Différences n°34 - mai 1984

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Sommaire

Sommaire du numéro

n°34 de mai 1984

  • Premier bilan des assises "Vivre ensemble avec nos différences" par Catherine Le Bars
  • Certains rentrent d'autres pas: Différences a rencontré quelques jeunes de l'immigration, nés en France et installés à Alger
  • Discrétion assurée: près de Mulhouse; des filatures lancent la première collection de tissus à motifs antiracistes par Pauline Jacob
  • Plaidoyer pour un pays: analyse des pays basques par Beliza, Paquita Masquiaran
  • Des tambours et des hommes: les japonais luttent contre l'échec scolaire par la musique par E de Lavandeyra-Schoffer
  • Laisse tomber le béton: interview du cinéaste Serge Le Peron
  • Étoile rouge et croissant vert l'Islam soviétique par Henri Alleg [pays de l'Est]
  • Les Chiites: origines religieuses de la révolution iranienne par J.L. Sagot-Duvauroux
  • Débat: différences ressemblances: la cinéaste Farida Belghoui s'interroge

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Le magazllle de l'amitié entre les peuples U PAYS POUR LES B~ QUES? · CATALOGUES---'------. CHEZ VOTRE COMMERCANT 2 Magazine créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), édité par la Société des éditions Différences. 89, rue Oberkampf 75011 PAR1S Tél. : (1) 806.88.33 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Albert Lévy RÉDACTION Rédacteur en chef .Jean-Michel Ollé Secrétariat de rédaction/maquettes: Véronique Mortaigne Service photos : Abdelhak Senna Culture: Daniel Chaput Relations extérieures : Danièle Simon ADMINISTRA TION/GESTION Khaled Debbah PROMOTION/VENTES Marle-.Jeanne Salmon ONT PARTICIPÉ A CE NUMÉRO: Henri ALLEG, Dolorès ALOIA, Farida BELGHOUL, BELTZA, Julien BOAZ, Christiane DANCIE, Claude FERRAN, Jean-Pierre GARCIA, Catherine HELBERT, Pauline JACOB, Stéphane JAKIN, Karim KA CEL, Chantal LANGEARD, Eléonore de LA VANDEYRA-SCHOFFER, Catherine Le BARS, Paquita MASQUIARAN, Martine MEHL, MUSS, Robert PAC, Alain RAUCHVARGER, Jean ROCCIA, Kamel R., Jean-Louis SAGOT-DUVAUROUX. ABONNEMENTS 1 an: 150 F ; 1 an à l'étranger: 180 F ; 6 mois: 80 F. Etudiants et chômeurs, 1 an : 130 F, 6 mois: 70 F (joindre une photocopie de la carte d'étudiant ou de la carte de pointage). Soutien : 200 F ; Abonnement d'honneur: 1 000 F. Vente à l'étranger: Algérie 14 dinars, Belgique 140 FB, Canada 3 dollars. Maroc 10 dirhams. PUBLICITÉ AU JOURNAL Photocomposition - photogravure impression : C.P. Paris Commission paritaire n 0 63634, ISSN 0247-9095. Dépôt légal: 3145 PHOTO COUVERTURE: Droits réservés Le drapeau basque dans une manifestation. Différences - N° 34 - Mai 1984 SDMMAIRE MAI ACTU~L ---------------------10 Premier bilan des Assises En attendant le numéro spécial, quelques réactions aux Assises « Vivre ensemble avec nos différences ». Catherine LE BARS GROSPLAN------------------... 14 Certains rentrent, d'autres pas Différences a rencontré quelques jeunes issus de l'immigration, nés en France, et installés à Alger . RENCONTRt. -------------------1 & Discrétion assurée Près de Mulhouse, des filatures lancent, timidement, la première collection de tissus à motifs antiracistes. Pauline JACOB DOSSIER --------------------1 a Plaidoyer pour un pays Une analyse des Pays basques qui va plus loin que le bout des bérets qu'ils sont supposés porter. BeItza, Paquita MASQUIARAN CULTURES ------------------24 Des tambours et des hommes Comment les Japonais luttent contre l'échec scolaire ... par la musique. Eléonore de LA V ANDEYRA-SCHOFFER Laisse tomber le béton Une interview de Serge Le PERON, l'homme qui sait filmer les banlieues. Jean-Pierre GARCIA RÉFLEXION -----------------32 Etoile rouge et croissant vert L'Islam soviétique vu par Henri ALLEG. HISTOIRt. -------------------34 Les Chiites Les origines religieuses de la révoltion iranienne. Jean-Louis SAGOT-DUVAUROUX DÉBA 1 _____________ IIIIIi ____ 3 & Différence/ressemblance La cinéaste Farida BELGHOUL s'interroge sur la validité au droit à être autre, ou semblable ... ou égal. 3 Je m'abonne à Différences, le mensuel qui fait l'unanimité o 150 F (1 an) o 80 F (6 mois) .1)1 o 200 F (soutien) NOM _________________ _ Prénom ________________ _ Adres~ _____________________________________ _ Code postal ___________ Commune _____________________ _ Profession ____________________________________ _ Bulletin dûment rempli accompagné d'un chèque à retourner à: Différences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS. Abonnement 1 an : étranger: 180 F ; chÔmeur et étudiant: 130 F. DIFF.34 4 CHERS LECTEURS SI VOUS E" TES RACISTE ... Si vous êtes raciste, si vous êtes saisi par. l'irrépressible désir de broyer du Noir, de casser de l'Arabe, de défenestrer du juif, comme ça, pour rien, parce qu'il est noir, arabe ou juif, dépêchez-vous, c'est encore possible pendant quelques temps. Bien sûr, il y a les mouvements antiracistes, les empêcheurs-de-génocideren- rond, qui obligent à prendre quelques précautions: depuis le vote de la loi de 1972, on peut frapper, mais il faut éviter les injures racistes (2 mois de prison) et potasser son droit pour proférer tous les mensonges possibles sur des minorités, si l'on veut éviter l'inculpation pour provocation à la haine raciale. Mais, depuis 1972, certains ont eu le temps de se faire la plume et sont devenus spécialistes. n n y a qu'à consulter. Pour le meurtre, ça va encore. Un petit meurtre comme ça, au faciès, ça coûte pas plus cher qu'un meurtre ordinaire. Moins cher, même: la plupart des assassins racistes, jusqu'à ces derniers temps, ne moisissaient pas en prison. Seulement il faut se dépêcher. Le Garde des Sceaux propose au Conseil des ministres de renforcer les sanctions en cas de violence à caractère raciste ... A Différences, on ne fait pas de politique, comme à France-Soir. Mais à penser qu'il a fallu treize ans au MRAP, qui fête cette année ses 35 ans d'existence, pour faire voter la loi de 1972, treize ans de lutte contre l'inertie, les à-quoi-bon, pour faire accepter à l'Ancien régime le débat au Parlement d'une loi pour lutter contre la discrimination raciale, loi d'ailleurs votée à l'unanimité, et trois ans seulement à ce gouvernement pour opérer les difficiles mutations du Code pénal qui permettront de punir en tant que telles les violences racistes, et unifier les titres de séjour, on respire un peu. On se dit que dans un monde qui découvrait, il y a juste quarante ans, dans les camps libérés par les Alliés, les quelques maigres rescapés de la barbarie, dans une France de mai qui fête la victoire sur le nazisme, cette nouvelle loi, c'est un tout petit peu de répit pour les pascomme- nous. C'est un comble: l'été s'annonce chaud, et ü va falloir peut-être laisser les 22 long rifles au tiroir. D Différences - N° 34 - Mai 1984 ~C1UEl F~ce à/ace Les Beurs à toutes les sauces Une brochette d'habitués, un menu ordinaire : les enfants de l'Immigration ont déjeuné avec la presse et Georgina Dufolx. Françoise Gaspard et un des Beurs du Collectif jeune 1 Is étaient tous là : les garçons en veste blanche, Nacer Ketan de Radio Beur, Farida Belghoul et le Collectif jeune, Gamil de Rencar, Françoise Gaspard, Tahar Ben Jelloun, tous au PLM-St Jacques au beau milieu d'un parterre de journalistes. On attendait Georgina pour débattre de « La France de gauche à l'heure des Beurs », à l'initiative de l'Association des femmes journalistes (AFJ). De quoi allait-on parler, de la gauche face aux Beurs, ou des Beurs face à la gauche? Sourire aux lèvres, tailleur noir, madame la secrétaire d'Etat à la Famille et aux Travailleurs immigrés passe en revue d'un ton bonhomme les projets de loi qu'elle a récemment présentés

aide au retour, carte

de séjour de dix ans. Voici la France officielle. Françoise Gaspard, tailleur beige et petites lunettes, explique qu'avec La fin des immigrés, elle a voulu écrire un livre « pour les racistes et répondre à des arguments irrationnels par la rationalité ». L'exmaire de Dreux parle de la France profonde, et les Beurs ont le nez dans leur assiette. cc "e suis fière n A la quiche lorraine, tout se gâte. «Opportuniste ». L'écrivain Tahar Ben Jelloun n'apprécie guère le qualificatif. Le ton monte. « Y'en a marre des discours ronron sur les Beurs », se fâche Malika de l'Association Nouvelle Génération Immigrée (ANGI) « Ça suffit l'agressivité, on ne va pas faire comme dans le Tiers monde et se couper la parole tout le temps, quand même» soupire l'auteur d'Hospitalité française. « Moi, le tiers monde, je ne connais pas », lui dira Malika. Les Beurs parlent de la France. Dialogue de sourds, malgré les efforts déployés de toutes parts. Ben Jelloun est taxé d'intellectuel bourgeois, le gouvernement de traître. A l'heure des brochettes semoule, version chic du couscous, tout s'embrouille. D'abord, les Beurs, qu~ c'est? Et que veulent-ils? La carte de séjour de dix ans ? Ils l'ont déjà. L'aide au retour ? Ils sont pour la plupart nés en France. « Qu'on nous laisse parler et puis qu'on nous considère comme des citoyens à part entière. » La cinéaste Farida Belghoul somme Georgina Dufoix de se prononcer clairement sur le droit de vote. «Pourquoi ne pourrait-on pas avoir la nationalité basque, corse, algérienne ou italienne et choisir d'être citoyen français, comme c'était le cas pendant la commune de Paris ? » Silence du côté des officiels. Les crimes racistes, les « deux» justices, les inégalités de droit, les descentes de police et les contrôles au faciès, tout y passe. Retranchée derrière les arguments d'usage, l'indépendance de la justice, la volonté populaire que le gouvernement se doit de traduire et de respecter, Georgina Dufoix fait bonne figure jusqu'au dessert. Elle craque entre deux tranches d'ananas quand Nacer Ketan de Radio-Beur qualifie le gouvernement socialiste de raciste. « Je suis fière de ce que j'ai fait depuis mon arrivée au gouvernement ». Et fière de Badinter. Et fière de François Autain. Solidarité gouvernementale oblige. 6 Au café la conversation roule sur différences/ressemblances, l' intégration/l'assimilation. Selon Georgina Dufoix, « c'est la France entière qui est à la recherche de son identité » et pas seulement les Beurs. Pas concernée, l'assemblée proteste. «Les Beurs en ont marre de sefaire bouffer à toutes les sauces. Nous sommes devenus un phénomène médiatique. Il y a d'abord eu un « look» beur, lancé par un créateur de mode, Jean-Paul Goudde, puis l'idée a été reprise et amplifiée lors de la Marche . pour l'égalité. De ce fait, on ne parle plus des autres, Antillais, Africains, nés de parents étrangers, comme nous. » Le cc look n beur La distinction opérée actuellement entre les Beurs et les immigrés «n'est pas innocente, ajoute un représentant de Radio-Fréquence Immigrés, elle est dangeureuse. » Conscients qu'ils ne doivent pas s'isoler dans une tour d'ivoire, les Beurs veulent avant tout se prendre en charge: pouvoir se constituer partie civile après un crime raciste, écrire leurs journaux - (les clins d'oeil aux subventions restent discrets, mais omniprésents) -, ne pas se faire «récupérer» par les partis politiques. Et les journalistes dans tout ça ? Après tout, on était venu aussi pour savoir ce qu'ils pensaient de nous, les Beurs : « Quand on fait un truc intéressant, on n'en parle jamais, proteste Nicole de Rencar. » « C'était la même chose pour les femmes, répond Minou Azoulai, présidente de l' AF J. Il a fallu quinze ans pour qu'on admette que les femmes avaient des projets ». Les tables sont débarrassées, les garçons sont partis, Mme Dufoix aussi. On se reverra, c'est promis. On se téléphone, on se fait une bouffe, OK ? 0 Véronique MORTAIGNE - Bon exemple - Grenelle De l'aide au FLN, à l'alphabétisation les cent ans de lutte d'un foyer populaire. Un petit bâtiment, genre pavillon de banlieue, au milieu d'une cour. Quelques baraques, en pur préfabriqué, et des marteaux piqueurs pour rénover tout ça. Tout ça, c'est le foyer de Grenelle, coincé près du métro aérien de La Motte Picquet, dans le XVe arrondissement de Paris. Le métro est arrivé après: en ce mois de mai, le foyer fête ses cent ans. «II a été créé, explique le pasteur Walter, pour participer à /a vie populaire du quartier. En cent ans, le coin s'est terriblement modifié. Le départ de Citroën de Javel, les projets de refonte totale du XVe, entravés par la crise mais tout de même largement amorcés, ont tout bouleversé. Ça a fait apparaître encore plus les problèmes de cohabitation entre Français et étrangers. » Bien avant que les usines laissent la place aux appartements de standing, le foyer s'était trouvé lancé dans la bagarre contre le raèisme. Ça a commencé vraiment avec la décolonisation, surtout pendant la ~uerre d'Algérie : les gens qui s'y opposaient étaient en contact avec les Algériens en France, qui faisaient figure d'insurgés. Ça a valu au foyer bon nombre de perquisitions. «Dès 1960, le FLN a demandé à ses ressortissants de faire un effort culturel, en particulier d'apprendre le français. La ClMADE a ouvert des foyers d'alphabétisation, dont un ici. LéS militanls étaient nombreux à sui- Différences - N° 34 - Mai 1984 vre des cours, et très disciplinés. On a même été amenés à ouvrir un temps un dispensaire pour les Algériens qui sortaient de prison. » Les cours d'alpha ont survécu à l'indépendance, ils existent encore mais ont changé de nature, comme le quartier : la plupart des familles ouvrières, dont les immigrés, ont dû quitter leurs logements. La population de passage s'est diversifiée : les cours accueillent maintenant hommes et femmes, et pour les nationalités, on va du Mali au SriLanka, en passant par les Comores. De l'alphabétisation à l'entraide: on ne peut pas faire de cours sans approcher les problèmes de papiers, de logement : de plus en plus, les animateurs donnent un coup de main pour les démarches. «C'est plus profond, dit Jacques Walter. On cherche à comprendre, à voir d'où viennent les gens, quelles sont les valeurs à partir desquelles il organisent leur vie. L'excision des petites filles, la seconde épouse, ça passe mal pour un esprit français. Il y a des choses à comprendre. » C'est le rôle que s'est fixé le foyer : rapprocher. Les étrangers ont remplacé les ouvriers d'avant-guerre. Maintenant on commence à voir arriver les Bretons, et les nouveaux habitants du quartier, plus aisés, tous ceux qui veulent empêcher que Paris ne devienne une ville impossible à vivre. «Rien de très extraordinaire, dit modestement le pasteur, beaucoup de gens le font. On essaie aussi.» Depuis cent ans (1). Jean ROCCIA (1) Une grande fête pour le centenaire, les 12 et 13 mai, au foyer, 17, rue de l'Avre. 7 FLASH L a crise économique a fait ressurgir, de façon plus ou moins déguisée, une nouvelle forme de racisme. Les justifications ne manquent pas : les restructurations industrielles et le problème de l'emploi, l'incapacité politique à « gérer» le grand nombre d'étrangers qu'on a fait venir en période d'expansion économique, les discours sur l'insécurité ... Il est essentiel de combattre ces idées fausses. Mais la lutte antiraciste concerne également la défense des victimes du « racisme au quotidien» : insultes racistes, impossibilité de trouver un logement parce que le « quota d'étrangers est atteint », d'entrer dans un café parce qu'on n'a pas le « faciès» adéquat, de trouver un emploi parce que la crise ... C'est pour aider à cette lutte que le MRAP a réalisé un livre intitulé « Chronique du flagrant racisme ». On y apprendra comment, après un combat de plusieurs années, a été votée la loi du 1 er juillet 1972 qui punit toutes les discriminations raciales. Surtout, ce livre dresse un bilan de l'application de cette loi au cours des dix dernières années, à travers de nombreux exemples concrets. Le MRAP propose également dans ce livre un « guide pratique » extrêmement clair, et bien utile pour savoir comment des associations antiracistes et les particuliers peuvent se servir de la loi de 1972 et ne pas rester impuissants face aux multiples manifestations de racisme, ouvert ou déguisé . . « Chronique du flagrant racisme », éd. La Découverte, Collection « Cahiers libres », n° 387, 160 pages, 52 F. A la Croix-Rousse, à Lyon, rue d'Ypres: côte à côte, un résidence de luxe et une cité de transit. On sait déjà qui mangera l'autre. En attendant que Différences y revienne, une question : devinez où habitent les immigrés? Du 15 au 22 avril s'est tenu une semaine d'information sur la foi bahaïe, qui continue d'être persécutée en Iran. A frica foot 84 : le premier tournoi panafricain de football s'est tenu à Paris fin avril, à l'initiative de Media Soleil. Des équipes issues de l'immigration parisienne se sont opposées. On vous donnera les résultats. D es nouveaux journaux en pagaille: Rencar, Mosaïques, Passerelles, etc. Tous consacrés à la défense des minorités écartées par notre société. Différences les salue, et vous prépare une revue des revues pour le mois prochain. lE MOIS Refusnik et fils Selon la conférence de New York sur les Juifs d'URSS, Boris, le fils de Yossif Begun récemment condamné à une peine de douze ans pour ses activités en faveur de la culture juive, vient d'être renvoyé de l'institut de Moscou où il était étudiant. Il semble qu'on lui fasse ainsi payer le fait d'avoir cherché un avocat pour son père au moment du procès de celui-ci. (7 mars) Nazis d'hier et d'aujourd'hui La police d'Hilversum a démantelé la semaine dernière une organisation néo-nazie opposée à la présence d'étrangers aux PaysBas, a indiqué mardi un porteparole de la police de cette ville du centre des Pays-Bas. Cinq personnes ont été arrêtées, et la police n'exclut pas que d'autres arrestations puissent avoir lieu. Selon le porte-parole, l'organisation a été découverte à la suite de l'arrestation de deux jeunes Néerlandais de 17 et 19 ans qui avaient sérieusement maltraité deux Marocains dans le nuit du 3 au 4 mars. (ATJ, 15 mars) Le grand sommeil Ses billets dans. L'Humanité étaient très souvent des appels à la vigilance antiraciste. En janvier, alors que Différences lui demandait si selon lui, on pouvait craindre en France une montée du fascisme, il disait sa confiance : «Les Français sont, dans l'ensemble, résolus à ne pas se laisser gangréner. Il est toujours plus difficile d'entrainer l'humanité dans la honte une deuxième fois que ce ne fut la première ». André Wurmser ne saura jamais s'il avait raison (6 avril) Il avait dit: « Quand on a arrêté les catholiques, je n'ai rien dit parce que je suis protestant. Quand on a emmené les juifs, je n'ai rien dit parce que je n'étais pas juif. Quand on a arrêté les communistes et les socialistes, je n'ai rien dit car je n'étais ni communiste ni socialiste. Et quand j'ai été à mon tour arrêté, il n'y avait plus personne pour élever la voix. » Martin Niemoeller, une des grandes figures du pacifisme européen est mort. (8 mars) Le pas de la mort La municipalité de Menton décide de barrer une fois pour toutes le « Pas de la mort », un passage dans la montagne emprunté par les immigrés clandestins pour franchir la frontière franco-italienne et qui a coûté la vie à une cinquantaine d'entre eux ces dix dernières années. La dernière victime du « Pas de la mort » est un jeune Africain dont le corps a été retrouvé en bas du précipice fin janvier. (15 mars) Cinq survivants yougoslaves de l'Holocauste, actuellement citoyens américains, ont ouvert une action en justice contre l'ancien ministre de l'Intérieur nazi de l'Etat croate, Artucovick. Selon le Centre Simon Wiesenthal de la Yeshiva University de New York, la plainte a été déposée la semaine dernière devant les tribunaux californiens. Artucovick, qui réside actuellement en Californie, est considéré comme l'ancien officier nazi de rang le plus haut, vivant actuellement aux Etats-Unis. Depuis 1951 il a réussi à faire avorter cinq tentatives contre lui de la justice américaine. (ATJ, 19 mars) Les folles de mars Plus de deux cents personnes manifestent, devant le ministère de la Justice, à l'initiative de l'Association des Familles des Victimes de Crimes Racistes. Cortège long et silencieux qui tourne en rond, à la manière des « folles de mai» en Argentine, le long de la Place Vendôme. En tête, quelques femmes dont les enfants ont été tués, pour des raisons variées, mais souvent simplement parce qu'ils avaient la tête d'étrangers. En début d'après-midi, une délégation de mères est reçue par le directeur du cabinet de Robert Badinter, Alain Bacquet, en compagnie de son directeur adjoint, et d'une conseillère technique. Au cours du rassemblement, soutenu par une pétition allant d 'universitaires lyonnais « à titre personnel» jusqu'à Lavilliers et Tardi, des représentants du comité de solidarité avec les mères argentines apportent leur soutien aux mères maghrébines. (21 mars) Habemus papam antiracistum Jean Paul II dans une allocution au Vatican, déclare: « La plaie multiforme de la discrimination raciale défigure encore notre époque ... La discrimination raciale nie l'égalité fondamentale de tous les hommes, proclamée par les différentes déclarations des Nations Unies, mais surtout enracinée en Dieu.» (22 mars) 8 Mort d'un chef Après 26 ans de pouvoir absolu, Sekou Touré meurt aux EtatsUnis d'une crise cardiaque lors d'une intervention chirurgicale. L'homme du « Non» à de Gaulle qui a conduit son pays à l'indépendance, avait amorcé depuis plusieurs années un rapprochement avec les pays occidentaux, encouragé par François Mitterrand. Le président guinéen est mort avant de voir réaliser son rêve : accéder à la présidence de l'OUA à l'occasion du vingtième sommet de l'organisation, prévu pour mai prochain dans sa capitale, Conakry. Ahmed Sekou Touré · déployait ces derniers temps une activité importante pour sauver « son» sommet, compromis par des divisions sur l'affaire du Sahara occidental. Il s'était rendu notamment à Alger et Rabat, dans l'espoir de faire avancer ce dossier ensablé. La France avait décidé d'appuyer la « carte Sekou Touré» en Afrique, croyant en son influence « stabilisatrice » sur un continent en crise. Sekou Touré, reconciIié avec ses voisins, s'apprêtait ainsi à prendre le relais de Felix Houphouët-Boigny comme « doyen» de l'Afrique francophone

le vieux président ivoirien

lui aura survécu ... (27 mars). Allez les verts Leopold Sedar Senghor, le chantre (contesté) de la négritude, est reçu à l'Académie française. (29 mars) Au nom du fils Dans la nuit du samedi à Los . Angeles, Marvin Gaye, le doyen du Tamla-Motown sexuel s'apprête à souffler ses quarantesix bougies entre amis quand il est revolvérisé par son papa, pour des « histoires de famille ». Marvin confiait d'ailleurs à Rock'n'Folk en 1981 : « J'ai fui la maison maternelle quand j'avais seize ans. Jusqu'à cet âge, j'avais suivi mon père à travers tous les Etats-Unis. On chantait dans les églises. Mon père et moi parlions beaucoup. C'est-à-dire de l'infini. Du tout ... Vers l'âge de quinze ans, la rebellion qui couvait en moi m'a valu pas mal de problèmes et mon père m'a flanqué dehors ... La seule chose que je n'aie jamais toléré depuis mon enfance, c'est l'injustice. Quand j'ai découvert que mon père était injuste, je me suis révolté complètement. » (30 mars) Retour au pays Les soldats français, dernier carré de la force multinationale il Beyrouth, quittent le Liban. Le président Gemayel a mis officiellement fin à la mission de la force. (31 mars) Vandalisme antisémite Il faut bien croire à quelque chose quand on est jeune. .. A l'âge où ses petits camarades collectionnaient encore les soldats de plomb, Pascal accumulait les livres sur Hitler et ses minicassettes distillaient les tonifiantes audaces des Waffen SS. Philippe était au contraire dans un bouillard poisseux, plutôt porté sur les tranquillisants, mais docile et corvéable à merci. Haïr, c'est stimulant. Agir, c'est faire avancer l'histoire. Ou reculer. .. en s'attaquant par exemple aux sépultures juives. Facile, atrocement efficace. Philippe avait 18 ans au moment des faits. Pascal en avait 16 ... Les faits? -Quatre vingt-et-une sépultures profanées dans le secteur israélite .du cimetière parisien de Bagneux, il y a trois ans. Un vrai travail à la chaine que le tribunal correctionnel de Nanterre prend la peine d'examiner dans le détail. Jugement le 22 mai. (4 avril) Mozambique C'est le temps de la realpolitik en Afrique australe. Le Mozambique du président Samora Machel ordonne aux membres de l'African National Congress (ANC) qui mène la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, de rejoindre des camps de réfugiés éloignés de la frontière commune avec la RSA. Cette décision constitue un pas de plus après le pacte de non agression signé entre Prétoria et Maputo le 16 mars dernier. Elle met en difficulté l'ANC qui désormais se trouve privée de sa dernière base arrière dans un pays frontalier de l'Afrique du Sud. (6 avril) Campagne contre la torture Amnesty International dénonoe l'usage généralisé de la torture et recense 98 pays la pratiquant. L'organisation propose une convention internationale semblable à celle proscrivant le génocide comme crime contre l'humanité. Dans son rapport, Amnesty recense pays par pays les tortures - 1 Une des photos de l'expo dans le métro. pratiquées et l'étendue de ce moyen de répression. En Afrique, des cas de torture ont été signalés dans trente quatre pays. En Guinée, où tous les détenus sont régulièrement torturés ; au Mali où de nombreux cas sont recensés. D'autres pays sont signalés comme le Gabon, la Mauritanie, le Cameroun, le Zaïre, l'Ethiopie, l'Afrique du Sud, parmi tant d'autres. En Amérique Latine beaucoup de pays pratiquent la torture sur une large échelle: l'Argent ine d'avant Alfonsin bien sûr, le Chili de Pinochet. Ces deux· pays ont perfectionné les méthodes de torture au plus haut point, employant des médecins pour raffiner les moyens de faire souffrir. Au Guatémala, Salvador, Pérou, en Bolivie, entre autres, les forces de sécurité emploient toutes aussi la torture. En Asie: l'Afghanistan, la Corée du Sud, l'Indonésie, les Philippines torturent les détenus, suspects et opposants, tandis qu'aux Indes, au Népal, les brutalités policières sont monnaie courante. En Europe occidentale, le Royaume-Uni pour ses méthodes d'extorsion des aveux en Irlande du nord a été longtemps dénoncé par l'opinion internationale qui a réussi à convaincre les Britanniques d'y mettre fin. En Espagne, la torture est encore pratiquée couramment dans les commissariats notamment, au Pays Basque. En Turquie enfin, la torture fait partie des conditions de Différences - N° 34 - Mai 1984 détention : des rapports officiels reconnaissent même que des détenus sont morts à la suite de mauvais traitements. Pour l'Europe de l'Est, Amnesty dénonce les méthodes psychiatriques employées en Union Soviétique. En Pologne l'organisation internationale fait état de passages à tabac et d'agressions de détenus par leurs gardiens, tandis que des témoignages sur les mauvais traitements des prisonniers en Bulgarie et en Roumanie sont nombreux. Contre ces horreurs de notre temps, Amnesty propose une convention internationale en quatre points. Premièrement, l'interdiction de « sanctions légales », ce qui exclue certains châtiments que les Etats auraient institués. Deuxièmement: des dispositions prévoyant l'universalité de juridiction pour les tortionnaires. Troisièmement: un droit à la réparation et à l'indemnisation pour les traitements cruels et tortures subis, et la nonvalidité des aveux extorqués de cette façon. Quatrièmement: l'existence d'un organisme spécial ou d'une commission pour enquêter, recevoir les plaintes, inspecter les centres de détention. Pour ce faire, Amnesty va lancer cette année une campagne contre la torture avec d'autres organisations non gouvernementales. « Mettre fin à la torture, c'est possible, dit Amnesty. Le contexte juridique international permet son abolition et il existe des méthodes d'investigation pour la déceler et la dénoncer. La grande absence est la volonté politique d'y mettre un terme. C'est aussi simple et difficile que cela ». (4 avril) Carte de séjour François Mitterrand a entendu les Beurs. A l'issue de la marche d'une trentaine d'immigrés de la deuxième génération en décembre dernier « Pour l'égalité et contre le racisme », le président de la République avait pris l'engagement de conduire à terme le projet d'attribution du titre de séjour unique. Cette revendication défendue par un collectif de 37 organisations (associations d'immigrés et partis politiques) avait pour but de fondre en un seul document administratif la carte de séj our et celle de travail. Le Conseil des ministres décide sur proposition de Georgina Dufoix, secrétaire d'Etat aux Travailleurs immigrés, la création d'un titre unique valable dix ans. L'obtention de ce titre unique se fera à l'expiration du titre actuel en cours de validité. Par ailleurs, le Conseil des ministres adopte le cadre du dispositif sur l'aide au retour des immigrés. Ces mesures bénéficieront excluvivement aux travailleurs privés d'emploi involontairement depuis moins de six mois et souhaitant se réinsérer définitivement dans leurs pays d'origine. (4 avril) Dernière minute La plainte déposée par Me Vergès, défenseur de Klaus Barbie, pour « faux et usage de faux» est déclarée irrecevable par le juge d'instruction. En effet, Me Vergès contestait l'authenticité du télégramme envoyé par Barbie pour organiser le transfert vers Drancy des 41 enfants juifs raflés à Isieu (voir dans Différences n° 30 le récit de Mme Zlatin). Or l'original du télégramme a été retrouvé au Centre de documentation juive contemporaine (10 avril). Trois incendies criminels ravagent 3 000 m' des bureaux parisiens de l'UNESCO, où s'étaient notamment tenues les Assises « Vivre ensemble avec nos différences » (23 avril). Surprenante campagne antisémite en Roumanie: une série d'articles et de poèmes mettent en cause la communauté juive. Le Congrès Juif mondial en appelle au président Ceaucescu pour qu'il intervienne (28 mars). La police israélienne désamorce seize bombes qui devaient exploser dans huit autobus appartenant à une compagnie palestinienne à Jérusalem-Est. Nombreuses arrestations dans les milieux extrémistes juifs (27 avril). fACTUEl/ Georgina Dufoix, secrétaire d'Etat à la Famille et aux Immigrés, à l'UNESCO le 18 mars dernier face aux Beurs. Les Assises nationales « Vivre ensemble avec nos différences » LES PREMIERS PAS D'UN MOUVEMENT En attendant le numéro spécial, voici déjà quelques échos ... Les 17 et 18 mars dernier, Assises nationales contre le racisme réunissaient plus de 2 000 personnes à l'UNESCO. Un bilan positif? Parti de deux constats, celui de la banalisation du racisme désignant les communautés immigrées et celui des difficultés à se faire entendre pour les antiracistes, le projet d'une campagne nationale de décontamination visant l'ensemble des structures de la société, se concrétisa quand, en septembre 1983, le Président de la République écrivit aux responsables du MRAP et donna son accord pour que l'Etat participe aux manifestations de la Journée nationale contre le racisme. Dans le même temps, des partis politiques, des syndicats, des Eglises, des mouvements de jeunesse, des association d'immigrés, 25 organisations au total rassemblées avec le MRAP travailleront dans un Comité de préparation, à l'élaboration de cette manifestation nationale. Les médias, dispositif sacré de notre temps, et cible incluse dans le programme de travail, ne purent échapper à la popularisation de l'entreprise. La dernière semaine de février, l'affiche, objet tangible d'« une date» qu'on avait peut-être rêvée, arrivait, au grand soulagement de tous. Une classe entière de l'école des Arts Déco y avait travaillé, c'est le projet de Frédérique Sauvestre qui a été retenu. 4 mètres sur 3 contre le racisme sur les murs des grandes villes, ça ne s'était jamais vu. Un train qui pourrait dérailler « Vivre ensemble avec nos différences » ... question pour certains, affirmation pour d'autres, un slogan somme toute provocant pour thème de cette campagne. Bientôt 40000 affiches de petit format, 350 000 tracts et des milliers de badges sillonnaient le pays pour être diffusés dans les Assises locales et manifestations multiples. Un train 10 était en marche, un train qui « pourrait» dérailler: aux médias de l'aider à progresser. Le 1 er mars, Résistances, magazine des Droits de l'Homme sur Antenne 2 animé par Bernard Langlois, invitait Georgina Dufoux et officialisait ainsi cette manifestation d'envergure. Le sondage d'opinion sur « la présence des immigrés en France» co-réalisé par la SOFRES et le MRAP et publié dans Différences de mars, fut un cadeau apprécié des journalistes friands d'équations étonnantes: La Croix, Libération et Le Nouveau Journal en firent écho dès sa parution. A son tour, La Voix Du Nord empruntera à ce même numéro de Différences l'interview qui lui avait accordée le Premier Ministre. L'Humanité relaiera jusqu'au printemps la campagne des anti-racistes qu'elle entend avec plaisir « parler haut et fort ». Avec elle, Le Monde, La Croix, Le Matin et Libération publieront l'Appel pour la tenue des Assises contre le racisme. Quant au Figaro, comme à l'habitude, il se sera laissé dire que «la Journée internationale contre le racisme» est récupérée par les communistes. Affirmation à laquelle le secrétaire général du MRAP, Albert Lévy, tour à tour l'invité de R.F.I., R.T.L., Antenne 2 et FR3, ne tardera pas à répondre. Seront également à l'heure du Différences - N° 34 - Mai 1984 « vivre ensemble avec nos différences », France Inter, France Culture et R.F .0. aux côtés du président du MRAP, François Grémy. 40 autres radios, locales et nationales décentralisées, consacreront un temps d'antenne aux militants antiracistes. Ajoutons à cela, quatre émissions religieuses et trois Exils sur TF1, quatre C'est la vie et un Itinéraires sur Antenne 2. Ajoutons encore les trois journaux télévisés et, ... nous pouvons penser que le 16 mars inaugural, la France entière est informée d'un événement mémorable dans sa capitale. A l'heure où les mots du quotidien s'érodent sur Talbot, soupèsent Citroën et lancent « reconversion» et «retour au pays », le Palais de l'UNESCO ouvre ses portes au dialogue universel antiraciste, légitime droit de réponse aux fantasmes racites. Mots de passe «Vivre ensemble avec nos différences ». Cinq mots de passe gentils, colorés et harmonieux comme des vagues au gré des flots de la séance plénière, nous berçaient, nous charmaient, quand... « Ce slogan a, c'est le moins qu'on puisse dire, de bonnes, de très bonnes intentions, mais ... ». C'est Farida Belghoul, la femme comme les autres, qui 11 regarde ce droit d'être différente qu'on lui tend. Elle le prend du bout des doigts, le retourne, le tâte, le respire. Elle le repose : «C'est le dominé qu'on désigne comme différent!» Elle n'en veut pas. La salle s'est réveillée. « C'est dans ces périodes de crise que la relation Français et immigrés est la plus difficile et où le racisme et la xénophobie trouvent le terrain le Le magazine qui vous fait réfléchir toute l'année pour 150 F FLASH Le 3 novembre 1979, aux Etats-Unis, une centaine de personnes se rassemblent dans un quartier noir de Greenboro (Caroline du Nord) pour protester contre les activités du Ku Klux Klan dans la région. Neuf véhicules s'avancent dans la manifestation, chargés d'hommes du KKK et de militants néo-nazis qui ouvrent le feu sur la foule. James Waller, Bill Sampson, Sandi Smith, César Cance meurent sur le coup, Michael Nathan deux jours plus tard. Il autres personnes sont grièvement blessées. Un premier procès s'ouvre 1980. MM. Dawson, agent du FBI, et Bernard Butkowich, agent du Bureau des alcools, tabacs et armes à feu, qui ont participé à la tuerie et à sa préparation, ne sont pas inculpés. Les accusés plaident la légitime défense et la lutte patriotique contre le communisme : les cinq victimes sont membres du Communist Workers Party. Les inculpés sont acquittés. Après une longue lutte du Mouvement de défense des victimes et familles des victimes, un nouveau procès s'ouvre le 23 janvier 1984 pour atteinte à la liberté de manifestation. Les accusés plaident à nouveau la défense patriotique du pays contre le fléau communiste, évitant ainsi les accusations de racisme portées contre eux. Ils viennent d'être tous acquittés le 16 avril, par un jury composé exclusivement de Blancs. Une consultation d'avocats, d'avocates et de juristes est organisée par le RH IF (Rencontre des Homosexualités en Ile-de-France) pour tout homosexuel, homme ou femme, rencontrant des problèmes d'ordre juridique (travail, logement, police, divorce, droit de garde, de visite et d'hébergement des enfants du divorce, etc.). La RHIF, membre de l'International Gay Association dont le prochain congrès se tiendra à Helsinki en juillet, met l'accent sur le caractère international de la représsion antihomosexuels. Permanence juridique gratuite tous les samedis de 14 à 15 heures à l'Escargot, 40, rue Amelot, 75011 Paris. Tél. : 630.93.91. ~n mars en Belgique: le Vlams bloc, groupuscule d'extrême droite flamand se réunit pour réclamer l'expulsion de tous les immigrés. Mauvaise affaire pour la Belgique: la population belge diminue (1,41 pour mille de solde négatif) : de plus en plus de retraités, de moins en moins de travailleurs potentiels. Ajoutez à cela un exode massif: plus de 500000 Belges à l'extérieur pour 10 millions d'habitants. Bruxelles se dépeuple. Seul frein au dépeuplement et au vieillissement: les immigrés. Un tiers de la population bruxelloise de moins de 20 ans est d'origine immigrée. Si le gouvernement belge tendait l'oreille aux propositions des nazillons, il faudrait s'attendre à une désertification progressive du bon royaume de Belgique. Mon royaume pour un immigré ! Grand succès du dossier Yiddish du dernier numéro, malgré quelques imprécisions relevées dàns le courrier des lecteurs. Signalons aussi qu'il n'est pas de culture juive en France que yiddish, comme en témoigne l'Association Vidas Largas, créée par Haïm Vidal Sephiha pour promouvoir tous les aspects de la culture judéo-espagnole. Renseignezvous auprès de l'association, B.P. 470, 75830 Paris Cedex 17. 12 GlASMAN - C·e 28, Boulevard Strasbourg 75010 PARIS Téléph. : 208.16.18 et 208.1407 MACHINES A COUDRE MATÉRIEL DE CONFECTION MATÉRIEL DE. REPASSAGE TOUTES MARQUES , ACHAT • VENTE • RÉPARATION • LOCATION LES PIEDS SENSIBLES c'est l'affaire de SULLY Confort, élégance, qualité, des chaussures faites pour marcher 85 rue de Sèvres 5 rue du Louvre 53 bd de. 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Dans ce forum entreprise, il s'agit de restituer aux immigrés leur place dans l'appareil économique du pays, leur rôle et leur avenir, sachant qu'« un antagonisme fondamental existe entre celui qui possède z z uJ f} être créatrice d'emplois: une formation de reconversion sur deux ans va permettre aux Il ~ travailleurs (à 90 0/0 immigrés) de l'atelier de peinture aujourd'hui automatisé, de passer de Pl à « la qualification de P2 dans des métiers qu'ils auront eux-mêmes choisis ». Mais qu'on se le dise : « A u cours des négociations, une dizaine de débrayages ont eu lieu avant qu'on arrive à une situation à peu près valable! », précise ce défenseur des Droits nouveaux des travailleurs, rappelant par là aux Français et immigrés que s'ils veulent agir ~ 1

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- uJ Cl III Albert Lévy, Bernard Langlois et Nacer Ketan au forum «médias» les moyens de production et celui qui est contraint de vendre sa force de travail pour vivre ». Le développement de l'auomation et des nouvelles technologies transforme en dix ans la structure des emplois des travailleurs immigrés: son effectif baisse dans l'industrie et le bâtiment pour s'enfler dans le commerce et les services du tertiaire. « Le tertiaire n'est pas le secteur noble, précise un syndicaliste, ce ne sont pas des travailleurs en blouse blanche. Se référant à une entreprise de nettoyage, il n 'y a pas accès à une qualification, pas moyen de monter un syndicat dans ces bOÎtes! ». Ce forum mit l'accent sur la nécessité « d'établir des plans de formation qui tiennent compte à la fois des intérêts de la production et des hommes ». L'exemple de RenaultBillancourt montre que la modernisation peut et doit Différences - N° 34 - Mai /984 contre l'exploitation raciste et la division, ils doivent s'unir dans un intérêt commun. Attention, avis aux immigrés de type méditéranéen! «Contr61es au faciès », «reconduction aux frontières », «tout immigré en situation irrégulière est suspect ». Et il peut l'être à tout moment, si un papier lui fait défaut. Parmi les 250 participants au débat des droits civiques, un large mouvement revendicateur de la citoyenneté attend qu'on joue la carte du «droit de vote ». Pour eux, « c'est une affaire de volonté politique, de promesses à tenir aussi ». Les Beurs, en marchant pour l'égalité, sont entrés dans l'Histoire, tout au moins dans l'univers politique français. De l'UNESCO ils se méfièrent. De qui dépend donc le droit de cité de leur culture dans notre société ? On les a entendu : « L 'histoire, à travers l'histoire de l'Egypte IJ ancienne, l'histoire de la Grèce Antique, de Rome, pour en arriver à l'histoire de la France franco-française ... Les profs d'histoire rappellent rarement aux enfants de 6e que l'Egypte, c'est d'abord un pays africain ». Le droit de cité des cultures minoritaires dans notre pays dépend de nous tous : « On rejoint alors le problème de la reconnaissance mutuelle et de la valeur de l'autre, du respect qui va au-delà du droit ». A l'occasion de cette campagne de réflexion, que l'interculturel prenne place dans la société toute entière. « Il faut donc abandonner un certain nombre de messages stéréotypés que nos cultures respectives véhiculent, en premier à l'école. La culture c'est d'abord une langue et c'est d'abord la langue maternelle ». De cette langue « du foyer » dépendra la maîtrise de la langue du pays d'accueil, interférant ellemême directement sur la scolarité. « Il faut différencier le problème de l'immigration et de la discrimination sociale. Les discriminés, ce sont certains secteurs sociaux [ .. .] Il faut analyser le problème du logement social ... ». Elle est venue du quartier Nord de Marseille à l'UNESCO pour « faire du bruit, sur tous ces logements vides à Paris et à Marseille ». Elle a 20 ans, elle habite où elle est née, dans une cité de transit prévue pour un an. Transit, ghetto ou bidonville, situé entre le chemin de fer, l'autoroute et la zone industrielle. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'« il y a eu 14 enfants morts en 20 ans, écrasés sur la voie du train et sur l'autoroute ». Elle se souvient qu'« ils » disaient toujours: «Attendez, on va vous rénover, on va vous installer: on est toujours resté en train de pourrir là-dedans ... ». De l'urgence au drame, moins d'un pas. Le rapport du forum est formel : les participants accusent les communes et les offices H.L.M. de lenteur, ils les accusent de mener une politique de quotas. Ils accusent la Ville de Paris et son Bureau d'Aide sociale de chasser les immigrés de la capitale. « Il s'agit moins de parler de racisme, que de lui couper l'herbe sous le pied ». Le dispositif des médias en aurait bien la capacité, mais en aurait-il la volonté? « Il faut aussi voir ce qui se passe à l'intérieur et quels sont les gens qui manipulent les médias ». Tout laisse à penser qu'ils se manipulent euxmêmes

on fait marcher la

machine avec beaucoup d'argent, on fait rentrer l'argent avec la publicité et les bons sondages. « TF1 va mal, pourquoi ? Parce qu'elle perd des points ». Des points d'audience. « Tout le monde a les yeux sur les sondages» avoue Bernard Langlois, « ce sont les sondages qui font la longévité d'une émission ou qui abrège son existence ». Bilans Sélection des informations, déformation de l'information, mots trahis, interprétation de l'image, autant d'attitudes qui favorisent les préjugés racistes, autant d'habitudes qui « relèvent d'un conformisme niveleur ». «On parle beaucoup des immigrés dans les médias, maison n'en voit pas! ou seulement sous des aspects négatifs. Pourquoi pas encore de speakers d'origine étrangère? ». « Qu'est-ce qu'on va faire de ,plus spectaculaire pour attirer . un peu l'attention sur nous ? ! La télé a ses règles, ses lois, nous on essaye de constituer des contre-rapports de force ». C'est l'heure des bilans. La «deuxième génération» rejoint les médias communautaires pour la séance de clôture. Les rapports consistants des forums sont lus tour à tour, sous les applaudissements d'une salle pleine, assagie de ces deux jours d'échanges. Mme Gorgina Dufoix s'apprête à prendre la parole, mais des jeunes gens grimpent sur la scène, brandissant des pancartes portant photos des victimes du racisme. Une caméra tourne son oeil vers le scoop et Mme le Ministre a accordé la minute de silence réclamée à la mémoire des enfants morts, victimes de crimes racistes. Catherine LEBARS IiRBS PLAN - Traversée - CERTAINS RENTRENT, D'AUTRES PAS Ni exemple, ni repoussoir, ils sont jeunes, nés en France, et vivent maintenant à Alger. Voici leurs plaisirs et leurs problèmes. etour. » Nacera trouve le JJ R terme inadéquat et préfère " employer «réinsertion ». Précision de taille: en fait, il ne s'agit pas, pour ces enfants d'émigrés, nés en France, de retour dans un pays d'où ils ne sont jamais partis, mais d'arrivée, d'insertion dans une autre société que celle qu'ils ont toujours connue, une société qui était celle de leurs parents «avant», d'un pays qui, officiellement, est... le leur. Situation paradoxale, mais réelle: ces jeunes dont il est convenu de dire qu'ils sont la deuxième génération, sont citoyens d'un Etat qu'ils n'ont jamais connu. Le paradoxe s'épaissit pour ceux qui ont tenté le « retour ». Encore que ceux rencontrés à Alger ne sont pas entièrement représentatifs: ils sont la plupart étudiants, inscrits dans des établissements supérieurs, ayant bénéficié de bourses d'études offertes par le gouvernement algérien dans le cadre d'un programme de réinsertion des étudiants-enfants d'immigrés, mais en place par le ministère algérien de l'Enseignement supé- . rieur. Ils nous ont fait part de leurs motivations. Zineb a 23 ans, elle est en Algérie depuis 1981 : « J'ai pris la décision du retour parce que l'avenir professionnel me semblait limité en France, surtout pour une Algérienne. Il m'était impossible d'envisager toute possibilité de travail. D'autre part, ce que mes parents avaient vécu en France, je ne 14 voulais pas le revivre; je me suis toujours sentie algérienne, et je n'aurais Jamais supporté de me faire traiter de sale Arabe. C'est surtout pour ça que j'ai décidé de rentrer. » Sarnia a 20 ans, elle est née à Lille, et vit à Alger depuis 1982 : «C'était depuis longtemps un désir ardent de retourner dans mon pays. C'était juste un « going back to my roots », au pays de mes racines. En plus, je voulais travailler plus tard en Algérie, il fallait donc que j'y fasse mes études. Et puis je voulais connaître les gens. » Bahia, 23 ans, née à Alès, en Algérie depuis 1980 : «Après mon bac, je voulais travailler, mais je suis restée au chômage pendant plus d'un an, j'étais dégoûtée; je n'aurais pas eu de bourse en France si j'avais voulu poursuivre mes études, alors je suis rentrée dans ce pays qu'on disait mien.» Émigré : une étiquette Évidemment, les débuts n'ont pas été faciles, et il a fallu à ces jeunes beaucoup de patience et de volonté. Les problèmes n'ont pas manqué: difficultés matérielles, handicap linguistique, plus un certain choc psychologique consécutif au changement culturel subi. « J'ai eu du mal à supporter l'étiquette d'immigrée, dit Zineb. En France, on était des Arabes, et en Algérie, on avait l'impression d'être des immigrés. Sur le plan administratif, j'ai eu pas mal de problèmes pour m'installer. » Hanifa, 23 ans, était à Dijon jusqu'en 1979 : « Au début, j'avais l'impression d'être étrangère, peut-être que je me sentais plus française qu'algérienne, et de fait l'entourage s'arrange pour que tu te saches différente. A van t, on me faisait des remarques dans la rue, on m'appelait émigrée, maintenant, on ne le fait plus. Ce que j'avais surtout enhorreur, c'était de répondre à l'inévitable question: «Pourquoi es-tu venue? Tu aurais mieux fait de rester là-bas. » Pour moi, les gens se font beaucoup trop d'illusions sur la France. Moi, je venais avec plein d'enthousiasme et j'avoue que je ne comprenais pas qu'on me pose cette question. » « Nous n'avons pas eu, dit Nacera, du moins jusqu'à un certain niveau, de grosses difficultés pour le dialecte, mais l'apprentissage de la langue nationale n'a pas eu les résultats escomptés. Le cours intensif d'arabe, qu'on a organisé pour nous la première année, n'a donné, je l'avoue sincèrement, que de maigres résultats. Les causes? On peut en relever plusieurs: retard dans les cours, contenus et moyens pédagogiques inadéquats, et surtout, élément peut-être déterminant, le fait que le cadre culturel national ne soit pas entièrement arabophone. » Pour Farid, étudiant dans un institut de technologie, «l'arabe, je ne l'ai pas appris à l'école, mais avec les copains. » Que retiennent ces jeunes de leurs premières années au pays? Première année féconde, insertion complète, difficile et lente adaptation? Echec? Les réponses diffèrent. Zineb : « Malgré tous les problèmes, je reconnais que je peux m'adapter à toutes les situations et aujourd'hui, je sens que j'ai découvert quelque chose de nouveau, je me plais en Algérie; et si je suis heureuse à chaque fois que je rentre en France, c'est surtout pour mes parents; une fois la joie des retrouvailles passées, je suis impatiente de rentrer. » Nabila, originaire de Marseille, a traversé la Méditerranée en 1981 : «La réinsertion signifie rentrer définitivement dans le pays d'origine, en essayam de s'adapter socialement. Mais une réinsertion complète me semble impossible. On ne peut pas tirer un trait sur tam d'années passées en France. Et j'y ai encore trop d'attaches, puisque toute ma famille y est restée. » Malika, 20 ans : « Je ne me sens pas mal à l'aise, je ne me sens pas étrangère, j'ai de très bons contacts avec les nationaux. Je me sens mieux ici que là-bas et les gens arrivent à oublier que nous sommes des immigrés. La France, c'est fini, oublié... L'émigration, c'est moche, pour moi c'est une nouvelle vie qui commence ici. » C'est vrai que l'avenir de ce pays leur appartient aussi : et, comme le dit très justement Zineb, « c'est un pays qui a besoin de nous, car nous apportons une nouvelle façon de voir les choses, un certain dynamisme dans le travail, et ce dynamisme, l'Algérie en a besoin. » 0 (Correspondance particulière) 1 foyersurS est ~Gclhérent à France Loisirs • un catalogue trimestriel gratuit • plus de 400 livres reliés, des disques, des jeux • des prix exceptionnels • des achats «à la carte» par correspondance ou dans nos 187 librairies et boutiques près de chez vous POUR TOUT RENSEIGNEMENT, ËCRIRE A : FRANCE LOISIRS· SERVICE 4444· B.P. 6 -75759 PARIS CEDEX 15 Différences - N° 34 - Mai 1984 15 RENCBN1Rl - Dernière mode - LES FILATURES D'EMMANUEL LANG •• Ton sur ton à Mulhouse: en mai, sort la première collection de tissus à motifs antiracistes. Place Kleser, à Mulhouse , , DISCRETION ASSUREE 16 21 novembre 1940. «Paul Lang, français, juif, directeur de l'entreprise de filage et de tissage Les fils d'Emmanuel Lang », est démis de ses fonctions au profit de Julius Klee, commissaire administrateur, alsacien, aryen de Hirsinger. Le domicile des apparentés Lang, juifs français de Paris est jusqu'à présent inconnu. » Point à la ligne. Platitude et terreur dactylographiée d'un document de la Chambre de commerce de Baden en Allemagne ... Le 18 octobre 1940, une ordonnance relative à l'aryanisation des entreprises israélites est appliquée dans la France occupée. C'est la première asphyxie. Economique. 20 mars 1984. En souvenir des six membres de sa belle famille morts en déportation, Madame Gertrude Lang, PDG des Fils d'Emmanuel Lang à Mulhouse, lance une collection de tissus à l'occasion du quarantième anniversaire de la libération des camps. Madame le PDG, BCBG mais néanmoins chaleureuse, s'exprime avec un formidable accent suisse: «Certains utilisent l'écriture ou la chanson, nous c'est le tissu. A travers cette collection nous voulons exprimer notre inquiétude devant la montée de l'intolérance. Encore récemment, M. Cahn, notre directeur général et d'autres personnalités israélites de Mulhouse ont reçu des lettres anonymes de menaces et d'injures » ... Mme Lang et M. Cahn étalent les échantillons de la collection « Paix et tolérance » sur la table de la salle de réunion. Jerseys imprimés d'une constellation d'étoiles de David, de chandeliers à sept branches, des mots « freedom, chalom, peace », fibranes blanches bordées de bleu à l'exemple des châles de prière juifs. « Vous voyez, souligne M. Cahn, il n'y a là rien d'agressif, même si ce sont des étoiles juives cé ne sont après tout que des étoiles. Pareil pour les Tables de la Différences - N° 34 - Mai 1984 Loi, elles sont discrètes. Ton sur ton. En filigrane. Filature d'Emmanuel Lang: discrétion assurée. A Mulhouse, HauteAlsace, opulente et bourgeoise, la radicalisation de la conscience juive est inconnue au bataillon. Les juifs y sont encore israélites. Israélite: vocable utilisé dans les milieux de la bourgeoisie chrétienne pour éviter le mot juif qui au même titre que « nègre» apparaît comme une insulte en soi. Israélite: expression euphémisante pour culture euphémisée. Devenus citoyens à part entière avec le rattachement de l'Alsace à la France révolutionnaire de 1789, les juifs d'Alsace ont juré fidélité à la Patrie des Lumières. « Accordez-leur tout comme individu, rien comme nation» avait réclamé Stanislas Marie, comte de Clermont-Tonnerre, à l'Assemblée Constituante de 1789 ... Nombreux avaient été les rabbins alsaciens à craindre que l'émancipation des personnes ne désagrège cette identité et cette cohésion juives cimentées par l'ostracisme dont la communauté avait été victime. De cette abdication d'identité sont nées les vertus cardinales de l'israélite: loyauté vis à vis du pouvoir en place, discrétion identitaire absolue. Une discrétion qui n'empêchera jamais les accusations, diffamations dont furent victimes tous ces israélites correctement assimilés: Gaston Crémieux, Léon Blum, Pierre Mendès-France et bien-sûr Alfred Dreyfus, ce soldat juif de Mulhouse qui en parfait officier ne s'en remettait qu'aux autorités militaires pour établir son innocence. Et combien de ces patriotes dont les aïeux fuirent en 1871 l'annexion de l'Alsace par l'empire allemand, ont été expédiés vers les camps de concentration par les gendarmes de Vichy. Aujourd'hui, la discrétion des petites étoiles juives sur les chemisettes ferait doucement rigoler ces jeunes militants juifs qui ne ratent pas une occasion de provoquer maint esclandres « anti-israélites » dans les réunions compassées des institutions de la bourgeoisie juive... Cette nouvelle vague se veut juive du dedans mais aussi du dehors. Des juifs publics. Cette génération a récupéré son nom comme aujourd'hui les Beurs ont récupéré le leur et refusent les vocables d'Arabe ou immigré. « Il y a dix ans, explique Madame Lang, nous avons mis en place une quatrième équipe de nuit pour accroître la productivité. A cette époque, nous ne trouvions pas de Français acceptant de travailler la nuit. Nous avons donc fait embaucher des Turcs et des Marocains; d'excellents ouvriers arrivés avec une qualification 17 de tisserand. Maintenant, il s'en trouve parmi notre personnel pour les accuser de voler leur emploi. J'ai été témoin de telles accusations en visitant moi-même mes usines. Cette montée du racisme m'inquiète. On ne doit pas la traiter avec mépri~ et indifférence. Il faut veiller et alerter les consciences. » Cela dit, Madame Lang n'est pas de celles à laisser les idéaux contrarier la productivité. A la guerre comme à la guerre . Depuis sa création en 1856, Les fils d'Emmanuel Lang font dans la Realpolitik. A l'exemple du Japon, l'entreprise a instauré des «cercles de qualité », groupes de travail faisant intervenir toutes les catégories du personnel dans l'élaboration d'un produit de meilleure qualité et plus compétitif. On quitte le tissu pour la chemise, trop concurrencé par la production asiatique, pour le « sports wear » : « Les gens oht envie d'oublier les difficultés économiques et consacrent une part croissante de leur budget aux loisirs» explique-t-on à la direction des Fils d'Emmanuel Lang. R ealpolitik toujours. Les exportations de l'entreprise comptent pour plus de la moitié du chiffre d'affaires. «Nous exportons en majorité vers les pays de la CEE notamment vers la GrandeBretagne dont l'industrie textile est morte » explique M. Cahn. Realpolitik encore: Les Fils d'Emmanuel Lang exportent vers l'Afrique du Sud et ont fourni neuf mille mètres de tissu à l'Union Soviétique pour confectionner les chemises des hôtesses des Jeux olympiques de Moscou ... Mais qui donc oserait jeter la première pierre morale aux Fils d'Emmanuel Lang, oasis de prospérité dans une industrie textile française en crise? En 1982, l'entreprise produisait cinquante mille mètre de tissu par jour et embauchait une cinquantaine de salariés. C'est bien connu, la morale des affaires n'autorise que les bons sentiments, au choix : une collection de tissu imprimés « paix et tolérance »; ou le retrait inoppiné des missiles de sous les ailes des avions exposés au salon du Bourget de l'après mai 1981. Les affaires d'abord et en particulier celles de l'Etat. Un Etat qui a sans doute jugé peu spectaculaire, voire trop commerciaux, les bons sentiments sur tissu de Mme Lang. Aucune des personnalités politiques dont Mme Simone Veil invitées le 20 mars 1984 à l'hôtel Ritz à l'occasion du lancement de la collection n'a répondu présent. « Nous avons été très déçus, même le chef de· cabinet du ministre de l'Industrie qui nous avait assuré de sa présence, n'est pas venu ». 0 Pauline JACOB ,. et: et: Ul o

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. ..: ,,' ) , EUSKADI Différences - N° 34 - Mai 1984 •• . - Pays, nation, peuple ? 19 Difficile d'éviter les bérêts et les bombes. Voici pourtant quelques pistes pour parcourir le pays basque, nord et sud: son histoire, son nationalisme, ses difficultés ... Depuis la fin de l'année 1983, le Pays basque est à la une des médias. Quatre mois d'intenses remous, causés par les assassinats de réfugiés politiques de l'ET A, et par les mesures prises envers eux par le gouvernement français. Est apparu, au Pays basque nord, le G.A.L., Groupe an ti-terroriste de libération, un mouvement qui ne craint pas la contradiction en se dénommant ainsi tout en assassinant 7 personnes. Ce groupe de policiers espagnols et de nervis fascistes agit en toute impunité, n'ayant aucun mal à déjouer le plan « éclat» mis en place par la police avec retard après chaque action. Cette police qui abat un sympathisant d'Iparretarak (1). Un sentiment de malaise, mélé d'impuissance, s'est emparé de la communauté des réfugiés, alors que domine une indifférence totale dans la majeure partie de la population basque autochtone. Ce malaise est accentué par l'attitude du gouvernement français, qui semble avoir décidé de collaborer avec l'Espagne depuis l'accession au pouvoir du Parti socialiste espagnol (PSOE) et de Felipe Gonzales en particulier. Cette collaboration se traduit par des expulsions (sept réfugiés sont exilés au Panama), des assignations à résidence (15 militants se sont vus obligés de quitter le Pays basque pour le nord de la Loire), et un déploiement important de policiers mis en place pour surveiller étroitement les nationalistes, Euskadi nord étant, pour l'Espagne, la base de tous les agissements d'ETA (2). Germain Latour, avocat au Barreau de Paris, remet en cause cette politique : «Pourchassés de l'autre côté des Pyrénées, ces réfugiés accueillis sur notre territoire ont un peu plus chaque jour le sentiment d'être abandonnés sinon trahis, ( ... ) les conditions et les motifs de ces mesures ayant fini de persuader la communauté basque que l'arbitraire était le seul régime auquel elle était condamnée ». Leur situation est donc des plus précaires, ce que confirme le décret publié le 28 mars par le ministère de l'Intérieur; « En ce qui concerne les ressortissants espagnols d'origine basque qui demandent le statut de réfugiés politiques, . il a décidé pour l'avenir de ne pas les autoriser à résider dans les neuf départements limitrophes du Sud-Ouest où leur présence est susceptible de troubler l'ordre public ... » • • .\ 1 1 '" ~L-______________________________________ ~ Pelote et peur des bombes: l'image du pays à l'extérieur. Pourtant, répression ou chômage, les problèmes ne manquent pas. L'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), organisme dépendant du ministère des Relations Extérieures, n'accorde plus l'asile politique aux ressortissants basques. L'explication de cette attitude nous est donnée par Maître Latour: « L 'OF PRA est confronté à des difficultés et à des pressions très sérieuses. ( ... ) Il faut savoir qu'en Europe, l'Espagne est le deuxième pays d'accueil de réfugiés après la France. On conçoit dès lors que l'OFPRA veille et fasse en sorte que les portes de l'Espagne ne lui soient jamais fermées ... » Pour tenter de mettre fin à cet état de choses, une quarantaine de réfugiés et sympathisants ont observé une grève de la faim pendant plus d'un mois qui n'a eu pour résultats que des promesses verbales de la part de l'Etat français. En Euskadi sud, dernièrement, quatre membres des Commandos autonomes ont été tués par la police espagnole, alors qu'ils accostaient au port de Pasages. D'après Le Canard enchaîné, les policiers avaient été renseignés par leurs homologues français. Les militants français sont surveillés: dernièrement la police perquisitionnait une centaine de logements de militants et emprisonnait quatre sympathisants d'Ipparetarak alors qu'ils conduisaient des journalistes à une conférence 20 de presse. A l'heure actuelle, ils sont toujours sous les verrous. Au port d'Ondarroa, la colère est grande aussi, à la suite du tir de la marine nationale française sur un bateau de pêche espagnol en infraction. 32 camions ont été incendiés, amenant un blocage des postes frontières par les camionneurs. L'ETA a épaulé plusieurs actions, et on a pu mesurer son audience auprès de la population puisqu'aux élections du 26 février, elle obtenait 14,6 % pour sa branche politique Herri-Batasuna, 65 % de suffrages allant aux nationalistes toutes tendances confondues. Malgré l'incontestable accélération de la répression, le mouvement Abertzale (patriote) n'est donc pas prêt de baisser les bras. C'est qu'il n'est pas né d'hier, et que le nationalisme basque s'appuie sur une identité plus que millénaire. Les Basques descendent-ils de TubaI, ce patriarche venu d'Arménie centrale trente et un ans après le déluge? Ou sont-ils les derniers débris des Atlantes dont la civilisation a été évoquée par Platon ? L'anthropologie morphologique les crédite d'un faciès triangulaire, dû à un rétrécissement vers le menton s'opposant à un renflement vers les tempes. Les fouilles effectuées en 1936 par J .-M. Barandiaran dans la caverne d'Urtiaga (Guipuzcoa) ont permis de trouver des crânes se rapprochant du type de l'homme de Cro-Magnon et qui présentent des concordances avec celui des Basques actuels. Les Vanduls, les Caristes et les Autrigons Pour ce qui est de la langue (3) : « Il n'est pas plus aisé d~attribuer une source unique à une langue qu'à unfleuve ; trop d'affluents ont des titres à revendiquer ». Beaucoup de mots qui désignent des objets naturels sont des monosyllabes. Lorsqu'il est fait allusion à des noms d'instruments tranchants, on retrouve comme racine « haitz » qui veut dire rocher et silex. La couche suivante du vocabulaire résulte des contacts que les Basques ont eu avec leurs voisins ibères et celtibères, et par la suite de l'apport du latin et des langues romanes. Dès 580, les différents peuples de la région, Vandules, Caristes et Autrigons ne sont plus désignés que par le terme Vascongados, c'est-à-dire « Vasconisés ». Par la suite, il y eut une coupure entre les Vascons établis dans les limites du territoire actuel qui conservèrent l'usage de l'Euskara, la langue basque, (après l'an 1000 on les appela Basculi) et les Gascons qui avancèrent vers l'Aquitaine et perdirent leurs caractères. Différences - N° 34 - Mai 1984 21 En 1023, les terres du Labourd et de la Soule sont érigées en vicomté. La formation de la Basse-Navarre fut plus tardive. Au 13e siècle, elle formait la 6e Mérindad, dite de ultrapuertos, du Royaume de Navarre. La féodalité au Pays basque a pris des formes originales, notamment en droit public. Toutes les terres étaient franches et les personnes exemptes de servitudes. A tous les échelons de la société, c'était le statut de la maison qui réglait la vie des habitants. On en comptait plusieurs: les maisons fivatières, franches, infaçonnes et nobles (4) . . C'est paradoxalement avec les guerres de 100 ans que s'ouvre une ère de tranquillité, car les Anglais porteront les hostilités au nord de la Loire. Le xve siècle voit la fin de la domination anglaise. Les guerres de religion n'ont pas épargné le Pays basque bien que christianisé très tardivement (11 e siècle). l Les fueros ou fors, c'est ce que l'on ~ pourrait appeler le droit civil bas- 1 que. Dès 1500, la Biscaye avait déjà 1 ses lois. Philippe Oyhamburu (5) : « Ces fors ne garantissent pas seulement la collectivité contre le pouvoir central, ils régissent aussi les rapports entre entités locales ou entre individus (Herriak bere legea,


' etxek bere aztua : Le pays sa loi, la

maison sa coutume) et définissent les libertés du domicile, les garanties pénales, la liberté de tester. 1/s aboutissent, dans chaque province, à un système législatif et administratif démocratique où une assemblée générale (biltzar du Labourd, Silviet de la Soule, Juntas de Biskaye ou de Guipuzcoa) réunit les délégués des citoyens de toute la Province, décide de la marche du pays et des relations avec le pouvoir central ». Au Pays basque nord, ces fors seront abolis définitivement en 1789. Le 12 janvier 1790, c'est la formation des Basses Pyrénées (aujourd'hui Pyrénées Atlantiques) englobant Pays basque et Béarn. Au Pays basque sud, le déclin des libertés se jouera au travers des deux guerres carlistes de 1833-1839 et de 1872-1876 (6). Après la deuxième défaite, les fors sont abolis définitivement et les Cortès suppriment les pouvoirs législatifs et exécutifs; l'exemption du service militaire disparait. Des députations provinciales sont mises en place pour remplacer les juntes. Parallèlement à cette défaite, va naître une bourgeoisie basque qui vend le minerai biskayen à l'Angleterre et qui, à partir de ces capitaux, va développer une multitude de petites et moyennes entreprises liées aux métaux. Le XIXe siècle, comme partout en Europe, voit l'émergence du nationalisme basque. Trois phénomènes favorisent sa naissance: le profond attachement du peuple aux fl,leros supprimés après les défaites carlistes ; la formation de puissahts monopoles qui écrasent la moyenne et la petite bourgeoisie et qui soutiennent la campagne an ti-nationaliste que mènent les gouvernements espagnols; et enfin l'industrialisation qui entraîne une arrivée massive d'Espagnols, surnommés les maquetos, et provoque une crise d'identité culturelle. Mêlé de racisme an ti-espagnol , le nationalisme basque exprime à ses débuts une vision cléricale, réactionnaire, en fait conservatrice de la société. C'est en 1893 qu'à lieu la première manifestation publique, çlirigée par Sabino'Arana Goïri, considéré comme le fondateur de l'idéologie nationaliste (7). En 1895, il crée le PNV (8) qui a tiré de l'oubli où elles étaient plongées la langue et l'identité culturelle. Après sa mort, le nationalisme progresse. Dès 1907, deux tendances s'affrontent: ceux qui ont hérité du radicalisme indépendantiste de Sabino Arana ; et les modérés liés aux conservateurs espagnols. En 1923, le coup d'Etat du monarchiste Primo de Ribeira ac~roît la répression des séparatistes (9). En 1930, se crée l'Action nationaliste basque, mouvement libéral et laïque, qui rejette le caractère confessionnel du PNV. Les nationalistes réclament le statut d'autonomie dès ce moment là, mais ce n'est qu'en 1936, après le putsch de Franco, alors que la Guerre civile fait rage, que les Cortès républicaines accordent lé statut. Aguirre est élu président le 7 octobre 1936 et prête serment à Guernika. Il s'engage à « continuer la lutte, sous Ioules ses formes, aux côtés des peuples, des partis politiques et des organisations syndicales de la péninsule, contre le gouverment de Franco, la Pltàlting~·et lë 'régime dictatorial, de même que contre toute ~ventuelle tentative anti-démocratique ou monarchiste »(10). . Franco au po.uvoir, 'la répression contre les: Basq~es se durcit. La lutte'continue toujours ROll! obtenir l'indépendance totale ,(d'nù le slogan Zaspiak-bat, 7 .::, ' i (11). Mal- ' 1 gré les emprisonnements, lês tortui j res subis par les séparatistes, la 1 résistance s'affirme (12). i En 1952, les étudiants de Bilbao L créent le groupe Ekin (Agir). Les divergences politiques entre le PNV (bourgeoisie libérale) et ETA (d'obédience marxiste) (13) sont très profondes. Mais vers les années 1%5/66, le développement rapide d'ETA, dont la résistance au franquisme accroît l'influence, oblige le PNV à modifier sa position.et à reconnaître son existence. Les atteintes que subit ce mouvement sous le régime franquiste sont telles (emprisonnements, tortures, gardes à vue, exils) que les actions sanglantes sont inévitables. Le cycle « action-répression-action » a commencé et pour ne pas « subir » les prisons espagnoles, bon nombre de militants basques-espagnols trouveront refuge au Pays basque nord. La répression franquiste n'a pas que des objectifs politiques, loin de là. C'est que le Pays basque sud est un enjeu économique capital dans la péninsule ibérique. Au XIX" siècle, les provinces basques du sud ont connu un développement industriel très important qui les placent avec la Catalogne en tête de l'Etat espagnol. Cela a commencé en Biskaye par l'implantation de la métallurgie lourde, qui entraînera une grave crise dans les anciennes forges. En Guipuzcoa, on implante des centrales électriques pour l'approvisionnement énergétique des installations industrielles. Avec la prise du pouvoir par le fascisme en 1939, c'est une nouvelle étape, sous le contrôle absolu de l'Etat espagnol, avec le concours des Etats-Unis. « Les capitaux étrangers furent attirés par une fiscalité favorable, une main d'oeuvre bon marché et un régime garantissant « l'ordre! » (14). Euskadi sud se place donc parmi les régions les plus industrialisées d'Europe. En plus de la sidérurgie, la pêche est un secteur très développé. Dès le XII" siècle, dans cette région se développent des constructions navales et le commerce maritime. A l'heure actuelle l'activité de la pêche est largement répartie sur la côte, avec un chapelet de ports entre Fontarabie et Bilbao. Ondarroa dont on a entendu parler ces temps derniers en fait partie (15). 22 Cl iii

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Il ..J Il 02 a:l ~ Etxahun, le plus grand PertxaJari ( improvisO!eur ») de ce siècle. l L'Euskadi nord n'a pas la même 1 histoire économique. Il est divisé en deux zones bien distinctes : la côte, largement urbanisée et la zone rurale où la population est très dispersée dans des villages en montagne. On se rappellera la grande émigration des Basques du nord vers l'Amérique après la première guerre carliste. On s'y consacre, entre ' autres, à la culture du maïs et à l'élevage des brebis. St-Jean-de-Luz et Bayonne sont pourtant deux ports relativement importants. Les deux grandes implantations industrielles de la région, Bréguet Dassault et Turboméca, drainent une grande partie de l'emploi industriel (16). Alors qu'il est assez peu développé au sud, le tourisme a modifié énormément 1'« ambiance» du Pays basque nord. Le Pays basque, avec ses paysages, sa culture, son folklore ... est devenu une marchandise, que l'Etat par l'intermédiaire des élus locaux essaie d'adapter de plus en plus aux besoins du tourisme. Ainsi l'équipement hôtelier, les centres de vacances, les campings s'y sont développés très rapidement tandis qu'on construisait des routes, ce qui n'avait jamais été fait pour les besoins des paysans, pour permettre aux touristes d'aller « apprécier» les endroits reculés où vivent certaines familles. Le tourisme effectivement est une source de revenus, mais pour une minorité privilégiée. Les hôtels, les commerces, les fêtes qu'organisent les communes, les autochtones n'en bénéficient guère. Ils voient les prix augmenter pendant les deux mois d'été. De là viennent les actions menées par les groupes nationalistes basques qui dénoncent la « touristification » du Pays basque, et la rentabilisation commerciale d'une culture transformée en folklore. ", f12 janvier 2012 à 11:48 (UTC) , - &f~ f~~ Charles f C S 4~~f~ Charles .... .ç •. 't"""" " ' '-' H'~ 'i'.;t .... Ùri·'~\ :'I'~j.".~~:y.,i;:;~ LINOVAI! VASCONVIIIPIlIIIII. 'II'.' I~ UzptrDominQm&mardlJm~.,. _ ::' ~ EL nllPOSSlBLE VENClDO. ~ l'Iii 12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)Charles 12 janvier 2012 à 11:48 (UTC), llcélorcmfaa&micbclinctcril.:i. ~ ! ~ - I :'i ART E 0/' '

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. RN S,\I ..... ',Ut."': Por Antonio ]o(cph §:

~ 1 Villargoral.o Alcu.u. ~ ~ Anodc'p9. e fl~flm j~~'jn'~'j~~"irlrii~ Une identité vieille comme l'imprimerie : le premier livre en basque (1545, malgré le titre latin), la première méthode pour l'apprendre (1729). Cette culture a trouvé d'autres voies: les ikastolas, ces établissements scolaires où l'enseignement est donné en basque et en français. ' C'est en Guipuzcoa (Euskadi sud) que la première ikastola a vu le jour en 1960 et que s'est développé ce mouvement. Bien avant cela, sous le régime franquiste, les initiatives de certains parents refusant le système scolaire établi avaient donné lieu à des réunions clandestines où se retrouvaient les enfants pour suivre des cours en langue basque. Ce fonctionnement était sévèrement réprimé et s'est politisé petit à petit. L'Eglise catholique, qui s'est toujours trouvée mêlée aux luttes (dans ce cas en opposition avec le système laïque), mais qui bénéficiait d'une relative tolérance de la part du pouvoir, a protégé ce mouvement et a fait en sorte de le doter de locaux. C'est à partir de 1965 que le rythme de création des ikastolas s'accélère nettement, parallèlement à l'ampleur que prend la lutte du peuple basque. Ne bénéficiant d'aucune subvention au départ, les parents participent financièrement. Le mouvement est confronté à d'énormes difficultés matérielles. Cette obligation d'apport d'argent fait qu'en grande majorité ce sont des enfants de la classe bourgeoise qui suivent les cours. De plus, dans le milieu rural, les enfants parlent le basque à la maison. Les enseignants, pour permettre aux enfants de la classe ouvrière de suivre leurs cours, essayent d'assurer leur autofinancement par des subventions, dons de bienfaiteurs, etc ... Ce sont surtout les entreprises exerçant dans le secteur coopératif qui les aident. ODEURS DE CUISINE La pipérade Ce n'est qu'en 1972 que les ikastolas seront légalisées et que l'Etat leur accordera une aide minime (10 0,10 en Guipuzcoa). Il refusera toujours de financer les constructions des établissements. Ce mouvement est beaucoup plus lent à démarrer en Euskadi nord, ce qui se traduit dans les chiffres: 182 ikastolas et 30 000 élèves au Sud, et Ingrédients pour 6 personnes : 1 kg de tomates ; une dizaine de piments verts (ou 2 poivrons) ; 2 oignons; huile; sel poivre

1 morceau de sucre ; 1 oeuf.

Faire revenir à feu doux les piments coupés en morceaux dans l'huile. Quand ils sont colorés, ajoutez les oignons coupés en lamelles et faire revenir 5 minutes toujours à feu doux; Ajoutez ensuite les tomates pelées et coupées en morceaux, salez, couvrir et laissez mijoter au moins 1 heure. Lorsque c'est cuit, rectifier l'assaisonnement, ajouter le morceau de sucre et casser un oeuf que vous brouillez aussitôt dans la pipérade. On peut remplacer les tomates par une boîte de tomates entières. 17 ikastolas pour 350 élèves au Nord (chiffres de 1975). L'enseignement se fait suivant des méthodes non directives et la participation des parents est demandée lors de la fixation des orientations pédagogiques. A noter que l'enseignement s'est petit à petit laïcisé, et que du coup l'Eglise catholique s'en est peu à peu retirée. Quel avenir pour l'identité basque? Il est bien difficile de la prévoir. Tout au plus peut-on citer quelques faits, en vrac: l'inquiétude générale tant au sud qu'au nord, face aux difficultés économiques. Un paysan basque du nord: «J'ai beaucoup d'amour pour la langue basque, mais je préfère que mon fils apprenne l'anglais au lycée, ça lui permettra peut-être d'échapper au chômage. » Les jeunes partent, faute de travail. « C'est même ce qui rend les nationalistes du sud repérables dans les villages du nord: ce sont les seuls jeunes qui restent, » disait une ancienne militante nationaliste du sud. Le courant nationaliste reste très fort au sud, mais il est divisé. De plus on perçoit dans la population un désir de calme, on cherche à trouver de nouvelles formes d'affirmation de l'identité. Pourtant, selon cette militante, le choix d'une politique de répression ne peut que raviver les blessures et pousser Euskadi sud à l'explosion. Nord et sud, autonomie ou indépendance, identité ou répression, des choix restent à faire. En souhaitant que le Gouvernement français ne suivra pas celui que les socialistes espagnols semblent avoir fait. BELT~ Paquita MAZQUlARAN/POM Jean Michel OLLE (1) Iparretarak : « Ceux du nord », organisation nationaliste clandestine du Pays basque nord. ' (2) Euskadi : pays basque, nord pour la partie française, sud pour la partie espagnole. ETA: organisation nationaliste d'Eukadi sud. Fondée en 1959, elle est issue d'un groupe de jeunes regroupés autour de la revue Ekin (( Agir»), eux mêmes dissidents du parti nationaliste basque, PN V, créé en 1895 . (3) Les Basques, de Philippe Veyrin, éd. Arthaud. (4) Voir Les Basques, de Jacques Allières, éd. Que-sais-je, PUF. (5) L'irréductible phénomène basque, éd. L'entente. (6) Guerres de succession à la couronne d'Espagne. (7) Arana Goïri n'était pas homme à macher ses mots. Voici un de ses discours: « La physionomie du Bizkayen est intelligente et noble, celle de l'Espagnol inexpressive et sévère ... Le Bizkayen est nerveux et agile, l'Espagnol est lâche et maladroit ... Le Bizkayen est intelligent et habile pour tous les travaux, l'Espagnol n'est pas intelligent et dépourvu d'adresse même pour les travaux les plus simples. Ecoutez parler un Bizkayen, et vous entendez la plus euphonique, morale et cultivée des langues. Ecoutez un Espagnol, et si seulement vous l'entendez braire, vous pouvez être satisfait car l'âne ne profère jamais ni parole indécente ni blasphème. » (8) Parti nationaliste basque. Voir (2) (9) Visant à mettre bas la jeune République espagnole. (10) Les Basques, un peuple contre les Etats, ue hallci,Cll Lelamendia, éd. Seuil. (II) Le pays basque dans son ensemble est constitué de sept provinces: Labourd, Soule, Haute Navarre au nord en France, Guipuzcoa, Alaba, Bizkaye, Navarre au sud en Espagne. Le slogan Zaspiak-bat réclamait l'unification et l'indépendance du pays ainsi constitué. (12) Le gouvernement créé en 1936 doit s'exiler à Paris où il s'installe avenue Georges-V. Le gouvernement français l'expulsera à son tour en 1951, pour installer à sa place ... l'Ambassade d'Espagne . (13) Voir (2) (14) Les Basques, un peuple, une .nation, éd. Elkar. (15) Le port d'attache du chalutier arraisonné récemment par la marine française. (16) Actuellement, 3000 emplois. Le taux de chômage est très important au Pays basque nord: 20 070. Les secteurs du textile et de la chaussure, auparavant bien implantés, sont en déclin complet. L'exil des populations jeunes est dramatique. On assiste pourtant à la mise en place de SCOP, entreprises coopératiVes, parfois sous l'impulsion des nationalistes. On peut lire aussi : La nouvelle société basque, ruptures et changements, éd. L:Harmattan, et Le pays basque et sa liberté, de Patrick Busquet et Claude Vidal, éd. Le Sycomore. --LI ______________________________ II~----------------------------~ 23 Le kodo, plus qu'une musique, une thérapie à la japonaise LE Kodo, un nom à graver dans nos mémoires. Un nom à guetter désormais à l'affiche des spectacles. Mais quand reviendrons-ils? Danseurs et musiciens japonais, ils étaient à Paris pour la quatrième fois depuis leur première apparition à l'Espace Cardin en 1975 et viennent de repartir, pour une tournée dans le monde entier. Chaque soir le public les a découverts avec émer ·veillement. En 1970, dans la petite île de Sado, à cent cinquante kilomètres au sud de Tokyo, Tagayasu Dan vit avec sa femme une vie paisible. A la demande d'un professeur de lycée de Tokyo qui ne sait que faire de certains jeunes, braqués contre les études et difficiles à orienter, il accepte de les prendre pendant un mois d'été sur son île. Mais entre les jeunes et lui l'accord se fait et, l'année suivante, un véritable groupe est constitué: Ondekoza, dont Kodo est le résultat à la fois artistique et humain, capable d'apporter dans le monde entier le témoignage d'une nouvelle «pédagogie par l'art du tambour», parfaitement mise au point au Japon. Marathon-men La discipline de vie de cette commu- ~ nauté de jeunes est extrêmement stricte, mais n'émane d'aucun mouvement politique ou religieux. Assez curieusement, la première condition pour y participer est de faire chaque jour plusieurs kilomètres de course à pied ! Cette dernière reste le meilleur moyen pour absorber, épuiser, les violentes pulsions de la jeunesse, tout en développant harmonieusement le corps, sa musculature, ses capacités respiratoires et, surtout, la compréhension et, progressivement, la maîtrise de tout le système relationnel qui existe entre le corps et le psychisme. A partir de cette seule «obligation », d'autres disciplines sont pratiquées, parmi lesquelles l'art et surtout la musique, plus particulièrement sous la forme traditionnelle et populaire du tambour. De même que la pratique journalière de la course à pied les mène jusqu'aux compétitions internationales de marathons, le tambour les conduit à un art de la percussion inégalé dans le monde d'aujourd'hui. Immédiatement après avoir couru (et souvent gagné) les marathons, ces athlètes donnent un concert en plein air, met- -A la baguette- DES TAMBOURS ET DES HOMMES tant en vie intense, à l'aide de leurs lourdes battes, les corps puissants des Daiko, comme si tout cela n'était qu'un jeu d'enfant. .. D'autres instruments de musique sont également utilisés: la flûte traversière en bambou (shi no bué), le Koto (cythare traditionnelle), le shamisen, sorte de guitare japonaise très percutante dont les cordes sont attaquées avec un large plectre en bois, gongs, cymbales ... A Sado, on fait tout, des tâches journalières à l'apprentissage de toutes les disciplines, les arts et les techniques permettant d'ajouter une mise en scène à la musi- ~ que, la danse et le mime. Ces artistes accomplis parcourent maintenant le monde, tandis que leur professeur, M. Dan, est parti dans le sud du Japon, à Kiu Shiu, recommencer avec un autre groupe de jeunes à la dérive son travail d'art et d'amour. Mais qu'avons nous vu et entendu à Paris? Du premier son jusqu'au dernier instant de présence en scène après un nombre incalculable de rappels, la même 24 perfection dans un crescendo sans chute. Chaque expression de vie, chaque éclatement de puissance se détachent sur un fond de silence et d'immobilité que maintiennent l'impassibilité des joueurs, la précise coordination de leurs gestes. Leur concentration intérieure capte l'attention. Le suspens flotte dans l'air. Tout est possible. Le moindre frémissement, un frôlement de baguette ... ou le tonnerre ... et, entre les deux, d'extraor- Force musculaire, suspense, symboles. Les trois branches du Mô peintes sur les tambours représentent l'énergie. dinaires vagues sonores s'amplifiant comme la mer. Tantôt le mouvement des baguettes est presque indiscernable, tantôt les bras levés assènent leurs coups sur les peaux et les bois des tambours. Ce ne sont pas seulement les instruments et les musiciens qui vibrent alors mais toute la salle: les gens se regardent, souriants, émerveillés. Mais déjà les coups redeviennent effleurements et les sons bruissements jusqu'à disparaître complète- Différences - N° 34 - Mai 1984 ment. La salle croit entendre le silence. Est-ce fini? Et non. Un tout petit bruit, à droite. Un seul tambour. Puis à gauche, un deuxième, un troisième ... Chaque tambour conduit l'oreille en différents points de l'espace avant même que l'oeil ait pu y parvenir. .. Et c'est le début d'un nouveau crescendo où se déploie un jeu rythmique complexe et puissant, à la trame à la fois spatiale et mathématique. Ceci est l'évocation du début de Monochrome de Maki Ishii, créé aux Etats Unis au Festival de musique de Tanglewood par l'orchestre philharmonique de Boston, et Seji Ozawa, chef d'orchestre qui vient de diriger le Saint François d'Assise d'Olivier Maessiaen à l'Opéra de Paris. Le sommet du spectacle est atteint avec Odaiko, pièce qui porte le nom même du tambour O-daiko, le grand tambour au son de tonnerre, souvent utilisé durant les célébrations «Obon» de la fin de l'été. Pesant environ quatre cents kilos, il est creusé dans un seul tronc d'arbre. Comment ne pas être fasciné en contemplant cette énorme masse aux courbes 25 adoucies de profil, posée sur un immense chariot de laque noir ornée d'or et entouré d'une guirlande de grandes lanternes où se détachent des idéogrammes tracés par un pinceau de maître... Comment ne pas ressentir la beauté du symbole lorsque, le tambour montre au public son immense peau noire où tournoient les trois branches blanches du «Mô» représentant l'énergie. Les deux joueurs de O-daiko sont nus, à l'exception du minuscule pagne blanc impeccablement drapé et du ruban blanc noué sur leur front. L'un d'eux va se placer devant la peau du tambour invisible de la salle, l'autre, tourne le dos au public. Ses genoux se plient légèrement, ses bras, tenant les pesants gourdins servant de mailloches, se lèvent. Toute la perfection de ce corps d'athlète s'inscrit dans celle du corps du tambour. Elle accompagnera tout au long sur le plan de la vision, l'extraordinaire richesse sonore qui va se déployer sans oublier le chant et les onomatopées criées qui aideront les tambourineurs à décupler leurs moyens énergétiques. Les deux percussionnistes ne se voient pas. Ils se sont synchronisés dès le départ. Coups de maÎtres La participation du corps à la musique ajoute à celle-ci une dimension fondamentale, celle de la vie même. Inoubliable joie, inoubliable vie, inoubliable force qui soulèvent l'être et le font accéder au domaine intérieur du moindre poids, du moindre souci ... J'ai demandé au directeur quelle était la technique: un yoga, le zen? Non, le tambour. .. simplement. La vie de ces artistes est simple. Ils se lèvent à 5 heures du matin, ne nTangent pas avant d'avoir couru leur dizaine de kilomètres, ne fument pas, ne boivent pas d'alcool. Ils mangent la nourriture usuelle des Japonais, contenant très peu de sucre, peu de viande ou de graisse, beaucoup de légumes et de poisson. Ils ne mangent rien en dehors de leurs trois repas, et se couchent tôt. Leur entraînement journalier sur l'île fait qu'ils n'ont pas besoin de massages particuliers, mais ceux ci deviennent nécessaires pendant le temps des tournées car les voyages assis, la vie en ville obligent leur musculature à une immobilité relative qui contraste avec le sur-effort que représente chaque séance publique. C'est le tambour. .. «drumming» qui enseigne et transforme celui qui «donne les coups ... » Des coups de tête, des coups de force, des coups de violence, ... qui deviennent un jour des ("coups de maîtres », créant des chefs d'oeuvres. 0 Eléonore de LA V ANDEYRA-SCHOFFER

Méli-mélomanie 

AFRICA FÊTE « La musique est un événement, elle est un moyen d'échange et de rencontre. La « culture noire» longtemps méconnue, souvent reléguée dans les foyers et les quartiers où se concentre l'immigration, tend de plus en plus à s'affirmer. » Depuis cinq ans maintenant, l'équipe d'Africa Fête, rassemblée autour de Mamadou Konté s'attèle à promouvoir sur Paris, en France et en Europe la musique africaine et, de façon plus générale la culture des peuples africains. Dans la lancée, Africa fête organise un festival de musique le 19 mai 1984 à l'Espace Balard, avec d'une part le grand chanteur sénégalais Y oussou N'Dour et son groupe l'Etoile de Dakar, dont la musique « affolent les pendules » et d'autre part le groupe Osibisa réputé pour son célèbre cocktail syncrétique de rythmes africains, antillais, rock, jazz et soul music. Mettez-vous de la gomina, ça va décoiffer. .. 0 D.C. THE DUKE. Voilà déjà dix ans que s'est éteint Duke Ellington, le plus grand compositeur américain : le 24 mai 1974, au bout d'une carrière musicale de cinquante quatre ans. Edward Kennedy Ellington, surnommé « Duke» à cause de sa distinction naturelle, était né en 1899 à Washington. Il abandonne les arts décoratifs pour le piano en 1920 et commence une carrière de musicien. En 1924, il prend la direction de l'orchestre des Washingtonians qui s'étoffe au fil des ans et devient rapidement le premier grand orchestre de jazz des Etats-Unis. Arrivée à son apogée en 1940, l'orchestre de Duke Ellington, malgré les préjugés raciaux, est unanimement consacré comme le meilleur orchestre de jazz. Il accède aux honneurs et donne son premier concert au Carnegie Hall de New York en 1943. Duke Ellington fut, avec Louis Amstrong, le plus grand créateur du jazz, mais, à l'inverse de celui-ci dont le génie se manifestait dans les improvisations, Ellington exprima sa pensée à travers son orchestre. Souvent en collaboration avec les musiciens de la formation, à partir de matériaux très simples: blues, airs populaires, mais aussi de nombreuses compositions personnelles ; à partir de là, des thèmes séduisants, des suites qu'il pare d'orchestrations somptueuses dans un climat harmonique subtil. Son orchestre était aussi à l'occasion une formidable machine à swing. « The Duke» : indispensable du peuple noir américain qui est contenu dans son oeuvre. Il a raconté ses joies, ses peines, il a magnifié la femme noire, chanté la mère Afrique, prédit l'avènement d'un monde nouveau pour tous les hommes. Avec le célèbre Take the« A » train, il nous invitait à prendre avec lui ce fameux train qui vous débarque en plein Harlem au sortir d'un long tunnel. 0 Robert PAC Discographie de base disponible actuellement en France: • The Indispensable Duke Ellington: Trois albums contenant une sélection des oeuvres maitresses de Duke Ellington enregistrées pour Victor de 1927 à 1946. Collection Jazz Tribune. Black and White. N° RCA PM 43687, PM 43697 et PM 45352. • RCA a édité également l'intégrale des enregistrements de Duke Ellington pour Victor: The works of Duke, soit une bonne vingtaine de microsillons. • De son côté, CBS a édité l'intégrale des enregistrements du Duke pour Colombia, Brunswick, O.K., etc ... de r28 à 1939. The complete Duke Ellington dans la collection Aimez-vous le Jazz. Encore une dizaine de doublealbums. • CBS vient encore de publier un merveilleux coffret de six disques représentant l'intégrale des enregistrements de Duke Ellington pour Columbia de 1947 à 1952, avec, entre autres, la magnifique Liberian Suite. Référence CBS 66607. MARDIS NOIRS. « Terre ... Terre, enfin l'Eldorado» s'écrie Christophe Col()mb en sortant du métro, tel un dément « Yo quiero ritmo ». Man- Le Duke sut trouver une forme musicale mixte, à dominance africaine, capable à la fois de préserver le passé et d'ouvrir ~ des voies nouvelles. C'est toute l'histoire 26 que de chance, c'est lundi. «Mierda martes negro ». n a dormi sur le quai du métro, pour être le premier. A la suite des jeudis noirs du Palace, l'Eldorado, construit au début du siècle pour le music-hall et la chanson, reprend le flambeau après avoir été successivement un cinéma puis un théâtre. En collaboration avec Libération et Radio 7 sous l'égide de Garance production (1), l'Eldorado deviendra le temple du Reggae, de la salsa, du blues, du funk et de la numba jusqu'à la fin du mois de juin, pour commencer. On y sautera allègrement du Zaïre au Bronx, du Nigéria à Cuba, de Brooklyn à Haïti et de Puerto Rico à Montreuil. Sammy Massamba, la star africaine a ouvert le bal avec son immense talent, mais quatre chansons seulement ne lui ont pas permis d'accrocher véritablement avec le public. Ce sera pour la prochaine fois, Sammy. Nana Vasconcelos, l'homme de Récife (Brésil) a emporté le morceau à l'aide de sa virtuosité instrumentale et d'une troupe de danseurs venue tout droit du Bronx avec ses baskets, et le break dans la peau. Cette nouvelle danse, ce nouveau trip qui réussit à mixer parfaitement les Beurs, les Blacks et les Blancs de nos froides banlieues, créant le précédent d'une véritable expression pluriculturelle. Même si la musique jamaïcaine cherche un second souffle, Wayne Armond du groupe Chalice avec son reggae-rock très show-biz a donné le meilleur de luimême en l'absence de Mutabaruka, obligé, pour des raisons personnelles, d'annuler sa tournée européenne au dernier moment. Les Mardis noirs s'annoncent déjà comme des grandes retrouvailles, on y attend Ghetto Blasters, Linton Kwesi Johnson, Joâo Bosco, Youssou N'Dour, Prince Charles, Dédé St Prix (2), bref, du beau linge bien repassé, ce sera fou et ça tiendra chaud au coeur. 0 Stéphane JAKIN (1) 37, rue des Annelets 75019 - Tél. : 240-15-00 (2) se reporter à l'agenda, p. 42 - Improvisation - Le salon de musique Trois mUSICiens, François Cotinaud (sax tenor), Didier Petit (violoncelle), Rosine Feferman (contrebasse), trois animateurs de l'Institut Art Culture Perc~ p,tion managé par le jazzman Alan Silva, confient à Differences ce qui fait l'originalité de leur démarche. Rosine: A l'Institut, on enseigne et on apprend la musique sur la base de l'improvisation. Le principe pédagogique est celui de l'alternance d'un travail de groupe et d'une recherche personnelle. Tous les animateurs de l'école, hommes et femmes appartiennent aussi au Celestrial Communication Orchestra dirigé par Alan. ci valeurs créatives, on se refuse à trans- ci Dans notre projet, il y a l'idée que les musiciens doivent prendre en charge les aspects sociaux de leur art. François: Rosine joue de la contrebasse, elle est en même temps présidente de l'association et elle s'occupe du planning pédagogique. Ce n'est pas toujours simple à assumer, mais cela donne une plus grande maturité sur 1'ê plan artistique. Dès lors on sait mieux vers où on va. Didier: Si tu ne tiens pas compte de l'environnement, tu t'enfermes, tu passes à côté de beaucoup de choses et ta musique perd en profondeur. Rosine: Tout cela n'engage que nous, nous ne sommes pas tous impliqués de la même manière. Mais nous tenons tous à faire de la musique ensemble. L'espace de référence c'est le groupe, il n'y a pas de relation de professeur à élève, il n'y a pas quelqu'un qui sait, face à quelqu'un qui ne sait pas. François: Nombreux sont nos musiciens impliqués professionnellement. Nous tentons d'instaurer un certain climat pour que l'enseignement ne soit ni trop didactique, ni trop froid. Les relations humaines priment: elles conditionnent la nature de l'improvisation, donc de notre recherche. Didier: Le temps est une dimension importante de notre travail. François: A l'instar de Sun Râ ou de Théolonius Monk, nous essayons d'instaurer la durée, à travers la Jazz session surtout. Le groupe élabore sa musique au fil des jours, il produit un son, un écrit, une texture qui le différencient des autres groupes. Rosine : Si les gens ont vraiment le désir de jouer, ils joueront. Il leur faudra du temps, mais ils joueront. François : On cherche à transmettre des Différences - N° 34 - Mai 1984 mettre des connaissances. C'est essentiel comme démarche, nous faisons tout pour mettre les étudiants en situation d'élaborer leur propre langage. Didier: Un autre but est de responsabiliser les gens vis à vis de leur instrument et de ce qu'ils font. Rosine: Fondamentalement, nous ne souhaitons pas être une école de musique, du reste dans le sigle de l'institut le mot musique n'apparaît pas une seule fois. En fait, la musique n'est pas faite seulement de rythme ou de notes. C'est aussi ce que tu joues, la façon dont tu le joues, avec qui et pour qui. François: Le programme pédagogique induit la question des débouchés. On produit des disques, on organise des concerts, on cherche des moyens de diffusion. Didier: Les musiciens sont bien obligés de prendre leur musique en charge. Le rôle du musicien consiste aussi à promouvoir sa propre musique. Rosine: Nous sommes des artistes dans une société capitaliste, il nous faut gérer la réalité, il n'y a pas de mécène. François: L'Institut fonctionne pratiquement sans subvention, quelque soit la couleur du gouvernement, la nature du régime. n appartient au CNAJMI (Collectif National des Associations de Jazz et de Musiques Improvisées), qui vient d'organiser au Havre une grande rencontre, où se sont confrontées une bonne vingtaine de pédagogies différentes. Nous ferons tout pour encourager et soutenir ce type de manifestation, car ce sont des moments importants, comme . tous les moments d'échange. 0 Propos recueillis par Julien BOAZ IACP, 93, rue Oberkampf 75011 Paris Tél. : (1) 806-53-33 1ifférences Le magazine qui vous fait sortir pendant un an 27 ci ci Le Brésil de Nana Vasconcelos Congo de- T.U'Tam Si et le

Lever de rideau 

LE ZOULOU. A la veille de la semaine nationale du théâtre, en avantpremière au Centre Georges Pompidou et dans le cadre de l'exposition Théâtres d'Afrique Noire, le Théâtre Noir présentait le Zoulou, pièce de l'écrivain congolais Tchicaya U' Tam Si, qui donne à l'expression t'héâtrale sa pleine dimension à travers une réalité africaine convulsive. Complots, intrigues, trahisons, bref tout l'univers d'un Shakespeare. Chaka, le Macbeth noir à l'écoute de l'un de ses rêves, entreprend d'unifier son peuple en le libérant des querelles tribales qui l'affaiblissent face à l'ennemi commun, le Blanc. n se révèlera vite un monstre sanguinaire, « improvisant comme le destin », et sa propre mère finira par comploter contre lui, l'acculant au suicide dès lors qu'il prend conscience qu'il est peut être né trop jeune dans un monde trop vieux. Un spectacle qui atteste de la vitalité du Théâtre Noir, même s'il nous laisse un peu sur notre faim tant le jeu des acteurs semblait ce soir-là manquer de conviction. C'est cependant à voir, car seul le public peut pousser la troupe vers une audience plus large à laquelle elle doit prétendre. 0 Julien BOAZ Le Zoulou de Thicaya U' Tam Si sera repris au Théâtre Noir, 16, rue LouisBraille à partir du 4 mai. CULTURES -Cinéma- Laisse tomber le béton. Serge Le Péron met la banlieue au cinéma. Sans complaisance. « L aisse béton» est une expression en verlan (1). Le chanteur Renaud l'a popularisé. Depuis les banlieues de Paris, Lyon ou Marseille ont souvent fait la une des rubriques faits divers mais aussi des pages cinéma des journaux français. Serge Le Péron nous ressitue « Laisse Béton» dans cet univers là : « C'est l'histoire de deux enfants, Brian et Nourredine, qui vivent en banlieue parisienne, ce qui leur crée des problèmes particuliers. Brian est un enfant de 13 ans dont le père a été chanteur de rock (sous le nom de Gilles More, le personnage est interprété par Jean-Pierre Kaljon) dans les années soixante. Il reste de cette époque un scopitone, un petit fi/ni en super-8 qui passait dans les cafés (c'est un peu l'équi/ent des vidéos-clips) et quelques images d'un voyage que Gilles More avait fait à San Francisco vers la fin des années 60. Au moment où le film commence, le père de Brian est en prison,. Brian se passe en permanence le film du scopitone et il rêve de recommencer en quelque sorte la séquence ratée de la vie de son père. Il veut retourner à San Francisco et dans cette aventure, il entraîne son copain Nourredine qui veut partir, lui, pour d'autres raisons: parcequ'i/ en a marre du quartier, parce qu'il a des problèmes avec son père. Comme cette histoire romanesque se passe dans la zone et qu'il s'agit d'enfants pauvres, ils commettent des larçins dans des grands magasins pour pouvoir se payer leur rêve de voyage. Ils « refourguent » les produits de leurs vols à un recelleur du quartier comme l'ont fait des générations d'enfants avant eux. Mais tout ne se passe pas exactement comme ils le prévoient ... » L'une des plus grandes qualités de « Laisse Béton» réside dans le fait que Serge Le Péron ait su placer la caméra à hauteur d'homme - en l'occurence à hauteur d'enfant, les jeunes ne sont pas saisis dans leur marginalité pour fabriquer un semi-polar destiné à appâter - ou à épater - le bourgeois. Serge Le Péron nous présente leur délinquance comme la conséquence sociale de leurs rêves et non pas comme le résultat d'un pseudo-déterminisme. Pour Brian et Nourredine, voler n'est pas voler, c'est se donner les moyens du rêve, du voyage, du désir de fuir le béton. L'immigration et la zone ne sont pas récupérées, manipulées comme dans Serge Le Péron : « Il y a plusieurs façon de montrer le racisme. » 28 tant d'oeuvres' récentes (cf. «Immigré Superstar », Différences n° 32, Mars 1984). En montrant ces jeunes qui vivent ensemble avec leurs différences, Serge Le Péron fait oeuvre antiraciste, sans manichéisme simplificateur, en faisant tout simplement son métier de cinéaste. « Il y a plusieurs manières de dénoncer le racisme. On peut le faire dans des discours, on peut prouver son caractère imbécile. On peut donner des chiffres, etc. Ce que j'ai voulu montrer, c'est des personnalités qui vivent ensemble et pour lesquelles au fond cette question ne se pose pas du tout. Ils ont la même situation sociale, même s'ils ont des origines différentes~ Il y en a un qui vient d'une famille française des années 60 qui s'est marginalisée, l'autre est un enfant d'immigrés. Leur caractéristique, c'est d'être tous deux des enfants « d'enfants ». Je m'explique. Le père de Brian est issu de cette génération de mai 1968 qui d'une certaine façon ne voulait pas devenir à son tour une génération de parents. On a souvent dit qu'ils étaient « les enfants de Marx et de coca-cola ». Un produit des années &0 De même les immigrés (parents de Nourredine) sont traités comme des enfants, paternalisme ou refus de cette dignité minimum que tout individu est en droit d'attendre. Brian et Nourredine sont le produit des années 60-70. Ils sont amis, copains, ils ont les mêmes rêves, ils aiment la même musique, les mêmes films, etc. Cette question (du racisme) ne se pose pas de la manière aussi stupide qu'elle se pose quand c'est des adultes qui en parlent,. les choses sont beaucoup plus saines ». Le titre même du film est à l'image de la démarche du réalisateur. Il s'appuie sur le verlan, ce langage si caractéristique des gosses des banlieues depuis quelques années. « Un film ne peut avoir d'intérêt qu'à partir du moment où les gens qui sont dans une situation donnée ont envie d'en changer ». D Propos recueillis par Jean-Pierre GARCIA lors d'une interview par Radio TSF et Différences. (1) Pour les non-initiés, parIer verlan consiste, comme son nom l'indique, à inverser les syllabes. « Beurs », comme chacun sait, est une contraction ultime. de be-ara. [ DANIEL. Le film est fini depuis longtemps qu'il marque et étreint encore. Daniel est porté en nos mémoires par le drame des Rosenberg, mais il n'est pas simple reconstitution de « l'Affaire », c'est aussi celle de l'Amérique des années cinquante. Sidney Lumet a adapté un roman qui prend pour point de départ l'histoire des enfants Isaacson, dont les parents ont été condamnés et passés à la chaise électrique. Daniel n'est pas exactement l'histoire des Rosenberg, il est réflexion (et tentative d'analyse) sur la profondeur du traumatisme subi par les enfants de militants assassinés. Daniel est à la recherche du passé, le retour progressif vers ce qui a motivé et félit agir ceux que la guerre froide faisait passer pour des espions. Daniel nous dit aussi, et ce n'est pas sa moindre qualité, les cauchemars et les angoisses de ces enfants imaginant leurs parents sur la chaise électrique. Daniel a été boudé par la mauvaise conscience d'une certaine presse américaine. Il est sorti à la va-vite dans les circuits commerciaux en France. Ne le ratez pas; il risque d'être trop rapidement retiré de l'affiche. D J.-P. G Daniel, de Sidney Lumet. ~~!~S DE VOYAGE. Quelques miettes d'une des plus belles expressions de la différence: le Carnaval de Charles 12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)nCharles 12 janvier 2012 à 11:48 (UTC):s:a;Charlese~~u~e Charlessaf:r~~ ~f~~:~~u~'~~j;,mes ,ve~tri~otents e~ de « mamma »felliniennes dans les Calles ; détour pour mieux vous expliquer votre chemin. urnee, oUJours pret avec une remarquable amabilité à faire un i~~e~;~EEe;y: ~fg!s~~ ~~;~Z!:~~rlll;a;~ft~:~~: ~',~~t~ ;!~i~~i~;~~d!~:~;se Charles7:Charles '12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)tCharlessc~fo~yCharles:.r est là . . une mervel e malS ale ! ça glIsse partout , Le costume le plus répandu . sans aucun do ut l' d h h . . autour d'un inême personn~ge sans prendre ~eC~eUmlpsespo otogtra d P le, profedsslOnnel ou non! Ils s'agglutinent en grappe L' bl' . d'" uven e e regar er o IgailOn mnover, de trouver une autre démarche relationnell . i:' , . . cause du masque et du costume 0 dl' e pUIsque apprehenslOn VIsuelle nous est limitée à détriment des autres sens Ici i.l frt 'an s nto tre cu .t ure eurohpeenn'e l'éducation pri VIl 'e gl.e consI' de' ra bl ement la vue au , . , au ecou er, sentier, touc er, pour deviner l'autre sous son masque. Chantal . LANGÈARD Différences - N° 34 - Mai 1984 29 Les marchés de la faim L'aide alimentaire en questions Un livre de Frères des hommes Terre des hommes Peuples solidaires 224 pages 65 F Pourquoi ne pas donner nos surplus alimentaires à ceux qui ont faim? Un projet de bon sens qui se heurte à une réalité plus complexe et provoque bien souvent des effets inverses à ceux recherchés. Une autre politique est possible, favorisant les échanges d'une région à l'autre du tiers monde. Ce livre s'inscrit dans la campagne « Pour le droit des peuples à se nourrir eux -mêmes », menée par les associations Frères des hommes, Terre des hommes et Peuples solidaires, au printemps 1984. Cahiers Libres , Editions La Découverte l, place Paul-PaitÙevé, Paris Vo-Té1.: 633.41.16 30 Chronique du flagrant racisme Préface de Casamayor Un livre du MRAP 144 pages 52 F Avec la crise, les vieux démons du racisme resurgissent sous des formes nouvelles: la lutte pour l'emploi, l'insécurité, etc. S'il est essentiel de combattre les idées fausses sur ce sujet, la lutte doit aussi se mener sur le terrain concret de la défense des victimes du racisme au quotidien. Ce guide pratique analyse les posibilités offertes par la loi de 1972 pour lutter contre les injures racistes, le refus de logement, de travail, de service dans un café, etc. Cahiers libres Editions La Découverte l, place Paul-Painlevé, Paris Vo-Té1.: 633 .41.16 Lectures __ _ BEYROUTH. « Une pomme à la mer. Narcisse de marbre. Papillons de pierre. Beyrouth. La forme de l'âme dans le miroir, description de la première femme, parfum de nuages. Beyrouth defatigue et d'or, d'Andalousie et de Syrie, argent natif. Ecume... Testament de la terre dans le plumage des colombes. Mort d'un épi. Errance d'une étoile entre moi et Beyrouth. Mon amour. Jamais auparavant je n'ai entendu mon sang prononcer le nom d'une amante profondément endormie sur mon sein. » Chronique de la douleur palestinienne, la parole de Mahmoud Darwich est comme une mémoire en partance vers des frères disparus. C'est un chant, en même temps qu'un miroir brisé et une oraison funèbre de la terre tant aimée. « La patrie c'est de boire le café de sa mère et de rentrer au soir ». Condamné à l'amnésie, à la perte de son identité. Mahmoud Darwich est un pseudonyme. « Quand à mon véritable nom, le fouet du tortionnaire l'a extirpé de ma chair ». Les sables s'enflamment, « la pierre est secouée de frissons» alors que Beyrouth s'écrit en lettres de sang et que la lune flotte sur Baalbek. Amour impérissable, sa poésie, telle une voix, s'érige au milieu des ruines encore fumantes, comme celle du berger et porte en elle un espoir insensé : « 0 enfants de Babylone fils des chain es vous reviendrez bientôt à Jérusalem et bientôt vous grandirez, vous moissonnerez bientôt le blé, dans la mémoire du passé et vos larmes feront pousser des . épis ». 0 Daniel CHAPUT Rien qu'une autre année, de Mahmoud Darwich. Traduit de l'arabe par Abdellatif Laâbi, éd. de Minuit. SÉRIE NOIRE. Octobre 1961. Un professeur d'histoire, Roger Thiraud, reçoit une balle mortelle alors qu'il rentrait chez lui pendant la grande manifestation des Algériens à Paris, très durement réprimée par la police. Vingt ans plus tard, son fils Bernard subira le même sort en voulant terminer les recherches entreprises par son père à propos de la déportation massive d'enfants juifs depuis la région toulousaine jusqu'à Drancy sous le régime de Vichy. Une vraie série noire, un vrai roman policier, bien écrit, bien rythmé. Quelqu'un de toute évidence avait intérêt à ce que les recherches n'aboutissent pas ... D D.C. Meurtres pour mémoire, de Didier Daennickx, éd. Gallimard Différences - N° 34 - Mai 1984 Mahmoud Darwich MARCO POLO. Des prisons de Gênes à la Venise de l'aube du XIve siècle jusqu'aux lointaines terres d'Orient, l'auteur reconstitue avec un grand talent et beaucoup de rythme la vie et la vaste entreprise de ce vieux loup des mers du sud. 0 _ Marco Polo, voyageur vénitien, d"Alvise Zorzi, éd. Robert La.ffont. ASHUANIPI. Le récit d'une aventure à deux, celui d'une tragédie où la mort a agité son spectre à la façon de Jack London, dans les eaux glacés de la rivière George. Alain Rastoin signe aussi pour son ami disparu Marc Moisnard, en un ultime hommage à leur mémoire commune sur la piste des Indiens du QuébecLabrador. Ashuanipi, d'Alain Rastoin, éd. Robert Laffont. REGARD. Sociologue et anthropologue, Wadi Bouzar nous livre une des contributions les plus importantes sur le vécu social algérien. Dans le cadre de sa thèse d'Etat, il tente d'établir les corrélations et les oppositions que l'histoire et le quotidien tissent entre les entités rurales et urbaines, à observer et à marquer le passage de la mouvance ou du nomadisme à la sédentarité, de la campagne à la ville dans une société en plein changement et rupture dynamiques. Sa logique faite d'analyses sociales, de retours historiques, de biographies et d'études sociologiques nous entraîne, à travers un cheminement originel et poétique, dans un voyage au fond d'une société complexe, riche et conflictuelle. Son étude essaie de reconstituer une mosaïque faite d'images visuelles et sonores en un mouvement alterné passéprésent, de reproduire la parole orale présente, l'héritage historique et la réalité sociale afin de cerner et de reconstituer le vécu social authentique. Par un chemin nouveau, où s'entremê- 31 lent le réel et le symbolisme, «cette recherche s'essaye par l'essentiel à une sociologie de la création ». Un livre qui sera indispensable à la compréhension d'une société qui a ses racines dans « la mouvance et la pause ». 0 Kamel R. (1) La Mouvance et la Pause, de Wadi Bouzar, éd. SNED Alger. Il est disponible à Paris, sous une forme abrégée. L'ORDRE. Si l'on en croit le déterminisme biologique, le comportement des groupes humains et les différences entre eux - race, sexe, classe - seraient innés. L'ordre social refléterait donc un ordre biologique. Les désavantagés ont donc ce qu'ils méritent. .. L'intelligence n'aurait qu'une mesure ... de la craniométrie du XIXe siècle au très controversé Q.I. de nos jours. Dans son ouvrage La mal - mesure de l'homme, Stephen Jay Gould, enseignant de biologie, de géologie et d'histoire des sciences à l'Université Harvard (U .S.A.), met en évidence l'indigence scientifique de ces arguments et présente le contexte politique dans lequel ils ont été élaborés. Une brillante analyse des données quantitatives en matière d'appréciation de l'Homme et des aberrations auxquelles elles peuvent conduire. 0 Pauline JACOB La mal - mesure de l 'homme, de Stephen Jay Gou/d, éd. Ramsay. 1983. Sélection Livres Différences La fin des immigrés Françoise Gaspard, Claude ServanSchreiber - Ed. du Seuil La vie quotidienne des résistants de l'armistice à la libération Henri Noguères - Ed. Hachette La tentation néo-faciste en France 1944-1965 Joseph Algazy - Ed. Fayard Messaouda Abdelhak Serhane - Ed. du Seuil On ne part pas Henri Raczymov. Le Chemin - Ed. Gallimard Speranza J .-B. Brunet-Jailly. Presses de la Renaissance Imhotep - Le mage du Nil Pierre Montlaur - Ed. Albin Michel Les mortes Jorge Ibarguëngoitia - Ed. Belfond Hospitalité française Tahar Ben Jelloun - Ed. du Seuil REllENID" - Au-delà de l'Oural , ETOILE ROUGE, CROISSANT VERT 45 millions de musulmans soviétiques - Henri Alleg nous en parle. Différence: Henri A Lleg, dans votre livre Étoile rouge et croissant vert, vous avez choisi de parler des populations islamiques d'URSS: 45 millions d'individus. Qui sont-ils ? Henri Alleg : Des populations de très ancienne ongme, qui habitent ces régions qui constituaient un couloir entre l'Orient lointain, la Chine, l'Asie et l'Occident. Ces pays ont une histoire prestigieuse depuis la plus haute antiquité

d'immenses caravanes les traversaient.

Leurs relais ont donné naissance, dans les oasis, à des villes très importantes : Samarkande a fêté en 1970 son 2500e anniversaire. De toute éternité, s'y sont mêlées les cultures occidentales et orientales. Ces pays ont fait partie d'immenses empires : l'empire d'Alexandre et l'empire perse entre autres. Avec l'arrivée de l'Islam, au VIlle siècle une autre civilisation s'est développée,avec des grands noms aujourd'hui encore prestigieux dans l'histoire de la science, comme Avicenne. Différence: L'Islam s'est-il imposé facilement? Henri AlIeg: Moins facilement qu'en Afrique du Nord ou en Espagne où les Arabes pouvaient apparaître comme des libérateurs par rapport à l'empire byzantin ou aux grands propriétaires fonciers. Dans les régions qui nous intéressent il y a eu de grands batailles : elles avaient atteint un niveau de civilisation élevé, les Arabes pouvaient apparaître comme de purs envahisseurs. Mais enfin, l'Islam s'est imposé. C'est le début d'une autre période de grand développement et les savants dont je parlais tout à l'heure sont en fait issus de cette aire de civilisation qui s'étendait de l'Espagne andalouse à l'Inde. Ils avaient adopté l'arabe, la langue de culture de l'époque, mais ils étaient les héritiers de tout ce qui s'était fait avant dans les cultures grecque, perse, etc ... Différences: Comment expliquer la période de décadence qui a commencé au treizième siècle ? Henri Alleg : Elle est liée à une période d'invasions successives. Il faut savoir que la vie est très difficile dans ces pays.Là-bas ce n'est pas la terre qui est importante, c'est l'eau. Il fallait souvent des années et des années avant de créer un système d'irrigation. Une guerre détruisant ces systèmes détruisait en même temps les cultures, parfois de façon irrémédiable. On arrive ainsi à un état de décadence, accentué par les fait que désormais les routes commerciales sont ailleurs: c'est le temps des voies maritimes, plus économiques. Différences: Au XIxe, c 'est la porte ouverte à la colonisation ? Henri Alleg : Oui, l'Empire tsariste aura à l'égard de ces pays la même attitude que les pays européens avides de conquêtes. Avec des pratiques envers les habitants tout à fait comparables à celles des Français ell Algérie. Mais on enverra au si dans ces pays beaucoup de Russes qui ne sont pas des colonisateurs : des syndicalistes, des révolutionnaires dont on se débarrasse. Ils contribueront avec la petite partie de la population d'origine qui a quitté la paysannerie à organiser le mouvement révolutionnaire, et ce qu'apporte la Révolution va rapidement gagner la majeure partie de la popula- 32 tion, puisqu'il est question de se débarrasser des féodaux et qu'on affirme le droit des peuples à s'organiser comme ils le veulent. Différences: Vous montrez dans votre livre que les questions de nationalité, de cultures, sont posées très tôt par le gouvernement des soviets. Henri Alleg : Même avant 1917, on se les pose ! Dès 1905, la question nationale est posée. Evidemment, il y a l'esprit « grand russe» contre lequel Lénine et d'autres dirigeants vont combattre: cet esprit de supériorité à l'égard des populations autochtones. En tout cas, il y a eu une différence entre l'attitude que les dirigeants locaux ont pu avoir envers les religions musulmanes et orthodoxes. En Russie, il y a eu confusion entre la lutte contre les blancs et ceux qui les soutenaient, dont les autorités religieuses, et la lutte générale contre l'idéologie religieuse. Dans les pays de l'Asie centrale, il y avait des dizaines de milliers de mollahs , souvent extrêmement pauvres et qui suivaient les aspirations de leurs fidèles, et d'un autre côté une fraction intéressée au maintien de la féodalité. La masse des fidèles a rejoint les révolutionnaires. Différences: Comment s'est faite l'organisation en Etat? Henri Alleg: C'était déjà des Etats multi-nationaux avec d'ailleurs de nombreuses rivalités entre les diverses ethnies. Les Soviétiques ont essayé de regrouper dans leur découpage le maximum de ressortissants de chaque groupe. En gros, on a essayé de constituer des nations pour que chacun ait le sentiment d'être responsable chez lui. Ensuite l'idée qui domine c'est qu'il ne suffit pas de proclamer l'égalité, il faut se donner les moyens de la réaliser, d'où un gigantesque effort d'équipement et d'éducation. Différences : Comment se passe les relations entre les gens ? Henri AlIeg: Des rapports nouveaux sont apparus. Il y a un patriotisme so,:,iétique. On est Ouzbek ou Tadjik, fier de sa culture et de sa langue mais avec le sentiment d'être soviétique. Différences: Mais certains parleront alors de «russification », en disant que cette harmonie n'a été conquise qu'au prix d'abandons importants que ces peuples ne consentiront pas toujours. Henri AlIeg: Ça, c'est un thème qui apparait au moment de l'effondrement des derniers empires coloniaux : on feint d'en découvrir un à l'Est en oubliant que la lutte anti-coloniale des peuples d'Asie centrale a eu lieu il y a plus d'un demi siècle. Alors on dit aussi que, certes, des progrès énormes ont été faits, mais au prix de l'abandon de l'identité nationale. Seulement ça ne résiste pas à la simple observation des faits ; le développement des cultures nationales n'a jamais été aussi important. Les dictionnaires par exemple se sont énormément enrichis, les adultes disent: «Nous parlons bien notre langue, mais nos enfants la parlent mieux. » Différences: Est-ce que ce n'est pas une pratique folklorique ? fls apprennent le russe. Henri Alleg : Imaginez une ville comme Tachkent où il y a des écoles grecques, tatares, ouzbèques, tadjikes, kirghizes, allemandes, car chacun, de quelque ~ nationalité qu'il soit, a le droit et les moyens d'apprendre sa propre langue ... Le russe gagne, c'est vrai, et deux tiers de la population parlent le russe et leur . propre langue. Nous avons du mal à imaginer en France qu'on puisse avoÏi: plusieurs sources de culture et plusieurs langues. D'autre part, en URSS, il n'y a pas de langue officielle : il existe parfois des ilôts de culture étrangère perdus. En Ouzbekistan il y a des Coréens. Et bien si dans un village la majorité des habitants est coréenne, les séances du conseil municipal se dérouleront en coréen, la justice sera rendue dans cette langue. Le développement du russe ne va donc pas de pair avec un étranglement des cultures locales. Au contraire c'est, pour beaucoup, vécu comme un enrichissement. Les Kirghizes n'avaient pas d'alphabet, donc pas de culture écrite, il ya soixante ans. Ils ont aujourd'hui une littérature, et quelle littérature: Aïtmatov est traduit dans toutes les grandes langues du monde, et son dernier livre est traduit en russe à cinq millions d'exemplaires. Différences: Y-a-il un mélange des diverses nations, par le mariage par exemple? Henri Alleg : Le chiffre est faible: 10 à 15 070. Les Soviétiques sont très prudents W'. messloor Temps Actuels Bon de commande à retourner à : hem alleg Librairie Racine, 24, rue Racine - 75006 Paris par rapport à ça. Ils laissent les chose~ se faire. A partir d.u"illoment où sont supprimées les causes fondamentales des inimitiés et du racisme, les choses évolueront. Les différences n'aboutissent aux heurts que quand elles sont hiérarchisées. Différences: Le «réveil» de l'Islam dont.on parle volontiers n'existe ,pas dans 'ces pays? . Henri Alleg : Il faut préciser de quoi on parle si on veut être honnête. Comme toutes les idéologies religieuses, l'Islam a son histoire. Il y a des différences fondamentales. Des dirigeants de l'Islam en URSS qui sont des combattants très actifs au Mouvement de la paix estiment que le Parti communiste, bien que non croyant, rejoint dans l'application pratique de sa politique des principes fondamentaux de l'Islam tel qu'ils le conçoivent. Différences : Il est dynamique dans ces républiques ? Henri Alleg : Il y a une approche beaucoup plus moderne, dirais-je. On est musulman un peu comme on est religieux dans un pays laïc. Dans une même famille on peut trouver la plus grande diversité de pratiques et de convictions. 0 Propos recueillis par Catherine HELBERT Veuillez m'adresser l'ouvrage Etoile rouge et croissant vert dont je joins le règlement à ma commande, soit 85 F + 10 F de frais d'envoi 95 F. Nom ...................... Prénom .................. . Adresse ..... ·················· ....................... . Code Postal. . . . . . . . . . . . . . .. Ville ..................... . !Jo UNICLAM 00 63, rue Monsieur-le-Prince 75006 PARIS - Tél. : (1) 329.12.36 Différences - N° 34 - Mai 1984 33 i . " D'OU VIENNENT- LES CHIITES Révolution iranienne, guerre du Golfe, Liban : il est de bon ton d'où Le Dieu des chiites fait de la politique. Pas comme celui des chrétiens qui s'en occupe fréquemment, mais sans en avoir l'air. Non! L'Allah khomeiniste annonce carément la couleur. On peut entrelarder les prières d'objurgations révolutionnaires, ce Lui est encens et sacrifice d'agréable odeur. L'affaire ne date pas d'hier. En 622, le prophète Mohamed doit fuir sa ville de La Mecque avec deux cents de ses compagnons. Ses prédications en faveur du Dieu unique, l'affirmation que tous les croyants sont égaux devant Lui, n'ont pas du tout plu à la puissante tribu des Qoraïshites qui dirige l'aristocratie commerçante de la cité. Elle tire ses bénéfices du culte qu'on rend aux idoles dans le sanctuaire de la Kaaba et que visitent des milliers de pélerins. Dès son origine, l'Omma, la Communauté des croyants, est une entité à la fois spirituelle et politique. Réfugié à Médine, Mohammed ne tarde pas à y organiser son pouvoir et son armée. Il conquiert La Mecque manu militari, unifie une grande partie de l'Arabie dont il devient tout à la fois le pape et le prince. Quatre khalifes (khalifat: successeurs) dits « orthodoxes» parachèvent l'oeuvre de l'Envoyé. Abou-Bakr étend la loi d'Allah sur l'ensemble de la péninsule arabique. Omar entreprend la conquête des terres perses et byzantines. Othman codifie le Coran et poursuit l'impétueuse expansion de l'Islam. A l'avènement du khalife Ali, gendre, cousin et très cher ami du prophète Mohammed, l'islam n'a guère plus de trente ans, et pourtant, l'Empire arabe touche au Maghreb et à l'Indoukouch. Cependant, la concurrence entre les Qoraïshites mecquois et les authentiques musulmans n'avait jamais vrairrient cessé. Les Qoraïshites ont embrassé la religion d'Allah par force. Ils restent profondément sceptiques. Mais ils voient bien 34 quel profit ils peuvent tirer d'une foi qui est également l'idéologie officielle, d'un gigantesque Etat. D'autant plus qu'en habile homme d'Etat, Mohammed a maintenu le pélerinage de La Mecque en l'islamisant. Deux sensibilités cohabitent déjà dans l 'Omma. L'une insiste sur les aspects les plus prophétiques du Coran : égalité des croyants devant Dieu, indépendamment de la race, de la langue ou de la condition sociale. Mohammed luimême s'est appuyé sur le peuple pour vaincre les Qoraïshites. Son ami BilaI, un ancien esclave noir, est donné en exemple pour sa foi et, la tradition l'assure, il sera le muezzin du paradis. Grâce à cet égalitarisme et à la très forte cohésion que donne à l'Omma sa foi simple et vigoureuse en l'unicité de Dieu, les tribus arabes les plus indisciplinées ont pu s'unir et conquérir le monde, souvent accueillie en libératrices par des populations qu'excèdent les persécutions religieuses de l'empire byzantin. Prophète et chef d'Etat Mohammed est aussi un chef d'Etat. Le Coran fourmille d'indications sociales. Avec en sus le sceau du ToutPuissant qui est sensé en être directement l'auteur. Formidable levier pour l'organisation de l'empire. Splendide occasion d'assurer leur pouvoir pour -ceux qui le dirigeront. Lorsqu'Ali est élu khalife, les Qoraïshites, le parti des « Mounafikins » (Hypocrites), passe à l'attaque. Le gendre du Prophète est un homme pieux mais faible. Surtout, il représente la ligne égalitaire et populiste de l'Islam originel. Dans les provinces conquises, l'armée et l'administration voient d'un mauvais oeil l'arrivée au pouvoir d'un homme qui pourrait croire vraiment que les vaincus sont les pairs des vainqueurs, pour peu qu'ils se soient convertis. A Médine et La Mecque, les Hypocrites sentent le moment venu. La réaction est violente, dirigée par le Qoraïshite d'accuser le fanatisme chiite. Peut-être vaut-il mieux chercher il vient. Mo'âwiya. Le malheureux Ali doit composer, concession qui ne sert qu'à éloigner de lui une partie de ses fidèles, les Kharidjites ou « sortants ». Peu après, le dernier des khalifes orthodoxes est déposé puis assassiné. Mo'âwiya prend sa place et pour marquer la différence, transfère le trône khalifal de Médine, la ville du Prophète, à Damas, capitale de la Syrie conquise sur l'empire byzantin. Hossein, le martyr désespéré La Chi'at Ali, le parti d'Ali ou chiites, continue à reconnaître la direction spirituelle des imams Alides, malgré la mort tragique des deux fils du khalife assassiné, Hassan et Hossein. Hossein reste d'ailleurs en chiisme l'exemple même du martyre désespéré pour la cause de la vraie foi. C'est donc du tout début de l'Islam que la sensibilité chiite tire son origine, même si se construira par la suite une théologie propre à ce courant, des dévotions caractéristiques comme celles qui entourent le souvenir des douze imams Ali et ses successeurs. ' A Damas, la dynastie des Omayyades fondée par Mo'âwiya étend un Islam légaliste et tolérant, mieux fait pour assurer la paix civile sous la férule des khalifes et de l'occupant arabe que pour exalter l'âme pieuse. Mais dans l'âme du peuple survivent les paroles brûlantes du Prophète qui prônait une communauté de justice, sous le contrôle de Dieu, un monde d'honnêteté et de soumission à la bienveillante volonté du Très-Haut. La plupart des révoltes populaires que connaîtra l'empire musulman seront inspirées du chiisme ou de sectes se situant plus ou moins dans sa mouvance. Au milieu du huitième siècle, un puissant mouvement monte de Perse pour contester la dynastie Omayyade qui a trop tendance à confondre les intérêts de l'Islam et ceux des aris- 1 tocrat~s arabes. Cette révolution qui provoque la chute de la dynastIe et son remplacement par les Abbassides est puis- Différences· N° 34 - Mai 1984 35 samment soutenue par les chiites. Les nouveaux khalifes s'empresseront d'ailleurs de réprimer leurs anciens alliés aux idées trop subversives. A la fin du neuvième siècle, une gigantesque révolte d'esclaves noirs embrase le khalifat abbasside. Menés par Al Burqû'i, le Spartacus de l'Islam, les insurgés prennent de nombreuses villes et menacent le pouvoir. C'est au nom de l'esprit d'Ali qu'ils se soulèvent et prônent un communisme initiatique. Un peu plus tard, la révolte des Qarmates soulève, sous l'étendard chiite, le petit peuple de basse Mésopotamie. Elle parvient même à mettre sur pied, en Arabie un Etat indépendant où règne un égalitarisme absolu. Avec son Iman caché qui doit réapparaître à la fin des temps, son culte du martyre, son goût pour les dévotions spectaculaires, sa certitude que le parti de Dieu est celui des pauvres, le mouvement chiite est incontestablement l'héri tier d'un Islam populiste qui n'est nullement en contradiction avec le Coran et la prédication de Mohammed. La révolution iranienne s'est faite en son nom. On a vu des millions d'hommes descendre dans la rue pour fustiger les riches et les puissants. On les voit maintenant partir mourir sur le front irakien. A la suite de l'Iman Hossein, fils d'Ali, les fusils du shah trouvèrent toujours des martyrs à massacrer. L.orsque certains partis mirent en doute la ligne khomeïlllste, le pouvoir les désigna sous le nom d'Hypocrites, comme à l'aube de l'Islam, le parti des Qoraïshites. Enfin Khomeiny est désigné sous le titre prestigieux, quasi divi~ dans la conscience populaire, d'Imam. Ces points d'histoire ne justifient rien. Peut-être permettent-ils de mieux comprendre comment un peuple tire de son passé, de ses rêves, de sa foi, les voies d'un destin que l'actualité nous montre malheureusement sanglant et chaotique. 0 Jean-Louis SAGOT-DUVAUROUX EN BEBA , / DIFFERENCE Farida Belghoul, cinéaste issue de l'immigration, s'in la marginalisation ? Une Farida BELGHOUL cinéaste « On est tous Mme Choneau, enseignante Il faut dépasser les différences d'origine, sinon, c'est le retour à la caverne, le repli sur soi. B !EN sûr, chacun de nous est différent de l'autre. Mais il s'agit d'une évidence destinée à donner à chacun de nous la force de vivre, petit maillon unique et banal de cette chaîne immense. Pour n'importe quel être sensé, appartenir à l'espèce humaine et cultiver nos convergences me semble plus enrichissant qu'une différence soi-disant culturelle et héritée. Je m'émerveille de notre tendance ambigüe, à nous les hommes, à créer des différences qui n'existent que pour des attardés mentaux. ~ effectivement z Quand le roi Salomon, exemple légendaire de sagesse et de tolérance, s'unissait par mariage à la fille du roi d'Egypte, par amitié au roi de Tyr pour la construction du Temple de Jérusalem, ne pensez-vous pas que vouloir créer des petits ilâts pour cultiver nos différences ne pourrait viser qu'à recréer un racisme stupide et débile? 7 différents » I L est toujours possible de parler de différences, on est tous effectivement différents. Mais les différences, multiples, s'articulent toutes autour de ce modèle dominant implicite: être un homme, blanc, bien sûr hétérosexuel, avoir 30 ans, et de l'argent. Nombre de gens ont revendiqué le droit à la différence, avec beaucoup d'intentions louables. Mais se fixer sur tout ce qui est dissemblable entre les gens peut contribuer à ce que toute communication devienne ou semble impossible entre les êtres trop différents. Focaliser sur les différences, ça conduit à occulter ce qu'il y a de commun et qu'on doit défendre ensemble. On vit dans une société qui tient déjà compte des différences, puisqu'elle arrive à considérer que des gens qui n'ont pas connu le même niveau de vie auparavant ne méritent pas le même traitement que les autres. Ça conduit au fait qu'aujourd'hui, par exemple, il n'y a pas la même justice pour tous. Il y a pourtant une grande différence, peut-être la plus utile pour avancer: les immigrés ont encore le souvenir d'une culture communautaire qui s'articule autour de la dignité de l'individu. Individu que notre culture industrielle survalorise en droit, mais bafoue en fait. Voici une différence qui pourrait être l'appui de luttes communes. 'Différences Le magazine qui vous fait voyager 36 Fou, maniaque et illogique, ce petit brun moustachu qui chanta la gloire des grands blonds ! Nos différences sont si minimes, quand on les regarde avec détachement! En tout cas, elles ne sont pas dans nos origines, notre couleur de peau, notre passé. Chaque être vivant, s'il se nourrit d'une origine, aspire à la dépasser. Oui à la différence de chacun d'entre nous, non aux différences d'origine qu'il s'agit d'assimiler et de dépasser pour un enrichissement mutuel. Sinon, c'est le retour à la caverne, la haine de l'autre, le repli sur soi. 0 Mar FaU, universitaire Les jeunes prennent la parole pour quitter la marge. LA population migrante maghrébine et africaine noire dont l'installation en France se voulait provisoire, s'est peu à peu stabilisée. Elle n'est plus de l'ordre de la conjoncture; sa situation est d'ordre structurel. Pourtant, le terme de «seconde génération» vient nous signifier que cette population est encore immigrée. Appréciation qui ne tient pas du tout compte des conduites sociales des jeunes nés en France. Celles-ci appellent un autre regard, qui intègre de manière durable et définitive cette population dans l'Hexagone. Bien sûr, il n'y a pas homogénéité dans les conduites sociales. On trouve ici et là des conduites marquées par une attitude de retrait, avec comme colonne vertébrale le «Retour », la défense de l'héritage culturel des parents. SSEMBLANCE terroge : revendiquer le droit d'être autre, ou refuser seule réponse: l'égalité. Perspective noble, respectable, qui affirme une identité historique, fière, intacte: l'algérianité, l'arabité, la négritude, etc ... Mythe et illusion pourtant. L'expérience nous montre que bon nombre de ces jeunes n'ont jamais mis les pieds au «pays ». Ceux qui ont pu réaliser ce rêve sont revenus très vite en France, exclus qu'ils sont dans ce qu'ils prétendent être leur «pays». Ces conduites d'exclusion, de retrait n'offrent aucune perpective d'ouverture vers la société dans laquelle ils sont nés, dans laquelle il vont vivre. Situation renforcée par les tenants du «droit à la différence », justifiant ainsi la marginalité et le ghetto dans lesquels est enfermée la population d'origine maghrébine et africaine noire. Le «droit à la différence » est une concession, mais il ne bouleverse pas les rapports de domination et d'inégalité. Le fait que ces jeunes prennent la parole (Sans Frontière, groupes de musique, théâtre et autres formes d'expression), témoigne d'une volonté de quitter la marge. C'est ce qui me fait dire que nous avons avec nous, non pas une «seconde génération d'immigrés» mais des jeunes qui vivront ici et qui revendiquent leur situation, celle d'être au carrefour de deux cultures. 0 Leïla Sebbar Le Chinois vert d'Afrique ' Roman \StoCk rr Leïla Sebbar Parle mon fils parle à ta mère Stock « Il ne faut pas toujours renvoyer les immigrés à un ailleurs, un autre temps, un autre lieu ». '--_ ___ ..::L . C AR il est temps, je pense, d'inverser la vapeur, de considérer les différences dans un rapport d'égalité. Le droit à la différence, c'est une proposition du dominant au dominé, qui ne remet JYas en cause le fameux modèle. On reste ainsi dans un rapport hiérarchique. On ne peut pas considérer que l'on est le normal, l'autre le différent, qui doive se situer ou se justifier par rapport à cette norme. Quand même le dominé en vient à réclamer le droit à la différence, c'est que la pression assimilationniste est trop forte. Je n'affirme pas le principe de l'uniformité, mais celui de l'égalité, des différences réciproques et équivalentes. Si je tiens le discours de la ressemblance, c'est qu'il y a en lui une dimension d'universalité, qui reconnait que nous sommes tous des êtres humains. Or, j'entends encore certains propos qui me font penser qu'on me prend plus pour une bête à deux pieds que pour un être humain. Je vois partout dans le monde que le droit à la dignité, au respect, à l'intégrité physique et morale n'est pas encore acquis pour tous les hommes. De plus, il ne faut pas toujours renvoyer les immigrés à un ailleurs, un autre temps, un autre lieu. Le traitement d'exclusion qui se radicalise à leur égard s'applique aussi à d'autres classes sociales en France. De même, un immigré qui a partagé pendant trente ans la vie des travailleurs français n'a pas pour seule culture les souvenirs de son pays d'origine, il a intégré une dimension commune à tous les travailleurs. Il est temps de prendre en compte ces ressemblances, ces acquis culturels et sociaux communs. 0 LA PAROLE A Karim Kacel « Le racisme ... y 'a vingt cinq ans que je donne » Il est né à PariS, il y a tout juste un.quart de siècie, d'une famille ouvrière du Kremlin-Bicêtre originaire de Kab)tlie. Il chante depuis toujours. Il vient de faire en même temps que le groupe cc Carte de séjour n un véritable tabac à Bourges. 'suis content d'être venu à Bourges. L'année dernière j'écoutais, cette J année j 'y chante. J'veux sortir de « Banlieue» mon premier grand succès, sans le renier, mais je ne veux plus être le Renaud des Beurs, j 'veux être un bon dans la chanson tout simplement. Les choses se font, je sors un album au mois de mai « Gens qui rient, Gens qui pleurent », avec neuf chansons nouvelles. Jepense avoir bien travaillé. Ouais ... Y'a quelque chose qui me tient au ventre, il faut que j'en sorte, il faut que ça marche. Après je me permettrais de dire ce que j'en pense. Le racisme, y'a vingt ans que je donne ... Rien n'a changé, sauf qu'aujourd'huij'ai quand même la chance de pouvoir trimer pour décrocher le titre, comme un styliste sur le ring. Les mecs qu'attendent « Banlieue numéro deux », vont être surpris. Je me sens toujours arrogant, j'ai envie de me battre, j'ai un créneau, j'ai un public qui a besoin de m'entendre chanter. Si cela doit rassurer que je chante, je chanterais, c'est cela l'important. Çà doit marcher, je parle à tout le monde, j 'veux rencontrer un maximum de gens, c'est là que ça s'passe. Y'a ceux qui m'aiment et ceux qui m'aiment pas. Quand j'ai commencé le métier, je ne savais pas où j'allais. Quand quelques mères de famille viennent me voir pour me dire de continuer, j 'sais où je dois aller. Je compose, j'écris mes chansons, au début c'était un pari sur l'homme, maintenant c'est un pari sur l 'avenir.J 'veux emprunter le chemin de la qualité, celle du sentiment et de l'émotion, y'a du boulot, je sais, j'arrête pas de bosser. « Gens qui rient, Gens qui pleurent» chez Pathé-Marconi 38 Propos recueillis par Julien BOAZ COURRIE Paris-Alger-Dakar A l'inverse de votre collaborateur, je pense qu'il ne faut pas laisser «en paix» le rallye ParisAlger- Dakar, ni M. Thierry Sabine, surtout cette année; deux Voltaïques ont été tués, et une conférence de presse a été tenue après l'accident! Le pire est qu'on oublie vite, même à gauche. Le Nouvel Obs, dans son numéro où Veil et Rocard débattent, insère une publicité pour le rallye sans parler des morts de janvier ... Les gens mettent les pieds n'importe où, et il faut leur montrer où sont les flaques de sang. La maison Peugeot, qui participe au rallye, insère des publicités avec ce mot: « Vivre! ». Je suis dans mon rétroviseur ce rallye depuis sa création, et chaque année, j'ai appris de nouveaux caractères qui indiquent que la «décolonisation», en Afrique Noire, ce n'est qu'un trompe l'oeil, une domination continuée avec d'autres moyens. Au moins un an avant que le premier spectateur africain tué - un Malien - ne soit officiellement reconnu en 1982, un journaliste sportif a raconté devant moi, que «des concurrents se demandaient si, en cas d'accident mortel sur la personne d'un Africain, il valait mieux s'arrêter ou s'enfuir, car l'année précédente, un motard avait été lynché par des villageois à la suite de la mort d'un enfant». Je voudrais dénoncer l'impunité que ce rallye démontre. Ce rallye continuera tant que le « tout-estpermis » colonial ne sera pas reconnu comme tel. Parce que, entre-temps, on n'en parle plus, le rallye peut faire oublier ces meurtres. Deux faits nouveaux ont marqué l'édition 1984: les autorités du rallye se sont montrées plus inquiètes des réactions de l'opinion et ont recherché des sponsors à gauche; et l'inoubliable président du Gabon a obtenu d'avoir son rallye à lui, qui a une forme aérienne et qui se déroule en mars. L'an prochain, les président d'un autre iantoustan à la Française, par exemple le Zaïre, exigera le sien ... Il faut empêcher ce rallye de continuer à fonctionner dans l'intérêt même des concurrents, car on peut prévoir comme il finira. Un jour, des maquisards africains retiendront des rallymen dans le désert ; un ministre français devra négocier leur restitution contre l'interdiction du rallye, et une rançon, qui pourra être payée par les industries automobiles, pour les victimes de cette course. Une nouvelle «Affaire Claustre», en somme. En 1984, j'ai appris que ces rallyes sont plus «politiques» que je ne croyais : ils permettent de développer, chez ceux qui y participent, une mentalité d'aventurier en Afrique, que les amateurs de safari, qui ont dû quitter le pouvoir il y a trois ans, savent utiliser. Laurent GOBLOT Vauzelle "'ai le mal d'être Ce qu'on a bien souvent à ignorer, ce sont les minorités sociales (lesquelles souffrent si l'on peut dire, de racisme ou bien de ségrégation). Je suis une jeune femme non voyante, je ne répond à aucun des critères qui désignent ce handicap: je ne fréquente aucun autres non-voyant; physiquement, je ne présente aucun signe particulier ; de surcroît, je suis artiste, j'«ose» m'exprimer par le biais du graphisme et de la couleur (gravure). Enfin, je ne me reconnais pas la caste des aveugles. Je n'ai jamais songé à suivre la voie qui m'était toute tracée ... Et alors, me direz-vous ! Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes? Ce serait sans doute vrai, si de temps à autre, quelques âmes bienveillantes n'étaient pas à me rappeler que, peut-être, j'aurais des devoirs et des obligations envers des personnes qui se trouvent dans la même situation que la mienne. A ceci, je m'y refuse catégoriquement. J'ai le mal d'être, je me sens niée dans ma personnalité el dans toutes les qualités qu'elle comporte. Je «n'existe pas en tant qu'individu, parce que je suis aveugle et que tous les aveugles se ressemblent ». Bien sûr, on trouve toujours de bonnes excuses, comme je suis différente on ne peut se mettre à ma place, «je ne suis semblable en rien» aux gens dits normaux. J'ai souvent douté d' «être une femme». Je me trouve moimême effrayée devant mes capacités intellectuelles et artistiques (c'est communicatif). On cherche aussi, à me culpabiliser car je ne suis pas «comme les autres». Où sont donc, mes droits à l'existence? Je me suis souvent demandé, pourquoi ces personnes ne pratiquaient pas l'introspection, et pourquoi n'utilisaient-elles pas leurs facultés à bon escient. Ce qui pourrait aider à la compréhension d'autrui. A ce sujet, on m'a souvent fait remarquer que ces dernières n'acceptaient pas le handicap et qu'elles se sentaient angoissées face à cela. Comment ne serais-je pas angoissée moimême à subir les fantasmes des Différences - N° 34 - Mai 1984 uns et des autres et à porter, comme un fardeau toute sorte de handicap? Je me suis posée la question, si ma jeunesse n'était pas la cause de tous ces tourments et peut-être ma condition de femme. En effet, qui dit jeune dit état définitif ou permanent. Je n'ai jamais pu ou ne serais jamais autrement. Cette affliction ne peut arriver qu'aux autres. Je pense arrêter là, ma lettre, car, il y aurait beaucoup trop à dire. J'estime que les problèmes d'insertion socio-professionnelle et de l'éducation ont été souvent débattus. Ce qui m'importait, c'était de ne pas mettre de côté les problèmes psychologiques que le handicap occasiorine, car ils sont considérables, et il faut en tenir compte. Pour moi, il est important de mener ma vie comme je l'entends et en aucun cas avoir à me justifier. Je trouve que j'y parviens assez bien, et qu'aux yeux de mes amis, je suis rassurante, car je ne suis pas très «différente» d'eux. Je ne suis pas une «superwoman». Je ne suis, ni plus, ni moins, que quiconque. Liliane ZAND Paris Accuser "aurès Je suis surprise par la présentation de La France colonisatrice dans le n° 31 de Différences (février 1984). On retient en effet le nom de Jaurès parmi «ces grands esprits qui n'ont pas toujours eu, face à la poussée coloniale, la lucidité que l'on attendrait d'eux aujourd'hui. » Aucun texte de Jaurès ne figure pourtant dans cet excellent ouvrage, composé de textes choisis du XIxe et du début du xxe siècle sur le colonialisme. La seule référence à Jaurès relève de la responsabilité du préfacier, Patrice de Beer. Elle est pour le moins contestable: la phrase attribuée à Jaurès est certainement exacte mais ne saurait dater de 1881. Jaurès est alors trop occupé à passer son agrégation ! Il est vrai que, par la suite, Jaurès exprime des sentiments favorables aux expéditions coloniales (voire son discours pour l'alliance française de 1884 publié par Madeleine Rebérioux - Textes choisis de Jaurès, éd. Sociales 1959). Jaurès ne se dégage pas alors de l'idéologie républicaine de son temps (il n'est pas encore socialiste) et manifeste un évident sentiment de supériorité, quelque peu paternaliste, à l'égard des peuples conquis. Déjà, juger ces écrits avec notre regard et nos connaissances de 1984 pourrait paraître un peu léger, voire anachronique. Mais le plus grave est que cela revient à passer sous silence la profonde évolution des idées de Jaurès en ce domaine. C'est notamment la mainmise de .la France sur le Maroc qui lui permet de réaliser tout ce que signifie la politique coloniale. Malgré les injures de la Droite et de bien d'autres (comme la plupart des radicaux), il dénonce cette politique de rapine, de vols et de violence. Mieux, il apprend aussi à respecter et à apprécier les civilisations différentes. Alors, écrire comme Patrice de · Beer, que Jaurès «a eu des mots en faveur de l'expédition au Maroc» représente une grave contresens qui ne peut s'expliquer que par une information insuffisante. Gilles CANDAR Secrétaire de la Société d'études jaurésiennes Les petites annonces de DIFFÉRENCES Médecin, 45 ans, expenence Dentelles anciennes, 80 et aptitudes variées, recherche casiers diapositives 36 vues emploi salarié, 1 ou 2 jours anc., modèle Classinox. René p/semaine auprès de foyer ou Collinet 8 b, av. A.-France, assoc. de travailleurs afri- 94600 Choisy-le-Roi. cains. 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Tarif: 25 F T.T.C. la ligne (26 signes ou espaces) Texte et règlement à Différences: 89, rue Oberkampf 75011 Paris Tél. 806.88.33 Les membres de la Société des amis de Différences bénéficient d'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes) Charles 12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)I-LI-LI-LI_I~I~I-JI~I~I-LI-LI-LI -LI ~I~I~I~I~I-LI-LI-L-L~I .I L..-J.--L..--L--LI---L.I ----1-1 -L--L--L-L-I.I--'---L--L..-...L-..LI -LI .....11--1..1 ---L_IL...lI--L.1 -LI --1-..L-L..JC Charles 12 janvier 2012 à 11:48 (UTC)I~I-LCharlesI-LCharles-LI-LI ~I-L~I~-LI ~I-L-L~I' 1 1 1 1 1 1 1 x-- 39 Courrier (suite) Le Sund et les autres Je fécilite Différences d'avoir parlé du yiddish comme d'un problème de notre temps. Je voudrais cependant faire quelques réserves sur ce dossier, qui présente à mon avis des lacunes. Entre les deux guerres, des événements importants ont eu lieu dans le monde juif en France, qui ne sont pas évoqués. Dès les années 1922-23, la Commission intersyndicale juive auprès de la C.G.T.U. créait un journal en yiddish, Arbeiter Wort (Parole ouvrière) qui paraissait tous les quinze jours et qui, après le développement de l'immigration, est devenu hebdomadaire en 1926. Ce journal fut une arme efficace pour le mouvement ouvrier: en 1925, une grève éclatait dans la maroquinerie impliquant 3 000 ouvriers, dont plus de 90 070 étaient juifs. Dans la confection féminine, 3 000 grévistes également. Dans le syndicat du textile, où un des dirigeants était le père de Henri Krazucki, comme dans d'autres branches, c'était pareil. On pourrait écrire des pages sur l'action de cette Commission, dont les dirigeants des syndicats parisiens ont parlé en termes élogieux. Pas un mot, dans le dossier de Différences sur la Kultur Ligue, 10, rue Lancry, où se concentraient les activités de plusieurs associations culturelles juives progressistes: bibliothèque, théâtre, chorale, club sportif YASC (dont Marcel Rayman, qui allait appartenir au groupe Manouchian, était membre), club de jeunes, cours du soir de yiddish pour les enfants, sections juives du Secours Rouge et du P.C.F. Dans les arrondissements fonctionnaient des comités locaux de ces organisations ainsi que des syndicats d'artisans et petits commerçants juifs. A Belleville, existait le BAC (Belleviller Arbeiter Club), avec une cantine. Un autre grand local se trouvait rue de Saintonge, dans le Marais. Je ne fait que mentionner les multiples activités: rassemblements, manifestations, grandes fêtes annuelles, qui réunissaient des milliers de participants. Avant la création, en 1934, de Naïe Presse, le quotidien progressiste yiddish, paraissaient plusieurs hebdomadaires et bihebdomadaires de même tendance. Quand Franco, avec l'aide de Hitler et de Mussolini a attaqué la République espagnole, de nombreux juifs progressistes se sont engagés et ont créé la Compagnie Botvin. La plupart des survivants ont participé à la Résistance en France, notamment dans le groupe Manouchian. Sous l'occupation, le premier numéro illégal de Naïe Presse, sous le titre de Unser Wort (Notre Parole) est sorti le 15 juillet 1940. Dans le dossier de Différences, il est largement question du Bund. Faut-il rappeler qu'on ne trouvait guère de bundistes dans la Résistance, leurs dirigeants étant partis en Suisse. Dans le ghetto de Varsovie, le Bund refusa dans un premier temps de participer aux réunions destinées à mettre sur pied, en mars 1942, l'Organisation Juive de Combat, qui allait de l'extrême-gauche jusqu'aux religieux orthodoxes. Le premier secrétaire du P.P .R. (communiste) annonça alors « la création d'un front uni de tous les partis à l'exception du Bund ». Le MRAP a été créé par des juifs anciens résistants, avec le soutien de Naïe Presse. La célèbre formule de François Mauriac sur « la classe ouvrière, seule fidèle dans sa masse à la France profanée » est valable pour les ouvriers juifs: ils ont honoré la France et le peuple juif. Chil KOZLOWSKI Paris Ouverture Vous êtes vraiment « ouverts» à Différences! Vous donnez la parole, sans contre-partie véritable, à Serge July, au moment même où son journal, une fois de plus, s'emploie à dénigrer et démobiliser ceux qui combattent le racisme, dans son compte rendu des Assises Nationales tenues à l'UNESCO. Le mépris, voilà le fond de son attitude. Mépris de l'action et du militantisme. Mépris du peuple: car, pour lui, la France est massivement ignoble, antisémite, raciste, et Le Pen ne ferait que révéler cette réalité. Or Le Pen excite délibérement au racisme une partie de l'opinion par des mensonges éhontés sur l'immigration, en profitant des difficultés et du désarroi actuels. Et la plupart des médias font sa publicité, comme s'il ne s'agissait que de l'expression d'une position politique et non d'une campagne provocatrice, honteuse pour la France, dangereuse pour la démocratie. . Vous avez accordé quelques phrases à deux immigrés anonymes, dont le point de vue diffère, heureusement, de celui de July. Mais les Français aussi ont des raisons de s'opposer activement à Le Pen, et ils le font. Gilles VERNIER Paris 40 FABRICANT @t& à @~ 9énUnm TRltOTr ROREr ~ 508.45.38 6, rue Saint-Spire 75002 PARIS TRI-CO··JO SARL au capital de 70.000 F Prêt-à-Porter· Tricots - Hommes Femmes - Enfants Gros - Demi-Gros 15 et 17 rue des Caoucins - 69001 Lyon Tél. 828.83.58 , daniel hechter MOLITER SI rue Raspail 92300 Levallois-Perret r\1((m ll( (([LUll (( ltllWI [l ( W (( "0 , "- l \ Q \Q \ ~ "'" if ~ ~. C\ ct 0 ~ r (Z' \"C\ i": pe~~ r L~ 10 ct V\C\l"; tv"op A.. o.bQ; u.V\ la Nou:" oV\ a. , oV! VI el. Différences - N° 34 - Mai 1984 41 Du tiers comme du quart par Les albums de Müss sont édités par l'association Regards et Graphisme dont l'objet est de « participer à toute action humanitaire par l'édition et la diffusion d'albums et le prêt gratuit d'expositions ». B.P. 35 10, rue Mermoz, 33290 Blanquefort. 'AIiENDA7 MAI 1 TOUL le mois de mai au Centre des arts et de la culture Louis Aragon, bd Bougainville, 29110 Concarneau, exposition de quatre vingt photos « Peuples d'Ici et d'Ailleurs ». 0 2 Jusqu'au 27. A 19 h 45, petite salle du Lucernaire, chansons populaires juives par Robert Bahr. Relâche les 8, 17 et 18. Lucernaire, 53 Notre Dame des Champs, 75006 Paris . (1) . 222.26.50. 0 5 Le mai du Monde à Castres. De multiples animations vont avoir lieu dans cette ville durant tout le mois pour aider à mieux connaître d'autres cultures, d'autres pays. Le 5, un spectacle réunira l'Israélienne Sarah Alexander et des musiciens palestiniens. Une galerie sonore: mille six cents instruments de musique seront présentés, avec initiation. Dans différents lieux de la ville (bibliothèques, MJC, maison de quartier, musée) seront présentées les cent quatre vingts affiches des Artistes du monde contre l'Apartheid. Un montage audiovisuel sur la Marche pour l'égalité sera présenté ... Et pour terminer ce mois; la Fête de l'amitié offrira le samedi 26 au soir un spectacle de danse et un bal reggae Ras Negus. Le 27, différents groupes maghrébins, asiatiques, basques se succèderont tout l'après-midi sur le podium, entouré des stands d'une trentaine d'associations régionales oeuvrant pour la paix ou participant à la connaissance d'autres pays. 0 7 Linette Dalmasso, accompagnée de son accordéon, au Restoshow, 20 rue Bachaumont, 75002 Paris, à 20 h 45. Rens. (1) 508.00.81. 0 8 Mardis Noirs à l'Eldorado, 4 bd de Strasbourg, 75010 Paris, rythmés par du reggae, salsa, blues, funk, rhumba ... le 8 : Youssou N'Dour, 22 : Prince Charles, 29 : Dédé St Prix et le 5 juin: Zecle et Dizzie Band. Rens. Garance, (1)240.15.00. 0 9 Spectacle Gregory Isacs à Paris à l'Eldorado, le 10 à Lyon, le Il à Nice. Rens. Garance, (1)240.15.00. 0 10 Soirée-débat à 20 h 30, Europe et Tiers-Monde : la négociation de -Lomé Ill. La préparation d'un nouvel accord de Lomé entre la CEE et les Etats associés sera examinée, au Centre Varenne, 18 rue Varenne, 75007 Paris. Le 19 de 14 h 30 à 18 h 30 colloque: Quelles armes contre la guerre? Rens. (1) 222.18.56. 0 10 A 20 h 30, à la Salle Pleyel, 252, rue du Fg-St-Honoré, 75008 Paris, concert, Miguel Angel Estrella interpréte Bach, Bartok et Mozart, et le Cuarteto Cedron, la musique populaire d'Argentine. Location: Salle Pleyel, tél. (1) 563.88.73. Prix des places de 30 à 120 F. 0 Il Jusqu'au 13. A 21 h, le Ballet Macehualt du Nicaragua se produit au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris. Une tournée est prévue dans différentes villes de France jusqu'au 24 juin. Rens. France Amérique Latine, Gérard André, (1) 846.17.36. LJ 12 et 1.3, à Argenteuil Val d'Oise, rue Héloïse, se déroulent les Assises nationales pour la paix, organisées par le Mouvement de la Paix (35 rue de Clichy, 75009 Paris), rens. (1) 874.35.86. 0 12 et 13, un week-end de réflexion, sur le thème Se défendre sans la bombe, organisé par le centre culturel Les Fontaines, à Chantilly. Rens. au (4) 457.24.60 auprès de Monique Gilbert. 0 14 L'Association Française des Centres de Consultation Conjugale organise un stage de formation centré sur le thème: Migrants, 1ère, 2-, 3- générations. Cette formation de six jours se déroulera à Paris en deux sessions de 3 jours indissociables les 14 - 15 - 16 mai et 18 - 19 - 20 juin 1984. Elle s'adresse aux personnels sanitaires, sociaux et éducatifs en contact avec les migrants ainsi qu'à toute personne intéressée à titre personnel ou professionnel par une réflexion approfondie sur ce thème. Rens. à l'AFCCC, (1) 589.18.50. 0 15 à 10 h, séminaire de recherche et de 3" cycle Migrations et société. Jean-Pierre Hassoun (CEDRASEMI) présente sa thèse sur Les réfugiés Himong en France. Rens. Centre d'Etudes sociologiques, 80 rue Cardinet, 75017 Paris. (1) 267.07.60. 0 15 à 20 h 45, exposédébat

Existe-t-il un art,

une architecture, spécifiquement juifs ? animé par Serge Klibaner, architecte, au Centre Wladimir Medem, 52, rue René Boulanger, 75010 Paris. Rens. (1) . 586.46.24. 0 42 15 Dernier jour de l'exposi- · tion photographique en couleur. Un certain regard sur le monde, photos de Nordine Chérif. Regard sur différents pays d'Afrique, d'Amérique du Nord et d'Europe, à la Maison de la Jeunesse et des Associations, 12 place de la Résistance, à St Denis, entrée libre, du lundi au samedi, de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 19 h. Rens. (1) 243.44.33. 0 19 et 20, s~age de Yiddi~h pour nIveau avance: l'intégration de l'imaginaire juif traditionnel dans la littérature Yiddish moderne. L'oeuvre de Eliezer Steinberg. Rens. AEDCY, BP 220.09,75423 Paris Cedex 09 (1) 586.46.24. 0 24 25 et 26, à Bobino, 20, rue de la Gaïté, 75014 Paris, Luther Allison et sa formation. A ne pas manquer, aux claviers, Michel Carras. Rens. (1) 322.74.84. 25 26 et 27, deuxième Festival de musiques et chansons de Femmes. Spectacles de rock, danse, chanson, jazz et théâtre seront au rendez-vous dans différents lieux de Roissyen- Brie (Seine-et-Marne). Rens. (6) 029.46.02.


31 14 h 30 jusqu'au 3 juin à

15 h 30, quatre jours de stage de danse africaine avec Petit-Jean N'didou et trois artistes du ballet Kodia, au Centre de Rencontre les Circauds à Oyé 71610 St Julien de Civry. Rens. (85)25.82.18. 0 dU IN 7 Au 10, le troisième festival de théâtre des personnes âgées, patronné par La Vie, est organisé à Macon par l'AssoCiation Vieillesse Buissonnière. Quatorze troupes y participent, dont deux venant des Etats-Unis. Autres activités au programme de cette association, tout au long de l'année: des ateliers de création, l'ouverture d'un café-théâtre, un projet d'université parallèle, le t01,1t ouvert à tous, mais en priorité aux personnes âgés. Rens. Michel Daureil, Vieillesse Buissonnière, 230, rue des Epinoches, 71000 Macon. (85) 38.1').69. 0 9 Dernière de la création théâtrale Ferdaous, une voix en enfer de Naoual AI Saadawi, dans une mise en scène de Diden Oumer, au Carrefour de la différence, 1 passage du Bureau (angle 170 rue de Charonne), 75011 Paris. Rens. (1) 372.00.15. U ET ENCORE SUR LE TOIT. Les cultures de l'Himalaya sont présentées ce mois-ci à la maison des cultures du monde. Le Festival des cultures traditionnelles du monde apporte du 15 au 30 mai, un cycle de spectacles, d'exposition, de films, de conférences sur plusieurs peuples du toit du monde. Ces manifestation seront présentées également à Brive du 18 au 24 mai. Au programme: Fêtes des Lamas du Sikkim du 15 au 18 mai: le monastère de Rumtek, haut lieu du Bouddhisme abrite des moines qui, au jour des grands anniversaires sacrés, préparent une cérémonie au son des longues trompes télescopiques pour chasser les mauvais esprits. Soufiana Kalam du Cachemire du 22 au 28 mai. Ensemble de musique sacrée (islamique et soufi-e). Danses de mariage du Ladakh du 22 au 29 mai : sur ce haut plateau le mariage est une affaire publique où les hommes et les femmes vêtus de leurs habits de fête, chantent et glissent des pas étranges. Lhamo, opéra tibétain du Népal du 22 mai au 30 juin: chaque année, pour l'anniversaire de Boudha, un grand drame chanté et dansé se déroule à flanc de montagne à Swayambhu, devant soixante mille spectateurs. Musiques et danses du Kinnaur du 23 au 29 mai. Musiques et danses dédiées aux dieux locaux à la fois hindous et animistes pour la protection des communautés. Toujours à la Maison des cultures du monde Le Kwagh-Hir du Nigeria du 2 au 10 mai. Conte mimé du peuple Tiv. Pantomines, tambours, marionnettes et danses de la province du Benue. Musiques du Nord de l'Afghanistan le 29 mai. Les flûtes et les chants évoquent ces zones séculaires de ·passages et conservent une identité forte et belle. Exposition Coiffures et parures de l'Himalaya du 10 au 30 mai. A la maison des Sciences de l'Homme, 54, bd Raspail, Paris 6". A ne pas manquer également, le Théâtre Jayu de Séoul du 25 au 28 juin, pour une série de représentation exceptionnelles. 0 Maison des cultures du monde - 101, bd Raspail - 75006 Paris. (1) 544.72.30. Agenda réalisé par Danièle SIMON prêt à porter féminin sïguy 'J ' ~ U 8 0 9 . 4 2 36, RUE DU C AIR E PARIS 2 ETABLISSEMENTS 4 llTEX 70, rue du Molinel - LILLE Tél. : 54;86.21 BONNETERIE GROS ET DEMI-GROS FOND DE ROBE CHEMISE DE NUIT JUPONS, SLIPS, LINGERIE FEMME ET ENFANT ENSEMBLES ROBES DE CHAMBRE SOUTIENS GORG ES ... 11 RUE BARODET - 69004 LYON Téléphone 16 (78) 29.83.60 Différences - N° 34 - Mai 1984 43 été 1981f//1 PENSEZ A VOS VACANCES EN FRANCE DECOUVREZ LA MONTAGNE A MONTGENEVRE Randonnées, initiation, etc. . . En pension complète, hébergemen~ matériel d'escalade, activités en chale~ service d'un guide, LA MER, EN BRETAGNE, A ESQUIBIEN _ Nombreuses a~tivités sportives et nautiques, pension complète, hebergement, matenels nautiques, A L'ETRANGER DE NOMBREUX CIRCUITS En Grèce, RD.A., Malte, Cuba, Algérie, U.RS.S., Yougoslavie, Roumanie", .1~ii Co mprenant : transports internationaux et intérieurs pension complète ~ activités prévues au programme, un accompagnate~r L.V,J., un guide: .oS• ..................•..............................•.•. ~ Si vous souhaitez recevoir notre programme complet veuillez nous retourner ce bulletin ru LOISIRS ET VACANCES DE lA JEUNESSE Association loi 1901- nO 69017 - Secrêtariatd'Etat au Tourisme et agréée ASSOCIATION NA 1lONALE DE JEUNESSE, AU MINISTERE DU TEMPS LIBRE DE LA JEUNESSE ET DES SPORTS ' LVJ : 4 et 6, rue Château-Landon, 75010 PARIS ou au point de diffusion, Quartier Latin: 3, place Paul-Painlevé, 75005 PARIS ~ 329,50.57. NOM"." ... """ .. " ." ADRESSE A «lE fi(JIJT»

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