Différences n°22 - avril 1983

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Sommaire

Sommaire du numéro

n°22 de avril 1983

  • Edito: fou, fou, fou... par Albert Levy
  • Bonheur made in Taïwan par Pascal Talon et Benoît Decron
  • Chanter, dit-elle: Marguerite Yourcenar et les Gospels
  • Peurs sur la ville (campagne électorale) par J.M. Ollé
  • La nouvelle droite se pousse du col par Bernard Deljarrie
  • Expliquez-moi: Martin Luther King pat Robert Pac [U.S.A.]
  • L'indien fait vendre par Robert Pac
  • Les nouveaux bals nègres par Assane Fall
  • Babylone 75019 (rastafaris) par Anne Sizaire
  • Le Bangladesh existe encore dossier par Pierre Alain Baud
  • Albert Jacquard: le bilan; entretien avec Pierre Vandeginste sur le racisme
  • Sexistes les manuels scolaires? par Catherine Jadjewski; ou racistes? par Sylvie Sangermano
  • La vérité travestie: quand l'Amérique fantasme sur les hommes-femmes par Claudaire
  • Histoire: du ghetto à l'histoire par Pierre Paraf
  • En débat: Ouvrir la télé, interventions de Jean Lacouture, Stéphane Collaro, André Holleaux, Michel Polac, Mohammed Alkama
  • Humeur : Tintins (évolution de Tintin)

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FOU, FOU, FOU ... D ONC, Différences a deux ans. C'était fou de lancer un tel magazine avec si peu de moyens, alors que tant de publications bien plus argentées sombrent après un bref passage dans les kiosques. Comme il est fou d'en appeler à la vérité, à la raison et à la justice, valeurs si contestées dans un monde où tant de puissants intérêts exigent la division des hommes et l'écrasement des peuples. Fou aussi de prôner la compréhension envers leur prochain, à des gens accaparés par tant de difficultés quotidiennes, assourdis par le matraquage d'une information fragmentaire et débilitante. Fou enfin de suggérer une défense active de nos idées, quand la lugique d'une campagne éleclUraie confère si facilement au racisme le statut d'opinion politique honorable et largement partagée. Pourtant, Différences tient. Et nous y tenons. Plus que jamais. L'idée avait germé fin 1980 sous le choc de Copernic. L'ampleur du drame réclamait une mobilisation accrue et durable. Ces centaines de milliers d'hommes et de femmes, descendus dans la rue, nous souhaitions que leur émotion et leur volonté d'un jour trouvent un prolongement. C'est pour leur donner une voix, un poids dans notre société qu'est né Différences. Beaucoup ont été repris par leurs occupations, leurs préoccupations, des luttes non moins légitimes. Certains n'ont pas vu que le même mal, alors spectaculaire, persistait sous d'autresformes, faisant d'autres victimes. Tout le monde ne peut pas toujours monter au créneau. Ici, nous continuons: c'est un supplément de vigilance, d'information et de réflexion que nous croyons devoir assumer. Tout danger n'est pas écarté. De nouveaux drames menacent, apparaissent déjà: nous nous en voudrions d'attendre passivement. Nous refusons une humanité disloquée où chacun n'est pas reconnu dans ses droits et sa dignité. Nombreux sont ceux qui nous rejoindraient s'ils savaient que nous sommes là avec Différences. Et ceux qui se libèreraient des préjugés, des passions, des pressions qui les paralysent si nous pouvions nous faire entendre d'eux. Mais voilà! notre cri d'alarme est étouffé, notre main amicale n'atteint pas la leur. Nous sommes encore trop peu. La chance de Différences, c'est de réunir des lecteurs décidés. Vous faites corps avec l'équipe de rédaction et de gestion; vous prenez votre part d'effort. Soyez aujourd'hui publiquement remerciés pour vos souscriptions, vos abonnements renouvelés, recueillis, anticipés, vos encouragements, vos critiques, et maintenant vos adhésions à là Société des Amis de Différences. C'est votre participation consciente qui a conduit à ce deuxième anniversaire et permettra que d'autres lui succèdent. Notre voix commune portera plus loin . Peut-être qu'après tout, ce n'est pas de folie qu'il s'agit mais simplement d'obstination. Il y a tellement à faire! Nous ne renoncerons pas. Qui prétend qu'il n 'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer? C'est avec espoir que nous avons entrepris la riche aventure de Différences. Forts de ce succès qu'est notre existence même, nous persévérons pour réussir pleinement. Tous ensemble. 0 Albert LEVY 3 Ils ont parlé dans Différences Si ce qu'ils disent vous intéresse, abonnez-vous! je m'abonne à Différences, le magazine de l'amitié entre les peuples D 150 F (1 an) D 80 F (6 mois) D 200 F (soutien) NOM ... .......... .. .... ...................... . .. . ........ Prénom.................................. .~.. .v~:y' Adresse . ....................... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ;. ............................... '. ... ; . ~C\.~~ fSO'\ Code postal ... .. ............ Commune .................................................... '6~ \, Ô. i # e1\",~ ,~~ oN i." ,0'\'\ï \~eCharles ,+~", ~ \iCharles ~ Profession ................................. ........ .......................... ........ . Bulletin dûment rempli accompagné d'un chèqlfe à retourner à : ~\J' ", v· .. Charles 11 janvier 2012 à 15:04 (UTC)" Charles 'S ,,\'\. Différences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS.

  • Abonnement 1 an : étranger: 180 F ; chômeur et étudiant: 130 F. DlF,2l

4 Sommaire 11 janvier 2012 à 15:04 (UTC)Charles 11 janvier 2012 à 15:04 (UTC)§ DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 POINT CHAUD 6 BONHEUR MADE IN TAÏWAN Quand la Chine nationaliste tente de faire écouter la différence à la Chine populaire Pascal TALON Benoît DECRON EXCLUSiF 10 CHANTER, DITELLE Marguerite Yourcenar explique pourquoi elle traduit les negro spirituals Propos recueillis par Catherine HELBERT ACTUALiTE 14 PEURS SUR LA VILLE A quoi servent les discours-catastrophe qui ont fleuri pendant la campagne électorale. Jean-Michel OLLE EXPLIQUEZ-MOI 17 M.L.K. Il Y a quinze ans, tombait Martin Luther King Robert PAC NOTRE TEMPS 20 LES NOUVEAUX BALS NEGRES Tout Paris court aux soirées black. Intégration ou nouveau mal d'exotisme? Assane FALL REGIONALE 23 BABYLONE 75019 Les Rastas à Paris, ce ne sont pas seulement les bonnets et les petites nattes. C'est aussi un communauté qui vit de l'espoir du retour en Afrique. Anne SIZAIRE CONNAlTRE 26 LE BANGLADESH EXISTE ENCORE ... De guerre en typhon, de loi martiale en famine, il survit à ses blessures, même à celles de l'aide internationale Pierre-Alain BAUD REFLEXION 34 ALBERT JACQUARD : LE BILAN Un rapport sur l'état des recherches an tiracis tes Propos recueillis par Pierre V ANDEGINSTE CULTURE 39 LA VERITE TRAVESTIE Partners, Victor- Victoria, Tootsie, ou comment récupérer les « folles» CLAUDAIRE HlSTOjRI::, 40 DU GHETTO A LA GLOIRE Avril 1943 : les juifs de Varsovie se soulèvent Pierre P ARAF EN DEBAT 44 OUVRIR LA TELEVISION Ce que pourrait être une télé à l'écoute des minorités Mohamed ALKAMA André HOLLEAUX Stéphane COLLARO Jean LACOUTURE Michel POLAC Préparé par Dolorès ALOIA HUMEUR 50 TINTINS Où l'on voit le fameux reporter du petit XXe se convertir à l'antiracisme DIFFERENCES, magazine mensuel créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), édité par la Société des éditions Différences, 89, rue Oberkampf, 75011 Paris. Tél. : 806.88.33. Abonnement: 1 an : 150 F j 1 an à l'étranger: 180 F ; 6 mois: 80 F ; étudiants et chômeurs: 1 ans 130 F ; 6 mois: 70 F Goindre une photocopie de la' carte d'étudiant ou de la carte de pointage). Soutien: 200 F ; abonnement d'honneur: 1 000 F . Vente à l'étranger: Algérie: 10 dinars, Belgique: 140 F. belges, Canada: 3 dollars, Portugal: 250 escudos. Directeur de la publication: Albert LEV~ - Secrétariat de rédaction et maquettes: Véronique MORTAIGNE - Service photos: Abdelhak SENNA. Ont collaboré à ce numéro: Dolorès ALOÏA, Pierre-Alain BAUD, Daniel CHAPUT, CLAUDAIRE, Benoît DECRON, Bernard DELJARRIE, Assane FALL, Jean-Pierre GARCIA, Catherine HELBERT, Catherine JADJEWSKI, Henri-Pierre JEUDY, Jean-Michel OLLÉ, Robert PAC, Pierre PARAF, Jean ROCCIA, Sylvie SANGERMANO, Anne SIZAIRE, Pascal TALON, Yves THORA VAL, Pierre VANDEGINSTE. Administration: Khaled DEBBAH -. Secrétariat: Oa'nièle SIMON· P~omotion-Vente: Marie..Jeanne ·SALMON - Publicité: Différences - Photocomposition-Photogravure: PPC: 805.97.36. -Imprimerie: Marchés de France, 366.44.86 - Diffusion: N.M.P.P. - Numéro de commission paritaire: 63.634 - ISSN : 0247-!Hl95. Photo couverture: Véronique MORTAIGNE. 5 Point chaud BONHEUR •• MADE IN TAIWAN Au nom des différences, François Mitterrand passera-t-il à Quemoy, fragile vitrine du monde libre ? T AIW AN, anciennement Formose, deuxième puissance économique de l'Asie du sud-est, représente avant tout pour les Européens le label de nombreux produits à bas prix qui envahissent leur marché. C'est aussi un surprenant défi politique, car elle se proclame siège provisoire de la République de Chine depuis que Chiang Kai-Chek et ses partisans s'y sont réfugiés en 1949. Pour la Chine populaire, reconnue par la majorité des pays, cette île est toujours considérée comme une province dissidente. La paix n'a jamais été signée entre les deux parties, la guerre qui a déjà fait rage peut reprendre d'un moment à l'autre. Comment peut-on imaginer que Taïwain, avec ses dix-huit millions d 'habi tants et ses 500 000 soldats bien entraînés, puisse résister un seul instant au moindre conflit avec la Chine qui compte près d'un milliard d'habitants ? Une forteresse imprenable Pourtant le « défi» existe: dix-huit kilomètres de long sur quatorze kilomètres de large, à deux kilomètres environ des plus proches côtes communistes, l'île du grand Quemoy nargue encore la toute puissance de la Chine populaire. Conscients de l'avantage de ce point stratégique, les forces nationalistes l'ont considérablement fortifié. Tout journaliste occidental qui séjourne quelque temps à Taïwan désire âprement figurer parmi les quelques privilégiés qui sont autorisés à visiter cette forteresse réputée imprenable. Autorisés par chance à le faire, nous sommes convoqués, un matin, à l'aéroport militaire de Taipeh. Déjà attendent avec nous dans le hall d'autres heureux élus, mais aussi quelques habitants de: Quemoy qui, chargés de paquets, regagnent leur île. oz ~'" "z9 « f- On nous iIl~talle dans un vieux Nord-Atlas de l'armée taïwanaise. Ce gros avion pansu constitue le seul lien journalier entre le bastion et l'île-mère. Voyage difficile: une heure et quart ballotés dans la carlingue encombrée de sacs de courrier et de colis divers, assis dans un treillis de sangles. Notre interprète nous dit que nous sommes pris en charge, aux abords de Quemoy, par un avion de chasse, 6 en quelque sorte protégés d'une éventuelle attaque aérienne des « rouges ». Simple mise en scène ou dispositif de sécurité ? A l'atterrissage, des avions à réaction sont visibles ça et là sur la piste et sous des abris camouflés. Il est évident que l'on s'apprête ici à répondre très promptement à la moindre alerte. En 1954, 1958, 1959, les tentatives de débarquement des «chicoms» (chinois communistes) furent nombreuses et les îles pilonnées par les bombes (40 000 dans le 24 août 1958). Toutes ces tentatives échouèrent devant la résistance de Formose et l'appui de la septième flotte américaine d'Eisenhower. Désormais, la lutte a changé de forme: avec la « psywar », guerre psychologique, la voix des ondes remplace la voix des canons. Style chinois et filets de camouflage Le minibus nous «promène » sur des routes dallées de béton, les plus résistantes en cas de bombardements. Sur les bords, les têtes casquées de soldats embusqués dans des tranchées. A chaque carrefour trône un bunker recouvert de filets de camouflage et ou d'autres soldats attendent, guettent du bout de leurs mitraillettes d'incertains envahisseurs. Et tout autour, la beauté du paysage ... Enfin, notre véhicule s'immobilise devant une bâtisse récente de style chinois, le Musée Historique. Au rez-de-chaussée un jeune officier nous commente une grande carte lumineuse où figurent les points névralgiques de l'île. Magistral, il montre, s'aidant d'une baguette, les diverses installations de la guerre psychologique: les haut-parleurs et les stations de radio. Il désigne les stations de brouillage communistes établies sur le continent, évidemment figuré en rouge. Après ce bref entretien, les officiels nous font parcourir le Musée de la guerre psychologique. Quel spectacle étrange que ces alignements d'obus remplis - pour ne pas dire chargés - de propagande vantant le «paradis taïwanais»: effigies de Chiang Ching-Kuo, actuel président de Taïwan et fils de Chiang Kai-Chek, agrémentées de divers objets de consommation, miroirs de la prospérité de la «deuxième Chine» : transistors, réveils, montres digitales, stylos, cassettes... Les nationalistes envoient bien évidemment ces obus « inoffensifs» sur le continent, mais leurs frères communistes rendent la pareille à ces assauts idéologiques. Dans les vitrines sont également exposés des objets hétéroclites provenant de la Chine populaire, mais ceux-ci ont été soigneusement choisis

habits rapiécés, vaisselle

cassée, photos désuètes ou grotesques, etc ... . Tout cet amalgame dérisoire, presque surréaliste, rappelle que les mots et les appâts ont remplacé les bombes et leur moisson de morts. En compagnie de nos officiels, se poursuit notre voyage «en état d'alerte ». Bientôt nous croisons des paysans qui, assis sur le bord de la route, attendent que les seuls camions militaires qui passent ici écrasent le sorgho. On en fait le Kaoliang, alcool très prisé à Taïwan et qui passe pour être parmi les pluS forli de l'Asie du sud-est. Vient ensuite la station de radio qui émet sa propagande vers le continent. Après avoir observé à la longue-vue les côtes adverses si proches, après avoir parcouru un dédale de couloirs souterrains, nous retrouVOi1S- la lumière auprès des fameux haut-parleurs géants. L 'impressione'st 'saisissante : totalement abasourdis par ces hautes tours truffées de H-P, nous entendons la réverbération du continent. A longueur de journée, en dépit des stations de brouillage visibles sur la « terre ferme », speakers et speakerines nationaUs-res arrosent inlassablement de slogans capitalistes le pays du Petit Livre Rouge. Nous nous faison traduire ces exhortations

elles vantent la prospé-

7 rité, la liberté, le modernisme, les loisirs de Formose la Belle. Nous faisons quelques pas à l'air libre devant le's tours assourdissantes. Que l'on ne s'y méprenne pas : nous sommes probablement épiés des défenses adverses, à portée d'un bon fusil à lunette. Les deux frères ennemis, n'entretiennent-ils pas un état d'alerte d'apparat, de l'aventure à bon marché pour les journalistes occidentaux? Le point final, c'est le lâcher de ballons. Sur une aire:: entourée de bâtiments peints ,. en camouflage très stylisé, des , hommes en combinaison rouge vif s'affairent autour , de paquetages d'un genre bien spécial. Il s'agit en vérité d'un sac rempli de propagande : radios, boîtes de conserve, montres et autres objets dont l'emballage est couvert de l'idéologie du régime de Taipeh. Les ballons seront gonflés à l'hélium en quelques minutes, lâchés et, s'élevant rapidement, poussés par les vents en direction du , continent... Le précieux ballot se détachera naturellement et fera miroiter au paysan d'une quelconque commune populaire « l'exemple» taïwanais. D'aucuns affirment que les. plus audacieux de ces ballons vont jusqu'au Tibet. .. Une telle nromenade, au milieu des bunkers et des haut-parleurs de la « psywar» laissent penser que Quemoy est un peu devenue, lassitude aidant, ~ une vitrine pour touristes privilégiés (hommes d'affaires américains) ou journalistes occidentaux. Ici la bataille a fait rage, puis on h remplacé ces échanges meurtriers par des tentatives mutuelles de sape psychologique. Désor~is, et ce depuis la mort de Mao, l 'idéologie du combat m3fquè le pas devant les nouveaux impératifs économiques et la séduction diplomatique; ainsi voit-on mal les raisons qui pousseraient Pékin à s'engager dans un conflit ouvert. Forte de sa reconnaissance internationale, la Chine populaire propose même depuis 1981 une réunification pacifique des deux Chines. Mais pour Taïwan qui refuse ces avances la situation n'a guère changé ; le bastion de Quemoy et ses ballons idéolo-, giques restent, au-delà du symbole, un justificatif obligatoire et une condition sine qua non pour entretenir l'esprit de reconquête. Après quatre heures et z demie de visite du «dernier ~ bastion », on nous a remis ~ dans le Nord-Atlas ... ~ Pascal TALON ~ Benoît DEeRON LES NON-ALIGNES ,Alors que la communauté internationale est en proie à de violentes convulsions, le septième sommet du mouvement des Nonalignés s'achève à New-Delhi (12 mars). Au-delà des retrouvailles tant dans le monde africain que dans le monde arabe malgré l'impasse du conflit Iran-Irak, les déclarations finales cachent mal les divergences profondes qui divisent le mouvement. Sur le plan politique, malgré les « efforts» déployés par Indira Gandhi, la responsabilité des Etats-Unis a été nommément mise en cause au ProcheeOrient. Politiquement d'ahord pour le maintien de leur « alliance stratégique » avec Israël et moralement ensuite pour avoir « violé» leur engagement d'assurer la protection des Palestiniens au Liban. En effet le rétablissement complet du peuple palestinien dans ses droits légitimes reste une préoccupation du mouvement. Sur le plan économique tout en dénonçant l'ordre économique mondial actuel, les participants du sommet se sont mis d'accord sur les modalités d'un plan d'action en prévision des prochains grands rendez-vous économiques du printemps, à savoir la rencontre des pays industrialisés à Williamsburg (U.S.A.) en mai et la sixième C.N.U.C.E.D. à Belgrade en juin. Plan d'action qui prévoit « une refonte complète du système monétaire et financier international actuel, inéquitable et dépassé ». Le document final souligne, pour la première fois que les pays de l'Est considérés eux aussi comme développés doivent contribuer au dialogue Nord-Sud nouvelle manière. En matière de désarmement, s'agissant plus de pressions morales tant vis-à-vis de Moscou que de Washington, le sommet appelle les puissances atomiques à conclure une convention internationale interdisant le recours ou la menace du recours aux armes nucléaires. Enfin le document final, outre qu'il demande le retrait des troupes étrangères d'Afghanistan et du Cambodge, souligne que la lutte contre les derniers vestiges du coloJlialisme et du racisme, particulièrement en Afrique du Sud et en Namibie doit être menée jusqu'à son terme. DROITS DE L'HOMME Trois députés de la foi @aha'ïe, deux hommes et une femme, ont été exécutés par pendaison, à Chiraz, affirme la représentation baha'ïe auprès des Nations unies à Genève. Elle relève que des, pendaisons de femme's « n'avaient jamais eu lieu en Iran depuis le début de la révolution islamique.' les condamnées étant toujours fusillées, tandis que la pendaison était infligée aux hommes coupables de crimes infâmants ». (16 mars). Ces exécutions interviennent au lendemain même de la fin de session de la Commission des droits de l'homme de l'O.N.U. à Genève, qui a notamment adopté une résolution critiqlie à l'égard de l'Iran et «du traitement infligé aux adeptes de ta foi baha'ïe, sur le seul critère de leur , religion ». La Ligue française des droits de l'homme, exprime par ailleurs son indigantion à la suite de l'assassinat de Mme Garcia Villas, présidente de la commission salvadorienne des droits de l'homme. La Ligue estime que le gouvernement salvadorien s'efforce vainement d'accréditer une version des faits tenant à faire croire que Mme Garcia Villas a été tuée «au cours d'un engagement entre l'armée et les résistants à la dictature ». En fait, « Mme Garcia Villas a été abattue alors qu'elle poursuivait son travail d'information sur les droits de l'homme au Salvador ». (22 mars). UN MAGHREB FRATERNEL La Tunisie et l'Algérie, mettant un terme à un contentieux vieux de vingt ans ont signé « un traité de Fraternité et de Concorde » destiné à consolider durablement les relations bilatérales avec l'espoir implicite de créer un Maghreb ' fraternel dans lequel le Maroc aurait sa place (19 mars). Cette rencontre vient après la reprise de contacts entre l'Algérie et le Maroc. L'ETERNEL RETOUR Pl. jérusalem, en conclusion des travaux de « la troisième conférence mondiale pour les juifs d'U .R.S.S. » le Premier ministre israélien, M. Menahem Begin se déclare convaincu que « la cause des juifs soviétiques triomphera et qu'ils viendront par centaines de milliers vivre en Israël ». « Ce sera là une longue lutte» a-t-il toutefois déclaré auparavant en soulignant que cette conférence « marquait le départ d'une campagne permanente ». (17 mars). UNE DEMOCRATIE EN ET AT DE SIEGE Les violences du mois dernier ont fait officiellement 1 113 morts en Assam, selon le Premier ministre de l'Etat M. Hieswar Saikia qui toutefois admet que 2 000 disparus pouvaient être considérés comme morts. (14 mars). Au lendemain du mot d'ordre de grève générale réaffirmant leur position, les chefs du mouvement nationaliste expliquent qu'il ne saurait être question « de permettre à une assemblée illégale, soutenue par des étrangers de déterminer le sort de l'Assam ». Gauhati, la capitale est déclarée zone interdite et l'état de siège doit s'étendre jusqu'au 5 avril, fin de la session parlementaire. (22 mars). TERRITOIRES OCCUPES L'initiative de paix lancée le 1 er septembre dernier par le chef de l'exécutif américain, prévoit la fin de la politique, de colonisation d'Israël dans les territoires occupés et la création d'une « entité autonome» palestinienne en association avec la Jordanie. « Il est temps que le roi Hussein décide s'il veut prendre part aux négociations élargies avec Israël» déclare dans une interview au Washington Post le secrétaire d'Etat américain George Shultz. (13 mars). La dégradation de la situation dans les territoires occupés, montre qu'à la vitesse où s'avance la colonisation israélienne, il n'y aura bientôt plus rien à négocier. En fait le roi Hussein n'acceptera de « sauter le pas» qu'avec de réelles garanties des Américains. Celles-ci sont d'une part «le retrait des Israéliens du Liban» et d'autre part« la participation de l'O.L.P. à ces négociations » déclarait-il à Londres, lors de la visite du « comité des sept» à Mme Margaret Thatcher. (19 mars). Si du côté américain, on semble aujourd'hui disposé à s'acheminer vers un accord concernant le retrait des troupes israëliennes, la participation des Palestiniens aux négociations est une toute autre affaire. Les Américains refusent en effet, du moins officiellement, toute discussion avec l'O.L.P. tant que celle-ci n'aura pas reconnu Israël. ELECTIONS: L'AVERTISSEMENT 8 D ,ABORD ceux qu'on attendait: « La gauche, en ouvrant les frontières en même temps que les portes de prison a fait la partie belle à une pègre de plus en plus nombreuse et insolente» (profession de foi du candidat Jean-Marie Le Pen dans le 20e arrondissement de Paris). Tract de Marcel Lamblain, candidat du Front National à Tourcoing, envoyé à «nous tous ... qui voyons nos populations se vider de leurs caractères unitaires et se laisser aller à la violence en s'africanisant, soit par force : les viols sont relatés chaque jour dans la presse, soit par simple crainte d'être accusées de racisme ». Ceux qu'on attendait moins: « Le lien est de plus en plus évident entre l'émigration clandestine d'une part, la délinquance et la criminalité d'autre part» (Alain Juppé, candidat RPR du ISe arrondissement). «Communistes et socialistes se plaignent de la montée de la violence. Qui a accueilli, sans infrastructure d'accueil, une population étrangère considérable?» (Claude Tailet, candidat de l'opposition à Tremblay-lesGonesse). Enfin ceux qu'on ne connaissait pas encore: L'indépendant du Ise, qui cite les « charters entiers qui déversaient des milliers de déracinés qui, ne trouvant pas de travail dans le paradis socialiste, descendent dans la rue ou le métro pour détrousser de préférence les personnes âgées et les femmes ». On ignorera l'Union pour le respect et le droit des Français, Maurice Arreckx et ses poubelles, les établissements Tedd et leur aérosol défensif particulièrement efficace sur les personnes de couleur. Le MRAP a porté plainte contre tous ces propos. Pour avertir. DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 Réélue à Dreux, Françoise Gaspard renonce à son mandat pour se consacrer à la lutte contre le racisme. Ici au Bataclan, à la soirée du MRAP. 21 MARS Comme chaque année, la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale fixée par l'O.N.U. au 21 mars a donné lieu à de multiples initiatives

Dans une conférence de presse, Albert Lévy, secrétaire général du M.R.A.P ., rappelait que le 21 mars 1960 en Afrique du Sud la police et l'armée en usant de leurs armes contre les Noirs qui manifestaient pacifiquement contre l'apartheid ont tué 69 personnes, hommes, femmes et enfants et en ont blessé des centaines. (16 mars). Depuis Sharpevelle il y a eu pire, Soweto avec plus de 1 000 morts en juin 1976. La répression en Afrique du Sud continue. On note 2 à 3 exécutions capitales par semaine. Rappelons qu'à Johannesburg Tembuyisé Simon Nnadawe, un jeune militant de l'A.N.C. (African National Congress) arrêté le 22 février a été trouvé « pendu» dans sa cellule. C'est le 54e cas depuis 1963. (8 mars). - L'O.N.U. va rendre publique une pétition internationale demandant la libération de Nelson Mandela, président de l'A.N.C. et autres militants antiracistes emprisonnés. - A l'O .N.U. également, va être présentée à partir du 21 mars, l'exposition internationale d'affiches contre l'apartheid, réalisée par le M.R.A.P. avec le concours du Musée de l'Affiche et de la Publicité, sous le parrainage de deux ministres, MM. Lang et Cheysson. ' - En France, vont être lancées d'autres affiches contre l'apartheid, celles que viennent de réaliser quelques peintres de grande renommée. « 15 artistes contre l'apartheid » en coopération avec le Comité Spécial des Nations Unis contre l'apartheid. Le vernissage de cette exposition s'est déroulée simultanément tant à la Galerie Maeght le 21 mars que dans une centaine de villes de France, ainsi qu'au siège de la CGT et de la CFDT. - Une vente-signature de livres contre l'apartheid s'est tenue ce même jour à la librairie du Centre Pompidou. - Les Deuxièmes Journées Cinématographiqdes du Val-deMarne « contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples» se sont également tenues du 16 au 26 mars à l'initiative du comité départemental du M.R.A.P. (16 mars). - Au « Ba'taclan », le M.R.A.P. organise une grande manifestation,« 10 heures contre le racisme » pour rompre le mur du silence autour de l'apartheid et dénoncer les provocations flagrantes à la discrimination raciale remarquées pendant la campagne des élections municipales. Une grande fête, où de lJombreux artistes ont exprimé à lëur façon leur soutien à notre action commune. Un grand rassemblement auquel s'est associée Françoise Gaspard par sa visite. A cette occasion Charles Pal~nt, viceprésident du M.R.A.P., déclare « Le signe de notre temps, c'est que le front de la lutte contre le racisme ne cesse de s'élargir ». (20 mars). . - Le Parti socialiste, le Parti communiste et la CGT rendent publiques trois déclarations condamnant le racisme (21 mars). CAMPAGNES Les élections municipales clôturent une campagne très nettement marquée par l'émergence en particulier dans -J'opposition, de thèmes racistes tendant à faire la liaison entre la p,ésence des immigrés et l ' insécurité de la vie quotidienne (6 mars). Le M.R.A.P. a 'déposé plus de quinze plaintes contre du matériel électoral comportant des proe pos racistes. FRANÇAIS-IMMIGRESSOLIDARITE A la suite de l'explosion d'un engin le dimanche 13 mars dans une cité d'immigrés du quartier de la Cayrolle à Marseille, qui a 9 causé la mort d'un enfant de onze ans, Jean-Christophe Lachouman, une vingtaine d'organisations politiques, syndicales, associatives et antiracistes appellent à une manifestation dans le centre ville pour exiger la sécurité des immigrés. Le M.R.A.P. publie un communiqué

« On ne peut manquer

de rapprocher les bombes de la Cayrolle, visant la population maghrébine et gitane, des deux récentes tentatives d'attentats contre la communauté juive. On ne peut séparer ces actes de violence, des discours haineux tenus à l'adresse des immigrés pendant la campagne électorale. Grande est la responsabilité morale de ceux qui ont attisé les tensions ». (15 mars). AU NOM DES BOUGNOULES « Je parle au nom des bougnoules, car j'en suis un moimême » déclare , à la presse le directeur du bureau de la Ligue Arabe à Paris M'hamed Yazid. (15 mars). «Je dénonce ce milieu des affaires et de la grande finance qui avec les bénéfices des gros contrats passés au Maghreb et dans les pays arabes, a subventionné une campagne politique basée sur la xénophobie ». Actualité CHANTER, DIT-ELLE. Marguerite Yourcenar a expliqué à Différences pourquoi elle avait traduit les Gospels qui seront présentés à Paris f in avril. C ' EST un événement : la première femme élue à l'Académie française, Marguerite Yourcenar, prend l'initiative d'une soirée consacrée à l'expres sion d'une des formes les plus authentiques de la culture noire américaine : le Gospel. Les bénéfices de cette soirée organisée à Paris, fin avril, à l'Espace Cardin seront offerts à deux organisations antiracistes: le Southern poverty law center, qui lutte aux Etats-Unis pour défendre et étendre les droits de toutes les minorités, en particulier des Noirs, et le MRAP. Le Southern Po vert y Law Center, fondé en 1971 par deux juges a pour "but de faire progresser les droits des plus défavorisés à travers la législation et l'éducation. .. • La rencontre de Marguerite y ourcenar avec Marion Williams et Jerry Wilson, un américain passionné par cette musique, et qui s'est attaché à la faire connaître, notamment en France l'année dernière au festival de Carpentras, aboutit maintenant, après l'édition d'un 33 tours Precious memories, à cette initiative parisienne où seront associées la découverte d'une expression culturelle encore mal connue Pour cette sOlrée exceptionnelle, Marguerite Yourcenar a abandonné la tranquillité de sa retraite de Mount Desert sur la côte nord-est des EtatsUnis . Fin avril donc, nous pourrons entendre quelques uns parmi les plus beaux textes du Gospel, chantés par Marion Williams, une de ses plus grandes interprètes, ou dits par l'écrivain qui les a traduits. '------;;;....;;;.;;....;...;,;.---------------------- ----------- Rrewster, un ami de Martin Luther Marguerite Yourcenar avec ie Révérend W. Herbert J C'est «avec respect et humilité », pour les faire mieux connaître, que Marguerite Yourcenar a entrepris de traduire en 1965, so us le titre Fleuve profond, sombre rivière, ces chants qui sont pour elle « une grande poésie chantée, un grand art, noir et populaire. Je ne me serais pas risquée à donner certaines traductions de textes analogues (analogues mais non identiques, ce qui aurait pu produire un effet de transcription scolaire) si je n'avais cru en précisant certaines nuances, en appuyant sur certains mots, aider l'auditeur à mieux coniprendre ce qu'est le Gospel. » Né vers 1920 d'un renouveau de ferveur, le Gospel prit alors le relais des spirituals du dix-neuvième siècle, déjà sclé- 10 rosés et affadis à l'époque, et toujours plus ou moins adaptés aux goûts et aux habitudes musicales des auditoires blancs. Profondément ancré dans la pratique religieuse des Noirs du sud des Etats-Unis, le Gospel a réussi jusqu'à présent à se préserver des contaminations qu'ont subies d'autres formes d'expression comme le Blues, sans pour autant se figer dans la tradition. A cet égard, Marguerite Yourcenar n'hésite pas à faire référence aux «plus audacieuses méditations sur Dieu des mystiques du Moyen Age chrétien », mais elle parle aussi de ferveur, de gaieté, et d'humble tendresse humaine. A ce Gospel robuste et fervent, s'oppose le Blues «intime et fredonné, plein des grands et petits maux de la vie quotidienne, ponctué çà et là de tendres ou moqueuses références érotiques ». et la lutte pour la reconnaissance de toutes les expressions culturelles, puisque cette soirée est destinée à soutenir l'action du Southern poverty law center et du MRAP. Soulignons tout particulièrement la participation de . Marion Williams, qui a su se forger un style tout à fait particulier par rapport aux pionniers du Gospel et conquérir une des toutes premières places , d'abord comme principale soliste des Clara Ward Singers, puis à la tête de son propre groupe, The stars of fai th. Interrogée par Différences, Marguerite Yourcenar a réaffirmé la nécessité «d'une action collective contre le racisme et de l'engagement des intellectuels dans ce combat ». Ouverte et sensible à toutes les cultures, comme son oeuvre le montre, elle dit avoir été «touchée par la beauté et l'humanité des Gospels, qui leur font rejoindre l'universalité de toute grande poésie populaire ». Marguerite Yourcenar se dit d'ailleurs convaincue qu'« il ne peut exister de culture ou de littérature nationale sans l'apport de plusieurs cultures et littératures étrangères ». Ni disco, ni fast-food L'exemple de la France lui semble particulièrement convaincant. C'est une des raisons pour lesquelles elle pense que confronté comme il l'est actuellement à une grande diversité culturelle, notre pays saura comme il l'a fait par le passé l'intégrer et s'en enrichir. A la condition « qu'il ne sabote pas sa propre culture au détriment d'un conformisme commercialisé ». C'est ainsi qu'elle désigne le phénomène d'américanisation dont on parle volontiers à propos de la société française, phénomène qu'elle assimile « à une . contre-façon indigne de l'idée 'de culture à lafois aux EtatsUnis et en France ». L'Amérique où vit Marguerite Yourcenar n'est pas, c'est clair, celle de la disco et des fast food. Autres questions d'importance

où en est la situation

des populations noires aux Etats-Unis après l'explosion des années soixante? Y a-t-il négation ou intégration de cette minorité et de sa culture actuellement? Pour l'écrivain, il semble que pour le moment peu de choses aient changé, et que la culture noire américaine reste profondément marginalisée. TOUR DE BABEL Rappelez-vous, quand les enfants d'Israël bâtissaient une tour, espérant d'monter jusqu'au ciel. Mais l'Seigneur a décidé contre : - Non, vous pouvez pas faire ça. Faut s'être bien conduits pour monter au ciel. Et ils s'étaient mis comme ça à construire leur échelle, et, quand l'envie leur en prenait, i'zallaient mettre le pied dans l'royaume de Dieu. Et l'Seigneur a dit non: - Vous pouvez pas faire ça. Et il a séparé comme qui dirait les langues, et les gens, quand l'un demandait une brique, on lui donnait un clou. Ainsi, je vous dis, l'Seigneur est puissant, et vous n'savez pas tout ce que l'Seigneur peut faire, tant qu 'vous n'avez pas essayé. Texte publié dans Droit et Liberté nO 242. Avril 65. BILL MOORE, IL A MARCHE ... ... Oh, Bill Moore, il a marché tout seul sur la longut route solitaire. Il a osé marcher tout seul sur la longue route solitaire, Il a marché en plein jour et il a marché dans la nuit, Et nous n'étions pas auprès d'lui, Et nous n'étions pas auprès d'lui ... Il a marché dans l'Alabama pour vous et pour moi, Pour qu'on soit tous libres et qu 'on soit égaux, toi et moi, Et pour qu'un jour Noirs et Blancs on sail tous frères! Et Bill Moore, c'était un Blanc, mais les bal/es ne distinguent pas la couleur, Quand elles sifflent dans la nuit les balles des lyncheurs ne distinguent pas la couleur, Et beaucoup d'Noirs, on les a tués, et Bill Moore il gÎt par terre. Et nous n'étions pas auprès d'lui, Et nous n'étions pas auprès d'lui. .. Oh, chaque homme doit choisir et se décider à son heure, Oh, chaque homme doit choisir et marcher tout seul dans sa voie ... Et nous frapperons à la porte de la Liberté, et si on demande qui nous envoie, Nous répondrons que c'est un homme qui s'appelait Bill Moore ... Jerry Wilson, qui a accompagné Marguerite Yourcenar à Paris, soulignait qu'il rencontrait des difficultés beaucoup plus grandes aux EtatsUnis qu'en Europe pour présenter ce qu'il appelle plus volontiers des « documentaires scéniques» que des spectacles. Même si nous avons une vision incomplète ou peu nuancée de la réalité noire américaine, nous y sommes plus attentifs, plus ouverts. "U Quoi qu'il en soit, l'initiative de Marguerite Yourcenar et l'action des mouvements qu'elle soutient ainsi, devraient contribuer à faire reculer ces discriminations , et reconnaître la place prépondérante qu'occupe sur le plan musical entre autres. l'expression des Noirs américains. _ Fleuve profond, sombre rivière, Ed. Gallimard . Precious memories. Conçu et réalisé par Jerry Wilson. Audivis 4906. Jusqu'à ce qu 'il n'est reste plus qu'un . .. . PEURS SUR LA VILLE Pendant la campagne électorale, les discours-catastrophe ont fait recette . .. EUREUSEMEMENT H que les immigrés étaient là, pour cette campagne électorale. Sinon, on ne sait pas bien ce qui se serait dit, vu l'importance qu'ont prises des notions aussi scientifiques que l'insécurité, les seuils de tolérance, la cohabitation des différentes - communautés. Sur fond de grand-peur supposée des Français qui réclameraient de la sécurité. Le garde des Sceaux avait déjà attiré l'attention de l' opinion sur ce problème : la France ne tremble pas tant que certains veulent le faire croire . Fourtant, M. Le Pen a fait campagne sur ce thème dans le xxe arrondissement de Paris, et a franchi les 10 070 au premier tour. Et il Y a cette interview étonnante d 'un habitant de ce quartier, dans Les Nouvelles Littéraires: « Je suis de gauche, mais je 12 pense que Le Pen a raison et dit tout haut ce que 80 % des Français disent tout bas ». Alors, peur ou pas peur? Qui est responsable? L'insécurité est-elle réelle ou déclenchée, simulée, appelée, par des groupes qui ont intérêt à ce que la population se sente menacée? Pour Henri-Pierre Jeudy, sociologue qui a beaucoup travaill é sur ces problèmes , la question ne se limite pas à la désignation de coupables. Sans doute, on parle beaucoup de la mort du social, de l'affaiblissement des rapports interindividuels qu'on pouvait croire plus forts dans les quartiers des villes d'autrefois, dernières images du village perdu. On a l'impression maintenant, et on le vit douloureusement, que les rapports sociaux sont très durs , incitent au repli sur soi, derrière la porte blindée de son . ' • e iC appartement. Bien sûr rien à dire : « Quand une insau- delà de la déliquescence tance politique n'a d'autre des relations humaines, c'est enjeu que récupérer le poutout le rapport à l'altérité qui voir, quand elle n'a pas, au est remis en cause: l'autre sens large, de projet de devient un ennemi potentiel. société, elle tombe dans le dis H. P. Jeudy cite pour exem- cours de l'insécurité. De pie le développement éton- symptôme d'une crise, celle-ci nant des sports de combat en devient la maladie elle-même, France, où il s'agit, au nom et l'unique objet du discours de sa propre sécurité, d'anti- du médecin. C'est comme un ciper sur ce que peut être et boucle qui je ferme : ça va faire l'autre. Se développe mal, donc les rues ne sont pas une sorte de narcissisme pro- sûres, donc assurons les rues tecteur de soi qui équivaut à et ça ira mieux. Plus besoin une mise à mort de l'autre. Un symptôme la crise, individuellement pour la supporter, collectivement pour la faire oublier ». C'est vrai qu'il y a peu, on ne se gênait pas, par médias interposés, pour l'utiliser et faire oublier les autres difficultés. Maintenant saisie par l'opposition come signe de l'incompétence du gouvernement actuel, elle était naguère utilisée par elle comme moyen de gouvernement. Alors, y a-t-il, au fond de tout cela, une réelle demande de projet ne peut montrer sa vanité, laisser voir qu'il tourne à vide autour d'un thème sans contenu. Il est plus rapide de désigner un groupe bouc-émissaire, aisément identifiable, pour cristalliser l'image de l'insécurité, et faire vérifier a posteriori l'existence du danger. Il y a là un effet de feed-back. H.P. Jeudy raconte qu'à interviewer des gens qui venaient d'être cambriolés, on s'apercevait

'qu'ils glissaient toujours,

dans une sorte de sociologie spontanée, du récit de leur mésaventure à une explication plus globale de la société. De même, après un accident, une agression, un viol, les témoins se mettent à discuter, ce qu'ils n'auraient pas fait sans cela. La socialité se reconstruit dans de tels moments. Arrivent rapidement dans la discussion la nostalgie d'un ordre perdu, d'un temps où les gens se parlaient, communiquaient. La nostalgie Il est facile de canaliser cette nostalgie, re déSir de '

groupe, vers la désignation

«Mais le plus important, c'est que l'insécurité, c'est un enjeu: d'abord, certains veulent croire, et faire croire, que la peur collective reforme le lien, qu'il rétablit la cohésion d'un corps social en danger d'éparpillement individuel. On raconte des villes du Moyen-Age qu'elles vivaient de la menace extérieure. Cette image reste présente: faire appel à la peur collective à travers des images d'insécurité quotidienne, c'est faire croire qu'on peut compter sur une unité de la société, pour pallier la déstructuration apparente des enjeux politiques et sociaux ». L-_____ __________ ________ ...... " d'un autre groupe, dangereux . Le Pen : 10 f1!o aux élections Un discours de et sur la d'analyse ni de programme . peur ne peut dès lors qu'être Le discours politique se clôt de l'ordre de la simulation. sur lui-même et tourne en «Il s'agit de faire passer rond, sa ns avoir besoin l'insécurité pour le symptôme d'autre preuve pour fonctionde la crise politique, économi- ner ». On l'a vu plus particuque et sociale. C'est un con- lièrement dans les analyses de cept très vague, qu'on peut l'extrême-droite (mais pas très facilement faire glisser seulement): la crise est là, sa d'un domaine à l'autre: à seule cause, c'est l'insécurité l'insécurité de l'inflation cor- et les immigrés qui sont suprespondraient celles de posés la propager. Supprimez l'emploi, du travail et de la l'effet, la cause suivra. Dans rue. Se forme alors un lien une telle pratique, on ne sait équivoque entre les différents plus qui est cause de quoi, registres d'activité }. Le mais l'impor tant n'est plus là, thème permet d'unifier les les thèmes sont en place et analyses dans un discours ' tournent tous seuls. apocalyptique sur notre . société. Il faut bien admettre C'est tellement tentant qu'à ce titre , il est très prati- qu'on comprend que beauque. Mais à quoi peut servir coup y cèdent. D'autant plus ce type de parole- que l'insécurité est une notion catastrophe? aisément deplaçable, manipu- Pour H.P . Jeudy, ces thè- lable.« Il \' a de nos jours un mes réapparaissent quand les travail su hl il sur ce thème. En partis politiques n'ont plus fait, elle permet aussi de gérer 13 de sécurité chez les Français? « Le jeu sur l'insécurité est maintenant trop compliqué. On ne peut plus savoir s'il y a chez les citoyens une demande de sécurisation, qui serait à l'origine des discours politiques. La peur des Français, ce n'est rien de plus qu'une hypothèse qui s'intègre au jeu circulaire du discours de la peur. On se réclame d'elle, mais hors de toute réalité quantifiable. Cette demande, comme toutes les demandes dites sociales, est tellement manipulée qu'on ne sait plus à quoi ça correspond. Ainsi les campagnes sporadiques sur l'insécurité du métro. S'il ya une agression, la demande de sécurité est aussitôt stimulée, puis oubliée ». Pourquoi choisir les immigrés dans cette campagne ? En fait, on va au plus simple. Le di scours politique dénué celui -là, qui propagerait l'insécurité et empêcherait tout contact: on a eu les jeunes, puis les loubards, puis les immigrés. Dès lors chaque événement vécu vient légitimer le discours officiel sur l'insécurité, le renforcer a posteriori, en quelque sorte le rembrayer. Le «je-connaisq uelq u' un-q ul -s' est -faitattaquer- par-un-arabe » vient prouver que ce qu'on dit dans le poste est vrai. Toute la ruse consiste à faire croire que le discours politique découle du discours privé, du vécu, alors que c'est l'inverse. La boucle est bouclée: l'insécurité quotidienne n'estpas la cause qui engtlldrèraiL et justifierait le discours politique de la peur, mais c'est ce discours, qui, utilisant ce thème pour sa logique propre, organise le vécu en explication totalisante. AVant qu'elle soit totalitaire. Jean-Michel OLLE LA NOUVELLE DROITE SE POUSSE DU COL Une bataille de l'avant autour des élections , EXPRESSION poli- L tique du fascisme et du racisme s'est longtemps cantonnée à n'apparaître qu'au tf1\'ers d'une extrême ',', rl'une nouvelle-droite dont les relations avec la droite politique étaient souvent conflictuelles. Certes, certains militants de groupuscules actifs de l'extrême-droite des années 1970 sont bien devenus députés. Certes aussi, sous couvert de «nouvelle droite» d'anciens militants de groupes néo-nazis se sont parfaitement intégrés dans les rouages de la société libérale avancée. Mais la propagande et l'action fasciste et raciste restaient bien l'oeuvre quasiexclusive d'une minorité plus ou moins en marge. Aujourd'hui, le 10 mai a accompli son oeuvre de changement. Les distinctions au sein de l'opposition et la répartition des rôles qui existaient sont bel et bien fortement amoindries. Il suffit de voir sur quels thèmes et sur quel ton s'est déroulée la campagne des élections municipales et à quel ,)oint l'extrême-droite y a été présente ou représentée. « La ligne » « Mais ces élections nous permettent aussi de mettre en évidence le rôle fondamental qu'a joué la «NouvelleDroite » dans ce combat politique. Dès l'automne 1981, une série de forums va se tenir qui ont tous le même objet: redonner une ligne idéologique au conservatisme. Le premier à ouvrir le banc est le leader en la matière, le GRECE. Son XVIe colloque, le 29 novembre 1981, est un appel à la résistance intellectuelle pour prendre la ~( relève des idéologies dominantes ». Mais il convient encore d'avancer discrètement dans ce sens. Le GRECE est, il est vrai, quelque peu «grillé» du côté de bon nombre de libéraux. Ainsi, les 5 et 6 décembre 1981, le club «Alternative pour la France» tente d'organiser un important forum «pour une alternative au socialisme ». Mais le côté encore trop « .ouvelleDroite » fait en partie échouer le meeting. La présence d'Alain de Benoist, le rôle un peu trop évident du Figaro-magazine et la réaction défavorable de Raymond Aron font que plusieurs personnalités françaises et américaines et deux dissidents d'Union Soviétique s'en retirent. Il reste néanmoins Louis Pauwels pour en appeler au renouvellement des idées, Jean-Yves Le Galloy secrétaire du club de l'Horloge, pour dénoncer les idées fausses qui ont expliqué la dérive social-démocrate du septennat précédent ; Alice SaunierSeïté pour s'en prendre à l'égalitarisme du système éducatif endoctriné par la gauche et Alain Griotteray pour nous apprendre que l'heure de la victoire peut arriver plus vite qu'on ne le pense. Le 12 décembre c'est au tour du club de l'Horloge d'organiser son VIè colloque sur « l'échec du socialisme en Europe ». Jean-Yves Le Gallou, devant un millier de personnes explique en conclusion de la réunion qu'« il n'y a pas d'alternative au socialisme. Notre avenir est ailleurs, en dehors des préjugés idéologique~ ûu socialisme fondé sur l'égalitarisme ». Poursuivant le mouvement, 14 le club de l'Horloge orgamsait le 10 mai 1982 (un an après) un séminaire politique intitulé « Un projet Républicain pour vaincre le socialisme ». Alain Madelin intervenait sur le thème de l'enracinement des citoyens. S'élevant contre la désinformation des manuels d'histoire il y souhaitait la création d'« Association de consommateurs de manuels d'histoire ». Ce qu'entreprendront les ' Comités d'Action Républicaine »vers lesquels le club de l'Horloge invitait ses militants à s'investir. Une pépinière d'hommes prêts à l'entrisme à tous les niveaux Avec le «GRECE », la « Nouvelle-Droite» s'est dotée de son instrument « théorique » apte à définir les thèmes du renouveau idéologique. Avec le Club de l'Horloge, elle s'est dotée de sa pépinière d 'hommes prêts à l'entrisme à tous les niveaux. Avec le Figaro-Magazine elle a sa presse grand public. Mais il lui manquait une strüsture apte à relayer son action dans le combat quotidien sur le terrain, dans chaque ville. La création des Comités d'Action Républicaine (C.A.R.) a répondu à cet impératif. Et ce sont MM. Bruno Megret, ancien membre du Conseil d'Administration du Club de l'Horloge, et Claude Waddington, un des auteurs du livre du Club de l'Horloge sur« l'égalitarisme » (Le grand tabou - A. Michel) qui ont créé les C.A.R. dès l'automne 1981. Très vite, les C.A.R., forts de 6 000 adhérents et de 100 comités locaux, reprennent les mots d'ordre et la phraséologie de la «N ouvelleDroite ». Répondant à l'appel du Club de l'Horloge, les C.A.R. s'en prendront pour commencer à l'enseignement de l'histoire. Sous couvert de l'idée que l'école publique doit délivrer une morale civique tout en restant « 'leutre », les C.A. R. ont organ,sé une large campagne pour dénoncer le caractère soi-disant orienté de certains livres scolaires. Sélectionnant dix manuels d'histoire, de Géographie ou --d'économie dont six de chez Nathan, ils y ont puisé tout ce qui leur paraissait relever d'idées dites marxistes. Le peu de sérieux de ce travail n'aurait rien de vraiment très inquiétant s'il n'avait pas donné lieu à une campagne bien organisée et bien diffllsée dans la presse. De début septembre 1982 à fin octobre, une série d'articles se sont succédé: « Comment la propagande rouge pourrit l'enseignement public (Minute); « Désenseignement » (Aspects de la France); « Politique à l'école, guerre idéologique ou pluralisme» (l'Ecole et la Nation); « Comment vos enfants deviennent marxistes à l'école» (le FigaroMagazine); « les livres scolaires en accusation» (VS.D.) ; « l'Ecole ne seraitelle plus républicaine? » (La Croix) ; « Des livres scolaires truqués (Le Figaro) ; « l'Education qui se dit nationale est un pourrissoir» (Présent); « Livres scolaires de propa" gande » (Le Point). Des parlementaires, députés et sénateurs sont mène allés jusqu'à intervenir en DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 séance ou poser des questions écrites à partir de ces « révélations ». Il y a là un comportement à plusieurs égards dangereux. Tout d'abord, la liberté de conception, d'élaboration, d'illustration et de présentation des ouvrages scolaires et l'indépendance des conseils d'administration des établissements scolaires chargés du choix des livres, sont remis en cause. Les C.A.R. en venaient même à demander que l'Institut de France soit chargé du contrôle des ouvrages scolaires et ait la possibilité d'exiger le retrait de ceux qu'il jugerait non conformes. Manuel officiel che: « l'on ,n'y trouve guère d'exaltation des valeurs qui sont celles de la République et de l'école française» ! Une analyse fine des textes des « CAR» pourrait faire apercevoir l'identité de langage avec la « Nouvelledroite ». En effet, chez l'un comme chez l'autre, c'est la République contre le Socialisme, c'est l'antiégalitarisme, le combat culturel contre le marxisme, l'enracinement. .. Les trois mots d'ordre des CAR sont « Unitérenouveau- enracinement ». Voici cette notion projetée comme un des points essentiels du progr~mme du mouvement. Or ce mot a été littéIl existe aujourd'hui, heureu- ralement formé par la sement, aucun manuel officiel Nouvelle-Droite. C'est en ni même simplement recom- 1972 que le GRE CE le mandé var le Ministère de « lance» au cours de deux l'Education Nationale. séminaires qui ont eu lieu sur L'objectif est donc bien, en le thème: « Qu'est-ce que en chargeant une institution l'enracinement? ». Ces deux présumée « neutre» de reve- colloques furent animés par nir sur cette liberté et d'ins- Alain de Benoist et Yvan taurer un contrôle politique et Blot, alias « Michel Norey », idéologique des ouvrages. Il aujourd 'hui président du reste aussi qu'il y a, sous- Club de l'Horloge. Depuis, jacente à cette campagne, plusieurs membres du Club l'utilisation d'arguments dan- sont intervenus sur ce thème gereux. Six ouvrages, parmi au cours des différents colloles dix incriminés, provien- ques organisés par ce mouvenent d'une seule maison ment. d'édition, Nathan , Reproô 'é alité. d'fférence dans 1 g t, pas la 1 i"e()IUI'~'~ qui ne suppor e Notons, pour être clair, que l'enracinement n'exprime pas pour la Nouvelle-Droite la revendication du droit de vivre et de travailler au pays. Le terme est entendu ici dans le sens du différentialisme régional à base ethnique. Le thème de l'unité culturelle cache alors un racisme vantant la pureté du groupe humain. Le culturel, le peuple, fonctionne en référence à la race et tout naturellement l'enracinement est opposé à « l'idéologie égalitaire », niveleuse des différences et dangereuse pour l'authenticité des groupes humains. L'utilisation de ce mot, comme celui de « République », fait aussi partie d'une stratégie de renversement des valeurs et de transformation sémantique qui doit permettre à la Nouvelle-Droite de s'approprier des thèmes qui jouent sur un sentiment en plein essor ou qui fondent le consensus. C'est contre ce détournement des valeurs et du vocabulaire républicains qu'il faut agir. Bernard DELJARRIE UN NOUVEAU CODE DU TRAVAIL Depuis le 10 mai 1981, la moitié du Code du travail a été modifiée, transformée, enrichie de nouveaux droits pour les travailleurs . . (( La Vie Ouvrière J), dont on connaît la qualité de la rubrique juridique, publie, fin mars 1983, le texte du Code du travail mis à jour avec toutes les nouvelles lois et ordonnances. 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Il parlait de son rêve: « Que tous les enfants de Dieu, noirs et blancs, juifs ou non juifs, protestanb el catholiques, puissent joindre leurs mains et chanter les paroles de ce vieux négro spiritual « Libres enfin, libres enfin, par la grâce de Dieu Tout Puissant, nous sommes libres enfin ». C'est ce discours qui décida le F.B.I. à tout faire pour le neutraliser, parce que ce n'était pas seulement celui d'un leader noir luttant pour les droits civiques de son peuple. Il s'adressait à tous les Américains, et même au-delà, à tous les hommes du monde. « Le mouvement, disait-il, ne cherche pas à libérer les Noirs au prix de l'humiliation des Blancs. Il veut libérer la société américaine et aider le peuple tout entier à se libérer par lui-même », Libérer les Noirs et les Blancs « En dénonçant l'injustice, c'est à tous, Noirs et Blancs, qu'il voulait rendre le sens, le goût, l'expérience de la justice. En attaquant le racisme, ce n'est pas seulement ses frères noirs qu'ils voulait relever de l'humiliation, mais aussi ceux de ses compatriotes blancs encore prisonniers de cette passion ignoble née de la peur, nourrie de haine et de mensonge », ,k.:!ara Jacques Monod, lors de l'hommage rendu;l '\1anin Luther King ;i Paris par le MRAP, le jour même de ses obsèques. Les Américains éprouvent encore aujourd'hui un énorme intérêt pour Martin Luther King, malgré le fait que la révolution noire des années 60 n'a pas libéré les Noirs américains, et que le racisme est encore inscrit dans lès lois implicites du pays. C'est qu'au coeur de la crise économique et des menaces de destruction de la planète, il apparaît encore davantage comme celui qui s'est battu pour les intérêts des pauvres. Aux obsèques, « Tu ne peux avoir la liberté sans la justice, tu ne peux avoir la paix sans la justice, tu ne peux avoir la justice sans la paix; donc, tu dois comprendre la corrélation entre racisme et militarisme et la nécessité de lutter contre les deux problèmes en même temps ». Son sermon d'avril 1967, à l'Ebenezer Baptist Church d'Atlanta: « Pourquoi je m'oppose à la guerre du VietNam », apparaît beaucoup plus proche des réalités actuelles que son rêve. Il dénonçait la collusion entre racisme, militarisme et exploitation économique. Il montrait le lien entre la guerre que les Etats-Unis menaient à l'extér'ieur et celle qu'ils menaient à l'intérieur de leurs propres frontières. Avril noir En même temps, il se plaçait résolument aux côtés des révolutions dans le Tiers Monde en soutenant la lutte du peuple vietnamien pour son indépendance. Le 4 avril 1968, il tombait sous les balles d'un assassin raciste. Tout en restant d~ns le camp de la morale chrétienne, son message était révolutionnaire, en proposant un changement de notre société pour une autre faite pour l'homme, où les machines, les ordinateurs et les profits seraient moins importants que lui. C'est pourquoi de plus en plus de voix, s'élèvent avec force aux Etats-Unis pour faire du 15 janvier, jour de la naissance de Martin Luther King, un jour de fête nationale. Cette célébration serait bien davantage qu'un acte ~)lllbùliLjuc, flle \cr:lit b reconnaissance nationale 'des objectifs de son combat. Robert PAC. dorothée bis siège social 36 rue Marbeuf Paris 8e-teI256 7000 agence 53 rue de Turbigo Paris 3e-te1278 5818 · 1 / serva bijoutier 102, bd Rochechouart Paris ISe MANUFACTURE DE VETEMENTS EN MOUTON RETOURNE .' S. A. R. L. au Capital de 300000 Francs 339, RUE SAINT-MARTIN 7S003 PARIS Tél. : 278.06.02 -i- Raviolis, ordinateurs ... el itinéraires bis. 19 L'Indien fait vendre , • Mis à toutes les sauces par la pub. Toute médaille a son revers et il semble que les Indiens aient à payer la rançon du succès de leurs luttes si l'on en juge par l'utilisation de leur image faite actuellemen,t par la publicité commerciale en France. L'exemple venant de haut, tout avaÜ commencé avec le très officiel « Bison futé ». Mais cela n'était que bagatelle comparé aux films publicitaires projetés aujourd'hui à longueur de semaine par la télévision française. Il ne s'agit plus de dessins animés, mais de cinéma, avec des « acteurs» vétus de défroques et d'ornements, affublés de sobriquets comme « Persil émincé », et parlant un langage tel qu'on ne peut plus parler de caricature, mais bien de mépris et de dérision pour toute une ethnie. Les ordinateurs de poche s'en mêlent également dans la presse. Quant aux membres de la « tribu des sans-problèmes », ils n'ont que faire des descendants du grand chef sous l'effigie duquel Us étalent leur nom. Après maintes démarches, le petit Noir rigolard de « Y'a bon Banania » a cessé de vivre. Un exemple à suivre ? R.P. 11 janvier 2012 à 15:04 (UTC)§§§§§§DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 Nuits africaines, rumba rock, soirées antillaises, le look-black est à la mode. Dans les années 30, le Bal Nègre de la rue Blomet attirait les foules. Intégration ou mal d'exotisme? L ORSQU'on dépeint un paysages urbain en littérature, ou au cinéma, les milliers d'âmes solitaires qui constellent la ville ont pour refuges le bar - pour tuer le temps de jour comme de nuit, avec l'espoir de rencontrer l'âme soeur au bout du comptoir -, puis le dancing, ou boîte de nuit. C'est l'ultime lieu de rêve, d'aventure sédentaire, où l'on bouscule la solitude au tempo d'une musique dans l'espoir d'être aimé. C'est le terrain d'une délivrance plus secrète, la défonce. Celle qui transcende le corps par la danse, l'aventure sexuelle et autres croisières phantasmatiques. Dans ces conditions il est difficile de ne pas tenir compte du phénomène culturel que représente la boîte pour une certaine frange de la société. Comme pour le cinéma, la boîte se caractérise par son aspect commercial et ostensiblement industriel. Commerce et industrie des loisirs, reposant sur des prérogatives de clientèle. D'où, comme au cinéma le fait qu'une forme de censure régit son activité. Mais à la différence du 7" art, ici, la censure ou sélection s'opère sur la clientèle et non sur le produit. Ceci ne va évidemment pas sans poser de problèmes humains. Paradoxalement, ceux qui sont le plus tentés de tuer la solitude, dans la « fièvre du samedi soir », se retrouvent souvent en situation d'exclus de ces espaces de concentration humaine et de rencontre, et pas forcément pour des motifs économiques. Ainsi, pour l'avoir expérimenté nousmêmes, la boîte en France, de nos jours où l'on prône le temps libre pour tous, est souvent pour' l'immigré une forteresse à.1'accès difficile sinon impossible. A croire que cette institution a besoin de rassurer la clientèle élue pour fonctionner à plein rendement. Elle a comme une réticence pour les mélange!';, sociaux parfois, mais surtout ethniques, donc culturels. Pour justifier un tel système, on n'hésite pas à recourir à l'argument de la sécurité. Faux alibi s'il en est, car l'expérience a démontré que l'accès au dancing est essentiellement fonction de « la tête du client·». Il vaut mieux ne pas avoir un visage basané, ou une allure de loubard, si l'on désire franchir le seuil. Selon Hoggart, tout ceci découle prin cipaIement de préjugés. Certains penseraient que: «les classes populaires ont ... des moeurs plus douces que celles des prolétariats étrangers ». LE principe de sélection du dancing, selon une loi non écrite, tourne autour de l'idée de club. Autrement dit d'un lieu plus ou moins privé où une cer~ taine homogénéité doit. être respectée pour contribuer à l'image de marque de l'endroit nécessaire à son fondement économique. Du coups il est aisé de trouver le reflet de la mentalité du public, de ses goûts, et de la mode par une simple observation sociologique de la clientèle des boîtes. Il est également édifiarit de voir cOmment le dancing, qui exclut dans certains cas, peut aussi adapter son produit à une clientèle principalement marginale, ou exclusivement raciale. Ainsi, à lilaris, une boîte à la mode organise des soirées noires tous les jeudis. Cette stratégie commerciale est révélatrice d'une sourde démagogie. On donne en effet l'impression d'intégrer, alors que l'on expose seulement sans vergogne derrière des vitrines. Lors de ces soirées, la fureur de vivre d'une population de ghetto éclate, comme si le droit à l'amusement ne lui avait été accordé que pour une somme d'heures dans le calendrier hebdomadaire. D ANS cette arène Noire du jeudi soir, les rares têtes blanches distingables nous gênent en suggérant, sans qu'on le veuille, un rapport de voyeurisme quelque peu malsain: le Blanc, amateur d'exotisme, et le Noir, objet et sexsymbole aux élans débridés. Le directeur de boîtes de nuit parisiennes très en vue déclarait récemment: « Selon moi, dans les lieux de nuit, l'élégance vient du métissage, du charme et de l'énergie que dégagent les gens. La présence des Noirs a changé la nuit, mon oeil a une infinie tendresse pour le look des Africains, la majesté et la grâce de leur 21 mouvement ». Les mythes, même innocents à première vue, ont la vie dure. Ceci nous remet en mémoire une autre réflexion d'un parisien des années 30, Brassaï. Le célèbre photographe parlait alors du fameux Bal Nègre de la rue Blomet

« Brusquement les femmes blanches

folles de leurs corps ... furent irrésistiblement attirées vers ce Harlem parisien du I5e arrondissement. Tous les soirs les voitures luxueuses y déversaient leur cargaison de névrosées élégantes ... pressées de se jeter littéralement dans les bras de beaux Sénégalais, Antillais, Guinéens ou Soudanais, taillés en athlètes ». Un demi siècle après Brassaï, ~ien ne semble avoir bougé, les clichés les plus éculés sont toujours d'actualité. Certains lecteurs seront peut-être tentés de nous accuser de faire ici un mauvais procès. Mais la division entre plusieurs groupes sociaux, voire raciaux; jusque dans ces microcosmes qui sont de véritables carrefours humains, n'en demeure pas moins réelle. TOUTE forme de discrimination si infime soit-elle est détestable. Ce qui est encore plus inquiétant à ce propos, est que la clientèle des dancings, composée essentiellement de jeunes, ne soit pas assez consciente du problème. Les boîtes de nuits devraient normalement constituer un terrain favorable au dialogue. Mais des principes intolérables se dressent en leur sein et, pire, s'y objectivent. Comme si les exclus représentaien t des obstacles, des périls pour la liberté de ceux qui y sont acceptés. Ceux-ci, que l'on accuse souvent de toutes sortes de maux, telles que la violence sexuelle, la délinquance, etc... restent cloisonnés dans leur « haute solitude », confinés dans leur misère sociale et morale. Il ne faut tout de même pas oublier que l'intégration est affaire du quotidien, de liberté, et non d'humiliation, de frustration répétée. Les lieux de vie permettant un instant d'oublier les conflits et le mal de vivre doivent être ouverts à tous. Le dancing en fait partie. 1-.: sanofi 40, aWl1Ul' ('l'lligc \ - 75UU~ PARIS UN GROUPE FRANÇAIS AU SERVICE DU « MIEUX-ÊTRE » ... 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Coupon à retourner à l'adresse suivante: BANQUE HERVET M. Olivier Doignon 22 Direction Financière et de la Clientèle Privét: 127, avenue C. de Gaulle - 92200 Neuilly s/Seim nombre de carreaux manquants, le feu de bois s'épuise à réchauffer l'atmos" phère. Constatation atrocement « babylonienne » ... Pourtant, à la lueur de la bougie, l'ambiance est chaleureuse. La douceur d'Amrita, peut-être, « aumonier » et guide spirituel du groupe. Ou le sourire désarmant d' Asher, expliquant que chaque jour est un miracle lui apportant son pa~n quotidien. Un Sénégalais, venu ce jour-là pour s'informer, en reste coi. Il n'a pas l'air de croire tellement aux miracles, lui. En plus, il ne saisit pas vraiment: il se dit Africain, on lui répond Ethiopie. I LS sont nés en Amérique ou en France, aux Antilles ou en Jamaïque parfois en Afrique. Ils sont phitôi jeunes. Ils se nomment les Rastafaris. Ras veut dire tête et Tafari créateur. Ils sont le peuple élu, déraciné, prisonnier depuis quatre ans (début de l'esclavage) de Babylone. La plupart n'ont jamais mis un pied en Afrique et ils se l'imaginent comme « la terre promise ~'. La culture, les références des pays qui les ont vus naître, ils les refusent en bloc, bien que, curieusement, leur religion soit basée sur la Bible. Mais Babylone, l'infâme, n'y a rien compris ... Dans leur quête exaspérée d'une identité noire, ils se sont créé une religion unificatrice. Elle se veut d'abord spirituelle et elle utilise des détours pour le moins curieux. Mais elle masque avant tout un but, un désir profond et viscéral: le retour en Afrique et sa réunification. « Un seul coeur noir, une foi, un peuple, une patrie, Haethiopia ». Dieu vivant et noir Il était une fois un roi noir, fort puissant, qui gouvernait sans partage une contrée mythique: l'Ethiopie. Mythique à plus d'un titre: Ethiopie signifie «pays des hommes à la peau brûlée », alors qu'Afrique veut dire «pays des esclaves ». C'est pourquoi les Rastas désignent le continent africain sous le nom « Haethiopia » et donnent rendezvous au peuple noir retournant à ses sources à Addis Abéba - ce qui, entre parenthèses, est fort moyennement apprécié par les autres ethnies africaines, et les gouvernements. Deuxièmement, l'Ethiopie est la patrie de la légendaire reine de Saba. On connaît son idylle romantique avec Salomon. Il semble probable que Haïlé Sélassié l, « Negous » ( roi) et empereur d'Ethiopie, soit le descendant de cet illustre couple. Enfin, l'Ethiopie, bordée par la Mer Rouge, fut régulièrement visitée par les populations sémites et il est très plausible que les prophètes, puis les apôtres y aient séjourné et y aient laissé des textes bibliques .. Ce pays fut d'ailleurs une des racines du christianisme dès le IY· siècle et un relais sur la route de Constantinople. Aujourd'hui encore, il existe une forte tradition orthodoxe qui entretient des relations complexes avec les Rastafaris. Ainsi, à Paris, le 7 janvier dernier, fête de l'Epiphanie et Noël rasta (à l'origine du christianisme, ces deux fêtes étaient confondues), les membres de .la F.E.M.I. furent invités par l'église orthodoxe. S UR ces éléments, Hailé Sélassié 1er se présente comme « le lion conquérant de la tribu de Juda, élu de Dieu ». Partant 24 du mythe de Babylone, il déclare que les Noirs, emmenés en esclavage, sont les véritables enfants d'Israël en exil. Luimême s'a~tribue le rôle de Sauveur, Réincarnation du Christ et Dieu vivant ET noir. «Sa Majesté Impériale» fonde la F.E.M.I. en 1937. La théorie rasta trouve un écho retentissant en Jamaïque, chez les nationalistes noirs qui avaient déjà leur « prophète », Marcus Garvey, annonciateur du retour en Afrique. Le grand Messager rasta est . alors Bob Marley, au travers du reggae~ Le retour aux sources du peuple noir passe par le culte de « Jah », autrement dit Haïlé Sélassié. La F.E.M.1. fonde son siège social à New-York, et Londres découvre le mouvement « Rasta International » propagé par les Jamaïquains. La Fédération pari. sienne est en contact avec New-York et Londres et centralise, à l'échelle de la France, tous les candidats au rapa. trie ment. « Dreadlocks » et tabous sur la mort Nous sommes dans l'Ere du Yerseau, celle de l'Apocalypse. Pour les Rastafaris, cela signifie la fin de l'exil, après des siècles de tribulation. Le « peuple élu» doit retourner dans le berceau du monde qu'est l'Ethiopie, afin d'assurer la continuité de la race humaine ... La « Tribuc lation » est considérée comme une initiation douloureuse mais nécessaire: « Suivez le roi de Babylone,' j'ai appris mais j'ai été massacré». Aujourd'hui commence le temps de la « libération ». Et la F.E.M.I". prépare, avec le plus grand sérieux, le «plan» de rapatriement, suivant la prophétie de Jérémie sur le retour vers la « terre promise» autour d'un roi de la lignée de David. Seul petit problème : le retourne pourra avoir lieu qu'au moment de la prise de . pouvoir du continent africain tout entier par Haïlé Sélassié l, mort en 1975 ... En attendant, donc, les Rastafaris se considèrent comme absolument de « passage» au sein de la grouillante Babylone dont ils disent que « même le chien qui pisse sur les murs n'échappera pas au jugement ». Ils ont leurs valeurs et mode de vie propres et vivent en semiautarcie. Dans le circuit fermé du squatt, leurs besoins sont peu importants. Pas de loyer, même si le fantôme de l'expulsion rôde. L'électricité; les bricoleurs y pourvoient. Le panier de la ménagère ne coûte pas cher, les tabous alimentaires le . réduisant au strict minimum. Ils font la plupart de leur vêtements eux-mêmes - enfin, les femmes ... - et c'est d'ailleurs une des sources de leurs revenus. La musique, l'artisanat - plat à « Ital », tam-tam, broches aux couleurs éthiopiennes en noix de coco - et l'herbe, « don de dieu », en sont quelques autres. Les Rastas n'habitent pas forcément ensemble, mais ils forment une communauté spirituelle et se voient très souvent. A la F.E.M.I., les rencontres sont quotidiennes autour d'une réflexion sur la Bible, d'une permanence de l'artisanat ou d'une permanence médicale: Arnrita, douée d'un magnétisme certain, guérit par imposition des mains ou des prières et prescrit des plantes officinales. Le résultat dépend de la foi du patient. A la base de leur philosophie règne un manichéisme intransigeant. «C'est le Bien ou le Mal - déclare Kodjo, l'artisan - ilfaut choisir. Ceux qui sont au milieu resteront où ils sont! ». Toute la question est d'être initié aux moeurs rastas: par exemple, l'herbe c'est bien, l'alcool c'est mal. La plupart des Rastafaris font voeu de consécration à Jah, ce qui entraîne des règles bien précises. Laisser ses cheveux pousser : cela donne les « dreadlocks » (rien à voir avec les nattes), signe distinctif de l'homme consacré. Les femmes, elles, ont toujours la tête couverte. S'abstenir de vin, et même de raisin. Ne jamais approcher les morts, y compris son plus proche parent. «De toute façon - explique Armita - la mort n'existe pas». Et elle cite un extrait de ce poème sénégalais. « Les morts ne sont pas morts. Ils ne· sontpas sous la terre. Ils sont dans lefeu qui craque. Dans l'enfant qui vagit. ) 25 Dans l'oiseau qui chante. Dans l'eau qui coule et qui court ». Ce tabou sur la mort entraîne la nonconsommation de tout ce qui est animal, en tant que chair morte. Autre interdit alimentaire : le sel. Le sel est le symbole de l'homme et puisque les Rastafaris sont le sel et la terre ... « Quatre cents ans d'esclavage et quelles indemnités ? » Ce consensus rigide aboutit parfois à un compromis, une adaptation provisoire. Cet assouplissement masque aussi le désir d'àttirer auprès d'eux tous les jeunes noirs en voie « d'éveil ». «Les dreadlocks » nous intéressent - déclare un Rasta - ainsi que tous ceux qui portent une écharpe ou un bonnet vert/jaune/rouge ». L'accueil fait à la théorie rasta est mitigé. La sympathie existe et l'écharpe tricolore est portée comme un défi aux sociétés occidentales. Le groupe Savane, qui joue du reggae créole, dit avoir envie de passer le message rasta, sans pour autant s'investir à fond dans le mouvement

« On trip sur le retour en Afrique

et on sait que cela doit se faire, mais il y a aussi des choses à vivre ici ». Les Noirs du squatt, en lisant l'inscription sur la porte de la F.E.M.I. : «1983, Afrique libre », restent perplexes: « Rentrer en Afrique, c'est bien, mais la Fédération n'a jamais pu m'expliquer ni quand, ni comment ... ». « Quatre cents ans d'esclavage, mais quelles indemnités! ». Cette réflexion montre sur quels ressorts peuts'appuyer la philosophie rasta, faite de volonté de puissance, du mythe de la « terre promise » et du culte à un dieu noir. Le plus déroutant est l'ambivalence de cette religion: d'un côté, intolérance, fanatisme et culte de la personnalité. De l'autre, amour universel et pacifisme. « Le Rasta est dans le coeur - m'a dit Asher, et avant lui Marley - c'est une manière de vivre. Nous sommes tousfrères et avons soif d'amour, et non de la nouvelle cuisinière« machin» ou dufrigidaire «truc ». Et, effectivement, si c'est ça Babylone, on pourrait bien s'en passer. Mais il faut aussi être vigilant au cercle vicieux du racisme. Au mépris qui engendre le mépris. Bob Marley luimême a chanté : «lorsque la couleur d'un homme ne sera pas plus importante que la couleur de ses yeux, alors la guerre ~era vaincue ». L'important n'est pas seulement la réunification et la liberté de l'Afrique mais aussi celle du monde. tJ Anne SIZAIRE Le gouvernement militaire libère les étudiants arrêtés en février. Restent la loi martiale, les inégalités, les difficultés alimentaires, et le souvenir des catastrophes de ces dernières années. LE BANGLADESH EXISTE ENCORE ... 26

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/l Z ~ 0 Où Il. 27 ANGLADESH » : viennent tout de suite les B images de gros ventres, de vie et de mort dans un bidonville infect ou une campagne délaissée, misère noire de tout un peuple en marge du bonheur de ce monde, appelant notre aide, la main tendue. Pourtant, à parcourir le pays, en allant à la rencontre des Bangladeshis, à partager un brin de journée, de vie avec les villageois, au détour d'un chemin de traverse ou d'une tea-shop, on découvre que le Bangladesh a été une contrée prospère et reste potentiellement très riche: de sa terre, une des plus fertiles au monde, grâce aux alluvions charriées de l 'Himalaya, de son sous-sol aux grandes ressources de gaz naturel et surtout de sa population très jeune, source inépuisable pour un puissant développement. Comment, alors, en est-on arrivé à une telle image-caricature d'un pays du TiersMonde? Il y a trois siècles à peine, le Bengale d'alors était prospère

une économie agraire équilibrée et dotée de beaucoup

de petites industries, dont certaines, comme celle du tissage de soie et de mousseline, étaient connues jusqu'en Europe. L'équilibre a été vite rompu: l'arrivée de la Compagnie des Indes britanniques qui dominera le pays dès le milieu du XVIIIe va transformer la région en fournisseur de matières premières agricoles : riz pour Calcutta et jute pour les marchés du Royaume d'Angleterre. L'industrialisation naissante en Europe, pour ne pas être concurrencée, va étouffer le tissage traditionnel. L'exacerbation par le pouvoir anglais des conflits entre les deux communautés, hindoue et musulmane, alors qu'elles coexistaient sans accrocs majeurs jusque là, aboutit en 1947, lors du partage de l'Empire des Indes britanniques, à la partition du Bengale, la partie à prépondérance musulmane, à l'Est devenant alors Pakistan Oriental. Les Bengalis musulmans se retrouvent sous le joug de vingt-deux familles pakistanaises Pourtant, le seul point commun des deux Pakistan, l'adhésion à l'Islam, n'arrivera guère à équilibrer la différence d'économie, de langue, de culture, de peuple. Et, à l'instar du colonialisme anglais, cette partition mettra les Bengalis musulmans sous une nouvelle domination étrangère, celle des 22 familles pakistanaises qui détenaient alors 80 070 de la richesse du pays. Partie essentiellement agricole, le Pakistan Oriental, dorénavant coupé de l'infrastructure économique, notamment de l'industrie de transformation du jute, resté du côté indien de Calcutta, va ainsi financer l'essor industriel du Pakistan Occidental au prix de sa propre stagnation agricole. Ainsi, du surplus alimentaire, la région passe vite au déficit agricole et dès les années 60, 10 % des céréales doivent être importées. Contre le pouvoir pakistanais, un mouvement nationaliste, cristallisé dans les années 50 autour d'une lutte revendicatrice pour la reconnaissance du bengali comme langue officielle du Pakistan Oriental (seul l'ourdou du Pakistan occidental était alors reconnu), prend vite de l'ampleur, aboutissant, sous le contrôle de la Ligue Awami, conduite par le cheikh Mujibur Rahman, à la guerre de libération en 1971. La guerre fut écourtée par l'arrivée, aux côtés des nationalistes bengalis, de l'Inde qui cherchait, tout en affaiblissant le Pakistan occidental - son ennemi de vingt-cinq ans - à contrôler aussi l'influence de ce nationalisme sur le West Bengal, l'Etat de Calcutta, le seul de la fédération indienne à gouvernement alors pro-communiste. ~ CINÉMA, CINÉMA ... SI l 'influence qu'exerce l'Occident dans un pays comme le Bangladesh peut parfois être considérée comme ouverture et élargissement de la perspective, elle véhicule aussi des valeurs qui ne sont guère innocentes. Témoin cet atterrant réseau de films destinés à un public populaire asiatique, découvert lors d'une projection dans une ville du Nord du pays, Mymensingh. La foule se presse au guichet, impatiente de découvrir les exploits de ces maîtres du fer et du feu, à l'occidentale physionomie, tant vantés par les affiches: « Venez vous éblouir », « Epoustouflant » ... Public essentiellement masculin: une ou deux dames en sari, et encore ... Comme la rue, les lieux publics sont mâles au Bangladesh. Le ticket d'entrée est à 5 Takas (l,50 F), une demijournée de salaire moyen. Mais la griserie espérée - et annoncée - du film vaut bien la dépense, non ? Et nous voici plongés, dès la bande annonce présentant le futur film, dans un tourbillon effréné de sueur et de sang: une troupe de blanches amazones surgit d'on ne sait quelles ténèbres, détruisant tout sur leur passage, pourchassant l'ennemi au visage sombre, taillant en pièces ses accolytes, tranchant presque l'écran, et sëvanouissant après le carnage. Elles auraient vite enfoncé le spectateur au fond de son siège, si leurs atouts naturels n'avaient aiguillonné son intérêt. Démones enchanteresses moulées de cuir, elles n'auront de cesse de redresser l'assistance des fauteuils. « Si l'on était aussi riches, aussi puissants ... )} Faut-il abandonner un mode de vie fait de sourire et de chaleur humaine? « L' hénaurme » prévaut. et le film qui suivra fera passer « notre» Kung-Fu pour un chef-d'oeuvre de nuances! Un dantesque vaisseau futuriste cingle sur une imposante Mer du Sud, règne de la machine et de l'homme blanc, défenseur du Monde Libre. Leur pouvoir serait-il menacé par un fou démoniaque aux yeux bridés, Mr. Hyde ou Dr. Folamour local? On ne saurait le croire ... N'empêche, la guerre éclate. Et si 1 'hémoglobine coule moins cette foisci, la terreur est toute aussi présente: rayon de la mort dévastateur qui anéantit toute trace de vie, ne laissant qu'ombres qui furent humaines et ferrail/les calcinées; ordinateur froid, mais doté de quelle terrifiante puissance ! Quelques petits clignotements auront raison de la formidable armada d'en face. Les mastodontes d'acier ne dominent pas le génie de l'Occident. " L'assistante en mini-jupe bichonne le vainqueur: il a terrassé l'ordinateur L'adversaire terrassé, le bon commandant blanc pourra triomphalement délivrer le vieux sage du coin, traîtreusement pris en otage par le démon totalitaire: Oncle Sam vient à la rescousse, généreux libérateur des populations locales! ' Le héros aùra alors bien mérité de sa patrie universelle et, accompagné de quelques subalternes au teint manifestement local, il pourra enfin se reposer dans l'atmosphère merveilleusement calme d'un palace occidental, somptueux univers, de l'idéal matériel bien arrangé, paisible, où les petits piaisirs marquent: doté d'un nouvel uniforme, il se laissera ainsi aller aux douceurs - bien naturel, bigre ! - de la bonne chère, surtout quand celle-ci est amenée de si charmante façon: la seule présence féminine du film sera ici une seconde assistante, toute dévouée, bichonnant le vainqueur, mais attisant aussi les regards obliques des sous-officiers autochtones. Il faut avouer que sa mini-robe dégageant le nombril et le dos avec du plastic transparent lui sied effectivement très bien ... Quel Paradis doit être l'Occident, pays de cocagne à l'infini de luxe et de bonheurs ... Mais le quotidien est bien rude. Voilà que le film se termine déjà par une dernière vision fastueuse: le vaisseau cingle vers de nouvelles aventures, gagnées d'avance bien sûr. L'écran devient brusquement noir. La trappe entr'ouverte s'est refermée. Les lumières se rallument dans la salle: murs défraîchis, sièges trop usés. Chienne de vie: Aaah, si l'on était aussi riches, aussi puissants que ceux du film, il en serait tout autrement ... Mais, du moins, peuton tenter de leur ressembler? On pourrait s'habiller comme eux, parler comme eux en anglais, acheter plein de choses comme eux : on n'a pas d'argent maintenant, mais à la première occasion ... Voici le rythme usuel de la vie bengalie bien flétri, pourtant si riche de chaleur humaine et de sourire, de mouvements et de couleurs, de plqisirs et de luttes. 28 Faire délaisser sa propre culture au spectateur, ses valeurs et son quotidien, au profit d'images importées, aggressives et déconnectées, ou d'une consommation qui, si elle reste inaccessible, devient rêve: quel meilleur film de propagande pourrait-on espérer? P.-A. B. 1 r ~ ..: ~ o tIl

~ Cl ~ , ~ . . , . ", ' ',~1 Au Bangladesh aussi, le scandale du lait en poudre, offert « généreusement)} par la CEE. n permet en réalité d'écouler les stocks et favorise la corruption sur place. Les ravages de la guerre, provoquant le reflux sur l'Inde de millions de réfugiés, précédés par ceux du gigan' tesque cyclone de 1970 qui balaya tout le sud du pays, furent immenses. Par la suite, l'échec de l'administration de Mujibur Rahman, libérateur de la patrie mais piètre gestionnaire, semble-t-il, et le maintien sur le territoire bengladeshi, après l'armistice, de l'armée indienne qui a dirigé vers l'Inde une bonne part des quelques ressources restantes, rendirent un pays démembré, vidé de la plupart de ses richesses, totalement à 'reconstruire. , Le drame est bien davantage au niveau de la redistribution équitable des richesses Depuis, si l'économie du pays s'est totalement relevée, notamment sous la férule du général Ziaur Rahman, ancien président assassiné en mai 81, les grands espoirs issus de la Libération n'ont pas permis l'apparition d'une véritable alternative, nouvelle donne du pouvoir dans ce pays où les inégalités économiques restent lourdes. Bien sûr, l'importation de denrées essentielles (semences, coton, pétrole ... ) reste importante et l'industrie encore essentiellement centrée sur la transformation du j~te est loin de satisfaire les besoins du pays - comm,e bien' peu d'économies occidentales, d'ailleurs, toutes dépendantes d'un marché extérieur de fournisseurs et de clients. Et beaucoup d'améliorations technologiques sont à rechercher. Mais l'actualité du problème n'est pas tant dans la production, la quantité de riz, de céréales, de médicaments disponibles dans le pays. Bien qu'encore insuffisantes, les productions alimentaires s'accroissent en temps normal et, en ce qui concerne les médicaments, le gouvernement tenterait pl~tôt d'en restreindre la production, notamment quand ils ,presentent des dangers pour la santé. Au grand dam des puissantes sociétés trop bien implantées ici. Le drame est bien davantage au niveau de la redistributio. n éq~itable d~ ce.tte richesse, de ces savoirs, de ce pouvOIr. SI, quantItatIvement, la production peut couvrir 29 l'essentiel des besoins en calories alimentaires de la population, en fait, moins de la moitié des familles (41 %) en ont un apport suffisant, et une malnutrition chronique touche les deux tiers des enfants. 75 070 des paysans n'ont pas de terre ou moins d'un demi hectare, ce qui suffit bien peu à nourrir la famille grandissante. Journaliers agricoles ou métayers (à raison de 50, sinon 75 % de la récolte pour le propriétaire), ils restent dominés économiquement et culturelle ment par leur propriétaire terrien qui accumule terres (15 % de la population a plus des trois quarts des terres cultivables), pouvoir local ( mieux vaut voter pour son propriétaire, on aura peut-être quelques avantages s'il est élu ... »), et accointances dans tous les gouvernements successifs, pakistanais hier, militaire aujourd'hui. C'est cette même élite qui a, de plus, seule, les moyens de moderniser, d'irriguer pour obtenir des récoltes multiples, d'utiliser des semences sélectionnées ou des engrais qui augmentent le rendement, de faire appel au financement extérieur ou au crédit. Elle peut en outre jouer à l'envi des baisses de salaire ou des surcroîts de travail. Elle aura toujours le loisir de licencier ceux qui oseraient ne pas être « conformes », pour embaucher un des milliers qui sont 'apparus avec l'explosion démographique de ces dernières années, et attendent... Avoir beaucoup d'enfants est une nécessité économi'que, et pourtant ... Le taux d'accroissement naturel, qui était inférieur à 1 % jusqu'en 1930, est actuellement de 2,5 %. Cette progression provoquée essentiellement par une baisse sensible de la mortalité, non compensée par une diminution des naissances, aboutit à un doublement de la population en moins de 25 ans. L'acuité de la question démographique n'est pas ressentie aussi durement, selon la place qu'on occupe dans la société. Avoir beaucoup d'enfants, est toujours une nécesA Dacca, ils sont plus de trente mille « taxi-vélos» à sillonnér la ville. si té économique pour la plupart des familles : mis tôt au travail, ils complèteront le revenu familial. Au contraire, en milieu aisé, un enfant est bien davantage ressenti comme source de dépenses : on en a moins. 10 % de la population alphabétisée: le système éducatif, pour ceux qui y ont accès, vise surtout à l'autoreproduction du système : dévalorisation du travail manuel, prestige accordé à un haut niveau de consommation, aspiration à une place tranquille dans l'administration, tentaculaire mais dotée d'un formidable pouvoir d'inertie au Banglad~ sh. . 'Les écoles rurales ne proposent, quant à elles, qu'un ' modèle éducatif répétitif, mémorisation nivelant toute émergence individuelle, face au pouvoir du maître, préparant ainsi le terrain du propriétaire qui les embauchera. A l'opposé, les écoles privées de Dacca, réservées à la classe privilégiée - avec beaucoup plus de moyens et de compétences - incitent au développement de l'opinion et de la responsabilité individuelles, tendance qui se retrouve au sein de la famille, espace collectif privilégié où cet épanouissement est moins ressenti comme un danger, qu'une force, un potentiel à favoriser. Face à cette inégale répartition du pouvoir, peu de for": ces constituées et mobilisatrices. L'ancien parti gouvernemental, le Bangladesh Nationalist Party, n'existe virtuellement plus. Ce n'était guère qu'un regroupement de partis plus ou moins conservateurs, liés à la présidence du général 30 Ziaur Rahman et à un moindre degré à celle d'Abdul Sattar jusqu'en mars 1982. La Ligue Awami, déjà divisée en plusieurs factions, n'a pas retrouvé la popularité des temps de son leader et père de lanation, le cheikh Mujibur Rahman. Le parterre des petits partis - Parti et Ligue Communistes, Parti Socialiste National, JSD ... - ne représente qu'un ensemble d'appareils, sans véritable soutien populaire. La « rectitude» militaire, marquée par l'Islam, poursuit les jeunes chevelus Reste l'armée. Comme elle l'a encore montré en prenant le pouvoir en mars 1982, avec pour effet la loi martiale, elle demeure la pierre d'angle de toute évolution politique. Face au pouvoir civil qui n'avait aucune idéologie collective, en dehors d'un agrégat d'intérêts individuels, elle est porteuse d'un ordre moral, marqué d'un sentiment de responsabilité dans la conduite des affaires du pays. Tout impré" gné aussi de la « rectitude» militaire, « seule-à-même-decombattre- pour-le-Bien-du-pays » ... marquée par l'Islam, elle poursuit les jeunes hommes trop chevelus, conseille fortement aux femmes le port du voile, recommande chaudement aux étudiants de s'occuper d'abord (et si possible seulement) de leurs chères études et reste tentée par une sévère répression politique. Néanmoins, sa marge de manoeuvre est fortement limitée par la situation internationale du Bangladesh, soutenu à bout de bras par l'aide étrangère. Celle-ci constitue actuellement les t~ois quarts du budget de développement du pays, et parlà, mflue directement sur la politique des gouvernements en place. Les Etats-Unis, qui assurent une majeure partie des programmes d'aide, entendent bien contribuer à façonner la politique extérieure-du Bangladesh, un des rares pays de la région qui n'a pas de relations soutenues avec l'URSS. Cette dernière finance un bon nombre de bourses d'étudiants scientifiques bengalis à Moscou. Renforçant ainsi la dépendance internationale l'aide en fait, accentue les disparités à l'intérieur du pays: Exem~ pIe, le lait en poudre : «généreusement» donné par les pays du Marché Commun - cela permet en fait d'écouler nos stocks ... - au gouvernement bengaliil se trouve en fait aisément récupéré par l'armée ou les bureaucrates bien placés qui en ponctionnent d'abord une grosse partie pour leur famille et finalement vendent le reste aux populations urbaines des classes moyennes, les plus prêtes à manifester leur mécontentement. Ce lait, vendu un peu moins cher que le lait local - et pour cause, il arrive gratuit... - étouffe en fait toute l'industrie laitière du pays qui ne peut s'aligner sur les prix planchers de ce lait importé. On retrouve la même situation dans les vêtements de seconde main, « gratuits» mais revendus sur les marchés brisant l'industrie locale du filage et du tissage. 31 BIRYANI - Pour le ragoût de viande,' 500 g d'épaule d'agneau, 1,5 dl de yaourt nature, 1 oignon, 100 g de beurre. - Pour le riz,' 150 g de riz, du cumin, de la cannelle, du laurier, du sel. - Pour la garniture,' 1 petit oignon, 2 piments verts frais, 20 g de beurre, 2 cuillères à soupe de jus de citron, un peu de lait, du coriandre et une pincée de safran. 1. Préparez le ragoût de viande,' pelez et émincez l'oignon, faites-le dorer avec le beurre dans une sauteuse, ajoutez les épices. Faites revenir 1 mn. Puis hors du feu, ajoutez la viande coupée en cubes et le yaourt. 2. Préparez le riz en le faisant cuire à moitié (5 mn) avec les épices. 3. Préparer la garniture,' pelez l'oignon, l'émincer et le mettre à rissoler dans une poêle avec du beurre et les pulpes des piments hachées. Faire dissoudre le safran dans un peu d'eau. 4. Mettre au four (thermostat 4) pendant 45 mn dans une grande cocotte. Recouvrir avec le riz. Arrosez le tout avec du jus de citron et le lait, la garniture et le safran. 0 L'aide à la production s'assortit de contraintes beaucoup plus explicites: la Banque Mondiale n'a, par exemple, accordé ses derniers prêts que sous réserve de dévaluation du Taka, monnaie locale, et dénationalisation de l'industrie du jute (trois quarts des exportations), étatisée après la guerre de libération en 1971. Le Bangladesh, comme beaucoup d'autres pays en voie de développement, vit et meurt des enjeux de l'Histoire contemporaine. Pourtant, quand on part à lé!. rencontre du pays, lorsqu'on partage un brin de vie avec les Bengalis, au détour d'un village ou à la pointe d'une île perdue, on découvre toute une réalité de désirs et de luttes, de travail et de jeux, de rites et de rêves ... Ça commence dans les marchés, avec leurs éberluants amoncellements de marchandises. Tout palpite d'un détonnant souffle du quotidien. Chez les grossistes, pour un « cent» de poisson on en donne traditionnellement cent trente deux et deux cents mangues sont offertes si l'on demande et paie la centaine, signes d'une prospérité pas si lointaine. D'éblouissants paysages de vie, peints, décorent les rickshaws, les populaires pousse-pousse à vélo, témoignant d'un art-des-jours façonné par les plus démunis. Une troupe de théâtre ambulant subjugue sa multitude de spectacteurs. La représentation dure toute la nuit. A entendre le style particulier des chants du muezzin, on saisit les apports des cultures hindoue et bengali sur l'Islam, ici majoritaire. Pas un train sans mendiants qui psalmodient des versets du Coran, la religion musulmane imprègne la vie quotidienne La religion musulmane n'a certes pas la signification politique nouvelle qu'elle a prise ailleurs. Pénétrant le Bengale en bout de course, elle s'est trouvée dès l'origine modifiée par les deux mille kilomètres d'hindouisme traversés - mais le quotidien reste néanmoins encore très saisi par les pratiques religieuses. Pas un train sans mendiants qui psalmodient quelques versets du Coran, espérant l'obole. A une croisée de chemins, les jeunes élèves d'une école coranique barrent la route des cars et des rares voitures, et collectent quelques fonds pour la construction d'une mosquée. La famille demeure cependant l'espace collectif privilégié, avec son entraide indéfectible mais aussi sa hiérarchie interne, renforçant le pouvoir du père et de l'aîné contre le 1 1 1 UN GRAND JARDIN .. - « Gono Unnayan Prochesta ». En Bengali: efforts du peuple pour le développement. L ' HORIZON politique national n'augure aucun changement fondamental au Bangladesh: Etat gangrèné par des intérêts particuliers, piètre bilan d'un an de pouvoir militaire, absence de mouvements populaires organisés ... Les récents affrontements à Dakha entre étudiants opposés au régime etforces de l'ordre ne concernnent qu'une petite partie politisée de la population des villes " le pouvoir central reste très éloigné du monde rural - 91 % des habitants - et réciproquement. Néanmoins, des alternatives locales se dessinent ici et là, pointant une prise de parole vers un développement auto-centré, répondant aux besoins profonds de l'ensemble des habitants. Parmi ces tentatives, le projet de Gono Unnayan Prochesta autour du village de Rajoir, dans le Sud du pays. Dans un grand jardin, débordant 'de légumes, des villageois s'activent. Des sourires s'épanouissent au passage. Un groupe de femmes discute sous un préau, tout en tressant le jute. Un centre communautaire rutilant de fleurs bruisse de monde ... Cela pourrait être banal ailleurs, sous d'autres climats. Ici, cependant, ce sont autant de petits signes d'une transformation radicale de l'environnement et de la vie quotidienne. Nous sommes au centre de Gono Unnayan Prochesta - « Efforts du Peuple pour le Développement », en bengali -, association locale qui crée depuis une dizaine d'années une véritable dynamique de développement communautaire dans ce coin du Bangladesh. Le projet était né de la volonté d'une dizaine de Bangladeshis de dépasser le stade d'action d'urgence auquel ils avaient participé dans différentes organisations, à la suite du cyclone de 1970 et de la guerre de 71. Il leur semblait nécessaire qu'à la suite de cette première aide, immédiate et essentiellement humanitaire, démarre un projet permettant plus fondamentalement une participation de la population à son propre développement et un contrôle local de ses ressources. 32 Pour y parvenir, un ensemble de programmes s'est progressivement mis sur pied, touchant les multiples dimensions de la vie des villageois. Impossible en effet de se restreindre à un domaine particulier tant il est apparu que chaque aspect n'était qu'une facette d'une même marginalité. Ainsi, la culture des légumes sur des champs collectifs donne un revenu à plusieurs centaines de personnes et permet un meilleur équilibre de l'alimentation, renforçant par là la santé de la population. Les bénéfices de la vente des légumes sur le marché sont notamment réinvestis dans le fonctionnement d'un Centre de santé de l'enfant où un personnel localement formé soigne les enfants gravement touchés, grâce à l'existence de dispensaires de jour dans les villages environnants. La présence des mères, qui accompagnent toujours l'enfant est l'occasion de discussions collectives, avec une sensibilisation à l'hygiène, au planning familial ... Mais ces femmes ont aussi d'autres possibilités d'ouverture: ainsi, un groupe s'est constitué en atelier d'artisanat du jute - principale ressource du pays - et un autre produit des batiks. L'apprentissage d'une technique nouvelle, la rencontre d'autres femmes, l'échange qui peut avoir lieu en dehors de leur maison où elles sont le plus souvent cloisonnées et où elles restent soumises à la hiérarchie · familiale, tout cela représente un moyen privilégié de réhabilitation, à leurs propres yeux d'abord mais aussi à ceux de leur entourage. La considération est d'autant plus importante que la vente de leur artisanat leur procure un salaire qui pèsera souvent beaucoup dans le revenu familial. Des coopératives sont aussi apparues parmi les conducteurs de rickshaws qui économisent chaque jour quelques Takas pour acquérir collectivement leur outil de travail - dont ils ne sont généralement que les gérants. Bien sûr des limitations existent et restreignent la portée de beaucoup d'initiatives : la mise en place de coopératives ou d'actions communautaires suscite ainsi des réticences nées d'un fréquent repli sur soi et sur son entourage immédiat, la richesse de l'action collective n'apparaissant que progressivement. Quand les habitants participent ... Mais aussi, le projet, circonscrit à un groupe de villages, ne peut guère avoir de pouvoirs au delà: de la carence en personnelformé, aux difficultés d'approvisionnement en graines ou en médicaments, il ne peut contrôler tout l'environnement nécessaire à sa substance, et reste en bonne partie, par exemple, dépendant financièrement de l'aide d'organisations extérieures. Il ne prendrait sa pleine mesure qu'intégré à un réseau d'ensemble visant par une démarche communautaire et participative, la satisfaction des besoins fondamentaux de la population: nourriture, habitat, santé, éducation, participation à son environnement, convivialité ... Les associations, agissant dans ce sens sont encore dispersées et les « pouvoirs publics » ne risquent guère de les aider. Et pour cause: une telle approche d'ensemble parait en effet la seule à même de transformerdefaçon tangible les . rapports de domination présents actuellement au Bangladesh. Des tentatives émergent néanmoins, de plus en plus nombreuses. Elles ont en germe une formidable réappropriation par les gens de leur environnement et de leur vie. Pourront-elles aboutir? P.-A. B. êêêê~§§êêꧧ§§§§§§§§DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 cadet et surtout contre la femme, engoncée dans un statut social limité aux rôles de ménagère et de mère.

ln aurait ~ourtant tort de considérer le pays, même

recule, comme VIvant en vase clos : de profondes mutations le traversent, altérations capitales de la société traditionnelle des villages. ~ La m~~ili~ation populaire de l'indépendance n'a peutetre pas resIste au rythme des sécheresses, coups d'Etats coups durs, et illusions effilochées; les affaires politique~ ~e semblent concerner que ceux qui en retirent un intérêt Immédiat, pécunier souvent; mais la pénétration occidentale qui a suivi ces années 70 modifie plus sensiblement les données sociales. L'Occident, paradis d'or et d'aisance un mythe entretenu sur fond disco L'alignement de l'élite sur un mode de vie et de cons~ m~ation importé aboutit ainsi à une vision inouie de 1 OC~Ident, pays de cocagne, paradis d'or et d'aisance pré~ ervee. Les Jeunes s'habillent à l'européenne s'ils le peuvent ecoutent les airs discos débités sur certaines ondes à lon~ gueur de journée. . Un. attir,ant réseau de films de propagande culturelle (vo~r encadré) renforce cette image idéale, pour l'homme du l1!Ol.ns, colportée complaisamment par les médias majontaIres. Mais l'alignement peut aussi se muer en ouverture et il se!llblerait que la variété du tissu social bengali favorise l'emergence de solutions encore individuelles, mais origina- .Besoin d'échange, besoin de développement. 33 les. O.n a vu un groupe de femmes secouer leurs craintes et orgamse: d~s atel~ers ct 'artisanat, de boutiques coopératives, pr?Jet emerge d'un groupe de villageois dominés qui semblaIent aller vers une dérive individuelle. . L'ingéniosité de petits paysans leur permet, avec de très faIbles moyens, d'utiliser à plein les ressources de leur terre pa; des cultu~es judi~ieuseI?ent associées, alors que certains met~yers ou Jo~rnal~~rs, mIsent sur le démarrage de petites affaIres ou serVIces lIes a la modernisation de l'agriculture compensant par}à .leu~ manque de terre: location de pom~ pes ~ eau p.our l IrngatIOn de champs en champs, fourniture ou :eparatlOn de petites technologies appropriées, certains deVIennent même vétérinaires aux pieds nus ... Initiatives enco~e marginales, .mais qui ne demandent qu'à se développer SI ~n .reur en laIsse les moyens (voir encadré). L eXIstence de tout un peuple n'est pas réductible à sa seule misère. . A~nsi, comme on ne veut voir du Népal qu'un hâvre de paIX hImalayen, alors qu'il demeure aussi un pays fondament~ l~ment inégalitaire, le Bangladesh reste à nos esprits canalIses un pays-enfant à assister éternellement. Cette image est tronquée, elle occulte l'impact historique ~t le~ rapp~r~s de force présents dans la société bangladeshI aUJourdh ,UI, sans même rendre compte du quotidien. ~lle ne peut guere que renforcer la commisération paternalIste. Le Bangladesh n'a pas besoin de surplus de lait en poudre de l'Europe, ila besoin d'échanges. 0 Pierre Alain BAUD ALBERT JACQUARD •• Il a rassemblé pour J.P. Chevènement les diverses recherches con tre le racisme. IFFERENCES: Depuis quel- D ques années, l'argument scientifique est réapparu dans la panoplie du parfait petit propagandiste du racisme. Quelque chercheur aurait-il récemment amené de l'eau à leur moulin ? Albert Jacquard: La nouvelle droite - elle se défendait d'être raciste - avait pour thème: «Nous, nous sommes scientifiques, nous regardons la vérité en face ... » Or, dans ma discipline, aucun généticien n'est d'accord avec eux. Par conséquent, ils usurpent la caution de la science. Les gens ont parfaitement le droit d'avoir des opinions. Mais ça ne les autorise pas à mentir en prétendant que leur théorie est conforme « aux plus récentes découvertes scientifiques », comme ils disent dans le Figaro magazine. Différences : La recherche démontre la vacuité du discours pseudoscientifique des théoriciens racistes. Face à ces résultats, quelle attitude les militants antiracistes doivent-ils, selon vous, préconiser? Albert Jacquard : Tout simplement de regarder les choses en face, . et d'essayer de préciser de quoi l'on parle. Il y a des races chez les animaux, du moins chez certaines espèces. Il aurait pu se faire qu'il y en ait chez l'homme. Il y en a peut-être eu, d'ailleurs, autrefois, quand nous n'étions pas nombreux sur la terre, car les groupes ne se rencontraient pas souvent et pouvaient exister cent mille ans sans voir personne. Certains groupes pouvaient alors diverger complètement et on aurait pu (peut-être) classer les hommes. Mais dans la période la plus récente, les hommes sont devenus trop nomades, il y a trop eu de mélanges pour qu'il y ait des races humaines. Ce n'est pas une affirmation idéologique, c'est un constat lucide: il se trouve que ce concept n'est pas définissable, quant à celui de valeur des races les unes par rapport aux autres, c'est tellement arbitraire que cela ne signifie rien. Je crois que la véritable attitude contre le racisme, c'est d'être lucide. Différences: L'ancien ministre de la Recherche, Jean- Pierre Chevènement, était conscient du rôle important que joue la recherche scientifique dans le débat sur le racisme, puisqu'il vous avait demandé un rapport sur ce sujet. Albert Jacquard: Lutter tous les jours contre le racisme, c'est bien sûr nécessaire et il ne faudrait surtout pas s'arrêter, mais à long terme, il faut un changement d'état d'esprit en profondeur. Il ne peut avoir lieu que si on comprend bien le mécanisme du racisme, qu'on le prend comme un « La véritable attitude contre le racisme c'est d'être lucide ». objet de recherche. D'où vient-il? A quoi correspond-il? Les races, qu'estce que c'est? Il faut répondre à ces questions. Il faut que plusieurs disciplines scientifiques y travaillent. JeanPierre Chevènement, qui était à l'époque ministre de la Recherche, en était convaincu, et m'a chargé de faire ce rapport, qui était surtout un travail de biologiste, puisque c'est mon métier. Mais j'ai aussi rencontré beaucoup de gens, y compris des sociologues et des juristes. Différences: Votre domaine, la biologie, traite de la partie objective du problème. Vous rappeliez qu'elle conclue « à l'impossibilité de distinguer des races à l'intérieur de l'espèce humaine ». Par quelle démarche aboutit-elle à ce constat ? Albert Jacquard: La biologie peùt effectivement s'efforcer de préciser !e concept de race. C'est à elle de le faire. Or elle aboutit à ce constat: plus on cherche à le préciser, plus il dispa raît. Si vous regardez des Sénégalais et des Suédois, vous savez qu'il y a des races: ils ne se ressemblent pas. Puis, vous dites « bon c'est vrai, ils n'ont vas la même couleur de peau, mais regardons leurs groupes sanguins». V ous constatez alors qu'un Sénégalais et uu Suédois donnés peuvent avoir le même groupe sanguin. Plus on étudie de facteurs, et bien sûr quantité d'autres caractères génétiques, moins on voit clair. Il y a là un résultat, à mon avis positif, de la 35 génétique, c'est que définissant'les races d'après les gènes possédés par des groupes, elle aboutit à un constat d'impuissance, à son incapacité à tracer chez l'homme des frontières. Elle ne dit pas: « Un Sénégalais, c'est comme un Suédois », bien sûr, ce serait idiot, mais elle dit: « Un Suédois, ce n'est pas comme un autre Suédois, un Sénégalais, ce n'est pas comme un autre Sénégalais. Les différences sont plus grandes entre les individus qu'entre les groupes ». Voilà. Il me semble que dans ce domaine, il y aurait des recherches beaucoup plus précises à faire, car on se rend compte que c'est à partir de la définition biologique qu'on peut dire aux gens: « Vous parlez d'une chose indéfinissable ». Différences : Passons à l'aspect subjectif de la question. Vous avez rencontré des sociologues. Albert Jacquard: Effectivement, ils m'ont beaucoup parlé du fameux concept de« seuil de tolérance» qui répondrait à la question : « combien peut-on accepter d'étrangers face à soi? ». Il semble bien que si les gens qui ont lancé cette idée n'avaient pas forcément de mauvaises intentions, ce concept est devenu un outil extraordinairement dangereux qui fabrique l'objet dont il parle. On finit par faire croire aux gens que, par exemple, cinq pour cent d'Algériens serait supportable, mais huit et demi serait trop. Or, finalement, ça ne signifie rien du tout, et ce qui est dangereux, c'est qu'en employant un tel mot, on fait passer l'idée que ce seuil de tolérance est une sorte de réalité objective de notre espèce. L'espèce humaine serait telle qu'un certain pourcentage de gens différents rendrait les individus ,1 I~ ' 1 li 1 DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 malheureux et conduirait au racisme. C'est très probablement complètement faux. Cette vision là est une vision qui peut paraître réaliste, mais les choses sont bien plus compliquées que ça. Les sociologues sont des gens qui peuvent aussi étudier de près les mécanismes de mixité, comme le mariage. Il y a beaucoup de mariages mixtes: contrairement à ce qu'on dit, ils ne tournent pas tous mal. Et quand cela arrive, c'est bien souvent pour des raisons qui sont liées à la société et non pour des causes endogènes. Une étude est à faire, et débouche sur une autre, celle des enfants de double culture. Là aussi, ce n'est pas ce qu'on croit. Supposons un petit Algérien qui débarque en France, provenant d'un milieu très pauvre, même culturellement. Il va être très malheureux parce que finalement il va s'écarter de sa culture d'origine pour essayer d'accepter la culture française qui lui sera d'ailleurs refusée. Il va être entre deux chaises, assis par terre et n'aura rien. A partir du' moment où les deux cultures sont riches, elles peuvent est entièrement «distribuée ». Les frontières sont figées. On admet d'ailleurs qu'il vaut mieux qu'elles le soient. « Tant pis si elles ne passent pas au bon endroit, il vaut mieux les fixer », disent les gens de l'ONU. Mais du coup, on a partout des Etats et des nations qui se sont confondùs. Prenons un pays comme le Mali, par exemple : il y a là une série d'ethnies qui avaient leur propre culture. Un beau jour, les Français en ont fait le Soudan. Le jour où on a décolonisé, on l'a appelé le Mali. C'est un Etat qui n'est pas une nation, en fait. Et puis, peu à peu, ça le devient, et on admet a posteriori - c'est peut-être une bonne position - qu'Etat et nation sont confondus. Du coup, le concept d'étranger a changé. Auparavant, on était catalogué selon la langue qu'on parlait, selon la classe sociale, selon l'ethnie ou selon la culture, maintenant on dit: « Dites-moi quel est votre Etat et je saurai tout de vous ». Vous avez un passeport, et il suffit pour vous définir. Je crois que c'est très dommage, qu'il y a un certain appauvrissement « La notion de double culture : enrichissante mais difficile à faire passer ». au contraire se conforter. La plupart des professeurs, des instituteurs qui travaillent dans les banlieues ouvrières disent que les petits enfants maghrébins qui parlent le mieux le français sont ceux qui parlent aussi l'arabe. Ceux dont les parents ne veulent pas lâcher leur arabité, et qui tiennent à ce que leurs enfants gardent leur culture. Ce sont ces élèves là qui progressent le mieux. Ils auront double culture. Ce n'est pas du tout impossible, à condition qu'il n 'y ait pas de conflit entre les deux. Cette notion de double culture, enrichissante, et non pas conflictuelle, c'est formidable, mais ça; c'est probablement difficile à faire passer. J'ai rencontré aussi des juristes, comme Madame Costa Lascoux qui dirige une équipe au C.N.R.S. Pour elle, il est très important que le droit traduise dans ce domaine exactement ce que l'on veut. Or, nous avons un droit qui est raciste, Certes, quoiqu'il ait fallu un sacré effort, nous avons la loi du 1 er juillet 1972. Mais le plus étonnant, c'est qu'il ait fallu attendre 1972 pour qu'elle existe. A mon avis, c.'est une loi excellente. Mais il serait très intéressant que des recherches juridiques soient faites sur l'usage qui en est fait. Il ya toute une jurisprudence qui se crée peu à peu, et qu'il faut étudier de près. Nous vivons actuellement - il n'y a pas longtemps que c'est vrai - sur une terre qui dans la vision que l'on a de quelqu'un. Dernier aspect: l'histoire. Je crois qu'il est important que l'histoire mette en évidence le racisme. Je crois qu'il faut regarder les choses en face, il faut mettre les enfants devant Hitler, devant l'antisémitisme, devant tous les racismes. Il faut que notre histoire soit aussi l 'histoire de nos erreurs. Différences: Je suppose que votre rapport ne se contente pas de constater. Vous connaissant, je suppose que vous demandez au Ministre de prendre des mesures propres à mettre en valeur les possibilités que la science offre pour mener le combat contre le racisme. Albert Jacquard: J'ai proposé quelques mesures en matière de recherche scientifique. Je demande par exemple que des équipes du CNRS ou d'ailleurs mettent leurs efforts en commun sur ces questions, et qu'on leur en donne les moyens financiers. Il devrait y avoir un regroupement des études sur la génétique des populations humaines. Mais les études c'est une chose, la diffusion des idées, c'est encore plus important. C'est pourquoi je disais au ministre qu'il doit aider les revues et les organismes qui diffusent 36 l'antiracisme. Vous n'êtes pas contre, je suppose. Cela fait partie du rôle de l'Etat que de donner une aide aux gens qui mènent cette lutte. Il faut aussi qu'il en soit question dans l'enseignement. C'est peutcêtre encore plus important. Parce qu'au fond, les gens de mon âge qui sont racistes ne changeront pas, mais il ne faut pas que les gosses le deviennent. Savez-vous qu'il existe - je l'ai dit dans mon rapport - des bouquins d'histoire ou de sciences naturelles parfaitement racistes, parus ces dernières années. Il est vraisemblable que leurs auteurs ne s'en rendent même pas compte, tellement ces idées font partie de l'ambiance dans laquelle nous vivons. C'est pourquoi il est essentiel d'agir sur l'enseignement et qu'il y ait un groupe de travail qui réunisse les radios et les télés sur cet aspect. Il faudrait que, disons deux ou trois fois par an, les grands patrons de la télé et de la radio se réunissent avec les organisations antiracistes. Les participants auraient à s'interroger sur le rôle joué par les médias contre le racisme, ou même en sa faveur dans certains cas, et. envisager des mesures . Il y a quelques émissions qui sont vraiment en retard de cent ans sur ce point. Différences: Vous demandez que cette obligation figure dans le cahier des charges des radios et des télévisions ? Albert Jacquard: Tout à fait. Ça fait partie de leurs fonctions éducatives. De façon indirecte et inconsciente la télé se prête au renforcement du racisme . Ainsi lorsqu'elle étale complaisamment les bric-à-brac des pseudo-sciences: la télépathie, la prémonition, l 'astrologie, la psychokinèse. Leurs promoteurs se retrouvent souvent parmi les théoriciens du racisme et de l'élitisme. Ce n'est pas un hasard. Le dénominateur commun en est le rejet d'une attitude rationnelle en face des problèmes humains. Ce sont à peu près les mêmes qui croient aux OVNI. Regardez Rémy Chauvin, il croit à la para-psychologie, il photographie même le spectre de Marie-Antoinette. Et bien le même Rémy Chauvin croit aux surdoués. Et des surdoués à l'élite, de l'élite au surhomme, il n'y a qu'un pas. Il faut qu'un groupe de travail oblige les chaînes à réfléchir au moins sur ce sujet. Le racisme est puni par la loi, il serait donc parfaitement logique que la lutte contre le racisme soit inscrite dans le cahier des charges de ces organismes publics. Propos recueillis par Pierre V ANDEGINSTE DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 SEXIST;ES, { . ~. ? • Malgré les efforts, il traîne encore bien des clichés dans les livres d'école ... '\ \ \. dans une autre grande maison. Les fem - les lancer sur les chemins de la créativité. mes travaillent, tandis que les hommes Mais sortir complètement de ce qui est se parent et dansent. Un homme anor- habituel, sans déboucher sur l'utopie enseignants du et des anima- Imalement plusieurs femmes, et une (qui veut dire éthymologiquement un ,tiurs de M.J.C .. Objectif: 1\W dém, - :' femme, plusieurs maris. :, endroit qui n'existe pas) demande un trer que malgré les recommaifd~io ns . e ; . En Occident, au XIX· siècle, on a effort que le~~afatJ.ts pourtant familliers ·\:;l~ducation Nationale, les effOrts è'tecer- f cherché et même essayé, d'autres maniè- du jeu « on dirait. que tu es ceci et moi

·JÎins enseignants, de parents\~t q'édi- res de vivre ensemble. Chez les animal}x! cela ~ ont du m~ à accd ' ' .. Ils sont
reurs, le sexisme règne encore dans les les« familles» ne sont pas d'avantagé , déjà .conditionnés ~~ êles que

Ulé:lllUlt:ll scolaires. ~ bâties sur le même modèle: femmes leur' offre la société.. ~:'±\. '.1 On y voit toujours des femmes vouées dominantes, plus grosses que les mâles, ~yécole primaire, le~ : catégorisatâches ménagères, des petites filles pères qui nourrissent les petits, vie en tions s'établissent, des majorités se uvent timides, apeurées, boudeuses ou bande, en sociétés hiérarchisées... dégagent selon les stéréotypes les plus , tandis que les garçons et les En outre, les réalités si souvent propo- courants. les enfants cherchent surtout à hardis et débrouillards, sées aux enfants par les livres, ne corres- étiqueter ce qu'on leur montre. Comme des aventures et des combats pondent . pas forcément à leur propre dans les leçons ... 0 . D;un côté, coquetterie, souci expérience. Comment peut se sentir un Catherine JADJEWSKI plaire, de l'autre, initiative et cou- enfant de parent célibataire, ou divorcé, N. B . La valise exposition qui contient 26 pan- . , devant ce papa et cette maman en tan- neaux double face, 80 diapositives, 2 'est ce qui empêche la maman dem prédéterminé? Que peut penser un vidéocassettes et du petit matériel à dessipilote de ligne, demande un pan- écolier immigré face à cette famille blan- ner, est louée par l'association Pour une au ? Aux enfant d'imaginer ce qui se che, au mode d e vi.e bl' en d1' ffe' rent d u école non sexiste », 74 rue Villiers de l'Isle Adam, 75010 PARIS, tel. : (1) 358.67.46. à la maison. 'Qui s'occupera du sien? Le dernier panneau est vide. Aux Parallèlement, circule dans les M.J.e. une ? Du dîner? Et/d'aborder un tour' enfants de le remplir, aux enseignants de grande exposition. sur les « métiers d'hommes» les « métiers de femmes ». U ne fem~e, des maris Plus loin, Noé' est en train de récupéson petit monde dans l'arche. Couple couple, les animaux se mettent à , puis les fils de Noé avec femme et . Voilà qu'arrive la licorne, toute . La mettre avec le cheval ? Avec sa corne, c'est impossible. Avec le céros ? Elle n'aime pas l'eau. Mais où vient elle? Personne ne la ait... Bref, il s'agit de montrer qu'à de la « normalité », des modèles (ceux. qu'on voit dans les , par exemple, toujours la même de race blanche, à deux enfants), y a d'autre possibilités, d'autres modes vie, qui peuvent paraître tout aussi normaux» ailleurs. L'autre série de panneaux est inforve

notre organisation sociale n'est

universelle, ni éternelle. Ainsi chez peuples, tous les hom'~ ~abitent ensemble, les femmes et les enfants • ••• OU racistes •?• A LUTTE contre le L racisme commence par l'éducation des enfants». On a l'impression en prononçant ces mots d'enfoncer une fois de plus une porte ouverte, d'énoncer une vérité maintenant admise, on pense, en l'écrivant, s'exprimer une fois de plus par des lieux communs. « Il n'en est rien. Il semble que certains éditeurs et auteurs de manuels scolaires n'aient pas encore réalisé les erreurs monstrueuses qu'ils sont amenés à faire dans la présentation de l'histoire destinée aux enfants. Mais s'agit-il vraiment d'erreurs? J'en veux pour preuve deux pages d'un livre d'histoire destiné à des enfants de cours moyen. Dans la série « Observe et déduis », première page traitant des premiers hommes. On remarquera que d'une part, on y parle encore de « race» (on sait à quel point ce concept est maintenant remis en question) ; Deuxième page, traitant de la deuxième guerre mondiale: « Photos de propagande raciste en Allemagne». Sont photographiés des juifs et des aryens. Cette fois, il s'agit d'éduquer l'enfant par le jeu. Comment he pas tressaillir devant l'ambiguïté de la question accompagnant les photos: « A ton avis, quels enfants. appartenaient à « la bonne race»?» (Merci quand même pour les guillemets 1). L'enfant devra tout bonnement se mettre . dans la peau du parfait petit nazi afin de retrouver par lui-même (et les photos lui seront d'un grand secours) les critères qui font reconnaÎtre « à coup sûr» un petit juif d'un petit aryen. Est-on sûr en proposant ce périlleux « jeu de rôle» qu'il ne créera pas des réflexes an ti-sémites chez l'enfant déjà soumis à de nombreuses presssions racistes? 0 d'autre part, seul le blanc peut se préteq.dre . être ur/homme. ::.:.:.~" Sylvie SANGERMANO Quand l',Amérique fantasme sur les homme.sfemri1es 38 , AMÉRIQUE nous étonnera L toujours. L'air du temps lui fournit matière à discours qu'il s'agisse de la guerre au Viet-Nam, de l'impossibilité de vivre ou de l'ambiguité dans les rapports sexuels ou amoureux. En attestent trois récentes productions: Victor Victoria de Blake Edwards, Partners de James Burrows et Tootsie de Sidney Pollack. Trois films frais émoulus de la production yankee et qui font parler d'eux. Beaucoup d'aveugles y ont vu une avancée importante du discours contemporain sur l'ambiguïté sexuelle, le travestisme, l'homosexualité et le droit à la différence: Qu'en est-il du contenu de ces trois films, de leur impact sur le public et de leur signification ? . Devant le temple du Septième Àrt, je ne voudrais pas souiller l'autel tout en crachant dans la soupe. Ces trois films sont, à des niveaux divers, bien ficelés et produits par des réalisateurs émérites

les scénarios et dialogues sont percutants

et bien découpés, les gags drôles (sauf pour Tootsie) , les décors acceptables, la direction d'acteurs efficace et les protagonistes font feu de tout bois: admirable Robert Preston, superbe Julie Andrews, merveilleuse Jessica Lange, sublime Dustin Hoffmann, bouleversant John Hurt, etc. Je pourrais ainsi prolonger la liste des louanges ... La jeune fille et la vieille folle Essayons, cependant, schématiquement, d'examiner ce que nous disent ces trois films. Ce sont trois fables, facilement résumables. Victor, Victoria: dans le Paris des années 30, la jeune cantatrice Victoria (Julie Andrews), ne trouvant pas de travail, rencontre fortuitement une « vieille folle» (Robert Preston) qui se produit au cabaret. Un heureux concours de circonstances, permet à Victoria de devenir Victor, superbe travesti à la voix somptueuse, coqueluche des . night"clubs. Elle va faire vibrer la corde sensible d'un maffioso de troisième zone, même pas série B, troublé par l'attirance qu'il croit éprouver \pour un garçon homosexuel. Il décourira très vite que Victor est Victoria, sera sur le point d'accepter cette relation anormale, différente aux yeux de ceux qui l'ignorent. Mais, Victoria, par amour de lui et pour le sauver, ittera sa défroque virile pour redevenune charmante dame, passablement ( . ondon », passez-moi l'expression. E Partners, c'est une intrigue policière, plutôt prétexte et fil conducteur que véritable enquête: Pour découvrir l'assassin de modèles gays, deux policiers, un super Monsieur Muscle (Ryan O'Neal) et un gratte-paper homo, médiocre et refoulé (John Hurt), vont s'installer en couple dans ce milieu et infiltrer divers lieux spécialisés pour mieux enquêter. Bien sûr, l 'homo va tomber amoureux de son compère macho, discrètement, avec pudeur. Macho qui ne se départira à aucun moment de sa «virilité », couchera avec une radieuse photographe et n'avouera «son amitié» pour son faux compagnon que lorsqu'il le croira mort. La quarantaine féminine Le thème de Tootsie peut se rapprocher de celui de Victor, Victoria: un acteur, la quarantaine, sans travail, se fait engager par une chaîne de télévisiq~, pour jouer en travesti (genre vieille fille américaine, bon chic bon genre mais émancipée) le rôle d'une administratrice d 'hôpital dans un feuilleton quotidien. Il devient une véritable gloire nationale, tombe amoureux d'une blonde infirmière qui « la » prend en amitié, se voit proposer le mariage par le père de celle-ci. Finalement, il ôtera sa défroque féminine, en direct à la télé, pour pouvoir convoler avec sa douce blonde. Qu'est-ce qui fait de ces trois récits trois fables ? Des situations hors du commun: comme certaines entités descendues sur terre pour faire la leçon aux humains chez La Fontaine, nos trois héros, Victoria, le super-flic et Tootsie sont obligés pour raisons économiques ou professionnelles d'endosser une autre identité que la leur et de jouer une comédie. Ils vont donc vivre de l'intérieur l'existence « anormale» de marginaux, de déclassés, d'irréguliers de l'amour. Ils en tireront donc, comme le spectateur, une morale à l'usage de tous. Ce qui rend ces fables intéressantes et dangereuses, c'est que ces leçons ne seront jamais explicitement exprimées. Par quels moyens ces récits vont-ils essayer de toucher le public et d'ouvrir son esprit à une compréhension globale de ces phénomènes ? Je me réfèrerai à la vieille rhétorique antique, reprise par les classiques et les structuralistes, vieille mémé encore bien valide. Les cinéastes veulent plaire au public et l'émouvoir: entreprise à but lucratif, bien sûr, mais aussi, diront certains, à but moral, ce qui reste à prouver. DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 D'abord, on choisit des gens différents. Mais il faut le noter tout de suite, non pas par leur sexualité, mais par leur apparence. Et quoi de plus actuel, de plus dans l'air du temps que l'homosexualité, l'ambiguïté sexuelle et le travestisme? Puis on établit des scénarios sur deux plans parallèles qui ont souvent prouvé leur efficacité (Sorne like il hot, La Cage aux Folles Il) : provoquer le rire et l'émotion. Il y aura donc des caricatures, discrètes et réussies (la vieille folle dans Victor, Victoria, la demande en mariage dans Tootsie, le super-flic qui, machinalement, avec des gestes de « pédé » se met à recoudre un bouton à une chemise, etc.) gags parfois recherchés, sans trivialité, souvent clichés cependant. Le public rit. Le rire, c'est bien connu, c'est la distance que l'on met entre ce qui est montré de la vie et sa propre existence, c'est ce qui rassure sur sa propre intégrité, sa propre identité, à partir des différences mises en évidence. Et puis, ces êtres humains, sous l'apparence, ont des corps et des coeurs. Et il y a les inévitables histoires d'amours impossibles et émouvantes (avec happy end) que je ne détaillerai pas. Là" nous sommes émus, rassurés surtout, irrités enfin . Ces histoires d'amour, c'est là que le bât blesse, ne sont pas différentes. Il s'agit d'histoires banalement hétérosexuelles. Victoria et son maffioso au grand coeur partent à la fin du film pour gagner le prix Cognac, idem pour le super-flic et Clara, pour Tootsie et sa belle infirmière. Ramené à l'ordre Les moments ambigus sont les moments d'impossibilités: le maffioso est prêt à accepter, par amour, de vivre avec Victoria travestie en Victor. Patatrac! Victoria pour le sauver le ramène à l'ordre de la conjugalité. A certains moments, la tendresse s'installe entre les deux flics de Partners. On sonne à la porte, la plantureuse photographe arrive et tout est remis en ordre, dans l'ordre hétérosexuel, s'entend. La blonde infirmière est sur le point d'avouer à Tootsie son trouble et son attirance pour elle, mais elle lui claque la porte au nez et lui crie l'impossibilité de cette affection. Que d'émotions pour si peu de choses ou comment faire simple quand on peut faire compliqué! Morale très simple pour ces trois films : « Tout est pour le mieux dans le 39 meilleur des mondes hétérosexuels possibles ». Les cinéastes ont assimilé, comme tout un chacun, l'héritage de Freud. Ils savent grâce à certains clins d'oeil faire comprendre qu'en chaque homme dort la féminité et vice-versa. Mais cette vérité ne semble pas renverser l'ordre des rapports amoureux: Victoria est et demeure une femme, tout comme Tootsie et le super-flic, demeurent des hommes prêts à vivre dans la norme leurs amours « normales ». Le moins que l'on puisse dire est que l'on reste sur sa faim: quelques personnages authentiques et émouvants (la vieille folle de Victor, Victoria, le flic homo et frustré de Partners, personne dans Tootsie) qui montrent la difficulté de vivre une sexualité différente

des promenades dans les traditionnels

lieux de l'homosexualité nocturne: boîtes, bars, saunas et ghetto en général. Descriptions pudiques, pas appuyées, sans caricature. Nobody is perfect ... Mais la conclusion s'impose d'ellemême: l'amour différent est bien difficile à vivre et mieux vaut un bon petit confort normatif. D'où la réaction de certains qui crient au scandale, dénonçant l'exploitation commerciale de ces thèmes qui suscitent en d'autres lieux des réflexions plus sérieuses. Les personnages principaux ne mènent pas loin leurs prises de conscience (pas plus loin que le clin d'oeil) : Tootsie comprend la difficulté des femmes à être autre chose que des objets de désir, par exemple. Mais quel lieu commun! Non. Retournons plutôt voir Sorne like il hot et sa réplique finale, subversive, qui n'est pas qu'une boutade: « Nobody is perfect ». Retournons même voir, ce film tant décrié, La cage aux folles II, où même si c'est sous forme caricaturale, les problèmes de l'amour différent sont posés avec humour et tendresse. Allons voir cette irrégulière de l'amour, cette déclassée, cette dévoyée comme le dit son nom italien (La Traviata) qui veut vivre, jusqu'à la mort son droit à un amour différent des autres et condamné par la société. Revenons-en à ce droit à l'indifférence, que réclamait Jean-Louis Bory qui aurait, sûrement, condamné ces films exploitant sans vergogne des problèmes qui sont pour beaucoup des empêchements à vivre bien, une longue dérive vers la solitude, la folie ou la mort. CLAUDAIRE Histoire DU GHETTO A L' ISTOIRE Avril 1943 : les de Varsovie se soulèvent contre les nazis. Un massacre ... , INSURRECTION du ghetto de Varsovie laisse L dans l'histoire de la deuxième guerre mondiale une lueur d'incendie qui, quarante ans après, continue de brûler au fond de nos mémoires: celle des communautés juives du monde et bien au-delà de leurs frontières, celle de la Résistance toute. entière. Flamme d'un printemps tragique où des dizaines de milliers d'hommes, enfermés dans un ghetto, épuisés par la faim, la maladie, les persécutions quotidiennes, décidèrent de lutter debout plutôt que d'attendre passivement la mort, et montrèrent au puissant ennemi dont les armées occupaient l'Europe ce que peut le courage humain. Cette révolte, nous ne l'avons connue qu'avec un long retard dans le flot des nouvelles que nous captions des radios alliées et dont dépendait notre destin. Nous n'en avons mesuré que longtemps après toute la portée. Avril 1943. Pour la première fois ce printemps de guerre est pour nous celui de l'Espérance. En décembre, les alliés anglais et américains ont débarqué en Afrique du Nord. Le gouvernement légal de la République est installé à Alger. Sur le front de l'Est, les troupes soviétiques ont arrêté l'avance hitlérienne et par un combat victorieux fait entrer Stalingrad dans l'histoire. Les rafles se multiplient. Le danger s'aggrave autour de nous. Nos chances personnelles de survie semblent de plus en plus rares. Mais la victoire apparaît au bout du chemin. Après « la fin du commencement» dont a parlé Churchill, on entrevoit à l'horizon « le commencement de la fin ». Un violoniste invisible sur les toits On a souvent évoqué ces semaines héroïques et sanglantes. Mais il convient, pour l'histoire et singulièrement pour les jeunes qui connaissent mal ces événements ou qui les ignorent, de souligner deux constatations. D'abord, cette révolte ne fut ni la seule, ni même la première des communautés juives opprimées dans la guerre de 1939. Ceux que d'aucuns ont présenté, bien à tort, comme des victimes résignées, ont hardiment réagi, quand ils en avaient la possibilité. Il y eut d'autres révoltes dans les ghettos, notamment à Vilna, et jusque dans les camps d' extermination devant la chambre à gaz. Ensuite le courage des populations juives de Pologne n'était pas nouveau. Il avait déjà été illustré avec éclat par leurs fils immigrés en France durant la Grande Guerre. Combien d'entre eux s'engagèrent aussitôt pour la France, témoignant avec leur sang, comme disait Pascal, laissant tant des leurs dans l'attaque de mai 1915 sur le plateau de Carincz, accomplissant leur devoir envers la patrie des Droits de l'Homme, cette France dont une partie de la population en 1940 devait insulter les hautes traditions. 40 Ghetto de Varsovie: les Allemands sortent les familles de chez elles par la Quant aux combattants du ghetto de Varsovie, ces hommes, manuels et intellectuels, exerçaient des métiers fort divers : artisans et commerçants, rabbins et enseignants, acharnés au travail, portés à l'amour et au rêve, ils étaient les dignes frères de personnages de Chalom Aleikhem et de Peretz. Et sur les toits de leurs humbles demeures, comme dans les tableaux de Chagall, un violoniste invisible devait chanter, annonçant la venue du Messie. Ainsi, sur l'emplacement d'une prison, en cette cité engloutie qu'a si bien décrite notre ami Alexandre Chïl Klosovski, dès octobre 1940, le jour de Yom Kippour, les occupants nazis emmurèrent dans des conditions d'hygiène effroyables des centaines de milliers de juifs (ils atteignirent le demi-million, entassant parfois treize personnes dans une seule pièce). Ville-fantôme d'où une certaine vie culturelle n'était pourtant pas exclue, où des rafles venaient régulièrement arracher leur proie pour les convois de travail forcé qui aboutissaient au four crématoire. Le tout avec le concour~ d'un Jurendat, d'un conseil des juifs, obligatoire depUiS septembre 1939 dans toute la communauté juive. Le Jurendat, chargé .d ' organi~er la vie du ghetto, d'assurer l'ordre avec sa polIce, dut bientôt prêter la main à ces déportations, d'où une involontaire, mais atroce complicité qui amena un président de cette institution à se suicider. 41 Dès la constitution du ghetto, la Résistance s'organise. Un groupe Spartacus est créé. Un chef des Brigades internationales d'Espagne est parachuté pour l'animer. Entre les divers partis, sionistes, boundistes, socialistes, communistes, l'entente finit par se réaliser. .. Des contacts dont on imagine les difficultés sont pris avec le monde extérieur. On arrive à se procurer des armes. C'est que la population de Vars.ovie, ~uprès des dénonciateurs et des traîtres, compte aussI d.e vaillants patriotes, prêts à courir de grands risques pour aider leurs camarades juifs. Chaque jour apporte son lot de tragédies. Les trains de la mort vident le ghetto de ses habitants. En 1942, quatrevingt douze jeunes filles s'empoison.nent dans un établissement scolaire pour échapper à la torture et au viol. C'est en janvier 1943 que la résistance aux rafles et au départ des convois se fait de plus en plus violente. Des milliers d'hommes, de femmes, d'adolescents se mobilisent alors pour le combat, ~ans autre force que le courage de ceux qui n'ont plus rien à perdre; ils lutteht avec acharnement, remplissant de stupéfaction et de colère le général Von Stroop et ses troupes blindées qui avaient pour mission de briser immédiatement la révolte. Ils éprouvent ce dont « ces juifs» sont capables. On se bat dans les rues, dans les maisons dans les égouts. On tombe, avec l'amère satisfaction de châtier des bour~eaux. Enfin, un des derniers jours de mai, après six semailles de lutte, tout s'achève avec l'explosion de la synagogue. Un communiqué final du vainqueur déclare: « Il ne reste plus rien du ghetto de Varsovie ». Mais quinze mois après, Paris sera libéré. Deux ans après, Hitler, dans une écrasante défaite, se suicide au fond de son bunker de Berlin. Et un peu plus tard, certains des coupables expieront selon l'arrêt du Tribunal de Nuremberg, leurs crimes contr~ l'humanité. Vivre enfin ... Quarante ans ont passé. Vingt ans depuis cette commemoration de la Révolte, sur l'emplacement même du ghetto où à l'invitation du gouvernement de la République Popu: laire de Pologne, j'allais représenter le MRAP. Nos pensées vont vers ces combattants du désespoir qui jusqu'à leur dernière minute gardaient quand même une lueur d'espérance. Elles vont en ce printemps de 1983 vers la prison de Lyon où Klaus Barbie, dont il faut se garder de faire une vedette, est pour nous l'un des symboles de la barbarie nazie. Elles vont vers toute la Pologne, malheureuse et divisée, en pleine solidarité avec les défenseurs des Droits de l'Homme et du syndicalisme, avec le ferme espoir d'une solution pacifique restaurant l'union en ce peuple ami qui a besoin de calme et de stabilité. Elles vont vers Israël où se dresse dans un kibboutz le monument dédié à Wordekhai Aniliencz, l'un des héros de l'insurrection dont les frères doivent pouvoir vivre en pleine sécurité et que l'on trahirait en les exposant à une nouvelle destruction. Elles vont aussi vers les Palestiniens dont le MRAP n'a cessé de défendre le droit à l'indépendance, à la dignité, dans une loyale réconciliation avec le peuple israélien. . Du fond de nos pacifiques combats, nous souhaitons que disparaissent partout les hontes de l'hitlérisme dont une minorité continue de se réclamer. Pour ce cinquantième anniversaire, nous croyons ne pouvoir mieux honorer les glorieux insurgés de Varsovie qu'en oeuvrant pour la paix en Pologne, pour la paix au Proche-Orient, pour la paix dans toute l'humanité. Pierre P ARAF Nous voulons faciliter votre vie en facilitant vos déplacements. Toujours tous les jours. ~ Pour mieux vivre Paris et l'Ile-de-France. Centre d'Information Téléphonique (CIT) : 346014.14. 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Foisonnant, parfois rude, c'est un livre important qui soulève autant de questions qu'il en résoud, et qui ne manquera pas à l'heure du procès de klaus Barbie de soulever nombre de débats. C.J o Seul à seul avec Dieu, de Janusz Korczak. éd. Cana. Echo de quelques grands thèmes de la spiritualité juive, la prose poétique de Janusz Korczak est une suite de prières. Prière au père, à la mère, prière de l'impuissance,de la révolte et de la réconciliation. Cet homme déchiré, morcelé, conduira sa vie jusqu'à l'ultime sacrifice d'une rencontre en tête à tête avec Dieu, dans les chambres à gaz du camp d'extermination de Treblinka D.C. o Le chant de l'éclipse, de Jean et Nicole Dideral. éd. Le miroir poétique. Une poésie brute, totale où « les mots vont aux champs en riant ». Un mélange de fiction et d'humour, qui plonge au coeur de, pesanteurs de notre monde en s'éclipsant dans le bleu des pages, comme à dos de nuage. Une memoire du temps qui danse sans trêve, de la splendeur des femmes nubiennes aux seins nus, aux visages burinés des Bédouins accroupis. « Heureux ceux qui savent rire d'euxmêmes: ils n'ont pas fini de s'amuser ». D.C. o Le nouveau salut du monde, de Josette Frigiotti. éd. Debresse. Le dernier recueil de poésie de Josette Frigiotti, sociétaire de la société des gens de lettres. liberté et d'espoir pour tous les peuples asservis ». D.C. o Le livre de la pudeur, de Jean Claude Antok. à compte d'auteur. Douleur profonde, retenue, errante, solitaire à l'image de l'homme, le livre de la pudeur s'érige contre l'arrogance des nantis, des puissants, se dresse vertical à l'échelle du monde contre les tyrannies, les libertés menacées, la parole étranglée et résonne pour finir comme un appel à la fraternité. D.C. o La panique, de Henri Pierre Jeudy. éd. Galilée. Le dIeu Pan n'est pas mort. Depuis quelque temps, le mot panique est devenu un verbe usuel, expression d'une situation tragique et pourtant risible. Aux figures classiques des paniques irruptives, succède un état étrange, distinct de l'angoisse et de la peur, désigné par ce verbe « paniquer ». Cette forme latente, implosive de la panique, est présente aux mouvements de foule comme aux individus euxmêmes, à leurs fantasmes et à leurs représentations du corps. Bousculant les mimétismes habituels, épousant le rythme étrange de la contagion, ce genre de panique n'a ni lieu ni temps appropriés, il parodie l'obsession moderne de l'insécurité en trahissant la part d'un jeu simiesque avec tous les dispositifs de protection. Unissant la vie à la mort, liant la fête à la folie, la panique reste un archétype vivant des liens sociaux et son aspect tragique demeure inséparable du désir de se jouer de l'angoisse. Ce livre offre donc une lecture nouvelle des figures sociales, actuelles de la panique en dévoilant aussi les eniellx caricaturaux de l'idéologie sécuritaire moderne (voir article). J.R. o Cultures juives méditerranéennes et orientales, collectif, éd. Svros lesquels n'en sont pas pour autant occultés. De cet ouvrage riche et dense on retiendra, faute de place, les contributions sur les rapports judéoarabes au temps de Mahomet, sur ce que le Coran dit des juifs, sur l'histoire commune judéomusulmane en Espagne. A lire également, des textes utiles et éclairants sur le judaïsme nordafricain qui s'est enraciné, pour une grande partie, en France, revivifiant la communauté autochtone par ses propres coutumes et pratiques. Tous ces articles sont signés, parmi d'autres par Maxime Rodinson, Edmond Jabès, Alfred Morabia, Roger Arnaldez, Annie Goldmann. Y.T. o Le racisme, d'Albert Memmi. éd. Le Seuil. On ne peut guère aller plus loin dans l'analyse des mécanismes psychologiques du racisme. A.Memmi ne s'arrête pas là, et propose des solutions, comme il l'a expliqué dans nos colonnes (Différences n° 20, janvier 1983). J.R. o XII Love Rhythms, de Attia Attia est un jeune peintre l ybien héritierdu courant de l'art brut qui exprime sur de la tôle ondulée l'essentiel de sa production. Nostalgie de l'unité arabe dit-il et de l'amitié entre les peuples. Il exposera quelques uns de ses dessins, XII Love Rhythms à la librairie « les mots à la bouche » 35, rue Simart Paris 18e du 2 au 29 mai. Puis de mai 83 à février 1984 dans le cadre d'une exposition permanente à la « Galerie Mandragore Internationale» 18, rue des Coutures-st-Gervais Paris 3e . D.C. lais et africains invités à cette première. L'Amérique du Sud, le Maghreb et. .. la France sont les grands présents. CINÉMA o Te souviens-tu de Dolly Bell ?, de Emik Kusturica (Yougoslavie) En 1960, la Yougoslavie s'ouvre au monde occidental au CocaCola, aux blue jeans, au rock ... Les garçons friment s\.or les premières Vespas importées. Un film tout d'émotion et de sensibilité. J.-P.G. o Les sacrifiés, de Okacha Touita (Algérie) La naissance du FLN dans un bidonville de Nanterre. L'histoire tragique et grave de la guerre vécue par Mahmoud, algérien expulsé de l'Algérie coloniale. J.-P.G. o Jacob le menteur, de Frank Bayer 1943. Dans un ghetto cerné par les soldats allemands, un homme, Jacob, essaie de redonner confiance à ses compagnons en leur annonçant de bonnes nouvelles entendues sur un poste radio imaginaire. Un film poignant, qui nous vient de République démocratique allemande. J.-P.G. o La dernière cène de Thomas Guttiérez Aléa (Cuba). Cuba, 17e siècle. Une plantation de canne à sucre. La fin du voyage, le bout de l'enfer pour ceux que l'on a arrachés à l' Afrique. Un système d'exploitation bien rôdé, chacun à sa place, du maître blanc (avec perruque et dentelles) au contremaître métis (fouet à la main, pistolets à la ceinture). Tout va apparemment être bouleversé quand, une nuit de Pâques, le maître, atteint d'une crise de folie mystique, se prend pour le Christ rédempeur et invite douze esclaves (tels ses apôtres) à sa table. Le maître ira jusqu'au bout de l'humilité (on a la charité chrétienne qu'on peut !) en lavant et en baisant les pieds des esclaves. C'est ainsi que débute une sinistre parodie de la Cène. C'est ni plus ni moins qu'une mise en forme cinématographique de la dialectique du maître et de l'esclave - et c'est fait magistralement par Thomas Guttiérez Elle signe là avec une lucidité Aléa. J.-P. G. symphonique et dansante les images d'une oeuvre, où tout est naissance et recommencement, en même temps que «chant de ~Ce n'est pas du jdanovisme de dire qu'il y a des livres plus « positifs » que d'autres. Et celui-ci, résultat d'un colloque sur ce thème, tenu au Centre Georges Pompidou en 1980, est éminemment positif; non seulement il se penche sur des aspects relativement peu connus par le grand public de la vie et de la culture juive, celles des Sépharades et juifs des pays d'Islam, mais encore, 'en régIe générale, il cherche à dégager les points de convergence entre juifs et arabes, plutôt que d'envenimer des contentieux, o Exposition d'art plastique, dl! l'Association des Artistes Originaires de l'immigration. Créée, il y a un peu plus de trois mois, sous l'impulsion d'artistes peintres, l'Association des Artistes Originaires de l'Immigration se compose de peintres issus de la grande immigration mais également ouvre ses portes aux artistes de tous pays, y compris les non adhérents. Une tentative vient d'être faite: la première Exposition d'art plastique qui s'est déroulée, à Paris, du 10 au 24 mars dernier. Plusieurs organisations et personnalités ont été invitées au vernissage devant lancer cette toute nouvelle Association. Les 63 exposants représentent à eux seuls près de 19 nationalités. Les organisateurs déplorent toutefois l'absence des peintres antil- N otes de Yves Thoraval, Daniel Chaput, Catherine Jadjewski, Jean Pierre Garcia, Jean Roccia, Dolorès Aloïa. 43 En débat , , OUVRIR LA TELE Depuis mai 81, le petit écran fait régulièrement la une des journaux. En avril 83, où en est le changement ? La télévision peut-elle être le reflet des minorités? ., Différences a demandé leur point de vue à des professionnels. Jean COUTURE Ecrivain La T.V. est le champ de bataille de la guerre contre la discrimination ... ARCE QUE je crois que la télévision est la voie de PcommUniCatiOn principale de notre temps, et que le racisme est dû avant tout à la non-communication, je tiens la t. v. pour le champ de bataille majeur, où doit être livrée, et gagnée, la guerre contre la discrimination et toutes formes d'apartheid et d'exclusion. · . C'est pourquoij'ai accepté la proposition de Serge Moatz de lancer, avec mon ami J. C. Gui//ebaud, l'émission « Cinéma sans visa» qui, une fois par mois, en langue originale, évoque civilisations et sociétés « différentes ». L 'accuei/fait par le public à cette émission démontre que, sans rien faire d'extraordinaire, mais en rappelant simplement la richesse inhérente à la diversité des cultures, on peut faire faire progresser la cause de la compréhension. 0 Stéphane COLLARO Producteur-animateur Je suis pour des émissions consacrées aux minorités mais contre les émissions regardées par des minorités. L ME PARAÎTRAIT - a priori - tout à fait excellent 1 que les minorités puissent exposer, dans le cadre d'émissions télévisées, leurs problèmes, leurs goûts, leur culture, leurs joies, leurs peines. 44 Encore faudrait-il que ces émissions ne soient pas de mornes émissions documentaires comme on en voit trop souvent aux heures dites de « petite écoute » ou des émissions au budget « ultra-riquiqui ». Elles doivent donner .l'envie de mieux connaître les minorités en question et de les aimer et non pas celui de verser, une m" inute, quelques larmes sur leurs proble" mes pour s en désintéresser aussi sec, le lendemain. A ce titre, je les verrais donc co~me de véritables spectacles attractifs et distrayants, de nature à attirer un public aussi large que pos sible. Je suis pour des émissions consacrées aux minorités (et avec ou par elles) mais contre les émissions regardées par des minorités (ce sera le rôle des t.v. libres). Voilà quelques impressions, comme cela, à chaud! Au cas où elles vous intéresseraient, je vous signale que, malgré mes demandes insistantes, je ne suis toujours pas, à ce jour, directeur de la télévision. 0 André HOLLEAUX Président de la Société Nationale de Programme FranceRégions FR.3 La grande diversité des cultures, s'exprime tout naturellement dans un programme de télévision. N ASSIGNANT à la Société nationale de programme EFrance-Régions FR.3 la mission de développer la télévision régionale en France, le législateur a clairement indiqué une volonté de mise en valeur des patrimoines culturels régionaux des différentes provinces françaises. Ainsi la grande diversité des cultures, des traditions et des langues locales s'exprime-t-elle tout naturellement dans un programme de télévision .qui, de par sa nature même, est le reflet des différences. . Cependant l'intérêt de FR.3 pour les hommes el les cultu. res différentes est loin de se limiter aux aspects régionaux du seul patrimoine français. La société a développé aussi, et depuis longtemps, une politique qui se propose, d'une part, de consacrer aux minorités d'origine étrangère établies en France des émissions spéciales qui mettent en valeur leurs particularités et leurs identités et, d'autre part, de permettre au grand public de découvir la richesse et la variété des cultures étrangères par la diffusion, à des heures de grande écoute, de programmes consacrés à d'autres civilisations. En ce qui concerne les minorités étrangères vivant en France FR.3 présente, chaque dimanche matin: - « IMAGES DE ... » . - « MOSAlQUES ». . Par ailleurs, les programmes de FR.3 comportent également des émissions destinées, d'une façon plus générale, à la découverte d'autres civilisations. 0 Michel POLAC Producteur Il faut éviter le ghetto et les émissions spécialisées. JE PENSE qu'il ne faut pas passer par les intermédiai~ res professionnels, mais donner directement la parole aux minorités. C'est ce que, avec mes modestes moyens, j'essaye de faire dans « Droit de réponse ». Nous avons reçu beaucoup d'émigrés les premiers mois, d'où un flot de lettres injurieuses et racistes, mais nous allons refaire une émission sur les immigrés de la deuxième génération d'ici deux mois. A mon avis, il faut éviter le ghetto et les émissions spécialisées. Les représentants des minorités doivent parler avec ceux de la majorité sur le même plan, dans un véritable melting-pot. J'espère un jour obtenir une émission un peu plus longue et présenter ainsi régulièrement des chanteurs et des musiciens des minorités de France et de tous les pays. A mon avis, c'est le brassage des musiciens qui a le plus d'impact, qui éveille la curiosité des jeunes et brise les barrières entre DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 les peuples ou les ·groupes. Si j'étais directeur de chaîne, j'exigerais que toute émission de variétés présente au moins une chanson ou un ensemble musical de ces minorités. 0 Mohammed ALKAMA · Réalisateur On ne peut prendre en charge les différences régionales en continuant d'ignorer ·Ies autres I L faut d'abord savoir si la télévision doit être un reflet, une « fenêtre ouverte » sur la réalité quotidienne et plurielle de la France, ou une caisse de résonnance de sons, produits culturels de contrées lointaines. Savoir et admettre que la France est le résultat d'ufJe pluri-culturalité interne, voir les différences régionales et externes, les apports des différentes immigrations à la formation des entités culturelles. La télévision ne pouvait prendre en charge les premières tout en continuant à ignorer les secondes. Depuis un an, la nouvelle réforme de l'audio-visuel et l'orientation de FR.3 vers une régionalisation complète, production et diffusion, donnent aux cultures régionales de grandes possibilités d'expression. Il en est autrement des minorités étrangères. Il faut savoir que la seule émission existante, à ce jour, Mosaques, est financée, conçue et réalisée en dehors des structures des chaînes, FR.3 se contentant de louer son . antenne au prix fort, comme elle le fait pour n'importe quelle émission commerciale. Il y a donc là une anomalie qu'il faudra corriger en faisant prendre en charge cette émission de minorités par une des chaînes. Cette fenêtre devra s'élargir avec la participation des autres émissions, variétés notamment mais aussi ciné-clubs et débats. Avec Mosaïq ues, il serait souhaitable de penser à créer un magazine d'information puisque les.:responsables de ceux qui existent actuel/ement le négligent. Ensuite, il restera à réfléchir aux possibilités et moyens de créer une vraie télévision des minorités, une fois le monopole d'Etat sur la production levée. 0 . L~E CONCOURS DE DESSINS A l'occasion de la Journée internationale contre le racisme du 21 mars, le MRAP a lancé un concours de dessins d'enfants, avec le parrainage de Radio France Internationale et de Différences, sur le thème: « Dessine-moi les gens de chez toi et d'ailleurs ». Sophie Agasinski, Jean-Pierre Chabrol, Claire, Claude Font (SNES), Giovanni Giannini, Juliette Gréco, Sonia et Henri Guédon, Colette Magny, Sylvia Monfort, Piem, Ernest PignonErnest, Micheline Presles, Alain Resnais, Catherine Sauvage et Georges Wolinski ont d'ores et déjà accepté de faire partie du jury. De nombreux pays d'Europe et d'Afrique francophone se sont associés à l'initiative. Une conférence de presse est prévue le 14 avril à 17 heure~à Radio France. Pour tous renseignem.ents, téléphonez à la rédaç,tion,-Ü) 806.88.33 ou écrivez-nous. Différences, 89 rue Oberkampf, 75011 Paris. 45 La parole à ____ ---. Henri Guédon Peintre, dessinateur mais surtout musicien, il rejette toute limite. E RA CISME qui sévit dans le monde est terrible. Toutefois, il faut démystifier le L thème du bon nègre, du bon juif, du bon arabe. il faut lutter pour l'humanisme sans hésiter à culpabiliser le monde arabe, le monde noir, le néo-colonialisme. Afin de faire disparaître le mythe des hiérarchies culturelles' qui existent entre les communautés, je fais un spectacle avec Benzimet le 29 avril au Grand Tep. il récitera des contes yiddish tandis que je jouerai des percussions afro-latines. Benzi~et chantera également en créole. Ce sera donc une soirée afro-yiddish. Le monde est loin d'être pluriculturel. Il est plutôt séparatiste et chauvin. De plus, il existe une colonisation culturelle semblable à la colonisation économique. L'Europe a partagé l'Afrique et décidé ses frontières. Ce processus se poursuit dans la culture. Ainsi, les gros et petits commerçants du show business établissent une ~~rt.e culturelle de l'Afrique, des Antilles et de l'Amérique latine. Pour eux, seuls les Jamatcams peuv~nt jouer du reggae et les Cubains de la musique afro-cubal!,~. Par contre,. lor~qu~ Gam~bourg fait du reggae et Lavilliers de la salsa, ils crtent au gente. Quand mOl, qUi SUIS Martiniquais, je joue de l'afro-cubain, ils disent « tiens, un Antillais qui se lance dans l'afrocubain, il ne sait pas ce qu'il veut ». ils veulent nous délimiter cultureOement tout comme ils ont partagé les frontières. Il n'y a que les Noirs américains qui n'ont pas marché dan~ ce, ~ystème. ils ont.réussi à s'imposer mais chez les Antillais c'est encore les Blancs qUI decldent de la musique que nous devons faire. Or c'est un problème. de Noirs et cela ne concerne que nous. Il est temps qu'en France l'on respecte les artistes. 46 Courrier Criminels L'opinion française et internationale se félicite, à juste titre, du fait que Klaus Barbie se trouve enfin contraint aujourd'hui de rendre des comptes à la justice pour ses crimes commis contre l 'humanité il y a quarante ans déjà. Dans ce monde, il n'existe pas seulement que Klaus Barbie, d'autres criminels, de la même espèce; eux, continuent à vivre librement, en toute impunité. Parmi ceuxci, figurent les auteurs du génocide perpétré au Cambodge d'Avril 1975 à Décembre 1978 et qui a coûté au peupfe cambodgien au moins deux millions de mortsc'est- à-dire un tiers ' environ de la population du Cambodge. Les trois principaux responsables de ce génocide, sans précédent depuis la fin de la 2e Guerre mondiale. se nomment Pol Pot, Khieu Samphan et Ieng Sary. Ces hommes coupables de crimes monstrueux contre l'humanité, vivent aujourd 'hui dans l'impunité et en toute quiètude. Pire encore, une haute instance internationale comme l'ONU continue, dans sa majortié, à les reconnaître comme les dirigeants légitimes du Cambodge appelé par eux « Kampuchea Démocratique». Ils ont même été confirmés dans cette position par de nombreux pays depuis la création, le 22 juin 1982, du « Gouvernement de coalition du Kampuchea Démocratique» (GCKD). Les Cambodgiens survivants . réclament donc justice eux aussi. Ils demandent que la communauté internationale les aide à mettre fin à l'impunité dont jouissent encore leurs bourreaux. Ils demandent également que ceux-ci soient arrêtés et traduits devant un tribunal international ou une juridiction approrépondre de leurs crimes contre l'humanité, commis à l'encontre de tout un peuple. Ils demandent enfin que l'on n'attende pas quarante ans pour faire justice. A cet égard, ils veulent espérer que l'exhumation d'un passé déjà lointain concernant Barbie ne fera pas oublier au monde d'autres crimes affreux contre l'humanité, des crimes qui ont été commis dans un passé encore tout récent. Mme Ung-MUNG LAMIEL Savigny le Temple Tous les juifs ne sont pas Rothschild J'ai été heureux de lire les lignes de Micheline Larès dans le Différences du mois dernier, article intitulé « les usuriers du roi Edouard ». Il contribue à remettre les choses à leur place et, ainsi, à ébranler les idées reçues, mal fondées. Il est un sujet qui, à diverses occasions, m'a agacé et que je trouverais sain de clarifier. Il s'agit d'un mythe ou au moins d'une exagération qui, comme toutes, est source de malentendus et d'antagonismes: « les Juifs sont tous riches ». J'évoquais, l'autre jour, à l'école d'éducateurs spécialisés où je suis en formation, la problèmatique des enfants juifs « cas sociaux» - c'està- dire vivant dans un contexte familial, social, culturel et affectif dramatique, nécessitant leur placement temporaire (parfois long) par les instances sociales ou judiciaires dans des « maisons d'enfants» financées par une D.D.A.S.S. (Direction Départementale de l'Action Sanitaire et Sociale). J'ai fait en 79 un stage de trois mois dans une de ces maisons, près de Paris, appartenant à une des deux principales associations ayant pour vocation d'aider familles et enfants juifs en difficulté. Lorsque j'ai parlé de ce stage et de ce que 'j'y ai connu, une étudiante, qui se nommait d'ailleurs quelque chose comme Cohen ou Dreyfus, a ouvert tout grand ses yeux et m'a demandé: « Parce que ça existe, les "cas sociaux" juifs? Je n'en ai jamais connu ... » M'étant annoncé comme juif, les questions se succédèrent, auxquelles je répondis comme je le pus. Une petite étude auprès du Fonds Social Juif Unifié ou, mieux, de l'O.S.E. ou de l'O.P.E.J. expliquerait bien des choses, par exemple pomquoi, dans les établissements à caractère social classique, on ne rencontre que très rarement des enfants juifs, pourquoi (d'après une assistante sociale juive) l'augmentation du nombre de délinquants chez les jeunes juifs est plus importante que chez les autres, ce que peu Je gens savent. Et cela montrerait, en tout cas, que tous les juifs ne sont pas Rothschild, loin de là ! Il y en a, chez les sépharades surtout, qui vivent dans des situations critiques. Sylvain DAVID Saint-Maur Plaisir de droite? Roland Barthes disait qu'il fallait combattre l'idée fort répandue que le plaisir est de droite, la gauche étant supposée être le lieu de prédilection des pisse-froid et des empêcheurs de s'amuser en rond. On ne peut pas dire que les mouvements antiracistes en général, et Différences en particulier soient à la pointe de ce juste combat. Dieu qu'il est triste ce canard! Et pleurnichard! Il faut se le mâcher consciencieusement pour faire sa bonne action mensuelle, mais ça passe mal. Je crois que c'est une erreur fondamentale. Ou bien on fait un journal pour se faire plaisir, entre spécialistes, et on reste gentiment entre soi, pendant que de quelconques Arabes continuent à se faire éèlater la tête sur le trottoir d'en face. Ou bien on décide 47 d'agir auprès du grand public - autant que je me souvienne, c'est pour ça que Différences a été créé - et dans ce cas on se place sur le terrain de la presse grand public, et on n'hésite pas sur l'humour, la provocation, le scandale, l'à-peu-près, le sexe, la violence, la dérision, bref, tout ce qui fait le charme pas bien discret de notre presse bourgeoise. Hardi petits, décoincez-vous, il y a des millions de lecteurs à gagner! Georges MAGNE Arles Les bons samaritains En ce qui concerne l'édito d'Albert Lévy, consacré à Barbie (n° 20), je suis d'accord! Surtout, teneznous au courant. Depuis le temps qu'il est inculpé, on ne voit pas passer Papon en jugement: d'ici qu'on noie encore le poisson ... Où en est-on pour Leguay? Vous devriez bien faire une liste de tous les bons samaritains qui, maintenant, souhaitent qu'on ne juge pas trop Barbie. C'est plein de délicatesse: qui sait ce qu'il dirait, ce Barbie, dans un procès public. Alors, quand j'entends par exemple un Chaban-Delmas proposer d'éviter le débat public, je me demande ce qu'il cache, et qui il protège... Et puis, vous pouvez voir aussi du côté de Hardy. Oui, revenez sur ces grands sujets. N'y a-t-il pas moyen d'inculper Papon sur les massacres de 1962? Même ampleur qu'à Sabra et Chatila, mais la France n'était peut-être pas une démocratie, puisque rien n'a éclaté au grand jour : après Sabra et Chatila, au moins, il y a eu des juges et une sanction. Pour une fois qu'on peut faire justice en faisant connaître au monde, en faisant comprendre aux gens, profitonsen. Il faut faire vite: la justice en est-elle persuadée, ou bien, mise en place par les anciens maîtres et épargnée Dar les socialistes, a-t-elle choisi de protéger son avenir? A.J. GRAF Grenoble Respect On peut être ennemi du racisme sans être de gauche ; on peut également être de gauche et raciste en même temps! Il y a Je très bons articles dans votre revue. J'y ai également trouvé parfois une attitude pù litique gauchisante (ou anti-drolte, comme vous voudrez ... ) qui me déplaît. Vous ne pouvez pas titrer votre revue Différences alors qu'il en est np': ·que vous ne respec l 1 pa"·~uffisamment. P.D. Paris Rien dit de mal Au moment où vous publiiez votre numéro 21, il est dommage que personne ne vous ait prévenus qu'il y avait en France, à ce ffioment là, des élections municipales, que M. Jacques Chirac, ainsi que M. Paul Quilès, étaient tous deux candidats à la mairie de Paris (c'est la capitale) et causaient au même moment dans votre journal. Parce que pendant ce temps-là, M. Chirac, qui dirige un des grands partis français, déclarait à qui voulait l'entendre que lui n'avait jamais rien dit de mal sur les immigrés. Vous auriez mérité qu'il cite pour preuve les interviews qu'il donne aux journaux antiracistes. Il faut que je vous dise aussi : sur une des listes du grand parti de M. Chirac, il y avait J.-P. Stirbois, le secrétaire national d'un petit parti d'extrême-droite, qui est maintenant élu, et qui veut mettre tous les immigrés à la porte. C'est à Dreux. Je vous dis ça, des fois que vous voudriez l'interviewer. Pierre BANSARD Limoges o 2 mars-2 juin Théâtre action tréteaux, présente, au Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris, Om-Saad d'après Ghassan Kanafani, auteur palestinien, réalisation de Anne Petit et Hichem Rostom. Rens. 544.57.34. o 12 mars-30 avril Création à Paris de la comédie musicale « Tu as les bras trop courts pour boxer avec Dieu », conçue et réalisée par Vinnette Carroll, musique et lyrics de Alex Bradford et Micki Grant, au Théâtre Mogador, 25 rue de Mogador, 75009 Paris. Rens. 285.45.30. o 5-15 avril La Maison des Cultures du Monde présente « Les jours de Khiyâm », par le Théâtre du Conteur. Ce spectacle libanais relate la vie et la mort du village de Khiyâm après l'exode massif et le massacre des habitants en mars 1978 Théâtre de l'Alliance, 101 bd Raspail - 75UU6 paris. Rens. (1) 544.72.30. o 6 avril-19 mai Le se Festival international de films de femmes part en tournée. Du 6 au 12 avril: Paris au cinéma Action République; 13-19 avril: à Fontainebleau, Melun, Nemours et Massy (au Centre culturel Paul Baillairt) ; 20-26 avril : à Grenoble (Théâtre Municipal) et à la salle des fêtes de Verrières le Buisson; 27 avril-3 mai: Hérouville St Claire (Café des images) et Roissy en Brie (Maison du temps libre) ; du 4 au 10 mai : Metz (Cinéma 35) et Nantes (Maison des femmes) ; du Il au 19 mai à Cannes à la M.l.C. et au Festival. Rens. (1) 660.05.64. o 10-30 avril Séries de concerts de musiques arabes au Théâtre de l'Alliance, comprenant des chants religieux araméens (interprétés par des pères maronites du Liban), les pêcheurs de perles de Bahrein, un ensemble de percussions et de musique classique d'Irak, organisés par la Maison des Cultures du Monde. Rens. (1) 544.72.30. o 12-24 avril Tous les jours à 20 h 45, Lluis Llach interprète la nouvelle chanson catalane à Bobino. Au programme également l'orchestre de contrebasses. Bobino, 20 rue de la Gaîté. Rens. (1) 322.74.84. o 12 avril-3 mai Deuxième festi val du cinéma juif. Une centaine de films marquants seront présentéS, SUlvam quatre axes: favoriser une meilleure connaissance de l'histoire juive à travers un patrimoine cinématographique riche et méconnu; développer l'exigence éthique du judaïsme: le dialogue avec l'autre; le centenaire de Kafka; le cinquantième anniversaire de l'avènement du nazisme. Il se déroulera aux Studio de l'Etoile, Studio des Acacias, tous les jours à partir de 14 heures, et à la Cinémathèque de Chaillot du 27 avril au 3 mai. Rens. (1) 805.93.07. o 13-26 avril Deux semaines de cinéma d'Asie du sud-est pour donner un aperçu de la richesse et de la diversité des patrimoines culturels de cette région, au Musée Guimet, 6 place d'Iéna, 75016 Paris. Rens. (1) 723.61.65. o 14 avril A 20 h 30, le Centre Varenne, 18 rue de Varenne à Paris 7e, organise un débat: «Les nouvelles relations entre l'Algérie et la France ». Des personnalités françaises et algénenne!; font le point. Rens. (1) 222.18.56. o 15 avril-15 mai A la Maison de la Culture « Le Corbusier» à Firminy exposition de photos sur le thème «Ils s'appellent tous Mamadou », photos de André Curmi, texte de Mathieu Benzet et Françoise Kersebet. Exposition co-produite par le comité d'entreprise du journal Le Monde, et la Fédération nationale travail et culture. Rens. (77) 56.07.07. o 16 avril A 21 h. au centre Agora Ville nouvelle d'Evry, spectacle de variétés avec Brenda Wootton (Irlande), Mercedes Sosa (Argentine) et Maria Carta (Sardaigne). Rens. (1) 079.10.00. o 16 avril Au Centre Varenne, à 20 h 30 : « Quel désarmement pour quelle paix? », avec la commission Désarmement-défense du M.C.C. Rens. (1) 222.18.56. o 17 avril Le Centre de documentation juive contemporaine organise une journée table ronde sur le thème «Le soulèvement du ghetto de Varsovie et son impact en Pologne et en France », salle Gaïjin - sortie le 20 avril. Medicis du Sénat, Palais du Luxembourg, 15 rue de Vaugirard, 75006 Paris. De 9 h 30 à 12 'h 30 : « L'impact du soulèvement du ghetto de Varsovie en Pologne », sous la présidence de M.G. Wellers, Maître de Recherches honoraire au C.N.R.S. De 14 h 30 à 18 h : «L'impact du soulèvement du ghetto de Varsovie en France », sous la présidence de M. A. Kaspi, professeur à l'Université Paris III. Rens . (1) 277.44.72. o 18 avril De 19 à 21 h, débat sur le thème:' « Quand l'Europe rencontre les Africains chez elle », par Walther J. Hollenweger, pasteur et professeur à Birmingham. Rens. Foi et Solidarité des peuples, 14 rue St Benoît, 75006, tél.: (1) 260.34.17. o 18-23 avril Le cinéma vénézuélien d'aujourd'hui à la Maison des 48 Cultures du Monde. Ces journées font partie d'un ensemble de manifestations à l'occasion de la célébration du 200e anniversaire de Simon Bolivar. Une dizaine de films font le point sur la créativité et la recherche de ce jeune cinéma. Rens. (1) 544.72.30. o 20 avril Sortie à Paris de « OaiJin », un film de Tizuka Yamasaki , qui relate la vie de la minorité japonaise installée au Brésil depuis le o 20 avril A 20 h 30, la grande salle de la maison des arts de Créteil, place Salvador Allende, accueille « Les poètes de l'exil et du déracinement »: Edouard Glissant (Antilles), Jean Metellus (Haïti), Paul Dakeyo (Cameroun), Juan Jelman (Argentine), Ilié Constantin (Roumanie), Tahar Ben Jelloun (Maroc), Nâder Naderpour (Iran), avec la participation exceptionnelle d'Aimé Césaire. Rens. (1) 899.94.50. o 21 avril Clôture des jeudis-conférencesdébats sur « Les premiers habitants de l'Europe », à 19 h, au Muséum National d'Histoire Naturelle, Palais de Chaillot, place du Trocadéro. Rens. (1) 704.59.41. Li 22-24 avril Au Musée des Beaux-Arts de Pau, 1 er Micro Festival par la Compagnie de l'Echelle de théâtre de marionnettes . Rens. (59) 27.31.54. o 23 avril Maxime Le Forestier chante à 21 heures, sous chapiteau, place des fêtes à Sartrouville. Rens. Théâtre de Sartrouville, rue Louise Michel. Tél. : (1) 914.23.77. o 23-24 avril La Ligue des droits de l'homme tient son 63e Congrès, à l'Assem· blée Nationale, Grande Salle 101 rue de l'Université à Paris 7", sur le thème: «Délinquance -Prison ». Rens. (1) 707.56.35. o 23-24 avril La Fédération Espérantiste d'Auvergne et du Massif Central, sous les auspices du centre de loi: sirs de Cournon d'Auvergne et avec l'aide de la municipalité organise un séminaire « Chants et Espéranto ». Rens. : 7, av. du Maréchal Joffre, 63800 Cournon d'Auvergne. Tél. : (73) 84.90.60. o 23-27 avril Au Théâtre de l'Alliance trois concerts de musique classique dhrupad du nord de l'Inde, l'un des concerts consacré au Rasila (drame dansé) sera également présenté à Rennes, à la Maison de la Culture. Rens. (1) 544.72.30. o 23-30 avril A la Maison de la culture du Havre, 5e rendez-vous avec les musiques traditionnelles de Madagascar, des Maldives, de la Réunion et des Seychelles, parallèlement exposition d'instruments et oeuvres représentant la musique dans la tradition malgache. Rens. (35) 21.21.10. o 24 avril A l'occasion du 40e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie une commémoration a lieu, à 15 heures, à la salle des congrès, 29 bd du Temple, 75003 Paris (angle rue Charlot). Cette manifestation du souvenir est placée sous la présidence de Me C. Lederman, Sénateur, président de l'U.J.R.E. Pierre Paraf, président d'honneur du MRAP prendra la parole. Les billets sont à retirer 14 rue de Paradis, 75010 Paris. Rens. (1) 770.62.16. 025 avril Le Centre des hautes études internationales pour le développement (CHE ID) organise, à 17 h, une réunion de recherche sur «La France et le tiersmonde » animée par M. Abdellatif Benachenhou, professeur à l'Université d'Alger. Collège de France, salle 5, Il place Marcelin-Berthelot, 75005 Paris. Rens. (1) 633.73.42. o 25-30 avril Semaine d'information sur la réalité indienne au Guatemala, organisée par l'Association Diffusion INTI, avec la collaboration du Groupe Lichesol, et du département d'Ethnologie de l'Université de Paris VII. Du 25 au 29, soirées d'information avec projections de films et débats à l'AGECA, 177 rue de Charonne, DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 75011 Paris. Le 30. colloque sur dans la région parisienne et perle thème: « La possibilité d'une ' met de rencontrer des jeunes ou alternative indienne au Ouate- des groupes d'immigrés et ' mala »au 1 rue Guy de la Brosse d'échanger des contacts avec des 75005 Paris. ' jeunes maghrébins. Rens. o 28 avril-28 mai Le lOe anniversaire du Festival des arts ' traditionnels de Rennes se déroule à la Maison des Cultures du Monde de Paris, avec du 28 au 30 avril: Musique de l'Océan indien (Réunion, Madagascar, Maldives, Seychelles, Comores), du 5 au 19 mai: Chants et danses du monde (Maroc, Ghana, Togo, Egypte, Cameroun, Etats-Unis, Pakistan , Irak, Inde du Sud), du 24 au 28 mai: Marionnettes du Japon. Rens . (1) 544.72.30. o 7-21 mai Le comité du MRAP de Nancy organise une exposition «Peuples d'ici et d'ailleurs », en deux endroits: du 7 au 14 à la salle municipale du centre ville, du 14 au 21 au Lycée Georges de La Tour (exposition et débats). o 9-14 mai Le CEMEA organise un stage de formation d'animateurs sur le thème: « L'enfant maghrebin dans la cité ». Ce stage se déroule CEMEA, 13 rue Eric de Martimprey, 95300 Pontoise. Tél.: (1) 031.24.18. o Fin avril! courant mai A l'appel du MRAP, inauguration dans une centaine de villes de rue commémorant le 40e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie. Des expositions, débats et projections de films auront lieu à cette occasion. o 5 mai-12 juin Au Palais des Congrès se produit l'Opéra de Pekin avec la Compagnie d'Opéra de Pekin de Chine. Au programme des extraits d'opéras: La rivière d'automne, La ,grotte sans fond, Le mouchoir parfumé et La forteresse et deux opéras en version intégrale : Troubles dans le royaume du ciel et Le servent blanc. o 9-14 mai Exposition de photos «Images d'Outre-Mer» sur le thème faune, flore et scènes de la vie dans les pays d'Outre-Mer de Hugues Pagesy, au Centre Culturel Kennedy, 36 bd Kennedy à Créteil. Le magazine de l'immigration et du Tier8-Monde Il Y a mille raisons i)';';\!j ~delire .e:_~ - Lhi~.J') J' Sans Frontière ~( ~; Il Y a mille moyens de vOir le monde sans

&J.ù, 1) ~ oeillères

b~J. ..;.~~ aAbboonnnneaz, v-voos ua'm, is 1 « Sans Frontière » 33 Bd Saint-Martin 75003 Paris. En vente en kiosque tous les 20 du mois 49 DIFFÉRENCES N° 22 - AVRIL 83 T 1 N T 1 N s SILENCE .... ON VA VOUS LA REPAREQ 1 VOTRE SALE PETITE MACHINE.' OUI,VOTRE SALE. PETIT T~c.. ... En vieillissant, le reporter du petit xxe . a compris bien des choses PITITE MACHINE " . tous nOls sont des hommes fourbes et cruels, qui p orfent une nafteefquipa. 5sent leur temps d in ven fer des supplices efJ des oeufs des nids ·h,,·nn,rfp,,'p. Puis, à rencontrer Tchang, quelques préjugés disparaissent (Le lotus bleu, 1935). Toi bien p~plep, mlNié. Héch.~ Hf Ar.;oe frès méchélHfl Pcu./vpes Noirs p~s voulolP êtye esc/~ves 1 POluvpes Nolps y eH 01 vou lOI P ~ Iley .;' LOI ('erf eHfeHdu ) je le s~ls . Mc}ls je vous pépèfe Cfue si vous y ci.llez, vous sepez veHdus Comme esclélves. Mecque. Dites dOHc, voire TourHu'ol) l'le ser«ifil pil.S UH peu .. euh ... HoH? .. Il He cesse de pOirier d 'uH cil.mp de Rom.mlchels ... Eh 6/eH / c'erf vr«i : il y 01 UH Cil. mpem el'l 1 de Romil.H ichels .i proxlmifé .. ' [sf -ce celOi Clue vous voulez .? Nous p~s eS'cldves, mlsslé Nous bOHs ff1usulff1~ns. Nous vou lolp olilep d' Ld Mecque (oH'tmel-tf, c'eS'f vril.i ? .. Vous He pouviez pOiS le dire plus lôf ?. Les voilol , leS' coup«6/esl. .. ç" He f~if pOIS l'onc le d'UH doute 1 .. Molis VOyOHS -' Quelles preuves é1vez- vous ? .. Et même défendre les Tsiganes victimes du racisme (Les Bijoux de la Castafiore, 1962). Molls, mt/le mlllloHs de mt/le Sdbopds 'je me fue d' VOus répéfey que SI vous j 01 liez , vous sepez vendus comme esclc}ves . C'est clOlIr, OUI ou 1'101'1, fOnHepye de Bpest/?/ . TOI , polS cyiey, miS'S'lé. POluvpes No.lps yeHél voul o ir dlley 01 L.; MecCfue . Des preuves? .. Nous les trouveroHs 1 Ces geHs S'oHf lous des voleurs / . . Ah / (il. He VOl pU fril.ÎI-tet'.'- .. AlloHs) cOHduisez -HOUS .1 ce cOimp 1 Soif -' je veux oieH .. . Mill. ce l-1'esf pOIS pOlrce que ce sonl des BohémieHs 9ue vOUS' OIvez le d,..o!f de les SOupçoHHer. QUINZE ARTISTES CONTRE L'APARTHEID CREMONINI LEBROCQUY artistes du monde contre l'apartheid MUERTE AL APARTHEID SAURA BON DE COMMANDE 60 F l'affiche 84 x 60 cm, plus 10 F de port. Je commande les affiches de (indiquer le nom des peintres et le nombre d'exemplaires) : .............................. . .. ................................................................................................................................................................................................................. .. Bon dûment rempli accompagné d'un chèque à retourner à: Différences, 89, rue Oberkampf, 75011 PARIS JANTJES ... ' .. REBEYROLLE QUINZE ARTISTES CONTRE L'APARTHEID Voir au verso le bon de commande. TAPIES LE PARC LUCEBERT Ib!f-. _ \o)(ji;([) ~STï I P.C.~N ~T AA'hrt1-l EïD

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