Différences n°19 - janvier 1983

De Archives du MRAP.

Sommaire

Sommaire du numéro

n°19 de janvier 1983

  • Edito: les terriens d'abord par Albert Levy
  • Hong-Kong: les "train-people" par Patrick Frilet
  • D'une prison l'autre (vie carcérale) par Anne Sizaire
  • Le système DOM par Michel Robert [DOM-TOM]
  • Le fou d'Elsa aux portes de l'Orient (hommage à Aragon) par Daniel Chaput
  • Le mythe des seuils par Véronique de Rudder [identité]
  • L'étranger, c'est l'adopter (adoptions d'enfants étrangers) par Renée David
  • De Vitry à Saint-Maur par Emile Murène
  • Ici Londres par Cathie Lloyd
  • Un carnaval en hiver (Nothing Hill) par Marc Mangin
  • Cerveaux de femmes: entretien avec Antoine Danchin
  • Culture: Cuba Ci...néma par J.P. Garcia
  • Le goût du café (Brésil) par J.P. Bergeon
  • Du Rock bien pensé par Dolorès Aloia
  • Histoire: autopsie d'un chef (Hitler): analyse par Gilbert Badia
  • Faut-il boycotter l'Afrique du sud: interventions de Sam Ramsamy, Lionel Jospin, Serge Boucheny, Pieter Dankert
  • La parole à Juliette Gréco: "Le monde est sourd au cri des siens" propos recueillis par Daniel Chaput
  • Humeur: la journée d'un fasciste ordinaire par Luis Rego

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.(~ -, ,. - -- DE PARIS Venez découvrir notre nouvelle collection de robes de mariée 83 dans la boutique Pronuptia la plus proche de chez vous. Edito §§§§§§§§§§~ DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 LES TERRIENS D'ABORD P AS de trève des confiseurs, cette année: janvier, sans transition, hausse le ton des affrontements politiques. Il serait vain d'appeler à la sérénité. Ici, nous respectons toutes les opinions, même véhémentes. Nous leurs offrons de se rencontrer dans nos colonnes, ce qu'on nous reproche parfois. Il y a pourtant des règles à affirmer pour un débat démocratique: le respect de l'Autre, en tant que personne, le refus de touteforme de racisme, qui consiste à cataloguer d'avance l'interlocuteur en fonction de son appartenance ethnique, religieuse, sociale, voire politique, selon l'idée qu'on se fait de lui. Dès lors qu'on fige des catégories sur de telles bases, la raison fait bientôt place aux bas instincts, et il n'est plus de dialogue possible. Ainsi, quand on explique la délinquance non par les délinquants mais par les immigrés, quand on excite la peur« blanche» face au Tiers Monde, quand on voit partout des juifs ou des étrangers à la place des données objectives de l'économie et des conflits sociaux, quand on attaque un dirigeant syndicaliste non seulement pour sa pensée mais aussi pour ses origines, les gens sains d'esprit doivent crier: casse-cou! Nous nous abstiendrons aujourd'hui de citer des noms et des propos qui sont la honte de leurs auteurs,. mais nous demandons à chacun, de quelque bord qu'il soit, de contrecarrer avec vigueur et vigilance les tentations de l'anathème et de la généralisat ion frauduleuse. Le racisme n'est pas une opinion. C'est une perversion de l'esprit et, de plus, un danger pour la sécurité publique. Pierre Dac le disait, avec son humour et sa sagesse: le racisme est une maladie que certains contractent et dont d'autres meurent. Cependant, les mystificateurs, qui savent, et ceux qui les suivent, sans savoir, conduiront gentiment leur petite famille au cinéma s'attendrir sur E. T. (prononcez de préférence: [-ti). Ce gnome à la peau squameuse et brune, à qui son créateur a donné un visage de vieux nouveau-né, « conjuguant le regard d'Einstein avec celui d'Hemingway») miracle! on l'aime. A l'inverse d'un bouc émissaire, sur lui se cristallisent non pas les haines, les terreurs, les culpabilités et les frustrations, mais les sentiments les plus fraternels, les espoirs les plus généreux. Ah ! si les immigrés, les juifs et autres Arabes étaient des extra-terrestres, nous aurions moins de craintes pour 1983 et tout d'abord pour la campagne électorale qui s'amorce. Peut-on souhaiter qu'on les prenne, simplement, pour des terriens à part entière? Albert LÉVY 3 « Je ne serai pas venu pour rien» Je m'abonne à Différences, le magazine universel o 150 F (1 an) 0 80 F (6 mois) 0 200 F (soutien) NOM .................................................... Prénom .. .... ... . .. ..... .. . ..... .. ... . .................... . Adresse ................ ··· ··· ···· ·· · ... . ........ ..... ........... . ................. . .................................... . , Code postal . ........ ....... . Commune o ••••• • • ••••• ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• Profession ............................................................................................................ . Bulletin dûment rempli accompagné d'un chèque à retourner à: Différences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS.

  • Abonnement 1 an : étranger: 180 F ; chômeur et étudiant: 130 F.

Sommaire POINT CHAUD 6 LES« TRAIN PEOPLE» DE HONG-KONG Comment les Britanniques accueillent ceux qui tentent de quitter la Chine. Patrick FRILET ACTUALITÉ 10 D'UNE PRISON L'AUTRE La réforme de la vie carcérale laisse en suspens les problèmes de la réinsertion. Anne SIZAIRE EXPLIQUEZ-MOI 16 LE MYTHE DES « SEUILS» Les tentatives pseudo-scientifiques pour quantifier l'intolérance aux étrangers. V éronique DE RUDDER DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 RÉGIONALE 22 DE VITRY A SAINT-MAUR Deux communes de banlieue qu'on ne sépare plus, et qui n'ont pourtant pas grand-chose à voir. Emile MURENE CONNAITRE 26 ICI LONDRES ... Visite aux petits fils de l'Empire. . Cathie LLOYD Marc MANGIN Robert PAC RÉFLEXION 34 CERVEAUX DE FEMMES Antoine Danchin, neurobiologiste, nous dévoile ce qu'il y a dans la tête des femmes. CULTURE Propos recueilHs par Pierre V ANDEGINSTE 39 DU ROCK BIEN PENSÉ Orchestre rouge, des petits jeunes bien comme il faut. Dolores ALOIA 44 FAUT-IL BOYCOTTER L'AFRIQUE DU SUD? On ne parle guère du pays de l'apartheid. Pourtant. .. LA PAROLE A .. , Serge BOUCHENY Pie ter DANKERT· Lionel JOSPIN Sam RAMSAMY 46 JULIETTE GRECO « Le monde est sourd au cri des siens », Propos recueillis par Daniel CHAPUT HUMEUR 50 LA JOURNÉE D'UN FASCISTE ORDINAIRE Luis REGO DIF!ERENCES, magazine mensuel créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amiti.é entre les peuples), édité par la &,ciété des éditions D1rfére~ces, 89, rue Oberkampf, 75011 Pans. Tél. : 806.88.33. Abonnement: 1 an : 150 F ; 1 an Il l'étranger : 180 F ; 6 mois : 80 F ; étudiants et chômeurs: 1 ans 130 F ; 6 mols : 70 F (joindre une photocopie de la carte d'étudiant ou de ia cal'le de pointage). Soutien: 200 F ; abonnement d'honneur: 1 000 F. Vente à l'étranger.' Algérie.' 10 dinars, Belgique : 140 F. belges, Canada: 3 d~lIars, Portugal: 250 escudos. Directeur de la publication: Albert LEVY - Secrétariat de rédaction et maquettes: Véronique MORTAIGNE - Service photos: Abdelhak SENNA. Ont co llaboré à ce nu~éro : Dolorès ALOïA, Gilbert BADIA, Jean-Pierre BERGEON, Daniel CHAPUT, Antonie DANCHIN, Renée DAVID, Véronique DE RUDDER, Patrick FRILET, Je.nPierre GARCIA, Juhelle GRECO, Cathie LLOYD, Marc MANGIN, Emile MURENE, Jean·Michel OLLE, Robert PAC, Luis REGO, Michel ROBERT Jean ROCCIA Ivan SIGG Anne SIZAIRE, Yves THORA VA L, Pie"e V ANDEGINSTE. ' , , Administration:. Khale! DEBBAH · Secrétariat: Danièle SIMON - Promotion-Vente: Marie·Jeanne SALMON - Publicité: Différences - Photocomposition-Photogravure: PPC: 805.97.36. ·Impnmene : Marchés de France , 366.44.86· D,ffusion : N.M.P.P. - Numéro de commission paritaire: 63.634 -ISSN : 0247-9095. Les haque jour, la même .. C scène se reproduit sur le petit pont de Man Kam To, seul lien routier entre Hong-Kong et la Chine. Un peu avant 15 heures, un gros panier à salade de marque Bedford, immatriculé AM 6343, s'avance lentement sur la route et s'immobilise devant le poste frontalier ou flotte un drapeau chinois, tache rouge frappée d'une étoile. Le chauffeur, un sujet de sa Très Gracieuse Majesté, descend pour laisser la place à un collègue chinois qui prend aussitôt les commandes du véhicule et parcourt quelques mètres. A l'arrière, les prisonniers, une douzaine de pauvres hères qui voulaient quitter la Chine comprennent alors que leur rêve est définitivement brisé. Sans bruit, les autorités de Hong-Kong vien' n~nt purement et simple,ment .. ~. de les renvoyer derrière le rideau de bambou. Leur amertume ' est d'autant plus grande qu'il y a encore deux ans les autorités de Hong-Kong fermait les yeux sur l'afflux des immigrés illégaux. Selon le principe de la «touch base », version britannique de notre jeu de chat perché, ceuxqui avaient réussi à franchir les lignes n'étaient plus inquiétés. Il leur restait simplement à survivre dans une ville qui pulvérise les records mondiaux de chômage et de la surpopulation. Les candidats à l'exil n'en avaient cure. C'est au rythme de plusieurs milliers par mois qu'ils affluaient vers cette vertigineuse et clinquante terre promise, dont les lumières illuminent la nuit à cent kilomètres. A la mi-1980, la cote d'alerte était a~!~}t,1~~ avec huit mille immigrés illégaux recensés en un seul mois. En haut lieu, on décidait alors de mettre un terme à cet afflux. Première mesure, : l'établissement d'une carte d'identité obligatoire, qui permet de repérer toute personne en situation irrégulière. C'est la loi du 24 octobre 1980, qui met fin à ce petit jeu de la « touch base» grâce auquel des dizaines. de milliers de personnes aVaIent pu gagner leur ticket pour la concession britannique. Deuxième mesure : tout ressortissant chinois capturé à Hong-Kong est désormais reconduit à la frontière. Troisième mesure: l'armée et la police de Hong-Kong renforcent leur contrôle et édifient une réplique britannique du «mur de la honte », de 18 km de barbelés, sur une hauteur de trois mètres. Tout au long de cette « boar- 6 . :y.... , -~ ···ô·~·Jo- Les Chinois ont échoué. Débarqués par un hélico de l'armée britannique, ou transférés par camions au poste frontière de Man Kam To, ils n'iront jamais à Hong-Kong. Des réfugiés quin'ontpas honneurs •• der fence » (1), comme on l'a pudiquement baptisée, mille soldats de l'armée de HongKong veillent au grain, répartis en sept compagnies. L'encadrement est anglais, comme la majorité des huits mille hommes chargés de défendre le réduit contre une RiiPil hypothétique attaque ... Quatre cent mille candidats Ainsi, la plupart du temps estce à des Britanniques qu'échoit la sale besogne de repousser les fuyards. Les nouvelles dispositions n'ont cependant pas tempéré l'ardeur des candidats à l'exil. En janvier 1982, quatre cent dix immigrés illégaux sont reconduits au poste de Man Kam To. Mieux, les fuyards redoublent d'imagination: si, __ .. autrefois, il était relativement "'1

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Point chaud Les candidats à l'exil doivent sauter du train avant son entrée en gare, où il est passé ail peigne fin. Les accidents mortels sont légion . D'autres préfèrent la voie maritime: chambres à air, jonques de fortune, tout est bon pour traverser la Mer de Chine . cours du voyage. Ceux qui choisissent de traverser à pied . ~ à travers les nouveaux terri- 6 toires ont aussi une chance

!: infime de passer au travers du

~ filet. Huit hélicoptères Wes~ sex « Special Rescue » de la ~ RAF patrouillent en permatT1 nence au dessus de cette zone, aisé de franchir les lignes à et les militaires des bataillons travers champs, l'édification spécialisés n'ont aucun mal à de la «board fence» rend maîtriser les réfugiés illégaux. l'opération très délicate. Certains utilisent la ligne de chemin de fer qui relie la Chine Populaire à Hong-Kong ville. Ils se glissent à bord d'un des huits trains de marchandises qui transportent chaque jour le ravitaillement à destination de l'enclave capitaliste. A la gare de Hong-Kong ville, un pan de mur du commissariat de police est occupé par les photos des cachettes découvertes à bord des convois ... Pour réussir, les « train people » doivent sauter du train avant l'entrée en gare, où chaque wagon est passé au peigne fin. Mais c'est quelquefois la mort qui est au rendez-vous. Les policiers découvrent alors le corps d'un malheureux écrasé par un container ou dévoré par les cochons au 7 La voie maritime De plus en plus souvent, les malheureux sont armés, mais, jusqu'alors il n'y a jamais eu d'échanges de coups de feu. Les plus audacieux choisissent cependant la voie maritiIl} e. Chaque jour, les trois cents marins de la Royal Navy, équipés de deux hovercrafts et de cinq vedettes rapides, interceptent de jeunes Chinois, qui dérivent au bord de l'épuisement. Quelques uns tentent la traversés à la nage sur un treI).taine de kilomètres. D'autres utilisent des chambres à air de tracteurs transformées en bouées. Des raquettes de ping-pong leur tiennent lieu de rames et ils' comptent sur leur bonne étoile pour ne pas rencontrer les requins qui infestent cette portion de la Mer de Chine. Les mieux lotis parviennent à affrèter des jonques antédiluviennes qui menacent de se fracasser à la moindre vague ... C'est un jeu d'enfant pour la flotte de surveillance d'arraisonner ces «pirates» qui ne bénéficient d'aucune aide, contrairement aux boatpeople vietnamiens. Qu'ils soient capturés sur mer ou à terre, les immigrés illégaux sont ensuite conduits dans des centres de police où ils peuvent rester entre trois jours et une semaine. En fait de délices de la vie bourgeoise, ces hommes n'auront connu que la prison et l'interrogatoire, avant de monter dans le camion du retour. Il est un peu plus de 15 heures lorsque le Bedford piloté par un chauffeur chinois s'immobilise enfin de l'autre côté du pont, à l'abri derrière un bouquet d'arbres. Les captifs descendent Un · à un, le regard vide ... Patrick FRILET (1) Barrière frontalière Le Mois 1er décembre o Le poète et peintre sudafricain Breyten Breytenbach est libéré au Cap, deux ans avant la fin de la peine de neuf ans de prison à 'laquelle il avait été condamné en novembre 1975 pour « terrorisme ». Il choisit de résider en France en compagnie de sa femme. A son arrivée à Paris, il est accueilli par un représentant du ministère des Relations Extérieures. 6 décembre o Sam Tamsamy, président du Comité olympique non-racial sud-africain (SANROC) séjourne en France à l'invitation de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT). 8 décembre o La commission d'enquête des Nations Unies affirme qu'elle a « clairement établi» la participation de l'Afrique du Sud dans la tentative de putsch avortée aux Seychelles, le 25 novembre 1981 . 9 décembre o Les forces militaires sudafricaines attaquent la banlieue de la capitale du Lesotho, Maseru, faisant Qfficiellement 42 victimes tués dans leur sommeil, dont de nombreux femmes et enfants. 10 décembre o Meeting de solidarité à la Bourse du Travail à Paris pour exiger la grâce des trois jeunes militants noirs du Congrès National africain (ANC) condamnés à mort. Le MRAP condamne solennellement l'agression contre le Lesotho. 16 décembre o Paris. A l'appel du MRAP, plusieurs centaines de personnes et des délégations de formations comme le PCF, la CGT, le SNE· Sup, le PSU, etc ... se rassemblent aux Invalides avant de se rendre en cortège devant l'ambassade d'Afrique du Sud. Elles réclament la vie sauve pour les militants de l'ANC condamnés à mort, et crient «à bas l'apartheid» et aussi «pas de centrale nucléaire pour les racistes d'Afrique du Sud ». 18 à 19 décembre o L'ANC revendique l'action de sabotage extrême dévastatrice exécutée c:ontre la centrale nucléaire de Koeberg, en Afrique du Sud. 20 décembre o A la radio d'état, le ministre des Affaires étrangères sudafricain Pik Botha menace d'agressions comme celle effectuée au Lesotho les pays voisins de l'Afrique du Sud qui continueraient de donner asile aux nationalistes noirs «terrori'· stes ». 26 novembre o A Washington, des milliers de contre-manifestants, en majorité noirs, sont brutalement chargés par la police alors qu'ils s'opposaient à une cinquantaine de membres du Ku Klux Klan qui prétendaient manifester devant la Maison Blanche. 38 manifestants antiracistes ont été arrêtés. C'est la première fois depuis quarante ans, que le K.K.K. est autorisé à manifester devant la Maison Blanche. 7 décembre o Pour la première fois aux Etat-Unis, un comdamné à mort, est exécuté par injection d'un· produit chimique dans l'organisme. 8 décembre o Le responsable du Syndicat des travailleurs migrants du Mexique révèle que dix travailleurs clandestins mexicains ont été assassinés la semaine précédente en Californie par des agents du Département d'immigration et de naturalisation des Etats-Unis. 25 novembre o RFA. A Mannheim, les avocats d'un professeur d'allemand qui comparaissait devant la Cour administrative, révèle que le Président de cette Cour qui devait statuer sur la révocation de ce professeur, coupable d ' appartenir au Parti communiste, est un . ancien S.S. ! 1er décembre 6 décembre o Irlande du Nord. L'explosion d'une bombe dans un pub de Ballykelly, près de Derry fait 16 morts et 66 blessés, dont dix militaires britanniques. L'attentat est revendiqué par un petit groupe armé, l'Armée de libération nationale irlandaise (IN LA), étranger à l'Armée républicaine Irlandaise (IRA). 7 décembre o Turquie. La Cour martiale d'Ankara condamne par contumace le cinéaste turc, Ylmaz Güney, réalisateur du film Yol, à sept ans et' demie de prison pour « propagande communiste» à cause d'un article publié en octobre 1978. Il avait déjà été condamné à 18 ans de prison en 1974, s'était évadé et avait réussi à fuir son pays en octobre 1981. Un an plus tard, il avait été déchu de sa nationalité par la dictature turque. 1·' décembre o Walid Joumblatt, président du Mouvement national libanais (qui rassemble divers partis et organisations progressistes) est blessé lors de l'explosion d'une voiture piégée dans le quartier de Kantari à Beyrouth-Ouest. 8 décembre o Dans une lettre adressée à la commission d'enquête sur les massacres de Sabra et de Chatila, Menahem Begin affirme avoir bien agi en prenant la décision d 'autoriser les milices phalangistes à pénétrer dans les deux camps. 2 décembre o Ouverture à Tokyo d'une conférence internationale contre la discrimination, en présence d'organisations des Btats-Unis, de Grande-Bretagne, etc . Le MRAP était représenté par Albert Levy, secrétaire général 12 décembre o Des milliers de femmes encerclent le pourtour de la base aérienne anglo-américaine de Greenham Common, à l'Ouest de Londres, où doivent être stationnés l'an prochain 96 missiles de croisière. La police intervient avec brutalité. LA DIALECTIQUE DU « TANTINET » « Je crois en l'avenir du Canada, tout d'abord parce que c'est un pays blanc », Bien sûr, l'étendue prometteuse des neiges impassibles, la rudesse besogneuse des hommes du froid, tout ça, on le comprend bien , rassure M. Jalabert, président de la Banque Nationale de Paris au Canada. « Je ne parle pas de la neige, mais, au risque de passer bien à tort, pour un tantinet raciste, je pense qu'il sera bientôt nécessaire de se serrer les coudes entres Blancs ». o Turquie. La dictature au pouvoir à Ankara décide que dix-huit dirigeants du Syndicat des écrivains' turcs (TYS) seront jugés pour «propagande communiste » et « relations avec des associations illégales ». Est-ce le changement . est-ce le poids des mouvements antiracistes? Maintenant, quand on est dirigeant, on ne peut plus se dire raciste, ou alors un tantinet, en s'exusant du peu. Pourtant, on s'inquiète, on a des choses à dire : « En l'an 2000, le monde comptera six milliards d'individus, dont 50 % auront moins de quinze ans, et parmi lesquels il n y aura que 16 % de Blancs ». Penser seulement qu' u ne telle déclaration, qui n'est pourtant pas la première du genre, pourrait, à l'extrême limite et bien à tort, être considérée par quelque esprit chagrin, comme un tout petit peu raciste, c'est révéler toute une échelle de valeurs. A vrai dire, il vaut mieux que M. Jalabert se limite à ce tantinet de pensée. On craint le reste. Et puis, dire « un tantinet », c'est recherch é. Ce n 'est pas chez les OS de Citroën qu'il a dit ça , M. Jalabert. C 'est au cours d'un colloque sur la libre entreprise. D'ailleurs , on lui a pardonné, sur le moment, ses tantinets. Il énonçait si joliment de telles évidences ! 4 décembre o Irlande du Nord. Une jeune catholique de 20 ans est grièvement blessée, dans le ghetto républicain de Derry, par un trait d'arbalète qui s'est fiché dans sa tête. Il s'agit probablement d'un attentat commis par des extrêmistes protestants. 8 M. Jalabert a été sanctionné par sa direction . On lui souhaite, à l'avenir, d'être un tantinet prudent. J.R. 11 janvier 2012 à 14:50 (UTC) DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 8 décembre : les travailleurs immigrés votent aux élections prudh~~males. 4 décembre o Le Conseil constitutionnel annule la loi sur la décentralisation dans les DOM. 17 décembre o L'Assemblée nationale adopte le projet de'loi relatif à la commémoration de l'abolition de l'esclavage . 22 décembre o La session parlementaire se termine par l'adoption du projet de loi créant dans chaque DOM une assemblée régionale élue à la proportionnelle. 14 décembre o M. François Mitterrand annonce que les Latinoaméricains résidant en France sont désormais dispensés de visa de sortie, mettant ainsi un terme à une mesure descriminatoire décidée quelques mois a).Îparavant par le gouvernement de M. Mauroy. 17 décem~ o Le PrésIdent Benjedid est à Paris pour une visite de travail de quelques heures. Il est reçu par le Président Mitterrand . Malgré le contentieux entre l'Algérie et la France concernant l'émigration algérienne, les deux hommes se déclarent satisfaits. La France décide d'envoyer, dès la semaine suivante, une mission à Alger et dans les capitales du Maghreb pour « mettre au point en concertation les règles permettant de satisfaire les droits des Maghrébins et leur libre circulation vers la France ». Le Président algérien déclare qu'il avait « clarifié ce qui pouvait préoccuper les deux pays ». Il a souligné l'existence de « convergences sur un grand nombre de questions de politique internationale ». STEFANY prêt à porter féminin 193, Faubourg Poissonnière. 75009 PARIS Tél. 526.34.64 "e,ro : Barbès-Rochechou.rt 21 décembre o Le Tribunal correctionnel de Lyon relaxe un ressortissant turc poursuivi pour avoir résidé en France sans titre de séjour . Le Tribunal a estimé que « s'appuyer sur le chiffre des demandes d'emplois en cours pour refouler une demande de régularisation constitue une insuffisance de motif ». 22 décembre o Deux hauts fonctionnaires français du cabinet du ministre des Relations extérieures et du cabinet du ministre de l'Intérieur examinent à Alger, avec les autorités algériennes, le problème de la circulation des Maghrébins en France. Ils se rendront la semaine suivante à Tunis et Rabat. 26 novembre o Faisant suite à la conférence de presse tenue le 23 novembre sur le parking municipal de Bobigny par le Comité international Rom (CIR), les Tsiganes manifestent massivement à Paris, pour protester contre les problèmes auxquels ils se heurtent, concernant non seulement le droit au voyage et au séjour, mais aussi la reconnaissance de leur culture et de leur mode de vie. o Le MRAP organise une soirée de solidarité avec Anatoli Chtcharanski en l'église SairitMerri, à Paris. 27 novembre o Le MRAP appelle à un rassemblement devant le foyer Fortde- Vaux à Paris, pour soutenir les 280 résidents immigrés que le gestionnaire a été autorisé par référé à expulser. 6 décembre o L'Assemblée nationale vote une loi pour favoriser l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Cette loi porte sur les discriminations dont sont victimes les femmes à l'embauche, pour la promotion et pour les rémunérations. D L' Association Henri Curiel est reçue par un membre du cabinet du premier ministre à propos des difficultés rencontrées par le juge d'instruction pour se faire communiquer les archives des services speClaux (DG SE ex-SDECE et DST) concernant l'assassinat d'Henri Curiel le 4 mai 1978. Pierre Mauroy avait autorisé le 19 mars l'accès à ces archives. 8 décembre o Dans une lettre adressée au Mouvement Anti-Apartheid, M. Claude Cheysson, ministre des Relations extérieures, affirme qu'il s'opposera à tout projet éventuel de vendre une seconde centrale nucléaire à l'Afrique du Sud. Actualité D'UNE PRISON L'AUTRE Il faut améliorer la vie carcérale, a dit le garde des Sceaux. D,ANS une poche, quarante-sept centimes. Dans l'autre, un papier roulé en boule avec quelques adresses. Planté devant la porte de la Santé, Marc ne sait pas quoi faire. Il est libre, libre d'aller nulle part. A vingt-six ans, Marc n'a pas beaucoup de raisons de s'imaginer un avenir. Aucune formation professionnelle et un passé chargé résument 'son curiculum vitae: pour attaquer un marché de l'emploi en pleine crise, c'est léger. De sa famille, il ne reste que des lambeaux de souvenirs arrachés entre deux placements à l'Aide sociale à l'enfance. Aujourd'hui, il sort de prison mais la peine, elle, ne fait que commencer. Ou plutôt continuer. Il n'y pas de délinquants volontaires, il y a ceux qu'on fabrique, dès l'enfance. Tous les petits gosses qu'on laisse passer de classe en classe. Et puis un beau jour, en 5e, clac, terminé: c'est le L.E.P. (Lycée d'enseignement professionnel) vide-ordures, la voie sans issue où l'on moisit jusqu'à seize ans avant de prendre la porte. 77 0,10 de la population carcérale est sans formation professionnelle, 10 % est analphabète. L'échec scolaire est, de plus, souvent associé à une coupure du milieu familial. Sous prétexte de le soustraire à une mauvaise influence, on ampute l'enfant de ses racines et le résultat est pire encore : la prison « récupère» 70 % des gamins placés par l'Aide sociale. C'est en l!ffet urgent. «Finalement, on fait peur. Alors on nous enferme, pas pour le délit, mais pour notre existence ratée ... La réinser" tion là-dedans? Des conneries! De toute façon, on n'a jamais été insérés. C'est parce qu'on n'avait de place nulle part qu'on nous a flanqués à l'ombre »', Cette phrase de Fleury Mérogis, prison modèle Jean-Paul, Antillais de 22 ans, sans famille, un an de prison ferme pour vol simple, est le reflet de l'opinion générale. Le délit n'est pas un accident de parcours mais un prolongement logique, effet d'une série de causes. Et la prison ne fait alors que s'ajouter' aux handicaps accumulés. Effet garanti C'est tellement vrai que, depuis l'Ordonnance de 1970, l'Education surveillée prend autant en charge les mineurs « en danger moral » que les délinquants avoués. Mohamed a dix-sept ans, dix frères et soeurs, un père alcoolique et une mère psychopathe. Il ne s'intéresse à rien et s'envoie à l'air à la colle, avec ses petits camarades. Il n'a pas franchi (officiellement) le cap de la délinquance. Pourtant son histoire ressemble à celle de Robin, rejeté par ses parents, naviguant de foyer la réadaptation sociale du délinquant », peut-on lire dans l'article 728 du Code pénal datant de la réforme pénitenciaire de 1945. De cette belle phrase à aujourd'hui, quelle réalité quotidienne dans les prisons ? Des relations familiales nulles

des visites accodées avec

parcimonie dans un parloir à double vitre de séparatioIl. Impossible de se toucher, impossible de se parler. Ce droit n'en est même pas un, puisqu'il peut être supprimé à la moindre « faute» du détenu. Pour les prévenus, inaction forcée. Pour les condamnés,

travail obligatoire avec un

~ salaire mirobolant: de 11 à

3 40 F par jour. La formation

z professionnelle: «Cela fait S quatorze ans qu'il l'ont. Qua- 8 torze ans qu'il n'apprend z rien, tourne en rond, est traité ~ comme un môme. Quand il ...i sortira, il fera un hold-up, ..; c'est tout ce qu'il sait faire ». ' en foyer. C'est dans l'un Témoignage éloquent d'une d'eux qu'à treize ans il blesse femme de détenu ... Au cours un autre enfant d'un coup de de l'année 1981, 5 % seuleciseaux. Accident? Accès de ment des détenus ont reçu une rage impuissante? Méchan- formation, avec 1/3 de ceté pure, a dû penser le juge, réussite. puisque Robin en a pris pour quatre mois fermes, alors qu'en principe à treize ans un séjour en prison ne doit pas excéder dix jours. Pour dix jours ou plus, c'est entre quatre et six mille jeunes qui ont été incarcérés en 1980. Effet catastrophique garanti: 10 Robin, presque majeur, est aujourd'hui à Fresnes, et pour un moment. « La fonction essentielle de la sanction pénale est d'assurer Têtes de liste Nos prisons sont bien gardées

douze mille gardiens,

soit environ un pour trois prisonniers (1). Formés hâtivement en quelques semaines, les surveillants sont censés préparer la réinsertion. Leurs méthodes sont efficaces : la récidive dépasse les 60 %. «Ils ne pardonneront jamais ». Tel est le commentaire laconique d'un éducateur. Rue Saint-Honoré, un bureau à l'ambiance feutrée où l'on parle à mi-voix de la « tactique » à employer avec les grévistes de la faim trop dérangeants. Sous l'appellation de service de « réinsertion sociale» se cache, en fait, le siège d'un personnage toutpuissant: le juge d'application des peines. C'est lui - ou le garde des Sceaux si la condamnation est supérieure à trois ans - qui va décider si une liberté conditionnelle est possible ou non. Son jugement repose sur des données concrètes d'hébergement et de travail à la sortie, mais aussi sur un critère de « moralité », véritable porte ouverte à l'arbitraire. Arbitraire à sens unique, si l'on en croît les chiffres: à peine 15 % de libérations accordées en 1981. A l'appui de cette parcimonie

le risque de danger pour

l'ordre public. L'intérêt de l'individu passe après, la société/autruche enfouit sa tête dans le sable. Dès la sortie, le problème de la survie se pose. Où va-t-on dormir, que va-t-on manger? Les privilégiés retrouvent leur famille. Celles qui ont eu la patience d'attendre. Car si les mères sont stoïques, les femmes tiennent le coup en moyenne trois à cinq ans. Après elles craquent. Certains filent chez les vieux copains, avides de chaleur humaine et, très vite, tout recommence. Les autres (50 %) se tournent vers le foyer. Les foyers Le foyer, une nouvelle forme d'exclusion? Pour certains c'est un mal nécessaire, pou; d'autres, carrément le ghetto. Généralement créé par des associations privées, le foyer est un circuit fermé avec des règles précises (rentrer à dix heures, participer aux tâches collectives, ne pas amener de femmes, etc ... ). Souvent une prison de transition qui laisse peu de choix : la révolte et la porte, ou la soumission en déléguant son autonomie à une nouvelle institution. « C'est justement là le piège, remarque Julien, éducateur, celUI qui sort de prison a besoin de se retrouver directement dans la vie normale et face à ses responsabilit;s. Manipulés depuis l'enfance par une société qui les a tentés, puis punis.. infantilisés par la prison, sans avoir jamais compris le pourquoi ni le comment de ['engrenage, ils doivent d'abord apprendre à se prendre en charge, sans tomber dans l'assistanat ou la récidive ». S'assumer au quotidien, c'est aussi trouver un travail. C'est-à-dire vivre dans une atmosphère de mensonge permanent. Il faut cacher son passé. L'ex-délinquant est autant objet de haine que d'envie. Ceux qui l'excluent ont peur de se reconnaître en lui. Parmi les candidats au mépris général, les étrangers sont en tête de liste. En janvier 1982 - en raison notamment du grand nombre de détentions provisoires avant jugement - ils formaient 23 % de l'ensemble de la population pénale. «J'ai évité de justesse l'expulsion sitôt ma peine terminée raconte Rachid, mais on m'~ ôté ma carte de travail pour la remplacer par une autorisation provisoire de séjour: aucun employeur ne veut de moi. Résultat: ou je n'ai plus qu'à partir, ou je me fais exploiter au «noir », ou je « replonge ». Un long voyage au bout de la nuit. Anne SIZAIRE (1) Par contre, l'ensemble du person· nel socio-éducatif ne dépasse pa! 1 000 personnes. Des mesures mesurées Les améliorations annoncées ont un peu déçu PAS de réforme spectaculaire. Quelques points importants parmi des améliorations qui semblent pour une part simplement amorcées. C'est l'impression qui se dégage de la série de mesures prises par le garde des Sceaux, sur les conditions de la vie carcérale, le 13 décembre dernier. M. Robert Badinter y est allé doucement, par petites touches parfois adroites mais qui ne changent pas fondamentalement l'ordinaire du détenu. Coincé entre la pression causée par le sentiment d'insécurité créé de toutes pièces dans l'opinion publique et la surpopulation pénale· qu'il n'arrive pas à endiguer, le garde des Sceaux perd ses illusions, temporise et réforme au comptegouttes. Pourtant, Me Badinter fait passer, entre le nouvel uniforme des gardiens, la promotion du sport et le contrôle diététique, trois innovations essentielles. Un contrôle extérieur de la santé est institué. L'inspection médicale pénitentiaire Il est supprimée et son rôle est désormais confié aux Affaires sociales. C'est une brèche non négligeable dans l'univers hors-la-loi de la prison. Les abus en matière de négligence médicale, ou, au contraire, de traitement « à volonté» de barbituriques risquent de diminuer. Sans parler de véritable droit associatif - privilège des hommes libres ... - les détenus participeront plus activement dans les associations socioculturelles" par ailleurs ouvertes sur l'extérieur. C'est leur donner la possibilité d'avoir une vie sociale plus élargie, plus proche de la « normale ». Un élément d'équilibre fragile dans le monde aliénant de la prison. Une modification profonde intervient dans le statut du personnel pénitentiaire

les sanctions, en

cas d'évasion, sont dépénalisées. A ce jour, un gardien risquait jusqu'à trois ans de prison en cas de négligence lors d'une évasion. La suppression de cette clause peut contribuer à changer les règles du jeu entre détenus et surveillants. Les autres mesures, elles, sont bien pâles pour un changement réel : le processus d'autorisation des visites est simplifié, mais leur nombre n'augmente pas (trois fois par semaine pour un prévenu, une fois pour un condamné). La vitre de séparation du parloir sera supprimée, dans la mesure du possible, l'appréciation en étant laissée au directeur de la prison. Enfin, les familles attendront toujours aussi longtemps, mais avec des abris pour se protéger de la pluie ... Aucune amélioration en matière de droit disciplinaire

le seul recours d'un

détenu pour une sanction injustifiée sera de faire parvenir ses « observations » au juge d'application des peines. La formation professionnelle croîtra et se multipliera, paraît-il, mais on ne sait ni quand, ni surtout dans quelle proportion. A.S. DES DES R IX vêtements BESANçoN: 1, rue Gambetta LA ROCHE-SUR·YON : 11, rue Stéphane..Gulllemé BESANCON : 1 , rue Gambetta LA ROCHE-SUR-YON: 11, rueStéphane-Guillemé GRENOBLE ST·MARTIN D'HERES: 7~ avenue Gabrtel-Pérl " - GRENOBLE ECHIROLLES: Grand Place ,,' 12 GRENOBLE ST-MARTIN D'HERES,: 72, av. G.-Péri GRENOBLE ECHIROLLES: Grand Place Les nostalgiques de l'empire perdu refusent le droit à ia spécijicitédes Départements d'outre-mer. LE SYSTÈME DOM La marine française en Guadeloupe. PAR deux fois, au mois de décembre, les feux de l'actualité ont été braqués vers les Départements d'outre-mer. A l'Assemblée nationale et au Sénat, en effet, on parlait de commémoration de l'abolition de-l'esclavage et d'adaptation de la loi sur la décentralisation. Les DOM ? Ce sont ces « confettis de l'Empire '», ces « oubliés de la décolonisation » dont ' la France se rappelle périodiquement quand ,une de leurs filles est élue Miss France, ou quand, un soir d'élections, on attend avec fièvre le résultat d'une des îles ilointaines pour savoir de quel côté penchera la balance à l'Assemblée nationale. Occulter J'histoire Deux projets de lois les concernaient. Tous les deux visaient à la reconnaissance de la spécificité des DOM, de leur histoire. Ils avaient la prétention de faire la part tràp belle à la d~gni~é de .t'homme antillais, reunlOnnaiS et guyanais . Suprême affront pour cette droite colonialiste et paternaliste. Elle s'en remettra d'ailla Guadeloupe pour le 27 mai, manière, et à la date choisie par à la Martinique pour le 22 mai, lui, l'abolition de l'esclavage. en Guyane pour le 10 juin. Le projet de loi ponant adaptaLe problème posé au législateur tion de la loi du 2 mars 1982 était celui de la date à retenir relative aux droits et libertés pour la commémoration: Les des communes, des départe « nationaux» souhaitaient une ments et des régions à la Guadate unique et faisaient réfé- deloupe, à la Guyane, à la Marrence au décret du 4 février tinique et à la Réunion, connaî- 1794 (16 pluviose an II), pris tra les mêmes vicissitudes au par la Convention nationale et nom de la sacro-sainte unité de déclarant que « l'esclavage des la République. Le projet prénègres dans toutes les colonies senté par le gouvernement est aboli ». Texte qui ne devait visait pourtant simplement, d'ailleurs pas survivre au coup sans toucher au département et d'Etat du 18 Brumaire. à la région, à doter les DOM La gauche dans son ensemble d'.une assemblée et d'un exécufaisait référence au décret du tif uniques. Les « nationaux» 27 avril 1848, pris sous l'impul- y ont vu quelque intention sion de Victor Schoelcher, et à machiavélique de dépècement leurs, pour l'un des proJ'ets, au son application .effective dans d' un h exagone en proie lui C~nseil constitutionnel, qui, les colonies, Les luttes des aussi à des crises d'identité gr,ace à des arguties juridiques, 1 t . . 1 esclaves ont même devancé, à ong emps Incompnses, QUIu id onnen eser a SrOaUisVoIne,n t de l'hom- la Martinique et en Guade- T out sera alors bon pour empêmage rendu par François Mit- loupe, les stipulations du cher les peuples des DOM de terrand à Victor Schoelcher, au décret. Chosir le 4 février 1794, gérer leurs, propres affaires, de , Panthéon, le jour de sa prise de c'était nier l'importance de ces promOUVOIr leur propre dévefonctions? Un symbole, Un luttes, Durant les débats Henri loppement, sans avoir àen geste compris et ressenti dans Emmanuelli faisait re~arquer , réfé~er. à ch~que, .instan~ à les quatre vieilles colonies que certains essayaient de Pans: proces d mtentlOn, comme un acte politique, Un «priver de leur propre histoire coup~ ,bas, ex~eption d'irrecegeste qui en appelait un autre: ces populations qui ont com- vabIhte, questIOns préalables, la commémoration officielle de ' battu, qui ont souffert et qui le et enfin, saisine du Conseil l'abolition de l'esclavage. Ce moment venu, ont donn/ le constitutionnel. Cette institufut chose faite le 17 décembre coup de boutoir final et on par- tion remettr,a la pendule à dernier quand l'Assemblée ticipé à leur propre I;heure a~cIenne: ~elle de nationale adopta le projet de libération ». 1 obscurantIsme, de 1 accultuloi, et cela après le combat La raison a fini par l'emporter ration et du paternalisme. d'arrière-garde d'une droite et chaque peuple fêtera à sa Michel ROBERT jacobine prête à occulter l'his- ï""7"----------------------.toire des peuples des DOM • Du classique.? pour maintenir ses privilèges. ! \ l, .·1 :1 :t ~\J~~'I·1 A la Réunion, par exemple, _l-.:J ..... ... -_ .. J nié, censuré ' par tous les 1: .~ H \ J r ).J ~ moyens dont disposait __ -!J J.I' _ • De l'insolite? • Une expédition? • Voyage à la carte? • En, liberté? A partir de 2,600 F Venez nouSVO'J OU demandez notre bJOcbuJe l' «ancien régime », jamais évo'qué à la radio et à la télévision, ni dans la plupart des journaux de droite - sinon pour ridiculiser les manifestations populaires -, le 20 décembre a surgi du fond des champs de cannes et des bidonvilles pour s'imposer à ceux-là mêmes qui tenaient à 54, rue Rlcher75009 PARIS, l'effacer. Il en a été de même à • _________ T_'_'_, :_7_7_0_,66_,_76_,_' ___ -:-___ ..J 13 ALLIANCE FRANCAISE Ecole Internationale de Langue et de Civilisation Françaises 101 Boulevard Raspail " Paris 6è Tél.: 544,38,28 r Enseignement du français aux étrangers 1 • Ecole ouverte aux personnes de toutes nationalités e~ tout âge à partir de 15 ans. .Fonctionne toute l'année " Pâques et été compris ", Isauf congés Noël) du lundi au vendredi" de 8 h 30 à 21 h 30) " sept horaires au choIx _trois sessions d'examens par an . CAISSE NATIONALE DE PREVOYANCE ,Avant de proposer des assurances, un assureur doit en donner. 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C'est aussi un miroir, une relecture constante de l'Histoire. C'est le flot des baisers, des confidences, des déchirements d'un homme qui a toujours brûlé du violent amour de la vie. Dans Le fou d'Elsa, il est parti à la rencontre de l'Espagne musulmane de la fin du quinzième siècle. C'est là que commence l'Orient, avec ses rites et ses légendes, à l'époque de la chute de Grenade et de Boabdil, le dernier roi Maure d'Espagne. Aragon prête sa voix, son regard à un chanteur des rues, un troubadour descendant de Bagdad ou d'Alexandrie. Un possédé, un visionnaire qui rend compte de la décadence de la civilisation arabe, restituée à son histoire contre les falsifications des vainqueurs catholiques. Le fou d'Elsa, c'est d'abord Le fou de Leïla, héros d'un roman attribué à ben El Molaoû-oûah, écrivain du premier siècle de l'Hegire. Keïs s'était épris de Leïla qui avait répondu à sa flamme, mais le père de la belle le refusa pour gendre. Fou de douleur il mena une vie errante et composa des vers sur sa passion. La tradition à laquelle se rattache les incantations amoureuses du fou d'Elsa, est celle de l'amour courtois, très présente chez les Arabes d'Espagne et les musulmans d'Orient, quand les poètes mouraient de leur amour, bien avant l'avènement du Prophète. L'Orient devient lisible à tra- bres que Tristan et Iseult, vers l'idée de l'amour, «ce Roméo et Juliette en Occimiracle renouvelé du trouble dent. Par l'exaltation de tous initial, cet éternel retour des les poètes restés fidèles à choses »1 . L'amour est l'uni- l'amour de l'amour, dans leur que et ultime révélation du vie ou dans leur écriture, Aradestin de l'homme. En gon prolonge le souffle de Orient, Antar et AbIa, Medj- l'Orient en Occident: noûn et Leïla sont aussi célè- « Où debout se tient Dante 1S Il Y a Sénèque l'Espagnol et le Florentin Pétrarque Il yale prince de Cordoue Al-Mou 'Tamid Il y a Ibn"Hazan qu'on appelle Abenhazam et la foule des soufis » Aragon nous force à repenser l'héritage culturel, à procéder aux échanges de parfums entre poésies païennes et poésies mystiques orientales, jouant l 'homme contre les dieux. La connaissance de «l'âme islamique» est acquise poètiquement, dans un effort vital d'ascension à l 'humain par le biais du malheur de Grenade et de la guerre d'Algérie. Le fou d'Elsa a été écrit sur le rythme des « vers à danser, des vers à chanter » de la poésie arabe. Aragon est resté fidèle à l'atmosphère d'allégresse lyrique de Grenade où le luth répondait à la cithare, avant l'état de siège, la peste et les trahisons. Sa poésie a fonction d'espérance et constitue une réserve infinie d'éternité contre le temps. C'est précisément là qu'elle est orientale: « Le temps ce miroir à trois faces A vec ses volets rabattus Futur et passé qui s'effacent J'y vois le présent qui me tue» Le Maître est parti, dans l'une de ses caravanes, pour l'Orient éternel. Merci Aragon pour cette lucidité, merci pour la beauté de votre chant et la constance de votre idéal. Daniel CHAPUT 1. L'idée de l'amour dans « Le fou d'Elsa» et l'oeuvre d'Aragon. Charles Haroche. Ed. Gallimard. lThéâtre/ Roman, 1974 Expliquez-moi DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 L'intolérance ne peut pas se mesurer aussi facilement . 'qu'on le dit parfois. LA notion de seuil de tolérance aux étrangers a pris aujourd'hui le caractère d'une évidence sociale 'et l'on ne compte plus les discours politiques, administratifs, journalistiques... qui, explicitement ou implicitement, s'en prévalent. Sa signification est - au moins en apparence - claire. L'idée centrale est qu'à partir d'une certaine proportion d'étrangers au sein d'une population nationale donnée, des tensions OU des conflits apparaissent et que naissent des problèmes sociaux :problèmes scolaires, problèmes de cohabitation culturelle, problèmes d'adaptation des immigrés etc ... (1) Le sens sous-jacent est qu'à dose homéopathique l'étranger est noyé dans la population française, qu'il est amené às' .« adapter », c'est"à-dire à se conformer aux usages majoritaires et qu'en tout cas, il disparaît comme étranger culturel. Au contraire à dose plus importante, il formerait objectivement un groupe dont les comportements sont ressentis par les Français comme une gêne, voire comme une' agression. La métaphore organiciste est prise au pied de la lettre: le corps social, assimilé à un organisme vivant, forme une unité qui ne peut admettre sans réactions de rejet trop d'implants issus d'autres corps sociaux. L'immigration est comme une greffe d'organe. Elle suscite des réactions immunologiques. De cette comparaison abusive, le seuil de tolérance tire un début d'apparence scientifique. La notion de seuil de tolérance n'apparaît que dans les années 70. Mais déjà aupar~vant, des enquêtes d'opinion laissaient transparaître dans la formulation même des questions l'idée que trop d'étrangers posait problème, et l'on demandait aux interrogés de dire quelle proportion d'étrangers il convenait de ne pas dépa~- ser dans une ville, un quartier, une école (2). De telles études ont été fort critiquées du fait qu'elles imposaient la notion de seuil à des personnes qui pouvaient ne pas réfléchir en de tels termes . Par la suite, une enquête similaire demandait aux gens si, à leur avis, il existait un seuil (3). Elle suggèrait donc fortement mais n'imposait pas l'idée du seuil. Quoiqu'il en soit, et malgré toutes les réserves que l'on peut émettre sur ces enquêtes (4),il faut remarquer que les auteurs - malgré tous lèurs efforts, eston tenté de dire - n'ont pas trouvé de seuil de tolérance aux étrangers: « S'il existe un seuil de tolérance, il n'a, à la limite, rien à voir avec l'importance de la population étrangère. Il n'existe pas de relation statistique rigoureuse entre attitudes et pourcentage d'étrangers» (5) écrivent-ils. Comme on le sait, ce résultat n'a en rien gêné la carrière de la notion ! . Basé sur des opinions Il faut souligner cependant qu'en France, les seules études concernant la proportion d'étrangers et les réactions des nationaux se basent sur des opinions et non sur des faits objectifs, des comportements réels, en situation relationnelle, comme c'était ·au contraire le cas des recherches américaines. L'aspect le plus curieux, peutêtre, du succès rencontré par cette notion, en particulier chez ceux qui pensent bien connaître les situations concrètes, est qu'elle semble s'appuyer sur une évidence, chaque jour vérifiée. Même ceux qui s'inquiètent de l'utilisation raciste du seuil restent souvent convaincus de l'importance déterminante de la proportion des étrangers dans les problèmes qu'ils constatent. L'évidence est ailleurs et se résume en fait à une tautologie 16 que l'on peut résumer amsl: « C'est là où se trouvent ensemble des immigrés, des Français et des étrangers que des heurts apparaissent entre eux ». C'est au contraire la vulgarisation de l'idée de seuil de tolérance aux étrangers qui rend particulièrement sensible à la question quantitative. C'est lui qui, agissant comme une idée préconçue, filtre et oriente l'interprétation de l'expérience quotidienne . La corrélation statistique n'existe donc pas. La notion de seuil de tolérance n'a reçu aucune validation empirique. Ce qui n'empêche pas sa manipulation. L'immigration est, par ce biais, présentée comme un phénomène anormal, voire comme une invasion (barbare ?), ce qui permet d'oublier que ce sont les entreprises et le gouvernement français qui ont décidé de recruter de la main-d'oeuvre étrangère, et qu'elle ne serait pas venue sans cet appel. Avec la notion de seuil de tolé rance, on institue l'immigri comme un être essentiellemelll différent. Il est l'Autre par rap· port auquel il convient de réagir , surtout s'il est en nombre. Rier. de ce qui fait la ressemblanc~ (situation de classe, situation d~ logement , problèmes quoti· diens ... ) de tels Français avec tel~ étrangers n'est envisagé. Au con· traire, aucune similarité et,! afortiori, aucune soHdarité n"apparaissent comme possibles. Le quantitatif, en outre, a ceci de particulier qu'il fait scientifique. Un chiffre semble plus simple à comprendre et plus fiable qu'une explication argumentée ou une théorie dialectique. C'est oublier que les chiffres n'ont de sens que par rapport à la manière dont ils ont été obtenus. La caution scientifique dont les chantres du seuil cherchent à se prévaloir est une mystification fondée sur le pari que personne n'ira vérifier les conditions dans lesquelles il a été énoncé. En formulant les problèmes relationnels entre communautés étrangères en termes purement quantitatifs, on occulte tout ce qui forme leur contexte, leurs conditions sociales, pour leur trouver une cause unique. Ici le quantitatif et le qualitiltif ne s'opposent pas seulement, ils s'excluent l'un l'autre. Le nombre: un paravent .· . Or, ce n'est que dans la compréhension de l'articulation entre divers éléments contextuels, dont le quantitatif n'est que l'un parmi les autres, que pourront émerger des analyses capables d'expliquer où, quand et comment surgissent les conflits, et lesquels. A titre d'exemple, on remarquera qu'il importe de savoir au sein de quelle population initiale ont été implantés les immigrés, et à quel rythme ils sont arrivés. Il faut absolument s'interroger sur les conflits ou tensions qui préexistaient à l'arrivée d'étrangers. Il faut également se demander comment les populations se perçoivent elles-mêmes et comment elles perçoivent les autres ... On s'apercevra peut-être alors qu'il n'est pas indifférent que les immigrés soient arrivés en grand nombre d'un seul coup ou au contraire que leur implantation ait été très progressive. De même, on verra sans doute que, parfois, les immigrés servent de boucs émissaires à propos de problèmes qui existaient avant même qu'ils soient là. On verra enfin des Français craindre que la présence étrangère dévalue l'image de leur quartier, ou redouter qu 'on ne les assimile aux immigrés dont ils savent bien qu'ils sont rejetés et surexploités ... En assimilant la population nationale à une structure biologique, on naturalise les phénomènes sociaux, démarche qui n'est jamais innocente. Au-delà de la La notion de seuil de tolérance sert à justifier ... l'intolérance. métaphore ( le corps social »), combattre, mais il faut aussifaire ce qu'on veut laisser entendre, avec, telle est la philosophie du c'est que la population forme une seuil de tolérance qui présente entité unitaire. On escamote ainsi l'avantage de l'autoriser et de les rapports sociaux réels, les l'interdire simultanément. Il antagonismes, les conflits d'inté- l'autorise parce qu'il affirme que rêts, au profit d'une image d'Epi- des étrangers, point trop n'en nal toute de solidarité et de com- faut. Il l'interdit parce qu'il fait munauté que trop de pluralité ris- en même temps admettre que querait d'affaiblir ou de détruire pour l'économie (la santé) natio( 6). On masque ainsi, par exem- nale, il en faut tout de même. pie, les causes et les responsables Avec le seuil - qu'il plàce, après réels de la crise urbaine, les con- tout, où il veut! - le dominant ditions objectives de la concur- garde la maîtrise des territoires rence entre travailleurs français qu'il va concéder ou assigner à et travailleurs immigrés sur les l'immigré. Or le territoire par marchés immobiliers, on justifie excellence de l'immigré, c'est l'existence d'un habitat insalu- celui de la production, et au sein bre, etc... de celle-ci, les emplois les moins L'image de l'unité du corps social qualifiés, les plus pénibles, les a aussi pour conséquence de plus dangereux. Il y a une contranaturaliser le racisme dans un diction structurale de l'opinion fatalisme substantialiste: «Le française majoritaire. Elle réside racisme est immémorial parce ' dans le fait qu'« on tolère qu'il est dans la nature de l'immigré ou le membre d'une l'homme, et aucune société ne minorité en tant qu'il a un statut saurait, sans réagir, supporter économique inférieur quand il trop de greffes étrangères ». Le s'agit de l'entreprise et de la proracisme, il faut sans doute le duction. Par contre, comme voi- 17 sin de palier, comme voisin sur le banc de l'école, on ne le tolère qüe dans la mesure où on se trouve dans les conditions inverses, c'est-à-dire quand il y a la plus grande homogénéité de statut, de culture, de références ... » (7). La manipulation du seuii permet de résoudre au jour le jour cette contradiction, en fonction des conjonctures (8). Véronique DE RUDDER (1) «Dans une classe primaire, la présence de plus de 20 % d'enfants étrangers ralentit la progression de l'ensemble des élèves. Dans un service hospilatier, des problèmes de coexistence se posent lorsque des étrangers représentent plus de 30 % du nombre des malades. Dans un immeuble, il est peu sage de répartir plus de 10 à 15 % de familles d'origine étrangère lorsque celles-ci ne sont pas accoutumées à la vie d'un habitat moderne ». Communication de M. Massenet à l'Académie des Sciences morales et politiques, in: Vivre en France, nO 8, 1970. (2) A. Girard et M.L. Lamy: « L'attitude des Français à l'égard de l'immigration étrangère» in Population nO 5, 1971. (3) A. Girard, Y. Charbit, M.L. Lamy: «L'attitude des Français à l'égard de l'immigration étrangère» in Population nO 6, 1974. (4) cf. M. Tripier: «L'attitude des Français à l'égard de l'immigration étrangère: Note critique» in L 'Année sociologique 1975. (5) Y. Charbit, M.L. Lamy: « Attitudes à l'égard des étrangers et seuils de tolérance. Les enquêtes de l'I.N.E.D. » in Sociologie du SudEst nO 5-6, juillet 1975. N° spécial sur le seuil de tolérance aux étrangers. (6) T. Allal, J.P. Buffard, M. Marie, T. Regazzola, La fonction-miroir. On croit parler des immigrés alors qu'en fait ... s.d. (7) M. Oriol : intervention dans le débat sur le « seuil » de tolérance aux étrangers », au colloque du CIRDOM, in: Sociologie du Sud-Est, op.cit., p. 154. (8) A partir d'un article paru dans Pluriel-Débat, 0.0 21. 1~80. Paris. Pourquoi aller chercher,âes enfants d'ailleurs? La pénurie de bébés ~roses Y oblige souvent. Mais à long terme, c'est une richesse. 18 SAUVÉS des eaux. Ils sont 1 500 enfants venus de l'étranger à avoir été adoptés en France en 1980. Enfants dénués d'ancêtres, ils en ont pourtant un à partager. Moïse, l'enfant juif recueilli par la fille du Pharaon. Rare destin, Moïse sauva son peuple. Aujourd'hui, les pays pharaons manquent d'enfants, aussi a-t-on appelé les peuples déshérités à la rescousse. Chaque jour, des petits Moïse échouent aux aéroports de Paris, Londres, New-York, Stockholm. Il y a en France 30 000 couples postulant à l'adoption. En face d'eux, 19000 pupilles de l'Etat. Mais pour six mille demandes satisfaites, il y a 500 000 enfants accueillis par les services de l'Aide sociale. Pourquoi ce formidable écart entre l'offre et la demande? La dénatalité brute, la légalisation de l'avortement et de la contraception, la politique de soutien des mères isolée~ expliquent le manque de bébés adoptables. On abandonne de moins en moins. Les Directions dépatementales de l'action sanitaire et sociale (D.D.A.S.S.) toutes puissantes en matière d'adoption préfèrent ne pas séparer les frères et soeurs, préconisent le parrainage pour les enfallts déjà grands et ne proposent pas le placement en vue d'adoption d'enfants contre-indiqués. Ainsi, on arrive aux 500 000. Alors, plutôt que d'attendre sans espoir des bébés roses, on se retourne vers la solution des enfants venus d'ailleurs. Madame Wiener, mère de deux enfants colombiens, voulait au départ adopter un enfant français: En 1976, mon mari et moi avons déposé notre demande à la D.D.A.S.S. du Loiret. Celle-ci nous adressait en 1977 l'attestation nous autorisant à adopter. En 1978, l'avis favorable du Conseil de famille (1) est arrivé, nous annonçant que l'attente serait indéterminée. Heureusement, nous nous étions entre temps tournés vers la Famille adoptive française, une oeuvre d'adoption en rapport avec la Colombie. Entre 1975 et 1980, les adoptions d'enfants venus de l'étranger ont augmenté de 40 070, toutes origines confondues. En 1980, un enfant adopté sur cinq en France vient de l'étranger. La Longue Marche Les D.D.A.S.S. ne trahissent pas, tant s'en faut, la réputation des grosses administrations. Quelques bonnes volontés, beaucoup de paperasses. Leurs services d'aide sociale recueille deux types d'enfants: ceux qui ont fait l'objet d'une déclaration d'abandon dès leur naissance (pupilles de l'Etat) immédiatement adoptables et ceux qui, recueillis temporairement, le deviennent au bout d'un an de silence total des parents. Mais l'inertie conjuguée de la justice et des D.D.A.S.S. fait sommeiller les dossiers de déclaration judiciaire d'abandon nécessaire à l'immatriculation des enfants au registre des pupilles. La procédure peut prendre trois ans ... quand on a bien voulu l'entamer. En effet, de nombreux enfants font l'objet d'une contre-indication à l'adoption terme administratif imprécis recouvrant une réalité, elle, bien précise. Les enfants de couleur et les handicapés sont plus ou moins contre-indiqués suivant la politique des D.D.A.S.S. Mais compte tenu du nombre des candidats, s'il faut attendre cinq ans en moyenne pour adopter un bébé blanc, deux ans suffisent pour un bébé maghrébin, et dix-huit mois pour un bébé noir. Un hit-parade à l'image du racisme. Les faits sont là, brutaux. Environ la moitié des adoptés nés en France sont noirs ou maghrébins, issus de familles immigrées en détresse ou de mères célibataires contraintes d'abandonner leur enfant par ostracisme social. Nombreuses sont les femmes maghrébines à faire le voyage pour accoucher à l'insu de leur famille. Un voyage qui peut sauver leur vie, les tradi tions permettant en principe aux frères de celle qui a fauté, d'exécuter la coupable. Pendant ce temps-là, des familles françaises entament une lorlgue marche. Celle qui les mène vers des contrées peuplées de races approchantes, ou au contraire trop exotiques pour renvoyer aux racismes de l'hexagone : asiatiques ou latino-américains. Après l'Inde et la Corée du sud, la Colombie est le troisième pays exportateur d'enfants au monde (5 000 par an). La Thaïlande, Une nouvelle famille , de nouveaux noms ... 19 gênée par l'image "de dépravation qu'elle projette à l'étranger a mis l'embargo sur ses nourrissons. Aux Philippines, on est plus coulant. A côté de la base américaine de Clark air force se trouve le Quartier des anges et son célèbre marché aux bébés. Un Colombien: trois Coréens En France, le scandale arrive par une émission diffusée dans le cadre des Mercredis de l'information sur TF1 en septembre 1981. On y accuse la famille de l'ex-président colombien de se rendre complice d'un trafic d'enfants. Incident diplomatique. La F.A.N.A., oeuvre d'adoption qui reçoit une majorité de demandes émanant de la France est mise en cause. La presse à sensation prend le train en marche, parle d'achat d'enfants, annonçant froidement les cours en bourse. Un petit Colombien coûterait 30 000 F, soit trois fois plus qu'un petit Coréen ... C'est non sans impatience que Madame Wiener récuse ce genre d'allégation: « Nous avons payé 1 800 dollars pour les frais de procédure, l'entretien de notre bébé et les frais médicaux. Je ne vois pas en quoi nous l'avons acheté. en Colombie, la sécurité sociale n'existe pas, ilfaut bien payer les soins ». Si l'on ajoute à cette somme le prix du voyage (obligatoire) pour deux personnes, les 30000 F ne sont pas loins. Mais quoi de plus subjectif que la notion de coût? A preuve, ce couple qui demanda à la Famille adoptive française de prendre en charge ses frais de voyage jusqu'à Bogota. Et d'expliquer en toute candeur

« Vous comprenez, cette année,

nous avons acheté une nouvelle voiture! » Payer pour un enfant? Cet être innocent et gratuit par excellence? Voilà qui scandalise, d'où le côté ... vendeur de l'émission de TF1. Des avocats véreux corrompant le personnel des hôpitaux pour qu'il déclare un enfant sous le nom de parents français, qui ont grassement payé pour cela. Du grand spectacle! Depuis la réforme du régime de l'adoption en 1976, les couples ayant déjà des enfants biologiques, sont autorisés à en adopter d'autres. Pour ce faire, il faut être marié depuis 5 ans ou avoir 30 ans si l'on est célibataire. Enfin, l'écart d'âge entre adoptant et adopté doit être au minimum de 15 ans. Mais la réalité des critères est différente. La pénurie d'enfants adoptables condamne pratiquement les candidatures des célibataires et des divorcés. Les oeuvres d'adoption ont aussi leurs propres exigences, en général celles des pays dont elles sont correspondantes. Certificats d'honorabilité De fait, si la majorité des oeuvres d'adoption colombiennes fonctionne dans un cadre strictement légal, le principe même de l'adoption massive d'enfants les plus déshérités des nations les plus pauvres par les plus nantis des pays riches a de quoi interpeller les consciences. A l'occasion de l'année interna- La Colombie exige moult certificats tionale de l'enfance organisée en 1981 d'honorabilité dont celui de mariage. La par l'U . N.E .S . C. O., de s associ.a.tIo ns d e Famille adoptive française, oeuvre laïparents adoptifs ont réclamé la mise au que née après guerre du service de placepoint d'une législation internationale ment des orphelins de la S.N.C.F., a ses réprimant les transferts abusifs propres critères de sélection: « Nous d'enfants. On l'attend. Certains garde- avons un a priori favorable pour les fous fonctionnent déjà au niveau natio- demandes qui n'énoncent pas de préfénal et par conventions bilatérales. S'il rence de sexe ou de race. Elles tendent à est possible de s'adresser directement à prouver que l'enfant sera autant accepté une oeuvre étrangère, le ministère de la que désiré ». Mais il ne faut pas se leurSolidarité nationale exige depuis mars rer, le cheminement ne se fait pas tout de dernier, que les futurs adoptants suite entre le sentiment de frustration né d'enfants colombiens aient obligatoire- de la stérilité d'un couple à celui de ment recours à une oeuvre d'adoption l'adoption d'un enfant de couleur, a forfrançaise agrée par l'Etat et correspon- tiori déjà grand. Le bébé est pour soi, dante d'une homologue colombienne. tandis que l'enfant grand (entre 2 et 10 Ainsi sont évités le recours aux avocats ans) a déjà sa propre histoire, une hiset associations douteux. - toire qu'il convient de respecter. Et ce Des bébés pas trop typés respect suppose une façon d'être parent faisant primer la responsabilité sur la filiation. « En ce qui nous concerne, explique Madame Wiener, nous avons eu la chance d'avoir deux bébés pas trop Autre garde-fou: l'obtention du visa typés. L'association colombienne, d'où d'établissement en France d'un enfant viennent Michel et Caroline, demande étranger est subordonnée depuis 1973 à que leur soient communiquées les phola présentation de l'attestation de la tos des futurs parents et ils essaient de D.D.A.S.S. délivrée après une année trouver des enfants à leur ressemblance. d'enquête sur la famille. Tout dossier Je trouve cette attention - très tourefusé par la D.D.A.S.S. est communi- chante ». Racisme ou réalisme? Il va de qué au ministère des relations extérieu- soi que la jeunesse de l'enfant et la resres, afin de décourager les tentatives . semblance, rendent les processus d'idend'entrée illégales sur le territoire. Neuf tification aux parents plus faciles. S'il cent trente six visas d'entrée d'enfants est considéré comme un pis aller par ses étrangers ont été délivrés en '1980. Au parents, l'enfant de couleur a peu de ministère de la Solidadté nationale on chances de s'épanouir. Cet enfant, conestime à au moins 15 070 de plus, le n~m- fronté au racisme ordinaire de la rue et bre d'enfants effectivement rentrés. Pas- de la salle de classe a un besoin vital sent au travers des mailles du filet, les d'être accepté par ses propres parents, enfants des pays en guerre: Libanais, l'amour des uns faisant écran à la haine Salvadoriens ... En attendant des mesu- des autres. res globales, une circulaire datant de «Celafait 34 ans que je travaille dans ce 1980 contraint les consulats de France à service» observe Madame Lotte respons'assurer que l'enfant destiné à être sable des adoptions internationales au adopté est placé par une oeuvre d'adop- service de l'Aide sociale à l'enfance de tion agréée dans le pays d'origine. Une. Paris: « Auparavant, il n'y avait pas de précaution qui soit dit en passant n'évite demande pour les enfants de couleur, pas que tel ou tel gouvernement cau- maintenant nous plaçons même les tionne un trafic d'enfants. enfants noirs ... Je dirais que le brassage 20 Des pays du Tiers-Monde pourvoyeursd'enflints. des cultures occasionné par l'immigration, la démocratisation du tourisme sont responsables de cette évolution au même titre que la baisse réelle du nombre d 'enfants blancs adoptables ». Toujours est-il que la décision d'adopter un enfant étranger doit pouvoir se mûrir. A cet égard, Madame Wiener tient à souligner l'aspect positif de l'attente imposée aux futurs parents adoptifs: « C'est sûr, attendre un enfant dans l'incertitude n'est jamais agréable. Les enquêtes sociales et psychologiques exigées par la D.D.A. S. S. et menées par une assistante sociale sont parfois pénibles. Mais il faut être solide pour accueillir un enfant traumatisé, et à mon avis, ces enquêtes sont parfaitement justifiées ». Certaines personnes sont amenées à rééxaminer leur projet; les couples ne désirant pas l'enfant de façon égale, ceux qui veulent remplacer un enfant mort et qui risqueraient d'imposer au petit adopté l'identité du disparu . « La femme optive française » Des problèmes d'identité, l'enfant étranger adopté a de fortes chances d'en rencontrer. La malnutrition, le choc de l 'abandon, parfois de la guerre, sont autant de traumatismes à surmonter. Bien-sûr, plus l'enfant est grand plus l'adaptation est problématique. Souvent, il régresse : phénomène pénible mais prévisible, l'adoption étant une seconde naissance. « Nous avons un couple d'amis ayant adopté une petite colombienne de 5 ans C;a:m~n. !-e. ~émarrage de cette enfant ~ ete tres difflclle. On retrouvait des tartines .beurrées dans son lit parce qu'elle avait souffert de la faim. Aujourd'hui, e!~e a onze ans et travaille très bien à l,ecole. Sur, s~ demande, ses parents 1 ~mf envoyee a Bogota où elle a partiClP~ aux activités de l'oeuvre d'adoption qUI l'a placée. » Réussir son adaptation en France tout en restant en contact avec ~a cul!u;e d'origine. Cela n'a pas touJOurs ~te le cas. La notion traditionnelle de paix des familles incitait autrefois les parents à dissimuler ses origines à l'enfant. Une paix des familles essentiel- 1~I?e~t justifiée par le désir d'effacer une fIliatIOn p.erçue comme illégitime et non autre. AUJourd 'hui la filiation légitime a perdu de son importance et avec elle la honte de l 'origine inconnue. Adoption pleinière A~ec !es pro~rès de la psychol~gie, on Sait de~~rmals que la révélation tardive des .ongmes occasionne un grave traumatl~ n:e d~ns la vie de l'enfant adopté. La leg}s~atlOn s'est adaptée à cette nouvelle eVldence. Depuis la loi de juillet 197~, ,c~nnaître ses origines constitue un dr~It elementaire. Autre effet de ces évolutIOns, la politique du Secrétariat ~'Etat .à la ~amille tend à encourager 1 adoPt~on Simple qui contrairement à 1'.a?oPtlOn plénière, ne modifie pas l'état CIvil de l'enfant. « M~chel a rencontre un jour ma soeur enceinte et m 'a demandé si lui aussi était enseignant ayant déjà des enfants. Effet de la demande ou de l'offre? Les D.D.A.S.S. ne livrent pas de statistiques mettant en vis à vis les statuts sociaux des demandeurs et ceux des élus. Une chos~ ~t certaine: exigerait-on de telles conditIOns préalables des familles nature~ les que l.a France se dépeuplerait cent fOlS plus vIte! Mme Wiener: . C'est un ami colombien qui m'a ôté tout scrupule. » Certaines oeuvres d'adoption, consciente~ ~e, la responsabilité des pays industnalises dans le sous-développement des r/l pays po.urvoyeurs d'enfants, orientent fflleur. actIOn vers un soutien local aux g: famIlles en mettant sur pied des équipes 53 de. permanents qui ouvrent des dispen~ s~Ires et des pouponnières. L'associag tIon Accueil et vie a adopté cette politii2 que louable encore qu'on puisse s'inter C roger sur ~on efficacité à long terme. sorti d . . Non relayee par des politiques sociales e mon ventre. Je lUI az expliqué globales, elles risquent de n'aboutir " Charles no;: so"!me~ allés le .chercher en l'insatisfaction d'enfants soutenus :~u~ omo le grace a. la F.amille adoptive un temps par ces nouvelles formes d {;ançazse ». I?epUls, MIchel l'appelle: charité internationale. e femme optlve française! On ne pou- Madame Wiener elle ne s v~t r,êver ?I~il~eu;e adaptation langa- t~nt de questions'. C'e~t un :~o;~l pa~ gmleorne dae l,a realite d une double venue au bIen. qui lui a ôté tout scrupule .. « P ooumr- . q~Ol .n~ pas ??nner une famille et une le désir de l'enfant I!1formés de la psychologie de l'adapta- tlO. n, s~s parents, l'un haut fonctionnaire, 1 autre traductrice, sont à même d'assurer à Michel un nouveau départ dans la vie. Ils feront en sorte que leurs eI?-fants n'oublient pas la Colombie. SI les enq~êtes, sociale et psychologique peuvent aider au mûrissement du désir d'enfant, il n'en reste pas moins qu'elles mettent en oeuvre une politique discutab. le. Les candidats doivent produire leurs fI~~es. de paie, indiquer s'ils sont propnetaIres ou locataires de leur apparte- m~ nt ; des mesures ressemblant à s'y , meprendre à une sélection par l'argent. Autre faç?n de faire le tri: l'équilibre , psYC?Ologique et un certificat de bonne sante de tous les membres de la famille amenés à être en contact avec le futur adopté. Selon l'Institut national d'études démographiques, une famille de cadres supérieurs a 19 fois plus de chances d:~dopter ~n enfant que des couples d; mIlieux moms élevés. Une étude réall- ' see par les Foyers adoptifs internation~ ux offr~ le profil type des adoptants d enfants etrangers : ingénieur, cadre ou 21 secunte matenelle a un enfant autre~ ent c0!1damné à la misère? » lui a-t-il dit un JOur , d'introspection. Pourquoi pas? La condition des enfants de B~gota n:est guère enviable. On en a meme fait un film . Que valent les ~umeus~s perspectives d'un nouvel ordre ec~nomlq~e mondial devant la détresse pr~~en.te d un enfant ? Expression de la preemmence du culturel sur le biolo ._ q d l, 'd . gi ~~, e e ucatlOn sur l'instinct, du deslr sU,r la norme, l'adoption des enfants etrangers est appelée à se développer. La P?l~tique familiale française va de son cote, contribuer au tarisse~ e~t de la source des bébés roses en s or~entant résolument vers l'aide aux famIlles en détresse. Autant donc faire preuve .de réalisme. Une seule réserve _ ~out~fOlS. Que cesse l'exploitation conJugue~ de la misère de riches adultes en mal d enfant et de la richesse en enfants des pays ou subsiste la misère. Renée DAVID 1. Cons~i1 interne à l'Aide sociale à l'enfance compo~e de sept membres: deux conseillers éné: raux, cmq personnes nommées par le préfet. g fi Régionale Deux communes que l'événement a liées, mais que le quotidien sépare AINT-MAUR, une presqu'île cein- S turée par la Marn~. Les bords de la Marne, au pnntemps, vous connaissez: les guinguettes, Gégène, les frites, l'accordéon ... Depuis 1981, on associe Saint-Maur à Vitry. Il y avait Barbès et Rochechouart, Réaumur et Sébastopol, Laurel et Hardy ... il y a maintenant Saint-Maur et Vitry. Vous vous souvenez de cette histoire, lorsque les pauvres Maliens sont arrivés de leur sordide foyer ADEF de SaintMaur pour être logés dans le splendide foyer ADEF de Vitry et que les communistes, maire en tête, les ont reçu à coups de bulldozer? Depuis, Vitry-la-Rouge est devenue Vitry-la-Raciste et SaintMaur s'est auréolée d'une réputation de tolérance, d'amour de son prochain, surtout s'il est de couleur ou de religion différentes ... Les réputations - bonnes ou mauvaises - ne sont que des réputations. C'est inoui ce que vous trouvez quand vous grattez un tant soit peu, quang vous regardez par le trou de la serrure .. . Avec les militants du MRAP de SaintMaur, un samedi de décembre, nous avons sillonné la ville. Tout en marchant, Fabrice explique comment il est venu au MRAP : «Autrefois, des choix intellectuels m'avaient tout naturellement amené à rejeter le racisme. Puis, une nuit, alors que j'étais de garde dans le service des urgences d'un grand hôpital parisien, j'ai vu arriver dans un car de polièe un Arabe gravement blessé. Il venait de subir une ratonnade. Je lui ai donné les premiers soins: cet homme souffrait beaucoup. Je voyais pour la première fois le racisme dans toute sa réalité, à la fois violente et anonyme, à un niveau inimaginable jusqu'alors pour moi. Mon aversion pour le racisme a dépassé alors ma démarche intellectuelle, s'est intégrée plus profondément en moi. Après, il y a eu Copernic. Alors j'ai voulu bouger, faire quelque chose. Je me suis adressé au MRAP. Je me suis abonné à Droit et Liberté. J'ai écrit une lettre pour demander à rencontrer des militants. » ITRY Aujourd'hui, Fabrice est secrétaire du Comité local. Le racisme, ici, on le trouve pratiquement à chaque coin de rue, mais il est caché, camouflé, clandestin. On sait les choses, mais pour trouver les preuves ... Cet été, deux cafés tenus par des Algériens ont été endommagés par l'explosion de deux bombes jetées par les soupiraux. Le gérant arabe d'un autre café a été victime d'une agression. On a dit: C'est la réponse individuelle après Copernic ou la rue des Rosiers. Les victimes elles-mêmes ne tiennent pas à parler, à cause des représailles. Un commerçant juif a vu sa boutique cambriolée, saccagée, couverte d'inscriptions antisémites. On a dit: c'est un coup des loubards et les inscriptions servent à maquiller le vol en affaire politique. L'office départemental des HLM, dont le siège est à Saint-Maur, a refusé un logement à un Français parce qu'il était antillais. On a refusé des logements à des familles portugaises, algériennes, mais là, on n'a jamais dit que c'est parce qu'elles sont algériennes ou portugaises. Ornstein ou Dupont Tout en parlant, nous étions arrivés dans l'un des cafés arabes platiqués. Le soupirail par lequel les criminels avaient jeté la bombe avait été rebouché. A l'intérieur 'quelques consommateurs buvaient le café ou jouaient au Jack Pot. «Je n'ai rien à dire, nous confia le patron. Je n'ai pas envie qu'ils reviennent! » ... Ils, on ne les a jamais retrouvés ... comme d'habitude. On ne les a d'ailleurs jamais vraiment cherchés ... La boutique d'« AS DiscountConfection » n'est pas exactement une boutique. C'est une sorte de hangar parsemé de porte-cintres couverts de vestes, de manteaux, de pantalons, de robes de toutes sorte et de toutes tailles ... avec des cabines d'essayages placées tout autour du hall. « Ils sont passés par une fenêtre qui donne chez le voisin - dit le 22 St Maur propriétaire du magasin - Ils ont volé les plus belles pièces et ont aspergé tout le reste avec des bombes de peinture. Sur les murs, il y avait des inscriptions: Sale youpin, retourne en Israël. Il a fallu refaire toutes les tapisseries. Je ' liquide des vêtements tachés à 10 F, 5 F ... des pièces qui m'ont coûté entre 120 et 150 F ... Pai pour 40 briques de dégâts, Monsieur. .. et l'assurance ne m'a remboursé que quelques milliers de francs. Je ne suis pratiquement pas couvert: je n'avais pas assez de protection, d'alarme au magasin, une fenêtre donnait chez le voisin ... » Bien qu'on ait complètement barbouillé les vêtements ( Il y avait des pantalons, Monsieur, collés ensemble par la peinture ») il n'y a pas acte de vandalisme. Pour qu'il y ait « vandalisme» et que l'assurance joue il aurait fallu qu'il y ait un début d'incendie. La peinture, ça ne suffit pas . .. « Vous auriez dû mettre une allumette, m'a dit un policier. Le pire, c'est qu'on m'a viré de l'assurance. Pour être de Une ville calme qui s'étale au bord de la Marne? nouveau assuré, il faut que je renforce les murs, les portes, que j'installe des alarmes sophistiquées... Il Y en a pour 7 millions. Excédé, j'ai dit à l'assureur: Ah ! si je m'étais appelé Dupont ... mais voilà, je m'appelle Ornstein .. . » Les Renseignements Généraux sont venus le voir pour lui demander de retirer sa plainte! . Rue du Pont de Créteil, nous avons rencontré la famille ... «Ne donnez pas notre nom, Monsieur, nous avons assez de difficultés comme ça ... ». Un couloir sombre, une porte qui s'ouvre sur une entrée large comme la porte elle-même. Un boyau-cuisine encombré par du linge qui sèche, et une pièce de 16 m2 • Ils sont 6 à vivre ici. Le père, la mère et quatre enfants dont les âges s'échelonnent entre 2 mois et 16 ans. Le père travaille à la Ville depuis deux ans. Depuis deux ans , il réclame à la Ville un logement HLM. Il y a quelque temps, M. Beaumont, maire de SaintMaur a enfin reçu des employés communaux, adhérents du MRAP, à ce sujet. - Il y a une personne qui s'occupe spécialement de ces questions - a dit le maire ... - Elle est souffrante ... elle ne peut pas recevoir les personnes intéressées. - Ah ! De toute façon, je n'ai rien à leur donner. - Il y a trois logements libres dans mon HLM, a fait remarquer un membre de la délégation. - lis sont déjà attribués ... » Bref, rien à faire pour reloger cette famille dont le chef est employé communal à Saint-Maur. Au fait, vous ai-je dit qu'il s'agit d'une famille algérienne? D'ailleurs, ce souci de pousser les immigrés vers la sortie est une constante à Saint-Maur. En 1975, la société SOFI (Société pour les foyers ouvriers internationaux) avait acheté, pour un prix de 1 208 180 F un terrain de 3 487 m2 au 79 de l'avenue Jean-Jaurès, à Saint-Maur, pour construire un second foyer permettant une « opération passoire» avec le foyer ADEF de la rue du Pont de Créteil (celui même dont nous parlions au début Six personnes, une pièce, 800 F de loyer de cette enquête). Cette méthode aurait permis de maintenir les travailleurs immigrés dans la ville. Une solution était en cours. La SOFI, en accord avec le préfet du Val-de-Marne, à l'époque M. Perier, effectuait une promesse de vente en date.du 14 avril 1977 à l'office public d'HLM du Val-de-Marne « dans le but de construire expressément un foyer pour immigrés ». L'acte définitif devait être signé le 14 août 1977. Blocages C'était compter sans M. Beaumont. Elu maire en 1977, l'un des premiers actes de cet ami intime de M. Giscard d'Estaing consiste à tout faire pour chasser les immigrés de la ville. Il fait voter par le Conseil municipal une délibération de préemption qui bloque l'opération de construction du foyer de l'avenue JeanJaurès. Depuis, la municipalité de SaintMaur a construit sur cet emplacement une piscine, équipement dont on peut penser raisonnablement qu'elle pouvait i z Bl §§§§§§~§§§§§§§§§§ DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 aisément le réaliser sur un autre terrain communal. En ce qui concerne le foyer de l'avenue du Pont-de-Créteil, non seulement la municipalité n'a pas permis d'y effectuer les réparatjoQs néc.ess.aires, mais elle l'a fait purement et simplement détruire. C'est aujourd'hui un terrain vague. Le foyer SONACOTRA, lui, n'a pas été détruit. Les locataires n'ont pas (encore) été condui~s dans un autre foyer, une autre commune. C'est là que nous avons rencontré Saïd, OS chez Viel, actuellement en grève parce que le patron paye ses employés (essentiellement des immigrés), au dessous du SMIC et mentionne les heures de délégation sur les fiches de paye: «... 40 heures de travail - 10 heures d'absence de délégation ... » « On a débrayé, explique Saïd. Et en tant que délégué, j'étais en train d'expliquer à un collègue pourquoi il fallait débrayer. J'ai été quasiment agressé par un ouvrier, un Français, qui m'a dit: Fils de pute ... laisse les gars travailler. Si tu veux foutre la merde, va la foutre dans ton pays. Faut dire que le gars habite chez le patron et qu 'à l'usine, il fait un peu fonction de surveillant» (1). Le pain des Français Agression verbale, ici ; mais il y a pire. A Ivry, M. Della Posta, patron de la boulangerie industrielle Hédé, a tiré à la chevrotine sur un délégué marocain. Dans cette entreprise, qui compte 80 0,10 d'immigrés, il. y avaît un syndicat FO, « le syndicat des blancs» comme on disait ici. Alors, les travailleurs immigrés ont créé un syndicat CGT. Un syndicat que n'aime guère le patron. Il s'est d'ailleurs vanté que ses cinq fusils de chasse dernier modèle « n'aiment pas la CGT, eux non plus, et encore moins les bicots et les nègres CGT ». Le 3 septembre dernier, donc, vers 2 heures du matin, Della Posta a tiré sur Kamel Simerabet pour « qu'il arrête de l'emmerder », c'est-à-dire qu'il cesse de revendiquer la semaine de 39 heures (alors que dans cette usine d'Ivry, on travaillait encore 42 heures par semaine pour 3 800 F par mois, horaire de nuit compris), de défendre le droit à la dignité. Della Posta s'est retrouvé en prison. A sa sortie, il a préféré liquider l'entreprise d'Ivry, plutôt que de discuter avec ces ouvriers immigrés. Il est vrai que le patron flingueur n'est pas sur la paille puisque, outre la boulangerie industrielle d'Ivry, il possède plusieurs boulangeries-patis serieS' de luxe et fait actuellement construire une . nouvelle usine de pain industriel à SaintDenis. Bref, les ouvriers d'Hédé ont décidé de se passer de patron. Au début du mois de décembre, ils ont élu les plus compétents d'entre eux pour être les chefs des différentes équipes constituées pour relancer la production. Ils ont ensuite créé une association pour répondre aux conditions juridiques, ils ont démarché les restaurants d'entreprise, les collectivités locales. Et, avec l'aide de la municipalité d'Ivry et des " syndicats, l'usine a redémarré, sans le patron. Les ouvriers travaillent 35 heures par semaine, sans la pression permanente (et inutile) des «chefailIons ». Ainsi, le pain sort à nouveau de la boulangerie Hédé et - le joli paradoxe ! - c'est en partie grâce à ces immigrés « qui viennent bouffer notre pain» que, depuis ce mois de décembre 1982, les Ivriens ont de la brioche et .qu'ils pourront déguster la bûche de Noël. A propos, vous ai-je dit que, deux ans après le coup de bulldozer, les Maliens sont toujours à Vitry? En septembre, c'était la fête du foyer. Les travailleurs maliens ont invité Paul Mercieca, maire de Vitry et Michel Germa, président du conseil général. Au cours du repas fraternel, les élus ont discuté avec les responsables du comité de résidents (que l'ADEF se refuse à reconnaître). Ils ont discuté des moyens de retourner à Saint-Maur, où la plupart des locataires travaillent toujours. Ça n'est peut-être pas demain la veille, car si le maire de Saint-Maur a bien tenu la première partie de ses promesses, à savoir de démolir le foyer-taudis de la rue du Pont-de-Créteil, il n'a toujours pas tenu la seconde partie : la construction d'un nouveau foyer. Émile MURÈNE (1) Il Y a peu, le fils du PDG de l'entreprise déclarait à René Weinstock, secrétaire de l'union locale: « je suis auvergnat et français; on est en France; cela m'étonnerait que vous soyiez français ... » Les ouvriers de Viel, en grève GROUPECdF CHARBONNAGES DE FRANCE 9, I,VHJUE PERCIER 75008 PARIS ~ TEl. (1) 563 11.20 2S r---------------------------------------1 1 Lincoln, Gandh~ Schweitzer:· trois hommes d'action au service de Iajustice et de la paix. Abraham l ,necln M'"au nce Delannoy Module 68 mm Bronle Ou Argent Lincoln, président des Etats-Unis de 1859 à 1865, consacre toute sa vie à une grande idée: établir des rapports pacifiques entre la communauté noire et la communauté blanche d'Amérique. Il meurt assljssiné, mais l'esclavage est aboli. Le Mahatma Gandhi tombe aussi sous les coups d'un fanatique. Mais cet apôtre de la non-violence réussir à obtenir par sa seule désobéissance civile ce que d'autres, ailleurs, demandent à l'insurrection armée: l'indépendance de son pays. Albert Schweitzer partage, de 1913 à sa mort, en 1965, l'existence de populations pauvres et iSQlées dans l'hôpital qu'il a fondé à Lambaréné (Gabon). Il se voit décerner le Prix Nobel de la Paix en 1952. Trois grandes figures de l'humanité dont la Monnaie de Paris vOus propose des portraits vivants et sensibles LA MONNAIE DE PARIS 11, quai Conti 75270 Paris - Tél. : 329,12.48 1 1 .....~ ..~.::~...- -, La vieille dame n'est pas toujours très digne ... surtout avec les petits fils de l'Empire britannique qui vivent maintenant dans la capitale. Une enquête sur les difficultés d'un pays secoué par la crise. I L Y a plus d'un an, les «problèmes raciaux» en Grande-Bretagne défrayèrent la chronique dans le monde avec l'explosion de ce que l'on a présenté comme des « émeutes raciales ». Celles-ci avaient éclaté, il est vrai, dans des quartiers largement peuplés par des nonOccidentaux, mais elles étaient surtout liées à des problèmes économiques et sociaux particulièrement aigus. Les populations « noires »' avaient supporté la plus grande part des problèmes britanniques. Problèmes qu'on a vus, depuis se manifester sous des formes plus spectaculaires avec l'affaire des Malouines et l'explosion de chauvinisme nationaliste qui en a résulté, savamment orchestré par le gouvernement de Mme Thatcher. Au cours des années 40 et 50, comme tous les autres pays industriellement avancés en Europe, la Grande-Bretagne a eu besoin de main-d'oeuvre pour la reconstruction du pays. Ses colonies constituaient un réservoir. Les politiciens conservateurs qui recrutaient cette main-d'oeuvre dans les Caraïbes, le Pakistan et l'Inde, se souciaient fort peu des discriminations que ces gens allaient devoir affronter une fois débarqués, face à la xénophobie des insulaires. Il y avait eu le trafic des esclaves, la participation aux « aventures» coloniales et, plus récemment, les familles dont les membres avaient servi dans les administrations ou les armées de l'Empire britannique. Un passé un peu lourd ... • •• Jadis, la xénophobie la plus violente s'était probablement exercée contre les Irlandais catholiques, que la misère avait amenés en Grande-Bretagne. En 1730, il y eut des émeutes anti-irlandaises dans 1'« East End» de Londres, lieu d'arrivée en Angleterre pour des générations d'immigrants: huguenots de France au début du 18e siècle, Irlandais pendant tout le 1ge siècle et au début du 20e • A ce moment là, tirant profit des déplorables conditions sociales de cette partie de Londres, l'évêque de Stepney et le député conservateur local orchestrèrent une campagne contre les immigrants juifs. Le résultat fut l'adoption d'une loi sur les étrangers en 1905. Un climat d'hystéri~ Lorsque les premiers groupes d'Asiatiques commencèrent à arriver, à la fin des années 40, les fascistes, sous la direction de leur leader d'alors, Oswald Mosley, se regroupèrent et tinrent des meetings réguliers. A la fin des années 50, lorsque la demande de main-d'oeuvre commença à se ralentir, le logement et les conditions sociales générales de beaucoup de travailleurs immigrés commencèrent à être mis en cause. En 1958, la violence explosa à Notting Hill, dans le Nord de Londres (quartier voisin du prospère Kensington) et à Nottingham (East Midlands). Commencèrent alors les provocaVisages de l'Angleterre: La grande parade pour remercier les combattants des Malouines « d'avoir rendu au pays sa fièrté ». Un manifestant Punk. tions policières, les descentes dans les habitations et les lieux de travail des « Noirs », pendant que les « Teddy Boys» attaquaient impunément les Jamaïcains dans' les rues, encouragés par les fascistes. Les immigrés s'organisèrent. Il y eut de violents affrontements. Les fascistes établirent leur quartier général au coeur de Notting Hill. En 1959, dans la même zone, un charpentier jamaïcain, Kelso Cochrane, fut poignardé. Ses assassins ne furent jamais retrouvés. Depuis lors, un Carnaval est organisé chaque année par la communauté locale pour « rafraîchir l'air» (to clear the air) et exprimer la richesse de la culture des Caraïbes, malgré les heurts avec la police, ces dernières années , qui ont constamment menacé son existence. « Teddy Boys » contre Jamaïcains Les controverses qui suivirent les « émeutes raciales» de 1958 se déroulèrent dans un climat d 'hystérie. On faisait le parallèle avec les manifestations des Noirs américains pour les Droits Civiques aux Etats-Unis, et les immigrants noirs étaient présentés comme une menace qui devait submerger tout le pays. Cette obsession, a refait surface de temps en temps sous différents aspects : en 1970, on prit pour prétexte le taux de natalité des immigrants . Un membre conservateur du Parlement, Enoch Powell , prophétisa alors des violences raciales. Cette année, les statistiques sur la délinquance criminelle ont été présentées de façon à faire croire que les « Noirs» avaient la plus grande part dans celle-ci. L'argument revient toujours. En 1962, profitant du climat favorable, le gouvernement conservateur de MacMillan promulga une loi modifiant les principes de l'immigration. Jusqu'alors, les citoyens du Commonwealth n ' étaient soumis à aucun contrôle à l'entrée en Grande-Bretagne. Ils pouvaient y vivre et y travailler librement et jouissaient des mêmes droits que les autres citoyens britanniques . Cette nouvelle loi, renforcée par une autre en 1965, sous le gouvernement travailliste, introduisit un système de quotas à l'immigration, dans le but de limiter le nombre des travailleurs spécialisés immigrés. La tension naquit lorsque certains immigrants tentèrent de tourner les nouveaux règlements. Les autres étaient contraints d'accepter des travaux inférieurs à leur qualification s'ils voulaient r ester en Grande-Bretagne . D'autres mesures restrictives augmentaient les difficultés pour les immigrants qui voulaient vivre avec leur famille. Puis, on a interrompu toute immigration depuis 1971, sauf, pendant un temps , pour permettre la réunification des familles, pendant que les contrôles devenaient de plus en plus fréquents. Ces nouvelles lois légitimaient officiellement le mythe qu' « il y avait trop» d'immigrants dans le pays . Ce « racisme d'Etat », qui s'exprimait dans l'attitude de la police et des fonctionnaires de l'immigration, n'était pas réprimé par la loi. Elle lui offrait au contraire une sorte de « respectabilité ». Pendant ce temps, la résistance des « Noirs » se développa, encouragée par les succès de la décolonisation , de la lutte pour les Droits Civiques et du Black Power aux Etats-Unis. Le mouvement fut momentanément freiné par la création, sous le gouvernement travailliste, du Bureau des relations avec les communautés, chargé de missions dans les domaines éducatif et j udiciaire et investi en principe d'un rôle de conciliateur . En tant qu'émanation du gouvernement, son rôle apparut très ambigu, puisqu'il devait opérer dans un cadre restrictif sous le contrôle des autorités . En 1967, plusieurs groupes fascistes se réunirent pour créer le « National Front » (NF). Présentant une façade respectable, celui-ci porta son action sur les élections et, au début des années 70, remporta quelques succès en infiltrant les Monday Clubs de l'aile d'extrême-droite du Parti conservateur. Tout en se situant clairement à l'extrême-droite, il présenta suffisamment de candidats lors des élections de 1974 pour être autorisé à faire campagne à la radio et à la télévision. L'été chaud de 1977 Le National Front se développa dans les quartiers les plus déshérités de Londres, peut-être encouragé parce qu 'il avait obtenu 6 070 des suffrages dans quelques secteurs en 1974. Par réaction , beaucoup de campagnes locales de riposte se développèrent , désignées le plus souvent par le sigle CARF : Juillet 81 : émeutes dans la banlieue de Londres. Campaigns against racism and fascism, qui réunissaient divers partis, syndicats et groupes de pression. En août 1977, les antiracistes, unis sous le slogan des années 30 : « Ils ne passeront pas », remportèrent une belle victoire en stoppant une marche du National Front dans le quartier ouvrier en ruines de New Cross, dans le sud-est de Londres, peuplé surtout de Jamaïcains. Au cours des mois suivants, une nouvelle organisation, la Ligue anti-nazie et sa soeur, « Rock Against Racism », se développèrent de manière spectaculaire. Elles organisaient surtout des manifestations populaires, carnavals gigantesques et défilés. Sur le plan politique, elles s'employaient à montrer que le National Front était une organisation fasciste et à lui oter sa base électorale. Elles mirent sur pied une véritable machine de propagande, inventant slogans et badges, attractifs. Cependant, pour beaucoup des supporters de « Rock Against Racism », il était de bon ton (jashionable) d'être antiraciste, mais sans plus d'analyse. Et les C.A.R.F. s'étiolèrent. Aujourd'hui, quoique les campagnes locales soient encore importantes, la Ligue anti-nazie a perdu virtuellement toutes ses capacités mo bilisatrices. L'été 1977 vit également une des grèves les plus spectaculaires auxquelles aient participé des travailleurs immigrés : celle des femmes asiatiques employées dans des conditions lamentables par une grande société de traitement de films photographiques du nord de Londres . Elle dura 18 mois , et les femmes perdirent la bataille, malgré le soutien des travailleurs de tout le pays. C'est à cette occasion que le « Special Patrol Group» (SPG: unités « de choc» armées) entra pour la première fois en action. Un mort dans le quartier asiatique Au printemps 1979, pendant la campagne électorale, le « National Front» tint meeting dans un quartier de l'ouest de Londres très peuplé par les Asiatiques, Southall. Malgré les vives protestations de la Ligue anti-nazie et de la communauté locale, le gouvernement travailliste refusa d'user de son pouvoir d'interdire le meeting. La police protégea les fascistes, mais dispersa et agressa les contre-manifestants et 29 LA GRANDEBRETAGNE EN CHIFFRES La Grande Bretagne compte aujourd'hui environ deux millions d'immigrés, soit près de 4 % de la population. Cette population, composée en partie d'Indiens, de Pakistanais et surtout de quelque 800 000 Jamaïcains, habite certains quartiers ou faubourgs déshérités de Londres (tels Brixton, Notting Hill, Tower Hamlet et Southall) Slough, Birmingham et Wolverhampton . 40 % de ces « immigrés» sont nés en Grande Bretagne. Selon une étude récente, 60 % des jeunes « Noirs» sont au chômage, pour 40 % des jeunes « Blancs ». La Grande Bretagne compte 56 millions d'habitants, pour une superficie égale à moins de la moitié de celle de la France. La croissance économique du pays est quasiment nulle depuis quelques années. L 'épisode de la guerre des 'Malouines, s'il a été un exutoire important, semble s'effacer actuellement derrière des aspirations de plus en plus marquées à la paix, tant en Irlande du Nord qu'au plan mondial. Le mouvement pacifiste est représenté par la « Campagne de désarmement nucléaire» (CDN) qui a rem~ porté ces derniers temps d'importants succès. Son congrès annuel a rassemblé à Sheffield, fin novembre, les délégués de ses cinquante mille membres. Ils ont décidé de s'opposer à la présence en Europe de missiles Cruse ou Pershing. Ces derniers temps, les pacifistes se sont inquiétés du projet d 'installation en Grande Bretagne d'une partie du' Quartier Général de l'Otan. 1 Ir Odeurs de cuisine STEAK, KIDNEY AND OYSTER PUDDING • Mélanger 450 g de farine avec 150 g de graisse de boeuf finement hachée et une pincée de sel. Pétrir avec une tasse d'eau. Ajouter une cuillère à café de « poudre à lever» et laisser reposer 2 heures. • Abaisser la pâte et en tapisser un moule à pudding bien graissé, en gardant de quoi le couvrir. • Découper en dés de deux centimètres 700 g de boeuf et rognon. Mettre dans une terrine. Ajouter deux douzaines d'huîtres, deux oignons hachés, du persil, sel et poivre, sauce Worcester et bien mélanger. • Garnir l'in,térieur du moule à pudding et couvrir de la calotte de pâte. Lier les bords. Recouvrir d'un papier parchemin graissé et ensuite d'un linge mouillé. Ficeler. Cuire 4 à 5 heures au bain-marie. " '" A vendre à une famille anglaise les passants asiatiques. Un enseignant, Blair Peach, fut tué par une unité de SPG et il y eut de nombreux blessés. La police investit et saccagea un centre multi-racial et le Conseil conservateur prit prétexte de cela pour le démolir. Les procès qui suivirent se déroulèrent loin du quartier et il fut très difficile d'organiser une campagne de soutien des accusés. Il était clair que les juges étaient décidés à soutenir les thèses de la police et les procès ne furent le plus souvent qu'une parodie de justice. Les assassins de Pe.ach ne furent jamais traduits en justice et rien ne fut fait lorsqu'on découvrit des insignes fascistes et des armes interdites dans des placards de la police. Lorsque Margaret Thatcher devint leader du Parti conservateur, les propositions soutenues par l'extrême-droite furent adoptées par le Parti: fermeté sur la «loi 'et l'ordre », « ~errage de vis» pour les syndicats, politique économique monét~riste nécessitant de réduire les dépenses publiques, haut mveau du chômage, réduction des dépenses des « race relations» et réforme de la loi de nationalité britanique. La politique de Mme Thatcher impliquait aussi un nouveau chauvinisme. On invoquait les valeurs britanniques « traditionnelles » ; on les opposait au laxisme et aux principes destructeurs qui étaient attribués au « socialisme rampant »- 30 (étranger bien entendu !) responsable du déclin national. Dans ce nouveau climat, les agressions et les meurtres racistes se multiplièrent. Les immigrants subissaient des tracasseries quotidiennes. Des familles d'immigrés étaient régulièrement agressées à leur domicile ou sur le trajet de leur travail, souvent après des manifestations fascistes, le tout sur fond d'insultes racistes permanent. 1981 : l'explosion. L'année commença avec un incendie suspect à New Cross, dans le sud de Londres. Il éclata pendant une « party» de Jamaïcains. Quatorze jeunes gens périrent. Connaissant la justice, les «Noirs» manifestèrent pour réclamer une enquête sérieuse. Ils ne rencontrèrent que l'hostilité des mass-médias. Quelques bousculades eurent lieu, amplifiées par des titres tendancieux à la « une » des journaux : « Des bandes d'émeutiers noirs ivres de rage » ... Les familles des adolescents morts carbonisés attendent encore aujourd'hui que les tribunaux leur accordent l'enquête qu'ils réclament. Brixton, Southall et d'autres quartiers se soulèvent pendant le printemps et l'été 1981. Leurs habitants subirent les nouvelles méthodes de répression rôdées en Irlande du Nord. 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0 C en , î 1 1 4 ",-t"""""~.' Brixton, 1981. « émeutes », mais il est clair qu'elles n'étaient pas l'expression d'antagonismes au sein des habitants de ces quartiers. Les jeunes, Blancs ou Noirs, tous victimes directement ou indirectement des contrôles et des fouilles «au faciès» (stop and search), des arrestations sur simple soupçon (autorisées par la loi), des descentes pour « recherche de drogue », des actions des SPG dans leurs quartiers, tous ne faisaient que répliquer au harcèlement et à la frustration avec ce qui leur tombait sous la main. Ils réagissaient spontanément et sans réfléchir contre une société répressive qui ne leur offrait aucun espoir. Ils répondaient au racisme d'Etat en affrontant la forme sous laquelle la répression les touchait directement: la police. Les autorités réagirent immédiatement à ces évènements en renforçant « l'arsenal de la loi ». L'enquête blanchit largement la police, la lavant de tout soupçon de racisme et passant sous silence qu'elle avait utilisé des armes interdites. ~ en C -l -l 0 Z 1 en

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Les nombreux blessés, et la mort d'un jeune homme à Liverpool (où la police lança un véhicule dans un groupe de personnes), firent monter encore la colère. Malgré cela, il n'y . eut que peu d'opposition à l'augmentation des équipe.ments de la police. Elle reçut l'autorisation d'utiliser le gaz CS, les 31 ANGLICISMES Pour la première fois dans l'histoire du Royaume-Uni, les gens nés en Grande Bretagne n'acquièrent pas automatiquement la citoyenneté britannique. La loi divise les citoyens en trois catégories, et seuls les membres du premier groupe ont automatiquement le droit de vivre en Grande Bretagne. La première catégorie comprend toutes les personnes nées dans les îles britanniques de parents britanniques ou résidant légalement en Grande Bretagne, plus les deux millions de Britanniques établis dans d'autres territoires. La seconde regroupe les habitants de Hong Kong, de Gibraltar, des Bermudes, des Malouines et des « Etats asociés à la Grande Bretagne ». Ceux-ci sont des sujets du Royaume-Uni, mais n'ont pas automatiquement le droit de résider dans la métropole. Dans la troisième catégorie entrent un million et demie de personnes provenant d'Afrique orientale et de Malaisie qui ne peuvent pas non plus s'installer en Grande Bretagne et encore moins transférer leurs droits, déjà très limités, à leurs enfants. Les enfants nés dans les îles britanniques ne sont pas automatiquement considérés comme Anglais s'ils n'appartiennent pas à la première catégorie. Par exemple, ceux qui sont venus en Grande Bretagne alors qu'ils étaient enfants, en provenance de pays qui ont depuis accédé à l'indépendance ne peuvent revendiquer de plein droit la citoyenneté britannique. Dans quelques années, cela dépendra entièrement de la volonté du Secrétariat d'Etat, et encore, si cette citoyenneté a été accordée, elle pourra être supprimée pour cause de « mauvaise réputation» (bad character). Une clause de cette loi interdisait aux maris étrangers de femmes ayant acquis la nationalité britannique de vivre en Angleterre, alors qu'elle autorisait les femmes étrangères à rejoindre leur mari britannique dans son pays. Jugée incompatible avec égalité des sexes, cette clause a été supprimée. Il n'empêche que, tout récemment, le Parlement a fixé de nouvelles restrictions allant dans ce sens, malgré ravis défavorable de la Commission européenne des droits de l'homme. - L'extrême droite britannique est sensiblement différente de ce que nous connaissons en France. Elle recrute essentiellement dans les milieux populaires les plus touchés par la crise économique. Pour différencier les deux mouvements nationalistes, le National Front et le British Movement, on dit souvent que le premier est un assemblage de brutes dirigées par des politiques, et le second un assemblage de . brutes dirigées par des brutes. 1 Pour lutter contre le racisme, les organisations anglaises ne' bénéficient pas d'une garantie juridique aussi élaborée qu'en France. Il existe une instance officielle, la « Commission for racial equality »qui peut être saisie pour tout cas de pratique discriminatoire, mais qui manque de moyens financiers et de soutiens politiques. ,La loi de 1976, la Race Relations Act, réprime l'incitation à la haine raciale, mais le texte prévoit par exemple que les paroles incriminées doivent être «violemment . injurieuses ». De plus, aucune organisation ne peut se charger cj'assumerJa !!~pense d'~n plaignant. ,.--- UN CARNAVAL EN HIVER Tous les ans, on danse à Notting Hill. L'ÉTÉ se meurt, l'été est mort. Sous une pâle cha. leur, Londres se couvrait d'une agréable couleur gnsonna,?te, jus~e ce qu'il faut pour ne pas paraître plus que son ~ge, .mals asse~ ~our prouver sa maturité, rappeler son histOire aux milliers de touristes. Ava~t. de se replonger dans la grisaille hivernale, lorsque les vIsiteurs regagnent l'aéroport d'Heathrow ou le port de Douvres, la capitale britannique explose dans un tonnerre de percussions . C'est le carnaval de Notting Hill Gate. Depuis quand existe-til ? Depuis longtemps. Et chaque année, au début de septembre, il réunit dans un bain de musique toute la population noire de Londres, à laquelle se mêlent quelques corps blancs. Rien qu'à l'idée de cette manifestation, le peuple de Londres frémit ou s'enflamme, mais personne ne reste indifférent. Le quartier de Notting Hill Gate, excentré dans la partie ouest de la capitale, devient pour trois jours le coeur de la cité. Sans discon tin uer, les orchestres jamaïcains et guyanais déversent dans les rues leur tropplein de décibels. Pendant soixante-douze heures, le Steel Band, le Reggae, la Salsa deviennent les maîtres de la rue. Tous les ressortissants des ex-colonies britanniques des Indes occidentales envahissent les rues pour chanter, danser et clamer leur identité. Dans cette fête directement importée de la Caraïbe et de l'Amérique d'u Sud le rhum coule à flots et la fumée de ganja enveloppe 'les danseurs. Le carnaval de Notting Hill Gate est presque une trève il emmène son public dans un rêve, dans un monde si dirfé- 31 ~ent et. s~ utopique qu'il gêne, choque, agresse même les mcondItlOnnels du tea-time. Notting Hill Gate, un des quartiers de Londres à forte P?pulation noire, est devenu le théâtre d'événements traglq~ es. Entre les provocations policières et celles du NatlOnal Front (parti nazi), le carnaval a connu ses heures macabres. Les morts ont ramené la population noire à la t~ist~ ,réalité qui e~t la sienne et dont la presse se fait parfOis 1 echo : le racisme sous ses formes multiples. Alors, le carnaval a perdu un peu de sa spontanéité. La population noire devient quelque peu méfiante à l'égard · des blancs qui s'y aventurent. Les visages des danseurs, coiffés du bonnet Rasta, aux couleurs de l 'Ethiopie , surveillent .. du coin de l'oeil les éventuels provocateurs. La police a tenté de faire interdire le carnaval, en vain. On ne peut contenir la soif de liberté qu'expriment, par leur fête, les centaines de milliers de Noirs londoniens. Depuis quelques années, des groupes blancs participent à la fête, donnant à ce carnaval un nouveau visage. Et dans l'esprit de la plus pure tradition, une liberté totale s'impose. Rien n'a, jusqu'à aujourd'hui, réussi à porter un coup f~ta~ au carnaval de Notting Hill Gate. Au contraire, les differentes provocations en ont fait un symbole : le symbole d'une lutte pour la reconnaissance des différences. Alors, dans la fièvre qui anime les affrontements entre les communautés, Notting Hill Gate est un bon thermomètre. A preuve, le dernier carnaval en date, celui de 1982, s 'est à peu près bien passé. Marc MANGIN ~ 1 , ~ ?-•. balles en plastique, et les nouvelles techniques de contrôle des émeutes. On n'a pas entendu le public protester lorsque, dès le début des désordres à Brixton, la police attaqua, sans justification, des appartements privés occupés principalement par des « Noirs» dans Railton Road (la Frontline), causant des dégats importants. Les méthodes de la police ont été discutées, la gauche proclame qu'elle devrait répondre de ses exactions, mais ses cris sont couverts par les demandes d'augmentation d'effectifs. Plus grave encore, le nouveau Commiss aire de la Police Métropolitaine de Londres dirigeait auparavant les forces repressives en Irlande du Nord. Aujourd'hui, la police continue d'effectuer des descentes de provocation, à Notting Hill par exemple (une de ses cibles favorites est un restaurant, lieu de réunion des Jamaïcains, le « Mangrove») ; l'intervention des leaders de la communauté a s~ule pu éviter un affrontement. Mais contre les Noirs, dans les rues ou à leur domicile, les attaques continuent au même rythme. Un découragement aggravé par le chômage --. Les campagnes se sont développées depuis les « émeutes » pour défendre ceux qui avaient étés arrêtés et contrôler les agissements de la police. La résistance s'est organisée contre la nouvelle Loi de Nationalité (voir encadré). Cette loi a scandalisé de nombreux parlementaires et nombre de citoyens, car il s'agit ni plus ni moins de discrimination raciale. On a essayé d'entraîner les syndicats du secteur public dans la lutte, en particulier sur les problèmes de contrôle d'identité. Aujourd'hui, la carte d' identité n'est pas utilisée en Grande-Bretagne, mais le contrôle des passeports est devenu une routine. Il s'opère à l'occasion de l'attribution des .allo- DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 cations de sécurité sociale , des traitements à l'hôpital, à l'admission dans les écoles et collèges, à l'occasion des descentes de police pour la recherche des «travailleurs illégaux »et de ceux dont le permis de séjour est périmé (overstayers), lorsque la police appréhende des jeunes dans la rue ou lorsqu 'elle interroge les victimes ( noires ») d'une quelconque agression. Ces contrôles n'ont rencontré que peu d'opposition. Le découragement aggravé par le chômage, les licenciements, la désunion chronique et la faiblesse de la gauche politique , la nécessité de lutter contre la loi repressive anti-syndicats « Tebbit » et l'incroyable atmosphère de guerre coloniale qui règne depuis les Malouines, rendent difficile la réalisation d'une mobilisation. Le mouvement anti- 33 raciste de Grande-Breté:'gne recherche désespérément des perspectives . Pendant ce temps, les fascis tes qui optent de plus en plus pour la violence plutôt que pour le processus électoral (principalement au «British Movement»), annonçaient une nouvelle coalition le 7 avril 1982, le British National Party (BNP). L'« effet Falklands » a été un facteur d'accroissement du chauvinisme national et il reste le prétexte pour j ustifier les abus et les regressions de toutes sortes, « légales» ou non, contre les « -étrangers ». Le mouvement antiraciste en Grande-Bretagne apparaît aujourd'hui comme un tissu d'organisations morcelées et divisées qui aspirent à une réelle coordination qu'elles ne possèdent pas. On ne peut prévoir ce qui va ressortir de la situation actuelle. Tout dépendra de la capacité des antiracistes à trouver des formes collectives d'organisation face à l'accroissement du pouvoir repressif des autoritités gouvernementales. Ils peuvent réaliser cette unité à la faveur des multiples luttes actuelles. Cathie LLOYD ( 1 ) En Grande~Bretag ne , le mot « Noir )} désigne l'ensemble des immigrés Indiens, Pakistanais, Malaisiens, Jamaïcains el même Chinois. C'est pourquoi nous mettons ce mot en italique à chaque fois qu'il est employé dans cct article pour désigner des non-noirs. Réflexion 34 L A majorité des Hommes, sur cette planète ... sont des femmes. Une (forte) minorité résiduelle, représentant 48 0J0 du total, est constituée par les Hommes de... sexe masculin. Les deux groupes présentent des différences dans de nombreux domaines, ellesmêmes fort différentes d'une région du monde et de la société à l'autre. Mais en ce domaine, la réalité est largement dépassée par la fiction des idées reçues. L'une d'elle constitue un leitmotiv: l'un des deux sexes serait plus intelligent que l'autre. Aphorismes et statistiques variablement recevables sont mis en avanL Derrière ce discours se profile le .débat, beaucoup plus large, sur l'inné et l'acquis, la nature et la culture. Des faits expérimentaux récents alimentent la discussion

le cerveau, organe de la pen-

'. sée, semble avoir une organisation légèrement différente chez les deux sexes. Ces résultats incitent Mme EscoffierLambiotte, dans un article du quotidien Le Monde du 3 novembre dernier, à présenter une surprenante théorie sociogénétique de l'Eternel Féminin: « ... la proportion de femmes douées d'une aptitude exceptionnelle sera toujours moindre que celle des hommes ». C'est la conclusion qu'elle emprunte à une autre femme, psychologue américaine. Pour Antoine Danchin, maître de recherches au CNRS, que nous avons interrogé, la génétique ne pèserait pas sur les capacités, mais plutôt sur les modes d'appréhension du réel, déterminant des intérêts différents chez les deux sexes. Le débat est loin d'être clos. Différences: Dans le système nerveux humain, certaines grandes aptitudes sont plus 0.1 moins localisées. Concrètement, certaines fonctions sont tributaires de l'intégrité de régions du cerveau plus ou moins précises et stables d'un individu à l'autre. Ces localisations sont parfois asymétriques: chez la majorité des hommes droitiers, les aptitudes linguistiques, par exemple, sont essentiellement dépendantes d'une région de l'hémisphère gauche. Or il semble que cette asymétrie soit beaucoup moins marquée chez la femme, et qu'à la différence de l'homme, certaines grandes aptitudes mettent en jeu ses deux hémisphères cérébraux à la fois. Selon vous, ces observations montrent-elles l'existence de différences d'origine génétique entre les systèmes nerveux masculin et féminin? d'appréhender le réel autour de lui. Ainsi, j'ai l'impression que le système sco- . laire actuel est mieux adapté aux filles. On dit très souvent, de nos jours, que les filles ont tendance à mieux réussir que les garçons, ce qui suggérerait des différences entre les sexes dans l'accès à l'environnement et dans le mode d'apprentissage. Il est possible que statistiquement, cette différence soit vérifiable. Par ailleurs, il est évident que la plupart des meurtres sont commis par des hommes. C'est clair: il y a un comportement radicalement différent et le système nerveux n'y est pas pour rien. Dijjërences : Faut-il parler d' inégalité? A,!loine Danchin : Ces différences n'impliqu" ènt aucune hiérarchie. Pour qu'il y ait inégalité, il faudrait que les possibilités du système nerveux de l'un des deux sexes soient limitées. Or, pour moi, il n'y a pas de limitation dans les capacués du cerveau à engranger les informations. Ses seules limites sont celles du système périphérique, c'est-à-dire des accès sensoriels: la vue, le toucher ... Antoine Danchin: Je pense qu'effectivement, il y a une différence d'origine génétique entre les hommes et les femmes sur ce point. Il est tout à fait plausible qu'elle ait des conséquences, en particulier sur la localisation des tâches dans le système nerveux central des individus des deux sexes. Mais c'est surtout sensible, à mon avis, dans le mode d'accès à l'environnement, c'est-à-dire dans· la façon qu'a le système nerveux Leur vitesse d'information est, chez l'humain, extraordinairement limitée. Finalement, s'il y a des différences entre les hommes et les femmes, la vraie question n'est pas de savoir s'il y a une hiérarchie entre eux _ c'est un faux problème puisque les deux ont des capacités gigantesques -, mais de déterminer ce qu'on peut privilégier chez l'un ou chez l'autre comme mode d'accès à l'environnement. Le fait qu'il y ait des aptitudes différentes voudrait dire normalement qu'on peut apprendre différemment, mais pas moins. 35 Différences: Vous parliez du système scolaire. Tirez-vous des conclusions pédagogiques de celle différence? Antoine Danchin : S'il y a différence, il est évident que, du point de vue pédagogique, on devrait essayer d'imaginer des moyens différents d'aider à l'appréhension de l'environ- . nement. Mais le problème dans ce cas n'est plus limité à la seule différence entre hommes et femmes, même si elle est probablement à prendre en compte. Il s'agit de s'interroger sur les moyens d'enrichir l'environnement de façon à ce que, justement, on engrange le plus possible pendant qu'il est temps, essentiellement les premières années de la vie et jusqu 'à 15 ans. Après, on n'engrange plus beaucoup; on nefait qu 'utiliser en grande partie ce qu'on a acquis avant. En gros, le vrai problème est surtout pour moi un problème pédagogique: tous les modèles sur le système nerveux devraient susciter des recherches pédagogiques; essayer de se dire qu'il n'y a pas de raison que les enfants apprennent tous de la même manière. J'imagine que certains doivent avoir besoin qu'on les bourre pendant une heure, puis avoir un long temps de repos derrière; d'autres, au contraire, ont besoin qu'on les bourre pendant cinq minutes, puis cinq minutes de repos, etc. Il est évident qu'un système scolaire unique, centralisé tel qu'il l'est, où on donne un même programme, une même façon de faire pour tout le monde est extrêmement inefficace. Le système scolaire marche pour certai- nes-personnes malspas pour 'a'auires. -Ce;'~' tes, cela peut avoir des bases génétiques. Je le répète: cela ne veut dire, en aucune manière, que les bases génétiques impliquent une hiérarchie entre les gens. C'est là qu'il faut bien comprendre. Cela signifie que la performance finale pourra être la même, à condition d'avoir des modes d'apprentissage adéquats. C'est dans cette perspective plus large qu'il faut placer les différences liées au sexe. Différences: Interprétant la moins grande spécialisation des hémisphères cérébraux chez la femme, Mme Escoffier-Lambiotte en . conclut : «Si les femmes sont supérieures aux hommes quant à l'aptitude verbale elles leur sont inférieures pour les tâches relevant de la perception spatiale. Et il leur est difficile de conduire deux tâches cognitives simultanément (chercher son chemin en voiture tout en parlant, par exemple), étant donnée la mobilisation pour chaque activité des deux hémisphères ». Dans l'article, on a l'impression que cette conclusion s'inspire des travaux d'une psychologue américaine, Mme Sandra Widelson. Antoine Danchin: Il est possible que la psychologue américaine dise cela. Je doute de la validité d'une telle conclusion. J'aurais même tendance à penser le contraire. Hp restant dans ce type de débat, s'il y avait chezles hommes dominance d'une hémisphère sur l'autre pour l'accomplissement des tâches, cela signifierait, à l'évidence, que leur champ de conscience est plus étroit. Ce seraient eux qui seraient incapables de mobiliser en même temps leurs deux hémisphères, et ne pourraient « chercher leur chemin en voiture tout en parlant ». De fait, les hommes, souvent - du moins d'après ce qu'on peut en observer dans nos cultures... ont un champ de conscience plus étroit et doivent être, à mon avis, plus distraits que les femmes. Quant aux capacités des uns et des autres à lire une carte en auto, il faudrait demander aux assureurs leurs statistiques d'accidents! Différences: Une autre phrase de cet auteur: «Cette représentation bihémisphérique de l'émotion chez la femme pourrait impliquer que les femmes puissent moins bien que les hommes dissocier leur comportement émotionnel de leur réflexion ». Antoine Danchin : C'est dingue de dire ça ! Actuellement les relations entre le comportement émotionnel et le cerveau ne sont absolument pas comprises. Ce qu'on sait, depuis peu, c'est que la glande endocrine principale du corps des mammifères c'es{fe cerveau, et que l'ensemble du contrôle hormonal se fait donc par lui. Mais ça c'est dans les zones profondes du cerveau qui sont effectivement en relation avec les zones corticales par des biais dont l'anatomie est très mal connue. On sait que l'on peut déclencher des émotions, effectivement, en mettant des électrodes de telle ou telle manière mais cela ne dit absolument rien sur la spécialisation des hémisphères relativement à l'émotion. Différences: Ces travaux expliqueraient même la sous-représentation féminine dans les professions «impliquant des aptitudes spatiales et une stratégie cognitive préférentielle, comme celles d'ingénieur ou d'artiste ». Antoine Danchin: Ça n'est peut-être pas totalement faux. Imaginez qu'il y ait une dissymétrie, en particulier une préférence d'un sexe envers c~rt!lines tâches par rapport à l'autre. Si effectivement le système nerveux est construit assez différemment pour les hQmmes et les femmes, on peut imaginer qu'ils et elles n'aient pas les mêmes centres d'intérêt, c'est-à-dire que ce qu'ils vont chercher dans l'environnement ne soit pas la même chose. Et donc on pourra trouver une spécialisation différe'hte dans les tâches finales. Mais cela n'implique pas du tout une différence d'aptitude. Il s'agirait d'une différence d'intérêt. On l'observe clairement chez les enfants et chez les animaux. La première façon d'apprendre c'est d'aller vers ce qui vous intéresse, donc il peut y avoir une sorte de construction génétique de l'intérêt quifait qu'on s'intéresse plus à certaines catégories de choses,' il est évident qu'on acquiert des performances supérieures dans ces domaines. Maintenant, est-ce que la culture reflète un comportement biologique de l'intérêt? C'est tout àfait discutable. Je crois volontiers qu'il y a des différences d'intérêts qui sont statisti- 36 quement significatives entre hommes et femmes pour certaines tâches. Mais il s'agit de distinguer entre ce qui vient du culturel ou pas. Dans l'état actuel, je pense qu'on ne peut rien en dire. De deux choses l'une, ou la culture est une création qui est antagoniste des caractéristiques purement animales ou, au contraire, elle va dans le même sens. A priori, rien ne me paraît s'opposer à ce qu'il y ait des différences dans les centres d'intérêts donc dans les tâches, et donc dans les performances vis-àvis des familles de tâches. Différence oui, hiérarchie non. Si c'est vrai, s'il y a des contraintes génétiques de ce genre, je pense qu'il faut faire extrêmement attention au niveau de la pédagogie ou au niveau des mouvements politiques car il n 'y a aucune raison pour que les deux sexes fassent la même chose, mais cela ne signifie pas qu'ils ne puissent pas le faire. C'est toujours la même histoire. Vouloir que tout le monde fasse la même chose, et de la même façon, n'est pas d'une évidence claire pour moi. Ça me paraît éventuellement très dangereux parce que ça peut revenir à dire qu'on va forcer telle personne à faire quelque chose pour laquelle il n'a pas d'intérêt. Le problème, c'est qu'on passe presque toujours du repérage des différences à l'élaboration d'une hiérarchie. Culture CUBA CI ••• NEMA Quelques notes de voyage rapportées du festival du f ilm latino-américain de La Havane. · '. A V AIS repéré sur la table du J, petit déjeuner de l'Hôtel Natio. nal à La Havane, une pâte de couleur b;une et rousse à la fois . Bizarre. Je n' osai en prendre quand un Les cours intéd~ures ont toujours gardé leur aspect mauresque, étranges assemblages de colonnades, de jets d 'eau andalous et de plantes tropicale~. Aujourd'hui Habana la vieja, la vieille ville de La Havane est en cours de restauration. Les fresques en azulejos ressurgissent derrière les publicités pour la . ami me suggéra de goûter cette confiture de goyave. Cette consistance ferm~ et fuyante à la fois, cette saveur d'.)Uceatr.e et pimentée, ce paradoxe gustatif me fit entrer dans l' univers métis de Cuba. . Je n'étais pas loin de penser que Je venais de faire une découverte. Ma . Bank of America. · vanité a pris un sacré coup quand, lisant une interview de Gabriel Garcia Marquez, je constatai que le dernie~ o~vrage du quatrième prix Nob:.l ~e ht~erature • d'Amérique latine, s mtltulait Une · odeur de goyave. Moi, je n'ai, vu de Cuba que les fruits mûrs, ceux produits par presque un quart de sièçle d'une révolution éqJ.inement populaire . . Venu pour assister au 4e festival du nouveau cinéma latino-américain, je me suis laissé porter par mes sensations immédiates. Visages d'enfants rieurs . Groupes d'adolescents , aux abords des co!l~ges techniques. Filles brunes aux mi~ijupes bleues étonnament courtes. Soleils de Cuba. Un marchand vend de la glace pilée dans les petits cornets de cartons . Il est midi. Le centre-ville est calme. Les gens font la queue à l'~ntrée d:une ~afétéria. Un jeune en uru forme ht le JOurnal. Une brise légère agite les br,anches chargées de poussière de ces palmiers si particuliers. C'est l'hiver tropical. Habana La Vieja Sur le Malecon circulent des couples montés sur des sides-cars, d'antiques Oldsmobil et des Lada. Dans les ruelles, les grandes villas coloniales aux teintes ocre et rouge sont aujourd'hui occupées par des services ou écoles. Les bo?tiques de lingerie, comme les dr?guenes ,. l~s boulangeries ou les cafetenas, les cmemas ou les supermarchés sont gérés par les mairies. Retour à la cinémathèque. Le 4e Festival du nouveau cinéma latino-américain a permis aux Cubains et à que~q~es 500 participants du monde du cmema de choisir parmi 238 films originaires de 21 pays différents. Au-delà des statistiques, la première impression qui émerge de cette masse de pellicule, c'est l'extraordinaire vitalité du 7e Art en.Amérique latine. Il serait plus juste en effet de parler des cmemas latino-américains, tant y sont diverses les ' écritures cinématographiques et les thématiques dominantes. Plus question aujourd'hui de parler de A La Havane, il est courant de côt~yer des moments de l'histoire du pays, heux communs de la civilisation espagnole . dévorés par les enseignes et les façad~s new-look des années trente « made m USA ». .\7 cinéma du Tiers-Monde quand on évoque les productions récentes de l'Amérique centrale ou du Sud. Il est difficile d'évoquer l'ensemble des films . Nous les citerons d'un point de vue géographique, pour sauver l'essentiel

La noce (La Bada) de Thaelman

Urguelles, brosse un tableau ir~)llique, quasi fantastique des luttes SOCiales de ces vingt dernières années au Vénézuéla. Frustrations, compromissions et ~nterdits de toutes sortes font bon menage a'vec violence et répression en un repas de noce mémorable. Les chemins de l'exil pris par les Indiens guaranis, du fleuve Parana vers le Brésil dary; le film de Paulino Aloysio, Nuits du Paraguay, montrent, avec une folie et une richesse du verbe très grande, à quel point cette région est encore en totale mutation. Autre grand moment du cinéma brésilien, Certaines paroles avec Chico Buarque de Mauricio Bern, film-document qui và à la rencontre. d'un ch~n~eur « engagé », très populaire au Bresil et Un goût de goyave danw iiii!!Ç!! J!lét!s • "/' ":0" "., -" ~,.:)t ,. qui arrache la conviction et l'attention par un savant dosage entre le discours de l'homme et l'oeuvre musicale. Le retour (Volver), de~ David Lipszic, et Le temps de la revanche (Tiempo de Revancha), de Adolfo Aristarain, montrent comment passer au travers des mailles de la censure en Argentine. Ces réalisateurs sont passés maîtres dans l'art de manier l'ironie, la parabole, le fantastique ... Les discours politiques de Poudre rouge (Polvo raja) de José Antonio Rodriguez (Cuba), de Alsino et le Condor de Miguel Littin (Nicaragua) sont beaucoup plus clairement exprimés. En termes simples, ils disent les luttes des peuples de la Caraïbe et d'Amérique centrale pour conquérir leur dignité et leur liberté, les peuples qui ont décidé de porter le rêve au niveau des institutions, en quelque sorte d'apprendre à voler comme le jeune Alsino, au Nicaragua. Deux moyens métrages ont été particulièrement remarqués : Chronique de la Caraïbe, une oeuvre forte produite par l'atelier expérimental de Mexico (la colonisation de la Caraïbe par l'Espagne, ou comment traiter Christophe Colomb avec humour et grincements de dents), et L'opération, de Ana Maria Garcia (un génocide non avoué : la stérélisation des femmes menée depuis trente ans à Porto-Rico par les gouvernements locaux et les services de santé des Etats-Unis). Les prisons d'Uruguay La France était présente à La Havane. Le film de Gabriel Auer, Les yeux des oiseaux, y a obtenu le Grand-Prix du meilleur film de fiction consacré à l'Amérique latine et réalisé par un auteur non latino-américain. En un discours cinématographique dépouillé, Gabriel Auer nous fait pénétrer l'univers d'une prison « moderne et modèle » de l'Uruguay. Une prison d'où l'on ne sort que mort ou candidat à l'asile psychiatrique. Le film de Gabriel Auer passera sur Antenne 2 en juin prochain. Parler du cinéma à La Havane, c'est évoquer le formidable travail accompli par l'Institut cubain du cinéma (ICAIC), c'est aussi saluer les équipes de cinéma itinérant « Cinémovil » qui ont porté le 7" Art jusque dans les montagnes les plus reculées. De la cinémathèque de Cuba, par delà les images projetées, me reviendra longtemps en mémoire le sourire de cette vieille dame, portière dans l'ascenseur, qui chantonnait du rez-dechaussée au dizième, chaque jour. Elle avait pour se reposer, comme dans tous les ascenseurs des administrations, un tabouret posé dans un coin. Cuba si ! Jean-Pierre GARCIA LE GOÛT DU CAFÉ Beaucoup de Brésiliens, dont un ministre, sont d'origine japonaise. Sort prochainement un film qui raconte leur histoire. ON est en 1908 au Brésil, une femme raconte ... Elle est japonaise. Comme bien d'autres de ses compatriotes elle s'est exilée de son pays pour gagner sa vie. Le Brésil est là qui semble dessiner, avec ses plantations de café, un accueil chaleureux. L'esclavage vient d'y être aboli, et le mirage du développement auquel se sont déjà pris nombres d'émigrants (italiens, espagnols, etc.) scintille jusqu'au-delà du Pacifique. Loin de tout, plongé dans un univers où tous l~ travailleurs parlent une langue différente et dépendent économiquement des magasins du patron, logé dans des baraquements insalubres, le soleil japonais en exil va tout de même essayer avec détermination de poindre au Brésil. L'ombre qui s'étendra sur lui sera celle de la répression, de la maladie, de la mort. Il sera long, le chemin de la révolte qui mène, cahin-caha, à la liberté. Tourné avec des moyens assez importants pour un film brésilien (300 000 dollars), ce premier film de la cinéaste Tizuka ·Yamasaki est une oeuvre chaleureuse. Il y a adéquation totale entre la cinéaste et son personnage féminin Titoe. Sans démonstration excessive, elle nous montre le double caractère d'oppression 38 que subit Titoe : en tant que femme (son mari a tout pouvoir sur elle ; comme tous les hommes, il n'a pu quitter le Japon qu'après s'être marié) et en tant qu'ouvrière. C'est par la force de cette double meurtrissure que ces femmes aideront les hommes à relever le front. Un des atouts majeurs du film : le portrait sensible de ce« melting-pot » brési-lien où toutes les races se confrontent pour le meilleur et pour le pire, mais où chacune brille de sa singularité. Plai- Titoe, héroïne du « melting-pot » brésilien doyer généreux pour le mélange racial, Gaijin donne toute sa puissance aux différents langages des corps qui viennent pallier les barrières de la langue. Pétri de tendresse, de révolte mélancolique, de regrets mais aussi de confiance en l'avenir, GaUin est une de ces oeuvres à la fois classiques et rares qui nous donnent à découvrir une situation particulière, peu connue, l'émigration japonaise. uri film à l'image de son auteur, Tizuka Yamasaki~ femme-cinéaste à la fois japonaise et brésilienne puisqu'elle a fait ses études de cinéma à l'Université de Brasilia, puis à l'Université fédérale de Rio de Janeiro. Par son existence même, Gaijin concré. tise ce « rêve d'avenir» dont pouvaient se nourrir certains immigrés japonais dans les années 1910 au Brésil. Jean-Pierre BERGEON I L n'est pas encore l'heure du concert et déjà la foule se presse devant le Bataclan; Dans un décor 1930, jeunes et moins jeunes, punks et barbus se côtoient et attendent patiemment leur groupe. Pendant la Résistance, un réseau de renseignement, appelé l'Orchestre Rouge par les Allemands, s'était constitué en Europe . . Selon les dires du chef de l 'Abwher , l'amiral Wilhelm Canaris, « les activités de ce réseau ont coûté à l'Allemagne deux cent mille de ses soldats ». Depuis 1980, Orchestre Rouge crie ses obsessions et passions à travers le continent. Orchestre Rouge c'est, pour le bassiste Pascal des A., « six itinéraires qui à cause de leurs différences ont fini par converger, créant un septième être qui mène une · vie symbiotique avec les six, mais existe indépendamment d'eux ». Orchestre Rouge est également un groupe engagé et «bordé/iquement démocratique ». Chaque membre se bat pour ses idées. Toutefois, ils affrontent tous les mêmes ennemis ,: le racisme, le fascisme. Leurs seules armes: une guitare pour Pierre Colombo et Denis Goulag, une batterie pour Pascal Normal, une basse pour Pascal des A. et la voix de Théo Hakola. La musique a investi la salle et tous les yeux se sont rivés inexorablement sur ces qua(re Parisiens et cet Américain aux DIFFÉRENCES N° 19 - JAN.VIER 83 racines finlandaises et suédoises. Après quelques mesures, sortant de ses entrailles, la voix cynique et acide de Théo s'est élevée. Le grand Théo saisit énergiquement son violon sur lequel ont peut voir, d'un côté un autocollant citant la bible, de l'autre un autocollant du MRAP : Non à l'antisémitisme. Cet autocollant lui fut offert par un client alors qu'il était serveur dans un restaurant des Halles, un pèu avant les événements de la rue Copernic. Il l'a mis sur son violon non seulement parce que cela correspond à ses « délires » mais également parce que pour lui - qui ne fait que flirter avec cet instrument - « le violon est l'instrument juif par excellence si du moins il eh existe un. D'ailleurs, les plus grands violonistes ne sont-ils par juifs comme Isaac Stern et Yehudi Menuhin? ». Le guérilléro espagnol et le Révérend Paisley • Après avoir crié « je cherche une drogue (qui ne fait pas mal) », Orchestre Rouge assène une gifle cinglante à la face du monde avec « Red Orange Blue»: autour d'une table, trois politiciens sont réunis : Mariano Sanchez Corvisa, chef des guérilleros «dei Christo el Rey», une organisation espagnole, terroriste de droite ; le Révérend lan Paisley, chef de file des protestants extrémistes d'Irlande 39 Rouge, un groupe .!l""''~'''''''.' engagé et démocratique» : du Nord, et le sénateur républicain Robert Dole: « C'est lui qui faisait les sales boulots pour Nixon et Ford lorsque ces derniers ne voulaient pas se mouiller ». Tandis que le premier vante ses méfaits, le second blasphème et Dole, le «drapeau américain», tourne sans cesse au rouge. Dans la salle, c'est l'overdose lorsque Théo entonne « Slugs » et affirme en accompagnant ses paroles de grandes révérences pathétiques : « Tu ne reconnaîtrais pas la solidarité même si elle te caressait tu de reconnaîtrais pas la passion même si elle t'embrassait tu ne reconnaîtrais pas l'amour même si tu le buvais tu ne reconnaîtrais pas la vérité même si tu te la shootais ... » Le « dre jaune» d'Orchestre Rouge se poursuit, toujours plus cinglant et lucide, avec Saon come violence, Crows, the Consul, Hale in is thigh, Soft Kiss. Puis Kazettlers Zeks (prisonniers des camps de concentration et du goulag), chanson qui s'inspire de l'histoire des héros de Quel beau dimanche, le roman de Jorge Semprun, et volontairement 'illustrée par une musique désinvolte et légère qui contraste avec la gravité des propos. Du rock bien-pensant. Dolorès ALOIA Le premier album « Y ellow Laughter » est produit par Martin Hannet chez ReA. CinémAction vous vous intéressez ÉDITIONS L'HARMATTAN 7, rue de l'École.Polytechnique 75005 PARrs Tél. : 354.79.10 à l'émigration et au cinéma? dans le n° 24 de ,CinémAction Cinémas de l'émigration 3 vous trouverez tout sur les films les plus récents consacrés aux problèmes des immigrés en France et dans le monde,' • des analyses, des entretiens, des critiques de films • un catalogue de 500 titres avec les adresses où se les procurer • Préface de Jean-Pierre Chabrol • 200 p., 60 F Ce numéro prolonge et complète Cinémas de l'émigration (1), paru en 1979 et Cinéma contre racisme (1/), paru en 1981, dont on peut encore se procurer , les derniers exemplaires aux EDITIONS l'HARMATTAN Lu Vu Entendu DIFFÉRENÇES N° 19 - JANVIERl83 , , '.. ~- . oeuvre considérable, celle du romancier turc mondialement connu, Yachar Kemal, barde de o Voyages, de Ibn Battûta, éd. l'Anatolie, que nous offrent 0 Afro blues, de Henri Guedon; Maspéro. maintenant les éditions Galli_ Le Chant du Monde. C'est en 1325, l'année qui suivit mard. Depuis huit ans, chaque De l'éclectisme à cent à l'heure, la disparition de Marco Polo, été l'exploration de c~ grand du détournement de musiques qu'Ibn Battûta (1304-1368 ou 77) romancier épique se poursuit vers la joie. Henri Guédon ne quittait Tanger pour une dans notre langue et c'est tant ménage pas son plaisir pour nous immense pérégrination de vingt mieux. Si les légendes populaires livrer ce nouvel album, extrèmeans, à travers tout le monde anatoliennes et leur goût pour ment sophistiqué, où se côtoient connu d'alors, Europe exceptée. une description minutieuse et les lettres de sa mère, New-York, Ibn Battûta consacre les années lyrique de la nature, que nous les onomatopées de sa fille ... A qui suivent à la rédaction de ses conIiaissons déjà des ouvrages posséder sur l'heure. J.R. mémoires et récits de voyages, précédents de Kemal, colorent la commandités par la Cour de Fès, toile de fond de ce nouveau où une certaine incrédulité volume, en filigrane, plus accueillera sa relation extraordi- qu'avant peut-être, le lent pasnaire, il est vrai parfois entachée sage d'un mode de vie patriarcal, d'affabulations, en partie excusa- où les codes d'honneur et d'hos- 0 La Kabbale selon Aboulafia, bles puisqu'il s'agissait de cou- pitalité du passé ont cours, à une , par George Berreby au Théâtre cher sur le papier plus de vingt modernité nouvell_e_~til1g!lié~ame Essaïon. qui « aime les hommes surtout au printemps ». .. " , " '.i: Scènes d'amour érotiques sur musique d'ambiance.,' Toutefois cet amour nedUl:era pas car il est menacé par: un mystérieùxpersonnage jaloux de èette ' passion. Peut-être le père de Mavi ? Puis c'est la rencontre avec Ida et la solitude, notamment à Venise. Incontestablement, Michelangelo Antonioni connaît son métier et sait utiliser une caméra. Toutefois, il nous avait habitué à mieux notamment avec Zabriskie Point, Blow Up et Profession Reporter. Son dernier film : Identification d'une femme, manque un peu de sel et surtout de profondeur psychologique. Il n'en demèure pas moins ' un film à voir et à savourer. D.A. ans de souvenirs. Ibn Battûta est se fai t jour. Aboulafia, le juif pas comme les peut-être avant tout un homme , autres et un brin kabbaliste, est 0 Les Dieux sont tombés sur la pieux, qui n'hésite pas à s'arrêter Y.T. persécuté par ses frères et les tête. J . Uys. " plusieurs mois, ou plusieurs chrétiens . Rarissimes sont les films africains années auprès d'un sheikh ou Il tente de rejoindre en plein trei- qui parviennent jusqu'à nous et d'un savant pour en écouter zième sicèle le Pape Nicolas III à plus rares encore sont ceux de l'enseignement. C'est aussi urY 0 Terre de Guerre. - Galerie Rome pour plaider sa cause. Botswana qui affichent le triommaître de la « Rihla », « relation Magnum. Une parabole ésotérique sur le phe du rire noir. .. de voyage », parsemée de fines et ~ Vous avez jusqu'aux premiers pouvoir et l'amour de l'autre. Dans Les Dieux sont tombés sur judicieuses observations, de mor- :jours de janvier pour plonger du ,Le fin mot de l'histoire c'est la tête (The gods must be crazy) ceaux de bravoure stylistiques regard sur « Terre de Guerre », ' peut-être que lumière et secret en un film de Jamie Uys, tout comcomme en raffolent les Arabes une expo-photo signée Magnum ' hébreu ont le même chiffre dans mence avec une bouteille' vide de amoureux de la belle langue et, sur le Proche-Orient des années la Kabbale. Une coïncidence, Coca-Cola tombée du ciel, d'un 1 également, comme cela était fré- 48 à Beyrouth, de l'espoir à dont la nature est à l'évidence de ' oiseau de f~r, en plein déser{ du quent, d'emprunts à des devan- l'insoutenable... l'ordre de l'initiatique. Kalaharie. - ciers plus célèbres. Fourmillant i Galerie Magnum: 20, rue des Un très beau spectacle qui ren- Chez les Bushmen , après un de notations ethnographiques et 1 Grands-Augustins 75006 (Métro voit aux mystères du monde. lIioment de curiosité provoqué sociales, les « Voyages» d'Ibn St-Michel). D.C. par 'l'objet miracle, on ,assiste à Battûta sont aussi un livre d'his- l'émergence de sent,iments, toire à vif, observée, immédiate, 1 jusqu'alors inconIius, l'envie, la 1 du monde musulman d'alors et: jalousie et la colère. " 'de quelques régions périphéri- Xi comprend vite que l'objet est ques. La réédition de ce grand, maléfique et décide de s'en texte, en format de poche, avec, débarrasser. Àprès quelques ,vaides introductions et une multl- nes tentatives, il entreprend tude de notes par Stéphane YeraJ d'aller «au bout, du monde» à simos, mettent à la portée d'un quelques jours de marche pour le vaste public des récits aussi capti-I faire disparaître ,à tout jamais. vants que ceux de son illustre pré-i Ce sera le début de son irrésistible décesseur vénitien Marco Polo,i aventure, il connaîtra la priso,Il,

auprès desquels ils se doivent; sera mêlé à une course pours.\lÎte

dorénav~~?oe_Charles_~er',_- Y~T. 1 entre l'armée régulière et un o Les Indiens d'Amérique du groupe de guérilleros, Bref à Nord. Documentation française. ! grands coups d'éclats de rire, nous serons amenés à reconnàÎtre Toute une somme de renseigne- comme Xi que les Dieux sont ments pour ceux qui s'intéressent bien tombés sur la tête. " aux Indiens des Etats-Unis et du :!erre'de_ guerre :~ l{aymond Depardon - Magnum Ce film a entre autres obtenllie Canada. La vie et le fonctionne- Grand Prix du fIlm d'Humour de ment des réserves. La condition Chamrousse 1982 et sera sur nos actuelle des premiers Américains. Le sens et les objectifs de leurs! écrans- à partir du 19 janvier luttes actuelles. 1 ID De Mao à Mozart, les aventu-: 0 -Identification d'une femme; 'ii:3iilm étonnant tourné dans Dossiers d'actualité mondiale; res d'Isaac Stern en Chine, par d e MI' C h el an ge 10 AntonI'oni' . un espace d'une , b,e auté. extrême « Problèmes politiques et: Murray Lerner. Plongée sur une porte, Niccolo et dépouillée à l'image des BtiShsociaux » n° 448 du 8 octobre 1 Le voyage d'Isaac Stem en 1979, Farra, réalisateur italien fait son men. D.C. , 1982. 12 F. Edité par« La Docu-: au moment où la Chine de entrée. --'---,,-- -- mentation Française ». En vente, J'après-Révoultion culturelle Cet homme fait partie de ceux aux librairies: 31, Quai Voltaire! l' S'ouvrait aux O~identa.ux,. Un qui désirent avoir avec les femParis 7e • 165, rue Garibaldi Lyon ,regard sympathIque temte de mes le même dialogue qu'avec la 3e • ' R.P.' 1 1'euroPéo-centrisme et du pater- , inature. Il ne veut pas être obligé tTïourterelle, ma lOurte;~lïe, d~ , nalisme de bon ton de Stern. Un l 'de parler tout le temps . YacharKemal, éd. Gallimard. jfilm discutable mais fort riche. , Flash back sur sa rencontre avec C'est le huitième tome d'une J.-P.G. '. Mavi, grande brune masculine Notes réaliSés-pir::,.:... 1 DanieI:CHAPU'l'..:-----~,.- - - , Jean-Pierre GARUA " . Robert PAC Jean ROCCIA Yves THORA VAL 1 Histoire AUTOPSIE D'UN CHEF Cinquante ans après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, l'analyse de l 'historien Gilbert Badia DIFFÉRENCES: En quoi l'ascension d'Hitler jusqu'au pouvoir que lui confie le président Hindenbourg en janvier 1933 était-elle résistible ? Gilbert Badia : Il faut insister d'abord sur la crise économique. Il y a à ce moment-là, pour une population active moindre qu'aujourd'hui, six millions de chômeurs. Cela dure depuis deux ans et on n'en voit pas le bout. Pour la jeunesse, c'est le désespoir absolu. Aucun espoir de trouver du travail. La deuxième chose, c'est qu'Hitler et son parti10nt connu une ascension foudroyante depuis 1930. En 1928, c'est un tout petit parti, il a 800 000 voix sur 30 millions. En 1930, il a 107 députés, près de 20 0,10 des voix. En juillet 1932, il a 13,7 millions, c'est-à-dire 37 % des voix. On revote six mois après, en novembre, et là, surprise, on assiste à une baisse très nette d'influence: il perd deux millions de voix. Or c'est deux mois plus tard qu'on lui confie le pouvoir, à un moment où il semble que le parti soit menacé de désagrégation. Ces fluctuations sont étonnantes. De fait, il a regroupé un certain nombre de gens mécontents, angoissés, paniqués par la crise, mais qui ne sont pas fixés. Le 30 janvier, Hindenbourg confie à Hitler le poste de chancelier, et au parti nazi deux ministères clés, l'Intérieur de Prusse' et l'Intérieur du Reich. Tous les autres ministères sont tenus pas des conservateurs, par ce que nous pourrions appeler la droite classique. Dans tout le mois de février, Goering fait une série d'opérations. Il décrète que des SA 2 . deviennent police auxiliaire. Il fait faire une troisième perquisition au siège du Parti communiste à Berlin. Alors que les deux premières n'avaient rien donné, après la troisième la police assure qu'elle a découvert des quintaux (sic !) de documents subversifs dans les catacombes alors qu'il n'yen a pas dans cet endroit de Berlin. Le 27 février, c'est l'incendie du Reichstag. Dans la nuit, on arrête. 20.000 opposants communistes et sociaux-démocrates, et c'est le début de l'émigration. Au 28 février, cette ascension était-elle résistible? On peut le montrer par les chiffres. Hitler avait perdu en novembre 1932 deux millions de voix. Pendant tout ce temps, les partis social-démocrate et communiste se maintenaient ou progressaient. Plus exactement il y a un tassement socialdémocrate et une augmentation régulière, au fil des élections, du parti communiste. Le total des voix de ces deux partis de gauche dépasse en novembre 1932 le total des voix nazies. On votera une dernière fois dans le Reich (après, ce sont des référendum plébiscites, il n'y a plus de vote), le 5 mars. Une semaine après l'incendie du Reichstag, un mois après l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Un mois de terreur: 64 morts pendant le mois de février, 20.000 opposants arrêtés, presque tous les candidats communistes. On a interdit la presse de gauche. En dépit de cette terreur et de l'interdiction de faire une campagne électorale, on n'a pas interdit le vote : les bulletins étaient en place dans les lieux de vote, l'élection a été à peu près régulière. Bien qu'il n'aient pas ou peu de candidats, puisqu'ils étaient en prison, les sociauxdémocrates recueillent_encore 18 % des voix, ne perdent presque rien. Le Parti communiste, plus touché par la répression, garde encore 12 % et 100 députés. Ces élections prouvent l'existence de partis de gauche encore très puis- . sants. Dans plusieurs grandes villes et régions, si on compte leurs voix ensemble, ils ont la majorité absolue. C'est le cas de quartiers de Berlin, c'est le cas d'une partie de la Ruhr, c'est le cas en Allemagne centrale. Je crois que l'ascension des nazis était résistible. Si elle n'a pas pu être arrêtée, c'est essentiellement parce que les deux partis de gauche étaient profondément divisés et s'étaient fait, jusqu'alors, la guerre. Différences: Qu'est devenu cette gauche après 1933 ? Gilbert Badia : Les cadres les plus menacés ont émigré, les autres sont entrés dans la clandestinité, tout de suite. Mais la police nazie, la Gestapo, créée quelques semaines plus tard, leur a porté des coups terribles : toute une série de leaders ont été soit internés, soit par la suite exécutés. En particulier, le 3 mars, deux jours avant les élections, Hans Thaelman, président du KPD, Parti communiste allemand, est arrêté. Une grande partie des leaders émigrent, pour la plupart en France. Ils vont continuer le combat, de l'étranger, en fournissant aux opposants restés dans le Reich de la littérature,' des tracts, des textes, des journaux, qui circulent. Cette résistance, est mal connue encore cinquante ans après. Il continue à paraître tous les mois des livres et des films sur le Troisième Reich, mais presque rien sur les opposants à Hitler, en particulier sur ces émigrés qui ont mené en France un combat remarquable 3 • Cette résistance s'est poursuivie dans des conditions extrèmement difficiles, avec des pertes terribles. C'est essentiellement une résistance de gauche. On met encore aujourd'hui en avant la résistance des généraux, mais la tentative d'assassinat d'Hitler date du 20 juillet 1944, c'est-à-dire au moment où déjà le sort de la guerre bascule. Les résistants de la première heure, ce sont les militants des deux grands mouvements ouvrier. Différences : Cinquante ans après, on garde la même discrétion sur les appuis qu'a reçus Hitler. Gilbert Badia : C'est très frappant. Le film «Hitler, une carrière» qui sort actuellement, est significatif à cet égard : on y oublie la résistance, on dit même que les opposants ont été dociles, ce qui est un curieux trucage de l'Histoire. De plus, pas un mot de l'aide qu'Hitler a reçue des industriels qui l'ont financé, de l'armée qui a fait preuve à son égard, et dès sa prise de pouvoir, d'une neutralité bienveillante, des Eglises qui ont eu au début la même attitude et de toute la droite classique. Les industriels, la grande bourgeoisie financent le parti nazi. Il coûtait très cher. 400.000 SA, auxquels il fallait payer une solde, minime, certes, mais réelle. Le parti n'avait pas de ressources propres. Ensuite les dépenses électorales, qui en 19n étaient lourdes. Dans le journal de Goebbels du mois de décembre 1932, il y a cette indication: « Nous sommes Da~.IIt'U". avril 1981. prêts de lafail/ite ». Elle n'a pas eu lieu parce que les industriels ont foncé. Dans mon livre je raconte une réunion du 25 février 1933. Hitler a réuni les indutriels dans le palais de Goering, président du Reichstag, et il énonce son programme

ce sont les dernières élections, je veux rétablir

l'Allemagne dans sa grandeur. Il leur indique à mots couverts qu'il empêchera toute grève. A la fin de la réunion, le Dr H. Schacht, le financier, demande des fonds et les industriels signent sur l'heure un certain nombre de chèques qui ont débarrassé le parti de ses soucis. D'ailleurs, pour la nomination même d'Hitler comme chancelier, c'est une démarche des industriels les plus représentatifs de l'Allemagne auprès de Hindenbourg, en décembre 1932, qui a emporté la décision. Le 2 février 1933, dès qu'il est au pouvoir, Hitler réunit les chefs de l'armée et leur annonce son plan de réarmement et de conquête de territoires à l'est. Il est approuvé parce que celà représente un certain nombre d'objectifs traditionnels des chefs militaires de la République de Weimar. Le soutien de l'églises est plus nuancé. C'est surtout la droite classique qui donne son appui. Lors de l'ascension électorale d'Hitler au cours des années 1930 à 1932, si on prend la carte électorale de l'Allemagne, on constate que l'accroissement des voix nationales-socialistes s'est fait aux dépens des voix de la droite. Quand la droite s'effondre, le parti nazi se gonfle, les chiffres correspondent. Bien entendu il y a eu des chômeurs qui ont cru qu'Hitler, c'était le grand espoir, des gens qui sont venus à lui par désespoir. Une partie des abstentionnistes ont voté pour lui et quelques voix de la gauche se sont transférées. Mais l'essentiel vient des partis de droite. Différences: Comment Hitler a-t-il pu renforcer son pouvoir à partir de 1933 ? Gilbert Badia : Le procès de Leipzig, où l'on jugeait les incendiaires supposés du Reichstag s'est ouvert fin 1933. Ont été invités quatre-vingts journalistes étrangers, sous la pression de l'opinion internationale. Le procès, grâce à la défense remarquable de Dimitrov, a tourné à la confusion des nazis. Le tribunal a acquitté les quatre condamnés, mais 43 a condamné à mort Van der Lubbe, et l'a fait exécuter rapidement. Hitler a perdu le procès à l'étranger, mais l'a gagné à l'interieur. On a tout ignoré du jugement en Allemagne. Geobbels ministre de la Propagande, ne laisse passer qu'une seule version des faits. On fait répandre l'idée que le Chancelier a sauvé l'Allemagne du chaos de la révolution bolchévique. Une partie des classes moyennes a été convaincue. François Poncet, ambassadeur de France à Berlin dit dans ses Mémoires : « Il est difficile au peuple allemand de croire que son gouvernement ment ». C'est un trait de la mentalité allemande que ce pouvoir de l'autorité en place. Ces communiqués qui aujourd'hui, à la simple lecture, montrent leur incohérence, leur inexactitude, etc, ont été acceptés par l'opipion. On a annoncé par exemple que les quintaux de documents subversifs saisis allaient être publiés, que le complot communiste avait prévu de prendre des otages, d'empoisonner les sources, de mettre le feu aux centrales électriques, d'exécuter des femmes et des enfants mis en avant au moment de l'insurrection. Tout cela a fait les gros titres de la presse. Ce matraquage s'est poursuivi pendant tout l'année, et a donné autant d'importance au procès. Sans oublier la répression et la création de la Gestapo. De plus, le chancelier a su admirablement diviser ses adversaires. Enfin, quand il a gagné la majorité, Hitler a insisté sur deux points. Il n'avait pas les moyens de donner des avantages économiques aux ouvriers, mais il a privilégié deux aspects. L'aspect légal: il est arrivé légalement au pouvoir, et sauve les apparences, bien qu'il fasse rapidement signer à Hindenbourg un décret qui annule de fait la Constitution de la République de Weimar. L'autre aspect, c'est l'exaltation du sentiment national. L'Allemagne depuis Versailles est humiliée. Tous les partis, y compris le Parti communiste ont protesté contre le diktat de Versailles. Ce sentiment d'humiliation, Hitler a su l'exploiter. Il a promis à l'Allemagne un avenir de grandeur et de magnificence. Cela a contribué très largement à lui rallier une partie des classes moyennes. Propos recueillis par J.-M. O. 1. Parti national-socialiste, en abrégé: nazi. 2. S.A., sections d'assaut. 3. Voir les souvenirs des antifascistes allemands, présentés par Gilbert Badia, Maspéro. z Z Pol CIl En débat DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER '83 FAUT -IL BOYCOTTEE tL' AFRIQUE DU SUD? Massacre au Lesotho, militants de l'ANC condamnés à mort, attentat contre la centrale nucléaire construite par la France, projet d'une tournée de rugby: l'Afrique du Sud est au coeur de l'actualité mais les media n'en parlent guère t!.t bien des défenseurs des Droits de l'Hommé

,':: ' détournent la tête.

" J, , "Différences s'interroge : que faire ? -.'" SamRAMSAMY .. , président du SANROÇl , . Lesboycotts démoralisent ",toujours les régimes racistes , blancs. / ', L faut boycotter l'Afrique du Sud " non seulement dans le sport mais également dans tout autre domaine. Plus particulièrement dans le sport, c'est le boycott qui a entraîné quelques petits changements dans ce pays. Lorsque les pays ont commencé à boycotter l'Afrique du Sud, celle-ci s'est rendu compte que les Noirs aussi sont concernés par le sport et qu'ils aspirent, eux aussi, à devenir des sportifs d'envergure internationale. De fait, les boycotts, jouent un rôlé important. Les boycotts démoralisent toujours les régimes racistes blancs. Ainsi, le boycott de la tournée de rugby ,montrera aux sud-africains blancs qu'ils n'ont pas d'amis. Cela soutiendra le moral des Sud-Africains noirs qui souffrent et cela conduira à obtenir toujours plus de concessions de la part des Blancs. Les Sud-Africains blancs seront obligés de reconnaître que la loi de la majorité est inévitable et que c'est la seule façon de résoudre le problème. Si les nations blanches et plus particulièrement les pays européens continuent de soutenir l'Afrique du Sud, celle-ci intensifiera la guerre et cela conduira à un gigantesque carnage, de Noirs et de Blancs. Si les gens veulent atténuer la polarisation en Afrique du Sud, il est important qu :~ls montrent aux Blancs de ce pays qu lis ne sont pas leurs amis. Si l'Afrique du Sud est soutenue, ces blancs peuvent interpréter cela et penser qu'ils ont des amis à l'étranger. Si vous allez en Afrique du Sud, il est difficile pour qui que ce soit de voir ce qui s'y passe. C'est comme aller dans un camp hitlérien. Vous devez être noir pour arriver à connaître à quel point le système est ambigü, de ce fait, il est impossible d'aller là-bas deux semaines, de revenir et de dire « voilà ce qui se passe en Afrique du Sud ». En fait, le gouvernement sud-africain favorise ces visites parce qu'en Afrique du Sud, on ne voit que les éléments superficiels de la société. 1. SANROC: South African Non-Racial OIympic Committee. 44 Lionel JOSPIN premier secrétaire du Parti Socialiste Exercer des pressions contre Prétoria signifie trouver des sources alternatives d'approvisionnement. L A question des pressions économiques sur l'Afrique du Sud auxquelles nous restons favorables n'est qu'un des volets d'une action plus large dans laquelle le PS s'est engagé. Celle-ci vise à aider les peuples d'Afrique australe et au premier rang le peuple opprimé d'Afrique du Sud à se libérer du système odieux d'apartheid et des tutelles OU des menaces diverses que celui-ci fait peser sur les pays environnants. De telles sanctions ne peuvent être étudiées hors du contexte d'ensemble des problèmes de toutes sortes qui se posent à cette région et des relations que nous entretenons avec elle. Un pays comme le nôtre, confronté à une crise économique internationale grave, avec les conséquences que l'on connaît, en particulier sur notre balance commerciale, dépend en outre de l'Afrique du Sud, pour cinq minéraux stratégiques rares, sans parler du charbon, indispensables à notre industrie. Exercer des pressions contre le pouvoir en place à Prétoria signifie aussi trouver, à terme, des sources alternatives d'approvisionnement ... et de nouveaux débouchés pour nos produits. Peut-être trouverons-nous l'un et l'autre dans les Pays de la Ligne de Front ? Encore faut-il les aider à se « désenclaver » de leur puissant voisin en soutenant massivement leurs plans de développement des transports, de l'énergie, des mines, etc. tels qu'ils ont été établis dans le cadre de l'organisation régionale connue sous le nom de S.A.D.C.C., ce qui nécessite la mise en oeuvre d'importants moyens financiers. Je veux redire ici, à propos d'une question évoquée ces jours-ci, que le Parti Socialiste demeure opposé à la construction par la France d'une deuxième centrale nucléaire en Afrique du Sud. Aucun élément nouveau aujourd'hui ne nous semble devoir remettre en cause ce choix ni faire penser qu'une décision de cette nature soit préparée. Ces pressions économiques doivent, de plus, être soigneusement choisies pour pénaliser réellement ceux à l'encontre desquels elles sont dirigées et non l'inverse, sous peine de perdre toute effi- ' cacité et donc crédibilité. Parler de sanctions globales ne nous paraît donc pas très réaliste. Il faut au contraire déterminer des objectifs précis, compatibles avec les contraintes économiques du moment et y associer dans leur application d'autres forces européennes notamment parmi celles qui ont aujourd'hui la responsabilité du pouvoir. C'est ce que fait lePS à travers la préparation de la Conférence de l'Internationale Socialiste surI'Afrique australe qui est projettée pour juin prochain et qui parlera tout à la fois de sanctions y compris économiques et d'aide. Serge BOUCHENY sénateur de Paris (peF) Par ses agressions sanglantes, le régime raciste et colonialiste de Prétoria est un danger pour la paix. L E régime raciste qui sévit en Afrique du Sud n'a pu se maintenir jusqu'à présent qu'avec les soutiens des forces réactionnaires mondiales, sur la base de leurs affinités politiques. Ce fut longtemps le cas de la France giscardienne qui a apporté son soutien politique, économique et militaire. La solidarité du gouvernement des Etats-Unis à l'odieux régime raciste ne se dément pas ,. bien au contraire, avec persévérance les EtatsUnis s'opposent à tout acte, toute sanction qui pourrait favoriser la chute du régime de Prétoria. Le régime actuel de l'Afrique du Sud, fort de ses soutiens, prétend mettre en cause le mouvement de progrès qui par. court l'Afrique. Par ses agressions sanglantes, le régime raciste et colonialiste de Prétoria est un danger pour la paix ,. il est un obstacle à l'établissement de nouveaux rapports entre les Etats, à l'établissement d'un nouvel ordre international. L'arrivée de la gauche au pouvoir en France a fait nattre dans les pays africains un immense espoir quant à l'aide que notre pays pourrait leur apporter, pour instaurer en Afrique australe le progrès, la concorde et la liberté. Aujourd'hui, la France doit entrer dans le groupe des nations qui luttent réellement contre {'apartheid. Elle doit lui refuser toute aide économique, politique et militaire, et se prononcer, comme le demande l'O.N. U. pour des sanctions. Nous nous félicitons des démarches du gouvernement français en faveur de la liberté des prisonniers politiques en Afrique du Sud. En même temps, la presse annonce que des chercheurs du C.N.R.S. et de {'I.N.S.E.R.M. Se rendraient dans ce pays pour y dispenser un enseignement de haute technologie. De plus, lors de la réunion du Fonds Monétaire International, le représentant du gouvernement a voté pour une aide financière à Prétoria. La France doit briser net avec {'hypocrisie du pouvoir ancien . Nous ne partageons pas "idée pernicieuse qu'il serait possible d'aménager {'apartheid. Il est nécessaire que la condamnation internationale se traduise dans les faits et impose des sanctions goba/es contre l'Afrique du Sud. Prendre prétexte pour s'abstenir que ces sanctions toucheraient également la population noire n'est pas crédible. « Le peuple sud-africain est tellement opprimé qu'il ne peut souffrir davan- 15 tage » disait cet été le représentant de l'ANC à Paris. C'est l'absence desant:tions qui prolonge le calvaire de ce peuple. Pieter DANKERT président du Parlement Européen Les objectifs huma~itaires ne peuvent être réalisés sans une action au niveau international. L'APARTHEID est un crime con'trel'humanité. Cependant on ne Ipeut espérer réaliser les objectifs humaloitaires qui découlent de cette conviction

sans une action coordonnée au niveau

international. Dans ce contexte il est notable que le Parlement européen ait adopté récemment une résolution englobant les problèmes de l'apartheid et de la situation politique en Afrique du Sud qui préconisait un code de conduite pour les entreprises européennes en relation avec l'Afrique australe. D'autre part, une conférence des parlementaires de l'Europe de l'Ouest sera l'occasion de débattre des moyens à envisager pour promouvoir les droits de l 'homme et la dignité humaine de tous les citoyens de l'Afrique du Sud. Bien sûr les sanctions ne changeront pas à elles seules la politique d'apartheid, mais je suis convaincu que les' sanctions économiques, l'embargo sur les:exportations de pétrofe, d'armes et de matériel de haute technologie peuvent, à condition qu'ils soient pleinement respeetés, apporter uI\e contribution importante à l'évolution de la situation ségrégationiste en Afrique du Sud de façon que tous les hommes y jouissent bientôt des mêmes droits. DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 ' ,La parole a" ...- -------------------------------------------__________ __ Juliette Gréco .•' « ,Le monde est sourd au cri des siens » Gréco revient. Avec un /ivre: « Jujube ». Différences l'a rencontrée lors d'un hommage à Paul Eluard, organisé par l'hebdomadaire Révolution. Cf.:. hommage à Paul Eluard, c'est quelque chose d'important, d'étrange, de bizarre, il y a comme un énorme décalage entre la nature de son oeuvre et notre réalité quotidienne. Je me sens encore toute portée par ses mots, son souffle, son génie, alors que mes pensées vont en ce moment vers Aragon. Je n'aime pas cette société de mépris et de haine. R faudrait que les hommes arrêtent de se déchirer, de se torturer et prennent enfin le temps de s'aimer. C'est fou, c'est dément, nous nous sommes déjà si souvent battus. Rfaut toujours tout recommencer, c'est sans doute normal, mais c'est éprouvant, difficile, c'est surtout cruel pour ceux qui sont morts et oubliés. Les hommes deviennent fous, ils sont en train de détruire un paradis, un astre superbe, nous sommes des monstres. Je me sens en colère, surtout après avoir interprété Eluard, cette idée de Liberté c'est tellement autre chose. . J'ai vécu une vie intense, je suis contente d'avoir cinquante cinq ans, je ne verrai , peut-être pas l'aboutissement de toute cette folie meurtrière. En fait j'ai peur, pas pour moi mais pour les enfants, ceux qui arrivent. Merde alors, ils ont aussi le droit à la vie. Je suis d'une violence terrible et d'une grande douceur, les deux vont bien ensemble comme deux rives jumelles. Je continue de me battre pour un monde meilleur, celui d'aujourd'hui semble ne plus pouvoir entendre le cri des siens. Oui « Jujube» est fragile, elle va, elle est surtout très émue~ car elle ne pensait pas que l'on puisse encore s'intéresser à elle. Propos recueillis par Daniel CHAPUT, Notre soi-disant sex-appeal Lectrice fidèle et abonnée à Différences, je me permets de faire quelques suggestions à propos de l'article « Michèle Mail/et voit rouge ». le suis noire, professeur de physique dans un CES de la banlieue parisienne où des élèves de diverses nationalités se côtoient, s'affrontent ou s'ignorent. C'est dans ce climat que je m'efforce de leur montrer, que bien qu'étant noire, avec mes nattes, je peux leur dispenser un enseignement de qualité, et que je les aime tous également avec leurs problèmes et leurs différences. A mes collègues et à l'administration du CES j'ai dû montrer que je savais me défendre, m'intéresser à mon métier et surtout m'intéresser à autre chose qu'à la cuisine créole. Aussi quand j'ai lu l'article où Mme Maillet se confesse : « J'ai joué à la télévision la comédie qu'on me demandait

la négresse alibi, la doudou

d'Antenne 2 », j'ai trouvé la confession bien tardive, car le mal est fait. Combien de travailleuses noires s'efforcent quotidiennement de montrer une image positive d'elles-mêmes. Tous ces efforts sont effacés par des médias qui s'obstinent à ne mettre en valeur que notre sourire ou notre soi-disant sex-appeal exotique, et nous savons combien c,ette attitude est génératrice de racisme. Il est temps qu'un véritable changement, dont le MRAP et votre journal pourraient être les initiateurs, s'opère dans ce domaine car jusqu'à maintenant à la TV, un oiseau des îles en a remplacé un autre. Il y a en ce moment, il est vrai, une série américaine assez intéressante à ce sujet (Harold et Willy), mais cela mérite d'être développé dans un cadre français. Combien d'infirmières, d'enseignantes, de postières ne demanderaient pas mieux que de s'exprimer. S'employer à ce que les diverses communautés qui vivent dans ce pays reçoivent et reflètent dans la presse, le cinéma et la télévision une image valoris ante d'ellesmêmes, est l'une des tâches à laquelle il faut s'employer si l'on veut combattre le racisme. Marie-Hélène MARTIAL BROCHANT Champigny-sur-Marne Des bons Indiens et des mauvais Indiens? Ce n'est pas notre faute si aujourd 'hui les Indiens, nous nous trouvons répartis entre les différents Etats de l'Amériques. Ce n'est pas de notre faute si ses Etats ont des gouvernements différents voire opposés, puisque nous ne participons guère aux décisions prises par ces gouvernements, Le problème indien est le même dans tout le continent amencain. Du nord du Canada jusqu'à la Terre de Feu, les Indiens qui vertèbrent l'Amérique vivent sous la domination des Etats, et la nature des régimes en place ne change rien. L'exploitation, la domination, et la politique génocidiaire et ethnocidiaire ont les mêmes caractéristiques dans un Etat à gouvernement démocratique, militaire ou révolutionnaire. Depuis le 12 octobre 1492, les Indiens luttent pour leur indépendance, pour leur droit à l'autodétermination et il nous semble quand même bizarre qu'à certains peuples on reconnaisse volontiers ce droit à condition qu'ils vivent dans le bloc capitaliste ; mais ce qui nous étonne le plus, c'est que les peuples indiens n'aient pas droit à cette reconnaissance. A la limite, on accepte cette notion de , façon voilée, sans faire mention du droit à l'autodétermination, lorsqu'il s'agit des Indiens vivant dans un pays capitaliste ou sous un gouvernement militaire de droite. Alors, le discours se limite à des considérations concernant la spiritualité indienne, le sens profond de la vie, les chants rituels, l'art; bref, ce nouveau discours folklorique veut rendre un peu d'humanisme à l'industrie touristi- 47 que. Alors, n'importe qui aura bonne conscience en marchandant la culture indienne. Le message que les Indiens veulent faire entendre à l'Occident n'est absolument pas philosophique. La lutte pour l'autodétermination, c'est un sujet qui relève du droit international. Ceux qui écrivent sur nos peuples n'ont rien compris ni de notre philosophie, ni de notre vie quotidienne-politique, dans le sens exact du mot. Ils nous utilisent selon leur gré et leur convenance du moment. Pour les uns, nous faisons de la politique réactionnaire, contre-révolutionnaire si par hasard le gouvernement se dit révolutionnaire. Alors les massacres ont une excuse, ils peuvent nous exterminer avec ' la complicités des progressistes, des révolutionnaires des défendeurs des droits de l'homme (blanc), qui semblent ne rien savoir sur les massacres. Ils gardent le silence, mais lorsque l'événement fait écho dans les médias, alors il y a toujours ceux qui sont prêts à expliquer la mauvaise conduite des Indiens, qui vont se déplacer pour voir de près ce qui se passe (sans y voir la réalité), et ainsi donner du poids à leur discours ethnocidiaire. Le gouvernement du moment est militaire et réactionnaire, nous sommes aussi les victimes, mais nous ne sommes plus les réactionnaires, nous devenons les terroristes et extrémistes dangereux qu'il faut exterminer. Lorsque il y a des massacres, l'opinion publique s'indigne, mais elle est désorientée, les révolutionnaires ne savent pas quoi dire, eux-mêmes sont surpris, et puis ... le silence. Ainsi donc, les spécialistes en « indios » se sont partagé les Indiens selon leurs fantasmes. Nous saluons la revue Diffé- . rences et la vocation qui ' l'anime, mais nous lui disons: lorsqu'il s'agit de : l'attente aux droits de ' l'homme (y compris l'Indien), ' on ne peut pas parler de bons et de mauvais peuples. Marco RISSETTI « Collectif Indigène» Du même à l'autre Voici la fin de mon texte qui n'apparaissait pas dans le débat précédant sur l'antisémitisme des Français. Personnellement, à propos de la question posée, et pour mieux comprendre ce qui se joue dans les explosions àffectives et sociales qui animent les racismes, je souhaiterais un débat élargi. Ainsi il faudrait que parmi diverses formes de mépris et de violence dont un autre particulier fait l'objet, l'antisémitisme soit analysé à la fois, bien sûr, dans ses formes spécifiques historiques et culturelles, mais également qu'il soit resitué dans un ensemble de questions. Celles-ci constituent le vaste champ qui comprend les ambivalences qui émergent lorsqu'un autre nous apparaît à la fois proche et différent ; et en même temps qu 'humain, comme nous,cependant ' autre. Ce type d'analyse devrait permettre de penser en un ensemble, en quelque sort « comparativement », les racismes. Puisque, il ne faut pas l'oublier, l'autre est d'abord, et toujours, dans ma tête à moi. Cela dit, même comparables, toutes les formes de racisme retent particulières et à comprendre dans leurs contextes propres. Ce débat élargi, où le trouver aujourd'hui en France? Deux exemples différents parmi d'autres: le séminaire mensuel co-animé par le généticien Albert Jacquard et l'historien Léon Poliakov, à la Maison des Sciences de l 'Homme (pour s'informer, écrire à M.S.H. Bureau 928, 54, Bd. Rapsail 75270 Paris Cedex 06); d'autre part, le prochain livre de Christian Delacampagne, L'invention du racisme (à paraître chez Fayard, début 1983). Maurice OLENDER Directeur de rédaction de la revue Le genre humain , (éd. Fayard). Rectificatif: Dans le numéro précédent, Pierre Paraf faisait allusion à Max Nordau, et non Max Nortau. rli5 8"" 108'. ou{ée taIlle, non c ate ceinture \ co\ cra'l , man c.I. .l. e s \ongue, s, . ets tronces , {Olg~ o\~ester im{rime 1219 F G.AND tHO/X'N MANT.AIIX 395F el 495 F Agenda11 janvier 2012 à 14:50 (UTC) DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 o 4 janvier-11 février Le théâtre de l'Est Parisien (TEP) et la Comédie de Genève présentent L'Oiseau Vert d'après Carlo Gozzi. Rens. au TEP: 797.96.06. o 5 janvier Sortie du film de François Reichenbach, Le Japon, consacré à ce pays. 07 janvier Réunion autour du thème: Musulmans et chrétiens ensemble pour reconstruire le Liban. Une réflexion sur les relations intercommunautaires dans ce pays. 34, avenue Reille, 75014 Paris. o 7 janvier A 7 h 02, les Matinales de France-Culture seront consacrées à la construction du nouveau vélodrome de Bercy. A cette occasion Charles Palant évoquera l'ancien Ver d'Hiv. 09 janvier Clôture de l'exposition L'Apartheid le dos au mur, au musée de l'Affiche, organisée par le MRAP. Ne manquez pas aussi l'exposition des travaux du . groupe de recherches graphiques GRAPUS, au même endroit. Musée de l'Affiche - 18, rue de Paradis, 75010 Paris. Rens.: 246.13.09. o 8 et 9 janvier Une conférence internationale pour le droit à la santé du peuple palestinien se déroulera au Palais des Congrès (porte Maillot), sous l'égide de l'Association Médicale Franco-Palestinienne et d'un comité international de médecins. Rens. : 530.12.08 .. o 10 janvier De 19 h à 20 h 30, Albert Lévy, secrétaire général du MRAP, . participera à l'émission Face à la rédaction sur Radio-Soleil (99 MHZ). o 10 janvier Clôture de l'exposition de gravures soviétiques contemporaines au musée des Beaux-Arts du Havre. Cette exposition est réalisée avec le concours de l'association France-URSS. . o 10-21 janvier La Maison dès Cultures du Monde de Paris, en àssociation avec le Centre culturel de Terras- · ,son en Dordogne, organise une rencontre des Conteurs du Monde. Cette manifestation, qui incluera des conteurs algériens, guyannais, voltaïques, haïtiens, indiens, québécois, siciliens, togolais, centrafricains, tunisiens et de différentes régions de . France, aura lieu les 14, 15 et 16 janvier au théâtre de Terrasson et du 18 au 21 janvier à Paris, au théâtre de l'Alliance Française. Rens. Maison des Cultures du Monde: 544.72.30. o 11 janvier-5 mars Au Théâtre de la Ville de Paris : Les HiIs-fonds, de Maxime Gorki, dans une mise en scène de Luçian Pintillé, à 20 h 30 (matinées à 14 h 30). Rens. 274.22.77. o 13 janvier A 20 h 30, le Centre Varenne, 18 rue de Varenne, 75007 Paris, organise un débat sur « Développement et cultl1res en Thaïlande et Malaisie ». Rens. 222.18.56. o 14 janvier - 27 février Création de Fragments, une pièce de Serge Ganzl, au Théâtre Présent, 211 av. Jean Jaurès, 75019 Paris. Rens. : 203.02.55. o 15 janvier A 14 h, à la Maison des Etudiants Protestants, 46 rue de Vaugirard, 75006 Paris, aura lieu l'assemblée générale des adhérents de l'Assoëüi:tlon FrancePalestine, en vue de la création de comités locaux. Rens.: 243.95.73. o 17 janvier Assemblée publique d'information sur le MRAP, l'immigration et les élections municipales, salle Martin Luther King, 28 rue Olivier Noyer, 75014 Paris, métro Alésia. o 17 janvier A 20 h 30, représentation exceptionnelle de l'Histoire du Tigre et autres histoires avec Dario Fo et Franca Rame, à l'occasion de leur participation à un séminaire juridique sur la situation dans les prisons en Italie et sur celle des émigrés politiques italiens en France. Au Théâtre de l'Est Parisien. Rens. 797.96.06. o 18 janvier La Maison des jeunes et de la culture d'Epernay, organise un débat sur le thème «la différence », après la projection du film Elephant man. Le MRAP sera présent àce débat. Rens. (26) 51.40.82. o 18-26janvier Au Théâtre des Quartiers d'Ivry, représentations de Monsieur de Pourceaugnac de Molière. 40, rue Marat, 94200 Ivry, tél. . 672.37.43. Le spectacle est présenté les Il et 12 janvier à la Maison de la Culture du Havre, tél. (35) 21.2l.l0. o 22 janvier Clôture de l'exposition Dessins d'enfants Nicaraguayens, proposée par l'Association Amérique Latine et Centrale, au Centre d'animation Mathis, 15 rue Mathis, 75019 Paris. Tél. 241.50.80. o 26 janvier - 1er février Dans le cadre. des rencontres Le racisme, parlons-en, les comités piiilSleDi; dü 'MRAP organisent ~ne semaine du cinéma antiraciste au Studio Saint-Severin, à . Paris. Chaque jour, un filmdébat

A voir vingt ans dans les

Aurès, Qui chante là-bas ?, La dernière tombe à Dimbaza, De iiorle- en' erifer, Aliam, Aliam, Ho use, Le journal d'Anne Franck, etc. aveè la participation des réalisateurs et de nombreuses personnalités. Tél. : 806.88.00 o 26 janvier-6 février La Maison des Cultures du . Monde accueille, au Théâtre de l'Alliance, J'Opéra de Varsovie qui présente une oeuvre lyrique contemporaine de Rudzinski et Satanowski, Les Mannequins. Rens. Maison des Cultures du Monde: 544.72.30. o 29 janvier A 14 heures, au Centre d'animation Mathis, 15 rue Mathis, 75019 Paris, tél. 241.50.80, fête folklorique portugaise avec des groupes de danse traditionnelle. o 30 janvier Clôture de l'exposition de vingttrois pièces de la statuaire africaine au Musée de peinture-et de sculpture de Grenoble, place de Verdun. DIer février Clôture de l'exposition rétrospective de l'oeuvre cinématographique de D.W. Griffith, célèbre cinéaste américain, au Centre Georges Pompidou à Paris. Tél. 277.12.33. o 12 février A 16 heures, conférence pédagogique de l'Association des Parents de Familles Espagnoles Emigrées en France, au Centre : d'animation Mathis, 15 rue Mathis, 75019 Paris. Tél. 241.50.80. Nous voulons faciliter votre vie en facilitant vos déplacements. Toujours tous les jours. ~ Pour mieux vivre Paris et l'Ile-de-france_ Centre d'Information Téléphonique (CIT): 346.14.14. 49 HUll1eur11 janvier 2012 à 14:50 (UTC)Charles§§DIFFÉRENCES N° 19 - JANVIER 83 Au Tribunal des flagrants délires, sur France-Inter, on jugeait ce jour-là un dirigeant d'extrême-droite. L'avocat de la défense a prononcé cette brillante plaidoirie. , LA JOURNEE D'UN FASCISTE ORDINAIRE Vous vous demandez comment un nazi peut vivre heureux au milieu de cette pagaille. Et bien c'est très simple. Je peux vous dire ce que j'ai fait hier. 5 heures du matin : je saute de mon lit en fer. Mon réveil automatique me chante Heili, heilo, heila, je salue le portrait du Führer qui est juste au-dessus de mon lit avant de me laver les dents. A vec une brosse en fer également. 6 heures: petit déjeuner composé de saucisses de Francfort, pommes de terre et choucroute, bière à volonté. 7 heures: j'achète Minute pour me tenir au courant de ce qui se passe chaque minute dans le monde. 8 heures: j'ai déjà fini la première page. Je relis Mein Kampf ainsi que les oeuvres complètes d'Himmler sur l'organisation des SS et le salut de la race aryenne. 9 heures: je pars déjouer les complots contre mon pays. Je me rends aujourd'hui à la Brasserie munichoise, rue de Verdun. Je bois deux bières. 10 heures: je fais remarquer gentiment au barman qu'il est arabe et que c'est pas une raison pour être aussi lent à me servir une cinquième bière. Il heures: après avoir entendu dire du mal de la France un peu partout dans la brasserie, je pars écoeuré. Midi: je fais quelques courses. Deux kilos de pommes de terre, une boîte de Francfort, deux kilos de choucroute, dix litres de bière allemande, une matraque. Une heure: mon concierge portugais me dit bonjour, je lui réponds pas, comme d'habitude. Ça sent la morue partout dans la cage d'escalier. 2 heures: pendant que la choucroute cuit, je bois une bière et je prépare une pétition afin de faire expulser le Noir du sixième, ainsi que le concierge portugais et toute sa famille parce qu'il a fermé la porte de l'entrée de l'immeuble à dix heures cinq au lieu de dix heures. 3 heures: c'est plus de la choucroute, c'est de la bouillie. Tant pis, je bois de la bière en écoutant Wagner! 4 heures: je reçois un coup de fil anonyme. Une voix qui me dit: « - Salaud, on aura ta peau! ». Je suis sûr que c'est le Noir du sixième. Sur sa porte, j'ai gravé une croix gammée à la hache hier soir. Je l'emmerde. 4 heures et demie: je cire mes bottes d'officier allemand SS que j'ai achetées aux Puces. puis je mets mon manteau de cuir noir avant de me rendre chez le tatoueur. Je bois une bière pour la route. 5 heures : je rentre chez le tatoueur pour me faire un tatouage du Führer sur l'omoplate droite. La séance commence. Au bout de 5 minutes les douleurs sont intenables. Je serre les dents sur le goulot de ma canette. Mais l'amour du Führer demande beaucoup d'abnégation. Tout d'un coup, horreur! Je m'aperçois que la chaîne que le tatoueur porte à son poignet est gravée à son nom: Cohen! Tai du mal à contenir un cri de rage. L'aiguille me fait de plus en plus de mal, je suis torturé par un juif. Tai mal, j'ai mal. C'est long. « C'est presque fini. Si vous voulez je peux vous' faire Himmler sur l'omoplate gauche ». Oh, l'enflure! Je le paye et je m'en vais. 7 heures: je ne peux plus bouger mon bras droit. Les douleurs sont insupportables. Je prends le métro. Dans un couloir, une affiche d'Amnesty International provoque chez moi une haine sanguinaire. Je sors mon gros feutre noir de ma poche, avec ma main gauche, mais j'ai du mal à écrire de la main gauche. 7 heures et demie: après avoir fait des pâtés sur l'affiche, j'arrête un passant et je lui demande gentiment de marquer dessus avec mon feutre « Mort aux juifs et aux bougnoules », le type me demande en rigolant: « Bougnoule, ça prend deux 1 » ? et il me balance un coup de tatane dans les tibias et un second dans le bras gauche ! La vache ! 8 heures: écroulé à terre, j'ai mal partout. Une main charitable me prête secours. C'est la main d'un policier. Il me dit: «- Qu'est-ce qui se passe? - J'ai empêché un salaud d'écrire des injures sur l'affiche, et il m'a , , assomme .... » 8 heures et demie: je me traîne en boitant, devant la Brasserie munichoise. Je tombe sur la belle Elsa et son berger allemand ! Elle me dit : Ça fait longtemps que je t'ai pas vu ... Tu montes? » Je lui dis: « Oui, j'ai besoin d'amour! » 9 heures et demie: j'ai des frissons ... je suis' en lambeaux, le chien ne m'a pas loupé. Mais je n'ai jamais fait l'amour aussi bien. Je repasse à la brasserie pour prendre une bière, pour la route. 10 heures cinq: j'arrive à quatre pattes devant la porte de mon immeuble. Elle est fermée et j'ai oublié la clé ! Et ce con de Portos qui afermé à l'heure! Fou de rage, je balance des coups de pieds dans la lourde, mais il fait semblant de pas m'entendre. Les gens de cette espèce, il faudrait s'en débarrasser une fois pour toutes. Luis REGO 24 heures sur 24 l J Travailler sous tension, pour les agents d'Electricité de France, cela veut dire réparer ou entretenir des lignes électriques sans "couper le courant". De nouvelles techniques leur permettent d'opérer ainsi sur l'ensemble du réseau afin que le service de l'électricité soit partout assuré, sans interruption, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. ELECTRICITE DE FRANCE 0 La maîtrise de l'énergie est entre vos mains. i AGENCE FRANÇAISE POUR LA MAITRISE DE L:ENERGIE 27, rue Louis Vicat 75015 Paris' Tél, (1) 645,44.71. 1 1

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