Des grandes figures du MRAP

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Sommaire

André Blumel

Né en 1893 à Paris, journaliste et avocat, militant socialiste il est l'un des proches collaborateurs de Léon Blum pendant le front populaire.
Engagé dans la Résistance, il parvient à rejoindre Londres en 1944.
Il fut le premier président du MRAP de 1949 à 1953.
Le discours d'André Blumel lors de la première journée contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix en 1949 où il proclame la "grandeur de ce combat" (voir le document)
Dans le n°1 de Droit et Liberté devenu organe du MRAP, André Blumel définit ce que devra être le journal: "Comme le philosophe de l'antiquité qui prouvait le mouvement en marchant, c'est cn paraissant que « Droit et Liberté" s'attaquera à l'antisémitisme, combattra le racisme et luttera pour la Paix. (voir le document)
En 1973, Droit et Liberté exprime l'émotion du MRAP lors de la disparition de André Blumel:
"C'est avec une vive émotion que nous avons appris la mort de Me André Blumel qui fut l'un des fondateurs et le premier président du M.R.A.P."
"Né en 1893, ses activités de militant puis de dirigeant du parti socialiste l’amenèrent à jouer un rôle de premier plan dans les luttes du Front Populaire (il fut, en 1936, chef du cabinet de Léon Blum, président du Conseil),puis de la Résistance. Il était depuis 1965, conseiller de Paris, apparente au groupe communiste. Faisant preuve d'une grande indépendance d 'esprit et d'un dynamisme sans défaillance, il fut, jusqu'aux derniers jours, de sa vie un inlassable combattant contre le racisme et l'antisémitisme."
En 1974 au cours d'une cérémonie commémorant l'anniversaire de la disparition de André Blumel, Charles Palant lui rend hommage: (voir le document)

Léon Lyon-Caen

Il fut président du MRAP de 1953 à 1962. Léon Lyon-Caen adhère au MRAP dès 1949: "Les vrais résistants, ceux de la première heure, principaux artisans de notre affranchissement du joug hitlérien, sont volontiers oubliés ou mis à l'écart."
"Au milieu de ces événements redoutables, qui déroutent et déconcertent tant de citoyens libres et conscients, ils doivent. quelle que soit leur situation sociale, secouant leur inertie, sortant de leur tour d'ivoire, s'unir (seule l'union faisant la force) contre les dangers qui menacent et le Droit, et la ·Liberté, et la paix du monde.
Voilà , pourquoi j'ai adhéré à une association qui,étrangère aux divisions partisanes et aux querelles politiques, défend des idées qui, parce que Français, parce que magistrat, parce que Juif, me sont et me resteront toujours chères " DL n°8 décembre 1949 p1 : (voir le document)
En 1953 il est nommé Président du MRAP: (voir le document)
Léon Lyon-Caen est l'un des artisans des propositions de loi du MRAP pour une législation antiraciste efficace, en 1959 il rédige pour Droit et Liberté une étude sur les projets soumis au Parlement: (voir le document)
Droit et liberté rend compte de la passation de pouvoir entre Léon Lyon-Caen et Pierre Paraf.
Charles Palant, secrétaire général, souligne: "Depuis ce mois de septembre 1953 où vous avez accepté la présidence du M.R.A.P., au terme d'une longue carrière, les militants du Mouvement et ses innombrables amis voient en vous comme l'incarnation de cet idéal de droiture, de respectabilité et de fraternelle tolérance pour lequel nous combattons." et Léon Lyon-Caen affirme: "Je demeure à vos côtés" (voir le document)

Le MRAP lui rend hommage en 1967 et retransmet le message adressé par Léon Lyon-Caen en 1964: " Quinze ans de lutte incessante contre les discriminations et les haines raciales et confessionnelles, contre les atteintes portées à la dignité humaine, aux libertés publiques fondamentales, à l'égalité entre les citoyens, dans quelque pays qu'elles se manifestent! La tâche fut souvent rude et malaisée. Nous avons trouvé la voie semée d'obstacles, que dressent l'ignorance, l'apathie, la mauvaise foi, des préjugés surannés, et certains prétextes d 'ordre politique ou économique. Si les résultats peuvent apparaître ne pas correspondre à nos efforts, ne nous décourageons pas. Car ces libertés, ces droits de l'homme, dont nous avons entrepris la défense opiniâtre, c'est une conquête continue. Inlassablement, il faut recommencer le même combat. Il est plus que jamais nécessaire. La victoire est loin d'être remportée."(voir le document)
Plaquette retraçant le parcours de Léon Lyon-Caen: (voir le document)

Pierre Paraf

Pierre Paraf écrivain et journaliste, adhéra au MRAP dès 1949; il en devint vice président puis président de 1962 à 1980:
"Je n'étais pas homme à accepter des ultimatum", indique-t-il dans "Mes rendez-vous avec le siècle"." Je restai avec ceux qui ne me demandaient pas de choisir et s'en remettaient à ma conscience".
Il insista souvent, par ailleurs, sur une autre motivation : la nécessité de "resserrer le lien avec les forces populaires, sans lesquelles nos combats seraient voués à l'échec". (extrait de la brochure d'hommage à Pierre Paraf)
Dans une de ses nombreuses contributions à Droit et Liberté: "le racisme aujourd'hui" en 1970 Pierre Paraf dresse un état des lieux du racisme: "Deux constatations d·abord . Le racisme continue d'assombrir, de déshonorer l'humanité. Il survit aux changements de régime, de l'est à l'ouest, sans prendre, sauf dans les nations de l'apartheid, les formes honteuses que lui donna le nazisme . Est-il en progression? Est-il en recul? Tout dépend des pays, des classes , des professions, des générations...Mais il indigne un plus grand nombre d'hommes et de femmes qu'autrefois. Ce qui apparaissait comme une sorte de fatalité de l'histoire, tout comme l'oppression des pauvres, est de plus en plus dénoncé, flétri par ceux qui s'en accommodaient pour le faire subir sans remords ou pour le subir avec résignation. Un long chemin reste à parcourir. D'incontestables conquêtes ont été réalisées...La présence de trois millions et demi de travailleurs immigrés, dont le nombre ne cesse de croître, pose des problèmes toujours plus graves. Autour de ces « étranges étrangers » , le racisme est à nos portes . Il nous guette au coin de la rue. Une telle présence exige notre action quotidienne , un constant examen de conscience . Qu'avons-nous fait pour rompre l'isolement dont ils sont victimes?..." (voir le document)

Devant la persistance de l'antisémitisme après la guerre, il dénonce "la haine qui rode" et exprime l'engagement du MRAP: "Mais Juifs et non-Juifs, dépositaires du souvenir, gardiens du présent et. responsables de l'avenir, nous sommes là, prêts à mobiliser toutes les consciences, qu'il s'agisse d'un Noir on d'un jaune ou d'un Nord-Africain ou d'un Israélite persécuté, qu'il s'agisse de la couleur de la peau, des origines ethniques. d'une opinion philosophique ou d'une confession religieuse."
(voir le document)
Parmi ses livres on peut citer: "Le racisme dans le monde" (1964), "L'homme de toutes les couleurs" (1973), "La France de l'affaire Dreyfus" (1978), "Mes rendez-vous avec le siècle" (1988).
En 1980, Pierre Paraf demande à être déchargé de son poste de président, Charles Palant lui rend un vibrant hommage, relayé par Droit et Liberté : (voir le document)
Pierre Paraf dédède en 1989, le Bureau National du MRAP exprime son émotion: (voir le document)
Plaquette d'hommage à Pierre Paraf: (voir le document)

François Grémy

François Grémy est élu en 1980 Président délégué du MRAP., Droit et Liberté n°391 rend compte de sa nomination: "Militant depuis de nombreuses années au sein du mrap, le Professeur François Grémy est une éminente personnalité scientifique et médicale. Il est titulaire de la chaire de Biomathématiques Informatique et Statistiques Médicales à la Faculté Pitié-Salpétrière, chef de service d'Informatique médicale des Hôpitaux de Paris et Directeur de Groupe à l'INSERM. Sa désignation comme président-délégué du mrap entouré des autres dirigeants du Mouvement, d'origines et de sensibilités philosophiques différentes, témoigne du pluralisme et de la volonté unitaire du mrap dans la poursuite de son action contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples." (voir le document)

François Grémy est conscient de l'ampleur et de la difficulté de la tâche du MRAP dont il devient le Président, au cours de la cérémonie organisée lors de sa désignation, il déclare: "L'évènement qui nous réunit ici n'a pas d'importance propre. Un serviteur remplace un serviteur, un militant remplace un militant. Ce qui compte aujourd'hui, c'est le contexte dans lequel se produit cet évènement, contexte marqué - depuis 1974 - par la montée du racisme antiimmigrés, la résurgence de l'idéologie nazie, la multiplication des attentats et, jusqu'à ce jour, leur complète impunité. Racisme d'opinion, racisme d'action et d'expression, racisme de crise, racisme d'Etat. Devant cette montée des périls, les démocrates prennent conscience de la nécessité de s'unir et de combattre (. .. ). Et il me semble qu'en matière de racisme, le Mrap a su acquérir par sa détermination, la clarté de ses positions, un prestige et un poids qui font de lui le meilleur acteur théorique et pratique de la lutte contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples. Et c'est de lui, de son avenir et du développement de son action que je voudrais vous entretenir, à l'aube de mon mandat dont tout laisse augurer qu'il sera agité.: (voir le document)

A l'occasion des 30 ans du MRAP définit sa vision du rôle du MRAP: "C'est ici qu'un mouvement comme le mrap a un rôle fondamental à jouer: il doit nous éduquer tous à aimer la différence -la différence des individus: tous sont uniques et singuliers, et comme tels méritent le respect même les plus déshérités et les plus handicapés - mais aussi la différence des groupes: nous devons comprendre que la diversité des groupes ne nuit pas forcément à l'unité, mais qu'au contraire, elle l'enrichit. Voilà un grand défi posé à notre société. Les députés qui vont voter une loi sur les droits des étrangers en France devraient l'avoir clairement à l'esprit." DL79_80 p5: (voir le document)

Lors des Assise Nationales contre le racisme en 1984, il appelle à "mettre en avant les aspects positifs de la coexistence": (voir le document)
En 1980 François Gremy revient sur le rôle du MRAP: " Notre rôle,..., n'est pas celui de dénoncer le mal, il est d'en extirper - ici en France - les racines ; il est de démasquer les évidences collectives, les mythes sur quoi reposent le racisme et l'exploitation, de lutter sur tous les terrains, celui de la biologie, de la psychologie, de la sociologie, de l'économie, de l'analyse politique, de l'ethnologie, ceci pour lever tous les obstacles mentaux, qui maintiennent ou aggravent les inégalités ".
(voir le document)
François Grémy exprimera souvent son exigence dans la lutte antiraciste: "Pour beaucoup d'entre nous, militer consiste essentiellement à dénoncer et à revendiquer. C'est une position confortable : ou bien on échoue, et on peut dénoncer davantage, ou bien on obtient ce qu'on demande ... et on trouve le moyen de dénoncer encore. C'est le militantisme «pisse-vinaigre ». Dans la situation actuelle, notre action sera essentiellement de convaincre nos amis naturels, et aussi ceux qui le sont moins des dangers et des méfaits du racisme . C'est plus difficile et moins valorisant...Je crois que c'est à ce type de mutation intellectuelle et spirituelle que nous appelle la situation nouvelle que nous devons affronter. C'est moins facile et moins gratifiant, mais sachons renoncer à nous faire plaisir et ne nous trompons ni d'objectif, ni d'adversaire." (voir le document)

En 1984, François Gremy décide de se retirer de la présidence du MRAP: "Deux raisons principales justifient ma décision. D'une part, ma conviction profonde - que j'avais proclamée dès mon accession à la présidence - que dans un Mouvement comme le nôtre, qui se veut plutôt démocratique, les dirigeants doivent se renouveler assez rapidement...Ma seconde raison est plus conjoncturelle. Depuis près d'un an, j'ai quitté Paris, pour prendre une nouvelle activité professionnelle à 800 km du siège national. Outre que cette nouvelle activité est à la fois passionnante et accablante, le simple fait de la distance m'empêche depuis dix mois dl avoir une prise directe sur les évènements." (voir le document)
François Gremy devient membre du Comité d'honneur du MRAP et ne manquera jamais de lui manifester son soutien et de lui rappeler les exigences de son combat: "Dans le cinquantenaire à venir, il nous faudra donc continuer à lutter; mais il nous faudra donc approfondir notre réflexion. Est-il suffisant désormais de condamner les racistes et le racisme? Entre les deux convictions qui animent notre action, celle de l'Unité profonde de l'espèce humaine (fondatrice de la Fraternité et de la Solidarité), et celle de l'irréductible Unicité de chaque personne (sur quoi se fonde la recherche de l'Egalité), il nous faut nous demander comment chacun de nous construit ses identités (au pluriel), entre notre appartenance à l'Humanité, et notre moi personnel.Comment les vivre sans les idolâtrer, comment les gérer sans les rendre meurtrières, comment reconnaître celles des autres, comment nous affirmer sans nous opposer ? Voilà le défi permanent qui se pose à nos sociétés démocratiques." (voir le document)

Albert Levy

Albert Levy est né à Aurillac en 1923. Combattant volontaire de la Résistance à Lvon, il participe notamment à l'action du Mouvement national contre le racisme. Il est en 1949 l'un des fondateurs du MRAP.
Journaliste, il a été successivement rédacteur, rédacteur en chef et directeur de Droit et Liberté, puis directeur de Diffèrences. Il est l'auteur de brochures du MRAP. Il a participé à l'ouvrage collectif La France et l'apartheid (l'Harmartan et Droit et Liberté), et préfacé plusieurs livres des éditions Droit er Liberté. Il dirigea la rédaction de "chroniques d'un combat inachevé" publié à l'occasion des 50 ans du MRAP.
Il a été secrétaire général du MRAP de 1971 à 1989, membre de la présidence de 1989 à 1991, membre du comité d'honneur.

Au cours de l'hommage rendu à Albert Levy en 2008, Charles Palant souligne: "Dans toutes ces campagnes, dans tous ces combats, la part prise par Albert Lévy à la tête du MRAP a été déterminante. Ses articles, ses brochures, ses discours font autorité. Le Mouvement a grandi avec lui. Il en sera ainsi pendant quatre décennies."
Albert Levy insistera toujours sur la nécessité du pluralisme du MRAP: "Depuis le début le MRAP a été pluraliste. Par exemple, à la première Journée nationale, au Cirque d'Hiver à Paris (son Congrès constitutif), il y avait entre autres, le peintre CHAGALL, qui présidait la séance de clôture, Yves FARGE, un grand résistant, qui avait été nommé par De Gaulle préfet de LYON, aussitôt après la Libération, Gabriel d'ARBOUSSIER, à l'époque député du Sénégal, Alain LE LEAP, dirigeant de la C.G.T., Marc SANGNIER, éminent leader catholique depuis l'avant-guerre, le savant Marcel PRENANT." (extrait de "mémoire du MRAP").
Rédacteur de "Droit et Liberté" puis de "Différences", ses articles couvrent l'ensemble des luttes du MRAP.
En 1952 il dénonce le procès fait aux époux Rosenberg: "l'affaire Dreyfus de la guerre froide" (p2) (voir le document)
En 1964 il participe à l'une des premières actions de dénonciation publique de l'apartheid: (voir le document)
Dés 1955 devant la détérioration de la situation en Afrique du Nord, il clame dans Droit et Liberté: "Non à la haine" (voir le document)
Quelques mois avant la signature des accords d'Evian il souligne: "racisme et fascisme sont les fruits du conflit algérien". (voir le document)
En 1970 dans l'éditorial de Droit et Liberté, il s'interroge: "A qui profite le racisme? ... Aux commerçants et artisans menacés, aux vieillards sans ressources, les néo-fascistes désignent un bouc émissaire : les Arabes et les Gitans. Il suffit pourtant d'une analyse fort simple pour comprendre la situation des uns et des autres : chacun sait que le petit commerce est sacrifié à la concentration qui se généralise, au profit d'énormes sociétés financières, avec le concours des pouvoirs publics; et que la misère scandaleuse des vieux résulte des choix budgétaires décidés par le gouvernement. Le propre du racisme , précisément, c'est de substituer à un examen rationnel des problèmes une « explication» simpliste, 'visant à masquer les réalités....Duperie, diversion. démagogie, obscurantisme: le racisme, on le voit, n'est pas une fantaisie gratuite; il s'inscrit très logiquement dans un contexte économique, politique et social déterminé."
Il participe à la longue lutte du MRAP pour l'adoption d'une législation antiraciste et souligne en 1971: "Nous l'avons dit et répété: La Société protectrice des animaux est mieux armée pour accomplir sa tâche que le M.R.A.P. pour protéger les hommes du racisme."
En 1972, il se réjouit de l'adoption de la loi contre le racisme, mais lucide il insiste: "Bien sûr, la lutte que nous avons à mener ne saurait se réduire à la répression, qui représente une dernière extrémité. Car le racisme se rattache à des données sociales et économiques, aussi bien que psychologiques, et c'est sur tous ces plans qu'il doit être combattu. D'où la nécessité d'une action différenciée , visant d'abord à instaurer une égalité réelle de droits, de possibilités et de conditions de vie, au bénéfice, en particulier, des travailleurs immigrés, actuellement infériorisés à tous points de vue. Et d'autre part , cela suppose un immense effort d'information de l'opinion publique , d'éducation de la jeunesse. « La bêtise insiste toujours», a écrit Albert Camus. Et avec elle, la haine, l'oppression, les violences qui l'accompagnent. Ce qui exige, de notre part , une vigilance sans défaillances," (voir le document)
Face à la situation du Moyen-Orient, Albert levy écrit en 1972: "Face aux déchirements de cette région, qui remontent au mandat britannique, notre attitude ne s'inspire pas d'un pacifisme utopique, mais est avant tout réaliste. Seule, la prise en considération de toutes les données de la situation peut aboutir à une solution viable." (voir le document)
En 1982 Albert Levy reçoit les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur: "Mme Nicole Questiaux (ministre de la Solidarité nationale) souligne:" la signification de cette cérémonie, témoignage des mérites d'une organisation, de l'action d'un homme et du changement intervenu le 10 mai dernier." Albert Lévy évoqua ensuite avec humour et amitié son chemin personnel et le chemin du MRAP, "dont la force et la notoriété résultent de la lutte menée ensemble par des militants d'origines et de conceptions différentes, unis par un même idéal, dans une même volonté d'aboutir." (voir le document)
Lors de la création de Différences, dont il est le directeur, il est le premier à dialoguer avec les lecteurs dans la "Tribune des lecteurs" (voir le document)
Les contributions d'Albert Levy sous forme d'articles, d'entretiens, de conférences sont toujours extrêmement précieuses et restent des références pour comprendre l'histoire de la lutte antiraciste et du MRAP:
-Entretien avec Albert Levy à l'occasion des 30 ans du MRAP: (voir le document)
-Entretien avec Albert Levy à l'occasion des 50 ans du MRAP: (voir le document)
-Mémoire du MRAP: témoignage en 1993: (voir le document)
-Brochure le négationnisme et la mémoire: (voir le document)
-Albert Levy a dirigé la rédaction de l'ouvrage retraçant les 50 premières années du MRAP: "Chronique d'un combat inachevé": extrait de l'ouvrage, le bilan dressé par A. Levy: (voir le document)
En 2008, le MRAP rend hommage à Albert Levy après sa disparition: (voir le document)

Serge Kriwkoski

Serge Kriwkoski fut un des fondateurs du MRAP
-L'hommage de Charles Palant lors des obsèques de Serge Kriwkoski: (voir le document)

Chil Kozlowski

Chil Kozlowski fut un des fondateurs du MRAP en 1949
-Qui était Chil Kozlowski: (voir le document)
-Discours de Pierre Paraf lors de la remise des insignes de Chevalier de l'ordre du mérite :(voir le document)
-Réponse de Chil Kozlowski :(voir le document)
-L'hommage de Charles Palant lors des obsèques de Chil Kozlowski: (voir le document)
-L'hommage de Droit et Liberté (p9): (voir le document)

Charles Owezarek

Charles Owezarek a toute sa vie lutté pour les idéaux de justice et d'égalité. Dans la résistance au nazisme, il a fait partie du réseau de la Main-d'oeuvre immigrée à Marseille; arrêté et enfermé à Drancy, il échappe de peu à la d6portation.
Au lendemain de la Libération il fonde, avec quelques camarades, le MRAP afin de définitivement mettre le racisme, fondement de l'idéologie nazie, hors la loi. La résurgence du négationnisme 1e pousse à créer 1a Commission contre l'antisémitisme et le nazisme dont il a longtemps été un des animateurs.
-L'hommage du MRAP lors de la disparition de Charles Owezarek: (voir le document)

Marcel Manville

Marcel Manville fut l'un des membres fondateurs du MRAP, ami d'enfance de Frantz Fanon, martiniquais comme lui. anticolonialiste acharné et défenseur de l'indépendance de l'Algérie.
Avocat reconnu de ses pairs, il a notamment défendu les dirigeants du FLN algerien, il a créé en 1960 le Front antillo-guyanais pour l'autonomie avec Edouard Glissant, et a inspiré en 1962 la création de l'Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique.
Marcel Manville est décédé à Paris le 2 décembre 1998. Le MRAP rappelle qu'il s'est battu pour la libération de la France durant la deuxième guerre mondiale et qu'il a participé a la rédaction de ce qui allait devenir, après de longues campagnes, la loi de 1972 sur le racisme.
-La veillée d'hommage à Marcel Manville: (voir le document)

Jean Pihan

En hommage à l'abbé Jean Pihan, ancien vice président du MRAP, décédé en 1996, Droit et Liberté publie un extrait de son livre "Merci pour le passé":
Un matin de 1960, j'eus la visite de Madeleine Bellet, la directrice de Vaillant, accompagnée d'un homme, jeune encore, dont elle m'apprit qu'il se nommait Albert lévy et qu'il était le secrétaire général du MRAP, initiales qui signifiaient alors : Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix. Je crois que j'ignorais alors jusqu'à l'existence de cet organisme.
Il ne s'agissait que de participer à un colloque qui devait se tenir en Sorbonne le 1er mai, sur le thème des responsabilités des enseignants et des éducateurs dans la lutte contre les préjugés raciaux. On me sollicitait pour la Commission « Rôle de la presse enfantine ». Après le colloque, nous créâmes un Centre de liaison des éducateurs contre les préjugés raciaux (CLEPR).
Par le CLEPR, j'avais fait connaissance avec le MRAP. On me pressa de participer au Bureau national du Mouvement, comme représentant du CLEPR. En 1970, je dus céder aux affectueuses pressions du président, l'écrivain-journaliste Pierre Paraf, qui souhaitait que je devienne l'un des vice-présidents: « Le MRAP se veut résolument pluraliste. J'aimerais que vous y représentiez la composante évangélique ». ( ... )
Or, j'ai découvert là des camarades animés par une conviction authentique et profonde: celle de la fraternité humaine, de la nécessité de faire respecter la dignité de tout homme. J'ai découvert leur générosité et leur désintéressement; ils sont presque tous bénévoles et ils se donnent sans compter. Je ne dis pas que le Mouvement est parfait, mais au moins on s 'y explique avec franchise, avec vigueur s'il le faut, et j'admire les efforts que l'on y fait pour que le point de vue de chacun y soit respecté. Je n'hésite pas à dire que la conduite de ces camarades que j'ai appris à connaître a été une interrogation constante pour ma propre conduite et un objet d'admiration car, en tant que chrétien, je voyais là un témoignage de la puissance de l'Esprit d'Amour« qui remplit l'univers » et ne se laisse pas enfermer dans les limites d'une Eglise. Et puis j'ajoute que j'ai vu dans ma participation à la lutte antiraciste comme un devoir de justice, non seulement à l'égard des innombrables victimes actuelles du racisme, mais aussi à l'égard de tous ceux qui ont été massacrés ou qui sont morts dans les camps nazis. Ancien résistant interné, rescapé, je me sentais comptable envers eux.
Je me suis moi-même découvert raciste. J'ai constaté qu'il n'était pas si facile de se débarrasser de tout préjugé envers les différents groupes humains, de ne jamais prononcer la moindre parole impliquant, même inconsciemment, mépris ou condescendance à l'égard des autres. Et puis, j'ai découvert l'ampleur du phénomène raciste sous toutes ses formes et sous toutes les latitudes. J'ai été sensibilisé à la permanence d'un racisme quotidien, souvent larvé, quasi inconscient, qui sévit chez nous. Racisme et xénophobie se parant souvent de prétentions patriotiques ou sociales.

L'abbé Jean Pihan proposait une définition du racisme: « On est raciste à partir du moment où l'on dit « ces gens-là » en parlant d'un groupe auquel on n'appartient pas . »
En 1980, Charles Palant définissait Jean Pihan: « Jean Pihan, homme d'une inépuisable culture, vivante incarnation de la tradition antiraciste du christianisme français ( . .) que l'incroyant que je suis n'a jamais pu appeler « mon père» et dont c'est une fierté de ma vie de pouvoir l'appeler « mon frère». »
Il travailla particulièrement sur les questions d'éducation, dans le cadre du CLEPR puis dans la commission éducation du MRAP, et sur les questions d'action antiraciste dans l'Eglise.
Lors de sa disparition, Différences n°177 rend hommage à Jean Pihan:(voir le document)
''L'abbé Jean Pihan, ancien membre du Bureau national puis de la présidence et du comité d'honneur, est mort à 84 ans dans la communauté oû il s'était retiré à Issy-les-Moulineaux.
Dans une lettre adressé au MRAP, Charles Palant rappelle que l'abbé Pihan avait été arrêté et torturé pour son activité au sein de la Résistance. « Il est resté toute sa vie fidèle aux valeurs humaines de fraternité vraie. De celles qui donnent au Bon Dieu qu'il servait un visage humain, et aux hommes de sa trempe quelque chose de divin. Venu au MRAP dans les années soixante, il avait contribué à la création du Centre de Liaison des Educateurs contre les préjugés racistes. Dans sa dernière lettre, reçue au début du mois de juillet, il me disait son amitié et ses vœux pour l'avenir, d'une écriture tremblée, à peine lisible. Une dernière fois j'ai lu de lui [es mots du coeur.»

Des contributions de l'abbé Jean Pihan à Droit et Liberté:
1971 au forum de l'amitié; "Faire que tout homme soit un homme debout" (p13) :(voir le document)
1972 "lettre à un lycéen qui veut étudier le racisme" (p8) :(voir le document)
1974: Témoignage à l'occasion des 25 ans du MRAP (p2) :(voir le document)
1974: "Les deux voies de la lutte antiraciste" p(16) :(voir le document)
1975: "Pédagogie du cœur" (p12) : (voir le document)
1981: "Aperçu de l'activité d'un vice président du MRAP" (p19) :(voir le document)
1982: Discours de clôture du congrès de 1982:(p2) (voir le document)
1984: Invitation à la cérémonie de remise de l'insigne d'Officier du mérite national: (voir le document)
1986: Texte de Jean Pihan: "Evangile et racisme: (voir le document)

Jean-Jacques Kirkyacharian

Jean-Jacques Kirkyacharian fut le Président délégué du MRAP plus particulièrement en charge du secteur de l'action internationale. Il fut représentant du MRAP à la Commission consultative des Droits de l'Homme et représentant du MRAP à la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU.
Il a apporté à ces tâches une vision d'une grande lucidité et d'une grande exigence.
Dans ses contributions parues dans Différences, il insiste sur la nécessité de réflechir aux conditions d'une lutte antiracite efficace: "A quoi sert le MRAP ? A montrer quelles conditions sont requises pour que le racisme soit réellement combattu par les uns et par les autres. "
"Il ne faut pas se le dissimuler nous rencontrerons de très graves difficultés, et elles se ramènent toutes à celle-ci: les conditions dans lesquelles s'opère la formation de la conscience sociale dans les différentes régions du monde ont beau être foncièrement les mêmes, elles ne se présentent pas moins sous des aspects différents, liés à l 'histoire, au développement des cultures politiques et à bien d'autres facteurs (on le voit dans des pays aussi proches en apparence que l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France !) et cela ralentit terriblement l'action commune. Mais il n'empêche: c'est, sous de multiples ramifications, un problème global, qu'il faut appeler « le racisme ».
Il faut se souvenir de ce que disait Pascal : tenons les deux bouts de la chaîne . (voir le document)
Jean Jacques Kirkyacharian insiste, il n'y a pas de fatalité au racisme: "Des évènements passés on ne peut rien déduire, la mémoire ne crée aucune obligation autre que celle des valeurs qu'elle peut nous aider à concevoir. L'histoire n' est pas derrière nous mais devant nous, à faire, en partant des obligations du présent...L'histoire ne doit pas être lue vers l'arrière, mais vers l'avant: le monde est à faire, si nous voulons être à la hauteur des enjeux du présent. Le MRAP est trop peu de chose pour y prétendre seul! mais, tel qu'il est, là où il est, il peut, il doit. (voir le document)
Il affirme avec force, la lutte contre le racisme est indissociable de la lutte pour l'égalité structurelle: "Montrer à nos concitoyens l'interdépendance des actions en faveur du Sud et celles pour l'égalité ici même...ce qui importe, c'est de bien faire voir le rapport entre racisme et inégalité structurelle, et d'argumenter en fonction de ce rapport (p3) (voir le document)
Et encore: "La question qui nous est posée par le racisme contemporain est globalement celle-ci : au nom de quoi affirmez-vous que tous les hommes sont égaux puisque ce n'est pas vrai dans la vie que nous vivons? Cette question appelle une réponse qui soit politiquement crédible et philosophiquement solide." (p3) (voir le document)
Par l'intermédiaire de Pierre Krauss, le MRAP rend hommage à Jean-Jacques Kikkacharian après sa disparition: (voir le document)

Mouloud Aounit

Mouloud Aounit est èlu en 1982 au bureau National du MRAP, en 1984 il est Président départemental du MRAP Seine Saint-Denis.
En 1988 il devient le secretaire général du MRAP et le restera jusqu'en 2004, il est ensuite président puis membre du collége de présidence jusqu'en 2011 et président d'honneur à partir de cette date.
Les hommages qui lui sont rendus lors de sa disparation soulignent la générosité que Mouloud Aounit apportait dans la lutte antiraciste.
Tu savais associer ce mélange entre la réflexion , l’analyse et la solidarité quotidienne envers toutes les victimes. Je ne peux rappeler ici toutes les luttes que tu as menées . De ton combat inlassable pour que justice soit rendue aux victimes du 17 octobre 61, à ta présence aux cotés des sans papiers, des Roms, de la Palestine à Mumia Abu Jamal à qui tu avais rendu visite dans le couloir de la mort, nous ramenant un témoignage à ton image , profond et émouvant...Depuis la marche des beurs de 1983 , tu n’as jamais cessé d’être au coté de cette jeunesse issue de l’immigration trop souvent bafouée, stigmatisée, rejetée, tu te battais sans relâche pour que l’égalité ne soit pas un mot vide sur les frontons de nos mairies mais deviennent réalité dans tous les domaines de notre société, politique, sociale, culturelle... Tu as été parmi les premiers à dénoncer avec courage l’islamophobie montante, forme nouvelle du racisme née de la honteuse théorie du « choc des civilisations » et exacerbée par les droites extrêmes. (Hommage de Renée Le Mignot)
Le MRAP, qui avait alors placé l’universalité au coeur de son combat antiraciste, avait trouvé celui qui pendant plus de 20 ans allait l’incarner. Adhérant au MRAP, à l’âge de 24 ans, Mouloud, s’est rapidement imposé comme un leader. Président de la fédération 93, puis secrétaire du Mouvement en 1989, il devient Président en 2004 et par ovation à l’unanimité des congressistes du MRAP Président d’Honneur en 2011...Nos pensées iront vers toi lorsque tous les sans-papiers seront régularisés, lorsque les étrangers vivant sur le sol français pourront voter. Nos pensées iront vers toi lorsque Mumia Abu Jamal aura recouvré la liberté. Nos pensées iront vers toi lorsque l’état palestinien existera enfin à côté de l’état israélien, lorsque les libertés fleuriront à Téhéran. Nos pensées iront vers toi lorsque la France reconnaîtra le massacre du 17 octobre 1961. Nos pensées iront vers toi à chaque fois que la liberté, la justice, le droit triompheront de la bêtise, de l’intolérance et de la haine. Merci Mouloud d’avoir participé à éveiller les consciences de ce pays, merci Mouloud d’avoir contribué autant que tes forces le pouvaient à l’émancipation collective de notre société, merci Mouloud d’avoir porté les valeurs du MRAP au coeur de l’universel. (Hommage de Pierre Mairat)
Son origine algérienne, son adhésion au MRAP, son à travers l’acte fondateur que fut la marche des Beurs en 1983, sa participation aux luttes des « sans-papiers », son rôle pour la mémoire du 17 octobre 1961, tout cela a contribué à faire de l’action de Mouloud un germe fertile de la France multiculturelle demain, pour que soit assurée dans le respect des différences, l’égalité des droits et en dignité de tous ceux qui constituent et qui font la société française. (Hommage de B. Ravenel)

Elu secretaire général en 1988, le Congrès du 40ème anniversaire du MRAP est le premier qu'il présente. Dans un texte préparatoire, il définit les actions prioritaires du MRAP, et exprime son attachement aux valeurs portées par la Révolution Française qu'il soutiendra tout au long de son mandat:
"Comment désintoxiquer notre pays du racisme, exclure l'exclusion, promouvoir et rendre vivante une France de l'égalié des droits et des chances?
Les réponses sont peut-être, en ce Bicentenaire de la Révolution française, à trouver dans l'apport que cette révolution fit à l'âme, à l'identité de la France: la tolérance, la laïcité, la démocratie. Nous entendons promouvoir et réactualiser les valeurs léguées par la Révolution de 1789 en luttant pour une citoyenneté pleine et entière de chaque personne vivant en France, quelle que soit sa nationalité, sur la base d'une véritable égalité des droits et des chances.
Le développement des courants intégristes, ici ou là, nous rappelle aussi qu'il convient d'être attentif à défendre la laïcité, respect de la foi et de la pensée des autres.
L'Europe sera une autre des grandes questions à aborder. L'Europe des marchands est acquise. L'Europe des hommes et de leurs droits reste à faire. Aujourd'hui, aucun aspect de la vie sociale, juridique ou culturelle n'y échappe. La réglementation des droits d'entrée et de séjour, L'asile politique, le regroupement familial ne peuvent être isolés de la problématique européenne. Le MRAP a ici un rôle important à jouer. La solidarité enfin est une des constantes de l'action du MRAP Différences n°91: (voir le document)
Dans le rapport des travaux de ce même congrès , il souligne le poids du déséquilibre mondial et la responsabilité des pays developpés:
Plus généralement, notre époque est caractérisée par le déséquilibre croissant entre ce qu'on nomme les pays en voie de développement - ou même en voie de sous-développement - et le monde industriel moderne, bénéficiant à un rythme accéléré du progrès des sciences et des techniques. En fait, le retard économique des pays dits du « Tiersmonde » n'est pas survenu par hasard, moins encore par l'effet d'une prétendue « infériorité» originelle: il résulte de la domination dont ils ont été victimes de la part des puissances impérialistes, des surprofits réalisés à leur détriment par les sociétés multinationales. On ne peut séparer leur pauvreté des richesses accumulées par ceux qui les ont conquis par la force et les pillent cyniquement depuis des siècles. Il n'y aura pas solution à la question de l'immigration, si des mesures decisives ne sont pas prises pour permettre aux pays, rendus exsangues par l'exploitation coloniale et néocoloniale, de se libérer complètement de leurs dettes, de s'engager dans un développement réel sous la maîtrise de leurs propres peuples, et de fonder les échanges avec eux sur le critère de l'intérêt mutuel. La multiplication des contrôles aux frontières, la répression et l'arbitraire n'empêcheront pas des millions d'affamés de se mettre en mouvement pour obtenir par leur travail de quoi nourrir leurs familles, dès lors qu'on le leur interdit pratiquement sur leur propre sol. Faute de telles mesures - qui sont à coup sûr le plus grand défit de l'humanité - l'exaspération due à la misère insupportable de ces peuples, au mépris de leur existence, de leurs identités respectives, de leurs aspirations, ne peut qu'aboutir à des tensions de plus en plus graves, aux conséquences imprévisibles. Différences n°92: (voir le document)

Dans les colonnes de Différences, il exprime souvent les idées forces qu'il soutiendra tout au long de son mandat: lutte contre l'exclusion, complémentarité entre un racisme de proximité et l'universalité de la lutte antiracisme, nécessité d'interroger l'Histoire et de savoir prendre en compte et assumer le passé même et surtout dans ce qu'il a de douloureux.
En 1993 il s'indigne devant le projet de réforme du code de la nationalité:
Réforme du code de la nationalité, préparation d'un projet de loi modifiant le statut des étrangers, restriction de l'exercice du droit d'asile, renforcement des contrôles d'identité (au faciès)...Au mépris des conventions internationales, des libertés et des droits fondamentaux, des souffrances et des déchirures humaines...On ne gouverne pas avec des peurs, on ne sauve pas un pays en rongeant les principes qui ont fondé la République, on n'intègre pas en commençant par exclure . (voir le document)

Au cours des rencontres "Logements et discrimination" comme au cours de la Conférence nationale "Racisme et exclusions" organisées par le MRAP il souligne avec lucidité le défi qui se présente à notre société:
L'efficacité de la lutte contre le racisme passe obligatoirement par un antiracisme de proximité, proche des gens, de leur quotidien, par une implication réelle sur ce terrain abîmé et contre les processus qui rendent chaque jour le vivre ensemble difficile...nous sommes aujourd'hui dans une situation telle que dans ce domaine là nous sommes condamnés à réussir ensemble si nous voulons parer aux risques d'explosion, de fractures et de réveils douloureux. Différences n°149: (voir le document)
Nous sommes aujourd'hui à un carrefour de plusieurs futurs. Ou c'est l'acceptation du chacun pour soi avec la haine, le racisme comme réponses et les risques de déchaînement de la barbarie que cela peut entraîner, ou c'est le triomphe de l'universalité des droits de l'homme et de la démocratie. Tel est le défi que nous avons à relever. Différences n°154 :(voir le document)
Plus tard il s'indigne:
Être citoyen, c'est trouver sa place dans la société. Que vaut ce principe, quand des milliers de Français issus de l'immigration et originaires des territoires d'outre-mer, sont laissés sur le bas-côté de notre société. Par les inacceptables et humiliantes pratiques discriminatoires. Cette offense aux principes d'égalité a des effets multiples. Elle est une grave menace pour la cohésion sociale, ronge notre modèle d'intégration républicaine, ouvre des espaces pour les tenants de revendications communautaires. Aussi face à cette mise en acte banalisée du racisme, cette pratique de la préférence nationale au faciès ou au patronyme, il y a un devoir d'agir. (voir le document)
Mouloud Aounit souligne toujours la nécessité d'interroger et de tirer des leçons de l'Histoire:
1930. Après d'autres pays, la crise économique touche en profondeur la France. L'incapacité des hommes politiques d'apporter des solutions efficaces aux problèmes sociaux facilite la poussée de l'extrême-droite avec des tendances fascisantes. Le 6 février 1934, l'extrême-droite 1anoe une manifestation vers le Palais Bourbon qui se solde par des affrontements violents avec la police. Derrière celle date, se profile l'ombre d'Hitler, de Mussolini. La mobilisation des antifascistes aboutit au Front Populaire. L'Histoire a une vertu pédagogique essentielle: eUe nous éclaire sur les processus qui jettent les individus dans la voiture-balai conduite par des dictateurs, charriant dans ses poubel1es l'exclusion, les frustrations,les abandons, la mal-vie. Les avancées du racisme se fondent sur les reculs, les démissions, l'absence de réponses aux problèmes concrets vécus par le plus grand nombre et sur la mollesse. la faiblesse, la frilosité de nos démocraties à défendre et à promouvoir dans le quotidien les valeurs d'égalité, de justice, de fraternité qui les fondent. 1934-1992. Les symptômes sont les mêmes. L'engrais qui fertilise le terrain où poussent les mauvaises herbes est semé par le chômage, le manque de logements, l'absence de perspectives.la perte de repères. la marginalisation de masse Différences n°137: (voir le document)
. A l'occasion de la commémoration de l'abolition de l'esclavage, il dénonce le poids de ce passé mal assumé:
J'ai rencontré en Martinique le 27 avril 98 les« petits enfants de l'esclavage » . Quel décalage avec la commémoration officielle franco-française du 150ème anniversaire de l'abolition! Ce moment d'autosatisfaction et de paroles généreuses semblait bien éloigné des exigences de réparation de ceux qui savent le prix payé par le sang, les larmes et la sueur de leurs arrière-grands-parents. Ces descendants d'esclaves sont prêts à pardonner mais ils ne sont pas prêts pas à oublier. Quatre siècles durant, vingt millions d'êtres humains furent déportés. Ce génocide sur lequel se sont édifiés la prospérité et le décollage industriel des économies occidentales représente une dette immense à l'égard de ces hommes, de ces femmes, et du continent africain. Avec beaucoup de force, les enfants des esclaves d'hier nous ont rappelé que l'abolition résulte de la résistance et de la lutte des esclaves eux-mêmes. On trouve encore aujourd'hui dans la déchirure entre le Nord et le Sud des séquelles de cette tragédie Elle se prolonge dans le racisme anti-africain encore prégnant chez nous. Le mépris avec lequel sont traités les hommes et les femmes d'Afrique et la civilisation africaine témoigne de cette période.
Aussi, l'heure est à l'exigence de justice et de mémoire pour les victimes de l'esclavage. Il faut pour cela reconnaître pleinement ce qui s'est passé et le considérer comme un crime contre l'humanité. On ne se dédouane pas d'une triste page de l'histoire de l'humanité par une pétition de principe pour« les droits de l'Homme . Comme le déclarait Victor Schoelcher, « La liberté d'un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l'une sans compromettre l'autre tout à la fois » Différences n°196 (voir le document)
Même dénonciation de la non reconnaissance du crime d'Etat du 21 octobre 1961:
Au nom de la justice, pour que la vérité sorte des archives, plus que jamais notre devoir de mobilisation pour la mémoire se poursuit. Aussi, 37 ans après ce qu'il convient de considérer comme un crime contre l'humanité, notre mobilisation ne saurait faiblir. Sans haine, sans esprit de vengeance, il faudra un jour regarder plus largement ce rapport opaque entre la France et sa période coloniale Différences n°200 (voir le document)


Dans un éditorial intitulé: "Mémoire contre le racisme" Mouloud Aounit insiste sur cette nécessité de reconnaissance du passé:
Plus on va loin dans la reconnaissance de son passé, plus on libère de la place pour l'avenir. Evidence, peut-être, mais qui se heurte en France à des résistances redoutables. Ne sommes-nous pas les premiers à exiger légitimement une commission d'enquête pour dénoncer telle ou telle exaction? Quand il s'agit de nos turpitudes ou de nos crimes, la peur de se regarder en face prédomine. Pourtant, en Algérie, la France a pratiqué des méthodes atroces qui n'ont rien à envier à celles pratiqués par des Etats que nous stigmatisons aujourd'hui. La colonisation des peuples et l'appropriation des territoires n'étaient-elles pas considérés par Jules Ferry comme d' « heureux réservoirs de richesse et heureux débouchés pour les produits excédentaires en métropole» ? Quant à l'enrichissement de l'occupant, en échange de l'appauvrissement de l'occupé, condamné aux réquisitions et au travail forcé, il s'agissait bien entendu d'une « mission civilisatrice ». Que dire enfin de la libre disposition des soldats de l'Outre-Mer, mobilisés pour défendre nos libertés contre les nazis, puis auxquels on a refusé la même liberté. Différences n°230: (voir le document)
Et encore:
Le devoir de mémoire participe de la construction d'un avenir commun entre le peuple algérien et le peuple français. Il reste un élément incontournable pour que les jeunes Français issus de l'immigration algérienne se sentent pleinement membres de la communauté nationale. Car ce qui donne le sentiment d'appartenir à un peuple c'est la conscience de vivre une communauté de destin, enracinée dans une histoire commune qui doit être reconnue dans toutes ses dimensions. Enfin, dans la persistance du racisme anti-algérien se profilent le non-dit et le refoulement. C'est aussi pourquoi la reconnaissance de ces événements d'octobre 1961, comme la lecture de cette page tragique qu'est la guerre d'Algérie, constituent un levier puissant pour tous les antiracistes. Différences n°232 (voir le document)
...nous devons désormais porter cette revendication de reconnaissance, ce droit à une réparation morale. C'est là non seulement un acte de justice qui concerne les 9,5 millions de nos concitoyens (1/6 de la population) ayant un lien avec la colonisation, mais aussi une exigence envers l'ensemble de la société car l'histoire des tragédies humaines nous a enseigné que l'on n'a jamais rien construit sur des oublis, des dénis, des mensonges. Les Français ne pourront définitivement tourner cette page sombre de leur histoire sans l'écrire, la lire et la faire reconnaître.Différences n°258 (voir le document)
N'oublions pas aussi que l'immigration est le cri de souffrance du Tiers-Monde qui retentit chez nous. On n'étouffera pas ce cri à coups de charters. La seule solution durable à l'exil contraint réside dans une politique qui allégerait les inégalités structurelles entre le Nord et le Sud. Différences n°177: (voir le document)
En 2000 Mouloud Aounit délivre un message d'espoir:
Aujourd'hui, la planète regorge de richesses et pourtant les inégalité entre les personnes, entre les peuples et les continents fabriquent chaque jour non seulement des pauvres sur le plan économique, mais aussi sur le plan du Droit...Avec l'arrivée de l'an 2000 nous pensons à l'avenir. Ce devenir de l'humanité a besoin de l'étude du passé pour dégager une ligne d'horizon où la fraternité et l'égalité se conjuguent au présent et au pluriel, partout. C'est un défi que nous avons à relever qui passe par la création d'espaces communs avec son voisin de palier, de quartier, du pays, de l'Europe et du monde. Et puis, les rêves d'hier sont parfois devenus des réalités d'aujourd'hui. Différences n°214 (voir le document)

Les hommages à Mouloud Aounit en 2012 : Extrait de Différences n°284 (voir le document)

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