Différences n°11 - mai 1982

De Archives du MRAP.

Sommaire

Sommaire du numéro

n°11 de mai 1982

  • Edito: les "mais" de mai par Albert Levy
  • Israël: plus d'issue? par Jean Liberman
  • Hitler, un pitre d'avant-guerre? interview de Jacques Rouffio par Pierre-André Taguieff sur son film "la passante du sans-souci"
  • Fils d'immigrés, enfants de nulle part par Floriane Benoit
  • Expliquez-moi: empires et confettis par Véronique Mortaigne
  • Les enfants d'Attila (dérives du rock'n roll) par Marc Mangin
  • Brulez pas la bibliothèque (8 mai et mémoire) par Dominique Dujardin
  • Condamnée sans jugement (femmes de détenu) par Anne Sizaire
  • La yougoslavie cultive sa diversité par Robert Décombe
  • Ils ne voyagent plus mais restent Roms
  • Les manipulations génétiques: miracle ou désastre propos de Claude Ropartz recueillis par Marie-Jeanne Salmon
  • Histoire: pas de successeur pour Django par Robert Pac
  • Culture: l'après Senghor par Annie Lauran
  • Le noir pour la couleur entretien avec l'acteur Pierre Saintons à propos du festival de Cannes par J.P. Garcia
  • En débat: DOM-TOM quel avenir? interventions de Henri Emmanuelli, J. Brunhes, D. Julia, P. Verges
  • Humeur: un humour juif déchainé (Shlomo Reich)

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PIERMONT PR~T A PORTER F1jMININ 121, RUE DE TURENNE 75003 PARIS T~LI:PHONE: 881 69-41 WATOS Joaillier 3, rue du Casino DEA UVILLE (CAL V ADOS) CHAUSSURES - HOMMES - FEMMES ENFANTS AZA~ 79 ct 8 l, Aven ue du Généra I-Led CI-C PA RIS X 1 V' LE PLUS IMPORTANT I\1ACASIN DE PARIS Sp':..:i.:lli,'k ,/2 t:. 0 t" et J~ Y.i/le Jo! S,',io!,) Jo! 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Cette prétendue « fin de l'Occident », qui l'affole, lui, viril comme il est, peut en denoncer lucidement la menace. Car, explique-t-il, « quiconque n'a pas mis les pieds au bordel ne connaît pas la femme et donc n'entend rien à la politique puisque celle-ci, en démocratie, est femelle» (1). En somme, c'est à la hussarde qu'il convient de traiter les peuples, et la meilleurefaçon de comprendre la démocratie, c'est sans doute de la violer. De tels propos, qu'ilfaut bien citer, serait-ce avec des pincettes, ont le mérite de révéler crûment l'état d'esprit de certains milieux, non négligeables, misant sur les d(fficultés qu'ils disent craindre. En regard, on situe mieux les récriminations d'une autre nature, résultant d'espoirs déçus, après avoir hruyamment éclaté au soir de l'autre 10 mai, à la Bastille. N'y a-t-il pas eu, enfait, chez heaucoup de partisans convaincus du changement, une conception trop linéaire de celui-ci? 1/s découvrent - parfois douloureusement - qu'il ne suffisait pas de voter pour que les miraclesfoisonnent. Au contraire, ce n'était qu'un début et il le u rfa ut continuer le comhat, car ce sont les résistances et les obstacles qui se multiplient. Le bilan présenté au congrès du M RA P (2), au terme d'un long débat, témoigne précisément, dans les domaines où cette association intervient, des contradictions que renferme à chaque instant la situation présente, comme de la nécessité d'une action intense pour attejndre les object(f's fixés. Des mesures de justice ont été prises pour les travailleurs et les étudiants étrangers, mais nomhre d'entre eux se mobilisent pour défendre leurs droits et leur dignité. Le racisme est officiellement condamné, mais des déclarations malvenues risquent d'encourager les pr~jugés et les discriminations plutôt que d'aider à les déraciner. Les médias s'ouvrent quelque peu au pluralisme des idées et des cultures, mais cela ne va. pas sans lacunes criantes. Des structures génératrices d'inégalités, voire de conflits ethniques, dans l'habitat, l'école, la santé, laformation professionnelle, l'administration, sont mises en cause et modifiées, mais la résolution ou les movens demeurent bien en-deçà des hesoins ... Au plan international, les' horreurs de l'apartheid sud-africain sont fréquemment stigmatisées, mais l'on maintient les relations - économiques et nucléaires notamment - qui assurent la survie de ce système. Nous pourrions ainsi accumuler les mais: ils constituent la charnière entre l'ancien qui persiste et le nouveau qui s'ébauche; ils soulignent que, pour passer du présent à l'avenir, l'intervention de tous importe. L'une des initiatives les plus marquantes du M RAP, décidée à son congrès précédent, fut de lancer Différences. Pour notre magazine également, l'heure du premier bilan est arrivée. 1/ a tenu un an, mais son existence restefragile. 1/ porte chaque mois sur nous-mêmes et sur les « autres» Ull regard neufde vérité et de compréhension, mais il a encore trop peu d'abonnés. 1/ peut faire mieux, mais c'est de ses lecteurs eux-mêmes, de tous ceux qui approuvent sa mission, que dépend avant tout son rayonnement. Il y a, là aussi, un combat à poursuivre et à gagner. 1/ se déroule aujourd'hui dans des conditions meilleures, mais nous ne pouvons pas nous en dispenser. Albert LEVY (1) La barbe et la rose (Ed. La Tahle Ronde). (2) Le congrès du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (M RA P) se tient à Paris les 8 et 9 mai. 3 ( FAi,€S COMI1~ éll.,X:., -. A8oNNE"Z VoclS A • DIFFé~F#CES O--u-i,- j-e- d-é-s-ir-e -m-'-a-b-o-n-n-er- -à -D--if-f-é-r-e-n-c-e-s- ------------------ Je vous joins un chèque de D 140 F (1 an) D 75 F (6 mois) 0 200 F (soutien) Je recevrai Différences à partir du numéro . En outre, si je m'abonne au moins pour un an, je recevrai 13 numéros au lieu de 12 (Valable jusqu'au 31 janvier 1982) NOM _ Prénom --- ------------- - - Adresse _____________________________________________________ __ Code postal __________ Commune ______________________ _ ________ __ Profession ___________________________________ _____________ _ Bulletin dûment rempU accompagné d'un chèque à retourner à: Différences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS.

  • Abonnement 1 an : étranger : 170 F, chômeur et étudiant : 110 F DIF 7

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- Sommaire POINT CHAUD 6 ISRAEL: PL US D'ISSUE? Encore « pire demain »? Les forces de paix pourront-elles enrayer le processus des actions meurtrières dans les territoires occupés? Des sentiments partagés. Jean UBERMAN ACTUALITÉ 10 HITLER, UN PITRE D'A V ANT GUERRE? Un entretien avec Jacques Rouffio, réalisateur du film La passante du sans-souci. Pierre-André TAGU/EFF el Jacques TA RNERO 13 FILS D'IMMIGRÉS: DE NULLE PART « Que celui qui me condamne soit maudit, ma blessure est intime » (Si Mohand poète kabyle). Floriane BENOIT EXPLIQUEZ-MOI 17 EMPIRES ET CONFETTIS A l'heure où la Grande-Bretagne et l'Argentine s'opposent pour les îles Malouines, 130 autres points chauds subsistent, y compris dans quelques dizaines d'îles sous contrôle français . Véronique MORTAIG NE NOTRE TEMPS 18 LES ENFANTS D'ATTILA Le rock'n roll, une musique faite par et pour les jeunes. Ouverte sur la réalité vécue par les Teenagers, elle reflète leurs désirs, leurs idées. Parfois, elle les crée. Marc MANGIN 21 BRULEZ PAS LA BIBLIOTHÈQUE 8 Mai, la victoire. Trente-sept ans. De l'histoire ancienne étouffée. Mais les nouvelles généraùons vont de découvertes en surprises quand elles savent. Dominique DUJA RDIN CONNAlTRE 26 LA YOUGOSLA VIE « CULTIVE» SA DIVERSITÉ La nature, les hommes, l'histoire ont accumulé sur-les terres des Slaves du Sud, les différences ... Rohert DECOM BE RÉFLEXION 34 MANIPULATIONS GÉNÉTIQUES, MIRACLE OU DÉSASTRE! L'expression inquiète. Le « bricolage » actuel, avec toutes ses promesses, n'engendre-t-il pas des dangers DIFFÉRENCES MAI 82 inimaginables? Des réponses du professeur Claude Ropartz. Marie-Jeanne SA LMON HISTOIRE 37 PAS DE SUCCESSEUR POUR DJANGO ! En godillots, chaussettes rouges, pantalon de velours, un musicien inimitable qui a marqué son temps. Charles Delaunay a été son compagnon. Roherl PAC CULTURE 39 L'APRÈS SENGHOR Une littérature originale émerge en Afrique. Annie LA U RA N 40 LE NOIR ... POUR LA COULEUR! Du 14 au 26 mai, le 'cinéma vit à l'heure du Festival de Cannes. Le film français y tient sa place. Mais qui a place dans le cinéma français? Un entretien avec l'acteur Pierre Saintons. Jean-Pierre GA RCIA EN DÉBAT 43 LES DOM-TOM, QUEL AVENIR? Indépendance, autonomie, croissance économique à long terme. Les possibilités sont nombreuses. Des hommes politiques expriment leur aVIs. Charles 10 janvier 2012 à 15:22 (UTC):O:.Charles3~S, magazine mensuel créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme el pour l'amitié entre ln peuples), édité plr Il Société des éditions Différences, 89, rue Oberklmpf, 75011 Plris. Abo~nement : 1 ln : 140 F ; 1 ln à l'étranger : 170 F ; 6 mois : 75 F ; étudilnts et chômeurs: 1 ln : 120 F ; 6 mois : 65 F (joindre une photocopie de Il clrte d'étudilnt ou de Il clrte de pointlge). Soutien : 200 F ; abonnement d'honneur : 1 000 F. J)ir~\.:h.'~l r lh: p u hl i~:ltitln : A~ht'rl I.i';' ~' ; 'l'l'r~t a irl' dl' r~liiu:tio l1 l' t m a4Ul' tt l'~.: .'ierre .~ghilleri :~l' ~ \ il:l: ph (l t ll~ : AhdelhMk ~nnM . ()nt coliMhoré àce numéro : F'oriMne Benuit, Rubert llécnmhe. lominique DUJardln, Jean.Plerre GlrclI, Anme Llurln, Jean Llbermln, Mlrc Mlngln, Véromque Mortllgne, Jeln·Michtl Ollé, Robert PIC, Pitrrt·André rlguieff, Yves ThorlVII, Muie--Jeannt Sllmon, Anne Sizlire. Adm i ni~trat jon : ~hal~d Debblh ; sec r~ta riat : Dlnièle Simon; public ité: Hubert Bismuth et Plul Nltlf (tél.: 806.88.33) ; photocomposition et photogravure: SIRG, 9, rue Delounin 75019 Plris ; Impression : Impriment Dulie et Jlrdln, l, rue Gly·Lussac, Z.I. n"l, 27000 Evreux ; Diffusion : N.M.P.P. . Numéro de la commiss ion pa ritai re : 63.634· ISSN : 0247·9095. En titre de couverture 44 Si tu diffè res de moi. frère. loin de me léser. tu m'enrichis ». Antoine de Saint· Exupéry. Terre des Hommes. Ed . Gallimard. 5 Point chaud10 janvier 2012 à 15:22 (UTC)~~ Les actions meurtrières de l'armée israélienne dans les territoires occupés soulèvent la réprobation et alarment de nombreux Israéliens. Encore «pire demain » ? Les forces de paix pourront-elles enrayer le processus ? Des sentiments partagés. ISRAEL •• PLU S D'ISSUE ? S ept tués palestiniens en une semaine, la liste des morts et des blessés, dont de jeunes enfants arabes, s'allonge chaque jour. Les multiples violences organisées contre les populations du Golan, de Cisjordanie, de Gaza, traduisent la détermination du gouvernement de M. Begin de briser toute non résignation, toute opposition des Palestiniens à la colonisation, à l'annexion, à l'heure où les forces israéliennes devaient évacuer le Sinaï, le 25 avril. Selon les autorités gouvernementales, l'occupation va s'accentuer. Les vingt-quatre mille Juifs tenant déjà une centaine de colonies en Cisjordanie, seront quelques trente mille d'ici la fin de l'été et une centaine de milliers d'ici à trois ans. ~ Le déploiement anti-arabe ~ conduit par les forces israé- AI Aqs •... Pâques s.ngl.ntes. Hennes et les colons en arme, avait déjà traumatisé l'opinion collaborateurs armés de Tsaquand a éclaté la provocation hal (l'armée). meurtrière d'AI Aqsa d'un (ou de?) Goodman, présenté comme mentalement irresponsable, alors que le Mufti explique: « Des Israéliens ont tiré sur la mosquée d'Omar de l'Est, de l'Ouest et du Sud. ». Stupeur, indignation et inquiétude pour l'avenir ... Des visiteurs récents d'Israël, des Israéliens venus depuis ces événements, en France, nous ont dit leurs sentiments, ceux qu'ils avaient rencontrés, le niveau de là violence atteint, les méthodes couramment utilisées pour exproprier les Arabes. Pour l'historien Pierre VidalNaquet, « la brutalité et la répression» se sont accrues en Cisjordanie, après la destitution des élus, la fermeture de l'Université de Bir Zeit, puis des écoles, après la «fabrication d'une Ligue des villageois, On assiste, dit-il, de la part de celle-ci à une «politique de tinsulte » tandis que les colons font des « cartons », voire des progroms, contre les Arabes, en toute impunité. L'un de ces tueurs, arrêté, a été relâché sur ordre de M. Begin. Conséquences

la radicalisation.

« Nous avons appris, dit Raymonda Tawil, personnalité palestinienne constatant le même phénomène, à distinguer entre Israéliens de droite et de gauche. Mais comment le faire aujourd'!lUi face aux co' Ions et au rabbins à mitraillettes? ». En est-on arrivé à une certaine « sud-alricanisation» comme le pense Pierre Vidal-Naquet au vu du poids des colonies et de l'armée en Cisjordanie, et de l'état de l'ind~pendance des populations? 6 « Tout est fichu! » L'un des spectacles qui pour sa part l'ont le plus frappé, a été la traversée d'un village druze, au plus fort de la répression « sauvage» déclenchée vis-àvis des Druzes du Golan refusant jusqu'à aujourd'hui les cartes d'identité israéliennes. Dans ce village, parmi d'autres, obturé de tous côtés par des barbelés, il n'y avait dit-il « pas une âme dehors à trois heures de l'après-midi ». Douze cents personnes enfermées dans leurs villages sans autre nourriture que celle donnée par Tsahal, écrit de son côté, le journaliste-écrivain Amos Elon, dans le quotidien israélien Haaretz, sans services médicaux ni médicaments, privés de téléphone, l'électricité coupée de façon quasI permanente la nuit, les agriculteurs empêchés de travailler leurs champs et de sortir leurs moutons. Ceux qui l'ont fait ont été arrêtés et placés devant l'alternative

prendre une carte d'identité

israélienne ou faire un mois de prison. Humour sinistre

des vaches sorties au-delà

des limites prescrites ont été aussi « arrêtées» et. transportées à Beershaba à l'autre bout du pays aux frais de leur propriétaire. « Or ces douze cents Druzes vivaient en bons termes avec Israël, la seule communauté non-juive hien intégrée dans le pay.ç. Désormais tout esi fichu .'» s'exclame Pierre Vidal-Naquet. Izio Rosenman, physicien parisien, nous rapporte les divers moyens de pression employés par les colons de Cisjordanie pour s'approprier les terres des Arabes. Ce sont des offres d'achat à des prix dérisoires as- ~ ~ .( Arabes d'Israël et drapeaux palestiniens ... ~ ~ .( . el!; point de mire sorties du chantage: « Ça ou rien ». Il n'est pas étonnant, dans ce climat, de relever dans un journal de Tel Aviv un «fait divers» symptomatique relatant comment, devant un refus de vente du propriétaire arabe, un « acheteur» lui a envoyé trois hommes de main, chargés de lui extorquer une signature revolver au poing. Tsahal procède, souvent de son côté, par la méthode de l'encerclement. Des terres sont ainsi isolées pour raison de « nécessité militaire ». Un décret stipule qu'une terre non cultivée durant une année est considérée comme abandonnée. Comme ,la «nécessité militaire » empêche le propriétaire de travailler son champ, au bout d'une année, la propriété passera ainsi « légalement» au gouvernement militaire qui y installera une implantation militaire (un Nahal), laquelle laissera ensuite la place à des colons. « Ce qui est grave, dit Izio Rosenman, vieil ami et habitué d'Israël, c'est la transformation des mentalités qui tend à séparer les Arabes des Juifs et à en faire des ennemis cie l'intérieùr. Triste scène à l'Université de Tel A viv : un ami qui voulait prendre un tract distri- . bué par des étudiants arabes en est empêché par une haie d'étudia/ lIsju(f.i· criant: « C'est de la merde communiste. ». Des sociétés immobilières ne veulent pas vendre d'appartements à des Arabes, sous prétexte que ces derniers seraient « en danger ». Peut-on espérer, cependant, que l'action courageuse et les manifestations d'une petite minorité israélienne, comme les gens de « Paix maintenant » ou du « Comité israé- 7 lien de solidarité avec Bir Zeit », qui continuent de soutenir les aspirations palestiniennes puissent empêcher le développement du processus engagé par le gouvernement? Le Comité de solidarité avec Bir Zeit a diffusé une déclaration, courant mars, rappelant les actions qu'il a entreprises contre la fermeture de l'université depuis le 5 novembre, et contre la répression dans le Golan. Il rappelle aussi les chasses aux manifestants par les forces de sécurité, les blessés, les interpellations. Parlant de ses objectifs, il écrit': « Nous avons décidé de lier un réel combat militant contre l'occupation et toutes. ses man(lestations à un programme de paix positil fondé sur l'établissement d'un Etat palestinien indépendant aux côtés d'Israël. Ce programme qui respecte les droits des deux peuples a permis au comité de réaliser une importante percée politique et psychologique et de mettre un terme au sentiment de lrustration né du résultat ~/es dernières élections ». Kibboutzin contre la répression « Lefait est, hélas.' qu'une majorité d'israéliens, explique le poète Shlomo Reich, estiment que les Palestiniens ne constituent qu'un « accident de parcours » et qu'i/faudra les chasser d'une manière ou d'une autre. Leur fer de lance, le . Gouch Emonin, ancré dans ses convictions hihliques du Grand Israël, légitime à cent pour cent la colonisation juive de la Cisjordanie (Judé Samarie). Armés, ils créent des incidents et le gOU\'ernement est ohligé de les épauler car il en est idéologiquement prisonnier. Selon Shlomo Reich, « il ne s'agit encore que d'un début et l'on peut s'attendre à bien pire demain ... » DIFFÉRENCES MAI 82 pérante quant au réveil, voire au développement des forces de paix israéliennes. « On assiste, nous dit-il, à une mohilisation cie cesforces de paix qui paraissaient encore récemment assez passives, face à la montée de violence et de chauvinisme de l'extrême-droite et du Gouch Emonin dans les territoires occupés. Ainsi après la manilestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes à Tel A viv, en présence de vingt-six députés, le mouvement Shalol/1 Archav « Paix maintenant») a réssuscité. Redevenu très actif; il n'a laissé passer aucune o~'casion de dénoncer les exactions en Cisjordanie et au Golan. Une man(lestation sans précédent a été celle de quelques centaines de membres de Kibboutzin de Galilée, à la frontière même du Golan, 'pour protester contre la répression anti-Druze. /1 faut enfin souligner l'e.tl'et choc produit sur l'opinion par la conf'érence de presse de Haiil1 'Cohen, président de la Fédération des droits de l' Homme en Israël, ancien vice- président de .la Cour suprême. Cet ancien ministre, juriste de réputation internationale et autorité morale s'il en est, a dénoncé de lafaron la plus vigoureuse les « actions harhares » et « complètement illégales » commises par Tsahal contre les Druzes dans le Golan. Par exemple, d'après la loi israélienne, le fait de refuser une carte d'identité n'e.~pose qu'à une amende de cinq cents livres. Le fait que la télévision et la radio en ait parlé autant que la presse, constitue un certain retournement. En efFet alors que radio et télé sont très tenues par le pouvoir, la presse écrite de plus en plus critique, demeure l'un des hast ions de la délllocratie. C'est d'ailleurs un autre élément posit(l que le .!i"ont de D'où, pour beaucoup d'Israéliens, aujourd'hui: nécessité d'une intervention extérieure pour stopper un engrenage de lut~e des oPPosl!n~s à la colonfplus en plus estimé suicidaire à satlOn des tern/o/res occupes; long terme. 1 opposants taxés facilement de Arieh Yaari, ex-délégué du « traitres» s'élargisse mainteMA PA M en Europe, actuelle- nant à ceux qui sont de plus en ment directeur européen du plus soucieux de la préservaCentre international pour la tion des libertés démocrapaix au Proche-Orient, porte tiques.» une appréciation moins déses- Jean LIBERMAN Le Mois~ 26 MARS CISJORDANIE • L'armée quadrille les villes. Un adolescent est blessé par balles à Khalkhoul. Les maires de Naplouse et de Ramallah sont destitués par les autorités israéliennes. FRANCE • A l'appel de plusieurs organisations, des milliers de personnes manifestent devant l'ambassade d'Israël à Paris pour protester contre l'action de l'armée dans les territoires occupés. Le M RA p, dans un communiqué, condamne la répression israélienne en Cisjordanie et « espère que les Israéliens démocrates et désireux d'en finir avec plus de JO ans de con.fliÎ.I', sauront faire prél'aloir une orientation prenant en (ompte les droits nationaux du peuple palestinien en l'ue d'une solution équitahle fondée sur la sécurité. le respect mutuel et la l'Oopération d'Israël et de ses voisins ». 27 MARS ÉTATS-UNIS • A Washington, 75000 personnes défilent devant la Maison Blanche contre la politique d'intervention en Amérique centrale. 28 MARS FRANCE • Pour le 4Ü" anniversaire de la première déportation des Juifs français, deux cérémonies ont lieu, l'une à Compiègne, l'autre au Mémorial de Drancy, centres de départ des convois. 29 MARS FRANCE • Une bombe explose à bord du Capitole non loin de Limoges: cinq morts et vingt-sept blessés. • Des travailleurs africains manifestent devant la préfecture de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour la régularisation des « sans papiers ». L'Office national de l'immigration précise qu'à ce jour, sur les 140000 demandes déposées avant le 15janvier, 70 000 ont déjà fait l'objet d'une décision favorable. 11 ajoute que les « personnes qui n'auraient pu être régularisées parce qU'files ne pouvaient .\·atisfaire aux l'Onditions exigées se' ront ultérieurement refoulées à la l'ront ière ». 30 MARS FRANCE • Une délégation de l'Association française pour l'amitié et la solidarité avec les peuples d'Afrique (AFASPA) demande au ministre de l'Intérieur l'abrogation des arrêtés d'expulsion pour motif politique pris contre des Africains depuis plus de vingt ans. • Un jeune homme, d'origine arabe, est mortellement blessé dans la rue à Iry-sur-Seine par une balle tirée d'une automobile. ' ISRAEL • Les 600000 Arabes israéliens répondent en masse à l'appel de grève générale, s'associant contre la répression israélienne dans les territoires occupés. 31 MARS FRANCE • Attentat contre la mission d'achats du ministère israélien de la Défense à Paris: trois hommes masqués font feu sur la façade de l'immeuble. • Au sujet de la campagne menée sur le thème c délinquance et insécurité », le M RA P publie un communiqué disant: « S'il est légitime et louahle. en e.fret, que des maires. et à plus jorte raison un ministre de l'Intérieur, se soucient du maintien de l'ordre puhlic dans leurs communes ou en France. il est inadmissihle qu'ils lefassent en désignant à la vindicte puhlique ceux que la société a marginalisés ... Continuer dans cette voie, ce .serait balayer à brève échéance les acquis bénéfiques de la nouvelle politique d'immigration ... ». ISRAEL • Le gouvernement exprime sa « consternation» face à la «dénonciation » par la Communauté européenne de sa politique en Cisjordanie et à Gaza. M. Begin estime qu'Israël est plus «généreux » pour les Cisjordaniens que la France pour les Corses. ICI AVRIL FRANCE ..; ..;

Le 29 man, en France, 5 personnes sont tuées à la suite d'un attentat contre le train « Capitole ». mesures israéliennes dans les territoires occupés. Les Etats-Unis lui opposent leur veto. 2 AVRIL FRANCE • Selon le ministre de la Coopération, M. Jean-Pierre Cot, le gouvernement français va « réorganiser .l'es relations avec l'Afrique du Sud» afin de rendre les pays fron'" taliers de l'Etat raciste moins dépendants de lui et pour que la France se trouve «moins i/llpli- ~ quée » dans ses échanges commer- ~ ciaux avec Prétoria, tout en tenant compte des impératifs économiques. 3 AVRIL FRANCE • Un diplomate israélien, M. Yacob Barsimantov, est assassiné à Paris, à coups de révolver, par une jeune femme. Les autorités israéliennes accusent l'OLP de ce crime. Elle dément formellement. Dans un communiqué, le MRAP condamne tous les actes terroristes quels qu'en soient les auteurs et les victimes. 11 souligne le caractère provocateur de ces menées criminelles. Le 23 avril, * Paris. à l'appel du MRAP. manifestation : devant l'ambassade d'Afrique du Sud. tinienne l'assassinat du diplomate israélien. Le lendemain, M. Cheysson estime que l'OLP est «présumée innocente », 8 AVRIL FRANCE • La même arme a été utilisée pOl,lr l'assassinat du diplomate israélien, le 3 avril, et pour celui de l'attaché militaire américain Charles R. Ray, le 18 janvier, apprend- on de source officielle. 9 AVRIL • La Cour d'assises de l'Ariège, à Foix, condamne à 5 ans de prison trois parachutistes britanniques en stage au 9" RCP qui avaient assassiné l'an dernier un Français musulman au cours d'une rixe dans les rues de Pamiers. MARTINIQUE • Un «Mémorial international» s'est tenu à Fort-de-France du 31 mars au 3 avril, à la mémoire de Frantz Fanon, sociologue du Tiers monde et écrivain antillais, mort en décemb~ 1961. . AFRIQUE DU SUD • La Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI) estime que l'opération «régularisation» des travailleurs clandestins a «man5 AVRIL qué son hut »e,n ne parvenant pas FRANCE à« éliminer le iravail clandestin », • A Paris, aux cris de 1'« DI.P tout en «réduisant au chômage» hors de France », «DI.P 0.1'.1'0.1'les immigrés qui avaient un em- sin» et «Chel'.Hon démission », ploi et attendaient de leurs em- quelques centaines de manifesployeurs une simple application tants défilent dans le quartier du du Code du travail. siège de l'OLP. ONU • M. Mauroy souligne, sur An- • La Jordanie dépose devant le tenne 2, que « en /'~tat actuel de Conseil de sécurité de l'ONU un ' ses informations », nen ne permet projet de résolution dénonçant les d'attribuer à l'organisation pales- 8 • Le Conseil de sécurité de l'ON U adopte à l'unanimité une résolution appelant les autorités sudafricaines à commuer les condamnations à mort de trois jeunes N·oirs membres du Congrès national africain (A.N.C.), dont la Cour suprême de Bloemfontein a rejeté l'appel le 7 avril. Plusieurs organisations françaises, dont le MRAP, l'A FASPA et lecomitéanti-apartheid, interviennent dans ce sens auprès de l'ambassade à Paris. Il AVRIL ISRAEL • Un militaire israélien tire sur les fidèles musulmans en prière sur Le 22 avril, en France, un attentat rue Marbeuf Paris cause la mort d'une penonne. l'esplanade des Mosquées à Jérusalem: deux morts, trente-huit blessés. Les Palestiniens manifestent. L'armée fut usage de ses armes, tuant un enfant de douze ans. La population arabe commence une grève générale de 7 Jours. GRANDE-BRETAGNE • Près de 30000 personnes participent, à Glasgow (Écosse), à une manifestation contre la décision du gouvernement britannique de se doter du missile nucléaire stratégique Trident. ÉTATS-UNIS • 25 000 personnes défilent, à Chicago, dans « une marche de la paix ». 12 AVRIL RFA • Pendant les fêtes de Pâques, près de 500000 Allemands de l'Ouest manifestent dans une quinzaine de villes contre l'installation de nouvelles armes nucléaires dans leur pays et pour le désarmement. 13 AVRIL ' FRANCE • Une des armes, d'un dépôt découvert le 8 avril à Paris, a servi à l'attentat contre la mission d'achat israélienne. Une jeune femme et son compagnon, arrêtés, seraient liés au groupe terroriste Action directe. ISRAEL • L'armée fait feu sur la foule arabe à Gaza, un enfant de sept ans est tué, sept autres de moins de dix ans sont blessés. TURQUIE • Le procès des 52 dirigeants de la centrale syndicale DISK reprend à Istanbul. ..... " FRANCE • Un groupe de membres du Front national de M. Le Pen, interrompt à Anl;ers la représentation d'une pièce de théâtre évoquant les tortures pratiquées pendant la guerre d'Algérie. 15 AVRIL ISRAEL • L'association « Pour la défense des droits civiques» (affiliée à la Ligue internationale des droits de l'homme) dénonce les pressions et les violences exercées sur les Druzes en grève depuis huit semaines. UBAN • Un employé de l'ambassade de France, M. Guy Cavallot et son épouse, sont assassinés dans leur appartement à Beyrouth-Est. 16 AVRIL ISRAEL • A Gaza, l'armée tire à nouveau, tuant trois adolescents et en blessant de nombreux autres dont cinq enfants de moins de dix ans. IRtANDE DU NORD • Un enfant de onze ans est tué à Derry par une balle en plastique qui l'a atteint à la nuque. Les soldats britanniques ont tiré sur la foule qui les invectivait. De violents affrontements opposent aux forces armées des jeunes manifestants qui protestent contre cette mort. 9 17 AVRIL ITALIE .200000 personnes manifestent à Milan contre l'installation de bases de fusées, pour la paix et le désarmement. 18 AVRIL FRANCE • Commémoration de l'insurrection du ghetto de Varsovie du 19 avril 1943. A Paris, la cérémonie du souvenir, ~acée sous la présidence de Pierre Paraf. président d'honneur du M RA p, rassemble de nombreuses personnes. Interventions de MM. Charles Steinman, secrétaire de l'UJRE, du professeur Vladimir Jankelevitch et André Tollet, président du Comité parisien de la Libération. 19 AVRIL ESPAGNE • 20000 personnes, le bras tendu dans le salut fasciste, manifestent dans le centre de Madrid en solidarité avec les généraux argentins dans l'affaire des Malouines. Ils appellent le gouvernement de Madrid à occuper Gibraltar. ANGOtA • Le président portugais , M. Eanes, termine une visite de quatre jours. « Une noul'elle IJaKe dans l'histoire commUlle» des deux pays, déclare-t-il. 20 AVRIL FRANCE • Le M RAP exprime à nouveau, dans un communiqué, ses préoccupations au sujet de la liaison faite entre insécurité et immigration. Devant les propos récents du DIFFÉRENCES MAI 82 ministre de \'Intérieur sur la délinquance et l'immigra tion, les contrôles d'identité, les expulsions futures, le M RA P rappelle « qu'il a tou;ours dénoncé sous l'ancien poul'Oir les pratiques qui, au départ, 0 /11 pris la jàlïne de contrôle « aufaciès ». pour mettre ensuite en cause les liherté.l' de tous les citoyens ». IRLANDE DU NORD • Six attentats dans plusieurs villes font un mort et de nombreux blessés. 21 AVRIL LIBAN • Une douzaine d'avions israéliens bombardent les localités dS!. la région Sud de Beyrouth . Premier bilan : une vingtaine de morts et cinquante blessés. Il'' _ FRANCE • Attentat à Paris : une voiture piégée explose rue Marbeuf, fai-, sant un mort et une cinquantaine de blessés. L'attentat n'a pas été revendiqué. 23 AVRIL FRANCE • A l'appel du MRAP. de 1'l'AFASPA et du Comité antiapartheid , délégations devant l'ambassade de l'Afrique du Sud à Paris pour que les trois jeunes Noirs condamnés à mort aient la vie sauve. • Dans la nuit du 22 au 23. des inscriptions « Mort aux JlIih » apparaissent autour du cinéma Escurial à Paris, où se déroule le Festival international du cinéma juif. 24 AVRIL FRANCE • Le Président de la République inaugure 1'« Exposition nationale de la déportation » ouverte sur l'esplanade des Invalides en présence de nombreuses personnalités. 25 AVRIL FRANCE • Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Bourges ou se sont rassemblées à Lyon, pour le désarmement. C'étaient les premières manifestations régionales à l'appel du Mouvement de la paix. SINAI • Les forces armées israéliennes évacuent le Sinaï occupé depuis quinze ans. ItES MALOUINES • Les troupes de la marine royale britannique débarquent dans l'ile de Georgie du Sud, à 1 500 km des Malouines. Actualité « Camp de concentration », « nazi », « S.A. », même « Juif», comment ces mots étaient-ils perçus en 1936. Jacques Rouffio a cherché une résonance contemporaine dans la Passante du sans-souci. IDTLER, UN PITRE D'AVANT GUERRE? A partir d'un roman de Joseph Kessel, J~c,ques . Rouffio a réahse un film qui rappelle fortement une évidence oubliée: le combat contre la barbarie n'a pas trouvé sa fin naturelle en 1945, le recours à la mémoire vient ici nous aider à déchiffrer le présent. Le rappel historique de la période nazie se conclut sur un appel à la vigilance de tous les jours. Pierre-André Taguieff: Votre film joue sur deux époques: celle de l'installation du nazisme et la nôtre. Suggérezvous entre elles, une certaine continuité à travers les personnages et leurs actes de résistance au terrorisme totalitaire, quelle que puisse être sa forme? Jacques Rouffio: Jacques Kirsner, le scénariste, et moi, avons travaillé, dès lors que nous avons eu dans les mains une matière romanesque qui était un livre écrit avant la guerre où certains événements historiques étaient cités, en rapport avec une histoire passionnelle. C'était le livre de Kessel qui portait le même nom que le film et, bien évidemment, dans ce récit romanesque, était contée l'histoire de gens dont le destin avait été provoqué par la montéed'Hit- 1er. Ça se passait en 1933. Il faut dire que Kessel est l'un des premiers romanciers populaires du phénomèn~ ~az!. A l'époque, en 1936, Il etaIt une espèce de vedette dujournalisme. Il citait certains événements, certains faits qui se produisaient en Allemagne à ce moment-là, en particulier les camps de concentration. Cette matière romanesque, on a essayé de la mettre à notre main, de la pétrir pour parler du monde contemporain. On a trouvé un prolongement à cette histoire en écrivant la partie du film qui se passe à notre époque, avec des gens qui ont des préoccupations du même genre que celles des pèrsonnages de Kessel. Mais, surtout, en montrant des faits qui existent encore à notre époque, et qui existeront, je pense, encore un certain temps. Dès lors, la partie de 33, le nazisme, Berlin, etc. devenait, sinon une parabole, du moins un phénomène exemplaire. Mais ce n'est pas une reconstitution historique précise. Pierre-André Taguieff : Disons que votre film se distingue dans la mesure où il n'appartient ni à la tradition représentée par Boisset, ni à celle du cinéma rétro. Jacques Rouffio: Je ne vou- 'c"i lais pas faire un film unique- Jacques Rouffio : il y a forcément un propos intentionnel ... ment rétro, c'est-à-dire faire une chronique en recopiant Kessel, puisqu'il était là, même en allant plus loin dans tout ce qui se passe à Berlin, etc. Cela ne m'intéressait pas, et pour deux raisons .. La première, parce qu'il y a des films formidables qui ont été faits là-dessus, en particulier l'OEuf' lIu Serpent de Bergman ou i.es Damnés de Visconti, qui donnaient aussi, dans une manière un peu esthétisante, mais c'était du sérieux. Il y a 10 d'autres films, il y a les films des Allemands contemporains, il y a eu, même à la télé, pour les années de guerre, Holocauste aussi, avec les défauts qu'on peut y voir, mais aussi leurs qualités, par exemple, de projeter vers les gens une masse d'informations, seraient- elles enveloppées de romanesque discutable. D'autre part, c'est un problème de caractère, je crois que l'histoire reconstituée au cinéma est trop souvent une enveloppe opaque pour les contemporains. Pour moi, avec mon caractère, avec ce que je sais faire au cinéma, je ne crois pas que j'aurais pu faire surgir, avec une reconstitution aussi précise et même historiquement peutêtre beaucoup plus structurée, etc., un appel à la réflexion des gens. J'avais besoin de montrer au public des choses qui se passent maintenant. Depuis le c'"i Romy Schneider. La femme qui l'avait adopté. début, le propos a été d'avoir une résonance contemporaine et cette résonance est devenue beaucoup plus que ça, elle est devenue un point de départ, puisque même dans la construction dramatique, le film part de 1981. Ce n:est qu'à partir de là que je reviens en arrière en me servant de l'époque du nazisme. Ce que j'en garde, ce n'est pas pour étayer une thèse, mais pour illustrer, pour montrer la continuité des choses. Jacques Tarnero: Vous avez fait un film sur le refus de l'oubli. Ne pas oublier le passé, en tirer les leçons. Quand, au cours du procès, Max dit: «je ne conseille à aucun enfant de vivre ce que j'ai vécu, ceci dit, je plaide coupable pour mon acte », est-ce que c'était le personnage de Max, du film ou du roman, ou est-ce qu'il y avait de votre part un propos intentionnel? ' Jacques Rouffio : Il ya forcément un propos intentionnel, puisque je n'étais pas obligé de mettre dans la bouche de Max Baumstein des phrases de ce genre. Je crois que Max est un individu qui a une vision des choses extrêmement précise, tellement précise qu'il a groupé autour de lui, ou que se sont groupés autour de lui, des gens, un mouvement qui partagent la même vision des choses qui est, en l'occurrence, de lutter contre toutes formes de fascisme renaissant, de tortures. Ce qui lui arrive, cette espèce d'éblouissement de mémoire, qui fait qu'il a la vision d'une photo, cinquante ans après, d'un nazi responsable de la mort de la femme qui l'avait adopté. Cela aurait pu . ne pas se produire. En fait, son passé avait été occulté et je crois que Max Baumstein est un individu qui vit dans son siècle, avec des préoccupations contemporaines, sans se faire un cinéma ou une histoire sur le passé antérieur. Je crois qu'en réfléchissant un peu aux choses, il pense que ce n'est pas nécessaire de remâcher des choses sans agir. Son action contemporaine est pour lui beaucoup plus importante, c'est comme ça qu'il a mené sa vie, puisqu'il éprouve, vers la soixantaine, l'éblouissement de mémoire qui le détermine à intervenir. intéressés puis amusés et finalement passionnés. . Pierre-André Taguieff: Il y a, dans votre film, une symbolisation, une double typisation du fascisme, d'une part à travers les S.A. qui sont des brutes veules, d'autre part à travers la figure du nazi reconL'événement qui fait qu'il re- verti dans la position d'am bastrouve l'assassin de ses parents sadeur, au contraire figé par adoptifs, provoque en lui quel- son esthétisation. Est-ce que que chose de tout à fait spon- vous dessinez par ailleurs le vitané, qui ne correspond à rien sage d'un fascisme moderne? de ce qu'il a dit, pensé et fait Jacques Rouffio: Dans tout depuis quarante ans. C'est ce que vous dites, il ya l'idée de l'histoire de notre film, ça ren- repère. Je crois que si vous tre dans la construction, dans voulez, par exemple, entre les la dramaturgie du film même. S.A. et le matraquage du Effectivement, au procès, gosse, qui est très, comment Max dit d'une manière extrê- dire ... En tout cas, l'apparition mement précise: « Cet acte est de ces S.A., dans deux moen contradiction avec ce que ments du film, au début, sont j'ai tou;ours pensé, je m'excuse des repères et ne sont pas autre auprès de mes camarades de chose pour moi. Nous avons combat qui, par cet acte, sont . cru, Jacques et moi, que la mémis dans une position difficile moire collective comme la mé- on imagine les titres des moire individuelle des gens qui journaux, le lendemain, ont connu ça ou qui l'ont vécu, 'concernant un acte COI/1/lle ce- ne rendaient pas nécessaires lui-là - néanmoins je consi- des éléments beaucoup plus dère a posteriori que ce geste marqués. Il est presque un cri d'alarme ». Je pense, par exemple, aux C'est-à-dire qu'il revêt ce geste d'une intention postérieure, puisque cela s'est présenté à lui. Il vise cette résurgence du nazisme, d'un événement historique précis qui est quelque peu indépendant, dans sa manière d'arriver au visage, des actes, des actions, des choses politiques qu'il voit tous les jours. Pierre-André Taguieff: L'un des noeuds du tragique, et l'un des problèmes posés dans le film, c'est le paradoxe qu'il y a, pour un homme engagé dans la cause humanitaire, dans l'antiracisme et l'antifascisme, à assassiner un autre homme, serait-il un ancien nazi. Jacques Rouffio: Bien sûr, il contredit complètement toute sa vie et sa vision du monde, comme sa morale. C'est là un aspect qu'on pourrait dire romanesque. Mais ce n'est pas exactement le mot. C'est sur de tels personnages qu'on a bien aimé, Kirsner et moi, montrer que certains d'entre eux, qui étaiel)t tout d'un bloc dans leurs conceptions des choses, avaient des brisures, des instants de brusque rupture avec une certaine image d'eux-mêmes. Le fait nous a mots employés par Kessel, « camp de concentration », « nazi », « S.A. », même le mot « Juif », à la limite, pour des lecteurs de 1936, comment étaient-ils perçus'? On a essayé de retrouver cela. Bouillard, le « Français moyen », au petit garçon demandant: « Vous avez déjà rencontré des Juils ? », répond: « Ma foi non .' n. Les mots qu'il employait pour parler de ce qui se passait en Allemagne à ce moment- là, avaient une réception de la part des lecteurs qui, à notre sens, devait être totalement différente de ce qu'elle peut être de nos jours. Simplement parce que cinquante ans ont passé. Les mots, l'événement historique, Hitler, les nazis, etc. sont. dans mon film, des repères plus que des descriptions. Pierre-André Taguieff: Le personnage bien « français », sans la moindre conscience politique, de Bouillard, n'a-t-il pas aussi le regard de l'ingénu? Jacques Rouffio: En France. il y a l'événement parisien et celui de la province. C'est pourquoi j'ai choisi un personnage de « Français moyen» qui n'est pas Parisien. L'espèce d'éloignement. de distance quand on vit à partir de 25 km de Paris. fait que des événements qui se sont cristallisés complètement. dont la violence est apparente pour les gens de Paris. ne le sont plus lorsque l'on dépasse la grande barrière. En fait. et c'est un peu anecdotique. nous avons voulu montrer une espèce de Français qui. tel ce Bouillard. pense qu'il n'en a rien à foutre. du na7.isme. que ça ne le concerne pas. lui. représentant en champagne. que ce sont toujours les autres qui en souffrent.. . Pierre-André Taguieff: C'est un personnage extrêmement intéressant, dans sa lente prise de conscience. Jacques Rouffio: Moi j'ai 53 ans. j'étais très protégé dans mon enfance. Je me rappelle certaines conversations quand j'étais môme. J'avais 5, 6, 7. 8 ans, il fallait entendre! « Hitler ce pitre, ce clown /» ... J'étais à Marseille alors, la proximité géographique de l'Italie faisait que nous parIions beaucoup plus de Mus- Chanson d'exil Cet air yiddish si doux, si lallcillam .le (ai ioué .l'ur /1/011 )'iololl d'm(a;ll. 1.0 il/élodie qui a .Iàil lileurer lIies !,lIIl'III.I' Parole d·exil. de la l'il' d'é/1/igralll, Il a sui)'i dalls leur Irisle )'orage Tous ceux chassé,l' de liOgrO/1/S l'II l'i liages Qui s'm!ilraie/ll de V'ar,\'(})'h', de Berlill, de Russie, Pour )'ellir ) ' i)'/'(' lihres à Paris. 011 a llIé de\,{l1/ 1 le Salis-souci 1. 'illdifférellce a re/1/lJ/an' les cris. Dalls (aholldallce l'I dalls (ouhli. TOUl l'l'COIl//1/e/H'e. .l'ai de) 'alll /1/oi. 1:'1.1'0 , 1011 heau )'isage, li! .Ii,'dollllais l}(Jur UII demier )'Ultlge, Ce )'ieil air lileill de lIosf(/~~h', de lar/1/es, de l'l'grels. Que je jouais .l'ur 111011 )'iolOIl d'm!àll l, Editions Hortensia . Paroles: ./ . Kirsner et M. Gautron. Musique : Georges Delerue. Chanson interprétée en françaiset en yiddish par Talila. RCA-PI. 37634,30cm, solini. Mussolini, c'était une espèce d'athlète en maillot qui gonflait les pectoraux: « ça ne tiendra pas », disait-on. D'ailleurs, c'était aussi la position de beaucoup d'exilés qui sont arrivés ici en 1933, et qui pensaient que dans 3, 4, 6 mois, l'aventure hitlérienne serait terminée. Pierre-André Taguieff: Il semble que Bouillard, en tant qu'allégorie de la France moyenne, s'il n'avait pas rencontré, par hasard, cette immigrée allemande, aurait insensiblement pu collaborer, dans le prolongement de sa collaboration commerciale, politiquement avec l'Allemagne nazie. Mais on a l'impression au contraire, que Bouillard a compris la nature du nazisme. Jacques Rouffio : Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il reçoit un choc quand il voit cette femme à Berlin. femme d'un avocat juif qui a été tué. on ne sait pas où d'ailleurs. 11 reçoit un choc presque épidermique. Je ne sais pas ce qu'il comprend alors. mais je sais que j'ai voulu mettre dans la bouche de cette femme des mots qui déf(nissent ce qui se passait à ce moment-là. Est-ce que Bouillard l'a récupéré à son profit.je n'en sais rien. je ne peux le dire. ' Pierre-André Taguieff: Il y a l'afflux d'informations et ce que les gens en retiennent. L'évidence du nazisme comme machine de mort a mis longtemps à s'imposer. Jacques Rouffio: C'est complètement contemporain, et ça n'est pas tout à fait innocent de notre part. Car les gens lisent les journa ux, regardent la télé. etc, mais ils voient souvent en aveugles. Ils ne comprennent pas en profondeur ce qu'ils ont pourtant devant les yeux. C'est un peu pour les faire réfléchir qu'intervient la référence à l'époque na7.ie. Elle a une valeur allégorique . Pierre-André Taguieff: La chanson interpr:étée par Talila marque le danger d'oubli: « l'indifférence a remplacé les cris )). Jacques Rouffio: On a mis beaucoup de temps pour l'écrire. Les mots avaient besoin de se charger de tout ce qui s'est dit avec Kirsner. avec Talila, etc., pendant l'année où 12 nous avons travaillé ensemble. Pourquoi insister sur l'indifférence ') Parce qu'il peut y avoir des formes de totalitarisme « propres )). sans qu'il y ait débordement du type S.A .. sans soudards dans les rues. Et il y a DIFFÉRENCES MAI 82 toujours aujourd'hui des fascismes qui se portent bien. Interview réalisée par Pierre-André TAGUIEFF et Jacques TARNERO TALILA: REFUSER L'OUBLI oi ci ralila. Son premier disque de chansons

iddish a obtenu le

Gran Prix de l'A cadémie Charles Cros en 1977. Après un passage au théâtre d' Edgard en 1978 et au Forum des Halles dans le spectacle Chant profond Juif, elle enregistre un second 30 cm de chansons yiddish, se produit à l'Olympia avec Lionel Rocheman, et chante dans le spectacle Chant du peuple juif assassiné. L'année 82 marque certainement une évolution dans sa carrière. Tout d'abord c'est, à nouveau, le prix de l'A cadémie Charles Cros pour son disque de berceuses yiddish, puis sa présence remarquée au Printemps de Bourges en avril, ~t enfin la sortie du film de Jacques Rouffio. « Née en France de parents juifs polonais. je commence maintenant seulement à chanter en français . 11 me fallait. d'abord, m'exprimer musicalement en yiddish: c'était sans doute pour moi un besoin profond, une dette inconsciente et l'expression la plus naturelle. Maintenant je peux, sans abandonner le yiddish, chanter en français. J'ai aussi des choses à dire dans cette langue. Mais il est vrai que je n'éprouve pas exactement les mêmes en chantant dans l'une, quotidienne et « normale)) et dans l'autre. minoritai;e et perçue comme marque d'une différence. Jacques Rouffio, qui m'avait entendue chanter, est arrivé au moment où j'avais envie de me faire entendre d'un plus grand nombre et le scénario qu'il m'a fait lire m'a paru d'emblée proche de moi. Chanter la chanson de ce film a été la fusion de certaines sensibilités. Dans le disque faisant entendre la musique du film. d'ailleurs très remarquable. due à Georges Delerue, a été enregistrée une version yiddish de la même chanson. qui semble elle-même provenir d'un petit villagede Pologne, à l'image des berceuses traditionnelles que j'ai interprétées pour Challl du Monde (1). Juive française,je tiens à perpétuer par le chant tout ce qui aurait dû disparaître. Chanter peut être aussi une manière de refuser l'oubli. ( 1) La collection des Berceuse,l' du IIlOlIde l'Illier a obtenu le Grand Prix de l'Académie Charles Cros 1992, Le rejet engendre le rejet, la haine, la haine ... Le choc des expériences et des cultures... « Que celui qui me condamne soit maudit, ma blessure est intime» (Si Mohand, poète kabyle). FILS D'IMMI GRÉS ENFANTS DE NULLE PART On partage l'essentiel : un destin peu exaltant. S cène de la vie quotidienne en R.E.R. (ce pourrait être le métro, un bus ou n'importe quel lieu public) : des cinq adolescents, les deux filles ne sont pas les moins virulentes à l'encontre d'un entourage qui ne semble ni les entendre, ni même les voir. « Regarde la mémère, elle ajamais dû baiser de sa vie ». Ils n'ont pas quatorze ans et déjà ne connaissent d'autre mode de contact avec autrui que celui de l'agression. Je ne saurai rien d'eux, sauf qu'il aura suffit d'un regard quelque peu accentué pour que la principale protagoniste détourne le sien. Et qu'ils viennent d'une de ces cités ouvrières de banlieue où il arrive que des adultes exaspérés saississent un fusil dans l'espoir de faire taire une rebellion permanente devenue insupportable. Sont-ils délinquants, prédélinquants ? Encore faudrait-il savoir où passe exactement la limite, à condition qu'elle soit perceptible! L'an dernier 60000 jeunes délinquants ont eu maille à partir avec la Justice. Mais si les «justiciables» sont faciles à répertorier, les actes de délinquance juvénile revêtent des visages si divers (du racket à la sortie de l'école au cambriolage d'une villa) que ces chiffres ne donnent qu'une idée très partielle du phénomène. 13 Selon le ministre de la Justice, Robert Badinter, cette aggravation trouve sa source dans ce qu'il qualifie de « société criminogène »: « l'urbanisme aberrant des villes-dortoirs, la solitude humaine des grandes cités, le' chômage, - plus particulièrement des jeunes - , et l'affaiblissement des valeurs morales ». Pur produit d'une société en crise, la délinquance touche prioritairement, - et largement - les enfants des cités ouvrières. Parmi eux, les enfants d'immigrés. On les dit, ces derniers, de la seconde génération, parce qu'ils ont grandi en France, et souvent même y sont nés. On estime qu'ils sont aujourd'hui plus d'un million et demi, dont une majorité sont Portugais (28,5 %) et Algériens (27,4 %). Le choc des maux Avec l'ensemble des autres jeunes des cités de banlieue, ils ont en partage l'essentiel: le destin peu exaltant de ceux qui, nés au bas de l'échelle sociale sont, sauf exception condamnés à y demeurer. De la Cité des 4000, à la Courneuve (Seine-Saint-Denis) à celle du Bois l'Abbé, à Champigny- sur-Marne leur vie diffère peu. « Ici c'est la misère! » me dira un jeune Algérien des 4000 en me montrant d'un geste large les murailles gigantesques qui abritent des milliers de familles. Leurs pères sont parfois ouvriers qualifiés, le plus sou- ~ vent OS ou manoeuvres. Lors- ;;:: qu'ils regagnent, le soir, le 10- ~ gement familial, ils ont «le:J corps brisé de fatigue» et aspi- ~ rent plus au repos et au silence Blessures intimes qu'au dialo~ue. En échange de goissante: le «je finirai ce.tte usu~e, Ils touchent des. sa- comme ça », commence désorlalres q':ll ne. perm;t~ent nen, mais au sortir de l'enfance. La sauf de survlv~e pembl~m~n~. révolte, aussi, est plus préCe~ te perspective .de vie etn- coce: ils ont à peine douze ans, 9uee et ardue, les Jeunes la re- ceux de la bande qui «fait les Jett~nt brutalem,ent.. Sans sacs à mains» dans les bus qui aVOIr pour autant 1 espOIr de la font un détour jusqu'au Bois remplacer pour une autre. L.a l'Abbé. majorité d'entre eux vit en fait Une enquête effectuée auprès l'expérience permanente de du parquet de Nanterre l'échec. (Hauts de Seine) concernant L'échec scolaire d'abord, les jeunes délinquants de la ciqu'ils tentent de minimiser en té du Pont de Bezons révèle le présentant comme un libre que 46% des jeunes Maghréchoix: «On va pas être assez bins avaient moins de 16 ans bête pour faire des efforts qui au moment des faits qui leur ne serviront à rien!». sont reprochés. La proportion Djamel, le bachelier du est de 36% seulement chez les : groupe, ils l'appellent pour- Français. L'enquête met ce ~ tant avec fierté l'intellec- chiffre en relation avec des dis- ~ tuel». Il pers~nnifie une. re- parités sociales marquées envanche collective et constitue tre les deux communautés: la preuve concrète que, quoi- 56% des chefs de famille maqu'ils en disent dans un mou- ghrébins sont OS ou manoeuvement d'amére déri~io~, ~Is ne vres, par exemple, contre 22% sont pas «des lnferreurs des Français! puisqu'immigrés ». Mais cette violence précoce est Djamel, qui évoque avec un essentiellement favorisée par sourire voilé l'illusoire mais at- les difficultés inhérentes à la tirant réconfort de la drogue. condition de fils ou de fille Djamel, bac~elier" miracul~ d'immigré. : des ~OOO, mais chomeur, lUi Ils rêvent d'une île aUSSI, comme les autres. , Le chômage désormais fait deserte partie de l'héritage familial. Il y.a eu, jusqu'a~ 10 mai, la « Tous les frères aînés y sont pr~tlque d'un ~aclsme d'Et~t passés, lorsque ce n'est pas le qUi ~es enf~rm~lt ~a,ns une Slpère lui-même», constate tuatlOn d I,nsecunte . pe~maMartial éducateur de rue au nente. Il n est pas SI lOin le Bois l'Àbbé. La certitude an- temps où les fouilles étaient le 14 Nés au bas de l'échelle sociale. lot quotidien des immigrés voyageant en métro, avec à la clef la perpétuelle angoisse d'avoir oublié la sacro-sainte carte de séjour seule capable de vous éviter l'humiliant séjour au commissariat! Il y avait, alors, le désir insensé de devenir invisible, de se fondre dans la foule, de ne plus être différent des autres.. . Si les mesures de suspension des expulsions des jeunes nés en France prises l'été dernier ont quelque peu dinimué le poids de la chappe, cela ne pouvait cependant suffire à effacer du jour au lendemain les bles- • sures infligées par des décennies de racisme. Blessures si intimes que dans un premier mouvement ils nient, - avec trop de violence pour qu'on les croie - , en avoir été victimes: «Moi, ça va, je n'ai pas de problèmes!». Cette humiliation-là est bonne pour leurs ~înés, qui déb~rquèrent un Jour de leur lOintain village sans savoir ni lire ni écrire! Eux, ceux de la seconde génération, ils sont nés ici, ils parlent le français sa~s le moindre accent et connaissent tous les dédales de notre société contemporaine ...

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z 't"Il Le travail ... une bouée de secours. Ils n'en subissent pas moins, aujourd'hui comme hier, l'humiliation de mots haïssables qui appartiennent malheureusement au langage courant de nombreux Français. Des mots qu'ils reprennent avec cynisme dans leur propre vocabulaire. « Voilà un crouille qui vient », comme si de les cracher à leur tour pouvait les laver des souillures antérieures. Le racisme, il continue de s'inscrire sur les murs, avec les petites affichettes du Front national qui reprennent la vieille antienne du temps de Gisca rd : « Deux millions de chômeurs, c'est deux millions d'immigrés en trop ». Et, est-ce un hasard si j'ai rencontré ce matin sur le parvis de la Défense un homme qui voyant écrit «jeunesse immigrée» sur un de mes dossiers a cru bon de me dire « Il est bien temps de nous débarrasser de cette racaille!» ? Le rejet engendre le rejet, et les victimes peuvent se faire bourreaux

au Bois l'Abbé, les racismes

inter-immigrés varient au fil des moments, - antijuifs, anti-n.oir - , comme si cela pouvait rassurer de se dire : «l'autre est pire que moi ». La haine engendre la haine. La leur est aveugle, et dans une ultime tentative pour comprendre leur propre chute, ils ont recours au discours à la troisième personne : « C'est de t()UI cela qu'ils se vengent en cassant des vitrines, en volant des voitures ... ». Ni d'ici, ni d'ailleurs Douloureuse illusion que celle de ces enfants qui ont pu espérer un instant qu'il leur serait permis d'oublier qu'ils ne sont pas d'ici! Ni d'ici, ni d'ailleurs. Les « pays d'origine », ce ne sont pas les leurs, mais ceux de leurs parents. Ils n'y ont laissé aucun souvenirs d'enfance ou d'adolescence qui, plus que tout, donnent le sentiment d'appartenir à une terre, à une communauté. Hormis une éventuelle transmission de la langue maternelle, les parent sont dans l'incapacité d'assurer le lien avec le patrimoine originel: primauté des lois de la communauté villageoise, solidarité toute-puissante à l'intérieur d'une même famille, répartition des rôles sociaux entre les deux sexes. Les valeurs véhiculées par les parents sont le fruit d'un contexte économique et social particulier. Elles sont inadaptées et parfois insupportables lorsqu'il s'agit d'affronter les contradictions de la société occidentale en crise. Ce choc d'expériences si différentes creuse rapidement entre- eux et leur parents ce qu'ils qualifient d« abîme». La mère demeure malgré tout l'ultime refuge affectif, mais on se garde bien de tout lui dire, pour lui éviter l'angoissante confrontation avec des situations qu'elle n'a pas le moyen de résoudre. Le père reste « un étranger avec qui, pourtant, on aurait bien aimé parler ». Il y a plus que du regret dans la voix de Farid lors'qu'il constate: « Mon père pourrait mourir demain, et je n'aurai rien su de lui ». L'existence de l'abîme provoque des affrontements d'autant plus éprouvants qu'ils sont sans issue. L'échec scolaire demeure incompréhensible à ces adultes qui ont tant souffert de ne pas avoir la chance accordée à leurs enfants

avoir accès à l'instruction.

Confrontés aux actes de délinquance qui attirent sur la communauté les regards d'une société d'accueil que n'épargne pas la tentation de rejeter celui qui est différent, les parents désarmés ne voient plus qu'un retour au pays pour faire rentrer les choses dans l'ordre. Mais ces adolescents nourris .de rock et de reggae, il est rare qu'ils soient aptes à affronter l'épreuve de la réinsertion dans une société qui, lors d'éventuels séjours « au pays», les a considérés comme « ceux venus de France», européens dans l'essentiel de leurs moeurs et de leurs comportements. « Etrangers » ici, « émigrés » là-bas, ils ont conscience d'être en marge des deux sociétés dont ils sont pourtant le produit commun. Prêts à tout « pou" avoir la paix », ils rêvent à haute voix d'« une Île déserte » ou personne ne viendrait leur dire qu'ils ne sont pas chez eux. Pour enfin « être de quelque part », ils envisagent aussi bien de prendre la nationalité française - « ce n'est pas une carte d'identité qui te changera la gueule » - que de partir pour un pays dont ils ignorent tout ou presque: « Tu étoufferas là-bas comme 15 DIFFÉRENCES MAI 82 ICI ». Ils ne croient pas plus à une issue qu'à l'autre. Ce désarroi est encore accentué chez les jeunes Algériens par les imbroglios de leur situation jurdique. Leur cas est, certes, moins dramatique depuis que la menace permanente de l'expulsion a été levée l'été dernier. Mais le problème nodal demeure: le choix de la nationalité. Nés en France après 1963, ils sont d'office munis d'une carte d'identité française dès l'âge de seize ans, alors que seul l'âge de la majorité devrait servir de référence pour un libre choix. Algériens aux yeux de l'Algérie, ils seront alors considérés comme déserteurs dans le pays de leurs parents. Inversement, s'ils choisissent la nationalité algérienne, il y a peu de chances qu'ils puissent, après deux ans de service militaire, revenir en France autrement que comme touristes. Ce dilemme concerne près d'un demi- million de jeunes et devrait être réglé au plus vite si l'on veut éviter la multiplication de situations bloquées. Mais ce qui est le plus nécessaire pour tempérer le désarroi de ces adolescents, c'est l'expérience de la lutte commune dans le travail face à un même adversaire. C'est ainsi seulement qu'ils ne confondront plus, dans un sentiment unique, tout ce qui n'est pas eux. C'est si vrai, que la seule perspective de pouvoir travailler est capable de leur faire accomplir des efforts dont trop souvent on les croit incapables. Les possibilités offertes par les stages de formation et d'insertion Rigout sont loin de les laisser indifférents: « Ca a été pour eux comme une bouée de secours, et pourtant on ne leur a pas caché les efforts qu'ils auraient à faire». C'est ainsi qu'un éducateur du Bois l'Abbé explique l'engouement de neuf jeunes « en difficulté» pour un projet prévoyant à terme la création d'une coopérative d'imprimerie-distribution. « Ils ont senti que nous, on croyait en eux » ajouterat- il. Rares sont ceux qui demeurent dans la marginalité, une fois qu'ils ont eu la chance d'entrer dans le monde du travail. N'aimant pas revenir dès· lors sur cette époque qu'ils qualifieront comme « celle où j'étais con ». Pour eux la page, souvent est définitivement tournée. Floriane BENOIT 22, AVENUE DE LA GRANDE ARMEE PARIS XVII 755.61.86 Ets Super Service Optique Rénovée f. f. f. o. Il. 79, avenue de la Marne - B.P. 15 92600 ASNIÈRES - Tél. 790.65.03 RAPHAEL-LAZAR Tapisserie-Décoration Siège Social : 50, rue Volta 75003 PARIS Tél. : 278.69.44 TURENNE HABILLEMENT PRET A PORTER MASCULIN 71, Rue de Turenne 75003 Paris Tél. : 887.92.84 16 Ets FORMAN Prêt-à-Porter 13, avenue d'Italie 75013 Paris - Tél. : 707.37.12 Etablissements REJA Prêt à Porter Féminin 15, rue Lafayette 38000 GRENOBLE Tél. : (76) 44 10 60 BRITISH MOTORS 5, rue Chalgrin 75016 Paris Tél. : 500 25 42 COMPTOIR DE fOURNITURES ,~ BOUTONS BOUCLES FERMOIRS GALONS TEL: 260.31.93 113, rue d'Aboukir PAR 1 S r Expliquez-moi10 janvier 2012 à 15:22 (UTC)~~§ DIFFÉRENCES MAI 82 A l'heure où la Grande-Bretagne et l'Argentine s'opposent pour les îles Malouines, 130 autres «points chauds» subsistent sur le globe, y compris quelques dizaines d'îles, sous contrôle français. EMPIRES ET CONFETTIS C es Îles .1'011/ parlies « il1/égrallle de 11011'1' Il'rrilOire dOI1/ el/es 0111 élé arhilrairl'lIIl'l11 séparées. Nous .1'0/111111'.1' délerlllinés à pré. l'l'n'el' nOIre SOUI'l'rainelé el II' carae/ ère inaliénahll' dl' noIre Ierriloire . ., S'agit-il là d'un ultimatum lancé par la junte militaire argentine à Mrs. Thatcher à propos des îles Malouines '? Pas du tout. Ce sont les propos que le président de la République de Madagascar. M. Ratsiraka. a tenus au président de la République française. M. François Mitterrand. lors de son dernier voyage à Paris. L'objet du litige'! Des îles si petites qu'on les appelle éparses. Ici. point de moutons. ni d'hiver austral, mais des cocotiers, des filoas. des chèvres sauvages et des tortues. Les Glorieuses. Juan de No- va. Bassas da India. Tromelin, en tout 17 kilomètres carrés de sable blanc. sont à classer dans la catégorie des « paradi,l' lropicaux ». Placés sous juridiction française au XVIII" siècle. en vertu "du droil dl' découl'erte 1'1 d'occupalion des Îles salis lIIaÎlrl (toujours en vigueur. avis aux amateurs). ces îlots du bout du monde sont revendiqués par Madagascar depuis 1972. Sans que la France ait manifesté un réel empressement à les lui rétrocéder. Au contraire. En 1973. en réponse aux demandes malgaches. le gouvernement français dote chacune des îles d'un détachement d.'une di7.aine de militaires et de gendarmes. chargés d'y maintenir la souveraineté française. jusque-là assurée par quelques techniciensmétéo. et de les « proléger co/llrl' les allaques él'ellluel/es cie puis. lw/ce,I' élrallgères ». Depuis. les prises de position internationales se sont multipliées. En 1975. l'Organisation de l'unité africaine (OUA) demande à la France de retirer ses troupes et. à la fin de l'année. la commission politique spéciale des Nations unies adopte une résolution préconisant la réintégration des îles éparses à Madagascar ( 1). A l'occasion de ce vote. l'Europe des neuf soutient la France. à l'exception du Danemark et de l'irlande. Choqué par l'attitude de ces deux partenaires récalcitrants. M. Michel Debré. député de la Réunion. s'indigne auprès du mi- 0.: nistre des Affaires étrangères: ~ « NOIre gouI'I'I'I/ellll'lII S'l'SI-il assuré que les hOlllllll'S polilique.l' 1'1 cliplolllales cie ('1'.1' pays .1·al'aiel1l où étaielll siluél's ('1'.1' Îles sur la carle :'., Des cailloux en or Dans la course aux bases militaires engagée dans l'Océan indien. le moindre îlot rocheux fait figure de caillou en or. Les îles éparses. perdues en plein milieu du canal du M07.ambique. occupent une position de choix sur la fameuse route du Cap. celle du pétrole. Par ici. transite 60 Ci du pétrole français et. chaque jour. quatre de nos super-tankers y cir-' culent dans les deux sens. Des considérations stratégiques expliquent une grande part des réticences françaises à la rétrocession des îles éparses. Du point de vue économique. elles ne possèdent aucune ressource minérale ou végétale. mis à part une plantation de coprah qui. tombée en désuétude. a laissé une des plus belles cocoteraies du monde à la Grande Glorieuse. ou les vestiges d'une exploitation de phosphates de guano à .Juan de Nova. gérée jusqu'en 1967 sur un mode esclavagiste. par un ancien consul de France à Maurice. L'île de Tromelin alimente un élevage industriel de tortues. basé à la Réunion. et le Club Méditerranée a longtemps songé à offrir un tourisme à la Robinson Crusoë à .Juan de Nova. Le projet est tombé à l'eau. en grande partie en raison' des difficultés d'approvisionnement. Antananarivo refusant aux avions français le droit de survol de son territoire. en représaille fi la décision française d'étendre sa zone économique à deux cents milles marins autour des îles. Mais sait-on jamais quelles richesses recèlent les fonds marins '! Selon le Secrétariat d'Etat aux DOM-TOM. auquel les îles éparses sont rattachées. des campagnes expérimentales ont mis en évidence la concentration de nodules polymétalliques dans cette 7.one (2). Zone stratégique. 7.One économique exclusive. droit d'exploitation des richesses minérales et naturelles. des fonds marins . souveraineté nationale. extension des prérogatives maritimes. etc .. tout interfère. Avec les deux cents milles marins. l'île Maurice multiplie sa surface par mille. Les îles Fakland (nom britannique des Malouines). avec cent cinquante milles carrés. constituent à elles seules plus de la moitié du domaine maritime de la Grande-Bretagne. L'îlot de Clipperton. un simple rocher au large du Mexique. accroît encore de quelques milliers les on7.e millions de kilomètres carrés qui font de la France la troisièmc puissance maritime du monde. Oflïciellement. les éparses sont importantes parce qu'« el/es pl'r- 1111'111'111 à la I-j'allcl' de gérer UII I/wil/c)// illlportalll cie /'ohsen'a- 1 iOIl lIIél éorologiqul Les stations installées depuis une trentaine d'années dans la 7.One où se Le porte-avions britanique Invincible à son départ de Portsmouth. j 17 forment environ 70 (Ir des cyclones du monde facilitent leur détection et la transmission de précieuses indications aux navIres. aux pays riverains et au-delà. A Antananarivo. on objecte que les Malgaches pourraient fort bien se substituer à la France dans cette tâche. On fait également observer que ces îles. longtemps rattachées à Madagascar. auraient dû être décolonisées en même temps. bien qu'elles soient inhabitées. et que ne rentrent pas en jeu des questions de libération nationale comme che7. leur voisin. Mayotte. Un second argument malgache. celui de la proximité géographique. n'est pas reconnu par ce ' « droi/ illll'mliliollal dl' la 1111'1 élaboré à l'époque des grands empires coloniaux. Mais. selon ce même argument. la France pourrait, par exemple, occuper les îles de Jersey et Guernesey. voisines du Cotentin. Ne rien céder En attendant. le différend francomalgache risque fort de s'éterniser

les tractations entre la France

et le Véné7.uela à propos de l'île d'Avès, un banc de sable immergé pendant six mois. ont duré des années. " Ne riell céder d'ull elllpire hâli COII/i'lIi après collt'elli.,: telle a été la devise jusqu'à présent. en matière de politique maritime. Et. au moment où cent quarante-quatre Etats négocient la convention internationale sur le droit de la mer. c'est encore la loi du plus fort qui règne sur les vagues, et pas encore les droits égaux des Etats. Une récente étude des Nations unies sur ce sujet comptait plus de cent trente « points chauds., où des conflits seraient susceptibles d'éclater. Véronique MORTAIGNE (1) Sauf l'île de Tromclin revendiquée par l'île Maurice. L'OUA a. d'autre part . pris position à plusieurs reprises pour la réintégration de l'île de Mayotte aux Comores. mais il s'agit là d'un autre problème. (2) Les nodules sont de petites boules métalliques. une matière première des fonds marins qui offrirait d'importantes perspectives. La plus forte concenlration dans l'Océan indien a été détectée dans le bassin des îlcs ('ro- 7et qui appartiennent aux Terres françaises australes et antarctiques (TFAA). Notre tempS~~§ê Le rock 'n roll, une musique faite par et pour les jeunes. Ouverte sur la réalité vécue des Teenagers, elle reflète leurs désirs et leurs idées. Parfois, elle les crée. LES ENFANTS D'ATTILA Sur la scène, deux tours d'enceintes distillent une bande musicale qui agace mes voisins: trois loulous habillés de cuir et chaussés de rangers. Les cheveux de l'un volent au vent, ceux des autres ne dépassent pas le demi-centimètre de longueur. Leurs blousons, qui se souviennent encore des durs combats menés aux Indes par l'Empire, sont couverts de badges à la gloire de leurs idoles: Motorhead, AC 1 DC, Saxàn, Kiss, Juda Priest dont certains d'entre eux doivent prendre le relais de la cassette. D'autres insignes. moins esthétiques, alternent avec des badges: croix gammées. signes nazis ... Toute la panoplie du Il le Reich s'étale sur métal en devanture. ou à la peinture dans le dos. Le test des décibels Le volume de la sono monte progressivement. Le signal a été donné. Show time. le spectacle commence. C'est parti pour trente-six heures de délire. L'odeur qui plane n'a Tien à voir avec celle de notre bonne vieille gauloise. L'Angleterre n'en a pas le monopole. me dit-on. Ça me rassure. Le nom du groupe qui ouvre le feu m'échappe. Quelle importance? De toute manière, je ne fais pas la différence entre leur musique et celle des grosses pointures que je vais voir ici et là. dans les autres concerts de ma tournée britannique. C'est le phénomène hard qui m·intéresse. D·ailleurs. le hard-rock se distingue-t-il par l'originalité de sa musique? Docteur. que peut discerner mon oreille devant un mur qui crache 135000 déciQels? Même si je m'en trouve à cinquante mètres? Bien sûr, le hard-rock est avant tout une over-dose de décibels. Mais c'est aussi une image (un look comme disent les initiés), un look ha rd (dur). Je suffoque. Ma tête vibre à un point tel que je me demande combien de temps il lui faudra pour éclater. Je ne peux plus penser. Je suis obligé de me laisser porter par ce que dégueulent les baffles. Impossible de distinguer la guitare. la basse ou la batterie. Ouaahh ! Je subis. ni plus ni moins, la prestation de Motorhead. Les projecteurs déchirent la nuit en projetant l'image d'un bombardier. Lemmy, le leader du groupe. s'explique: « Le 'rock, c'est censé être violent, non? Toute la violence, toute l'agression passe dans notre musique. Les cuirs noirs, les têtes de mort, les insignes nazis ... ? De la rigolade, juste pour l'image, parce que ça donne une chiée gueule». Ah bon! Les hard-rockers n'inventent rien. Il ya vingt ans déjà, en Californie (EtatsUnis), des bandes motorisées se faisant appeler Hel/'s Angels - Les Anges de l'enfer - utilisaient cette panoplie et cette image. Réputés pour leur violence, les Hel/'s Angels n'ont jamais nié leur côté facho. La différence entre Hel/'s Angels et hard-rockers? Les premiers étaient francs et n'avaient d'influence qu'à l'intérieur de leur groupe; les seconds voudraient se faire passer pour des anges (alors qu'ils ne le sont pas) et influencent quelques millions de fans dont l'âge varie entre 14 et 22 ans. Paul Fenech, du groupe Météor, a fait un séjour en maison de correction à l'âge '" de douze ans. Il avait blessé un gars ... à ci coup de hâche. Jean-Jacques Burnel, bassiste des Stranglers, alors adolescent. rejoint la bande de nazi lions britanniques. Skinheads, de son quartier. Il avoue: « On était plutôt raciste mai!juste contre les Noirs. On pra'tiquait aussi le froggy hashing, la chasse aux Français ». A 18 ans. il s'illustre dans l'expédition punitive contre un pub de Southall, le quartier pakistanais de Londres. Les He/l's Vikings .... débarquent et ravagent une rue, ses bbutiques et les véhicules qui y stationnent. Le tout devant la police qui n'intervient pas. 18 1 BRITliH MorfilENT 1 E9 BRITAINfOR THE BRIT/SIf La Grande Bretagne aux Britanniques: une machine Le groupe Stranglers est interdit de séjour dans bon nombre d·endroits. En France, ses musiciens écopent d'un petit séjour en prison après le saccage d'un amphithéâtre de l'université de Nice. en 1980. Le look seulement? Un des albums des Stranglers: « The Raven » en jette dans les bacs à disques. comme toutes les pochettes des disques hart/s d'ailleurs. Que ce soit Kiss avec son sigle SS à la place des S ou l'aigle bien huilée nazi de Saxon. Mais Stranglers fait dans la recherche, le symbole. Le corbeau ornait les bateaux Vikings: « Les Vikings étaient de grands aventuriers, une tradition que nous ne devons pas perdre en Europe: énergie et action. Malheureusement, on interprète ça comme du fascisme. Evidemment, les fascistes oni toujours glor(fié l'énergie et l'action. Mais est-ce que cela veut dire qu'ils seraient les seuls à posséder ces qualités .? Ridicule.'» Dans une situation économique lamen- . Un « pouvoir blanc» bien protégé. table, l'Angleterre accouche de contestataires de tous poils. Punks, Skinheads, Hard-Rockers ... Autant de mots qui ne désignent en fait que des révoltés. en général des jeunes qui, à défaut de pouvoir s'exprimer par la parole, s'expriment par la violence. « Pas de futur» disaient les Punks des années 1970. « Nes pour mourir» répondent dans un élan de continuité les hardrockers des années 1980. Et, comme Attila, tout détruire sur son passage. Sa saoûler le corps et l'esprit Tout oublier: la crise économique. la mfsère. le chômage ... En écoutant du rock. Voilà la devise officielle du hardrock. La devise officieuse étant d'anéantir ceux qui voudraient prendre notre place. Paroles sexistes, machistes, les chansons hard-rock sont aussi nationalistes. 19 Aucune originalité dans les thèmes, la platitude et l'intolérance n'ont pas de frontières . Seuls les boucs émissaires changent de noms. Outre-Manche : « Les Noirs et les Pakistanais \'iennent nous voler notre travail ~~, « Le~ Noirs puent ». « Les Youpins sont partout » ... Airs connus. Des idées que colporte en toute sympathie une bonne partie du public et que personne ne dément. Au contraire. elles sont encouragées par le big-business qui imprime tout un matériel pour des boutiques spécialisées qui prolifèrent aussi vite que les sex-shops en France. Teeshirts. blousons. chemises. brassards, casquettes, badges. écussons. autocollants .. . A qui la belle croix gammée'? Pour qui le beau badge. en deux couleurs s'il vous plaît, avec ces quelques mots : « Ein Volk , Ein Reich, Ein FU/1I'er .' » '? Cherches- tu un badge « White power ~~ (pouvoir blanc) ou un tee-shirt avec l'inscription « Les Juifs aufour » o~ « Mort aux Youpins » ? .. dirige-toi vers Soho, c'est mieux qu'à la Samaritaine, c'est en vente libre et pas cher. La mode s'installe et elle rapporte. Elle rapporte même très gros. Financièrement bien sûr, mais aussi politiquement. La théorie de la violence, qui se propage à travers le hard-rock (en Grande-Bretagne et ailleurs) s'en prend très peu aux responsables de la situation, mais beaucoup à ses victimes. En Grande-Bretagne, le chômage touche deux fois plus de Noirs que de Blancs. Le nombre de chômeurs noirs et asiatiques a augmenté de 70 % en un an. Les grands manipulateurs Une mécanique infernale, bien huilée, .s'est mise en branle. Les jeunesses du British Movement, du National Front, de la LiKue Saint GeorKe, et autres grou- , l TRAITEMENT .• ASSISTANCE TECHNIOUE ~ P ~'?- ~ 0'~ ~'?- ~~ ,?-0 ~,,,,, .0-0 0V 0 ~p. ~«' ,,0 ~~" {:-v~ 24, CHEMIN LATÉRAL NORD ,,~'?- 93300 AUBERVILLIERS w 833.92.81 T.T. ACIERS A OUTILS 80800 CORBIE w (22) 48.20.44 pes fascistes, font le plein. Est-ce un hasard s'ils recrutent surtout dans les concerts hard? Le National Front édite un journal musical, BulldoK, en vente à l'entrée des salles. Il a même ses groupes attitrés comme le Carleton Punk Group, composé entre autres par lan Stuart et John Grinton, deux pilliers du National Front. A ce niveau, il paraît difficile de croire que toute cette violence résulte d'une réaction spontanée. Peut-être l'était-elle en 1970, du temps des Sex-Pistols? DIFFÉRENCES MAI 82 Aujourd~hui, l'Angleterre compte 2820000 de chômeurs, soit Il,8 % de la population active. Elle pense passer le cap des 3,3 millions fin 1982. Que se passera-t-il alors? Se trouvera-t-il encore des groupes pour attiser les haines raciales ou bien « Mme Thatcher aura-t-elle réussi à installer le National Front au pouvoir?» comme me le suggérait, en plaisantant, bien sûr, un ami londonien ?Vous trouverez peutêtre la réponse dans un prochain disque des StranKlers. Marc MANGIN Le Prix LeCboix Le Service 1Y. Electroménager,Hi-Fi,Vidéo. Nous voulons faciliter votre vie en facilitant vos déplacements. Toujours tous les jours. é RA1FI Pour mieux vivre Paris et 1"lle·de·France. Centre d'Information Téléphonique (CIT): 346.l4.14. 20 r tU ..J o

c: 8 Mai, la victoire. Trente-sept ans. De l'histoire ancienne étouffée. Et les nouvelles générations vont de découvertes en surprises quand elles savent. BRULEZ PAS LA ~ BIBLIOTHEQUE ! tU O · o " 1945. Le martyre vient de se terminer. Combien survivront? N OUS étions un peu las de voir « défiler clans les rues du Il" arrondissement, le 8 Mai, chaque année, pompiers en tenue etfanfore avec petits drapeaux. Et de con.Ha ·ter un désintéressement croissant de la population, sans parler des questions et commentaires déconcertants que suscitait celle man((estation parmi les passants de plus en plus nomhreux à ne pas en comprendre le sens. » Ces réflexions ont été entendues. Pour cette année 1982, toutes les associations confondues d'anciens combattants, de déportés et d'internés de la Résistance, ont confié la responsabilité de la préparation et de l'organisation des cérémonies du 8 Mai, au comité antifasciste constitué dans ce quartier de Paris et composé de jeunes Français et de jeunes Allemands. Cette façon originale de procéder en surprendra parmi ceux qui ont vécu les événements tragiques et qui restent attachés à des formes plus traditionnelles, plus solennelles, pour commémorer le jour anniversaire de la victoire des Alliés sur les armées nazies. Peut-être surprendrat- elleplus encore des jeunes qui n'ont pas vécu cette période, et dont les parents n'étaient souvent que des enfants en 1945; jeunes qui se sentent peu ou prou concernés, selon les cas, voire pas du tout. Les moins de vingt ans ne peuvent faire appel à leurs souvenirs et sont dépen- 21 dants dans leur approche des faits de ce qu'ils reçoivent de la famille. de l'école ou des médias. « Je suis oriKinaire d'une jamille qui a connu de près le proh/ème de la déportation, explique Frédérique, une des animatrices du comité antifasciste. Je ne peux pas 'en nier l'importance, même si celle oriKine n'explique pas à elle seule mon enKaKement actuel. Très tôt, j'ai su que la Seconde Guerre mondiale Ile tenait pas uniquement dans les Krandes hatailles militaires et qu'elle siKnifiait aussi camps de concentration et d'extermination, nazisme, antisémitisme. C'est prohahlement pourquoi j'étais déjà présente le 21 avril 1979 à Strashourg au rassemhlement allIifasciste contre la prescription des crimes de guerre et contre l'arrêt des poursuites de leurs auteurs. » La loi du silence Est-il essentiel, sinon nécessaire, d'être originaire d'une famille directement engagée pour se sentir à son tour concerné? « Pas du tout, réplique Frédérique, et d'autres jeunes qui ne se trouvent pas dans mon cas ont rejoint notre groupe, ont participé à ses activités, parce qu'ils s'y intéressaient d'eux-mêmes, parce qu'ils voulaient comprendre et faire comprendre à leur tour. » Mais au moins les parents en avaient parlé? Pas nécessairement, si on se fie à de nombreux témoignages. Est-ce à dire que la loi du silence règnerait concernant f0- U) ..J ..J o

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Ul 8 ~ 1944. Paris se libère 1944. Le Général de Gaulle descend les Champs Élysées une époque aussi importante? Des propos de jeunes l'attestent. « On n'en parle jamais à la maison », « Mes parents étaient trop jeunes », « Ils ne veulent pas parler de la guerre », « Mes parents ne vivaient pas en France ». Une réflexion, elle, qui traduit une cer, taine méfiance vis-à-vis des aînés et une volonté d'analyser le pourquoi des silences: « Je crois que mes parents, mes !(fands-parents, mafamille comme tous les autres Français, n'ont pas été des héros et qu'ils ont un peu honte d'en parler ». Il serait vain de mesurer fidèlement ce phénomène et d'en connaître toutes les motivations, à moins de procéder à une enquête sur un échantillon suffisamment vaste et représentatif; savoir qu'il existe est déjà une précieuse indication. Liliane enseigne l'histoire à des classes de première du Lycée Libergier de Reims. Elle a pu tester à ce propos le niveau des connaissances et leur origine avant d'entrer dans le vif du sujet. « Dans leur grande majorité, les élèves n'ont jamais entendu parler de cette période chez leurs parents ou defaçon tellement caricaturale .f ». Mais tout aussi caricatural serait de prétendre que la famille est aujourd'hui un lieu d'où est évacuée toute évocation des années de guerre. Plus exactement y prévaut le hasard qui, les années passant, semble faire que ce sujet est de plus 'en plus ravalé au même 22 rang que d'autres événements du passé tels la Première Guerre mondiale ou la Révolution française. A l'école, au collège, au lycée, quelle que soit la filière empruntée, les années 39-45 sont, à un moment ou à un autre, au programme. Encore faut-il voir de quelle manière. On se souvient des protestations des professeurs d'H istoire face à la réduction inconsidérée des horaires. L'inégalité des chances joue aussi à ce niveau. Les élèves de 1 re année de C.A. P. des lycées d'enseignement technique (L.E.P.) devront, à raison d'une heure par semaine, digérer un programme qui s'étend du siècle de Louis XIV à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est ce

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Ul 8 ~ 1945. Retour de femmes déportées qui est offert à des jeunes qui seront, dans peu de temps, ouvriers. Ne pourrait-on invoquer un seul instant un François Mauriac qui assurait que, par son attitude et son combat héroïque, seu1e la classe ouvrière, durant les années sombres, était restée fidèle à la France profanée? « Que savez-vous du nazisme? » L'enseignement de l'Histoire a subi de sérieuses atteintes ces dernières années, et il est triste de vérifier que des jeunes de quatorze-quinze ans ont toutes les peines du monde à situer Hitler dans le temps. Le contenu des manuels fait l'objet de vives critiques de la part de diverses associations, des syndicats d'enseignants. Il leur est principalement reproché de privilégier l'aspect militaire traditionnel au détriment d'autres formes de lutte comme la Résistance. D'atténuer la responsabilité des autorités de Vichy dans la déportation. De se contenter d'une simple relation des faits quand s'imposerait une analyse des causes qui favorisèrent l'avènement de l'hitlérisme, et de gommer la dimension politique du combat mené contre celui-ci. C'est un aspect du problème qui semble peu concerner les élèves. Ils sont assez réticents à porter un jugement d'ensemble sur l'enseignement et paraissent plus sensibles à la personnalité du professeur ou à l'originalité de ses méthodes pour captiver son auditoire. En sondant ses élèves, Claude Didier, professeur d'Histoire au L. E. P. de Vassaules de Troyes, a décelé leurs préférences pour une approche par l'audiovisue!. A la question: « Que savez-vous du nazisme ,~)), ils firent référence au film Holocauste qu'ils avaient vu à la télévision et qui les avait profondément troublés. La projection, dans l'établissement cettè fois, de Monsieur Klein de Losey, a permis d~évoquer la Question de l'antisémitisme dans le nazisme. . Etonnement et stupéfaction de leur part, de découvrir le zèle des autorités françaises à précéder les désirs de l'occupant. Occasion, aussi, de constater que presque tous confondaient race et nationalité. Confusion délicate, pour le moins, dans un établissement où il y a de nombreux enfants de travailleurs immigrés. Les élèves de ces classes de L. E. P. ne pensent pas que cela pourrait se reproduire aujourd'hui. A la question: « Voyez-vous des correspondances entre le racisme de cette époque et le racisme d'aujourd'hui .~ », ils répondent presque en choeur « Non ». Un autre type d'intervention passionne les élèves. La venue devant eux de ceux qui furent, à cette époque, au coeur de l'action. Jacques Grynberg, responsable de la section du Ile arrondissement de Paris de l'ADDIRP (1), a répondu à chaque invitation de professeurs ou des groupes d'élèves, et parlé de son expérience ou de celle de ses compagnons. Chaque fois, ce fut convaincant et encourageant. Les jeunes sont avides de savoir, surpris de découvrir une face inconnue de leur histoire - cela est parfois vrai aussi pour les professeurs - et de tenir devant eux, en chair et en os, de vrais acteurs. Ce n'est pas sans importance pour l'univers mythique des plus jeunes notamment. Ceux-ci ont vu, généralement, un nombre impressionnant de films et lu des bandes dessinées sur la guerre. Dans une classe de cinquième d'un collège de la banlieue parisienne, aucun, parmi les interrogés, n'a pu donner un titre ou même évoquer un film consacré à la RéSistance, aucun ne s'est identifié, ne serait- ce qu'une fois, à un de ses héros, aucun ne connaissait le nom de Jean LE 8 MAI DANS LES DEUX ETATS ALLEMANDS Victoire d'un côté, défaite de l'autre? On peut le penser en voyant la manière fondamentalement différente dont la République fédérale et la République démocratique abordent le 8 Mai. Jusqu'à il y a quelques :années ce jour était le « J4 juillet » de la R.D.A. La fête nationale, est maintenant célébrée le 7 octobre, date de la création de la République démocratique. Le 8 Mai représente toujours, non pas une défaite, mais la victoire sur le nazisme. Tous les ans d'importantes cérémonies commémoratives ont lieu en divers endroits du pays et en 1980 le 35" anniversaire du 8 Mai été particulièrement marqué. La date était considérée par le président de la Chambre du peuple de R.D.A. comme «jour mémorable de la libération de notre' peuple ». « Libération », n'est-ce pas aussi le terme employé en France? Le 8 Mai en Allemagne fédérale est loin de prendre ce caractère de célébration d'un 23 événement positif. Si, en 1976, Valéry Giscard d'Estaing décida de ne plus célébrer cette journée en France c'était, dit-on, pour faire plaisir aux Allemands de l'Ouest. Mais auxquels? Certainement pas'à ceux qui avaient été victime de la barbarie nazie. Il reste qu'aucune commémoration officielle n'est actuellement organisée de la part des autorités ouest-allemandes qui semblent continuer à mettre l'accent plutôt sur le côté « guerre », donc « défaite » de l'événement que sur son côté « victoire » sur le fascisme hitlérien. Si le 8 Mai est néanmoins célébré en R.F.A. on le doit aux associations d'anciens déportés et de résistants au régime nazi 'mais ces manifestations perdent en ampleur d'année en année. Une autre commémoration, très inofficielle celle-là, est organisée par les groupuscules néo-nazis qui sévissent de plus en plus en République fédérale. Pour eux c'est jour d'exaltation du nazisme. Ch. B. Moulin, mais beaucoup s'étaient mis, un jour, dans la peau d'un lieutenant de la Roral A ir Force britannique. Il est significatif de souligner combien, au niveau des représentations propres à l'enfance, est exclue toute une part de notre histoire où l'héroïsme se manifesta bel et bien. Si l'organisation des cérémonies du 8 Mai dans le Il" arrondissement de Paris est confiée cette année au comité de jeunes franco-allemands, c'est que le sérieux de leurs motivations et le suivi de leurs actions ont impressionné. La création, en avril 1980, d'un comité antifasciste au lycée Voltaire à Paris en constitue le point de départ. Retracer son histoire pour aboutir à ses projets concentration pour monter une exposition sur ce thème. » Elle connaît un grand succès et est accompagnée d'un débat public. Les organisateurs s'en réjouissent. « Non seulement nous avons touché toute la population Il'céenne mais, en plus, nous avons inversé les rôles en sensihilisant, nous jeunes, les parents qui étaient venus nomhreux. Une des raisons de ce succès tient à ce que, dans ce comhat, nous avons tenu à ne pas al'oir de comportements sectaires et à regrouper, au sein même du comité, des jeunes de sensihilités et de tendances politiques diverses. )) A la même époque, survient Copernic et le comité participe à la riposte populaire. Trois jours plus tard, il réunit trois cent 1982. Le président de la République à l'exposition de la déportation: plus jamais ça ! actuels montre ce que cette expérience a de prometteur en faisant se rejoindre, à partir de la seule initiative de jeunes lycéens, anciens combattants, déportés et résistants, parents et jeunes Allemands. Les motifs de sa constitution? « Nous . étions icoeurés de voir des jeunes fascistes s'activer aux ahords de notre étahlissement, l ' distrihuer leurs tracts racistes et injürieux pour la mémoire des victimes du nazisme. Quand nous alertions nos copains, ils ne semhlaient pas tous apprécier la mesure du dan[?er et la [?ravité de /'insulte faite à ceux qui avaient laissé leurs vies dans les camps. Nous avons saisi l'occasion du 35" anniversaire de la lihération des camps de cinquante personnes sur ce thème. Frédérique se souvient du scepticisme d'un de ses copains, à propos de leur combat, et qui lui déclara alors: « Cellefois-ci,je vous rejoins. Ils :\'ont même capahles de recommencer )). Déclic causé par l'événement peut-être, plus sûrèment fruit d'une longue réflexion. « Mais il n'était pas question pour nous d~ nous en tenir là, ni d'être trihutaires de l'événement. Nous avons entrepris un travail de recherche et de documentation pour réfuter les ar[?uments de la nouvelle droite à travers des or[?anismes comme le GREC E. Ensuite, il nous a paru évident de faire le lien avec le racisme contemp~rain. )) En avril-mai 1981, une nouvelle exposition sur le thème de l'im- 24 migration rencontre le même accueil enthousiaste de la part du même public. Le lien a été perçu. Les memhres fondateurs du comité lycéen quittent, 'à leur tour, Je secondaire, mais les bases sont jetées pour que se poursuive leur action . Pour leur part, ils entendent continuer la leur, à l'extérieur, en se constituant en association déclarée. La rencontre avec de jeunes Allemands fournit l'occasion d'un nouveau départ en force. Ce sont de jeunes volontaires de l'ASP (2), organisation fondée en République fédérale allemande par le pasteur Kreising, un opposant déclaré au régime nazi. Gunther, le coordinateur des vingtdeux jeunes Allemands présents actuellement en France, résume ainsi le sens de leur démarche. « No tri! organisation a été créée pour rétah/ir des liens fraternels avec les hahitants du pays qui furent occupés par les armées nazies. Les 'premières années, nous avons accompli essentiellement des travaux de reconstruction. Aujourd'hui, nous conservons des tâches d'entretien - à titre d'exemple, une équipe l'assure au camp d'Auschwitz - mais nous tendons de plus en plus à nous impliquer dans du travail social. Nous sommes nombreux à penser qu'il ne peut y avoir de paix sans justice sociale. Nous voulons être partout présents là où on a[?it pour la paix. Cest aussi le sens de notre présence à la mantrestation du la octobre 1981 en oi ci li ( RFA, contre l'implantation de nouveaux armements atomiques. )) Et vive la fête! Le groupe constitué, les projets foisonnent. Une exposition prévue, fin mai-début juin, sur les années 39-45 et la tenue d'un colloque en R FA fin mai, en coopération avec l'organisation des antifascistes allemands (VVN), sur le thème « Extrême-droite en Franc'eet en RFA )). Mais, plus proche encore, la fête du 17 avril en souvenir de la déportation et celle, déjà évoquée, du 8 Mai. Les organisateurs pensent que « le mot même dejête ne doit pas choquer ici. Le 8 Mai peut devenir, en quelque sorte, un 14juillet et être une commémoration du passé, intéressant le présent et préparant l'avenir. )) Si cette expérience a été placée ici en exergue, ce n'est pas pour son caractère représentatif, mais parce qu'elle rompt une II/onotonie, unfëtichisme, des mots souvent employés, dans lesquels peu de jeunes se reconnaissent. Le désir les préoccupe de découvrir ce qui avait pu leur être caché, bien moins celui d'être des participants à une fête, même si ce mot ne les choque pas du tout. Isabelle, Philippe et Jean-Louis font partie, à Troyes, d'un groupe constitué sur l'initiative d'un prêtre et qui regroupe désormais des jeunes, croyants ou non, qui veulent échanger leurs expériences. Le génocide ne les concern.e-t-il pas, eux aussi? « Si, hien sûr, mais de là à aller défiler derrière des drapeaux )). On leur objecte que d'autres jeunes ont pu rompre ces formes traditionnelles. « Savoir est une chose, et nous tenons à en savoir le plus possihle sur ce sujet; mais prendre part à des mantrestations de ce tlpe en est une autre ». « Jefais de l'alphahétisation auprès des familles immigrées, confie Isabelle. Je 'perçois le racisme, y compris dans ces racines historiques, mais pour le comhallre, je préjère m'allacher à un comhat plus diffus et plus quotidien )). « D'accord. mais il faut savoir à tout prix, conclut Jean-Louis, sinon c'est comme parler du racisme anti-immi[?rés sans rien connaÎtre de la [?uerre d'Algérie )). Pour ces jeunes, il ne faut pas laisser s'opérer une fracture dans le souvenir, fracture dans laquelle ne manqueraient pas de s'engouffrer, quand ils ne l'ont pas déjà fait, les falsificateurs de l'histoire. Dès lors, nous nous retrouverions rapidement dans cette situation qu'un ethnologu"e appliquait à l'Afrique: « Quand un [?rand-père meurt, c'est une hibliothèque qui hrûle )). Dominique DUJARDIN (1) Association départementale des déportés et internés. résistants et patriotes. Membre de la fédération du même nom. (2) Aktion Sühnezeichen Friedensdienste. En français: Action signe de réconciliation-service . pour la paix. DIFFÉRENCES MAI 82 Mino, à 37 ans, respire la vie, l'énergie, et assume au grand jour sa condition de femme de dé(enu de droit commun. Une condition difficile à supporter et elle voudrait bien la changer. CONDAMNE-ES SANS JUGEMENT Mino Oubliées. Parmi les plus ignorées. La honte se lit sur leurs épaules même lorsqu'elles s'efforcent de cacher la réalité. Depuis ce terrible matin où l'on est venu chercher le compagnon, le père, le frère, le poids de la culpabilité pèse sur les femmes et les familles des détenus de droit commun (1). Leur sort? Affronter le mépris, l'hostilité, les calomnies. Elles pourraient être prises en meilleure considération dans la peine qui est la leur. Il ya un coupable. Il paie. Mais, en prime, au nom de la société, il y a encore une ou plusieurs condamnées qu'aucun acte officiel ne condamne, contre lesquelles aucun verdict n'a été prononcé. Verdict qui s'impose tout de même d'autorité sans limitation de temps. Verdict qui ajoute encore cruellement au drame qui se vit. Combien reste-t-il de camarades de jeux, de classe, de camarades tout court aux enfants lorsqu'on sait le père en prison? La permanente inquiétude des mères est surpassée par les tragédies que les petits connaissent. Tout récemment, une fillette de neuf ans, au bout de sa détresse, de son isolement, du mépris ressenti, a tenté de mettre fin à ses tout jeunes jours. Le coupable paie, que l'enfant au moins soit épargné! Ces familles pas comme les autres puisqu'amputées, ont droit, comme les autres, au respect de leurs droits élémentaires dont le premier est bien celui de vivre. Or, la condamnation du chef de famille ouvre presqu'automatiquement la porte à des difficultés financières catastrophiques avec souvent comme conséquence un total dénuement. N'étant ni divorcée, ni mère célibataire, ni veuve, la femme du prisonnier n'a, légalement, droit à aucune aide. La détresse des familles croît encore avec les visites, pourtant nécessaires, aux détenus .• Une torture morale qui dépasse bien des supplices: le voyage, lui-même, souvent, l'attente des heures entières, la fouille subie, l'horreur du parloir, sa triple vitre de séparation ... 25 Et, de visite en visite, de mois en mois, la femme va retrouver l'être qu'elle aime chaque fois un peu plus abîmé, un peu plus atrophié, parfois malade. Sans que lui-même, sans qu'elle-même puissent prétendre au moindre droit de regard sur les conditions d'existence qui lui sont faites. Sauf pour ces jeunes qui choisissent la décision extrême et se suicident. Les prisonniers ne parlent pas de la prison, mais du « pourrissoir )). On les laisse pourrir. Et souvent leur famille avec. Comment parler de réhabilitation tant que la' détention signifiera rupture totale avec le monde et surtout la famille? J'ai la chance d'avoir un mari qui résiste. Pour lutter contre l'inaction forcée, pour ne pas devenir comme une bête en cage, il a pu réaliser un de ses vieux désirs, faire de la peinture. D'autres font des études, écrivent des livres, le mien. il peint. Mon appartement est rempli de toiles de Dan, de la présence de Dan. Les mieux placées Il peint ce qui lui manque le plus, les couleurs vives sous le soleil, les femmes, les enfants. la nature, toute la vie qu'il a perdue, dont il veut se souvenir. Il recrée tout cela dans sa cellule. C'est une sorte de réconfort pour moi. que bien des familles ne peuvent partager. Pour la plupart d'entre elles. quand l'heure de la libération approche. elles l'appréhendent malgré elles. A la joie du retour se mêle une inquiétude pleine d'interrogations. Le traumatisme de la prison sera-t-il réversible '! Rien n'a été fait pour l'assurer. pendant la détention. Un être cher a été enlevé et c'est en quelque sorte un inconnu que la prison va rendre. . Combien de temps mettra-t-il. des années peut-être, à réapprendre le rôle de mari. de père. de citoyen'! Et sa réinsertion dans le travail , possible ou non .) Les familles ont une place à occuper si on leur en donne les moyens. Elles peuvent assumer une fonction régénératrice, ne serait-ce qu'en conservant un minimum de relations normales avec le prisonnier pendant son incarcération . Elles pourraient être les mieux placées pour que soit évitée cette rupture totale avec la vie qui, souvent, obstrue l'avenir. Faut-il encore que l'existence même de ces familles soit reconnue. qu'on essaie de les écouter. Malgré tout. eux et elles, ce sont des êtres humairis. Propos recueillis par Anne SIZAIRE (1) Mino vient de creer la Coordination des femmes et familles de prisonniers (CFFP). 153 boulevard Ney. 7501 g Paris. Dubrovnik: une perle de l'Adriatique. Ces peuples ont ensemble combattu pendant la guerre, tenant un second front permanent en Europe dès 1941. Ils ont sorti leur pays de sa misère ancestrale, de son sous-développement. Ils construisent ensemble une société socialiste autogestionnaire originale et s'efforcent d'assurer à chacun l'expression de ses particularités. Rien ne paraissait évident au départ tant les divisions et la guerre avaient creusé des sillons profonds. Sur un territoire moitié moins grand que la France, la nature offre une assez extraordinaire variété de paysages et de processus historiques qui interpellent presque à chaque pas. 26 La nature, les hommes, l'histoire ont accumulé sur les terres des Slaves du Sud, les différences de peuples, de langues, de religions, de comportements, de développements. Pourtant, depuis la fin de la guerre, un avenir commun se construit. LA YOUGOSLA VIE C-ULTIVE SA D SITE A G "\

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V A , R 5 Z A · G "0 m D li D o 2 m r Cl » D c.. D'une génération à l'autre ... Tenir compte de toutes les composantes. Moitié moins grande que la France: six républiques, sept frontières, deux mille kilomètres de côte. D'abord, l'art populaire. Essentiellement paysan - au début des années 50, 75 % de la population vivaient encore à la campagne, 30 % aujourd'hui - Il est encore actif, même si l'urbanisation, là aussi, tend à le réduire. Jadis, d'habiles artisans tissaient et brodaient, à longueur de journée, les costumes traditionnels. Chaque famille ou presque couvrait elle-même ses propres besoins et de vieilles dames continuent à s'user patiemment sur de véritables chefs-d'oeuvre. Les pelisses brodées du Banat, avec leurs mélanges de fleurs, ne ressemblent en rien au kozuh de Bosnie, ce paletot de cuir décoré de motifs stylisés, multicolores, brodé de fils d'or. La sajkaca du Serbe, cette sorte de bonnet de poilu dont on aurait coupé les pointes et qu'il ne quitte plus depuis la guerre de 1914, se distingue de la ka pa du Monténégrin. L'Albanais du Kossovo, qui porte le kece sur l'arrière de la tête, n'utilisera souvent que sa ceinture pour faire tache de couleur sur sa longue chemise blanche passée par-dessus le pantalon blanc. Les Musulmans, les Macédoniens, les Slovènes, les nationalités des pays voisins et d'autres, constellent de leur originalité un ensemble auquel les femmes ajoutent leurs dentelles, leurs

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z o U""J 'c"o c UJ i u'" 27 Depuis trente ans seulement, la paix et la sécurité. bijoux, leurs rubans et leur charme. « Autant de « livres écrits» qui ont été très bien compris des gens auxquels ils étaient destinés. On les déchiffre difficilement à l'heure actuelle car on ne saisit pas toujours leur symbolisme. » (1) Quatre alphabets en concurrence Ces terres offrent des plus anciennes voies de communication entre l'Occident et l'Orient, à moins que ce ne soit l'inverse. Des civilisations successives en renouvellent sans cesse l'histoire depuis les premiers âges, laissant une moisson de souvenirs, autant de maillons de la chaîne humaine qui attestent d'une vie intense sur ce sol tant convoité, longtemps aux confins des grands empires et au centre de batailles. Nouvelle génération d'arrivants, aux Vie et Vile siècles, les VINGT PEUPLES La République socialiste fédérative de Yougoslavie est une communauté de peuples et de groupes ethniques, tous citoyens yougoslaves ayant les mêmes droits - et devoirs - et se répartissant en narodni et narodnosti, (nations et nationalités). Les premières, les nations, au nombre de six, toutes slaves du Sud, constituent la plus grande partie de la population: Serbes, Croates, Macédoniens, Slovènes, Monténégrins. La sixième, les Musulmans, non pas considérés comme regroupant les adeptes de l'Islam mais comme on dit les Français, sont les descendants des Slaves convertis à l'Islam au XV" siècle. Ils sont plus spécialement concentrés en Bosnie-Herzégovine. Chacune des républiques possède sa Constitution, sQn parlement, sa présidence, son administration, et bénéficie de son autonomie de gestion dans l'ensemble fédéral. Le mot nationalité remplace l'expression minorité nationale depuis 1963, depuis que la Constitution confirme les droits égaux aux « grands » et « petits )) peuples. Ainsi, on dénombre une vingtaine de. nationalités que constituent Italiens, Hongrois, Roumains, Bulgares, Grecs, Albanais, Turcs, Tchèques, Slovaques, Russes, Ukrainiens, Ruthènes, Allemands, Polonais, Juifs, Roms, etc. L'importance de ces minorités est à l'origine de la création de deux Régions socialistes autonomes, Voïvodine et Kossovo, toutes deux partie intégrante de la République socialiste de Serbie. Leur statut est celui de communauté socio-politique et non d'Etat comme les républiques, mais elles ont, elles aussi, constitution, parlement, présidence, comme leur représentant - à égalité avec les républiques - à la présidence fédérale, et leurs délégués, en moindre nombre, au parlement. En Voïvodine vivent des Serbes (55 %), des Hongrois (22 %), des Croates (8 %) et une bonne quinzaine d'autres peuples. Au Kossovo, la population se compose à 85 % d'Albanais, 13 % de Serbes, 2 % de Monténégrins et encore de Turcs, de Roms, etc. La Slovénie apparaît comme la république la plus homogène. La Bosnie est partagée entre Musulmans (environ 40 %), Serbes (37 %), Croates (20 %), etc. Les Serbes représentent dix à onze millions d'habitants sur les vingt-deux et quelque. Massivement installés en Serbie, ils forment, de plus, d'importantes communautés un peu partout dans le pays. Les rapports entre toutes ces unités au sein de la Fédération repose sur le consensus afin qu'aucune république, ou groupe de républiques, ne puisse imposer quoi que ce soit. L'accord de toutes est indispensable et son absence prend l'allure d'un veto. Il ne peut être surmonté que par la discussion collective jusqu'à ce que l'avis unanime soit obtenu. Slaves se présentent, pour les chroniqueurs de l'époque, comme un peuple de paysans et de be1'gers qui manient habilement la lance et l'épée, vivent dans des huttes; pour d'autres, c'est le peuple maudit qui ravage, brûle, pille. Quoi qu'il en soit, ils s'installent dans un pays que se partagent trois empires (avar, byzantin, bulgare) où s'enchevêtrent les anciennes colonies grecques, les cités romaines et d'autres, où règnent deux langues officielles (grec, latin) et des parlers locaux, notamment des Illyriens, où le christianisme s'étend, déjà partagé depuis que Théodose, en 395, a scindé l'Empire romain entre Orient et Occident, selon une verticale tracée près de Sirminum (Sremska Mitrovica), consacrant une division politique et culturelle. Dans les années 860, les frères Cyrille et Méthode, de Salonique, qui prêchent le christianisme dans le parler slave, créent un alphabet, le glagolitique, et une langue écrite. Leurs disciples de l'école d'Ohrid simplifient leur travail et donnent le cyrillique au monde slave. Le glagolitique vivra encore longtemps dans les pays à prééminence latine. On trouve là l'origine de la différence entre le croato-serbe s'écrivant en caractère latin (Croatie) et le serbo-croate, en cyrillique (Serbie, Montenegro). En Bosnie-Herzégovine, les deux alphabets ont cours et le journal Oslobodjenje, de Sarajevo, les utilise quotidiennement. En dépit des siècles de domination étrangère, à travers bien 28 des vicissitudes et des influences, les Slaves ont préservé leurs langues, les ont structurées, développées, inscrivant dans leur histoire un phénomène original de résistance. Primoz Tubar' conçoit la langue littéraire slovène au XVIe siècle, malgré une germanisation poussée. Le bosniaque du Moyen-âge, une source du serbo-croate moderne, résiste aux pressions du persan, du turc, de l'arabe. Au Moyen-âge, en Herzégovine, les alphabets grec, latin, glagolitique et cyrillique ont cours simultanément. Au XIxe siècle, dans la Serbie ottomane, Vuk Karadjic met en forme le serbo-croate. La Macédoine, avec le poids du turc et de l'arabe, connaissait aussi le grec, le serbe, le bulgare. Elle n'a organisé sa langue qu'après la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd'hui, le parlement fédéral travaille en trois langues officielles (serbo-croate, slovène, macédoniefl), bien que toutes puissent s'y exprimer, et en deux alphabets. En Voïvodine, l'assemblée de la région autonome en utilise cinq (serbocroate, hongrois, slovaque, roumain, ruthène); vingt-et-un conseils municipaux s'appuient sur deux langu~s , douze fonctionnent avec trois, six avec quatre, chacun s'adaptant à la composition ethnique de la population. Les langues peuvent varier d'une commune à l'autre et l'administration doit s'y plier. Dans la Fédération, chaque communauté linguistique dispose de ses journaux, de ses émissions radio et télévisées, de ses groupes folkloriques, quelquefois de son théâtre. Elle a ses écrivains, sa maison d'édition, les Italiens de Croatie, comme les Turcs de la République de Serbie. Cent quatre-vingts éditeurs exposaient à la Foire du Livre de Belgraàe, l'automne dernier. Près d'un demi-million d'élèves et d'étudiants apprennent dans leur langue maternelle : six ou sept cents en tchèque; douze cents en ruthène, deux mille trois cents en italien, etc. Le serbo-croate, langue maternelle de 70 % de la population et celle de l'armée, reste la langue véhiculaire. Même si son enseignement n'est pas obligatoire partout, bien des contraintes naturelles conduisent à l'apprendre. Stjepan, deux fois couronné En Yougoslavie cohabitent une quarantaine de communautés religieuses, mais trois dominent nettement: Eglise orthodoxe, Eglise catholique romaine, Islam. Elles disposent de quelque vingt mille prêtres ou laïcs assumant des fonctions religieuses permanentes, de deux cents journaux ou revues, de trente écoles secondaires, d'une vingtaine d'écoles supérieures ou facultés de théologie. Les traces de l'histoire subsistent, indélébiles. En Bosnie, le catholicisme a été bouleversé par l'hérésie bogomile (parente de nos Cathares). Elle est devenue l'Eglise du royaume et Innocent III lui a dépêché des expéditions punitives. Mais son influence est restée importante, quelque cinquante mille stèles ou monuments funéraires en témoignent. Dans le royaume de Serbie, encore en 1217, le Roi Stjepan 29 Nemanja se fait couI:,onner par le légat du Pape. Mais son frère, Sava, lié à l'Eglise d'Orient et devenu archevêque, ob~ tient du Patriarche de Constantinople la reconnaissance de l'Eglise autocéphale serbe (1219). Et Stjepan doit à nouveau se faire couronner, par son frère cette fois et selon le rite orthodoxe. On l'appelle Stjepan le Couronné. De la principauté de Carintija, des tribus slovènes au VIle siècle au Royaume de Serbie au xve, les Etats fondés au Moyen-Age n'ont connu qu'une existence relativement brève. Les Habsbourg, après avoir chassé les Comtes francs de Charlemagne, se sont installés dans le Nord jusqu'en 1918. Entre le xve et le XVIe siècle, les Hongrois accaparent la Croatie, les Vénitiens la Dalmatie et les Turcs le reste du pays. Cependant, lorsque Marmont, à la tête des troupes napoléoniennes, pénètre dans Dubrovnik (1806), ils sont les premiers soldats étrangers à fouler son sol depuis mille ans. La République a préservé son indépendance et sa prospérité derrière ses remparts et de fortes redevances. Les tribus serbes de la Zeta, elles, n'ont jamais été totalement soumises-ni totalement indépendantes, usant l'étranger dans leurs montagnes. Ivo Andric (2) le fait dire à un de ses Bosniaques dans /'Eléphant du vizir, en réponse à la question « Qu'est-ce qu'il y a de pire et de plus affreux » au monde '! « Le pire, c'est de passer la nuit dans la montagne au Monténégro, quand ilfait du vent, qu'on a un détachement de Monténégrins par-devant et un autre par-derrière. » Les évêques de Population yougoslave (selon les résultats du recensement du printemps 1981) Yougoslavie (total) Serbie (seule) Voïvodine Kossovo Croatie Bosnie-Herzégovine Macédoine Slovénie Monténégro 22354210 5666064 2028239 1584558 4578109 4116430 1 913571 1 883764 583475 Cetinje réussiront à les réunir à la fin du XVIIe siècle et le Monténégro sera indépendant en 1878. En Bosnie-Herzégovine, les rapports sociaux que reflète l'hérésie bogomile se répercutent sur les conditions de la conquête turque. Respectant des traditions locales et modernisant les structures, la Porte a su s'attirer la coopération active de bien du monde. Aussi, comme nulle part ailleurs, l'islamisation a-t-elle été rapide et massive. Pendant la période de paix, la tolérance régnait entre ~usulmans, Serbes, en général orthodoxes, Croates, cathohgues, Juifs. Le pays prospérait. C'était la périod~des constructlOn~, routes, ponts, mosquées, écoles. En 1457, Isabe~ Ish~kovlc avait fait jeter les fondations de Saray ovasi qUi deviendra Sarajevo. . Avec la reprise des guerres, tout bascule. La Bosme se trouve '" être le terrain privilégié des combats de Venise et de l'Autriche ci contre la Tt' rquie, l'Occident chrétien contre l'Islam. Si les 9 février 1950: première réunion du premier conseil ouvrier de l'entreprise Ivo Lola troupes ottomanes ont campé sous les murs de Vienne (1683), Eugène de Savoie a fait brûler Sarajevo (1697). Et, dans ce climat, contradictions et révoltes éclatent. Les guerres entraînent d'importants mouvements de populations qui épousent ceux des armées. Cependant, aujourd.'h~i encore, en Bosnie-Herzégovine, on ne peut tracer une délimitation entre les diverses communautés tant leur interpénétration est une realité profonde. . Dans le pachalik de Bosnie, cette circonscription administrative turque qui recouvrait à peu près les territoires de l'actuelle république socialiste, les gens se révoltaient contre les Turcs.et les janissaires, contre leurs féodaux. Dans le même temps, lis luttaient contre les envahisseurs occidentaux pour défendre leur terre. Avec l'amorce du déclin de l'Empire ottoman, les idées d'autonomie se propagent. L'exemple serbe n'est pas loin. Des féodaux conduisent de grandes révoltes massives, glorieuses mais toujours vaincues. Petite Serbie deviendra grande Au milieu de ces drames, pourtant, un sentiment national se forge . Le Majlis (parlement) était, en 1878, composé de représentants des diverses communautés très marquées par la religion. C'est en référence à ces données historiques qu'aujou~d'hui la communauté musulmane est devenue depUiS l'après-guerre la « nation» musulmane, englo~ant aussi bien les adeptes de l'Islam que les non-croyants, pour permettre l'expression de leur spécificité. L'insurrectio~ de 1873 avait repoussé loin les janissaires et eu ses prolongements en Bulgarie. Cette dernière est devenue indépendante, pas le pachalik de Bosnie bien que la question fut à l'ordre du jour. Le Congrès de Berlin l'a placé sous tutelle austro-ho.ngroise que Vienne a dû imposer avec deux cent mille hommes. Après la venue, dans la Sumadija, de Serbes réfugiés du Sud, à la suite des guerres et des révoltes,le pachalik de Belgrade, une 30 petite portion du royaume médiéval, regroupait une population homogène d'origine, de traditions, de religion; de plus, en liaison permanente avec les Serbes réfugiés en Hongrie et en Autriche, juste de l'autre côté des fleuves Sava et Danube. Les Serbes ont obtenu, moyennant tribut, une autonomie administrative en 1793. Dix ans après, la révolte des janissaires contre le Sultan remet tout en cause. C'est la première grande insurrection qui durera jusqu'en 1813. Vainqueurs sur le terrain, les Serbes sont vaincus par le Traité de Bucarest. Alors, seconde insurrection (1815) qui aboutit à une nouvelle autonomie. Le chef des insurgés est reconnu prince héréditaire en 1830 et, en 1878, l'indépendance est proclamée. Longtemps l'idée a prévalu dans les capitales étrangères que l'indépendance de la Serbie était incompatible avec sa situation géographique. Les Habsbourg s'y opposaient. Ils ont guetté le moindre prétexte pour remettre cette indépendance en cause. L'assassinat de l'archiduc héritier du trône de Vienne, le 29 juin 1914 à Sarajevo, a fourni l'occasion attendue d'attaquer la Serbie. La Première Guerre mondiale s'enchaîne. Tout au long des occupations étrangères, les armées autrichiennes, puis austro-hongroises, utilisent les Slaves lu Sud comme rempart de l'Occident chrétien, alors que les armées turques se gonflent de Bosniaques enrolés et les Slaves s'affrontent sous des bannières différentes. Au cours du XIxe siècle, les extensions territoriales de l'Etat serbe se font contre le Turc oppresseur quelles que soient ses origines ou sa langue, contre le musulman descendant de renégats qui, comme l'Albanais, est aussi originaire du pays. Encore pendant la guerre de 1914, l'Autriche avait mobilisé Slovènes et Croates, avec bien des déboires d'ailleurs, pour combattre les Serbes. C'est, cependant, au cours de ce même XIxe siècle qu'un courant de pensée prend corps dans les territoires soumis à Futures autogestionnaires: on est électeur à quinze ans en Serbie. l'Autriche. Résultante de diverses inspirations, dont une napoléonienne, l'Illyrisme prônait l'unité des Slaves du Sud. De là, la naissance du yougoslavisme. Mais lui-même se partage en divers mouvements d'idées sur les conceptions de l'union envisagée. En Croatie, on en relève rapidement deux importants

celui de l'autonomie constitutionnelle croate et celui de

l'union pure et simple avec la Serbie. Ce qui correspondait aux voeux de Belgrade. Avec l'aide des alliés et surtout de la France, non sans une certaine opposition en Croatie et au Monténégro réprimée dans le sang, ce dernier courant l'emportait. En 1918 naissait le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. Pour la première fois de leur histoire, les Slaves du Sud disposaient de leur Etat commun sous l'autorité du Roi des Serbes. Le nouveau royaume s'organise. Le mouvement ouvrier aussi en unifiant, au sein du Parti communiste de Yougoslavie (1919 Belgrade, 1920 Vukovar), les groupes sociaux-démocrates et révolutionnaires des diverses régions. Aux élections de l'Assemblée constituante (1920), le PCY, troisième force politique du pays, obtient une cinquantaine de sièges. Aux municipales, il enlève nombre de communes dont Belgrade et Zagreb. A la fin de l'année, il est interdit, décapité, disloqué. Il survivra difficilement à plusieurs vagues de répression et aux difficultés internes. Vingt-quatre heures membre de l'Axe Un cancer ronge cependant le nouvel Etat qui connaît vingtquatre gouvernements, de 1918 à 1929: l'attitude grand'serbe, dominatrice et centralisatrice, se heurte aux autres peuples et les conflits se multiplient. En 1925, en pleine séance du parlement, un député tue deux de ses collègues. En 1929, le Roi instaure la dictature. Il sera assassiné à Marseille en 1934. Quelques années plus tard, Belgrade signe l'adhésion de la 31 Yougoslavie au Pacte tripartite de l'Axe (25 mars 1941). Mais la population et une partie de l'armée le rejettent et renversent le gouvernement le lendemain; Dès 1926, le PCY, à son me congrès, avait jeté les bases de sa politique sur la question nationale. En 1936, contre le séparatisme qui gagne plusieurs régions, il préconise l'intégrité territoriale fondée sur la reconnaissance à tous les peuples de l'égalité, la reconnaissance des droits démocratiques des citoyens et des peuples. Sur cette base, il engage aussitôt la lutte contre le fascisme, pour le refus de l'adhésion au pacte et, dès avril 1941, la résistance à l'agression. Hitler a voulu sa vengeance terrible contre ceux qui ont dénoncé le pacte. Ses troupes, lancées le 6 avril, capturent l'Etatmajor général yougoslave le 15 près de Sarajevo, pendant que le Roi et le gouvernement s'exilent. Très vite, les fascistes allemands, italiens, hongrois et bulgares se partagent le pays et ne subsistent plus, sous autorité allemande, qu'un petit Etat serbe et l'Etat indépendant croate du fasciste Anté Pavelic. A nouveau, la terreur déferle: la chasse aux « races inférieures» (Serbes, Juifs, Tziganes), les massacres au nom de la «pureté de la race» ou de la religion, la vengeance des vaincus de 1918, et puis les réactions anti-serbes,la politique de Belgrade ayant conduit bien des gens, comme au Kossovo ou en Macédoine, à accueillir les fascistes comme des libérateurs. Et des populations fuient à nouveau, cherchant un refuge. L'activité et la lutte du PCY, que Tito dirige depuis 1937, sont à l'origine de ce vaste mouvement de résistance et de la guerre de libération nationale en dehors de vieux courants nationalistes. Des patriotes de toutes nationalités combattaient les occupants et leurs alliés, tentaient de protéger les populations et surtout de préserver les idées de l'intégrité du pays, de l'union des Slaves du Sud. Cela n'allait pas de soi. Le 21 août 1941, pendant que les combattants de Bosnie sont au feu, des Odeurs de cuisines Srpski pasulj (le haricot serbe) Composition,' 500 g de haricots blancs, 300 g de lard fumé, matière grasse (saindoux), sel, farine, 3 piments (paprikas) verts, un rouge, 3 têtes d'ail, un oignon. Faire tremper les haricots une nuit. Les mettre ensuite à l'eau (roide et les faire cuire (mais pas trop). Les égoutter. . Faire cuire lé lard à part. Le laisser refroidir a/ïn de pouvoir le détailler en morceaux de la taille d'un pouce. Faire re venir la (arine dans la matière grasse. . Remettre les haricots dans une deuxième eau, bouillante cette fois, avec ail, oignon, sel. A l'ébullition, rajouter le lard, la jarine r.evenue dans la matière grasse, les piments coupés en morceaux. Faire cuire cinq minutes en mélangeant doucement et en assaisonnant à son goût. Et sortir du feu pour laisser reposer quelques instants. femmes serbes de Orvar leur écrivent. Saluant leurs « courageux protecteurs», elles leur demandent : «Maîtrisez votre colère, votre désir de vengeance lorsqu'il s'agit de Croates et de Musulmans calmes et honnêtes qui ne voulaient pas commettre et qui n'ont pas commis de crimes contre le peuple serbe et qui s'engagent aujourd'hui de concert avec nous dans la lutte contre l'ennemi commun. .. » (3). En automne 1941 alors que les tchetniks tournent leurs armes contre les partis~ns, le comité des femmes antifascistes de Cacak organise une manifestation devant leur caserne ave~ cette banderole: « Nous, mères, femmes et soeurs, nous eXIgeons de vous de mettre fin à la lutte fr~t:i~'ide», (4) . . , Durant quatre années, la g~erre a oppose, a 1 ~rmee ,de IIberation nationale et aux partisans, les armees etranger~s et les miliciens locaux: oustachis et domobrans en Croatie et en Bosnie garde-blancs en Slovénie, tchetniks en Serbie et en Bosnie: légion musulmane en Bosnie et d'autres, porte.urs du fascisme d'un nationalisme de bas instincts, et des sentiments anti-serbes, mélangés à l'anti-communisme et .a~x pr?lo,nge~ ments des calculs de la Cour et de la bourgeOIsie emlgrees a Londres. Lorsque l'Allemand se r~plie, vainc';! mais fais~nt , ici, durer la guerre jusqu'au 15 mal 1945, plus~eur~ c:ntames de milliers de personnes se sauve~t ~vec lUI, cnmmels ~e guerre, dignit~ires fasciste~ et aussI Simples gens emportes dans un tourbillon dramatique. Le royaume, avant guerre, comptait àpeine II %de la population occupée dans l'artisanat, les mines et l'industrie, dont plus de 30 % de femmes. Parmi les enfants nés vivants, un tiers n'atteignait pas l'âge de 20 ans. 80 % d'illettrés. La coupure Chrétienté/ Islam pose encore de graves pro-

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z o ~ ~ 0'":: ~ UJ f ce " . Le Kolo (danse traditionnelle) se met en place. 32 blèmes aujourd'hui. Le Nord du pays, sous la domination austro-hongroise, conservait d' innombra~l~s ~iens, ave.c l'Ouest de l'Europe. Capitalisme et indust:lal~satlOn n atteignaient pas le niveau autrichien mais connaissaient cependant des débuts avec toutes leurs implications. Dans le reste du pays, quelques mines, de petites entreprises . . En Bosn!e, où la double-monarchie a dû importer trente mlile. ou.vners d~s régions tchèques , le servage moyen-âgeux sub~lstalt. En fal,t, dans tout le Sud du pays, le Moyen-âge durait encore apres 1945, aggravé par les destructions de la guerre. Tous ces retards pèsent lourd. La Slovénie dispose .d'.un re~enu six à sept fois supérieur à celui ,du ~ossovo. LUI, li attel!lt huit cents dollars en moyenne (zero li y a trente ans) maiS, entre certains villages et Pristina, ce revenu varie de deux cents / trois cents dollars à deux mille cinq cents. Malgré les considérables progrès réalisés en commun, dans l'avancée générale qui fait de la Yougosl.avie un pays moyenneme~t industrialisé, les écarts ne se rédUIsent pas. Le Kossovo devrait obtenir un essor supérieur à 60 % à la moyenne générale pour amorcer la réduction. Le problème est identique, bien qu'à des. degrés moindres, avec la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, le Monténégro et des régions serb.es; , L'union réalisée dans les combats IIberateurs, prolongee dans la reconstruction, s'est maintenue et renforcée au cours des trente dernières années pour organiser la vie commune et l'autogestion, les droits nécessaires à ces peuples pour assurer la gestion de leurs affaires dans l'entreprise, la comn:u!le: la république. Tout n'est pas réglé ; comment cela pour~alt~li etre en trente ans? Les questions économiques et d'orgamsatlOn de la gestion en débat actuellement, les dramatique,s évén~n:en~s du Kossovo revenus récemment encore dans 1 actuallte, temoignent des difficultés. Les progrès de la démocratisation, base même du développement autogestionnaire, n'atteignent pas le même rythme, le même degré, partout en raison d'innombrables pesanteurs plus ou moins dépassées. . . De plus, la marge est étroi~e ent.re la p~omotlOn de ses p~rtlcularités nationales et le natIOnalisme retrograde marque par le. mépris ou le refus de l'autre. Pas .simple : combien de chansor:s populaires, il y a quarante ou cmquante ans, c~oquent ternblement aujourd'hui la dignité d'un ou de plusieurs peuples. La loi est sévère pour celui qui l'oublie. . Le nationalisme dépassé peut encore trouve~ aliment I?rsq~~ l'esprit de clocher prend le pas sur la notIOn de. s.olldante fédérale ' aussi dans des tentatives d'user de la religIOn pour Jaire vib~er des cordes sensibles; ou dans celles de l'étranger cherchant à entretenir ou à créer des groupes locaux d'opposition. Et le tout se complique encore lorsqu'interviennent des pratiques politiques et socia.les peu conf?rme~,avec le~ canons de l'autogestion. Des travailleurs vont Jusqu a la greve pour défendre leurs droits. Sorti du sous-développement, un pays moyennement industrialisé. Les communistes et les autogestionnaires s'efforcent de faire prévaloir leurs idées socialistes. Mais les librairies abondent en libres occidentaux, de Céline à Galbraight. Des millions d'étrangers visitent le pays et des Yougoslaves saisissent la moindre fête pour voyager à l'étranger. C'est dire le foisonnement d'idées et les discussions vastes, animées, largement publiques. Dans ce pays ouvert, en pleine évolution, où le système non encore achevé cherche les adaptations les plus appropriées à maints problèmes, des questions nouvelles surgissent constamment, qui appellent des solutions nouvelles. C'est l'affaire de deux à trois millions de délégués autogestionnaires, élus, partageant les responsabilités, d'en prendre l'exacte mesure. La Constitution fédérale fixe un cadre dans lequel chaque république et région s'adapte en fonction de ses particularités. Les systèmes juridiques enregistrent les degrés d'évolution des composantes et, si le code pénal slovène sanctionne le viol de la femme par son époux, une telle disposition est impensable dans le Sud. L'autogestion n'échappe pas à la diversité des formes d'application, d'une entreprise à l'autre, les travailleurs en ont adapté DIFFÉRENCES MAI 82 les règles à leurs bésoins et à leurs conceptions. D'une commune à l'autre, ses expressions ne se ressemblent pas. Dans l'ensemble, elles varient selon les avancées de la démocratie mises en oeuvre par le collectif concerné. En « cultivant» les différences pour permettre de s.urmonter les vieilles divisions et les vieux préjugés, en organisant pour chacun l'expression de ses droits d'autogestionnaire, de citoyen, à sa culture dans le respect de l'autre, les Yougoslaves ont fait de leur pays une mosaïque originale. Robert DÉCOMBE (1) Nikola Pantelic. L'arl populaire yougoslave. Belgrade, Musée ethnographique. 1980. (2) Ivo Andric (1892-1975). Prix Nobel de littérature 1961. (3) Dusanka Kovacevic. Zenejugoslavije u narodnooslohodilackom ralu (Lesfemmes yougoslaves dans la guerre de libération nationale). Belgrade, Jugoslovenski pregled. 1977. (4) Idem. ILS NE « VOYAGENT » PLUS MAIS RESTENT ROMS Saïp, ouvrier métallurgiste de la région parisienne, Yougoslave, travailleur immigré temporaire, revient au moins une fois l'an retrouver sa famille tzigane, des paysans des collines boisées de la Sumadija. Réfugiée là au début de la guerre, elle y est restée, le grand-père forgeron du village. Un des petits-fils fait maintenant de la mécanique à son compte. A quelques kilomètres de Belgrade, de nombreuses familles tziganes ont vécu une évolution identique. Pour d'autres, elle n'a commencé qu'après la fin de la guerre. Ils forment des communautés dans plusieurs régions de la Fédération. A Nis, important centre industriel de Serbie, quelque douze m!lIe Tziganes vivent disséminés au milieu des cent quatre-vingt mIlle habitants. Cependant, bien organisés entre eux, ils s'enorgueillissent d'avoir, en M. Said Balic, un ingénieur de l'entreprise métallurgique M.I.N., un de leurs animateurs, le président du Congrès mondial des Roms élu lors de l'assemblée de Gottingen, l'an passé. Groupés en quatre-vingts organisations qui épousent les structures administratives du pays, quelque 300000 - dit-on - Roms yougoslaves se sont attachés à mettre en pratique III législation qui concrétise l'égalité en droits des peuples de la Fédération. Ils devaient se prendre en charge eux-mêmes, être les éléments actifs de leur émancipation, personne ne pouvant résoudre leurs problèmes à leur place. Deux axes ont marqué leur activité: le regroupement de leur communauté et son développement culturel. Depuis deux ans, sous l'impulsion de l'Organisation moridiale des Roms, une grammaire a été publiée par un institut de linguistique de Skopje (Macédoine) alors qu'un dictionnaire est ell cours de préparation, en coopération avec un établissement de Chandigar, la capitale du Panjab (Inde). La langue écrite mise en forme pourrait être utilisée par la majorité des Tziganes d'Europe. Déjà, un livre a été traduit du serbo-croate en 1978 et plusieurs chanteurs écrivent eux-mêmes chansons et poèmes dans leur propre langue. De l'abandon du « voyage» après la guerre, jusqu'à l'ouverture de chaires de romani dans les facultés, le chemin a été bien difficile. POl,lr eux aussi, la guerre bouleverse brutalement les traditions. Race. inférieure à exterminer selon les nazis, ils ont dû interrompre leur éternel périple et prendre un bain de collectivité, dans des villages, dans l'armée, dans les groupes de partisans. Plusieurs yont acquis des responsabilités militaires, civiles et politiques. Au lendemain du conflit, des familles ont repris la route. Une idée forte subsistait: les Tziganes ne seraient plus eux-mêmes s'ils abandonnaient la vie errante. La condition tzigane était synonyme de nomadisme, la notion de liberté découlait du voyage, la sédentarisation représentait l'assimilation. 33 Mais, fortement sollicités à chaque halte, pour participer à la reconstruction, certains ont cédé, d'autres non. Ceux qui sortaient des combats libérateurs, les jeunes engagés dans le mouvement volontariste et les chantiers - comme M. Said Balic et bien d'autres.- ne considéraient pas la vie de nomade comme fatale et ils s'efforçaient d'en convaincre leur communauté. Et, petit à petit, les Roms se sont sédentarisés, vivant les difficultés de la collectivité, assumant les charges qu'elle leur confiait, dans les entreprises, les communes, les organismes autogestionnaires. Ils connaissent aujourd'hui les conditions de vie de leur milieu professionnel ... ou de ceux qui cherchent un emploi. Le nomadisme a quasiment disparu. Difficile de convaincre des gens de se plier à un travail régulier quand la nécessité ne leur en paraissait pas évidente des générations avaient bien vécu sans ces contraintes. Et puis d'obtenir de l'administration des logements, des usines du travail et des stages de formation. A Nis, le temps n'est pas loin où nombre de familles subsistaient avec des aides municipales. Pas aisé non plus de faire admettre la scolarisation des enfants dans des écoles où l'on enseigne une langue qui n'est pas la leur ... Aujourd'hui, la preuve est faite, on peut être ouvrier, artisan, paysan, ingénieur, professeur, avocat, médecin, militaire, artiste, et rester Tzigane. Troisième groupe non slave de la Fédération après les Albanais et les Hongrois, les Roms voient s'ouvrir des classes pour leurs enfants et leur statut de nationalité se concrétiser pour leur permettre leur représentation ethnique. Ont-ils perdu leur spécificité? Ils répondent non, leur vie communautaire étant au· contraire un sûr stimulant pour son affirmation, d'autant qu'elle bénéficie de leurs journaux et de leurs émissions de radio et de télévision. Lorsqu'on est absorbé par leur intimité familiale ou par celle d'un groupe, on ne garde guère de doute. L'insouciance du lendemain est remplacée par la sécurité du lendemain. Une solidarité communautaire et sociale succède à l'individualisme familial, fruit du rejet social et d'une sorte de vie autarcique. Tout cela n'altère pas cette joie de vivre, née de la liberté que conférait le voyage, même si on ne part plus qu'à l'époque des vacances. Lorsque des vieux parlent de la route, d'avant-guerre, faisant rire leur entourage avec leurs anecdotes, cette larme qui perle parfois le long des rides, est-ce nostalgie? Est-ce le rire? Allez savoir! « N'importe comment, les jeunes, que voulez-vous qu'ils regrettent, ils n'ont jamais connu ça ! » - Sastipé (à votre santé) - Ov Sasto (merci). R.D. Manipulations génétiques ... L'expression inquiète. La révolution biologique et génétique, cependant, succède à la révolution industrielle et au nucléaire. Le «bricolage» actuel, avec toutes ses promesses, n'engendre-t-il pas des dangers inimaginables? Le professeur Claude Ropartz, généticien*, a répondu aux questions de Différences. LES M-AN-IPULATIONS . GENETIQU-ES: MIRACLE OU DESASTRE P rendre un haricot, tout beau. Puis un tournesol bien frais. Prélever une partie de l'ADN du premier. La placer dans une cellule du second . Laisser reposer. On a « cuisiné» une manipulation génétique, un transfert de gène. Ne pas tenter l'expérience sur le bord de l'évier. Il s'agit d'un greffage délicat qui a été effectué récemment et qui relève de techniques sophistiquées. Différences: Qu'est-ce qu'un transfert de gène? Qu'en est-il des manipulation" génétiques? Professeur Claude Ropartz : La formule « transfert de gène » recouvre, à ce jour, différentes techniques de biologie moléculaire. L'usage de ces techniques permet le transfert d'une partie de l'A. D. N. d'une espèce, au sein de l'A.D.N. d'une autre espèce. Le principe consiste à intégrer des fragments d'information génétique provenant d'un organisme donneur, dit étranger, dans le programme génétique d'un organisme receveur d'espèce différente, l'hôte. D'aucuns, et non des moindres, parlent de « greffes de gènes ». En effet, le message héréditaire (du haricot en l'occurrence), fonctionne, il accomplit sa tâche. Avec son gène greffé, la cellule du tournesol acquiert des fonctions qu'elle n'avait pas antérieurement. Ainsi est créée une nouvelle espèce hybride capable de se reproduire. A l'intégration d'un segment d'ADN s'ajoutent d'une part les méthodes classiques de la bio-technologie, d'autre part tout ce qui entoure la fécondation in vitro : bébés éprouvettes, banques de sperme, d'ovules, d'embryons, j'Ionage d'êtres humains ... Que dans l'esprit du public clonage d'êtres humains et manipulations génétiques soient identiques m'apparaît logique, en effet, ces techniques d'insertion des gènes nécessitent leur amplification, leur multiplication ce que, dans notre jargon, repris par les chroniqueurs, nous appelons clonage. Comme le nucléaire, la génétique a sa représentation S'il convient de définir les manipulations génétiques par un simple transfert d'ADN, il est concevable que toute fécondation, toute grossesse, toute naissance ayant nécessité une « approche » artificielle, une techni'que ou une technologie inventée par l'homme entrent dans ce cadre. En réalité, il serait plus juste de définir les manipulations génétiques comme des recombinaisons non plus naturelles mais artificielles, volontaires. Différences: L'adage dit « L'homme descend du singe et le singe ... de l'arbre ». Assurément, il ne s'agit pas d'un des « sauts » de l'évolution de l'humanité. Mais existe-t-i1 une différence fondamentale entre une recombinaison génétique naturelle et une pratiquée par l'homme? Professeur Claude Ropartz : Personnellement, je pense que c'est un faux problème. Toujours l'homme ayant eu accès à la connaissance et aux lois fondamentales qui règlent notre univers, a d'abord désiré et ensuite su se servir de cette connaissance, de ces lois pour modifier à sa convenance son environnement. (*) Professeur de génétique à l'Université de Rouen 34 A l'heure où nous avons su que le code génétique était universel, que le langage de l'A.D.N. était unique pour toutes les espèces, logiquement, dans l'esprit de certains chercheurs, sont venus l'idée, le souhait, l'espoir de ces greffes, de ces insertions d'A.D.N. Les outils furent trouvés: ils sont naturels, des enzymes servant de « ciseaux » et de « colle ». Avec ces outils, les techniques permettent de créer de nouvelles com oinaisons entre les gènes, des reco/llhinaisons génétiques, qui se produisent au cours de bien des divisions de cellules. Une réalité proche De telles combinaisons mais naturelles surviennent quotidiennement. Parfois qualifiées d'erreurs de la division ('ellulaire, elles ont joué un rôle essentiel dans l'évolution. Ce sont elles qui expliquent la diversité des espèces, la diversité des individus au sein d'une espèce. Ce sont les potentiels illimités de la multitude des Bibliographie Le Défi Kénétique. par Moretti et de Dinechin, Le Centurion, 1982. Les Manipulations Génétiques. par Agata Mendel, Le Seuil, 1980. Revues La Re('her('he,' n" 8 l, 87, 98, 110 57 rue de Seine, 75006 Paris Scien('e et Vie,' n" spéciaux Le Génie Kénétique, décembre 1980. La révolution biologique, avril 1982, 5 rue de la Baume, 75008 Paris. Autrement ,' L'Explosion hioloKique. 73 rue de Turbigo, 75003 Paris. Bio(utur ,' Les ma('hines à Kènes, mars 1982, 56 rue de l'Université, 75007 Paris. Hérédité et Manipulations Génétiques-rBibliothéque de Pour la Science, édition française de Scientifï(' American. Diffusion Belin, 8 rue Féroù, 75006 Paris (1980) En('yclopédia Universalis. volume « pluriscien(' es /35. z - cG cG UJ "Jt CQoj ~ Que J~ s OIS ALLÉ. Gros monstre cherche petit pour lui rendre son coli recombinants génétiques qui permettent l'adaptation face à un bouleversement de l'environnement. A l'heure actuelle, nul n'est en mesure d'expliquer, moins encore d'affirmer, que l'évolution de l'humanité soit le fait, de manipulations naturelles de gènes d'une espèce à l'autre. De telles hypothèses sembleraient à beaucoup inconvenantes et pourtant n'est-ce pas là ce que l'homme est sur le point de maîtriser: tout du moins de façon artificielle. Différences: Un enfant a été mordu par un chien enragé. L'animal est mort pas l'enfant, sauvé par un « bricoleur » encore incertain de ses recherches. Ce qui se fait avec tournesol et souris, la médecine va-t-elle pouvoir en bénéficier à court terme? S'agit-il d'une fiction ou d'une réalité? Professeur Claude Ropartz: Pour les médecins, la réalité est proche, à très court terme. Les méthodes utilisées pour ces recombinaisons génétiques seront source de nombreux vaccins, démunis de tout risque pathogène, d'hormones, de protéines utilisables en tant que thérapeutique, d'aide au diagnostic. Déjà, dans certains laboratoires, sont effectués de précoces et sensibles diagnostics prénataux; c'est ainsi qu'il est possible aujourd'hui de déceler, de visualiser avec certitude certaines mutations de l'hémoglobine à partir de quelques gouttes de sang foetal. par e?(emple, qui sont cultivées plus ou moins aisément, en laboratoire. Une expérience contraire à l'éthique médicale C'est à partir des données de cette expérimentation animale, par lui réalisée, qu'un médecin américain a tenté de traiter deux femmes atteintes de thalassémie (anémie infantile héréditaire des populations méditerranéennes - du grec thalassa qui signifie: la mer). La réaction de ses pairs, médecins et biologistes, fut immédiate et, que je ~ saehe, unanime désapprobation et rejet :::! de la communauté médicale et ~ scientifique. Cette tentative, exécutée sans l'autorisation des puissantes instances administratives et médicales, effectuée, dit-on, avec un certain secret, fut jugée inopportune: trop précoce, ne s'étayant pas sur une expérimentation animale répétée et suivie à long terme, peut-être dangereuse, contraire à l'éthique médicale. 8ien des aspects de cette nouvelle thérapeutique humaine m'échappent au plan légal, juridique, moral et scientifique ;je ne puis, incompétent, avoir une opnion. Je ne m'estime pas le droit de juger. Cependant, je me souviens du geste de Monsieur Pasteur, tentant de prévenir la rage chez un jeune adolescent mordu par un animal que l'on savait atteint ... Je n'ai point connaissance du résultat de l'initiative de ce médecin américain. Mais ce que je retiens de cet essai, c'est d'une part qu'il a été osé, d'autre part qu'il fut l'objet d'une réprobation générale. Ce qui a été osé une fois, peut l'être à nouveau. Différences: Des bactéries gloutonnes - dit-on -mangeraient des hydrocar- En revanche, la guérison de certaines maladies héréditaires par la greffe d'un z gène fonctionnel ne peut être qu'imagi- ~ """CharlesS'~ cG née à long terme, même si, déjà, chez la ~ r---~-""" ::;------...."..""".I~ souris a été réussi le transfert de cellules ayant intégré des gènes d'autres souris. Les techniques s'affinent, deviennent chaque jour plus sophistiquées, plus aisées, les chercheurs trouvant des astuces, (maintes fois j'ai achoppé au cours de mes lectures sur l'expression « bricolage génétique ») et le gène étranger peut être inséré non plus dans un organisme unicellulaire comme celui d'une simple bactérie, mais dans des cellules de souris (1) La Shell s'est associée avec Cet us ; Hoechst avec l'Université de Harvard au Massachussets; Enzobiochem avec l'Université Rockfeller, pour ne citer que quelques exemples. Certaines de ces entreprises créées il ya quelques années sont cotées en bourse, telle que Genentch's. L'Université de Stanfford a obtenu un brevet pour les techniques du génie génétique mises au point dans ses laboratoires, etc. 35 bures ou les déchets polluants de certaines industries. D'autres, ouvrières, fabriqueraient du gaz bon marché. D'autres encore, plus artistes, dessineraient de nouvelles races de végétaux. Où en sont les recherches dans les domaines industriel et agricole? Professeur Claude Ropartz : Effectivement, aux Etats-Unis d'abord et dans beaucoup d'autres pays ensuite, en France également, se sont constituées des entreprises, des sociétés, des associations regroupant chercheurs, industriels. et financiers mettant d'immenses espoirs en cette nouvelle technologie (1). Des enjeux immenses Quelques enjeux de ces immenses investissements en hommes ou en capitaux sont connus: la production industrielle ou semi-industrielle d'insuline, d'bormone de croissance, d'interféron pour Qes projets à moyen terme; mais souvent, les espoirs, les cibles sont tenus cachés. Petit lexique A.D.N. Acide Desoxyribonucléique présent dans le noyau de la cellule, constituant de base des chromosomes et de l'hérédité. Seul assemblage de molécules chimiques qui se reproduise. i BACTÉRIE. Organisme unicellulaire très i commun d'une taille d'environ un micron (1 / 1000" de millimètre). CHROMOSOME. Elément fondamental de la cellule. Hélice repliée, visible au microscope, dont on sait qu'elle est constituée de gènes mis bout à bout. ESCHERUCHIA COLI. Petit bâtonnet qui pousse dans l'intestin (colibacille). Présent un peu partout dans la nature, facile à faire pousser. Matériel de choix pour les études du génie génétique. GÉNÉTIQUE. Science qui définit la logi~ que de la transmission des caractères qui sont à la fois présents chez tous les êtres, mais qui les différencient les uns des autres. GÉNIE GÉNÉTIQUE. Techniques permettant la modification de l'information héréditaire d'une cellule vivante. Déjà beaucoup ont investi dans de tels programmes, comme l'insertion de gènes dans certains végétaux. Des céréales, fixant spontanément l'azote, bouleverseraient l'agriculture traditionnelle, éviteraient l'utilisation de certains engrais... C'est précisément ce qu'auraient obtenu des chercheurs chinois sur des tomates. Différences: Laissons haricots, tournesols et tomates. Parlons des vieux mythes, nourris par l'imagination, selon lesquels manipulations génétiques seraient synonymes de l'inimaginable, du monstrueux. Quels sont les espoirs et les dangers réels? Professeur Claude Ropartz : Beaucoup a été dit et écrit sur les possibles et les probables offerts par cette technologie. Or, à l'évidence, nul ne peut connaître ni .imaginer, rêver ou construire les prochaines retombées du génie génétique. Car le domaine essentiel labouré par ces techniques est la recherche fondamentale, ou plutôt l'approche de la connaissance du gène, de son fonctionnement, peut-être des mécanismes de l'évolution. Les retombées, les applications des lois essentielles, l'élaboration de nouvelles méthodes autorisant l'approche de la connaissance aboutissent, toujours, après un délai assez long, à un remaniement de nos usages quotidiens. Il est certain que dans dix ans, sera évoquée la révolution biologique ou la révolution génétique comme nous parlons aujourd'hui de la révolution industrielle ou du nucléaire. Mais il est également certain que nul devin ne nous décrira aujourd'hui les changements profonds qui, demain, bouleverseront nos agissements quotidiens, notre façon habituelle de vivre et de concevoir notre vie, notre morale, notre perception de ce qui, alors, nous semblera naturel. Ce qui nous choque aujourd'hui, c'est qu'il s'agit du « vivant », d'un vivant remodelé et dont le remodelage peut se transmettre de génération en génération. De là cette peur viscérale. Beaucoup veulent oublier que, puisqu'elles existent, ces techniques seront nécessairement utilisées. Mais: • L'insertion d'un gène d'une espèce dans le patrimoine d'une autre espèce ne pourrait-elle pas générer un monstre aux vertus et aux dangers inimaginables. Même si l'espèce manipulée n'était qu'un bacille familier et naturellement dénué de tout risque? • La connaissance des effets de telles manipulations ne pourrait-elle pas demeurer fort limitée, alors même que ces e(fets seraient d'une gravité extrême? • Ces méthodes permettent la culture des gènes, leur multiplication, leur amplification ne constituent-elles pas un nouveau potentiel autorisant la création de nouvelles et redoutables armes? Cette crainte est tangible : depuis 1975, les réunions se succèdent à tous les niveaux pour discuter des risques ou même des désastres pouvant atteindre l'individu, une nation ou même l'espèce. L'origine de ces préoccupations doit être rappelée. Ce sont les chercheurs de toutes les nations qui, en 1975, d'euxmêmes, se sont réunis aux Etats-Unis afin de débattre des problèmes des recombinaisons génétiques. Un moratoire fut proposé et admis, afin d'étudier les mesures de sécurité convenant à la poursuite de ces expériences. Les mesures proposées ou imposées, selon les pays et les législations, furent d'abord draconiennes à l'échelle des dangers, supposés ou imaginés. Puis les DIFFÉRENCES MAI 82 § années s'écoulant, il a semblé que tous ces dangers étaient surestimés: les mesures de sécurité, toujours sérieuses, sont peu à peu devenues moins sophistiquées. Celui qui réussit à oublier sa mesure humaine, son temps d'homme, et qui rejoint la dimension de l'évolution, ne peut que se souvenir de l'extrême aptitude de l'ADN à échapper à tous les avatars. Pour beaucoup, cette crainte n'est-elle pas le reflet d'un immense orgueil: « Ne nous croyons-nous pas sur le seuil entre le Temporel et l'Eternel? » Propos recueillis par Marie-Jeanne SALMON CHIMIE GENETIQUE QUELQUES -POINTS DE REPERE I maginez votre corps comme une société de cellules, constituant chaque organe, muscle, os, vaisseaux ... (1) Qui dit société, dit communication, information, langage. Imaginez chacune de ces cellules comme une société de molécules, construites à partir d'atomes (de carbone, d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, etc.). Ces molécules, ce sont les lettres, les mots, les phrases qui transportent ou stockent l'information biologique, le langage codé de la vie. Elles peuvent être très longues, comme l'A.D.N. ou les protéines, ou au contraire plus petites, comme les hormones. A l'intérieur de chaque cellule, l'information est stockée dans les chromosomes, formés de molécules d'A.D.N. et de protéines. Il existe deux types de cellules: celles qui ne possèdent qu'un chromosome, qu'une information, ce sont les bactéries (procariotes) et celles qui en renferment plusieurs, toujours en nombre pair, à l'intérieur du noyau de la cellule, ce sont les cellules végétales, animales et humaines (eucariotes). Le nombre de chromosomes est constant chez tous les individus d'une même espèce. Il y en a 46 (23 paires) chez l'homme et l'écureuil, 48 chez le chimpanzé et le gorille, 38 chez le rat et le porc, etc. Chez un individu, les chromosomes sont les mêmes dans toutes les cellules, mais les paires de chromosomes ne sont pas identiques. La paire de chromosomes nO 1 est semblable dans une cellule de foie, de cerveau, de peau, mais la paire nO 1 n'est pas semblable à la paire n° 2. C'est toujours de l'A.D.N. qui compose la paire nO 1 et la paire n° 2, mais ce sont des molécules d'A.D.N. différentes. L'A.D.N., que l'on peut se présenter comme une échelle de corde torsadée sur elle-même dâns le sens de la longueur, c'est en quelque sorte une phrase. Les barreaux de l'échelle sont formés par l'association de quatre lettres, symboles de quatre molécules T pour thymine, C pour cytosine, A pour adénine, G pour guanine. Ces quatre lettres, ces quatre modules, se combinent deux à deux, A et T, C et G. Un chromosome, c'est donc une suite de gènes. Et un gène, un long bout d'A.D.N., un long mot formé des quatre lettres C, G, T, 36 A, dans un ordre bien déterminé. En fait, il est l'unité élémentaire qui porte un caractère transmissible génétiquement. Les outils principaux pour réaliser une manipulation génétique sont: • Une cellule hôte. La plus utilisée actuellement est la bactérie Eschershia coli (le colibacille). • De -l'A.D.N. provenant d'une autre espèce

d'un animal, d'une plante, d'une autre

bactérie, d'un virus ou même de l'être humain. • Un vecteur, nécessaire pour transporter cet A.D.N. dans la cellule hôte (le colibacille). Ce peut être un virus ou un plasmide (petit élément d'A.D.N. que l'on peut facilement isoler). • Des enzymes dits « de restriction» qui ont la propriété de couper l'A.D.N. en des points particuliers. « Pour faire une manipulation génétique, on commence, par exemple, avec l'A .D.N. d'une grenouille ou celui de n'importe quelle 1 espèce. On coupe cet A .D.N. avec l'enzyme de restriction. Les molécules d'A .D.N. sont très longues, mais après coupure, on a des morceaux beaucoup plus petits qui ont à chacun des deux bouts la séquence _ A.A.T.T-. Maintenant, on peut en effet prendre l'A.D.N. d'une autre espèce (l'A .D.N. humain par exemple) et le couper aussi avec le même enzyme, et puis mélanger avec l'A.D.N. de grenouille. Effeciivement, les bouts -A.A. T. T- se recollent et on retrouvera dans le mélange des molécules d'A .D.N. hybrides: un mocreau d'A .D.N. humain raccordée avec un morceau d'A.D.N. de grenouille ( ... ). Cela a déjà été fait, mais reste sans intérêt parce que c'est de l'A.D.N. dans un tube à essais ( ... ) ». A l'heure actuelle, le véritable intérêt des manipulations génétiques, c'est de pouvoir isoler un gène et d'obtenir de grandes quantités de cet A.D.N. étranger, introduit dans une bactérie. Puis d'obtenir la fabrication de la protéine par la bactérie elle-même. (1) Les informations présentées ici ont été rédigées sur la base des livres de MM. Moretti et De Dinechin. Le Défi génétique, Edilio/1.\' tlu Cellfu, rio/1 (19I1:!) et de Agata Mende (un collectif) : Les Manipulations génétiques, I.e Seuil (/980). Les citations sont extraites du second. f" ci ci En godillots, chaussettes rouges, pantalon de velours, inimitable qui a marqué son temps. . . un musIcien 1 PAS DE SUCCESSEUR POUR DJANGO! Un mode d'expression, un langage à la guitare. C harles Delaunay fut, avec Hugues Panassié, aujourd'hui disparu, le fondateur du Hot Club de France, en 1932, et de Jazz Hot, la première revue de jazz du monde, en 1934. Véritable apôtre du jazz à une époque où, en Europe, on ne soupçonnait même pas l'existence d'une culture afro-américaine. Il créa également la marque de disques« Swing »en 1937, dont le rôle fut essentiel pour rendre le jazz populaire en France, et pour la promotion des musiciens français. Il découvrit Django Reinhardt en 1934. La création du célèbre Quintette du Hot Club de France en 1935, qui devait connaître une gloire mondiale, a suivi sa rencontre avec Django Reinhardt en 1934, dont Charles Delaunay resta le compagnon fidèle jusqu'à sa mort en mai 1953. Charles Delaunay est l'auteur du livre, Django Illon frère. paru chez Eric Losfeld en 1968. 37 « Mon ami, l'artiste Emile S~vitry, entendit un jO~Jr, par hasard, c'était en 1932, DJango et un autre gUitanst.e manouche jouer dans un bistrot, à Toulon. Ils survIvaient péniblement. Enthousiasmé par la musique de. Django, Emile Savitry lui fit écouter des disques de Duke Ellington et Louis Armstrong. C'était une 'première pour Django qui fut conquis par leur musique et c'est ainsi qu'il décida de vivre dans le jazz sa merveilleuse aventure d'artiste créateur. Au printemps de 1933, sur le conseil de Savitry, l'ani~ateurd~ Hot Club de France, Pierre Nourry, alla écouter DJango qUI résidait alors Porte de Choisy et qui était peu à peu entré en contact avec les musiciens de jazz les plus connus. français et américains, jouant à Paris. Admiratif, Nourry le fit participer aux concerts du Hot Club dès l'hiver 1933. Nous avions compris tout le parti que le Hot Club pouva~t tirer de la musique de Django qui devait constituer un formldable po.rte-drapeau po.ur la pro.mo.tio.n du Ho.t Club et du jazz en France. Co.mme il rêvait de jo.uer avec un ensemble à co.rdes, o.n co.nstitua peu à peu ce qui allait devenir le fameux Quintette du Hot C/uh de France, fo.rmé de tro.is guitaristes, un vio.lo.niste (Stéphane Grapelli) et un bassiste. Cela peut paraître invraisemblable aujo.urd'hui mais, à l'épo.que, il était inco.ncevable qu'o.n puisse faire du jazz uniquement avec des instruments à co.rdes classiques. Cette grande o.riginalité du Quintette représentait une inno.vatio. n par rappo.rt aux fo.rmes pratiquées par les jazzmen des Etats-Unis et elle ne fut pas la mo.indre des raiso.ns de » so.n succès fo.udro.yant. Smoking et chaussettes rouges « Django était un être à part, d'une autre ethnie. Elevé dans sa roulotte, en marge de la vie moderne, il était d'un autre mo.nde, co.mme to.mbé sur terre... Ses réactio.ns étaient to.ujo.urs inattendues. Il s'alarmait po.ur des cho.ses qui no.us paraissaient to.ut à fait no.rmales. Il avait des difficultés à analyser l'enviro.nnement et, surto.ut, à éviter les co.nflits qui naissaient de ses différences avec un mo.nde qu'il ne co.nnaissait pas. Bien que o.rgueilleux et fier, il était so.uvent paralysé par la timidité. Il fallait to.ujo.urs prévo.ir, éviter de le blesser, car il était très susceptible, to.ujo.urs sur la réserve, méfiant, craignant to.ujo.urs de sefaire avoir. Il fallait vraiment l'ento.urer d'attentio.ns, le surveiller, presque l'espio.nner afin d'éviter, par exemple, qu'il ne disparaisse au mo.ment de mo.nter sur la scène. Django. était un être sensible, fo.ncièrement bo.n, merveilleusement fraternel. To.ute so.n existence a été marquée d'épiso.des, le plus so.uvent déso.pilants, pro.vo.qués par so.n caractère fantasque et par ses sentiments généreux envers ses frères gitans et les gadgés qu'il aimait. A l'épo.que de ses débuts, la tenue no.rmale de Django. était celle d'un homme de campagne, des go.dillo.ts, un pantalo.n de velo.urs. Po.ur lui, la vie no.rmale, c'était d'aller à la pêche o.U de po.ser des pièges à gibier. Alo.rs, évidemment, quand o.n lui impo.sait de revêtir un smo.king, il lui arrivait de po.rter avec des chaussettes de laine ro.uge vif. Il fallait de lo.ngs instants po.ur, sans blesser so.n amo.ur-pro.pre, parvenir à lui faire adm~ttre que des cha~s.sette; de ~ette co.uleur ne co.nvenaient pas a une tenue de so.lree. N o.ubllo.ns pas qu'à cette épo.que, les règles de l'habillement, po.ur les » musiciens, étaient beauco.up plus strictes qu'aujo.urd'hui. Du banjo de bal musette au jazz « On ne peut pas dire qu'au départ, il y ait eu une influence dë la musique tsigane. Certai~s ont qualifié le style de Django. de style gitan. Je ne le cro.ls en aucune fa~o.n. Il y a un st rie Diango. Il était très musicien et, quel que SOIt le style de musi'que par lequel il aurait été attiré, il serait devenu un grand musicien. Il était un grand musicien qui avait des c~o.s.es à dire, .et ;Iuel qu'ait été· le milieu dans lequel il se trouvait, dies aurait dites, d'une faço.n o.U d'une autre. Il se serait ~ro.l!vé en Espagne.,!1 serait certainement devenu un grand gUitanste.flamenco.. S d avait été e'n Ho.ngrie, il serait devenu un musicièn tsigane, très vraisemblablement. Bo.n vio.lo.niste à l'o.ccasio.n, auto.didacte sans aucune fo.rmatio.n classique, il jo.uait aussi de la trompette et de l'o.rgue. Quel que so.it l'instrument do.nt il se serait servi, il aurait fait quelque cho.se de remarquable parce qu'il avait un tro.p-plein à e~primer. Il avait des idées, il était musicien. Les so.ns qui lui venaient de l'extérieur, il les assimilait et il les restituait avec sa perso.nnalité. 38 DIFFÉRENCES MAI 82 Avant to.ute cho.se, il était musicien. Il s'est trouvé qu'il a été attiré par le jazz en éco.utant des disques et les musiciens de jazz quijo.uaient dans diverses ho Îtes à Paris. C'est ainsi que, petit à petit, il s'est trouvé que le jazz est devenu un langage qui lui co.nvenait parfaitement. C'était devenu, co.mme le français, so.n mo.yen d'expressio.n no.rmal. « Son st l'le était entièrement difFérend de celui des guitaristes noirs (]Jiléricains de l'époque ».' . D'acco.rd, mais rappelo.ns-no.us une cho.se : le jazz n'est qu'un mo.yen d'expressio.n et il a créé évidemment à la guitare ce que perso.nne n'avait fait avant lui. Il l'a fait d'emblée, parce » qu'il s'est tro.uvé à l'aise. Il a pu s'exprimer grâce au jazz. Un style inimitable « Le plus important, c'est que Django était avant tout, et sur.tout; un grand musicien pour lequel la musique n'était pas seulement l'impro.visatio.n sur un thème, mais un to.ut. Co.mme cela l'est pour un co.mpo.siteur sympho.nique qui traduit par plusieurs instruments une idée musicale, o.rganise so.n mo.nde so.no.re sur plusieurs plans et no.n pas sur un seul plan co.ncertiste, un pianiste o.U un vio.lo.niste. Django. était cela avant d'être l'impro.visateur génial qu'o.n co.nnaît. Malheureusement, il ne s'est jamais plié à la discipline de l'étude musicale, il n'a jamais po.ursuivi l'étude de l'harmo.nie et de la co.mpo.sitio.n et il a do.nc été dans l'impo.ssibilité de co.mpo.ser vraiment, sauf à de rares exceptio.ns près, et dans des cas très particuliers, lo.rsque des musiciens se so.nt mis à transpo.ser sur le papier à musique les idées qu'il lançait sur sa guitare. Ce so.nt les seuls exemples qu'o.n ait de lui e~ . tant qu.e co.mpo.siteur glo.bal. On le co.nnaÎt surto.ut en tant qu Impro.vIsateur à la guitare. Il reste qu'il a to.ut de même co.mpo.sé de no.mbreuses mélo.dies charmantes do.tées d'une trame harmo.nique subtile o.U d'une structure rythmique o.riginale qui fo.nt enco.re déplo.rer davantage qu'il n'ait pas dévelo.ppé so.n talent dans le do.maine de la co.mpo.sitio.n. Django. appliquait la même co.nceptio.n glo.bale de la musique dans so.n acco.mpagnement qui était to.ut à fait o.riginal et qu'aucun guitariste n'a pu reproduire après lui dans to.ute sa richesse. Django. avait créé un style de to.utes pièces. C'était so.n style, un mo.de d'expressio.n, un langage à la guitare co.mparable à celui de Erro.l Garner au piano., po.ur r(}Ster dans le do.maine du jazz. Inco.ntestablement, il a peu influencé ~es aut.res. guitaristes, parce qu'il n'yen a ·pas eu, par la SUite, qUi aient pu assimiler un jeu aussi difficile, aussi co.mplexe. Il avait une telle virtuo.sité que so.n jeu dépassait de beauco.up les po.ssibilités techniques des autres guitaristes. Ce talent était mis au service d'une autre facilité de Django. : celle de l'imaginatio. n, de l'inventio.n. C'est po.urquo.i il n'a pas eu de co.ntinuateurs au vrai sens du terme. On tro.uve, çà et là, dans le jeu des guitaristes américains, des petits traits qui mo.ntrent leur admiratio.n po.ur celui do.nt ils so.nt unanimes à reco.nnaÎtre le génie. Chez les Mano.uches, je ne vo.is aucune filiatio.n, aucune descendance musicale. Certains ne fo.nt que co.pier les no.tes de Django., en essayant de les jo.uer plus vite que lui, sans âme, sans sensibilité. D'autres, les jeunes, se so.nt engagés dans les vo.ies co.ntempo.raines du jazz, so.it co.mme suiveurs des grands guitaristes américains mo.dernes, so.it e~ se fo.rgeant u~e perso. nnalité dans laquelle n'entre aucune Influence de DJango.. Po.ur terminer, je veux faire justice d'une cro.yance assez répandue qui vo.udrait que to.us les Tsiganes fussent naturellement musiciens. No.n, Django. était vraiment un être d'~xceptio..n, po.~rvu de do.ns magnifiques, et sa glo.ire » lUi appartient bien en pro.pre. Propos recueillis par Robert PAC Née de la revendication anticolonialiste et braquée contre le racisme, alliant influences occidentales et cultures traditionnelles, une littérature originale émerge en Afrique. ~ L'APRES SENGHOR A vec l'indépendance, ce so.nt les ro.manciers qui vo.nt, en Afrique, s'affirmer. Vo.ici que Léo.po.ld S. Sengo.r, qui a co.uro.nné le thème de la négritude. renco.ntre des détracteurs: JB Tati-!"o.utard, ministre de la Culture au Co.ngo., lui repro.che de ne pas être parti de so.n expérience perso.nnelle mais de co.nsidératio.ns générales sur les cultures africaines ; Négritude ou servitude de Marcien To.wa attaque égaiement un co.ncept qu'il juge nuisible à la véritable libératio.n du peuple no.ir. La première tendance de cette no.uvelle littérature abo.rdera le thème de la revendicatio. n anti-co.lo.niale, en même temps que so.nt mis en valeur ceux issus de la traditio.n (mariage, do.t, po.lygamie, émancipatio.n de la femme, etc.). C'est à partir de 1965 et jusqu'ep 1975 qu'appara Ît la vraie critique po.litico.-so.ciale, la littérature « engagée )): Violent était le vent, de Ch. No.kan (1), déno.nce le climat de peur et d'insécurité dans les pays africains. Bernard Dadié (2), dans Monsieur Thôgo-Guini, expo.se la co.rruptio. n des no.uvelles classes placées près du po.uvo.ir. Déjà, Ola Balo.gun (3) avait mis en scène l'Afrique so.us-dévelo. ppée avec sa misère, ses Co.ups d'État, sOus présentatio.n allégo.rique d'animaux dans Le roi éléphant. Mais Mo.ngo. Beti fera le plus dur pamphlet co.ntre les dirigeants africains dans Main hasse sur le Cameroun (4), révélatio.n de la détresse du peuple. Alio.um Fanto.uré publie Le cercle des tropiques (5) et Le récit du cirque, analyse du drame de la so.ciété africaine acceptant les méfaits du parti unique do.nt les dignitaires so.nt prêts à to.ut so.us l'alibi de la raiso.n d'État. Il faut so.uligner dans les romans parus à cette époque le rôle de la ville, de ses différents quartiers, de ses structures administratives (6). La littérature qui suivit l'indépendance' so.ulève l'espo.ir en un avenir devant vo.ir la liberté to.tale de l'Afrique. De plus en plus de poésie Depuis 1975 jusqu'à no.s jo.urs, la littérature africaine a fait un bo.nd co.nsidérable et, sans cesse, o.n déco.uvre de no.uveaux auteurs. To.us les genres, po.ésie, his'to.ire, no.uvelles, théâtre et ro.man apparaissent. Th. Obenga publie Stèles pour l'avenir et Le Zaïre (7). H isto.rien, il s'écarte de la vo.ie classique des descriptio.ns ethno.psycho. lo.giques et pense quë «philosophie, histoire et poésie sont liées, la toile de f'and de l'histoire étant l'humanité ... 1/ faia introduire de plus en plus de poésie dans la vie des hommes )). En 1976, Sylvain Bemba do.nne Tarentelle noire et diahle hlanc (8), livre do.ulo. ureux sur le Co.ngo. au temps de la co.lo.nisatio.n et prise de co.nscience anno. nçant la révo.lutio.n po.ur la liberté. Cet auteur, certes influencé par Brecht, avo.ue être marqué par le cinéma et même la bande dessinée. Dans Sans tam-tam, roman par lettres, do.nt curieusement le destinataire n'apparaît pas, Henri Lo.pes (9), qui a o.btenu le grand prix de littérature africaine avec Trihaliques, expo.se les difficultés d'un pro.fesseur no.mmé en bro.usse, pro.po.sé po.ur un po.ste d'attaché culturel à Paris et cho.isissant de vivre iSo.lé car « la bro.usse est un maître plus grand que to.us les livres )). On ne peut o.ublier Gros-plan de Ide Oumaro.u qui met en cause la so.ciété niaméenne, analysant avec acuité l'Afrique indépendante. Le théâtre prend lui aussi une place impo. rtante: le grand prix du Jury de l'ORTF est attribué en 1977 à Amado.u Ko.né (Côte d'Ivo.ire) po.ur Les canaris sont vides et en 1978 à Mao.undo.e Naindo. uba (Tchad) po.ur sa très belle pièce L'étudiant de Soweto. Vi'ent de paraître La mort de Guykafï de V. de P. Nyo.nda (10) : légende du Guerrier des guerriers, so.rte de Siegfried gabo.nais. Les femmes o.nt, depuis l'indépendance, pris la paro.le, en général dans des récits plus o.U mo.ins auto.bio.graphiques, parIant to.ujo.urs de pro.blèmes qu'elles co.nnaissent bien: cito.ns de Mariana Bâ Une si longue lettre (II) o.Ù elle fait la critique de la po.lygamie. Simo.ne Kaya raco.nte dans Les danseuses d'/mpe-E,I'a (12) ce que fut sa vie d'enfant de Treichville à Marseille. En 1976, Ao.ua Keita o.btient le grand prix de littérature po.ur so.n livre Femme d'Afrique (13), la vie d'une femme raco. ntée par une femme. En 1981, les Editio.ns de l'Harmattan do.nnent paro.le à plusieurs jeunes écrivains; je citerai Soleil sans lendemain, de Tchicaya Unti B'Kune (Co.ngo.), qui expo.se les revendicatio.ns de la jeunesse et l'ambiguïté de ses rappo.rts avec les aînés, to.ut en cherchant à retro.uver le sens de la traditio.n africaine. LES TEXTILES RÉUNIS 93, rue Réaumur, 75002 PARIS Téléphone 236.48.95 lorrenle 2, rue de Sevres ~ femmes 2229050 hommes 5441006 39 2, carrefour C 1orxRouge 75006 Pans Une physionomie particulière Francis Bebey (Cameroun) donne Concert pour un vieux masque et du Nigeria anglophone, nous avons L'étonIJallle el~fance d'/noTan, d'Antony C. Biakolo, intéressante étude des croyances dans le delta du Nigéria. Le poète Abdoulaye Mamani (Niger) publie un roman: Sarraounia, dont l'action se situe au XIX" siècle, en pleine colonisation. La littérature de science-fiction n'est pas absente: Sembene Ousmane, dans Le demier de l'EII/pire (14) évoque un coup d'État imaginaire destiné à céder la place à la deuxième génération de l'indépendance. Réflexion politique et philosophique marquant un nouveau tournant de la production littéraire africaine. Le Temps de Tamango, de Boubacar Boris Diop, se situe au XXI" siècle, et évoque l'échec de la décolonisation francophone. Ce livre, original dans sa technique, se fait remarquer en tant que texte novateur. Enfin apparaît comme particulièrement importante l'oeuvre de Samy Ta'bou Tansi qui se veut actuelle, dépouillée du passé. Son ouvrage principal, I.a l'ie eT demie (15), bouscule les conformismes auxquels la littérature africaine avait habitué. Longtemps braquée sur le fait colonial et le traumatisme infligé à l'âme africaine, le racisme, l'écrasement entre culture traditionnelle et influence du monde occidental, les ouvrages des écrivains de ces dernières décennies sont parfois marqués par l'imitation de la littérature européenne et n'ont pas toujours trouvé une expression propre. Mais on peut deviner que progressivement les auteurs acquiéreront leur originalité. Bientôt la littérature africaine at.teindra, comme celle qui nous vient d'Amérique du Sud, une physionomie particulière dans la synthèse de la culture européenne et de la culture traditionnelle. Annie LAURAN (1) Côte d'Ivoire - Présence Africaine, Paris. (2) Côte d'Ivoire - Présence Africaine, Paris. (3) Nigeria - P.J. Oswald, Paris. (4) Cameroun - Maspero, Paris. (5) Guinée - Présence Africaine Paris. (6) La ville dans le roman africain - Roger Chemain -' Editions l'Harmattan . cl) Congo - Présence africaine. (g) Congo - P.J . Oswald - Paris. (9) Congo - Centre de librairie évangélique - Yaoundé. (10) Gabon - Ed. l'Harmattan . (II) Sénégal - Nouvelle Ed. Africaine Abidjan. (12) Côte d'Ivoire - Abidjan INADES. (13) Présence Africaine Paris. (14) Ed. L'Harmattan - (lefilm Le dernier de l'DI/pire est en cours de tournage). (15) Ed. du Seuil Paris. Du 14 au 26 mai, le cinéma vit à l'heure du Festival de Cannes. Lei film français y tient sa place. Mais qui a place dans le cinéma français? Un entretien avec l'acteur Pierre Saintons. LE NOIR ... POUR LA COULEUR Sidney Poitier interprétant John Prentice allant rencontrer ses futurs beaux-parents blancs, les cinéphiles se souviennent de ce visage. Avec Devine qui vient dîner, (1) la phrase intégrationiste du cinéma de l'Amérique blanche parvenait à son point culminant. En écho aux mouvements pour les droits civiques et aux lames de fond qui secouèrent la bonne conscience américaine, de Malcon' X à Martin Luther King, Sidney Poitier fut choisi. Il devait à lui seul tenter de laver le cinéma blanc de ses stéréotypes racistes. Pour de nombreux critiques, il apparaissait alors plus comme l'objet d'une mystification que comme l'instrument d'une réhabilitation authentique. Le cinéma français, lui, pour ce qui est de la place réelle occupée par les Noirs, en est, aujourd'hui, à la situation d'avant Sidney Poitier. DifTérence.l· a présenté le cinéma antillais (2)'et les efforts d'auteurs comme Christian Lara pour le sortir du ghetto. Le dossier s'enrichit avec Pierre Saintons qui se définit lui-même comme comédien noir .fi'ançais. De formation théâtrale classique chez Charles Dullin et à l'école de la rue Blanche, il a participé à la grande aventure de Hair et a joué pour le théâtre du boulevard, pour la télévision et le cinéma: Lacombe Lucien de Louis Malle, L'Homme pressé, d'Edouard Molinaro, Le Prof'essionnel de Georges Lautner. Pierre Saintons, parle net: « Les acTeurs noirs fi'ançais doivenT êTre pris dans Tous les pim.l· .fi'ançais eT pas seulemenT dans les fïlm.l· diTS alllillais ou noirs. Jusqu'à prisenl on m'a presque Toujours proposé des personnages d'Africains. Je suis classé, à priori. Les réaliSaTeurs me disenT.' « J'ai un nile de noir pour vous », ou bien « Je n'ai rien à l'OUS proposer, il n'y a pas de rôle de Noir dans lefilm». Je seraisfondé à leur dire.' « EsT-ce que l'OUS proposez à un Normand des rôles de Normand exclusivemenT, à un Corse ou à un Juif'des rôles de Corse ou de Juif' seulemerll ?» « J'eSTime que dan:l' le cinéma, il doiT y avoir lOuTes les couches de la sociéTé. Ill' a 10 % de ciToyellS/i'ançais noirs eT ils ne 40 Ii ci Pierre Saintons .l'onT pas représenTés. 1/,1' a quelque chose de prof'of1(lémenT raciSTe dans une Telle siTuaTion. Les réalisaTeurs ne diselll pas .' « on ne veUT pas de Noir )) ils préfèrenT nuancer en apparence.' il n:r a pas de rôle de Noir )). Pourquoi en effet ne faire tourner que des rôles de Noir à des acteurs comme Pierre Saintons ? Il serait effectivement facile de faire tenir certains rôles, l'amoureux, le jeune premier, l'intellectuel, le bourgeois, indffféremmenT, par un Blanc, un Noir, un métis. Pierre Saintons énonce, en fait, le même type de revendications que Sidney Poitier, dans les années 60 aux Etats-Unis, pour « que les Noirs dans la salle puissenT se redresser fïèremenT dans leurs /aUTeuils,frusTrés qu'ils éTaienT de héros POSiTifs )). « JI y a un phénomène très important qui est le mimétisme poursuit Pierre Sain-· tons. JI ne faut pas mésestimer ce phénomène car il touche aussi bien les adultes que les enfants. Quel que soit le contenu des films dans lesquels jouait Sidney Poitier. Le simple fait de montrer un personnage de Noir d'une manière positive et non caricaturale a eu une importance et une signification considérable pour la communauté noire des ÉtatsUnis, et bien au-delà. Ma génération a eu la chance de venir après celle d'Angela Davis, de Mohamed Ali, de Sidney Poitier. » Le Black is heaUTff'ul (le Noir est beau) de Mohamed Ali, a, en son temps, choqué beaucoup de personnes, y compris les antiracistes. Pourtant, réaction au mépris et aux humiliations, la formule a mohilisé beaucoup de jeunes Noirs, dont Pierre Saintons : « Moi aussi je me suis senTi heau quand j'ai enTendu pour la premièrefoi.I· les déclaraTions de Mohamed Ali al'OI11 un comhaT de hoxe. Le miméTisme par rappOrT aux vedelles esT Très impOrTanT iJOur les enfanTS. Mohamed A li eST pour moi un héros. Dans le même ordre d'idées, ma fille m'a demandé, il ,1' a quelques années, elle n'avaiT que quaTre ans à l'époque.' « Papa, pourquoi CaTherine Deneuve n'esT pas noire)). Cela m'a/aiT vraimenT réfléchir. Je me suis diT alors, moi, dans mon méTier il./aUT que je fasse Très allenTion car les e~fanT.I· noirs qui me reKarderonT seront particulièrement touchés par ce que je ferai.' en positif comme en négatif». L'accès quasi immédiat et simultané au message audiovisuel confère à l'acteur une importance considérable. « ToUT réalisaTeur laisse passer un cerIain discours, rappelle Pierre Saintons, /'image n'estjamai.l· innocenTe. Le reKard pOrTé .l'ur Telle ou Telle minoriTé peUT êTre fOrT pernicieux. En e.fleT à côTé (ou en complémmT) de l'ahsence de représentation du Noir dans les médiasfrançais, il ,1' a une façon précise de le désiKner. Quand on monTre à la Télévision des agences pour l'emploi avec des files de chômeurs eT que la caméra s'allarde sur le chômeur noir, c'eST comme un coup de coUTeau pOrTé à IOUTe une commU/1OUTé. 0/1 nous désigne à la vindiCTe de cerTains.' l'oye, ces gens, c'eST eux quifonT qu'i/y a TanT de chômaKe, eTc. Dès qu'on a uni! caméra en main, on n'esT plus innocenT. Dès qu'on esT devanT une caméra non plus. Je suis ('O/1.lùel7l, quand je suis à l'écran, de n'êTrejamais seul. Derrière moi, il ,1' a près de 6 millions de Français-noirs qui sonT l'OnTenTS, parce qu'il ,l'a un Noir à l'écran, eT qui allendent ce que je/ais. Si je/ais quelque chose qui les ridiculise ou qui ne va pas dans le sens de ce qu'ils SOnT, eux renTreronT sous le sièKe dans la salle de cinéma. lf/aUT que dans mes interpréTations, je les représenTe dans ce qu'ils sonT réellemenT et non au Travers de clichés ». C'est tout le métier de comédien qui est alors mis en question par Pierre Saintons car au-delà de son jeu propre il y a les clichés racistes. « Ainsi, dit-ilJadore rire. Mais à l'écran s'il/aUT/aire un personnaKe riKolard, je Jais Très allenTion. Quand on me diT .' « Dans Telle séquence, il ,1' a de la musique, tu dois danser», je refuse souvent en mellanT en avanT le/aiT qu'il,l' a des Noirs qui ne dansenT pas et se conTenTenT de reKarder les aUTres le faire. Même si aufond de moije suisfrustré carj'adore danser. Je sais que sije le/ais, la caméra va reproduire le cliché « vous vOl'ez le nèKre, il danse hien, hein .' )). Ce qui induira /'idée que le nèKre danse mais ne pense pas. Dans le/ilm « Le professionnel » on m'a demandé de tourner une scène au liT. J'ai ref'usé car je ne voulais pas avaliser fOUS les raconTars sur l'hypervirilité des Noirs sur le thème.' Noir éKal phallus, eTe. 1/ n'eST pas queSTion pour moi de tourner ce Kenre de séquences. La France ne me semble pas prête à cela. D'une manière Kénérale, je Travaille en étroite relation avec le metteur en scène, je lui sUKKère cerTaines modffications. Ma façon de comballre les stéréOTypes ('OnsisTe souvenT à transformer l'imaKe d'un Noir vu par un Blanc en l'imaKe d'un Noir vu par un aUTre Noir. Par exemple, dans le dernier/ilm quej'ai.!ait avec Belmondo,jejoue le rôle d'un présidenT africain qui Tyrannise son pays. On DIFFÉRENCES MAI 82 m'avaiT demandé de le caricaTUrer à parTir de l'idée que les médias occidenlaux donnenT de cerTains « Tl'rans )) aFricains. J'ai créé ce personnaie heaucoup plus ('Omme je le ressenTais. A u lieu de jouer le sanKuinaire, j'ai joué l'unil'ersilaire, calculaTeur, cynique, machiavélique, qui agissait, somme toute, comme beaucoup d'aUTres présidenTS, sous IOUTes les laTiTUdes )). En conclusion, Pierre Saintons, s'interroge sur sa condition d'Antillais et sur sa place dans la culture française. « J'ai Très conscience de l'amhiKuiTé de ma siTuaTion. Nous sommes, nous aUTres AnTillais, un peuple de méTis eT avons une éThique parTiculière. Par exemple, pour ohTenir un hruKnon on Kre.tle une pêche sur une prune. Mais mainTenanT pour/aire des hruKnons, une Telle Kre.fle n'eST plus nécessaire car il ,1' a des hruneTiers, les AnTillais sOnT un peu cela. Nous avons une parTiculariTé qui n'exiSTe nulle part ailleurs. Nous sommes un confluanT de culTures. L'Antillais français' a beaucoup de points ('Omm uns avec le Trinidadien, le Jamai~ cain, le POrToricain. Nous sommes d'af: finiTés carihéennes. L'Américain, à la ii. mite, caribéennes. L'Américain, a la limite, comprendra mieux notre caractère veau monde, de ce peuple de méTis. Nous avons un peu les mêmes moeurs mitiKés et composites. Nous avons conscience de nos parTiculariTés. CesT à la France qui compTe parmi ses « naTionaux )) des êTres aussi divers, de prendre ses responsahiliTés. )) Propos recueilli par Jean-Pierre GARCIA (1) Stanley KRAMER - 1968 (2) La longue marche du cinéma antillais par Jean-Pierre GARCIA. Différences nO 4 octobre 1981. Pour la diffusion du cinéma du TiersMondè à la télévision française Un appel de « Différences» et « Cinémaction » « Nous n'avons rien contre aucun cinéma. Vous non plus? Vous n'êtes ni nationalistes, ni xénophobes, ni chauvins? Vous n'avez rien contre les Arabes, les Juifs, les Noirs, les Asiatiques, les PeauxRouges, les Chinois, les Bretons, les Japonais, les immigrés, les Norvégiens, les Polonais, les Occitans, les Russes, les Hindous, les Brésiliens, les Philippins ? ... Alors vous serez certainement d'accord avec·nous pour déplorer que sur 240 films étrangers, la télévision ait programmé en 1980: 200 films d'un seul et même pays d'Amérique (et pas les meilleurs, hélas !), trente films de trois autres pays d'Europe et dix films seulement du reste du mondl (dont un seul du Tiers-Monde)? C'est-à-dire que ces dix films ont dû 41 représenter les cultures de quatre milliards quatre cents millions d'hommes et de femmes (à peu près). Ce qui ne fait pas beaucoup de milliards. Il y a belle lurette que les télévisions des pays nordiques ont montré des films de Sembène Ousmane, de Lino Brocka, de Youssef Chahine, pourquoi la télévision française ne l'a-t-elle pas encore fait? Si vous trouvez que ça devrait changer, que le cinéma devrait être universel, demandez ici avec nous que TF1, A2 et FR 3 donnent la place qu'ils méritent aux bons films de cinémas discriminés par la pesanteur des habitudes, l'occidentalocentrisme, le train-train satisfait des programmations sans risques! )) Les professionels du film et le plus large public sont invités à s'associer à cet appel édité en carte postale illustrée. (Rens.; M.R.A.P. 806.88.33). Lu Vu Entendu :10 janvier 2012 à 15:22 (UTC)~ DIFFÉRENCES MAI 82 LIVRES Yâkâré, par Oumar Dia et Renée Colin-Noguès - Maspéro o Chaque soir, Renée Colin-Noguès va rejoindre le jeune Sénégalais Oumar Dia au foyer de Clichy où il est hébergé, et, sans intervention, lui fait raconter sa vie. Mais cette vie est aussi celle de sa famille, de son village, avec ses coutumes conservées, c'est l'abandon forcé par le manque de nourrilure, de ce village pour Abidjan, puis, après bien des difficultés, pour Paris. En 1 968,j'avais réalis'é dans les mêmes conditions, un travail paru sous le titre: Un Noir a quitté lefleuve (1), accompagné d'une admirable préface d'Albert Memmi. Le livre de Renée ColinNoguès m'a donc particulièrement touchée et j'ai pu apprécier l'honnêteté avec laquelle elle a su s'effacer. (1) Annie Lauran - E.F.R. Poèmes pour l'Angola, par Frédéric Pacéré Titinga, Silex Edition o Simplicité des mots, mais richesse des pensées, vision nouvelle de l'Afrique, tout dans ce texte est originalité, la présentation elle-même des poèmes, sans cesse inattendue pour mieux nous faire saisir que « la vie est une loterie nationale qui se termine comme un/eu/ollet ... Rien ne sépare dans notre monde l'opulence et la misère )). Un violon sur le toit, par Cholem Aleichem. Un Juif amoureux, par Ben Hecht, éd. poche 10/ 18. o Ces deux volumes, un « classique )) de la littérature yiddish russo- polonaise, et un roman peu connu ici, du plus célèbre des scénaristes de cinéma américains de l'entre-deux guerres inaugurent, et c'est une excellente idée, un nouveau « domaine)) de littérature étrangère chez 10/ 18. Un violon sur le toit est universellement connu par la production cinématographique qu'Hollywood en a tiré: c'est aussi le roman par excellence des shtetl polono- russes du début du siècle. Un Juif amoureux est un chef d'oeuvre d'introspection psychologique, celle d'un étrange Don Juan juif new-yorkais des années 30 dont l'esprit dominateur et inquiet interroge sans cesse ses propres sentiments. Printemps perdu, par Stratis Tsirkas, éd. du Seuil o L'auteur du splendide et inoubiable Cités à la dérive (SeuilIPoche) a écrit ce roman avant de mourir il y a deux ans, qui vient juste d'être traduit. Avec Tsirkas, la Grèce actuelle, pépinière de poètes, possède également un romancier de stature internationale. En 1965, après dix-huit ans d'exil en Europe de l'Est, un militant de gauche revient à Athènes. Quartiers d'hiver par Osvaldo Soriano, éd.·Calmann-Lévy o En exil à Paris depuis 1978, le romancier argentin donne ici son troisième roman, les deux premiers étant traduits en plusieurs langues. C'est le constat du climat de « gel qui gagne les êtres quand les libertés disparaissent )). Entre les murailles et la mer, éd. Maspéro. o S'il est beau de publier l'universel Nazim Hikmet, il y avait un pari courageux pour Maspéro à publier cette anthologie, très bien présentée, de trente deux poètes turcs inconnus du grand public français, offrant, du même coup, à celui-ci, un inventaire des paysages intérieurs de la Turquie aczuelle fécondée par l'Asie et par l'Europe: une voix vigoureuse et étonnament personnelle. CINEMA Les cinémas de l'Amérique latine, collectif sous la direction de G.Hennebelle et A. GumuncioDagron, 543 pages, ~o~b. illu~trations, éd. Lhermmler, Pans 1982, 255 francs. 011 aura fallu six années; trente collaborateurs sur les deux contitéléphone 5230054 246 5700 246 5701 108, rue du Faubourg Saint-Denis 75010 PARIS sportwear Ets MARCEL CAHN 6, rue Gambetta - 57000 METZ Tél. : (8)766.33.64 42 nents, et une demi-douzaine de collaborateurs techniques pour réunir cette somme unique car rien de semblable n'existe même sur le continent américain. Beaucoup de collaborateurs à ce travail ont dû fuir leur pays, et nombre d'archives cinématographiques nationales sont difficiles à atteindre ou quasi-inexistantes. C'est dire l'importance de ce demi-millier de pages grand format, fourmillant de photographies, pour beaucoup inédites ici, complétées de 250 documents, de filmographies, bibliographies et de répertoires. Ligabue, de Salvatore N ocita avec Flavio Buci, Allessandro Haber, Andréa Ferreol. 1977. italie. 2 h 05. Prix Jean Louis Bory 1982. o Comparable à Elephant man tant du point de vue du contenu (l'histoire d'une exclusion permanente et irrémédiable) que de la forme (image dépouillée et caméra pudique), Ligabue ne connaît pas pour autant le succès populair. Ce qui est fort regrettable. D'exclusions méprisantes en internements psychiatriques, la société finira par reconnaître la valeur de ce peintre Antonio Lacabu (1899-'1965). Lui ne reconnaîtra pas la valeur de la socié- . té. années de plomb, de Margareth Von Trotta, R.F.A., 1981. 1 h45. o Une oeuvre profondément liée à l'Allemagne fédérale. La bande à Baader et le souvenir du nazisme ... Un film amer mais lucide. Mains de femme, de Fitouri Belhiba, France. 1981. 45 mn. o LI! deuxième documentaire consacré à Zarzis, un village du pêcheurs du Sud tunisien. Les femmes y construisent des maisons végétales et affirment ainsi leur originalité dans la société des hommes ... une contribution pertinente au dossier Femmes en pays d'Islam. REVUES La Commune - Association des Amis de la Commune o La livraison nO 16 donne une intéressante présentation d'André Léo (Lodile Béra) par Inge Tryml qui permet de mieux faire connaissance avec l'écrivain, la journaliste, la communarde et la féministe qu'elle était. Elle est loin d'avoir la place qui lui revient. Roger Martin pour sa part parle longuement du sort fait à la Commune par les écrivains. (Association des Amis de la Commune - M. Jean Braire, 3, rue du Château d'Eau - 75010 Paris). Notes réalisées par Annie Laurent, Yves Thoraval, Robert Decombe et Jean-Pierre Garcia. I.CAR le bulletin hebdomadaire d'information surtoute la Caraïbe etles Antilles-Guyane françaises • une équipe basée en Martinique et Guadeloupe • des correspondants dans chaque île • uniquement par abonhement • reçu par lettre chaque semaine chez vous - UN AN :180 F SIX MOIS: 100 F chèques à l'ordre de CENTR E GABE L - Contact à Paris: Anne Pitoiset 3, rue A THOMAS - PARIS 9ème tél. 824 -71-68 508-14-80 Information CARaïbe DOM-TOM QUEL AVENIR? Plus de trois siècles d'occupation ou de présence française, selon le point de vue que J'on adopte, c'est un passé en tout cas bien lourd pour ce que l'on appelle depuis l'après-guerre, les départements et territoires d'outre-mer. Ils sont à la recherche de solutions qui les délivreront de ce passif. Indépendance, auto- H.EMMANUELLI Secrétaire d'Etat chargé des départements et territoires d'outre-mer D epuis I/W IJrise de/imCliolls, ilia lâche a élé douhle : 1. Faire/ace à l'é, 'éllelllelll, 1"1'.1'1- à-dire : • Prelldre des III e.1'lI 1'1'.1' Irallsiloires l'II III(/fière écollolllique, destlllées à é"iter des {erlllelures SUIJplémelllaires d'usi/jes. • Relldre d 'alJplic(/fioll immédiale dalls les DOM, les lI/e.I'lIll'S sociales édiclées par le gOl/l"erllemelll. • MaÎtriser le dé, 'elopIJl'II/(,1/I d'ulle silualioll IJOlel/liellemel/l dallgereuse l'II Nou' 'elle- Cal édoll il'. J. Meller ulle ré/lexiollsur les IJOle1l1 ialilés el les proh!(;I1/es des départemel/l.I' el des lerriloires d'oll1re-mer, dé/illir ulle polilique d'(11 'l'II il', étah!ir la li.l:le des acliollS !Jrioritaires. I.e hilall que j'ai dressé m'a/ail aPI)(lraÎIre que la polilique de 110.1' prédécesseur.I' a ahouli à créer, dalls les départemellls COli/ille dalls les lerritoires d'oUI re-mer, ulle dépelldallce quasi-totale l'is-à-I'is de la mélropole, qui se lraduit aujourd'hui nomie, croissance économique à long terme, les possibilités sont nombreuses. Faut-il, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, oublier en Métropole ce passé gênant? Revient-il aussi au peuple de ce côté-ci de la mer de s'interroger avec eux sur l'avenir des DOM-TOM? par UII Irès ,'i{sel/lill/elll de/hlslratioll, sou,'elll à l'origille d'ulle démohilisalioll import alll e. Il s'agil, IJOur 1I0US, d'im'erser celle 11'11- dallce el de reslituer aux hahi/(llll.I' de,I' DOM-TOM leur digllilé l'lIeur .l'l'ilS des respollsahi li 1 és. Dalls les départemellls d'ouI re-mer, l'a,' ellir pose deux gralldes quesliolls : • 1_'a dalJlalion à l'cjutre-mer de la loi .l'ur les lihertés des commUlles, cles départemellls el des régiolls. • I.a réduclioll de la dépendance écollomique ,'is-à-l'is de la métropole. I.e délml .l'ur l'adaptalion de la décel11ralisat iOIl a él é, hélas, l'occasioll pour cerlaills cil' lel11er cI'accrédiler l'iclée que le goul'e/ï/emel11 s'aplJrêtail à dislelldre les liells qui unis.'i'l'111 la métropole aux départemel/ lS d'oUI re-I/·/(!r. .l'ai IJU meSUI,'r, au cours de mes récellls l'orages aux Al/lilles el à la Réunioll, qu'en dépil d'ulle campaglle./iJrcellée .l'ur Cl' Ihème, l'opposiliolln'{/\'ail pu pan'enir à éhranler la cOIl/iallce de nos com!)( Ilriole.I' d'oUI re-mer enl'ers le goul'er- 111'11/1'111. I.a mise au poilll de celle loi de décel11ralisalion l'sI pour.l'llil'ie aClil'eI//(' I/I el le leXIe du projel sera présel11é 1i,)S 1 Taisemhlah!emenl au Parlemelll lors de la IJroclwille session. ,/'e.lpère que cesserolll, à celle occasioll, les procès d'il/lenliOIl el qu'ull lramillégislali{ de qualilé IWLl/ï'a s'el/éctuer dalls la séréllilé. Mais le prohlème (l'm'ellir essel11iel deII/ ew,', à 111011 .l'l'ilS, celui du dél 'eloppemel11 dans les départements d'outremer comme dans les territoires d'out re-mer d'écollomies qui .1'01/1 1'1'.1'lées dépelldal/ces el dél'équilihrées. Ces. l'or écollcJ/l/ique me l){(raÎI d'ailleurs déIJelldre élroilemel/l de la cOllduile d'Lille IJOlilique de réductioll des illégalités. Comll/(' l'CJiIS le 1'0.\,' ':-, la polilique que 1I0US mellOIlS répolld à 1'('/ impéral i{ de dignilé el de respol/.whililé qui m'apparait étre l'a.\piralioll ./iJ//(/amellta/e des Frall('ai.I' de l'Oll1 re-II /l'r. Dans notre prochain numéro, n" I2,juin 1982, le dossier ConnaÎtre sera consacré aux Domiens et Tomiens en France. 43 J. BRUNHES Vice-président du groupe communiste à l' Assem blée nationale L a politique du Parti communiste français, à l'égard des DOM, s'articule autour de trois axes essentiels. 1. Notre Parti, comme le rappelle la résolution adoptée à son XXIV" Congrès, se fonde sur le respect du droit à l'autodétermination des peuples des DOM. C'est, à nos yeux, un principe intangible et la volonté majoritaire de ces peuples, exprimée démocratiquement, doit être respectée. 2. L'héritage laissé par la politique colonialiste de la droite dans tous les domaines est catastrophique dans les DOM. La majorité des hommes et des femmes y vivent une situation dramatique qui appelle des réformes profondes pour. lesquelles une majorité s'est prononcée en mai et juin derniers. De premières mesures positives ont été prises, mais le champ d'action est immense et la situation exige des changements immédiats et significatifs. Cette politique nouvelle de progrès social ne peut réussir que si elle s'appuie sur une pratique débarrassée des habitudes colonialistes. Dans ce domaine, la politique de la droite au service des grandes sociétés capitalistes et des féodaux locaux ~'est fondée sur la pratique des transferts financiers massifs. Ce que l'on appelle la politique d'assistance. Il faut mesurer l'ampleur des dégâts économiques et humains de cette politique: dans les DOM, trois personnes sur cinq ne survivent que grâce et exclusivement aux aides sociales en tous genres. C'est une atteinte massive à la dignité de ces hommes et de ces femmes placés en permanence en situation d'assistés. L'action économique du gouvernement de la gauche doit donc résolument être réorientée pour un développement d'une économie productive dans les DOM. Une telle politique économique et de progrès social heurte de plein fouet les intérêts et les structures économiques de type coloniales centrés sur les profits de l'import-export. C'est fondamentalement cette défense de ces intérêts et privilèges qui expliquent la vigueur des campagnes démagogiques de la droite pour s'opposer aux moindres changements dans les DOM. 3. La mise en oeuvre d'une politique sociale et économique nouvelle implique le respect des engagements pris lors des élections présidentielles quant à la mise en oeuvre de la décentralisation spécifique pour les DOM. Celle-ci doit permettre un élargissement de la démocratie, l'accès des peuples concernés et de leurs élus à la maîtrise des décisions dans les affaires qui les concernent. Les forces démocratiques des DOM convergent d'ailleurs, avec leurs caractéristiques propres, sur la nécessité de la mise en place dans les DOM d'une assemblée unique élue au suffrage universel à la proportionnelle. Tels sont les trois axes, brièvement exposés, autour desquels s'articulent notre activité et nos propositions. Il va sans dire que nous avons la conviction profonde que rien ne pourra se faire sans les peuples des DOM eux-mêmes. Ils ont naturellement le soutien des communistes français. D.JULIA(RPR) Député, délégué national aux DOM-TOM L a situation des DOM et des TOM est extrêmement diverse, mais leur avenir est de toute façon lié à l'avenir de la France. En effet, si l'on a, à Paris, un gouvernement hésitant quant à la définition de ses objectifs dans le monde, inapte à comprendre et à maîtriser les mécanismes économiques du pays et désirant n'aborder les réformes dans les DOM-TOM que sous l'angle d'une modification de leur statut français, il est évident que les populations seront saisies par l'inquiétude et le doute. Le succès de l'opposition libérale départementaliste aux élections cantonales dans les DOM, la remise en cause de la majorité socialiste en Guyane, malgré les troubles et les provocations de dernière heure, ont bien montré que, dans l'ensemble, le réflexe légitimiste a joué dans le sens d'un « oui» à la France et d'un « non» au projet socialiste. Chaque département ou territoire possède sa spécificité. Le problème des Antilles, comme celui de la Réunion, est démographique et social: 50 % de la population a moins de 20 ans et le chômage y atteint 25 %. La Lettre de la Nation du 6 mai 1980 rappelait l'objectif prioritaire: « Faire de la Martinique et de la Guadeloupe des sociétés de production », c'est-à-dire tout à fait autre chose que de simples marchés de consommation pour la production métropolitaine ou américaine. Le premier moyen d'y arriver est d'accroître la décentralisation, non pas en changeant le statut des départements, mais en donnant aux élus locaux de réels 'pouvoirs de décision: pour la fixation du taux de l'octroi de mer, la recherche d'un nounau système fiscal incitatif pour la création d'entreprises, la mise en place d'une politique sociale originale, adaptée aux vrais besoins des Antillais et des Réunionais. En Nouvelle-Calédonie, le passé s'affronte à l'avenir. Le passéïsme rétrograde cherche à jouer sur les diversités raciales pour essayer d'y trouver un substitut à la lutte des classes. L'avenir, c'est une société multi-raciale avec une gestion largement décentralisée par rapport à la métropole. Il y faudra beaucoup de doigté, de sensibilité, de respect pour les hommes et les styles coloniaux, ainsi qu'une rigueur intransigeante et le refus de toute démagogie sur le fond. Mais qu'on ne s'y trompe pas! l'avenir de la Nouvelle Calédonie est, pour l'instant, suspendu à la réalisation du projet Amax; car ce territoire, qui peut produire plus de la moitié du nickel dans le monde, est en train de mourir sur son nickel qu'il ne vend plus parce que son exploitation est devenue trop onéreuse. Le temps qui passe ne se rattrape pas et rien n'a été fait depuis près d'un an pour que cette production demeure pour l'avenir une richesse de la France. La Polynésie enfin, grâce à l'enracinement et au travail de son député Gaston Flosse, ainsi que Wallis et Futuna, de- Sollicité de nous donner son opinion, M. Paul Dijoud, ancien secrétaire d'Etat aux DOM-TOM, nous fait dire : « Pour l'instant, il s'interdit de porter un jugement sur les DOM-TOM avant le mois de juin. Il doit · laisser son successeur faire ses preuves. » 44 vraient connaître une évolution harmonieuse vers une forme avancée de décentralisation sans secousses politiques et sociales. On le voit, l'avenir des DOM-TOM est celui même de la France; il variera selon que les libertés et les spécificités pourront ou non s'épanouir en son sein. L'effondrement économique en métropole, même au nom d'une idéologie, provoquera l'affaiblissement des DOMTOM. L'abaissement de la France encouragera les forces centrifuges, d'autant que la volonté de passer tous les individus dans le même moule socialistemarxiste procède d'une philosophie totalement étrangère aux spécificités humaines locales. Par contre, le jour où l'on retrouvera une France rayonnante, tolérante, respectueuse des spécificités et économiquement dynamique, alors les seuls vrais problèmes seront le développement, la lutte contre le chômage, la promotion de la meilleure forme de dignité pour les individus. Les DOM-TOM sont comme des lampes dont la clarté augmente ou pâlit en fonction de la force du générateur métropolitain. Dans une France retrouvée où « la seule querelle qui vaille» sera redevenue « celle de l'homme », nul n'aura plus à envisager un choix dramatique entre sa dignité et sa promotion sociale et économique. P.VERGES Secrétaire général du Parti communiste de la Réunion Député au Parlement européen D errière la façade d'un produit intérieur brut sans cesse croissant, d'un taux de motorisation équivalent à celui du Japon, d'un important parc de téléviseurs, se cache une croissance sans développement, le secteur tertiaire représentant plus de 80 % du produit intérieur brut (P. 1. B.), tandis que le secteur secondaire ne représente que 12 % et le secteur primaire près de 8 % de ce même P.I.B. Pour faire face aux maux engendrés par sa politique, l'ancien régime, alerté par sa d~faite des présidentielles de /974 à la Réunion, a organisé un d~f'erlement de crédits d'assistance dans le bUl d'assurer la survie de la grande majorité de la population. C'est ainsi qu'en /979, 300 000 personnes relevaient, à des degrés divers, d'allocations d'assistance. Parallèlement, afin d'assurer la pérennité de son pouvoir, l'ancien régime, au moyen de trucages, defraudes et de violem'es ouvertes, a méthodiquement imposé la mise en place d'un personnel politique à son entière dévotion, muselé et dévol'é les médias écrits ou parlés, et dénié tout droit à l'expression de l'identité réunionnaise. Bibliographie • La Réunion,' comhat pour l'autonomie, de Michel Robert, Editions L'Harmatian. • Quel avenir pour les Dom- Tom ? • Encore la France coloniale. • La Traite silencieuse. Préparés par le Collectif des chrétiens pour l'autodétermination des Dom-Tom, Editions l'Harmattan. Ce sont ces hommes, individus médiocres dont le sectarisme les condùit à adopter - .face au nouveau régime une altitude empreinte d'un inquiétant fanatisme, qui détiennent, seuls aujour' d'hui, la quasi-totalité du pouvoir politique. Du .fait de leur passé, de leurs attaches et des groupes de pression dont ils émanent, il est vain d'espérer de leur part une quelconque action en.faveur du développement de la Réunion. C'est à partir de ce constat que, dès le /2mai 198/, dans une déclaration rendue publique,le Parti communiste réunionnais déclarait qu'il était urgent de changer de politique et appelait à l'union desforces de gauche afin de créer rapidement, autour du point 58 (/) du programme du P~ésident de la République, une (f\'nanllque de changement axée toute entière sur le développement et susceptible de susciter une large adhésion populaire. La situation historique et sociale de la Réunion porte la marque de la lutte constante des Réunionnais pour affirmer leur identité, récupérer leur dignité, promouvoir leur culture et accéder à la responsabilité. Compte tenu de ces données, d'une part, des réalités économiques qui prévalent DIFFÉRENCES MAI 82 de nos jours et des objectifs visés par la loi de décentralisation d'autre part, il apparaÎt que l'application du point 58 du programl1J,t ~/L! Président ~/e I~ République, en ameliorant qualitatIvement les liens unissant la Réunion à la France, o/lrira à notre Île la possibilité de s'ouvrir au monde qui l'entoure a.fin de mettre en oeuvre de grands projets régionaux sur la base d'échanges économiques et culturels visant à la complémentarité et à la non-com'urrence. Réorienter, restructu[J'J-I'éconolÎlie réunionnaise, rééquimJrer la composition de son P.I. B. par une révision rigoureuse de la politique des revenus afin de déboucher sur une croissance réelle accompagnée d'un réel développement des ac" tivités de production, tout cela exige l'union des farces de gauche et la constitution - du .fait de la dynamique que susciterait une telle union - d'un large mouvement démocratique, reflet du vaste consensus nécessaire à la mise en oeuvre de cette politique nouvelle. C'est en donnant de telles perspectives aux Réunionnais que l'ensemble de la Gauche pourra, en l'espace d'une ou deux générations, prétendre remédier aux ravages causés par trois siècles de colonisation et, de ces.fléaux quefurent l'esclavage et l'engagisme, ainsi que du brassage de population qui en est résulté, dégager et développer, aujourd'hui, un aspect positif' en .faisant de la Réunion le point de convergence et d'enrichissement mutuel des grands courants de civilisation du monde. C'est dans la mise en oeuvre de tâches aussi nobles et porteuses d'avenir que les peuples de France et de la Réunion pourront oeuvrer durablement au mieux de leurs intérêts tant mutuels que respect!fs. (1) « Pour les peuples de l'outre-mer français qui réclament un véritable changement, ouverture d'une ère de concertation et de dialogue à partir de la reconnaissance de leur identité et de leurs droits à réaliser leurs aspirations. Entre autres, dans les départements d'outre-mer, institution d'un conseil départemental, élu à la proportionnelle et responsable de la vie locale de chaque département, avec consultation obligatoire avant tout accord international touchant à la région du monde où ils se trouvent. La loi déposée à ce sujet par le groupe parlementaire socialiste sera soumis au Parlement dès la prochaine session de la législature. » (1/0 propositions pour la France). NELK 1 NELKIN s.a. 226. rue Saint-Denis - 75002 PARIS Tél. : 233-74-01 - 236-87~4 fic e I· ~ e PRET A PORTER - Femme et Enfant 45 croissance j S ",,'"

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~,,:'--: Th~:' &%±m.è'Ii;~~ C~~""%%,'~~_.~'-O't'tI.Sff»u I* numéro spécial LA COOPERATION • des témoIgnages de COOPERANTS, ce qu'Ils retirent de leurs expérIences, les côtés posItIfs, les pIèges à éviter. • une réflexion sur la COOPERATION. Que penser de cette forme « d'aide»? Ses ambiguïtés. Son avenir. • une analyse de la nouvelle politique de la France en matière de COOPERATION. • des INFORMATIONS PRATIQUES pour ceux qui veulent partIr. Le n° 12 F. ABONNEMENT 1 AN: 120 F (avec 2 numéros spéciaux) croissance dt" .. u·unp., "lIoon., BULLETIN A RETOURNER A C.J.N.-DEV., 163, bd Malesherbes 75859 Paris Cedex 17 Règlement joint à l'ordre de C.J.N. nom ...... ................ ..... ... ... ......................... .... . adresse ... .................. ... ........ ... ... .. .. ............ .. . • désire recevoir le n° 237 (numéro spécial) 12 F 0 • s'abonne pour un an (comprend 2 numéros spéciaux) offre spéciale 12 nO: 120 F 0 La parole , a ... Leny Escudero Au début des années soixante, lorsque Leny Escudero, ex-ouvrier du bâtiment et des travaux publics, se produit sur la même scène que Johnny Halliday, le public sent déjà la différence. Différence de style, de sensibilité et... différence de démarche. Du coup les radios et la télévision l'ont vite oublié. Escudero laisse son métier de chanteur en 1965 pour participer à la construction d'une école dans un village africain. Il revient en France en 1967 et reprend, en autodidacte sa carrière d'auteur-interprète. ' Depuis, il a créé sa propre ~aison de disque « Malypense», du nom d'un de ses premiers succès. LIBRES PENSÉES Le racisme cela va très loin. J'englobe dans le racisme aussi le délit de « sale gueule ». Bon 1 Etant gosse, j'avais une gueule de coupable, tout le temps, et j'assimile ce délit à une forme de racisme. Mais il Y a tellement de trucs. Même dans la religion chrétienne 1 Par exemple, ton âme devient noire quand tu es méchant. Il y a des expressions qui sont devenues populaires, passepartout, comme ça, et çafait des dégats énormes. Quand on est môme, on peut entendre à la maison le père qui rentre et qui dit,' « J'ai travaillé comme un nègre aujourd'hui ». Ou l'expression « soûl comme un Polonais». Ça, c'est le racisme insidieux parce que l'on finit par croire que ce sont des paraboles. Il y a làdedans, et cela vient de loin, ce que l'on recouvre de « sagesse populaire», comme on dit " « Il n'y a pas de fumée sans feu ... » Un mec quifait bien l'amour ou qui peut faire l'amour souvent, on dit que c'est une bonne affaire, une fille c'est une nymphomane. Les différences servaient à la répartition des tâches. Par exemple, si l'on prend le microcosme de la société qu'estlafamille, mais pas la Famille telle qu'on l'enseigne. Moijeveuxparlerde la mienne, c'est-à-dire celle que je suis heureux d'avoir rencontrée, je les aime. Pas parce qu'on m'a dit ,'« Il faut aimer la famille », parce que, putain l, ils sont chouettes et je les aime fort. Là, les différences s'établissent. Si ma mère m'avait vu moi, quand j'étais môme, repasser une de mes chemises alors que j'avais quatre soeurs, je suis sûr qu'elle aurait fait un scandale. De la même façon, si elle avait vu une de mes soeurs porter un seau de charbon, une buche de bois très grosse, devant moi, elle aurait également fait un scandale en me disant,' « Comment, tu laisses ta soeur porter un seau de charbon». Parce qu'il y avait une répartition des tâches. D'un seul coup, il est arrivé une véritable révolution technologique qui a beaucoup plus libéré lesfilles que les hommes, pour l'instant, parce que cela a plus facilement libéré la cuisine que l'usine. Et pour les gens comme moi, qui ont éré élevés dans cette nécessité, imposée par la différence sociale, je dirais pour un pauvre, c'est plus difficile aujourd'hui de comprendre, de s'adapter à cette révolution que pour un riche qui la subira moins parce que, chez lui, il n'y eut jamais la nécessité de répartition des tâches. Cette différence-là est une différence inacceptable, la pauvreté. Même pour ceux qui sont un peu moins pauvres. Un réfugié qui arrive avec des bagages Vuitton, c'est un touriste. On l'accueille bien. Mais un réfugié qui arrive avec la misère devant et derrière lui, même celui qui est un peu moins pauvre, il a peur. Jamais des pauvres ne penseront réellement que quand il y a d'autres pauvres qui arrivent ce sont les riches qui vont partager un peu avec les pauvres. Au fond d'eux-mêmes, il y a quelque chose qui leur dit que c'est eux qui vont avoir encore à partager, et il yale constat quifait que c'est comme ça. Les différences biologiques, entre les garçons et les filles, font qu'il doit y avoir un éternel antagonisme. Je ne sais comment l'homo sapiens s'est démerdé. Enfin comment, au début, pour qu'il y ait un mâle et une femelle mais, putain l, qu'est-ce qu'il afait 1 Il en a pris un dans une planète et l'autre dans une autre. Parce qu'alors là, vraiment, nous sommes différents. En tous les cas, il y a une chose que je pense, c'est que ces différences là pèsent moins lourd que le tronc commun. Nous avons beaucoup plus de choses, nous les êtres humains, en commun, je veux dire semblables, ce qui n'empêche pas d'avoir des différences quand même. Je ne dit pas que c'est négatif. Je dis que nos sociétés font que ces différences sont souvent perçues comme des angoisses, comme des craintes, comme des peurs de l'autre. C'est bien évident qu'elles pourraient être enrichissantes, pour une espèce de grand brassage de cultures, d'idées. 46 Recueillies par Véronique MORTAIGNE Spécificité « .le suis désolée de ne pouvoir accepter de renouveler mon a bonnement à un journal sorti au lende" main de Copernic et dont les articles ne reflètent pas les le('ons. .le ne puis me reconnaître pour l'essentiel dans l'esprit d'un journal qui met sur le même plan les docteurs na7.is et le peuple américain (quels que soient les scandales de la politique américaine) : votre mise en page du dei'nier n') 9 est choquante. La lutte anti-raciste est spécifique et ne saurait s'accommoder de propagande, fut-elle anti-américame. En outre, s'il était rassurant de voir dans ce même nn 9 un Israélien ouvert à la cause palestinienne (il y en a plus d'un dans ce pays), le point de vue palestinien suivant ne faisait pas montre d'une élégance morale identique, ainsi le double volet était inobjectif ». Laure FRESNAU 38170 Seyssinet-Pariset Droit à l'égalité J'apprécie votre revue mais je vous mets en garde contre le danger du mot d'ordre druil à la difference . .le préfère le droit à l'égalité ... ou l'égalité des droits. et je reste fidèle à l'universalisme dès LUlllières. Dr SHAPIRA 75005 Paris « Ils sont beaux ! » Actuellement passe à la télévision une série qui enthousiasme toute notre famille, La légende des chevaliers aux 1 Og étoiles. C'est une épopée chinoise, comme La Chanson de Roland est notre épopée. D'un côté, on trouve les gentils et de l'autre les méchants, stupides ' ou bien évidemment perfides. Moi-même, je suis sensible à la beauté des décors, des costumes, et secrètement, des acteurs chinois dont j'ai découvert que les visages étaient beaucoup plus expressifs que je ne croyais a priori. Et c'est ma petite soeur qui a exprimé ouvertement ce que chacun de nous ressentait: « Tu sais, MalIIan. les Chinois. ils soI1f heaux. Mêllle Kao (le chef des méchants) je le lroul'e heau .'" Soyons attentifs aux remarques des enfants qui sont encore dépourvus de préjugés et pour lesquels « une lêle de lIIéchanl» n'existe pas. Tant que nous ne leur imposons pas notre comportement d'exclusion de l'étranger. Bruno BERNARD 75013 Paris PATATRAS! En général. j'approuve Differences pour son originalité dans l'ap~roche des événements et des problèmes. On y lit « aul/'e chose» qu'ailleurs. Par exemple. j'ai trouvé remarquable le dossier sur le Proche-Orient (en mars)confrontant les points de vues d'un générai israélien et d'un responsable palestinien. Bravo! Mais, patatras! Dans le numéro d'avril, je tombe sur une page en couleurs présentant « Tribunejuive », hebdomadaire que je ne connais pas. mais dont on devine par cette publicité l'orientation à cent pour cent pro-israélienne. Voilà l'équilibre ... et le charme rompus! .le sais bien qu'un journal nechoisit pas la publicité. et que celle-ci l'aide à vivre. Mais garde7.-vous de donner, même sous cette forme. l'impression d'une quelconque partialité, surtout dans des questions aussi délicates. THÉRÈSE "-ï.l:.ïNMAN Marseille Déchiré et vilipendé J'ai pu apprecler - comme aqonnée -la qualité et la pertinence du mensuel Différences. Il me semple que les démocrates disposent ainsi d'un outil de lutte contre l'indifférence, l'ignorance devant ses pratiques racistes que l'on a eu tort de cantonner et énumérer une bonne fois pour toutes dans les pratiques nazies. Cela est très sensible à l'école où, pourtant, les jeunes gens d'origines diverses vivent ou connaissent les racismes quotidiens. Aussi ai-je demandé que mon établissement, un .LEP de St-Etienne, s'abonne à I?if(érences. Ce qui a été fait. Cependant, Différences n'est pas parvenu au centre de documentation du LEP auquel il était destiné, retenu par le chef d'établissement qui a déchiré le dernier numéro et vilipendé son contenu lors d'un conseil d'établissement. Cela confirme Différences dans sa mission et montre qu'il reste beaucoup de travail à faire dans l'Education nationale! (en principe pluraliste et laïque). Trop peu de gens connaissent Différences pour le soutenir et, avec lui, l'antiracisme sous toutes ses formes. Ainsi, au conseil de l'établissement, il n'a pas trouvé les appuis, chez les élus, enseignants, parents, élus municipaux, administration, dont légitimement il devrait bénéficier. Je vous demande s'il est possible de me faire parvenir quelques numéros de Différences que je pourrai diffuser ... Mme FLANDIN 42100 St-Etienne Un choix heureux Ces quelques lignes simplement pour vous dire combien j'ai apprécié, dans le numéro 9, mars 1982, de Différences, le dossier intitulé: « Israëliens et Palestiniens, deux voix pou; la Paix». ~h, si seulement beaucoup de Journaux ou de revues avaient opté, pour parler de l'actualité du Proche-Orient, remise en première page pour le voyage de Mitterrand, pour une telle perspective ( ... ). J'ai trouvé remarquable votre façon de présenter la situation ... et les tensions qui existent là-bas, et dont nous voyons aujourd'hui même les manifestations les plus extrêmes ( ... ). Les personnalités interviewées, tant Matti Peled que le Dr Hamzeh, sont connues et respectées de tous ceux qui partagent le souci de la Paix en Palestine. Il n'y a plus ensuite qu'à apprécier également la présentation parfaitement équilibrée des deux points de vue et la valeur d'information des encarts, qui mettent en relief, brièvement mais clairement, les principaux points d'affrontements et de tensions ... Jacques LHABITANT 57000 Metz BANKALEMENT VOTRE LE NUMERO: 12 F ABONNEMENT 1 AN : 60 F 36, rue des Haies 75020 PARIS 47 DIFFÉRENCES MAI 82 Linda de Suza ou le message de l~ résignation Les travailleurs immigrés portugais sont victimes d'une importante discrimination culturelle. Les causes de cette discrimination sont, à mon avis, d'une part la méconnaissance, en France, de la culture portugaise, d'autre part une assimilation qui est faite de la culture portugaise avec la culture espagnole. Cette dernière, pour des raisons historiques, géographiques et culturelles, prime très largement et souvent au détriment de la culture du Portugal, mon pays, qu'on appelle souvent en France, le « Sud de /' Espagne ». Aussi, la communauté portugaise a beau être la plus importante de France, 900000 personnes environ, elle n'exprime pas pour autant sa richesse culturelle traditionnelle ni l'immense mouvement culturel issu de la révolution d'avril 1974 et qui continue à se développer. En général, on ne reconnaît pas leur différence aux Portugais, notamment vis-à-vis de la culture espagnole et on les prive ainsi des moyens nécessaires à l'expression de leur identité culturelle. La reconnaissance de cette culture originale et riche comme toutes les autres ne peut être limitée au « phénomène » Linda de Suza ou à une approche de la culture portugaise à travers le seul «fado ». . Je pense qu'il est urgent de traiter de façon équitable la culture portugaise en général, pour pouvoir offrir aux travailleurs immigrés portugais une autre perspective que le choix entre l'assimilation ou le ghetto. C'est pourtant la situation actuelle des travailleurs portugais en France, avec ce que cela comporte comme difficultés pour l'affirmation de la personnalité. Avec des conséquences politiques importantes, notamment sur la question de la résignation, sur le phénomène de l'immigration lui-même, qui déchargent les gouvernements respectifs de leurs responsabilités à trouver des solutions pour renverser la tendance. En dehors de toute critique sur ses qualités (je la trouve par ailleurs très bonne interprète), Linda de Suza est, je crois, le produit lancé par les patrons de disque (avec la vision culturellement étroite qui les caractérise) pour conquérir un marché potentiel et inexploité de 900 000 Portugais, tout en faisant, en même temps, jouer la corde du paternalisme. Linda de Suza représente aujourd'hui, pour les travailleurs immigrés portugais, la justification d'une éventuelle assimilation tranquille, du fait même du créneau qu'elle occupe, c'est-à-dire celui de Amalia Rodrigues /fado qui s'est toujours caractérisé par le message de la fatalité et de la résignation. Il a d'ailleurs beaucoup servi à l'époque du fascisme et il est loin d'être représentatif de tout ce qui se fait aujourd'hui au Portugal. Cette situation donne, en France, une image exagérée du mélancolisme portugais et déforme la réalité culturelle du pays. Elle ne stimule pas une expression plus diversifiée de la culture portugaise. Je pense également que la censure de la culture portugaise par les médias correspond à un total mépris de la France envers un pays ami et envers des milliers de Portugais qui travaillent en France. Elle laisse des millions d'autres travailleurs dans la méconnaissance de la culture d'une communauté qu'ils côtoient tous les jours. Le lancement de Différences a app,orté quelque chose de nouveau dans la réflexion sur la question du racisme et du droit aux différences. De ce point de vue, je crois que D([(érences a atteint son objectif ( ... ). Je tiens à dire (en pesant mes mots) que la disparition de D([férences serait un sérieux recul du combat antiraciste. Aussi, autour de moi, je fais lire mon D([férences et j'essaie de provoquer l'abonnement. José MACHADO 750/8 Paris LES BONS DU TRESOR disponibles dès la ri" ifuj-mois 89, bis rue Lauriston 75116 Paris Mét .. 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(Rens. : Associalion cullurelle, 1 rue de l 'Ahre ul'oir, 78 190 nappes, lé/. 061.84.38). 5 mai • Le Comité de défense des prisonniers politiques irlandais, à l'occasion du premier anniversaire de la mort du premier des grévistes de la faim, Bobby Sand s, après 66 joursde jeûne. inviteà un rassembiement il 17h30 devant l'ambassade de Grande-Bretagne. (Rem. : 586.36.31). • Ccntre Georges Pompidou: Projection-débat EI'kiJ}1O AmJ} llIs.wlik avec Jean-François Le Mouel. ethnologue. chercheur au CNRS. En liaison avec l'exposition ü 'kiJ}1O auiourd'hui ouverte jusqu'au 31 ma~. 5-18 mai • Quinzaine du cinéma antiraciste- organisée à Marseille par le MRAP. Une vingtaine de salles accueilleront une trentaine de films dc E. Kazan, Sembéné Ousmane. R. Yoong, S. Kramer. Y. Boisset. Merzak Allouache. .1. Rouch. Med Hondo, etc. Des débats centraux auront lieu les 6 et 7 mai, d'autres suivront les projections dans les centres sociaux et 'Ies Maisons de la jeunesse. (Rens. : ,omilé M RA p, 34 rue de Ti/sil, lél. 47.63.74). 7-27 mai • Exposition d'artistes du Tiersmonde résidant en France (peintureS. sculptures, gravures, etc.) organisée par l'Union chrétienne des jeunes gens de Paris. Une vingtaine de pays représentés avec le concours de 105 artistes. (Rem. : LlC J Ci, 14 rue de Trél'ise, 75009 Paris). 8 mai • La fête nationale sera marquée par diverses cérémonies auxquelles participeront des délégations étrangères d'anciens combattants. L'exposition nationale de la déportation sera ouverte jusqu'à cette date. La cinémathè'que du Palais de Chaillot présentera quotidiennement des documents évoquant la vie et les combats des déportés. Dans un communiqué, l'Union des femmes françaises (15 rue Martel, 75010 Paris) souhaite « que .1' 'exprime en ce 8 mai 1981, la l'Olollléféminine de l'il're dans un momIe plus jus le, paci/ïque, où seraiel1l respectées la d(r;nilé, la liherté de chaque êlre humain ». 8-9 mai • Congrès du M RAP (Bourse du travail. 29 bd du Temple, Paris). L'après-midi du 8, à 14h, exposés et débats: immigration et nouvel ordre économique mondial; racIsme et néo-nazisme aujourd'hui; la France, société pluri-culturelle. Soirée culturelle internationale. (Rens. el i/ll'iwlion: M RA p, 89 rue Oherkampt: 75011 Paris, lél. 806.88.(0). 9 mai • Le Comité national d'action laïque organise, de Il h à 23h, une fête nationale au Parc des expositions du Bourget sur le thème liberté / laïcité. Au programme, diverses vedettes, manèges, bal antillais, etc. (Rens.: 831./1.45'- 367.48.14). • D~jeuner de l'Amicale des Juifs anciens résistants, à 12h, salle Makarenko à Vitry. 9 mai • Mémorial Frantz Fanon organisé par un comité préparatoire que coordonne Josie Fanon et que soutiennent quelques cent cinquante personnalités d'une quinzaine de pays. De 10h à 20h, animation et conférence- débat. Gala en soirée. Palais des Glaces, 37 rue du Fg du Temple, 75010 Paris. Location pour le gala à partir du 2 mai. 12-13 mai • Le groupe chilien I.Cis Jail'as présente, au Palais des Glaces, son dernier travail musical inspiré des poèmes de Pablo Neruda. (Relis. : J 7 rue du Fg du Temple, 75010, lél. 607.49.93). 13 mai • Centre Varenne, soirée-débat à 20h30: Femmes, facteur d'évolution. Le 27 mai: Des pays où l'Is- L'ë/ëgance dans~ le sport JACQ1)ES D'ARS •••••••••••••••••••• 1 , nue d'Hauteville 15010 P f\RIS rd 49 lam cohabite avec d'autres cultures. (Rens. : 18 rue de Varenne, 75007 Paris, lél. 122.IS.56). 13-14 mai • Le logement des immigrés en France. Journées d'étude et de réflexion organisées par l'Observatoire des migrations internationales dans la région Nord-Pas-deCalais. Le secrétariat d'Etat à l'immigration, divers centres du C.N.R.S. et l'Etablissement public régional assurent leur concours. (Rem.: 0. M. I. N. 0. R., 1 rue Franç'ois Baës, 59046 f.il/e Cedex) 14 mai • L'Amicale des anciens déportés juifs de France, internés et familles de disparus (A.A .D.J .F) commémore le 41 anniversaire de la création des premiers camps d'internement en France, à 16h, salle A.G. Kenig, 14 rue de Paradis, 75010 Paris. Dimanche 16 aura lieu le pélerinage à Pithiviers et à Beaume-IaRolande à 10h et Il h30 sous le patronage de M. Jean Laurain, ministre des Anciens combattants. (Rens.: 14 rue de Paradis, lé/. 770. 64.S3). 15-16 mai .4 Fête sans /i,J/llière de Bonneville (Haute~Savoie) organisée par la Commission immigré, le comité des fêtes, le foyer des jeunes et les communautés d'immigrés: exposition, information, dégustation, musique, chants, danses. DIFFÉRENCES MAI 82 (Rem. : l'II mairie, lél. (50) 97.00.14). 17-23 mai • Festival de jazz d'Angoulême. A cctte occasion, le Centre martiniquais d'animation culturelle présentera les orchestres Fal Frett et Difé ainsi que le pianiste Chyco Gehelman ; sous l'égide du S. E. R. M.A.C. (municipalité de Fort de France), l'orchestre Pakatak et neuf stagiaires de l'Atelier SteelBand. 19 mai • Centre Georges Pompidou. dans la série cinéma-document: Portugal, 25 lII 'ril et VII allnil'ersaire. Le 26 mai: I.es murs d'wle rholulioll, Falima, le Portugal à genoux et I.es oeillels rouges d'lII 'ril. 22 mai • Deuxième édition à la Seynesur- Mer de « Seyne V.O. ». Jusqu'en juillet, expositions, présentation de livres, théâtre, concerts, peintures .. . Du cinéma du Maghreb au cinéma italien. (RelIs. : mairie, lél. (94) 94.IS.fJj). 24 mai • La Coordination des femmes veut faire de cejour,justeavant la 2" session spéciale de l'ON U sur le désarmement, une journée d'intervention des femmes pour la paix-actions décentralisée laissées à l'initiative locale. (Relis. : les l'elldredis à flarlir de 18h30, MaisCiIl cie quartier PFA, 7 rue des Fêles, 75019 Paris, lé/. 109.93.11). Livres et liberté 1) « LES GRANDS REVOLUTIONN AIRES ». 8 volumes magnifiquement reliés et illustrés, présentant l'action et la pensée d'hommes et de femmes tels que Marx, Louise Michel Bakounine, Schoelcher, Jaurès, Blum, Dubcek: Allende, etc_ 2) « FEMMES & SOCIETE ».7 volumes montrant l'importance et le rôle de la femme dans· l'évolution de la société depuis 150 ans. Demandez une information gratuite en retournant le coupon ci-dessous aux EDITIONS MARTINSART, 58, rue des Capucins 41200 ROMORANTIN NOM _ ......... PRENOM ADRESSE ....................... " ........... , ..................... CODE POSTAL ....... . Désire une information sur LES GRANDS REVOLUTIONNAIRES FEMMES & SOCIETE Date ...................................... Signature ........ . Humeur DIFFÉRENCES MAI 82 UN HUMOUR JUIF. .. ~ ~ DECHAINE hlomo Reich, auteur des S Pensées d'un Juif déchaÎné, est, certes, bien plus qu'un virtuose de l'humour, spécialité judéo-israélienne qu'il manie pourtant de première main', au gré des aphorismes détonants - du doux-amer au vitriol - qui composent ce livre. Ce poète et romancier, installé en Israël depuis 1961, Y a été, pas seulement par l'écrit, l'un des meilleurs . activistes de cette authentique contestation de gauche allant des Panthères noires au Sheli. C'est pourquoi l'arme de l'humour, aussi virulente et critique soit-elle parfois, sous sa plume, vis-à-vis de son peuple, ne procède en rien de la volon- Nous somme.I' II' seul peuple à qui on a cousu une étoile sur la poitrine. et certains doutent encore de notre origine céleste.

Israël n'a jamais été un état. /1 a été et restera un état d'âme. , * Les meilleurs funamhules israéliens savent que lefilet est dl' fahrication palestinienne.

L'antisémitisme doit être une invention juive. La preuve: ça marche très fort.

Sadate en un seul vol a suspendu le temps.

Dès /'itge du fer, les Ju(f. ... étaient déjà hlindés.

Israël pr~fëre qu'on /"aime déraisonnahlement plutât que pour de vraies raisons.

Cent millions d'Arahes veulent nous jeter à la mer, et nous n'avons même pas un champion ofl'mpique de natation.

Les Juif.i·, toute la vie, ont voulu hâtir un monde meilleur. AujoU/:d'hui, ils cherchent comment fuir le meilleur des mondes.

1.1'.1' Juif.i' honteux ont disparu. Forte rémmpense .. .

L'Amérique est /"oeil électronique qui mesure la vitesse avec laquelle le Moyen-Orient avance l'ers la paix. Sa fortune provient des amendes payées pour excès de vitesse.

Quand un Palestinien éternue, l'Israélien n'ose pas lui dire « à vos souhaits» car cela pourrait être « l'an prochain à Jérusalem ».

50 té de dénigrement. Il suffit d'approcher Shlomo, avec sa barbe de prophète, son rire clair et chaleureux, pour deviner en lui l'un de ces humanistes dont la lignée, de Buber à Goldmann, semble aujourd'hui en voie d'extinction en Israël. Et· si son humour, toujours savoureux, est souvent grinçant et décapant, c'est qu'il reflète les espoirs déçus de l'écrivain qui avait cru pouvoir miser sur l'avènement d'une certaine fraternité israélo- palestinienne. Au demeurant, la dimension du propos dépasse le politique et on s'en apercevra à travers le choix (1) ci-dessous de quelques unes des pensées d'un Juif... plus déchiré que déchaÎné. J.L De peur qu'une proposition sul/ise, l'Israélienfait des phrases.

Je n'ose pas concel'oir un homme moitiéjuit'II/oitiéllrahe. On ne saurait jamais par quel hout le /Irendre.

Le match du siècle opposera Israë'! et la Dias/lora. Mais à la mi-temps, les deux équipes l'l'fi/seront de changer de terrain.

Si Dieu nous surprenait al'ec tous ces A rahes aUlOur de nous, il ne nous adresserait plus la parole.

Deux injustices ne font pas une justice, II/ais au MoyenOrient, deux .j ustices .f ()J1t hien* une in'j ustice. Les Juif.i· se moquent d'eux-II/êll/es parce qu'ils .l'(II'ent que les autres le font asse:: II/al.

Israël ne cultive pas .l'es Arahes. /Iles tral1.lplante.

Que les pays arahes veuillent la II/ort d'Israë'!, rien dl' plus naturel. Mais qu'ils insistent pour que /"enterrell/ent se passe selon le rite II/usulman, c'est un peu exagéré.

La preuve que le mot paix (çhaloll/) a encore une signification, c'est qu'on /"utilise pour dire plutâ,. au revoir qu'adieu.

Les maisons des r~fi/giés palestiniens .l'ont hâties en terre .l'èche et de larmes. Un jour, la même terre redeviendra t'ertile et 11'.1' II/êll/es larll/es hatiront des II/aisons envahies de· .\'Oleil. Extrait de « Les pensées d'un Juit' déchaÎné » (1) Publié avec l'aimable accord de l'éditeur Glancier Guénaud. 4 av. de l'Opéra. Paris, où l'on peut également commander le livre (4!l F. franco de port). Préface de Jean Lacouture. - PUBLICITE Quelques huit cent mille travailleurs marocains vivent en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en République fédérale allemande. Prolongeant le Moussem, cette cérémonie annuelle très populaire au Maroc, leurs organisations notamment l'Association des travailleurs marocains en France (AMTF), ont adapté la fête au lieu où ils vivent. Ouvert en 1980 à Argenteuil, poursuivi l'an dernier à Bruxelles, le Moussem se déroulera cette année à Amsterdam les 29 et 30 mai 1982. Toute la richesse et la diversité de la culture populaire marocaine l'animeront. Y participeront également des troupes musicales et théâtrales des pays arabes, africains et européens. Quatre forums permettront d'aborder les principaux problèmes auxquels l'immigration marocaine fait face. RENSEIGNEMENTS: ATMF, 36, RUE. P.-VAILLANT-COUTURIER - 92230 GENNEVILLIERSTEL.

791 3222 TOUS LES JOURS DE 14 HEURES A 20 HEURES

jean·marc théoUeyre LES IIEO-NAZIS

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