Différences n°35 - juin juillet 1984

De Archives du MRAP.

Sommaire

Sommaire du numéro

n°35 de juin 1984

  • Le KKK ce vice impuni par Bruno Ryterbrand [U.S.A.]
  • Tous aux urnes: l'Europe, c'est aussi quinze millions d'immigrés par Marie de la Forest
  • Suspendre les J.O.? Paul Virilio sociologue analyse l'impact des J.O. recueilli par J.J. Pikon
  • Bol de riz et Kawasaki dans le même bateau un jeune Bordelais s'interroge sur le racisme par P. Jacob
  • Belgique: une crise bien ordinaire par Kamel Rarrbo
  • Les bandes dessinées du Sahara par Nazim K.
  • Vous avez dit Bazar? festivals des cinémas juifs et arabes; par D. Chaput, C Dancie, Y Thoraval
  • Le tour d'Europe de l'extrême-droite par Daniel Desplay
  • Un Québec peut en cacher un autre par Rober Pac
  • A quoi bon voyager? Les voyages forment-ils l'antiracisme par E.J. Caballero

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CATALOGUES~--- CHEZ VOTRE COMMERCANT 2 'Différences Magazine créé par le MRAP (M.0uvement contre le racisme et pour l'amitié entre les I!~u,ples), édité par la Societe des éditions Différences. 89, rue Oberkampf 75011 PARIS Tél. : (1) 806.88.33 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Albert Lévy RÉDACTION Rédacteur en chef .lean-Michel Ollé ~~étariat de rédaction/maquettes: ronlque Mortalane Service photos : Abdelhak Sanna Culture: Daniel Chaput Relations extérieures : Danièle Simon ADMINISTRA TION /GESTION Khaled Debbah PROMOTION/VENTES Marle-.Ieanne Salmon ONT PARTICIPÉ A CE NUMÉRO' f:JOZès 1LOIA, Brigitte BENC~ICIE ,:ul~en BOAZ, Christiane DAN- , ame~ DESPLAT, Claude FER- ~N, Mane de la FOREST. '" ~erre GARCIA, Pauline JACOB e:e~- ).Aa;~'{f;;:I~ N~zim K., Laure LAS: MANGUY. R nme LAURAN, Francis PIKON iL obert PAC, Jean-Jacques RA UCHVA;r;;1R RARRBO, Alain ~:;~~ RYTERBAND:e~~es RfJgi!~ ABONNEMENTS ~8~nF: !5 6 0 F ~ 1 an à l'étranger: .' mOlS: 80 F. Etudl~nts et chômeurs, 1 an : 130 F. 6 mOlS : 70 F (joindre une h ' . de .La carte d'étudiant ou de~a o::,.~~p~e pomtage). e Soutien : 200 F . Abonnement d'honneur: 1 000 F. Vent~ à l'étranger: Algérie 14 dinars Belgique 140 FB, Canada 3 dollar ' Maroc 10 dirhams. 'S. PUBLICITÉ AU JOURNAL

hotoc~mposition - photogravure

ImpressIOn : C.P. Paris Commission paritaire nO 63634 ISSN 0247-9095. ' Dépôt légal: 3153 PHOTO COUVERTURE: Presse sports Le coureur Obeng Différences - N° 35 - Juin 1984 SBMMAIRE1 - JUIN-JUILLET Rseotlaidred sr,e ptaorndt. s,V ioniccii d1e nts ". tout s 'e ~t .conjuré pour assurer a ' . année, il n yen aura ;a~~"!earut or ed aev JaUnitn l-ej u5il lseetp. tPemrobfritee zE-etn b b~nn~. ~eormom dee cmhaaqt uuen • onnes vacances à tous. POINTCHAUD ------------------------------------------------- Le KKK, ce vice lm u & A ?reensboro (Caroline du no ~ ni raciste que noir. rd), mieux vaut être blanc et ACTUEL Tous aux urnes • L'Europe , c' es t aussI. q.um ze mil•li ons d" Immi"g res. Bruno RYTERBAND 11 GROSPLAN .. ______________________ .. __________ .. _______ M-ar~ie~de~laFOREST Suspendra la • .1.0 .,. 14 dU n sociologue de a colmmu'llic ation •P • es Jeux Olympiques. ' aul VIRILIO, analyse l'impact Propos recueillis par Jean-Jacques PIKON RENCONTRE 1& DB o. l-de-riz et Kav vasakl dan 1 - es Jeunes Bordelais d'origine étrangère s'inte rrogentS s ur ele rmacisemem. e bateau DOSSIER .. __________________________ .. __________ .. ________ ~p~a::ulineJACOB Belgique : une cris 1 a Des difficultés de l'immi r e bien ordinaire gra Ion dans un « pays frère ». CULTURES .._ _______________. ._ _________. ._ _________. ._ ___K. a.m eIRARRBO ~e. banda .. d ..... ln" 24 D extraordmaires fresques préhI'S t on.q uees asu pdleuin cSoeuar dhu ade' rseart. Nazim K. Vous avez dit bazar? A cause des délais, vous n'aur • les festivals des cinémas' 'f ez pas Cannes, mais voici 30 JUI et arabe. RÉFLEXION ___________________D_a_n_ie_l _C_H_A_P_U__T_ , _C_h_n's_ h_.a _n_e _D_A_N_ C_I_E_ ,_ y_ v ~es TH ORAVAL 32 Le tour d'Europe de ' Le bottin mondain de to 1 1 extrême-droite us es pousse-au-crime. HISTOIRE .... __________ .. __________ .. ____________________ D~aniel DESPLAT -34 Un Québec peut en c Il y. a .450 ans, Cartier arrivait acher un autre Mais II y avait de'J'a' d u monde. dans la Belle Province . Robert PAC DÉBAT .. --------------------------------------------------- A quoi bon voy_r .,. 3& ~e; voyages forment-ils l'antiracisme ? ~n ". .. CABALLERO, directeur d'UNIC'LAM s,p er~elpaohnstde. du tourisme ' 3 r Avec Différences, c'est le rapprochement entre les peuples. Je m'abonne à Différences, le mensuel qui fait bronzer. o 150 F (1 an) o 80 F (6 mois) o 200 F (soutien) NOM ________________ ___ Prénom _ ____ _ ___ _______ _ Adresse _______ ______ _ _ _______ ____ __________ _ Code postal _ _________ Commune _________________ ___ ___ Profession ______________ ___ _____ _______ ______ _ Bulletin dûment rempli accompagné d'un chèque à retourner à : Différences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS. ~A__ b _onn_e_men_t l an_:_é_tran_ger_: _18_0_F_;_Chô_m_eur_e_te~'t-ud-ia-nt-:-l-30-F-.--------------------__D_ IFF.35~ 4 CHERS lECTEURS DEFINITIONS Europe (mythologie) : née quelque part à l'Est, du côté du ProcheOrient, elle fut enlevée par Zeus. Voir Phénicie. Europe (géographie) : péninsule ouest du continent asiatique, elle s'étend de l'Atlantique à l'Oural, du Cap Nord à la Crête. Voir Espace vital. Europe (géopolitique) : elle exclut les Pays de l'Est, trop malpensants pour en faire partie. Voir Pacte Atlantique. Europe (économie) : communauté qui exclut les Pays du Nord, la Suisse, l'Autriche, le Portugal, etc. Voir Montants compensatoires. Europe (politique) : enjeu de campagne électorale, qui exclut quinze millions de gens du sud venus travailler au nord. Voir arguments, chômage, retour. Europe (racisme) : concept flou, qui fait référence à une hypothétique race originelle et exclut tous les autres. Voir Occident, Nouvelle Europe, Indo-européens. " L'Europe, c'est la peau de chagrin. Ça a l'air vaste, comme ça. Mais de réduction en purification, ça finit par ne servir qu'à se crêper le chignon entre soi. Sinon, tout le monde s'en moque. Ce n'est pas suffisamment consistant pour s 'en faire une origine. Vous vous sentez européen, vous ? Regardez-les, les Européens. Tout ce qu'ils veulent, en ce moment, c'est aller se faire bronzer, quelque part au sud. Histoire de retrouver un peu de la couleur de nos vrais grands-papas. Les Africains. Vous savez, ceux qui courent plus vite que les autres. A propos: Jeux Olympiques (géopolitique) : rencontre internationale, où, depuis 1980, l'important, c'est de ne pas participer. 0 1)iHérences Différences - N° 35 - Juin 1984 5 ~ 1--___- '-___. ...;..::::l.Z:d 6 L e 3 novembre 1979. Onze heures. Une centaine de personnes se regroupent à Morningside Houses, le quartier noir de . Greensboro. Après un suspense de quinze jours, les autorités municipales ont accordé le permis de manifester. La marche, dont le parcours a été fixé, doit se terminer par une réunion d'information et un meeting de protestation contre les activités croissantes du Ku Klux Klan dans la région. Onze heures vingt. Une caravane de neuf voitures, transportant une quarantaine d'hommes, arrive lentement à Morningside. La provocation est claire: Noirs et Blancs manifestent contre le Klan, le Klan, qui pour l'occasion s'est allié au Parti nazi, vient dire, avec ses fusils à pompe et ses armes automatiques, que ce n'est pas tolérable. Deux coups de feu sont tirés en l'air. Les manifestants opèrent un repli. Une douzaine de membres du Klan et de nazis sortent alors des voitures et frappent les manifestants à coups de battes de base-bail. Le corps à corps s'interrompt soudain et les agresseurs retournent dans leurs véhicules. Tout semble fini. C'est à ce moment que d'autres membres de la caravane sortent de leurs voitures, s'arment et tirent. Quatre manifestants qui, craignant des provocations, s'étaient munis de pistolets, tentent de riposter. En 88 secondes, 39 coups de feu seront tirés, les onze premiers par le K.K.K. Toute la scène est enregistrée sous différents angles par quatre équipes de télévision, venues couvrir la manifestation. Cinq morts parmi les manifestants, tous membres du Communist Workers Party. Ces bandes vidéo vont, pendant cinq ans, être au centre des débats publics judiciaires. Elles montrent sans équivoque les tueurs, permettent de constater l'absence totale de forces de police et enregistrent, pendant une très longue minute et demie, des coups de feu et des cris. Les tueurs ne seront pas les Différences - N° 35 - Juin 1984 premiers inquiétés. La police locale arrive sur les lieux quelques minutes après la tragédie. Des manifestants, blessés, sont interpellés. Certains seront inculpés pour port d'arme cachée: en Caroline du Nord, le port d'arme est libre, il est par contre interdit de cacher son arme. Quelques membres de la caravane seront arrêtés par la suite et inculpés de meurtre. Ils seront acquittés un an plus tard par un jury entièrement composé de Blancs. Les familles des victimes font alors pression pour qu'un grand jury fédéral soit convoqué et prononce d'autres inculpations. Neuf personnes seront ainsi inculpées au printemps de 1983. Le procès s'ouvre le 9 janvier dernier à Winston Salem sur un grave incident. Le Président prononce immédiatement une décision de huis-clos pour la sélection des jurés. La Cour rejettera les appels formés par les différents journaux exclus de la procédure de sélection. Les poursuites sont fondées sur un texte qui réprime l'obstruction à l'exercice d'un droit civique, par la violence ou par le meurtre, pour des mobiles raciaux. Patriotisme et armes à feu La défense va adopter une stratégie simple et efficace, face à un jury une nouvelle fois composé exclusivement de Blancs : les meurtres du 3 novembre sont justifiés par le patriotisme de nos clients, lesquels ne sont animés que par une violente haine des communistes. Pas de racisme, pas de crime. L'équation rassure · et le jury peut acquitter une seconde fois. L'affaire ne s'arrête pas là. Le comité de défense qui s'est constitué après le massacre a lancé en 1980 une procédure civile, qui reprend maintenant et qui constitue la seule chance d'obtenir des réponses aux nombreuses questions soulevées par un examen approfondi des faits. Il est en effet parfaitement établi dans la procédure qu'au sein du Parti nazi se trouvait un agent fédéral du Bureau des Alcools des 7 Tabacs et des Armes à feu. Bernard Butkovitch apparaît à certains moments de l'affaire. On a cependant quelques difficultés à le suivre. Rien d'étonnant pour un agent infiltré. En juillet 1979, il est envoyé en Caroline du Nord pour espionner le Parti nazi. Il se fait passer pour un chauffeur de poids lourds et participe aux réunions. On le retrouve le 22 septembre 1979 lors d'une réunion commune du K.K.K. et du Parti nazi au cours de laquelle est fondé le Front raciste unifié (United Radst Front). Il est alors porteur d'un micro-émetteur et ses supérieurs suivent les débats à distance. Certains membres du Parti nazi ont par la suite témoigné que Butkovitch les avait exhortés à plus de détermination dans l'action. Il aurait proposé de leur montrer comment fabriquer des explosifs et comment transformer un fusil semiautomatique en arme automatique. On perd sa trace ici. Il ne sera pas à Morningside un mois plus tard. Il y aurait rencontré un autre personnage dont l'itinéraire est assez passionnant. Edward Dawson, moins prudent que son collègue du BATF, était, lui, informateur du F.B.I., infiltré dans le K.K.K. Après quelques années passées à l'ombre pour une sombre affaire de coups de feu, il commence une carrière d'informateur. Sa dernière mission était de se renseigner sur les activités du K.K.K. On le trouve donc, en octobre 1979, à une réunion du K.K.K. Dans le rapport qu'il fera à son supérieur, le détective Cooper, il indiquera que les membres présents à cette réunion ont l'intention de se rendre à Greensboro le 3 novembre et de rechercher un affrontement avec les manifestants anti-Klan. Deux semaines à peine avant le massacre, on le trouve à Lincolton County, Caroline du Nord, à un autre meeting. Il aurait alors exèité son auditoire en insistant sur le danger représenté par les Noirs et les communistes. Quelques jours à peine avant le drame, le voilà encore, filmé devant la mairie de Greensboro avec un groupe de journalistes venus questionner un des organisateurs de la manifestation après la délivrance du permis de manifester. Il sera zélé au point de se renseigner pour savoir si les organisateurs maintiennent leur appel. Comment ne pas s'interroger alors sur l'absence de forces de police sur les lieux du drame? La police n'est d'ailleurs pas tout à fait absente : le détective Cooper, informé par Dawson le matin même du 3 novembre du regroupement d'hommes armés dans une maison de la banlieue de Greensboro, se place en planque avec un photographe en bordure d'une bretelle d'autoroute. Son photographe prend des clichés de la caravane alors que le commando s'organise. Dans la voiture de tête, il y aura Edward Dawson. Dawson ne sera pas inculpé dans la première procédure pour meurtre. Lâché pourtant par ses nouveaux amis du K.K.K. et par ses supérieurs du F.B.I., il prendra peur et, sans doute pour tenter de sauver sa peau, décidera de faire de très généreuses confidences à deux journalistes de la télévision publique de Boston WGBH. Le film, 88 secondes à Greensboro, sera diffusé à deux reprises dans tout le pays. Dawson était inculpé dans la procédure qui vient de s'achever. Il est libre aujourd'hui, comme tous ceux qui étaient venus à Greensboro derrière lui, pour tirer sur des manifestants exerçant légalement leur droit de citoyens. Les morts de Greensboro étaient tous engagés à des degrés divers dans l'action syndicale. Ils avaient notamment dirigé des grèves dans les usines textiles, mobilisant les ouvriers sur des questions de santé. Ces grèves, exceptionnelles dans un Etat où le taux de syndicalisation est le plus faible des Etats-Unis, avaient emporté de vieilles traditions ségrégationnistes. C'est sans doute ce qu'on ne pouvait tolérer. Il reste cinq morts et la mémoire de cinq morts. Et puis d'innombrables questions sans réponses. Bruno RYTERBAND LE MBIS Pour qui sonne le glas? « Un accident regrettable et bête dû à l'imprudence» : les sources militaires tant à Paris qu'à N'Djamena sont d'accord sur les origines de l'explosion qui cause la mort de neuf soldats français au Tchad. (7 avril) Sur les neuf paras tués au Tchad, trois d'entre eux militaient au Front national. Tardivement le parti de Jean-Marie Le Pen apprend, « par l'intermédiaire de ses fédérations» que Gilles Ungar (de ViIIeneuve-IaGarenne) et Philippe Beck (Hagondange, Moselle) étaient membres du Front national. Quant au père d'Eric G9ffin qui demeure à Nice, il a tout de suite revendiqué l'appartenance de son fils, Eric, au mouvement dont il avait été le candidat aux dernières élections municipales. (12 avril). Prise d'otages et bombes La prise d'otages, par un commando palestinien, des 45 passagers d'un bus assurant la liaison Tel-Aviv-Ashkelon, s'est terminée à l'aube, par l'assaut de l'armée israélienne. Un otage a été tué ainsi que tous les membres du commando. (13 avril). Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) condamne dans un communiqué «la récente série d'attentats commis en Israël à l'encontre des populations civiles. Fidèles à ses positions antérieurement exprimées, il entend dénoncer tous les actes de terrorisme, quelles qu'en soient les victimes et quels qu 'en soient les auteurs ». Il précise par ailleurs que «la situation ainsi créée ne manquera pas de soulever les passions; elle ne doit toutefois pas occulter le drame subi par le peuple palestinien, qui conduit certains de ses membres au désespoir, ni le désir de justice exprimé en son sein ». Une fois de plus, le MRAP « réaffirme que toute solution au Proche-Orient passe par la paix. Cette paix suppose la reconnaissance et le respect mutuels; et implique le droit pour le peuple israélien de vivre à l'intérieur de frontières sûres et reconnues ainsi que le respect de la réalisation des droits nationaux du peuple palestinien

(19 avril).

La police israélienne désamorce neuf bombes placées dans des autocars appartenant à une compagnie palestinienne et transportant habituellement des populations arabes de Jérusalem. Les arrestations qui ont suivi cette action ont permis de démanteler un réseau de terroristes juifs antiarabes, le TNT, qui bénéficierait de nombreuses complicités parmi les colons des implantations israéliennes en territoire occupés, et au plus haut niveau de la nation (22 avril). Les tueurs de Greensboro Le 3 novembre 1979, un dimanche, le Communist Workers Party organise une marche anti Ku-Klux-Klan. La manifestation commence dans le calme, les gens, pour la plupart des Noirs, défilent... sous l'oeil de sympathisants du Klan et du parti nazi américain. C'est peu après midi que la fusillade éclate. James Waller, Bill Sampson, Sandi Smith, Cesar Cance meurent sur le coup, Michael Nathan deux jours plus tard. Les cinq accusés blancs de la fusillade seront acquittés une première fois en 1980 et viennent de l'être une seconde fois par un jury, blanc lui aussi. (16 avril). Selon la législation américaine, un nouveau procès doit s'ouvrir au mois d'aôut. Dans un communiqué le MRAP « demande que tous les moyens soient mis en oeuvre pour que ce nouveau procès ne soit pas l'occasion d'une caricature de justice indigne de l'Etat et du peuple américains et qui rappelle les pires tragédies du maccarthysme ». (19 avril). Le Ku-Klux-Klan fait à nouveau parler de lui en apportant son soutien à Ronald Reagan pour les élections présidentielles de novembre. La Maison Blanche embarassée a tenu à préciser que Ronald Reagan ne voulait rien avoir à faire avec cette organisation. (20 avril). La couleur qui tue Seize mineurs noirs sont hospitalisés, après avoir été mordus par des chiens policiers lors d'une descente de police à Randfontein (Transvaal). Un porte parole de la police déclare que les chiens ont été lâchés pour « arrêter des mineurs qui s'enfuyaient », afin de les traduire en justice pour infraction à la propriété privée. Les employés de la mine d'or de Randfontein ont en effet pour habitude de se rassembler chaque week-end sur des terres appartenant à des fermiers blancs, autour de bars clandestins ouverts en plein air. (19 avril). 8 Le Matabeleland demeure une douloureuse épine pour Robert Mugabe, le Premier ministre du Zimbabwe. La région sud-ouest de l'ancienne Rhodésie continue d'être le théâtre d'une irréductible dissidence, contre laquelle le gouvernement lutte sans ménagement. Mugabe doit ramer à contre-courant, avec la multiplication des accusations d'atrocités lancées contre les forces de sécurité zimbabwéennes. L'église catholique, l'opposition au gouvernement, et la presse internationale ont multiplié les témoignages selon lesquels les troupes ont torturé, tué et même affamé des villageois du Matabeleland dans leur chasse aux dissidents. (20 avril). Un présentateur de la télévision sud-africaine Vivian Solomon, victime d'un accident de voiture, meurt sur un brancard à l'hôpital de Klerksdorp. Les employés refusaient de le soigner, n'étant pas d'accord sur sa couleur. M. Solomon était en effet métis. Au moment de l'accident il n'avait pas sa carte d'identitéé sur lui. Le personnel de l'hôpital ne savait pas s'il devait être admis dans le service réservé aux Blancs, dans celui destiné aux Métis ou celui des « gens de couleur ». Publicité d'autant plus malencontreuse pour le régime sud-africain que M. Solomon n'était pas un inconnu. Il s'était rendu célèbre l'an dernier en devenant le premier présentateur non-blanc admis sur la première chaîne de télévision destinée aux télespectateurs blancs anglophones et afrikaners. (25 avril). Les autorités sud-africaines vont libérer 54 membres du mouvement nationalistes namibien SW APO détenus au camp de Mariental, dans le sud de la Namibie, annonce l'administrateur général sud-africain de la Namibie, Willie Van Niekerk. Ces libérations auront lieu dès que les familles aurons été prévenues, précise-t-il. Selon la presse sud-africaine, d'autres prisonniers politiques namibiens, emprisonnés au bagne de Robben Island, au large du Cap, pourraient également être libérés. Ces libérations annoncées à Windhoek coïncident avec l'annonce d'une possible rencontre, à Lusaka (Zambie) entre la SWAPO d'une part, l'Afrique du sud et les partis « internes » namibiens de l'autre. Il y aurait alors de timides espoirs de voir le dossier namibien progresser, dans la foulée du désengagement des troupes sud-africaines d'Angola qui se poursuit à une vitesse d'escargot. (4 mai). Violation de l'ordre publie 177 opposants zaïrois au régime de M. Mobutu Sese Seko, principalement des étudiants, sont interpellés à Paris près de Montparnasse, alors qu'ils s'apprêtent à manifester contre les « violations des droits de l'homme au Zaïre ». Ils sont tous relâchés dans la soirée après un contrôle d'identité. Selon l'Union nationale des étudiants zaïrois (UNEZ) qui organisait la manifestation, deux manifestants, blessés au cours de légers incidents, ont dû se rendre par leurs propres moyens à l'hôpital Cochin pour se faire soigner. La Préfecture de police de son côté nie qu'il y ait eu des blessés. Alors que l'organisation zaïroise indique que l'autorisation de manifester lui avait été accordée, la Préfecture de police affirme que « le rassemblement avait été interdit pour des raisons d'ordre public, comme d'ailleurs d'autres manifestations d'opposants zai~ rois prévues les jours précédents ». Et l'on rappelle incidemment que le président Mobutu était précisément en visite officielle en France depuis une semaine. Outre que le « camarade président » avait déjà quitté la France depuis vendredi soir en direction du Portugal lorsque cette rafle a eu lieu, on peut s'étonner que soit refusé il des étudiants zaïrois un droit qu'on accorde généralement depuis quelques années aux autres opposants étrangers en France. Ce «généralement» a en fait connu un précédent comparable ces derniers mois: l'interdiction, le 6 décembre 1983, d'une conférence de presse que voulait tenir le Mouvement de redressement national du Gabon (Morena). Elle était de «nature à troubler l'ordre public ». Une notion sur laquelle le gouvernement français semble devenir de plus en plus chatouilleux lorsqu'il s'agit d'opposants à des «régimes africains amis ». (21 avril). La mort du Kid Le doyen du swing vient de mourir à Hollywood. Il était âgé de soixante-dix-neuf ans. Count Basie était l'une des dernières légendes de l'époque des grandes formations de jazz, comme son ami le grand Duke Ellington. Le Kid from Redbank, comme dit le titre d'un morceau célèbre tiré i Usine Rémétal à St Arnoult: traités comme des esclaves, ils occupent l'usine depuis plusieurs mois. d'un album orné d'une superbe photo d'explosion atomique, était né le 21 août 1904 dans cette petite ville du New-Jersey. Un extrait de la superbe Anthologie des musiciens de jazz de Jacques Reda, nous donne à entendre une fois encore celui dont la modestie n'avait d'égale que le talent, «Je ne suis pas un très bon pianiste ; je me suis toujours contenté de jouer quelques petites choses au début, pour lancer l'orchestre, et parfois, de faire le même genre de petites choses au milieu d'un morceau ». (26 avril). La menace des rapatriés L'organisation des rapatriés, le Recours, doit tenir un congrès national à la fin du mois « pour déterminer la position du million d'électeurs rapatriés face à l'échéance des européennes» indique dans un communiqué, son président M. Jacques Roseau. Le Recours, qui s'était prononcé en 1981 en faveur de François Mitterrand, constate que «des inquiétudes et des mécontentements grandissants gagnent de larges secteurs de l'opinion rapatriée ». Jacques Roseau incite les parlementaires du Midi à effectuer « une démarche ferme et immédiate au plus haut niveau de l'Etat pour éviter une fracture possible ( ... ) Si le gouvernement gèle les solutions attendues, a-t-il Différences - N ° 35 - Juin 1984 menacé, le Recours pourrait geler l'électorat rapatrié ». (1er mai). 1 Bombes anti-Arméniens En l'espace d'une heure et demie, trois bombes explosent à Alforville. L'une d'entre elles visait la stèle érigée en mémoire du génocide arménien. L'ensemble de la communauté désigne l'ennemi héréditaire, celui qui en 1915 massacra un million et demi d'Arméniens; les Turcs. Curieusement, un diplomate de l'Ambassade de Turquie à Paris abonde, presque, dans ce sens en déclarant: «Il faut exclure une provocation arménienne. Il y a sûrement des groupes terroristes, turcs, fanatiques et incontrôlés ». Rarement, un officiel n'a été aussi clair. Au lendemain de l'attentat contre le local marseillais de la « Jeunesse Arménienne Française » qui n'avait fait que deux blessés (à quelques minutes près, c'était un carnage), l'Ambassade avait été moins loquace. Le contexte politique était différent et la signature moins évidente. Depuis quelques jours en effet la presse turque est déchaînée. Objet de tous ses soins: Joseph Franceschi qui a osé en présence de Vas ken }r, le pape des Arméniens ériger une stèle à la mémoire des victimes du grand génocide. En représailles, le ministre turc des Affaires étran- 9 gères avait élevé une « ferme protestation contre l'inauguration de ce monument ». Effet nul: Paris rejeta cette protestation et fit la sourde oreille. Ankara, pour se faire entendre a-t-elle voulu utiliser d'autres moyens, ainsi que le suppose la . communauté arménienne qui voit dans la simultanéité des explosions, la main de la police politique turque? (3 mai). Victoire sans appel Pari tenu pour Jesse Jackson : Washington, avec ses 70 0J0 d'habitants noirs, donne au pasteur-candidat sa première victoire dans une élection primaire pour l'investiture démocrate dans la course à la Maison Blanche. Avec 66 070 des voix, contre 25,5 0J0 à Walter Mondale et 1,1 0J0 à Gary Hart, le scepticisme qui entourait le lancement de la campagne de l'ancien compagnon de Martin Luther King laisse la place à un réel enthousiasme au sein de la communauté noire, et à une certaine inquiétude au sein du parti démocrate. La vie politique démocrate risque, en effet d'être profondément affectée par ce succès. Jesse Jackson soulignait récemment: « Que je gagne ou que je perde, la vie politique américaine ne sera plus jamais la même ». Un ancien dirigeant démocrate, Robert Strauss, lui faisait écho en soulignant que Jackson « a eu un impact sur la vie politique américaine plus important que lui ou n'importe qui d'autre ne le prévoyaient ». (3 mai). Marche pour la paix La Marche pour la Paix qui doit rassembler des marcheurs des deux secteurs de BeyrOHth : les partisans du parti Kataeb (phalangistes), le Parti Socialiste druze, les Chïtes du mouvement Amal, est annulée pour cause d'obus, les bombardements du week-end font 22 morts et 134 blessés. (6 mai). Légitime bavure Encore une bavure policière : Zouaoui est mort au volant de sa voiture, alors qu'il tentai,t d'échapper, avec deux amis, à des individus qui les menaçaient de leurs armes. Une conférence de presse, en plein coeur de la préfecture de police, et une marche en mémoire ·de Zouaoui et de tous ceux qui ont connu le même sort, sont organisées (6 mai). Sakharov L'académicien Sakharov entame une grève de la faim pour protester contre son assignation à résidence à Gorki (2 mai). Sa femme en fait autant quelques jours plus tard. La communauté européenne proteste auprès du Gouvernement soviétique, par le canal de l'ambassade de France à Moscou (18 mai). 'ACTUEL' - Ilôt Chalon - Rue Cases-Nègres Comment, sous prétexte de rénovation, on a laissé un quartier pourrir à Paris. e n'est quand Î Î C même pas marqué " sur leurs fronts que ce sont des vendeurs de drogue! » Elle parle avec son coeur, cette habitante de longue date de l'îlot Châlon. Ce qui l'indigne ainsi, ce sont les affiches sur les vitrines des magasins: « Cet établissement ne sert pas les vendeurs de drogue ». « Je ne sais pas à quoi ils les reconnaissent. Ce n'est pas parce que l'on est noir que l'on est trafiquant ». Et pourtant, la drogue, elle l'a vue sous ses fenêtres. « C'était comme au marché. De chaque côté de la rue: les vendeurs. Et les jeunes passaient et repassaient, puis se mettaient dans un coin pour se faire leurs piqûres ». Scènes devenues quotidiennes depuis l'été dernier pour tous les habitants. Mais restées dans l'ombre de ces ruelles étroites. Puis, soudain, le temps d'un week-end de mai, les projecteurs se tournent sur le quartier. Deux morts et des blessés, victimes d'affrontements entre Maghré- STUPÉFIANT Il y a un racisme qui se nourrit de la lutte contre la drogue. L'ADA (anti-drogue association) édite ces affiches: « Protégeons nos enfants» et « Cet établissement participe à la lutte, il ne sert pas les vendeurs de drogue ». L'avis d'un jeune Sénégalais: « Pour eux, si tu es black, tu es un dealer. Ou au moins, tu sais où il y a de la drogue ». Au siège de l'association, on nous dit : « Les vendeurs de drogue, ce sont les Noirs ». Récemment créée sur le ]2e arrondissement, l'ADA se dit «conseillée par la mairie ». Elle envisage de s'implanter « partout où s'installe la drogue ». Première étape: le 20e• bins et Africains. Un voile se lève. On se souvient que depuis janvier, le quartier vit au rythme de vastes rafles policières. On comprend alors dans quelle folie vivent les habitants depuis un an. Aujourd'hui, stationnent des cars de CRS à l'entrée du passage Raguinot. Derrière, ce sont des immeubles délabrés, des rues rarement nettoyées, des murs noirs. De l'autre côté des palissades, on rase à coups de bulldozers. Dealers ~ A van t, on se connaissait tous, comme dans un village. Il y avait beaucoup d'enfants qui jouaient dans les rues. C'était presque trop beau». A l'origine, des petits employés, des ouvriers et des artisans habitent l'îlot ChâIon. Les Chinois succèdent aux Italiens au début du siècle. Puis arrivent les Algériens, Les premiers Africains s'installent dans les années 60. En majorité ouvriers des ateliers de confection ou marchands ambulants. Cohabitation paisible de toutes les communautés. «Il y avait bien quelques bagarres de temps en temps. Mais nous, quand on avait besoin de téléphoner, on allait dans le café arabe ». Cependant, depuis le début du siècle, le quartier est insalubre, les immeubles ne sont pas entretenus. De telles conditions de vie ne facilitent pas les relations. Avec le temps, le climat se dégrade lentement. L'arrivée des squatters pendant l'été 82 ne va pas sans poser de problèmes. Plus ou moins bien accueillis par la population, ceux-ci, en majorité sénégalais, s'installent de plus en plus nombreux dans les passages Raguinot et Brunoy. C'est avec l'introduction massive de la drogue, il y a quelques mois, qu'un pas décisif est franchi. Tout bascule. En quelques semaines le quartier se métamorphose. Les habitants s'en sentent 10 dépossédés. Des centaines de dealers tiennent le pavé des passages dont ils contrôlent les entrées. Les gens n'osent plus sortir de chez eux pour se frayer un passage dans la foule des revendeurs et des junkies. Ces jeunes en manque multiplient les agressions pour financer leurs doses du matin. Métro, RER et trains de banlieue les déposent au coeur de l'îlot. La rue de Châlon, jusque-là ignorée du public, est directement reliée à la gare de Lyon par la nouvelle station du TGV, lieu idéal pour les vols. A la sortie de ce hall moderne, deux mondes se croisent et s'observent. Plus pour très longtemps: la rénovation effacera ce point noir sur la face du nouveau 12e• « Quand nous sommes arrivés en 58, on nous a dit: vous ne resterez pas longtemps». On parlait déjà de rénovation. Depuis le début du siècle même. En 1976, un nouveau projet luxueux voit le jour. Tout se fait sans que la population soit informée, c'est encore le silence. De temps à autre, on exproprie, on rase un bâtiment pour y établir un parking. Taudis Le conseil de Paris adopte le projet définitif en 1980, un comité de défense des habitants se crée. A ses yeux, il n'y a pas la place dans ce projet pour le relogement sur place de tous. Et encore moins pour la population immigrée, souvent victime de situations illégales: absence de quittances ou paiement de la main à la main. Les propriétaires s'attendant à voir raser leurs immeubles depuis de nombreuses années, cessent de les entretenir ou de les améliorer, alors que sanitaires, eau et électricité font encore souvent défaut. La SNCF propriétaire d'un tiers de l'îlot néglige aussi ses logements. Aubaine po'br des « gérants» qui encaissent volontiers les loyers à sa place. On est bien loin du petit village : le quartier s'enlise dans ses taudis. Il est temps d'assainir la situation. Soulagement pour les uns, résignation pour les autres: les bulldozers arrivent. La rénovation commence début 84. La mairie met en place la société d'économie mixte (SEMEA) responsable des opérations. Rafles, saisies de drogue, expulsions et fermetures de squatts annoncent l'ouverture des travaux. Les rafles? Plus d'un millier d'interpellations, des centaines d'inculpation pour situations irrégulières ou trafic de stupéfiants. Mais aussi des abus, des violences, des habitants de bonne foi expulsés, du matériel saisi et détruit. Ce climat aggrave les tensions. Ces contrôles de grande ampleur et systématiques auraient pu être évités en luttant contre les revendeurs de drogue au début de leur installation. C'est ce qu'avaient demandé les représentants sénégalais à la police. Pendant un temps, ils empêchaient l'accès des immeubles aux dealers, étrangers à l'îlot. Devant le refus de la police de coopérer, ils se sont démobilisés. Plus tard, ce sont les Maghrébins qui organisent cette lutte dans une ambiance devenue explosive. Au prix d'affrontements meurtriers, les dealers semblent avoir quitté les passages. La non-régularisation du statut des commerçants ambulants serait à l'origine de l'apparition des revendeurs de drogue africains. N'ayant pu obtenir de statut officiel, beaucoup ont préféré se « reconvertir» dans un commerce plus lucratif. Source d'agressivité, l'arrivée de la drogue et de l'argent a désorganisé la communauté sénégalaise. Elle a perturbé les rapports avec les autres habitants et rompu un équilibre. Un quart des familles a quitté l'îlot depuis un an. Toujours autant qu'il ne faudra pas reloger! D'autres se résignent ou acceptent, plus tolérants: « Jamais je n'ai appelé la police. A quoi cela aurait servi ? » A rien puisque l'héro réapparaîtra ailleurs. « Mais on sera enfin débarrassé de cette faune bizarre. On aura un très joli quartier, tout à fait convenable ». Impuissance, manque de volonté ou choix délibéré? Tout s'est accumulé, en tout cas, dans ce « no man's land» administratif et politique. On efface tout et on recommence. 0 Laure LASF ARGUES Francis MAN GUY ~CTUEl - Elections - L'EUROPE, C'EST AUSSI QUINZE MILLIONS D'IMMIGRES ... Parlement européen à Strasbourg Ils votent pas, Ils parlent pas, mais Ils font causer: voici quelques chiffres sur les étrangers en France, Belgique, RFA et aux Pays-Bas. O n compte à l'heure actuelle environ 15 millions d'étrangers sur le sol européen, ce chiffre ne tenant évidemment pas compte des clandestins et irréguliers. Une des raisons de cet accroissement de population, c'est le « regroupement familial », c'est à dire la venue dans le pays d'accueil de la famille (épouse, enfants) du travailleur déjà installé. Ceci explique le poids grandissant de la « seconde génération ». Dans l'ensemble des Différences - N° 35 - Juin 1984 pays européens en effet, les jeunes de 0 à 24 ans représentent 40 à 50 070 de la population étrangère. Autre chiffre en augmentation, celui des réfugiés et demandeurs d'asile. En mai 1983, entraient en vigueur les dispositions de la Convention européenne relative au statut juridique du travailleur migrant, ratifiée ou signée par onze Etats au total. Ces dispositions devraient en principe améliorer l'accueil, l'insertion, et le statut des 11 étrangers au sein de chacun des pays signataires. Ce qui ne veut surtout pas dire, la crise est là, ouverture des frontières. Au contraire. Dans l'Europe qui va voter le 17 juin, nous avons choisi les pays qui accueillent un nombre important d'étrangers. En R.F.A., ils constituent 7,6 % de la population. 40,1 % d'entre eux ont moins de 25 ans et le taux de scolarisation, conséquence logique, a beaucoup augmenté; ainsi, entre 1977 et 1981, 46 % d'enfants étrangers supplémentaires fréquentaient l'école primaire. La durée moyenne du séjour s'est également allongée. Elle est à présent de 9 ans et demi. Les réfugiés sont de plus en plus nombreux à demander asile et 49 391 personnes se sont vues accorder ce droit en 1981. Le gouvernement d'Allemagne fédérale prétend cependant que 90 % des demandeurs sont de « faux» réfugiés politiques et que leurs motivations sont plutôt d'ordre économique. De toute façon, les frontières sont à présent fermées à l'immigration active : le taux de chômage parmi les étrangers en situation régulière est déjà de 11 %. Ce qui n'empèche pas la pratique d'une politique de regroupement familial, et l'attribution d'un permis de travail spécial aux jeunes ayant rejoint leurs parents avant l'âge de 18 ans. Le gouvernement a mis en place une politique de formation et d'insertion professionnelle. Depuis 1979-1980, le nombre de places offertes a plus que doublé: 15 000 en 1981. Ceci ne doit pas faire oublier la lutte sans pitié que mène le gouvernement allemand contre l'immigration clandestine

criminalisation du délit

d'embauche d'un clandestin, augmentation des amendes, refus de toute possibilité de régularisation. En France, 6,6 % d'étrangers. 48 % d'entre eux sont des jeunes de moins de 25 ans. 14489 personnes ont obtenu le statut de réfugiés en 1981. La France,. pour les mêmes raisons que sa voisine allemande, a fermé ses frontières à toute immigration de main d'oeuvre. Mais il faut mettre à son actif une politique dynamique de naturalisation et la régularisation, exceptionnelle cependant, de 130 000 travailleurs clandestins en 1981. Des dispositions ont également été prises, qui interdisent l'expulsion du territoire des mineurs de moins de 18 ans, des étrangers qui résident en France depuis l'âge de 10 ans ou depuis plus de 15 ans, ainsi que d'autres catégories. Une loi a également supprimé les dispositions particulières qui frappaient les étrangers désireux de créer une association. Ils sont à présent soumis aux mêmes réglementations que leurs homologues français. Signalons enfin les accords franco-algérien et francosénégalais d'aide au retour (avantages financiers accordés par les deux pays aux can- Les marchés de la faim L'aide alimentaire en questions Un livre de Frères des hommes Terre des hommes Peuples solidaires 224 pages 65 F Pourquoi ne pas donner nos surplus alimentaires à ceux qui ont faim ? Un projet de bon sens qui se heurte à une réalité plus complexe et provoque bien souvent des effets inverses à ceux recherchés. Une autre politique est possible, favorisant les échanges d'une région à l'autre du tiers monde. Ce livre s'inscrit dans la campagne « Pour le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes », menée par les associations Frères des hommes, Terre des hommes et Peuples solidaires, au printemps 1984. Cahiers Libres Editions La Découverte l, place Paul-Painlevé, Paris V'- Tél.: 633.41.16 didats au retour). La durée du séjour moyen est de Il ans pour 70 0,10 des étrangers. Aux Pays-Bas, le taux de population étrangère est plus faible; 3,8 %. 51 % des ressortissants ont moins de 25 ans. Le nombre de demandeurs d'asile s'est stabilisé ces dernières années. Ils étaient 1394 en 1981 à avoir entamé des démarches. La naturalisation tend à devenir plus aisée. La constitution a été modifiée en 1983 pour permettre le vote d'une loi électorale donnant aux étrangers séjournant depuis un certain temps dans le pays le droit de participer aux élections locales. Elle entrera en vigueur en 1986. Le Danemark a accordé à ses 2 % d'étrangers, dont le séjour dure en moyenne 5 ans, le droit de vote lors des élections municipales, à condition qu'ils justifient de trois ans de résidence dans le pays. Ils sont également éligibles. Existe de plus un organisme consultatif représentant les organisations d'immigrés, qui émet un avis sur toutes les questions liées à l'immigration. Les moins de 25 ans sont moins nombreux au Danemark, seulement 41 %. 8,9 % d'étrangers vivent en Belgique. La moitié a moins de vingt-cinq ans. A noter surtout l'existence d'un Conseil consultatif des étrangers où siègent des défenseurs des intérêts des travailleurs immigrés. Ce conseil est compétent dans le domaine législatif. Ce rapide tableau ne peut rendre compte des particularités de chaque pays. Signalons qu'un peu partout, augmente le taux de chômage dans la population immigrée. «L'Europe, c'est aussi quinze millions d'immigrés» dit une campagne lancée en commun dans les pays de la CEE par un collectif d'organisations (1). On souhaite que ce ne soit pas quinze millions d'oubliés. Marie de la FOR.ES T (1) Renseignements au siège de la FASTI à Paris. Tél. : (1) 360.84.41. Chronique du flagrant racisme 12 1 Préface de Casamayor Un livre du MRAP 144 pages 52 F e~O/fve{~t COI1.tre le . J'lOur amitié ,raCiSme cf- entre les peU pl1es J I/rol1ique au (1011 . -l./Yal1t YaC1S111e Préface de ro_ '-"""lI1a.]:\?r Avec la crise, les vieux démons du racisme resurgissent sous des formes nouvelles: la lutte pour l'emploi, l'insécurité, etc. S'il est essentiel de combattre les idées fausses sur ce sujet, la lutte doit aussi se mener sur le terrain concret de la défense des victimes du racisme au quotidien. Ce guide pratique analyse les posibilités offertes par la loi de 1972 pour lutter contre les injures racistes, le refus de logement, de travail, de service dans un café, etc. Cahiers libres [t] Editions La Découverte l, place Paul-Painlevé, Paris V'-Tél.: 633.41.16 ~C1UEl - Beaubourg.- Fin de l'expo ... Les enfants de l'immigration: lieu de rencontres pour 4800 visiteurs par jour L 'exposition du centre Georges Pompidou sur les enfants de l'immigration a été un grand succès, c'est l'heure des félicitations. Qui se serait attendu à voir plus de 4 800 personnes par jour alors que l'exposition durait trois mois ? Faites le calcul, même les organisateurs ne s 'y attendaient pas. C'est par le Centre de Création Industrielle, sous l'égide de Josée Chapelle et Véronique Baux, qu'a été réalisée cette exposition. Une de ses fonctions, à laquelle les organisateurs avaient pensé mais qu'ils ne pouvaient provoquer, était de susciter les discussions internes sur les sujets proches de l'expo. Là aussi, ils ont vu leurs espérances comblées. «L 'exposition a été un lieu de rencontres et de communication. Certaines personnes revenaient plusieurs fois pour discuter, affirme Josée Chapelle, il y avait une bonne ambiance avec les spectacles d'animation. Les relations se sont modifiées entre le début et la fin de l'exposition, y compfis entre public et service d'accueil. Notre travail était Différences - N° 35 - Juin 1984 de montrer l'apport culturel et les capacités des nouvel/es générations; l'investissement principal, le dynamisme, est venu surtout des jeunes Maghrébins. Ils ont conscience qu'il faut qu'ils trouvent leur place dans la société française ». Et si, visiteur, vous avez trouvé que la place des jeunes Maghrébins était plus importante que celle des autres jeunes immigrés, la documentation complémentaire de l'expo vous répondra que ce n'est pas un hasard. Cela témoigne de leur présence massive dans la tranche d'âge des 15-30 ans, de leur volonté exprimée de changement social, du dynamisme et de l'autonomie de leur expression, aujourd'hui, en 1984. Alors que tirer d'une exposition si bien réussie? Le sujet, d'actualité, a touché un maximum de personnes, d'immigrés mais d'autres aussi. Ça a discuté, on s'est apostrophé, bref on s'est rencontré. Qui, on ? Un sondage portant sur 800 visiteurs de l'expo est en cours de dépouillement. On pourra mieux cerner qui était là. A suivre ... Brigitte BENCHIMOL 13 FLASH A ttention aux 9-10 juin: les associations signataires de la campagne européenne « L'Europe, c'est aussi quinze millions d'immigrés» rendront compte de leurs travaux à Strasbourg. Félix Eboué, l'homme qui a mis, dès 1940, le Tchad aux côtés des alliés dans la lutte contre le nazisme est mort il y a quarante ans. Une cérémonie au Panthéon a honoré sa mémoire le 17 mai 1984. Histoire d'entretenir la musculation des policiers, belle descente bien brutale le 7 mai dans un foyer de travailleurs africains boulevard de la Commanderie à Paris. Un architecte, Jean Camion, a inventé la machine à ... alphabétiser, et ça marche! Si vojs vojlez des précisions, contactez-nojs. Jean Cussat-Blanc cherche à lancer, à l'aube du troisième millénaire, une union mondiale des poètes. Siège provisoire, Résurrection Marcoux, 47470 Beauville. Rencar, un journal écrit, géré, fabriqué par des jeunes de banlieue. Gamil Belabbes explique dans l'édito du n° 1 : « Il fal/ait prouver aux gens que nous sommes autre chose que ce qu'ils voient, rendre la parole aux jeunes, briser le ghetto des cités ». Ils ont mis en place une caisse de solidarité pour les jeunes « en panne », à partir de la vente du journal. Pour en savoir plus: Rencar, 7, rue du Docteur Dumée, 77140 Nemours. 0 ~o UNICLAM 00 63, rue Monsieur-le-Prince 75006 PARIS - Tél. : (1) 329.12.36 IiRBS PlAN - Spectacle SUSPENDRE LES J.O. ? • En 1980, les Américains boudaient. En 1984, c'est le tour des Russes. Les ~eux tournent mill. Pour Paul Vlrllio, sociologue, ce qui se gagne en spectacle se perd en amitié. Berlin les J.O. de 1936. Jesse Owens Différences: Vos sentiments de sociologue sur ces Jeux Olympiques 84 de Los Angeles? Paul VIRILIO : Avec le retrait de telle ou telle nation, cette année l'URSS et ses alliés, on est bien loin de l'esprit olympique. Si, comme dans l'opéra, tout est dans 1'« ouverture '», j'ai toujours été choqué par les hymnes nationaux et la présentation des Jeux. Bien sûr, les pays envoient leurs meilleurs athlètes. Mais de là, à nationaliser ces hommes qui sont avant tout des individus , Disons que, grosso modo, dans les années 60, l'idéal olympique s'est trouvé contredit. On parle pourtant beaucoup de transnationalité. Or, s'il y avait bien quelque chose de trans-national - avant l'ONU et l'UNESCO -, c'était justement les Jeux Olympiques. Du moins dans l'idée de leur initiateur, Coubertin. Une intention largement transgressée depuis. Sans parler des Jeux de 36 (c'est tellement énorme comme référence !), on assiste maintenant à l'exemple le plus absolu du nationalisme exacerbé. Aujourd'hui, c'est bien la crise des nationalismes qui se traduit dans celle des J.O. Avec, là comme ailleurs, la stratégie d'affrontement des blocs. Différences: C'est aussi - et peut-être avant tout - un considérable phénomène médiatique et télévisuel, qui doit vous intéresser ? Paul VIRILIO : Le fait que l'on prépare finalement ces Jeux pour la télévision plus que pour les spectateurs réels est complètement contradictoire, à plusieurs niveaux. Que sont, en principe, les Jeux Olympiques? D'abord la perfor- 14 mance de corps physiologiques dans leur tension extrême. Dans le même temps, on nie la présence effective des spectateurs et des affects vécus dans les tribunes. Ces gens, aujourd'hui, comptent pour rien, ou presque. Par contre, on sait très bien que ce sont les centaines de millions de téléspectateurs qui font maintenant les Jeux; qui rapportent des droits télévisuels, etc. Il y a là une négation des corps physiques au profit de leur absence. La mondiovision, ce phénomène central contemporain, est aberrante quand il s'agit des Jeux. En restant fidèles à l'initiative de Coubertin il ne devrait pas y avoir de retransmission-image. Il ne faudrait tout de même pas oublier que ces Jeux ont été créés é;lU moment même où la machine industrielle était en train d'aliéner l'homme, au tout début de la révolution industrielle. Par réaction, Coubertin dit : relançons le corps locomoteur, montrons que la plus belle machine c'est... l'homme. Il y avait là quelque chose de fondamental. Différences : Oui. Mais avec pas mal de références antiques dans cette glorification du corps et de ses performances possibles. Paul VIRILIO : Bien sûr. Mais cette coïncidence historique n'est pas un hasard, c'était l'époque où le prolétariat dans les mines de charbon ou la sidérurgie était en train d'être corporellement amoindri, avili, réprimé. Et peu importe qu'il y ait eu de l'involontaire dans les options de Coubertin. Le sens profond des Jeux Olympiques, c'est la présence physique, dans son avènement. C'est pourquoi, personnellement, les J.O. qui m'intéressent sont ceux des handicapés. Sauter à deux mètres avec une seule jambe! De ça on parle peu, évidemment. C'est pourtant ce qui me paraît être le plus proche de l'idée d'origine. A partir du moment où l'on passe au tripotage médiatique, les J.O. sont appelés à devenir des jeux de zombis pour écrans. Ainsi, à la limite, leur perfection serait à l'image du film ... Tron. Des hommes animés par ordinateur, dessinés et incrustés électroniquement à la vitesse de la lumière. Différences: Même largement amputés par rapport aux participations initiales, les Jeux Olympiques 84, comme ceux de 1980, vont avoir lieu. Encore susceptibles de rebondissements ou d'incidents? Paul VIRILIO : A partir du moment où c'est devenu un phénomène médiatique, c'est aussi un théâtre d'affrontements. Avec l'écran cathodique comme lieu d'affirmation. Qui ne se souvient pas des manifestations de Mexico, des poings levés? Les J.O. deviennent tribune d'expression politique. Aujourd'hui, plus de manifestations sans cameramen autour. Comme si cette présence pour l'image donnait seule crédibilité et justification à l'événement. Quand, il y a une dizaine d'années, les Zengakuren (1) manifestaient à Tokyo, c'était finalement pour exister sur les magnétoscopes. Différences : Le Tiers-mondisme a été longtemps au centre de vos réflexions ... Paul VIRILIO: Parlons surtout des sociétés en voie de sous-développement. J'ai souvent pensé que l'Amérique latine ou l'Afrique n'étaient pas le passé de l'Europe mais son avenir. Que ce qu'on présente trop aisément sous les rubriques « archaïsme » ou « paupérisme» nous concernait intensément. Il y a chez nous une illusion du développement industriel. Quand l'Europe sera pleine Différences - N° 35 - Juin 1984 ." § z'------ Paul Virilio de machines, nous aurons dans le même temps des millions d'individus qui seront des sous-développés des nouveaux modes de production: chômeurs, marginaux, etc. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, notre société n'est pas une société de promotion mais de liquidation. De quoi? De l'homme dans son intégrité et dans sa plénitude. La société post-industrielle entraîne, on commence à s'en apercevoir, de nouvelles formes d'analphabétisme et de régression. Je crois être assez largement un homme de gauche. Mais j'aborde tous les problèmes en terme de rapports de l'homme à la technique et vice-versa. Aujourd'hui, ces rapports sont a-démocratiques au sens de leur légitimité sociale. La science est en roue libre, invente n'importe quoi et les comités d'éthique n'empêchent malheureusement rien. Différences : De Los Angeles on ne parlera et ne retransmettra pas seulement l'événement sportif mais aussi l'événement culturel. Via Civil Wars de Bob Wilson, la danse avec la Compagnie Pina Bausch (RF A), le théâtre avec Ariane Mouchkine, etc. Là aussi, la médiatisation va jouer à plein, dans ce . couplage cultures/sports. Paul VIRILIO : Ça va être la grande foire médiatique avec tous ses ingrédients

gadgets et images de marque

mondialement répercutés et un public faisant tapisserie. Aux Etats-Unis, depuis l'arrivée des télés par câble spécialisées dans le sport, de nombreux stades ont des gradins littéralement remplacés par des panneaux publicitaires; d'énormes supports vendus et permettant de faire tourner les équipes sportives ... Différences: A Los Angeles, au travers des exploits et des performances athlétiques, le racisme risque encore de se manifester sous ses aspects les plus ambigüs, les plus retors, puisqu'il s'agit de la compétition des corps. Paul VIRILIO : Je ne crois pas que les J.O. aient jamais été la valorisation de 15 quelque colonisé que ce soit. Même avec Jesse Owens (le héros noir quatre fois médaillé d'or aux Jeux de Berlin de 1936) gagnant contre les athlètes allemands alors que la seconde guerre mondiale allait commencer. Hors le triomphe individuel, rien d'autre ne se légitimera par la beauté de performance d'un Africain, d'un Arabe, ou d'un Brésilien ... Je ne pense pas, par exemple, que les qualités sportives de Noah ait changé quelque chose au sort des Noirs en France. Beaucoup de sports, il faut le rappeler, participent de la « course ». Qu'est-ce qu'un homme qui court plus vite qu'un autre? S'est-on jamais posé la question ? Pourquoi célébrer cet un peu plus vite? La performance de vitesse a une origine guerrière. Dans son ensemble, le sport n'est pas simplement une pacification de la guerre. Dans la course, la boxe, la lutte, etc., il y aussi manière à civiliser la guerre et la violence. Et ce n'est pas un hasard si les supporters sont de plus en plus violents aujourd'hui dans les stades. C'est que la beauté ou la qualité du jeu finissent par compter moins que l'identification à une équipe. Ce sont des phénomènes de substitution ; la violence s'exprimant dans des exutoires. On pourrait là faire un parallèle entre les guerres nationales et le passage à la dissuasion. Différences: Les J.O. d'aujourd'hui représentent aussi des budgets colossaux et des compétitions de « sponsoring », comme on dit. Paul VIRILIO : Oui. Et avec le retrait de l'URSS et des pays de l'Est ça devient une catastrophe financière. Mais on a accepté le phénomène de capitalisation des J.O. A l'origine, ils fonctionnaient sans moyens très importants. Aujourd'hui, les mains sont liées par des masses d'intérêts. Personnellement, dans le contexte actuel, j 'estime qu'il faudrait suspendre les Jeux. Du moins, si l'idéal olympique avait encore un sens. Pour qu'il y ait un vrai manque affectif. On est de nouveau, il ne faut pas se le cacher, dans une période de guerre froide. A leur création, les J.O. tournaient autour des corps vivants pour les requalifier, à l'arrivée des machines industrielles. Aujourd'hui, la machine médiatique et informatique disqualifie le corps présent au profit de son absence, de son devenir-image ... Tant qu'il n'y aura pas un nouveau Coubertin pour analyser cette situation et la remodeler, ces Jeux-là seront encore ceux du ... Cirque. Propos recueillis par Jean-Jacques PIKON (1) Militants de l'extrême-gauche japonaise, stratèges des combats de rue dans les années 70. RENCBN1Rl - Bordeaux- BOL-DE-RIZ ET KAWASAKI DANS LE MÊME BATEAU Une certaine douceur de vivre. L ________ 3_ .. ~ _____.J Au club Différences, ça débat ferme : ces surnoms qu'on donne à Roselyne la Chinoise et à Valérie la Polonaise, c'est pour rire? I ls ont eu l'idée dans le train. De retour des assises nationales contre le racisme! ils étaient quatre collégiens à se demander quelle suite donner à ce grand moment de communion antiraciste. A leur échelle. Dans leur milieu. Il est dix heures au collège Jules Ferry de Merignac près de Bordeaux. Entre deux cours, une poignée d'adolescents s'apprête à créer le premier Club Différences de France et de Navarre. Nadia, Jean-Pierre, Valérie, Roselyne ... la majorité est de souche espagnole ou portugaise. On est là pour faire quelque chose, bien qu'on ne sache pas encore trop quoi .. , Et puis surtout, comme dit Roselyne, « il faut exprimer ce qu 'on a sur le coeur ». Roselyne Chan Moi (14 ans) est une jeune chinoise de Madagascar arrivée à Bordeaux voici cinq ans. Etonnante de maturité, elle force l'écoute: « Jusqu'à ce qu'on me le fasse sentir, je ne sentais pas ma différence. Et puis un jour on m'a traitée de bol de riz ! ». Remous, certains répriment un sourire. « Quand on est immigrée, il faut prendre dans la culture française ce qui vous convient, pas plus. Moi je suis chinoise, mes parents m'ont appris le chinois. Nous n'avons jamais envisagé de changer de nom et j'en suis fière ... C'est vrai, on n'est pas élevé de la même manière. Par exemple, mes parents ont tendance à me sur-protéger, mais je crois que c'est parce qu'ils ont beaucoup été agressés, rejetés. Moi aussi des fois, je me sens rejetée ... ». Du fond de la salle fuse une innocente suggestion ... - « C'est parce que tu es 16 trop renfermée... On ne sait jamais ce que tu penses vraiment. C'est un peu hypocrite ». Roselyne : « Mais pas du tout, je ne suis pas hypocrite. Seulement mes parents m'ont appris à ne pas jeter leurs quatre vérités à la figure des gens. C'est tout! ». - « Et bien c'est ça être hypocrite! » - «Mais non pas du tout ». Là, Roselyne se fâche carrément... Au club Différences, nul n'est à l'abri des malentendus. Roger Bismuth, président du MRAP de la région bordelaise et maître de séance intervient : - « En voilà un vrai cliché .. . Les Asiatiques seraient hypocrites. Pourquoi ne pas organiser une série de rencontres autour de pareilles idées reçues. Toi Roselyne tu pourrais expliquer à quel point les conventions sociales sont différentes chez toi? ». F lottements dans la salle. On est d'accord, mais avant d'évoquer les thèmes et les modalités pratiques, d'autres ont besoin, comme Roselyne, de s'exprimer. Valérie Kuchawsky, d'origine polonaise, est née à Tunis: «Moi, on m'appelle bien Kawasaki, vous croyez que ça me fait plaisir? - « Allez », s'esclaffe l'élève Charret, « Moi on m'appelle bien Charriot ou Charrue! ». - «Oui, mais c'est pas pareil, intervient Roselyne. Quand on écorche un nom étranger, là c'est du racisme! ». - « Mouais» répond Charret, pas vraiment convaincu. - « Quand j'ai raconté à mon père qu'on m'avait traitée de bol de riz, il n'a pas vraiment apprécié. Pour lui c'est plutôt dur: à Madagascar, il était prof de maths, mais comme il n'avait pas les diplômes qu'il fallait en France, il s'est fait ouvrier chez Ford à Blanquefort. Tout ça, pour qu'on fasse des études! ». Nadia Da Silva, elle, est plus sereine. Sa famille venue du Portugal est installée à Bordeaux de longue date. Elle est, comme on dit, bien intégrée. Son engagement est plus paisible. Elle écrit des poèmes sensibles et maladroits sur le racisme anti-Mohamed des banlieues : «La colère blanche de l'homme noir mis au vert et qui voit rouge ». E n Gironde, 6 % de la population est étrangère, 63 219 personnes dont 25 % d'Espagnols et 25 % de Portugais. Misère de la fin du siècle, guerre d'Espagne, dictatures, guerres coloniales leur ont fait franchir les Pyrénées. Après les « Ibères », viennent les Maghrébins, 12 % de Marocains, 2,6 070 de Tunisiens. De fait, la Gironde et l'Aquitaine comptent peu d'immigrés par rapport aux régions Rhône-Alpes, Ile-de-France et Nord-Pas-de-Calais. Peu industrialisée, la région emploie la main-d'oeuvre immigrée principalement dans l'agriculture, le bâtiment et les travaux publics. « Beaucoup de Marocains travaillent à l'année dans les domaines viticoles du Médoc» explique M. Henri Bret, du bureau d'accueil des étrangers de Bordeaux, quantité de Portugais travaillent dans les forêts à extraire la résine. Ils vivent en quasi-ermites.. . Enfin ici, il n'y a pas de gros conflits du travail de type Talbot ou des tensions extrêmes comme à Venissieux. Les Espagnols et Portugais qui constituent le gros de la population étrangère s'intègrent très bien. Et puis vous savez, dans le sud- Différences - N ° 35 - Juin 1984 Dans les domaines viticoles du Médoc. ouest, il y a une certaine douceur de vivre ». A Bordeaux-même, qui compte 9,28 070 d'étrangers, Jacques Chaban Delmas, le Maire de la ville, dit « Le Duc d'Aquitaine », sait éviter les conflits ou tout au moins les atténuer. La communauté urbaine de Bordeaux fait partie des secteurs d'intervention de la commission nationale pour le développement social des quartiers: le quartier Saint-Michel et les ZUP des hauts de Garonne sont en cours de réhabilitation. Mais tout n'est pas rose à l'horizon de la Garonne. E n Aquitaine, 1983 a vu une baisse de 9 070 des effectifs salariés dans le bâtiment et les travaux publics, soit 6 000 emplois de moins. Cette dégradation de l'emploi salarié touche aussi l'industrie, particulièrement en Gironde (3,5 % de moins). Quant au secteur agricole, ses effectifs ont baissé de 2,5 %. A la Direction régionale du travail et de l'emploi de Bordeaux, on ne produit pas de chiffres indiquant le nombre de travailleurs étrangers par secteur d'activité. On peut . néanmoins supposer que cette crise de l'emploi les touche au premier chef, les chantiers de travaux publics et du bâtiment employant une forte proportion de Turcs, d'Espagnols et de Portugais. En partent-ils pour autant? «Ceux, très rares, qui manifestent l'intention de rentrer au pays ne partent pas parce qu'ils n'ont plus de boulot» explique Madame Brousse, chef du bureau des étrangers à la Préfecture de Gironde. « Ce sont pour la plupart des gens à la retraite dont beaucoup d'ailleurs demandent à retourner, en France parce-qu'ils se réadaptent mal à leur pays d'origine ». 17 A Bordeaux comme ailleurs, le droit « au retour des étrangers involontairement privés de leur emploi » ne semble pas devoir faire recette. Les enfants y sont pour beaucoup. M. Kourzi, directeur de M.J .C. ne parvient pas à retrouver un emploi, et s'il songe à rentrer au pays, c'est davantage le racisme qui l'aura poussé que le simple chômage. « La seule chose qui me retienne encore, ce sont les gosses, ils ont été élevés là, ils ne parlent même pas bien l'arabe. Pour eux, ce n'est certainement pas un droit qu'ils s'apprêtent à exercer ». A Bordeaux, et dans la communauté urbaine, certaines écoles comptent près de la moitié d'enfants étrangers... à Saint-Michel il y a 30 % d'enfants portugais. A l'école de la rue Dieu, de réels efforts ont été faits, explique M. Bret « Il y a des cours de portugais, une kermesse portugaise. Le C.E.F.I.S.E.M. de Bordeaux a une action bien plus cohérente qu'avant. Il ne travaille plus par à-coups mais entame des programmes d'action avalisés par les conseils de maîtres ». Il n'empêche, et c'est là un fait nouveau, des parents français commencent à retirer leurs enfants des écoles de SaintMichel. Comment encourager une meilleure coextistenQe ? En expliquant. Un rôle ingrat qui ne fait pas peur à Roger Bismuth. Le 26 mai le MRAP organisait à Floirac, banlieue de Bordeaux à forte proportion d'immigrés, une soirée contre le racisme avec deux expositions l'une sur l'apartheid, l'autre sur le racisme et la science. Les membres du club Différences faisaient là leur premier stage de formation. Pauline JACOB UNE CRISE BIEN OIRDINAIRE 18 Différences - N° 35 - Juin 1984 19 - Les Belges, allez - Décidément, nos cousins du nord nous sont bien proches. Avec peut être une accentuation des problèmes qui pourrait nous servir de leçon, ou de contrexemple. Bruxelles, 1981, avant les législatives: une affiche du parti francophone wallon. Le Mannekenpis, gloire locale, et un immigré chauffeur de bus. Bruxelles, à mon arrivée, est plongée dans un épais brouillard où le soleil essaie vainement de se faire un petit coin à travers les nuages. Au matin de cette journée du 10 avril, la capitale du plat pays ressemble à une ville morte ; pas ou très peu de tramways, tout est fermé, des grandes surfaces aux écoles, facultés et services administratifs, ainsi que les usines. A la une de tous les quotidiens, de grands titres commentent la grève générale inter-sectorielle lancée par le syndicat FGTB. La cible: le plan d'austérité décrété par le gouvernement Marteens, prévoyant 'notamment une réduction salariale. La Belgique connaît depuis trois ans une aggravation de la crise économique qui se manifeste par une inflation galopante, un taux de chômage important - près de 900.000 pour 10.000.000 d'habitants - et un déficit budgétaire en constante augmentation. Sur l'avenue de la Loi, en plein centre de la capitale, à quelques centaines de mètres du siège du gouvernement, une manifestation trouble le calme apparent de la ville. Parmi les nombreux mots d'ordre des manifestants, un seul retient notre attention : « Travailleurs Belges et immigrés,' même combat ». A l'instar de certains pays européens, (suivez mon regard ... ) l'immigration d'origine extraeuropéenne, qui souffre aussi des effets de la crise, est au centre d'une virulente campagne raciste 20 l ACCE~ À LESCAL i ER EST iNTERDIT Depuis le début du siècle, le développement de l'industrie belge a nécessité un recours à la main-d'oeuvre étrangère. C'est ainsi que Polonais, Italiens, Espapnols, Grecs, Marocains et Turcs se sont succédé pour répondre à cette demande dans les industries minières, chimiques et des travaux publics. La « reproduction» de cette main-d'oeuvre était garantie par l'encouragement au regroupement familial. Cette frange de la population vit aujourd'hui dans des conditions sociales défavorables: logements-ghettos, enseignement non adapté ... Depuis l'arrêt de l'immigration, en 1974, elle se stabilise et ne croît qu'au rythme du regroupement familial. Son taux démographique contrebalance pourtant le solde naturel négatif des Belges d'origine. Elle se concentre essentiellement en Wallonie, et surtout dans la région bruxelloise où elle représente près de 25 % de la population. Avec l'aggravation de la crise, en 1980-1981, s'est instauré dans le pays un débat sur l'immigration. Des partis de droite et d'extrêmedroite l'accusent de tous les maux, à l'image du Front de la Jeunesse ou de la Ligue civique belge qui, dans une étude, prétendue objective, sur l'immigra- J tion écrit:« L'immigration massive est le problème n 0 1 qui conditionne la solution de tous les autres ( ... ). La masse d'étrangers installée en Belgique n'est nullement nécessaire à notre économie, elle est la cause de la pérennité du chômage et en plus, elle deviendra .~ , Humour devant le « lion» de Waterloo Plat pays à Anvers et terrils à Charleroi un danger de plus en plus menaçant pour notre survie ... ». Le genre de discours et de « logique» que nous connaissons belge a nécessité un recours à la main-d'oeuvre étrangère. C'est ainsi que Polonais, Italiens, Espagnols, Grecs, Maroclimat racistes. En témoigne le débat télévisé du 9 avril sur RTB 1, centré autour de la question: « Faut-il renvoyer les immigrés chez eux?» où des téléspectateurs affirmaient: « C'est eUX qui doivent prendre nos coutumes et s'adapter ». Cette campagne dénigre aussi la religion de « l'autre ». C'est ainsi que lors de la célébration de la fête de Noël de 83, des individus ont déposé des têtes de cochons devant les portes de certaines mosquées de la capitale. « Un danger de plus en plus menaçant pour notre survie» Pourtant, le 30 juillet 1981, après quinze ans de lutte, le précédent gouvernement (socialiste) a mis en place une loi réprimant certains actes de racisme et de xénophobie. L'image que se fait le Belge de l'immigré est assez négative. L'enquête de l'hebdomadaire Pourquoi pas de 1982 le confirme : 38 % des Belges y assimilent les immigrés à des voleurs, et 40 % à des délinquants attaquant les personnes âgées. Cette montée du racisme fait suite à diverses campagnes qui profitent, pour se développer, du climat de peur et d'angoisse créé par une crise économique qui s'éternise et s'internationalise. En clair, c'est la politique du bouc émissaire comme dans d'autres pays européens. Différences - N° 35 - Juin 1984 21 LEMRAX M ouvemeht contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, le MRAX s'assigne comme objectifs « de s'opposer aux discriminations, aux haines et aux préjugés fondés sur la race, l'origine ou la confession, et de promouvoir l'amitié entre les peuples, l'égalité dans le respect de la différence, la solidarité entre les hommes ». Les actions du MRAX sont centrées actuellement autour de la défense des droits des immigrés à travers des actions en justice sur la base de la loi antiraciste, la gestion d'un centre d'accueil pour étrangers, l'animation d'activités en relation avec la deuxième génération et l'organisation d'une campagne pour le droit de vote au niveau communal en faveur des immigrés, avec comme objectif les élections municipales de 1988. D MRAX - secrétariat : 37, rue de la Poste, 1030 Bruxelles - Belgique Ainsi, lors des élections municipales de 1982, le débat s'est centré sur l'immigration. Le bourgmestre (maire) de Dcharbeek, quartier bruxellois à fort taux d'immigrés, a été élu sur la base d'un programme électoral de lutte contre l'insalubrité, l'oisiveté des jeunes et l'insécurité permanente. Il a proposé l'instauration d'un « seuil de tolérance» quant à l'inscription des immigrés au registre communal. En 1983, ce même bourgmestre a refusé l'inscription sur ces registres d'immigrés, prétextant l'insalubrité de leurs logements, loués par des ... Belges. Il a été suivi par d'autres municipalités de la région bruxelloise (Ixelles, Bruxellescentre, Anderlecht. .. ). Au MRAX (Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie), on explique la situation actuelle par l'absence de conditions d'accueil des immigrés depuis le début du siècle. Actuellement, le MRAX, qui est à l'origine de la « coordination nationale contre la violation des droits des immigrés », organisation unitaire créée en 83, centre ses activités autour des problèmes de la deuxième génération, notamment marocaine et turque. Cette portion de la jeunesse belge vit mal, en plus des problèmes d'enseignement, de formation et de chômage, les contrôles policiers de plus en plus quotidiens, les actes racistes. Toutes brimades qui risquent de les marginaliser et de les condamner à des actions désespérées. Khaled et Nazim, rencontrés à City 2 (centre commercial), tous les deux lycéens, respectivement marocain et turc, nous ont déclaré: « On nous contrôle très souvent comme si nous étions des criminels dangereux alors que les vrais criminels courent toujours. Dans le train, certains __ 1 Belges, en nous voyant, cachent leur sacs ou sacoches ». Cette culpabilisation est aggravée par le fait que ces jeunes vivent dans un biculturalisme parfois difficile à assimiler. A signaler tout de même que certains jeunes de la deuxième génération prennent des initiatives assez courageuses comme la création d'associations culturelles, de radios libres, etc. Face à cette situation de plus en plus alarmante, le gouvernement répond par une initiative que les intéressés n'attendaient pas. Depuis quelques mois il tente de faire passer une loi sur l'immigration dite « loi Gol » qui, malgré ses aspects favorables quant aux conditions de naturalisation, prétend colmater les brêches de l'arrêt de l'immigration. Elle va à ODEURS DE CUISINE Waterzoï de poissons 2 kg de poissons d'eau douce, 200 g de blanc de céleri, 150 g de beurre, 2 biscottes, bouquet garni. Videz, étêtez les poissons, coupez-les en morceaux de 4 à 5 cm. Dans une sauteuse, mettre le céleri émincé dans 50 g de beurre, puis les poissons et le bouquet garni. Recouvrir d'eau, parsemer le reste du beurre. Couvrir et faire cuire à feu vif jusqu'à réduction (35 mn). Saupoudrez de chapelure de biscotte, redonnez un bouillon et servez avec du pain beurré. D l'encontre de la loi de 1981, puisqu'elle introduit des principes dangereux comme celui d'une discrimination éthnique concernant la résidence communale. Elle apparaît ainsi comme le point de départ possible d'une politique répressive. D'autant plus qu'au même moment, ce gouvernement applique un sévère plan d'austérité prévoyant notamment une prime de départ volontaire pour les immigrés accusant trois de chômage. Toute ressemblance avec une situation existante etc. Aux arguments financiers de M. Hausenne, ministre de l'Emploi et du Travail, favorable au retour des immigrés, Aziz, ancien mineur et chômeur depuis deux ans, répond énergiquement: « Non, je ne repartirai pas. Pourquoi a-ton fait appel à nous dans le passé? Depuis des années, ils nous exploitent, sans parler des maladies, des accidents, du BRUXELLES OU BRUSSEL L e royaume de Belgique vit un conflit linguistique assez original. D'une part les francophones en Wallonie, d'autre part les flamands dans le reste du pays, ainsi qu'une minorité allemande. Les trois langues (Française, Flamande, Allemande) sont protégées, mais les deux grandes communautés sont représentées par deux gouvernements régionaux s'occupant des intérêts propres de chaque région, et chapeautés par le gouvernement fédéral. Ce conflit linguistique, sur la prédominance ou non d'une des deux langues s'éternise parce qu'il recoupe aussi des clivages politiques. La presse belge reproduit ces derniers mois un débat virulent sur la place de la capitale par rapport aux deux régions. C'est ainsi que l'on s'achemine, pour les prochaines années, vers la création pour Bruxelles d'une troisième région autonome, avec un exécutif régional. D 22 x ..: 2:: L-____________________________________ ~_ ___________________________ ~ La « présence étrang ère» en Belgique : réception au palais royal, bal popu sur les pavés. froid. Et maintenant, ils nous parlent de retour. Moi je suis parti du Maroc depuis 1948. Je veux vivre ici: c'est ici que j'ai vécu mes maladies et mes souffrances ». Devant les projets gouvernementaux, différentes actions et manifestations ont été organisées ces derniers temps. Mais, de tous les problèmes que vivent les immigrés les plus graves sont ceux de la deuxième génération. Pour Paco, Espagnol, interrogé par Mrax-Informations : «Je ne m'identifie pas à l'étiquette « immigré », Je n'ai pas de patrie, j'ai une culture bruxelloise et espagnole et je fais un mélange de tout. Je suis apatride ( ... ). Je me sens participer à la culture internationale, puisque je ne peux pas être indifférent à ces cultures comme cel/es exprimées par l'arabe ». L'identité culturelle de Khaled, Nazim et Paco, c'est la fusion inter-culturelle du couscous, de la paëlla et des frites. Sur l'une des quatre' chaînes de télévision belge RTB 1, le journaliste du journal du soir du 6 avril annonce avec une certaine joie la victoire d'un Belge au championnat du monde de karaté. Le nouveau champion du monde s'appelle ... Angelo Spazaro, d'origine italienne. Un champion du monde belge, c'est important. On oublie à ce moment-là le racisme pour flatter l'orgueil... national. Angelo est un exemple typique de ce que pourraient apporter les enfants issus de l'immigration à la Belgique. Mais Angelo a sûrement dû connaître des déboires notamment à l'école primaire, comme Domenica, qui se souvient: « C'est assez jeune que j'ai connu le racisme. J'appelais ça la « différence ». J'étais beaucoup plus basanée que maintenant et beaucoup plus crépue. J'avais des traits vraiment différents des traits belges. Quand j'ai commencé l'école primaire, on me traUait de spaghetti. Quand on savait que j'étais italienne, sinon, généralement, au premier contact, j'étais une petite bougnoulette ». Malgré cela, Domenica a pu faire des études universitaires. Elle est une rescapée d'une véritable hémorragie au niveau de l'école primaire. Une grande partie des enfants de travailleurs belges, mais surtout d'enfants d'immigrés, sont rapidement sortis du système scolaire. La société belge ne leur permet pas de s'insérer harmonieusement, au contraire elle les marginalise culturellement et socialement. Le fossé s'accentue du fait de l'impréparation du corps enseignant devant les problèmes de la migration et des cultures d'origine. Aux échecs scolaires s'ajoutent l'instauration depuis quelques années d'un minerval (droit d'inscription) obligatoire et annuel pour les enfants et les étudiants étrangers. Ce minerval ne fait qu'augmenter les discriminations tout en portant gravement atteinte à la démocratisation de l'enseignement. Il a été imposé malgré les grèves et manifestations des différentes universités belges. C'est ainsi qu'au cours du mois de novembre 1983 le mouvement s'est élargi afin de protester aussi contre le projet Gol. Des étudiants belges et étrangers ont organisé des grèves générales et même des grèves de la faim. Ce qui a déclenché un vaste mouvement de solidarité contre le projet. Les jeunes appelés communément de la deuxième génération représentent une proportion importante de la jeunesse belge. Dans la région bruxelloise, où résident le plus grand nombre d'immigrés, les jeunes d'origine étrangère de moins de vingt ans représentent plus de 39 % de la population totale. Deux Bruxellois de moins de vingt ans sur cinq sont· étrangers. Le projet Gol prévoit pour ces jeunes l'expulsion automatique en cas de délits graves ou même mineurs. Cette mesure, en contradiction avec une résolution sur l'immigration adoptée par la Communauté européenne, accule le jeune immigré à l'insécurité permanente, la peur et la méfiance. Différences - N ° 35 - Juin 1984 23 D'autant plus que les contrôles policiers se multiplient comme le confirme Karim, d'Ixelles:« Franchement on n'a plus le droit de marcher. On a un couvre-feu! On dirait qu'ils (les policiers) nous laissent une certaine heure et qu'après tu dois rester chez toi ». L'optimum de ces contrôles d'identités a été dépassé lors d'une rafle, il y a deux mois, à City 2, où des centaines de jeunes, en majorité immigrés, se sont faits embarquer lors d'une gigantesque opération policière qui, de l'avis de tous les observateurs, n'avait aucun sens. Les « basanés» furent traités de manière plus brutale que les jeunes d'origine belge. Devant cette situation, Karim ne s'est pas laissé décourager. Il a créé avec des copains maghrébins et belges, dans son quartier de la Tulipe, une radio libre, Chabab (jeunesse, en arabe). Dans la région liégeoise un mouvement de jeunes, La renaissance, issu de la deuxième génération, s'investit dans le théâtre. Ces deux exemples ne sont qu'un échantillon d'un foisonnement d'associations culturelles qui se créent un peu partout 'en Belgique. Où Belges et immigrés se côtoient, se découvrent, se reconnaîssent et organisent des activités, des actions en commun. Une véritable leçon de tolérance et de communication aux deux « grands », Flamand et Wallon qui depuis des décennies s'usent dans une querelle culturelle. D Kamei RARRBO ICUlTURES' - Préhistoire - LES BANDES DESSINÉES DU Etonnant : des vaches, des crocodiles, des fleuves, des gir~fes Sahara. Des peintures rupestres du Ville siècle avant notre ere Tintazarift, dans le Tassili N-Ajjer : un musée à ciel ouvert .", ette immense région nommée N-Ajjer (1). C'est un plate,a~, qUl s elev.e C Sahara, grande comme vingt à 1 200-1 500 m. Cette re?lOn est vralfois la France qui va de l'Atlan- semblablement la plus pJtt~resque ?~ tique à la Mer Rouge, a connu, lors de tout le Sahara, elle of~re un decor m,tlSlte son très long passé, d'autres déserts, et véritablem~~t lunaire, un c.haos mexd'autres « atlantides » et même, il y a tricabl7 au ~llheu duquel on clrc~~e avec des centaines de milliers d'années, des l'apprehenslOn constante ~e s egare~, 1 . . sous l'influence du lourd sIlence envIg aCiers. 1 d . 'mane de A 2 000 km au Sud d'Alger s'étend une ronnant, .e~ de a gran eur qUl e zone montagneuse (entre DJ. anet et 1e ces fantaiSies de la nature. . . Hoggar) appelée par les Touareg Tassili - Bien que le Sahara tout. entier SOIt cou- , 24 vert de gravures et de pemtures rupestres (Tibesti, Hoggar, Enned~, etc.), ~e Tassali est remarquable car Il offre 1 aspect d'un musée à ciel ouvert, avec ses dou~e kilomètres de galeries dont les parOis lèguent un héritage d'une ra~e ric~e~se. Sur le lieu des fouilles archeologlques, on relevait jusqu'à aujourd'hui, et malgré le pillage éhonté de jadis et de naguère (2), des pointes de flèche,s, d~s harpons, des pierres polies, de l~ ceramique ornée et des couteaux de silex ... Mais la vision la plus invraisemblable de la civilisation préhistorique saharienn~~ c'est l'art pariétal. Les galeries du TaSSIli nous offrent des milliers de gravures et SAHARA en plein cc:eur du nous le prouvent.

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3 ci ..; peintures, témoins d'une civilisation qui a fleuri entre le huitième et le premier siècle avant notre ère. Pendant cette période, la végétation et la faune étaient riches. Des fleuves alimentaient de véritables mers intérieures. La faune représentée est celle des régions tropicales humides actuelles: éléphants, rhiconéros, hippopotames et crocodiles. Dans la savane des plaines, on trouvait des girafes, des antilopes et le grand bubale qui, lui, a complètement disparu. Des peuples venant du Nord (Maghreb), de l'Est (Egypte) et du Sud fonderont une société de chasseurs, de pêcheurs et d'agriculteurs répartis dans plusieurs grandes cités. Vers le troisième siècle avant notre ère ils seront pasteurs de grands troupeaux de béliers. Deux siècles après, l'apparition du cheval, introduit par la Libye, coïncidera avec le sommet d'une culture raffinée. Les peintures et gravures rupestres furent la première fois signalées en 1847, mais les Touareg les connaissaient et les protégeaient depuis longtemps (voir encadré). Différences· N ° 35 . Juin 1984 L'archéologue H. Breuil: « Nulle part ailleurs, jusqu'ici, on n'a témoigné, autant qu'ici (au Tassili), d'un effort pour rendre une très grande variété de scènes de la vie sociale et familiale ». Ces gravures et peintures ont été décriptées par H. Lhote (3). Les hommes préhistoriques y ont représenté, en couleur blanche ou en plusieurs couleurs, les animaux qui les environnaient; mais aussi des scènes de la vie sociale telles que l'histoire d'un mariage, une scène de chasse, de commerce avec des étrangers, .etc. On notera aussi une' certaine influence égyptienne et des manifestations évidentes d'art nègre (figures et masques). Breuil, tout en signalant le caractère humoristique de certaines peintures (hypothèse qui témoignerait d'un niveau culturel élevé), insiste sur le fait que ces peintres ont «excellé, non seulement par la justesse de leur rendu des attitudes individuelles, mais par l'ingéniosité qu'ils ont développés dans l'analyse de moments successifs d'une action individuelle ou collective, dans la juxtaposition, comme dans nos journaux illustrés, du développement original d'une action se déroulant dans le temps en plusieurs tableaux enchaînés ... » (4). C'est en cela, que les peintres du Tassili 0!lt été des créateurs, des précurseurs; Ils ont réellement ouvert une voie qui appartient maintenant à l'art ,humain. On ne possède que très peu de renseignements sur la culture de ces hommes préhistoriques, mais on peut observer à tra~ vers les peintures deux grandes étapes : la première (huitième au cinquième siècle avant notre ère) où l'activité de chasse était principale, pendant laquelle un certain symbolisme transparaît. L.I deuxième, réaliste, correspond à l'acti· vité d'élevage. 25 Le gardien du Tassili Les Touareg, à l'image de Djebrine, connaissaient les vestiges du Tassili. Djebrine était un Targui fier comme ses frères, il était le guide (il est mort le 8 avril 1981) de toute la région du Tassili. Il contribua à faire découvrir aux archéologues, le plus grand musée du monde à ciel ouvert,' 15000 gravures et peintures rupestres. Animé d'une soif de connaître, d'un goût pour l'aventure, pour l'inconnu, cet homme, centenaire, a surtout connu une vie d'errance, de solitude, de faim, mais aussi de complicité, de communion et de liens affectifs qui se sont tissés entre lui et le Tassili-N-Ajjer. Djebrine a été un grand archéologue à sa manière, mais surtout, il a été le gardien du Tassili (1). Article de Djaad, in Algérie-Actualités du 22 avril 1981. Chaque année, de nouvelles missions font état de stations peintes, dans tout le Sahara et encore inconnues. On peut penser que les idées peu à peu acquises par la science archéologique sont appelées à évoluer et peut-être, découvrira-t-on un jour le secret de cette civilisation. C'est vers le premier millénaire que la désertification, qui fût brutale à l'échelle des temps préhistoriques, commença. Depuis, le Sahara n'en finit pas de mourir. Les hommes et les animaux émigrèrent vers le Sud, ceux qui sont restés livrent une lutte acharnée contre la nature jusqu'à aujourd'hui. On peut l'imaginer à partir du film Vent de sable, de Lakdar Hamina. Cette lutte est matérialisée par l'oasis, ses maisons, ses jardins, ses palmiers, elle est conditionnée par l'eau dont le captage a suscité des merveilles d'ingéniosité telles ces fegguaguin, longs tunnels creusés de mains d'homme pour aller chercher très loin dans le sol une eau parcimonieuse. Aujourd'hui, la vie se réfugie là où subsiste la moindre mare, le moindre filet d'eau. On a retrouvé au début de ce siècle un crocodile nain isolé dans un canyon du Tassili, et une méduse acharnée à survivre dans les dernières mares d'eau. De l'ancienne splendeur végétale, il reste du laurier-rose, de l'olivier, du cyprès et une vigne. Nazim K. (1) Touareg : peuple actuel du Hoggar et de la région. Tassili-N-Ajjer signifie en langue targui (Tamachekt) : le plateau des rivières. (2) Les objets et instruments attestant de la civilisation saharienne sont aujourd'hui en majorité dans des collections particulières en France. (3) Après son expédition de 1956/1957. i,t) Actes du congrès panafricain de préhistoire. \Iger 1952. Conférence H. Breuil. - Chanson »- BON~OURLES HIRONDELLES De Renaud à William Burroughs, le septième Printemps de Bourges fut un bon millésime. Les Beurs ont fait un malheur, Pierre Akendengué a vibré. John Giorno H igelin, Renaud, John Littleton, bûgnes berrichonnes, Beurs, Rastas et tourne le manège ... Des chambres à trois cents francs la nuit, louées depuis six mois pour les plus riches et les mieux organisés où le dortoir à cinq balles pour les fauchés, les zonards et les arrivés de la dernière heure. Djurdjura, Martin around the clock, Mouna et Greenpeace à quelques pas du parvis de la Cathédrale, dans les gla-gla et les floc-floc d'un printemps qui ne daigne pas montrer le bout de son nez. Bonjour les hirondelles ... Linton Kwesi Johnson Raoul Petite, Zéro de conduite et le Bolé Bantou, un bon cocktail que ce Printemps de Bourges septième version, un bon millésime et dans sa volonté d'ouverture et dans son souci affiché de la qualité. Révolution sonore A Polyphonix, Jean-Jacques Lebel fête les soixante-dix ans de William Burroughs, l'ancien compagnon de Kérouac de l'époque des « Anges vagabonds », en compagnie de la secte des Hamadcha de Essaouira et de très nombreux autres 26 invités, dont John Giorno, le puissant poète américain apôtre de la révolution sonore et Amiri Baraka, poète noiraméricain, militant révolutionnaire, critique et historien de jazz. Dans le hall des congrès, Linton Kwesi Johnson, la voix noire de la révolte et le Dennis Bowell dub band nous offrent un reggae d'enfer. Sous le Chapiteau, Pierre Akendengué arrive à maturité au niveau de la vibration. Les Bobongos Stars du Zaïre se déchaînent avec un immense bonheur et Fal Frett (gorge froide en créole) groupe pionnier de la nouvelle musique antillaise, revendique, avec un talent de plus en plus affirmé, des racines biguine, bel-air et gwokâ ainsi que l'esprit d'improvisation propre au jazz. De leur côté, les Beurs font un malheur. Karim Kacel, véritable bête de scène après Banlieue, un très grand pas vers le professionnalisme. Rachid et ses potes de Carte de Séjour enlèvent le morceau avec les pulsations de leur rock -reggaefunk. Palais Jacques-Coeur, Hôtel d'Artagnan, ambiance tardive, piano-bar et Pub Marceau, rencontres inattendues, Bourges devient un grand moment de la musique et de la chanson de toutes les couleurs. A très bientôt les hirondelles. Stéphane JAKIN DISCOGRAPHIE Karim Kacel. Gens qui rient, gens qui pleurent, Pathé Marconi Linton Kwesi Johnson, Forces of Victory, 33 T Island Phonogram Dread Beat and Blood Virgin Polydor Carte de Séjour, Rhorhomanie Mosquito/CBS Dernier Album Djurdjura, 33 T Kondo Râ - CBS. Disque Polyphonix 1 première anthologie sonore, Multipla Records M20138. John Littleton, Discographie Auvidis 47, rue Polonceau 75018. Fal Frett, Album GD Production distribution Sonodisc Pierre Akendengué, Mando, 33 T CBS 25355 et Epuguzu, 45 T CBS A 3193 Bobongo Stars, Album Bobongo Stars, Album Zaîro 33 T RCA King Sunny Ade, le Roi Soleil de la « Juju music» et Black Uhuru seront à l'espace Balard le 26 juin ... Un rendezvous à ne manquer sous aucun prétexte, ce sera un plein feu de fête sur la Nouvelle Afrique et la Jamaïque.

Lever de rideau 

NEGRE ? Il fallait probablement vomir sur les goulags, mais en même temps il fallait dénoncer l'intervention française au Tchad ou à Kolwesi, ce que finalement très peu d'intellectuels ont fait. C'est dans ce contexte que se détermine l'écriture de Julius Amédée Laou ... La soirée s'annonce riante, bonne bouffe et bonnes bouteilles. Félicie, une jeune Antillaise reçoit ses amis, tous noirs, mais d'origines différentes, Noirs américains, Noirs européens, africains, antillais, sud-américains. L'intimité, l'alcool, l'herbe, libèrent peut à peu les « esprits » et l'Histoire fait surface. Les uns se veulent de plus en plus blancs, les autres plaident pour l'indépendance, le retour en Afrique et dénoncent l'apologie de la négritude, n'y voyant qu'une patée pour chien domestique. Nègre est un mot meurtrier, qui renvoit aux camps, à l'humiliation, à l'apartheid. La tension monte, le fantôme de Fanon, Peau noire et masque blanc, hante les lieux sur fond de blues ... Une pièce de Julius Amédée Laou, qui porte sur l'amnésie de certains Antillais. Un spectacle très musical, où la passion est véhiculée par un langage corrosif d'où la sensualité est loin d'être absente, sur une mise en scène de Maka Kotto. Au bout du compte, il s'agit d'une réflexion sur la condition noire contemporaine, et d'une interrogation majeure. Peutêtre que les Nègres blancs n'en finiront jamais d'avoir mal. D.C. Ne m'appelez jamais nègre, par la compagnie des griots d'aujourd'hui, Théâtre 18, 16 rue Georgette-Agutte 75018 Paris FERDAOUS fille de la campagne égyptienne, fille de personne, Ferdaous rêve pétrissant le pain, de devenir une dame. Après un mariage malheureux, quelques études secondaires et l'impossibilité de trouver du travail, ce sera la fuite et la prostitution. Réussite provisoire, les princes et les hauts fonctionnaires viendront courber l'échine: « Homme, tu peux me prendre, mais ni me faire jouir ni me faire souffrir ». Réduite à l'esclavage par un proxénète, elle ira jusqu'à tuer pour préserver une liberté durement conquise. Ce sera la fin de son rêve et la réalité de la prison. Impitoyable destin dans un monde d'homme, où la soif du pouvoir, du sexe et de la tyrannie dominent. Une création théâtrale de Naoual Al Différences - N° 35 - Juin 1984 Le batteur de Bolé Bantou Saadawi qui pousse loin son regard, une interprétation remarquable de Laurence Wystourky sur une mise en scène très originale de Diden Dumer, qui gagnerait sûrement à être moins découpée pour préserver les échos d'un incontestable élan dramatique. « Ferdaous, une voix en enfer », reprise au Carrefour de la différence, l, passage du Bureau 75011. LE BLUES DES SABLES Cheikh Imam, Ahmed Fouad Negm et Mohamed Ali, en première mondiale, nous ont donné beaucoup de plaisir l'autre soir au théâtre des Amandiers à l'occasion des journées de musiques arabes. Poésie, musique et chant, une salle pleine qui battait déjà des mains avant que le concert ne commence. Ce fût tout simplement géant. BOLE BANTOU Face aux difficultés que rencontrent les artistes africains à diffuser leur art, plusieurs d'entre eux se sont regroupés pour créer une structure de réflexion, d'information, d'auto-formation et un véritable secrétariat artistique. C'est dans ce contexte que Bolé Bantou, qui signifie en français: l'union fait la force, vit le jour. Différences vient de s'entretenir avec Henri Samba, l'animateur du groupe: « Le Bolé Bantou, c'est une équipe, une structure, des actions culturelles. Nous réfléchissons à la nécessité de préserver l'originalité de l'artiste négro-africain dans la société d'aujourd'hui, ce qui pose le problème de la liaison avec les pays d'origine. Nous sommes affiliés au CLAP (1), ce qui nous permet de rencontrer d'autres associations. Nous comptons très prochainement travailler avec les enfants issus de l'immigration. Nous venons de présenter Izakou au TEP et à Bourges, un spectacle qui regroupe quelques scènes de la vie quotidienne d'un village africain, à travers ses rites essentiels: naissance, initiation, 27 cueillette, pêche... Nous souhaitons raconter l'Afrique aux enfants, tout en les sollicitant. La forêt, des masques d'animaux, des contes, des poèmes introduisent une dimension magique dans le spectacle. Nous insistons sur le côté visuel et musical. Les villageois y chantent, tout en travaillant, il n 'y a pas de division entre le plaisir et le travail. Le premier instrument de communication, c'est l'homme lui-même avec son corps. L'initiation est chez nous un moment très important, qui marque le passage de l'état de l'enfance, à celui d'adulte. Au cours de ces animations, nous discutons avec les enfants, nous nous efforçons de ramener chaque instrument à sa fonction socio-culturelle, car chaque événement a son instrument. A partir de là, nous organisons des ateliers où les enfants fabriquent des masques et peignent. Nous intervenons dans les écoles, la rencontre se fait d'abord avec les enseignants et très souvent tout dépend de leur propre sensibilisation. Nous avons quelques projets en cours, nous organisons notamment une grande « manif» au Parc Floral dans le courant du mois de juin, avec beaucoup d'enfants de la région parisienne. Nous voulons surtout nous affirmer et sortir de cette impasse où les autres décident pour nous-mêmes. Propos recueillis par Stéphane JAKIN (1) Comité de liaison pour l'alphabétisation et la promotion. Bolé Bantou, 63, rue de Provence, 75009 Paris. GERTRUDE ET ALICE « Cela demande peu de temps d'être un génie. Il faut rester si longtemps assis à ne rien faire, à ne vraiment rien faire ... » Gertrude Stein était américaine de Pennsylvanie, écrivain « moderniste », mécène de Picasso, amie d'Ernest Hemingway et de Scott Fitzgerald. Quarante ans durant, elle vivra avec Alice B. Toklas, «l'amante, la femme, la jardinière, la cuisinière ». Gertrude écoute Alice. Alice raconte, Gertrude écrit l'Autobiographie d'Alice Toklas, un Journal. Rachel Salik et Le Mascaron en ont fait une pièce de théâtre qui poursuit une carrière fructueuse depuis le début de cette année. Un heure d'intimité passionnée et passionnante, Gertrude morte cet après-midi nous fait découvrir une personnalité marquante du début de ce siècle. 0 CULTURES Hospitalité - DE L'ASILE AU GHETTO ans la France terre d'asile et D d'exil restée fidèle aux idéaux de 1789, l'hospitalité s'est dégradée « à partir du moment ou l'intérêt a prévalu dans le recrutement et l'installation des travailleurs étrangers ». Du coup, l'année 1983 sera à marquer d'une pierre rouge: cinquante-deux immigrés tués, c'est un chiffre record. L'hospitalité a ses lois, mais que deviennent-elles dans les pays industrialisés ou seul domine le profit, où par manque de temps et d'espace, les portes se ferment en même temps que les coeurs. Hier, c'était les juifs, aujourd'hui ce sont les immigrés, arabes notamment, qu'on charge de tous les maux. La période de crise est favorable au repli et à la peur, dès lors des voix s'élèvent pour désigner l'étranger comme l'ombre menaçante. Loin de vouloir culpabiliser la société française, Tahar Ben Jelloun, natif des deux rives, une fois encore a voulu témoigner. C'est au lendemain de l'assassinat du petit Toufik, le 9 juillet 1983 à la cité des 4000 à La Couronne qu'il s'est mis à décrire le dérapage d'une civilisation. Conscient que sa qualité d'écrivain protège son propre corps du racisme ordinaire. «La nature a créée des différences, la société en a fait des inégalités. Quant au pouvoir de l'argent, il a instauré la hiérarchisation des êtres et secrète le mépris ». La population immigrée fonctionne comme un miroir à l'égard de la société française, en lui renvoyant «l'image froissée de l'intolérance et du malaise, sur fond de conflits et de chocs des cultures ». « Ce droit à la différence est une concession faite par la majorité à certaines minorités, par les dominants aux dominés à condition que les rapports hiérarchiques soient sauvegardés ( ... ) Le droit à la différence n'aboutit jamais à l'égalité. Il convient de se poser un certain nombre de questions à son sujet: ce droit est-il réellement revendiqué et par qui? Qui lui donne un contenu? ( ... ) La différence dans la société marchande, c'est la mort de la communication, chacun chez soi, c'est le ghetto comme à Brixton, à Harlem » ou à la Goutte d'Or. Cinquante deux immigrés tués en 1983 : un chiffre record. Tahar Ben ~elloun, un natif des deux rives, prend la plume. Françoise Gaspard et Claude Servan-Schreiber aussi. A la Française ... Tahar Ben Jelloun porte un regard sans concession sur les Eglises, les partis, les syndicats, incapables de mobiliser durablement contre le racisme ... « Et pourtant c'est en France que je vis ». Un langage incisif de la part d'un écrivain de premier ordre, aussi profond que la douleur qui le tenaille. Les intellectuels de la capitale ne sont pas épargnés. « Le malentendu Paris n'a tenu le coup que grâce à la « légion étrangère » : Picasso, Miro, Modigliani, Apollinaire ... aux transfuges et exilés qui viennent déposer leur fardeau et leur nostalgie à la consigne de la gare de Lyon ». Un livre sur l'immigration, que Sartre comparait à un « colonialisme à domicile ». Un livre dicté à son auteur par l'angoisse et l'urgence, qui tente pour respirer d'ouvrir, toutes grandes, quelques « fenêtres dans la demeure du silence, de l'indifférence et de la peur» dans une société « où le meurtre raciste a le triste privilège de se passer de motif ». Daniel CHAPUT Hospitalité française, de Tahar Ben Jelloun, éd. du Seuil. 28 LA FIN DES IMMIGRES Pour une société plurielle, un livre de l'ex-maire de Dreux et de la fondatrice de F. Magazine. «C'est un crime d'égarer l'opinion », disait Zola. C'est dans cet état d'esprit que Françoise Gaspard et Claude ServanSchreiber ont écrit La fin des immigrés. Oui, c'est la fin des immigrés! Ils sont près de quatre millions et demi à vivre et à travailler dans l'hexagone et la majorité d'entre eux n'en repartiront plus jamais, ils font déjà partie de notre patrimoine. Contre la solution radicale, « La France aux français, les immigrés dehors », l'ambition de ce livre est de vouloir « parler vrai », pour que la France en finisse une bonne fois de régler ses comptes avec l'Histoire et accepte «son avenir, non comme une fatalité mais comme une chance » où Français et immigrés marcheront côte à côte dans une véritable société plurielle. J.B. La fin des immigrés de Françoise Gaspard et Claude Servan-Schreiber, éd. du Seuil. _ __ Lectures _ _ _ NEO-FASCISTES Joseph Algazy, un historien israélien, vient de publier une somme sur l'extrême-droite en France de 1944 à 1965. Le choeur des vierges de l'extrême-droite française, qui tient tànt à blanchir son passé, y endosse quelques couacs. C'est ainsi qu'on apprend que Jean-Marie Le Pen, souvent présenté comme un résistant, avait 11 ans en 1939, que son papa n'est pas mort pour la France, mais a disparu en mer dans un bateau de pêche coulé par la marine allemande. Qu'en 1948, le même était inculpé pour avoir « en état d'ivresse, et sans qu'il paraisse avoir été provoqué, frappé M. Haïk Sandjakian, né à Constantinople, chasseur au cabaret « Le grand jeu », etc. Outre le mauvais caractère de JeanMarie Le Pen, on les retrouve tous, les Bardèche, Boutang, Monet, Sidos, qui ont tant chanté la gloire de l'Occident chrétien. Un livre capital, qui sera suivi d'un autre portant sur la période plus récente. Joseph Algazy, de passage à Paris, nous a donné une interview, que nous publierons prochainement. Secrétaire de la Ligue des droits de l'Homme et du citoyen en Israël, il affirme avoir autant de documents pour le second volume que le premier. Vite, M. Algazy, on est impatients ! Jean ROCCIA La tentation néo-fasciste en France, 1944-1965, de Joseph Algazy, éd. Fayard. MAURICE. Au XVe siècle les Arabes y firent des reconnaissances, au XVIe les Portugais y plantèrent leur drapeau, au XVIIe les Hollandais y apportèrent des plantes de canne et des esclaves. Ceux-ci se révoltèrent et les mirent en fuite et l'ancien volcan, aujourd'hui habité par un million de personnes, ne garda d'eux comme souvenir que son nom, Mauritius; le prénom du Stadhouter de Nassau. Seul le « génie» esclavagiste français saura, après 1720, venir à bout des Noirs libres en utilisant d'autres Noirs et ouvrir « l'Isle de France» à la traite négrière. Les Anglais, en arrachant l'île aux Français, ouvrent l'ère de la plantation et de la monoculture du sucre, mais aussi, après l'abolition de l'esclavage en 1834, du coolie trade, l'importation de travailleurs indiens sous contrat: de 1835 à 1907, 450000 hommes et femmes sont ainsi importés. Un sur trois retournera en Inde, la malaria qui tue 50 000 personnes en 1865-67, se chargera de maintenir Meeting du Mouvement populaire français en 1959. Brrr ... l'équilibre démographique jusqu'à son éradication en 1948. A partir des années 50, apparaît alors le discours sur la « surpopulation », expression d'un projet politique à l'origine de l'émigration mauricienne des années 70. L'histoire de Maurice, qui fêtera en septembre prochain l'abolition de l'esclavage, se confond avec celle de son peuplement et Bernard Lehembre nous la raconte avec passion, apportant ainsi une double contribution originale à l'histoire et de l'île et à celle des migrations. L'auteur, témoin privilégié des luttes de la communauté mauricienne en France - dont il esquisse l'histoire - a su rendre passionnante pour le lecteur sa démarche pour remonter aux origines de cette émigration et répondre à la question qu'il se pose vers 1973 : « pourquoi les Mauriciens émigrent-ils vers la France »? Fausto GlU DI CE L 'Re Maurice, par B. Lehembre, éd. Karthala, 22 bd Arago, 75013 Paris, 246 P. - 68 F. LA-BAS, A ORAN. PiedNoir d'Oran, d'origine espagnole, JeanMarc Barroso, dans ce premier roman où il raconte son enfance, nous met tout de suite avec brio dans l'atmosphère provinciale, intimiste, inquiète bientôt, de sa ville natale, la plus « européenne» d'Algérie à la veille de la guerre d'Indépendance du pays. Les « Arabes» que l'on voit à peine, fascinent par leur différence, attirent par leur mystère, font peur par leur cruauté supposée, tous ces fantasmes étant simplifiés et télescopés dans l'esprit d'un enfant inquiet esthète, rêvant déjà d'ailleurs. D'une belle facture classique, Les oiseaux noirs, le premier volume d'une série sur la vie d'un jeune Français d'Algérie, promettent beaucoup. Yves THORA VAL . Les oiseaux noirs, de Jean-Marc Barroso, éd. Orban. 29 UN HOMME A PART. Après avoir raconté L'orchestre rouge et la vie de Léopold Trepper, mené sa propre enquête sur une erreur judiciaire avec Le pullover rouge, Gilles Perrault nous livre cette fois la vie passionnée d'un militant. Le 4 mai 1978, Henri Curiel est assassiné. Depuis, aucune investigation n'a, semble-t-il, abouti. Ce n'est pas seulement mener sa propre enquête qui intéresse Perrault : dans ce dernier travail, il est tout entier saisi par le personnage de Curiel, « un homme à part », comme dit le titre. Du jeune homme de la bourgeoisie cairote à l'homme, au militant qui trouve la mort à Paris, c'est le parcours d'une vie qui nous est raconté et bien plus. Gilles Perrault a retrouvé au Caire, aujourd'hui, ceux des amis de Curiel qui y vivent toujours. « Je venais chercher au Caire les traces d'Henri Curiel et une diluvienne pluie humaine les avait effacées ». Humilité, honnêteté du travail de Perrault qui rappelle sans cesse sa modeste place de témoin dans le livre qu'il a mené à bien avec Sylvie Braibant, une cousine de Curie!. Christiane DANCIE Un homme à part, de Gilles Perrault, éd. Barrault Sélection livres Homme blanc long nez, de Pierre-Louis Humbert, éd. Ramsay Journaux indiens, de Allen Ginsberg, éd. 10/18 Les cités de la nuit écarlate, de William Burroughs, éd. 10/ 18 Nègres et Juifs au XVIIe siècle, de Pierre Pluchon Pérèle, Sarah, Rébecca et les autres, de Chaim Grade De Paris à Bacongo, de Justin Gandoulou, éd. CCI - Centre Georges Pompidou. Sélection Disques Youssou N'Dour, Immigrés/Bitim Rew, Celluloïd Abyssia, Gwekana Savas Bob Marley, On Love Island Yellowman, King Yellowman, CBS The Gramacks, Party Party, polydor, Maxi 45 CULTURES - En vrac VOUS AVEZ DIT BAZAR ? • Le coiffeur du quartier des pauvres, de Mohamed Reggab Toute la presse a parlé de Cannes. Différences vous présente les festivals du cinéma arabe et juif, et quelques notes sur le cinéma espagnol. A lors que la première édition du festival du film arabe avait été un panorama du jeune cinéma, la deuxième édition vient d'être placée sous le signe d'un triple hommage. Hommage d'abord rendu à Fatem Hamana, la «Cendrillon du cinéma Egyptien» qui incarna tout au long de sa carrière la femme orientale écrasée sous le poids des traditions. Hommage rendu ensuite à Henri Barakat, cinéaste égyptien qui, avec soixante-dix-sept longs métrages en quarante et un an, a pratiquement touché à tous les genres, du film social au film romantique. Hommage enfin rendu à Salah Aboussif, cinéaste égyptien lui aussi, ancien assistant de Kamal Selim et professeur à l'Institut du Cinéma du Caire. Réalisateur d).! célèbre film Ton jour viendra (1951), adapté du roman d'Emile Zola, Thérèse Raquin. Un ultime hommage a été rendu de la part des organisateurs et des réalisateurs présents à Mahoud Lakhal, chef-opérateur algérien disparu l'été dernier. En fait les faveurs du public sont allées à Une femme pour mon fils, un film d'Ali Ghanem de 1983, puis à La nuit de l'arrestation de Fatma et au Péché, deux films d'Henri Barakat, le premier de 1984, le second plus ancien de 1965. Enfin à L'avocat, un film de Raafat El Mihi tourné en 1983. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé Que fait-on ce dimanche? de Lotfi Essid, tourné en 1983 (1), pour son humour et son intimisme social, ainsi que Les enfants du vent (1980) et Histoire d'une 30 rencontre (1983), deux films de Brahim Tsaki, qui, par leur absence de dialogue, abolissent les frontières du langage et favorisent véritablement la rencontre des peuples. Avec la projection d'une quarantaine de films, ce deuxième festival s'est affirmé cette année comme un événement culturel de tout premier plan, malgré le climat de crise que traverse le cinéma arabe et les scandaleuses faiblesses de sa diffusion. Julien BOAZ (1) C'est une réplique de ce film qui nous a donné le titre de cet article ... Association pour le film arabe, 10, rue Gustave Courbet 75016- Tél. 727.30.93 Le festival du cinéma juif Une très riche sélection cette année pour ce troisième festival, sous la direction d'Emil Weiss. « Toute occasion devrait être bonne pour les hommes de se rassembler dans un esprit de fête ». Cette invitation du programme s'est vérifiée. La petite salle du Rivoli Beaubourg, un cinéma à l'ancienne, rideaux rouges et balcon, était remplie pour les films yiddish américains, pour les nombreux films hongrois ou pour des films plus ambitieux comme Roshinkes mit Mendeln, dont Différences a rendu compte après le Festival de Berlin, ou Fuite à Marseille. Amerikaner Shadchen (le marieur américain) reprend un sujet classique yiddish: un jeune homme, célibataire endurci, se fait marieur et trouve une fiancée parmi ses clientes . .La scène est à New-York dans les années 40, le jazz se mêle aux chants du folklore ashkenaze . la psychanalyse, le marketing, ajoutent à l'efficacité de l'entreprise. La rencontre des civilisations est source de comique, parfois de drames, mais le spectateur est vite rassuré sur l'heureuse issue des problèmes. Suivant la trame du roman de l'écrivain est-allemand Anna Seghers, Transit, fuite à Marseille, nous présente la vie des opposants politiques allemands, réfugiés en France dans les années trente. Beaucoup sont juifs. Ruth Fabian, Wladimir Pozner témoignent aujourd'hui ils sont restés en France. Le film évoqu~ la figure de Walter Benjamin qui se suicida à Port Bou, car il s'était vu refuser l'entrée en Espagne. Ce film, qui est « une manière de parler du présent en parlant de l'histoire », multiplie les images d'aujourd'hui, les interroge. Un spectateur attentif, auteur de documentaires très actuels, a suivi les trois heures trente de projection du film avec passion: Amos Gitaï, cinéaste israélien. Plusieurs débats, dont le plus passionné a suivi la projection du film de Mosco Des terroristes à la retraite. Des homme~ qui ont appartenu au réseau de résistance du MOI s'interrogent sur leur jeunesse, racontent la peur au moment du premier coup, et refont les trajets de leurs activités clandestines, dans les rues du Paris d'aujourd'hui. Ils mettent en question une certaine histoire de la Résistance qui gomme la participation des juifs combattants et parlent de trahison. Par l'image et la parole, ce festival du cinéma juif a su rassembler, dans un esprit d'universalité et de fête. 0 C.D. Différences - N ° 35 - Juin 1984 Du côté des Egyptiens Faten Hamama, la diva Avec plus de 2 000 longs-métrages et sans doute autant de documentaires, réalisés en 60 ans de production réellement « nationale », avec également une soixantaine de longs-métrages produits annuellement aujourd'hui, l'Egypte ne possède pas seulement la plus importante production cinématographique d'Afrique et du MoyenOrient, mais elle arrive dans le peloton des vingt premières dans le monde. Sacré à une époque le « Hollywood de l'Orient », dans les années 40 et 50, le septième art égyptien connaît aujourd'hui une crise qualitative : essouflement des thèmes et des talents confirmés, sans réelle percée de jeunes vraiment novateurs

et matérielle 
retrait du secteur

public de la production, réseau de salles dans un état alarmant, étranglement des marchés traditionnels ... La vallée du Nil n'en possède pas moins, avec Salah Abousif, Youssef Chahine, Henri Barakat, Shadi Abdessalam et d'autres, des réalisateurs qui peuvent rivaliser avec leurs plus talentueux collègues de par le monde (1). Yves THORA VAL (1) Rappelons que notre collaborateur a déjà produit un livre sur ce sujet: Regards sur le cinéma égyptien. QUELQUES FILMS ESPAGNOLS Pour faire bonne mesure ... L e cinéma espagnol n'arrive que parcimonieusement sur les écrans français. Les festivals, celui de Bastia encore tout récemment, nous font pourtant connaître des films réalisés au prix de longs efforts: recherche de fonds, étude sur le terrain, voire difficultés avec la censure pour certains réalisés avant la mort de Franco, La ville brûlée d'Antoni Ribas par exemple, ou Le Crime de Cuenca. La ville brûlée est un film catalan. Barcelone, à l'aube du 20· siècle. La guerre hispano américaine terminée, les soldats rentrent au pays, les bourgeois rapatri~ nt leurs capitaux en dollars, décidés'à utiliser les bonnes recettes de l'esprit d'entreprise américain. Barcelone dans ces années là est traversée par des mouvements novateurs: c'est le temps des « débuts» de Picasso et Dali. Les mouvements politiques foisonnent aussi, anarchistes utopistes qui s'organisent en « communes» et parlent l'esperanto, populistes qui prônent un catholocisme égalitariste sous la garde de Notre Dame des Huit Heures. 31 Avec Le Crime de Cuenca de Pilar Miro on nous conte l'histoire d'une erreu; judiciaire dans la province de Don Quichotte, la Manche. Les faits sont rapportés dans leur suite chronologiques l'erreur judiciaire s'installe, se nourrit, sur un terrain social et géographique impitoyablement arpenté, du village à la ville de la ferme à la demeure du juge. C'est toute ia mise en condition d'accusés qui est retracée, y compris dans ses aspects les plus inhumains

les faux aveus extorqués par la

torture. Quand le film sort en Espagne, bien après la fin de Franco, la Guardia civil, se sent mise en cause par cette histoire pourtant ancienne, fait interdire le film, et inquiète sa réalisatrice. Finalement autorisé en Espagne, il bat tous les records du box office. Deux autres films sont sur le point de sortir, oeuvres de réalisateurs de la jeune génération: Hector et La mort de Mikel, l'un se situe dans la montagne au dessus d'Alicante, l'autre, au Pays basque, à San Sebastien. Ils font preuve tous deux d'une grande exigence. Christiane DANCIE REllEKllI1I - Ein, zwei ! - LE TOUR D'EUROPE DE L'EXTREME-DROITE 32 Un guide de l'intolérance à l'occidentale. On s'aperçoit que presque tous ces braves gens concentrent leurs coups sur l'immigration. S'il est élu, M. Le Pen va-t-il constituer un groupe parlementaire avec eux ? FRANCE : Le Front national de le Pen dont le principal thème est la lutte contre l'immigration a fait une « percée » électorale, favorisée par les médias: 17 070 à Dreux, 10 % à Paris 20e aux législatives de mars 83, 9 % à Aulnay (Seine-St-Denis), 12 % à Auray (Morbihan), 10 % à VincennesFontenay (Val-de-Marne) dans les municipales partielles. A noter aussi, des accords entre la droite « républicaine» et l'extrême-droite comme à Dreux, ou bien des ralliements de conseillers municipaux de droite au Front national. Certains des militants de l'extrêmedroite se retrouvent à des postes importants au sein de formations politiques traditionnelles : Alain Madelin «UDF), Yvan Blot (RPR), Patrick Devedjian (élu maire RPR à Antony), Alain Robert, Gérard Gachet (CNIP), etc. Dans la même ligne de pensée, il convient de citer le Parti des forces nouvelles (PFN) qui, lui aussi, a manifesté son désir de se présenter aux élections européennes. Cette officine, petite soeur rivale du Front national, manifeste plus violemment encore sa haine des immigrés. Elle édite un hebdomadaire, « Pour une force nouvelle », et n'hésite pas à se lancer dans le coup de main, fort de ses liens nationaux, avec le CNIP par exemple, et internationaux, avec le MSI italien et le Fuerza nueva espagnol. ESPAGNE : Là, on remarque une baisse récente de l'électorat d'extrême-droite. Fuerza nueva n'a retrouvé que 100 000 voix aux dernières législatives, au lieu des 380000 de 79. A noter pourtant que le mouvement CEDADE se développe et organise débats et colloques, sur la vie d'Hitler par exemple. Il s'implante au Portugal et a une section à Lyon, en liaison avec l'ex-Fane. Le mouvement phalangiste reste fort en Espagne. En témoigne la tentative de coup d'Etat en 81, où une poignée de militaires a pris d'assaut le Parlement. D'ailleurs une organisation politique se réclamant des putschistes s'est créée et a même participé aux élections. ITALIE : Après les attentats meurtriers dus à l'extrême-droite et financés probablement par la loge P 2, regroupant des hauts responsables de l'Etat italien (son dirigeant, Lucio Gelli, arrêté, a réussi à s'enfuir et disparaître), l'extrême-droite se développe à nouveau. En effet le Mouvement social italien (MSI) vient d'obtenir 7,1 % aux élections du Parlement, augmentant de près de 4 % ses voix. Plusieurs manifestations ont eu lieu en Italie, dont une messe de 5 000 personnes, pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de Mussolini! Sont parus à cette occasion des cartes postales et un timbre poste, retiré de la vente après maintes protestations. PORTUGAL : Réapparition des groupes d'extrême-droite interdits depuis 74, comme le Mocidade patriotica. SUISSE : Le mouvement NOE (Nouvel ordre européen) qui compte des sections dans plusieurs pays européens, les Etats-Unis et le Canada a récemment tenu congrès. Ses positions sont claires: « Contre la dénatalité européenne et la continuation de l'immigration: la survie de nos peuples est en jeu ( ... ) Contre la répression des véritables oppositionnels comme Faurisson ». Ce mouvement est dirigé par M. Amaudruz, qui s'affirme «raciste scientifique ». Plusieurs élus d'extrême-droite ont réussi à former un groupe parlementaire. Différences - N° 35 - Juin 1984 ALLEMAGNE FÉDÉRALE

Après le développement de

mouvements clandestins comme le groupe pa:ramilitaire « sportif» d'Hoffmann, démantelé à la suite d'attentats (on se souvient de Munich) et de l'assassinat d'un juif, un autre groupe vient d'être interdit. Ce mouvement ouvertement national-socialiste s'est développé durant l'année 83 et a participé aux élections sous le sigle AAR: action pour le rapatriement des étrangers. Dans un même temps et sous l'impulsion de ces divers mouvements on a vu apparaître dans les stades des supporters d'équipes de football arborant des insignes déclarant: «je suis allemand et j'en suis fier », certains ornés de croix gammées. Un club de supporters s'appelle même Zyclon B, du nom du gaz employé à Auschwitz. Durant les matches, on les entend applaudir l'équipe de RF A et siffler les joueurs étrangers ou d'origine étrangère. Certains chantent des chants nazis et saluent la foule le bras tendu. Un supporter a tué un jeune Turc à la suite d'un match. Suisse: « Nous sommes contre la répression de véritables oppositionnels comme Faurisson » Grande-Bretagne : « n n y a pas de Britanniques noirs, même s'ils sont nés ici » Officiellement, il y avait 20 300 néonazis recensés en 1983, 1 300 de plus qu'en 1982 d'après le ministère de l'Intérieur. D'autre part, le NPD, autre mouvement extrémiste, a tenu son congrès devant 1 500 militants et se prépare activement aux élections européennes. Quant au NSDAP, (ancien parti d'Hitler), on a distribué en son nom des tracts dans plusieurs villes. BELGIQUE: Une des principales organisations d'extrême-droite, le VMO (Vlaams militanten orden) a été interdite. Elle a changé de nom et soutient, en Flandre, le Vlaams blok, qui a un député à Anvers, élu sur une campagne violemment anti-immigrés. Le gouvernement vient de proposer une loi, limitant le regroupement familial et instituant un seuil de tolérance à ne pas dépasser dans les communes pour les étrangers non membres de la CEE. Par ailleurs, le journal d'extrême-droite « Nouvelle Europe magazine» passe du mensuel à l'hebdomadaire, et nous avons appris le démantèlement d'une 33 organisatiOn néo-nazie infiltrée jusque dans la police de Bruxelles. D'autre part, plusieurs organisations d'extrême-droite se sont regroupées en vue de fonder un Parti national européen et veulent se présenter aux élections européennes. Leur programme réclame le rapatriement des immigrés non européens. HOLLANDE : Le parti Centrum, qui n'a de centre que son nom, a réussi à obtenir deux sièges aux élections municipales d'Almère (près d'Amsterdam). Son action est principalement dirigée vers le rapatriement des étrangers. Une autre organisation, le NVU, met l'accent sur les liens supposés entre l'immigration et l'insécurité, et parraine le comité «pour la libération de Rudolph Hess ». Cinq néo-nazis ont été arrêtés pour avoir frappé des Marocains. De fait, on sait que toute l'organisation s'entraîne pour combattre les immigrés. ROYAUME UNI : Aux dernières élections, le National front a obtenu 1,1 % des voix. Quant au British national and socialist movement, il n'a obtenu que 0,6 %. Le National front affirme : « il n'y a pas de Britanniques noirs. Même s'ils sont nés ici, il faut les renvoyer ». D'autre part des militants néo-nazis allemands, recherchés pour des attentats dont peutêtre celui de la rue des Rosiers, ont été arrêtés chez un militant d'extrême-droite près de Londres. Une association « contre les agressions et les crimes des étrangers» est née, soutenue par l'extrême-droite. D'autre part, au sein du Parti conservateur (parti de Mme Thatcher) plusieurs groupes se sont créés, opposés à tout égalitarisme et partisans du renvoi des immigrés. Ces associations sont dirigées par des anciens néo-nazis infiltrés. DANEMARK : Le député du Parti du Progrès, Mogens Glistrup (extrême-droite) s'est fait réélire aux élections de 84. Une analyse comparative du comportement des groupes fascistes ou fascisants européens montre que ces groupes, même s'ils sont encore relativement marginaux, tendent à se banaliser. Dans chaque pays, sauf peut-être ceux de l'Europe du Sud (Espagne, Italie, Portugal, Grèce), se développe un « climat » anti-immigré. Ces groupes ont encore des résultats assez faibles aux élections, mais dans un climat de crise, ils risquent de prendre de l'influence. Et alors, gare ... Daniel DESPLAT Membre de la commission « extrême-droite» du MRAP. IsrOIB - Anniversaire - UN QUÉBEC PEU E-N---- .... .... C-ACHER UN, AUTRE Il Y a quatre cent cinquante ans, ~acques .Cartler ~ découvrait la cc Belle province . Mals Il y avait Cial- du m~IIU:I.8 ••• 'D es dizaines de milliers de..Uurist!s; mais aussi René Levesque, Premier ministfe du Québec, plusieurs ministres pendant deux jours à Saint-Malo en avril dernier pour fêter le 450e anniversaire du départ de Jacques Cartier et sa « découverte » du Québec. Le départ d'une nouvelle armada de trente voiliers de toutes nationalités et de tous âges, partant vers le nouveau monde, pour couronner le tout. Ils doivent arriver le 18 juin prochain à Gaspé, où débarqua Cartier, puis remonter le SaintLaurent où nos « cousins» les accueilleront dans la même liesse. Comme à l'accoutumée, les médias français unanimes, de droite comme de gauche, ont célébré avec René Levesque l'amitié entre Français et Québécois. On a coutume de dire: les Québécois sont en butte à l'hégémonie colonialiste du Canada, leur voisin anglo-saxon. Après avoir été les colonisés du Royaume-Uni, ils seraient maintenant « de facto )} ceux du Canada. Il y a bien là de quoi susciter la solidarité des Français avec leur « cousins », et leur indépendance naguère réclamée de façon tonitruante par de Gaulle. té èClft définit qui es . n et qui ne l'est pas. Dep ans, il stipule qu'une femme indienne qui se marie à un Blanc cesse d'être indienne dtvanr là foi canadienne, et que ses enfants ne le seront donc pas. Racisme et sexisme: la même disposition n'existe pas pour les hommes. Pour s'en tenir au Québec, le gouvernement fédéral y reconnaît l'existence d'environ 28.000 Indiens dits « inscrits », c'està- dire de citoyens mineurs, puisque 1'« Indian Act)} ne leur reconnaît aucune autorité politique, aspect d'ailleurs dont ils n'ont cure puisque l'essentiel pour eux c'est de demeurer indiens et qu'ils refusent la société blanche. Mais, dans les mêmes communautés, dans les familles mêmes de ces « inscrits )}, on trouve encore plus de « non-inscrits », et de personnes classées « métis ». On imagine l'impact que peut avoir sur une communauté l'intervention d'un pouvoir extérieur qui vient lui dire qui sont ses membres et à partir de quand ils cessent de l'être. Un lent génocide de papier ... Bale.James: « Découverte) du Québec? Colonisés. les Québécois ? barrage contre Indiens Voilà qui a dft laisser perplexes les Indiens de la Belle Province, eux qui se trouvaient déjà là dePuis au moins 7.000 ans lorsque JacqUes Cartier débarqua à Gaspé et qui, Pour l'ensemble du Canada et du Québec, les « inscrits ,) depuis, vivent une situation coloniale sous la domination sont officiellement 300.000. 750.000 «non-inscrits,$ et des Français. « métis » revendiquent véhémentement leur indiaJlité. A leur yeux, le conflit entre Çanadiens et Québécois ne L'« lndian Act » nie complètement les droits territoriaux serait plutÔt qu'uné lutte entre colonisateurs. autochtones. Il s'oppose à tout principe reconna~ant te Les Québécois qui corrtestentl'aùtorité d'Ottawa.,s.'accomo- ~~·~ôit fFIà culture et à l'autodétermination d'un peuple. dent cependant fort bieft d'lm loi fédérale canadienne. Il A Québec comme à Ottawa, aucun statut ni droit P1alil.· ..... s'agit de 1'« Indian Act)} ( Loi concernant les ~s ») liers aux Indiens, on a entrepris, par exemple, les tr de 6. Toujours en vi de BOS jours s e mplexe hydro-électrique de la Baie James sans plus modifiée de i9il, il c~une politiqu . a a d'étude d'impact environnemental que de ~tations siècle. torsque l'expans1 économique, afflux u- avecles • s intéfessés.le!t ~es et les ln,gftticcupants veaux colom. et 14 v té de cféer un Etat canadien exigeait ftiill u terratn,; est mênie allé jusqu'à écartér une assimilation or&~s peuples autochtone l'Association des lndi~~u Québec qui reMait de mon- Les bases de ~üque ? nayer les droits aborilènes. Québec a négocié avec de$aHp- AliéftatiOll oe droits _ Indien r le- moyen de clatio cré6es de toutes pièces par Ottawa et s'est b «traités », de « réj.erJCS » 'un inistèr~ .approprié ainmies terres. Maintenant, ce sont les

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~ Evidemment. aucun Indien ne fut consulfé"1 » et c'elt au. . d otagttais d'être 0.: la mise en application dé la loi. ulsés. 1534: Jacques Cartier rencontre les sauvages à Stadacona. Aujourd'hui, un calme apparent. Le racisme d'Etat se porte bien. Le gouvernement envoie sa police réprimer brutalement des Indiens qui s'entêtent à vouloir pêcher le saumon de façon traditionnelle, et non selon les règlements imposés par les Blancs. Le racisme au quotidien suit : dans des brasseries, on sert les Indiens après les autres clients, parfois dans des tasses spéciales lavées à part, ou bien les taxis demandent aux Indiens de payer au départ de la course. On leur refuse les logements ou une chambre d'hôtel. Discrimination dans le travail aussi : les trois grosses entreprises proches des Betsiamites, la papeterie Q.N.S., l'usine d'aluminium Reynolds et l'Hydrb-Québec (l'équivalent Québécois de notre Electricité de France) n'emploient aucun Indien. A l'Hydro-Québec, il y en a eu dans le passé mais ils étaient journaliers, au bas de l'éçhelle des salaires: C'est ce qui peut expliquer que pour 80 oto de la population de la réserve, l'unique source de revenus soit l'allocation d'aide publique. A cela s'ajoutent les mauvaises conditions de logement le chômage, ~'insuffisance des structures médicales, l'en;eignement mant les valeurs culturelles indiennes, le manque d'eau potable, souvent la malnutrition, les maladies causées par les pollutions industrielles des rivières et aes' fOrêts,"éléments essenti~s ~ ,texistence de peuples vivant He la pêche et de la trappe. - ,La discrimination ~est pas un phénomène récent. Elle iIi:ifmt peut-être plus spectaCuIaue du fait que les Ind.i. ens Différences - N° 35 - Juin 1984 deviennent de plus en plus visibles, soit par des phénomènes de société comme l'urbanisation, soit, beaucoup plus simplement, par l'expression de plus en plus « bruyante» de leurs revendications. Ces revendications, c'est l'autodétermination sous une forme qui reste à défiilir et pour laquelle les Indiens ont fourni des propositions, c'est le droit d'être différents sur une base, communautaire et non individuelle, qui'leur est propre. L'indian Act : ni autorité politique, ni droits territoriaux Cela ne se réalisera pas au détriment des Blancs. Quatre cent cinquante ans après Cartier, les Blancs ne devraient jamais oublier que, par rapport aux peuples Indiens, ils sont tous des immigrants. ]-'« Indian Act » est une loi inique. Les Québécois l'ont cautionnée. Ils l'ont votée avec les autres Canadiens. Alors qu'ils clament très fort qu'ils luttent pour leur liberté et leur identité, comment peuvent-ils accepter de continuer plus longtemps à vivre a~ec une loi qui constitue pour million de gens au Canada un déni perpétuel d'identité ? Robert PAC EN BEBA Voici venir les grandes migrations estivales. Un spécialiste du tourisme s'Interroge sur leur utilité. Eduardo J. CABALLERO directeur d'UN/CLAM « Certains voyages ne font que conforter les préjugés .•. » es voyages peuvent ne pas être un mode de rappro- L chement entre les peuples. Il y a des gens qui parcourent le pays visité comme un pays conquis, où tout leur est dû, ce qui ne facilite pas les rapports. Certaines destinations, certains types de séjour ne font que conforter les préjugés que le voyageur emporte en partant. Certains centres sont entièrement fermés à la population locale. La personne qui s'y rend n'a aucun contact avec la réalité, le pays d'accueil n'a de valeur que sa capacité de dépaysement. Encore que celui-ci n'est pas bien grand, puisqu'on retrouv~ dans le centre la même société que dans le pays d'origine. Les seuls contacts qui se nouent avec la population locale sont limités au personnel de service de l'hôtel. C'est leur droit, mais certains ne cherchent que la bronzette et le repos, et pour cela, la Grèce, la Côte d'Azur ou les Antilles sont équivalentes. D'ailleurs la plupart de ces types de séjour sont concentrés autour de la Méditerranée ... On ne peut pas dire que dans de telles conditions, les rapports entre personnes de nationalité différente soient bien enrichissants. Au contraire, il peut même avoir un effet très négatif de ces pratiques. En particulier dans le cas de pays d'origine et pays d'accueil de niveau économique ou de culture très différents, un afflux massif de touristes peut valoir une sorte d'importation en force de modèles, d'habitudes culturelles pas toujours heureuses. Je pense à certains petits pays africains qui reçoivent 10 000 touristes par mois. 1iHérences Le magazine qui vous fait voyager z z gj ~  :I: ül o al Guadeloupe: aérobic au Club Méditerranée Gilles, journaliste 36 « New-look? Tu parles! » J e hais les voyages. Il y a quelque temps, il y avait une pub, pour une de ces agences new-look, culturaloroutarde qui disait: « Voyagez hors des hordes ». Tu parles. Que tu sois cadre moyen à maillot de bain Cacharel, ou baba-cool sac-au-dos-Ies-baskets, c'est toujours des hordes, seul l'uniforme change. Les indigènes voient arriver tout ce beau monde, avec intérêt, envie ou dédain, mais il n'y a vraiment pas de quoi chanter sur la fraternisation des peuples, si tous les touristes du monde se donnaient la main, etc. Il faut entendre ceux qui ont fait l'Afrique ou le Pérou. Avec eux, il faudrait prendre l'expression au pied de la lettre, comme si les pays avaient été fabriqués par eux, étaient sortis de terre le jour de leur arrivée. A ceux-là, on peut toujours parler des Minguettes ou de l'îlot Châlon : un Arabe à Marrakech ou un Noir à Dakar, c'est sympathique, chaleureux. A Lyon ou à Paris, c'est déjà beaucoup moins bien. Comme la différence à la sauce nouvelle droite : chacun est bien mieux chez soi. Pas voyager? Non, je n'irai pas jusque là. En ce qui me concerne, je ne vais que là où des gens du coin m'accueillent chez eux. Mais c'est un privilège: ça suppose de connaître des étrangers susceptibles de vous accueillir au pays. Et d'un certain point de vue, c'est un luxe. - Vacances 1- A QUOI BON VOYAGER ?• Deborah, secrétaire « Les Guadeloupéens ? Je suis ici pour le sport. » J ai choisi devenir au Club en Guadeloupe essentiellement pour me reposer et pour faire du sport. Je suis secrétaire à la Cour suprême des Etats-Unis. C'est un travail très éprouvant nerveusement, je tape jusqu'à 225 mots à la minute. Le sport est mon défoulement quotidien. Je me suis inscrite au bureau du Club à New-York afin de pouvoir pratiquer le tennis pendant ma semaine de vacances. En plus, tous les jours, vers 17 heures, je participe à une séance d'aérobic d'une demi-heure sur la plage. C'est fatigant mais. agréable. Je joue au tennis ici de 8 heures à 10 heures, puis je viens me reposer dans ma chambre. Après manger, je passe toute mon après-midi à la plage où je m'amuse beaucoup avec mes amis. Je ne vais pas à la discothèque le soir, pour être en forme le lendemain matin. Je ne connais presque rien de la Guadeloupe et des Guadeloupéens, et pourtant c'est la troisième fois que je viens au Club. J'ai quand même réussi à faire une excursion aux Saintes. J'ai trouvé ça gentil. Mais je ne cherche pas à rencontrer des Guadeloupéens. Je suis seulement ici pour passer de bonnes vacances et savourer le soleil avant de retrouver Manhattan. Propos recueillis en Guadeloupe par Mariette HUBERT Différences - N° 35 - Juin 1984 37 « ••• C'est pourtant un échange d'informations. » L es voyages, ça change pourtant beaucoup de choses dans la tête des gens. Le simple fait de vouloir partir démontre un esprit d'ouverture, le désir de savoir comment ils sont différents. Après, une fois le voyage entamé, se développe sur place une compréhension, même si les voyageurs à l'origine n'étaient pas très ouverts, même si la première réaction est souvent de critiquer : peu à peu ils prennent conscience du fait que les gens qu'ils visitent sont différents, et surtout ont le droit de l'être. Enfin, au retour à Paris, ils rapportent cette différence, ils en reviennent toujours plus riches qu'avant, même s'ils veulent rentrer vite pour manger des frites. L'information circule, ils suivent dans les journaux ce qui a trait au pays qu'ils ont visité, etc. Ici, on reçoit beaucoup de demande de « formation », on organise des réunions d'information sur les problèmes politiques, culturels, sociaux du pays à visiter. Cette curiosité se généralise. Même les formules « Club» se voient contraintes d'offrir de plus en plus d'excursions pendant les séjours, de visites, où tant bien que mal on s'aperçoit de ce que les gens vivent. Pour conclure, on peut distinguer deux sortes de voyageurs, ceux qui cherchent la bronzette, dont j'ai déjà parlé, et ceux qui cherchent des solutions très lointaines, pour connaître les pays. Cette catégorie s'est développée à partir de 1968, quand les jeunes se sont mis à la recherche de nouvelles valeurs. Çà a été d'abord Katmandou et l'Inde, puis l'Amérique latine, autour de Régis Debray ou d'Allende, puis, en ce moment, la mode est à l'Afrique noire. Enfin, dernier effet des bienfaits des voyages, c'est l'information qui circule en direction des peuples visités. Du temps de Franco, par exemple, les touristes apportaient en Espagne des nouvelles de l'extérieur. C'est un échange d'informations, une sorte de confrontation qui peut souvent être bénéfique. LA PAROLE A Moussa Kemoko Diakité « Le cinéma, c'est avant tout la vie dans sa totalité » Cinéaste guinéen, spécialisé dans le documentaire. Il vient de signer, avec « Na"llou », son premier long métrage de fiction, un film ballet, un conte moral et philosophique. c est en m'inspirant du travail réalisé par les Ballets africains de la République populaire de Guinée, que j'en suis arrivé à réaliser un film sans langage parlé. , La puissance évocatrice du mime, de la danse, du jeu dramatique, devait pouvoir être transposée au cinéma, dans toute sa dimension symbolique. Partant de là, j'ai développé le thème de l'orpheline, qui est un thème centrai de la littérature orale africaine, dont l'exemple le plus connu est « La cuillère sale », de Bigaro Diop. J'ai voulu prendre position sur la polygamie, l'un des problèmes cruciaux de l'Afrique d 'aujourd 'hui, en écrivant un conte dont la fonction sociale est éducative chez nous. L'invisible régente la vie de l'Africain, c'est la mémoire des ancêtres. J'ai utilisé le masque qui est une des manifestations de sa symbolique, ainsi que l'allégorie de la mort. Le bâton que tient la « Conscience» dans le film est le Dieu polyvalent Bansondji, symbolisé par un serpent de bois. Cela signifie qu'elle voit tout, qu'elle entend tout. L'initiation est aussi l'un des moments du film. Dans l'Afrique traditionnelle, il s'agissait d'apprendre à contenir la douleur, la faim, la soif et de faire la différence entre le bien et le mal. n fallait savoir garder le secret, respecter les ancêtres et comprendre la langue du tam-tam. La danse retrace toujours une histoire épique, l 'histoire du clan, de la tribu avec un contenu initiatique. Sous l'ancien régime, le cinéma n'était qu'un moyen de propagande. Nous n'arrivions même pas à faire circuler le cinéma africain en Afrique. Mon voeu suprême est que les cinéastes africains puissent disposer d'une structure de distribution et pour l'Afrique et pour l'Europe. J'attends beaucoup du nouveau régime de Conakry, il vient tout juste de proclamer son attachement au respect absolu des droits de l'Homme, à la liberté d'entreprise et à la liberté d'expression au sens plein du terme. Il y a donc beaucoup d'espoir, les créateurs je l'espère n'auront plus à tordre le cou de la réalité. Dès qu'il y a libre cours de la pensée et de l'émotion, il y a création. Propos recueillis par Julien BOAZ 38 COURRIE En tant que femme et militante antiraciste, il m'est difficile de ne pas réagir à la réponse que vous avez faite dans un numéro récent à un lecteur qui s'étonnait de votre silence sur la question des mutilations sexuelles féminines. Cette réponse était signée de « l'ensemble de la rédaction ». C'est donc à la rédaction que j'adresse à mon tour ma lettre. Il est certain que notre qualité de ressortissants de l'un des plus grands pays impérialistes, anciens et néo-colonisateurs, ainsi que notre antiracisme dans un pays où le racisme se manifeste de façon de plus en plus aiguë, nous met parfois dans une position délicate, face à certaines . « différences ». Je ne pense pas pour autant qu'il nous faille renoncer à tout esprit critique ni au sens de la justice, sous prétexte que la civilisation occidentale a produit l'arme atomique ou les camps de concentration ... Je ne pense pas que le sens critique ni celui de la justice soient exclusivement réservés à l'usage interne, et je précise également que je n'exige nullement des « autres» la qualité de Français ou d'occidental pour les autoriser à porter un jugement sur nos us et coutumes ... Ceci étant, il me semble que Différences n 'hésite pas non plus à présenter des analyses critiques de certaines cultures et sociétés lointaines, et j'ai trouvé pour ma part très instructives les études qui ont été faites sur les castes en Inde, ou les minorités au Japon (en revanche j'ai trouvé gratuite et inshltante la photo qui illustrait l'article sur le Maroc parue dans un récent numéro et qui représentait des enfants appuyés contre un mur. La légende affirmait qu'ils se livraient à la prostitution, ce que la photo ne permettait certes pas de conclure. Surtout cette illustration n'était pas reliée au texte. Il aurait mieux valu à mon avis s'en dispenser et traiter du problème dans le corps de l'article, car ainsi isolée cette photo laissait supposer que seul le Maroc connaissait ce phénomène, en réalité général dans le tiers monde. C'est d'autant plus regrettable que cette étude présentait par ailleurs des qualités). Pourquoi faut-il donc, et ceci n'est malheureusement pas propre à Différences que l'on se voile la face dès qu'il s'agit de mutilations qu'on inflige à plus de 80 millions d'êtres humains, pour ne compter que la seule Afrique, et, de plus en plus souvent, à des enfants sans défense ... Pourquoi ne pas reconnaître plutôt avec modestie qu'il est malaisé de traiter un tel sujet (peut-être avant tout pour ne pas heurter la pudeur des Africaines pour qui « le sexe n'est pas un sujet de conversation », comme le faisait remarquer une journaliste nigériane Esther Ogunmodede, il y a quelques années) sans froisser l'amour-propre de nos amis africains : on a évoqué avec ironie dans Différences, l'ami qui, à propos de la criminalité, citera l'inévitable tante, voisine ou relation à qui un étranger a arraché S0n sac, cambriolé son appartement, etc . mais ne faudrait-il pas citer aussi l'ami(e) africain(e) toujours prêt(e) à justifier les pratiques les plus révoltantes au nom de l'authenticité culturelle? A commencer par une gynécologue malienne qui fait autorité dans les médias et terrorise l'opinion française à ce sujet. .. Il est clair que le plus important est que les Africaines elles-mêmes aient entrepris la lutte contre ces mutilations Oes Africains également, et je pourrais vous citer une bonne dizaine de médecins qui combattent ces pratiques dans tous les pays où elles ont cours). Mais ces luttes, et vous ne pouvez pas ignorer cette dimension, seront oubliées, écrasées, si les média ne leur donnent pas d'écho. Savez-vous que les groupes de femmes africaines anglophones demandent aux européennes de les soutenir financièrement pour leur permettre de mener des études sur le terrain sur les ob stables à l'abolition des mutilations? Or comment voulez-vous que l'opinion soutienne des luttes dont elle ignore tout ? Et ne croyez-vous pas que le silence a toujours été l'argument des pharisiens de tous bords, le meilleur allié de l'injustice? Je persiste à croire qu'il nous appartient, puisque nous avons le privilège, rare, faut-il le rappeler, de disposer de la parole, d'en user pour dénoncer toutes les injustices, toutes les aberrations. D'ailleurs, il y a beaucoup d'informations à donner sur cette question, sans présenter un sexe de femme en première page ni condamner les peuples ou les individus qui pratiquent les mutilations sexuelles. Le livre de Frank Hosken (son fameux rapport sur l'Afrique), paru en 1983, et le rapport préparé par le Ministère des Droits de la Femme et les groupes de femmes africaines en France, permettent une approche nouvelle, à cent lieues de l'indignation gratuite et du mépris. Trouvez-vous normal, alors que Différences - N° 35 - Juin 1984 les pays africains manquent de vaccins, de coton ou d'alcool, que dans les hôpitaux modernes installés à grands frais à l'aide des crédits internationaux, on mutile les petites filles des dirigeants ? .. Et puisque vous évoquez la responsabilité de la colonisation dans le maintien de ces pratiques, pourquoi ne pas y consacrer une étude approfondie ? Marie BOUSQUET Paris Acculturation ? Une exploration au royaume des dictionnaires de psychologie et sociologie vient de m'éclairer: voici donc que consciemment depuis 25 ans et inconsciemment depuis l'enfance, j'étais en proie à un phénomène inconnu qui a nom « acculturation ». D'aucuns pourraient croire que depuis l'école maternelle je perdais toute culture pour me retrouver aujourd'hui intellectuellement et spirituellement nue! Pas du tout ! Comme tous les enfants des écoles, j'ai étudié des langues dites « vivantes », l'histoire et la géographie. Je suis allée - difficilement à l'époque - à l'étranger pour les vacances, faire connaissance avec Mesdames et Messieurs les Anglais, apprendre, avec leur langue, leurs habitudes alimentaires, leur jeux, leurs horaires, me familiariser avec leurs fenêtres à guillotine, leurs couleurs pastels, la famille royale qui est un monument national, les bonnets à poil, la traditionnelle courtoisie des « bobbies », ces agents de police de l'époque qui portaient l'uniforme mais point d'armes ... Et puis, comme beaucoup de Français aujourd'hui, j'avais un grand'père et une grand'mère d'ailleurs.. . Eux venaient de l'autre côté des Pyrénées: l'un du sud, l'autre du nord. Et toute mon enfance fut bercée des sons d'une autre langue, mon nez se fit sensible aux senteurs de l'huile d'olive, des cuisines méditerranéennes. C'est par le Greco et Tolède, l'année de mes quinze ans, que je découvris la peinture universelle. L'histoire d'Espagne m'aida à comprendre Louis XIV et Louis XV au Royaume de France. Je sus très tôt que malgré Charles Martel et le preux Roland, il y avait eu en Andalousie une brillante civilisation faite des apports de l'Orient et de l'Occident, que le médecin et philosophe juif Maïmonides fut le disciple de l'arabe Averrois, qu'ils nous transmirent le siècle de Périclès, Aristote et Platon ... Alors, je me prends à penser que ce voyage à travers le monde des cultures, je peux aisément le poursuivre ici, à Paris, puisqu'à ma porte même, dans le train qui me conduit au travail, dans la rue où je circule, dans les magasins où je fais mes courses, au cinéma, je peux rencontrer toutes les cultures du monde, apprendre à les mieux connaître, découvrir des représentants de multiples peuples et me rendre compte que si nos peaux, nos vêtements, nos habitudes sont à l'origine différents, le fait de vivre ensemble nous rapproche : eux aussi font une partie du chemin puisqu'ils apprennent ma langue, vivent les mêmes difficultés familiales, de travail, font leurs certains de mes modes de pensée, surtout si nous avons été à la même école où l'on nous a appris à tous la belle devise de Liberté, Égalité, Fraternité. Bernadette Paris Les petites annonces de DIFFÉRENCES Emploi. Association de l'immigration recherche délégué régional à Rouen. Coordination d'équipes, liaisons interassociatives, budget, formation de formateurs, recherches financières, relations avec les pouvoirs publics. Envoyer CV et lettre manuscrite d'urgence au CLAP, 33 ter rue de Fontenelle, 76000 Rouen. n027 Culture. Pour une meilleure connaissance des autres cultures, proposons conférences filmées. Une terre pour vivre, 18 Cité des Rioux, 26240 St-Vallier. n° 28 Jeune détenu sénégalais de 34 ans, recherche correspondants( es) de tous âges, nations et races, pour le sortir du monde de la prison morale et échanger des points de vue sur l'incompréhension culturelle et le refus du dialogue des civilisations. Ecr. à M. Mame Ibra-Sène n° 6864 cel. 31, Maison d'arrêt, B.P. 2517, 45038 Orléans Cedex. 0 nO 30 L'amicale du bataillon F.T.P.MOI « Carmagnole liberté» recherche tous documents ayant trait à la participation d'étrangers à la lutte contre le nazisme: photos de combattants, de monuments, faits de guerre, ordres de service, affiches ou tracts relatifs aux étrangers, etc., pour une exposition en septembre à Villeurbanne. Contacter Léon Landini, 19, rue J.R.-Thorelie, 92340 Bourg-la-Reine. 0 n° 31 J.F. div. 35 ans serait ravie rencontrer homme 30/40 ans, pour partager idées, vie saine et naturelle, lectures, arts... sensibilité par les enfants et le genre humain. Ecr. au journal qui tr. 0 n° 32 Les Actes du colloque organisé le 10 décembre 1983 par le MRAP et Différences sur le thème: différences et inégalités, sont parus. Vous pouvez les commander à la rédaction pour 50 F. Tarif: 25 FT. T .C. la ligne (26 signes ou espaces) Texte et règlement à Différences: 89, rue Oberkampf 75011 Paris Tél. 806.88.33 Les membres de la Société des amis de Différences bénéficient d'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes) 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 J 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 K-- -- 39 PARIS 6e - 54, rue Bonaparte PARIS 16e - 23, Av. Victor Hugo ENGHIEN - 24, rue Charles de Gaulle MONTPELLIER - Il, rue de l'Argenterie LYON - 15, cours Vitton BORDE A UX - 54 bis. rue Port4 Dijeaux TOURS - 8, rue des Halles .-...ItZch boutiques 40 BRUXELLES - 227, Galerie Louise GENEVE - 13, rue de Rive MONTREAL - 2070 CRESCENT HOUSTON - 5360 WESTHEIMER NEW YORK - 711, Madison Avenue at 63 RD Street LUXEMBOURG - 20, Place d'Armes 11111 1111 Les sur-doués sont parmi nous parf~ Différences - N° 35 - Juin 1984 41 'AIiENDA' .JUIN 2 au 22, exposition « Vivre ensemble ave,c nos différences ». Le 8, débat avec Albert Jacquard sur le PfOblème du droit à la différence, organisé par la Mairie de Mitry-Mory. Rens. Service Culturel de la mairie, tél. 427.18.05. D 3 à 10 h, Cérémonie du souvenir en hommage aux combattants juifs morts pour la France. Cette manifestation se situe dans le cadre du 40e anniversaire de la Libération de la France, et se déroulera devant le monument aux morts du cimetière de Bagneux, en présence de nombreuses personnalités. Rens. Union des Engagés Volontaires et Anciens Combattants Juifs, tél. 277.73.32. D 4 6 et 8, le Théâtre Tsaï et le TEP présentent « Celui qui ne parle pas» (suite). Sept textes d'adultes dit par des enfants de l'école élémentaire de la rue du Clos dans le 20e arrondissement de Paris. Rens. TEP 17, rue Malte Brun, 75020 Paris, tél. 364.80.80. D 5 au 8, à 21 h, « Mémoires d'Isles, Maman N. et Maman F. », d'après des récits de femmes antillaises, recueillis et adaptés par Ina Césaire, avec la collaboration de Myrrha Donzenac et Mariane Matheus, au Théâtre Firmin Gémier, Place Firmin Gémier, 92160 Antony. Ren. Théâtre du Campagnol, tél. 661.14.27. D 5 6 et 9, trois concerts de Luther Allison. Le 5 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 6 à Epinal (Vosges), le 9 à HéninBeaumont (Pas-de-Calais). D 6 au 19 juin, au cinéma Olympic, 10, rue Boyer Barret, Paris 14e, premier Festival du cinéma arménien « du muet au parlant ». Sont présentées des oeuvres de seize cinéastes arméniens de différents continents. Rens. Association audio-visuelle arménienne, 9, rue des PetitsHôtels, 75010 Paris, tél. 523.51.50. D 6 au 21, à 20 h 30, le Théâtre Inachevé présente « Concerto en ré majeur pour une reine» d'après Ronald Dahl, au Théâtre Noir, 16, rue Louis Braille, 75012 Paris. Tél. 346.91.23. D 8 et 9. Concerts : Salif Keita et les Ambassadeurs (groupe du Mali), le 8 au Festival d'Angoulême et le 9 à l'Eldorado, 4, bd de Strasbourg, 75010 Paris. Rens. Nadine, Tél. 240.15.00 à partir de 16 h. D 9 et 10, l'Association Vivre à Marcilly, Village Solognot expose l'exposition de dessins d'enfants: « Dessine-moi les gens d'ici et d'ailleurs ». Rens. (54) 83.66.55 à Marcilly-en-Gault (Loir-et-Cher). D 12 au 16, à 20 h 30, le BalletThéâtre- Lemba présente, pour ' son dixième anniversaire, « Kizingou - Afrique en vie ». Spectacle de chants, musique, rythmes et danses d'Afrique au Théâtre de l'Union, 14, rue de Trévise, 75009 Paris. Un bal de clôture avec un orchestre congolais aura lieu à 22 h 30, au 254 bd Raspail, 75014 Paris. Rens. 860.02.37. D 13 au 23 juin, le Groupe Théâtre Patafleur présente « Le chemin aux pieds nus» écrit et réalisé par Danièle Bouvier et Jacky Viallon. Cette pièce est inspirée d'un fait divers concernant une famille de Gitans rejetée indéfiniment entre les frontières de deux pays, et est ponctuée par la danse, la musique tzigane et la musique contemporaine. Théâtre Dejazet 41, bd du Temple, 75003 Paris. Rens. Groupe Théâtre Patafleur 91, rue Pierre Brossolette, 93160 Noisy-le-Grand ou tél. 303.76.49. D 16 et 17, de 20 h à l'aube, la M.J.C. de Draveil (Essonne) organise son troisième Festival afro-reggae, au COSEC, rue Ferdinand Buisson à Draveil, avec au programme: Max Roméo, Reggae Regular, Jah Ark et Adioa, Alafia, Ras Negus et Roots of Exile. Rens. M.J.C. 122 av. du Gal de Gaulle, 91219 Draveil, tél. 903.52.92. D 18 au 23 juin. La revue de cinéma Fotogramma et la ciné-galerie Imagine organisent une « Semaine du cinéma italien ». Le programme constitué d'une vingtaine de films, documentaires et fictions, courts et longs métrages, sera présenté par Danièle Segre et Roberto Silvi. Les projections auront lieu chez Imagine, 5, rue Claude Tillier, 75012 Paris. Rens. 356.19.39. D 20 et 21, symposium interculturel à Rennes, faculté des Sciences économiques, 7 place Hoche, sur le thème: « La diversité des cultures

frein ou stimulant dans le

développement économique et social?» Participation: 300 F. 42 Inscription au Symposium service, Bureau 187, tél. (99) 63.04.44 poste 250 à Rennes. D 26 28 et 4, King Sunny Adé and His African Beats présente sa Juju music. Le 26 à Paris, à l'espace Balard, 82 rue Balard, 75015 Paris, le 28 à Lyon et le 4 juillet à Salon-de-Provence. D .JUILLET 2 au 13. Session intensive d'arabe maghrebin à Paris 18e • 60 h de cours, tous niveaux. Cours basés sur l'oral. Participation financière: 700 F (employeur 1 500 F). Rens. et inscription contre enveloppe timbrée à Alphatis-maghrebin, 27 rue de Chartres, 75018 Paris. D AOÛT 31 août au 3 septembre, le Groupe Français d'Education Nouvelle (G.F.E.N.) organi se un stage d'été pour lutter contre l'échec scolaire « Je cherche donc j'apprends, comprendre c'est inventer », au lycée L. de Vinci de Villefontaine (Isère). Rens. et inscriptions: Yves Béal, les Ravinelles B, 38090 Villefontaine, tél. (74) 96.20.45 ou J.C. Peron, Cité Balnea C2, 3, rue des Dûnes, 01000 Bourg-en-Bresse (74) 22.24.82. D PRATIQUE La Ligue des Droits de l'Homme vient de publier un guide du militant, comprenant 150 adresses d'associations et organismes qui oeuvrent d'une manière générale ou particulière en faveur des Droits de l'Homme. Au sommaire: Information-Opinion, Etrangers, Marginalité, Femmes, Cadre de vie, Culture-Education, Droits économiques et sociaux, Armée, Jeunesse-Famille, PaixDésarmement, Racisme-Fascisme, Justice-Prison, International, Bibliographie. Au prix de 8 F + frais de port. Rens. Ligue des Droits de l'Homme, 27, rue Jean Dolent, 75014 Paris. D Agenda réalisé par Danièle SIMON (lEM - L'HARMATTAN Collection "MIGRATIONS ET CHANGEMENTS" dirigée par Antonio PEROTTI Maria \.IaUlllCll LES lEliNfS \ DI~EE [:'1RI\NGtR DE VI [. MlIRClllllllSlIilOl\ fi lJI PlI.RiICIPI\1lOll n-o 1 150 o., 70 F.lp.C.) L Mohamed lIamadi 8ckouchi DU BLED o:ff :·:I:.'-t ·" l .' ;..,:: Il I,'

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,;;.,,;.,: 1/ /! ., ....... . ~·:I A lA ZUPet/ou LA COULEUR DE L'AVENIR 158 r .• 70 F. (p.c .) .NOM •••••••••••• ••••• •••••• ••••••••••••••••••• Adresse .Désire recevoir • .• ex. du n01 ; ... ex. du n02 Ci-joint un chèque à l ' ordre du C.I .E.M. 46, rue de Montreuil 75011 PARIS CCP PARIS 17787 12 N. LES PIEDS SENSIBLES c'est l'affaire de SULLY Confort, élégance, qualité, des chaussures faites pour marcher 85 rue de Sèvres 5 rue du Louvre 53 bd de Strasbourg 81 rue St·Lazare Du 34 au 43 féminin, du 38 au 48 masculin, six largeurs CATALOGUE GRATUIT: SULLY. 85 rue de Sèvres, Paris 6" 5 % sur présentation de cette annonce kolpa Prêt-à-P()rt~f l~minin secg Différences - N° 35 - Juin 1984 43 VETEMENTS CUIRS et PEAUX E. ZEITOUN 86. Rue du Faubourg Saint-Denis 75010 Paris Tél.: nO.41.25 ZILLI 24 rue Joannés Masset 69 003 LYON A «lE fi'1J1»

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