce pour le droit de vote des immigrés aux élections municipales (24 avril). Une consultation électorale est organisée à Mons-en-Baroeul en direction de la population immigrée pour nommer une commission consultative auprès du conseil municipal (18 mai). Dans son émission sur FR3, le MRAP dénonce les pratiques de discrimination à l'embauche. couvertes par certaines agences de J'ANPE (1" juin). - France-Inde, la nouvelle alliance ? - L'ETE INDIEN A PARIS Une histoire à deux. Ici, les dernières traces de la France à Pondichéry, ancien comptoir de l'Inde: une vieille Traction, et des inscriptions bilingues. Eiffel, vendredi 7 juin et samedi 8. Tout y est pour amuser petits et grands : un cortège d'éléphants et de dromadaires , des arcs de triomphe peints à la main, des bateaux indiens et des lampes à huile flottent sur la Seine, tandis que les feux de Bengale éclatent. Des échoppes d'artisanat et des stands de dégustation de mets goûteux et de douceurs alternent avec une trentaine de scènes où se produisent quelque deux cents artistes venus animer cette foire grandiose. On peut y admirer des danses de l'Himachal Pradesh, des marionnettes du Bengale, du Naubat , du Kachi Ghodi et bien d'autres spectacles que l'on aura l'occasion de revoir par la suite, tandis que jongleurs, acrobates et saltimbanques sillonnent la foule et la distraient par leur habileté et leurs facéties. C'est le début de l'Année de l'Inde. Une foule de spectacles inhabituels. C'est nouveau, nais bienvenu. Les odeurs d'encens et de nourriture, les guirlandes de fleurs, les couleurs et la joie sont là pour charmer les Parisiens ainsi que le président de la République française et le Premier ministre de l'Inde, M. Rajiv Gandhi, présents à cette immense manifestation folklorique qui permettra, pendant quelques heures, d'oublier Paris pour se déA payser totalement. l'approche de l'été et des vacances scolaires, la France inaugure le 7 juin, à 20 h 30, l'année de l'Inde, qui se poursuivra jusqu'en juin 1986. Pourtant, les liens commerciaux et affectifs entre les deux pays sont assez faibles. Alors, pourquoi une année de l'Inde? Décidée lors de la visite de François Mitterrand à Indira Gandhi en 1982, elle semble être la contrepartie culturelle de la vente des Mirage, et elle suit de près l'expérience réussie, en Angleterre, d'une année du Commonwealth (1981-1982) où l'Inde avait tenu une place prépondérante. De plus, l'Inde attire et fascine les Français, cha, que année plus nombreux à aller visiter ce pays mythique. Enfin, le succès ren- 10 contré par les spectacles et le cinéma indiens démontre bien qu'un large public est désireux de connaître une civilisation si différente de la nôtre . Quels que soient les centres d'intérêt des spectateurs, leur curiosité risque d'être satisfaite , car tous les aspects, si divers , de cette culture, seront judicieusement représentés. A côté des spectacles de danse et de musique classiques , qui se dérouleront essentiellement au théâtre du Rond-Point dans le cadre du Festival d'automne à Paris et du Festival de cinéma prévu à Beaubourg, du 25 septembre au 25 novembre, le public va pouvoir découvrir toutes les formes méconnues d'art traditionnel régional interprétées par les meilleurs artistes, non seulement à Paris, mais dans de nombreuses villes de province . A cela s'ajoutent une série de conférences et de nombreuses expositions, dont la plus attendue est celle du patrimoine indien au Grand Palais, jusqu'au 16 juin. Mais l'événement qui retient l'attention dans l'immédiat, c'est le grand Mela (fête) d'ouverture qui se tient du palais de Chaillot à la tour Artistes ambulants Ceux que le Mela aura séduits pourront se rendre sur leur lancée à la Maison des cultures du monde qui présente quatre programmes oour le seul mois de juin et Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 qui accueillera ensuite la plupart des spectacles traditionnels. Les artistes ambulants de l'Inde seront, eux, reçus à la Cartoucherie de Vincennes par Ariane Mnouchkine, au mois d'octobre. Pour commencer, la Maison des cultures du monde nous offre un Sankirtana du Manipur, Etat situé au nord-est de l'Inde, entre la Birmanie et le Bangla -Desh, ce qui . explique le type plus asiatique qu'indien des exécutants. Ce chant collectif d' hymnes religieux vishnouites, interprété à l'occasion de cérémonies religieuses ou sociales, est accompagné de danses et rythmé par des cymbales et deux tambours. Les amateurs pourront écouter le même jour des Kawwali, chants mystiques soufis de louange au prophète Mahomet, accompagnés de percussions classiques. Viendront ensuite les percussions populaires: Thayambaka, Panchavadyam et Teratali, dont on aura eu un aperçu lors du Mela . Thayambaka et Panchavadyam sont typiques du Kerala, Etat du sud-ouest de l'Inde, bordé par la côte Malabar. Si tous ces spectacles sont exécutés par des hommes, le Teratali, danse rituelle du Rajasthan, est exclusivement interprétée par des femmes. Le chant d'accompagnement relate des épisodes de la vie de Krishna. L'originalité de cette danse tient au fait que les femmes, assises à même le sol, entrechoquent de petites cymbales, fixées sur leurs membres, à un rythme effréné. Pour clore ce cycle du mois de juin, un conte musical du Madhya Pradesh (centre de l'Inde) : le Pandavani. Tijan Bai, accompagnée de quatre musiciens, fait revivre sous nos yeux la guerre du Mahabharata, l'une des plus grandes épopées indiennes, qui met aux prises le clan des Pandava et celui des Kaurava. 11 Pour terminer en beauté , Veena Shroff nous propose un atelier-démonstration où elle sculpte les chevelures en s'inspirant des fresques des temples. Elle vous fera ressembler, pour quelques heures, grâce à ses accessoires et à sa dextérité, à une déesse du panthéon hindou. La musique classique Il faudra attendre septembre à Paris pour que les activités reprennent. Cependant, cette série de spectacles effectuera une tournée à travers la France, avec une étape obligatoire au Festival d'A vignon qui consacre une large place à l'Inde. La grande «première » du festival sera la représentation du Mahabharata, mis en scène par Peter Brook. Cette réalisation , fruit de nombreuses années de labeur, se jouera en trois volets ou dans son intégralité, toute une nuit durant, à la carrière de Boulbon. Il faudra tout le talent et l'envergure de Peter Brook pour rendre accessible aux spectateurs français l'un des plus grands et des plus longs chefs-d'oeuvre de la littérature classique indienne, et on peut déjà lui rendre hommage de s'être lancé dans une aventure aussi téméraire. La musique classique carnatique et hindustani sera de la fête , et la danse sera à l'honneur au cloître des Célestins, où se déroulera une représentation de Kathakali du Kérala , interprétée par la troupe du Kala Mandalam. Masqués et grimés par des maquillages savants et colorés, les acteurs-danseurs miment et dansent des épisodes du Ramayana et du Mahabharata. La spécificité du Kathakali réside dans la mobilité étonnante des yeux et des muscles faciaux dont les mouvements , joints à ceux des pieds et des mains, dépeignent les sentiments et les émotions des personnages. Reste à espérer que l'année de l'Inde laisse présager un rapprochement culturel franco- indien durable, qui ne soit plus tributaire des échanges commerciaux. 0 Isabelle REMIGNON Crédit Lyonnais le partenaire de votre avenir. Parlez·en avec un lion. Dans la vie, il est nécessaire d'avoir un bon partenaire. Le Crédit Lyonnais peut être ce partenaire solide et avisé, qui vous conseillera utilement et rapidement quel que soit votre problème. Choisissez le Crédit Lyonnais vous aurez un lion pour partenaire. FAAG "lUI 1++"': I~ il' V Fédération des Associations et Organisations d' Intérêt pour les Originaires des Antilles-Guyane Défense des intérêts de l'ensemble des communautés antillo-guyanaises P romotion et développement de l'éducation M aintien et développement de notre culture A ction de formation en faveur de l'immigration antillo-guyanaise Conduite d'actions de réflexion sur les problèmes de développement économique, social et culturel ADHEREZ A LA FAAG APPORTEZ VOTRE CONCOURS LA FAAG TRAVAILLE POUR VOUS FAAG : 66, rue de l'Aqueduc, 75010 Paris. Tél. : (1) 206.03.36 ZINAD INFORMATIC Saisie de données 8, rue Faubourg Montmartre PARIS 75009 LES PIEDS SENSIBLES c'e5' raffaire de SULLY Confort, élégance. qualité, des chaussures faites pour mIIrcher 85 rue de Sèvres 5 rue du Louvre 53 bd de Strasbourg 81 rue St-Lazare Du 34 au 43 féminin, du 38 au 48 masculin, six largeurs CATALOGUE GRATUIT: SU LL Y • 85 rue de Sèvres, Paris a- 5 ~ :sui pt tt • .,....", '* c~ ~ Tél. : 523.39.26 770.95.64 kolpa Prêt-à-Porter féminin PREJUGES -Réduction - Tous postiers, toutes filles de salle ? Pour Me George Pau-Langevin, présidente du MRAP, c'est réduire considérablement la richesse de la communauté antillaise. . Q uand on parle de ~~ l ' immigration " antillaise , on en arrive v à accumuler les clichés, comme si tous les Antillais qui vivent en France étaient postiers ou flics, et toutes les Antillaises filles de salle dans les hôpitaux. On est bien loin de la vérité et c'est masquer la richesse de leur apport à la société française. Il n'y a guère que sur les stades où les Antillais soient Français à part entière. Là, ça ne se discute pas. On peut citer les sports où traditionnellement ils font merveille, comme l'athlétisme. Mais, il ne faudrait pas oublier d'autres percées, peutêtre plus symboliques. En patinage artistique, on remarquera que la grâce française est représentée par Fernand Ferdronic, antillais et champion de France (1). Vient d'ailleurs de se créer une association des sportifs antillais de haut niveau. D'autres sports encore, comme le karaté , sont « trustés » par eux, ce qui en dit long, au passage, sur la prétendue douceur des îles. Le sport, tout le monde connaît. Mais sait-on que l'on trouve des ressortissants des Dom un peu partout aux fonctions les plus importantes de notre société? Qu'il y a des élus antillais, en métropole, et même dans l'opposition! Des professeurs de médecine, des universitaires, etc. Dans les cabinets ministériels il y a une originaire des Antilles , Simone Branglidor. Laissons simplement parler les chiffres : le rapport Lucas sur « l'insertion des ressortissants des Dom» indique que certes 47,5 % des Français nés dans les Dom sont salariés des services publics, de l'Etat et des collectivités locales, mais que 43 %, c'està- dire presqu'autant, sont salariés du privé. De même, s'il est vrai que les deux tiers occupent des emplois peu qualifiés, 23 % sont à des postes de qualification intermédiaire et supérieure, dans des rôles d'encadrement. Au delà des chiffres, on peut aisément se rendre compte de la pénétration de notre univers quotidien par les Dom. Je crois que l'image traditionnelle que l'on plaque sur les Antillais en France gomme complètement ce qui va devenir la vraie dimension de la Différences - Nu 46-47 - Juin-Juillet 1985 13 population onglllaire des Dom: sa jeunesse. On peut toujours rappeler que les Antilles deuxième génération, c'est Harlem Désir, et c'est aussi Julien Clerc. Les clubs sportifs antillais sont innombrables. Pour un simple challenge inter-équipes dans la région parisienne, la FAAG a reçu l'inscription de soixante équipes. C'est que plus du tiers des ressortissants vivant en métropole a entre 15 et 24 ans. Et cette jeunesse, avec sa spécificité et aussi ses problèmes , personne n'en parle. On l'a un peu plus « vue» depuis que les « locks », nattes, et autres tresses ont fait leur apparition, popularisées en métropole par la coiffeuse Josepha. Mais là encore, il faut se garder de systématiser. On ne peut vraiment évaluer par la coiffure le désir de rapprochement ou d'éloignement du modèle européen, car le défrisage des cheveux demeure très recherché. Le bal et la cuisine Ce secteur économique, confection, coiffure et esthétique, en plein développement, est bien occupé par les Antillais. Vient même de se créer, présidée par l'une d'entre eux, une association internationale des femmes d'affaires noires. J'ai gardé pour la fin l'extraordinaire pénétration de la musique caraïbéenne auprès des publics européens. C'est la partie visible d'une activité extrêmement importante dans la communauté, la musique et le bal, qui reste une « activité de base ». Sans oublier la cuisine : pour le seul XVIIIe arrondissement de Paris, on compte une cinquantaine de restaurants antillais~ Autant de lieux où la communauté se retrouve, et s'ouvre à l'extérieur. Et il ya tout à gagner, pour les métropolitains, à quitter les préjugés pour regarder d'un peu plus près ce groupe com~ po site qui compte près de trois cent mille personnes en France. » Me George PAU-LANGEVIN Présidente du MRAP (propos recueillis) (1) A noter aussi que l'actuel Monsieur France, équivalent musclé de Miss France, l'est aussi! rGRoS PLAN - Au jour le jour - A LA CHAINE Bruno, Claude, Servais, Jacqueline et les autres: ils sont domiens et travaillent chez Renault: la galère ... Six heures du soir. Tout est de nouveau calme. Les dernières R25 quittent le parking. Un bon week-end en perspective. Seule l'équipe du soir, sur la chaîne, travaille encore, au-delà du pont, dans l'île Seguin. Renault à Billancourt, c'est d'abord cette île sur la Seine où depuis des décennies on assemble des automobiles. Dans cinq minutes, tout s'arrêtera pour la pause-repas. Bruno est Réunionnais. C'est lui qui m'a arrêté deux heures auparavant, alors que je discutais avec un de ses copains martiniquais. «Tu sais, moi aussi, j'ai des choses à dire, reviens à six heures, je mange à la gamelle, on pourra parler. » Son boulot consiste à mettre les bras de roue arrière sur les R4 qui défilent à hauteur d'homme sur les balancelles. Une pièce qui pèse entre dix et quinze kilos. Il y a bien une aide au levage, mais les hommes préfèrent la prendre à la main. Si le défilement de la chaîne semble lent, les voitures n'attendent pas. Six heures dix. La chaîne s'arrête. Bruno mange en face de moi. Il a quitté la Réunion en 1979, à dix-neuf ans. Déjà, à douze ans, il travaillait dans la canne à sucre, pour des européens, qui logeaient également ses parents dans une case. Quatorze enfants à la maison. « C'est la misère qui m'a chassé, une misère noire. »11 débarque à Paris sans métier, sans formation. Seule issue, la boîte d'intérim. Presque immédiatement Renault-Billancourt. Soudeur au 38, département de tôlerie et de petit emboutissage. Puis Flins, autre usine de la Régie, à la chaîne montage. Et, de nouveau, Billancourt, les grandes presses, mille tonnes, celles qui emboutissent, dans un bruit d'enfer, les grosses pièces, capots, portières ... - Qu'est-ce que tu aimerais faire? - Un CAP de mécanicien, ou d'électricien. » 14 Il vit dans un petit studio à Paris avec sa copine. Il y a, en plus, son frère qui vient d'arriver et qui cherche du boulot. Mille cinq cents francs de loyer. A la Régie, au service social, on lui a répondu qu'il n'y avait pas de logement. « Dans le privé, c'est très cher. Et puis tu sais, souvent le logement est libre au téléphone. Puis, quand tu arrives, il ne l'est plus. Et on t'explique qu'on ne veut pas de gens de couleur. Ici les gens ne vivent pas comme nous. Ils ne se parlent pas entre eux, ils sont trop personnels. Et puis, chez nous, il n'y a pas de racisme. D'ailleurs, avant de venir ici, je ne savais même pas ce que c'était. En 1982, il est embauché définitivement, grâce aux contrats de solidarité. Depuis un an, il est là, sur la chaîne. « Quand je commence à réfléchir à ma situation, au passé, je suis déprimé. Ali début, Renault, c'était moins dur que la canne. Mais plus le temps passe, plus j'oublie cette époque, plus c'est pénible. Le soir, je ne peux rien faire. Je ne peux même pas prendre un livre. Le sport, je ne peux plus le pratiquer. Même le week-end, je ders . J'ai demandé au chef un autre poste, moins dur. Il a refusé. Il n'y a personne pour me remplacer. - Tu as fait une demande de formation à la Régie? - Je suis des cours de français et de maths. Pour me mettre au niveau. Mais, c'est le soir. A vec la chaîne c'est très dur! Le racisme, je l'ai découvert dans le métro. Une femme en me voyant s'est mise à gueuler: « Qu'est-ce qu'ils viennent faire ici ces bougnoules? ». Mon copain m'a dit: « Tu vois, c'est ça le racisme. » - Cela t'a fait mal? - Non, je ne me rendais pas compte. Maintenant, si. Le racisme, on l'affronte tout le temps. Dans le métro, dans la rue ... - A l'usine ? - Les gars ici sont tous des copains! Ce sont tous des travailleurs immigrés ! - Tu vois, 011 a la nationalité française, mais, très vite, on se rend compte qll'on n'est pas vraiment français! POlir moi c'est un très gros problème. Je ne sais pas ce que je vais faire , mais le mets de l'argent de côté. » Bruno est comme beaucoup de jeunes ouvriers de l'usine, originaires des Dom-Tom, il veut retourner dans son pays. Jean-Claude, guadeloupéen, vingt-quatre ans. travaille.sur la chaîne des sièges. Il paie trois cents francs par mois une formation dans un organisme privé , pour obtenir un CAP de mécanicien. Il n'a même pas fait une demande de formation à la Régie. Ses projets sont plus précis que ceux de Bruno. Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 « Là-bas, mes frères ont un garage. Ils font de la carrosserie. On va essayer de s'associer quand j'aurai mon CA P. » Avec des copains antillais, ils ont monté un orchestre. Ils répètent chaque samedi dans une salle du club des jeunes du comité d'entreprise. Jean-èlaude chante. Son pote Claude, qui travaille avec lui, est aux percussions. « On se retrouve. On parle créole. On joue notre musique. » Mais contrairement à Bruno, il ne veut pas entendre parler de racisme. Pour lui cela n'existe pas. Le prix du retour Pas plus que pour Jacqueline, qui est, comme la plupart des femmes antillaises, serveuse dans l'un des restaurants de l'entreprise. Elle est venue de Pointe-à-Pitre en 1975. Issue d'une famille de huit enfants, elle fait des ménages à Air France, puis travaille à la cantine chez Renault. Deux enfants. U ne heure de métro aller , une heure retour. Préparer les tables, servir, débarrasser. De sept heures quinze à seize heures, la journée est longue, les jambes lourdes. Quatre mille deux cents francs net. Son plus gros problème, c'est le retour à la Guadeloupe, pour rendre visite à la famille, aux parents. Le voyage coûte très cher. La compagnie de transport de la Régie paie 20 % du prix du billet. « Mais seulement du mien! » Le comité d'entreprise lui aussi participe, mais tout de même, on est loin chez Renault du voyage payé tous les trois ans dans les PTT. Vieille revendication des syndicats, et toujours insatisfaite. Alors, Jacqueline ne part que tous les deux ans. Et elle prend au bout de son mois 15 de congé un mois sans solde. L'année où elle ne part pas à la Guadeloupe, pas question de vacances. Elle dit ne pas souffrir du racisme. « Mais avec les copines africaines, on en parle quelquefois à table. »Ses quelques amis sont antillais. «On mange ensemble, on parle créole. » Le racisme. Servais, lui, il connaît. Il me reçoit aux grandes presses. Blouse blanche sur gilet et cravate. Quarantecinq ans, contremaître. Marié à une Européenne, « une charmante dame ». Il fait partie des 15 % de Damiens de chez Renault qui ne sont ni OS. ni Pl. Sur près de quatre cents, c'est peu. Il parle avec de grands gestes. Le coefficient 305 c'est déjà confortable. Mais quel parcours du combattant! Après vingt-neuf mois d'Algérie ( du premier contingent en 59, bourré d'Antillais » ), la chaîne et sept ans de cours du soir. «Certif, brevet, maths géné, arts et métiers ... Jamais la Régie ne m'a donné une heure sur le temps de travail ! » Des résultats brillants. Quatre fois prix d'excellence remis par M. Dreyfus, PDG de la Régie en personne. « Au fil des ans, mes connaissances grandissaient. J'étais plus à l'aise, plus sûr de moi. Mais, quand il y avait une promo, elle était d'abord pour les autres. A chaque fois, il fallait que je me batte. Pendant des mois. Il a même fallu que je fasse intervenir des délégués. Tiens, mon chef d'atelier, il a fait des études avec moi. Mais il les a arrêtées avant. Il est chef d'atelier, je ne suis que contremaître! A l'école, j'étais leur « perle noire », mais quand j'ai eu mon 305, le chef m 'a dit : c'est votre baton de maréchal. » Une autre chaîne... D Patrick COUPECHOUX 1 RENCONTRE ~ - Bagneux blues - PROJET GUIRLANDE Une initiative qui se répand, et c'est tant mieux: envoyer les jeunes Domiens visiter leur pays d'origine. Le genre de choses que fait l'ANT. A Bagneux, comme ailleurs, même sous pan de ciel bleu. Une cité , plus ou moins « dortoir » ... Bagneux-Nord, cité de la Pierre plate : huit cent cinquante logements en blocs alignés au cordeau : ni gais ni tristes a priori, mais un peu « blêmes » quand même, comme dirait Renaud, le chanteur à gapette ... Un bout de square et un bâtiment plat: un centre socio-culturel baptisé « Alfa », de style préfabriqué. Avec - nuance ! - quelque chose qui détonne : deux grands murs peints, éclatants de formes dynamiques et de couleurs '" vives. Sur l'un, une trentaine de sil- CL-____ ---~ _________ I houettes juvéniles, dont un groupe « d'ados » motorisés. Sur l'autre, smurfers et breakers dansants. Deux « muraux » qui tiennent la route, esthétique ment parlant. En fait, deux créations collectives où des jeunes de la cité ont joint le geste créatif au projet. D'abord en 1982, sous les directives techniques d 'un artiste du Plessis-Robinson, M. Danetis, puis - le second mur - en 1984 .... Ce terre-plein du centre Alfa est aujourd'hui devenu un vrai lieu de rendez-vous pour les très jeunes comme pour les moins jeunes du secteur. Et ils sont là : Maghrébins, Africains ou Antillais en mobs ou vélo-cross cabrés, à piler net sur le bitume avec un évident plaisir. L'atmosphère semble à la détente. Pourtant, comme dans beaucoup de grands ensembles et HLM de banlieue, les problèmes de délinquance et de drogues dures ne sont pas un mythe à Bagneux ... Depuis quelques années , les autorités locales s'en inquiètent et tentent d'y faire face. Mais sans trop vouloir en parler publiquement pour ne pas entraver, disent-elles, les actions préventives et défensives. R esponsable du centre Alfa depuis maintenant quatre ans, Marie-Cécile Marie (assistante sociale de formation) dit qu'il ne faut rien exagérer: «Quand je suis arrivée ici, il Y avait urgence à proposer de vraies activités et surtout mieux ol/vrir cette maison à certains jeunes qui risquaient de tomber dans la petite délinquance. » Et là, pour une meilleure fréquentation du centre, la réalisation collective des deux peintures murales a été un pas important. Peut-être une sorte de « thérapie » pour tuer un peu la grisaille et créer un pôle d'attraction. « Les jeunes volontaires qui ont participé à ces peintures s 'y reconnaissent. Ils passent et disent: .. Tiens, là c'est ... Christophe! et là Untel" ... » Et, comme on n'abîme pas son propre miroir, la main des graffiteurs ne sévit pas ici. « Il y a quatre ans, les jel/nes de la communauté antillaise (importante à Bagneux) ne fréquentaient pratiquement pas ce centre. Maintenant, ils sont nom- 16 breux à franchir la porte chaque semaine, pour telle ou telle activité. Et quand une soirée antillaise a lieu, même les Antillais de Bagneux-Sud (à trois ki lomètres d'ici) viennent y participer. » Un bon exemple au centre Alfa de rapprochement communautaire, le petit atelier libre d'électronique où se retrouvent pour bricoler dans la mei lleure entente quatre adolescents: un Français, un Maghrébin, un Antillais et un Indien ... Q uant aux animateurs, ils sont trois permanents (dont un objecteur de conscience et un jeune volontaire antillais) sans compter les nombreux bénévoles. Parmi ces derniers, Mme Baltimore, une sympathique antillaise native de la Guadeloupe. La cinquantaine, dynamique, elle a créée l' ACF AB, Association culturelle des familles anti llaises de Bagneux, et a, pour cette année 1985, un projet joliment baptisé « Guirlande ». Permettre à une quinzaine de jeunes de la cité d'origines ethniques différentes de faire un voyage d'un mois, quinze jours en Martinique et quinze jours en Guadeloupe, du vrai tourisme actif à la découverte des réalités sociales et humaines des Antilles, « pays d'origine » pour beaucoup d'entre eux. Avec son nom qui fleure le blues, il y a plus de vingt ans que Mme Baltimore est devenue balnéolaise (Ah, ces adjectifs banlieusards à la Raymond Queneau !). Dans son HLM, elle a élevé ses huit enfants en s'occupant parfois aussi de ceux des voisins. En 1973, ses fi ls et ses filles ayant «fait leur vie », elle décide de retravailler au dehors et trouve une place de dactylo puis de facturière dans un ministère . A la Pierre plate il Y a 30 % de familles antillaises ; beaucoup de fonctionnaires des P. T. T et des hôpitaux . Parallèlement, Mme Baltimore se met à participer à la vie associative, à organiser des fêtes antillaises, des spectacles locaux, etc. « Au départ, bien sûr, ce n'est jamais facile de motiver les gens!» Mais l'important pour elle aujourd'hui, c'est ce projet de séjour inter-ethnique de quinze jeunes aux Antilles. Avec les multiples démarches et les parcours obligés, la recherche de subventions pour le réaliser. Projet « Guirlande » . « Bien sûr, cette appellation peut paraître un peu fleur bleue. Mais, j'ai d'abord pensé aux anciennes chaînes des esclaves noirs. En souhaitant que ce vieux cauchemar fasse place à une« chaîne» d'amitié pacifique et fleurie. Vous me trouvez naïve ? ... » Le terre-plein du Centre Alpha: un vrai lieu de rendez-vous. Non Mme Baltimore! L e petit racisme quoti. dien, elle en a eu sa part : « Va donc vendre des carottes! », dixit une de ses collègues de bureau ... « Alors, j'ai répliqué: Allez planter les vôtres et quand vous les aurez récoltées, moi j'irai les vendre! » S'en est suivie une « quarantaine » de part et d'autre puis... l'amitié est venue: « Le racisme, j'essaie, par mon attitude, que l'autre le« dépasse » . Mais,

e ne peux me cacher qu'il existe aussi

comme l'exploitation, parfois au sein même des familles et quelles que soient les origines nationales. Ça se vit aussi au coeur de cette cité et je voudrais un peu aider à changer les choses ... » Elle est comme ça, cette Antillaise de Bagneux qui rêve de voir une quinzaine de jeunes «parmi les plus défavorisés » cingler vers sa terre d'origine. Et en rapporter de nouvelles amitiés et quelques expériences, des instruments de musique et A QUOI SERT L'ANT? L'ANT est souvent à l'origine de projets comme celui-ci. Nous avons demandé à son directeur général de nous la présenter. Jean-Michel Etienne, vous êtes directeur général de l'Agence nationale pour l'insertion des travailleurs d'outre-mer. A quoi sert l'ANT ? L'ANT a pour objectif d'aider à l'insertion des originaires des départements d'outre-mer. Les efforts que l'on consacrait, dans les années 60-70, à faire venir les gens, on les consacre maintenant à tenter de faire en sorte que ceux qui sont là vivent correctement. Notre action comprend cinq volets. Nous dispensons seuls ou en collaboration avec des organismes publics ou privés une formation professionnelle qui touche en moyenne deux mille travailleurs par an. Nous disposons également d'un service d'action sociale polyvalent et complémentaire qui aide les services métropolitains à répondre aux problèmes spécifiques des originaires des Dom. Nous faisons bénéficier les plus démunis de tarifs réduits aériens dans le Différences - N° 46-47 - Juin-Juillel 1985 cadre d'une action voyages-vacances. L'une des difficultés les plus graves de l'immigration antillaise et réunionnaise est en effet le sentiment d'exil et de déracinement définitif. Nous agissons aussi auprès des milieux associatifs. Il s'agit là d'une aide qui permet aux migrants de conserver leurs liens culturels avec le département d'origine. Enfin, et c'est là l'aspect le plus récent de notre action, nous développons l'aide à la création d'entreprises dans les Dom avec des résultats tout à fait intéressants. L' ANT, dont l'action s'inscrit dans une optique d'insertion, n'est-elle pas opposée à toute idée d'indépendance? Le travail que fait l'ANT en métropole n'a rien à voir avec le devenir poLitique des Dom-Tom. Notre action consiste à ne pas favoriser l'immigration. Nous aidons ceux qui se trouvent en métropole à s'y insérer. 17 un film tourné par eux. Même si l'appel fait à la Sté Kodak reste encore sans réponse: «Je compte beaucoup sur l'initiative de tous au retour du voyage. » A Bagneux-Nord, il y a deux murs peints où les communautés de la nouvelle génération peuvent se «reconnaître », et quinze jeunes en attente d'un feu vert pour aller découvrir un petit bout du monde, au-delà du béton. 0 Jean MONTARLOT Cela ne pose pas de problème politique. Cela en poserait si, dans le même temps, il n'y avait rien de fait dans les Dom qui vise à fixer ceux qui s'y trouvent. De notre côté, nous faisons en sorte de fournir les qualifications nécessaires demandées là-bas. Et nous avons pour cela signé des accords avec les Conseils régionaux. Pour l'instant, cette politique vise plus au maintien des emplois. Quoi qu'il arrive, il y aura toujours des Antillais et des Réunionnais qui viendront en métropole. Et notre rôle fait partie d'ulle politique beaucoup plus globale. Mais il est vrai que les deux secteurs ne sont pas dissociables. Un Martiniquais sur quatre vit en France métropolitaine. Il joue fatalement un rôle politique, ne serait-ce que par l'information qu'il diffuse .• L'ANT organise de nombreux voyages pour les enfants originaires des DomTom vers leur pays . Son action se porte aussi vers l'aide à la formation des demandeurs d'emploi, le regroupement familial, l'aide à la création d'entreprises, etc. Tous renseignements à l'ANT, 3, rue de Brissac, 75004 Paris. Tél. : 277.60.20. Les originaires d'outre-mer et les PTT: une longue histoire, des clichés bien ancrés, un avenir incertain. Différmces - N° 46-47 - Juin-Juil/el 1985 19 ivre ici ? Les ongmaires des départements d'outre-mer vivant en métropole? Une communauté qui a actuellement les honneurs de la presse, mais reste, du fait même de son statut, difficile d'accès. Dès la première interrogation - combien sont-ils? - on se heurte en effet à des difficultés d'évaluation. Le dernier recensement de 1982 estime leur nombre à 265 000, soit près du quart de la population des Dom chiffre auquel il conviendrait d'ajouter 150 000 jeunes de la peuxième génération. Peut-on. par ailleurs. assimiler Antillais. Guyanais et Réunionnais (1) alors que. comme le souligne Jean Galap, chercheur au CREDA (2). si Guadeloupéens et Martiniquais possèdent une culture similaire en bien des points, ils n'en ont pas moins un passé et vraisemblablement un avenir différents? C'est en 1946 qu'est instauré le statut départemental pour la Guadeloupe. la Guyane. la Martinique et la Réunion. Encouragée par le gouvernement français, l'émigration s'y développe dès 1960: elle permettait non seulement de répondre aux besoins en main-d'oeuvre de la métropole. mais aussi d'apaiser les tensions sociales et d'enrayer un chômage croissant en partie dû à la disparition de l'appareil productif au profit du secteur tertiaire, actuellement hypertrophié. Cette migration interne , qui a touché toutes les classes sociales et compte un taux élevé de femmes, contemporaine des immigrations étrangères, a été confondue avec celles-ci par les métropolitains. (Un sondage effectué il y a trois ans estimais que 85 % des « métros » ignorent la localisation des Dom.) Dans ces conditions. l'arrivée dans la « mère-patrie » est un choc pour beaucoup des Domiens qui ont envisagé leur départ comme une promotion sociale passant par l'assimilation. «Si les choses sont en train de changer, explique Jean Galap, le mythe de la France reste cependant puissant aux Antilles. Dans l'inconscient collectif, les Antillais se vivent français: ici ils se découvrent vécus comme étrangers. Le premier contact est donc un choc, pour certains même un véritable traumatisme, et entraîne une énorme désillusion. » Officiellement français, mais , dans les faits, immigrés, souvent confondus avec Indiens, Arabes ou Africains - inutile de préciser que certaines de ces confusions facilitent l'insertion et d'autres non - c'est alors pour beaucoup l'isolement, le repli sur la vie familiale et amicale. où musique, cuisine et football occupent une place prépondérante. La vie associative est, pour ceux qui avec le temps ont surmonté les difficultés majeures d'adaptation, un facteur d'importance qui permet réenracinement et ressourcement. Le réseau associatif est dynamique, puisqu'il compte plus de six cents associations axées soit sur l'entraide. soit sur l'animation culturelle ou sportive. Mais , si les associations La vie en France: le Forum des Halles à Paris, rendez-vous « black », où branchés et Smurfers parlent plus volontiers le créole que le verlan. Les valeurs traditionnelles ont la cote aussi: A la Goutte d'Or, les Antillais se marient en grande pompe, avec demoiselles d' honneur et corbeilles de fleurs. qUI organisent les traditionnels bals ou pélerinages sont assurées d'un public nombreux, celles qui tentent de promouvoir une réflexion de fond sur leur culture dans et hors l'immigration rencontrent un écho moindre. Ce qui est, pour Jean Galap, dû au fait que la notion d'association est aux Antilles mêmes une donnée récente qui date de 1960. Pour José Pentoscrope, président de la F AAG qui fédère une vingtaine d'associations antillo-guyanaises, la responsabilisation et l'organisation de la communauté passent par la formation et la maîtrise des structures, notamment associatives. Ainsi la FAAG propose-t-elle des cours de soutien scolaire, des cycles de formation à la vie associative et des conférences relatives à l'instruction civique, l'éducation sanitaire ou remploi. Autant d'actions menées conjointement à la mise en place d'un dialogue avec les institutions, sans par ailleurs exclure les loisirs, puisque la FAAG organise chaque année un challenge national de football. L'Amicale des originaires des Dom-Tom de la RATP (3), qui compte neuf cents adhérents sur les deux mille originaires des Dom-Tom travaillant à la RATP, s'est, quant à elle, orientée vers le culturel. « Nous voulons que notre amicale soit le lieu d'une recherche et d'une affirmation de notre identité, explique Clérence Valentin, responsable des manifestations culturelles. C'est aillSi qu'après quelques réticences internes nous avons substitué ci la troupe folklorique de l'amicale un groupe « Culture et Traditions» 20 qui organise des débats, projette des jïlms et (/ produit un disque retraçant notre histoire. » Au sein de l'entreprise, l'Amicale est chargée de gérer les voyages-vacances, qui sont une prise en charge périodique (selon les cas tous les trois ou cinq ans) du coût du voyage de retour. Cette prise en charge des frais par l'employeur est rune des premières revendications des associations, comme des syndicats, dans la mesure où seuls en bénéficient les fonctionnaires et assimilés. « Nous n'avons pas pour ce qui est du retour définitif de responsabilités officielles. ajoute Clérence Valentin. Nous voudrions entamer le dialogue sur ce point, mais il faut bien avouer que nous n'avons pas d'interlocuteurs véritables. » Dialogue qui semble a priori délicat, puisqu'aux PTT, par exemple, la quasi totalité des dix-huit mille originaires des DOM employés a demandé son rapatriement, tandis que l'entreprise dispose outre-mer de cinq mille postes. Pour ce qui concerne l'information, les médias nationaux sont peu goûtés, pour cause de mutisme, L'émission télévisée du dimanche soir Spécial Dom-Tom, si elle est suivie, est jugée « doudouiste » et située qui plus est dans une mauvaise tranche horaire. Du côté de la presse spécialisée Afrique-Antilles est à citer ainsi que le bimestriel, édité par le Père Lacroix, Alizés, qui recèle des analyses et témoignages de qualité. « Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas d'une tradition de l'écrit », commente Daniel Boukman, animateur à Radio-Mango et écrivain. Ce qui explique l'audience de Tropic-FM, qu'un sondage récent sur les radios locales privées parisiennes classait en quatrième position. TropicFm est une fréquence chapeautée par le GRADEN, le Groupement des radios d'expression noire, qui compte quatre radios. De même que pour les associations. deux tendances se sont dessinées au fil du temps. «A RadioMango, continue Daniel Boukman, nous visons ci uneréflexion de fond sur notre culture et notre idemité et nous refusons de diffuser uniquement de la musique, qui, de plus, est souvent commerciale. » Dans l'immédiat, la préoccupation majeure de la communauté reste sa structuration d'où découlera la forme et la nature de son insertion. Car, conséquence des difficultés d'intégration, le mythe du retour s'est substitué au mythe du départ. Or la situation économique des Dom est telle que l'arrêt de l'émigration comme la réintégration des migrants sont, à court terme , inconcevables. 0 Catherine MINOT (1) Répartition des ressortissants des DOM en France: Guadeloupe 33 %, Guyane 3 %, Martinique 30 %, Réunion 28 %. (2) CREDA: Centre de recherche et d'étude des disfonctions de l'adaptation. (3) En 1975 plus de 3/4 des originaires des DOM étaient employés dans le secteur tertiaire avec une forte concentration dans les transports et télécommunications et la santé. (4) Alizés. Aumônerie Antilles-Guyane, 51, rue de la Roquette, 75011 Paris. (5) Tropic-FM : 102.3 Lundi Radio-Cocotier, jeudi Fréquel/ce tropicale , vendredi Radio-Mal/go, samedi Radio Nég'IHawol/, dimanche temps d'antenne partagé. Différences - Nu 46-47 - Juin-Juil/el /985 21 ivre là-bas Le retour au pays, un mythe qui pourtant tourne la tête des Domiens qui vivent en métropole ... Revenir au pays en vacances, retourner au moment de la retraite ... mais aussi, depuis quelque temps, décentralisation et crise économique aidant, repartir pour travailler, chercher un emploi, ou mieux créer son entreprise. L'illusion du mieux-vivre au coeur même de la mère-patrie a fait son temps et les Antillais, Guyanais ou Réunionais qui veulent retourner chez eux pour travailler sont chaque jour plus nombreux. Et pourtant, par delà les cocotiers, sous la plage, règne un marasme économique bien pire qu'en métropole . Mais les rêves sont ainsi faits qu'ils ont la vie dure et que contrairement à toute logique, ils permettent parfois d'améliorer la réalité. Ainsi, la Guyane, de tous les Dom, le pays le plus vaste et le plus potentiellement riche: malgré les « plans verts » ou autres, malgré Kourou et sa base spatiale, il n'a jamais réussi à décoller. Signe caractéristique du sous-développement, on trouve en Guyane française 55 % de fonctionnaires pour seulement 15,2 % de travailleurs dans l'agriculture et 19,4 % dans l'industrie (dont 1 1,6 % dans le bâtiment). L'agriculture stagne, et même régresse , constate la Direction départementale de l'agriculture , puisque sur 2 230 exploitations, 1 113 ont une superficie inférieure à un hectare et appartiennent essentiellement à des Guyanais. L'activité forestière - et c'est un comble dans un pays où la forêt occupe huit millions d'hectares, soit plus de 90 % de la superficie du département - s'effondre. Ainsi, en 1983, les exportations de grumes ont diminué de 85 % et les sciages, placages et produits finis ont suivi la même tendance . La pêche progresse légèrement, mais elle est assurée par les armements étrangers, puisque, en 1983, seuls 10,2 % des prises de crevettes étaient françaises. L'appareil industriel reste, lui, très peu développé, et tourne essentiellement autour du traitement des produits de la pêche, du bois et du porc. Seul point positif, les tirs réussis de la fusée Ariane, mais qui ne profitent guère aux Guyanais euxmêmes. A plusieurs centaines de kilomètres des vastes espaces amazoniens de la Guyane, la Guadeloupe, archipel situé au milieu de la mer des Caraïbes, connaît une situation guère plus enviable. Car la crise est arrivée. De janvier à septembre 1984, les entreprises non agricoles de Guadeloupe ont licencié 557 salariés, notamment dans le secteur du bâtiment. L'hôtellerie se plaint d'un ralentissement d'activité, qui fait envisager sérieusement des fermetures saisonnières d'hôtels. Pour la première fois, le commerce de grande distribution voit un recul sensible de son chiffre d'affaires. Autre signe caractéristique de crise aux Antilles, la vente de voitures se Une économie traditionnelle en déroute, des revenus artificiellement gonflés: Un cercle vicieux dont ilfaudrait sortir. ralentit. .. L'ASSEDIC a plus de 6000 chômeurs dans ses fichiers et l'ANPE 22502 demandeurs d'emplois, dont 45 % de jeunes. «Fin 1983, constatait l'Iedom (Institut d'émission des Dom) la situation économique n'avait pas évolué favorablement ... la production sucrière a été la plus faible jamais réalisée, celle de rhum a été inférieure à 1982 ... Le tonnage de bananes, d'aubergines et de fruits a également diminué. Le déficit de la balance commerciale s'est aggravé et le taux de couverture des échanges est à son plus bas niveau: 12 % contre 28 % en 1976. » En Martinique, l'île soeur, la situation est un peu meilleure. La production de sucre, bien qu'ayant doublé, reste très inférieure à la consommation. Celles de rhum , de bananes, de conserves d'ananas, de limes et d'animaux augmentent. Par contre, la fréquentation touristique a tendance à stagner, voire à diminuer. Pourtant, en 1984, 148 emplois ont été créés en Martinique par 17 entreprises, soit un investissement de 38,59 millions de francs. Le secteur agro-alimentaire est en tête pour le montant des investissements, suivi du secteur bois et alimentation, des matériaux de construction et de la chimie. La Réunion : 40 % de la population active au chômage. Dynamisme plus grand des acteurs économiques martiniquais? Il semble que l'origine de cette situation plus favorable soit en partie due à un tissu économique plus dense et plus structuré. En tout cas, il ne faut pas crier miracle, car l'île n'arrive guère à couvrir par sa production que 16 % de ses dépenses. A l'autre bout du monde, dans l'océan Indien, l'île de la Réunion présente un visage similaire, avec, cependant, des points d'espoir plus nombreux: la diminution des productions a, en 1983, été compensée par un relèvement substantiel des prix à la production et à l'exportation. Le plan de consolidation de l'industrie sucrière permet une stabilité des récoltes, la fabrication de rhum léger et son exportation à l'étranger augmente. Des productions 22 comme la vanille, le vetyver et le tabac sont en progrès constant et pourtant le déficit de la balance commerciale est tel que le taux de couverture des importations par les exportations est de 10 %. Parmi les points noirs de la structure économique réunionnaise, la dangereuse diminution des actifs dans l'agriculture, qui n'étaient plus que 17000 en 1982 contre 27 000 en 1967. De même, la superficie cultivée se réduit chaque année. Il faut cependant signaler une réussite, celle des exportations de fruits exotiques comme les letchis, les fraises, les ananas, les melons, les papayes et les baies roses dont le tonnage exporté est passé de 5 tonnes en 1976 à 193 tonnes en 1982. Mais le principal problème de la Réunion est humain: avec un taux de sous-emploi qui, selon Paul Verges, député communiste réunionnais au Parlement européen, atteint 40 % de la population active et un taux d'analphabétisme de 21 % (73000 analphabètes ont été recensés), l'île est gravement handicapée dans son développement. Pourtant, dans ce contexte, les candidats à la migration métropole/Dom ont été nombreux. Les services de l'ANT (Agence nationale pour l'insertion et la promotion des travailleurs d'outre-mer), créée en 1982, ont examiné, en 1984, 315 dossiers de demandes d'aide à la création d'entreprises dans les Dom. 39 d'entre eux ont été acceptés, dont 14 à la Réunion, 12 en Guadeloupe, 11 en Martinique et 2 en Guyane. Alors, revenir au pays, comment et pourquoi? De nombreux Domiens répondent spontanément qu'ils doivent participer au développement de leur pays et, par là même, sous-entendent qu'une plus grande autonomie, voire l'indépenda~ce, est, à terme, inévitable. Il faut donc s'y préparer, d'autant que la métropole n'est plus guère accueillante et que les emplois s'y font rares. Témoins de cette mentalité nouvelle, les assemblées départementales et régionales, qui, de plus en plus, cherchent à s'entourer de techniciens locaux formés en métropole. Et certains d'entre eux sont déjà retournés au pays et occupent des postes importants pour prendre en main les responsabilités confiées aux Dom par la décentralisation. D Anne PITOIS ET ivre séparés ? Lendependans. Un mot qui fait peur et fascine à la fois, à la manière de ces grands fauves, ivres de liberté après un long séjour dans une cage dorée et lâchés dans une tempête. De la NouvelleCalédonie à la Guadeloupe, en passant par l'océan Indien, des vents et des courants parfois contraires ont propagé l'idée que les « dernières colonies» de la France pouvaient se passer d'elle. Largement décriée jusqu'à ces derniers mois, la perspective de l'indépendance ne donne plus aujourd'hui le vertige, même si elle effraie encore - sentimentalisme et train de vie obligent. La Nouvelle-Calédonie se révolte, la première Konférans a degné K%ni fwansé rassemble en Guadeloupe tous les mouvements indépendantistes des DomTom. Faut-il y voir un signe de l'influence du grand frère kanak? Certes, le FNLKS montre la voie et dit tout haut ce qu'on pense tout bas dans les Dom. Méfions-nous cependant des parallèles hâtifs. Impossible de loger tous ces territoires français à la même enseigne, tant est profond le fossé, historique et géographique, qui sépare les enfants gâtés de l'Empire, Martinique, Guadeloupe, Réunion et Guyane, de la Nouvelle-Calédonie, ou de Mayotte, la seule île, à l'économie moyenâgeuse, des Comores à avoir choisi de rester dans le giron de la France au moment de l'accès à l'indépendance de l'archipel, en 1975. Les mouvements indépendantistes connaissent d'ailleurs dans les Dom des fortunes diverses. A la Réunion , le Mouvement indépendantiste réunionnais (MIR) n'a jamais dépassé le stade du groupuscule, même s'il a vécu son heure de gloire en 1978, lorsque le colonel Kadhafi lança un appel solennel à « ses frères réunionnais pour l'indépendance ». Le Parti communiste réunionnais, qui représente environ le tiers de l'électorat, et dont les thèses restent bien en deçà de l'indépendance, stabilise la scène politique et canalise le mécontentement populaire (1). « On en a marre d'être les danseuses de la France ... » La Martinique est, quant à elle, prise sous le feu croisé des autonomistes qui tiennent le haut du pavé, sous la férule d'Aimé Césaire, toujours très populaire, malgré quelques revirements politiques (2), et les békés qui n'ont jamais perdu le contrôle économique de « leur» île. La mosaïque ethnique guyanaise, et les clivages sociaux et politiques qui en découlent, ne facilitent guère la tâche des militants indépendantistes. La taille et les richesses potentielles de la Guyane, son appartenance au continent sud-américain p,ermettent cependant d'atténuer la crainte d'un futur libre, mais pauvre, qui panique littéralement les habitants des îles françaises d'outre-mer. Différences - N° 46-47 - Juin-Juillel 1985 23 A l'autre bout du monde, les Mahorais voient d'un très mauvais oeil leur réintégration (prévue dans le programme électoral socialiste) au sein de la République islamique des Comores, gouvernés par Ahmed Abdallah, riche commerçant corrompu et porté au pouvoir par Bob Denard, mercenaire proche de l'Afrique du Sud. En Guadeloupe, le cadre diffère. Les békés, moins nombreux, installés plus tard, n'ont pas la même autorité morale qu'en Martinique, et par là n'ont pas vérouillé le jeu politique. L'île a d'autre part subi un développement économique, essentiellement basé sur le développement du tourisme, plus brutal. D'où une rapide déstabilisation des mentalités et des valeurs morales. C'est d'ailleurs la Guadeloupe qui, la première, a franchi un cap de non-retour. La mort de Jacques Berthelot, un architecte très connu sur l'île, survenue en juillet 1984 alors qu'il manipulait un engin explosif de fabrication artisanale, a fait réfléchir : des sympathisants à la cause indépendantiste, fort respectables par ailleurs, et non plus de jeunes étudiants marxisants, passaient ainsi à l'acte et basculaient dans le camp de l'action armée. En mars dernier, l'explosion d'une valise piégée à l'Escale, un restaurant du centre de Pointe-à-Pitre, touche la Guadeloupe en plein coeur, tant par son bilan, deux morts, dont la fille du président de la Chambre de commerce et d'industrie, que par son écho dans la population. Il y a quelques années, les attentats perpétrés par le GLA (Groupe de libération armée) faisaient sourire (bien qu'il y ait eu mort d'homme). Aujourd'hui, ceux de l'ARC (Alliance révolutionnaire caraïbe) ébranlent les convictions profondes (3) ... C'est que le tabou de l'indépendance a été levé, moins pour cause de misère que d'opulence. Plus net en Guadeloupe, ce glissement progressif vers le sentiment national s'est affirmé partout, même chez les Domiens résidant en métropole. Question de dignité d'abord. « On en a marre d'être les danseuses de la France, les éternels assistés de la métropole- Autonomie ou indépendance? Aimé Cesaire joue la première carte en Martinique. En Guadeloupe, le débat se radicalise. mère, marre de s'entendre reprocher de profiter de la sécu, des 40 % fonctionnaires, de rouler en 604, tout en étant totalement improductifs et fainéants », fait remarquer un cadre antillais, candidat (pas encore exaucé) au retour au pays. C'est ensuite la constatation des disparités entre Français du cru et Français des îles. Sur place d'abord: nette hiérarchie dans l'emploi entre les "Métros" et les autres, privilèges maintenus des grandes familles, Smi~ inférie~r de 15 % à celui appliqué en métropole. La lIste serait longue. Départementalistes et autonomistes se sont battus pour l'égalité-fraternité: les mêmes droits pour tous les Français. Revendication légitime s'il en est, et en grande partie satisfaite depuis dix ans, mais qui a abouti à un effet boomerang, celui d'une dépendance accrue et d'un sent.iment de malaise renforcé par la crise de l'économie traditionnelle. De plus, la situation des Domiens se dégrade considérablement en métropole: les administrations affichent complet, le privé crie au chômage. Et s'il y a peu de Kanaks en France, le quart de la population des Dom vit en ~rance. Bien conscients de l'importance du facteur économique, et pour l'avenir de leur p~ys, et p~ur la prop~gation d~ le~rs idées, les indépendantistes antIl!o -guy~naIs .ont tr~s ~Ite affirmé leur présence sur ce terraIn, en Investissant 1 actIOn syndicale. La CSTM est devenue l'ennemi n° 1 du patronat martiniquais, le MASU organise d'innombrables grèves dures dans le secteur du commerce en Guadeloupe. Au nord de l'île, plus de douze mille hectares de canne à ~ucre laissés en friche par les békés, désormais plus fnands d'import-export, ont été rem~s en culture 'par, d~s .syndic~listes agricoles proches de 1 UPLG. «Fierte, JOze, esperance » titrait à ce sujet le mensuel Lendepandans (UPLG). La décentralisation a permis aux préfets et présidents de conseils régionaux de resserrer, sans passer par .P.aris, des liens économiques et culturels avec les pays VOISInS. Aux Antilles, on organise des classes vertes à la Dominique, l'université de la Réunion ouvre une annexe aux Seychelles. Un nombre croissant de particuliers préfèrent remplacer le traditionnel séjour en métropole par un voyage dans un p~ys de la même zone. Cha?~ement minime certes mais tout en profondeur, car revelateur d'un esprit d'indépendance qui ~'affirme au fil d~s jours. Désormais présents dans la vie de tous les JOurs, les indépendantistes se heurtent pour.tant à d~ux q~estion~ clés. A la première - celle des pUissances etrangeres qUi guettent les futurs territoires indépendants c?mme des proies - ils répondent tous, en ~uadeloupe et aIlle~rs, par une volonté farouche de non-alIgnement. Aux Antilles, on récuse avec violence l'étiquette de suppôt de Moscou, via Cuba, dont on les affuble immanquablement. . A la seconde - celle de la pauvreté et du peu de démocratie régnant chez les voisins récemment décolonisés - ils en opposent une autre: peut-on, toute sa vie, être ~onsidérés comme des enfants gâtés qui coûtent cher à nournr ? D. Véronique MORTAIGNE (1) Le MIR a été fondé par des dissidents du PCR et compte dans ses rangs une forte majorité tamoule. (2) Fervent défenseur de la départementalisation en 1946, Aimé Césaire adopte ensuite la cause autonomiste : oui à l'indépendance, mais très progressivement. En 1985, Edouard Delépine, ex-chef de file du GRS, troskyste et indépendantiste, provoque la surprise en rejoignant le PPM, dont il est à présent co-secrétaire général. Parallèlement, le PPM a opéré un rapprochement très net avec le Parti socialiste. (3) L'ARC est le dernier-né des groupes terroristes en Guadeloupe. Luc Reinette, un de ses chefs de file, fondateur du MPGI (Mouvement pour une Guadeloupe indépendante) a été récemment condamné à vingt-trois ans de prison. 24 Lors de la Conférence des dernières colonies françaises, en Guadeloupe, en avril dernier, des dirigeants de l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe font visiter les terres occupées par les paysans à Sainte-Rose UNE BONNE DIZAINE Voici une liste, non exhaustive, des principaux mouvements indépendantistes des DomTom. Réunis en Guadeloupe pour une Conférence internationale des dernières colonies françaises, en avril dernier, ils ont affirmé leur volonté de travailler ensemble « à la destabilisation du pouvoir colonial », et de porter le cas des Dom-Tom sur la scène internationale. En ce qui concerne la violence, leur porte-parole a assuré qu'il était « contre les desperados », mais que son usage n'était pas exclu. FLNKS. Front de libération nationale kanak socialiste. FLP. Front de libération de la polynésie. MIR. Mouvement indépendantiste réunionnais. Le Front Démocratique des Comores. UTG. Union des travailleurs guyanais. CNP. Conseil national des comités populaires (Martinique). KLPG. Chrétiens pour la libération du peuple de la guadeloupe. UPLG. Union populaire pour la libération de la guadeloupe. MPGI. Mouvement pour une guadeloupe indépendante. EN DEBAT PARTIR OU RESTER? Que ferez-vous lorsque votre île accédera à l'indépendance? Différences a posé la question dans la rue. Histoires l'raies à faire pâlir. I3 heures, al'enue de l'Opéra. Le groupe Malal'oi se produit en concert. L'endroit rêvé pour rencontrer des Antillais. - Bonjour, Monsieur, l'OUS êtes antillais? - Ah, non, désolé, je suis camerounais. - Et l'OUS, Monsieur, êtes-I'ous antillais? - Non, je suis africain. - Et l'OUS, Madame, êtes-I'ous antillaise? - Ça ne se l'oit pas, non ? La seconde histoire, beaucoup moins JE PARS, C'EST LOGIQUE. Déjà maintenant, c'est très difficile pour un guadeloupéen de vivre en France, alors vous imaginez, pendant l'indépendance, ce sera comme pendant la guerre d'Algérie. 0 JE NE SAIS PAS VRAIMENT. La Martinique est une petite île. Son indépendance pourrait être problématique, à moins qu'il n'y ait une association avec les autres îles. Je ne pense pas que cela soit vraiment possible. Les matières premières sont traitées en métropole. A part la canne à sucre, on n'a pas grand-chose. La vie là-bas est plus agréable, si j'avais pu, j'y serais restée. o JE NE VOIS PAS TROP la Martinique indépendante. On dépend trop économiquement de la France. Si on accède à l'indépendance, les usines fermeront. 0 J'IRAIS, MEME AVANTpour contribuer à cette accession à l'indépendance. 0 MA DECISION DEPENDRA du régime qui sera instauré. 0 JE RETOURNERAI dans mon île pour travailler à sa reconstruction. 0 JE TRAVAILLERAI pour la Guadeloupe, car je pense qu'il y a des choses à faire. 0 L'ECONOMIE lie la France et les Antilles. J'aimerais y vivre, quel que soit son statut. 0 SI J'AI UN TRAVAIL LA-BAS, j'y vais. Je défendrai mon pays mais, pour l'instant, je n'en ai pas les moyens. Le pays natal nous appelle toujours d'une manière ou d'une autre. Si on renie sa race, on renie sa couleur. 0 Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 drôle, s'est produite dans le prétoire de la vingt-troisième chambre correctionnelle du tribunal de Paris, là où l'on juge les flagrants délits. Depuis le début de la séance, les peines d'emprisonnement l'ont bon train. Les prévenus se succèdent. Le procureur requiert l'application de la loi. Un l'ague regard en direction du box des accusés: « Tiens, un Noir. » Emporté par sa fougue oratoire, il demande la reconduite à la frontière. Hélas, bien que noir, le prévenu étant antillais, n'en était pas moins français. Des ambiguïtés que reflètent les Domiens interrogés par Différences. JE N'ATTENDS QUE ÇA, je veux être libre. 0 JE SUIS ANTILLAIS. La France ne fait que nous financer. Un point c'est tout. 0 ANTILLAISE A 100 %. Je retourne chez moi sans hésiter. Si je suis en France, c'est pour des raisons économiques, mais je préfère être assistée chez moi que dans un autre pays 0 EN CAS D'INDEPENDANCE, on aura beaucoup de difficultés à affronter, notamment économiques, car la Martinique ne produit plus rien. De plus, il ne sera pas possible de résister à la pression des voisins. 0 SI CELA SE PRODUIT, JE REPARTIRAI. Je ne me sens pas très bien dans ma peau ici. 0 DN VERRA BIEN quand cela se produira. Je ne suis jamais posé la question. Si on ne nous expulse pas d'ici là. 0 25 JE REPARS en Martinique. J'ai toujours voulu vivre là-bas. 0 ET SI LES RUSSES DEBARQUENT en France, que faites-vous? Vous ne le savez pas? Eh bien, moi non plus. 0 JE RETOURNE AUX ANTIUES. Je préfère vivre là-bas qu'ici. La vie y est plus agréable. Si cette hypothèse se réalisait, cela voudrait dire que mes compatriotes auront milité pour l'indépendance et, à ce moment-là, je souhaite être à leurs côtés. 0 SI ÇA SE PRODUIT, je continuerais à être immigrée ici. Là-bas, il n'y a rien de bon. Ça fait quinze ans que je vis ici. Je ne pourrais plus vivre en Martinique. 0 JE RESTE ICI, mais j'opte pour la nationalité martiniquaise. Je m'estime antillais et citoyen du monde, mais pas français au sens de gaulois. Les Antilles, c'est mes racines, elles existent, c'est sur ma gueule, mais je n'y vivrais pas pour autant. Ma vie est en France, avec ma particularité antillaise. Je milite plutôt pour un mélange culturel. Cependant, on ne peut pas ne pas se sentir concerné par un changement de statut. Si la Martinique accède à l'indépendance, je me mettrais au service de ce nouveau statut. Je militerais d'ici dans des associations de soutien. Je ne suis pas indépendantiste, je ne crois pas à l'indépendance. Les Antilles se retrouveraient sous la houlette des grandes puissances ou dans les bras des EtatsUnis. On pourrait penser à une fédéra: tion des Caraïbes, mais le développement des diverses îles est tellement différent que cela me semble impossible. En fait, je serais plutôt pour une véritable autonomie. 0 Propos recueillis par Dolores ALOIA - Opéra-Show- LES TROIS ENIGMES DE TURANDOT l'opéra de Puccini monté à Paris, ou la Chine mythique, c'est-à-dire cruelle et énigmatique, au milieu du Palais omnisports de Bercy. 1924un soir de.novembre, en BelgIque: un homme s'effondre, terrassé par une crise cardiaque, après les longues souffrances d'un cancer à la gorge. Cet homme, c'est Giacomo Puccini (1858-1924). La camarde est venue le prendre avant qu'il ait pu terminer son ultime chef-d'oeuvre, créé à la Scala de Milan le 25 avril 1926, sous la direction du maestro Toscanini. Le soir de la première, le chef s'arrête à la fin du premier tableau du troisième acte, se tourne vers le public et dit: «Ici, à cet endroit, Giacomo Puccini cessa son travail; la mort en cette occasion fut plus forte que l'art. » Et un homme, dans la salle, de crier: « E viva Puccini!» Cette oeuvre, c'est Turandot (1): une belle légende exotique, une oeuvre inachevée, peutêtre un des grands mythes de la modernité. Puccini, dans l'optique du vérisme (2), est à la recherche du folklore (au sens ethnologique du terme) et de l'exotisme absolu, éloignement spatio-temporel maximal: la Chine légendaire des temps immémoriaux et l'histoire de la cruelle princesse Turandot. Cette recherche a une double finalité : permettre des variations fécondes sur un des thèmes essentiels de son oeuvre : l'amour impossible confronté à la mort, (un lieu commun de la mythologie occidentale, la lutte d'Eros et Thanatos), et alimenter la recherche et l'invention musicales aux sources de différentes traditions musicales; dans Turandot: modes pentatoniques à l'orientale, motifs folkloriques chinois. La légende orientale de la cruelle Turandot est une légende baladeuse, qui s'est promenée pendant des siècles avant de rejoindre les portées pucciniennes. Hormis la composante exotique déjà citée, c'est probablement la structure simple et pathétique de la narration et ses connotations mythiques qui peuvent expliquer cet intérêt. Les figures du pouvoir Un récit simple et porteur de pathos. Des personnages typés, voire stéréotypés, dans un cadre conventionnel: Pékin, capitale d'un empire de légende. Son peuple, omniprésent et soumis, mais, dans la tradition tragique grecque, acteur important du drame lyrique. Quatre figures du pouvoir qui s'affrontent. Le pouvoir en place et ses deux figures: celle du passé, le vieil empereur Altoum, prêt à passer le flambeau à celle du futur, sa fille, la savante, belle, vierge et cruelle princesse Turandot. Le pouvoir occulte et ses deux figures: celle du passé, le vieux roi tartare détrôné et prisonnier de l'empereur Timur, et celle du futur, un prince inconnu, jeune, beau, intelligent et courageux, fils putatif du précédent. Mais cela reste caché, comme d'ailleurs son nom, Calaf. Puccini détruit l'équilibre de cette structure binaire en y ajoutant le personnage de Liù, jeune esclave, fidèle à Timur dans son malheur et amoureuse en secret de Calaf. Une intrigue simple. Turandot, en mémoire à son aïeule Lo-U-Ling, victime d'un prince étranger conquérant, habitée par cette peur ancestrale de l'homme venu d'ailleurs (mais n'est-ce pas l'homme 26 tout court, dans sa différence ?), a fait voeu de ne se donner qu'au héros audacieux, capable de résoudre les énigmes qu'elle propose. Les têtes des princes étrangers tombent, puisque tel est le châtiment des téméraires ne remplissant pas le contrat. Calaf résout les trois énigmes, cependant Turandot ne veut pas céder. Il lui donne une nuit pour réfléchir à l'énigme qu'il lui propose: quel est son nom? Si elle réussit, il acceptera la sentence. Le pathos survient à travers l'esclave au grand coeur, Liù, détentrice du secret du nom et que l'on voue à la torture. Elle ne révèle ra pas le nom de l'aimé. Ainsi, elle ne dira pas son amour et préférera se suicider. Exit Liù. Au matin, Calaf donnera lui-même à Turandot désemparée la réponse. .. - L A gauche, Ghena Dimitrova, à la Scala de Milan ci-dessus, le décor de Turandot, version parisienne. Celle-ci, touchée au coeur dès le premier instant, se soumet et clame au monde (pékinois) le nom du prince : «Amour! » Le récit des librettistes (Adami et Simoni) est, bien sûr, prétexte à dire autre chose, comme dans toute poésie ou dans tout mythe. L'épreuve des énigmes que subit Calaf, dont l'issue doit être la mort (Thanatos) ou l'amour (Eros), en dehors de son caractère authentiquement initiatique, est un avatar évident du mythe d'OEdipe et du Sphynx. Il mio misterio ... Mais la signification est différente. Si OEdipe ne connaît pas son origine, c'est-à-dire le nom de son père, donc le sien, il croit connaître l'issue de l'épreuve que lui impose le Sphynx : le pouvoir par le mariage. En fait, il ne connaît que des apparences de vérité, . c'est-à-dire rien. La révélation sera celle de son ignorance et la cécité, son châtiment, le conduira à la descente en lui-même, où est enclose sa vérité. Calaf, lui, a d'abord la révélation de son origine, du nom de son père et du sien, mais il occulte sa vérité: «Il mio misterio è chiuso in me ... » ( Mon mystère est clos en moi. .. ») chante-t-il au début du troisième acte, mais il ne connaît pas l'issue de l'épreuve des énigmes, puisque toutes les réponses fournies à Turandot sont ambivalentes. A la question: « Elle renaît chaque nuitet chaque jour elle meurt! », la réponse « espérance» peut signifier: l'espoir de Calaf ( amour de Turandot) ou l'espoir de Turandot ( la mort de Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 Calaf), selon que les réponses suivantes seront bonnes ou mauvaises. A la question: «Si tu te perds ou t'éteins, il se glace! Si tu rêves de conquête, il s'enflamme! », la réponse « sang» peut signifier: le sang de Turandot ( la défloration) ou le sang de Calaf ( la décapitation). A la question : « Glace qui t'enflamme et se glace de ton feu! », la réponse « Turandot» ne peut avoir qu'un seul sens: «l'amour ». C'est le silence, donc l'absence du nom Turandot, qui peut signifier la mort. Calaf, donnant le nom, résout l'équation de l'amour. Ainsi, l'épreuve initiatique est plus complexe et plus définitive que la devinette oedipienne. Calaf vainc et sait qu'il possèdera Turandot: «All'alba vincerà ! » ( « Je vaincrai à l'aube ! »). Reste le problème du délai supplémentaire que s'impose le héros en concédant des « prolongations» à la princesse vaincue par sa propre loi. Pourquoi cette dernière énigme du nom, le sien ? Elle entraîne la mort de Liù, élément pathétique mais structurellement non essentiel, plutôt dans la lignée des morts des «petites bonnes femmes» pucciniennes: Manon, Mimi, Butterfly ... Elle s'explique peut-être par la phrase que chante Calai, au troisième acte: « ••• sulla tua bocca lo dirà... Ed il mio bacio scioglierà il silenzio che ti fa mia!» « Sur ta bouche, je le dirai... Et mOIl baiser dénouera le silence qui te fait mienne! »). Cet aveu fait de Calaf un vainqueur qui donne son mystère: son nom, son amour, son sperme. 27 Comportement en partie suicidaire, ludique, puisqu'il sait déjà qu'il révèlera son nom. Donc, si l'amour est homme, il doit procéder du don. Calaf ne peut prendre Turandot vaincue, comme une victime; il lui permet d'accepter le don, et le sens mythique n'est pas l'équation plus haut citée, mais l'égalité: Nom Amour. Le nom donné révèle le mystère de l'amour. Dans ces conditions, le duo final est le duo de la révélation et de l'accomplissement de l'amour. Ainsi, la dernière oeuvre de Puccini connaît une fin heureuse, et Turandot devient un des mythes positifs de la modernité : seul opéra où l'héroïne ne meurt pas, où l'amour triomphe totalement, où, le compositeur, remontant par l'exotisme aux origines légendaires d'un mythe dénouant une vieille peur ancestrale et instituant des héros positifs, semble tracer les routes de l'opéra de demain, comme Debussy avec Pelléas et Mélisande, Alban Berg avec Lulu, oeuvre inachevée aussi. Mais ces oeuvres, grandioses, magistrales, authentiquement modernes, resteront uniques et ne connaîtront pas de postérité. 0 Claude JALLET (1) 28 mai - 20 juin, vingt-et-une représentations au Palais omnisports de Bercy. Bibliographie : - G. Puccini, de Dominique Amy, Musiciens de tous les temps, Seghers ; - Puccini, d'André Gauthier, Solfège, Seuil; - Turandot, de Puccini, l'Avant-Scène, opéra n° 33, mai-juin 1981. (2) Vérisme: mouvement littéraire d'abord, puis musical, inspiré par le naturalisme français et dirigé contre le romantisme. - D'ici et de là FAITES CHAUFFER LA COLLE Identité morcelée, fragmentée, l'Antillais et l'artiste de la Caraïbe tentent de recoller les morceaux que l'histoire a brisés. Jenny Alpha, Jean Métellus, Julie Urus et Julius Amédé Laou témoignent. JULIUS AMEOE LAOU (1) «Quand on appartient à une communauté, on a un paysage dans la tête. Le paysage intérieur de l'Antillais, c'est ce rythme, cette vitalité, cette nature africaine, déchirée par l'esclavage, brisée par le viol catholique. Nous vivons une époque dans laquelle le Noir est utilisé comme un pantin exotique. L'image médiatique du Noir est toujours celle de « y'a bon banania » ou « Cocorico boy». La France a cinquante ans de retard sur les USA ou la Grande-Bretagne où des émissions de télévision sont animées par des Noirs. Les artistes antillais ont le devoir de créer des groupes d'influence pour imposer leur image. Une nouvelle génération s'y prépare. » 0 JULIE LIRUS (2) « L'identité de l'artiste antillais est celle d'une personne qui exerce une fonction créatrice dans une société qui n'est pas la sienne. L'Antillais est en quête de lui-même. Et c'est cette quête qui est à l'origine de sa démarche créative, comme pourrait l'être un choc esthétique ou politique. Se chercher n'est pas un jeu, c'est une souffrance, une cassure. Comme l'aurait dit Franz Fanon, la création n'est '" pas étrangère au contexte qui lui donne ~ le jour. ~ Il reste à l'Antillais à transcender son ~ histoire de colonisé, de complexé. Je ;. suis u~e n~gre~s~ et fière ?e l'être, c'est Jenny Alpha, dans Roméo et Juliette cela 1 antIilamte. Je plaIde pour que l'Antillais soit lui-même de plus en plus. Je dis qu'il est possible de se trouver si on est sur le chemin. » 0 Propos recueillis par Daniel CHAPUT (1) Cinéaste, écrivain, auteur de théâtre. (2) Responsable des Affaires sociales à l'ANT et auteur du livre Identité antillaise. aux éditions caribéennes. JENNY ALPHA «C'est en écoutant le conteur Théodule, alors que j'étais toute petite, que l'amour du théâtre est né dans mon coeur et ne devait plus me quitter. J'ai appris le métier sur le tas à la Libération. A l'époque, il n'était pas question de présenter sa candidature au Conservatoire, car aucune pièce du répertoire, sauf Othello, et encore, ne 28 pouvait être jouée par un acteur noir, sans risquer de provoquer au minimum la surprise défavorable du jury. Quelques comédiens de couleur ont cependant réussi à s'imposer, comme Robert Liensol, Habib Benglia, Joséphine Baker, Alexino Joe Alex ou Darling Légitimus. Pour les autres, dont j'étais, que de vaines tentatives! Les anecdotes ne manquent pas à ce sujet. Je jouais une des sept femmes de l'opérette Une femme par jour au casino de Genève. Quand la troupe arriva à Paris, on me retira le rôle d'Anita la cubaine pour le confier à une actrice blanche. Motif invoqué par l'auteur, M. Van Parys: « Une négresse, dans ma pièce, à Paris! Vous n'y pensez pas! La critique et le public vont prendre ma pièce pour un bordel et on criera: Faites descendre la négresse. » Résultat j'ai joué la tenancière d'une maison, dans Le train de 8 h 47 de Courteline. Albert Willemetz, enthousiaste, m'a proposé de jouer une des trois cent soixante-cinq femmes des A ventures du roi Pausole, mais les héritiers de Pierre Louys se sont indignés

« Ce serait trahir la pensée du

Maître défunt. » L'aventure théâtrale n'a véritablement commencé qu'avec Les Nègres de Genet, mise en scène par Roger Blin. C'était d'une telle beauté, que le comédien noir pouvait échapper à la couleur de sa peau, un peu comme dans une légende soucouyan des Antilles, où l'on peut accrocher sa vieille peau à un arbre et en changer l'espace d'une nuit. Je me battrai jusqu'au bout avec le souvenir de Noël Villard (1) pour que les comédiens de couleur soient des comédiens à part entière. » 0 Propos recueillis par Julien BOAZ (1) Ecrivain, poète, dramaturge. JEAN METELLUS Ecrivain, poète et... neurologue, l'Haitien Jean Métellus vit aujourd'hui en banlieue parisienne. Parallèlement à ses activités médicales (en milieu hospitalier), il travaille à son quatrième roman (1) et vient de publier de nouveaux poèmes sous le titre Voyance (2) ,. subtile poésie de plain-chant au lyrisme très maîtrisé. Dans la cour d'un pavillon, une casemate d'écriture: une table, des étagères ployant sous les bouquins, une carte-planisphère, un divan de repos, un crâne (souvenir de carabin) et un chromo dufameux nègre, le Roi Christophe ... - Dans quelles circonstances avez-vous quitté Haïti? !e~? Métellus : Disons que je rai quitté a 1 epoque par. .. prudence ; j'étais prof et membre d'un syndicat en voie d'être dissous ... - Et vous vous sentez quand même « exilé» aujourd'hui en France? Jean Métellus: Il y a maintenant à travers le monde une « diaspora» haïtienne mais je ne sais pas si j'en fais partie ... Bien sûr, je m'intéresse naturellement à tout ce qui se passe là-bas et j'ai gardé des contacts haïtiens. Etre obligé de parler français toute la journée crée en moi le manque de la langue créole. Alors, chaque fois que je rencontre des amis haïtiens nous prenons ensemble de vrais bains de langue maternelle ... - Dans votre dernier roman, Une EauForte (paru chez Gallimard), toute l'action se situe en ... Suisse. Etrange pour un Haïtien d'origine! Certains de vos lecteurs ont-ils été « déroutés» par ce livre ? Jean Métellus: Oui et ça m'a un peu attristé. Des lecteurs n'ont pas été contents de moi parce qu'il n'y avait évidemment ni boudin créole, ni punch a.u coco. ni bananiers et pas d'exotisme ! Vendre de l'exotisme, non! ce n'est pas mon propos. - Vous êtes aussi, aujourd'hui, neurologue. Comment vous est venu le choix de cette spécialité ? Jean Métellus (sourire): Rien à voir avec les rites vaudous!... Un «pa~ ron» ~ la ~alpêtrière m'a beaucoup ImpressIOnne; il a un peu été mon ... Charcot. C'est lui qui a été à l'origine de mon orientation. Mais dans la neurologie, je me suis spécialisé dans les Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 troubles du langage, de la parole et de la voix. Je me suis même occupé des troubles de l'aphasie chez un Chinois. Je me suis aussi intéressé à l'aphasie des illettrés et à son type de fonctionnement. A l'hôpital, actuellement, je m'occupe des vieillards et des enfants ... - Et le concept de «négritude» qui a sans doute fait son temps, il vous a quand même marqué ? Jean Métellus: C'est un mouvement qui a été nécessaire ; un «concept» d'ailleurs créé par un Haïtien et pas seulement par des penseurs noirs comme Césaire ou Senghor. Mais je n'ai pas vécu cela comme eux; je ne me suis jamais senti «négritologue» (sic) ... J'ai d'abord perçu le problème sur le plan économique et national. Haïti, mon pays, a toujours vu son indépendance contestée même si c'est un des rares « pays noirs » à avoir pris son indépendance avant qu'on la lui donne. Mais tout a été fait pour la tuer Jean M étellus da~s l'oeuf ... On voit ce que ça a donné n:amtenant : une indépendance acquise des 1804 pour aboutir à une «néocolonie » américaine (comme la plupart des petits pays d'Amérique du Sud, sauf Cuba). Moi, si j'ai vécu la «négritude », c'est dans le cadre d'une race et d'~n petit pays opprÎmé que l'on n'a Jamais voulu admettre réellement à la table des nations (malgré une présence « fantômatique» à l'ONU, à l'U~ E.SC:0, etc.) ... Mais quand Senghor ecnvalt: «La raison est hellène, la sensi~ilité est !lègre » Non! J'ai toujours refuse la cesure et ces termes. Je revendique les deux: raison et sensibilité

le droit aussi de réfléchir sur les

neurones et les problèmes du langage comme n'importe quel occidental. 0 Propos recueillis par Jean-Jacques PIKON ( 1) Métdlus travaille à une suite de La Famille Vortex (à paraître chez Gallimard). (2) Coll. « Monde Noir Poche» (éd. Hatier). 29 ';ÉLÉGATION RÉGIONALE DES DROITS DE LA FEMME cifordom Centre d'Informotion, de Formation, Recherche et Développement pour les originaires d'Outre Mer. FEMMES D'OUTRE-MER VOTRE CONTRACEPTION . ~\réfecture ~ ~ Région dlle·de·France RENCONTRE CIFORDOM • écoute • détente • information • réflexion • solidarité • décision • témoignage Point de rencontre pour les femmes, un lieu de décisions FEMMES D'OUTRE-MER Tous les mardis, de 19 heures à 21 heures Point de rencontre CIFORDOM 66, rue de l'Aqueduc, 75010 Paris Tél. : (1) 205.49.69, Mo Stalingrad CULTURES Lectures PAYS-CI, PAYS D'AVANT. Plus que des mots, plus qu'une poésie, l'écriture baroque d'Edouard Glissant est une déchirure, un chant baroque qui célèbre le « pays rêvé », le pays « d'avant ». «Là où pays et sang se mêlent au demeurant. » Tel un peintre, un sculpteur, un plasticien de l'image profonde, il restitue le contour complexe et coloré de l'identité d'une communauté marquée dans ses chairs d'une douleur insondable. « Nous n'avons drap pour nous lever sur l'algue. » Communauté esclave, puis violée par l'impérialisme catholique au nom d'un dieu blanc, dans les larmes et le sang. Si l'auteur nous dit de sa révolte et du « pays réel », « nous épelions au vent la harde de nos cris », il dit aussi de son espoir : « Remontons l'amour tari, découvrons l'homme, la femme. » « Parole labourée» qui nous mène jusqu'au rivage de la transparence «sable trop chaud mêlé au sable de minuit », elle est de celle qui élève les hommes au-dessus d'eux-mêmes, dans l'extrême urgence, là même où « les étoiles meurent d'un seul or ». D. C. D Pays rêvé, pays réel, d'Edouard Glissant, aux éditions du Seuil. LUXURIANCE. Edouard Glissant. dans le recueil intitulé les Indes (composé de trois textes: les Indes, Vn champ d'Îles, la Terre inquiète), a certes fait « la synthèse elltre une conscience révolutionnaire et l'exigence d'une poétique nouvelle ", comme l'écrit Jean Paris. Ces textes, prose rythmée ou vers libres, cisèlent des images qui nous impliquent dans les éléments de cette nature - les Antilles. les 1 ndes. L 'on pense à Saint-John Perse. Le poète lui-même ne devient-il pas « Cet arbre sur la falaise/Et qui ne cesse de tomber» ? Refrain lancinant. cette phrase revient comme une marée: « Et que dire de l'océan sinon qu'il attend? » Paisible et dense immobilité. chant interrogatif du poète qui s'efface ainsi humblement devant l'imposante. l'originale matrice ... Ici est chantée la luxuriance d'une contrée « comme une Inde fabuleuse » , mais « qui dépérit» : ce champ d'îles que labourent les mots. Les Indes disent la découverte. l'épopée de ces « chercheurs d'or ». utopiques et meurtriers, les massacres au nom d'une prétendue supériorité. De cette double recherche, vers l'Est et vers l'Ouest, des Indes fabuleuses. de cette double et Edouard Glissant des Indes au pays rêvé. Les Macloma, des clowns qui font un malheur. Panique chez les Rastas, vue par Laurence Suhner. historique méprise (sanglante et ruineuse pour l'histoire de l'humanité), le poète tire le mot de sa quête: « Mais les Indes sont vérité » .. . donc une , géographiquement aussi. Le conquistador ou le négrier (le « il » répétitif. très dur, le désigne simplement) peut bien violenter femmes et pays, il reçoit réponses d'immuable sagesse: « Mais le rivage sommeillait f dans son éternité Mais la forêt bmissait f dans son éternité ... La femme se taisait, si belle f dans son éternité. » Sagesse millénaire opposée à la geste inquisitrice: « Et le cheval avance, et le cavalier crie ... » Et c'est bien à la recherche qui ne serait pas « dure » que nous convient ces poèmes: « Confiallce ne soit plus en celui dont le Chant 05 'altère et la parole del'ient dure. QU'ail lui enlève cet usage de la voix f ... ; s'il veut renaître à la splendeur qu'il a tenté de dire f ... ; qu'on le débâillonne. » Toute initiation dépeint ce cycle de mort-résurrection. Tout verbe - et d'abord celui de la poésie - voit son « or » germer au creuset du silence. Contre toute tolér'ance passe par une conquête civilisatrice ... de soi : et l'alchimiste doit se transformer d'abord pour avancer dans sa recherche. Aucune oeuvre majeure. du Yi-King (ou du Quichotte) jusqu'à la Recherche du temps perdu, qui ne contienne implicitement ce message. Aucune connaissance ni création sans ce dégagement, hors de nos « métaux vils », haine, cupidité, bêtise, intolérance, de notre «or ». Ce livre, ces images éblouissantes, travail et bonheur des mots, nous rapprochent de l'Inde idéale. D Claire RAILLA RD Les Indes, d'Edouard Glissant, éditions dll Seuil. Collection Points Littérature. Textes de 1952, 1954, 1955. 30 LA TEMPETE. Prospero et Caliban - Psychanalyse de la colonisation, parut en France en 1950. La rébellion qui éclata en mars 1947 à Madagascar et qui fut suivie par de brutales répressions donna l'occasion à Octave Mannoni de se pencher, et ce pour la première fois, sur la mentalité du colonisé, mais surtout sur celle du Blanc devenu colonisateur . Transposant la Tempête de Shakespeare, il oriente ses réflexions et ses observations autour de ce thème. Caliban, c'est le sauvage, le Noir qui , un beau jour, voit débarquer le Blanc, le colonisateur. Prospéro, c'est le Blanc, l'Européen qui amène avec lui « la » civilisation sur l'île, celui qui apporte au colonisé un nouveau langage, de nouvelles coutumes et tous les outils de la civilisation. Prospéro, c'est aussi celui qui sait, celui qui est certain et qui reproche à Caliban , le Malgache, de ne pas lui être reconnaissant des bontés, réelles ou imaginaires, qu'il lui prodigue en toute bonne foi , de ne pas savoir, enfin, dire simplement « merci ». Avec Prospéro et Caliban, ce livre « inclassable » suivant les spécialistes (ethnologues, psychanalystes, hommes politiques en tous genres), Octave Mannoni fait une véritable psychanalyse des rapports étroits qui unissent colonisé et colonisateur. Ce dernier projette dans une attitude délibérément raciste et haineuse ses propres terreurs et ses peurs ancestrales qu' il n'ose pas ou n'a pas les moyens d'extérioriser autrement. L'attitude raciste apparaît donc, en définitive,

omme la dernière ressource logique du

colonisateur. Le Noir, le colonisé, lui permet d'exorciser le plus tranquillement du monde ses vieux démons, sur un continent qu'il a conquis mais qui lui demeure, de toute évidence, étranger. D Joëlle TA V ANO Prospéro et Caliban - Psychanalyse de la colonisation, d'Octave Mannoni, éditions universitaires. KINGSTON, JAMAïOUE, 21 h 30, traqué par la CIA et le KGB (bonsoir), Bobber le rasta n'est autre que Boris le fils de Ivan Vassiliev, ce savant russe qui parvint à dominer la matière par l'esprit « au contact d'un parapsychologlle fou, moitié yogi, moitié médium ». Bobber, prophète rasta sérieusement allumé et diplômé de l'université, est le héros d'une course poursuite à travers le souvenir de son père, le fantôme de Marcus Garvey, et les lois de l'antigravitation que tiennent absolument à s'arracher les services de renseignements des deux grandes puissances, pour cause de balistique spatiale. Une BD « Rasta-fiction », sur fond de lutte contre l'oppression, signée Laurence Suhner. Côté dialogue, c'est un peu carré pour le genre, mais côté dessin, ça vaut parfois le détour. D D. C. Rastapanique de Laurence SlIhner, aux éditions Jean-Marie Bouchain. HOMMAGE A BOB MARLEY L e Il mai 1981 nous quittait le dieu, le pape, l'incarnation vivante de la musique reggae. Un concert géant en son honneur, à sa mémoire, vient d'être organisé à Balard. Un bon disque vient de sortir (1), qui rassemble les meilleures sonorités des groupes Jah Ark and Adioa, Azikmen, Whach'da, Ras Negus, Fitzrov William & José et Apartheid Not qui, avec un morceau comme Voduto, atteint les sommets du grand art. D'autres groupes comme Yaya Az & Think (2), et Misty in Roots se sont associés à cet hommage. Yaya Az & Think d'abord, en affichant complet lors de son passage au Forum des Halles, et c'est peu dire. Un groupe qui a bien bougé ces derniers temps Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 198) __ Théâtrissimo L'ENFER ET L'ENDROIT. « Le clown est l'animal le plus proche de l'homme », comme en témoigne une nouvelle fois Fast & Food, le dernier spectacle des Macloma. Fast & Food, c'est pile et jardin, c'est l'enfer et l'endroit, où deux théâtreux sont hués par le public auquel ils déclarent la guerre sur le mode de la pièce à l'envers. Critique affectueuse du théâtre et de sa théâtralité, dans la tradition de l'ancien boulevard du crime. Strip total jusqu'à l'os, un fait divers débouche sur un drame historique: la Troisième Guerre mondiale, dont les protagonistes . ne sont autres que Philippe Azoulay et Alain Catonné. Comédia dei arte, cinéma burlesque américain , théâtre oriental, Fast & Food, c'est tout ça à la fois. Un spectacle très prometteur. J.B. et qui part au mois de septembre pour quelques années se ressourcer dans l'Afrique profonde, ça nous promet quelques bons disques. Le. groupe Misty in Roots ensuite, qUI après People Unite in progress (3), vient tout juste de sortir un autre album Musique 0-Tunya. Un reggae très africain en provenance du Zimbabwe et de la Zambie. Ça claque super, c'est du grand reggae à la Pablo Moses. Le souvenir de l'immense Bob Marley hante la conscience de toutes les nouvelles générations du reggae. Il peut dormir tranquille, ses frères ne sont pas prêts d'oublier sa simplicité, son rayonnement, source incessante d'inspiration. . D Stéphane JAKIN (1) Hommage à Marley EM/DIS distribution. (2) Stop that train SFPP distribution. (3) People Unite publications LTD. 31 Fast & Food. Les Macloma à Dejazet, 41, boulevard du Temple, 75003 Paris. Tél. : 887.97.34. Jusqu'au 29 juin, réduction accordée au porteur du badge « Touche pas à mon pote ». PLOUM, PLOUM TRALALA. A livre grand ouvert, c'est l'histoire de Ti Jean. Un petit garçon désobéissant, qui fait beaucoup de peine à sa maman car il se fout du bon dieu. Mais quand le diable demande sa rançon, il n'entend plus raison ... On vagabonde dans des lieux magiques, on cause aux bêtes avec le compé Macaque, compé Touloulou-crabe et le compé crapaud. L'imaginaire des Antilles se dévoile, c'est très musical, très visuel. D. C. D Ti Jean et l'oiseau Diable. Théâtre Noir, 16, rue Louis-Braille, 75002 Paris. Matinées enfantines les mercredi, samedi et dimanche, jusqu'au 30 juin (15 h). DIX ANS PLUS TARD. La première création de la troupe du Théâtre noir en 1975 avait été Gouverneurs de la rosée. Dix ans plus tard, sur les mêmes planches de ce théâtre qu'il a fondé, Benjamin Jules-Rosette . a repris ce grand classique de la littérature haïtienne. Paru en 1945, Gouverneurs de la rosée, ce roman de Jacques Roumain, écrivain et homme politique, conte le retour de Manuel à Haïti, dans son village natal, après quinze ans de labeur à Cuba. Retour douloureux, puisque paysage comme coeurs ont changé. Un déboisement inconsidéré a perturbé l'équilibre naturel, privant le village d'eau et entraînant sécheresse et misère. Au village, le sang a coulé , suite au partage des terres et la grande famille de jadis se trouve maintenant scindée en deux clans ennemis. La fatalité et la résignation des villageois qui, tour à tour, s'en remettent à Dieu ou aux pratiques vaudou sont inacceptables pour Manuel qui a connu dans l'exil la rage qui fait tenir debout et les luttes sociales: « Les affaires du ciel et les affaires de la terre, ça fait deux. » Et pour ce qui est de ces affaires-là, celles de la terre et de la solidarité Manuel va les prendre en main e~ partant à la recherche d'une source. Source dont l'eau lavera le sang versé et fera de chacun le gouverneur de la rosée, le maître et responsable de sa propre terre. Tra~ersé, imprégné du parler créole, servI par. des acteurs de qualité, Gouverneurs de la rosée, cri de révolte et d'amour, continue de remporter maintenant, comme il y a dix ans, l'adhésion du public. C. M. D Gouverneurs de la rosée. Théâtre noir. Mise en scène de Benjamin Jules-Rosette. CULTURES - Toiles- DIEU FOULARDS, DIEU MADRAS Le cinéma des Caraïbes existe, nous l'avons rencontré et il n'avait rien d'exotique L es films de qualité ne manquent pas aux Antilles françaises, . comme dans l'ensemble des Caraïbes. Ils ne constituent pourtant que des aventures, extraordinaires certes, mais à portée limitée. Mises bout à bout, ces oeuvres cinématographiques disent malgré tout les Caraïbes. La recherche d'une identité s'accompagne d'un souci constant de réalisme social et d'une référence régulière à l'Afrique. L'image donnée des Caraïbes par ses propres cinéastes commence par une ré appropriation du paysage rural, symbole de la naissance de ce nouvel univers né de la déportation de millions d'hommes. A vec ce retour vers les campagnes, s'affirment des cinémas de « dénonciation» sociale. Mais, parce qu'ils s'insèrent dans des sociétés profondément marquées par l'irrationnel, ces films sont traversés par un symbolisme poétique, voire fantastique. La référence au thème du zombie et aux pratiques magiques, aux dieux africains, dans de nombreuses oeuvres récentes produites dans les Antilles françaises, à Cuba et en Haïti, traduit bien ce mouvement. On ne peut cependant pas encore parler, du point de vue de l'écriture, de cinéma régional. Paradoxalement, c'est un film réalisé par uri. non Antillais (un «métro »: François Migeat) qui permet de poser un autre regard sur l'identité culturelle antillaise et le cinéma. Le Sang du flamboyant porte en lui les éléments d'un cinéma caraïbe authentique, par sa référence à des situations caractéristiques des Antilles, de Haïti, Cuba ou Porto-Rico, c'est-à-dire modelées dans le creuset culturel caraïbe : personnage de l'esclave en fuite, thème du voyage - retour spirituel vers l'Afrique, invocation des dieux africains, place du conte et liens avec les disparus, relation maître-esclave ... François Migeat installe également les Antilles dans leur cadre rural. Il fait référence à la veillée funéraire et au conte comme véhicules de la mémoire antillaise ce qui, effectivement, correspond à des pratiques encore fort vivaces dans les campagnes. Le scénario du Sang du flamboyant est inspiré d'un fait réel: l'affaire Beauregard. Toutefois, et le réalisateur le dit clairement : « Il n'en est ni la relation fidèle, ni l'analyse psychologique, mais plutôt une projection plus large dans le contexte antillais. (00') Albon, c'est l'homme qui, dans les bois, renoue avec la tradition des nègres marrons, ajoute François Migeat. Il réinvente leurs tactiques, retrouve leurs caches et leurs sentiers. Il est aussi celui qui, farouchement, s'attaque aux institutions et à l'administration coloniale, celui qui se rebelle contre la toute-puissance du propriétaire terrien. » Un espace en mouvement La référence à l'Afrique permet aujourd'hui d'affirmer le cinéma antillais dans son cadre caraïbe. Les Caraïbes, pourtant, n'ont pas été faites que d'apports culturels africains; aujourd'hui, pourtant, cette phase est nécessaire. A une époque où l'apport français est ressenti comme coercitif, où nombre d'auteurs se posent la question de l'indépendance ou de l'autonomie, une telle reconquête de l'espace culturel caraïbe commun est synonyme de mouvement; en un langage plus « marxiste », on pourrait qualifier cette référence de « révolutionnaire ». Le premier court métrage d'Euzhan Paley, l'Atelier du diabie, s'inscrivait tout droit dans cette réappropriation de l'espace rural en montrant les liens entre des enfants et un vieux forgeron , personnage mytique « qui fait peur » à tout un village martiniquais. Ce petit film situe d'emblée l'oeuvre d'Euzhan Paley dans les Caraïbes. On y sent les Antilles forgées par un grand diable, un génie venu tout droit de l'Afrique. 32 On ne présente plus Rue Cases Nègres, le film d'Euzhan Paley, tiré d'un roman de Joseph Zobel et qui, à sa publication en 1950 (signe révélateur), fut interdit de diffusion aux Antilles. Ce qui est important dans Rue Case Nègres, audelà de l'histoire de José, c'est la filiation très nette qui s'établit et se perpétue avec l'Afrique. Le personnage du vieux Médouze est interprété, avec force , par Douta Sek, le très grand acteur sénégalais. Comme François Migeat dans le Sang du flamboyant, mais avec plus de réussite, Euzhan Paley n'a pas hésité à recourir à un acteur africain. C'est la voix puissante et grave de Médouze qui vient, à l'heure où le rêve se saisit de l'enfant, dire la mémoire de l'Afrique et de l'univers des esclaves révoltés. Médouze, c'est aussi la terre dans sa relation magique à l'homme ; non pas la terre qui opprime et qui brise l'homme par la canne à sucre qu'il faut couper, mais la terre caraïbe qui génère, source de savoir et de poésie. Rue Cases Nègres, c'est les racines antillaises dites à un enfant qui découvre une culture d'exportation. Au moment où le jeune José va quitter le village pour apprendre le français classique, une voix intérieure (venue des temps immémoriaux) lui confie: « Que demeure en toi tout ce qui est ton fie. » Les guerriers arawaks Bourg la Folie, de Benjamin-Jules Rosette, le dernier film produit à la Martinique. est, lui aussi, fait de ce retour au monde rural. Adapté du roman de Roland 8rival, Martinique des cendres, Bourg la Folie essaie de saisir encore plus nettement le mystère de la naissance des Caraïbes contemporaines. La référence aux Indiens Arawaks, premiers habitants des îles, y est très explicite. Thomas l'Eugénie (la figure centrale du film) vit. à certains moments de son existence. la L'affiche de Bourg-la-Folie de Be1ljami1l j. Rosette. Darling Légitimus vedette de Rue ·.Cases Nègres Différences - N° 46-47 - Juin-Juil/et 1985 33 réincarnation d'un guerrier Arawak de retour sur le! terres ancestrales pour réclamer son dû. Le film trace un trait d'union entre le particulier (le petit village antillais et ses habitants mi-pêcheurs, mi-coupeurs de canne) et l'universel (les Caraïbes et le tiers monde avec leur cortège de misère et de violence). En utilisant le thème de la folie (mais n'est-ce pas là la désignation «officielle » de la possession ?), la relation collective au conte, à la veillée funéraire appelant au retour intellectuel vers les racines indiennes, Benjamin- Jules Rosette fait oeuvre de cinéaste véritablement caraïbe. Il rejoint ce grand mouvement culturel et cinématographique qui, de Cuba à Haïti, en passant par Porto Rico et les Antilles, dit les racines communes. N'est-ce pas là aussi l'héritage d'Aimé Césaire? « Pas une touffe de sommeil, pas une touffe de silence qui ne cache un dieu ... et les voix me disent que je suis un traître, je ne suis pas un ingrat ... je me prosterne, je baisse la tête et le chevreau bêle en mon coeur. » (Et les chiens se taisaient. ) Une évolution thématique Bourg la Folie est un film clef pour le cinéma antillais. Moins abouti du point de vue technique, moins grand public que Rue Cases Nègres, il n'en est pas moins le premier film qui s'inscrit directement dans une cinématographie régionale caraïbe. Parce qu'il sait se libérer du point de vue thématique de la morale (et des «bons sentiments») hollywoodien, il peut contribuer efficacement à la naissance d'un cinéma antillais authentique. Avec Rue Cases Nègres et Bourg la Folie, on peut effectivement dire aujourd ' hui : « Adieu foulards, adieu madras.» Adieu l'exotisme facile! Le Cinéma antillais, comme le cinéma des Caraïbes en général, n'a pas atteint encore la dimension du cinéma cubain. Ce n'est pas une cinématographie qui s'appuie sur une politique définie, soit par un Etat, soit par une association de réalisateurs. Toutefois, on peut y décerner d'une manière très précise une évolution thématique vers l'univers caraïbe et ce, de par la volonté des auteurs. Film après film, l'édifice cinématographique antillais s'enchevêtre et se développe. Son lien avec la littérature de la Martinique et de la Guadeloupe assure cette évolution. Si les problèmes économiques du cinéma des Antilles sont ceux du cinéma d'auteur en France, aggravés par la situation héritée de la période coloniale, la volonté des réalisateurs des îles parvient à s'exprimer petit à petit. Jean-Pierre GARCIA 0 [REFLEXION ~ - Société-- LA FEMME EST ~ I_--~-----------------------------------------------------------------~ L'AVENIR DES DOM Pondeuse d'esclaves naguère, encore doudou accueillante, mais de toute façon femme et noire, l'Antillaise porte le poids de tous les préjugés. L a femme a toujours été .,J.,J l'élément stable de notre " société et le demeure, tandis que l'homme est un inconstant, un minable! » Ce propos féministe n'a pas été tenu par une militante d'une association de femmes mais, tout simplement, par un Antillais, guadeloupéen de surcroît, Mc Fred Hermantin, bâtonnier à la cour d'appel à Basse-Terre. Dans son activité, il connaît bien tous les rouages de la société antillaise et tous les maux qui affligent la femme antillaise. Car la doudou des brochures touristiques, à l'oeil de velours et à la hanche taquine, ne ressemble en rien à celle qui, chaque jour, affronte les difficultés économiques et lutte pour élever ses enfants et se libérer de l'oppression masculine. L'histoire de la femme antillaise commence lorsque son identité d'Africaine se meurt. Transportée des côtes de son Afrique natale aux rivages d'Amérique, dans les cales des bateaux négriers, sa conscience et son corps subissent la même meurtrissure : le viol. Le maître esclavagiste ne voit en elle qu'un objet sexuel et une procréatrice chargée de produire de nouveaux esclaves. La pratique du droit de cuissage ne fait pas l'ombre d'un doute. Le maître choisit aussi d'accoupler ses esclaves en fonction de leur force et de leur vitalité, et les sépare ensuite. L'homme-esclave devient un homme-étalon, un être qui doit s'abstenir de tout sentiment. Difficile pour la famille antillaise de se libérer de ce conditionnement cruel imposé par l'esclavage. En effet, aux Antilles, s'est développé un matriarcat qui, toutefois, ne signifie pas que la femme a tout pouvoir sur l'homme . Ina Césaire, ethnologue , fille du poète martiniquais, précise qu'il s'agit, plus exactement, d'un «système matriarcal sous système patriarcal ». Pour Claudie Beauvue-Fougeyrollas (1) , il s'agit d'un 34 matriarcat de substitution, car la femme est contrainte de devenir le chef de famille. Cette situation ne doit pas être généralisée, mais ce mode de vie se trouve très répandu, autant à la ville qu'à la campagne. Se mettre en ménage La femme se retrouve donc seule à son foyer pour élever les enfants qu'elle a eus avec un ou plusieurs concubins, lesquels ne les reconnaissent pas forcément. Permissivité des moeurs? Ce n'est pas l'avis de Denise, jeune femme guadeloupéenne d'une vingtaine d'années, qui, très jeune, a souffert des incartades de son père qui a, jusqu'à ce jour, refusé de lui donner son nom. La mère de Denise a eu huit enfants de cinq pères différents, sans être mariée. L'abandon de chaque concubin la laissait dans une situation toujours plus difficile.


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Afin d'échapper à la misère qui la guettait, elle acceptait de se remettre en ménage avec un autre homme qui les mettrait, elle et ses enfants, soi-disant, à l'abri du besoin. Le père de Denise eut trois enfants avec cette femme. Sur les trois, seule Denise ne fut pas reconnue, pour une raison qu'elle ignore toujours. «Je me suis sentie doublement abandonnée. Cela ne m'incite guère à rechercher un compagnon et je préfère vivre seule. » Il ne s'agit pas non plus de libération sexuelle, mais d'un véritable engrenage économique et social, auquel la femme peut difficilement se soustraire, sauf si elle a pris conscience très jeune de cet état de fait. L'adolescente, qui n'a pu continuer ses études, ne songe qu'à avoir un foyer avec des enfants et un mari. Si elle accepte le concubinage, c'est pour mieux se préparer au mariage, un mariage qui devient peu à peu mythique. Dès qu'elle devient enceinte, son compagnon refuse de prendre ses responsabilités et se défile. Pour lui, la preuve de sa virilité est irréfutable ; pour elle, il ne lui reste plus qu'à se débrouiller pour survivre et élever son enfant (2). Une mentalité d'assisté? Peu instruite, elle ne peut qu'exercer des petits travaux peu rémunérés : si elle n'est pas employée de maison, elle est agricultrice et vend elle-même les produits de son jardin sur le marché, domaine réservé des femmes, dont les hommes sont complètement absents. On la trouvre aussi vendeuse ambulante. A Pointe-à-Pitre, sur les trottoirs qui bordent les artères principales, elle s'improvise cordonnière, bimbelotière, fleuriste pour quelques bouquets d'anthurium ... Mme George Tarer, maire adjoint de Pointe-à-Pitre depuis 1959, présidente de l'Union des femmes guadeloupéennes, sage-femme et mère de sept enfants, est confrontée chaque jour à la situation dramatique de ces femmes, nombreuses à attendre devant son bureau. « Elles se sentent responsables et sont prêtes à tout pour élever leurs enfants. Pendant l'esclavage, l'enfant appartenait à la mère et non à l'homme. Ces femmes ont une notion de leurs responsabilités que l'on peut aisément qualifier d'historique. » Afin de les aider sur le plan matériel, les caisses d'allocations familiales leur versent des indemnités, à un taux d'ailleurs bien inférieur à celui de la métropole, ce qui soulève de vives polémiques. Dans les années soixantedix, période de plein emploi, l'Etat français est accusé de mener une poli- Différences - N° 46-47 ~ Juin-Juillet 1985 tique nataliste dans les départements d'outre-mer. On assiste, il est vrai, à une explosion démographique. La France a alors besoin de bras. Par le biais du BUMIDOM (3), les Antillais s'expatrient. Puis, la crise s'étant installée, les naissances diminuent. Une anecdote sur ces allocations (4) montre bien l'état d'esprit qui anime la communauté antillaise. Deux femmes s'étaient brusquement fâchées. La première, qui savait que son ex-amie touchait l'allocation femme seule, mais recevait chaque nuit son mari, eut l'obligeance de prévenir la caisse d'allocations familiales. Un contrôle fut effectué en pleine nuit et la supercherie découverte. La coupable se vit supprimer son allocation et fut astreinte à payer une amende. Quant à la religion, elle pèse lourd sur la condition féminine. Le catholicisme a une forte emprise sur la femme antillaise. Au moment des fêtes religieuses, les églises sont pleines à craquer ... de femmes. Religion importée par les esclavagistes, elle s'est bien implantée aux Antilles. Les prêtres ont répandu l'idée que l'Eglise s'était toujours opposée à cette exploitation de l'homme par l'homme. Il semblerait toutefois que, pendant la période de l'esclavage, ils ne soient guère intervenus en faveur des esclaves. Le culte de la Vierge a beaucoup sensibilisé les Antillaises. A cette adoration s'ajoute l'image de la mère et de la fécondité, d'où la réticence qu'elles manifestent à l'emploi de contraceptifs. Le catholicisme ayant introduit la notion de péché, beaucoup d'Antillaises se trouvent rejetées par cette religion, en raison du concubinage et des enfants qu'elles ont eus hors du mariage. Une battante Mais elles n'en gardent pas moins la foi. Alors, elles se tournent vers les sectes qui fleurissent un.. peu partout aux Antilles, témoignant ainsi du désarroi spirituel qui s'est emparé d'elles. Claudie Beauvue-Fougeyrollas précise que «depuis les années soixante, diverses communautés - Témoins de Jéhovah, adventistes, évangélistes, pentecôtistes -, se sont implantées en Guadeloupe et en Martinique, avec l'aide matérielles des sièges situés le plus souvent aux Etats-Unis ». Mais, peu à peu, la femme antillaise prend conscience de tous ces problèmes. C'est une battante, comme la qualifie Ina Césaire. Elle lutte avec acharnement afin que ses enfants s'instruisent. Les filles s'intéressent de plus près aux études et travaillent davantage que les garçons. D'après des sources 35 INSEE, entre 1971 et 1976, en Guadeloupe, deux tiers des filles arrivaient dans le secondaire contre un tiers des garçons. Chaque année, le nombre de filles diplômées est plus élevé que celui des garçons. «Nous retrouverons les femmes dans tous les créneaux quand notre pays se développera », affirme Mme George - Tarer. Elles choisissent d'exercer maintenant des métiers réservés autrefois à la gente masculine. Elles sont médecins, avocates, professeurs, etc. Elles pénètrent, par ailleurs, largement le monde culturel et artistique. Citons Euzhan Paley, réalisatrice de Rue Cases Nègres, Maryse Condé, romancière, dramaturge et critique. A la poursuite de leur identité, elles se préparent à un véritable retour aux sources, à un retour vers l'authenticité culturelle qui passe par l'africanité. Ce mouvement se traduit notamment dans la mode vestimentaire féminine qui s'est créée depuis quelques années à Paris. L'africanisation du style témoigne de l'engouement des Antillaises pour leurs origines, et de leur désir de faire disparaître la déculturation dont elles ont fait l'objet depuis l'esclavage. Porteuses d'histoire, leur action et le rôle qu'elles auront à tenir à l'avenir seront déterminants pour la société antillaise. Pour Ina Césaire, « on assiste à l'émergence d'une nouvelle femme antillaise: elle est dynamique, c'est le moteur d'une prise de conscience culturelle qui peut déboucher sur une prise de conscience politique ». 0 Mariette HUBERT (1) Auteur d'un ouvrage sociologique intitulé la Femme antillaise. (2) 30 % des Antillaises sont mères-célibataires. (3)Créé en 1963, le Bureau pour les migrations des départements d'outre-mer eut pour principale fonction de diminuer le chômage dans les DOMTOM en drainant vers la métropole une maind'oeuvre non qualifiée. De mauvaise réputation, il a changé de nom et est devenu, en 1981, l'ANT : Agence nationale pour l'insertion et la promotion des travailleurs d'outre-mer. (4) Si la mère célibataire peut prouver qu'elle est seule pour élever ses enfants, elle percevra l'allocation orphelin ainsi que les allocations familiales. Si ses revenus sont insuffisants, elle percevra le complément familial si l'enfant a moins de trois ans. L'ensemble de ces allocations est connu sous l'appellation: allocation femme seule. Bibliographie : Les Femmes antillaises, de Claudie Beauvue-Fougeyrollas, éditions L'Harmattan. Sé kouto sel (le Couteau seul), la condition féminine aux Antilles, par France Alibar et Pierrette Lembeye- Boy, éditions caribéennes. Mémoires d'isles, Maman F. et Maman N., Ina Césaire, éditions caribéennes. Madras, journal de l'Union des femmes guadeloupéennes. HISTOIRE - Révolutions ,- passees LIBERTE, EGALITE, CANNE A SUCRE Hugo a tout fait, même écrire sur les Antilles. Mais il y a a Révolution française n'a pas découvert la question L de l'escalavage des nègres, ni celle des colonies. Ell.e ne les a pas non plus réglées . Des principes, OUI. Beaucoup de bonnes paroles. Mais, dans la réalité, beaucoup d'atermoiements et de méfiance. C'était compliqué, c'est vrai. Il y avait la pression des colons blancs , des choix économiques décisifs, les menaces de l'Angleterre et de l'Espagne. Tout de même, laissons à Marat, peut-être le seul à envisager le problème colonial sous tous ses aspects, le soin de le dire: « Nous vantons notre philosophie et notre liberté, mais nous ne somf!1es pas moins esclaves de nos préjugés et de nos mandataIres que nous l'étions il y a dix siècles. » La révolution, ce fut aux Noirs eux-mêmes de la faire. Ils y étaient prêts: « De tous temps prêts, m.ûris pa~ la souffrance », dira Aimé Césaire. Emeutes, msurrectlOns éclatèrent partout, mais avec des fortunes diverses. A Saint-Domingue, autour de la figure désormais légendaire de Toussaint Louverture , le combat commencé le 22 août 1791 aboutira douze ans après à cette proclamation: « Au nom des Noirs et des hommes de couleur, l'indépendance de Saint-Domingue est. proclamée. Rendus à notre dignité primitive, nous avons assuré nos droits. Nous jurons de. ne jamais céder à aucune puissance de la terre. » SamtDomingue devenait Haïti. Des insurgés grotesques ou terrifiants Quelque quinze ans plus tard, le jeune Hugo~ du ~aut de . ses seize ans, parie qu'il écrira un roman en qumze J?ur~. Il le fait, et c'est à Saint-Domingue, en 1791, qU'II situe l'intrigue de Bug-Jargal. Couleur locale, apparente documentation historique , sentiments passionnés, tout y est. Résultat, une vision de la révolution haïtienne qui hésite constamment entre l'approche sentimentale, philantrope et négrophile , et le sourd mépris poyr un peuple const~mment renvoyé à l'image repoussoir du sauvage, stupld~, superstitieux, cruel. Le héros Léopold d' A vern~y , demllion superbe et généreux marqué par la Vie, pense « bien}}: « La triste condition des esclaves était encore aggravée par l'insensibilité de leur maître ... Nous étions donc obligés de nous borner à soulager en secret des maux que nous ne pouvions prévenir. » Pris dans la tourmente des insurrections, il est alors confronté au monde des esclaves qu'il a jusqu'alors pu éviter: « La disposition naturelle de mon esprit m'avait tenu éLoigné des plantations où les Noir: travaillai~nt. Il m'éta~t trop pénible de voir souffrir des etres que Je ne pOUVaIS soulager. » Vient la description de ce nouveau monde, celui de l'insurrection. Une figure domine, positive, rivalisant de générosité et d'honneur, celle de Bug-Jargal, décrit pour .Ia première fois de cette édifiante façon: « Je me rappeLaIS, 36 Le méchant Biassou et ses troupes, dans une édition du XIX' siècle. loin de son Bug-Jargal à Toussaint Louverture. non sans étonnement, l'air de rudesse et de majesté empreint sur son visage au milieu des signes caractéristiques de la race africaine, l'éclat de ses yeux, La blancheur de ses dents sur le noir éclatant de sa peau, la largeur de son front, surprenante, surtout chez un nègre ... » Puis c'est la masse des insurgés, tantôt grotesques ( Dans une autre disposition d'esprit, je n'aurais pu m'empêcher de rire de l'inepte vanité des Noirs, qui étaient presque tous chargés d'ornements militaires et sacerdotaux, dépouilles de leurs victimes ») , tantôt terrifiants , mais toujours crédules et manipulés par leurs chefs. « Toutes les forces des rebelles n'étaient qu'un amas de moyens sans but, et, en cette armée, il n'y avait pas moins de désordre dans les idées que dans les hommes ... Ce flot de barbares et de sauvages passe enfin ... » Passe la troupe, viennent les chefs. C'est surtout ici qu'intervient l'apparente documentation historique de l'auteur. Presque tous les chefs historiques sont cités, mais Hugo s'attarde surtout sur Jean Biassou: «Sa figure ignoble offrait un mélange de finesse et de cruauté. » Biassou concentre à lui tout seul toutes les abominations de la nature humaine: fourbe, cruel, cupide, rusé , vaniteux, il exerce néanmoins une fascination sur ses troupes qui ne manquent pas d'impressionner d'Averney. Ce qui est remarquable, au vu de cette documentation historique, c'est que hormis une note très péjorative , Bug-Jargal passe totalement sous silence la figure de Toussaint Louverture, sans qui, précisément, l'insurrection haïtienne ne se serait pas transformée en révolution. Toussaint Louverture, qui fut, pour Césaire, le premier grand leader anticolonialiste que l'histoire ait produit. .. Sans lui , Biassou et les autres se seraient enlisés dans leur indécision. Il est remarquable qu'Hugo ait préféré inventer un Bug-Jargal que rendre compte d'un Toussaint. Nous sommes libres, car les plus forts Pourtant, « Toussaint, à travers toutes les étapes intermédiaires et les compromis imposés par le développement historique, ne perdit jamais de vue le but final : la libération des nègres. (1) }} C'est à la stratégie qu'il applique, à sa ténacité politique que l'on doit le décret du 4 février 1974, qui déclare «l'abolition de l'esclavage érigé en principe général, valable pour toutes les colonies ». Décret qui d'ailleurs restera lettre morte pour tous, sauf à Haïti (2) . C'est aussi à lui qu'Haïti, et elle seule, doit d'avoir résisté à toutes les tentatives, notamment à celle du Consulat, pour revenir sur cette victoire : « Ce n'est pas une liberté de circonstance concédée à nous seuls que nous voulons, c'est l'adoption absolue de principe que tout homme. né rouge, noir ou blanc, ne peut être la propriété de son semblable. Nous sommes libres aujourd'hui parce que nous sommes les plus forts. Le consul maintient l'esclavage à la Martinique et Différences - N° 46·47 - Juin-Juillet 1985 37 à Bourbon (3), nous serons donc esclaves quand iL sera le pLus fort. » Toussaint Louverture n'ira pas jusqu'au bout du chemin , mais c'est lui qui l'a tracé. Parmi ses successeurs, Henri Christophe, devenu le général Christophe. L'indépendance conquise, une autre histoire commence, qu'Aimé Césaire raconte dans la Tragédie du roi Christophe: « Je demande trop aux hommes! dit Christophe. Mais pas assez aux nègres, dame. S'il y a une chose qui m'irrite, c'est entendre nos philosophes clamer. .. que tous les hommes sont des hommes et qu'il n'y a ni Blancs, ni Noirs. C'est penser hors du monde, Madame ... A qui f era-t-on croire que tous les hommes ont connu la déportation , la traite. l'esclavage. le collectif ravalement à la bête. le total outrage ?( ... ) Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu'aux autres: plus de travail, plus de foi, plus d'enthousiasme ... C'est d'une remontée jamais vue que je parle. et malheur à celui dont le pied flanche! (4) }} Le Bug-Jagal de papier de Hugo est contemporain du Toussaint Louverture de chair et d' histoire . Mais entre un Noir qui aurait pu être blanc, et des nègres qui ne sont pas assez noirs, il y a plus que les quelque cent cinquante ans séparant les deux auteurs. D Catherine HELBERT (1) Toussaint Louverture, d'Aimé Césaire, éd. Présence africaine. (2) Voir à ce sujet Le siècle des Lumières, d'Alejo Carpentier, éd. Folio. (3) Actuellement, l'Ile de la Réunion. (4) La Tragédie du roi Christophe, d'Aimé Césaire, éd. Présence africaine. VITE, JE M'ABONNE A DIFFERENCES D 160 F (1 an) D 90 F (6 mois) D 200 F (soutien) Nom: .... Prénom: . Adresse: Bulletin dûment rempli à retourner, accompagné d'un chèque, à : Différences, service abonnements 89, rue Oberkampf, 75011 Paris 1 an étranger: 190 F ; chômeur et étudiant: 140 F. LA PAROLE A Antoine Spire «L'intelligence "- gene ... » « Voix du silence » ••• Un titre à la Malraux pour une émission de radio qui tente de briser celui qui règne encore trop, aujourd'hui par le monde; ce silence qui emmure des hommes et leurs droits d'expression. Antoine Spire se propose d'aborder tous les pays où les libertés sont bafouées et de donner la parole aux intellectuels qui ne l'ont pas ... Différences: N'est-ce pas restrictif de s'en tenir au « sort» des intellectuels? A. S. : Si, bien sûr! Mais dans cette série d'émissions, il s'agit surtout des « droits de l'esprit ». Nous avons démarré en octobre dernier en traitant du sort des intellectuels dans les prisons de Turquie. Et nous avons continué avec: le Chili, la Tchécoslovaquie, l'Afghanistan, le Guatémala, la Corée du Sud, etc., tout azimut! Aucune exclusive. Ce n'est pas une émission partisane. Nous visons à montrer des faits, à donner la parole aux gens, sans a priori politique. Moi-même, qui suis juif et de confession israélite, j'ai fait une émission sur la Palestine; sur les atteintes aux droits de l'homme dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza. Pas de sujets tabous! Qu'on me mette au défi de traiter d'un pays! ... Différences: Mis à part ... la France (?). A. S. (demi-sourire) : Ça oui, ça ne fait pas encore partie du « cahier des charges » de l'émission, mais je ne désespère pas. Les choses se sont quand même améliorées depuis 1981. Quelqu'un comme Knobelspiess, qui est aussi un intellectuel en prison, devrait pouvoir faire le sujet d'une émission. Un jour, je voudrais, d'ailleurs, traiter des prisons françaises ... Un autre sujet me tient aussi à coeur: les difficultés de certaines personnes en France à être publiées, à rencontrer des éditeurs, à trouver des « débouchés ». Et ça, c'est bien aussi un problème de ... silence ! Différences: Quelles réactions jusqu'à présent à ces « Voix du silence» ? A. S. : On reçoit des lettres et beaucoup de gens nous contactent, nous téléphonent, souhaitent ponctuellement témoigner, participer. Par exemple, nous ferons prochainement une émission entière sur les minorités ... assyro-chaldéennes (oui !) de Turquie et d'Irak que l'on empêche de s'exprimer dans ces pays. Je n'avais absolument pas connaissance de ce problème qui m'a été signalé récemment par le travail d'un universitaire nommé Joseph Yacoub ... Pour certains pays à régime plus ou moins dictatorial, certains interlocuteurs craignant des représailles, même indirectes (sur des membres de leur famille, etc.), demandent un anonymat que nous respectons absolument (avec des précautions techniques de déformation de voix, etc.). Ça a été le cas, par exemple, dans les émissions sur la Turquie et la Yougoslavie . Différences: Mais il vous est aussi arrivé de traiter de pays où les atteintes aux droits de l'homme ont cessé d'être préoccupantes ... A. S. : Oui. Comme la Grèce qui est redevenue un pays démocratique. Mais un certain nombre d'intellectuels ont encore du mal à s'exprimer là-bas; surtout les anciens « exilés » qui éprouvent des difficultés à renouer le lien avec leur patrie. Nous avons d'ailleurs abordé la question du monopole sur la télé et la radio que s'arroge le gouvernement grec. Libre de publier des livres, un intellectuel grec « de droite » ne peut plus aujourd'hui s'exprimer sur les ondes ... Voyez, pas d'exclusive! A « Voix du silence » on a aussi parlé de ça. 0 Propos recueillis par Jean-Jacques PIKON « Voix du silence » sur France Culture (F.M. à Paris: 93.35 MHz) tous les samedis à partir de 8 h 30. En fin d'émission et selon chaque pays concerné: une bibliographie et un mini-journal d'infos internationales, le tout illustré par des textes et musiques du pays. 38 COURRIER Réponse à Griotteray Alain Griotteray, dans un livre intitulé bravement« Immigrés, le choc », se fend de la désormais classique digression génétique, expliquant scientifiquement pourquoi il faut renvoyer les Maghrébins. Nous avons fait lire ces pages à Albert Jacquard, généticien des populations. Différences attire mon attention sur quelques pages d'un ouvrage d'Alain Griotteray, « Les immigrés, le choc » . Il est question , pages 140 et 141, d'hérédité et de génétique. Comme je suis, de métier, généticien, je lis ; et je suis effondré devant tant d'absurdité. Comment des gens qui ne doivent pas être complètemerlt ignares, puisqu'ils sont capables d'écrire un livre sans faire de fautes d'orthographe, sont-ils aussi ignorants des choses de la génétique? Il est question de « carte chromosomique », de « mécanismes de l'hérédité qui sont stables », d'une « communauté d'hommes qui se sont mêlés sur un sol », et même de « patrimoine génétique répondant au patrimoine spirituel ». On se croirait revenu au bon vieux temps des années trente où certains s'efforçaient de caractériser la structure génétique de la race française. Certes, un gène est stable, mais parler de mémoire génétique est abusif car il s'agit de la mémoire la plus mauvaise qui soit: à chaque transmission, elle oublie la moitié du message. Le père peut être « A », pour le système sanguin bien connu, la mère « B », et l'enfant « 0 » : où est dans ce cas la mémoire ? La vraie leçon de la génétique est que chaque enfant représente une combinaison imprévisible, résultat d'une loterie qui élimine la moitié des facteurs initiaux. Elle tire les conséquences d'un fait bien connu, mais que M. Griotteray semble ignorer: chacun de nous a deux parents, donc quatre grands-parents, donc. .. 230 ancêtres à la trentième génération; faites le calcul, cela représente un milliard d'hommes et de femmes, beaucoup plus que l'effectif de l'humanité il y a un millénaire. L'erreur provient évidemment de ce que la plupart des ancêtres peuvent être atteints par de multiples chemins généalogiques: nous sommes tous consanguins, tous apparentés. Fort heureusement, nos ancêtres IMPRIMERIE WEIL Les ATELIERS du PRESSOIR 117, rue des Pyrénées 75020 PARIS CREATIONS EN BOIS PIERMONT Jouets Cadeaux Matériel pédagogique PR~T A PORTER FeMINI~ Des matériels qui concrétisent une expérience pédagogique, créés et fabriqués en France. 121, RUE DE TURENNE 75003 PARIS Des idées qui fonctionnent. Des formes différentes. Un matériau: le Bois. Tf:U:PI:J0NE 881 69-"1 n'ont pas formé « une communauté d'hommes », du moins du point de vue de la génétique ; ils ont laissé entrer dans le patrimoine génétique collectif des gens venus d'ailleurs; on peut par exemple trouver la trace de certaines invasions dans la structure des systèmes immunologiques (car les envahisseurs n'étaient pas que des guerriers qui tuaient d'autres guerriers, ils étaient des hommes qui, par des méthodes bien connues, introduisaient leurs gènes dans la population envahie). Contrairement à la phrase célèbre, nos ancêtres n'étaient pas que des Gaulois: si nous pouvions reconstituer notre généalogie jusqu'au début de l'ère chrétienne, nous y verrions des éléments inattendus: de nobles personnages et d'infâmes brigands, des Gaulois et des Romains, des soudards venus d'on ne sait où et des paysans nés dans l'Hexagone. Chacun d'eux a fourni une part si infime de notre patrimoine qu'il n'y a de quoi ni s'enorgueillir ni avoir honte. Bien sûr nous sommes des métis; et c'est fort heureux, car une «race pure» est simplement un groupe génétiquement pauvre. Albert JACQUARD I.N.E.D. Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 Catalogues, tarifs et commandes : 213, rue Aristide Briand - 77770 CHARTRETTES - TéL : (6) ~.s1.17 Les petites annonces de DIFFÉRENCES . Vacances composées: artisanat (meubles peints, laine filée, teinte, tissée). Tourisme. Gastronomie. Le Falga, 82400 Montjoi. n° 80 Vagabondages pédestres. Randonnées en France (Oisans, Mercantour, Ht-Verdon, 7 Laux) et en Europe (Autriche, Yougoslavie, Dolomites, Piémont). Association « Le Renard Vagabond », 30, galerie des Baladins, 38100 Grenoble. Tél.: (76) 40.18.60 et 09.14.92. n" 81 A pied: au départ d'une auberge rurale, venez découvrir la moyenne montagne au sein d'un petit groupe sympa. La Sauvagine, 26410 Glandage. Tél.: (75) 21.10.06. n° 82, Chantiers jeunes Emmaüs organisés par l'UACE de juin à septembre pour garçons et filles à partir de 18 ans. Rens. à Emmaüs, rue du Canal, 25200 Montbéliard. Tél. : (81) 98.43.98. n° 77 Guide des possibilités d'emploi et de stages à l'étranger. Enregistré au dépôt légal, Canada, Australie, Amérique, etc. Informations pratiques et adresses utiles, de sources publiques et privées. Envoi contre 90 F à International diffusion éditions, code 41, BP 30, 76310 Sainte-Adresse. Satisfait ou remboursé. n° 79 Stages en Provence: tissage , peinture, poterie, photo, danse, sculpture, tapisserie. 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T .C. la ligne (26 signes ou espaces) Texte et règlement à Différences: 89, rue Oberkampf 75011 Paris Tél. 806.88.33 Les membres de la Société des amis de Différences bénéficient d'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes) L 1 1 1 Ll. _1. 1 1 1 1 1 1 1 LLJ ... ..L 1 1 1 -L-J---L......JI L 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1.-1 L~I ~~I~-LCharles.-L~I-L~~LI ~I~I~~LI CharlesI-LJL.J L~ 1- L-L-L12 janvier 2012 à 18:08 (UTC)~_12 janvier 2012 à 18:08 (UTC)-L1- L-L-L-L~-L~J_~~LI~ I L 1 1 1 X------ __ ~_ 1 39 AGENDA JUIN 1 au 30 juin, sessions du Séminaire national de formation de formateurs en langue berbère, sous la direction de Yahia Djafri , à Créteil, Paris et SaintOuen. Rens. : 223.58.22. 1 au 23 juin, reprise de l'expo. sition consacrée à Atlanta à l'espace de la Coupole, à la Défense. Rens . à la Maison des cultures du monde, 586.58.29. 2 au 17 juin, Rencontres internationales Théâtre enfance jeunesse, au théâtre des jeunes années à Lyon. 14 compagnies, 17 spectacles. Rens . : (7) 864.14.24. 3 au 7 juin, l'atelier de théâtre musical populaire de Villeurbanne présente sa troisième création, Renart, d'après le roman de Renart. Rens.: (7) 885.79.97. 3 au 8 juin, II' ,Festival. i~terculturel de 1 UniVerSite de Paris VIII, Saint-Denis. Musique, cinéma, débats. Rens. : 821.63.64, poste 16.37. 5 juin à 14 h 30, traditionnelle fête des enfants du MontMesly, placée cette année sous le signe du Moyen Age. Rens. à la MJC du Mont-Mesly, 377.58.60. 5 Au lycée de Vilgénis, colloque Informatique et Ecole, réunissant des enseignants et toutes personnes concernées. Rens. : 078.37.34. 6 au 29 juin, peintures et aquarelles de Caroline Sagot-Duvauroux, galerie Monique-Picard, cité Derrière 15,1005 Lausanne. Tél. : 021.20.79.28. 7 et 8 juin, forum jeunes organisé par l'association Ecume à Marseille , sur le thème: Cinéma et vidéo en Méditerranée. Rens. : (91) 50.60.18. 7 au 22 juin, Turbulence, un spectacle interprété par des adolescents élèves de collèges et lycées du XX' arrondissement, au TEP à Paris. Rens.: 364.94.94. 8 et 9 juin Congrès du MRAP à Pantin avec, pendant la soirée du samedi, un concert du groupe Apartheid not. Rens. : 806.88.00. 12 au 15 juin, Shimizu Yasuaki, saxophoniste japonais, se produit au théâtre de la Bastille. Un mélange étonnant de standards du jazz et de japonaiseries. 76, rue de la Roquette, 75011 Paris. Rens. : 357.42.14. 12 au 26 juin, dans le cadre du festival du Marais, la Légende des siècles, de Victor Hugo, dite et chantée sur une musique écrite pour synthétiseurs, dans la cave gothique de l'Hôtel de Beauvais, 68, rue François-Miron , 75004 Paris. Rens. : 887 .74.31. 13 Jusqu'au 10 juillet, Art et musique à l'espace AGF, avec la participation de Arrigoni Neri , Alain Gauthier, Henri Guédon, etc. Rens. : 244.11.22. 14 juin à 20 h 15, Elles se sont fait couper les cheveux, un spectacle qui veut montrer quelles images donne-ton des femmes dans les chansons écrites entre les deux guerres. Centre d'animation Mathis . Rens. : 241.50.80. 18 au 21 juin, colloque organisé à Toulouse par l'université de Toulouse Le Mirail et la Fédération des oeuvres laïques. Thème: L'intercuIturel en éducation et en sciences humaines. Rens. au CPRS, Université de Toulouse Le Mirail, 109 bis, rue Vauquelin, 31058 Toulouse Cedex. 21 A Alençon, Soirée tzigane en plein air dans le cadre de la Fête européenne de la musique. Avec Jarko Jovanovic Jagdino et le groupe Jagdine. Rens. : à la mairie. 22 A 20 heures, concert du groupe antillais Kassav au Zénith. Rens. à la salle. 22-23 juin , cinquième Moussem de l'immigration marocaine en Europe à Gennevilliers, parc des loisirs, rens. : ATMF, 793 .85.30 24 au 30 juin, dans le cadre du festival de Mâcon, rencontre avec des troupes de personnes âgées et des troupes de personnes handicapées. Rens. : (85) 38.08.38. 28 Départ du train spécial pour la fête de l'Europe organisée à Milan à l'occasion du Conseil européen des Chefs d'Etat et de gouvernement. Rens. : 246.25 .71. 28 et 29, concerts d'Henri Guédon au Puy (63) avec sa grande formation et l'ensemble choral d'Auvergne. Rens. à la mairie. 30 Dernière limite pour voir le spectacle de l'Atelier dramatique du Théâtre noir autour du conte et de la musique des Antilles. Les mercredis et samedis à 15 heures. Rens.: 322.20.24 JUillET 1 au 12 juillet. session d'arabe maghrébin organisée par Alphatis- Maghrébin à Paris XVIII' . Rens. par écrit au 27, rue de Chartr e s . 75018 Paris. 3 au 6 juillet, stage du GFEN à Grenoble: Pas de technologie,. pas de science sans fiction. Rens.: Yves BéaI, (74) 96 .20.45 . 5 au 22 juillet. la Compagnie Alain Timar présente son nouveau spectacle , Brisure au festival d'Avignon . Rens . : (90) 85.52.57. 7 au 31 , l'année de l'Inde au festival d'Avignon, en particulier « le grand Mahabharata » monté par Peter Brook. Rens. : 874.59.88. 15 au 20 juillet, le Centre Saint-Dominique et l'ACAT organisent à l'Arbresle, près de Lyon , une session sous le titre: Une éducation pour les droits de l'Homme, avec \es professeurs Aubert, Collagne et Massarenti , et Maître Guy Aurenche. Rens. : 329.88.52. 22 au 7 août, stages de football dans des camps de vacances organisés par l'association le Football - la Vie, à Saint-Brieuc . Rens . : (96) 78.07.09. 27 . Concert de Giovana Marini, dans le cadre des musiques populaires d'Italie présentées à la Chartreuse de Villeneuve- lez-A vignon . Rens . : (90) 82.67.08. AOUT 10 au 18 août, reprise du festival de Hédé, annulé en 1984. Création de Alice au pays des merveilles, balletth tfltre Rcns . : (99) 4:;.47.03 . ET ENCORE ' L'ANT propose à toute association désireuse de faire connaître la réalité des Dom-Tom une exposition gratuite sur ce sujet. S'adresser aux directions générales de l'ANT ou au siège parisien service information, Relations culturelles et associatives. Tél. : 277.60.20. ENFANTS DEFAVORISES Le Secours populaire lance une opération « pour envoyer les gosses au soleil » : il s'agit, pour ceux qui partent en vacances, d'accepter d'emmener avec eux un enfant de famille éprouvée par la pauvreté ou le chômage. Rens. : 278.50.48. D'autre part, l'Association médicale franco-palestinienne organise des parrainages en direction des enfants qui sont dans les camps de réfugiés au Sud-Liban. Rens.: 530.12.08, les mardis, jeudis et samedis après-midi . JEUX DE MASSACRES. Spectacle créé par l'Association théâtrale des enfants du quartier (18') et MRPA-Solidarité; le 9 juin, 12 h, square Villette, le 21, 21 h, place E .-Gaudot et le 25 à 20 h 30 devant Beaubourg. LE Mill RUSSE DE poa. 40 N. Pogarieloff Agrégé de russe Ce livre illustré de 224 pages est destiné aux autodidactes et à ceux qui veulent s'initier à la langue russe d'une façon rapide, pratique et intelligente, Cinquante dialogues ayant trait à la vie courante, un mémento grammatical et un lexique russe-français et français-russe composent cet ouvrage. A signaler: la partie grammaticale intégrée à tous les chapitres pour une étude rationnelle de la langue. LE .PO.l.I' ._.SS E l (livre 50 F, cassette 1 JO F + 9,50 F de port. Commandes à envoyer à Pogarieloff, 25, chemin de la Carronnerie, 3824() Meyflm). Différences - N° 46-47 - Juin-Juillet 1985 Premier épisode d'un conte d'Odile Hombert ~( : ~ J li. -_ . ..'1\1.,


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_._.::·~l~·~;J;"':" P .. 41 La suite au prochain numéro ... GIFCO DES DE PROFESSIONNELS RÉPONDENT A VOS BESOINS • mobilier et agencement de vos locaux • fournitures de bureau • informatique et bureautique • matériel et fournitures d'imprimerie • matériel et équipements de sport _GIKO 28, rue pasteur 94800 villejuif tél. : 67Z 22.60 LA BAGAGE1IE ~~tk~ 12 RUE TRONCHET - 742.53.40 41 RéJE DU FOUR - 54885.88 74 RIJE DE PASSY· 527.14.49 TOUR MONTPARNASSE - 538.65.53 PARIS LYON - LA PART-DIEU NEW-YORK - 727 MADISON AVENUE TOKYO - 5-5 GINZA f-'abriellul . .,tlp/lollllel erie • POUR VOS FILS CLASSIQUES ET FANTAISIE • POUR VOS BOBINAGES A F ACON Société MARJOLAINE 93. qua! de Valmy Tél 206 -94-73 PARIS-H)" 607-32 80 Dépo~ita i re des Eh DELMASURE (laine peignée Nm 2/28. 1/28. 1/40) LE COLLECTIF DE DIFFUSION VOUS PROPOSE Action culturelle, animation, éducation populaire, pratiques et réflexions. 5 numéros par an. Tarif: 195 F. 1 ifférences Un magazine consacré à la lutte contre le racisme - Un outil indispensable pour s'y retrouver dans la France pluri-multi- inter culturelle. 11 numéros par an. Tarif: 160 F. l'école des [] éIDOl) 0 ITUTI@[f mon village.mon pays Le bagage des acteurs du développement en milieu rural. S numéros par an. Tarif: 100 F. Publication pour la formation, l'information sur la vie civique, économique et tous sujets d 'actualité. 4 numéros par an. Tarif: 100 F. ALTERNATIVES ECDNDMI UES r Journal d 'information critique sur l'actualité économique et sociale Dossiers pédagogiques et enquêtes sur les expérimentations sociales. 7 numéros par an. Tarif: 75 F. LE ,a~~ ~, PIED Un outil pédagogique et de réflexion sur le football et son environnement. 4 numéros par an. Tarif: 100 F. DES INFORMATIONS Revue internationale. Pratiques alternatives, mouvements sociaux et créations culturelles: des utopies aux expérimentations. 4 numéros par an. Tarif: Individuel: 145F. Institution: 180 F. Informations, analyses et synthèses mélant le technique et le politique , outil de t ravail indispensable à tous ceux qui interviennent dans la vie locale. 10 numéros par an. Tarif : Individuel: 190 F. Institution: 230 F . DES OUTILS DE FORMATION A DES CONDITIONS PARTICULIEREMENT AVANTAGEUSES ECONOMISEZ 20 A 30 0/0 EN GROUPANT VOS ABONNEMENTS [p)@ [J®Ol)lt~ education 1 fonda permanente lettre d'information POUl Des réponses à vos problèmes quotidiens (petite enfance, adolescence, couple, scolarité, loisirs, etc.). Une information sérieuse et une réflexion. 10 numéros par an. Tarif: 194 F. Animer mon village, mon pays Alternatives économiques Autogestions Les Cahiers de l'Animation Les Cahiers d'Education Civique Le Contrepied Correspondance Mlllicipaie Différences L'Ecole des Parents Education permanente Fonda, lettre d'information Pour (*) Cocher les revues choisies ~ Tous les aspects de la formation des Adultes. Ouestions d'actualité ayant une incidence sur la vie associative. Réflexions et propositions pour la promotion de la vie associative. La société en mutation : Information, Education populaire, milieu rural, associations. 5 numéros par an. S numéros par an. 6 numéros par an. Tarif: 240 F. Tarif: 310 F. Tarif: 260 F. 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 Mme, M.: __________ ~ _____________________________ __ Organisme: __________________________________________ _ nO ____ rue: ------------------------------------------ Ville : ___________________________________ --------- ____ F. + _____ _ (*) Remplir la Total: F . . Remise - 20 % : ______ -'F. Net à Payer: le choisie Chèque à joindre à l'ordre de CoD. FNEPE Service A retourner à Collectif Diffusion- FNEPE Service Imlllll!l!!1! Bon Secours - 75011 Paris 43 __ ____ F. ___ - __ F. ______ F. ___ F. - 30%: ___ F. Pour les médicaments, la vitesse c'est la vie. Quand il ya urgence, il yale SERNAM, et son selVice Express. Le Service National des Messageries de la SNCF supprime le temps perdu dans les embouteillages: il va droit ;lU coeur de la ville, là où vous l'attendez. Grke à une sélection des 100 meilleurs trains,' TGV inclus, le SERNAM propose la plus grande rapidité d'acheminement à destination de 600 localités. Un flacon de sérum, une pièce de rechange, une cassette ... de quelques grammes à plus de cent kilos: le SERNAM calme l'impatience. (766.52.74). • ,

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