Différences n°0 - décembre 1980

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Sommaire

Sommaire du numéro

n°0 de décembre 1980

  • Edito: faire vivre Différences
  • Actualité: le mois
  • Événements:
  • Tigana: le racisme des stades, interview par J.L Sagot-Duvauroux et J.F. Mesplede
  • Amiens: la chanteuse yiddish devant les immigrés; réserve, intérêt, séduction
  • Le Ku Klux Klan prépare-t-il la guerre des races? Couvre feu sur Atlanta
  • Le GRECE était au forum nazi
  • Qu'est-ce qui fait courir Faurisson? par Pierre-André Taguieff
  • Afrique du Sud: une tournée de rugby signée Ferrasse; battu mais content
  • Genevilliers, banlieue rouge: les angoisses du maire par Jacques Dupont
  • Point chaud: La grogne des flics antiracistes par Corinne Lenfant
  • Débat: Antisionisme, une forme d'antisémitisme? Interventions de H. Hajdenberg, C. Bourdet, L. Poliakov, H. Alleg, F. Gremy
  • Nice: un climat de fascisme discret par J.P. Giovenco
  • Tawantinsuyo mon Pérou par Mario Chocuchuanca
  • Connaître les Tsiganes, dépositaires de l'horizon dossier réalisé par Robert Pac
  • Expression: Jean Ferrat à l'heure du "Bilan" propos recueillis par L.A. Girault de Coursac
  • Réflexion:
    • Quelle différence? entretien avec Albert Memmi par Martine Gozlan
    • Pauwels, la M... et le diamant par Albert Jacquard
    • Tous les juifs ne s'appellent pas David par Jean-Claude Charles
  • Hier: les rois mages par le R.P. Patrick Jacquemont
  • Tribune: dialogue avec Albert Levy

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1 80 /1.' ° 0 • Mt::N.\'UEI. • CommISSion pon/a;", en cours ' /1 numfros par an. , Edito FAI Parce que les bombes des racistes ont tué, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour crier leur indignation, pour exprimer leur volonté d'oeuvrer à l'amitié entre les peuples. La voix de ces femmes, de ces hommes est multiple mais convergente. Elle est combative mais réfléchie. Elle s'inscrit dans les traditions du pays mais est ouverte à l'initiative. Elle tire sa force de l'expérience quotidienne: vivre ensemble, c'est possible et c'est bon ! La voix de ces femmes, de ces hommes, c'est aussi la réponse de tout un peuple face aux idées de haine et de mépris qui disposent, malheureusement, d'impressionnants moyens de diffusion. Cette voix doit pouvoir porter plus loin, plus avant, plus profond. Si vous le voulez, si nous le voulons, ensemble, construisons-la en faisant vivre SON journal: "DIFFERENCES" ! Simone de BEAUVOIR, écri vain: Pierre BOURDIEU , sociologue; Clara CANDlANI, journaliste; Aimé CESAIRE, écri va in ; Marie-José CHOMBART DE LAUWE, maître de rech erche au CN RS, co-Présidente de l'amicale de Ravensbrück; Alain DECAUX, de l'Académie França ise; Michel DRACH, cinéaste; Marie-José NAT, comédienne; Jean-Daniel SIMON, cinéaste; André DUMAS, pas teur; Henri FAURÉ, Président honoraire de la ligue de l'E nseignement ; Jean FERRAT, Auteurint erprète ; Professeur François GREMY, Président du MRAP ; Monseigneur Guy HERBULOT, Evêque de Corbeil ; Jean HIERNAUX. Directeur de recherche au CNRS ; Georges HOURDlN, journ aliste ; Viviane ISAMBERT-JAMATI. sociologue

Albert JACQUARD, généticien ; François JACOB, Professeur au Collège de

France, Prix Nobel ; Pierre JOXE, Député; Alfred KASTLER, membre de l' Instit ut , Prix Nobel ; Jean KERCHBRON, producteur-réalisateur de T. V. ; Michel LEIRIS, écrivain; Albert LEVY. secrétai re généra l du MRAP ; Jacques MADAULE, éc rivain

Colette MAGNY, chanteuse; Albert MEMMI, écrivain ; Anna MERLE

D'AUBIGNE, Alex METAYER, comédien ; Théodore MO OD, membre de l' Insti tut

Henri NOGUERES, Prés ident de la Ligue des Droits de l'Homme ; Charles

PALANT, Vice-Prés ident du MRAP ; M' George PAU-LANGEVIN , Vi cePrésidente du MRAP ; Gilles PERRAULT, éc rivain; Jean PICART LE DOUX, artiste-peintre; Abbé Jean PIHAN , Vice- Président du MRAP ; Laurent SCHWARTZ, mathématicien ; Francesca SOLLEVILLE, chanteuse; Jean SURETCANALE, historien; TALlLA, chanteuse ; Alain TERRENOIRE, Ancien Dép uté; Victor VASARELY, a rtiste plasticien ; VERCORS, éc ri vain; Pierre WERTHEIMER, Professeur de Médec ine ; André WURMSER, écri vain ; WOLINSKI, dessin ateur

lannis XENAKIS, compositeur ; Bernard ZEHRFUSS, archit ecte.

Pour vivre, DIFFERENCES a besoin de vous. Prenez un abonnement-fondateur Faites en prendre autour de vous. ABONNEMENTS-FONDATEURS 1 an : 140 F ; 6 mois : 75 F ; abonnement de soutien : 200 F ou plus ; abonnement d'honneur : 1000 F. (Etudiants et chômeurs: 120 F ; 6 mois: 65 F ; photocopie de la carte d'étudiant ou de la carte de pointage demandée). A l'étranger : 170 F. A renvoyer à DIFFERENCES, Sté droit et liberté, 120, rue Saint-Denis, 75002 Paris, CCP .- SARL droit et liberté, 9239-81 Paris. 3 VIV ••~ N -OM- ------------P-rén-om- --------- • Adresse ____________________________________________ __ • • Profession . -------------------- • Je m'abonne pour: 1 an / 6 mois, Je verse __________________ _ .--------------------------- • NOM Prénom • Adresse ____________________________________________ __ •• • Profession Je m'abonne pour: 1 an /6 mois_ Je verse __________________ _ --------------------------- NOM Prénom Adresse ____________________________________________ __ ____________________________ Profession Je m'abonne pour: 1 an / 6 mois, Je verse __________________ _ --------------------------- NOM Prénom Adresse ______________________ _ Profession Je m'abonne pour: 1 an / 6 mois, Je verse __________________ _ --------------------------- •• N OM Prénom • Adresse ______________________ __ : ______________ Profession • Je m'abonne pour: 1 an / 6 mois, Je verse __________________ _ .--------------------------- • NOM Prénom 1 Adresse ______________________ __ •• • __________________________ Profession Je m'abonne pour: 1 an /6 mois. Je verse __________________ _ 1 _____ ---------------------- 1 NOM • Prénom Adresse ____________________________________________ __ ____________________________ Profession Je m'abonne pour: 1 an /6 mois. Je verse __________________ _ --------------------------- NOM Prénom Adresse ______________________________________________ _ Profession Je m'abonne pour: 1 an/ 6 mois. Je verse __________________ _ Le bon sens cest un métier. Dans toutes les petites villes de France, il ya un boulanger, un médecin, un maire et un homme du Crédit Agricole. Dans chacune de ces villes, ils oeuvrent, chacun à leur niveau et avec leurs moyens propres, pour le bien-être de la communauté. Quand il s'agit de construire une crèche ou de nouveaux équipements, la tâche est partagée. Pour sa part, le Crédit Agricole participe souvent au financement. C'est sa mission comme c'est son métier de vivre au coeur de chaque région pour mieux répondre à ses besoins. CRÉDIT AGRICOLE Le bon sens près de chez vous. Sommaire 'tJilll 7 ZlJU~ Différences nO 0 mensuel 120, rue Saint-Denis 75002 PARIS Directeur: Albert LEVY Rédacteur en chef: J.-L. SAGOT-DUVAUROUX Différences a été créé à l'initiative du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) pour développer dans l'opinion publique l'information et la réflexion contre le racisme. 10 18 22 24 30 36 41 48 52 54 57 61 62 Actualité LE MOIS Actualité EVENEMENTS • Tigana : le racisme des stades • Qu'est-ce qui fait courir Faurisson ? • KKK : "la guerre des races" ! • Cité-ghetto Actualité POINT CHAUD • Des "flics" antiracistes En débat ANTISIONISME Régionale NICE Le Pérou raconté par un Indien Connaître LES TSIGANES Exp-ression LFERRAT A L'HEURE DU "BILAN" Réflexion QUELLE DIFFERENCE? Hier LES ROIS MAGES Demain AGENDA Tribune DIALOGUE AVEC ... ALBERT LEVY Mots croisés Humour 5 e dire venez -découvrir notre collection excl Automne • Hiver· 1980 Brochure PRONUPTIA sélections à retirer dans le magasin le plus proche de ch ou envoi contre 8,20 F en timbres à PRONUPTIA 93107 MONTREUIL LE MOIS DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980


. damnées pour insultes racistes à 20 OCTOBRE 3 NOVEMBRE

100.000 CONTRE LE RACISME A BRUXELLES 100.000 personnes défilent à Bruxelles à l'appel du Comité de coordination des organisations juives de Belgique et de la Ligue belge des Droits de l'Homme pour protester contre la renaissance du racisme et du fascisme. • Bonn. Une vingtaine d'organisations antiracistes demandent l'interdiction du congrès du NPD (parti néo-nazi) . • Youssef Sassi, 24 ans, Français d'origine tunisienne, illégalement expulsé le 28 juin 1979, peut revenir en France. Son avocat a obtenu un sursis à exécution de l'arrêté d'expulsion dont il avait été victime. 24 OCTOBRE • "Vive Hitler", "Nous haïssons les juifs". Ces inscriptions décorent la salle où se tient le banquet annuel des étudiants afrikaners de l'université de Pretoria (Afrique du Sud). Les maîtres d'hôtel sont déguisés en SS. Le banquet se termine par le discours d'un étudiant grimmé en Hitler. 25 OCTOBRE TROIS AFRICAINS TUES AU CAP Trois Africains, dont 2 enfants de 12 et 14 ans, sont tués par la police au cours d'incidents survenus dans la banlieue du Cap (Afrique du Sud). 26 OCTOBRE • Journalistes et manifestants empêchent la tenue d'une conférence de presse néo-nazie à Bruxelles (Belgique). • Les gardes mobiles interviennent à Douai contre "Radio Quinquin". Des militants de la CGT qui défendent leur poste émetteur constatent qu'un des représentants des forces de l'ordre arbore des insignes nazis. Le chef de corps doit le faire évacuer. SENNA A G. ZAMBONIISENEPART 27 OCTOBRE • Le "Littoral de la CharenteMaritime" est condamné pour provocation à la discrimination raciale. Le MRAP obtient 1 500 F de dommages et intérêts et l'Etat 1 000 F d'amende . L'auteur de l'article se voit infliger un mois de prison avec sursis. 28 OCTOBRE UN RESPONSABLE DU P.F.N. CONDAMNE POUR RACISME On apprend qu'un Algérien est devenu définitivement fou après les tortures qui lui ont été infligées sur une plage des environs de Bordeaux par trois hommes. Il aurait manqué de respect à la femme de l'un d'entre eux. • Le président de la Fédération de l'Est du Parti des Forces Nouvelles (extrême-droite) est condamné à 10 000 F d'amende. Il avait diffusé un tract incitant à la haine raciale contre les immigrés d'un quartier de Strasbourg. Deux autres personnes sont con· l'encontre de clients juifs. 29 OCTOBRE • A Marseille, deux lycéens sont attaqués par quatre jeunes gens aux cris de "sales juifs". • Un étudiant juif blessé à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris: les militants du "Fer de lance solidariste" n'admettaient pas qu'il distribue des tracts devant l'établissement. 30 OCTOBRE • La voiture d'un médecin juif explose devant son domicile de Montrouge. Deux inconnus avaient déposée une bombe sur son capot . 30 OCTOBRE • Des municipalités communistes prennent position contre la formation de ghettos et la venue de nouveaux immigrés dans leurs communes. Une polémique s'engage dans la presse. • Les mineurs marocains du Nord demandent les mêmes droits que les Français; Après un jour de grève, ils obtiennent satisfaction. LA LONGUE MARCHE DES INDIENS • Afrique du Sud : un blanc est condamné à 400 rands (2 500 F) d'amende pour avoir tué un Noir qui aurait insulté sa femme . Un Noir est condamné à 3 ans de prison pour vol de voiture . • Les services des douanes saisissent un lot de bibelots nazis au marché au puces de Metz. • Deux anciens SS accusés de l'assassinat de 21 détenus dans un camp annexe d'Auschwitz sont acquités, en RFA, "faute de preuves". Ils seront indemnisés pour les années de détention préventive . • Après une grève de la faim entamée le 22 octobre, 4 étudiants marocains ont été finalement admis à l'université de Picardie (Amiens). 23 autres attendent une décision analogue. 4 NOVEMBRE LE BRIGADIER ET LA PHOTO D'HITLER On apprend que le brigadier Kayser, principal témoin dans le procès qui fit condamner un jeune D' AMERIQUE AS"·r~T Une centaine d'Indiens arrivent à ff~dl\&tfifl Washington. Ils ont traversé les .'r·. Etats-Unis à pied, depuis San Francisco, pour protester contre les discriminations dont ils sont 7 r·::::::::: ::::::...... ::: ::: ::~~ ~ LE MOIS DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 homme après les incidents qui suivirent la manifestation du 23 mars 1979, détenait un portrait d'Hitler dans son armoire personnelle du commissariat du ge arrondissement de Paris. • 2 hommes, circulant à bord d'une Citroën GS, tirent 2 coups de feu contre 2 CRS en faction devant une école israélite de la rue Riquet. Un peu plus tard, ils se font remettre, sous la menace d'une arme, la caisse d'une station service. • Une association de parachutistes organise un commando contre un cinéma de Marseille qui programme un festival: "Des armées pour la paix ou désarmer la paix". 6 NOVEMBRE • A Marseille, 4 Mauritaniens avaient été expulsés en vertu de la loi Bonnet du 11 / 1/80 avant même qu'elle soit entrée en application. Le commissaire du gouvernement demande l'annulation de l'arrêté d'expulsion. • Pierre Bouffard, 35 ans, militant du groupe "Europe et liberté" (extrême-droite), est condamné à 5 ans de prison. Il détenait chez lui un véritable arsenal militaire. • Deux hommes, connus pour leurs opinions extrêmistes, sont inculpés et écroués. Ils sont accusés d'avoir lancé un cocktail molotov contre un centre israélite de Nice en septembre dernier. 8 NOVEMBRE • A la suite d'une rumeur, un jeune couple de Gitans sédentaires avaient été arrêtés. Un notaire les accusait d'avoir extorqué le testament d'une vieille femme qu'ils soignaient avec dévouement. Non-lieu. Il NOVEMBRE • 13 syndicalistes noirs sont arrêtés par la police sudafricaine. La multinationale Chio ride avait accepté le fonctionnement de leur syndicat. Les autorités ne veulent pas de précédent. • Robert Hersant, directeur du Figaro-Magazine et Robert Courtine, son chroniqueur gastronomique, ont été condamnés à 1 000 F d'amende et à 1 500 F de dommages et intérêts à la LlCRA. Un article consacré à la cuisine chinoise mettait en garde contre la "prolifération bacillaire" des "petits hommes jaunes" . • 130 juifs soviétiques à qui les autorités refusent le visa de sortie pour Israël engagent une grève de la faim. Auparavant, ils ont remis au Soviet Suprême une lettre signée par 268 refusniks dans laquelle ils détaillent leurs doléances. 13 NOVEMBRE • Suzanne Martinez, déléguée CGT, est condamnée à une amende pour diffamation. Elle avait accusé le patron de son entreprise, "Savoie-Métal" (Annecy), de racisme et de discrimination à l'égard de travailleurs immigrés. Arrêtée pour avoir refusé de payer l'amende, elle est libérée sous la pression des ouvriers. 14 NOVEMBRE UN DES AUTEURS TEL-AVIV: LES DE COPERNIC ENSEIGNANTS IDENTIFIE? CONTRE Le journal "L'Humanité" révèle que la police espagnole a transmis aux autorités françaises des informations sur un terroriste d'extrême-droite qu'elle soupçonne d'être impliqué dans l'attentat de la rue Copernic. LE RACISME Des organisations d'enseignants d'Europe occidentale, d'Afrique, d'Amérique du Nord et d'Asie adoptent à Tel-Aviv (Israël) une déclaration appelant à "éclairer les élèves sur les dangers du racisme, de l'antisémitisme, de l'holocauste, de l'apartheid et de toutes les formes de violations des Droits de l'Homme". 20 NOVEMBRE 16 NOVEMBRE • Deux médecins, des Blancs, démissionnent de l'Association des Médecins Sud-Africains. Cette association refusait d'ouvrir une nouvelle enquête sur la mort suspecte, en septembre 1977, du leader de la "Conscience Noire", Steve Biko. 17 NOVEMBRE • Graham Mourie, capitaine de l'équipe de rugby néo-zélandaise, les Ali Black, ne jouera pas contre les Springboks sud-africains. Il refuse l'apartheid dans le sport. • 6 membres du Ku Klux Klan et du parti nazi américain sont acquittés par un jury entièrement blanc. Ils avaient tués 5 personnes, le 3 novembre 1979, à Greensboro (Caroline du Nord), lors d'une manifestation antiraciste. 19 NOVEMBRE MARC FREDRIKSEN INCULPÉ Une information judiciaire est ouverte contre Mark Fredriksen, Michel Caignet et Michel Leloup, anciens dirigeants de la FANE, pour reconstitution de ligue dissoute. C'est le procureur général près de la Cour de Sureté de l'Etat qui s'est saisi de l'affaire. • Lors de la 5e conférence nationale sur l'immigration la CGT élabore une charte revendicative concernant les problèmes des travailleurs étrangers . • A Créteil, une patrouille de police interpelle deux jeunes maghrébins et brutalise l'un d'entre eux. Les policiers doivent faire face à la colère des habitants du quartier qui connaissent et respectent les jeunes gens. 21 NOVEMBRE • Plus de deux millions de citoyens indiens appartenant à la caste des "intouchables" subis- LES RESIDENTS DU FOYER SONACOTRA DE SAINT-DENIS EXPULSES ... PUIS REINTEGRES Une centaine de résidents du foyer Sonacotra "RomainRolland" de Saint-Denis (93), sont expulsés par la police. Ils faisaient la grève des loyers. Un jugement éclair 'permet qu'ils soient réintégrés le soir même. 9 • A Lyon, un quartier d'immigrés est encerclé et fouillé par la police pour retrouver des voleurs de bijoux qui sont supposés s'y cacher. Le MRAP proteste et organise une manifestation. sent encore, selon les statistiques officielles, le système du servage. • Le Ku Klux Klan a choisi Toronto comme centre de ses activités au Canada. Cette ville abrite d'importantes communautés asiatiques et antillaises. 23 NOVEMBRE • Consacré au "droits des indiens d'amériques", la 4e Session du "Tribunal Russell" s'ouvre à Rotterdam (Pays-Bas). Actualité EVENEME Jean Tigana : A cause d'un entraîneur raciste J'AI FAILLI ABANDONNER Cl. u.. « Jean Tigana sous le maillot de l'équipe de France lors du match France-Irlande. L e 23 Mai dernier, la France Q. Vous avez touj'ours pense' fal're assez v.Ite ,a son entraîneur Pierre sportive du "petit écran" une carrière de footballeur? D découvre un nouveau uval." Problèmes de quel joueur dans l'équipe nationale de J .. T. Vraiment pas. Bien sûr, ordre? football qui rencontre l'URSS. lorsque nous étions à Marseille J. T. L'attitude de cet entraîneur Pour ses débuts internationaux, j'ai joué au ballon comme tous les à mon égard a été vite insupportaJean Amadou TIGANA "crève" gamins du coin. Puis j'ai joué à la ble. Une réflexion qu'il a eu l'écran. Les passionnés de football Grande Bastide, à l'ASPTT de récemment devant des journalistes l'adoptent; sa popularité ne cesse Marseille, aux Caillols et enfin à l'éclaire bien. A un moment de grandir. Cassis qui opérait à un petit donné, il y a eu 5 Noirs sélectionAujourd'hui, il se révèle comme niveau régional. Comme je nés dans l'équipe de France. Il un des joueurs indispensables de n'avais jamais été selectionné, je a trouvé le moyen de s'indigner l'équipe de France dont il a dis- pensais continuer le football le qu'avec 1.000.000 de footballeurs puté, depuis le match de Moscou, dimanche, parallèlement à mon dans le pays, on aille prendre 5 toutes les rencontres. métier de postier. Noirs en équipe de France. Je Q. Jean TIGANA, vous êtes un peu un nouveau venu dans le monde des "stars" du ballon rond. C'est l'occasion de faire mieux connaissance ... J. T. Je suis né le 23 juin 1955 à Bamako, d'un père malien et d'une mère française. J'ai vécu mon enfance à Marseille où je suis resté jusqu'en 1975, année où je suis allé à Toulon (2e division) avant de venir à Lyon en Juillet 1978 ... où je resterai jusqu'en 1986. Je suis marié depuis deux ans avec une amie d'enfance Adèle et nous avons un petit gar: çon de huit mois, Yannick. Q. Le "déclic" alors? J .. T. En 1975, mon entraîneur a pris contact avec les clubs professionnels de Béziers et de Toulon et j'ai choisi le second. Un an après, je signais mon premier contrat "pro". C'est alors que j'ai pensé faire vraiment mon métier du football. ATTITUDES CHOQUANTES Q. Je lis dans un journal spécialisé

"II n'est resté que deux ans à

Toulon, un différent l'opposant 10 trouve assez choquant que des éducateurs de football puissent avoi.r ouvertement de telles attitudes et qu'ils continuent à pratiquer. Son attitude raciste m'a tellement gêné, à Toulon, que j'allais abandonner le football. En tout cas cette situation a certainement freiné ma progression et si je n'étais pas parti, je jouerais en ce moment en troisième ou (peutêtre qu'ils ne seraient pas descendus) en seconde division, Q. Alors, le racisme, ça existe aussi dans l'activité sportive? J. T. Oui, bien sûr. Mais plus souvent en seconde division et R. AMADOR ( lVON d dans les divisions inférieures. J'ai souvent été insulté par des joueurs ad verses et par des spectacteurs. Q. Quel genre d'insultes? J. T. Les insultes habituelles: "Sale nègre, fils d'esclave, fils de démon l"~ Q. Par des joueurs adverses? J. T. Oui, souvent même. Je préfère ne pas citer de noms mais je me rappelle et si un jour je peux leur renvoyer l'ascenseur, je le ferai! Q. Et en première division? J. T. Non, très peu! Je pense qu'il y a plus de respect en première division. Q. Aujourd'hui, vous portez le maillot de l'équipe de France, vous êtes ovationné dans les stades, mais une fois le maillot au vestiaire, vous pouvez vous faire contrôler dans la rue parce que vous êtes Noir. J. T. C'est vrai. Ça arrive. Il y en a qui vous le font ressentir. Il faut l'accepter avec une certaine philosophie et se moquer d'eux. Une fois qu'ils ont mes papiers et qu'ils me reconnaissent, c'est à ce moment là que je souris et je ne les considère même plus. Q. L'attitude des gens a dû changer à votre égard maintenant que vous êtes une vedette? J. T. Je crois que le racisme, ça vient du manque d'intelligence. J'ai eu de gros problèmes pour mon mariage. Pour qu'on se marie, ma femme a dû partir de chez elle. Maintenant, mes beaux parents essayent de revenir - peut-être ont-ils compris ou bien ça vient de ma situation - mais moi, j'ai mis un trait. Ils peuvent voir ma femme et mon gosse mais pas moi. Même à Marseille, j'en discutais avec ma mère, des gens qui ne nous ont jamais adressé la parole en 18 ans de vie commune "et maintenant, du jour au lendemain, ils viennent prendre des nouvelles. C'est un phénomène incontrôlable. Il faut l'accepter comme ça. JE ME SENS FRANÇAIS Q. Est-ce que c'est aussi facile d'être Français d'origine malienne comme vous, que d'être Français d'origine polonaise ou italienne? J. T. C'est vrai que ça se voit plus. Mais je crois que c'est une question de mentalité. Moi, je me sens bien Français parce que j'ai toujours vécu en France. S'il y a des gens que je dérange par moment, je m'écarte de leur route. Ce qu'il y a : il ne faut pas qu'ils se présentent sur la mienne. Q. S'ils se présentent? J. T. Alors là, je serai méchant. Ah, oui! Q. Au fond, le racisme, ça vous paraît important en France, aujourd'hui? J. T. D'un côté, j'ai l'impression que ça diminue. Toutes mes soeurs, par exemple, sont mariées avec des Blancs. Mais c'est vrai que j'ai deux frères qui se sont fait tabasser par des policiers: l'un, sur la Canebière parce qu'il se promenait avec une blanche; l'autre au commissariat parce . qu'il avait été contrôlé dans sa voiture et qu'il avait répondu. Comme on connaît du monde, ces policiers ont eu un blâme, mais c'est l'histoire de Coluche, au bout de 10 blâmes, on a un avertissement. .. Je voudrais quand même dire qu'il ne faut pas généraliser. Moi, j'ai de très bons amis policiers qui ne sont absolument pas racistes. Et il faut reconnaître que le racisme est une chose qui est bien partagée entre toutes les races. Les Noirs n'y échappent pas non plus. Q. Et pour vous, le sport, ça peut avoir un rôle positif dans le rapprochement des hommes? J. T. Oui, je le pense. Le sport doit être une rencontre amicale entre les gens. C'est pour cela que je trouve que le chauvinisme et l'agressivité sont de très mauvaises choses pour le sport. Q. Iriez-vous jouer en Afrique du Sud, le pays de l'apartheid? J. T. Si mon club ou l'équipe de France doivent y aller, j'irai pratiquer mon sport favori ... Mais si les fédérations sportives nonraciales d'Afrique du Sud lancent un appel au boycott, alors, je resterai tranquillement chez moi, en famille. J.-L. SAGOT-DUVAUROUX J.-F. MESPLEDE 11 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 .AMIENS ______ _ La chanteuse yiddish dev,a nt les immigrés RESERVE, , "- INTERET ... , SEDUCTION D eux groupes marocains, une chanteuse juive une majorité d'immigrés maghrébins dans la salle. Paroles yiddish et rythmes d'Europe centrale à cette Fête de l'Amitié organisée en novembre par la commission extra-municipale des immigrés, à Amiens, c'était une initiative audacieuse. Le comité local du MRAP en avait donné l'idée: après l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic, n'était-ce pas le moment de tenter le coup? L'émotion avait été grande, dans la capitale picarde, comme partout en France. Les groupes rock de la région avaient tenu, une semaine après les faits, à jouer "contre le racisme". Talila, une des seules chanteuses françaises contemporaines à avoir su, par la chaleur de sa voix et des sentiments qu'elle exprime, faire sortir les vieilles complaintes yiddish du répertoire folklorique, apparaît en costume traditionnel. Pas facile dans une salle qui attend surtout d'entendre "sa" musique et qui est venue écouter les rythmes marqués des groupes Tazounakit et Jilaloil. "C'est la première fois que je chantais devant ce public, confie Talila à la fin du spectacle. Je ne savais vraiment pas comment les choses allaient tourner!" Chansons traditionnelles, utilisation de la langue yiddish, musique souvent mélancolique, évocation du judaïsme polonais, on est loin, c'est vrai, des rythmes de la Derbouka, des tambours et du banjo d'Afrique du Nord. Au début, étonnement, quelques murmures, Puis les rythmes s'animent peu à peu. On retrouve le plaisir d'accompagner la chanteuse en frappant dans ses mains. Comme aux portes de Marrakech, comme partout dans le monde. Réserve, intérêt, séduction . Les applaudissements ne sont pas ménagés, lorsque, souriante, l'inquiétud-e disparue, Talila salue ceux à qui elle vient de dire un peu de son âme. "C'est une expérience qui m'a enchantée et qu'il faut absolument renouveler, déclare l'artiste. Mes chansons s'adressent à tout le monde, pas seulement aux Juifs. Ce soir, le début du spectacle a été assez dur parce que les gens étaient venus écouter autre chose, leur musique, leur culture et c'est vrai qu'en dehors de telles fêtes, il leur est difficile de pouvoir les retrouver. Mais ils ont fait l'effort de m'écouter et finalement, la grande majorité a apprécié. Ca n'est pas suffisant pour rapprocher deux peuples. Ça y contribue quand même." Dans la salle où la fête bat son plein, on a commencé à danser. On discute aussi : en français, en arabe, en portugais, en espagnol... On parle de ces chants qu'on ne connaissait pas et qui trottent dans la mémoire, Actualité EVENEMENTS DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 .. USA----------------------------________________ ~Q------------------------.. Le Ku Klux Klan prépare-t-il la "guerre des races" COUVRE-FEU SUR ATLANTA 12 ? • Ku Klux Klan: le nom maléfique est sur toutes les lèvres. Depuis l'été de l'année dernière, 14 enfants noirs d'Atlanta (Georgie) âgés de 7 à 15 ans sont morts ou ont disparu. JO d'entre eux ont été retrouvés: étranglés, étouffés, battus à mort. Dans la dernière période, les assassinats se sont succédés avec une précision d'horloge, toutes les cinq semaines. Le maire de la ville, M. Maynard Jackson, un Noir, tente de rassurer ses administrés. La thèse officielle attribue les meurtres à un sadique. Des moyens plus importants viennent tout récemment d'être mis en oeuvre pour tenter d'arrêter le criminel: battues, couvre-feu et même utilisation des services d'une voyante extralucide! La peur rôde 'toujours avec le sentiment tenace qu'on en fait moins pour protéger les enfants noirs des ghettos que pour sauvegarder les propriétés coquettes des banlieues chics. Depuis octobre 1979, huit hommes et deux femmes, tous des Noirs, ont été tués par balle à Oklahoma City, Indianapolis, Cincinnati, Sait Lake City et Johnston. Meurtres inexpliqués. Vernon Jordan, président de la National Urban League, l'une des organisations noires les plus importantes, a été blessé lors d'un attentat à Fort Wayne (Indiana) en mai dernier. En septembre, à Buffalo (Etat de New York), 4 Noirs ont été tués à coups de révolver en moins de deux jours. En octobre, deux autres Noirs sont découverts dans leur voiture, poignardés, le coeur arraché. A Birmingham (Oklahoma), une bombe est désamorcée de justesse dans une église noire. L 'Anti-Defa~atÎ:m Le~g.ue, une orgamsatlOn JUive, accuse les tueurs du Klan. Elle révèle que le KKK et les groupes nazis s'entrainent à la guerre de guérilla dans des camps en Alabama, dans le Connecticut, l'Illinois, la Caroline du Sud et au Texas. L'un de ces camps a été baptisé My Lai, nom du village vietnamien dont la population entière fut massacrée par les troupes américaines. "N'a-t-on pas affaire à un mouvement secret et organisé pour déclencher une guerre raciale ?" croit pouvoir demander un dirigeant de l'Association Nationale pour le Progrès des Gens de Couleur - (NAACP), une organisation pourtant réputée modérée. La série de meurtres qui traumatise aujourd'hui la minorité noire américaine advient sur une situation déjà explosive. On se souvient des événements sanglants de Miami après l'acquittement d'un policier coupable du meurtre d'un Noir. Le 17 novembre dernier, 6 membres du Klan et du parti nazi américain qui avaient attaqué une manifestation antiraciste à Greensboro (Caroline du Nord) et tué 5 personnes ont été purement et simplement acquittés. Retour dans leurs familles, ils ont été accueillis en héros. A cette occasion, l'un d'entre eux, M. Smith, a affirmé que Joe Grady, "Dragon impérial des chevaliers blancs de Caroline du Nord" possédait un stock d'armes et une unité de combat formée de vétérans du Vietnam suffisants pour mener une guerre raciale: "Nous avons la puissance de feu et J'artillerie nécessaires. Si la guerre des races se déclenchait, l'organisation ferait son devoir." Ce verdict stupéfiant - le crime avait été filmé par la télévision - suit l'acquittement de 2 autres membres du Klan qui avaient blessé par balles quatre femmes noires à Chattanooga, en avril. A Decatur, la· cour d'appel a cassé la condamnation à 30 ans de détention d'un attardé mental de Birmingham pour un viol qu'il ne peut pas avoir commis. Un leader du Klan menace: "S'il est à nouveau condamné, les Noirs feront de Birmingham un nouveau Miami. Mais les forces spéciales du Klan feront couler le sang pour protéger les Blancs." Gary Tyler, un jeune Noir condamné à mort à 17 ans sur la foi d'un faux témoignage, dans une affaire dont le Klan, une fois encore, porte l'évidente responsabilité, a obtenu, après 6 ans de détention, une seconde audience. Là encore, son maintien en prison pourrait avoir des conséquences très graves. L'élection triomphale de Reagan est le reflet d'un glissement à droite de l'opinion blanche qu'illustre bien un inquiétant sondage réalisé il y a quelques années: si le gouvernement déclenchait une répression massive contre les Noirs et les membres des autres minorités, 27 070 seulement des Blancs seraient prêts à protester publiquement! L e lourd passé du président élu, qui s'était, à l'époque, opposé à l'adoption des droits civiques pour les Noirs, donne corps à l'inquiétude de Un journal anglais d'extrême-droite révèle •• )DUR LE DUVEI Alain de Benoist, animateur du Greee, l'officine pensante de la "nouvelle droite". , GRECE ETAIT ~ AU ( plus en plus perceptible dans les ghettos d'Atlanta et d'ailleurs. Les meurtres à répétition pourraient n'être, dans l'esprit du KKK et de nazis survoltés, qu'une provocation pour pousser à bout les membres des minorités. M. Reagan, qui a reçu le soutien officiel du Klan, pourrait alors, mettre ses promesses électorales à exécution et déployer la répression qu'il juge nécessaire à la défense des "valeurs américaines". 13 FORUM NAZI La FANE de M. Marc Fredriksen et le GRECE de M. Alain de Benoist auraient participé, les 1 et 2 mars, à une réunion de l'internationale néo-nazie organisée à Anvers en Belgique. La nouvelle n'est pas parue dans Eléments, la revue du Greee, mais dans le mensuel britannique d'extrême-droite, League Review, le magazine "culturel" du mouvement League of StGeorge. Dans son édition du mois de septembre (n° 30), la feuille affirme ainsi que "plus de 600 personnes ont participé à deux journées commémoratives organisées par le groupe Were Di à Anvers, pour célébrer le 25 anniversaire de la publication "Dietsland Europa". En plus du mouvement organisateur étaient représentés et tenaient des stands de littérature

Voorpost, le groupe culturel

Taal Aktie Komitte (T AK), le Vlaanse Militanten orde, le groupe d'édition Haro, l'organisation de jeunesse V.N.J., J'association d'anciens S.S. StMartens Bond et des associations flamandes d'étudiants. De plus, la FANE et le groupe culturel de la "nouvelle droite" le GREeE étaient venus de France. Des leaders patriotiques flamands ont pris la parole, parmi lesquels Vlaams Blok, membre du Pariement belge, Karel DilIen, André Figueras de France et un représentant du N.P .D. d'Allemagne de l'Ouest." Sans commentaire. Actualité EVENEMENTS Un professeur lyonnais poursuivi pour incitation à la haine raciale QU'EST-CE QUI FAIT COURIR FAURISSON ? "C • e massacre n'était heureusement qu'un bobard de guerre". Telle est la thèse d'un professeur lyonnais de littérature française, R. Faurisson, sur le génocide hitlérien des Juifs. D'où proviendrait donc une telle invention? Essentiellement de la haine des Juifs pour Hitler et le peuple allemand. Jusque là, seuls d'obscurs néo-nazis aboyaient infatigablement sur ce thème. Faurisson a repris le flambeau. Et il s'est trouvé une ultra-gauche provocatrice, peuplée de cervelles ramollies par de longues années d'impuissance, pour reprendre à son compte les principales thèses du Professeur. Serge Thion a ainsi publié, cette année, une habile compilation visant à consacrer l'honorabilité de ce qu'il est désormais convenu d'appeler "le révisionnisme en Histoire"(I). Dans un article confidentiel consacré à l'écrivain LouisFerdinand Céline en tant qu'auteur des pamphlets antijuifs les plus rageurs d'avant 1940(2), Faurisson dévoile, non sans une imprudente candeur, ce qui le fait courir: "Céline n'aimait ni l'argent, ni la guerre. Pour lui, les Juifs de 1936 étaient l'argent et voulaient la guerre. Considérant qu'ils étaient le con- Victor Faynzyber est mort en déportation. Mutilé de guerre, il était dispensé du port de l'étoi le jaune. Pas sa fille. traire d'ulle minorité opprimée, constatant leur puissance dans le monde de la finance, de la politique et des journaux, notant leurs incessants appels à une croisade du monde entier contre leur ennemi personnel Adolf Hitler, il devait publier Bagatelle pour un massacre (1937) et l'Ecole des cadavres (1938) pour mettre les Français en garde contre une nouvelle boucherie." On sait que "cet homme raffiné", "cet aristocrate né" qu'était Céline s'était lui-même ainsi situé en 1942: "Je veux être le plus nazi de tous les collaborateurs." Son défenseur déclare aujourd'hui sans ambages: "Je ne peux supporter le fascisme sous aucune forme", "Je ne suis pas antisémite" (in Thion, 196). J ugeons donc sur pièce cette prétention. Drumont, grand initiateur de l'antisémitisme français moderne, écrivait dans La France juive (1886) : "Tout Juif qu'on voit, tout juif avèré est relativement peu dangereux. Il est même parfois estimable

( ... ) il est possible de le surveiller,

Le Juif dangereux, c'est le Juif vague." Dans la mouture faurissonienne, ça donne cette explication adaptée à la psychologie de l'enfant juif et inspirée par la seule "logique militaire" (sic) : "Hitler faisait porter à ses ennemis (les Juifs) un signe distinctif ( ... ). Je sais qu'on pense parfois que des enfants de 6 à 15 ans ne pouvaient constituer un danger et qu'ils n'auraient pas dû être astreints au port de l'étoile. Mais si l'on reste dans le cadre de cette logique militaire, il existe aujourd'hui suffisamment de récits et de mémoires où des Juifs vous racontent que, dès leur enfance, ils se livraient à toutes sortes d'activités illicites ou de résistance au Allemands." (in Thion, 190). Sans commentaire. Faurisson, démystificateur en tout genre, grand ,renifleur de 14 "pots-aux-roses", est en effet le génial inventeur de la "méthode Ajax" : "Ça récure, ça décape et ça lustre" (sic). Méthode universellement applicable: les oeuvres de Nerval, Rimbaud et Lautréamont ont été, grâce à elle, récurées avant que ne soit à son tour dénoncée et décapée "l'imposture du XX· siècle". Notre vieille taupe professorale, notre grand démystifiant s'écrie: "Jamais Hitler n'a ordonné ni admis que quiconque fût tué en raison de sa race ou de sa religion." Le délire est de plomb. Faurisson raisonne: comment croire des "ennemis personnels" de Hit- 1er? Tout s'éclaire à la lumière ajaxienne : les aveux des nazis à Nuremberg? Extorqués sous la torture et par la drogue. Les chambres à gaz? Construites après coup pour les besoins de la propagande des vainqueurs. Le génocide, ainsi "décapé", devient le plus grand mensonge de l'histoire, inventé par les Juifs pour culpabiliser le peuple allemand et lui extorquer de substantiels subsides. Comment conserver ici son calme, répliquer point par point, réfuter les unes après les autres des abbérations bardées d'érudition clinquante et de "bons noms" servant à faire digérer l'indigeste? D'autres l'ont fait excellemment, ayant su prendre patience et supporter un temps leur dégoût(3). Faurisson et ses émules continuent néanmoins d'écrire comme s'ils étaient seuls dans le désert historique, comme si leur dérisoire acharnement n'avait pas provoqué de saines et définitives réactions. Il faut retourner sa bave à l'envoyeur - une fois pour toutes et sans s'y arrêter. Oublier le sous-pître Faurisson. Oublier de tels tigres de papier. Abandonner le rat révisionniste à ses Vieilles Taupes souteneuses. L'immonde recherche et trouve toujours l'immonde. Terrible vérité. Pierre-André TAGUIEFF (1) Serge Thion: "Vérité hiSTOrique ou vérité politique", La Vieille Taupe, 1980. (2) "La Revue Célinienne", l U trimestre 1979, pp. 35-37. (3) Essentiellement: G. Wellers: "La Solution Finale et la Mythomanie NéoNazie", C.D.J.C. , Paris, 1979; M. Fresco : "Les redresseurs de morts", Les Temps Modernes, juin 1980, n° 407, pp. 2150-22JJ ; P. Vidal-Naquet: "Un Eichmann de papier", Esprit, Septembre 1980, pp. 8-52. DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 -AFRIQUE DU SUD--------Une tournée de rugby signée Ferrasse BATTU MAIS CONTENT Le Président de la Fédéra- Afrique est passé entre les mains tion Française de Rugby du Sénégalais Lamine Ba qui affiche un bel optimisme semble plus conciliant que son après la tournée, pourtant mal- prédecesseur, Jean-Claude heureuse, du XV de France en Canga. Afrique du Sud. "La situation à Quoi qu'il en soit, les sudconsidérablement évolué depuis africains avaient pris soin d'infirmon premier voyage, en 1968" a- mer clairement et par avance les t-il affirmé, justifiant ainsi son propos de M. Ferrasse: La tourcomme l'organisation d'un "contre-match" à Carcassonne par le comité local du MRAP avec le soutien de joueurs de renom (Laurent Spanghero et André Quilis) on ne peut pas dire que cet événement ait réellement remué les foules. Est-ce la raison pour laquelle la action persévérante en faveur des liens entre le rugby d'apartheid et la France. née ne saurait avoir d'effets Blanco, "le" Noir du XV de France, dans le domaine des relations aux prises avec les Springboks. Le ministère des Affaires Etrangères avait pour sa part fait discrètement savoir, qu'il trouvait la tournée "inopportune" . Il se fondait en particulier sur le rapport de la commission Marie, composée de parlementaires de la majorité, et qui, après une mission d'étude en Afrique du Sud, constatait, au début de l'année, que le rugby sud-africain restait soumis à la ségrégation raciale. Le peu de réactions internationales à la tournée organisée par M. Ferrasse tient-elle à des pressions discrètes exercées par la diplomatie française ? On a été surpris que la question n'ait pas soulevé plus de difficultés à la rencontre des ministres francophones des sports, à Liège, en octobre 1980. En outre, le secrétariat général du Conseil Suprême des Sports en raciales . Le colonel Butch Lochner, un des sélectionneurs sudafricains, déclarait au Rand Daily Mail de Johannesburg, en septembre dernier, qu'il n'y aurait pas, cette fois, de "Noirs bidons" (token Blacks) dans l'équipe Springboks: "L'année dernière, lorsque nous projetions de faire une tournée en France, les choses étaient différentes. C'est la Fédération Française de Rugby qui avait insisté pour que nous incorporions quelques "token Blacks" dans l'équipe afin de lui donner une apparence multiraciale. Le "South-African Rugby Board" avait précisé que ce "racisme à rebours" se justifiait alors puisqu'il pouvait permettre la venue des Springboks en France." En France, malgré les prises de position nombreuses en faveur de l'annulation de la tournée et quelques initiatives IS Fédération sud-africaine de football a cru le moment venu d'annoncer qu'une équipe pourrait effectuer une tournée à l'étranger? Le football sudafricain est interdit de rencontres internationales depuis 22 ans! Mais c'est vers la NouvelleZélande qu'il faut se tourner pour voir se dessiner les évolutions les plus significatives. Graham Mourie, capitaine de la fameuse équipe des Ali Black, a annoncé le 17 novembre, qu'il ne jouerait pas contre les Springboks lors de la tournée prévue en Nouvelle-Zélande pour 1981 en raison de son opposition au racisme dans le sport. La leçon infligée à l'équipe de France dans les stades de l'apartheid pourrait, dans ce contexte, avoir des conséquences inattendues. Actualité EVENEMENTS Attentat contre "Justice et Paix" IDENTIFIÉ, L'AGRESSEUR COURT TOUJOURS Le dimanche 15 juin, une quinzaine de militants de la FANE saccageaient, à coups de barre de fer, rue de Sévigné dans le Marais à Paris, l'exposition consacrée aux réfugiés du Nicaragua et du San Salvador par l'organisme catholique " Justice et Paix". On se souvient que plusieurs des agresseurs, sitôt leur forfait accompli, s'étaient enfuis dans une voiture dont on parvint à relever le numéro minéralogique Après enquête, il apparut qu'elle appartenait à Michel Faci, un des responsables de la FANE dont le nom devait réapparaître lors de LE PEN AUX "- ILES l'attentat contre le siège parisien du MRAP. L'affaire est sur le point de connaître son dénouement sur le plan judiciaire. Attentat revendiqué par Frédriksen. Or, bizarrement, Michel Faci ne figurera pas au banc des accusés comme on pouvait (naïvement) le penser. Seul, nous dit-on, un des agresseurs a été identifié. Il s'agit d'un certain Bernard Hotge. Ce dernier va comparaître devant un tribunal le 10 décembre. Pas n'importe quel tribunal: le tribunal de simple police, celui qui juge, entre autres, ... les stationnements illicites sur la voie publique . Jean-Marie Le Pen, le responsable du Front National, devrait effectuer dans le courant du mois de décembre une tournée dans l'Océan Indien. Première étape de son périple : l'île de la Réunion où flotte le drapeau français. Il est probable qu'à cette occasion, il frappe les trois coups de sa campagne en vue de l'élection présidentielle du printemps prochain. Il semble également prévu que le leader du mouvement d'extrêmedroite se rende, dans la foulée, à l'île Maurice, aujourd 'hui indépendante, à l'invitation de Gaëtan Duval, ancien Ministre des Affaires Etrangères et actuellement leader du Parti Mauricien Social-Démocrate. Au centre des discussions entre les deux hommes: la création d'un "front anticommuniste de l'Océan Indien". Une initiative qui sera suivie d'un oeil attentif par les dirigeants d'Afrique du Sud. 16 50 000 habitants dont 16 000 immigrés. Gennevilliers, banlieue rouge. SENNA A a Lucien Lanternier, dans les foyers ghettos, dans les ghettos tout court, comme la cité de la route du Port." D ouze cents personnes vivent là. Douze cents immigrés. Au coeur d'une rocade d'autoroutes. Pour l'atteindre, il faut emprunter un tunnel de 100 m de long. Un fond, je suis d'accord avec la municipalité. On ne peut tolérer de tels ghettos, racial, social, culturel. " Alors y-a-t-il trop d'immigrés à Gennevilliers? Doit -on établir un seuil de tolérance ? "C'est de la foutaise, retorque A. Bourgarel, cela ne repose sur aucune base scientifique! Il n'est qu'à compulser les actes du Col- LES ANGOISSES DU MAIRE 1 1 fallait voir Lucien Lanternier, le maire communiste de Gennevilliers, pourfendant Lionel Stoléru et le ministre perdu, seul, très seul au milieu de la piste sous les projecteurs. Joseph Pasteur, ennuyé, toussotait: ce n'était pas prévu ... Ce soir-là, les "Dossiers de l'écran" furent passionnants. Par sa connaissance humaine du problème de l'immigration, ce maire d'une commune qui recense 33 070 d'immigrés sur une population de 50.000 habitants, avait tout bouleversé. "Gennevilliers est une ville de vieille immigration. La première vague date des années 20. Des Marocains; le patronat avait déjà besoin de main-d'oeuvre bon marché, des Italiens et des Slovaques pour s'occuper des cultures. La deuxième vague - fin des années 50, début des années 60 - est liée à l'essor de l'activité industrielle. Il fallait des O.S. pour les usines de grande production - Renault, Citroën, Simca, Chausson, et pour la construction. A cette époque, les patrons recrutaient sur place, dans les pays d'origine. Les cars de police embarquaient les immigrés à leur arrivée en gare de Lyon, et les déposaient, souvent en pleine nuit, au milieu de Nanterre et de Gennevilliers" . Les structures d'accueil n'étaient pas vraiment le premier souci du patronat. Gennevilliers, pas de bidonvilles, mais on se loge comme on peut. "Chez les marchands de sommeil, indique journaliste du "Monde" baptisera l'endroit le "Triangle de l'enfer". A Gennevilliers, personne ne renie cette image, même ceux qui y vivent ou, plus rare, ceux qui y travaillent comme Alain Bourgarel, instituteur à l'école départementale du port de Gennevilliers. Militant du MRAP, de la CFDT et du Parti socialiste, il n'est pas toujours d'accord avec la municipalité. Pourtant... "C'est difficile de parler de ce genre de problèmes, c'est amplifié, déformé par le~ mass-média. Il faut être très vigilant quant aux mots employés. J'ai été scandalisé par les propos de certaines municipalités, et pas seulement communistes. A Gennevilliers, on est attentif, on n'écrit pas n'importe quoi. Sur le loque de mai 77 du C.L.E.P.R.( l). Les problèmes ne sont pas fonction des proportions. Cela dépend du type d' habitat, des équipements, de l'emploi. " DES FRERES DE CLASSE P our Lucien Lanternier, il ne faut pas cultiver l'ambiguïté. "Seuil de tolérance, je ne comprends pas ce que cela veut dire . Est-ce que cela signifie qu'à partir d'un certain nombre on ne peut plus tolérer? Alors il faut parler de seuil d'intoléral1ce ! Les immigrés sont là, travaillent à nos côtés, ce sont nos frères de 17 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 classe et ça, il ne faut jamais l'ou blier." Et le coût social? et la délinquance? "Le coût? Pour nous, c'est pas ça ! Sur 14.000 immigrés, il y a 8.000 hommes seuls. Les célibataires ne viennent pas au Bureau d'aide sociale même lorsqu'ils sont chômeurs. Les vieux travailleurs? C'est triste à dire, mais vous en connaissez beaucoup des vieux travailleurs maghrébins. Le patronat les a tellement exploités que souvent ils ne connaissent pas le temps de la retraite. La présence de familles nombreuses et démunies a peut-être une incidence sur le restaurant scolaire, mais là, seule la pauvreté est en cause. De même pour la petite délinquance, oui elle existe, elle a toujours été plus forte chez les plus pauvres. Comment voulez-vous qu 'un môme du port, du "Triangle de l'enfer" ne soit pas tenté par la délinquance !" \ci commence le "Triangle de l'enfer. " Un monde à part, un monde d'exclus. Pas d'images, pas de publicité, du gris partout. Rien à lire, même pas les noms qui ne figurent plus sur les boîtes aux lettres. "Les mômes se développent dans un univers absurde, nous dira Alain Bourgarel. Il faudrait raser cette cité et répartir la population dans des logements convenables. Mais aujourd'hui, il y a des gens mal logés et qui doivent être relogés. Souvent le choix se pose entre un taudis à Gennevilliers et un logement à Asnières, cela peut être l'occasion d'une meilleure répartition . " Mais d'où vient cette mauvaise répartition? "De l'utilisation, poursuit A. Bourgarel, qui est faite des réserves préfectorales . Les municipalités de droite ne veulent pas d'immigrés, alors la préfecture, toute dévouée, les envoie systématiquement dans les mairies communistes.' , ON MANQUE DE STRUCTURES D'ACCUEIL E xiste-t-i1, dans ces communes de droite, des logements accessibles pour les familles immigrées ? "On manque partout de structures d'accueil, indique L. Lanternier. Mais les ouvriers français et immigrés de Gennevilliers n'ont pas à payer les conséquences d'une politique de surexploitation. Il faut davantage de logements sociaux pour tous les ouvriers et partout, à Neuilly, à St-Cloud comme ailleurs ... " Dans la cité du port, l'information ne passe pas très bien. Le premier problème c'est la survie. Ailleurs, comme au quartier des Grésillons, on observe, un peu méfiant. Comment les immigrés ne le seraient-ils pas, habitués aux humiliations, aux contrôles, aux expulsions. Toutes ces déclaration dans la presse leur font peur. Pourtant à Gennevilliers, le fil n'est pas rompu. Tout le monde se souvient de cette lutte longue, pénible et triomphante, pour qu' une première cité au port soit rasée en juin dernier. Au coude à coude, Français et immigrés, les élus, le comité de défense pour obtenir le relogement de 45 familles à Gennevilliers et dans d'autres communes. "Nous menons, précise le maire de Gennevilliers, une bataille contre le racisme du pouvoir, du patronat et de leurs élus, pour l'égalité des droits et des chances . Il faut toujours la mener d'un point de vue de classe afin de ne pas permettre à quiconque de dénaturer le sens du juste combat que nous poursuivons." Sur le bureau du maire, ouvert à la page 3, la "Voix populaire", hebdomadaire local; à côté du texte de la conférence de presse de L. Lanternier sur l'immigration, une photo et un article rendent compte d'une délégation des élus de Gennevilliers, pour l'abrogation de l'arrêté ministériel d'expulsion concernant un travailleur immigré: Ali Dhif. Jacques DUPONT (1) Centre de Liaison des Educateurs contre les Préjugés Raciaux. SEN NA A. Actualité POINT CHAUD Une situation qui inquiète le ministère LAGROGNE DES FLICS ANTIRACISTES L a police est-elle raciste? A la suite d'affaires récentes, l'opinion publique est ébranlée. Première constatation : les victimes de "bavures" ont souvent le teint basané, l'air - ou le nom - pas très catholique ... simple coïncidence? Mohamel Kadi, Abdelkader Grib, Marina Fayes et Yacid Naimi ont été tués cette année par des policiers à la gâchette facile. Les trois premiers "accidentellement". Du moins officiellement. Le quatrième de sang froid. Prétexte invoqué: la légitime défense ... Amar Madaoui et Hamid Boubekeur, tabassés au cours de contrôles d'identité, seront accusés pour finir d'outrages et de violence à agents . Tout comme François Diop, "un individu de type asiatique" - mais de nationalité française - qui a eu l'outrecuidance de contester la légalité des contrôles dans le métro. La majorité des gens qui ont eu à souffrir de telles pratiques ont un point commun: ils sont foncés de peau. Les étrangers seraientils dans le colimateur ? Que les Belges et les Anglais se rassurent: il y a fort à parier qu'ils ne connaîtront jamais semblable mésaventure. Une chose est sûre: les contrôles systématiques dans le métro prennent l'allure d'une chasse au faciès. Tout ce qui n'est pas "blanc de blanc" est à priori suspect. A près le MRAP, le SGP - Syndicat Général de la Police - qui regroupe les policiers en tenue, s'est ému. Dès le mois de mars 1979, Jean Chaunac - alors secrétaire général -- s'élevait contre les contrôles sélectifs "interdits expressément par la loi antiraciste de 1972". "Le SGP, écrivait-il alors, a toujours condamné les formes de racisme et de discrimination raciale ( ... ). La conception du rôle de la police et des méthodes qui doivent être utilisées dans le cadre de la loi et du code pénal ne s'accomodent pas de pratiques telles que ces contrôles systématiques. Lesquels, pour les besoins de propagande officielle et pour répondre aux légitimes préoccupations de la population, se sont étendus de façon progressive à l'encontre d'utilisateurs du métro ( ... ). Cette façon d'agir, si elle scandalise les citoyens en nombre croissant, relève à mon avis d'une manière de conception et de mentalité qui, pour ne pas être propres à la seule police, sont toutefois tolérées, admises, voire DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 encouragées par les autorités publiques responsables.' , N 'interpeler Arabes ou que des des Noirs fausse quelque peu les statistiques sur la délinquance. Mais cela s'avère pratique: la vérification quotidienne de travailleurs immigrés, déjà très isolés dans le corps social (et de ce fait plus aisément marginalisés) secrète le racisme. Dans l'opinion publique et parmi les gardiens de la paix . Ceux qui procèdent aux contrôles finissent par être persuadés qu'il y a plus de délits commis par les étrangers. Une façon comme une autre de justifier la méfiance. En période de crise et de chômage, le phénomène de rejet est hélas classique ... La légalité des contrôles ayant également été contestée par les syndicats de police CGT, CFDT et CFTC (policier en civil), la hiérarchie a aussitôt réagi. La grève des contrôles lancée par les commissaires a atteint son but: le gouvernement a été mis au pied du mur. Il a trouvé rapidement la parade. Grâce à M. Peyreffite et à son fameux projet de loi "Sécurité et Liberté" . Depuis novembre dernier, avec le soutien que lui ont apporté le Sénat et l'Assemblée, les contrôles peuvent s'effectuer en toute impunité. Les policiers n'auront plus à mentir. .. VECU .......................................................................... .. z o Cf) Cf) UJ a: CIl cr: UJ ;:: a: ('j ci La nostalgie du bon temps des îlotiers flotte sous les képis. 18 UN NOIR SOUS UN KEPI Entré dans la police en 1968, Dominique a la peau noire: il est originaire des Antilles. Des propos racistes? On en tient apparemment rarement devant lui. Derrière, c'est une autre histoire: "Des amis viennent parfois me répéter des phrases telles qu"'on est envahis par les nègres" ... " Le racisme ordinaire, ce sont aussi les copains qui ne prêtent plus attention à sa présence dans le car et qui apostrophent une fille au bras d"un Noir: "Encore une pute à nègres ... " "Contrairement à beaucoup de compatriotes explique Dominique, je n'ai pas le sang chaud. Je sais rester calme. Je n'ai pas envie de me battre ni de demander des explications. Il m'est arrivé seulement de demander à des gars de ne plus m'adresser la parole." Il essaie parfois de raisonner "les grandes gueules" qui accusent les immigrés de ne rien faire. "Je leur dis: "et le HLM où tu habites, qui est ce qui l'a construit? S'ils sont là, c'est bien qu'on leur a demandé de venir ... " Ils causent sans réfléchir. Ils diront aussi bien d'un ouvrier portugais qu'il ne paie pas d'impôts, d'un flic alsacien qu'il est fils de schleu, d'un corse qu'il est de la mafia. Pour rire, comme ça, sans penser". Délégué syndical, Dominique sait très bien "Pouvez-vous m'indiquer, Mme l'agent ... ?" Exemple d'antiracisme policier! que certains de ses "collègues n'apprécient pas tellement de se voir commander par un Noir". Stoïque, il n'y prête pas attention et les assiste, sans rancune. "Ils ont besoin de mOI. • •• " Les contrôles dans le métro? Cela ne lui a jamais posé de problèmes de conscience. Il applique les ordres. Interpeler des Africains ou des Arabes suscite, en face, peu de réactions. "II arrive qu'ils demandent "c'est 19 parce que je suis Arabe ou Noir ?" Il intervient alors: "Je leur dis que tout va s'arranger si leurs papiers sont en règle". Une fois son uniforme déposé au vestiaire, il ne lui est jamais arrivé de se faire interpeler. Ni d'être en butte au racisme dans la vie quotidienne. Un de ses copains, Antillais et gardien de la paix comme lui - mais ce jour là en civil - a eu quelques déboires avec un collègue en uniforme à la foire du Trône. Echange de propos désagréables, puis de coups: "Ca s'est terminé à l'hosto." Et pour son pote par 24 heures de garde à vue. Christian L., est Antillais également. Avant d'entrer dans la police - en 1968 - il a été menuisier puis magasinier. Seul gardien de la paix noir dans la Compagnie de Sécurité de Nuit, il ne souffre nullement du racisme. L'avancement? Il est rigoureusement identique. "C'est la fonction publique." La réaction des Noirs à son égard? "II y a des gens qui ne sont pas contents d'être interpelés. Certains croient qu'on les interpelle parce qu'ils sont Noirs. Jamais au grand jamais, ils n'auraient commis d'infraction ... " Il sait bien, lui, qu'il y a pas mal d'étrangers délinquants. A cause de la misère? Non, il ne voit pas le rapprochement. Seul fait grave, et apparemment assez courant

"II y a des gens qui refusent de montrer

leurs papiers à un Noir". Ce sont toujours des Blancs ... c.L. ~ \ 1 Actualité POINTCHAUD Dans un communiqué, publié en avril dernier, la CGT -Police expliquait en effet: "Aux fonctionnaires demandant des garanties, il a été répondu qu'ils n'auraient qu'à justifier l'interpellation en argüant qu'ils avaient cru reconnaître le signalement d'une personne recherchée ... (et qu') en cas d'incident, le directeur de la sécurité publique les couvrirait. " L a hiérarchie t-elle aussi les couvreracistes et les néo-nazis? Plusieurs faits graves tendraient à le prouver. En 1977, un inspecteur de police stagiaire s'étonne des sévices infligés à certains détenus. Le commissaire du 18e mettra fin à son stage: Guy Peruchot sera révoqué. Son indignation n'a pas trouvé d'écho chez le Préfet de Police. Principal accusateur des "casseurs" du 23 mars 1979, le brigadier Kayser détient, dans son armoire personnelle, un portrait d'Hitler. Bizarrement, ce n'est pas lui qu'on interroge mais Louis Maury, un de ses collègues, qu'on va bientôt muter: il a voulu alerter l'IGS. Comment une compagnie de CRS a-telle pu scander des chants SS, sans être inquiétée? Le secrétaire général du syndicat des CRS, Roger Cousin, pousse un cri d'alarme: les paroles qu'on fait chanter aux élèves du C.N .I.A.P.N. de Sens s'inspirent directement d'un chant allemand. Récemment, c'est un garde mobile qui se fait remarquer par l'adjoint au maire d'Angres: son casque est orné de bandes adhésives sur lesquelles sont dessinées des croix gammées. provoquent la suspension de Durand. Il ne sera révoqué définitivement qu'en septembre. Question: pourquoi ne l'a-t-il pas été plus tôt? Quand "l'affaire" éclate, on découvre avec étonnement que Durand n'a jamais été titularisé, alors qu'il aurait dû l'être depuis 1979. "Paul-Louis Durand était administrativement hors statut constate le SNAPC - Syndicat National Autonome des Policiers en Civil. Sa situation parfaitement anormale est la preuve que le ministère savait qu'il militait dans les mouvements d'extrême-droite. Nous ne pouvons accepter dans nos rangs des gens qui se réclament du nazisme et savons qu'il y a d'autres fonctionnaires qui ont les mêmes sympathies dans les directions et, entre autres, dans celle du personnel, il faut vider l'abcès" . On pourrait peut être ainsi apprendre qui se cache derrière l'organisation - qui a revendiqué l'assassinat de Pierre Goldmann - "Honneur de la police ... " "Les policiers, en dehors de leur service, sont libres d'avoir leurs opinions et il est certains mouvements dont l'activité s'exerce dans le respect de la légalité républicaine" répond M. Christian Bonnet, faisant preuve d'une indulgence à laquelle il ne nous a guère habitués. Outre qu'on puisse s'interroger sur la manière dont sont recrutés les policiers, il faut bien avouer qu'avoir confié la "protection rapprochée" du grand rabbin Kaplan à un antisémite notoire tendrait à démontrer que les enquêtes de moralité de l'IGS (Inspection Générale des Services) sont bien mal faites. A moins que la seconde section des RG - spécialisée dans l'extrême-droite - n'ait pas fait son devoir et ait "omis" de transmettre quelques informations? Le juge d'instruction Guy Joly le laisse supposer dans la lettre qu'il adresse au commissaire Leclerc le 21 août. Cette lettre, n'a toujours pas reçu de réponse lorsqu'elle est publiée par le Canard Enchaîné le 15 octobre. Chargé de l'enquête sur I les attentats racistes et antisémites, le juge s'étonne de voir son travail systématiquement saboté par la Brigade Criminelle ... Secrétaire général du SNAPC, José Deltorn va porter des accusations graves, au lendemain de l'attentat de la rue Copernic. Ces accusations expliqueraient bien des choses. "Un adhérent de la FANE sur cinq est pour notre honte un policier." Il affirme détenir les noms. M. Christian Bonnet proteste, s'insurge, menace. Il doit pourtant être le premier averti des agissements de ses troupes, puisqu'un premier fichier a été saisi chez Fredriksen et que d'autres - provenant de perquisitions chez les militants d'extrême-droite - sont actuellement détenus par les R.G. Le malaise est actuellement à son comble. Président de la FASP (Fédération Autonome des Syndicats de Police), Henri Buch, à son tour, attire l'attention de l'opinion sur "des activistes qui ne sont pas des policiers dévoyés mais des militants des milieux nazis qu'on a laissés entrer dans la police". La vigilance s'impose. Faut-il en déduire pour autant que la police est truffée de fascistes? Certainement pas, mais qu'elle soit infiltrée par quelques éléments néo-nazis ne fait guère de doute. N'yen aurait-il qu'une trentaine sur un effectif de 100.000 que ce serait encore trop. "Le racisme c'est l'ignorance, confie Bernard Deleplace, le secrétaire 'général du SGP. Plutôt que de nous poursuivre, le ministère de l'Intérieur devrait tout mettre en oeuvre DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 pour bien former les policiers et les informer sur les lois anti-discriminatoires. Est-ce vraiment le rôle du syndicat que d'assurer cette formation ? Au lieu de confier des missions racistes aux gardiens de la paix, de leur faire croire que les immigrés vivent à nos crochets, il faudrait expliquer qu'il y a, en France, des déportés de la faim." E xemples brûlants de ces "missions" racistes, les récentes opérations contre des foyers ou des quartiers d'immigrés. Le 15 novembre à 18 h 30, c'est un foyer de la rue Marc Seguin, dans le 18e arrondissement de Paris, qui est cerné par la police. Interdiction d'entrer et de sortir, insultes, tentative de fouille des chambres. Plusieurs centaines de travailleurs africains encerclés pour retrouver un hypothétique "voleur de chéquier" qui d'ailleurs, malgré ce déploiement de force, semble s'être évaporé! Le 19, c'est tout un quartier de Lyon qui connaît le même sort. Prétexte invoqué: on cherche des voleurs de bijoux. Résultat de la mission: 24 personnes arrêtées pour "situation irrégulière" ... et l'idée un peu plus profondément ancrée dans les têtes que délinquance et immigration sont deux phénomènes qui vont de pair. Même jour, la police investit un foyer d'immigré de Saint-Denis, dans la banlieue parisienne, pour en éjecter les locataires en grève de loyer malgré une ordonnance de sursis à expulsion prononcée par le tribunal. Qui a intérêt à ce que les hommes chargés de ce genre de travail ne se posent pas trop de questions? "Le policier de base n'est ni plus ni moins raciste que le français moyen, conclut Bernard Deleplace. Seulement, quand il l'est, cela se voir davantage." Les retombées du massacre de Bologne ont pour le ministère de l'Intérieur des conséquences plus fâcheuses: c'est la police italienne qui dénonce en août dernier les agissements d'un inspecteur français, sympathisant du mouvement néo-faciste de Gorgio Almirante. Carine LENF ANT .. INTERVIEW ................................ ~ .......................... .oe ...................................... .. L e même Durand Paul-Louis écrivait au MRAP le 20 février 1978 : "Huit camarades élèves inspecteurs et moi-même avons choisi de réaliser un dossier sur le racisme qui sera ensuite classé dans la bibliothèque de l'Ecole ( ... ). Pour ma part, je suis chargé d'effectner un panorama sur les organisations racistes et néo-nazies en France ( .•. ) Il va sans dire que le dossier constitué par notre équipe sera antiraciste, sans ambiguïté et que votre organisation sera citée." A cette époque, Paul-Louis Durand appartient déjà à la FANE, cette organisation d'extrême-droite animée par Mark Fredriksen. Depuis, la FANE a revendiqué une série d'attentats antisémites et proféré des menaces de mort à l'égard de personnalités juives comme Me Nordmann et Serge Klarsfeld ... Tollé dans la presse, gêne à la direction de la police, les "révélations" de la police italienne FINI,LE SYNDICALISME ALIMENTAIRE M. José Deltorn, secrétaire général du Syndicat National Autonome des Policiers en Civils (S.N .A.P .C.)(I) a accepté de faire le point avec Différences après les révélations concernant la présence de policiers - notamment l'inspecteur Paul Durand - au sein de la FANE, l'organisation néo-nazie, aujourd 'hui dissoute. Question: L'administration connaissait-elle les activités politiques de Paul Durand? M. José Deltorn: Bien sûr! Elle savait depuis septembre 1979 qu'il entretenait des liens étroits avec les milieux néo-nazis internationaux et publiait des articles dans Notre Europe, la revue de la FANE. Question: Aucune mesure disciplinaire 20 n'avait été prise à son encontre? M. José Deltorn : Non! Il a bénéficié dans le déroulement de sa carrière d'un régime de faveur exorbitant. Si les Italiens, après l'attentat de Bologne, n'avaient pas révélé le pot aux roses et alerté l'opinion publique, il y a fort à parier qu'il ferait aujourd'hui encore partie de la police. Question: Vous confirmez qu'il y avait 30 policiers dans l'ex-FANE? M. José Deltorn ': Je confirme! Je ne peux bien entendu donner les noms. J'affirme, en outre, que le laxisme de quelques uns et la complicité de quelques autres ont permis l'infiltration de la police par la FANE. Question : M. Christian Bonnet affirme que certains de ces policiers sont en service commandé et qu'ils militent dans les mouvements d'extrême droite à des fins de renseignements? M. José Deltorn : Soyons sérieux! Je ne nie pas qu'il faille pour obtenir des informations avoir recours à des indicateurs ... Mais attention ! Pour obtenir des renseignements sur les braqueurs du grand banditisme, on ne ~ demande pas aux enquêteurs de se livrer à des j; agressions à mains armées et de mettre des ~ filles sur le trottoir. ~ Question: Le ministre de l'Intérieur vous accuse de déshonorer la police. M. José Deltorn : Nous avons dénoncé la présence de brebis galeuses dans la police précisément pour défendre son honneur. Nous l'avons fait. Nous continuerons à le faire. La police est, pensons-nous, l'un des piliers de la démocratie. A ce titre elle doit être propre. Ce sont les hauts responsables de la police qui, par leur comportement, la déshonorent. Pas nous. Question: Le ministre de l'Intérieur a porté plainte en diffamation contre vous et M. Buch, secrétaire général de la FASP. Qu'est ce que vous en pensez ? M. José Deltorn : Pour moi, il s'agit d'un aveu d'impuissance. D'autre part, il nous offre ainsi une tribune que nous allons utiliser. Question : Comment réagi la "base" aux accusations que vous avez portées ? On parle de tiraillements ? 21 M. José Deltorn : C'est vrai qu'au départ plusieurs de nos collègues ont été choqués, traumatisés. Certains estimaient qu'il fallait garder secrètes nos informations et intervenir auprès du Ministre afin qu'il se décide, enfin, à agir. Nous, nous pensions que ce n'était pas la bonne méthode. Quoi qu'il nous en coûte, il faut savoir se remettre en question. Après que le venin, distillé intelligemment par certains médias et certains groupes de pression gouvernementaux, se soit dissipé, je suis certain que ces collègues comprendront que nous avons eu raison d'agir comme nous l'avons fait. Ce n'est pas une démarche facile, je l'avoue, mais nous maintiendrons le cap! Nous ne voulons plus faire du syndicalisme alimentaire! Au risque de déplaire au ministre de l'Intérieur, je lui signale que la vague de démission qui devait, disait-il, affaiblir notre syndicat ne s'est pas produite. J.-P. G. (1) Le S.N .A.P .C. regroupe 10 000 adhérents. Il a obtenu 75 "'. des voix aux élections paritaires. En débat ANTISIONISME UNE FORME D'ANTISEMITISME? ntisionisme antisémi" A tisme" : la banderole que portent de jeunes militants qui suivent le "Renouveau juif" ne fait visiblement pas l'unanimité. Ce travailleur Maghrébin qui s'est rendu à la manifestation du 7 octobre organisée par le MRAP après Copernic râle franchement

"C'est dégueulasse 1"

Le 10 novembre 1975, l'Assemblée Générale des Nations Unies assimilait le sionisme" à une forme de racisme et de discrimination raciale". Aujourd'hui, M. Begin, Premier Ministre de l'Etat d'Israël, accuse le gouvernement français d'avoir pris une large part dans le développement de l'antisémitisme en France en y favorisant la mise en place d'un bureau de l'OLP et en poursuivant une politique jugée par lui unilatérale et pro-arabe. Des forums internationaux aux rues de Paris, le débat est ouvert avec, en filigrane, la définition du racisme et une situation internationale explosive. 5 personnalités engagent le dialogue, sur cette question, avec les lecteurs de "Différences" . HAJDENBERG HENRI BOURDET CLAUDE Président du Renouveau Juif Ce qui caractérise fondamentalement l'antisionisme, c'est de refuser au peuple juif, ou à une partie de ce peuple le choix de s'organiser étatiquement, et donc de se déterminer comme il l'entend. Cette négation n'est-elle pas, à elle seule, antisémite? 1/ existe un dénominateur commun à l'antisémitisme et à l'antisionisme: c'est la disproportion, l'exagération, la focalisation. Les résolutions antisionistes des organisations internationales (assimilation sionismeracisme à l'ONU, motion proclamant que le sionisme est l'obstacle principal à l'émancipationféminine au congrès de la "Libération de la Femme" à Mexico, etc .. .) ne sont-elles pas l'exacte réplique, modernisée et épurée du protocole des Sages de Sion, ou du "Je suis partout" ? Si l'antisémitisme a fait du Juif l'exclu du peuple, l'antisionisme veut faire d'Israël l'exclu des nations. A cet égard, les plus démunis, dans les périodes de crise économique, constituent toujours une proie de choix dans l'intoxication an ti-juive. (Voir l'antisémitisme populaire d'hier, l'antisionisme tiers mondiste d'aujourd'hui). Ceux qui caricaturisent les "sionistes" dans les gazettes de Damas, de Ryad ov de Moscou, leur prêtent les mêmes traits que ceux jadis utilisés par leurs collègues du Sturmer ou de Gringoire pour dépeindre le youpin ? Si pour quelques uns, antisionisme et antisémitisme sont certes des notions distinctes, il faut être, sur le terrain de la pratique antijuive quotidienne, conscient qu'elles apparaissent parfaitement interchangeables et , complémentaires. Ainsi, le boycott économique, à l'origine anti-isralélien, prend de plus en plus un caractère antisémite: des employés juifs sont actuellement mis à l'index. Et ne retrouve-t-on pas dans le langage des néo-nazis d'aujourd'hui des slogans antisionistes au nom de la libération de la Palestine. Il faut prendre garde: le dérapage de l'antisionisme à l'antisémitisme est constant, et c'est faire de l'antisémitisme de n'accepter comme "bon juif" que celui qui voudrait rompre ses liens avec le sionisme. 22 Claude Bourdet, journaliste et écrivain, est membre de la présidence de l'association •• France-Palestine' , . I l y a des antisionistes qui glissent de leur hostilité contre l'Etat d'Israël à une condamnation raciste des juifs en tant que tels l'OLP a mené une campagne constante contre l'amalgame "juif-sioniste" et fait la distinction entre les Israéliens sionistes et ceux qui ne le sont pas. Il y a aussi des antisémites qui, par haine de tout ce qui est juif sont, de surcroit antisionistes. Cependant à l'instar de Xavier Vallat, ancien commissaire aux affaires juives de Vichy, qui l'expliquait dans un article intitulé "Mes raisons d'être sioniste" (Aspects de la France, 15/6/67), les antisémites modernes et méthodiques, qui n'osent plus préconiser l'extermination, considèrent avec intérêt la possibilité d'expulser les juifs vers Israël ou de leur attribuer d'office le passeport israélien. Beaucoup d'antisémites, sans aller aussi loin dans leurs déclarations, pensent la même chose. C'est pourquoi le soutien d'ensemble apporté par une bonne partie de la droite française à tous les gouvernements d'Israël reflète à la fois le racisme anti-arabe et le désir de séparer les juifs de la communauté française. Et plusieurs fois, des dirigeants israéliens ont souligné que l'antisémitisme présentait au moins un avantage, celui de détourner les juifs de l'assimilation et de les pousser vers Israël~ Un démocrate occidental ne peut être ni antisémite, ni raciste sous une autre forme. Il ne peut pas davantage accepter les aspects impérialistes et racistes de la potitique israélienne. Même s'il reconnait que l'Etat d'Israël est une réalité qui ne saurait être supprimée, il sera classé comme "antisioniste" et même, très vite, comme antisémite. Le danger le plus grave, c'est qu'une opinion publique inquiète et simpliste ne pratique à sa façon le même amalgame et ne finisse par rendre la communauté juive responsable de la politique israélienne et de ses conséquences internationales. Léon Poliakov est historien de l'antisémitisme, matière qu'il enseigne à la Sorbonne. Il a écrit notamment, sur ce sujet, le "Bréviaire de la haine". I l y a plus de dix ans, je parlais, dans un petit livre intitulé De l'antisionisme à l'antisémitisme, de la "frontière, parfois fine comme un cheveu, mais toujours hautement significative, qui sépare l'antisionisme de l'antisémitisme". Hélàs, la remarque ne s'appliquait pas à tous les pays, puisque dans l'Union Soviétique actuelle (sans parler de la radicale purge polonaise du printemps 1968), le vocable antisionisme ne sert qu'à recouvrir des mesures discriminatoires qui peuvent être plus ou moins graves, mais dont le caractère racial est patent. Il en va autrement dans l'Occident, où il aurait fallu, cas par cas, les reins et les coeurs, compte tenu de ce que la conviction antisioniste y peut être exempte de toute pointe raciste, comme elle peut n'être qu'un masque pour une honteuse passion. Que la grande politique internationale et d'immenses intérêts financiers s'en mêlent est également bien connu. Pour le reste, je réserverais mon jugement: en fonction du cours que prendra l'histoire, l'antisionisme peut effectivement confluer avec l'antisémitisme, comme il peut dépérir, après avoir désigné une fâcheuse séquelle de la crise du Moyen-Orient. Espérons pour le mieux ... ALLEGHENRI Henri Alleg est secrétaire-général du journal l'Humanité. Ancien directeur de "L'Alger Républicain" , il fut arrêté et torturé pour ses positions en faveur de l'Indépendance algérienne. Il relate son expérience dans son livre "La Question." Tirer argument d'un crime raciste aussi odieux que celui de la rue Copernic pour régler ses propres comptes politiques exige une certaine indécence. Certains n'ont pas hésité. Ainsi, a-ton vu le premier Israélien, M. Begin, expliquer que, moralement, les véritables responsables de l'attentat étaient ceux qui toléraient les attaques contre la politique de son gouvernement. Passe encore pour M. Begin qui sait faire flèche de tout bois. Mais on a vu mieux, en France, de la part de certains prétendus porte-paroles de la communauté juive. Ils ont été encore plus loin, assimilant purement et simplement ceux qui n'appréciaient pas la politique brutale du gouvernement israélien à l'égard des Palestiniens, revendiquant leur propre droit à l'existence, à des "antisémites". A ce compte là, il y a beaucoup de Juifs antisémites en France, Plus généralement encore on a vu des "théoriciens" de la même eau tracer un trait d'égalité entre le rejet des théories sionistes et l'antisémitisme. Dans cette confusion voulue, il faudrait donc, pour être reconnu comme un militant honnête de la lutte antiraciste, accepter les yeux fermés le dangereux expansionisme des faucons israéliens, les injustices commises contre les Palestiniens, et les discriminations exercées contre les Arabes en Israël même? Comment ne pas voir qu'une telle attitude va justement à l'encontre des intérêts d'avenir du peuple israélien lui-même et qu'elle est secrètement applaudie par ceux qui sont à la fois les ennemis des Juifs et des Arabes? Nous ne tomberons pas dans cette diversion. Contre le racisme sous toutes ses formes, contre les résurgences néo-nazies, il n'y a qu 'un seul et même combat. Ne le laissons pas détourner. 23 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 GREMY FRANCOIS '1 François Grémy est titulaire de la chaire de bjomathématiques à la faculté de médecine (Pitié Salpétrière). Il est depuis mars 1980 président du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples). On ne peut faire l'amalgame entre antisémitisme et antisionisme. La réalité montre qu'entre les deux termes, toutes les combinaisons existent. On a vu des racistes se déclarer favorables à la politique d'Israël parce que ce pays est en lutte avec des Arabes ou même parce que le départ de tous les juifs vers Israël leur semblait une solution à ce qu'ils appellent le "problème juif". Par contre, nombreux sont ceux qui, ne partageant en rien les options sionistes sur l'avenir de la Palestine, n'en sont pas moins très actifs dans la lutte contre l'antisémitisme et tous les racismes. Ceci dit, les antisémites "à visage antisionistes" existent aussi et l'on doit dénoncer ce camouflage pernicieux. L 'extrême droite, de Sidos à la FANE, emploie couramment le terme de "sioniste" pour éviter de dire "juif" et de tomber directement sous le coup de la loi. On trouve ce genre de confusion jusque dans des publications parues en Union Soviétique qui tentent - en vain - de donner un habillage "an ti-impérialiste " aux vieux clichés du racisme contre les juifs. La solidarité justifiée avec le peuple arabe de Palestine qui connaît en Israël et dans les territoires occupés d'injustifiables discriminations, n 'y gagne rien, au contraire. Tout d'abord, il ne peut exister de solution juste et durable au conflit israélo-palestinien que dans un compromis qui garantisse les droits des deux nations. Enfin, l'antisémitisme qu'on justifierait ainsi ne manquera pas d'être utilisé par les pires ennemis de la paix entre Israéliens et Palestiniens. Régionale NICE Les "bonnes" fées de l'extrême-droite veillent sur la ville SE NNA A UN CLIMAT DE FASCISME DISCRET A Nice, comme ailleurs, le taxi est souvent le premier salon où l'on cause. Un premier contact pour le journaliste solitaire, une première confrontation qui permet de tâter le pouls d'une ville à découvrir. Une première auscultation à chaud par le biais d'un chauffeur loquace. Et un premier diagnostic. "II Y a beaucoup d'immigrés à Nice, n'est-ce pas ?" "Ouais. Pas mal. Des immigrés qui ont de l' argen t !" La voiture rejoint la Promenade des Anglais. A droite: mer, plage de galets, promenade interminable; à gauche: lampadaires, palmiers, hôtels de luxe et immeubles de standing. On n'échappe pas aux images d'Epinal. Le dépliant touristique déroule ses photos. On devine, pourtant, que ce luxe n'est peutêtre qu'un paravent. Devant un hôtel éclaboussé de lumière, le chauffeur balance la tête de bas en haut. "Ça, dit-il, c'est le Négresco. C'est là qu'ils s'installent quand ils "montent" sur la Côte. " De la même manière qu'un Niçois "monte" à Paris, un Arabe "Monte" à Nice: regardez une mappemonde et vous comprendez. "Les plus riches, ajoute le chauffeur, ont carrément acheté des appartements, des immeubles. Pour ça, du fric, ils en ont: le pétrole !" "Ils ne sont pas tous aussi riches ?" "Ça c'est vrai. Les autres, ils sont derrière nous, de l'autre côté, vers la plaine du Var. Tout près de la rivière. Plusieurs centaines. Ah oui ! Ils sont moins bien logés: dans des barraques en contreplaqué. Ca n'a rien à voir avec ceux d'ici." "Vous vous entendez bien avec les immigrés, ceux d'ici et ceux de là-bas ?" 24 "Vous savez, à Nice, il y a beaucoup d'étrangers. Il paraît qu'on y a recensé près de cent nationalités. Moi, on me hêle, je fais ma course, on me paye, bonjour-bonsoir et merci. C'est tout." U n bidonville sordide, "l'autre côté", c'est là que vivaient les travailleurs immigrés coincés entre la route nationale et l'aéroport dont un prospectus touristique rappelle fièrement qu'il est le plus fréquenté de France, après Roissy. Prosmiscuité gênante pour l'image de marque de la ville et le moral des touristes qui, appareil photographique en bandoulière, débarquent, l'été, sur la Côte. Comme il était exclu de raser les habitations de tôle et de carton, on fit ce que Guy Bedos préconisait dans son sketche "Marrakech" : on installa autour du camp une palissade de bois, haute de plusieurs mètres. Il fallut des années de lutte pour obtenir la disparition du bidonville et la création d'une cité modulaire préfabriquée, à quelques kilomètres de là, dans la plaine du Var. 1.500 immigrés célibataires sont parqués dans ce ghetto isolé de tout, bordé à gauche de terrains vagues et d'une usine; à droite d'une route à grande circulation par laquelle transitent, l'hiver, les Niçois se rendant dans les stations alpines de Valberg, d'Isola 2000 ou de la Foux d'Allos. Officiellement, il s'agit d'une installation provisoire. Une cité de transit comme on dit dans le jargon administratif. Le provisoire dure depuis des années. Les locaux, non entretenus, se dégradent au fil des jours. Les habitations tombent en ruine. Le vent s'infiltre partout; la maladie avec. Mais pas question de réparer les dégâts. La cité, nous assure-t-on, a été conçue à titre provisoire et donc il n'y a pas lieu d'engager des frais, de remettre en état des maisons appelées à disparaître sous peu. Sait-on quand le provisoire prendra fin ? Nul ne peut répondre! A-t-on prévu de reloger les immigrés dans l'hypothèse où le bail ne serait pas renouvelé? Mutisme! La cité modulaire de la plaine du Var a encore de beaux jours devant elle. L es "pyramides" construites par les immigrés, à Villeneuve-Loubet non loin de Nice, ne leur ont pas pour autant ouvert les portes de l'imposante et luxueuse Marina-Baie des Anges. Le promoteur a usé des grands moyens pour expulser ceux d'entre eux qui s'étaient installés dans de vieilles habitations, au bord du chantier. Le matin du 28 avril 80, des engins de terrassement sont entrés en action. Tout a été "nettoyé", selon la formule en vigueur à l'armée. Le soir, les 40 Algériens, au retour du travail, n'ont plus rien trouvé. Tout avait été rasé: les habitations, les meubles, les effets personnels. De nombreuses familles immigrées habitent Le sergent Joël Dupuy, membre du comité central du P.F.N. en compagnie de Jacques Médecin, Maire de Nice. dans le "vieux Nice". Pas pour longtemps apparemment. La municipalité a récemment engagé une opération de "rénovation de l'habitat", expression savante souvent employée par ceux qui veulent faire rimer rénovation et expulsion. "La ville recourt à son droit de préemption, nous déclare un animateur du Comité d'Action Sociale, pour acheter en priorité les immeubles où vivent les immigrés. Le but est de les meUre dehors. Dans la rue Benoit Bunico, il y a quelques temps, des immigrés ont trouvé, un soir, la porte d'entrée de leur immeuble murée." Quelques foyers pour travailleurs immigrés ont été installés à la périphérie de Nice. Quatre sont déjà en activité: Saint-André de Nice, Les Sagnes, Riquier, Canta-Galet. Un cinquième est en construction. Le projet d'en édifier un sixième à la Madonette a été abandonné. Un conseiller municipal, M. Calza (U.D.F.), qui a fait ses premières armes à la Faculté de Droit de Nice en qualité de militant d'extrême-droite, a rameuté la population sur le thème: pas d'immigrés ici. Il paraît que chaque fois qu'un immigré se montre quelque part, la valeur des appartements avoisinants baisse. M. Calza a obtenu gain de cause ! DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 A Monaco, une mesure encore plus radicale a été prise à l'encontre des immigrés: ils ont le droit de travailler dans la Principauté mais non de s'y installer. "Le racisme, ca existe ici aussi, explique Alain Anne, membre du bureau fédéral du Parti Communiste. Nous sommes confrontés à un racisme diffus, latent qui peut prendre un tour violent, qui peut s'exprimer par des agressions, des menaces, des ratonnades. Il s'est produit à Grasse il y a quelques années et à Nice aussi. L'extrême-droite est puissante, plus que ne laissent supposer ses résultats aux différentes élections. Des slogans tels que "les immigrés prennent notre boulot", "envahissent nos hôpitaux", ont fait mouche dans certains milieux." L'abbé Pierre Tixier, aumonier diocésien de la Pastorale des migrants partage ce point de vue. Mais il y a plus grave. "Les immigrés, dit-il, se sentent menaçés. Le soir, ils se calfeutrent chez eux, évitent de sortir. Il y a quelques mois, après les cours d'alphabétisation j'étais contraint de ramener mes élèves à bord de ma voiture. Ils avaient peur." Sur le front de l'antisémitisme, la situation n'est guère plus réjouissante. La liste des méfaits commis contre la communauté juive de la Côte d'Azur est éloquente: violation de synagogues, profanation des rouleaux de la loi à Antibes, Cannes et Nice cet été; menaces téléphoniques la nuit ("Prépare-toi, tu vas mourir", "Fous le camp en Israël") ; interpellations racistes dans la rue ("Sale juif", "Sale Youpin") ; apparition de graffittis antisémites, signés FANE, sur les murs des villes; lettre de menaces contre 70 personnalités juives de Nice envoyée au MRAP. "On a assisté à une lente montée de l'antisémitisme à Nice ces dernières années", déclare .. CENSURE .................................................... .. JE PEUX DEVENIR UN TERRORISTE • FR3-Nice a consacré un reportage à l'extrême-droite et plus précisément à la FANE au début du mois d'octobre. A la demande de la direction l'émission n'a pas été diffusée. Les syndicats de journalistes - toutes tendances confondues - ont protesté contre cet acte de censure. Nous avons pu nous procurer le script de l'émission et notamment l'interview d'un militant niçois de la FANE, un certain Chapelle. Une pièce à joindre au dossier instruit contre le groupe néo-nazi. Après avoir loué l'action d'Hitler ("un homme exceptionnel dans le sens où il ne vivait que pour son peuple"), défini le national-socialisme comme une doc- Chapelle à FR 3. 25 trine visant à assurer "la justice sociale, l'égalité des chances pour tout le monde, du fils de l'éboueur au fils du chef de l'Etat", l'activiste néo-nazi affirme qu'il veut détruire la société ("Ah, ben oui !"). Par quels moyens? "Hitler est arrivé par les élections.' , • Mais si les citoyens refusent de voter pour les nationaux-socialistes, il est prêt à employer d'autres arguments: "Je peux devenir un terroriste. Un jour." • Le journaliste de FR3 lui présente la leUre de menace envoyée à des personnalités juives et signée de l'insigne de la FANE. La reconnaît-il? "Non, je ne reconnais rien de spécial." Il avoue cependant qu'une des phrases portée sur la leUre pourrait avoir été écrite par un militant de la FANE: "Dissolution ou pas nous continuerons le combat. Ça, ça peut être de nous. Personne ne pourra nous faire taire. Exact. Nos actions seront de plus en plus nombreuses. Oui. De plus en plus violentes." Régionale NICE René Tchoukriel, Président du Consistoire israélite de Nice, le troisième en importance en France après Paris et Marseille. "Le fait nouveau réside dans l'accélération des événements", ajoute-toi!. Que fait la police? Officiellement, elle affirme avoir mis la FANE sous surveillance. Elle enquête, interpelle, interroge, inculpe, quelquefois écroue puis relache. La FANE compte, à Nice, une trentaine de militants. Un groupuscule qui compense sa faiblesse numérique par un activisme inquiétant. "La plupart d'entre eux, nous déclare un journaliste niçois, sont des jeunes qui militent pour la première fois dans une organisation. D'autres proviennent du P.F.N. et du Front National avec lesquels ils ont rompu parce qu'ils les considéraient comme trop modérés. Enfin quelques uns sont issus d'un mouvement nazi rival qu'ils ont quitté parce que leur leader a épousé ... une juive". L a FANE niçoise entretient d'étroites relations avec les néo-nazis italiens. Marco Affatigato, interpellé après l'attentat de Bologne qui a fait plus de 80 morts cet été, n'a-t-il pas porté sur les fonds baptismaux la section niçoise du mouvement de Fredriksen ? Au moment de son arrestation, les policiers ont découvert à son domicile une liste de personnalités juives de la région. Après enquête, il est apparu que cette liste était une photocopie d'un document éditée par la communauté israélite à l'occasion d'une soirée organisée à l'hôtel Méridien. Or, à l'époque, le chef de service de sécurité de l'établissement était un certain Daniel Milan, militant de la FANE, arrêté par la police après l'envoi de lettres de menaces à plusieurs Juifs. Il n'est point besoin de s'appeler Sherlock Holmes pour établir la véritable nature des relations existant entre Affatigato et Milan. La chaîne de solidarité - Spaggiari dirait la Caténa - qui lie plusieurs mouvements néonazis en Europe passe par Nice. La capitale de la Côte d'Azur en est un des maillons les plus solides. Proche de la frontière italienne, elle joue le rôle de zone de repli, de base logistique. Les terroristes de l'extrême-droite viennent s'y mettre au vert, s'y faire oublier après un mauvais coup commis au "front" en Italie ou ailleurs. C'est à juste raison qu'un hebdomadaire local, "Le Patriote Côte d'Azur" a parlé de "base noire". Ne dit-on pas que certaines armes de guerre transitent par un port azuréen avant d'aller alimenter les dépôts néo-nazis transalpins? Mario Tuti, le meurtrier de deux policiers italiens, l'auteur d'un attentat qui a fait 12 morts, l'ami d'Affatigato, l'homme que la revue de la FANE considère comme un "camarade", n'a-t-il pas été arrêté à SaintRaphaël, dans le Var, à 50 kms de Nice. La police connaissait parfaitement les liens unissant Mario Tuti, Marco Affatigato et la FANE. Un avis de recherche diffusé le 16 avril dernier à Marseille précisait en effet qu'Affatigato "a été impliqué dans le recel de Mario Tuti". Il précisait, en outre, que le militant néo-nazi s'était "installé dans le Sud-Est de la France" dans le but de superviser "la création d'un mouvement d'extrêmedroite à tendance néo-nazie". Le 17 avril, le lendemain de la diffusion de cet appel, la police monégasque (laquelle dépend néanmoins de la police française) interpellait Affatigato alors qu'il faisait de l'auto-stop. Le procès-verbal de l'interpellation dressé à ce moment montre que les policiers savaient parfaitement à qui ils avaient à faire. Pourtant, Affatigato retrouvait la liberté sans être inquiété. Seul bénéficiaire de ces événements troublants: le policier monégasque, responsable de l'interpellation du néonazi italien. Trois mois plus tard, après l'attentat de Bologne, ses supérieurs hiérarchiques l'ont gratifié, généreusement. .. d'un jour de congé supplémentaire! L'attitude des responsables policiers, leur apparente inefficacité, le soin persistant avec lequel ils ont omis d'exploiter les informations décisives en leur possession, conduisent à se poser des questions. Pourquoi n'a-t-on pas agi avant que les néo-nazis soient en mesure de frapper? L es autorités savaient, qu'il s'agisse de l'enquête concernant Affatigato ou de celle visant la FANE. Elles connaissaient bien les activités du premier. Elles le recherchaient même. Officiellement. S'agissant de la FANE elles savaient aussi à quoi s'en tenir. Le mouvement néo-nazi a toujours annonçé la couleur notamment dans sa revue locale "Nice Enchaîné", que l'on pouvait se procurer auprès de plusieurs kiosques à journaux de la ville. Dans le numéro d'août 80, un article dési- • Au nom des catholiques azuréens, Mgr Jean Mouisset, évêque de Nice, a vigoureusement condamné l'attentat de la rue Copernic et les manifestations antisémites qui se sont produites à Nice. Le communiqué qu'il a fait paraître a été lu dans toutes les églises et chapelles du diocèse. Il a accepté de faire le point avec DIFFERENCES. • Question : Quelles réflexions vous ont inspiré les récentes manifestations de racisme en France? Mgr Jean Mouisset : Par tout ce qu'il rappelle et fait redouter, l'antisémitisme est une forme particulièrement inquiètante de la haine. La preuve est faite qu'il est toujours présent et actif. Les chrétiens ne peuvent 26 gnait l'ennemi à abattre. Sous le titre "Juifs niçois", on lit ceci: "Sachez que la FANE répondra avec violence à la moindre provocation de votre part. En tant que nationauxsocialistes, nous sommes résolus à lutter avec la dernière énergie contre tous les ennemis de notre peuple et de notre race ... Juifs de Nice entendez cet appel et cessez de vous immicer dans des affaires qui ne vous concernent pas, dans celles qui concernent exclusivement le peuple français. Sachez que vous n'êtes pas ici chez vous et agissez en consé.quence. Ne renouvelez pas l'erreur de vos anciens qui, à force de semer la haine parmi les Allemands ont fini par en être les victimes. Il se pourrait bien qu'un jour, les Français, eux aussi, se réveillent. " Deux mois plus tard, c'était Copernic. L'attentat de Paris a été, ici, durement ressenti. Un véritable électro-choc comme en ont témoigné les manifestations de protestations organisées au lendemain de l'attentat et le meeting du MRAP à la Salle Bréa. L eGrand Rabbin Kling affirme: "Nous ne pensions pas qu'ils iraient si loin. Cet événement dramatique a pu se produire parce qu'il existe en France un climat latent d'antisémitisme et de racisme. La persistance de cette ambiance malsaine ici à Nice et en France est en soi plus grave que l'attentat de la rue Copernic, aussi horrible soit-il. Nous sommes, à mon avis, au début d'un processus." A Nice, l'extrême-droite traditionnelle (Front National et P.F.N.), celle qui gravite autour de Jacques Médecin, le Maire de la ville, s'est empressée de condamner l'attentat de la rue Copernic et la vague antisémite qui a déferlé dans la région. Jacques Médecin, lui-même, a exprimé sa solidarité avec la communauté juive de la ville, faisant, en particulier, interdire la vente d'objets et insignes oublier le lien qui, par le Christ, ne cesse de les unir au peuple juif. Ils auront à coeur de le montrer par des gestes concrets de fraternité. Nous sommes tous les fils du même Père. Nous sommes frères. Nous devons nous considérer comme tels. Quelles que soient les oppositions de tempérament, de civilisation, de mentalité, nous avons pour tâche, les uns et les autres, de nous comprendre, de nous admettre différents. • Question: L'Eglise a pourtant professé l'antisémitisme dans le passé? Mgr Jean Mouisset : C'est beaucoup dire que l'Eglise a été antisémite. Il est sûr que dans un certain nombre de pays chrétiens il a pu y avoir, au cours de l'histoire, des problèmes et des manifestations que nous considérons aujourd'hui comme fâcheuses. Mais depuis longtemps, et surtout depuis le ConcIle Vatican II, les orientations sur cette question sont très nettes et l'ensemble du peuple chrétien y a communié et les applique. Depuis le Concile, des efforts ont été entrepris, au niveau oecuménique pour mieux se connaître, mieux nazis sur l'étendue de la commune, déléguant un de ses conseillers municipaux au meeting que le MRAP organisait quelques jours après l'attentat. Ces prises de positions font, cependant, oublier une réalité autrement inquiètante. La FANE joue à Nice un rôle irremplaçable, celui de paratonnerre. Elle dédouane l'extrême-droite officielle. Face aux enragés de Frédriksen, les "vieilles barbes" du Front National ou du P.F.N. paraissent si raisonnables, si modérées ! T radition oblige: l'extrêmedroite est puissante à Nice. La composition sociologique de la ville, l'histoire expliquent ce phénomène. Le Service d'Ordre Légionnaire, l'ancêtre de la Milice, a été créé à Nice en 1942 par un certain . .. Darnand. Au lendemain de l'Indépendance de l'Algérie, de nombreux militants O.A.S. se sont repliés sur la Côte d'Azur avec leurs rancoeurs, leurs haines, leurs "idéaux". Attirés qu'ils étaient par le climat, chaud et lumineux "comme là-bas ... " ainsi que par l'amitié agissante de Jacques Médecin. Le Maire de Nice a facilité leur installation. Il leur a ouvert toutes grandes les portes de l'appareil municipal, s'entourant, en outre, d'hommes connus pour la dextérité avec laquelle ils jouaient du nunchaku sur le campus de la fac de droit, l'Assas local, durant les chaudes années de l'après 68. Quelques noms en vrac: Michel Falicon, un ancien élu u G.U.D. au Conseil d'Université, l'intellectuel de la bande, a troqué l'habit noir d'activiste pour le complet veston plus respectable de chef de cabinet de Médecin quand celui-ci occupait le poste de secrétaire d'Etat au Tourisme. Jean Oltra, un ancien militant de l'A.G.E.N. (Associations Générale des Etudiants Niçois), une organisation d'extrême-droite locale liée au G.U.D., ne grimace plus quand on lui pose une question embarrassante, quand on émet une petite critique: sourire publicitaire à la bouche, il trône aux relations publiques; Gérard Renaudo, un "vieux combattant" de l' A.G. E. N. a rangé au placard la barre de fer et manie, désormais, la plume (au service du mensuel de Médecin "Nice Côte d'Azur") avec une conviction égale à celle dont il usait à la fac de droit pour convaincre ses adversaires politiques: Hélène Mattei, chef de cabinet de Médecin à la Présidence du Conseil Général, s'accomode fort bien de la contradiction qui consiste à soutenir un Maire U.D.F. tout en appartenant à un autre parti, le P.F.N., contradiction parfaitement assumée, semble-t-il, par M. Médecin, lui-même. Foin du passé, rétorqueront certains. Falicon et ses amis ont pu changer. C'est vrai. De telles conversions jalonnent l'histoire. Mais, dans le cas qui nous occupe, il paraît douteux que quatre ou cinq militants d'extrême-droite aient été touchés soudain par la grâce, au même moment, et se soient résolus, ensemble, dans un bel élan, à virer casaque au profit du même homme politique. Singulier chemin de Damas collectif qui aboutit sur les marches de la mairie de Nice. L e jumelage entre Nice et Le Cap, en Afrique du Sud, s'inscrit dans ce contexte. Il ne s'agit pas seulement de rapprochement entre deux cités. M. Médecin a récemment pris soin de le rappeler lors d'un voyage au pays de l'apartheid. "Les Noirs et les Métis ne sont pas encore capables de diriger l'Afrique du Sud" a-t-il notamment déclaré le 18 novembre. Après avoir estimé que l'Afrique du Sud était A Nice, manifestation anti-raciste contre les expulsions d'étudiants. 27 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 "victime de la presse de gauche et de la propagande soviétique", l'ancien ministre du Tourisme a fait l'apologie de la politique des bantoustans qui consiste à donner à tous les Noirs - 75 070 de la population - la citoyenneté de réserves disséminées sur 13 % du territoire sud-africain. "Jacques Médecin fait du Jean-Marie Le Pen sans l'avouer, déclaf'~-t-on dans les couloirs de la mairie. C'est un homme d'extrêmedroite. Mais, il fait attention. Il avance à petits pas jetant de temps en temps un clin d'oeil à l'extrême-droite. C'est ainsi qu'il a obtenu le vote par la ville de Nice d'une subvention de 5 000 F pour la remise en état de la stèle édifiée à Toulon à l'effigie du tueur de l'O.A.S. Degueldre." L'enquête est terminée. Le taxi me conduit à l'aéroport. Question au chauffeur: "Alors, Médecin, qu'estce que vous en pensez? C'est un bon Maire ?" "II gère bien la ville. C'est un grand Maire. Attention, il n'est pas parti de rien. Son père, Jean, lui a mis le pied à l'étrier. Jean, il a été Maire pendant presque quarante ans, avant, pendant et après la guerre. La continuité ne se situe pas seulement au plan de la gestion de la ville. J ai sous les yeux une lettre de Jean Médecin, le père de Jacques, adressée en 1942 au Président de la Légion Française des Combattants, une organisation pétainiste. On peut y lire: "Vous savez en effet, qu'au cours de ma carrière professionnelle, j'ai laissé à certains confrères, comme avocat du Consulat d'Angleterre, l'avantage d'assurer la défense à prix d'or, devant nos tribunaux, des Anglais oisifs, écraseurs ou pédérastes résidan t sur la Côte." Belle preuve d'ingratitude. C'est bien mal récompenser nos amis d'outre-Manche. Après tout, n'ont-ils pas contribué à l'essor de Nice, au siècle passé, en venant l'hiver y soigner leurs rhumatismes? Jean-Pierre GIOVENCO se comprendre. • Question: Quelle contribution l'Eglise peut-elle apporter à la lutte contre le racisme? Mgr Jean Mouisset : Le racisme est contraire à l'enseignement de l'Evangile. Nous faisons un effort tant auprès des jeunes que des adultes pour leur montrer la contradiction qui existe entre le christianisme et le racisme. L'Eglise intervient par l'enseignement de la parole de Dieu. Dans la Bible, notamment dans l'Ancien Testament, nous trouvons des textes antiracistes. • Question : Que pensez-vous des lois racistes qui visent les travailleurs immigrés? Mgr Jean Mouisset : L'Eglise en tant que telle n'a pas à se prononcer, mais des chrétiens réunis dans des organisations comme "Justice et Paix" et le "C.C.F.D." ont protesté contre le contenu de ces lois. Il y a eu aussi des interventions dans ce sens de la ~ Commission Episcopale sur l'Immigration qui réunit plusieurs évêques. Je pense qu'ils ont eu raison. •• PALMA ROME TUNIS ATH ENES Une ballade chinoise du 23 décembre au 2 janvier 1 ~.900 F Depuis 11 ans, J.S.F. est le spécialiste des voyages en CHINE: une vingtaine de voyages très variés sont prévus en 1981 ... 790F HONG-KONG 4.100 F NAIROBI 990F COLOMBO 3.500 F MAURICE 1.250 F DJAKARTA 4.300 F TANANARIVE 1.290 F NEW-YORK 1.710 F** BOMBAY 3.160 F 4.150 F 4.000 F 3.400 F MARRAKECH 1.490 F MONTREAL 2.240 F** BANGKOK 2.790 F LE CAIRE 1.690 F LOS ANGELES 2.570 F** TOKYO 5.300 F CASABLANCA 1.840 F MEXICO 2.940 F** PrtX au 1/10/80, valables sous certaines conditions •• départ Bruxelles de nombreuses autres possibilités de circuits, séjours et charters dans notre nouvelle brochure automne-hiver 80/81. le monde pour tout le monde jeunes sans frontière 5 rue de la Banque, 75002 Paris - 261.53.21 6 rue Monsieur le Prince, 75006 Paris - 325.58.35 36 rue des Bourdonnais, 75001 Paris - 236.31.62 7 bd Saint-Marcel, 75005 Paris - 331.50.29 GRENOBLE: 16 rue du Dr Mazet - 46.36.39 LILLE: 42 rue de Paris - 54.09.06 LYON : 5 place Ampère - 842.65.37 1~ BO-N GR-ATU-IT po-u.r re-cevo-ir san-s en-gage-ment- DD llaa- bbrroo-cchhuurree- ChiHveI-Nr E8 0/8-1 1 Nom : Prénom . - ------- " , 12 octobre 1492. Les Indiens découvrent Christophe Colomb. Des peuples entiers vont disparaître. Au Pérou, rien ne pourra anéantir Moi, Mario Choquehuanca, nâtif d'Azangaro, Indien quéchua, je veux vous parler de mon peuple. Le Soleil que vénéraient mes ancêtres, les Incas, brille toujours sur notre pays, le Tawantinsuyo - comme nous le disons - ou si vous préférez, le Pérou. Le sourire de la vieille indienne qui vous tend ces fleurs, c'est celui d'un peuple qui continue. Lorsque je suis né, la communauté d'Azangaro s'est réunie, comme on le fait pour chaque naissance, pour chaque mariage, pour célébrer l'ensemencement d'une terre ou la puberté des jeunes gens et des jeunes filles. Le plus ancien a broyé dans ses mains la coca, autrefois fruit sacré des Incas. Il en a gardé une partie dans sa main et en a mis dans un verre avec de la chicha, une boisson indienne. Il a salué le cosmos en jetant vers le ciel ce que tenait sa main puis il a versé sur la terre, Pacha-Marna, notre mère la terre, ce que contenait le verre. les descendants des Incas. MACHU PICCHU 30 J'étais entré en communion avec le monde où j'allais vivre, avec ma communauté, mon peuple. Plus tard, je m'efforcerais de suivre les trois commandements: "Ama Llula - Ama Qella - Ama Suwa" ; tu ne mentiras pas, tu ne te livreras pas à l'oisiveté, tu ne voleras pas. Souvent, au marché, je considère cette foule de chez moi. On est là pour échanger les marchandises, ces biens de la nature pour lesquels, tous, nous éprouvons un si grand respect. Mais derrière l'apparence, c'est la grande tradition quechua du Tinku qui se perpétue. Le Tinku : la communauté se réunit. Guerres, divorces, inimitiés, problèmes liés à la propriété. Tout peut s'arranger. Hommes et femmes, à rang égal, donnent leur avis, rendent leur jugement. Sur le bord de la place, les camions sont sagement rangés, enluminés des décorations qui sont en même temps leur 31 Les barques de roseaux témoignent de l'harmonie entre l'homme et la nature qui demeurent aujourd'hui encore le fondement de nos règles de vie. nom. Chaque village, chaque communauté a le sien. Quand on est Indien, on n'utilise pas les autocars. C'est le meilleur moyen d'éviter les humiliations: "Toi l'Indien, laisse ta place; tu n'as qu'à te mettre dans l'allée". Le Tinku, ce sont aussi tous ces cousins, ces frères qui ont dû quitter la terre ancestrale parce qu'un jour, le propriétaire blanc en a ainsi décidé et qui se retrouvent au hasard de la vie. C'est la radio indienne, celle où se transmettent les nouvelles de notre peuple, celle où se fait l'éducation, où se diffusent les progrès accomplis ça et là. Bien sûr, le Tinku n'est plus ce qu'il était! La religion des Espagnols s'est efforcée de le "christianiser". On pleure devant la Madone violemment ornée mais on n'oublie pas que sous les stucs baroques, la Pacha-Marna reste souveraine. La cathédrale de Cuzco est bâtie sur les ruines du Kory Kancha, le grand temple de nos pères, dépouillé de son or qui fit, jadis, la splendeur de l'Espagne lointaine. Les gallions n'ont ,as emporté notre âme. 32 Ma ville d'Azangaro. C'est là que notre soeur Domitila Quispe s'écria, il y a 50 ans: "C'est sous le nom d'Indiens qu'ils nous ont soumis, c'est sous le nom d'Indiens que nous nous soulèverons" . La vie indienne plonge ses racines dans les eaux du lac Titikaka. Les anciens racontent : "Jadis, nos pères apprirent que l'Inca Atahualpa avait été tué par les Espagnols. Alors, certains s'enfoncèrent dans les mines d'or et d'argent et s'y emmurèrent pour échapper aux cruels envahisseurs. D'autres avancèrent --dans les eaux du lac avec leurs trésors et s'y endormirent à jamais." La légende veut que les premiers gouvernements incas soient miraculeusement sortis des eaux du lac. Mais la réalité a maintenu, dans ce merveilleux paysage, nos traditions les plus pures. L'artisanat, la pêche à l'épervier ou au harpon, les barques de roseaux témoignent de l'harmonie entre l'homme et la nature qui demeurent aujourd'hui encore le fondement de nos règles de vie. 33 J'aime la photographie de cet enfant, seul dans une rue faite de larges blocs de pierre assemblés par nos pères. 34 Pourtant, si l'origine émerge des profondeurs du Titikaka, l'aboutissement, ce sont bien les hauteurs du Machu Picchu, le temple le plus proche du soleil vénéré. Un jour, je suis resté longtemps à en contempler les merveilles architecturales, à rêver devant cette stupéfiante symbiose entre la technique humaine et l'ordre de la nature. Un groupe de touristes s'amusaient sur ces pierres. Etait-ce définitivement le passé? Dans les années trente, alors que le gouvernement avait décidé d'en finir avec le "particularisme indien", on mitrailla une statue inca qui en porte les traces. Elle est toujours debout. Aujourd'hui, on nous enseigne le "progrès". On a fait venir l'électricité dans mon village mais les pylones n'étaient autres que des rails fichés en terre. En passant dessous, les jours de pluie, les femmes sentaient tressaillir le sol. Et puis, on est venu dans les familles pour nous vendre l'électricité. Les gens refusèrent. Il n'y avait pas d'argent; on s'en était toujours passé. Alors ils apportèrent des couvertures chauffantes pour nous convaincre. Les gens demandèrent l'électricité. Il y eut des accidents. Plusieurs enfants brulés ou électrocutés. On amena des tracteurs et de grosses charrues qui détruisirent le sol. Des villages entiers durent émigrer. On avait tout simplement oublié que le peuple indien existait. Que si, comme tout peuple, il souhaitait le progrès, celui-ci ne pouvait se faire sans lui, à son insu, contre lui. Le jour de la fête nationale, tous les Indiens viennent sur la place. L'armée défile. Les soldats sont Indiens, jamais les officiers. On crie: "Vive la patrie, vive le Pérou." On pense au Tawantinsuyo de jadis. Je me souviens de ma première année en faculté. L'Indien parmi les HispanoPéruviens. Deux mondes. Les insultes. L'histoire du pays en quelques attitudes. Ma présence incongrue dans un lieu où je n'aurais pas dû être. Americ Vespuce, homme oublié qui a donné ton nom à la moitié du monde, nous qui l'appelions Abya-Yala, tu pèses lourd. J'aime la photographie de cet enfant, seul dans une rue faite de larges blocs de pierre assemblés par nos pères. Force du peuple indien qu'on n'a pas pu faire mourir, l'enfant qui marche aujourd'hui encore sur notre terre maternelle porte un peu de la grandeur que nous hissâmes sur les cîmes du Machu-Picchu. _______ Mario Chocuehuanca Odeurs de cuisine Cebiche Entrée froide. Poisson cru mariné dans le citron. Pour 6 personnes 1 kg de colin ou de merlu 3 gros oignons 5 gros citrons (de quoi faire une tasse de jus) piment, poivre, sel, coriandre frais huile d'arachide • Lavez bien le poisson puis découpez-le en petits morceaux. Pressez les citrons dans une tasse. Vous hachez les oignons très fin mais sans les réduire en purée. Vous hachez le coriandre. Vous disposez alors dans un plat le poisson que vous avez préalablement salé et mélangé avec les oignons et les épices. Vous versez enfin le jus de citron et vous laissez mariner au moins une demi-heure. • Le poisson va rapidement "cuire" sous l'effet du citron et il ne vous restera plus qu'à " le servir, sur des feuil/es de salade, en l'adoucissant avec un peu d'huile d'arachide. • Ce plat, typiquement péruvien, conserve au poisson son odeur de marée tout en l'agrémentant du goût de l'oignon et du citron subtilement parfumé par le coriandre. Pastel de choclo Plat complet. Gâteau de maïs farci. Pour 6 personnes. 1 kg d'oignons 1 kg de beefteack haché 100 g de noix décortiquées et pilées 200 g de raisins secs 200 g d'olives dénoyautées 6 boites de maïs en conserve 4 oeufs durs 1 verre d'huile d'arachide ou de maïs Paprika, poivre, sel. • Hachez les oignons el faites-les revenir dans l'huile. Lorsqu'ils ont roussi, ajoutez la viande hachée, les olives, les raisins secs et les noix, le paprika, le sel et le poivre. Mélangez énergiquement le tout et faites cuire dans une cocotte, pendant 45 mm à 1 heure à feu moyen. • Pendant ce temps égouttez soigneusement le maïs, passez-le à la moulinette, salez. Partagez la pâte de maïs en deux quantités égales et disposez la première partie de cette pâte dans un plat beurré allant au four. Ajoutez par-dessus la farce, étalez les oeufs coupés en tranche et recouvrez du reste de pâte de maïs. • Mettez au four à feu vif, 1/2 heure en viron jusqu'à ce que le maïs prenne une belle teinte brune. Sortez du four et servez. Vous avez un plat délicieux connu et apprécié dans toute l'Amérique latine. __________ Recettes: Saavédra 35 Partir LE GUIDE PRATIQUE DU VOYAGEUR Premier mensuel Tirage: 75 000 ex. 397000 lecteurs REDACTION, PUBLICITE, ABONNEMENTS: 21, RUE SAINT-MERRI 75004 PARIS TEL. : 277 74 05 Connaître LES TSIGANES Méprisés, chassés, exterminés, les Tsiganes ,ont survécu. Aujourd'hui, ils sont plus de huit millions. Eparpillés sur tous les continents. Mais ces fils du vent' " qui refusent l'assimilation sont encore menacés. ~ fj', ,*., DÉPOSITAIRES DE L'HORIZON 1 B De la Chine au Brésil de la Suède au Soudan ohémiens ou Boumians, Hongrois ou Gypsies, on a voulu, en baptisant ces nomades que sont les Gitans ou Tsiganes, leur donner un pays d'origine, une terre d'attache. Mais, pas plus que l'amour, les Gitans ne sont enfants de Bohème, de Hongrie, ou d'Egypte. On les baptise encore "Romanis", "Romanos" ou "Romanichels", non parce qu'ils viennent de Roumanie, mais parce qu'ils appartiennent au peuple "Rom", ce nom par lequel les "fils du vent" se désignent eux-mêmes. Selon les époques et les lieux, les Tsiganes furent désignés par des noms les plus divers. Sarrazins pour les Français du Moyen-Age, ils furent Tartares pour les Allemands, Grecs pour les Catalans, Pharaons pour les Hongrois; nommés "Caraques" ou "Caracous" en Provence et Languedoc, ils rappellent les "Karakis" des anciens Perses et les villes de Karachi, au Pakistan, ou Karak en Syrie. Parfois désignés par des noms de métiers, qui sont aussi des noms de tribus, 36 certains sont "Kalderash" (chaudronniers), d'autres "Oursari" (montreurs d'ours). Les Tsiganes, en affirmant lors de leur arrivée en Europe qu'ils descendaient de chrétiens exilés d'un pays connu comme la "Petite Egypte", sont à l'origine du nom de "Gitans" qui leur sera donné. Toutes sortes d'hypothèses et de légendes furent émises sur l'origine des Tsiganes depuis leur apparition en Europe Occidentale au début du 15 siècle. Pendant longtemps, on ne put obtenir d'informations sérieuses. Il fallut attendre le 18 siècle, époque où les premiers "tsiganologues" entreprirent une recherche intensive et méthodique. Après des investigations fastidieuses, on en conclût que les Tsiganes étaient originaires du Nord-Ouest de l'Inde, point de départ de leur long voyage vers l'Ouest entre 950 et l'an 1000. Ils se seraient manifestés dans les Balkans au début du 14 siècle, en France et en Espagne au 15e siècle. Certains tsiganologues, s'appuyant sur des études linguistiques et sur certains toponymes, noteraient même le passage des Tsiganes dès la fin des temps préhistoriques. Quoiqu'il en soit d'un problème qui n'a pas fini de susciter les hypothèses et les recherches, les Tsiganes manifestent toujours leur originalité la plus foncière par le perpétuel mouvement qui anime une partie des leurs. Présents aujovrd'hui sur presque tous les continents, les Tsiganes forment une population assez nombreuse. On ne possède aucune statistique précise, mais selon les estimations, ils pourraient être huit millions, plus ceux qui vivent en Inde et dans l'Asie du Sud-Est. Sur ce total, environ la moitié se trouve en Europe, dont les deux-tiers en Europe de l'Est. Les Tsiganes sont aussi très nombreux en Afrique du Nord, particulièrement en Egypte, en Algérie et au Soudan. On les rencontre en Amérique, depuis Pictou au Canada, jusqu'à Rio de Janeiro au Brésil, et même en Nouvelle-Zélande et en Australie. De petits groupes vivraient en Chine, dans les Philippines, les Caraïbes et à Hawaii. 2 Roms, Kalé, Manouches L es Tsiganes se partagent en trois grandes familles, subdivisées chacune en plusieurs groupes: Les "Roms" ou "pharne" (blancs), largement majoritaires, sont nombreux en Europe centrale: Roumanie, Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne, Bulgarie. Les divers groupes "roms" portent le nom des métiers qui rappellent une très lointaine différenciation sociale: "Kaldérash" (chaudronniers), "Boyhas" et "Oursaris" (montreurs d'ours), "Tchuraria" (couteliers), "Rudari" (orfèvres), "Laoutaris" (musiciens). D'autres ont des noms divers dont l'origine se perd dans la nuit des temps, les "Lovaria", les "Machvaiya", etc ... Les "Kalé" (noirs) vivent en Espagne, dans le Sud de la France, en Afrique du Nord; ce sont eux que l'on nomme généralement les Gitans. Les divers groupes ont pris le nom des provinces où ils sont installés, souvent depuis très longtemps, car les Gitans sont pour la 37 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 plupart des semi-nomades : il y a les" Andalous", les "Catalans", les "Basques", les "Tunisiens" ... Les "Manouches" représentent pour le grand public le type le plus achevé du "Tsigane" de mauvaise littérature; ce sont eux les "bohémiens", les "romanichels" que l'on rencontre sur les routes de France, d'Allemagne, d'Angleterre et d'Italie. Ils ne sont pourtant pas les plus nombreux. Leur nom vient du mot sanscrit "man us" (l'homme). Divisés en plusieurs groupes, ils se distinguent par l'aire géographique où ils nomadisent. Les "Valsijanès" (ou "Manouches" français) vivent en Europe occidentale, France, Bénélux, Grande-Bretagne; ils sont surtout vendeurs de draps, forains, artistes de cirque. Les "Gaykanès" (ou "Sint i" allemands) vivent en Alsace, en Lorraine, en Allemagne et son vanniers, couteliers, musiciens . Les "Piémintari", enfin (ou "Sinti" italiens) sont aussi vanniers, couteliers, étameurs. Chacun de ces groupes est composé à son tour de multip les tribus, nées d'une conception à la fois très large et trè.~ stricte de la famille. Chacun reconnaît ainsi sa place dans la communauté, par delà les mers, les montagnes et les frontières des "Gadgé" (non-Tsiganes). 3 Galériens en France Esclaves en Roumanie L e premier témoignage sur l'exode des ancêtres des Tsiganes et leur arrivée en Iran, est un récit composé vers 950 par le chroniqueur Hamza d' Ispahan. De l'Iran, un de leurs groupes oblique vers le Sud-Est de l'Asie, un autre, cheminant par l'Arménie, les pays caucasiens (on trouve des traces d'Arménien et d'Ossète dans la langue tsigane) est signalé en Grèce dès le début du 14 siècle. Ils séjournent longtemps dans l'empire Byzantin, tant dans les îles que sur le continent, spécialement dans un port de la côte Ouest du Péloponèse, Modon , dans une région fertile appelée "La Petite Egypte", d'où le nom d'Egyptiens qui leur sera donné: Egitanos, Gitanos, Gitans en Espagne. Egyptians, Egypties Gypsies en Grande-Bretagne. Atsinkani en Grèce, Tsiganes, Zingari, Zigeunes, Zigenaar, Cingaros . • Traverser le monde Au début du ISO siècle, sans doute pour échapper aux guerres entre Byzantins et Turcs, plusieurs tribus se remettent en mouvement . En 1417 et 14 19, grâce à des lettres de protection du Roi de Bohême (d'où le nom de "Bohémiens" donné aux premières tribus arrivées en France), elles circulent en Hongrie, en Allemagne, en Suisse. Pendant l'été et l'automne 14 19, les Tsiganes apparaissent dans le pays de Bresse, en Provence; les années suivantes aux Pays-Bas, en 1422 en Italie - pour obtenir des lettres de protection du Pape - mais aucune trace de leur passage n'apparaît dans les archives du Vatican. En août 1427, ils campent aux portes de Paris, puis passent en Espagne

d'abord en Aragon et en Catalogne, en Andalousie en 1462, au

Portugal au début du 16 siècle. C'est également dans les premières années du 16e siècle, que les Tsiganes sont signalés en Ecosse et en Angleterre . En 1505, le roi Jacques IV recommande à son oncle, le roi du Danemark , un chef tsigane qui entrera à Stockholm en 1512. De Suède, les Tsiganes passent en Finlande. D'autres, ven us des Balkans, s'installent en Pologne, dans les Pays Baltes et eIl' Russie, puis en Sibérie. Aux 18e et 19 siècles, exilés, ils se répandent dans la presque totalité de l'Amérique. • Hors la loi D'abord bien accueillis lors de leur arrivée en Europe occidentale, la situation se détériore peu à peu . Alertés par les plaintes fréquentes des sédentaires, les autorités réagissent. Des édits nombreux offrent une seule alternative : se sédentariser ou s'en aller. En France, les "Bohémiens" peuvent être envoyés aux galères pour simple délit de Connaître LES TSIGANES vagabondage ! La législation est particulièrement dure dans certains pays. La peine de mort pour le fait même d'être Tsigane est appliquée en Allemagne, en Angleterre, en Ecosse, en Bohême et en Moravie, aux PaysBas. Prévue en Suède et au Danemark elle n'y sera jamais appliquée. La Russie et la Hongrie se montrent assez libérales; les principautés roumaines, depuis le milieu du l4e siècle, réduisent les Tsiganes en esclavage afin de s'assurer une main-d'oeuvre indispen sable. Les premiers départs de Tsiganes pour les Amériques et l'Afrique ne sont pas volontaires: l'Europe essaie ainsi de se débarrasser d'une population qu'elle trouve gênante entreprise vouée à l'échec, comme on peut, heureusement, le constater aujourd'hui -. Les persécutions atteindront le summum de l'horreur sous le régime nazi. 4 Le génocide nazi 1 1 est extrêmement difficile d'évaluer le nombre des Tsiganes vivant en Europe avant la guerre et le nombre des victimes tsiganes de l'extermination nazie. Dans "L'holocauste oublié" Christian Bernadac parle de 936.000 Tsiganes en 1939 et de 245.000 victimes. 11 y a peu de documents sur le génocide des Tsiganes

Mais les motifs invoqués pour justifier leur assassinat sont

identiques à ceux avancés pour ordonner le meurtre des Juifs. Les Tsiganes furent, comme les Juifs, déclarés de race inférieure, représentant un corps étanger dans la communauté allemande. Les persécutions contre les Tsiganes en Allemagne commencèrent bien avant l'avènement de Hitler, comme dans beaucoup d'autres pays. D'après les fichiers nazis concernant les Tsiganes, la majorité de ceux-ci étaient des "Mischlinge", des métis - plus de 90 070 - et menaient une vie sédentaire. 5.000 Tsiganes seulement étaient nomades, d'après Dora Yates, secrétaire de la "Gypsy Lore Society" d'Angleterre. Cette assimilation à divers degrés fut précisément une 38 des causes de la condamnation à mort de cette minorité. En 1899 fut créée auprès de la police de Bavière une section spéciale aux affaires tsiganes. Diverses lois réglaient la vie de la minorité tsigane. La loi de 1929 marque la naissance de la "Question Tsigane" et imposa aux Tsiganes diverses restrictions. Ils ne pouvaient se déplacer sans un permis de la police et seulement dans des roulottes ou des wagonnets. Les Tsiganes âgés de plus de 16 ans qui ne donnaient pas la preuve d'une occupation régulière pouvaient être astreints à deux années de travail dans un établissement de rééducation. • Condamnés à mort le 27 septembre 1939 A partir de 1933, date de l'arrivée de Hitler au pouvoir, ces mesures s'aggravent. Bientôt s'ouvriront des camps de concentration et nous y verrons parmi les premiers prisonniers les Tsiganes, avec les opposants du régime, les "associaux" et les Juifs . "Les premiers Tsiganes arrivèrent à Dachau en 1936, rapporte Maurice Colinon dans son livre "Des inconnus parmi nous: les Gitans." L'année suivante, une ordonnance décrétait que les Tsiganes "mettaient la société en péril" . Du 12 au 18 juin 1938, au cours d'une "grande semaine d'épuration" décidée par Himmler, des milliers de Tsiganes furent envoyés dans des camps de concentration. Un nouveau décret les condamne pratiquement à mort à l'exception - provisoire - de deux groupes préservés "au bénéfice de la loi sur la protection des monuments historiques". Himmler, dans un premier temps, édicte la stérilisation des hommes, d('s femmes et des enfants de plus de 12 ans. Puis ce fut la seconde guerre mondiale. Partout où les nazis arrivèrent, les Tsiganes devinrent leurs victimes. "L'extermination des Tsiganes fut décidée le 27 septembre 1939. Un grand nombre d'entre eux furent fusillés en Yougoslavie occupée par les "oustachis" pro-allemands: 28.000 selon les statistiques officielles yougoslaves; 18 .000 autres furent gazés à Auschwitz-Birkenau. D'autres encoreà Treblinka et à Belsen." Plusieurs milliers d'autres furent fusillés en Pologne dont Hitler avait décidé de faire le tomb~ au des Juifs ~t des Tsiganes. Ces derniers y furent déportés par dlzalI1es de milliers. D'autres encore furent fusillés en Russie occupée. En France, le gouvernement de Vichy a fait interner les Tsiganes en 1940 et les Allemands n'ont eu qu'à les récupérer; 30.000 personnes furent ainsi rassemblées dans diverses parties du territoire. 15.000 Tsiganes furent exterminés en France, sur une population totale évaluée à 40.000 personnes. "Lorsqu'un ancien déporté de Buchenwald déclare Que "leur disparition totale n'eut affecté dans le camp Qu'un petit nombre de philanthropes déterminés" ... on mesure sur le champ jusQu'où pouvait aller le mépris dans lequel les Tsiganes étaient tenus." Même à Nuremberg, aucun Tsigane n'a été appelé à témoigner. Ajoutons encore que si les Juifs survivants de l'holocauste ont pu, du moins en par~ie, être dédom~agés de leurs pertes, les Tsiganes ne purent y parveI1lr. Une. circulaire de 1950 du Ministère de Würtemberg affirme que les TSiganes furent tués en raison de leur associabilité et non pour des raisons raciales. 5 L Les Tsiganes, en France, une communauté toujours écartée a population Tsigane en France, tous groupes confondus, est actuellement évaluée à 120.000 personnes dont la grande majorité est de nationalité française. Elle comporte des Manouches, des Sintis, des Gitans et des Roms répartis comme suit: 1/ 3 de voyageurs, 1/ 3 de sédentarisés et 1/ 3 de "semi-sédentarisés" qui ne se déplacent qu'une partie de l'année . Les Tsiganes .ont conservé leurs activités traditionnelles: étamage, ferraille, mUSique ... le travail saisonnier, occupant souvent toute la cellule famili.ale, e~t très répandu (vendanges, cueillette des fruits ... ) Ils sont aussI foralI1s, marchands ambulants, démarcheurs à domicile. La société industrielle oblige de plus en plus les Tsiganes à adopter un travail sédentaire, bien souvent parmi les moins rémunérés. La crise économique les a touchés plus que d'autres . • Du carnet anthropométrique au carnet de circulation Pendant près de 60 ans, la condition des Tsiganes a été régie par la loi de 1912, hautement discriminatoire, qui instituait l'odieux carnet anthropométrique auquel les Tsiganes furent assujettis jusqu'en 1969. Ce carnet était imposé aux Tsiganes à partir de l'âge de 13 ans . ~n plus des noms, prénoms, date et lieu de naissance, il portait des II1dlcatlOns sur la hauteur de la taille, celle du buste, l'envergure, la longueur et la largeur de la tête, le diamètre zygomatique, la lon gueur de l'oreille droite, la longueur des doigts médium et auriculaire gauches, celle de la coudée gauche, celle du pied gauche, la couleur des yeux; des cases étaient réservées pour les empreintes digitales et pour les photographies (face et profil) du porteur du carnet. Cette loi fut remplacée par celle du 3 janvier 1969 qui supprima le carnet anthropométrique. La Constitution, assurant "l'égalité devant la loi à tous les citoyens sans distinction d'origine, de race et de religion" n'a pas permis aux autorités d 'édi fier un statut spécialement destiné aux Tsiganes. Les Pouvoirs Publics ont donc été amenés à régler les problèmes qui se posent aux Tsiganes en fonction des besoins et des activités qui leur sont propres, et surtout en fonction des réactions de la société envers eux. Le voyage est libre ... mais contrôlé, la loi étant complétée par le décret 70-708 du 31 juillet 1970 régissant les S.D.F. (sans domicile fixe). A côté des forains, munis d'un livret spécial de circulation, et comme l'ensemble des nomades - français ou étrangers - les Tsiganes sont dotés d'un carnet de circulation établi pour deux ans, et visé tous les mois. Ils doivent choisir une commune de rattachement où s'effectuent les actes administratifs liés au domicile (mariage, inscriptions sur les listes électorales, déclarations fiscales, etc). Le choix de la 39 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 commune s'effectue au moment de la demande d'un titre de circulation, et il a la même durée. Les Maires, selon un décret du Il janvier 1972, doivent autoriser le stationnement des nomades pour 48 heures au moins. Les lieux de stationnement posent le problème le plus délicat à résoudre . La circulaire de 1978, concernant les plans d'occupation des sols, recommande l'établissement d'aires de stationnement, mais ces dernières soumises à une règlementation très complexe, échappent trop souvent aux pouvoirs municipaux. • Discriminations A l'heure actuelle, les Tsiganes connaissent encore de nombreux problèmes liés au racisme. Il y a tout d'abord les clichés profondément ancrés qui amènent bien des "sédentaires" à adoptcr une attitude de méfiance à leur égard . Ces clichés sont parfois amplifiés, à l'occasion de tel ou tel délit dont on soupçonne que l'auteur est Tsigane. Dans la dernière période, les organisations antiracistes et les associations tsiganes ont dû intervenir contre certains journaux qui incitaient directement à la hainc raciale. Mais les problèmes les plus importants sont liés au stationnement et à la scolarisation des enfants. Si tout le monde ne va pas, comme M. Lecuyer, conseiller général du Puy-de-Dôme, jusqu'à proposer de "leur faire une île d'où ils ne pourraient pas sortir" (session du Conseil Général du 14/ 6/78), les cas d'interdiction de stationnement (illégale.s) ne sont pas rares. On a vu également une municipalité constrUire, autour du camp de stationnement, un véritable rempart pour éviter le contact entre sédentaires et nomades. 11 arrive enfin que des enfants soient refusés dans des classes et les expériences d'écoles itinérantes sont encore trop rares. La marginalisation des nomades, la non-adaptation de la société à leurs particularités en entraine bon nombre à abandonner leurs habitudes de vie. Contre leur gré et contre l'intérêt qu'à la société à maintenir la richesse du pluralisme. Dossier réalisé par Robert P AC


BIBLIOGRA PHIE ____ _

• LIVRES Les Tsiganes - "Que sais-je ?" - N ° 580, P. u.F. Les Gitans - Maurice Colignon - Ed. Morel. Les Tsiganes - Jean-Pierre Liégeois - Ed. Le Seuil. Une école chez les Tsiganes - Jean-Claude Sagan - Editions "Droit et Liberté". Les Tsiganes dans l'ancien ne France - François de Vaux de FoletierConnaissance du Monde 196/. Mille ans d'histoire des Tsiganes - François de Vaux de Foletier _ Fayard Ed. L'holocauste oublié - Christian Bernadac - Ed. France-Empire. Le massacre des Tsiganes - Christian Bernadac - Ed. Arthaud. Pour les enfants: DJANGO - par Frans Haacken - Coll. "A lire et à éCOUler" - Ed. Hatier. A vec un disque de 4 enregistrements du Quintet du Hot Club de France. • ARTICLES et DOCUMENTS Etudes Tsiganes - revue trimestrielle, 5, rue Las Casas, Paris 7e. H~mmes et migrations - documents nO 91/ - 15.9.76. A propos des TSiganes - Aperçu historique, ethnologique. Problèmes actuels par Degrange (M) . Droit et Liberté - 120, rue St-Denis, 75002 Paris. N° 262. Mai 1967 - Les Gitans sans mystère. N° 376. Janvier 1979 - Voyage hors des préjugés. Le génocide des Tsiganes sous le régime nazi. Plaquette éditée par le Comité pour l'érection du Monument en mémoire des Tsiganes assassinés à Auschwitz. Fiche pédagogique réalisée par la Commission Enseignants du MRAP - Les gens du voyage. 'ï • le lese Le testament d'un poète juif assassi• ne• EUE WIESEL Le testam~n~ d'un poè~e ~U1f assassIne Au contrepoint de l'histoire, de l'actualité et du roman, El ie Wiesel a réussi un chef-d'oeuvre, digne des plus grands conteurs - 'c'est un cri contre l'indifférence mais aussi un témoignage d'espoir. ROMAN 288 pages • Expression LIVRES TIKOUN, par Arnold Mandel, Editions Mazarine o De roman en essai, du "Périple" à "Nous autres Juifs", de "la vierge au bandeau" à "la voie du hassidisme" , Arnold Mandel devient à l'évidence l'un des plus grands écrivains juifs contemporains. Seulement, on ne le lit pas assez: Mandel n'est pas à la mode. Il a trop d'humour pour ça. Il est tellement juif que les Juifs même lui préfèrent des petits essais incolores accomodés à la sauce parisienne. Il est tellement acide qu'il se ferait expulser d'Apostrophes... De livre en livre, il trimbale donc son errance de juif alsacien cultivédiasporique- sioniste, toujours amoureux d'une Eve plus ou moins catholique ou terriblement yiddish. Ary Safran, son dernier héros, se promène dans les parages du Front Populaire jusqu'en mai 68. Et d'une page à l'autre court l'âme même du judaïsme: tendre et insolente, amère et sensuelle, prête à tous les voyages. A. Mandel. Plutôt ceux dont on revient... pourrait me souffler Mandel qui n'en finit pas de rire de tristesse et de pleurer de joie en attendant le "Tikoun", plénitude métaphysique du mysticisme hébreu, "réparation" future - et bigrement urgente vu l' état du monde - des vases qui se brisèrent à l'aube de la création ...

LE MAROC,

Artisanat et Architecture islamique, M.G. par André Paccard Atelier 74 o Il a fallu à André Paccard dix ans de recherches chez les "maalems", ces grands maîtres de l'art quotidien et architectural marocain pour nous présenter aujourd'hui cette somme impressionnante sur l'héritage culturel du royaume hachémite. Du plateau ciselé aux minarets des mosquées, un dénominateur commun

l'arabesque "où la matière

s'atomise jusqu'à en perdre consistance et pesanteur, jusqu'à en devenir pensée": En terre d'Islam, l'art se veut preuve de Dieu, louange sans cesse renouvelée du miracle. C'est au plus jeune des "maalems" que revient le mot de la fin ... ou du commencement: " Je voudrais dessiner la fleur inconnue, la fleur Qui viendrait de l'avenir." Magnifiquement illustrée, l'encyclopédie de Paccard est un cadeau cher mais fantastique pour les amoureux de l'Orient. M.G. LES CANCRELATS Par Tchicaya U Tam'Si, Albin Michel. o "La vie est une veillée funèbre" disent les Congolais dans cette saga du malheur colonial. De la résignation au soulèvement. De l'indépendance à l'identité. Mais laquelle? Un auteur africain qui se cherche à travers un christianisme instinctif et exigeant, frais comme l'eau pure des temps messianiques. LES TEMPS MODERNES M.G. o Comme d'habitude à ne pas rater. Le dernier numéro parle de Goldman. On ne parlera jamais assez de Pierre Goldman. Et Claude Lanzman a bien raison de nous rappeler que son assassinat annonçait il y a un an "Copernic et les feux de joie antisémites à tous les coins de l'Hexagone." Goldman, irrécupérable, irrécupéré par tous, reste toujours vivant. Dans la haine que Minute continue à attiser même après sa mort. Mais surtout dans l'éclair fabuleux de son destin et de ses livres. En prison il se demandait "Comment être un juste ?" ... Et Arnold Mandel de répondre aujourd'hui: "Ce dévoyé était un envoyé" ... M.G. 41 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 PRIX L1TTERAIRES'. ____________ _ Le Médicis revient à un opposant sud-africain DE BONS CHOIX ET D'EXCELLENTS , LAISSES POURCOMPTE Q ue faut-il penser des prix littéraires? Dans la grogne qui les entoure chaque année, la question reste bien entendu sans réponse. Les experts dénoncent à qui mieux mieux la guéguerre des éditeurs. Le commun des mortels se demande de quoi est composé au juste le fameux déjeuner de chez Drouant. Quant aux lauréats, la gloire suscite chez eux des retombées psychologiques diverses. Ainsi, cette année, Louis Gardel, Grand Prix de l'Académie Française pour Fort Saganne avoue son bonheur dans une tribune du Figaro. Mais Jean Lahougue, prix Médicis, crée un mini-scandale en refusant ses lauriers jugés financièrement "indécents" en comparaison de ce que gagnèrent ses parents en toute une vie de travail. Jean Lahougue est un petit prof qui écrit régulièrement de belles histoires étranges. Il n'aime pas la farce des prix. Mais son coup d'éclat contribue à perpétuer le climat théâ- LU Z 0: en i Expression tral qui prévaut chaque année. UN SUDAFRICAIN PAS COMME LES AUTRES Bref; puisqu'il faut absolument au public des leaders, aux éditeurs des poulains, et aux écrivains des références, ne boudons pas les prix. D'autant plus que le Médicis étranger nous réserve cette année une bonne surprise : il va à André Brink pour "Une saison blanche et sèche." Brink est un Afrikaner qui ne peut pas supporter de voir les écriteaux "Blancs seulement" dans les bars et les autobus d'Afrique du Sud. Depuis vingt ans, il se bat pour que ça change. Sa meilleure arme est encore son stylo. Le régime de l'apartheid le sait bien: Brink est interdit dans son pays. Pensez! dans son chef-d'oeuvre" Au plus noir de la nuit", il osait décrire les amours contrariées d'un Noir et d'une Blanche: à Johannesburg on a trouvé ça carrément pornographique. Exit Brink. Mais il préparait la "Saison Blanche et sèche". Univers de plus en plus brutal, où plonge un tranquille professeur blanc parce qu'il veut savoir ce qu'est devenu le fils de son jardinier noir ... L'autre Médicis, le français, ex-aequo avçc Kahougue, c'est "Cabinet Portrait" de Jean-Luc Bénoziglio. Alors là, riez. Bénoziglio est un humoriste qui se sert de la bouffonnerie comme vitriol. Son héros se lance dans une chasse à l'identité Uuive) à travers la lecture d'une encyclopédie en un lieu pas très licite: les "cabinets". Il n'y a que là qu'on est tranquille, estime Bénoziglio. Effectivement c'est bien là qu'on se cache quand le contrôleur passe dans les compartiments. Vous voyez le ton ... PLUS LOIN QUE LE GONCOURT Le Goncourt - Yves Navarre pour "Le jardin d'acclimatation" - doit être très beau mais me laisse très froide . Il pourrait s'intituler "comment la bourgeoisie lobotomise ses canards boiteux". Mais je ne suis pas objective parce que je fais une fixation sur Elie Wiesel, candidat aussi avec "Testament d'un poète juif assassiné". Depuis son retour d'Auschwitz, il y a trente sept ans, Wiesel se demande ce qui s'est passé entre Dieu, les juifs, la mort, les autres. Il vit aux USA où tout le monde le considère comme un très grand écrivain et se paie même une page entière dans le "New York Times" pour expliquer après Copernic que non, non la France n'est pas antisémite. L'oeuvre de Wiesel dépasse de loin le Goncourt. Elle survole les fumées des crématoires, les procès du stalinisme, les goulags enterreurs d'identité. Bref rien à voir avec Navarre ... Wiesel à tout de même eu le Médicis il y a quelques années avec son "Mendiant de Jérusalem" . terminer, je ne vous parlerai ni du Renaudot (Danielle Sallenave "Les Portes de Gubbio) ni du Fémina (Jocelyne François "Joue-nous Espana") parce que je suis plongée dans l'autobiographie inachevée d'une autre (très grande) dame écrivain: Jean Rhys. Sur la solitude, l'ennui, la pauvreté, les déserts de l'amour, la nostalgie de ses Antilles natales, elle a tout dit. Avec la pudeur des romancières anglosaxonnes et la musique discrète d'un piano triste. Martine GOZLAN Le Jardin d'acclimatation, par Yves Navarre - Flammarion . Les Portes de Gubbio, par Danièle Sallenave - POL Hachette. Cabinet-Portrait, par Jean-Luc Bénoziglio - Le Seuil. Comptines de Height, par Jean Lahougue - Gallimard. Fort Saganne, par Louis Gardel - Le Seuil. Une saison blanche et sèche, par André Brink - Stock, le Cabinet Cosmopolite. Joue-nous Espana, par Jocelyne François - Mercure de France. Souriez, s'il vous plait, par Jean Rhys - Denoël. Testament d'un poète Juif assassiné, par Elie Wiesel - Le Seuil. 42 HAREMS par Nadia Tazi et Annabelle d'Huard Chêne-Hachette • Un regard cerné de Khol, voilé de satin. Une tenture de brocard, un narguilé qui scintille. Un corps interdit derrière le moucharabieh. Un corps abandonné dans les parfums du hammam ... Le harem : l'Occident en a assez rêvé! De Nerval à Loti en passant par Flaubert et Delacroix ... ou les peintres de Louis XIV qui déguisèrent la Maintenon en sultane. Pays chimérique, odalisques qu'un auteur très goujat du XVIIe siècle osa surnommer "les machines caressantes" ... Le mythe du harem illustre à merveille tous les fantasmes nourris sur l'Islam par l'Occident: passion, sensualité, violence, onirisme. Regard fasciné, interprétation suspecte? Sans doute. Mais voilà Nadia Tazl qui, dans un texte superbe, nous ouvre les portes du sérail. Cette Marocaine redonne la parole aux filles d'Islam enfermées depuis des siècles sous le ciel bleuté des patios, les dômes d'or des palais ou les mosaïques des maisons bourgeoises. Son discours à elle ne se réduit pas à une narration lyrique. Elle dissèque nos songeries européennes, mais sans jamais frustrer l'Orient de son éclat. Ce n'est pas le désir artificiel, prodigieusement suzerain des "orientalistes" qui nous saisit devant ce livre mais bien la conscience qu'il y a là une âme, mille âmes, rêvant leurs mille et une nuits au coeur d'une religion, d'une société, d'une histoire. Courez l'acheter, l'album de Nadia Tazi : c'est un fabuleux poème amoureux, littéraire, sociologique dédié à la beauté muette des oubliées. Martine GOZLAN LES MILLES ET UNE NUITS, Traduction de Joseph-Charles Mardrus, Coll. Bouquins, Robert Laffont • Voilà rééditée la traduction baroque, fin de siècle, de Charles Mardrus. Ou comment Schéhérazade berna tous les su ltans machos ... M.G. L'ORIENTALISME par Edward Saïd, Le Seuil • Saïd est un prof palestinien qui vit aux USA. Il n'est pas content du tout du regard que l'Occident cultivé a porté sur l'Orient. Il a raison: qu'est-ce que ces houris qui se déhanchent sur les toiles d'Ingres ou de Lecomte du Nouy en nous faisant croire que tout va bien chez elles? Donc faisons notre auto-critique avec lui et attention au colonialisme culturel. Bravo. Mais Saïd est un tout petit peu ennuyeux. Pourquoi ne l'a-t-il pas dit plus joliment? Comme Nadia Tazi par exemple (voir notre article cicontre). ..J 5 w (f)

o ui CINEMA __ KUROSAWA KAGEMUSHA Film japonais de Kurosawa, couleur, 1980 • Le Japon est toujours au rendez-vous du génie ces tempsci. Symphonie guerrière, mythes qui font vivre et mourir les hommes, de Mizoguchi à Kurosawa court l'étrange symbolique de l'empire des signes. Le goût poivré du saké brûlant rythme la course des amants dans les forêts d'interdits, la déchéance des courtisanes dont le blanc visage se mire dans les puits sans fond de la féodalité. Un film de plus si vous aimez le japon, la fantastique capacité de ses cinéastes à explorer l'au-delà du miroir, les saisons dramatiques de ses héros, la vie vécue comme un surpassement et qui bute sur ce caillou: la mort. VIVRE LIBRE OU MOURIR Film guadeloupéen de Christian Lara, couleur, 1980 • A-t-il été excédé par les critiques qui lui reprochaient de s'être lancé dans la fiction policière (Mamito), Christian Lara nous offre aujourd'hui un film didactique sur la Guadeloupe à l'époque de la colonisation et de l'esclavage. Sous forme d'un procès où défilent à la barre les responsables du génocide des Indiens caraïbes et de la traite des Noirs, on découvre peu à peu un monde bien éloigné des "douceurs créoles". Un moyen de connaître et de comprendre une histoire dont les traces font encore mal. LA CITE DES FEMMES Film Italien de Fellini, couleur, 1980 • Roule, roule le train du désir! Dans un wagon qui s'arrête en rase campagne, Fellini-Mastroianni a rendezvous avec La Femme: gorges de star, hanches de matrone, paroles qui commencent en comptines et finissent en slogans . Mille déesses cernent le petit homme qui dévale en toboggan les féminins paysages de sa vie. Le poète a encore frappé avec le fouet multicolore de l'onirisme. Tout au bout de cette saga, une poupée gonflable, une marna sicilienne. Bouffonne et déchirante, "La cité des femmes" est surtout un voyage au fond des coeurs et des corps avec en filigrane les caresses perdues, le clair paradis de l'enfance abolie. Film brésilien de Carlos Diegues, couleur, 80 • Après l'excellent Xica da Silva où Carlos Diegues, un des fondateurs du "cinéma novo", nous conduisait dans le Brésil colonial du XVIIIe siècle par l'intermédiaire d'une belle esclave, voilà Bye bye Brésil. Cette fois, c'est une troupt: d'artistes ambulants qui nous fait découvrir, à travers ses tribulations, un pays qui se transforme. Une excellente et bien agréable façon de faire connaissance avec le plus grand pays d'Amérique Latine et un peuple dont les traditions jouent un rôle culturel important dans le monde. 43 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 VERSION ORIGINALE YIDDISH Bruxelles transît. Depuis le 26 novembre, un film belge "Bruxelles-Transit", réalisé par Samy Szlingerbaum est à l'affiche. Son originalité: version yiddish sous-titres français . Dans quelques jours sortira le célèbre film polonais "Le Dibbouk", tourné lui aussi en yiddish vers 1937-1938 par Michel Waszynski. Est-ce un hasard? Pas tout à fait. Si le cinéma américain a intégré bon nombre de traits d'un monde en voie de disparition (dHester Street" à "Un Rabbin au Far West" et de Jerry Lewis à Woody Allen en passant par "Fritz the cat"), l'Europe en reste encore aux balbutiements. La sortie presque simultanée en France de deux films tournés en langue yiddish prouve le renouveau, de ce côté de l'Atlantique, de la culture des communautés juives de l'Est. Mouvement amorcé depuis quelques temps déjà dans des domaines aussi différents que la littérature ou la chanson et qui s'entend aux milieux universitaires(l) . "Le Dibbouk" (du nom de l'âme errante qui ne peut trouver de repos et s'incarne dans le corps d'autrui) est d'abord un pièce écrite par An-Ski, un auteur juif non religieux et qui a été mêlé au mouvement socialiste révolutionnaire. Elle fut d'ailleurs jouée en Union Soviétique au début des


Expression années 1920. En France, c'est Gaston Baty qui la fit connaître en 1930 et elle vient d'être récemment montée plusieurs fois en région parisienne. C'est une vieille légende hassidique qui met en évidence l'irruption du surnaturel dans la vie quotidienne, phénomène directement inspiré de la Kabbale, la tradition mystique juive. A travers l'histoire d'amour d'une jeune fille, Léa, et d'un jeune homme, Hannan, c'est tout le problème de la frontière entre le monde des vivants et celui des morts qui surgit. Tourné dans la grande tradition du Théâtre yiddish, dont était issue la plupart des comédiens, "Le Dibbouk" est un parfait classique du genre. Le film récent du réalisateur belge Samy Szlingerbaum ("Bruxelles-Transit" est de cette année) conserve la tradition de lenteur mais l'histoire se passe après la Deuxième Guerre mondiale. Il s'agit de l'arrivée à Bruxelles d'une famille juive polonaise, un séjour voulu provisoire mais qui devient définitif. Trente ans plus tard, un homme prend une caméra et tente de se souvenir, de recomposer les images fortes de son enfance. Sa mère est encore là qui l'aide à reconstruire leur univers d'errance et d'insécurité. Lorsqu'on a voyagé dix jours de Pologne en Belgique, via la Tchécoslovaquie, l'Allemagne et la France, l'oeil regarde, découvre, étonné et inquiet cet ailleurs qui ne lui appartient pas. La ville n'est pas hostile, juste étrangère et indifférente. Les voisins qui partagent la cuisine sont sans gentillesse, un peu méfiants quand même. La boulangère du coin met quelque mauvaise volonté à cuire le pain de la famille et le débonnaire policier est bien embarrassé de provoquer tant de peur chez cet homme, le père, qui répète inlassablement "parce que", seul mot qu'il connaisse et dont il se sert comme preuve de sa bonne foi. "Bruxelles-Transit" est un beau film, tout de pudeur et de tendresse, d'émotions retrouvées et partagées. Jean-Louis MINGALON (1) Il faut signaler par exemple, à côté de cours de langues proprement dit, l'existence de travaux dirigés à Paris III par Lilly Scherr sur "l'image du juif dans le cinéma" . MUSIQUE __ Wanngo: LES GRIOTS DE LA DIASPORA (Sonodisc SON 8211) o Un disque intéressant enregistré par Wanngo, un groupe de deux jeunes Sénégalais. Mélodie et rythme très traditionnels, ce disque bat au rythme du coeur de l'Afrique. Très chaud, très brut, il envoûte l'auditeur ouvert à une musique et un chant différent. Malheureusement, aucune indication sur la pochette ne nous ouvre la porte du monde poétique où habitent Moussa Sala Gadjio et Abdoul Ba. Seuls les thèmes excitent notre imagination. BOB MARLEY with Peter Tosh with the Wailers (Sonodisc/Espérance ESP 165537) M.M. o Sonodisc réédite quelques unes des premières chansons de Bob Marley, du temps où le groupe comprenait Peter Tosh et Bunny Wailers. Hélàs, ceux qui s'attendent à trouver des morceaux de la trempe de "Soul Revolution" seront déçu. Ce disque est une compilation de morceaux, plus intéressant sur le plan documentaire que sur le plan artistique. Des morceaux anciens certes, inédits pour certains (en tous cas en France), mais si mal gravés que l'écoute en devient pénible avant la fin de la première face. Pour les fans de Reggae, et particulièrement de Bob Marley, relevons néanmoins les titres "Soul Captive" et "Stop the Train". Ceux qui ne sont pas équipés d'un matériel d'écoute assez sophistiqué peuvent se dispenser de l'achat de ce disque. M.M. HARLEM SWING, au théâtre de la Porte Saint-Martin o Fats Waller, le gros Waller, revit en ce moment au coeur de Paris. Au théâtre de la Porte StMartin. "Harlem Swing" puisque c'est le titre de cette comédie musicale, rend donc hommage à ce grand comédien-musicien noiraméricain qui connu son heure de gloire dans les années trente. Fats Waller, Thomas Wright Waller de son vrai nom, est originaire de New York, et c'est dans cette ville, à Harlem principalement, qu'il se taille cette réputation de fer qui ne le quitte plus depuis près de cinquante ans maintenant. Vedette du film "Stormy Weather" tourné en 1943, après avoir monté la revue "Hot Chocolate", en 1931, Thomas Waller a marqué son époque, non seulement en temps que musicien, mais aussi comme danseur, comédien, humoriste. La crise économique de 1929 obligeait les gens à avoir plusieurs cordes à leurs arcs, et pour les noirs il valait mieux en avoir quatre que deux. ? t niEATREDE LA PORTE SAINT.MARTlN] ~ Le spectacle, mis en scène par Richard Maltby Jr et dont la direction musicale est assurée par Luther Henderson "eh oui 1" retrace l'épopée de ce personnage. Et quelle meilleure façon de rendre hommage à un tel homme si ce n'est en utilisant ce qui concourent à faire de lui une vedette. Les danseurs-chanteurs ont tous participé à des comédies aussi célèbre que "Hair" ou "JésusChrist Superstar". Quant aux musiciens, le simple fait de dire qu'il font (ou ont fait partie) des orchestres de Lionel Hampton, Dizzy Gilleppie ou Count Basie, dispense de tout autre commentaire. Marc MANGIN 44 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 INTERVIEW _______ ----__________________________________ • L a sortie de l'ensemble de son oeuvre, 14 albums, marque le retour de Jean Ferrat après plus de deux ans de travail(l). Toujours séduisant, l'oeil vif et rieur, la moustache élégante, il joue de sa voix chaleureuse sur une orchestration plus affinée des 113 chansons de son répertoire depuis 1961. Pour ces réenregistrements, la technique nouvelle des magnétophones de 24 et 48 pistes a permis une évolution qualitative de l'orchestration d'Alain Goraguer. Douze nouveaux titres réunis en un album parachèvent cet événement dans la chanson d'expression française. Jean Ferrat les a écrits et composés lui-même. Il y demeure l'homme qui, de sentiments apparemment simples comme l'amitié, l'amour, l'hypocrisie et la veulerie, tire des leçons politiques. Conseiller municipal d' Antraigues-sur- Volane, en Ardèche, sympathisant du parti communiste, il a mis sa production en accord avec ses principes, rompant avec Barclay dont la maison a été rachetée par une multinationale. Y a-t-il un rapport entre votre défense de la "différence" française dans la chanson et votre rupture avec la maison Barclay? Jean Ferrat : J'ai le sentiment que la France est colonisée par des produits culturels anglo-saxons. Le conditionnement est organisé par la radio, et la place occupée n'est plus disponible pour la création française . C'est une question de volonté politique. La diffusion de la chanson étrangère n'étant pas suffisamment limitée, les industries dominantes imposent tout naturellement leurs produits aux moyens d'information. Quatre-vingt-dix pour cent des disques sortis en France dépendent de multinationales. Un dirigeant lointain peut supprimer une production. Barclay a été racheté par Polygram, qui regroupe Philips, Phonogram, Polidor, Telefunken et Fontana. J'ai donc organisé ma propre production avec Gérard Meys qui s'occupe depuis vingt ans de mon édition graphique. Gérard Meys : Jacques Brel, qui était également produit chez Barclay, m'a dit, • La différence, avec Jean Ferrat, c'est qu'il'ne craint pas de dire ce qu'il a sur le coeur. Ses fidélités politiques sont connues. Son respect des droits de l'homme aussi. Aujourd'hui, il s'interroge JEAN FERRAT A L'HEURE DU "BILAN" peu avant de mourir, qu'il avait réalisé dix-huit chansons en vue d'un double album . Dix de ces chansons lui parurent mériter d'être produites en un album simple. Barclay s'était engagé à ne pas produire les huit autres. Dans les milieux informés, le bruit circule aujourd'hui que Polygram ne se sentirait pas tenu par les engagements de Barclay et pourrait passer outre la volonté de Jacques Brel. Vous n'avez jamais caché vos sympathies politiques et pourtant, votre chanson "Le Bilan" semble s'en démarquer. Vous vous interrogez notamment sur le respect des Droits de l'Homme dans les pays socialistes. Cette chanson vous a-t-elle été inspirée par l'appréciation "globalement positive" de Georges Marchais sur l'URSS et ses alliés? Que vous inspirent les événements du Cambodge et de l'Afganistan ? Jean Ferrat: La phrase de Georges Marchais datait d'un an et demi. Elle n'a pas été le déclic. Je me suis simplement penché sur ce que j'avais écrit depuis des années, me souvenant de ce que j'ai vécu, de ce qu'on nous disait des procès et de Tito. Quand ce dernier a eu des crédits américains, cela apparut comme la preuve de sa traîtrise. Aujourd'hui, avec les crédits américains à la Pologne, les ventes de blé à l'URSS, il est difficile de rester manichéens. Des gens d'un certain âge le restent. Mais il faut, malgré tout, reconnaître l'importance du "camp socialiste" en faveur des luttes de libération nationale. En ce qui concerne le Cambodge, je suis tout à fait pour l'intervention vietnamienne. Il fallait arrêter les massacres commis, au nom du socialisme, par une équipe qui voulait faire revivre l'homme à l'âge de pierre. Pour l'Afghanistan, le régime d'Amin était épouvantable, sanguinaire. Il a provoqué une réaction. Karmal aurait libéré les prisonniers politiques lors de son accession au pouvoir. C'est différent. Mais je n'y suis pas allé. J'ai des doutes sur l'occupation soviétique. Revenons en France, dans" J'ai froid", vous évoquez le retour de la "bête immonde". On assiste à une recrudescence des attentats contre les antiracistes et contre les gens "à faciès". 4S Les auteurs ne sont pas arrêtés. Les enquêtes ne sont pas menées à leur terme. Mais ça fait des années que cela dure. Si une réaction salutaire a suivie l'attentat de la rue Copernic, il convient de dénoncer une mansuétude qui frise la complicité de la part des pouvoirs publics. Il semble qu'une camarilla politico-nazie se soit infiltrée au sein de la police et des renseignements généraux. Il faut également dire qu'on peut être an ti-raciste et pas sioniste. La confusion entre la condamnation de la politique de l'Etat d'Israël et l'antisémitisme est dangereux. Le retour de la bête n'est pas étranger à des circonstances économiques difficiles, l'échec de la gauche, le peu de perspectives de changer la société. La candidature de Coluche est un effet de ras-le-bol. Le "Tous pareils", "Tous pourris" peut être dangereux. Mais il faut réfléchir si ça ne vaut pas mieux qu'un rigolo de gauche retourne ce sentiment de déception plutôt que des gens de droite l'exploitent. Dans ce contexte, que pensezvous des récentes prises de position du PC et de certains élus socialistes sur l'immigration? Jean Ferrat: On leur fait un mauvais procès. C'est ignoble et dégueulasse. Les immigrés sont volontairement concentrés dans les municipalités de gauche et à direction communiste, ce qui pose des problèmes réels. Il n'en reste pas moins que la formulation des élus en question peut être maladroite, et qu'il existe des individus de gauche qui, malheureusement, peuvent céder à une démagogie raciste, Mais, globalement, c'est la droite qui retourne cyniquement son racisme contre des municipalités qui accueillent le plus grand nom· bre d'immigrés. propos recueuillis par Louis-Auguste GIRAULT de COURSAC (1) Disques Temey - Distribution Discodis.


~ ----- -------- Expression

Une des célèbres vue du Mont Fuji par Hokusai. EXPOSITION HOKUSAI o Près de quatre cents oeuvres de l'un des plus célèbres peintres japonais du début du XIXe siècle. Les historiens d'art s'accordent souvent pour faire des Cent vues du Fuji, en trois couleurs (un noir et deux gris), le chef d'oeuvre d'un maître de 75 ans qui signait "le vieillard fou de dessin" . Mais il faut aussi prendre le temps de découvrir ces petites estampes imprimées luxueusement que sont les Surimono. C'est là peut-être que l'on approche au mieux cette ligne souveraine qui se fait parcimonieuse pour cerner l'essentiel d'un visage ou lyrique, voluptueuse pour se perdre dans les plis d'une robe. C'est là encore que l'on mesure cette science de la mise en espace où le monde extérieur se voit sans cesse confronté à l'intériorité des sentiments humains et dans lequel la réserve, c'est-à-dire le papier dans sa nudité première, joue un rôle magistral. (Centre Culturel dù Marais, 28, rue des Francs Bourgeois, jusqu'au 4 janvier). L'ART EN HONGRIE 1905-1930 Si l'on sait que les grandes capitales européennes ont été, dans le premier quart du siècle, le centre des bouleversements artistiques de notre époque, le grand public ignorait jusqu'ici le rôle joué par la Hongrie. Cet oubli est maintenant réparé et il faut découvrir l'oeuvre des "activistes", la revue MA, et ce pionnier intransigeant et passionné que fut le peintre Lajos Kassak. Ils contribuèrent largement à la remise en question des poncifs traditionnels liés à l'art ainsi qu'au renversement des structures économiques et sociales qui aboutirent à la révolution et à la chute de l'empire austrohongrois. (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, Il, avenue du Président Wilson, jusqu'au 4 janvier). Maïten BOUISSET Mais encore : Les Dessins de Barnett Newman à Beaubourg. Ils se disent peintres, ils se disent photographes à l'A.R.C. (11, avenue du Président Wilson, jusqu'au 4 janvier). Le Facteur Cheval, Images pour un Palais Imaginaire (11, rue Berryer, jusqu'au 3 janvier). Aki Kuroda, à la Galerie Adrien Maeght (46, rue du Bac, jusqu'à fin décembre). Jacques Bernar, à la Galerie Stad 1er (51, rue de Seine, jusqu'au 20 décembre) . Francis Limerat à la Galerie Krieff Raymond (19, rue Guénégaud, jusqu'à fin décembre). Bernard Turiot, à la Galerie Philippe Fregnac (50, rue Jacob, jusqu'au 15 décembre). Wolman à la Galerie Lara Vincy (47, rue de Seine). 46 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 Les travaux sur papier de jeunes artistes sélectionnés par Dany Bloch au Centre Culturel de Villeparisis. Valerio Adami au Centre Communal de Brétigny Gusqu'au 13 décembre). Roland Toron au Mecanorma Graphic Center, 49, rue des Mathurins, 75008 Paris, jusqu'au 19 décembre. SELECTION THEATRE L'approche des fêtes n'est jamais une période très faste pour la création dramatique. On signalera tout de même: "Comme d'habitude" Gours pairs) et "L'Anniversaire de la mère" Gours impairs) ; les deux specta_ c1es du Théâtre de l'Opprimé d'Augusto Boal (Cartoucherie de Vincennes jusqu'au 31 décembre). "Histoire du Tigre" et "Orgasme adulte échappé du zoo", les récits à une voix de Dario Fo et Franca Rame, les deux formidables conteurscomédiens italiens (TEP jusqu'au 21 décembre). "Scènes de chasse en Bavière" de Martin Sperr : les mécanismes de la violence à propos d'une différence, l'homosexualité, dans la Bavière d'après guerre (Espace Cardin, jusqu'au 16 décembre). "Interrogations", l'expérience de théâtre minimal, jeu avec le public organisé par un comédien de chez Brook, Yoshi Oïda, d'après les textes zen du Livre des questions (Théâtre Gérard Philipe de St-Denis, jusquau 21 décembre). "La Conférence des oiseaux" d'après le poème de Farid Uddih Attar, mise en scène de Peter Brook (Bouffes du Nord, jusqu'au 31 décembre). o Abdelahak Senna expose ses photographies sur l'immigration à l'Atelier 74, 74, rue de la Verrerie, Paris 4e. Vision passionnante - et de l'intérieur, de ce qu'est aujourd'hui l'immigration -. l'école et la nation A lire dans le numéro de décembre de l'ECOLE ET LA NATION: • La discusion sur le budget de l'Eduction à l'Assemblée • Une analyse de l'oeuvre de Jean Piaget • La nouvelle droite et la réforme Haby : le sens d'une imposture. • Conquérir le pluralisme : un dossier exceptionnel avec des articles de Raymond Huart, Lucien Sève, Jean-Yves et Dominique Bourdin, André Allamy et Etienne Camy Peyret. • et un "donnés pour la classe" à ne pas manquer: Le Racisme. Tous ceux qui luttent pour changer l'école lisent l'Ecole et la Nation, revue mensuelle du Parti Communiste Français L'ECOLE ET LA NATION 2, place du Colonel-Fabien 75019 PARIS Abonnement d'un an 10 numéros : 150 F 15 numéros: 210 F Etudiant, normalien, retraité: abonnement 10 numéros: 100 F 15 numéros: 150 F AUX ÉDITIONS SOCIALES: Angela Davis "Angela DaVIS parle" Léon Gani "Syndicats et travailleurs immigrés" Daniel Karlln/Tony Lainé "La Mal-Vie" André Moine "Ma Guerre d'Algérie' Yves Fuchs "La Coopération aide ou néocolonialisme" Jean Suret-Canale, René Mouchel "La Faim dans le Monde" Jean Suret-Canale "Essais d'Histoire africaine (de la traite des Noirs au néoCOlonialisme)" Robert et Michael Meeropol "Nous sommes vos fils" (l'affaire Rosenberg) Roger Bourderon "Le Fascisme. Idéologie et Pratique" Helsinki "Acte final de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe" A~X ÉDITEURS FRANÇAIS REUNIS: Théophile Groll "Grands moments de l'Histoire juive" Charles Dobzlnski "Couleur Mémoire (roman) Pierre Gamarra "Cantilène occitane" (roman) René. Depestre "En Etat de Poésie (Col. "Petite Sirène") Méllnée Manouchian "L'affiche rouge" "Chants Peaux-Rouges" (Col. 'Petite Sirène") REVUE EUROPE "Littérature du Nigéria" (N" 618 - Octobre 80) AUX ÉDITIONS LA COURTILLE/ HIER ET DEMAIN: "Portugal 74-75. - Regard sur une tentative de pouvoir populaire" AUX ÉDITIONS LA FARANDOLE: A partir de 6 ans Andrée Clair "Safi a et le fleuve" "Safia et le puits" "Safia et le jardin" (3 ouvrages illustrés par Béatrice Tanaka l'histoire d'une petite fille du Niger dans son village ... ) Pour les enfants qui savent lire ... Pierre Gamarra "La Tisane Arc-en-Ciel" (La tisane qui donne du bon sens et fait comprendre avec humour l'ineptie du racisme) Anne Thiollier "Petite Wang et son amie - Une semaine en Chine" (La vie quotidienne de deux petites chinOises illustrée comme les bandes dessinées de là-bas). Un roman pour les jeunes à partir de 12 ans' Jean Cernault "Comptes à rendre" (Où les jeunes Français découvrent en Allemagne Fédérale ce qu'a pu être l'horreur des camps nazis et la vie tranquille d'un ancien responsable.) du Président d'Honneur du MRAP. Pierre Paraf "L'Homme de toutes les couleurs Le Racisme ... Pourquoi?" Réflexion 1 1 Y a vingt-cinq ans, à l'heure où la différence était encore le mal absolu, un jeune universitaire d'origine tunisienne nommé Albert Memmi ouvrait une brêche dans le mur gris des idées reçues. Défiant le confort vaguement inquiet qui régnait à Paris, à Alger, à Tunis, il brossait un "portrait du colonisé", un manifeste pour la réhabilitation de l'altérité. Auparavant ce juif QUELLE , le sionisme en tant que mouvement de libération, la lutte des femmes enfin permirent à la différence de conquérir droit de citer. Il n'est pas aujourd'hui de mauvaise différence. Elles sont toutes bonnes à dire, à chanter. Plus banales peut-être ... " Serions-nous revenus au point zéro de l'Histoire, au temps où tout et tous s'acceptent? Le racisme omniprésent, le froncement de sourcil devant les cultures immigrées nous interdisent l'optimisme. Il n'en reste pas moins vrai que la notion de dif- ? DIFFERENCE • Entretien avec Albert Memmi "Nous devons vi•v re comme des particuliers avec un oeil sur l'universel" •• t-v "DIFFÉRENCES". Idéogramme chinois. Le mot s'écrit avec tant de signes : en hébreu ou en arabe, en écriture latine ou cyrillique, en ahmarique ou en tifinar. Gestes analogues et distincts. Autres différences, autres similitudes. Pas une main n'écrit pareille mot "DIFFÉRENCES" «cr: w fZ o IL a-rab-e -pri-s a-u p-ièg-e d-e t-ou-tes- les- ra-cin-es -ava-it ~--------------------------------~ raconté ("La statue de Sel") sa propre différence d'homme partagé entre trois mondes: l'Europe de la "civilisation", l'Islam de la terre natale, le quartier juif de son enfance, sa "terre intérieure", amour et tourment. Dans son appartement tapissé de livres où des fleurs, des bibelots, des souvenirs trahissent encore l'Orient du coeur, Albert Memmi se souvient de ce temps étrange qui s'éloigne de nous à la vitesse des années-lumière: "La différence sonnait alors comme une insulte. Infâmante et négative, celle de l'indigène servait à légitimer la colonisation, à mettre en lumière la beauté et la raison des valeurs dominantes. Dans le combat du colonisé, du Noir, du Juif, plus tard de la femme, cette différence devint une arme. C'est sur elle que s'appuya l'affirmation de soi, la revendication de l'identité. Retournant l'accusation des maîtres, les dominés se firent de leur différence un pays. Démasquant la pseudoabjection dans laquelle on les enfermait, ils y redécouvrirent leur âme, leur orgueil perdu, leur dignité vitale. L'émergence des affirmations nationales, au Maghreb et en Afrique, férence recouvre à l'heure actuelle diverses mythologies, naïves ou suspectes. En 1980 l'identité se cuisine à toutes les sauces, même les plus inattendues. "Les dentistes français s'inquiétaient récemment de perdre leur identité, note en souriant Albert Memmi. Il y a là un glissement des mots qui confine au grotesque. La recherche des raljnes, l'obsession du retour aux sources ne sont pas des phénomènes innocents. Bien sûr j'en ai fini depuis longtemps avec cet universalisme béat, cette générosité jacobine qui faisait dire aux professeurs français de la Tunisie colonisée "nous sommes tous des enfants de Descartes!" Nous sommes tous des enfants d'un ailleurs et d'un autre chose. Mais en creusant notre différence voilà qu'elle se mêle à d'autres. Le Français s'attaque à son arbre généalogique et y découvre des attaches italiennes, espagnoles, polonaises. Le pied noir du sang maltais, andalou, juif, berbère! Exhiber ses racines, prôner une différence unique relève en grande partie du fantasme. C'est l'angoisse qui nous fait ressortir des malles la coiffe typique d'une lointaine aïeule. Les années 80 courent vers la 48 rupture, vers l'effrayant passage du connu à l'inconnu. Nous avons besoin de baliser l'avenir mais l'avenir se dérobe. Nous réclamons confusément une permanence qui nous rassure. Or la permanence c'est l'irlentité, la quête des racines, la différence vécue comme une religion, l'altérité arborée comme un drapeau." Un drapeau sans doute. Alain Finkielkraut, dans son dernier essai sur "le Juif imaginaire" n'a-t-il pas avoué porter l'étoile de la souffrance à la boutonnière, égrener la complainte yiddish d'un "schtetl" perdu pour s'y reconstruire une patrie fictive? Et les Noirs américains se sont fait une devise du "black is beautiful", les cercles féministes brandissent la "valeurj'emme" comme une super-valeur, plus charnelle, plus vivante. "Tout se passe - constate Memmi comme si chacun clamait : ma différence est plus belle que la vôtre. Rien n'existe, sinon ma différence. Attention, nous voilà dans le contre-mythe. Les religieux s'acharnent à trouver dans le Coran ou le Talmud la réponse parfaite aux questions • • «cr: UJ Z o IL des. Nous n'en sommes plus aux dichotomies de 1950, à la notion stupide de science bourgeoise et de science prolétarienne. La science est une, l'homme est un à travers l'espace et le temps." Memmi sait parfaitement qu'il y a une différence juive, une différence arabe, une différence féminine. Il fut l'un des premiers à l'affirmer. Son objectif à lui, c'est de ne pas les dresser les unes contre les autres, c'est d'oeuvrer pour qu'elles s'inscrivent ensemble dans la globalité, motifs bigarrés qui se détachent sur le fond pareil de la condition humaine: amour et mort, bonheur et arrachement. "Nous devons vivre comme des particuliers t

.ac.tu- el-le-s.- I-ls- t-o-rtu-r-en-t -le-s -te-x-te-s, -f-on-t -d-e ------------------------~

l'hyperéxègèse, pareil au nouveau Pape qui brandissant la différence des Evangiles, n'en demeure pas moins le chef spirituel le plus réactionnaire que la Chrétienté sc soit donné depuis plusieurs décades. Le mouvement occitan, lui-même, ne peut pas nier ses racines maurrassiennes. Attention encore : exalter gratuitement la différence, sans la relier au contexte de l'oppression nous conduit à faire l'apologie du chauvinisme. Et nous retombons dans une philosophie de droite : ce n'est pas un hasard si la GRECE s'en est emparé. La différence pour la différence est une tradition tenace en Europe. Le culte du moi chez les Romantiques, les incantations de Barrès et celles de Maurras ... " Faut-il alors revenir à cet universalisme que Memmi lui-même tient pour irréel, irréaliste? Non. Plutôt regarder la communauté humaine avec des yeux lucides, redire "Etranger, mon frère" ... "Les mécanismes affectifs sont les mêmes partout. Il se pourrait que l'imaginaire humain soit similaire sous toutes les latituavec un oeil sur l'universel conclut l'auteur de "Portrait d'un Juif". Garder nos distances face à une différence qui ne se nourrit que d'elle-même. Nous ne pouvons lui faire jouer un rôle' idéologique que dans la mesure où l'injustice et la domination la bafouent. Mais nous devons aussi surmonter la peur d'aujourd'hui: les différences - celles que nous redoutons de perdre - meurent et renaissen t sans cesse." L a boucle est bouclée. L'affirmation de l'altérité ne vaut qu'au coeur d'un combat. Il en reste beaucoup à mener: les différences qu'on arrête à la Goutte d'Or, qu'on tue à Marseille, qu'on veut écraser rue Copernic, qu'on électrochoque en Afrique du Sud, qu'on psychiatrise en Union Soviétique, qu'on torture en Argentine, ces différences-là réclament la solidarité. Les autres, celles qui au fond du coeur inquiet rouvrent les chemins de l'enfance, rythmant la continuité et brisant la solitude, méritent qu'on les cultive avec tendresse mais sans triomphalisme, Martine GOZLAN 49 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 PAUWELS, LA M .... ET LE DIAMANT Les mots sont des armes; des armes qui, entre certaines mains peuvent être redoutables, car, en détournant un mot de son sens, on peut l'utiliser pour lutter contre l'idéal même qu ' il définit. Respecter et aimer les "différences" c'est reconnaître que les individus ou les peuples sont tous non comparables, uniques, mais qu'ils doivent, pour autant, jouir des mêmes droits: un individu n'est pas "égal" à un autre individu, un peuple à un autre peuple au sens arithmétique du mot "égal", mais nous pouvons affirmer la volonté que leurs droits soient égaux . Partant de J'évidente diversité des individus ou des groupes, la tendance politique qui s'est intitulée elle-même "Nouvelle Droite", transforme cette non-égalité, en inégalité et en hiérarchie; ainsi, un de ses maîtres à penser a insisté sur la nécessité de distinguer dans l'humanité "la m ... du diamant" (Louis Pauwels, Figaro-Magazine du 15.3.80). L'objectif est de justifier la transmission de la hiérarchie sociale, de génération en génération, en prétendant que cette hiérarchie est naturelle. Une illustration grotesque de cette prétention a été fournie par un homme d'affaires californien qui, au début de 1980, a créé un banque du sperme alimentée exclusivement par des scientifiques titulaires d'un Prix Nobel. Les génétitiens interrogés à ce sujet ont, à l'unanimité, dénoncé le caractère ridicule, opposé à toute démarche scientifique, de cette initiative. La Nouvelle Droite l'a présentée comme une admirable tentative d'amélioration de l'espèce humaine, De proche en proche, le mot "Différence", signe de reconnaissance et de respect de l'autre, est devenu, sous la plume de ces auteurs, justification d'une hiérarchie, et d'un mépris, outil d'oppression. Ce mot qui, ainsi manipulé, aboutit au racisme (car qu'est-ce d'autre, le racisme, linon d'admettre que, dans notre espèce, certains peuples sont, comme le rappelle si élégamment Louis Pauwels, "de la m ... " et d'autres "du diamant" ?), le MRAP, en en faisant le titre d'un journal, le brandit en lui redonnant sa signification première. Oui, individus ou peuples, nous sommes tous différents, mais sur cette différence, aucune hiérarchie en valeur ne peut être fondée. Albert JACQUARD ] Réflexion TOUS LES JUIFS NE S'APPELLENT PAS, DAVID C'est le pluriel de "Différences" qui me fait signe 50 " S i les gens n'aiment pas les Juifs, c'est parce qu'ils ont de l'argent." Le gamin de treize ans qui me rapporte ainsi les propos qu'il a tenus dans sa classe, au cours d'un débat organisé sur le racisme, ne manque pas d'innocence. Je m'inquiète: "C'est un gag?" Pas du tout. Pour lui, cette vérité va de soi. Il y a les gens d'un côté, les juifs de l'autre, et l'argent que détiennent tout naturellement ces derniers . Où diable a-t-il été chercher çà!? Il explique: "C'était pour les défendre!" Et puis ... Zut! débat d'adultes. Il retourne à ses bandes dessinées. Dans la bouche de cet enfant, c'est l'antisémitisme qui vient de parler. Ce discours n'est pas à lui. Il a répété, machinalement. Et dans les mots, il avais mis un autre contenu. Quelque chose de sympathique . Il défendait la "différence juive". Et c'est un stéréotype qui est sorti. Lui, il est ailleurs. Mais l'ennui, c'est que les stéréotypes savent marcher tout seuls comme des grands. Et quand ce genre de stéréotypes commence à marcher, on le sait, ce n'est pas facile de les arrêter. Différence? Voilà une notion qu'on a pris l'habitude d'appliquer à des groupes humains pour leur bien : il faut défendre la différence des femmes, des Noirs, des Arabes, des Bretons, des homosexuels ... Une notion qui intervient à partir de problèmes réels, concrets, incontournables

l'oppression des femmes, la douloureuse

histoire de la colonisation et l'immigration, le centralisme hérité en France d'un passé jacobin, l'intolérance sexuelle, etc. Donc, quelque chose d'incontestablement généreux. Or, quand la droite dite nouvelle proclame à la une "Le Droit à la différence" avec vue imprenable sur un coucher de soleil au cap Sounion (revue Eléments, sous-titrée "Pour la civilisation européenne", n° 33), j'ai froid dans le dos. De même, quand un Jean-Edern Hallier parle de "réhabiliter le vieil homme blanc" (interview au quotidien Le Monde). Quand un Alain de Benoist fait fonctionner son appareil conceptuel: "Un cas d'altéromanie tout à fait typique est le fait, par exemple, de ces chercheurs qui s'inquiètent, non • sans raison, des conséquences lointaines de l'érosion des traditions chez les Bororo et les Dogons, mais qui restent d'une impassibilité de marbre devant celle des identités collectives européennes; ce qui donne à penser que ces identités les indiffèrent" (op . cit.). Quand les mots commencent à marcher dans les cerveaux, on ne fait jamais assez attention. Les ambiguités s'installen très vite. Elles réactivent les aveuglements. Donnent des habits neufs aux vieux clichés . Le gamin évoqué plus haut aurait pu être cet autre, moins jeune, rencontré à Bruxelles. Devant une boîte, je m'enquiers du programme. Il me répond, souriant, que "hélas, on ne peut pas danser". Ajoutant: "Tel que je te vois, tu dois bien danser, toi !" Gentillesse sans conséquence sur fond d'images globalisantes. "Différence" au quotidien, à mettre en perspective avec nombre d'exercices de voltige théoriques. Une critique des banalités quotidiennes montre comment l'idéologie de la différence, appliquée aux Noirs, rassemblent ceux-ci en un corps commun, une âme commune, sans tenir compte des singularités de leurs histoires. Comme si la couleur constituait une identité. Naguère, le Noir était considéré comme inférieur; son essence, censée être mauvaise. Aujourd'hui où les luttes démocratiques et les avancées de la science lui ont acquis et reconnu son égalité, on continue à lui attribuer une essence, enracinée généralement sur une nature. Cette nouvelle représentation a donc rompu avec les thèses sur l'infériorité intrinsèque d'une "race" à une autre, mais c'est en conservant leur base. Tous les hommes sont égaux, mais ils ne sont pas faits pareils. Et, en régime de liberté, Hallier a bien le droit de préférer l'essence du Blanc! Les tenants du nationalisme noiriste se tiennent sur le même terrain. On a pu entendre ceci au Colloque de Tunis, en 1975 : "La race exerce son influence sur le 51 DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 développement ( .. . ) le développement économique, à son tour, agit sur la race en même temps que les conditions géographiques ( .. . ) les vertus non seulement raciales mais ethniques, nationales, se transmettent matériellement par les gènes des chromosomes". Signé Léopold Sedar Senghor. La prétention de scientificité rend-elle de telles eugénistes déclarations plus dangereuses qu'une formule telle que : "l'âme persévérante de la race" (André Breton) ? Je ne sais pas s'il faut choisir entre le racisme cru , le racisme à rebours et l'autoflagellation sur fond de conscience malheureuse. A partir du moment où l'on campe une figure du Blanc, du Noir, du Juif, de l'Arabe, etc .. . qui échapperait à toutes contingences, on n'est pas sortis de l'auberge. Entre un protestant noir-américain , un musulman ivoirien, un vaudouisant haïtien et un catholique montréalais noir, quelle commune différence autorise à les placer dans un ensemble homogène? On pourrait ainsi multiplier les clivages. Que reste-t-il alors si les mots sont piégés? Leur donner des contenus concrets. Ainsi est-ce le pluriel de Différences qui me fait signe, contre l'actualité féroce des racismes. C'est-à-dire la porte ouverte à l'espoir que les sociétés occidentales, en un moment historique difficile, ne réinventent pas leurs limites. Jean-Claude CHARLES LES ROIS MAGES DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 L'Evangile évoque d'énigmatiques "Mages venus d'Orient". Plus tard, la tradition en fait trois rois, d'Europe, d'Asie et d'Afrique. Un artiste portugais en invent un quatrième ... ASP AR, MELCHIOR, BALTHAZAR H R VIOL LET Du baptême de Jésus par Jean-Baptiste à sa crucifixion et à sa mise au tombeau se déroule ce qu'on appelle sa "vie publique". C'est certainement là que se trouvent les renseignements les plus sûrs sur ce que fut l'existence du Christ. Cependant, dès le début, les premiers chrétiens ont essayé de dire qui était Jésus pour eux. Ils ont alors tenté de traduire leur foi en un Jésus vivant à travers les récits d'apparition du Ressucité, de son Ascension, de la Pentecôte. De même, ils ont voulu remonter au-delà de ce que les disciples savaient de sa vie publique. Ainsi se sont composés ce qu'on appelle les "Evangiles de l'enfance". Il ne s'agit bien évidemment pas d'une enquête reportage sur l'enfance de Jésus. Luc et Matthieu ont essayé, dans leurs récits, de faire comprendre à travers des scènes parlantes ce que les premières communautés chrétiennes croyaient au sujet de Jésus. Une naissance de caractère exceptionnel pour traduire leur foi en Jésus fils de Dieu. Des histoires comme celle de l'adoration des Mages que raconte seul l'évangéliste Matthieu. (chapitre 2, versets 1 à 12). Ce texte de l'évangéliste nous dit peu de chose sur les Mages. Ce qui semble important, c'est de montrer que Jésus n'a pas seulement été reconnu par des bergers pauvres et alors méprisés de Palestine, mais aussi par des savants, des astrologues persans venus d'Orient. Jésus est venu pour tous. Il est reconnu par les pauvres et par les savants. De ces Mages, on ne connaît rien de plus sinon leurs cadeaux: or, encens et myrrhe. Là encore, la signification de ces cadeaux est symbolique: l'or car les premiers chrétiens veulent dire qu'ils reconnaissent Jésus comme un roi; l'encens car ils le reconnaissent comme un prêtre; la myrrhe, un parfum qui servait à embaumer les morts, car ils proclament sa mort avant sa réssurection. Il semble que c'est le nombre des cadeaux qui a fait imaginer ensuite que les Mages étaient trois. Mais l'Eglise syrienne trouva évocateur d'en présenter douze comme il y a douze apôtres. Une autre tradition préfère qu'ils soient deux: Marie et 52 et les autres ... Joseph; deux bergers; deux rois, trois couples! Finalement, sans doute à cause de la force du symbolisme trinitaire, le chiffre trois l'emporta. Mais à qui ressemblaient ces trois Mages. Ce n'est qu'au troisième siècle que le théologien romain Tertullien parlera de rois. Cependant, ces rois pourront être découronnés lorsque, dans les tableaux du MoyenAge, les donateurs, mécènes des artistes se feront représenter en Mages. Ce n'est qu'au neuvième siècle qu'on commence à leur donner des noms: Gaspar, Melchior et Balthazar (Liber Pontificalis de Ravenne). C'est au Moyen-Age, enfin, que les trois personnages qui avaient souvent été présentés comme les f.igures des trois âges de la vie, vont représenter les trois partIes du monde alors connues: l'Asie, l'Afrique et l'Europe. Voilà donc nos Mages investis d'une nouvelle responsabilité: représenter les trois continents connus devant l'enfant Jésus qui vient de naître. La démarche reste celle des premiers chrétiens et de l'évangéliste Matthieu. Les chrétiens du MoyenAge veulent manifester que Jésus est venu sauver le monde entier et que l'Afrique, l'Asie et l'Europe le reconnaissent. Vision optimiste quand on sait que seules l'Ethiopie, l'Egypte et l'Afrique du Nord avaient été évangélisées et que ça n'est qu'au seizième siècle que François-Xavier mourra aux portes de la Chine. Cependant, les chrétiens veulent dire ainsi que l'Eglise est universelle. Cette ouverture "internationale" n'est pas sans poser des problèmes aux artistes chrétiens du Moyen-Age. Pas de difficulté pour placer des dromadaires qui donnent une couleur plus exotique, encore que les chevaux arnachés comme ceux des chevaliers soient souvent préférés. Mais pour le mage d'Afrique? On s'accorde pour lui réserver le nom de Balthazar. Mais on hésite beaucoup à lui donner un visage noir. Le noir était en effet considéré alors comme la couleur du démon. Dans des miniatures de psautiers grecs, une petite figure de nègre représente le diable, l'enfer ou la mort. Trace de racisme? En tout cas, il faut attendre le quatorzième siècle pour avoir avec certitude un Balthazar au visage noir (tympan de Saint-Thibault de Thann). Et c'est seulement au seizième siècle, dans une gravure française de Geoffroy Tory, qu'on osera représenter le roi nègre tout nu, vêtu d'un simple pagne. Au dix-septième siècle, le roi nègre de Rubens porte des anneaux aux oreilles ! M ais une nouvelle question est alors posée aux artistes chrétiens qui veulent traduire quelque chose de la foi du peuple de Dieu. Au quinzième siècle Christophe Colomb aborde les rivages américains. Pour garder la 53 vision universelle de la scène des Mages, que faire? Comment représenter, devant la crèche, la quatrième partie du monde? Désormais, la tradition des trois rois mages était trop solidement établie dans l'Eglise pour qu'on osât continuer à inventer, comme cela avait été le cas jusque là. Il n'y aurait donc pas de quatrième roi mage. Cependant, les chrétiens des Amériques ont voulu être présents à l'adoration de Jésus et sur un rétable portugais du seizième siècle, qui se trouve à la cathédrale de Viseu, le roi nègre est représenté par un chef indien du Brésil, armé d'un javelot. Il semble que cette représentation soit malheureusement isolée. La répression des Indiens apparaît jusque dans l'art chrétien. Quand les chrétiens préparent aujourd'hui la crèche, selon une tradition qui remonte à François d'Assises, les santons des Mages ne sont pas oubliés. Mais il est certal que les santonniers de Provence préfèrent multiplier les personnages provençaux autour de Jésus. Il faudrait connaître ce que sont les crèches africaines, asiatiques ou latinoaméricaines et nos lecteurs pourraient nous donner, peutêtre, des témoignages intéressants recueillis lors de leur séjour à.l'étranger. Pour ce qui est de la France, la crèche a pris des vIsages multiples ces dernières années: figures modernes stylisées, personnages de la vie quotidienne contemporaine: Dans ~erta.ines crèches de la banlieue parisienne, on a pu voir le.s troIS roIS m.ages devenir trois immigrés: africain, maghrébIn et portugaIs. C'est la manière la plus juste de continuer à illustrer la scène de l'adoration des Mages à partir des réalités vécues par les chrétiens. L'accueil de l'étranger peut se traduire symboliquement dans le choix des personnages de la crèche. Mais cela suppose que les communautés chrétiennes accueillent réellement les étrangers. Ce qui est une autre histoire! R. P. Patrick Jaquemont 1- ~ o ;; cr: I Demain AGENDA La rubrique Agenda de DIFFÉRENCES est ouverte aux diverses manifestations qui peuvent, en France, apporter leur concours à la lutte contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples. Tous ceux qui, à Paris ou en province, veulent annoncer leurs initiatives peuvent nous les faire connaître, au siège du journal. Samedi 6 Décembre • Le MRAP de Meurthe-etMoselle organisera durant tout le mois de décembre une exposition sur le thème "racisme et droits de l'Homme". Cinq villes recevront, à tour de rôle, l'exposition. Il s'agit de Nancy, Toul, Briey-Longwy et Vandoeuvre. Pour tous renseignements complémentaires téléphoner à M. Léon Hertzberg : (83) 35.23.74. • A l'initiative de la M.T.I. (Maison des Travailleurs Immigrés) aura lieu un débat sur l'Algérie. Des films seront projetés. M.T.I. : 46, rue de Montreuil, Paris Ile. Tél. : 372.75.85. Le centre Rachi (30, bd de PortRoyal, 75005 Paris) organisera à partir de 20 heures un dinerspectacle "Hanoukah". Au programme: chorale, sketches, et troisième "Concours de la Chanson des jeunes talents juifs." Réservation au : 331.98.20. • A l'invitation de l'U.J.R.E. (Union des Juifs pour la Résistance et l'Entr'aide), le poète Dora Tetteilbaum parlera à 15 heures 30 du célèbre poète en langue yiddish, H. Leiwikx, au siège du mouvement (14, rue de Paradis, 75010 Paris, tél.: 770.62.16). Le foyer fraternel "Picoulet" organisera de 9 heures à 24 heures, 59, rue de la Fontaine au roi à Paris sa traditionnelle vente de cadeaux de fin d'année: artisanat, chocolats, disques, livres, jouets ... Les 6 et 7 décembre la C1MADE organisera un colloque en com- Recherche et d'Information pour le Développement) sur le thème: "Politique énergétique, politique agricole de la France: quelles relations avec le TiersMonde ?". Le Samedi 6, à 21 heures aura lieu une conférencedébat publique avec la participation de M. Claude Bernet, chef du cabinet du ministre de l'Agriculture. Cette manifestation se déroulera à l'école Bossuet, 51, rue Madame à Paris, 6e. CIMA DE : 705.93.99. GRID: 331.98.91. Dimanche 7 décembre • Le MRAP du 13e arrondissement invite les antiracistes à participer à partir de 16 heures à un après-midi de rencontres, salle Saint-Marcel (82, bd de l'Hôpital, 75013 Paris, métro: CampoFormio). Au programme: projection du film de Michel Drach "Eiise ou la vraie vie" et présentation d'un montage sur le néonazisme en R.F.A. Un débat suivra. L'entrée est libre. L'A.S.T.I. du 16e arrondissement de Paris invite tous ses amis à la fête culturelle qu'elle organisera au 9 bis, rue du Bouquet-deLongchamp dans le seizième arrondissement. Pour tous renseignements, téléphoner à Jeanine Duboux au 524.51.62. France - Amérique-Latine organisera une "vente de solidarité" 104, avenue Jean Lolive à Pantin (93), métro Hoche, Eglise de Pantin. Au choix: Tissage, céramique, cuirs, pulls, ponchos, vannerie, bijoux, disques, affiches et... musique. Mardi 9 Décembre mun avec le G.R.LD. (Centre de • Au Centre Rachi à 21 heures, S4 causerie-débat sur le thème: "Vous avez dit culture ... ". Centre Rachi : 30, bd de Port-Royal, 75005 Paris. Mercredi 10 Décembre • Le comité local du MRAP, nouvellement créé, de ClichyLevallois et celui de AsnièresGennevilliers organiseront en commun à 20 heures 30 au centre culturel "Georges Sadoul" à Levallois (2, rue Arthur Ladwig) une soirée en hommage à Louis Daquin. Le film "Maître après Dieu" sera projeté. Le cinéaste Jean-Daniel Simon participera au débat qui suivra la projection. Au théâtre Gérard-Philipe, à Saint-Denis, la troupe argentine "Téatrocirco" donnera à 20 heures 30, une représentation unique de la pièce "Porca miseria". François Gremy, président du MRAP, parlera du "rôle et du programme du MRAP" au cercle Gaston Crémieux (13, rue du Cambodge, Paris 20e). La réunion débutera à 20 heures 45. Vendredi 12 Décembre • A l'initiative de Pax Christi, débat à 20 heures sur le racisme au Centre de Rencontres Internationales (22, rue Chanoinesse, 75005 Paris). Samedi 13 Décembre • s.o.s. Refoulement organisera de 14 à 17 heures 30 une session de formation sur "les immigrés de la deuxième génération" à son siège (46, rue de Montreuil, 75011 Paris). Lundi 15 Décembre • Au Centre Rachi, à 20 heures 30, Léon Askenazi traitera le sujet : "Caïn et Abel, recherche en Fraternité." Le service municipal de la jeunesse (tél. : 840.20.54) de la commune de Noisy-le-Sec (93), organisera un débat sur les "rapports entre Français et Immigrés" et ce à partir de 18 heures 30 à la cité du Londeau. La Commission Centrale de l'Enfance, branche sociale de l'U.J.R.E., présentera à 20 heures 30 son film "Nous continuons" réalisé après la Libération de la ' France, à la Cinémathèque Française (avenue Albert de Mun, 75016 Paris, métro: Trocadéro). Pour tous renseignements complémentaires téléphoner au 770.62.16. L'association "Pour le droit à l'expression d'Afrique-Asie et pour le retour en France de Simon Malley" organisera une soirée de gala au T.E.P. (17, rue Malte-Brun, 75020 Paris, métro Gambetta). Au programme: Angelo et Isabelle Para, Bonga, Francesca Solleville, le quarter de saxophone de François Jeanneau, le groupe de danse de l'Union des Vietnamiens en France, des chanteurs et musiciens arabes et africains, etc ... Au cours de l'entr'acte dix peintres mettront en vente au profit d'Afrique-Asie des sérigraphies. Entrée avant 20 heures pour les personnes munies des bons de soutien (on peut se les procurer en écrivant au père Buannic, 7, rue des Lions Saint-Paul, 75004 Paris, CCP 1379096 PARIS, le prix en a été fixé a 50 F l'unité), à DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 20 heures pour les autres. Renseignements au 271.07.48. Mardi 16 Décembre • Au centre Rachi à 20 heures 30, Gilles Bernheim, agrégé de philosophie et enseignant à l'Ecole Normale Supérieure traitera la question "du meurtre de Caïn aux problèmes de Lamec". Samedi 20 Décembre • Au siège de l'U.J.R.E. (14, rue de Paradis, 75010 Paris) à 15 heures 30, le professeur Theophil Grol donnera une conférence sur "les divers courants de l'Histoire juive" . heures dans les salons de l'Hôtel l'Homme" et ce jusqu'au 17 janLutétia, (47, bd Raspail à Paris), vier. réservations: 14, rue de Paradis Paris lOe, tél. : 770.62.16. Samedi 3 Janvier Mercredi 14 Janvier • Le Comité du MRAP • La M.T.I. organisera les 3 e d'Orléans, organisera une 4 janvier un débat sur "l'Afrique conférence-débat avec film sur Noire" et ce dans le cadre de la "la montée du nazisme et du "journée des peuples noirs" ani- racisme". Mercredi 17 Décembre • Au centre Rachi à 20 heures 30, Claude Briman, agrégé de philosophie co-auteur de "Caïn et Abel" (Grasset), Charles Mopsik et Jean Zacklad, docteur-èslettres débattront sur le thème: "Lecture philosophique d'un meurtre. " Jeudi 18 Décembre • Au centre Rachi, à 20 heures 30, Josy Eisenberg, auteur de 'Moi, le gardien de mon frère" Ed. Albin-Michel), parlera de la 'violence et civilisation: le double visage de Caïn". La FAST! (Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés) organisera les 20 et 21 déce.mbre, dans le cadre du cycle de formation sur les langues et cultures d'origine, une rencontre des moniteurs et animateurs de langues portugaise et espagnole à son siège: 4, square Vitruve, 75020 Paris, tél. : 360.84.41. Mercredi 31 Décembre • Au centre Rachi, de 21 heures 30 à l'aube, grande nuit dansante. Jeudi 1er Janvier 81 • L'U.J.R.E. organisera son banquet traditionnel annuel à 13 La vie du MRAP mée par la Fétrani. Au pro gramme: films, expositions artistiques, ballets, chants débats... Renseignements a~ Vendredi 16 Janvier 372.75.85. Vendredi 9 Janvier • Le Comité d'Entreprise de l'aéroport de Paris présentera l'exposition du MRAP "Le racisme est parmi nous". L'exposition durera jusqu'au 16 janvier. Lundi 12 Janvier • Le Comité d'Entreprise de Renault-Cuincy (59) organisera en liaison avec le MRAP une exposition "racisme et droits de • Un débat sur le racisme sera organisé au lycée technique de Chatenay-Malabry (92). Samedi 24 Janvier • A l'initiative de la municipalité de Niort et en liaison avec le MRAP, sera présentée l'exposition "Le racisme est parmi nous" en l'Hôtel-de-ville. L'exposition s'achèvera le 9 février. Adressez vos informations à DIFFERENCES, 120, rue StDenis, 75002 Paris. DES ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA LUTTE CONTRE LE RACISME Prenons pour exemple une ville de l'Ile-de-France : Mantes-IaJol. ie, dans les Yvelines. Cinquante mille habitants, mais l'agglomératIon en compte le double avec Mantes-la-Ville, Limay, Les Mureaux, Gargenville, Aubergenville ... Le racisme, ici, on connaît. Les immigrés, qui représentent 30 070 de la population, ont été regroupés, dans des quartiers où ils ~tteign:nt ~arfois 7.5 %, comme réservoir de main-d'oeuvre pour les md~stnes Implantees dans la, région: Renault (Flins), Chrysler (POISSy), La Cellulose, les cimenteries Lafarge, la centrale E.D.F ... Cela ne va pas sans heurts ni attitudes hostiles en ces temps de difficultés. ' L'an dernier, un café, près de la gare a été fermé quinze jours pour son refus de servir les Maghrebins. Au Val-Fourré une association mène campagne contre la construction d'une mos~uée au nom de la ... ?~fen~e écologique de ce quartier "jusqu'alors calm'e, agréable et ou Il faIt encore bon vivre" ... A la réunion du MRAP, présidée par Marc Sabbah directeur du Collège Saint-Exupéry, un avocat, Me Julienne-Carfié devant une cinquantaine de participants, dresse brièvement le bil~n de la riposte. Un comité dynamique est né dans l'action. Récemment il y a. eu l'exceptionnelle mobilisation après Copernic: une manif~statIon locale de 500 personnes, deux cars frétés pour aller le 7 octobre à celle de Paris. Et depuis, la collecte pour El Asnam ... Christian Hamet, un éducateur, évoque les problèmes de la "deuxième génération", les enfants des immigrés, en proie à la crise au ch~mage, au cloisonnement raciste de notre société. Il parle de~ expulSIOns, des refoulements qui se multiplient. A Dreux, un comité du MRAP vient de voir le jour, engagé dans la défense de travailleurs maliens victimes des trafiquants de fauxpapiers. Un autre encore tiendra le 6 décembre sa première réunion aux Mureaux: là aussi, les défenseurs du cadre de vie se dressent contre le projet de mosquée. A Aubergenville, c'est une école orthodoxe juive qui "créé des remous" ... SS L'idée. des Etats Généraux contre le racisme, proposée par le bureau natIonal du MRAP, répond bien aux données de la situation et aux préoccupations de tous. Etablir un inventaire du racisme, mettre en relief ses causes, définir et développer l'action nécessaire avec le maximum de gens: le triple objectif qu'implique cette entreprise prolonge logiquement les manifestations d'octobre et la prise de conscience dont elles ont témoigné. L'un des élèves du collège, dit avoir été fra'ppé, malgré l'ampleur des initiatives prises, par l'indifférence du plus grand nombre; ses copains l'approuvent. Que faire? Des films, des affiches, des tracts permettront de mieux informer, d'alerter. Un enseignant suggère par ailleurs un colloque pour approfondir les notions d'antisémitisme, d'antisionisme et d'antiracisme ... Voilà les Etats-Généraux sur les rails. Dans toute la France on se réunira pour le même triple objectif de témoignage, d'analy;e et de lutte. Désormais, chaque projection, chaque débat sur le racisme - et il y en a des dizaines en ce moment - devrait s'inscrire dans ce contexte, se terminer par un compte-rendu écrit, contribution au vaste mouvement qui aboutira au rassemblement national du 21 mars à Paris. Des assemblées se tiendront sur les lieux de travail et d'étude, ~ans les quartiers, les paroisses, les foyers d'immigrés, les associatIOns, avec le concours des comités locaux du MRAP. Ensuite,on se rencontrera au plan de la ville ou de la région. A Mantes ce sera fin janvier, une journée contre le racisme, avec débats et spe~tacles :' des musiciens chiliens et une pièce de théâtre maghrebine ... ~endant la réunion, la maquette de "Différences" circule parmi les cInquante participants. Chacun l'apprécie. On recueillera des abonnements, c'est d'accord. Le droit à la différence, ici, on le comprend, on le défend. Louis MOUSCRON Sté V.N.R. 43, Rue d'Aboukir 75002 PARIS 508.86.60 Tribune DESLECTEU Albert LEVY Albert Lévy a 57 ans. Il est né à Clermont-Ferrand, dans une famille d'immigrés. Durant l'occupation il participe, à Lyon, au combat de la Résistance dans les rangs du MNCR (Mouvement national contre le racisme) et des FTP. Après avoir fait ses études à l'Ecole Normale d'instituteurs et passé avec succès le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, à la libération il renonce à l'enseignement pour devenir journaliste. Il est présent au congrès constitutif du MRAP, alors Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et pour la Paix, en 1949, et devient rédacteur en chef de son hebdomadaire, DROIT ET LIBERTE. Depuis 1971, il est secrétaire-général du MRAP. C'est à lui que, tout naturellement, nous avons demandé de répondre au courrier de ce numéro inaugural de DIFFÉRENCES. Il le fait en son nom personnel. Chaque mois, une personnalité différente engagera ainsi le dialogue avec nos lecteurs. 57 Ce climat malsain Depuis longtemps solidaire de tous les combats antiracistes, je n'ai que trop tardé à m'y associer. Je suis bien consciente de la montée du racisme et de l'antisémitisme, et je tiens le gouvernement pour une grande part responsable de ce climat malsain. Qui, en effet, encourage les racistes de tout poil en faisant preuve de laxisme envers les groupes néo-nazis et en promulgant des lois xénophobes? En tant qu'étudiante, j'ai pris part au mouvement réclamant l'abrogation de la circulaire Imbert, trouvant inacceptable que, sur simple critère de race, de nationalité et d'opinion politique, on supprime à des milliers d'étudiants étrangers la possibilité de poursuivre ou d'entreprendre des études en France. D. P. 78 - Maisons-Laffitte A.L. Le refus de la violence raciste et la volonté d'agir pour arrêter sa progression ; la relation établie tout naturellement entre le crime antisémite et les autres aspects du racisme; la mise en cause des pouvoirs publics pour leur laxisme envers les néo-nazis et leur politique anti-immigrés ... C'était précisément le sens des manifestations qui se sont déroulées au début d'octobre à Paris et un peu partout à travers la France. Chasse "au faciès" Je suis un travailleur immigré marocain et depuis' quelques années j'observe avec intérêt et reconnaissance les activités et interventions du MRAP en faveur de tous ceux qui sont victimes du racisme et de l'indifférence: Arabes, Juifs, Noirs, Asiatiques, etc ... Je tiens à le féliciter pour la manifestation monstre organisée à Paris après l'odieux attentat de la rue Copernic. Je l'ai regardée à la télévision. Ce jour-là, j'ai eu chaud au coeur et j'ai pleuré, car depuis quelque temps, on massacre, on fouille, on contrôle, on humilie des gens parce qu'étrangers dans un pays qui se veut démocratique, un pays dont j'ai adopté la culture et la littérature, dans l'indifférence générale. J'aimerais que tout le monde, en France, se dresse contre la chasse au faciès dans le métro, les gares, contre le mépris dont souffrent les travailleurs arabes et africains. Et pourtant au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Afrique Noire, les Français continuent à être choyés et accueillis conformément à nos mentalités, qui sont loin d'être celles de sauvages comme le clament les hordes immondes du racisme. Un immigré reconnaissant et ému A.L. Deux fois revient le mot "indifférence". Un mot qui fait mal et qui accuse. On ne répètera jamais trop que le racisme est un tout, et qu'il ne peut être vraiment combattu qu'en solidarité avec tous ceux qui en souffrent, sans restrictions ni défaillances. A la faculté de Médecine J'ai été bouleversée par l'attentat de la rue Copernic et je tiens à vous signaler ceci : m'étant trouvée, il y a quelques temps déjà, dans les sous-sols de la Faculté de Médecine de la Pitié-Salpétrière, j'ai pu lire à l'intérieur des W.c., le tout encadré d'une croix gammée de 1 m environ : "Nous te jurons, Adolf Hitler, de te venger jusqu'à la mort; nous tuerons tous les Juifs, hommes, femmes , enfants" . Ceci, à l'époque, m'avait beaucoup choquée. A présent, je pense qu'il doit y avoir un groupe de néo-nazis au sein même de cette Faculté. Je suis antiraciste, mais je tiens à garder l'anonymat. On ne sait jamais! MmeB. A.L. Eh! oui, les fans de la F.A.N.E. affichent leur credo ... où ils ont la faculté de le faire. C'était avant Copernic. Mais à la Pitié-Salpétrière, un comité du MRAP vient de se constituer. Violence ou violance ? Comme beaucoup de femmes, j'ai été très émue des événements de la rue Copernic. Mais comme beaucoup de femmes, je me suis étonnée de voir l'union sacrée des partis, mouvements et syndicats, manifester haut et fort contre l'antisémitisme. Cet été, un jeune Maghrébin a eu le dos tailladé au rasoir. A Fleury-Merogis, moisissent sans jugement un certain nombre de L'espérance des chrétiens dans l'actualité du monde la vie est un hebdomadaire d'actualité dont les reportages ou enquêtes vont la vie est un hebdomadaire qui vous rendra service, avec des conseils pour votre vie de tous les jours, pour votre orientation professionnelle, pour vos loisirs (lecture, disques, cinéma, radio et télévision). la vie est un hebdomadaire chrétien qui ne cache pas ses opinions mais qui croit au dialogue de tous les hommes de bonne volonté, quelle que soit leur croyance. -------------- OFFRE D'ESSAI Sans engagement de votre part, LA VIE vous offre 3 numéros gratuits, pour faire connaissance. Retoumez-flous vite ce bon. plus loin que la simple information. NOM: M., Mme, Mlle __________ ----Prénom ~ Adresse ~ _____ _ Code postal __ _ Ville à retourner à LA VIE PROMOTION - BP 315 75822 PARIS CEDEX 17 Tribune DES LECTEURS jeunes qui ont le tort d'être arabes, et donc suspects aux yeux des tenants de l'ordre. Il y a donc des racismes mobilisateurs et des racismes qui ne le sont pas (parce que depuis une dizaine d'années, ils sont nombreux les Arabes assassinés). Mais j'ai appris dans la semaine même de la manif qu'une jeune femme de 25 ans avait été violée par trois hommes qui, Français, blancs, "bon mari et bon père", travailleurs et tout et tout, avaient été laissés en liberté bien qu'ayant avoué, parce que la victime n'avait pas consenti à subir un examen psychiatrique. Le racisme sexuel ne semble pas faire partie de vos préoccupations alors que pourtant c'est bien le premier de tous: toutes les sociétés ont en commun un désir d'enfermement des femmes (Khomeini a en partie réussi son entreprise), mais en France il semble bien que par le biais des lois discriminantes comme le travail à temps partiel, on va s'efforcer de renvoyer à la maison, les "voleuses d'emplow;" que sont les épouses-et-mères, les privant ainsi de l'indépendance économique et les livrant pieds et poings liés à des hommes en situation d'abus possibles. La manifestation des homosexuels, en réaction à la loi votée par le Sénat et préparée par posséder un être humain ?) fait qu'il est toujours en situation de violence, de VIOLANCE !. .. Marie-Elisabeth LANOE 92 - Meudon A.L. Pour des raisons historiques, sociales, économiques et politiques, l'opinion française est plus sensibilisée au racisme antijuif qu'au racisme anti-arabe; pour ces mêmes raisons, les médias apportent beaucoup d'informations sur le premier, qu'ils condamnent sans réserves, alors que, trop souvent, c'est le silence concernant le second. Il reste encore fort à faire pour que les injustices ou les crimes racistes suscitent des réactions d'égale vigueur, quelles qu'en soient les victimes. L'autre problème soulevé appelle une discussion qu'il conviendra de poursuivre. On parle aujourd'hui de "racisme" au sujet des femmes, des jeunes, des vieux, des homosexuels, des handicapés ... et cette liste n'est pas exhaustive. Qu'y a-t-il de commun aux divers phénomènes de rejet, de' mépris, de peur de l'Autre, et en quoi se distinguentils les uns des autres, quant à la démarche et au contenu? Pour y voir plus clair, le MRAP prépare un colloque sur le thème: "Expression et répression des différences" . Foyer, qui a autant la haine des Pas concernée homos que des femmes, a regroupé environ 1 500 person- Je ne suis pas allée à la manifestanes. Parce que tout ce qui défilait tion contre le racisme, car on a dans l'union sacrée de la Nation à oublié les effets réels de la bombe la République n'irait tout de de la rue Copernic. même pas jusqu'à porter l'étoile La synagogue était visée, sans rose infâmante et à s'interroger doute, mais il faudrait penser aux sur la condition des femmes, morts, aux blessés, aux gens du dans un pays évolué, cultivé, quartier et aux passants qui ont comme la France... connu le drame. Eux n'avaient rien à voir avec les Juifs, les Ara" Le juif nous a volé la femme bes, le racisme et quoi que ce soit par sa volonté de démocratie à ce sujet. sexuelle. Nous avons pour tâche Il est déjà assez scandaleux que le de tuer le dragon pour nous réap- terrorisme frappe au hasard, je proprier ce qu'il y a de plus sacré n'admets pas qu'on ne s'intéresse sur terre, LA FEMME, en tant qu'à l'antisémitisme et qu'on réaque servante et domestique" gisse à sens unique. Je ne crois Avril 32, Hitler à la Jeunesse Hit- pas que ce serait être raciste de lérienne (au sujet des mouve- défendre aussi les simples gens ments féministes et homo- victimes d'une violence qui ne les sexuels)... concerne pas et qui vivent dans la Il est inutile de lutter contre le peur. racisme. Il faut d'abord explorer les fantasmes des mâles. Et à par- Geneviève P. Paris 16 tir de là on s'aperçoit que l'homme ne peut se passer de la A. L. Méditons cette possession des femmes. Et que la réflexion du pasteur allemand souffrance qu'il éprouve de son Martin Niemoller, sur son expéinsatisfaction (comment peut-on rience du nazisme: "Quant on a DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 arrêté les communistes et les socialistes, je n'ai rien dit car je n'étais ni communiste ni socialiste. Quand on a emmené les juifs, je n'ai rien dit parce que je n'étais pas juif. Quand on a arrêté les catholiques, je n'ai rien dit parce que je suis protestant. Et quand j'ai été à mon tour arrêté, il n 'y avait plus personne pour élever la voix." Charonne 1962 La manifestation du 7 octobre passait par Charonne. Il aurait fallu, je crois, rappeler le souvenir des antifascistes qui y ont trouvé la mort en février 62. Très simplement (un panneau blanc, en noir, la date, leurs noms, un drapeau rouge et autant de grandes branches vertes qu'il en fut tué). Cette idée m'est dictée par l'intelligence que j'ai de la situation. J'étais présent place de l'Opéra le samedi soir, lorsque s'est formée la manifestation sioniste. Elle a pris dès les premiers instants un caractère quasi raciste, anti-tout ce qui n'est pas Israël, à preuve le tract distribué à cette occasion. Je suis aussi guidé par des raisons personnelles. Je pense à la soeur de Anne Godeau qui vient de se suicider. J'étais à Charonne au moment du crime. La force de répression a agi pour tuer. J'ai pu gagner la bonne bouche du métro, mon amie Fanny Dewerpe, l'autre: elle y mourut rompue et étouffée. . Je pense aussi à Vladimir Pozner. Il vient d'écrire un livre implacable sur la déportation "La descente aux enfers". Je me rappelle qu'ILS l'ont raté de peu le 7 février 62. J.P. BACHOLLET 94 - Ivry A.L. Ce n'est certes pas solliciter abusivement les faits et les lieux que d'associer les victimes de l'O.A.S., de la répression au temps de "l'Algérie française" et du plus récent attentat anti-juif. Anne Godeau, Fanny Dewerpe et les autres assassinés de Charonne manifestaient contre le racisme, pour l'amitié entre les peuples. Et la levée en masse de Paris pour les obsèques en 1962 s'est renouvelée après Copernic en 1980. Dans ce contexte, on ne peut que regretter les tentatives (ou les tentations) d'opposer un racisme à un autre, de diviser les victimes, d'obscurcir la réalité des menaces qui nécessitent la mobilisation de tous. Qui croire? Que peuvent signifier des manifestations contre le racisme où participent pêle-mêle des gens qui ne sont d'accord sur rien, pas même sur ce que signifie le racisme? J'étais à Paris le 7 octobre et j'ai regardé le défilé de la Nation à la République: les slogans des uns contre le fascisme, des autres contre Arafat, le MRAP et la LICRA, les ouvriers et les bourgeois, les communistes et les anticommunistes. Qui croire? Une seule certitude: cette "unanimité" était fausse et sans lendemain. Simon NAOURI 13 - Marseille A.L. La diversité de ceux qui descendaient dans la rue pour exprimer leur opposition au racisme a fait que, dans certaines villes, deux, parfois trois cortèges différents ont défilé. Dans d'autres, et particulièrement à Paris, l'appel du MRAP a permis, sinon l'unanimité, du moins une convergence spectaculaire. Sans se faire d'illusions sur les motivations des uns ou des autres, il faut reconnaître un fait majeur: le courant puissant que traduisaient ces manifestations, l'u'ne des plus Importantes depuis la Libération. Des usines, des bureaux et des magasins, des écoles et des universités, ouvriers, employés, enseignants, étudiants, élèves, quittant le travail deux heures plus tôt, comme le demandaient les syndicats, ont afflué massivement de la Nation à la République. Se situer en dehors de ce mouvement populaire irrésistible eût été s'isoler. L' Assemblée Nationale elle-même avait suspendu ses travaux pour permettre aux députés de s'y joindre. Quelques-uns d'entre eux n'étaient certes pas sans responsabilités dans la politique mise en cause par les manifestants. Quant aux mots d'ordre étrangers à l'objet de la manifestation, ils n'étaient le fait que de groupes très minoritaires, auxquels les grands moyens d'information ont trop souvent donné une place excessive dans leurs comptesrendus. Restent la mobilisation en profondeur de tout un peuple contre le racisme sous toutes ses formes et contre le fascisme, ainsi que l'exigence de mesures efficaces pour mettre hors d'état de nuire les néo-nazis, leurs complices et leurs prospecteurs. S9 François Mitterrand • Ici et maintenant " - Ici et maintenantou - là-bas et pour sept ans .r..:. " MICHEL CASTE Le Monde "C'est l'envoûtement. Quel homme et quelles ressources!.. . Mitterrand, maître de la littérature politique." HENRITINCQ La Croix "TI Y a chez cet homme du Saint-Simon, du Virgile et de l'énarque tempéré par la lecture d J ,,, e aures. JEAN BRIGOULEIX France-Soir "Ce n'est pas autre chose que de l'affabulation et de l'anti-commu- rn.s me. " GEORGES MARCHAIS Le grand débat -TF1 "~événement politique de la fin de l'année." ROGER-XAVIER LANTÉRI VExpress François Mitterrand Ici et maintenant Fayard " Un ouvrage de réflexion, un arrêt au milieu des tumultes politiques politiciens, une large et longue respiration dans les péripéties du quotidien, Ici et maintenant mérite et exige même plusieurs 1e ctures. " PIERRE YSMAL VYonne républicaine Fayard "C'est qu'il est en forme le premier secrétaire, la plume alerte et l'esprit vif." FRANÇOIS JACQUEMONT VEst républicain "Une manière d'affirmer une capacité physique et intellectuelle donc une disponibilité que l'on retrouve dans cette phrase: "C'est maintenant que j'ai mon temps." CLAUDE JACQUEMART Valeurs actuelles "Prenant notre plaisir à ces formules, à ces jugements où Mitterrand excelle, il a un mot superbe: "Je fais partie du paysage de la France." Dite par d'autres, la phrase irriterait, agacerait, pas de lui." MICHEL SCHIFFRES Quotidien Rhône-Alpes Mots croisés Roger-Raymond VIAS Horizontalement 1. Le début du racisme - Prairies - Est to ujours fauché - 2. Instrument - Arrangement - 3. Mamelle - Flexible - Part icipe - Agent de 2 liaison - 4. D'un goût désagréabl e - Pet it if - Raison d'êtrc - S. Attaché - Enzyme - Cham- 3 pion - Disparition - 6. Ane - Jeûne - Saiso n - 4 Particule - 7. Conjonction - Alors - Périodes - Plante vénéneuse - 8. Apportée par la ma riée - S Pièce de serrurerie - Indéfini - Vieux manteau - Note - 9. S'escrime ... à l'épée! - Tout 6 groupe ethnique - Collée ! - 10. Sélénium - Fait écran - Mis en sachet - Amendé - II. 7 Manche au tennis - Fin de règne - Util e a u 8 ravaudeur - Liman - 12. Boisson - Do - Note - Se servir d'un bouvet - 13. Exclama tion - 9 Mammifères marins - Possessif - Reptile - I1e- 14. Point sur l'orbite - Pet it poisson - Crain te 10 - 15. Appris - Situé - Autre peti t poisson - Stupide - Possessif - 16. Colère ancienne - Il Tentative - Détériorées - Abrévia tion - 17. Est chauve dès sa naissance - Mesures _ 12 Décente - 18. Ils faisaient peur - Gardien de 13 buts - 19. Transformation - Jod lai - (S'est) posé sur l'eau - 20. Cancanes - Insecte - 21. 14 Cri - Patrie d'Abraham - Tellure - Vill e du Maine-et-Loire - Sont en garde - 22. Cros- IS sette - Obtenu - Note - Fermé - 23. Impruden- AB C D E f G H ces - Habite l'une des Baléares - 24. Pal mi- 16 pède - Arrêté - Chef d'un banat - Démentit - 17 25. Personnel - Charge d 'âne - Esprit de sacrifice - 26. Est bien fleuri - Sies te - 27. 18 Découpée - Direction - Un ent êté! - Encaustiquée - 28. Grecque - Absorbé - Fenouil - 19 Possessif - Trompes - 29. Pièce d 'ea u - Il s'y déroule bien des drames! - 30. Formes de 20 partic ipation - Pans - Père de Cyrano - Conjonction - 31. Dans - Bout de moire Conson- 21 nes - L'un d'eux reste tristement célèbre - 32. 22 Exhumé - Tas de foi n - Erre - 33. Originaire I---+-I---+-----l--I-----ldu Caucase - Tramé - Ecloses - Ridelle - 34. 23 Négatif - Pronom - Contes tent - Malenten- ~-+--+- dant - 35. Possessif - C'est oui ! - Bordé - 24 Calamité - 36. Religion de l' Inde - Ça et là - 1--+- Initiales pieuses - 37. Angoissées - Atermoya _ 2S Ha rd i. 26 Verticalement : 27 A. En forme de sépales - La liberté des pris ! - 28 Rabot - Mise en mouvement - Textile - Demi baba - B. Chef re ligieux - Trous dans le mur _ 29 Dessin - Article - Organe - Lutécium - 30 Démonstratif - Matériau - C. Li gne trigonométrique - Courte liaison - Possédés - Gîte - 31 Fleuve - Bouchon - A les - D. Pronom - Go uverné - Relient deux terres - Humide - J our de repos dans la religion juive - Désert de dunes - Elément - E. Foyer - Appel - Eolide - Créateurs - Jeu de cartes - Poème - F. Pa rti cipe - Toboggan - Rôtie - Tâté une seconde fo is - Début de repas - Arrivé à terme - G. Pronom - Coûteuse - Historien lat in - Nageoire - Sur la Till e - H. Donner l'onction - C'est la règle pour un dessinateur - En Moldavie - Stimulé32 33 34 3S I---+-- Peut être la naissance d'un fle uve - Tente - I. Méchant - Emeute - Souhai tée - Os - J. Amidonné - Espace vert - Sont en péril - TroubléPersonnel - Titane - Raconter - K. Arti cle espagnol - Imperméabilit é - Protect ion - Exclamation - Produit de la ruche - L. Garde la chambre - Personnel - Entre le poitra il et la jam be - Fi ls d' Isaac - Chef relig ieux - Hébergé - Insecte - M. Divinité - Possessif - Abréviation - Métal - Farceurs - Tabl e au t ric -t rac - D'un auxilliaire - Dérivation -Forte cart e - N. Lieu de culte - Perroquet -Abattis - Engin spatial - Mis dans les brancards - Grecq ue - O. Isolé - Notaire - Décrasser - Précipitées - Consonnes - P. Emétique -Point - Permet à la mari ne d'évoluer - A peu près - Capita le - Q. Lézarde - Fruit - Pesée -Bouclier - Le roi de l'arène - Napoléon y mit Mack. .. mat ! 61 J DIFFÉRENCES DÉCEMBRE 1980 K L M N 0 P Q R S T - R . Est imp réc is - L ' I r la nd e - Pièges - Département - Baume - Tempérant - S. Indiq ue la sorti e - In strument de mesure - Sur la Bresle - Etoil e américain e - Evalue l'angle - A l'i ntérieur - T. Fracti ons - Servent à l'alimentation des bidets - Moins qu'un bidet ... - Chien - Abîmé. ••• Solution dans le prochain numéro Humour LE BARON NOIR ON NE VElJf PAS DE VOUS ICI! VOUS VENEZ NOUS ENLEVER L'HERBE DE LA BOllC.~E~ RE TOURNEZ DAKS VOTR.E PAYS. Par GOT et PETILLON PAS CETTE. HERBE !! CEnE. HERBE C'EST L HERBE DE NOTRE. 1ROUPEPJJ ET VOUS N'EN FERU. JfWlAlS PARTIE. ! ,00 VOUS Ê.TES TROP DlFFËRENT DE NOUS __ --_ r t,.,' ~ t-f /. 1/" ................ ;o::.tM ,/ , 62 Dérangeant ! Voici un peu la face obscure de l'histoire de France ETREJUIF DANS IASOCIEIE FRANÇAISE du moyen-lige à nos JOurs béatrtce philippe ('d .................. . Préfacé par Pierre EMMANUEL, postfacé par Annie KRIEGEL un rel9'rd différent sur quinze siècles de la vie des juifs en France 3IB PAGES FORMAT 24,5 ,30 CM 327 ILLUSTRATIONS NOIR ET COULEUR RELIURE TOILE ET JAQUETTE EN QUADRICHROMIE mmONS MONTALBA 39, rue Montmartre 75002 Pans Tél.: 508.83.73 DIfFUSION VllO "- 1

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