Différences n°40 - décembre 1984

De Archives du MRAP.

Sommaire

Sommaire du numéro

n°40 de décembre 1984

  • Les juifs d'URSS: le point par J.M. Olle [pays de l'Est]
  • Dossier Convergence 84: le Carnaval de Paris par D. Lahalle
    • Les enfants du siècle
    • La Marche et la plume
    • Un an de réflexion
  • Justice; Le Pen débouté
  • Du bon usage des photos de vacances (enfants de Nancy au Maroc) par J.P. Rousseau
  • Somalie; le charme secret d'un pays caché par E. Barbaran
  • Folie ordinaire d'une fille de Cham (thêatre) par J. Boaz
  • Quand Pigalle fait la folle par A. Senna et V. Mortaigne
  • Cinéma; festival du film antiraciste d'Amiens, cinéma des Caraïbes par J.P. Garcia
  • Jeunesse; du rock qui cause par Stephane Jakin
  • Le retour en Egypte (les juifs en Egypte) par C. Dancie
  • Laisseriez vous votre fille épouser un arabe par Dolores Aloia [racisme]
  • La parole à: Sara Alexander par Julien Boaz

Numéro au format PDF

Cliquez sur l'image ci-dessous pour avoir accès au document numérisé. Cliquez ensuite sur l'onglet "précédent" de votre navigateur pour revenir à cette page.

Texte brut

Le texte brut de ce document numérisé a été caché mais il est encore visible dans le code source de cette page. Ce texte ne sert qu'à faire des recherches avec la fonction "rechercher" dans la colonne de gauche. Si une recherche vous a amené sur cette page, nous vous conseillons de vous reporter ci-dessus au document numérisé pour en voir le contenu.

entre les peuples 1iHérences Magazine créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), édité par la Société des éditions Différences. 89, rue Oberkampf 75011 PARIS Tél. : (1) 806.88.33 DIRECTEUR DE LA PUBLICA TION Albert Lévy RÉDACTION Rédacteur en chef Jean-Michel Ollé Secrétariat de rédaction/maquettes: Véronique Mortaigne Service photos: Abdelhak Senna Culture: Daniel Chaput Relations extérieures: Danièle Simon ADMINISTRA TION /GESTION Khaled Debbah ONT PARTICIPÉ A CE NUMÉRO: Dolorès ALOIA, Emmanuelle BARBARAS, Julien BOAZ, Christiane DANCIE, Christine DELORME, Fausto GIUDICE, Jean-Pierre GARCIA, Stéphane JAKIN, Dominique LAHALLE, Annie LA URAN, Robert PA C, Alain RAUCHVARGER, Jean ROCCIA, Jean-Pierre ROUSSEA U, Yves THORA VAL. ABONNEMENTS 1 an : 160 F ,. 1 an à l'étranger: 190 F ; 6 mois: 90 F. Etudiants et chômeurs, 1 an : 140 F, 6 mois: 80 F (joindre une photocopie de la carte d'étudiant ou de la carte de pointage). Soutien : 200 F ; Abonnement d 'honneur: 1000 F. Vente à l'étranger: Algérie 14 dinars, Belgique 140 FB, Canada 3 dollars. Maroc 10 dirhams. PUBLICITÉ AU JOURNAL Photocomposition - photogravure impression: c.P. Paris Commission paritaire n °63634, ISSN 0247-9095. Dépôt légal: 3211 PHOTO COUVERTURE: Jeune homme grimé à Beaubourg Abdelhak Senna Différences - N ° 40 - Décembre 1984 DECEMBRE P01NTCHAUD _________________________________ tat Les juifS d'URSS : le point Où en sont les refusniks, et les deux millions de juifs soviétiques? Jean-Michel OLLE ACTUEL _____________ 10 Un dossier sur Convergence 84 : Les enfants du siècle Une analyse de Convergence. La Marche et la plume L'interview d'un des marcheurs de l'an dernier, devenu écrivain. Un an de réflexion Les transformations du mouvement des jeunes depuis un an . Dominique LAHALLE RENCONTRE ______________ 1tat Du bon usage des photos de vacances Ce qu'ont rapporté de leurs vacances au Maroc des enfants d'un quartier pauvre de Nancy. Jean-Pierre ROUSSEAU DOSSIER _____________ 18 Somalie : le charme secret d'un pays caché Emmanuelle BARBARAS CULTURES ____________ 24 Folie ordinaire d'une fille de Cham Julius Amédée LAOUT, Daniel MESGUISH, deux cultures pour une pièce de théâtre. Julien BOAZ Quand Pigalle fait la folle Un reportage photo sur l'un des hauts lieux du mélange parisien. Abdelhak SENNA, Véronique MORTAIGNE HISTOIRE ______________ 34 Le retour en Egypte L'histoire d'une communauté longtemps heureuse, celle des juifs en Egypte. Christiane DANCIE DÉBAT ______________________________ 3tat Laisseriez-vous votre fille épouser un arabe ? Des personnalités répondent à cette grave question. Débat préparé par Dolorès ALOIA LA PAROLE A ____________ 38 Sara ALEXANDER, chanteuse du monde. Et toujours ... Le mois, l'agenda, l'humeur, les petites annonces . .. 3 Faites trois heureux Deux de vos amis, que vous abonnez à Différences au prix exceptionnel de 260 F, soit 60 F d'économie sur le prix de deux abonnements, et vous-même qui recevrez EN CADEA U un superbe calendrier d'une valeur de 35 F. J'abonne M ___________ _ adresse .' code postal.' __ _ commune.' __ _ etM _ ________ _ _ _ ___ adresse .' code postal.' __ _ commune.' __ _ Je recevrai le calendrier 1985 de l'amitié entre les peuples Nom .' _ _ ___ Prénom .' _ ___ _ adresse .' code postal.' __ _ commune.' __ _ profession.' _______ ___ _ Comment, vous n'êtes pas vousmême abonné? Vite, je m'abonne à Différences 160F (1 an) 90F (6 mois) 200F (soutien) Bulletin dûment rempli accompagné d'un chèque à retourner à Différences, service abonnements, 89, rue Oberkampf, 75011 PARIS Abonnement 1 an étranger: 180 F. Etudiant et ch6meur 140 F. l Faites des heureux Faites des heureux Faites des heureux Faites des 4 CHERS LECTEURS TROP Trop d'impôts, trop de violence, trop d'immigrés. Quand, au café du commerce, on n'a pas assez de solutions, ce sont les trop qui trinquent. C'est vrai, des trop, il y en a trop. Trop de paroles: quand un journal demande à Chirac s'il y a un lien entre le chômage et l'immigration, il répond « naturellement ». Vous avez bien lu: na-tu-rel-le-ment. Avant Copernic, le soleil tournait autour de la Terre, naturellement. Trop de meurtres : les Turcs tombent comme des mouches, qu'ils soient syndicalistes lockoutés ou paisibles consommateurs. Trop d'hypocrisie: (presque) tout le monde feint de croire que Le Pen n'est pas raciste. Il faut que ce soit la Turquie, qui n'est pas pourtant un modèle de démocratie, qui nous apprenne dans les colonnes d'un de ses journaux, que Le Pen se déclare prêt à prendre les armes contre les travailleurs immigrés. Et tout le monde de s'étonner.' lui, dire çà, pensez-vous ... Trop' de sang: qu'est-ce qui nous reste de ces derniers jours? Gregory, Poitiers, les vieilles dames du X VIlle, voilà les événements. Seulement, ça ne fait pas système. Du coup, quand une vieille dame décrit son agresseur comme quelqu'un de bien, avec cravate, pas arabe, ça a l'air d'étonner les journalistes. Naturellement. Trop de racisme: il faut le dire, il y a trop de gens qui pensent de travers en France, ou qui ne pensent pas. On est en train de se couvrir de ridicule à l'étranger, nos voisins s'inquiètent de nous voir ainsi sombrer dans la bêtise. Non, trop, c'est trop, on n'en peut plus, on est envahis. Georgina Dufoix disait qu'on ne pourrait intégrer que quatre millions d'immigrés, et qu'en susciter de nouveaux ne rendrait pas service aux autres. Et les racistes en trop, qu'est-ce qu'on en fait ? 'Différences Trop tard: notre journal est déjà sous presse quand on apprend que «chez nous », c'est-à-dire là-bas en Nouvelle Calédonie, ça ne va pas trop bien. 5 UIFS D'URSS OINT maginez un carré. Aux 1 quatre coins, placez : la défense inconditionnelle de l'Union soviétique, la défense des droits de l'homme, l'intérêt pour le judaïsme, et l'anticommunisme. On peut, dans le champ ainsi défini, « positionner » chaque acteur de l'opinion occidentale, française en particulier, sur les juifs d'URSS. A partir de là, écrire « objectivement », voire calmement, sur le sujet relève de la quadrature du cercle, ou du jeu des quatre coins de notre enfance, sauf qu'en l'espèce chacun des partenaires campe sur sa position. Nous voulions ainsi depuis longtemps rassembler les différentes parties concernées autour d'une table ronde. Mais les crispations sont telles qu'il semble que ce soit impossible dans l'immédiat. Peut-on tenter, en attendant, de rester au ras de la situation, en élargissant concentriquement le champ à partir des cas les plus connus, ceux des refusniks emprisonnés? Quelques rappels: on sait qu'actuellement une vingtaine de personnes (voir encadré) sont emprisonnées ou reléguées dans des camps parce qu'elles ont affirmé que leur fidélité au judaïsme leur imposait d'émigrer. Condamnés sous des prétextes divers, qui vont du port d'armes à l'espionnage, en passant par la diffamation de l'Etat socialiste soviétique, ils purgent des peines allant jusqu'à quinze ans de prison pour certains, dans des conditions souvent très difficiles. La législation a récemment été renforcée, qui donne aux directeurs de camps des pouvoirs quasi -discrétionnaires d'allongement des peines infligées. Les procédés de démoralisation des détenus sont nombreux et variés. On l'a su en particulier dans le cas de Chtcharanski : isolement, 6 privation de courrier, travaux pénibles, provocations d'incidents avec les autres détenus, nourriture forcée en cas de grève de la faim. Ces cas sont peu nombreux et relativement connus. Mais ils ne sont que la phase visible d'un phénomène plus large. La fin de la détente Qu'est-ce qu'un refusnik? Un juif qui a voulu quitter l'Union soviétique, et à qui on a refusé son visa. On peut dire que les refusniks sont nés avec l'Etat d'Israël. Les massacres nazis, l'existence d'un Comité juif antifasciste avaient favorisé la réémergence d'une culture yiddish décimée par la guerre: on publiait des livres, les théâtres rouvraient à Moscou, à Minsk, etc. En 1948, brusque revirement. Au milieu des persécutions qui accompagnent la fin de Staline, les juifs ne sont pas épargnés: on se souvient du « procès des blouses blanches », médecins accusés d'avoir voulu tuer le président: la plupart d'entre eux étaient juifs. La mort de Staline mit fin à cette vague, et s'ouvrit une période de tolérance. Les juifs furent les seuls, à cette période, à être autorisés à quitter le territoire. Mais en fait, l'émigration resta limitée. Dix mille sont partis entre 1954 et 1970, au nom du regroupement des familles séparées. L'émigration s'est brusquement accélérée en 1970, après un raidissement des autorités, autour de la guerre de Six jours. Dans les années 70, il y eut jusqu'à soixante-quinze mille départs par an, le pourcentage d'installations en Israël s'amenuisant considérablement au profit d'autres pays, essentiellement les Etats-Unis. Au total, une· émigration de deux cent cinquante mille personnes sur vingt-cinq ans. L'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan et ce qu'on a appelé « la fin de la A Moscou et Léningrad, des grèves tournantes de la faim ont commencé pour soutenir les refusnlks. Qu'est-ce vraiment qu'être Juif en Union soviétique ? détente» ont mis un coup d'arrêt brutal à cette politique: en 1983, seulement mille trois cent quatorze visas ont été accordés. A noter que les autorités soviétiques justifient cette chute des départs par le fait que les regroupements de familles dispersées serait terminé, et que les demandes de visas se tarissent. Les sources occidentales, parlent, elles, de plusieurs dizaines de milliers de personnes désirant émigrer... Les autorités soviétiques sont, d'un certain point de vue, cohérentes : elles ne peuvent admettre qu'on puisse quitter le pays pour des raisons idéologiques, au sens large du mot. Tout attachement à Israël, outre des raisons familiales, est donc a priori suspecté de sionisme. Comme, d'autre part, la liberté de religion est garantie par la Constitution, qui interdit l'antisémitisme, les juifs ne devraient donc pas avoir plus de raisons d'émigrer, que les Moldaves ou les Arméniens. Différences - N° 40 - Décembre 1984 Sans finir tous en prison, les refusniks sont donc traités comme des traîtres à la Patrie: le refus d'un visa s'accompagne de la perte du travail, d'une surveillance policière et de mille tracasseries administratives. Ce qui amène les refusniks à une condamnation du système, et les place ainsi dans la même situation que les « dissidents ». Plusieurs dizaines de milliers de refusniks pour deux millions de juifs en Union soviétique, soit quinze pour cent de la population juive mondiale

là aussi, il faut élargir.

Les juifs soviétiques bénéficient, ce qui est souvent présenté en Occident comme une brimade, d'une nationalité, qui leur a été accordée, comme aux autres peuples de l'URSS après la Révolution d'octobre. Celle-ci avait soulevé l'enthousiasme d'une grande partie des juifs russes qui y avaient vu la fin des persécutions antisémites du 7 reglme tsariste. La période qui a suivi la Révolution a provoqué un mouvement d'assimilation, inconcevable auparavant. Au-delà des simples mariages mixtes, beaucoup de juifs, engagés dans le processus révolutionnaire, se sont « laïcisés ». D'autre part,"la Révolution s'est fortement opposée aux pratiques religieuses, tant juives que chrétiennes ou musulmanes. En revanche, la culture et la langue yiddish, considérées comme populaires et donc d'essence révolutionnaire, ont été favorisées, aux dépens de l'hébreu, interdit comme langue religieuse et bourgeoise. Les difficultés concrètes faites à la pratique religieuse, l'extinction progressive de la culture yiddish, l'assimilation des juifs à tous les niveaux expliquent aujourd'hui les distorsions entre refusniks persécutés, refusniks inconnus et population juive. On aboutit à ce paradoxe actuel : il y a des juifs partout et à tous les postes en URSS (1), mais en même temps l'identité juive se meurt, et les autorités 1'« assistent» dans cette agonie. D'où l'attachement de beaucoup de refusniks, comme Yossif Begun, ex-« juif intégré », à la raviver, à travers l'enseignement de l'hébreu par exemple. Et l'attachement des autorités à les en empêcher, le problème du « particularisme juif» étant considéré comme réglé dans le cadre de la société socialiste. Un fait réglé Les paradoxes de ce type sont nombreux: il y a des synagogues en URSS, mais aucun séminaire pour former des rabbins, qui doivent aller se former à l'étranger, en Hongrie. Le judaïsme est autorisé par la Constitution, mais un juif a toutes les peines du monde à pratiquer selon les rites, et doit faire des kilomètres pour trouver une boucherie cachère. L'antisémitisme est interdit par la Constitution mais on en trouve des traces dans la presse et l'université (2). Enfin, il n'y a plus une seule école yiddish dans le pays, alors que toutes les autres langues nationales sont largement enseignées. Les autorités considèrent le « fait juif» comme réglé, de sorte que toute affirmation appuyée d'identité juive est désormais considérée comme suspecte de . sionisme et d'opposition réactionnaire au socialisme. Dans la presse, et même récemment dans la Pravda, se déclenchent sporadiquement des campagnes contre le sionisme fortement teintées d'antisémitisme. S'est créé récemment un Comité antisioniste qui développe des thèses selon lesquelles les sionistes se seraient alliés aux nazis pendant la guerre. Cette addition de faits est rapide, mais, à son terme, on arrive à ce double constat: l'identité juive, pour des raisons qui ne tiennent pas seulement à la répression, est en perdition en URSS. Les autorités soviétiques, pour des raisons qui ne tiennent pas seulement à l'antisionisme et à l'antisémitisme, font tout pour qu'elle ne renaisse pas. 0 Jean-Michel OLLÉ (1) Une tentative de création d'un territoire juif, le Birobidjan, au demeurant excentré et peu industrialisé, s'est avérée illusoire: à peine 10 000 juifs y habitent. (2) Les universités scientifiques où beaucoup de jeunes juifs faisaient leurs études semblent pratiquer un numerus clausus de fait à leur égard. REFUSNIKS EMPRISONNÉS Brailovski Victor, condamné à 5 ans de rélégation. Begun Yossif, condamné à 7 ans de camp et 5 ans de rélégation. Chtcharanski Anatole, condamné à 13 ans de prison et de camp. Kanevski Boris, condamné à 5 ans de rélégation. Fiodorov YOUli, condamné à 15 ans de rélégation. Zubko Stanislav, condamné à 4 ans de camp. Tarnopolski Youri, condamné à 3 ans de camp. Shnirman Simon, deux condamnations à 3 ans de camp. Elbert Lev, condamné à 1 an de camp. Kislik Vladimir, condamné à 3 ans de camp. Kochubievski Felix, condamné à 2,5 ans de camp. Lokshin Osik, condamné à 3 ans de camp. Panariov Alexandre, condamné à 1 an de camp. Paritski Alexandre condamné à 3 ans de camp. Tsukerman Vladimir, condamné à 3 ans de camp. Mourjenko Alexi, condamné à 14 ans de réclusion. l· lE MOIS Délit de sale gueule Il Y a des décisions de justice revigorantes, simplement parce qu'elles témoignent de ce soin vigilant, qui devrait être la plus haute mission des magistrats, d'interdire à l'Etat de droit de se déliter dangereusement. L'arrêt rendu par la chambre criminelle de la cour de cassation est à classer sans hésiter dans cette catégorie. Il tend à limiter les dérapages actuels en matière de contrôles d'identité préventifs. Une question de principe où se retrouve en permanence le feu croisé des exigences policières et du respect des libertés individuelles. Là où une partie des magistrats inclinaient à entériner le « savoir-faire» policier, il était urgent de verrouiller la loi. Voilà qui est fait, mais ce n'est qu'un début: « le délit de sale gueule» perdure grâce au décret de 1946 sur les étrangers. (4 octobre) "- C'est grave Question: jusqu'où peut-on faire crédit à Georgina Dufoix, ministre de la Solidarité nationale, de ses bonnes intentions? Peut-on lui accorder que, bon an mal an, dans son plan de mesures sur l'immigration adopté au Conseil des ministres du Il octobre, les mesures répressives se trouvent compensées par celles de l'insertion? Bref, qu'il s'agit d'une politique équilibrée? C'est en ces termes, en tout cas, qu'associations, mouvements et groupements proches de l'immigration s'interrogent. Aujourd'hui, leurs réponses se précisent: rejet catégorique. A l'exception de la ClMADE qui accorde au ministre un ultime délai de grâce, tous les autres sont montés au créneau, chacun à leur manière, avec leur histoire, leur ton. A les entendre, une rupture est en voie de se dessiner avec le gouvernement. « Le gouvernement nous a toujours habitués, explique d'abord le secrétaire général du MRAP, Albert Levy, dans Libération, à une politique sur l'immigration comportant deux volets; d'un côté les mesures d'insertion; de l'autre, l'action contre les clandestins. Cela s'est vu en 1981, puis en août 83, et enfin aujourd'hui. Mais là pour la première fois, le déséquilibre est manifeste, le plus gros du plan penche vers la répression. Voyez, ajoute Albert Levy, si l'on peut reconnaître très naturellement à un pays le droit de maîtriser les flux migratoires, on ne peut pas admettre que cela se fasse en violation des droits fondamentaux de l'homme. Alimenter l'idée que les regroupements familiaux sont de l'ordre de l'immigration clandestine, c'est grave ». (15 octobre) Le crime du Havre Après le meurtre d'un enfant sénégalais de neuf ans, au Havre (13 octobre), le MRAP dans un communiqué: « souhaite que l'enquête révèle rapidement l'auteur et les motivations du meurtre de cet enfant. » et précise que « quel que soit, par ailleurs, le contexte, il est à craindre qu'une fois de plus, ce crime reflète un climat de tension dont le racisme est l'une des composantes. Cet aspect ne peut, en tout cas, être écarté d'emblée, comme certains s'empressent de le faire. Par ailleurs, ce nouveau drame montre le danger de la multiplication forcenée des armes individuelles qui se poursuit sans réglementation efficace ». (15 octobre) La faim et la soif La FAO, l'organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture, fête ses quarante ans aujourd'hui. Au même moment, les cris d'alarme se multiplient en Afrique. Au Tchad, où la sécheresse frappe à nouveau, et en Ethiopie, où près d'un demi-million d'habitants sont menacés de mourir de faim. (16 octobre) Black Nobel La scène se passe au séminaire général de théologie de NewYork. Au beau milieu des travaux, la porte s'ouvre pour laisser passer Tom Vrolsen, ambassadeur de Norvège aux EtatsUnis, un bouquet de fleurs à la main. Le diplomate s'approche de Desmond Tutu, évêque noir anglican de cinquante trois ans, président du Conseil sud-africain des Eglises (SACC), et lui annonce la nouvelle: le prix Nobel 1984 de la paix lui a été attribué le même jour à Oslo « pour son rôle de leader et de rassembleur dans la campagne visant à résoudre les problèmes de l'apartheid en Afrique du Sud» par des moyens pacifiques. A l'autre bout de la planète, au siège de la SACC de Johannesburg, la nouvelle est arrivée quasiment en même temps. Elle a été saluée par une explosion de cris de joie, et les employés ont entonné le «Notre père» en shoxa, l'une des principales langues parlées par les Noirs d' Afrique du Sud. . 8 La récompense est « un triomphe pour le peuple invisible ... Le peuple sans voix des ghettos» déclare le président de la SACC, le révérend Manas Buthelezi, qui rappelle que les soulèvements de Sharpeville et de Sebokeng, ont coûté la vie à plus de soixantequinze Noirs depuis six semaines. Le Front démocratique uni, qui regroupe quelque sept cents organisations anti-apartheid, exprime sa «profonde joie » et estime que l'attribution du prix Nobel à l'évêque Tutu est « la reconnaissance de la grande contribution de notre peuple à la recherche d'unè société libre et non raciste en Afrique du Sud ». Le président du Comité des dix, l'administration parallèle de Soweto, le Dr Nthato Motlana, qualifie l'événement de «merveilleux », et ajoute que le prix s'adresse « à tous ceux qui, comme Nelson et Winnie Mandela (le président du Congrès national africain, ANC, emprisonné à vie depuis 1964 et sa femme, bannie) se sont battus contre l'oppression ». Enfin, le chef Gatsa Buthelezi, Premier ministre du homeIand de Kwazulu et chef du Mouvement de libération zoulou, affirme qu'il s'agit d'un prix décerné à tous les Sud-africains qui s'efforcent de « libérer ce pays de la politique raciste de l'apartheid ». Par contre, le ministre sudafricain des Affaires étrangères, interrogé par les journalistes, refuse de faire le moindre commentaire. Il faut dire que les autorités sud-africaines connaissent un précédent, puisque le prix Nobel de la paix a déjà été décerné en 1960 à Albert Lutulli, président de l'ANC, à l'époque un mouvement uniquement non violent. En dépit de cette récompense, le régime raciste de Prétoria continue, vingt-quatre ans plus tard, à pratiquer la même politique. (16 octobre) Pour l'exemple Jugement plus que sévère, à Saint-Etienne, dans une série d'affaires de vols. Toumi, l'animateur de la «Marche poùr l'égalité », Toumi le « meneur» des Minguettes, écope de la peine la plus lourde. Quinze mois de prison ferme et l'arrestation à la barre. La sentence qui frappe Toumi Djaidja, figure symbolique de la Marche contre le racisme, d'il y a un an, laisse abasourdi. Même réaction chez tous ceux qui suivent de près l'évolution de la situation aux Minguettes, habitants éducateurs, mais aussi certains responsables des pouvoirs publics: « Mais pourquoi ont-ils cogné si fort? ». En fait, après l'audience de ce procès express devant le tribunal correctionnel, la véritable question qu'on peut poser est celle-ci: « Qui a-t-on voulu juger mardi à Saint-Etienne?» Des jeunes de Venissieux mêlés à des titres divers à des affaires de vols avec violence? Ou ce mouvement parti des Minguettes et qui a culminé avec l'arrivée de la Marche sur Paris et la poignée de main de François Mitterrand à l'un de ses leaders, Toumi Djaidja précisément? (17 octobre) Opération Soleil Depuis la mi-octobre, l'armée turque a engagé une action d'envergure baptisée « Opération Soleil », contre l'agitation séparatiste kurde. Le régime turc vient d'obtenir à Bagdad un accord des autorités irakiennes pour poursuivre ses opérations militaires jusque sur le territoire irakien. Les autorités turques caressent l'espoir d'obtenir un arrangement identique avec l'Iran, Téhéran étant engagé dans une interminable guerre contre ses propres dissidents kurdes. Un tel accord semble désormais improbable. Le ministre iranien des Affaires étrangères a en effet sévèrement condamné l'accord turco-irakien, estimant qu'il « mettait en danger la sécurité de toute la région ». Un relatif soulagement pour les rebelles qui traversent, comme tous les paysans kurdes de Turquie un automne plutôt rude. (19 octobre) L'armée blanche Sept mille soldats et policiers sudafricains investissent les deux townships noirs de Boipatong et Sharpeville, après avoir participé à une opération massive de « rétablissement de l'ordre » dans la cité dortoir voisine de Sebokeng (sud de Johannesburg). La décision de prolonger l'opération de « nettoyage» ayant permis l'arrestation de 359 personnes à Sebokeng a été prise afin de «rentabiliser au maximum » la présence des forces de l'ordre sur le terrain, indique un porte-parole au quartier général de la police à Prétoria. Sebokeng, Sharpeville et Boipatong appartiennent au « triangle du Vaal », une région industrielle à une cinquantaine de kilomètres au sud de Johannesburg, c'est là qu'ont eu lieu les affrontements les plus sanglants lors des émeutes qui ont fait au moins soixante-dix-sept morts et des centaines de blessés dans les townships au cours des sept dernières semaines. La police déclare avoir fait usage de gaz lacrymo- Châteaubriant: après le meurtre, le sil-in des lycéens du LEP contre le racisme gènes et de balles en caoutchouc afin de disperser des attroupements de plusieurs centaines d'émeutiers dans les rues de Sharpeville. L'opération « Palmiet » (jonc en afrikaans) déclenchée en pleine nuit, vers deux heures du matin, visait, selon les propos du mlntstre « de la Loi et de l'Ordre », Louis Le Grange, à « nettoyer les zones infestées d'éléments révolutionnaires et criminels ». (23 octobre) Expulsion aux4 000 Une famille algérienne est à la rue depuis ce matin. L'office des HLM invoque une procédure entamée pour « trouble de jouissance » . .. il y a dix ans. Sept malheureux petits jours seulement jusqu'à la date d'arrêt des expulsions. Aujourd 'hui, entre autres ça se passe à la cité des « 4 000 », de La Courneuve. A huit heures du matin, trois cars de CRS et plusieurs voitures de police stationnent sur ce bout de place, entourée par les quatres barres d'immeubles identiques et célèbres. Au premier étage, en face de l'appartement où mourut Toufik à l'été 83, la famille Benamer de nationalité algérienne: treize personnes dont plusieurs enfants en bas âge. Les policiers Différences - N ° 40 - Décembre 1984 entrent en force et expulsent en vrac: la mère de famille avec son pied blessé, les photos de mariage et le bébé de trois mois. A dix heures, la place est nette, la porte est blindée, et tout le monde se retrouve sur le trottoir. Les Benamer n'en reviennent pas. Vingt ans de Courneuve, quinze ans dans le même F6. Le loyer de 2 200 francs payé régulièrement par le père, cantonnier. Rosa, l'une des fille aînées se souvient bien d'une histoire de chien. « Mon père l'avait acheté à la SPA. Mais il était dangereux. Le chien est passé au tribunal et on s'en est débarrassé ». Histoire de rien. (25 octobre) Le racisme banni Front national et RPR font parfois bon ménage. Ainsi à Vienne, Aymé Serpolet était adhérent de deux organisations. Aujourd 'hui le Front national l'a rayé de ses effectifs et le RPR affirme ne lui avoir jamais donné sa carte, même si par ailleurs il a empoché sa cotisation. Normal: avoir un militant qui écrit sur les murs de la ville: « Les Arabes au four », suivi d'une croix gammée, cela fait mauvais genre. Surtout quand il se fait pincer et qu'il donne généreusement le nom de complices ou d'amis du 9 RPR, qui eux préféraient distribuer la nuit des tracts anonymes dans les boîtes aux lettres. Des tracts fleurant un racisme mal contenu et qui valent à ses militants, honorablement connus, de se retrouver en compagnie de Aymé Serpolet devant la barre du tribunal correctionnel de Vienne. (24 octobre) En vrac Le grand écrivain noir américain Chester Himes est mort à l'âge de 75 ans, dans sa retraite espagnole, près d'Alicante, où il luttait depuis quinze ans contre la terrible maladie qui l'avait rendu impotent. Brebis galeuse d'une respectable famille de la bourgeoisie noire de Jefferson City (Missouri), il se retrouva au pénitencier en 1928, mettant ainsi un terme à ses études de médecine. C'est là qu'il écrivit ses premières nouvelles inspirées de l'univers carcéral. A partir de sa libération sur parole, au bout de sept ans, à travers sa propre expérience d'ouvrier sous-payé, des syndicats, du Parti Communiste amencain, il commence une extraordinaire oeuvre littéraire accusatrice et vengeresse dénonçant le racisme américain et l'impossibilité pour l'homme noir de vivre dignement aux Etats-Unis. Il le fit avec un immense talent, décrivant la communauté noire, Harlem, la bourgeoisie noire, brossant un tableau violent et tumultueux des souffrances, des contradictions et aussi de la fatalité irrésistible des Noirs des ghettos urbains, avec la truculence qui n'appartient qu'à eux, un argot et un humour pétillant. La moitié de ses oeuvres sont des « polars » auxquels il donna une dimension de chefs-d'oeuvre littéraires . (12 novembre) Deux consommateurs turcs sont abattus dans un café à Châteaubriant par un homme qui déclare ne pas aimer les étrangers. Un syndicaliste, turc également, est abattu par le vigile d'une société en liquidation à Epone. (12 novembre) crUEL Départ de Marseille le 4 novembre - ConvergenCe 84 U SIÈCLE E1\o.1F ANl'S D 1 lIIIare"e, Il~ aprèS a jOur pourre~c;,~.à à paris LES un an leS ~ o c ,. 1 ls sont venus, ils sont tous là, tous les suppots de la Marche, les fondus du pluriculturel, tous ceux qui craignaient que le soufflé ne soit retombé depuis décembre 1983, et qui, soulagés, défilent dans les rues en décembre 1984. Paris agité, Paris maquillé, Paris libéré, aurait dit De Gaulle en voyant s'avancer ce carnaval dans les rues de la capitale. Ça y est, ça a convergé, à l'heure où sortent ces lignes. Nous avons rencontré des organisateurs au départ. Farida Belghoul et Nordine lznasni étaient venus nous parler du lancement. Nordine calme et rigolard, Farida à bout de forces, on avait longuement causé. Le plus frappant dans cet entretien, c'est l'extrême qualité politique, au sens fort du mot, de la réflexion menée par ces jeunes gens. La Marche, c'était du spontané, de la tripe, au moins ça en avait l'air. Convergence, c'est du réfléchi, du pensé. Par exemple, l'analyse du repli, l'ennemi des gens de Convergence. Pour eux, il frappe ceux qui, bousculés par la crise, croient leur identité française menacée, et sont tentées par les solutions, abondamment proposées, d'expulsion du corps étranger. Il y a aussi ceux qui se font taper dessus depuis des années, voient ou croient voir qu'avec la gauche, rien ne change, et sont tentés par l'idée d'un repliement communautaire

qu'au moins les

Arabes se tiennent les coudes, pour parler vite. Il y a des instances dans la mouvance immigrée pour proposer ce type de repli. Du moins Convergence le dit (1), et refuse ces solutions, sans pour autant excuser la première par la seconde. Pensées aussi, et contestées, les différences. On peut aisément imaginer que le débat a 10 été vif entre un journal qui porte notre titre et un mouvement dont le slogan est de vivre ensemble avec nos ressemblances . .. quelles que soient nos différences, il est vrai. Nordine le dépassait, en affirmant que les différences, c'est un désir intime, en gros, chacun son truc, alors que la ressemblance, et concrètement l'égalité, c'est une urgence sociale. Le point de départ et l'horizon du discours de la ressemblance, c'est le rassemblement: il fallait, pour Convergence, créer un événement qui soit de nature à mettre la population, dans ses diverses composantes, en situation de communication, contre les tentations du repli précisément. « Il faut, disait Farida, qu'à chaque étape des mobylettes, les choses se passent dans la rue, là où on se rencontre. On pouvait facilement retenir une salle de la Bourse du travail dans chaque ville et s'y retrouver tous entre soi. Nous, on veut faire bouger les gens, tous les gens, sur les problèmes qui les préoccupent, la sécurité à Marseille ou le logement à Châlons ». La formule n'est pas nouvelle en France, elle frise même l'incantation. L'apport de Convergence, c'est d'avoir compris, sans doute à la lumière de la Marche, que dans le monde tel qu'il va, pour faire bouger les gens, et surtout bouger la presse qui les remuera à son tour, il faut du spectaculaire. Du coup, ils n'ont pas lésiné sur le symbole. Le mélange qui fait marcher la mobylette France est partout : dans les cortèges, ou on mixe les origines diverses, Français, Portugais, Asiatiques, Maghrébins, Antillais

au carnaval du 1er

décembre, où les masques figurent le mélange, symbole du symbole ... La France multiculturelle version spectacle. Les indécisions du début expriment bien cette prime au spectaculaire: les organisateurs avaient prévu des couples mixtes, dits métis, puis ont abandonné l'idée, pour ne pas embrouiller les choses. Le retour de l'Homme C'est qu'il fallait faire simple, et neuf, aussi, par rapport à l'an dernier. D'où les mobylettes malgré les difficultés que ça supposait pour en trouver: les grandes marques ont refusé le sponsoring, sauf Peugeot, à qui il n'a rien été demandé: «On ne voulait pas solliciter Peugeot au moment où la direction, via Citroën, mettait en cage les travailleurs immigrés ». Les gens de Convergence sont nés dans la civilisation des medias et ont grandi plus ou moins en marge de la vie politique traditionnelle. Sans couper les contacts avec les instances politiques et associatives classiques, les organisateurs ont voulu rester à l'écart d'elles. A l'écart aussi du gouvernement et des pouvoirs publics: rien n'a été demandé ni au F.A.S. (2), ni au ministère. Dans un monde qui, provisoirement, semble se méfier des groupes constitués, Différences - N ° 40 - Décembre 1984 L'après Convergence: Convergence veut rassembler les gens, et s'adresser aux individus, ou à l'opinion, qui serait la somme des individualités. De là, cette idée d'une décentralisation maximale, de manifestation en kit: on vous crée une date en passant chez vous en mob, à vous, habitants, militants, jeunes, mouvements, de faire ce que vous avez envie de faire autour d'elles. Nouveauté de la démarche, difficile innovation par rapport à la Marche, mais, en revanche, étonnant retour d'un classicisme auquel plus personne en France n'ose guère se référer. Convergence, c'est le Nouvel humanisme. On se réfère constamment aux grandes valeurs de fraternité, de nature humaine universelle, de droits de l'Homme, bien érodées ailleurs par trois ans de gestion de la crise ... ou trois ans de laborieuses récupérations pour d'autres . Ce néohumanisme est un enfant illégitime de l'idéologie des droits de l'Homme qui a fleuri en Occident depuis les années 70, quitte à remplacer tout le reste, ou peut-être pour cela, c'est comme on 11 voudra. Mais il ne reconnaît guère son père, et si les jeunes de Convergence nous ressortent l'Homme, c'est à leur façon, ici et maintenant, pour dire qu'au pied de ces phares de la bonne conscience que sont les pays occidentaux industrialisés, beaucoup de gens n'ont pas encore droit à la lumière, que face à la justice, la police, le travail, l'école, beaucoup n'ont pas encore de droit d'accès à cette dignité humaine universelle. Néo-humanisme, et du coup, positivisme: on veut plus rendre compte des choses qui, dans ce pays, vont dans le sens d'une vie ensemble, que des choses qui la retardent puisque de toutes façons. beaucoup d'autres se chargent de souligner ces retards. Une nouvelle morale Convergence nous propose une sorte de nouvelle morale, l'esquisse d'un projet de société, quelque chose d'exaltant à l'heure où les partis traditionnels, outre la méfiance qu'on dit qu'ils suscitent, ne sont plus guère capables garder la pression haute et transformer l'essai d'articuler des projets convaincants, au moment où seul Le Pen, à sa façon, est en mesure de proposer des solutions simples, apparemment faciles, et globalisantes, pour ne pas dire totalitaires. Ils ont bien compris cette société, à Convergence. Ils savent que sensationnel, droits de l'Homme, individualisme et médias font bon ménage. Restent ces nouvelles- anciennes valeurs, peut-être le maillon le plus faible de l'analyse, mais on ne demande qu'à favoriser leur émergence, ou leur résurrection. Il leur reste, il nous reste, à transformer l'essai, à garder la pression haute, ou toute autre métaphore de la durée. Farida et Nordine sont restés très évasifs sur l' aprèsConvergence. On leur souhaite simplement de garder la tête chaude, justement. 0 Jean ROCCIA (1) Il y a eu, fin octobre, une sorte de débat sur ce point, où sont intervenus l'ANGI (association de la nouvelle génération immigrée) et le journal Sans-Frontière. (2) Fonds d'action sociale, alimenté en partie par l'argent des immigrés. Le ministère, est bien sûr, celui des Affaires sociales. l'Egalité en 1983 Iles initiatives - ...:l-IO~1 La Marche pour _ Nouve , ;FLE~ 1.'" UN AN DE RE Un sociologue analyse les évolutions du mouvement qui est né et s'est transformé pendant la Marche de l'an dernier, et qui aboutit à Convergence 84. c;t 51' tOMM~ E lf~~ + ~~_ -- _ o~ ( 1 ~ ~ ~ ~ ~ ..0 ~ ~ r1 "9 ~ 'P1.9... ~" _" ~ ~ ~~ crR/~lU; fr.\l décembre: Anniversaire de l'arri- 3 vée à Paris de la Marche pour l'égalité et contre le racisme, partie de Marseille le 15 octobre 1983. Un souvenir inoubliable: pas seulement celui d'une arrivée triomphale, mais surtout celui d'une première étape, riche d'enseignements pour un nouveau départ. Il n'est pas inutile, un an après, de tirer quelques leçons de cette première Marche. Les lignes qui suivent voudraient être une contribution, parfois provocatrice, à cette réflexion. Août 83. Un groupe de jeunes des Minguettes, soutenus par l'équipe lyonnaise de la CIMADE, décident d'entreprendre, en réponse aux violences racistes dont ils sont victimes, une grande marche pour l'égalité « comme les Noirs américains ou les Indiens qu'on a vus dans lefilm sur Gandhi ». Une manifestation non violente «rassemblant les habitants de France de toutes origines pour la constitution d'une nation solidaire ». Septembre 83. Une structure nationale de coordination et des comités d'accueil commencent à se mettre en place, non sans être traversés, ça et là, de contradictions diverses. Le Bureau national du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) prend position, dès le début du mois, pour un soutien actif à la Marche et demande à ses Comités locaux de faire en sorte que les comités d'accueil soient constitués de la façon la 12 plus large possible, en évitant d'être « marqués» par aucune fraction de l'éventail politique quelle qu'elle soit. Les militants du MRAP seront présents et actifs presque partout. La discussion des textes d'appel et de soutien sont l'occasion de discussions de fond : faut-il mettre en avant les revendications de la carte unique de dix ans et du droit de vote, au risque d'écarter certains soutiens? Faut-il parler de la construction d'une « nation solidaire », ou d'une « société pluraliste et solidaire» ? Octobre 83. Une vingtaine de marcheurs quittent Marseille le 15. La Marche pour l'égalité est devenue la première Marche pour l'égalité et contre le racisme. La conférence de presse du père Delorme, à la veille du départ des marcheurs, rencontre un petit écho dans la presse nationale. Mais le Monde observe qu'aucun des grands partis politiques, ni aucune Eglise ne soutiennent «pour l'instant» la Marche (1) car« nul ne sait s'il existe un réel courant antiraciste» dans le pays. Les marcheurs eux-mêmes pensent qu'ils vont rencontrer une hostilité et susciter des manifestations de racisme. Celles-ci sont peu nombreuses, mais le climat général est à l'indifférence curieuse et au scepticisme. «Le plus dur, dit un marcheur, c'est de voir nos frères immigrés nous regarder passer sans dire ce qu'ils pensent » Pendant un mois, en remontant la vallée du Rhône, à Lyon, Grenoble, Dijon, en Franche Comté, l'accueil est partout chaleureux, mais limité aux associations d'immigrés et aux associations de solidarité. Les grandes organisations syndicales et politiques restent en retrait ou ne participent à l'accueil qu'en dernière minute, comme si elles voulaient éviter qu'on critique leur absence. La presse locale donne un compte-rendu du passage des marcheurs, mais la presse nationale reste silencieuse. Un succès ou un coup pour rien? Pourtant, dans les villes d'étape, les discussions entre les marcheurs et ceux qui les accueillent cassent les habitudes de bonne conscience des antiracistes: «Nous ne voulons pas être intégrés, mais acceptés comme nous sommes, avec nos racines et notre culture », proclament les marcheurs. Novembre 83. La Marche se poursuit sans qu'on puisse savoir si c'est un succès ou un coup pour rien. Les marcheurs doivent souvent chasser la tentation du découragement. Mais ils ont découvert un visage de la France qu'ils ne connaissaient pas : une «France profonde » qui n'est pas raciste! Quant à ceux qui les accueillent - ou les regardent passer - ils commencent à s'étonner de leur ténacité et aussi de leur sagesse à éviter les provocations. C'est alors qu'en quelques jours tout bascule! La rumeur de sympathie et d'admiration qui circule « à la base » commence à remonter. Le scepticisme ou les réserves font place à un soutien public. Le 15 novembre, Edmond Maire conduit une délégation de la CFDT pour accueillir les marcheurs à Mulhouse. Le 16, la CGT appelle ses syndicats à assurer le succès de la Marche. Le 20, à Strasbourg, c'est Georgina Dufoix, secrétaire d'Etat chargé des Immigrés, qui participe en personne à une manifestation de soutien. A partir de ce moment, l'organisation de l'accueil s'élargit aux représentants des syndicats et partis politiques de gauche. Le 1 er décembre pour saluer l'arrivée des marcheurs dans la région parisienne, les représentants des cinq grandes communautés religieuses de France (catholique, juive, musulmane, orthodoxe et protestante), publient une déclaration com- Différences - N ° 40 - Décembre 1984 mune appelant leurs fidèles à « s'engager plus avant dans les voies constructives d'une société pluraliste ». Décembre 83. Cent mille personnes défilent à Paris, derrière les marcheurs, de la Bastille à Montparnasse. François Mitterrand, recevant à l'Elysée une délégation des marcheurs, leur promet qu'une carte unique (de séjour et de travail) de dix ans sera accordée aux immigrés séjournant régulièrement en France depuis un certain temps. Les marcheurs ont gagné l'étape. Ils en sont les premiers étonnés tellement ils étaient convaincus que 1'« opinion» était contre eux. La façade 1984. Une nouvelle traversée de la France, en mobylette cette fois, est organisée par les jeunes, sous le sigle de Convergence 84, avec le mot d'ordre: « Vivons égaux avec nos ressemblances et malgré nos différences ». L'appel au soutien de cette initiative est un modèle de clarté, de fermeté et de mesure. Quelles leçons tirer de la première Marche? Pour des milliers de téléspectateurs, la Marche pour l'égalité n'a été qu'une marche contre le racisme. C'est l'originalité de l'entreprise (marcher à pied à l'heure du TGV, essayer de convaincre par la compréhension réciproque à l'heure de la montée des violences) qui a « accroché» les journalistes et crevé le mur du bruit des actualités; mais ils se sont arrêtés à la façade. Pour les marcheurs, la leçon a été claire : il fallait tenir bon malgré les 13 he de 83 La Marc 0 d mono permIS e avaIt les racistes 0 trer, oqune t pas la maJo- n'etaIe Et rUé en France~ convergence 0 apparences, car la progression des idées comme des sympathies ne se fait que lentement, comme par capillarité, plus que par percées spectaculaires. Ceux qui les accueillaient ont vu qu'on luttait contre les préjugés moins par l'indignation et la réprobation morale que par la présence et le dialogue. Pour des centaines de milliers d'immigrés et de Français, la Marche a permis de découvrir que les racistes n'étaient pas la majorité dans ce pays et que les antiracistes pouvaient eux aussi se faire entendre. Mais à la lueur de cette marche, on a aussi constaté que les gouvernements et les partis politiques cédaient facilement à 1'« opinion» et qu'ils n'osaient affronter leurs opposants que soutenus ou poussés à la base. Il y a aussi beaucoup à réfléchir sur la transformation de la manifestation de l'an dernier de marche « pour l'égalité» en marche «contre le racisme». En s'élargissant - et c'était essentiel pour cette première étape - elle a glissé du côté de la facilité. Mais les fondements du racisme, résident dans l'inégalité des droits, qui « justifie» les ségrégations matérielles et morales. On ne lutte pas contre le racisme en stigmatisant ses excès, mais en s'attaquant à ses causes, donc en luttant pour une entière égalité. D Dominique LAHALLE (1) Ce n'est pas tout à fait exact: le PS a adressé une circulaire à ses fédérations; le Centre confédéraI des jeunes de la CGT et la Commission épiscopale des migrants ont rédigé des communiqués. Mais ces témoignages de sympathie ne sont connus que des initiés. IAC1UEl,L - Anniversaire - LA MARCHE ET LAPLUME Bouzid, un des marcheurs de l'an dernier, a écrit un livre sur son expérience. Il nous en parle. J ' ai écrit ce livre avec mon ventre, avec mes tripes. Je crois avoir tenté d'aller au fond des choses. Jusqu'à sa parution, j'ai vécu dans le doute. C'est une responsabilité énorme, car les immigrés sont déjà très écorchés, il fallait que je fasse très attention à ce que j'écrivais. La Marche, c'est à la fois loin et proche, on s'e~t engagé à faire un travail de fourmis dont les résultats ne sont pas encore visibles. On s'est identifié à tous les peuples, à toutes les minorités opprimées. C'était un combat pour le droit à la différence. La Marche a eu au moins le mérite de nous pousser à nous organiser. En fait elle a produit un énorme changement dans ma vie privée. Marqué au'errouge Convergence 84 relance la dynamique, tout le monde bouge. Elle est critiquée, comme toutes les initiatives nouvelles. Je me souviens que la Marche avait essuyé les mêmes critiques, mot à mot. Je ne crois pas trop à la solidarité des immigrés, des Noirs et des Asiatiques entre eux. Je crois à la solidarité dans le quotidien, mais pas sur des bases militantes. On s'est joint aux ouvriers en grève chez Talbot. C'est nous qui sommes allés vers eux, et pas l'inverse. Il y a un problème de communication avec cette génération, c'est-à-dire avec nos parents. On dit que nous sommes la deuxième génération. Nos Bouzid en compagnie du collaborateur de Différences parents étaient des immigrés, mais nous, nous sommes nés en France. Avec cette numérotation, on demeure des immigrés. L'insertion est aussi un problème de langage, si on continue de nous appeller immigrés, on le sera toujours. Mon passé me marque au fer rouge. Il frise la caricature : délinquance, police, justice. Et puis, au bout du compte, il y a le boulet, le casier judiciaire. En plus, être fils de Harki, cela signifie d'abord être la victime de l'histoire. Les fils de Harki sont les immigrés des immigrés, comme les Palestiniens. Le mépris de soi peut aller jusqu'au reniement complet de ses ongmes. Jusqu'au suicide, comme Djamel d'Argenteuil, qui écrivait et qui n'a jamais pu se faire publier de son vivant. C'est parfois terrible d'appartenir à une communauté 14 méprisée, car les gens nous renvoient toujours une image négative de nous-mêmes. Ça conce'rne aussi beaucoup de Français. On est toujours l'immigré de quelqu'un. Beaucoup de « Français » se sont reconnus à travers les pages de mon bouquin. C'est pour exister à part entière, que certains d'entre eux se battent avec nous. cc Il allait trinquer n On a pris la condamnation de Toumi comme une provocation. Les juges ont condamné en lui celui qui a serré la main du Président. Ils en ont fait une affaire politique. Toumi, c'est vraiment pas ça, c'est un mec super idéaliste, et complètement désintéressé. Il s'est mis en retrait après la Marche, car il savait qu'il allait trinquer. C'est la revanche des adversaires de la Marche, c'est la revanche d'une certaine droite. Ils ont volontairement confondu le passé et le présent, ils n'ont pas su tourner la page. Les hommes doivent avoir le droit à l'erreur, à la chance. [ ... ] Le droit de vote a été l'une des revendications de la Marche. A la réflexion, c'est une arme suprême. Nous avons rappelé au Président que cette promesse était à son programme. D'après Georgina Dufoix, ce n'est pas envisageable aujourd'hui, car une majorité de Français sont contre. Ce que Mitterrand a pu faire pour l'abolition de la peine de mort, contre une majorité de Français, il doit pouvoir le faire pour les immigrés. De toutes façons, celles et ceux qui sont nés après 1963, et les fils de Harki, utiliseront leur droit de vote. Et ils voteront antiraciste. Propos recueillis - Justice- Le Pen débouté A Amiens, le leader du Front national perd son procès contre le MRAP. P ourquoi le cacher ? A la rédaction de Différences, on est ravis. Ça fait déjà plusieurs fois qu'on regarde Le Pen gagner ses procès, en se disant qu'on vit dans un drôle de pays: démocratie, tu parles, un homme accumule toutes les contrevérités sur l'immigration, accuse, d'émission en émission, quatre millions de personnes des pires maux de notre société, dresse les populations les unes contre les autres, et il faut dire merci bien, vous avez raison, M. Le Pen, bien sûr, M. Le Pen. Si on dit que c'est faux, si on dit par exemple comme JeanPierre Garcia, responsable du Festival d'Amiens, et président du comité local du MRAP de cette ville, que « les propos de Le Pen sont en permanence une incitation au racisme» (dans Le courrier picard), Le Pen attaque en diffamation. Viennent les juges, à Paris et Montpellier par exemple, qui disent tout haut le contraire de ce que la France pense tout bas: non, Le Pen n'est pas raciste, c'est le diffamer que de l'accuser d'incitation à la haine raciale. Le Pen en a gagné quelques-uns comme ça. Sauf à Amiens, le 31 octobre. Mlle Virotte-Ducharme, viceprésidente du Tribunal, a débouté Le Pen de sa plainte en diffamation contre Jean-Pierre Garcia et Le courrier picard. Ça nous a fait plaisir de voir reconnu à la vérité le droit d'être dite. D'autant plus plaisir que nous avons participé à ce sursaut d'honneur. «Attendu, dit le jugement, qu'à la fête des Bleu-BlancRouge du Front national, à la Vallée des Peaux-Rouges, à Fleurines, dans l'Oise, les 18 et 19 septembre 1982, le rédacteur en chef de Différences a vu, exposée à la vente au stand des rapatriés, une affiche ainsi libellée.' « On recherche Mohamed Ben Zobi, citoyen algérien résidant illégalement en France. Cet homme est dangereux. Il peut tuer, violer, voler, piller, etc. Pour le trouver, inutile d'aller très loin ... Autour de vous, il y en a 1 500 000 comme lui ... » ( ... ) le tribunal relaxe les prévenus, reçoit Jean-Marie Le Pen en sa constitution de partie civile mais l'en déboute ... , condamne Jean-Marie Le Pen aux frais envers l'Etat. » Tout le monde sait ce que pense Le Pen, ses récents propos, moins habiles que d'habitude, dans un journal turc, viennent le confirmer. Seulement, on n'avait pas le droit de le dire, jusqu'au 31 octobre. On peut rêver, voir plus loin. Le dessinateur Siné, et le maire d'Asnières Maurice Bokanovski, interpellés par le MRAP et la LICRA pour des propos antisémites et racistes, viennent, dans des organes divers, de publier une amende honorable, où ils expliquent que leurs propos avaient dépassé leur pensée. Peut-être un jour verra-t-on Le Pen à l'Heure de vérité, déclarer qu'il s'est trompé, que l'immigration est une composante des richesses de notre pays. Oh le beau jour .. . Différences - N° 40 - Décembre 1984 IS BANQUE PARISIENNE DE CREDIT une banque à dimension humaine Le bon accueil au quotidien près de chez vous SIEGE SOCIAL 56, RUE DE CHATEAUDUN 75009 - PARIS TEL. 280.68.68 Quelles mutations peuvent s'opérer au sein d'une foi chrétienne quotidiennement confrontée à l'Islam ? En tenant compte des différences structurelles, de la richesse et des exigences d'une cohabitation entre les deux univers, l'auteur analyse ce que fut son itinéraire spirituel, dans le contexte culturel de l'Algérie de ces cinquantes dernières années. Coll. «Rencontres» - 200 pages - 8SF. éditions du cerf IRENCDN1RE,! - En passant par la Lorraine- DU BON USAGE DES PHOTOS DE VACANCES Les enfants du Haut du Lièvre Dix galT1ins en voyage au Maroc pour relT1édier aux problèmes de cohabition. 1 1 Y a désormais un rite de l'article positif: chaque fois qu'il se passe quelque chose de bien quelque part, ouvrez vos journaux préférés, vous verrez que le début est toujours le même. On commence par la tristesse d'une banlieue « à problèmes », puis vient l' « initiative », et avec elle la lumière dorée de l'amitié retrouvée, du racisme mort. Cette histoire commence comme toutes les autres : une banlieue décharnée, le Haut du Lièvre à Nancy, deux barres d'immeubles de deux kilomètres de long, 9 000 habitants, des ascenseurs pourris, une jeunesse à la dérive. Ici comme ailleurs, le moindre 22 long rifle, et c'est des articles longs comme le bras sur le dernier fait divers des citésgangsters. Ici comme (parfois) ailleurs, vint l'initiative

soudain l'été dernier, la fondation

Delta 7, un organisme qui fait dans l'innovation sociale (1), la Clairière, une association locale, la D.A.S.S. et les C.A.F. (2) se concertent pour prélever dans la population enfantine du Haut du Lièvre une dizaine de gamins, les plus pauvres des plus pauvres, et parmi eux, deux Marocains et un Laotien. O n les met dans l' avion (ce qui n'était pas une mince affaire au regard des angoisses parentales: certains d'entre eux n'avaient jamais pris le train, alors l'avion ... ). Destination: le Maroc. Là-bas, des familles amies des organisateurs accueilleraient la tribu pendant quinze jours. Un scénario qui tend à devenir classique, et c'est tant mieux: pour pallier les difficultés de cohabitation dans les grands ensembles, on donne l'occasion aux cultures de se rapprocher par un voyage, et au retour, on exploite cet acquis et on tente de le faire rayonner au-delà des membres de l'expédition. 16 Et, comme chaque fois qu'on se donne la peine de faire quelque chose, ça marche. En partant, les enfants français du groupe croyaient qu'au Maroc, tout le monde vivait dans le désert et mangeait des cailloux. Merci la télé. Ils ont découvert, au passage, qu'au Maroc, il y en a une, de télé, et, même qu'on joue au foot! Que les gens sont gentils, surtout avec les garçons. Les filles du groupe étaient moins enthousiastes : là-bas, les filles de leur âge n'ont rien le droit de faire! Même pas d 'aller à la plage parce qu'il faut se mettre en maillot, dixit Carole, une des gamines du Haut du Lièvre. Les gens de Delta 7 racontent avec pudeur que «les Marocains ont été d'une patience d'ange avec les enfants, bien qu'ils soient plutôt habitués à ce que les jeunes enfants obéissent aux adultes ». On imagine Abdellilah et Lahcen, les deux Marocains de la valeureuse troupe, jouant les médiateurs. « D'intermédiaires », dit Pierre Yves Nancy: le Haut du Lièvre et la place Stanislas Quere, leur accompagnateur. « De transplantés, de déculturés, ils sont passés au rôle valorisant de médiateurs entre deux cultures .. . Les enfants français regardent leurs camarades d'une autre manière ». C elui qui a beaucoup changé d'image de marque, c'est Vilephone, le jeune Laotien récemment immigré en France. Au Maroc, tout le monde le prenait pour un Chinois, et on se l'arrachait pour qu'il enseigne les secrets du karaté. Voyage de rêve pour ces évadés du bitume, sans bla-bla ni concession. Le Maroc et le Haut du Lièvre se sont vus tels qu'en eux-mêmes, dit Delta 7. Les enfants citent encore le bakchich réclamé par le montreur de serpents de Marrakech quand ils l'ont pris en photo. Mais après le voyage, Mme Roy, la mère du petit David, disait : « Quand David est rentré Différences - N ° 40 - Décembre 1984 à la maison, il nous a parlé du Maroc toute la nuit. ( ... ) Maintenant, nous aussi, nous voulons y aller. Avant, David ne parlait pas aux Arabes. D'ailleurs, il restait à l'écart de tout le monde. Maintenant, il va vers les autres, il est débloqué. Vraiment ce voyage lui a fait du bien. Quand il m'en parle, c'est comme s'il avait toujours vécu là-bas. Il était étonné qu'il y ait des rues piétonnes à Casablanca, encore plus qu'ils fassent aussi du foot ». Quinze petits jours pour dix petits enfants, ce n'est pas grand chose dans le gigantisme de quartiers comme le Haut du Lièvre. Mais ce mois-ci a été présenté le deuxième volet de l'opération. Avec l'aide des organisateurs, les enfants ont préparé un montage audiovisuel de dixhuit minutes sur leur expérience. Les différents organisateurs tenteront de 17 « faire tourner» le document dans les écoles et les associations de la région et du pays: les enfants parlent aux enfants ... Impossible de s 'y tromper, on reconnaît vite leur touche : sur une des premières photos, un peu floue, on ne voit que des antennes de télé. Dans la salle de la Clairière, un peu tristounette, toutes les familles sont là, pour la « première» : on présente le montage aux organisateurs. Sur fond de musique, une voix explique, sur la photo, qu'au Maroc il y a la télé. Visiblement, les enfants ont tenu à ce que ça se sache. On imagine, perfidement, le montage avec les animateurs

« Tu crois qu'il faut la mettre,

celle-là, on voit pas grand chose ... » Mais ils ont tenu bon, les antennes, on les voit, enfin, pas trop bien. Ceux qui présentent le montage sont très graves, solennels même. Abdellilah déroule des imparfaits du subjonctif à faire pâlir Jean d'Ormesson. Lahcen, jogging et blouson, parle gravement des « compatriotes de là-bas ». Le montage se termine sur la voix d'Abdellilah, qui remercie au nom de tous, en arabe, d'avoir eu la possibilité de faire le voyage. Dernier plan sur un dessin, un gamin de Nancy rêve de Marrakech, et dans la bulle qui figure son rêve se dessine la Ville blanche. En face, un enfant de Marrakech rêve du Haut du Lièvre. Mosaïque a filmé cette première. Quand la mère de David est venue pour l'interview, elle avait dans son sac la photo offerte par les hôtes qui avaient accueilli son fiston, toute la famille sur son trente-et-un, autour du petit dernier en costume de circoncision (3), sur fond de toile peinte ... Jean-Pierre ROUSSEAU (1) Delta 7, 103, rue de Miromesnil, 75008 Paris 563.68.10 (2) Caisse d'allocations familiales et Direction départementale d' action sanitaire et sociale. (3) Les garçons musulmans sont circoncis vers cinq-six ans. Des mosquées, des Russes et des américains, . des spaghettis et des chameaux, une guerre avec l'Ethiopie : voilà la Somalie, un pays à part dans la Corne de l'Afrique. LE CHARME SECRET D'UN PAYS CACHÉ 1978: le président Syad Barré, appelle à la mobilisation générale pour défendre le pays en guerre avec l 'Eth iopie. 19 Si le film Lettres d'Amour en Somalie n'avait pas existé, je crois que beaucoup de gens, moi la première, ne sauraient pas situer le pays sur une carte du monde. J'en suis tombée ~ amoureuse à travers le film de ~ Frédéric Mitterrand et le côté inconnu et caché de ce pays m'a intriguée. La Somalie: plus de trois mille kilomètres de côtes au bord de l'Océan Indien, pays de la Corne de l'Afrique, semi-désertique, traversé par l'Equateur au sud et ayant frontières communes avec Djibouti, l'Ethiopie et le Kenya. Un pays non-ouvert aux touristes, avec à sa tête un militaire, président de la « République Démocratique Socialiste Somalienne ». Une population entièrement musulmane, entre cinq et sept millions d'habitants dont 70 0,10 de nomades. Un des pays les plus pauvres du monde, d'une superficie à peine supérieure à celle de la France. La République Démocratique Somalienne est née le 1 er juillet 1960 de la fusion entre l'ancienne Somalie italienne et l'ancien Somali land britannique. En Occident, on ne connaît guère, par les journaux, que l'actualité du conflit somaloéthiopien, le problème des réfugiés de l'Ogaden, ce territoire que Somaliens et Ethiopiens se disputent depuis des millénaires. Il n'y a guère que les experts des organisations d'aide internationale et de la Banque Mondiale pour chiffrer chaque année le coût de l'aide qui lui est octroyée. Les Somaliens, ni Arabes ni Africains, si ce n'est leur peau noire, restent un peuple très à part en Afrique et ils y tiennent. Appartenant à la fois à la mouvance africaine et à celle du ProcheOrient, ils ne se rattachent véritablement ni à l'une, ni à l'autre. En 1977, les relations avec les Russes, alliés à l'Ethiopie, se dégradent. La Somalie rejoint le giron américain. La Somalie n'a pas échappé au lot commun des pays africains

elle a été colonisée par les Italiens et les Anglais, et

on sait combien arbitraires sont les questions de délimitation des frontières dans des pays qui ne s'organisent pas autour d'une « nation », mais de clans et de tribus. Pour des raisons de diplomatie internationale, les Anglais ont attribué aux Ethiopiens en 1954 les hauts plateaux semidésertiques de l'Ogaden qui avaient toujours été habités par des tribus somalies, renforçant ainsi l'état de belligérance continue entre ces deux pays. En 1960, la Somalie accède à l'indépendance. S'en suivent alors neuf années marquées par un climat d'incertitude et un immobilisme certain dans le domaine économique, le tout compliqué par les obstacles à la réalisation d'une unité nationale après le passage des Italiens et des Anglais. En 1969, c'est le coup d'état militaire, et le général Mohamed Syad Barré prend la tête du pays et celle du parti unique. Depuis, la Somalie est aux mains d'une dictature militaire. Le régime a adopté le socialisme comme objectif de développement et lutte pour l' unité de la nation somalienne. Le régime s'est montré plus ou moins dur selon les périodes et les amitiés du moment. Jusqu'en 1977, les Somaliens furent alliés aux Russes, et on en mesurera plus tard les conséquences. Quand les relations avec les Russes commencèrent à se dégrader, notamment parce que ceux-ci opéraient un rapprochement avec l'Ethiopie, les Somaliens se tournèrent vers les Etats-Unis et rejoignirent finalement le giron américain pour trouver un contrepoids à la présence soviétique en Ethiopie, désormais clairement affichée. 1 Les grandes puissances gardent un oeil sur la Somalie à cause de sa situation géographique qui en fait un endroit stratégique privilégié entre l'Océan Indien et les pays du Golfe. En échange de leur aide militaire et économique, les Américains ont installé dans le nord du pays une base militaire dans le port de Berbera, situé à proximité du détroit de Bab-el-Mandeb qui ferme la Mer Rouge. La tension somalo-éthiopienne n'a pas seulement exacerbé les rivalités tribales qui freinaient déjà l'évolution économique et sociale du pays, elle a aussi entraîné, depuis 1978, en Somalie l'arrivée de cohortes de réfugiés qui ont fui les combats de l'Ogaden. Le problème est loin d'être résolu et ne le sera que lors d'une instauration véritable de la paix dans la corne de l'Afrique, et ce n'est pas pour demain. La paix n'est plus entre les seules mains de la Somalie, mais le pays se sent obligé de consacrer une part importante de ses maigres ressources à la défense. D'autre part, l'aide internationale est l'objet d'un deal savamment organisé qui entraîne le pays dans la voie de l'assistanat total. Les réfugiés sont aussi paradoxalement la richesse de la Somalie, et le gouvernement somalien gonfle sciemment le nombre réel des réfugiés afin d'obtenir une aide plus conséquente. 20 Abukar, dix neuf ans, est né en Ogaden. Ses parents, nomades, vivaient très simplement sur ces hauts plateaux jusqu'à ce que les conflits armés les en chassent. En 1980, lors d'une attaque très violente des combattants du FLSO (Front de Libération de la Somalie Occidentale, soutenu ouvertement par Mogadiscio), les Ethiopiens, aidés du SOSAF (Somali Salvation Front: mouvement d'opposition tribale au régime de Mogadiscio, allié aux Ethiopiens), multiplièrent les raids aériens, très meurtriers, et sa famille décida de fuir. Il~ se retrouvèrent dans le camp de Lugh, en Somalie, non lOIn de la frontière. Abukar découvre ainsi la vie dans cet immense camp dans le bush, près du fleuve Jubba. Les individus les plus motivés tentent avec l'aide de diverses organisations de charité, de faire un peu d'agriculture, mais c'est assez difficile de motiver des gens profondément nomades dans l'esprit, et culturellement rebelles à cette activité. Et puis les réfugiés utilisent le bois, déjà rare, pour la cuisson des aliments, la moindre brindille est ainsi convoitée et la région devient peu à peu un désert, l'équilibre naturel étant rompu. Abukar et sa famille ont droit tous les jours à des distributions d'aliments de base, calculées au plus juste par l'UNHCR (Haut Commissariat aux Réfugiés). Mais on peut voir sur le marché de Lugh des sacs entiers de farine ou de riz revendus au prix fort par des plus malins, qui les ont récupérés auprès des militaires ou des fonctionnaires des camps. S'il y a bien un système qui engendre la corruption, - Sur les bords de l'Océan Indien, la capitale Somalienne Mogadiscio : une mer vert émeraude, la douceur de vivre, le charme. Les héritages de l'Islam, de la colonisation italienne se mêlent aux influences exercées par les Russes, puis les Américains. Vidéo, grands hôtels, marché noir, police secrète: un beau mélange. c'est celui-ci. Beaucoup de fonctionnaires gagnent de l'argent sur l'aide internationale, en organisant un vaste trafic autour des dons de l'USAID (organisme américain d'aide) et de la CEE (Communauté économique européenne). Très tôt Abukar a essayé de trouver sa place dans ce petit monde, en revendant à la pièce des cigarettes, très Les Américains vivent en Somalie comme en Oklahoma chères en Somalie, ou des chewing-gums au détail. Par la force des choses, Abukar a donc renoncé à la vie traditionnelle de ses parents, qui avaient pour unique bien leurs chameaux et se déplaçaient en fonction des pluies pour trouver le meilleur endroit où faire paître leur troupeaux (1). Alors, Abukar a décidé de quitter l'enfermement du camp et de tenter sa chance à Mogadiscio, fort de quelques mots d'anglais appris avec les étrangers qui travaillent là. Il ne connaît que le somalien et un peu d'arabe grâce aux versets du Coran. En effet, les Somaliens sont tous musulmans sunnites et l'influence des pays arabes proches ne fait que renforcer les choses. Depuis quelques années, la Somalie est prise dans une campagne d'« arabisation» redoublée du fait de sa dépendance vis-à-vis des pays du Golfe, qui fournissent le pétrole, et les armes, au nom de la défense de l'Islam face à la présence soviétique. Différences - N° 40 - Décembre 1984 21 Arrivé à Mogadiscio après une dizaine d'heures de voyage sur l'unique route défoncée, et des contrôles policiers tous les trente kilomètres, Abukar est recueilli par des parents éloignés. Il est frappé par le contraste entre le Bush et Mogadiscio, étonné par tous les arbres qui bordent les rues de la ville et la grandeur de l'Océan Indien qu'il voit pour la première fois. Il est émerveillé par l'agitation urbaine: le flot des voitures, le nombre des magasins et la foule bigarrée qui déambule. A part la capitale et deux ou trois petites villes, il n'y a guère d'autre pôle d'activités. Il rencontre des Som-aliens de son âge, de milieux plus favorisés qui ne rêvent que de devenir de riches «business men», et qui l'initient aux joies de la vidéo - c'est la grande mode en Somalie actuellement - et qui lui parlent de l'argent qu'on peut gagner en Arabie, si on réussit à obtenir un passeport. En effet, l'économie somalienne repose aussi sur les revenus de ses travailleurs émigrés dans les pays arabes, qui font vivre de nombreuses familles grâce à l'argent qu'ils gagnent, font construire les plus belles maisons de Mogadiscio et alimentent un système d'approvisionnement parallèle au système officiel. Les émigrés refusent d'envoyer leurs revenus en Somalie par l'intermédiaire du système bancaire, en raison du bas taux de change, ils les déposent de préférence sur des comptes ouverts à l'étranger qui servent ensuite aux commerçants somaliens pour importer des biens de consommation dont le prix de vente est fixé en fonction du taux de change au noir. Cela permet de pallier au manque de devises dont souffre la Somalie pour payer ses importations. Abukar cherche désespérément du travail, manque de se faire prendre dans une des nombreuses rafles que l'armée effectue en ville en période de tension sur le front, et parvient grâce à sa débrouillardise, à trouver un travail de gardien chez un américain de l'USAID. Il est tenté, lors de soirées mondaines chez son patron où chacun trompe son ennui, de goûter aux alcools et, une fois tout le monde parti, de récupérer une partie de l'abondante nourriture restée sur les tables. Les Américains vivent en Somalie comme en Oklahoma, tout est importé ou presque, et comme beaucoup d'autres expatriés, ils viennent ici intéressés par l'aspect financier. J'ai rencontré un soir Abukar, à la terrasse de l'hôtel Uruba, l'un des deux hôtels de « luxe» de la capitale, où il essayait de lier connaissance avec des étrangers par curiosité et dans l'espoir de se faire des amitiés qui pourraient l'aider ultérieurement. Dans les hôtels de « luxe », à Mogadiscio, on rencontre des hommes d'affaires étrangers, des personnages haut-placés du régime, qui y viennent parce qu'on y sert de l'alcool et qu'on y retrouve ses amis « influents ». On y rencontre aussi les gens de la NSS (National Security Service) - c'est-à-dire la police secrète -, qui surveille les faits et gestes de tout le monde et surtout des étrangers. En Somalie, les étrangers sont tous a priori suspects, à cause d'une paranoiade « l'espionnite» sans commune mesure avec la réalité. Dans ce pays où beaucoup d'administrations semblent inefficaces et imprévisibles, seule 'cette police fonctionne bien, et il y a plus d'une personne prête à collaborer avec elle. En conséquence, vos activités sont très vite connues et cela donne une impression de malaise et d'irréalité en même temps, tellement cela paraît anachronique avec le contexte du pays. Les Somaliens eux-mêmes se méfient et ont peur, ce qui rend difficiles les relations de confiance avec eux. Les camps de réfugiés de l'Ogaden: la guerre, la misère, l'aide internationale. Un deal savamment organisé qui mène le pays à la déroute en passant par les casernes. Il Y a des internés politiques en Somalie, et on peut voir quelquefois, sur les routes à proximité de Mogadiscio, des cohortes de prisonniers encadrés par l'armée, qui se rendent aux corvées. Devant un thé parfumé, Abukar m'a raconté qu'il était descendu jusqu'à Brava, sur la côte sud, en passant par Afgoye et Merka, pour rendre visite à des parents établis là-bas lors des grandes tentatives du gouvernement de reconversion des nomades en pêcheurs. La pêche pourrait être une ressource importante pour le pays car l'Océan Indien le borde sur toute sa longueur, mais elle est · très peu exploitée car les Somaliens sont traditionnellement rebelles à cette activité. Ainsi, faute de moyens et d'envie, elle subsiste à un niveau à peine artisanal. Dans un taxi collectif bringuebalant, Abukar a traversé Afgoye, situé sur le fleuve Shebelle, une zone agricole importante, où l'on cultive principalement des bananes destinées à l'exportation vers l'Italie. Abukar m'a décrit les plantations de pamplemousses et de mangues, les champs de maïs. D'ailleurs, avec huit millions d'hectares de terres arables, la Somalie pourrait prétendre à l'autosuffisance alimentaire, si les agriculteurs-fonctionnaires étaient plus motivés par des salaires raisonnables. Mais ce n'est pas le cas. Ils préfèrent travailler, avec le matériel de la ferme d'Etat, dans les plantations privées des Italiens, où ils sont mieux rémunérés. Malgré une tendance à la libéralisation, beaucoup d'entreprises, dans tous les secteurs, sont nationalisées. Les salaires sont très bas, tout le monde est donc plus ou moins obligé de « trafiquer» pour faire vivre sa famille. A titre d'exemple, un instituteur gagne environ sept cents shillings, et un kilo de viande en coûte cent (un shilling - 0,40 F). ODEURS DE CUISINE Spaghettis et foie de chameau Jeter les spaghettis dans l'eau salée. Lorsqu'ils sont « al dente », égoutter et ajouter un peu d'huile. Découper 500 g de foie de chameau (jeune de préférence) en lamelles. Faire revenir deux gros oignons dans une tasse d 'huile. Lorsqu'ils sont bruns, faire frire les lamelles de foie. Saler, poivrer. Servir les spaghettis et le foie ensemble, accompagnés de thé très sucré palfumé à la canelle et à la cardamome. O· 22 Après avoir travaillé plusieurs mois, Abukar réussit à économiser assez pour pouvoir fournir un bakchich à un fonctionnaire qu'il connaît, pour obtenir son passeport. Trois mille shillings lui sont demandés, l'équivalent de trois mois de salaire. Après avoir encore attendu deux mois, il obtient le précieux passeport, et consacre son énergie à décrocher un visa à l'ambassade d'Arabie Séoudite, prise d'assaut tous les matins par les demandeurs. Enfin, après bien des tentatives, le voilà muni de son visa, prenant l'avion pour Jeddah . A son arrivée à l'aéroport, immense et moderne, qui contraste avec l'aspect « simplifié au maximum » de celui de Mogadiscio, les autorités lui annoncent qu'il ne peut rester que deux semaines, à moins qu'il ne décroche un contrat de travail. Je l'ai revu à son retour à Mogadiscio, après qu'il ait erré d'une compagnie à l'autre à Jeddah, à la recherche d'un hypothétique travail de manoeuvre. Il semblait complètement dépité et voyait son avenir bouché. Abukar, un peu moins fataliste que beaucoup de Somaliens, m'a dit, en me raccompagnant à l'aéroport, malgré sa fierté qui cachait mal son désarroi, qu'il tenterait dès que possible de quitter le pays, pour trouver ailleurs plus de liberté, illusoire ou réelle. En survolant une dernière fois la ville, je sais que je regretterai cette ambiance à la fois vivante et résignée, et le charme des vieilles maisons coloniales qui tombent en désuétude. Je regretterai le quartier ancien, le long de la mer, traversé de ruelles exiguës, semblable aux médinas arabes. Et puis les femmes .. . A les voir marcher dans les rues en nombre égal aux hommes, on les croirait libres. Les étrangers - hommes - qui viennent en Somalie pour la première fois pensent qu'elles le sont, car ici contrairement à d'autres pays musulmans, elles n'hésitent pas à les dévisager et à leur parler sans gêne. Théoriquement, elles le sont, puisque le gouvernement, il y a quelques années, leur a accordé l'égalité des droits au nom des grands principes de la révolution. Il y eut même des tensions entre l'Islam traditionnel et le « socialisme scientifique », et en 1976, dix leaders religieux furent exécutés pour avoir attaqué ces nouvelles mesures libérales en faveur des femmes. Mais dans les faits, tout change, même si elles sont effectivement non-voilées et libres d'aller et venir contrairement à leurs consoeurs arabes, et que certaines femmes occupent des postes à responsabilité, il n'empêche qu'elles subissent toutes des mutilations sexuelles dès leur plus jeune âge, excision et infibulation, et que leur rôle demeure extrêmement traditionnel. La virginité en Somalie reste de rigueur, le mariage est quasi obligatoire et, en dehors des grandes villes où les mentalités changent un peu, ce sont les parents qui choissent des maris pour leurs filles. Les Somaliennes qui fréquentent les étrangers de trop près s'exposent à de grands risques. A la campagne, les femmes sont, dans la plupart des cas, mariées vers treize ou quatorze ans et représentent une puissance économique importante, d'une part en apportant une dot qui grossit le troupeau du mari, et d'autre part, en produisant une quantité de travail énorme. Chez les nomades, ce sont elles qui ont la charge de la construction de l'habitation, traditionnelle (Guri), qui collectent le bois et qui vont chercher l'eau au puits, parfois éloigné de plusieurs dizaines de kilomètres. Une image de la Somalie qui me reste en tête, ce sont ces femmes lourdement chargées de fardeaux divers traversant le bush (la brousse) accompagnées de leurs petites filles ployant aussi sous la charge. Les petits garçons, eux, gardent le troupeau, assis tranquillement à l'ombre d'un arbre. Les Somaliennes qui fréquentent un peu trop près les étrangers s'exposent à de grands risques. Quand j'ai quitté le pays, elles n'avaient pas le droit de se trouver en voiture avec un Blanc sans motif valable, et devaient toutes être chez elles après dix heures du soir. Le vendredi, jour férié dont les étrangers profitent pour se baigner sur les plages autour de Mogadiscio, les femmes trouvées en leur compagnie sont régulièremennt ramassées par la police. Le prétexte: la lutte contre la prostitution. Dans les grands hôtels de Mogadiscio, il y a des femmes qui se prostituent effectivement pour gagner un peu d'argent, ou des « michetonneuses » désireuses de s'amuser un peu, Différences - N° 40 - Décembre 1984 23 pour échapper aux traditions ou, peut-être, avec le secret espoir d'être remarquée par un étranger qui leur fera quitter le pays. Beaucoup de jeunes Somaliennes évoluées, rêvent de se marier avec un Italien (environ trois mille en Somalie), ou autre. Mais ce n'est pas évident, car une femme qui prendrait le risque de n'être plus vierge, aurait peu de chances de trouver un mari somalien ensuite. Les femmes somaliennes peuvent divorcer facilement, en vertu de la loi islamique. Elles devraient alors retourner sous l'autorité du père ou du frère. Le statut de femme divorcée est en fait plus enviable, dans les villes en tous cas, car il leur permet de vivre plus librement, après avoir quand même acquis une respectabilité dans le mariage. Depuis quelques années, le gouvernemennt se bat officiellement contre les mutilations sexuelles. Il existe même une association gouvernementale de femmes qui fait de l'information et lutte contre ces pratiques, mais cela change encore peu de choses tellement le poids des traditions est fort. Beaucoup de parents envoient maintenant leurs filles se faire exciser à l'hôpital pour éviter les risques d'infection contre lesquels on les a mis en garde. L'influence de la famille pèse si fortement que même les jeunes femmes qui sont contre l'excision pour leurs filles, craignent les réactions des parents, garants de la tradition. Mais Mogadiscio, c'est aussi la capitale d'un pays à l'avenir incertain. La Somalie est complètement dépendante au niveau économique: de la Chine à l'Allemagne de l'Ouest (devenue un important bailleur de fonds depuis que les dirigeants somaliens ont autorisé la police allemande à intervenir en 1977 à Mogadiscio, après le détournement par des militants de l'OLP, d'un Boeing de la Lufthansa) , sans oublier la CEE, qui intervient dans différents projets de développement avec plus ou moins de succès. Les diverses industries, financées par les projets de coopération, n'arrivent même plus à produire autant qu'elles le faisaient il y a quelques années. Ainsi, la production de coton, de canne à sucre, d'oléagineux, de produits finis (conserves de viande ou de poisson, détergents, cuirs ... ) a spectaculairement baissé à cause du manque de motivation et d'entretien des machines, du manque d'investissements et surtout de l'irrégularité de l'approvisionnement en matières premières. Dans un pays déjà affaibli par l'afflux de réfugiés, l'effort de guerre, les sécheresses imprévisibles (2), et par des orientations politiques qui ne permettent pas pour l'instant l' autodétermination, l'avenir n'est pas rose, Le nouvel espoir semble venir du pétrole et plusieurs compagnies prospectent. En cas de réussite, les Somaliens courent le danger de ressembler à leurs voisins du Golfe. Tout est à faire, et le gouvernement (dont certains prédisent la chute prochaine), devra peut-être, s'il veut éviter la faillite totale, libéraliser l'économie, lutter contre la corruption et s'orienter vers des voies politiques plus démocratiques. 0 Emmanuelle BARBARAS (1) Les chameaux sont la richesse de la Somalie: jusqu'alors ils s'exportaient très bien vers l'Arabie Séoudite, expédiés par bateaux entiers depuis les ports de Mogadiscio ou de Berbera. Il semblerait maintenant que, pour des raisons non-avouables, l'exportation soit en baisse, ce qui n'arrange pas le déficit extérieur déjà important. (2) L'économie reste quand même de t)'pe pastoral, donc extrêmement vulnérable à ce genre de catastrophes. CULTURES - Nouvelle pièce- Folie ordinaire d'une fille de Cham Jenny Alpha La rencontre fortuite, dans une salle de théatre, d'un auteur antillais et d'un metteur en scène à la mode - Détonnant. A près « Ne m'appelez plus jamais nègre », Julius-Amédée Laout récidive, avec une écriture de plus en plus éclatée de l'intérieur, là où l'histoire prend sa source. Les mots s'y bousculent, se jettent les uns sur les autres, autour de la blanchitude, de la folie, de l'enfermement, pour révéler au monde que le Blanc a menti. Dans «Folie ordinaire d'une fille de Cham », Jenny Alpha campe la folie comme une seconde nature, et Sylvie Laporte lui donne superbement la réplique, comme à travers un miroir. La mise en scène, signée Daniel Mesguich, sert de façon admirable le très beau texte de Julius-Amédée Laout, en donnant à cette . folie, l'espace, le volume et l'humour qui découvrent à vif, l'histoire et la douleur d'une fille des Caraïbes coloniales écrasée par la malédiction de Cham. Dans les coulisses du théâtre de la Bastille Julius-Amédée Laout et Daniel Mesguich, nous ont livré quelques unes de leurs impressions. 24 « Pour moi, dit Julius, c'est un événement exceptionnel que d'être mis en scène par Daniel Mesguich. Je suis un auteur comblé, c'est magistral, c'est brillant. Les comédiennes Jenny Alpha et Sylvie Laporte sont admirables. Selon la génèse, Cham est à la fois l'ancêtre des habitants de l'Afrique et de l'Asie, côté occidental. Il est en fait le deuxième fils de Noé, à qui Dieu pour punition de ses pêchés et signe de sa damnation, donna une peau noire. La malédiction de Cham, c'est toute la mystification qui a fait du peuple noir un peuple maudit. A travers la théologie des Blancs, les Noirs sont devenus des Blancs maudits. A vant nous étions des Noirs avec des chaînes. Aujourd'hui nous avons intériorisé la vision mystique de l'homme blanc, celui qui nqus a dominé à coup de suprématie religieuse et militaire. L'église a fait le pire, elle nous a fait porter nos chaînes à l'intérieur de nos corps maudits. C'est la déchirure la plus douloureuse qu'un peuple puisse connaître. Nous étions jusqu'à présent, inconscients de ce que Fanon appelait « l'aliénation ». Je crois que le premier pas vers la prise de conscience, est la reconnaissance de cette déchirure. A partir de là seulement, on peut bâtir à nouveau. » Pour Daniel Mesguich c'est une véritable rencontre que ce texte. « Je n'ai pas donné dans l'Antillais. J'ai apporté ma propre lecture du texte, autour de la folie, de l'enfermement, de la vieillesse, en puisant à même l'écriture de Julius au contact des comédiennes. Lafolie, ce sont ces phrases qui s'enroulent les unes dans les autres, c'est la répétition, c'est aussi le radotage de la vieillesse. A partir d'une écriture trouble et baroque, il m'appartenait de créer un environnement qui soit à l'image de la folie, et qui puisse faire rire et pleurer comme dans le texte lui-même. Il mefallait recréer les phantasmes de Julius avec la même épaisseur. Aufond l'Antillais est au Noir de l'Afrique, ce que le juif est à l'Arabe. Le racisme anti-arabe est assez carré, pour le juif, l'Antillais, c'est déjà plus délicat. En cela le juif est peut-être plus proche du Noir, qu'il n'y paraît. Les Noirs sont les juifs des Blancs. Son écriture se faufile, contamine, et renvoie de l'autre une image de luimême. C'est très fort, c'est mieux que du français. C'est la première fois, que dans une pièce que je monte, la lutte antiraciste est explicite. En fait je compare son écriture à celle d'A lbert Cohen, comme dans « Solal» ou à travers certaines de ses lettres.» 0 Julien BOAZ Théâtrissimo--,--_ SHAKESPEARE A L'ENVERS. Pierre Debauche, directeur du Centre national dramatique du Limousin, dirige désormais le Festival de la francophonie, qui vient d'avoir lieu à Limoges. Avec une troupe antillaise, il a eu l'idée d'inverser Othello : le prince noir de Shakespeare était joué par un Blanc, les Chypriotes et les Vénitiens par des Noirs. «D'habitude, 1'« autre », Othello, est joué soit par un acteur noir, soit par un acteur blanc qui se met du cirage sur la figure. L '« autre », quand vous êtes à Fort-de-France, c'est un Blanc. A partir du moment où je joue dans un monde où il est tout à fait normal d'être noir, c'est naturellement ma version qui est la bonne. Comme je mettais en scène l'image mentale inverse de la représentation habituelle d'Othello, j 'ai aussi fait l'image inverse de la scène. A Fort-deFrance, on avait enlevé les sièges du parterre et on jouait sur le plancher où sont d'habitude les spectateurs qui étaient eux sur la scène. Je montrais physiquement l'image inverse; je crois que la tragédie doit être jouée parfois avec cette intimité-là, c'est-à-dire au milieu des syllabes, campée au milieu des phrases, être très proche des acteurs. Que le « forte» reprenne tout à coup sa valeur musicale et sa valeur de cri, sans entendre dire: « Tiens, il parle fort parce qu'on est nombreux et qu'on est loin ». Et je crois que [ago, joué par Pascal Nzonzi, renouvelle le genre, parce qu'il l'interprète avec une envie de vivre. Après tout, l'ambition de [ago, c'est de vivre, même si c'est une mauvaise longueur d'ondes; son plaisir de jouer est tel que tout d'un coup, le récit part sur des bases différentes dans la mesure où il s'allège considérablement et c'est petit à petit que la tragédie s'installe et qu'on arrive au constat d'échec de la fin et à cette épouvantable mort de Desdémone. Desdémone, c'est cette immense énigme qu'est la femme pour tous les hommes, fussent-ils Shakespeare. Une image à l'envers Sauf que lui, il le raconte bien. Nous, les gens de théâtre, on n'arrive pas à se séparer de cette admiration, de cette familiarité qu'on a avec Shakespeare. On vit tous les jours avec Othello, le roi Lear ou Hamlet. C'est une familiarité qui prend sa résolution dans un spectacle qui est toujours chez nous éphémère, fragile. C'est rien du tout, un spectacle, "c"i Différences - N° 40 - Décembre 1984 c'est la mémoire d'un texte dans la tête de quelques acteurs et puis, quand c'est réussi, le souvenir dix ans plus tard de quelque chose de signifiant ou de plaisant dans la tête d'une personne. Othello, c'est cette envie que j'avais de l'image inverse, mais la troupe de la Soif Nouvelle a aussi ses propres enjeux et elle en est très consciente; actuellement, elle veut chercher sa propre expression à travers un répertoire caraibe, entre autres. Il faut les deux, parce que le théâtre doit être très particulier, et quand il est de plus en plus particulier, il est de plus en plus universel. Nous avons travaillé sur un cycle de formation de trois ans à la Martinique, c'était passionnant. Il fallait former à la fois des acteurs, des couturières, des comptables, trouver des lieux de théâtre, fabriquer une compagnie professionnelle, mais pas du tout pour moi naturellement, elle est tout à fait autonome et très bien dirigée par Annick JustinJoseph. Dans ce parcours pédagogique, de 600 heures par an, on a assuré relais sur relais avec des amis du conservatoire de Paris, Jean-Marie Winling, Robert Angebaud qui a monté là-bas « La cruche cassée» de Kleist, René Loi//on, 1'« Antigone» de Sophocle, moi-même « Othello » et Pierre Vial qui met en scène en novembre « La bonne âme de Tsé Chouan» de Brecht. Tout ça pour donner envie aux spectateurs de faire d'autres projets politiques, d'autres projets psychologiques, d'autres projets de vie. » Christine DELORME _ __ A l'oeil __ _ BEAUBOURG Il. L'exposition du Centre Beaubourg sur la nouvelle génération d'immigrés? Tout le monde s'en rappelle. Elle avait eu un tel succès' Mais pourquoi les Parisiens seraient-ils les seuls à en avoir bénéficié? C'est la question que se sont posés divers organismes culturels, ainsi que des comités d'entreprises qui ont demandé que l'expo passe en province. « La demande a été très forte, affirme Josée Chapelle, on a donc demandé à un plasticien de repenser l'expo qui deviendrait itinérante ». C'est grâce au Fonds d'intervention culturelle qu'a eu lieu le prolongement de l'expo, recevant le concours financier du Fonds d'action sociale et du ministère de la Culture. Quant à sa conception, nous la devons au Centre de Création Industrielle, au Centre Beaubourg, à Véronique Baux et Josée Chapelle (réalisatrices de l'expo du printemps), avec l'étroite collaboration cette fois de Thierry Defert. « Toute la difficulté était de passer d'une expo très élaborée, de spectacles, de danses à un résumé qui ne serait pas rébarbatif et restituerait l'ambiance de rencontre et de confrontation que l'on avait obtenu », confie ce dernier. Bilan: une expo réalisée en trois exemplaires avec montage diapo pour chacune d'elle. Toutes trois sont prises jusqu'en juin. 0 Brigitte BENCHIMOL Othello aux Antilles: quand le prince noir devient blanc et inversement 2S CULTURES C'était le c ru 84 du Festiv al du film antirac iste d 'Amiens . - Nouveau - D ifférences ya goûté. Le cinéma des Caraïbes L e festival présentait cette année le cinéma des Caraïbes . L'impossibilité de trouver un réalisateur ou un historien du cinéma, originaire des Caraïbes et à même d'écrire sur les cinémas produits par les hommes de ces îles vivant en exil ou en immigration à Londres, New-York ou Paris, traduit l'une des données de base de la problématique caraïbe: l'éclatement et l'étouffement d'une identité. De même que furent niées les cultures africaines d' origine, cette nouvelle identité, née dans le creuset des sociétés esclavagistes et de ses mouvements de main-d 'oeuvre successifs, se voit à son ~ tour limitée dans les contours étroits des : \J métropoles occidentales : le Caraïbe ~ jamaïcain dans « Black's Britannica », ;;; le Caraïbe porto-ricain dans les ghettos ~ latinos du Bronx ou de Brooklyn, le g'": Caraïbe des Antilles, entre banlieue c:, i;J parisienne et métropoles régionales. t:: Black carnaval C'est contre ce deuxième étouffement et ~ pour éviter que ne s'installe en eux, le fatalisme de peuples condamnés de manière originelle à la négation, que s'élèvent de manière simultanée - mais non concertée - les voix des cinéastes caraïbes en exil (1). au début du siècle et salué l'inévitable statue de la liberté dans son premier film, Diego Echeveria entre de plainpied dans cette nouvelle identité créée par l'arrachement du pays natal. Son film «Los sures» est l'histoire d'un quartier porto-ricain de Brooklyn; « Los sures» ce sont les gens du Sud, les latins en opposition aux anglo-saxons. Le nom du quartier, c'est déjà la désignation de cette communauté dans la société nord-américaine, c'est le signe qui dit le ghetto. Images des iles images d'exil Le film du jeune réalisateur antillais J ulius Amédée Laout, «Solitaire à micro ouvert» est de ce point de vue plus que symbolique. Il est la voix de l'exil. Habité par les drames vécus par nombre d'Antillais, il est, jusqu'à la caricature, la violence de l'exil: exil physique et exil intérieur. Ce jeune dont le frère vient d'être assassiné dans la rue, va vouloir crier sa douleur à la face des siens. Mais à qui, par le biais de cette radio «libre» antillaise, s'adresse-t-il en fait, si ce n'est à lui-même. Le cinéma de Julius Amédée Laout est interpellation et interrogation. Il n'est plus nostalgie ou quête du pays d'origine, paradis perdu et havre des frustrations, il est interrogation si ce n'est désarroi. C'est le même mouvement qui inspire Diego Echeveria, réalisateur portoricain vivant aux Etats-Unis. Après avoir dit le rêve américain de ses pères Diego Echeveria a passé avec son équipe près d'une année dans le quartier, il a été accepté par ses habitants, sa caméra est devenue « Los sures ». Plus que prise de parole des habitants, « Los sures» fonctionne comme une mise en scène par les gens eux-mêmes de leur vécu quotidien - dramatique la plupart du temps. Leur propos comme celui du réalisateur n'est plus référence au pays d'origine, il est parole de déraciné - né la plupart du temps en exil - sur un univers de déracinés. C'est le ghetto, le quartier avec ses multiples problèmes qui sont la nouvelle identité, l'élément auquel plus ou moins consciemment, chacun se raccroche. Au-delà du cloisonnement des genres et des langues, ici l'espagnol, là le français, 26 les films les plus récents réalisés par des auteurs caraïbes en/et sur l'exil sont ceux d'une deuxième génération de cinéastes dont le référent n'est plus le pays imaginaire vers lequel tout ramène. Les oeuvres produites sont réflexion ou interrogation sur une nouvelle identité, voire même, mise en cause de l'image rendue par la communauté caraïbe en exil. La tendance est encore plus clairement affirmée si l'on regarde du côté de l'Angleterre et des réalisateurs originaires des « West Indies ». Horace Ove fait figure de pionnier dans l'ensemble de l'univers cinématographique caraïbe en exil. Né à Port of Spain, dans cette île de Trinidad, véritable synthèse des influences culturelles espagnole, française et anglaise, Horace Ove vit à Londres depuis le début des années soixante; peintre, photographe, cinéaste, il a rencontré toutes les difficultés auxquelles étaient (et sont) confrontés les artistes de couleur en Europe. C'est en 1974 que Horace Ove réalise « Pressure », le premier long métrage de fiction tourné par un noir en Grande-Bretagne. «Pressure », c'est une longue série de portes qui se referment à la face de Jamaïcains ou Trinidadiens qui ont naïvement cru trop vite aux beaux discours sur l'insertion dans la « mère patrie ». 1 De même, Menelik Shabazz, auteur de « Burning Il/usions », Grand P rix du 3e Festival d'Amiens en 1983, interpelle la communauté West-Indies de GrandeBretagne dans le cadre de Kumba productions (un groupe de réalisateurs auxquels participent: Henry Martin, Imruth Caesar, Milton ... ). Et aujourd'hui, explose le film de Isaac Jullian, « Territories ». Ce jeune Jamaïcain né à Londres nous offre une extraordinaire synthèse de la problématique caraïbe en exil. « Territories » est double réflexion, sur l'image des Noirs dans la société britannique et sur sa représentation dans les médias d'une part, sur la capacité des Caraïbes, des ghettos de Londres ou de Birmingham à exprimer une culture originale d'autre part « Territories », c'est l'analyse de la relation existant entre le reflet que le Caraïbe a de sa culture dans le miroir déformant de la société anglaise, et celui qu'il produit et se renvoie à lui-même par ses expressions propres. « Territories » pourrait être qualifié de film expérimental, non pas parce qu'il marie avec une grande pertinence les systèmes super 8, 16 mm et vidéo, mais par la relation poétique et la mise en scène des sources documentaires qu' il installe dans son film. A côté du travail sur l'image vient s'inscrire une bandeson non illustrative, fonctionnant en contrepoint du stéréotype « Black » en Grande-Bretagne. Jean-Pierre GARCIA. (1) - Au-delà de tout jugement sur la qualification des Antillais séjournant en France, immigration pour les uns, séjours en métropole pour les autres ... nous préférons le terme exil, dans un sens culturel et non politique. DES REPRISES C OMME NEUVES. Quelques bonnes reprises sont à noter. Baara de Souleymane Cissé d'abord, un film couleur tourné en 1978, qui nous plonge en plein air de Bamako, et, au coeur même de la condition ouvrière, dans une usine soumise à l'exploitation d'un capitaliste corrompu. Un bon film, où seul le regard des femmes porte les promesses d'un autre avenir. Et puis Fleurs de papier, un film indien en noir et blanc de Guru Dutt, tourné en 1959. Film qui nous conte la vie d'un réalisateur de cinéma, en butte à la famille de sa femme qui lui demeure hostile, et au monde de la production qui ne l'épargne pas non plus. Un film superbe, une belle histoire d'amour, où le héros finira par s'éteindre, doucement perdu dans ses souvenirs. Différences - N° 40 - Décembre 1984 - Petits malins - Nous on se fait du cinéma Des films à la carte au Cinémalé on Aux « éducateurs », enseignants, animateurs, responsables d'établissements scolaires, de centres de loisirs, aux jeunes aussi qui lisent ce journal: il est possible cette année d'organiser à peu de frais une ou plusieurs séances de projection/débat de qualité, sur le thème « Cultures et Différences ». A peu de frais: l'équipe du Cinémaléon, sur simple appel téléphonique, se charge de tout, de l'organisation matérielle (y compris obscurcissement de la salle) comme de l'animation du débat. Elle aura même remis aux enseignants un livret pédagogique - fort bien fait - relatif au film retenu. «Notre travail n'a de sens que s'il est le maillon d 'une réflexion plus large. Il demeure au cours de l'année scolaire un point de référence que les enseignants pourront pro lon- Haïti: L 'A ube noire 27 gel' ». Côté finances , il faut prévoir 650 F pour la première projection; le tarif est dégressif pour les suivantes. L'expérience du printemps dernier, auprès d' une centaine d'établissements, démontre qu'il y a de multiples manières de récolter les sous. L'équipe des animateurs - organisée elle-même en structure coopérative de distribution - est disposée à vous conseiller sur ce chapitre . Une intervention de qualité: «La séance débute par une présentation générale du film permettant à des élèves de niveaux différents de suivre. Après la projection d'un court métrage, nous organisons le débat à partir d'éléments du film en essayant toujours d'amener les élèves à une étude des différences liées au pays ou à la civilisation évoqués dans lefilm. Nous commençons l'approche du pays par une présentation géographique permettant aux enfant de le situer. Nous présentons alors les spécificités du vecteur culturel qu'est le cinéma: structure du scénario, construction des plans ... ». Dessin animé et court-métrage Les films, je les ai vus, sont bien choisis. « L'Aube noire », par exemple, fut réalisé par les meilleurs peintres naïfs d'Haïti, un remarquable dessin animé sur l'histoire de l'esclavage à travers celle de leur île. « L'Atelier du diable », un court-métrage de trente minutes autour de la découverte d'une amitié entre un enfant et un adulte un peu « sorcier» d'un village antillais, nous vient d'Euzhan Paley, la réalisatrice de «Rue Cases nègres ». C'est Rachid Bouchareb qui signe «Peut-être la mer », une brève fiction, à la fois tendre et drôle, sur de jeunes Algériens de la banlieue parisienne, en fugue vers ... l'Algérie. Non pas films militants donc, mais cinéma d'auteurs. Cinéma différent lui aussi. Pascale COTINAUD Le Cinémaléon, 25-29 rue des Lilas, 75019 Paris. Tél : 206.94.17 ou 206.97.90. IiRBS PlAN ines QUAND PIGALLE FAIT LA FOLLE 28 A partir d.~ 1er dé~embre jusqu'à la mi-Janvier, c ' est la tete :S~r le boulevard Aochech ouar,t. Une tradition cosmopolite, élange étonnant. P igalle, ça craint: les travelos, les maquereaux, la came et les pickpockets. C'est la tradition. Pigalle, ça vit: reggae, funk, barbe à papa et pommes d'amour. Beurs, Cefrans et Blackies arpentent le boulevard Rochechouart au coude à coude, d'Anvers à Clichy. Changement de décor, ça c'est nouveau. Décembre, il y a de la buée sur les vitres de la Cigale, ex-temple du jazz-live où les musiciens-bop noirs américains venaient faire un boeuf. René le forain a ouvert sa boutique, tir à la carabine, au pistolet automatique et au fusil, venez chez moi, on fera un carton. Bleu de travail et casquette, la soixantaine bonnarde, René est morose comme chaque année avant la fête. Les affaires vont mal, la télé, la crise, les gens qui ne sortent plus, avant c'était mieux. René, c'est un grand nostalgique de Berthe Silva et des enfants de la misère. Différences - N ° 40 - Décembre 1984 Aujourd'hui, la sono des auto-scooters crache le « Débranche» de France Gall. Le portier du train fantôme racole au micro. Et on s'y laisse prendre, grands enfants que l'on est. Question exotisme, tout change. Fini les femmes à barbe et les cracheurs de feu. Les combats de catch sont exclusivement féminins, et les danseuses, dénudées. Les voyantes, elles, sont toujours fidèles au poste: Mme Yolande (tarot), Anita (lignes de la main), Farik (boule de cristal), chacune enfermée (il fait froid) dans leur caravane coin-cuisine aménagé. 29 A part ça tout y est: les manèges, les tirs, les loteries, le palais des glaces où l'on se perd. La bouffe aussi: des merguez-frites (odeurs de graillon garantie) au hot-dog, en passant par les sandwiches arabes, épicés, et le nougat, de Montélimar. Approchez, approchez, vous pourrez voir des rastas gagner Les Beurs, les Cefrans, les Blackies et les autres, au coude à coude d'Anvers à Clichy. Reportage-photo : Abdelhak Senna du mousseux, des femmes en boubou repartir avec des ours en peluche. Allez-y sans crainte, le 18e , ce n'est pas seulement l'assassin de la pleine lune, c'est aussi la fête. Et puis, ne mangez pas trop de nougat, vous auriez mal au coeur sur les auto-tamponneuses. 0 Véronique MORTAIGNE CULTURES - Jeunesse! - DU ROCK QUI CAUSE A l'occasion de la sortie du disque «Radio Beur» (1), invités par Sarnia Messaoudi, on a rencontré quelques uns des protagonistes de l'affaire. Un peintre pour la pochette, Mehdi Lallaoui, des chanteurs et des musiciens, dont le groupe «Les Amis d'Abdenbi» avec Djamel, Azzedine, Lottfi. Plus Lounis Lounès. Hamou Cheheb, Idir et Farid étaient avec nous par la pensée. Lottfi : Le disque est tombé comme ça, Radio-Beur était présente à la Cité Gutemberg (2). Au départ, c'était un poème dédié à Abdenbi Guermiah, assassiné à la Cité. La première fois que l'on a joué à Gutemberg, on était les amis d'Abdenbi, cela nous est resté. Mehdi : C'est bien, votre nom, c'est à nouveau l'événement en direct à chaque fois. Djamel: On était une bande de copains, de musiciens, nous venions de l'ancien èlub des Canibous. Lottfi a écrit cette chanson à la mort d'Abdenbi. Nous nous sommes réunis pour faire quelque chose de plus fort encore. Lounis : Je n'avais pas les moyens de me payer le studio. Radio-Beur m'a donné la possibilité de faire une maquette. En deux, trois semaines c'était réglé, j'ai tout juste eu le temps de contacter un saxo et on a répété très vite. Ça donne ce que ça donne. Azzedine : Je crois que tout le monde pourrait en dire la même chose. Lottji : Pour lancer le disque, il fallait des têtes, Radio-Beur a fait ce qu'il fallait. Samia : On se devait de produire un disque de jeunes mecs. En même temps, il fallait garder le feeling, l'espace RadioBeur. Car nous sommes une réalité, sur le plan économique, social et culturel. On est une entité maghrébine, à la fois berbère et kabyle. Idir était le plus connu dans la communauté algérienne, kabyle à 70 070. Sur ce coup là, il emmène un peu les autres. Emile: Le disque est classé dans la « chanson française» à la FNAC des Halles. 30 Lounis : Oui, juste en dessous de Vince Taylor! Mehdi: C'est par la radio que je suis venu, c'est Samia qui m'a branché. Il était important de faire connaître des peintres, des plasticiens. Le tableau date de 1982, il représente une fête avec des lampions. Le fait de pouvoir s'exprimer sur une pochette de disque est une bonne chose. Djamel: Dans la peinture de Mehdi, il y a quelque chose de très arabe. Surtout du côté des lampions. Mehdi: Le principal, c'est la rencontre. On s'est retrouvé sur des expressions différentes. Ce n'est plus chacun pour soi, c'est un truc vers lequel on peut marcher ensemble. Lottji: «Nanterre, ville bidon », c'est notre histoire, c'est Gutemberg, cité de transit depuis vingt ans, où s'est fait descendre Abdenbi. C'est une sorte de message, il ne faut pas que cela se reproduise. Cette chanson est dédiée à toutes les victimes du racisme. Lounis: Je me suis mis à écrire, quand on a descendu Kader en 1980 à Vitry sur Seine. Lottji: Abdenbi, n'~st jamais sorti du coma. Le lendemain de sa mort, j'ai pris une feuille et c'est monté comme ça. Djamel: «Nanterre, ville béton », c'était un constat, « Grande banlieue, p'tii loubard », c'est un véritable cri. Y'en a marre, faut qu'ça change. Lottfi : Une équipe de journalistes d'Antenne 2, sont venus à la Cité des Canibous. Ils ont dramatisé les événements, en transposant notre situation dans le contexte de Vénissieux. Vol, violence, mais rien sur les structures d'accueil. Ce disque est pour nous, une réelle possibilité d'expression. Nous n'avons pas la prétention d'être des artistes. Lounis : Les voleurs prennent du ferme et les assassins du sursis. Je n'avais jamais écrit de chanson aussi dure que « Kader blues ». Lottfi: Abdenbi c'est Nanterre, mais tout le monde est concerné. Lounis : « On m 'rayera pas d'ici », est le titre d'une de mes chansons. Cela veut dire que si j'étais explusé, je reviendrai « clando », trop de choses me manqueraient ici. La France, c'est mon pays avec la« rage au coeur », comme dans la chanson. Ma religion c'est le rock. Le Ramadan, ce n'est pas mon truc. Je mange même du cochon et j'aime ça. Je chante du reste une chanson, dont le titre est « Sandwich au cochon ». Lottfi: C'est presque de la provo, tu bouscules vachement les gens. En t'écoutant j'ai parfois, très peur. Lounis: Je n'engage que moi, c'est ma façon de voir le monde. Je ne renie rien. J'ai une histoire ici, ma chanson« Quelque part », est un autre versant de moi, elle est plus surréaliste. Je suis beur d'accord , mais j'ai ma personnalité. Tu prends Farid, il est différent. Djamel: Nous ne sommes que des médias. Ceux qui parlent, ce sont tous les jeunes nés après 1963. Lottji: Ce qu'on veut dire aussi, c'est que chez nous, il n'y a pas seulement des voyous. Il y a aussi des créateurs, des artistes, avant de terminer il était important que l'on puisse le dire. (1) Radio-Beur SFPP distribution Propos recueillis par Stéphane JAKIN (2) Une cité de transit vieille de vingt ans, à Nanterre Différences - N° 40 - Décembre 1984 Méli-mélomanie Karim Kacel : flash dans le métro Avec «Utopie », «La chanson du Kabyle », «Gens qui rient, gens qui pleurent» et quelques autres chansons dont «Parano» et «Flash dans le métro », Karim Kacel continue de grimper au mur, avec sa belle gueule et un talent qui déborde de partout. C'était l'autre soir, au Théâtre de la Ville, ce sera demain un grand de la chanson française. Ça roulait blues, ça rythmait jazz, au Cloître des Lombards, avec Catherine et Marlène Anconina. «The Rose », « Piever », «New-York », un répertoire à la facture un peu classique peutêtre, mais des voix très chaudes et bien accrochées. Un sacré punch les frangi nes, dans leur costume de marin, avec du boogie pour finir et le swing dans le sang. Il n'y avait pas foule à la Mutualité, pour applaudir Mory Kanté, l'africain du Mali, avec sa kora, son choeur de femmes en boubou blanc, avec des foulards dans leurs cheveux. Il est vrai, le prix des places frise le scandale. Dommage, ce fût du grand Mory Kanté, de la 31 bonne musique bien plantée à la façon d'un Fela, d'un Sunny Adé ou d'un Touré Kunda. Il s'en est fallu d'un rien, pour que cela soit franchement bien. En attendant, on peut toujours s'accrocher à son disque (1), des jours meilleurs fini ront par venir. David Calvet M'Voutoukoulou est de retour avec un 33 T (2). Lui, le Congolais de Brazza qui habite Paris depuis quelques années, signe avec les musiciens du Bayembi-Africa, un album très musical, très dansant. Ce n'est pas très nouveau, mais c'est bien travaillé, les voix et les cuivres se conjuguent à merveille au fil de ses anciennes mélodies. Il faudra désormais compter avec lui, si vous voulez passer un bon moment. Une nouvelle étoile est née, avec « Je pense à elle» et « T'as juré », Paul Mann peut être content de son premier 45 T (3). C'est de la chanson populaire, c'est enlevé, les arrangements sont au point, ça sonne pas mal du tout. Bref, une aventure qui s'annonce bien pour lui. S.J. (1) Mory Kanté à Paris, 33 T Sacodis (2) M'Voutoukoulou David Calvet And BayembiAfrica Dom (3) Disc'AZ .~ '0~~S qoS- ~r~ 2~artre 75001 PARIS Tél: (1) 297 43 21 La cuisine d'Algérie s. Hadjiat 253 recettes + illustrations Safran, miel, ail, huile d'olive, épices, aromates, menthe ... Salima Hadjiat nous livre ses secrets pour la composition de 253 recettes traditionnelles . 191 p. 98 F - En librairie - -, Lectures __ _ PRISE DE PAROLE. Il nous est apparu qu'à l'époque actuelle, beaucoup de jeunes (et de moins jeunes) avaient quelque chose à dire sur leur vie, leurs idées, leurs problèmes ou encore sentaient le besoin de manifester leurs possibilités d'expression, notamment sous forme de textes. Mais placés dans des conditions défavorables, éloignés de tout contact avec le monde des médias ou de l'édition, ces aspirations, le plus souvent demeurent virtuelles. Réalisé avec Radio-Beur (dont l'émission « Les Beurs et la plume» a tant d' im pact), « Prise de parole » est le premier livre d'une collection que nous désirons promouvoir: vingt-deux jeunes, garçons et filles, d'origine maghrébine, y expriment sous une forme poétique, parfois maladroite, mais toujours émouvante, leurs difficultés, leurs désirs, leurs révoltes, le sentiment d'être coincés entre deux cultures. Particulièrement intéressants sont les textes écrits par des filles, qui protestent contre leur mise à part et le racisme masculin dont elles sont victimes. Emouvants aussi les poèmes des jeunes délinquants, souvent condamnés à de lourdes 1 peines, qui expriment souffrance et angoisse dans la vie carcérale. Ce livre n'est pour nous qu'un début, un deuxième est en préparation et nous souhaitons recevoir d'autres textes de groupes qui, aujourd'hui, se sentent ignorés et différents. Annie LAURAN Prise de Parole, Radio-Beur-Grenel - Diffusion et renseignements,' L'Harmattan, 16, rue des Ecoles. 75005 Paris - Radio-Beur B. P. 71 - Montreuil - 93102. BLOC-NOTES «Un monde disparu ». Pourquoi commencer une promenade culturelle et épicurienne par une note qui sonne si gravement? Tant pis , Ce « monde disparu », c'est celui de Roman Vichniac qui, entre 1935 et 1939, a parcouru les ghettos et les communautés juives de Pologne, des Etats baltes, de Hongrie et de Tchécoslovaquie, fixant en 16 000 clichés les visages, les travaux, les jours, de millions de juifs de ces contrées, creuset de la « yiddishkeit » anéantie en quelques années par la barbarie nazie. Il ne reste que 2 000 images tirées par ce vieux monsieur new-yorkais, montrées pour un temps trop court au Centre Pompidou. Elles nous donnent à voir ce prolétariat des «shtetleh » et des champs, étrangement loin des «ploutocrates Les Beurs: le sentiment d'être coincés entre deux cultures 12 janvier 2012 à 12:02 (UTC)!IbCharles 12 janvier 2012 à 12:02 (UTC)!!11!!!!!12 janvier 2012 à 12:02 (UTC)12 janvier 2012 à 12:02 (UTC)~~ assoifés d'or» dont se repaissaient les slogans de la droite de l'entre-deuxguerres' Ces clichés ont été réunis dans un somptueux (et très cher ') album édité par les éditions du Seuil. Allez le feuilleter dans toutes les bibliothèques publiques, rien que pour le souvenir d'un monde à jamais disparu. Quarante ans à peine. Ce mois-ci, une fois encore, des militants sont assassinés en Turquie. Légalement. Pourtant la vie continue: du plus grand romancier turc du xxe siècle, Yachar Kemal, le dixième livre vient d'être traduit; « Salman le Solitaire» (ed. Gallimard). Il nous entraîne, comme à l'accoutumée, dans le monde des héros d'Anatolie, aux prises avec les féodaux, la police et des coups de passion mortels. Pourquoi penser aux Arméniens en évoquant l'Anatolie ... ? Quoi qu'il en soit, tout ce que la diaspora arménienne compte de talents musicaux, chorégraphiques et plastiques en France, s'est retrouvée, début novembre, pour sélectionner, en même temps que les autres communautés armemennes dans le monde, les artistes qu'ils enverront en 1985 au premier Festival mondial des Artistes arméniens à Erévan (Arménie soviétique). Parmi les musiciens français arméniens, une étoile qui monte: Stepan Aguert, le seul soliste de Santo ur arménien d'Europe. Il vient de sortir son premier disque que F .I.P . et France Culture s' arrachent. On le trouve à « La Mauranne». 8, rue des Lombards, 75004 Paris. Yves THORA V AL. 32 ENSEIGNER, Le tome 1 de l'Histoire de l'éducation en Côte d'Ivoire de Paul Désalmand est tout d'abord un bilan utile de l'enseignement colonial en AOF. L'auteur consacre un chapitre à l'éducation traditionnelle et un autre aux écoles coraniques, mais l'essentiel de son propos concerne l'enseignement de type européen. La description des institutions, l'évocation de la vie des élèves, des chronologies précises, une iconographie parfois savoureuse et divers documents cités en annexe s'organisent en un vaste tableau. Une solide synthèse qui touchera tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'éducation ou à l'histoire de l'Afrique. Mais les lecteurs de Différences seront plus spécialement intéressés par le dernier chapitre qui porte sur le problème de.. . la différence. Paul Désalmand, d'une façon solidement argumentée, y soutient la thèse paradoxale selon laquelle l'enseignement colonial, non seulement n'était pas une copie conforme de l'enseignement français, mais s'est toujours voulu, de 1903 à 1945, fondamentalement différent. La différence était imposée par les autorités coloniales alors que les Africains, eux, réclamaient l'identité. Il s'agissait donc d'un enseignement adapté avec tout ce que ce mot peut avoir d'ambigu. Car l'adaptation au contexte tout à fait justifiée était aussi une adaptation aux besoins de l'oppresseur. L'image d'un enseignement de type « Nos ancêtres les Gaulois» pour l'AOF, entre 1903 et 1945 est donc inexacte aux yeux de Paul Désalmand. Cet enseignement adapté représentait un exemple poussé jusqu'à ' la caricature d'institutions au service de la reproduction des structures d'oppression. Et tous ceux qui luttaient pour la libération de l'Afrique, les Africains nationalistes et les Blancs progressistes réclamaient la suppression de toutes les différences et l'alignement sur le système d'éducation français. Ils refusaient la différence parce qu'elle servait à maintenir un système d'apartheid honteux et réclamaient l'identité. Le livre s'arrête à la fin de 1'« âge d'or de l'enseignement colonial », mais il annonce le contenu du tome II qui sera un tableau de l'enseignement néocolonial caractérisé, lui, du moins dans ses débuts, par l'identité avec l'ancienne Métropole. Au nom de la différence, les Africains avaient été si souvent floués que, une fois au pouvoir, sauf toutefois en Guinée, ils commenceront par réclamer la stricte identité avec leurs anciens maîtres. LA REVUE D E S R E VUES « Dans la conscience sud-africaine officielle, le moi est toujours blanc,' ce moi a toujours envisagé l'Afrique du Sud toute entière organisée autour de lui .. . Et la presse occidentale, elle-même, principalement blanche, nourrit ce moi du sien propre» « L 'interrègne ne se situe pas seulement entre deux types de société, mais entre deux identités, l'une connue et rejetée, l'autre inconnue et encore à créer ». Un regard porté sur la société sudafricaine par Nadine Gordiner, où le La Mauresque démasquée Différences - N ° 40 - Décembre 1984 Cet ouvrage constitue donc une synthèse pratique sur l'enseignement colonial et un argument supplémentaire pour montrer que le respect de la différence, peut être, selon le contexte, la meilleure ou la pire des choses. Patrick TORT Histoire de l'éducation en Côte d'Ivoire, Tome l, de Paul Désalmand, éd. CEDA (Abidjan). Diffusé en France par Hatier. PRE SSIONS : Différences cède à la pression de ses lecteurs et publiera régulièrement, à partir du mois de janvier, textes inédits, nouvelles, poésies , dans sa nouvelle rubrique « Lettres de notre moulin ». (maximum 3 feuillets dactylographiés, double interligne). Nous avons déjà quelques bons textes. A quand les prochains? Noir, quel que soit le prix à payer, « sait que pour finir, il sera chez lui à l 'avenir ». Vivre dans l'interrègne, de Nadine Gordiner, Lettre n° 2, Automne 84 « Voiles bleus de Taroudant, voiles noirs du Constantinois, voiles blancs de l'Algérois, voiles de fantaisie multicolores des Marocaines se pressant dans les souks de Marrakech et d'Agadir» Morgan Sportes soulève un coin du voile et rend compte des méandres de son imaginaire, à propos de la sexualité dans le monde arabe, à travers une nouvelle particulièrement colorée. «Même nue, la Mauresque est voilée. Et l'homme crève autant qu 'elle du statut qu'il lui a imposé ». D J.B. La Mauresque démqsquée, souvenirs d'un vieux dégueulasse néocolonial, Contre-Ciel n° 6, octobre 84 «La caractéristique du terrorisme aujourd'hui, c'est qu'utilisé jadis comme ultime recours, il est maintenant systématiquement pratiqué comme moyen d'expression », ainsi Gérard Chaliand définissait le terrorisme dans son dernier livre, « Les Faubourgs de l'histoire, Tiers-mondisme et tiersmondes », (Paris 84). « Moyen d'expression» mais aussi de déstabilisation à l'échelle de la planète. Pour bien mesurer l'impact de ce syndrome dont souffrent nos sociétés d'aujourd'hui, la revue Esprit vient de consacrer un numéro spécial extrêmement complet au terrorisme sous toutes ses formes. Un dossier qui constitue une sérieuse référence sur le sujet . D H.B. Y. Esprit, 19, rue Jacob, 75006 Paris. N ° oct.-nov. 84 « Terrorismes », 68 F. 33 ~C:J t'll"~ SY! 32~.rtro 75001 PA RIS Tél: (1) 2974321 Ecritures s. Bukiet - ill. H. Muller et Lai Cuang Phuac Cinq contes traditionnels pour un voyage dans l'aventure de l'écriture. 120 F La b.d de l'abc N. Salas - G. Martinaia Un drôle d'alphabet ! .. . Pour l'apprendre, des animaux nous entraÎnent dans une BD pleine de contorsions. 56 p. coul. 55 F Pika. l'éclair d'Hiroshima T. Maruki Un livre pour les enfants - et leurs parents - sur le drame d'Hiroshima. A travers l'histoire de Mitchan, une enfant de 8 ans, une peintre japonaise rescapée témoigne . 56 p. coul . 75 F En librairie - IS1DIR - Diaspora- LE RETOUR EN EGYPTE Partis avec Moïse, les juifs sont revenus en Egypte. De Maimonide à Henri Curiel, ils ont été là pendant des siècles, à vivre tranquilles et intégrés, au moins jusqu'à la crise de Suez. Un colporteur juif parcourant la vallée du Nil son fond de commerce sur le dos. // L 'histoire commence au second millénaire avant notre ère, écrit Alain Zivie (1), et déjà l'Egypte " est le grand voisin du pays de Chanaan, elle est souvent puissante, elle est riche en blé et c'est vers elle qu'on se tourne dans les moments difficiles, spécialement quand on a faim. Plus tard aussi quand on sera en désaccord avec le pouvoir établi, quand on fuira les conquérants étrangers et même parfois quand on voudra trouver un champ d'action à la mesure de son ambition. L'Egypte c'est l'Amérique si l'on peut dire, mais sans l'océan àfranchir : un simple détroit à l'occasion, et le plus souvent un désert rocheux ou tout simplement une longue bande côtière, sans difficultés sérieuses ». L'histoire des juifs en Egypte, au fil du temps, se présente comme une série d'entrées et de sorties, discrètes ou bouleversées, au gré des événements de la région ou du monde. Tout du long, leur histoire semble obéir à des paradoxes: étrangers en terre d'Egypte, leurs singularités colorent le pays tout entier. En revanche leur intégration à la vie du pays, le rôle qu'ils jouent dans son développement économique, culturel, politique est inséparable pendant longtemps de l'histoire de la nation égyptienne. Ce n'est qu'en 1956, quand Israël entre en guerre aux côtés de la France et de l'Angleterre contre Nasser que se rompent les liens millénaires entre les juifs et l'Egypte. Quelques 30 000 quittent le pays en trois mois. Le mariage de la fille du Pharaon avec Salomon, que la Bible rapporte, était la conclusion d'une alliance militaire, c'était aussi, symboliquement, le premier mariage de coeur et de raison, entre les juifs et l'Egypte. Dans l'île d'Elephantine, en face de l'actuelle Assouan, à l'époque de la domination perse, une colonie de Judéens s'était installée. Ils étaient soldats de l'armée perse, et pourtant une certaine intégration se fit; se firent aussi des mariages judéoégyptiens. Loin de Jérusalem, cette communauté se rapprochait des voisins araméens, syriens, et son judaïsme s'agrémenta à leur contact de pratiques peu orthodoxes. Ils abandonnèrent aussi l'hébreu pour l'araméen, devenue la langue courante en Orient à ce moment-là. Ouverture vers d'autres cultures dont on s'enrichit, sans renoncer à ses propres qualités, tradition et novation caractérisent les différentes époques de la vie des juifs d'Egypte. La fille du Pharaon épouse Salomon : c'est le mariage du coeur et de la raison. L 'histoire de la ville d'Alexandrie est aussi celle de ses diverses communautés. Sur cinq quartiers dans cette ville au début de l'ère chrétienne, deux étaient habités par des juifs. « On n'imagine pas Alexandrie sans cette immense minorité... Un des aspect les plus spectaculaires de la présence juive à Alexandrie est le fort attachement aux traditions religieuses qui structurent la vie privée et communautaire, associé à l'évolution étonnante qui fait peu à peu des juifs araméophones, des juifs de langue grecque si ce n'est parfois des Grecs de tradition juive ». C'est dans cette période que la Thora est traduite en grec. Cette diffusion multiplia les discussions, les polémiques, voire les conversions. De nombreux «rabbins philosophes » tentèrent de concilier la tradition juive et la philosophie grecque. Le plus célèbre d'entre eux est Philon d'Alexandrie au 1 er siècle. Toute son oeuvre est une tentative pour concilier la pensée juive monothéiste et le rationnalisme grec. Un autre philosophe, Saada El Fayouni, prône lui le retour à l'étude de l'hébreu et fait une traduction de la Bible en arabe. Différences - N° 40 - Décembre 1984 35 Les juifs d'Egypte sont à cette époque une minorité parmi d'autres sous domination arabe. A leur tête le « Naguid », ou « Rais el Yaoud , très souvent médecin à la cour et appartenant au courant rabbanite. Plusieurs tendances en effet étaient représentées dans la communauté: caraïtes, rabbinites, samaritains mais toutes étaient réunies sous l'autorité du seul Naguid. La langue usuelle est l'arabe, l'hébreu est utilisé pour les seuls actes religieux et légaux pour lesquels on recourt à un interprète. Maimonide est né en Espagne en 1135. Ce sont les persécutions qui le conduisent au Maroc puis en Palestine, enfin en Egypte. Il sera médecin à la cour du Sultan Saladin. Tradition et novation aussi chez Maimonide qui apporte à l'Egypte une ouverture sur le monde moderne occidental. Maimonide refusa toujours les charges du pouvoir mais pendant un siècle et demi ses descendants seront naguiddim. La fonction disparaît quand l'Egypte en 1517 passe sous domination turque. « L'Egypte aux Egyptiens» : les juifs du début du siècle sont nationalistes. Un grand Rabbin dirige désormais la communauté juive, qui comprend trois groupes: les Autochtones, les NordsAfricains et les Espagnols, avec chacun, son tribunal et ses institutions charitables. Elles subviennent aux besoins des plus pauvres de la communauté. Quand Bonaparte entre en Egypte, il trouve un pays appauvri, ravagé par les révoltes des mamelouks. L'Egypte va retrouver sa prospérité avec l'arrivée de Mohamed Ali, vice-roi et Pacha d'Egypte en 1805, mais à quel prix! Il favorise l'entrée des capitaux étrangers et réprime au besoin les mouvements nationaux. L'Egypte prospère attire bientôt des immigrants du bassin méditerranéen. A cette époque là, aussi, parce que leur intérêt est d'avoir un grand nombre de ressortissants dans le pays, l'Autriche, la France, l'Angleterre ou l'Italie accordent des nationalités à un grand nombre de juifs égyptiens ou aux nouveaux immigrants. A pays riche, vie culturelle florissante . Au début du siècle la scolarisation est très forte. La langue française majoritaire. Les archives de la communauté religieuse sont en français. Parmi les juifs beaucoup sont nationalistes, partisans de «l'Egypte aux Egyptiens », comme Victor Zaradel Sanoua, dont le surnom est Abbou Naddara : « l'homme aux lunettes ». Son journal qui porte le même nom est rédigé en français. Plus tard d'autres rejoignent le « Wafd» (2) dont l'audience grandit avec la montée des courants nationalistes mais qui reste dans l'opposition. Des juifs égyptiens, parmi lesquels Henri Curiel ou Hillel Schwartz, fondent le parti communiste égyptien. Beaucoup de ces descendants de juifs d'Egypte vivent en France, comme en témoigne l'Association pour la sauvegarde du patrimoine culturel des juifs d'Egypte (3). Ce n'est pas une nostalgie doloris te qui en anime les membres, mais un espoir de retrouver un jour la convivialité fraternelle d'Alexandrie, celle que souhaitait le cinéaste égyptien Youssef Chahine, ou un militant du renouveau sépharade et de la paix, le romancier Isaac Gormezano (4), né en Egypte, qui vit maintenant en Israël. Christiane DAN CIE (1) Les juifs d'Egypte 260 p., 400 photos, 280 francs aux Editions du Scribe, 6, rue Jean Dolent Paris 14' (2) Parti nationaliste égyptien. (3) ASPCJE : Bulletin mensuel Nahar Misraim cio E. Gabbay, 36, rue de Wattignie, 75012 Paris. (4) Nanar Misraim N° 11, 12 octobre 83. IEN DEBAT' - Grave question - LAISSERIEZ-VOUS VOTRE , FILLE EPOUSER UN ARABE ?• On voulait rénover le débat de Différences, éviter le ron-ron des réponses bonne-conscience. Du coup, on a choisi une question particulièrement stupide, et on l'a posée aux gens, connus, pas connus, vivants ou même mort depuis longtemps pour l'un d'entre eux. Voici leurs réponses, ou leurs refus. Rika ZARAÏ C'est une question très difficile car en fait la véritable question est: est-ce que l'on épouse l'être humain, un groupe social, ethnique ou une religion? Je suis d'accord si l'on parle de l'être humain mais je ne suis pas d'accord si cela dresse des obstacles, si cela empêche ma fille d'être juive et israélienne. A mon avis la cohabitation entre les êtres est possible même si leurs différences sont grandes. Pour y parvenir il faut cependant avoir un sens moral très élevé et vouloir se rapprocher de l'autre tout en respectant ce qui lui est cher. De toutes manières, si le cas se présente, je ne dirai pas à ma fille ce qu'elle doit faire. Je souhaiterais, toutefois, qu'elle parvienne à être comblée tout en comblant ses parents. Comment concilier les deux? Cela me semble très difficile. Si l'époux hypothétique est un Noir la question serait moins aiguë, mais le problème religieux reste posé. De toutes façons avant tout, c'est la qualité humaine qui entre en jeu. Dick ANNEGARN Oui, oui et oui. Les mariages mixtes doivent être assumés par les intéressés. Je ne pense pas que l'autorité du père ait à intervenir. RENAUD Oui, si l'occasion se présente j'accepterai que ma fille épouse un Arabe. Pierre PERRET Evidemment, bien que cette éventualité ne dépende pas de moi. De toutes façons, j'ai déjà répondu à cette question en écrivant « Lili ». Dans cette chanson, je dénonce un certain nombre d'a priori. Les gens en général se défendent d'être raciste mais ils ne veulent pas d'Arabes chez eux. Avec « Lili» j'ai voulu dénoncer ce genre d'intolérance. Jean-Marie LE PEN Nous n'avons pas voulu déranger JeanMarie LE PEN, trop respectueux que nous sommes de son temps, entièrement consacré à la défense de l'Occident. Mais il avait déjà répondu à cette question dans L'écho des savanes. Je dois vous dire que mes trois filles Marine, Yann et Marie-Caroline ont le droit de faire ce qu'elles veulent et d'aimer qui bon leur semble. Mais je ne les encouragerai jamais à épouser un étranger. C'est prendre trop de risque que de franchir les barrières de la religion, de la coutume et de la race. Il y a des gens qui préconisent le mélange systématique des races, ça ne me choque pas sur le plan individuel, mais cette politique aboutirait à un « réductionnisme » qui ferait que le monde serait une espèce de type humain unique. Pour moi, chacun doit garder son identité, ses traditions, et ses caractéristiques physiques ... Si ma fille me demandait d'épouser un Algérien ou un Malien de chez Renault, je lui dirais: « Prends ta valise et va-t-en ». 36 Je lui dirais la même chose si elle voulait épouser un poivrot ou un homosexuel. François, 50 ans, mécanicien. Non. Je refuse que ma fille épouse un Arabe. Cela n'a rien à voir avec l'individu mais cela tient à sa religion. Il pourrait être polygame et je ne voudrais surtout pas que ma fille devienne l'esclave des autres épouses. Marie-Christine, 28 ans, assistante de production. Non. Je suis catholique et ne saurait tolérer que ma fille épouse un Arabe. Odile, 23 ans, chômeuse. Oui, sans équivoque. Philippe, 25 ans, comédien. Cela m'est complètement égal. Catherine, 24 ans, orthophoniste. A vrai dire je ne me suis jamais posé la question mais de toutes façons je m'en moque. Stéphane, 23 ans, avocat. A priori il n'y a aucun problème, quelle que soit l'origine du fiancé. Cependant, j'émets des réserves. Il est en effet présomptueux de dire quelle sera ma réaction lorsque cette éventualité se présentera. Différences - N ° 40 - Décembre 1984 37 Denis DIDEROT (Dans le Supplément au voyage de Bougainville, il raconte l'arrivée des Français à Tahiti) ... Dans la division que les Tahitiens se firent de l'équipage de Bougainville, l'aumônier devint le partage d'Orou. L'aumônier et le Tahitien étaient à peu près du même âge, trente-cinq à trente six ans. Or ou n'avait alors que sa femme et trois filles appelées Asto, Palli et Thia. Elles le déshabillèrent, lui lavèrent le visage, les mains et les pieds, et lui servirent un repas sain et frugal. Lorsqu'il fut sur le point de se coucher, Orou, qui s'était absenté avec sa famille, reparut, lui présenta sa femme et ses trois filles nues, et lui dit : - Tu as soupé, tu es jeune, tu te portes bien ; si tu dors seul, tu dormiras mal; l'homme a besoin la nuit d'une compagne à son côté. Voilà ma femme, voilà mes filles: choisis celle qui te convient; mais si tu veux m'obliger, tu donneras la préférence à la plus jeune de mes filles qui n'a point encore eu d'enfants. Préparé par Dolorès ALOIA LE DÉTACHEMENT DES ATTACHÉES On avait dit: Hervé VILARD, tiens, pourquoi pas? Voici ce que ça a donné auprès de l'attachée de presse: - Ici le mensuel Différences : J'aurai aimé demander à Hervé VILARD s'il accepterait que sa fille épouse un Arabe. - Il n'a pas de fille. - Mais s'il en avait une ? - De toutes façons il n'est pas marié. - Vous savez, je ne fais qu'émettre une hypothèse pour susciter une plus vaste réflexion. - Répétez-moi la question, je lui soumettrai et je vous rappelle. Capri, c'est fini: elle n'a jamais rappelé. A peu près même scénario avec l'attachée de presse de Charles TRENET. « Il n'a pas de fille. Ecrivez-lui» Quand à l'attaché de presse d'Alain SOUCHON, son répondeur n'a pas d'idées sur la question. lA PARBlE A SARA ALEXANDER « Nous bâtirons avec les pierres qu'on nous jette» Elle est née à Jérusalem, elle est fille de kibboutzim. Après deux ans de service militaire, quatre ans de théâtre et une dizaine d'années d'errance à travers le monde, elle s'est posée dans le Midi. Aujourd'hui, auteur, compositeur, interprète, Sara Alexander, de sa voix puissante et déchirante, chante l'urgence d'aimer au-delà des frontières. on peuple, c'est le peuple juif, dont une partie s'est enracinée ~~ Men Israël. J'attends de lui l'amour comme l'enfant à naître. " En fait j'appartiens surtout aux humains dont l'adresse est la planète. Je me sens l'alliée naturelle de tous les opprimés. Il paraît qu'il y a de plus en plus d'immigrés dans le monde. Pendant les dernières élections en Israël, hébergée dans la famille de Mahmoud Darwich, j'ai chanté pour le compte de la liste« progressiste pour la paix », liste constituée de Palestiniens et d'Israéliens sur les bases de la reconnaissance mutuelle. Deux peuples, une terre. J'ai tellement bien chanté, que tout le pays a voté à droite! J'écris les paroles et la musique de mes chansons dans un style oriental, et, pour ce faire, je puise dans la tradition. Je prépare actuellement un disque avec Imad Saleh, un chanteur palestinien. Il y aura aussi une longue poésie dédiée à Mahmoud Darwich. Nos ennemis sont aussi ceux qui brandissent nos souffrances du passé comme lI:n laissez-passer. Nomade de l'espoir, mes racines sont en vous. La lutteforge mes chansons, et sur la cendre, la sève d'une seule fleur nous donne raison. En fait, je chante pour tuer l'espace incertain et pour fleurir de roses le coeur des hommes de demain. » Propos recueillis par Julien BOAZ 38 CBURRIE Glisse m ent Les espoirs de mai 1981 allaient bien au-delà de la ligne bleue des Vosges: l'appel de Cancun, les déclarations sur les droits de l'Homme du nouveau pouvoir politique français, avaient rencontré bien des échos sur quatre continents. Trois ans et demi plus tard, l'opinion de gauche, les antiracistes, les militants divers, les intellectuels, ont assisté, figés, à une agression caractérisée d'Etat contre des réfugiés. Qu'elle soit camouflée en extraditions et expulsions n'a pu masquer le fait de l'agression multiple: agression contre des hommes en danger, leurs proches, leur communauté, agression contre le droit des gens et des peuples, agression contre le droit d'asile. Le cas des Basques n'était pas isolé, il n'était pas le premier, ni hélas le dernier. D'autres expulsions ou extraditions directes ou indirectes, ont eu lieu avant ou après celle des Basques (un Turc et un Tamoul parmi les cas connus), des tentatives ont pu être arrêtées momentanément ou sont en cours (une Allemande, des Italiens, des Irlandais etc.). La pratique qui s'est affirmée avec toujours plus de virulence durant les derniers dix-huit mois fournissait suffisamment de motifs d'inquiétude grave: mais aucun courant d'information et d'opinion ne s'était constitué, qui fût assez fort pour empêcher la déportation des Basques. Les protestations sont venues après, comme par exemple pour l'avocat Croissant sous le régime précédent. Quelques semaines plus tard, on n'en parlait plus. Plus grave encore: on a vu des juristes, de gauche et de renom, défendre ces déportations; on a attendu en vain la prise de position de personnalités qui ont préféré se taire, donc approuver. Il faut rendre hommage à ce qu'il est convenu d'appeler le courage d'un J.M. Belorgey, seul député socialiste à protester, à Georges Montaron, de Témoignage Chrétien, ou encore à Félix Guattari et Jean Chesneaux. La liste des révoltés par cette opération n'est pas beaucoup plus longue que cela ... L'affaire des Basques a révélé que le droit d'asile n'est jamais acquis une fois pour toutes. Son application exige une vigilance et une pression de tous les instants. La problématique des réfugiés, restée longtemps séparée de celle de l'immigration et de la xénophobie, s'en est rapprochée. Le gouvernement français ne semble plus avoir la force de résister à la tentation d'un modèle à l'oeuvre aux USA, en RFA et même en Suède, où le droit d'asile perd progressivement de son autonomie, devient de plus en plus une affaire de police, et s'intègre à une «politique de l'immigration », qui est une politique contre l'immigration, dans tous les sens de l'expression, c'est-àdire répressive, restrictive et ségrégationniste. «Love it or leave it ». Le glissement en France se fait actuellement, dans un silence relatif. Une politique qui amalgame d'une part les femmes et les enfants d'immigrés et d'autre part des demandeurs d'asile à des immigrants clandestins révèle une volonté politique réactionnaire, suicidaire et, donc, condamnable. Le droit d'asile, droit octroyé par l'Etat, doit, pour survivre et s'épanouir, devenir un des droits de l'Homme au même titre que le droit à une vie familiale, à une alimentation et à un revenu décents, bref une liberté fondamentale, ce qu'il n'est pas, dans les faits, aujourd'hui. Comme toute liberté, il se conquiert. Il faut se battre pour cette liberté; en France, ici, maintenant. Avant qu'il soit trop tard et que passent dans les moeurs des projets gouvernementaux dont l'aspect le plus inquiétant est de déiéguer à la police une partie des pratiques de la procédure d'asile, sous couvert de décentralisation, et de ficher informatiquement tous les demandeurs d'asile et les réfugiés, sous couvert d'efficacité. C'est inacceptable. F. GUIDICE Paris Le talent La France a du talent - Et même si elle en doute parfois, il lui en reste suffisamment pour remédier à ce doute: c'est ainsi qu'une étrange coïncidence, en ce moment, rallie titres de magazines et affiches publicitaires sous le panache blanc de l'orgueilleux cocorico. Faisant écho à l'affiche des Galeries Lafayette «La France a du talent », le magazine Elle offre cette semaine la couverture d'un mannequin habillé de bleu, blanc, rouge, sous le titre plus précis de :« Les Françaises ont du talent» - complimentant par là leur gôut pour la mode, la décoration etc ... Quant aux messieurs, qu'ils ne se sentent pas exclus, le magazine Pelerin Magazine titre pour sa part: « Notre enquête: Français on n'est pas si mal ». La publicité ne saurait se désolidariser de ces louanges axées sur le cocorico puisque le salon d'Equipement Mobilier consacre une page entière à l'éloge de leur profession qui - je cite: « as- Différences - N° 40 - Décembre 1984 sure le manger, le boire, le dormir, le confort, le loisir de 39 millions de Français» (qu'en est-il de ceux qui ont profité - sournoisement on l'imagine - de tous ces avantages sans être français cependant? .. ) «Nous créons des emplois, nous apportons des devises à la France - poursuit le discours - oui la France peut être fière de notre profession et nous pouvons être fiers de nous ». ... Ce verbe pouvoir semble laisser le choix ... on pourrait ne pas être fiers ... mais le choix est vite tranché lorsqu'en sortant de chez le boulanger, on lira sur le papier enveloppant le pain que «les Français fabriquent le meilleur pain », en notant la consigne de l'E.D.F. (sur des affiches publicitaires scotchées chez des commerçants): «Soyons chauvins, consommons français» et en répondant à l'invitation de la publicité des produits «La cana» : « Jouez la cocarde» - label de qualité de leur marchandise apposée sur toutes les affiches murales du pays (j'ai vérifié

à Nantes aussi il y en a f)

d'une cocarde aux couleurs évidemment nationales. C'est donc décidé. On opte pour la France. Après tout, puisqu'on y est autant s'y intéresser et lui reconnaître des valeurs qu'au fond, tout au fond, elle a sans doute (sic f).. . Puisque les médias le disent. Et gare à ceux qui s'interrogent précisément: pourquoi le disentils si fort, avec tant d'insistance soudaine ... Gare à ceux qui se demanderaient si le talent (notion à définir, du reste) nécessite vraiment de se dire, s'exhiber. .. Car la France saurait de toutes façons répondre à ces questions de mauvaise foi puisque précisément, elle en a f ( ... du talent, bien sûr. .. ). Alors c'est bon; on la croit f on la croit f qu'ellese calme donc ... Souad BELHADDAD Individuel J'aime les propos de P.A. Taguieff dans le numéro d'octobre. Ils mettent clairement en évidence des convergences inquiétantes et, par certains côtés, ils m'apportent un écho de mes préoccupations concernant Différences. Je suis abonné depuis le début et je n'envisage pas de cesser de l'être. Mais je pense que notre revue, à force d'insister - ce qu'il est, certes, absolument nécessaire de faire - sur l'acceptation des différences entre les peuples, en arrive à négliger les différences individuelles. Il me semble que l'antiracisme vise aussi à ce que chaque homme puisse être librement soi-même dans le cadre des lois du pays où il vit, et cet aspect du combat antiraciste n'est pas suffisamment mis en valeur. André GRIBENSKI Paris Beaucoup de lettres de lecteurs sur cet article consacré au livre co-signé par Pierre-André Taguieff (Différences nO 38). Rappelons qu'il est publié aux éditions Montalba, sous le titre « Vous avez dit fascismes? » Et puisque nous en sommes aux oublis fâcheux, réparons celuici

David Diamant, un vieil ami

de Différences, a récemment publié un livre des Combattants et héros de la Résistance: 225 biographies, lettres, portraits, illustrations, fac-similé et témoignages. Avec l'aide d'un comité de familles de fusillés, aux Editions Renouveau. On peut se procurer l'ouvrage auprès de M.A. Erlich, 168, rue de Belleville, 75020 Paris, pour 80 + 17,50 F de port. Les petites annonces de DIFFÉRENCES Loue Alpes Grand Serre chalet conf. 9 pers. calme, vue, ski, piste fond. Prix rais. privat. bois, laie, chemin Grandes Terres 01700 Neyron Le Haut. n° 48 Loue à la Rosière 1 850 m studio cf. 4 pers. au pied des pistes, soleil, calme, bale. Central. Panorama. Libre janvier, 1re sem. février, 2 au 23 mars, 6 au 13 avril. Tél. : le soir (1) 202.84.85 . n° 49 Etudiant niv. Deug droit biling. Arab. Français. moniteur alpha + certificat anima- I teur cherche emploi dans association pour animer atelier de tournage/bois. Ecr. au journal qui tr. n° 50 Association (loi 1901) de solidarité avec les immigrés recherche bénévoles sérieusement motivées pour travailler avec les femmes et les enfants immigrés deux après midi par semaine. Stage de formation assuré. Remboursement transport, garderie, repas (20 F) Cont. SFM - 7, rue Lamartine, 93240 Stains. Tél. : (1) 821.85.74 (mardi, jeudi et vendredi A.M.) n° 51 Bradés: skis C4 Fisher, ., 200 cm + fixations Salomon 1 S 555 + bâtons Kerma, le tout pas neuf mais en bon état, pour le prix d'une location

300 F. Laisser message

au 342.31.23. n° 52 Jeune femme recherche emploi de secrétaire de préférence dans association ou dans revue militante (immigration, tiers-monde) Ecr. au journal qui tr. n° 53 Collaboratrice journal cherche appartement 3-4 pièces pour 2 500 F par mois dans Paris. Ecr. au journal. n° 54 Tarif: 25 FT. T .C. la ligne (26 signes ou espaces) Texte et règlement à Différences: 89, rue Oberkampf 75011 Paris Tél. 806.88.33 Les membres de la So~iété des amis de Différences bénéficient d'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes) 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 x-- 39 JASENDA' DÉCEMBRE Jusqu'en mai 1985, les 1er associations de huit villages du canton de Limours (Essonne) coproduisent une série de manifestations ouverte aux cultures du monde, ayant cette année pour thème « Rencontres et dialogue avec les pays du Sahel ». Ballets, spectacles traditionnels, expositions, débats, films, etc. Au programme de décembre 84 : - Louis César Ewandé Percussion Ensemble, le 1 er à 21 h, au Gymnase de Limours. - Découverte du Mali (exposition de photos) du 1 er au 9, Salle St-Eugène de Limours. - Regards sur le Mali (exposition réalisée par une vingtaine de jeunes de la région de Limours ayant séjourné à Nioro du Sahel), du 1 er au 16 à la MJC « Bains/ Douches» de Limours. - Ballet Théâtre Kodia, le 2 à 17 h 30 au Gymnase de Limours. - Contes africains, le 8 à 15 h, salle St-Eugène à Limours. - Architecture en terre, du 12 au 17, à la mairie de Gometz-leChatel. - Le Sahel en voie de destruction, conférence avec René Dumont, le 15 à 21 h salle StEugène de Limours. - Stage de danse africaine avec Irène Tassembedo, les 15 et 16 à la MJC de Limours (à suivre ... ) Rens. Inter MJC, B.P. A 4, 91470 Limours. Tél. (6) 458.97.02 et 458.17.80 0 Au 22, « La quinzaine des 6 jeunes spectateurs », organisée par le groupe d 'encouragement au spectacle, sous l'égide du ministère de la Culture, propose un choix de spectacles, sous l'égide du ministère de la Culture, destinés au jeune .~L~,I. Charles. . \ LE , '- ' CINEMALEON PROJECTIONS ej\.;;.'~~ DÉBATS Le CINEMALEON est une coopérative créée à l'initiative des Éditions Léon Faure. Nous ·réalisons dans les établissements scolaires des projections suivies de débats sur le thème: "CULTURES ET DIFFÉRENCES" Notre intervention a pour but d'éveiller les enfants à la cormaissance du monde et au respect de l'autre. Nous proposons divers prograrrunes du cours préparatoire à la troisième. Chaque film est accompagné d'un livret pédagogique, pennettant de prolonger en cours les thèmes abordés. Nous avons tout le matériel nécessaire à la projection et à l'obscurcissement des salles. 25, RUE DES LILAS 75019 PARISTÉL.

(1) 206.94.17

public, à Paris et en région parisienne, avec notamment: « D'Azincourt à Verdun ou les avatars de la boucherie française !!! », «Ligne blanche, ligne brisée », les Colombaïoni, «Noces d'un automne », « L 'histoire de Dieuzaide et les « Rats de {'espace ». Ces spectables s'adressent aux jeunes de 4 à 18 ans. Rens. G.E.S., 8 rue Danielle Casanova, 75002 Paris. Tél. (1) 260.96.16. 0 A Paris, salle Pleyel, c1ô- 9 ture du Xe anniversaire de l'ACAT. Concert des « Musiciens contre la torture », avec M.A. Estrella. Rens. ACAT, 252, rue St-Jacques, 75005 Paris. Tél. (1) 329.88.52 0 et 16, Immigration et 15 démocratie au Centre de la Briantais-StServan, 35400 St-Malo. Le 15 à 15 h : Economie et immigration par Jean-Louis Perraut, économiste, à 17 h: Ceux qui sont retournés au pays par Benoit Fidelin, journaliste à Panorama Aujourd'hui, à 21 h «Quels types d'actions envisager ici» ? par Christian Delorme, prêtre sur le quartier des Minguettes. Le 16 à 19 h 30 : « Le phénomène Le Pen» par Jean-Louis Schlegel, rédacteur en chef de la revue Projet. Rens. Centre de la Briantais. Tél. (99) 81.87.04 0 . Clôture, à la Maison 31 des Cultures du Monde, de la première rétrospective de l'oeuvre de Pier Paolo Pasolini, «... A vec les armes de la poésie ... », expositions, rétrospective cinéma, séminaires, colloques, récital de poésie. Rens . Maison des Cultures du Monde, 101 bd Raspail, 75006 Paris, Tél. (1) 544.72.30. 0 "ANVIER et 13 le Centre Thomas 12 More (Sciences humaines, sciences des religions), organise une Table ronde sur le thème {( Immigrés, communautés, minorités: le cas juif » : l'expérience actuelle de la population JUive en France comparée à celle des immigrés nord-africains ou des protestants d'Alsace. Avec J. Bahloul, ethnologue, F. Raphaël, sociologue (Strasbourg), A. Sayad (SNRS) D. Schnapper, sociologue (EHESS), S. Trigano, sociologue, Univ. Paul Valéry, L. Valens!, historienne (EHESS) et le Grand Rabbin Wertencshlag (Lyon). Centre Thomas More, B.P. 105, 69210 L' Arbresle. 0 ET ENCORE BEAUBOURG Il: cours, réflexions autour des thèl'exposition « Enfants de l'immigration » se déplace: - jusqu'au 7 décembre , à l'Association Maghreb-Culture, 12, rue Paul Saïn, 84000 Avignon. Tél. (90) 82.67.40 - du 8 au 15 décembre à Cognac, dans le cadre des rencontres départementales sur le travail social et l'immigration, à l'Association socio-éducative de la région de Cognac (ASERC) Cité de Crouin, Centre social des Borderies, 16100 Cognac. Tél. (45) 82.38.15 - du 20 décembre au 10 janvier 85 : au Centre Inter-culturel Rencontre, 7, rue de Soubise, 59140 Dunkerque. Tél. (28) 66.94.11 - du 1er au 31 janvier 85 à Lyon, dans le cadre de l'animation « Images de la famille dans les populations issues de l'immigration », au centre social et culturel {( La condition des soies », 7, rue St-Polycarpe, 69001 Lyon. Tél. (7) 839.36.36. Rens. I.S.M. - 12, rue Guy de la Brosse, 75005 Paris. Tél. (1) 535.12.11. 0 GRICEP : Le Groupe de réflexion et d'information sur les communautés ethniques de Provence (GRICEP) propose aux enseignants et éducateurs de l'Académie d'Aix-Marseille un document audio-visuel (diaposson) {( Vivre ensemble, les immigrés parmi nous », pour répondre à ces questions d'aujourd'hui: - l'immigration? un phénomène mondial, - l'immigration' en France a une longue histoire, - qui sont les immigrés? - que font les immigrés? - l'immigration et le chômage, - l'immigration et la sécurité sociale, - l'immigration et la délinquance, - l'immigration et l'école. Ce document peut être prêté aux établissements scolaires qui en font la demande en écrivant, en franchise postale à M. le Recteur - GRDP/ GRICEP, 31, Bd d'Athènes, 13232 Ma rseille Cedex 01, tél. (91) 91.92.17 Poste 454. 0 AFRIQUE AUSTRALE A partir du 8 novembre, les deuxièmes et quatrièmes jeudis de chaque mois, seminaire « Sociétés d'Afrique australe au XX· siècle », animé par l'équipe de recherche « Afrique austraie }) du CNRS (MM. C. Meillassoux et A. Bouillon). En s'appuyant sur des travaux en mes suivants: - poids de la domination sudafricaine, - spécificités historiques des divers .pays (Angola , Mozambique, Namibie, Zimbabwé, etc.), - politiques menées depuis l'Indépendance, - coopération régionale. A la Maison des Sciences de l'homme, 54, bd Raspail 75006 Paris, salle 518 . 0 BOUTIQUE. Une boutique d'information audio-visuelle des trois mondes est ouverte à Paris. Elle a pour but de faire connaître la production cinématographique du' Tiers-Monde et de fournir à tout animateur ou enseignant recherchant un document audio-visuel sur les pays en développement et nos relations avec ceux-ci, les moyens de le trouver rapidement, accompagné de textes, critiques, photos, affiches. La boutique met à la disposition du public: - dossiers et fiches sur les réalisateurs et sur les films, - catalogues des distributeurs des Festivals (Amiens, Biarritz, Nantes ... ), - photos, affiches, livres et journaux spécialisés, - cassettes vidéo, - salle de visionnage. Ouvert du mardi au vendredi de 14 à 18 h. Rens. Association des Trois Mondes, 63 bis, rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris. Tél. (1) 354.33.58. 0 NAISSANCE. Pla inpied .. . une nouvelle revue d'information, de sensibilisation et d'opinion, publiée par le GIHP (Groupement pour l' Insertion des Personnes Handicapées Physiques), pour répondre à l'attente des personnes handicapées, de leurs familles et de leur entourage. Au sommaire du numéro 1 « Vivre chez soi» : - les aides techniques simples pour malentendants, - une approche inter-handicap pour l'insertion scolaire à Annecy - aimer et être aimé, - l'auto-appareillage en Thaïlande, - ouvrir la musique à tous: portrait de François-René Duchable, - informations et exclusions : le point de vue de Daniel Karlin. Plain-pied, 10, rue Georges de Porto-Riche, 75014 Paris. Tél. (1) 540.43.64. 0 Agenda réalisé par Danièle SIMON 40 Mohamed, de Montreuil, ceux de ses amis ... RACiSME A LA CARTE cr Différences - N ° 40 - Décembre 1984 est venu nous apporter ses dessins et 41 [' onVERGoENCC • Mot d'ori~:nl!. ,Q./-;o(. ... prou" 11 Ê'M E' PAS F'RAN5-A is LES PIEDS SENSIBLES c 'est l'affaire de SULLY Confort, élégance, qualité, des chaussures faites pour marcher 85 rue de Sèvres 5 rue du Louvre 53 bd de Strasbourg 81 rue St-Lazare Du 34 au 43 féminin, du 38 au 48 masculin, six largeurs CATALOGUE GRATUIT : SULL y • 85 rue de Sèvres, Paris 6" 5 % sur présentation de cette-annonce 2222733 Le r eFUGe 8PorT8 LEREPUGE 46, rue Saint-Placide 75006 Paris IMPRIMERIE WEIL 117, rue des Pyrénées 75020 PARIS .( tricosin~J 41 RUE DU SENTIER PARIS 2' TELEPHONE 233 8243 1 C C P PARIS 7456 42 t;,. 42 arbois le leader de la publicité par l'objet pour nous questionner appelez ·nous . 731.47.00 pour venir nous voir · 11 bis, impasse Abel-Varet, 92110 Clichy a 300 mètres de la sortie du périphérique porte cie Clichy. ETABLISSEMENTS j,TEX 70, rue du Molinel . LILLE Tél. : 54;86.21 BONNETERIE GROS ET DEMI-GROS lakar'in 80, rue Réaumur 75002 PARIS J B Seigen boum VETEMENTS CUIRS et PEAUX E. ZEITOUN 86. Rue du Faubourg Saint-Denis 75010 Paris Tél.: nO.41.25 , bille~e~ee .. DIFFUSION scapl()~1 VENTE EXCLUSIVE AUX PROFESSIONNELS p r êta port e r 35, rue des petits carreaux 75002 paris • ~ 233.48.36 1 IL N'VA ... JEAN-PIERRE ELKABBACH - ET IL EST ~ .~~ ". SUR~ ~---

Notes


Catégories

Outils personnels